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Droit des litiges et des contentieux

Introduction
L'entreprise est au cœur de la vie politique, économique et sociale. Non seulement, elle
représente un enjeu considérable dans la vie d'un pays; mais encore, elle contribue à la
formation des richesses, et à la vitalité d'un pays dans l'économie internationale.
L'importance de l'entreprise tient au fait qu'elle est la cellule de base de la vie des affair
es. Elle dégage des emplois, de la croissance, des biens et des services.
Cependant, ces activités économiques ne s'exercent pas toujours sans problème! Nombres
de désaccords naissent au sein de l'entreprise, et nombres d'accidents agaçants et
dommageables, que l'homme d'affaires ne sait réparer lui-même.
L'entreprise ne peut pas toujours obtenir amiablement la reconnaissance des prérogatives
qu'elle croit avoir, et se voit le plus souvent obligée de saisir un tribunal, pour lui soumettre sa
prétention.
Le contentieux de l'entreprise, formé par l'ensemble de tous ces procès, a donc une
importance considérable.
Au point de vue juridique, de nombreuses relations se nouent, au sein de l'entreprise,
entre les membres de l'entreprise eux-mêmes, ou entre ceux-ci et les personnes qui gravitent
autour d'elle.
Ces relations juridiques sont de natures différentes. Le droit applicable, et par conséquent,
les tribunaux compétents en cas de litige, varient en fonction même de la nature de ces
relations.
Force est donc de constater que la diversité des relations juridiques de l'entreprise est à
l'origine de la diversité du contentieux de l'entreprise et explique aussi la diversité de la justice
des affaires.
Le terme contentieux au sens propre du terme désigne : les contestations portées
devant un juge, et réglées par des procédures juridictionnelles. Etymologiquement le mot
contentieux a pour origine le terme latin « contentieusus ».C'est-à-dire la notion de querelle.
Selon le professeur Abdellah BOUDAHRAINE qui dit que le mot « contentieux » tire
son origine du verbe latin « contendéré » qui signifie « mettre au prise ». Il évoque les
difficultés que soulèvent les rapports entre les parties défendant des intérêts contraires1.

1
.Abdellah BOUDAHRAINE « le contentieux fiscal », EDMAR , 1984 page 14.

1
Droit des litiges et des contentieux

Chapitre 1
Le contentieux fiscal
Le système fiscal marocain repose pour l’essentiel sur la déclaration du contribuable
ou de l’entreprise pour ses revenus ou son chiffre d’affaire. La déclaration de cette dernière
revête une importance capitale car elle permet d’éviter la taxation d’office dont la
généralisation peut devenir rapidement une source d’arbitraire et d’injustice. La déclaration
permet donc de limiter le recours à la taxation d’office par l’administration fiscale et la
procédure contentieuse par le contribuable et renseigne sur la bonne foi du redevable et sur sa
volonté de s’acquitter de sa dette fiscale.
Ceci dit, l’administration fiscale frappe parfois de « manière aveugle sinon très partiale
certains contribuables »2. Il est donc nécessaire de sauvegarder les droits des contribuables,
mais aussi ceux de l’administration en imposant la règle de droit aussi bien aux
administrateurs qu’aux administrés. L’avènement des tribunaux administratifs a assurément
imposé la force probante de la règle de droit aux uns et aux autres et a poussé les
protagonistes à chercher d’abord des solutions amiables dans le cadre du recours préalable ou
gracieux devant l’administration fiscale. Ce recours constitue souvent pour l’administration
une occasion de réparer ses propres erreurs et de mieux apprécier son efficacité interne.
Le recours gracieux peut laisser entrevoir un recours para juridictionnel devant les
commissions de taxation ou para juridictionnel devant les tribunaux administratifs, qui relève
du contentieux de l’excès de pouvoir, de la responsabilité et de la répression pénale. Le
recours dépend souvent du mode d’imposition.
Le professeur M.LEROUGE il définit le contentieux fiscal comme « le fait de
soumettre au juge les actes qui déterminent l’assiette, la liquidation et le recouvrement des
impôts ».
En général, « le contentieux fiscal permet alors d’assurer un contrôle réellement de la
légalité de l’impôt, allant jusqu’à la légalité de la dépense, contrôle juridictionnel qui
s’ajoute à tous les contrôles prévus par les finances publiques »3. C’est encore « une garantie
accordée aux contribuable pour faire face aux abus et aux erreurs que peut commettre
l’administration fiscale »4.

2
Abdellah Boudehrain, le contentieux fiscal, EDEMAR
3
Louis Trotabas, Jean Marie Cottert « Droit fiscal » précis DALLOZ 5ème édition 1985 page 100.
4
Sophia LAMNIA « les garanties du contribuable en matière de contentieux fiscal » Mémoire de DESA en
finances publiques et fiscalité 2002 page 10.

2
Droit des litiges et des contentieux

§1- Le contentieux administratif


Appelé aussi « réclamation préalable ». On ne peut introduire un recours devant le
tribunal administratif qu’à partir de la contestation d’une décision de l’administration fiscale
(5)
. Le recours gracieux ou la réclamation préalable devant l’administration fiscale sont
indispensables. Ils constituent dans certaines mesures la voie la plus rapide du règlement du
différend opposant le contribuable ou l’entreprise au fisc.
La réclamation6 préalable est une voie de recours allant contre les impositions émises,
prenant en considération les capacités contributives des individus. C’est une voie de recours
qui peut traiter à la fois le contentieux de l’assiette et du recouvrement. Le recours
administratif ou la réclamation préalable sont régies par les dispositifs de l’article 235 du
Code Général des Impôts.
En effet la procédure engagée dans ce cadre devient une condition sine qua non de la
recevabilité de la requête devant le juge. Par conséquent, le recours devant l’administration
fiscale est un recours préalable, obligatoire et « d’ordre public »7 .
La réclamation contentieuse peut être définie comme étant «un recours devant
l’administration fiscale, par lequel le contribuable ou redevable sollicite de bénéficier d’un
droit, de corriger l’erreur commise par l’administration fiscale ou la soumission d’un litige
qui l’oppose au fisc » 8 .
On distingue trois types de réclamation contentieuse : celle qui porte sur la
contestation d’une erreur commise dans l’assiette ou le calcul de l’imposition (1) celle qui a
pour objet l’obtention d’un droit résultant d’une disposition législative ou réglementaire (2) et
enfin la réclamation gracieuse (3).

1) Réclamation visant la réparation d’une erreur commise dans l’assiette :

Il ya lieu de distinguer deux types de contestation celle portant sur une erreur totale et
celle portant sur une erreur partielle d’imposition.
Concernant l’erreur totale « ce sont les réclamations des contribuables qui estiment
avoir été imposés à tort et qui contestent la totalité de l’imposition découlant d’une
application erronée de la loi fiscale ; ils visent donc la décharge dès lors que l’erreur
concerne alors le principe même de l’assujettissement à loi fiscale » 9.
Dans le cas d’une erreur partielle, le contribuable ne conteste pas le principe de
l’impôt mais seulement son étendue. Il s’agit notamment « d’erreurs de surévaluation
quantitative de la matière imposable (exemple : double imposition) ; une mauvaise

5
Art 28 de la loi n° 41-90, organisant les tribunaux administratifs, B.O 4227, du 23 Nov 1993
6
La réclamation contentieuse constitue un instrument de conciliation entre l’administration fiscale et le
contribuable, tout en limitant l’intervention du juge dans cette phase.
7
Robert HERTZOG « Le Juge Fiscal » Edition Economica Collection finances publique Mai 1988, page125.
8
Benyad Youness « le contentieux d’imposition au Maroc » Université Hassan II AINCHOC CASABLANCA
1999-2000-page 22
9
- Hamza serhane : de la typologie des réclamations contentieuses présentées devant le service des impôts en
droit fiscal maroccan in REMALD n° 17, 1996 p.123.

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Droit des litiges et des contentieux

qualification juridique de la matière imposable qui a conduit à retenir un régime fiscal


défavorable que celui auquel peut prétendre le contribuable »10.
Enfin, il peut y avoir « une application inexacte ou erronée du tarif de l’impôt sans
remise en cause de l’évaluation ou de la qualification de son assiette »11.

2) Réclamations tendant à obtenir le bénéfice d’un droit prévu par la loi fiscale :

Elle comprend les demandes par lesquelles le contribuable soutient que le service des
impôts a fait une inexacte application ou n’a pas fait application de la loi ; les demandes
visant des impositions qui régulièrement établies ou perçues remises en cause par suite d’une
situation particulières prévue par les textes de loi en vigueur et dont il n’a pu être tenu compte
au moment de l’assiette »12.

3) La réclamation gracieuse :

Le recours gracieux concerne les demandes présentées par les assujettis en vue
d’obtenir la remise ou modération au titre des pénalités et majorations de retard appliquées
pour infractions à la législation fiscale notamment le retard dans le paiement des impôts13 .
Le ministre des finances ou les personnes déléguées par lui à cet effet, conformément à
la loi fiscale accorde la remise gracieuse de tout ou partie des majorations de droit ou des
pénalités prévues par les textes en vigueur, au vu des explications des contrevenants et compte
tenu des circonstances invoquées14.
Par ailleurs, « les décisions prises en ce domaine sont en principe insusceptibles de
recours autre que gracieux ou hiérarchiques. Dans tous les cas, le juge de l’impôt ne peut
jamais en connaître »15.
Concernant la procédure, la réclamation préalable est adressée au directeur des impôts
dans les 4 mois qui suivent celui de la mise en recouvrement du rôle. Son introduction par
l’entreprise vise à obtenir le dégrèvement partiel ou total des cotes qui sont reconnues former
surtaxe, double emploi ou faux emploi. Seul le ministre des Finances ou une personne
déléguée par lui peut accorder ce dégrèvement, ainsi qu’une remise ou modération des
pénalités ou majoration de retard (16).
La taxation d’office est un mode de taxation prévu par la loi à l’égard des
contribuables qui ne remplissent pas les obligations qui leur incombent en matière de
déclaration du résultat fiscal, de chiffre d’affaires, de revenu global de profit ou de
présentation d’actes ou de conventions, présentation des documents comptables et au droit de
contrôle, droit de communication.
10
- idem.
11
- Narach Ahmed « essai sur la nature du pouvoir fiscal au Maroc »thèse du doctorat soutenue publiquement à
l’université Mohammed v Rabat Agdal 2002 page 246.
12
- Said Moutaoukil op . cit page 31.
13
- « le contentieux de l’impôt » Séminaire assure par M.r Ahmed Bouassis au centre de formation à la direction
régionale des impôts à rabat mise à jour 2007- page 7
14
- L’article 236 du code général des impôts.
15
- Benayad youness « le contentieux fiscal au Maroc », Mémoire pour l’obtention du diplôme des Etudes
Supérieures Spécialisées, Université Hassan II ainchoc Casablanca 1999-2000 p.13.
16
- Art 235 du CGI

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Droit des litiges et des contentieux

Si l’administration fiscale a le droit de procéder à la taxation d’office, en cas de non


respect du contribuable de ses obligations, celle–ci reste liée à certaines conditions formelles
qui se traduisent par l’envoi d’une lettre recommandée avec accusé de réception au
contribuable dans les formes déjà soulignées17.
L’inspecteur invite les contribuables à produire leurs observations dans un délai de
trente (30) jours suivant la date de réception de la lettre de notification.
A défaut de réponse dans le délai prescrit, les droits complémentaires sont mis en
recouvrement et ne peuvent être contestés que dans les conditions prévues à l’article 235 du
code général des impôts.
Si les observations des intéressés parviennent à l’inspecteur dans le délai prescrit et si
ce dernier les estime non fondées , en tout ou en partie , il leur notifie, dans un délai
maximum de soixante (60) jours suivant la date de réception de leur réponse , les motifs de
son rejet partiel ou total , ainsi que la base d’imposition qui lui parait devoir être retenue en
leur faisant connaître que cette base sera définitive s’ils ne pourvoient pas devant la
commission locale de taxation dans un délai de trente (30) jours suivant la date de réception
de cette deuxième lettre de notification. Si l’administration ne respecte pas le délai conféré au
contribuable, la procédure de taxation d’office sera frappée de nullité18 .

§2- Le contentieux para-juridictionnel


Le recours para-juridictionnel est régi par les dispositions des articles 225 et 226 du
Code Général des Impôts. C’est une voie de recours qui concerne des impôts modernes :
TVA, IS, IR, etc.

1 – La commission locale de taxation (CLT) (19)

En cas de désaccord entre l’inspecteur vérificateur et le redevable vérifié, ce dernier peut


porter le différend devant la commission locale de taxation, après la deuxième notification
recommandée de l’inspecteur vérificateur, dans un délai de 30 jours. Cette demande est
adressée à l’inspecteur vérificateur. La compétence de la CLT s’étend aux redevables qui leur
établissement principal ou leur siége social à l’intérieur de la province de son essor. Elle
statue sur les litiges qui lui sont soumis et doit se déclarer incompétente sur l’interprétation
des dispositions légales et réglementaires.
La CLT est présidée par un magistrat et se compose d’un représentant de l’autorité
locale, du chef du service local des impôts sur le chiffre d’affaire ou de son représentant, un
représentant de la branche professionnelle la plus représentative de l’activité exercée par le
redevable.
La décision de la commission est susceptible d’appel dans un délai maximum de 60
jours suivant la date de notification de la décision devant la commission nationale du recours
fiscale.

17
- l’article 219 du code général
18
- Tribunal administrative de Rabat, Décision n° 1204 du 03-10-2006 dossiers n° 1513 – 03, inédit.
19
- BO n° 4391 bis 1/7/1996

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Droit des litiges et des contentieux

2 - La commission nationale du recours fiscale (CNRF) (20)

La commission nationale du recours fiscale siège à rabat, elle est placée sous l’autorité
du Premier Ministre.
La CRNF statue sur les litiges qui lui sont soumis et à laquelle sont adressés les recours
contre les décisions des CLT. Elle ne peut connaître des questions portant sur l’interprétation
des dispositions légales et réglementaires.
La CNRF comprend cinq magistrats, 25 fonctionnaires et 100 personnes du monde des
affaire, tous désignés par le Premier Ministre. Le fonctionnement de la commission est assuré
par un magistrat désigné par le premier ministre sur proposition du ministre de la Justice.
L’administration peut contester par voie judiciaire, dans le même délai, les décisions de
la CNRF lorsqu’elle estime que cette dernière a statué à tort des questions de droits.

§3- Le contentieux juridictionnel


Le recours administratif et le recours para-juridictionnel prévoient cette possibilité
comme la dernière issue au litige qui oppose l’entreprise à l’administration. Cette voie de
recours peut traiter à la fois du contentieux de recouvrement et du contentieux d’assiette. Le
terme contentieux trouve ici toute sa plénitude, car l’administration fiscale n’est plus juge et
partie. Le tribunal administratif spécialisé en la matière jouit pleinement de son indépendance.
Son jugement met fin au différend qui oppose l’entreprise et le fisc et confère au contribuable
la certitude qu’il va recouvrir tous ses droits.

1 – La procédure judiciaire en matière de contentieux fiscal

Le respect des règles de procédure en matière de contentieux fiscal constitue une


garantie importante pour l’entreprise. La procédure fiscale est différente de la procédure civile
ou commerciale et se distingue de la procédure administrative par sa rapidité, et ceci pour
protéger aussi bien les intérêts du Trésor que ceux de l’entreprise.

a – Le formalisme de l’introduction du recours


Il porte sur les conditions de formes, à savoir la présentation du premier recours
administratif devant l’administration fiscale, ainsi que le respect des règles générales de la
procédure civile, et sur les conditions concernant la qualité du réclamant ainsi que les
conditions de délais.
 La qualité du réclamant : le recours n’est accepté par le tribunal que dans la mesure
où le contribuable a fait l’objet d’une imposition personnelle. Le contribuable peut se faire
représenter par une autre personne disposant d’une procuration établie en bonne et due forme.
L’entreprise peut se faire représenter dans les mêmes conditions.
 Le délai légale pour intenter le recours : l’entreprise dispose d’un délai d’un mois, à
partir de la notification de la décision préalable, pour intenter un recours contentieux devant le

20
- B.O n° 4391 bis du 1/7/1996 ; Art 226 du CGI

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Droit des litiges et des contentieux

tribunal administratif (21). L’entreprise doit donc attendre la modification pour intenter son
recours. En attendant, rien n’empêche l’administration d’exécuter sa décision puisqu’elle
dispose du privilège d’exécution préalable.

b – L’introduction du recours
D’après l’article 32 du Code de Procédures Civiles, la requête doit être écrite et signé
par l’entreprise ou son mandataire. La requête doit contenir, entre autres, l’exposé sommaire
des faits et moyens ainsi que les conclusions. Elle doit être également accompagnée de la
décision contestée et de l’avis de sa notification.
Une fois la requête enregistrée en secrétariat du greffe, le magistrat désigné convoque
immédiatement par écrit les parties à l’audience et en fixe la date.

2 – L’instruction des litiges

Si l’entreprise est lésée, elle doit défendre l’objet de la requête à partir de positions et de
preuves tangibles. Le juge arbitre, impartial et compétent, se trouve parfois dans l’incapacité
de trancher vu le foisonnement des arguments des uns et des autres ou parce que l’affaire
traitée est particulièrement obscure, probablement à cause de la complexité du système fiscal
marocain. Dans ce cas, le juge peut ordonner de façon spontanée ou à la demande de l’une des
parties l’approfondissement de l’instruction à travers une expertise, une enquête ou toutes
autres mesures d’instruction (22).

a – La charge de la preuve en matière fiscale


La charge de la preuve incombe souvent à l’entreprise, et il est rare que la DGI soit
tenue de justifier sa décision. Une expertise ordonnée par le juge dans des cas précis, vient
conforter la position de l’entreprise ou la désavouer et permet au juge de prendre une décision
qui clôt la procédure contentieuse, qu’elle soit initiée par l’entreprise ou par l’administration
fiscale (DGI).

b – Notification du jugement et exécution


En cas de condamnation du fisc, il appartient à la DGI d’exécuter la décision de justice
en prononçant l’exécution des dégrèvements arrêtés par la justice.
Dans le cas contraire, c'est-à-dire la condamnation de l’entreprise, dans la mesure où
cette dernière a déjà opéré le paiement au profit du fisc, probablement en raison du privilège
de l’exécution préalable, la décision prononcée par le juge de l’impôt devient une simple
ratification d’une situation préexistante.
Rien n’empêche l’entreprise de contester le jugement devant une juridiction supérieure
(Cour d’appel administratif). L’appel ne suspend pas l’exécution en matière fiscale.

21
Art 5/5 du Code de Procédure Civile
22
Art 5/5 du CPC

7
Droit des litiges et des contentieux

Chapitre 2
Le contentieux commercial
Les principales relations, juridiques à caractère commercial de l'entreprise concernent
les opérations commerciales avec les fournisseurs et les clients.
L'entreprise fait alors des actes de commerce. Le Code de Commerce ne comporte
aucune définition de l'acte de commerce, et n'en propose pas de critère général.

§1- Les différends entre associés d’une


société commerciale :
Il faut que le litige présente un rapport quelconque avec le contrat de société pour que
la condition légale soit remplie23.
La jurisprudence française précise la règle en exigeant que le différend ‘’ prenne sa
source dans le pacte social ‘’. Ainsi, si les litiges qui naissent à l’occasion de la constitution,
du fonctionnement et de la dissolution de la société sont de la compétence des tribunaux de
commerce, les litiges qui n’ont pas pour source le pacte social, doivent être exclus de la
compétence.
A- Exclusion d’un associé d’une société commerciale :
L'actionnaire bénéficie dans ses rapports avec la société de certains droits nés de sa
qualité, parmi lesquels figurent, le droit de voter aux assemblées, le droit aux bénéfices et aux
réserves. Sans aucun doute, le droit pour un associé de faire partie de la société et à contrario,
de ne pas être exclu, entre aussi dans cette catégorie de droits individuels nés de sa qualité
d'actionnaire.
Ce droit découle de son adhésion au contrat de société et personne ne peut l'exclure.
L'article 230 du DOC pose comme principe que "Les obligations contractuelles valablement
formées tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faites et ne peuvent être révoquées que de leur
consentement mutuel ou dans les cas prévus par la loi ", et en vertu de l'article 10 du Dahir du
2 juin 1915 fixant la législation applicable aux immeubles immatriculés : " nul ne peut être
contraint de céder sa propriété, si ce n'est pour une cause d'utilité publique ".
En effet, tout actionnaire ne peut être exclu de la société ni contraint de céder ses parts
contre son gré par ses coassociés ou par l'assemblée générale.
Cependant, ce principe connaît des exceptions à la fois conventionnelles, légales et
judiciaires.

23
R.T.D Com 1958 observations Boitard P.81

8
Droit des litiges et des contentieux

I) L'exclusion conventionnelle
Les sociétés anonymes peuvent prévoir, soit dans les statuts soit dans des pactes extra-
statutaires, l'exclusion d'un actionnaire qui ne présente plus certaines qualités ou qui porte
atteinte à leurs intérêts.
Cette exclusion s'entend de toute stipulation expresse par laquelle les actionnaires
d'une société anonyme renoncent, par le jeu de leur propre volonté, à leur droit de ne pas être
exclu de la société.
Bien que les statuts ou les pactes extra-statutaires aient accordé le pouvoir d'exclusion
à un organe social de la société, il ne faut pas en abuser et respecter, néanmoins, certaines
conditions pour que cette exclusion soit valable.
Nous résumons lesdites conditions en trois points proposés par la doctrine, à savoir :
 La précision des motifs de l'exclusion qui doivent être justes ;
 La mise en place d'une procédure claire afin de respecter le principe du contradictoire
au risque de voir la décision d'exclusion annulée par le juge ;
 Et l'octroi d'une indemnisation. Ladite indemnisation doit prendre en considération la
valeur réelle des actions au moment de l'exclusion.

II) L'exclusion d'origine légale


Les actions représentatives d'apports en numéraire doivent être libérées lors de la
souscription du quart au moins de leur valeur nominale. La libération du surplus intervient en
une ou plusieurs fois sur décision du conseil d'administration ou du directoire dans un délai
qui ne peut excéder trois ans à compter de l'immatriculation de la société au registre du
commerce (art. 21 Alinéa 2 de la loi n°17-95 relative aux sociétés anonymes).
A défaut, tout intéressé peut demander au Président du tribunal de commerce
compétent statuant en référé, d'ordonner à la société, sous astreinte, de procéder aux appels de
fonds non libérés.
La société adresse à l'actionnaire récalcitrant une mise en demeure par lettre
recommandée avec accusé de réception.
Au moins Trente jours après cette mise en demeure restée sans effet, la société peut,
sans aucune autorisation de justice, poursuivre la vente des actions non libérées.

III) L'exclusion judiciaire


Aux termes de l'article 1056 al 1 du DOC : "Tout associé peut poursuivre la
dissolution de la société, même avant le terme établi, s'il y a de justes motifs, tels que des
mésintelligences graves survenues entre les associés, le manquement d'un ou de plusieurs
d'entre eux aux obligations résultant du contrat, l'impossibilité où ils se trouvent de les
accomplir ".
Cependant, cette faculté se trouve confrontée aux dispositions de l'article 1060 du
DOC qui stipule que : " Dans le cas de l'article 1056 et dans le cas où la société est dissoute
par la mort, l'absence l'interdiction ou l'insolvabilité déclarée de l'un des associés, ou par la
minorité des héritiers, les autres associés peuvent continuer la société entre eux, en faisant
prononcer par le tribunal l'exclusion de l'associé qui donne lieu à la dissolution ".
De même un actionnaire qui fait de la concurrence à sa société peut en être exclu
conformément aux dispositions de l'article 1004 de DOC, lorsque cette concurrence est de
nature à nuire aux intérêts de la société.
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Droit des litiges et des contentieux

B- L'abus de biens sociaux:


L'abus de biens sociaux est le délit commis par les dirigeants des sociétés
commerciales qui, de mauvaise foi, ont détourné les biens (meubles ou immeubles) ou les
encaissement de la société ou les pouvoirs sociaux dont ils sont investis pour en faire un usage
contraire à l’intérêt social ou à des fins personnelles ou favoriser une autre société dans
laquelle ils sont intéressés directement ou indirectement.
L’article 384 de la loi 17-95 :
« Seront punis d'un emprisonnement de un à six mois et d'une amende de 100 000 à 1
000 000 de dirhams ou de l'une de ces deux peines seulement les membres des organes
d'administration, de direction ou de gestion d'une société anonyme :
1) qui, en l'absence d'inventaire ou au moyen d'inventaires frauduleux, auront,
sciemment, opéré entre les actionnaires la répartition de dividendes fictifs ;
2) qui, même en l'absence de toute distribution de dividendes, auront sciemment
publié ou présenté aux actionnaires, en vue de dissimuler la véritable situation de la société,
des états de synthèse annuels ne donnant pas, pour chaque exercice, une image fidèle du
résultat des opérations de l'exercice, de la situation financière et du patrimoine, à l'expiration
de cette période ;
3) qui, de mauvaise foi, auront fait, des biens ou du crédit de la société, un usage
qu'ils savaient contraire aux intérêts économiques de celle-ci à des fins personnelles ou pour
favoriser une autre société ou entreprise dans laquelle ils étaient intéressés directement ou
indirectement ;
4) qui, de mauvaise foi, auront fait des pouvoirs qu'ils possédaient et/ou des voix dont
ils disposaient, en cette qualité, un usage qu'ils savaient contraire aux intérêts économiques
de la société, à des fins personnelles ou pour favoriser une autre société ou entreprise dans
laqu elle ils étaient intéressés directement ou indirectement. »

C- La responsabilité civile des mandataires sociaux :


Les termes « mandat social » signifient que les dirigeants sociaux exercent une
mission pour le compte de la société au nom de laquelle ils sont habilités à agir. La notion de
dirigeant relève principalement du droit des sociétés et le mandat social se caractérise en
théorie par la précarité. Ces règles du mandat sont à la base de la libre révocabilité des
dirigeants de sociétés et du régime de responsabilité.
Parmi les mandataires sociaux, la loi opère une différenciation, en se référant aux
représentants légaux. Ce concept traduit le pouvoir, tiré de la loi, d’engager la société à
l’égard des tiers24.
Dans un sens large, on définit comme dirigeant toute personne qui exerce à un titre
quelconque une fonction sociale dans le cadre de la direction, de l’administration ou de la
surveillance. A ce titre, sont considérées comme des dirigeants des personnes qui n’exercent
aucune autre activité propre de direction, comme les membres du conseil d’administration ou
les membres du conseil de surveillance.

24
Il s’agit du président du conseil d’administration, des directeurs généraux et directeurs généraux délégués des
SA classiques, du président du directoire et du directeur général unique des SA à directoire, des gérants des
SARL, et du président de la SAS.

10
Droit des litiges et des contentieux

Dans un sens plus restreint, on considère comme dirigeants (ou chef d’entreprise)
seulement les personnes qui s’occupent activement de la gestion de la société et disposent a
cet égard des pouvoirs les plus étendues.
A côté de cette distinction, on retrouve une autre division, plutôt juridique que
factuelle, entre le dirigeant de droit et le dirigeant de fait. Le dirigeant de droit est celui qui
est régulièrement titulaire d’une fonction attribuée par les organes sociaux, conformément
aux règles fixées par le droit des sociétés25. La notion de dirigeant de fait couvre les
personnes qui se comportent comme les dirigeants statutaires, en exerçant un pouvoir effectif
de direction, sans avoir reçu une habilitation juridique régulière26.

La Cour d’appel de Rabat dispose que :« Commettent une faute qui


engage leur responsabilité civile envers les tiers ayant contracté avec
la société : le commissaire aux apports qui, dans son rapport, a
présenté l’immeuble apporté comme franc et quitte de toutes dettes et
charges alors qu’il ne l’était pas et qu’il n’avait même pas été muté ;
l’apporteur administrateur délégué qui n’a pas régularisé son apport
a produit un faux bilan pour obtenir une ouverture de crédit en
banque ; les autres administrateurs pour n’avoir ni vérifié la réalité
de l’apport, ni fait lever après cette vérification, l’hypothèque grevant
l’immeuble apporté, ni contraint l’apporteur à remplir effectivement
ses engagements. La faute commise par les premiers administrateurs
est solidaire et leur prétendue bonne foi ne saurait les décharger de
leur responsabilité ».

§2- Les différends à raison de fond de


commerce.
Le fonds de commerce est, selon l’article 79 du code de commerce, « Un bien meuble
incorporel constitué par l’ensemble des biens mobiliers affectés à l’exercice d’une ou
plusieurs activités commerciales ».
Il est composé de divers éléments dont une liste non exhaustive figure à l’article 80 du
même code. Deux éléments sont obligatoires, à savoir la clientèle et l’achalandage. La
clientèle du fonds est stable et habituelle. L’achalandage est constitué par une clientèle de
passage, qui fait des achats que de façon occasionnelle, mais qui est attirée par l’emplacement
du fonds.
A- la vente de fonds de commerce :
La vente du fonds de commerce comme toute vente, est soumise en principe aux règles
du droit commun. Toutefois, la loi a apporté un certain nombre de dérogations au droit
commun soit dans l’intérêt des créanciers du vendeur pour préserver leur gage sur le fonds de
commerce, soit dans l’intérêt du vendeur pour le protéger contre l’insolvabilité de l’acquéreur.
Pour protéger les créanciers du vendeur, la loi exige que la vente du fonds de commerce
fasse l’objet d’une publicité pour permettre à ses créanciers d’être au courant de la vente et de
faire valoir leurs droits.
25
J.-F. Bulle – op. cit., p. 27
26
J.-F. Bulle – op. cit., p. 27

11
Droit des litiges et des contentieux

L’acte de vente doit être déposé dans les 15 jours de sa date au secrétariat du tribunal
dans le ressort duquel le fonds est situé.
Un extrait de l’acte de vente doit être inscrit au registre du commerce et publié au
bulletin officiel et dans un journal d’annonces légales.
Cette double publication doit être renouvelée entre le 8e et le 15e jour après la première
insertion.
Dans les 15 jours qui suivent la deuxième insertion, les créanciers chirographaires ont la
possibilité de faire opposition sur le prix de vente, c’est-à-dire s’opposer au versement du prix
au vendeur.
Cette opposition peut se faire soit par l’envoi d’une lettre recommandée avec accusé de
réception au secrétariat greffe du tribunal où l’acte de vente a été déposé, soit par le dépôt de
l’opposition au greffe contre récépissé.
Les créanciers opposants, s’ils estiment qu’une partie du prix a été dissimulée, peuvent
demander au tribunal de faire vendre le fonds de commerce aux enchères publiques, en se
portant eux- mêmes acquéreurs de ce fonds et en offrant de payer le prix des éléments
incorporels augmenté du 1/6 (la surenchère du sixième).
Le vendeur qui veut garantir le paiement du prix, a la possibilité de faire inscrire un
privilège au registre du commerce. Ce privilège doit être mentionné dans l’acte de vente et il
confère à son titulaire deux prérogatives, un droit de préférence et un droit de suite.
Le vendeur impayé peut demander la résolution de la vente. Cette résolution a pour
conséquence d’anéantir le contrat de vente avec effet rétroactif.

B- L’apport en société d’un fonds de commerce


Il s’agit d’un apport en nature, qui peut être fait par le propriétaire du fonds en
contrepartie d’actions ou de parts dans la société. Il transfert donc la propriété du fonds à la
société, transfert qui n’est pas obligatoirement fait en pleine propriété. Cette opération doit
être publiée dans les mêmes conditions que la vente. Dans les 15 jours qui suivent la dernière
publication, les créanciers non inscrits doivent déclarer leurs créances au secrétariat-greffe du
tribunal qui lui en délivrera un récepissé.
Sauf demande par les coassociés de l’annulation de l’apport dans les 30 jours de la
seconde insertion, la société est solidairement tenue des dettes de l’associé au payement du
passif déclaré et dûment justifié. Ceci ne s’applique que sous réserve des dispositions relatives
à la fusion ou la scission des sociétés.

C- Le nantissement du fonds de commerce


Le nantissement, sûreté portant sur un bien mobilier, est souvent utilisée pour le fonds
de commerce. Il peut porter sur les éléments du fonds de commerce autres que les
marchandises. En l’absence d’énumération des biens, le nantissement porte sur le nom
commercial, l’enseigne, le droit au bail, la clientèle et l’achalandage. De même, les
succursales doivent être expressément désignées. Il peut être fait par acte sous seing privé ou
par acte authentique.
L’acte, une fois enregistré, sera publié selon les mêmes modalités que la vente du fonds.
Le privilège qui en résulte découle du seul fait de l’inscription sur le registre du commerce
dans les 15 jours de la date de l’acte constitutif. Le rang des créanciers gagistes résulte de la
date de l’inscription au registre du commerce.

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Droit des litiges et des contentieux

§3- Les actions relatives aux effets de


commerce :
Les tribunaux de commerce sont compétents pour connaître (...) des actions relatives
aux effets de commerce » stipule l'article 5-3° de la loi n° 53-95 instituant des juridictions de
commerce.
L’effet de commerce est un titre négociable qui constate l'existence, au profit du
porteur, d'une créance à court terme et sert à son paiement. Un tel titre n'était utilisé que dans
le commerce, d'où son nom.
Les retards de paiement apparaissent souvent mentionnés au rang des principales
difficultés que rencontrent les entrepreneurs au Maroc.

□ Le recouvrement à l’amiable

Lorsque des retards de paiement apparaissent, il appartient au créancier de relancer son


débiteur. Il peut disposer d’une structure en interne ou décider d’externaliser cette fonction en
demandant pour une première démarche l’appui de la mission économique ou en recourant à
un cabinet spécialisé. Les professionnels du recouvrement de créances identifient 3 types de
débiteurs :
- les débiteurs de mauvaise foi pour lesquels un véritable travail d’enquête sera
nécessaire, ainsi que la réunion d’un ensemble d’informations permettant d’exercer une
pression. Ces cas ont cependant plus de chances de trouver une solution sur le terrain
judiciaire.
- les débiteurs victimes de difficultés financières passagères. Il s’agit avec eux de
déterminer, au regard de leur surface financière, un échéancier en vue d’apurer leur dette.
- dans la troisième catégorie, le problème des débiteurs est d’ordre commercial
(insatisfaction du client, malentendu sur les termes du contrat, etc.). Il s’agit donc dans ce cas
essentiellement de déceler la cause du blocage afin de permettre aux partenaires
commerciaux, le cas échéant, de reprendre leurs échanges.

□ Le recouvrement judiciaire

Le créancier peut, enfin, décider d’introduire une procédure en justice en vue de


recouvrer sa créance. L’efficacité de la procédure judiciaire se prépare avec un contrat et des
documents commerciaux de qualité dans la mesure où le créancier devra à ce stade produire
l’original des bons de commande, les factures, les titres de transport, les divers courriers
échangés entre les parties etc., afin de prouver l’existence et le montant de sa créance.
Plusieurs procédures sont envisageables :

- la procédure d’injonction de payer peut être envisagée pour toute créance supérieure
à 1000 Dh, due en vertu d’un titre ou d’une promesse reconnue. Elle est portée devant le
président du tribunal de commerce. Si la requête lui paraît justifiée, il rend une ordonnance
faisant droit à la demande et condamnant le débiteur au paiement et aux frais. Dans le cas
contraire, il rejette ladite demande par une décision motivée et renvoie le demandeur à saisir
la juridiction suivant les formes du droit commun.
- une demande en référé peut être introduite devant le président du tribunal de
commerce, en vertu de l’urgence, pour remédier aux difficultés relatives à l’exécution d’un

13
Droit des litiges et des contentieux

jugement ou d’un titre exécutoire ou pour ordonner une mise sous séquestre, ou toute autre
mesure conservatoire, et ce, que le litige soit ou non engagé devant le juge du fond.
- le tribunal de commerce peut être saisi selon les voies de droit commun en vue de
l’exécution des clauses du contrat.
Afin de renforcer les chances de réussite du recouvrement et d’empêcher le débiteur
d’organiser son insolvabilité, il est également conseillé d’introduire une saisie conservatoire
sur les biens meubles et immeubles ou sur le fonds de commerce et/ou une saisie arrêt sur les
sommes et effets appartenant au débiteur et détenus par un tiers (le compte bancaire par
exemple).

§4- Les difficultés des entreprises :


Aux termes de l'article 560 du code de commerce, "les procédures de traitement des
difficultés de l'entreprise sont applicables à tout commerçant, à tout artisan et à toute société
commerciale, qui n'est pas en mesure de payer à l'échéance, ses dettes exigibles, y compris
celles qui sont nées de ses engagements conclus dans le cadre de l'accord amiable prévu à
l'article 556".
Il ressort des dispositions de cet article que le passif exigible et l'incapacité d'y faire face
constituent les principales composantes de l'état de cessation des paiements.
Une entreprise insolvable27 n'est pas forcément en état de cessation des paiements dans
la mesure où, même si la vente de ses actifs ne suffit pas à assure la liquidité nécessaire pour
payer ses dettes exigibles elle peut y parvenir très rapidement, notamment grâce à l'ouverture
du crédit.
La cessation de paiement n'est pas une notion comptable ; ni les résultats déficitaires, ni
le bilan ne peuvent l'indiquer.
Ainsi, une entreprise présentant un résultat déficitaire, n'est pas nécessairement en état
de cessation de paiement. C'est ce qui a été établi par la cour de cassation française ; celle-ci
"a cassé la décision d'une cour d'appel qui avait déclaré en état de cessation de paiement une
entreprise au seul motif que le résultat était déficitaire depuis deux ans, sans constater que le
débiteur se trouvait dans l'impossibilité de faire face à son passif exigible avec son actif
disponible".
Le jugement de redressement judiciaire permet d’ouvrir un délai d’attente qui permet au
syndic de mener à bien sa mission, à savoir relater dans un rapport la situation financière,
économique et sociale de l’entreprise avec l’aide du débiteur. Il peut également se faire
assister d’experts.
Le bilan de doit rien omettre des difficultés de l’entreprise : nature, origine, importance.
Le projet de plan aura pour base ce bilan. Le syndic le proposera au juge-commissaire
soit dans l’optique de redresser cette entreprise soit dans celle de la céder.
Le syndic devra s’acquitter de cette mission (faire ces propositions) dans un délai de 04
mois à compter de la date du jugement d’ouverture de la procédure.
Le projet doit, et c’est son essence, préciser les perspectives de redressement tendant à
l’entreprise que le plan, qui est l’émanation de la réflexion du syndic à propos de l’entreprise,
pourra se prononcer : les possibilités devant l’entreprise, les modalités d’activités, le
financement à disposition.

27
Une entreprise est en état d'insolvabilité lorsque son passif est supérieur à son actif, c'est-à-dire que le total des
dettes ou - le passif externe en termes comptables - est supérieur à la valeur totale des éléments de l'actif, composés
d'immobilisations corporelles et incorporelles, de stocks, de créances et de liquidités.

14
Droit des litiges et des contentieux

Après une concertation avec les différents partenaires (débiteurs contrôleurs et


déléguées du personnels) et suite d’un rapport du syndic le tribunal décide soit la continuation
de l’entreprise, soit la cession de l’entreprise ou la liquidation judiciaire.

A- Le plan de continuation :
Le tribunal opte pour la continuation s’il constate l’existence de possibilité sérieuse de
redressement et d’apurement du passif, le plan opté par le tribunal dans ce cas, il prévoit
toutes les modifications nécessaires pour cette finalité.
Le plan de continuation restitue au débiteur l’administration de son entreprise , mais
éventuellement modifié , le plan peut aussi s’accompagnés s’il y a lieu de l’adjonction de
l’arrêt ou cession de certaines branches , en ce qui concerne l’adjonction elle est peu probable
car l’entreprise elle est déjà en difficultés , sauf le cas ou cette adjonction s’avère avantageuse
pour l’entreprise , contrairement à l’arrêt ou la cession ils sont destiner à alléger l’exploitation
des autres secteurs.
Le plan de continuation peut modifier les structures et aussi le statues si ses
modification s’avère nécessaire à la continuation de l’entreprise, finalement le plan pendant sa
durée qui ne peu dépasser 10 ans reste susceptible de plusieurs modifications qui peuvent être
décidé par le tribunal à la demande du chefs d’entreprise et suite d’un rapport de syndic.

B- Le plan de cession :
La cession a pour but d’assurer le maintien d’activité susceptible d’exploitation
autonome , de tout ou partie des emplois qui y sont attachés et d’assurer le passif, elle peut
être totale ou partielle , elle est totale c'est-à-dire elle englobe l’ensemble d’élément
d’entreprise ou partielle c'est-à-dire se limite à des composantes déterminées de l’exploitation
, le choix de ses composantes n’est pas fait arbitrairement il doit comporter sur une branche
autonome d’activités pour que la cession soit rentable, la cession partielle peut être
accompagnés par un plan de redressement pour les biens non cédés ou une liquidation
judiciaire.

C- la liquidation judicaire :
La procédure de liquidation judiciaire a pour principal objectif de désintéresser les
créanciers. Cette branche de l’alternative est plus simple. La liquidation judiciaire peut être
prononcée par le juge à tout moment de la période d’observation, dès qu’il apparaît qu’un
redressement est impossible. Ce jugement définitif peut intervenir aussi dès la saisine du
tribunal, c’est à dire sans période d’observation, si l’entreprise à cessé toute activité ou si le
redressement est manifestement impossible.

15
Droit des litiges et des contentieux

Chapitre 3
Le contentieux financier et bancaire
Le contentieux bancaire et financier recouvre la gestion de tout conflit relatif à la
validité et à l'exécution des opérations bancaires et financières, ainsi qu'à la responsabilité
civile, pénale et disciplinaire des entreprises du secteur de la banque et de la finance et de
leurs dirigeants.

§1- Les infractions boursières :


A- La spéculation illicite sur le marché (délit
d’i itiés) :

C’est le fait d’exploiter ou de communiquer de manière abusive une information


privilégiée et que cette opération soit réalisées avant que le public ait eu connaissance de la
dite information28. La dite information doit porter sur les perspectives d'évolutions ou sur la
situation d'un émetteur de titre, sur les perspectives de valeurs mobilières ou sur un contrat
négociable.

a) La notion d’information privilégiée :

L'alinéa 2 de l'article 25 du Dahir du 1993 précise ce qu'il faut entendre par information
privilégiées : Il s'agit de toute information relative à la marche technique, commerciale ou
financière d'un émetteur ou aux perspectives d'évolution d'une valeur mobilière, encore
inconnue du public et susceptible d'affecter la décision d'un investisseur. On peut citer par
exemple une décision de réduire le dividende ou des pertes substantielles de la société,
l'information relative au marché des titres est assimilable à celle qui concerne l'activité de la
société, par exemple la connaissance d'un projet d'offre publique d'achat ou d'une évaluation
par un acquéreur à un prix plus élevé.
Quand à la précision de l'information, ni le législateur ni le CDVM n'ont pris la peine
d'indiquer les caractères que devrait présenter l'information, contrairement à la législation
française qui décide que l'information doit être précise, particulière et certaine, en cela la
véritable information qui se distingue des rumeurs qui peuvent circuler au sein des milieux
d'affaires qui ne constituent pas une information, en effet, la nouvelle circulaire29 décrit, sans
citer les caractéristiques, ce qu'elle appelle "information importante" qui correspond
parfaitement à la notion d'information privilégiée : « une information importante constitue
tout fait intervenant dans l'organisation ou la situation commerciale technique ou financière
des émetteurs, et peuvent avoir une influence significative sur les cours en bourse de leur

28
France DRUMMOND, droit des marchés financiers P411
29
La Circulaire du CDVM n °01/05 relative aux règles déontologiques devant encadrer l ’information au sein
des sociétés cotées.

16
Droit des litiges et des contentieux

titres en cas de cotation ou une incidence sur le patrimoine des porteurs de eu cas d'appel
public à l'épargne sous cotation ».
L'exigence légale rejoint l'objet de l'information ainsi, l'information n'est privilégiée que
s'elle est de nature à influencer sur le cours si elle était rendue publique. Le privilège réside
dans l'antériorité de la connaissance et non pas dans le nombre de ceux qui partagent
l'information, être initié, c'est disposé d'informations privilégiées avant que le public en ait
connaissance, en revanche, l'information cesse d'être privilégiée des que le publique à les
moyens d'en prendre connaissance.
En particulier, est considérée comme information privilégiée :
• un projet de cession stratégique d’une partie de l’actif ;
• une distribution d’un dividende exceptionnel ;
• un projet de recomposition du capital ;
• un projet d’offre publique sur le marché ;
• des résultats exceptionnels, par rapport à l’historique ou au consensus de place.

▪ les initiés directs30:

Les initiés directs ou primaires ou encore de première main, sont les personnes qui, à
l’occasion de leurs fonctions, sont le plus susceptibles de détenir des informations
privilégiées. Il s’agit des dirigeants d’une société cotée31, ces initiés sont tenus de respecter
deux obligations absolues :
*obligation d’abstention ; il ne doit pas exploiter l’information qu’il détient, que ce
soit dans son propre intérêt ou dans celui d’autrui, avant que celle-ci n’ait été redue publique.
*obligation de discrétion : outre l’interdiction supra citée, l’initié a également
l’interdiction de la transmission de cette information à des tiers hors du cadre normal de sa
profession ou des ses fonctions même s’il n’en tire pas profit soi- même (délit de dîner en
ville).

▪ Les initiés indirects32:

Les initiés indirects ou secondaires ou encore occasionnels, sont les personnes qui
disposent d’informations privilégiées à l’occasion de l’exercice de leur profession ou de leur
fonctions. Cette catégorie est beaucoup plus large que la précédente car elle comprend les
personnes qui appartiennent à l’entreprise mais également celles qui n’en font pas partie mais
qui entretiennent des relations avec elles (banquier, avocat, journaliste, analystes). On peut
considérer ainsi, comme a clamer M. C. Ducouloux- Favard, que sur ces initiés, repose une
obligation de loyauté contractuelle ou d’ordre déontologique qui interdit l’exploitation dans
un intérêt personnel d’informations obtenu dans le cadre professionnel33.

b) Les éléments constitutifs du délit d’initiés :

Les délits d’affaires restent soumis aux principes généraux de droit commun, en effet, le
délit d’initié repose, comme toute infraction de droit pénal sur l’élément matériel et l’élément
moral, étant donné que l’article 25 du Dahir portant loi précité dispose que « toute personne

30
Circulaire n°01/05
31
Société cotée : toute société dont les titres de capital et/ou de créances sont inscrits à la cote de la Bourse de
Casablanca.
32
Circulaire 01/05
33
MASSET et C. PREVEE, Les délits financiers, BRUYLANT, Op. cit. p. 408.

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Droit des litiges et des contentieux

disposant, dans l’exercice de sa profession ou de ses fonctions, d’informations privilégiées et


qui les aura utilisées pour réaliser ou permettre sciemment de réaliser sur le marché, soit
directement, soit par personne interposée, une ou plusieurs opérations, (…) »

▪ L’élé e t atériel :
Il consiste en la réalisation sur le marché une ou plusieurs opérations. L'initié est
punissable s'il effectue lui même les transactions litigieuses, directement ou par personne
interposée, mais également s'il permet sciemment à un tiers de les réaliser.

▪ L’élé e t oral :
L'article 25 du dahir sanctionne le fait de réaliser ou de permettre sciemment de réaliser,
cette différence de rédaction, à notre avis, ne signifie pas que le délit n'est intentionnel que
dans la seconde hypothèse.

B- Les agissements illicites :


Le délit de manipulation de cours et la diffusion d’informations fausse ou trempeuse
constituent une entrave au fonctionnement du marché boursier.

a) La diffusion d’informations fausses ou trompeuses :


Conformément aux dispositions de l’article 26 du Dahir portant loi précité, « toute
personne qui aura sciemment répandu dans le public par des voies et moyens quelconques,
des informations fausses34 ou trompeuses35 sur les perspectives ou la situation d’un émetteur
de titres ou sur les perspectives d’évolution d’une valeur mobilière de nature à agir sur les
cours ou, de manière générale, à induire autrui en erreur sera passible d’un emprisonnement
de trois mois à deux ans et d’une amende de 10 000 à 500 000 dirhams ou de l’une de ces
peines seulement.
Le montant de cette amende pourra être porté jusqu’au quintuple du montant du profit
éventuellement réalisé, sans qu’il puisse être inférieur à ce même profit ».
L’infraction peut être commise par « toute personne ». Dans la majorité des cas, il
s’agira de professionnels, (dirigeants de société) mais rien ne s’oppose à ce qu’un simple
particulier soit poursuivi.

b) La manipulation des cours :


Conformément aux dispositions de l’article 26 du Dahir portant loi précité, « (…) Sera
punie des mêmes peines que celles prévues au présent article toute personne qui, directement
ou par personne interposée, aura sciemment exercé ou tenté d’exercer sur le marché d’une
valeur mobilière une manœuvre36 ayant pour objet d’agir sur le cours ou, de manière
générale, d’entraver le fonctionnement régulier du marché en induisant autrui en erreur».
34
L’information fausse : toute information mensongère, inexacte ou fallacieuse, diffusée dans le but de
provoquer un mouvement sur les cours des titres de la société. Par exemple, est considérée comme information
fausse, la diffusion d'une augmentation erronée du chiffre d'affaires d'une société émettrice dans le but
d’accorder les meilleures chances à une émission d’actions en numéraire.
L’information trompeuse : toute information qui, sans être fausse, est présentée de manière pernicieuse en vue
35

d'induire l'utilisateur en erreur. Il en est ainsi d'une représentation graphique trompeuse sur l'évolution des
résultats d'une société. De même, une omission d'information ou la divulgation d'une information incomplète
peut porter atteinte à la bonne information du public et constituer, de ce fait, une information trompeuse.
36
Le terme « manœuvre », qui peut correspondre à une mise en scène, un mensonge ou une réticence, permet de
réprimer de nombreux actes propres à induire en erreur et a inciter un tiers à acheter ou à vendre à tort sur le
marché boursier

18
Droit des litiges et des contentieux

Les auteurs de ces agissements encourent les mêmes sanctions que celles prévues pour
les auteurs du délit de la diffusion d’informations fausses ou trompeuses. Le texte ne se limite
pas aux initiés puis que l’accomplissement de ce délit suppose une certaine concertation pour
agir sur le marché, une entente réalisée pour multiplier les ordres d’achat ou de vente.
L’incrimination est large, puisque le délit est imputable à toute personne qui exerce ou tente
d’exercer (la tentative est érigée en une infraction principale) une manœuvre.

§2- Le blanchiment d’argent :


La loi définit le blanchiment de capitaux comme étant, entre autres, “le fait d’acquérir,
de détenir, d’utiliser, de convertir ou de transférer des biens dans le but de dissimuler ou de
déguiser l’origine de ces biens, dans l’intérêt de l’auteur ou d’autrui” quand ces derniers sont
le produit des infractions prévues par ce projet de loi (trafic de stupéfiants, d’êtres humains,
d’immigrés, d’armes et de munitions, mais aussi corruption et détournement de biens publics
ou privés).
Les peines prévues vont de deux à cinq ans de prison ferme pour les personnes
physiques en plus d’amendes allant de 20.000 à 100.000 DH. Les personnes morales, elles, et
sans préjuger des peines d’emprisonnement à l’encontre de leurs responsables et agents,
risqueront des amendes allant de 500.000 à 3 millions DH. Ces peines et amendes passent au
double en cas de récidive ou en cas d’actes attribués à une bande organisée.
D’après la nouvelle loi “Sont assujetties aux dispositions du présent chapitre les
personnes physiques et les personnes morales de droit public ou de droit privé, à l’exception
de l’Etat, qui, dans l’exercice de leur mission ou de leur profession réalisent, contrôlent ou
conseillent des opérations entraînant des mouvements de capitaux susceptibles de constituer
des infraction” à la présente loi.
Les personnes assujetties à cette loi sont tenues, envers l’Unité de traitement du
renseignement financier (organe rattaché à la primature et mis en place par voie
réglementaire), par le devoir de déclaration de soupçon chaque fois que le doute est porté sur
une transaction ou un mouvement de capitaux. L’Administration, par un autre texte
réglementaire, devra fixer ce montant.
Autrement dit, c’est le secret professionnel qui en pâtit, mais avec des garanties aussi
bien pour les personnes assujetties que pour les personnes ou entités concernées.

§3- le secret bancaire :


Le secret bancaire est érigé en principe dans tous les pays du monde. Il consiste pour la
banque détentrice d'un compte à ne pas divulguer les informations personnelles d'un client à
un tiers. Le secret ne peut être levé qu'en cas de procédure judiciaire.
Au Maroc, l’article 79 de la loi bancaire stipule que «Toutes les personnes qui
participent à l’administration, à la direction ou à la gestion d’un établissement de crédit, ou
qui sont employées par celui-ci, (...) sont strictement tenues au secret professionnel pour
toutes les affaires dont ils ont à connaître, à quelque titre que ce soit, dans les termes et sous
peine des sanctions prévues à l’article 446 du code pénal».
Les banquiers qui gèrent des comptes de particuliers et de professionnels ont accès à un
grand nombre d'informations personnelles sur leurs clients. Ces informations de différents
types sont toutes couvertes par le secret bancaire, autrement dit le secret professionnel. Seul le
détenteur d'un compte peut être informé de la situation bancaire de son compte. Le banquier
ne peut en aucun cas divulguer ces informations à un tiers sauf dans le cas ou son client est

19
Droit des litiges et des contentieux

sous le coup d'une procédure judiciaire officielle. A cette définition générale s'ajoute par
extension des pratiques plus opaques menées par les paradis fiscaux notamment. Dans ces
pays, le secret bancaire est total. En cas d'action de justice la banque d'un paradis fiscal n'est
pas tenue de divulguer des informations. Cette opacité totale doublée d'une vérification
aléatoire de la provenance des fonds déposés ouvrent la porte à de nombreuses pratiques
malhonnêtes comme le blanchiment d'argent. Généralement ses pratiques sont associées à des
« facilités » fiscales.
Tous les jours, le banquier a accès à de nombreuses informations sur ses clients. Il sait
quel est le niveau des avoirs en banque d'un client, le montant de ses revenus, les opérations
que le client réalise... Le banquier a aussi accès à des informations personnelles minimum
comme l'identité de son client, l'identité de ses enfants, le lieu de résidence... Pour protéger la
vie privée de tous clients d'une banque, le banquier est tenu par le secret bancaire.
En effet au Maroc, l’article 79 de la loi bancaire Marocaine stipule que «Toutes les
personnes qui participent à l’administration, à la direction ou à la gestion d’un établissement
de crédit, ou qui sont employées par celui-ci, (...) sont strictement tenues au secret
professionnel pour toutes les affaires dont ils ont à connaître, à quelque titre que ce soit, dans
les termes et sous peine des sanctions prévues à l’article 446 du code pénal».
Le secret bancaire est formel et universel. Toutes les banques du monde doivent s'y
tenir. Tout est d'ailleurs mis en place pour que le secret bancaire soit respecté. Au niveau
technique, l'accès aux comptes en ligne notamment est sécurisé. Les opérations bancaires font
toutes l'objet de vérification en interne pour éviter les fuites d'informations préjudiciables à un
client. Mais une banque peut être amenée à lever le secret bancaire dans quelques cas très
précis prévus par la loi. Ces exceptions sont souvent associées à une procédure judiciaire
formelle. Le secret bancaire peut notamment être levé en cas de réquisition judiciaire ou des
douanes en cas de soupçon de blanchiment, saisie-arrêt ou avis à tiers détenteur,
surendettement, réquisition fiscale.
Si globalement la notion de secret bancaire est dans les pays une obligation légale (sous
peine de sanction pénale), chaque pays peut édicter des règles spécifiques concernant les
mécanismes de divulgation d'information. Dans certains pays souvent regroupés sous le terme
générique de paradis fiscaux, la rupture du secret bancaire est quasi impossible même sur
injonction pénale internationale. Cette opacité jalousement entretenue permet notamment à
des organisations crapuleuses de « légaliser » le produit d'activités interdites comme la vente
de drogue ou d'arme, la prostitution...

§4- Augmentation de capital :


L'augmentation de capital est une opération classique dans la vie des sociétés de
capitaux:
- si la situation de la société est saine, ses actionnaires qui bénéficient d'un droit
préférentiel de souscription n'hésitent pas à participer à l'opération d'augmentation de capital
par apport en numéraire.
- ou bien, la société traversant une passe difficile, cherche un partenaire extérieur, qui ne
va accepter de souscrire que s'il peut obtenir une part substantielle dans le capital ou même
exercer un contrôle sur la société.
L'augmentation de capital pourra également se réaliser grâce à un apport en nature (un
immeuble…), ou grâce à une incorporation de réserve dans le capital.

20
Droit des litiges et des contentieux

Procédure :

Le capital social peut être augmenté en une ou plusieurs fois, soit par émission d'actions
nouvelles, soit par majoration de la valeur nominale des actions existantes. (Article 182).
L'augmentation de capital par majoration de la valeur nominale des actions requiert le
consentement unanime des actionnaires à moins qu'elle ne soit réalisée par incorporation de
réserves, bénéfices ou primes d'émission.
Les actions nouvelles peuvent être libérées :
- soit par apport en numéraire ou en nature ;
- soit par compensation avec des créances liquides et exigibles sur la société ;
- soit par incorporation au capital de réserves, bénéfices ou primes d'émission ;
- soit par conversion d'obligations.

L'assemblée générale extraordinaire a seule le pouvoir de décider, sur le rapport du


conseil d'administration ou du directoire, une augmentation de capital. Ce rapport indique les
motifs et les modalités de l'augmentation de capital proposée.
L'assemblée générale peut, toutefois, déléguer au conseil d'administration ou au
directoire les pouvoirs nécessaires à l'effet de réaliser l'augmentation de capital en une ou
plusieurs fois, d'en fixer les modalités, d'en constater la réalisation et de procéder à la
modification corrélative des statuts.
Le capital doit être intégralement libéré avant toute émission d'actions nouvelles à
libérer en numéraire, à peine de nullité de l'opération.

21
Droit des litiges et des contentieux

Chapitre 4
Le contentieux social

§1- La procédure de licenciement :


L’employeur peut procéder au licenciement du salarié pour un motif lié à sa conduite
dans l’entreprise, pour deux raisons :
 Soit que le salarié a purgé, dans la même année, l’ensemble des sanctions
disciplinaires ;
 Soit que le salarié a commis une faute grave.
A l’égard du salarié qui a commis une faute non susceptible d’être qualifiée de grave,
l’employeur dispose d’un pouvoir disciplinaire dont il ne doit pas en abuser. Cependant, il
doit respecter dans la prise de toutes ces mesures disciplinaires, le principe de la graduation
des sanctions dont le cumul dans une année pourrait justifier le licenciement du salarié.
Par ailleurs, le code du travail énumère certaines fautes susceptibles d’être commises
par le salarié et qui sont considérées comme graves justifiant le licenciement.
Pour pouvoir exercer ce pouvoir de licenciement d’un salarié pour motif valable,
l’employeur doit respecter la procédure dictée par le code de travail dont la violation peut
dénaturer le licenciement en licenciement abusif.

1- La convocation à l’entretien préalable

Le rôle de l’employeur en matière de procédure de licenciement est un rôle positif


puisqu’ « à la lecture des dispositions des articles 61, 62, 63, 64 et 65 du code de travail, il
apparaît que la mise en application de la procédure de licenciement relève,
principalement, de l’employeur qui détient l’initiative de renvoyer le salarié en
prétendant qu’il a commis une faute grave……….. ».
Ainsi, en application des dispositions de l’article 62 du Code de Travail, le législateur
fait obligation à l’employeur ou son représentant qui envisage de licencier un salarié de
convoquer l’intéressé à un entretien dans les huit jours de la constatation de l’acte source de
conflit.
L’entretien doit se dérouler en présence du délégué du personnel ou syndical choisi
par le salarié.
En cas d’accord entre les parties, un procès verbal est dressé et signé par les parties
dont copie est délivrée au salarié.
l’absence du salarié à l’audition n’exonère pas l’employeur de terminer ce qui reste de
la procédure légale puisque le dernier alinéa de l’article 62 susmentionné impose le recours à
l’inspecteur de travail en cas de refus de l’une des parties d’entreprendre ou de
poursuivre cette procédure.

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Droit des litiges et des contentieux

2- La conciliation devant l’inspecteur du travail

Le salarié qui s’estime être licencié abusivement, peut recourir à la procédure de


conciliation devant l’inspecteur du travail pour la réintégration à son poste de travail ou
l’obtention d’une indemnité.
Un procès-verbal constatant le résultat de ces tentatives de conciliation, est établi,
signé par les parties et contresigné par l’inspecteur du travail.
Ce procès-verbal tient lieu de quitus à concurrence des sommes qui y sont portées.

3- La notification du licenciement au salarié

Une fois la procédure légale consommée, l’employeur doit notifier au salarié le


licenciement par lettre recommandée avec accusé de réception ou par lettre remise en main
propre contre décharge.
Cette notification doit être faite dans les 48 heures de la prise de la décision de
licenciement. Une copie de la lettre de licenciement doit être adressée à l’agent chargé de
l’inspection du travail.
Cette lettre doit indiquer les motifs de licenciement, la date de l’entretien préalable
avec procès verbal à l’appui pour prouver l’exercice de cette obligation ainsi que la mention
du délai de 90 jours pour pouvoir exercer son action devant les tribunaux.

§2- Les indemnités auxquelles a droit le


salarié licencié abusivement

1- L’indemnité compensatrice de préavis :

Tout licenciement sans préavis ou sans que la durée du préavis soit intégralement
observée impose à la partie responsable le versement à l’autre partie d’une indemnité
compensatrice de préavis.

Aux termes de l’article premier du Décret n° 2-04-469 du 29 décembre 2010, le délai


de préavis pour la rupture unilatérale du contrat de travail à durée indéterminée, prévu à
l’alinéa 2 de l’article 43 de la loi susvisée n° 65-99, est fixé comme suit :

Pour les cadres et assimilés, selon leur ancienneté :

 moins d’un an : un mois ;


 un an à 5 ans : deux mois ;
 plus de 5 ans : trois mois.

Pour les employés et les ouvriers, selon leur ancienneté :

 moins d’un an : 8 jours ;


 un an à 5 ans : un mois ;

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Droit des litiges et des contentieux

 plus de 5 ans : deux mois.

2- Indemnité de licenciement (indemnité minimum légale)

Elle est due à tout salarié licencié qui était lié par un Contrat de travail à Durée
Indéterminée, ayant effectué au moins 6 mois de travail dans la même entreprise, n’ayant pas
commis de faute grave et quels que soient le mode de sa rémunération et la périodicité du
paiement du salaire.

Aux termes de l’article 53 du code de travail, le montant de l’indemnité de


licenciement pour chaque année ou fraction d’année de travail effectif est proportionnel à
l’ancienneté du salarié dans l’entreprise à raison de :

Années de travail effectif Indemnité due équivalente


effectuées à
5 ans 96 heures de salaire
6 à 10 ans 144 heures de salaire
11 à 15 ans 192 heures de salaire
Plus de 15 ans 240 heures de salaire

3- Dommages intérêts pour licenciement abusif

Le salarié licencié abusivement a droit en plus de son indemnité de licenciement et de


l’indemnité compensatrice de préavis, au versement de dommages et intérêts. Leur montant
est fixé à 1,5 mois de salaires par année d’ancienneté, et plafonné à 36 mois de salaire.

4- Indemnité compensatrice de congés payés

Une indemnité compensatrice de congés annuels payés est accordée à tout salarié
licencié quel que soit le motif du licenciement, n’ayant pas bénéficié d’une partie ou de la
totalité de son congé et ayant travaillé au moins un mois au sein de la même entreprise.
Cette indemnité est équivalente à la rémunération qu’aurait perçu le salarié licencié s’il avait
bénéficié de son congé annuel payé.

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Droit des litiges et des contentieux

Table de matières
Introduction .............................................................................................................................. 1

Chapitre 1- Le contentieux fiscal ........................................................................................ 2

§1- Le contentieux administratif ......................................................................................... 3

§2- Le contentieux para-juridictionnel................................................................................ 5

§3- Le contentieux juridictionnel ........................................................................................ 6

Chapitre 2- Le contentieux commercial ............................................................................. 8

§1- Les différends entre associés d’une société commerciale : .......................................... 8

§2- Les différends à raison de fond de commerce. ........................................................... 11

§3- Les actions relatives aux effets de commerce : .......................................................... 13

§4- Les difficultés des entreprises : .................................................................................. 14

Chapitre 3- Le contentieux financier et bancaire ............................................................ 16

§1- Les infractions boursières : ......................................................................................... 16

§2- Le blanchiment d’argent : ........................................................................................... 19

§3- le secret bancaire : ...................................................................................................... 19

§4- Augmentation de capital : ........................................................................................... 20

Chapitre 4- Le contentieux social ...................................................................................... 22

§1- La procédure de licenciement : ................................................................................... 22

§2- Les indemnités auxquelles a droit le salarié licencié abusivement............................. 23

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