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TRIBUNAL ADMINISTRATIF DE PARIS N°1701210 M. Stéphane Eustache Rapporteur M. Frangois Doré Rapporteur public Audience du 14 mars 2017 Lecture du 31 mars 2017 49-05 80-01-01 ce Vu la procédure suivante : REPUBLIQUE FRANCAISE AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS Le tribunal administratif de P: (Beme section - 1ére chambre) Par une requéte et un mémoire, enregistrés les 23 janvier et 6 mars 2017, Mi» représenté par Me Kempf, demande au tribunal : 1°) d’annuler larrété du 16 décembre 2016 par lequel le ministre de Vintérieur lui a interdit de sortir du territoire frangais pour une durée de six mois et a invalidé sa carte nationale d’identité et son passeport sur le fondement de l'article L. 224-1 du code de la sécurité intérieure ; 2°) d’enjoindre au ministre de l'intérieur de lui remettre une carte nationale d’identité et tun passeport valides dans un délai d’une semaine a compter de la notification du jugement & intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; 3°) de mettre a la charge de Etat une somme de 3000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, i soutient que : ~ Varrété attaqué est insuffisamment motive ; il méconnait article L. 224-1 du code de la sécurité intérieure ; «il est entaché dune erreur manifeste d’appréciation : ~ il méconnait article 2 du protocole additionnel n°4 a la convention européenne de sauvegarde des droits de homme et des libertés fondamentales, N° 1701210 Par un mémoire en défense. enregistré le 28 février 2017. le ministre de intérieur cconelut au rejet de la requéte. 11 fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés. Vu les autres pidces du dossier, Vu: le code de la sécurit = le code pénal, - le code de justice administrative. intérieure, Les parties ont été réguligrement averties du jour de l'audience, Ont été entendus au cours de I’audience publique + le rapport de M. Eustache, = les conclusions de M. Doré, rapporteur public, ~ et les observations de Me Kempf, avocet, représentant Mga Considérant ce qui suit : Par larrété attaqué du 16 décembre 2016, le ministre de Vintérieur a interdit a MQM ressortissant francais, né lc CMTE ce sortir du territoire francais et a invalidé sa carte nationale d’identité, ainsi que son passeport, sur le fondement de Marticle L, 224-1 du code de la sécurité intérieure. Sur les conclusions a fin d°annulation 2. Aux termes de l'article L. 224-1 du code de la sécurité intérieure : « Tout Frangais peut faire Vobjet d'une interdiction de sortie du territoire lorsqu'il existe des raisons sérieuses de penser qu'il projetie :/ 1° Des déplacements & l'étranger ayant pour objet la participation & des activités terroristes ; / 2° Ou des déplacements & V'étranger sur un thédtre dopérations de groupements terroristes, dans des conditions susceptibles de le conduire & porter atteinte a la sécurité publique lors de son retour sur le territoire frangais. / L'interdiction de sortie du erritoire est prononcée par le ministre de V'intérieur pour une durée maximale de six mois & compter de sa notification. La décision est écrite et motivée (...) ». 3. En outre, aux termes de l'article 421-1 du code pénal : « Constituent des actes de terrorisme, lorsqu'elles sont intentionnellement en relation avec une entreprise individuelle ow collective ayant pour but de troubler gravement Vordre public par U'intimidation ou la terreur, les infractions suivantes : / 1° Les atteintes volontaires @ la vie, les atteintes volontaires & Hintégrité de la personne, Venlévement et la séquestration ainsi que le détournement d'aéronef, de navire ou de tout autre moyen de transport (...) ; /2° Les vols, les extorsions, les destructions, dégradations et détériorations, ainsi que les infractions en matiere informatique (...) ; / 3° Les infractions en matiére de groupes de combat et de mouvements (...) ; / 4° Les infractions en matiére d'armes, de produits explosifs ou de matigres nucléaires (...) ; / 5° Le recel du produit de l'une des infractions prévues aux 1° & 4° ci-dessus ; / 6° Les infractions de blanchintent (...) ; Les délits d'initié prévus aux articles L. 465-1 & L. 465-3 du code moneétaire et financier ». Aux termes de l'article 421-2-1 du méme code : « Constitue également un acte de tervorisme le fait de participer & un groupement formé ou d une entente établie en vue de la préparation, N° 1701210 3 caractérisée par un ow plusieurs faits matériels, d'un des actes de terrorisme mentionnés awe articles précédents ». 4, Pour interdire & M. SSHEEEiae sortir du territoire frangais sur le fondement du 1° et du 2° de article L. 224-1 du code de la sécurité intérieure, le ministre de lintérieur s’est fondé sur la circonstance que l'intéress¢ projetait, d’une part, un déplacement a I'étranger ayant pour objet la participation aux activités d'une « émanation » d°une organisation terroriste et, d’autre part, un déplacement sur un théatre d’opérations de groupements terroristes dans des conditions susceptibles de le conduire & porter atteinte a a sécurité publique lors de son retour sur le territoire frangais. tranger A des activités terroristes : Sur le projet de participer & | 5. Il ressort des piéces du dossier que, sous couvert de motifs humanitaires, M7 s'est déplacé de juillet 2015 a avril 2016 dans la ville de Souleimaniye en Irak, puis dans la zone frontaliére irako-syrienne, oit, aprés avoir été formé dans un camp d’entrainement des « Unités, de protection du peuple » (YPG), il a participé aux opérations de combat menées par ces unités contre lorganisation terroriste « Dacch ». Si M@INNEEB&coutient que le nouveau déplacement qu'il projette poursuit un objectif exclusivement humanitaire, tendant & l’acheminement vers la ville de Souleimaniye de matériel médical acheté par l'organisation belge « Secours Rouge », il resort toutefois des piéces du dossier que ce méme objectif avait motivé son précédent déplacement vers cette ville et que Aaa re poursuivre son engagement auprés du YPG dans la zone frontaliére irako-syrienne. Il existe ainsi des raisons sérieuses de penser que M. QQEREMD projette de participer aux activités du YPG lors de son prochain déplacement & Pétranger. 6. Pour qualifier de terroristes les activités du YPG, le ministre de l'intérieur fait valoir que le «Parti de l'union démocratique » (PYD), dont le YPG constitue le démembrement combatant, est une émanation du « Parti des travailleurs du Kurdistan » (PKK), qui est inscrit sur la liste des personnes. groupes et entités terroristes, prévue au paragraphe 6 de l'article 1 de ta position commune 2001/931/PESC du 27 décembre 2001 et actualisée par la décision (PESC) 2016/1136 du Conseil du 12 juillet 2016. 7. Toutefois. si le PYD et le PKK. combattent la méme organisation terroriste dans la zone frontaliére irako-syrienne, cette circonstance alléguée par le ministre ne suffit pas & démontrer que les activités du YPG, auxquelles M. QM pourrait participer, revétiraient un caractére terroriste. A cet égard, les piéces produites par le ministre n’établissent pas que des membres du YPG auraient commis des actes intentionnellement en relation avec une entreprise individuelle ou collective ayant pour but de troubler gravement ordre public par I'intimidation ou la terreur, qualifiables d'actes de terrorisme au sens des dispositions précitées des articles 421-1 et 421-2-1 du code pénal, ni que le YPG, qui n'est pas inscrit sur la liste européenne des entités terroristes mentionnée ci-dessus, constituerait un groupe terroriste au sens du droit de PUnion européenne et, notamment, de la position commune 2001/931/PESC du 27 décembre 2001. En outre, le requérant fait valoir. sans étre contredit, que le YPG coopére avec les forces armées frangaises et allies opérant en zone irako-syrienne et que le PYD dispose depuis mai 2016 d'une antenne installée a Paris. 8. I résulte de ce qui précéde que le ministre de lintérieur ne pouvait estimer a bon droit que MstQ@MEBprojetait un déplacement ayant pour objet la participation 4 des activités terroristes. N° 1701210 4 te & la sécurité publique lors du retour sur le territoire francais : 9.Le ministre de l"intérieur fait valoir que l'expérience opérationnelle acquise par M@QQHBEMM en zone irako-syrienne est «susceptible d’étre utilisée dans le cadre d°actions violentes de l"ultra-gauche révolutionnaire perpétrées contre les intéréts frangais ». 10. Il ressort certes des pigces du dossier et, en particulier, des éléments contenus dans la note des services de renscignement produite par le ministre que M.