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Economie et statistique

Exportations intra-firme ou directes : une alternative pour les firmes


multinationales
Madame Emmanuelle Chevassus-Lozza, Monsieur Jacques Gallezot, Madame Danielle
Galliano

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Chevassus-Lozza Emmanuelle, Gallezot Jacques, Galliano Danielle. Exportations intra-firme ou directes : une alternative pour
les firmes multinationales. In: Economie et statistique, n°326-327, 1999. pp. 97-112;

doi : https://doi.org/10.3406/estat.1999.6227

https://www.persee.fr/doc/estat_0336-1454_1999_num_326_1_6227

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Résumé
Une alternative pour les firmes multinationales : exportations intra-firme ou directes Pourquoi les
entreprises optent-elles pour des échanges intra-firme et en quoi ce choix influence-t-il leur volume-
d'exportations ? En France, par exemple, ils représentent le tiers des exportations industrielles et près
d'un quart des exportations agro-alimentaires en 1997. L'importance croissante des ces échanges met
au premier plan, dans l'analyse de la compétitivité externe, différents aspects de la mondialisation des
firmes. Pour les produits agro-alimentaires, les économies d'échelle, la protection de la marque et des
savoir-faire et l'existence de barrières à l'échange motivent le choix des firmes multinationales de
recourir au marché interne. Une , analyse économétrique de l'enquête sur les échanges intra-firme
confirme le fonctionnement spécifique du marché interne des entreprises multinationales de ce
secteur. Ces firmes auraient, dans la détermination du prix interne, la possibilité d'annuler l'effet de la
charge fiscale qui grève . la compétitivité des exportations directes. D'autre part, le volume des
exportations intra-firme serait plus particulièrement influencé par l'expérience du groupe sur les;
marchés internationaux et la protection de la marque. Enfin, les effets-prix, couplés au comportement
de gestion par la firme multinationale des différentiels de fiscalité, suggèrent une recherche
d'optimisation de sa compétitivité globale dans laquelle le marché interne joue un rôle privilégié.

Abstract
An Alternative for Multinational Firms: Intra-Firm or Direct Exports Why do firms opt for intra-firm trade
and how does this choice influence their export volume? In France, for; example, intra-firm trade
accounted for a third of industrial exports and nearly one-quarter of food exports in 1 997. In an
analysis of foreign competitiveness the growing i magnitude of this trade reveals different aspects of:
corporate globalisation. . The decision by multinational food firms to trade on the : internal market is
motivated by economies of scale, protecting the brand and know-how and the existence of. trade
barriers. An econometric analysis of an intra-firm trade survey confirms the specific way in which the
internal 2 market of multinational firms operates in this sector. In setting the internal price, these firms
have the possibility of cancelling the effect of the tax burden, which puts a strain on the
competitiveness of direct exports. The. volume of intra-firm exports is also thought to be more
especially influenced by the group's experience on international markets and brand protection
considerations. Moreover, price effects coupled with the multinational firm's way of managing the tax
differentials suggest that i they seek to maximise their overall competitiveness in which the internal
market plays a major role.

Zusammenfassung
Eine Alternative fur die multinationalen Unternehmen:lntrafirmen Oder Direktexporte Warum
entscheiden sich die Unternehmen fur den: Intrafirmenhandel und inwiefern hat diese Wahl einen
EinfluB auf ihr Exportvolumen? Im Jahre 1 997 entfiel auf ihn beispielsweise in Frankreich ein Drittel
der Industrieexporte und nahezu ein Viertel der Lebensmittelausfuhren. Einer , Analyse der externen
Wettbewerbsfàhigkeit zufolge ist die zunehmende Bedeutung dieses Handels in erster Linie3 auf
verschiedene Aspekte der Globalisierung der Firmen zurûckzufûhren. Bei den Lebensmitteln sind die
GrôBenvorteile, der Schutz . der Marke und des Know-hows sowie das Vorhandensein von
Handelsschranken dafur ausschlaggebend, daB die . multinationalen Firmen auf den heimischen
Markt; zurûckgreifen. Eine okonometrische Analyse der Erhebung ûber den Intrafirmenhandel
bestàtigt, daB der. heimische Markt der multinationalen Unternehmen dieses Sektors auf besondere
Art und Weise funktioniert. Bei der Festlegung des Preises fur den heimischen Markt - hàtten diese
Firmen die Môglichkeit, den Effekt der Steuerbelastung, die die Wettbewerbsfàhigkeit der;
Direktexporte beeintrâchtigt, zu neutralisieren. Andererseits hàtten die Erfahrungen der Gruppe auf
den ; Weltmarkten und beirn Markenschutz einen besonderen EinfluB auf den Umfang der
Intrafirmenexporte. SchlieBlich lassen die Preiseffekte - gekoppelt mit dem Verhalten eines
multinationalen Unternehmens gegenûber der unterschiedlichen Besteuerung - darauf schlieBen, daB
es sich um eine Optimierung seiner globalen Wettbewerbsfàhigkeit, bei dem der heimische Markt eine
vorrangige Rolle spielt, bemûht.
Resumen
Una disyuntiva para las firmas multinacionales : exportaciones intrafirma o directas I Por que se deciden las
empresas por unos intercambios intrafirma En que medida influye esta decision en el volumen de
exportaciones ? En Francia, por ejemplo, estos intercambios representan la tercera parte de las
exportaciones industriales y casi la cuarta parte de las exportaciones agroalimentarias en 1 997. La
importancia cada vez mayor de estos intercambios pone de manifiesto,' en el anâlisis de la competitividad
externa; distintos aspectos de la mundializaciôn de las firmas. Para los productos agroalimentarios, los
ahorros de escala, la protecciôn de las marcas y de los procesos de : fabricaciôn y la existencia de
barreras al intercambio influyen en la decision de las firmas multinacionales de recurrir al mercado interne
Un anâlisis econométrico de la encuesta sobre los intercambios intrafirma confirma el . funcionamiento
espeeffico del mercado interno de las empresas multinacionales de ese sector. Esas firmas tendrfan la
posibilidad, al fijar el precio interno, de cancelar el efecto de la carga fiscal que grava la competitividad de
las exportaciones directas. Por otra parte, el volumen de las exportaciones intrafirma estaria mâs
influenciado por la experienca del grupo en los mercados internacionales y por la protecciôn de la marca.
En fin, los efectos precio, asociados con el comportamiento de gestion por la firma multinacional de los
diferenciales de fiscalidad, parecen senalar la busca . de una optimizaciôn de su competitividad global en
la que el mercado interno desemperïa un papel relevante.
ECHANGES EXTERIEURS

Exportations intra-fîrme

ou directes : une alternative

pour les firmes multinationales

Pourquoi les entreprises optent-elles pour des échanges intra-firme et en quoi


ce choix influence-t-il leur volume d'exportations ? En France, par exemple,
Jacques
Chevassus-Lozza,
Emmanuelle
et
Galliano*
Danielle
Gallezot. ils représentent le tiers des exportations industrielles et près d'un quart des
exportations agro-alimentaires en 1997. L'importance croissante des ces échanges
met au premier plan, dans l'analyse de la compétitivité externe, différents aspects
de la mondialisation des firmes.
Pour les produits agro-alimentaires, les économies d'échelle, la protection
de la marque et des savoir-faire et l'existence de barrières à l'échange motivent
le choix des firmes multinationales de recourir au marché interne. Une analyse
économétrique de l'enquête sur les échanges intra-firme confirme
le fonctionnement spécifique du marché interne des entreprises multinationales
de ce secteur.
* Les auteurs travaillent : Ces firmes auraient, dans la détermination du prix interne, la possibilité d'annuler
à l'Inra-ESR, l'effet de la charge fiscale qui grève la compétitivité des exportations directes. \
Emmanuelle Chevassus-Lozza D'autre part, le volume des exportations intra-firme serait plus particulièrement
au laboratoire LERECO
de Nantes, Jacques influencé par l'expérience du groupe sur. les marchés internationaux
Gallezot au laboratoire
.

LEIAA d'Ivry sur Seine et la protection de la marque. Enfin, les effets-prix, couplés au comportement
et Danielle Galliano au de gestion par la firme multinationale des différentiels de fiscalité, suggèrent
laboratoire ETIQ : de
Toulouse. Ils remercient une recherche d'optimisation de sa .compétitivité globale dans laquelle le marché
Alban Thomas (Inra) interne joue un rôle privilégié.
pour ses conseils en
>

économétrie, Carlos
Martinez Monga (DGH
,

de la Commission
européenne) pour la mise à
disposition des
informations sur l'imposition des
sociétés et les PI ortées par un développement important de de ces échanges intra-firme (EIF). Leur,
,

rapporteurs pour, leurs leurs investissements directs à l'étranger, existence met en évidence la nécessité de mieux
remarques constructi- les firmes multinationales (FMN), quelles que connaître les déterminants de l'organisation
ves. .
soient leurs activités industrielles, génèrent, au interne de la firme. Elle pose la question
niveau international, des flux internes de fondamentale de la capacité des FMN à contourner
capitaux, de technologies, d'emplois, de services ou? les règles du marché et à dépasser les frontières
Les noms et dates entre de marchandises. Ce constat n'est pas particulier des nations, remettant ainsi en question
parenthèses renvoient à
la bibliographie en fin aux groupes français et la littérature en économie l'analyse des fondements de la compétitivité externe
d'article. internationale reconnaît l'importance croissante et celle de l'efficience des politiques publiques.
.

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Les raisons du développement protéger et de valoriser ses avantages spécifiques
d'un marché intra-fîrme comme ceux liés aux produits (propriété
technologique, marques, savoir-faire, etc.) ou à ses
Deux courants de la littérature se sont compétences organisationnelles (économies d'échelle
particulièrement emparés de cette thématique. Un et de compétence, transfert d'expérience, etc.) ; :
premier, basé sur la théorie des coûts de
transaction et porté par Williamson (1975), oppose — l'internalisation est considérée comme le
deux institutions : le marché et la firme. L'inter- moyen de créer ou sauvegarder l'avantage
nalisation répond au souci d'éviter les coûts monopolistique, voire de créer des barrières à l'entrée
inhérents aux échanges sur le marché. Les sur un marché (Hymer,- 1960 ; Mathieu, 1997) ;

.
défaillances du-, marché, les obstacles à
l' échange international; et . les coûts qui en s - enfin, les fondements de l'échange intra-firme
découlent, expliquent l'internalisation, du; sont à trouver dans la gestion financière globale
marché au sein de la firme multinationale. Le du groupe. La contrepartie de l'échange est le flux
second i courant, développé par Dunning financier et le prix interne, et non le prix de
(1981), propose une approche plus « marché qui peut disparaître de l'échange intra-firme
éclectique » de la multinationalisation, organisée autour ; (Coase, 1937). La rationalité des critères de
de trois conditions nécessaires à la réalisation gestion du groupe multinational permet, à partir de
de l'internationalisation de la firme : ces prix internes, un arbitrage entre des objectifs
«Avantage spécifique, localisation, internalisation ». de parts de marché et des objectifs de marge ainsi *
qu'une allocation des activités et des profits entre -

.
La condition nécessaire et suffisante réside
dans le fait qu'ildoit être impossible à la firme: les filiales selon les conditions économiques qui
d'exploiter en même temps ses avantages prévalent dans le pays d'accueil (Harris, 1993 ;
spécifiques et ceux liés à la localisation si elle ne Cantwell, 1994) ; ceci tout en tenant compte des
dispose, pas: d'uni marché interne que les problèmes de gestion et d'incitation des
investissements directs à l'étranger permettent managers (Donnenfeld et Prusa, 1995).
de créer. Ainsi, au-delà des explications
classiques centrées sur les imperfections du marché, Toutefois, l'analyse empirique des flux
émerge une conception renouvelée du marché internes à l'entreprise multinationale fait encore
interne de la firme, où l'existence et la mise en largement défaut dans la mesure où ces
œuvre de ses avantages spécifiques et transactions, sont: peu accessibles à l'observateur
compétitifs jouent un rôle central. externe et où les statistiques du. commerce
.

international ne font pas de distinction entre les


Dans ce cadre, les fondements de i'internalisa- échanges intra-firme et ceux réalisés entre
tion peuvent être regroupés autour de trois entités indépendantes. L'enquête
:

grands types de déterminants : Mondialisation industrielle, lancée en 1994 par le


ministère de l'Industrie, l'Insee et le ministère
— P internalisation des échanges permet à la firme, de l'Agriculture, est la première enquête sur le
multinationale de réduire l'incertitude et les coûts thème des échanges intra-firme en France: Som
liés aux transactions sur le marché mais aussi de exploitation a permis de réaliser une estimation-
,

Tableau 1
'

Les échanges extérieurs français de produits agro-alimentaires


En%
Exportations Importations ,
Valeurs (en milliards de francs) 115,9 Valeurs (en milliards de francs) 92,6
Ventes à des tiers 77 Achats à des tiers 89

Entreprises indépendantes 14 Entreprises indépendantes ? 59/


Groupes v 63; Groupes ; 30'
Groupes français 49 Groupes français 19

Groupes étrangers 14 Groupes étrangers 11


=

Ventes intra-firme 2ZI Achats intra-firme 11


Groupes français 14 Groupes français 3
Groupes étrangers 9 Groupes étrangers . 8
Sources : enquête Mondialisation industrielle, Sessi, Scees et Insee, fichiers des Douanes et base de données Medina de l'Inra, 1993.

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globale du poids de ces échanges dans le. depuis 1980, une croissance importante de ses
commerce extérieur agro-alimentaire, puis de. excédents même si, dans une période récente, la
préciser les déterminants qui affectent le tendance s'est inversée en raison du décalage
volume des exportations internes et externes à la conjoncturel entre la France et ses partenaires.
firme multinationale (1). La question est de Cette, performance, souvent- assimilée à la
savoir, quels sontiles motifs qui influencent le. compétitivité externe, s'appuie, en fait, plus-
choix du marché interne et de cerner l'impact, particulièrement sur. les firmes organisées en*
spécifique de ces ventes internes, groupes de sociétés dont l'activité représente
comparativement aux ventes directes, sur le volume des 86 % des exportations de la branche. Leur parti-
exportations. . cipation'est nettement: plus faible dans les
importations (41 %) (cf. tableau 1). Elle
s'explique par le rôle des groupes à capitaux français,
qui contribuent plus aux exportations que les
Le commerce extérieur groupes étrangers ou les entreprises
agro-alimentaire français indépendantes. Dans ce contexte, chacun de ces trois
acteurs assume un rôle spécifique dans la balance
commerciale française. Les groupes à capitaux
Le groupe multinational, du fait de la français occupent une place majeure : ils
présence de ses filiales dans plusieurs pays, représentent 63 % des exportations, 22 % seulement
dispose de la capacité d'internaliser une partie: des importations et réalisent un excédent
de ses échanges internationaux, flux internes commercial de 51 milliards de francs (cf. tableau 2). De
qu'il est nécessaire de mesurer. Pour cela, il leur côté, les groupes étrangers localisés en*
faut tout d'abord préciser le contour du marché France dégagent un excédent commercial de 10
interne en identifiant les frontières pertinentes milliards de francs. Plus de la moitié de leurs
des groupes et les acteurs des échanges intra- échanges globaux sont sous contrôle de groupes
firme (cf. encadré 1). Dans un contexte où la non communautaires (américains et suisses) ;
performance sur, les marchés extérieurs est des groupes hollandais, italiens et allemands;
conçue comme une composante importante de contrôlent l'autre partie. Quant aux entreprises
la croissance, cette mesure permet une analyse indépendantes, elles jouent un rôle très différent,
des formes des échanges intra-firme et de leur, dans le commerce extérieur. Elles réalisent près:
impact sur la compétitivité externe , de la des deux tiers des importations
<

Nation. agro-alimentaires mais seulement 14 % des exportations


totales. De ce fait, leur solde extérieur est largement'
négatif (- 38,4 milliards de francs).
Les groupes français réalisent
près des deux tiers des exportations
Le quart des exportations
L'activité des industries agro-alimentaires agro-alimentaires sont intra-firme
semble, comme pour la majorité des secteurs
industriels, soutenue par ses ventes extérieures. Ainsi, L'avantage organisationnel, sur lequel les
le solde de la branche agro-alimentaire connaît,,
.

groupes s'appuient, découle d'une stratégie de


conquête de marché à partir d'investissements,
directs à l'étranger/ Particulièrement
Tableau 2 importants dans le secteur agro-alimentaire ces
Les groupes dans le solde extérieur dernières années, ces investissements permettent"
agro-alimentaire français le développement d'une production locale et
En milliards de francs génèrent des transactions de nature diverse au a
Solde sein de la firme multinationale. Néanmoins, le,
i j

recours au marché interne n'est pas


Groupes français +51.5 systématique dans l'agro-alimentaire. Ainsi, sur la
1

Dont échanges intra-firme + 13.3 population des 317 groupes qui interviennent dans?
Groupes étrangers
j

+10.3 les échanges extérieurs de la branche,


Dont échanges intra-firme +3.3
; |

seulement la moitié font des échanges intra-firme.


Entreprises indépendantes -38.4

Total + 23.3 /. Contrairement aux, données sur les exportations, les


statistiques françaises sur les importations ne permettent
Sources : enquête Mondialisation industrielle. Sessi. Scees et pas d'identifier l'ensemble des déterminants de IEIF et
Insee. fichiers des Douanes et base de données Medina de notamment la structure des firmes multinationales à
llnra. 1993: l'étranger (Chevassus-Lozza étal.. 1999).

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Toutefois, ces 168 firmes multinationales ont (sucre, chocolats, café, condiments, biscottes et
plus d'impact sur les échanges extérieurs : elles biscuits) ■ ou de ; produits ■ laitiers. S'ils

:
réalisent 78 % des exportations et 36 % des concernent les mêmes produits qu'à l'exportation, les

;
importations agro-alimentaires françaises. Leurs importations intra-firme sont, par contre, le fait'
marchés internes canalisent près de 30 % des de groupes étrangers (70 %), américains,
échanges totaux? des groupes (exportations hollandais et suisses. Selon les branches, la part
et importations) ce qui représente; in fine, 23 % des échanges qui; transitent à l'intérieur des
des exportations et 11 % des importations firmes multinationales peut être plus élevée : elle
françaises. Enfin, ces échanges internes aux représente 35 à 45 % des échanges extérieurs
groupes ont un effet positif sur le plan national dans des produits plus standardisés et moins
la mesure où ils dégagent un excédent périssables comme les boissons, farines : et céréales

.
commercial de 16 milliards de francs. transformées, conserves de légumes et autres ^
produits alimentaires.
L'importance du marché interne des firmes
multinationales varie selon les produits, leur origine et De par la nature de ses produits et de ses
leur, destination. Les trois quarts des échanges procédés de production, l'internalisation des
intra-firme dans l' agro-alimentaire sont des échanges agro-alimentaires est moins avancée que
exportations, réalisées principalement par des groupes celle de l'industrie manufacturière. Les EIF
français (61 %), américains (17 %) et hollandais représentent,- dans le secteur industriel, 34 %
(10 %) (cf. tableau 3). Il s'agit de boissons, de des exportations et 31 % des importations totales

:
produits de la branche « autres produits alimentaires » (Hannoun et Guerrier, 1998): C'est au niveau

Encadré 1
LES SOURCES POUR L'ANALYSE DES ECHANGES INTRA-FIRME

Les statistiques du commerce international ne font treprises qui interviennent dans les échanges de
pas de distinction entre les échanges intra-firme et biens alimentaires transformés, sans se limiter à
les échanges entre entités indépendantes. Ceci celles qui ont comme activité principale l'industrie
explique la rareté des analyses empiriques relatives agro-alimentaire (IAA). Plusieurs fichiers
aux transactions internes aux firmes multinationales statistiques administratifs ont été mobilisés pour permettre
présentes en France. La seule source de données un traitement complet de l'enquête Mondialisation
concernant' les échanges intra-firme provient industrielle. L'appariement de ces différentes
d'enquêtes réalisées auprès d'entreprises, ce qui sources statistiques - données douanières,. liaisons

implique l'établissement de questionnaires par les financières existant entre les firmes (Lifi),- enquêtes
autorités nationales. Le ministère du Commerce des: annuelles d'entreprises (EAE) - a été réalisé au
États-Unis et le ministère japonais du Commerces sein de la base de l'Inra sur les marchés extérieurs
extérieur et de l'Industrie (MITI) conduisent ce type des industries agro-alimentaires (Medina). Pour ce
d'enquête depuis la fin des années 70. L'enquête faire, trois étapes ont été nécessaires :
française Mondialisation industrielle , s'est
également donnée comme objectif de mesurer la part du - mise en cohérence des déclarations d'échanges ;
.

commerce extérieur correspondant à des échanges intra-firme • de :• l'enquête Mondialisation industrielle ■


.
:

internationaux internes aux groupes industriels. Elle avec les déclarations douanières des entreprises en
a été réalisée en 1994 par le Sessi (ministère de 1993. À partir d'un appariement des fichiers
l'Industrie) auprès des entreprises industrielles, le d'entreprises des douanes et de l'enquête Mondialisation
Scees (ministère de l'Agriculture) pour les industrielle, les divergences d'informations fournies
entreprises agricoles et agro-alimentaires et par l'Insee par les firmes sur les triplets « entreprise, produit et
:

auprès des filiales françaises du commerce de gros. pays de destinations (ou origine) » du flux ont été
L'enquête a touché 6 800 entreprises,1 dont 6 000 corrigées ;
industrielles et 800 commerciales. Comme il
s'agissait d'une investigation nouvelle, près de 60 % des - recomposition des frontières du groupe de sociétés
entreprises ont été contactées par téléphone pour, et identification de la tête de groupe. Cette étape;
relance ou complément d'information. Au total, le: s'est appuyée sur l'exploitation de l'enquête sur les
taux de réponse apparaît satisfaisant : 80 % du liaisons financières entre les entreprises, après
nombre des entreprises et 95 % des. variables appariement avec l'enquête Mondialisation industrielle;
;

d'intérêt (importations et exportations). Leurs corrigée en première étape ;


réponses . et . les . non-réponses ont été redressées
(cf. annexe). - harmonisation et mise en cohérence de ces fichiers ;
statistiques avec les enquêtes annuelles
Afin de tenir compte de l'ensemble des flux intra- d'entreprises qui fournissent des résultats sur le chiffre
firme de; produits- agro-alimentaires, français, d'affaire, les effectifs, les rémunérations, le taux

l'exploitation de l'enquête a porté sur toutes les d'exportation et les dépenses de publicité.

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du comportement à l'importation des groupes nales de la branche (Chevassus-Lozza et al.,
étrangers que la différence est la plus marquée : 1998). Le débat ouvert sur l'impact, au niveau
31 % des importations intra-firme industrielles des économies nationales, des multiples
se font à l'intérieur des groupes étrangers aspects de la mondialisation ne se limite donc pas
contre seulement 8 % dans l'agro-alimentaire. aux échanges.
L'avantage comparatif français en matière de
production agro-alimentaire serait-il un frein
aux importations intra-firme des groupes Le marché unique européen :
étrangers ? Ou les contraintes d'adaptation aux une destination privilégiée
multiples composantes des préférences du des échanges intra-firme
consommateur en limiteraient-elles le poids ?
Ainsi s'expliquerait l'importance, dans l'agro- L'analyse de la répartition géographique des
alimentaire, de la production locale des filiales échanges, selon la nationalité des groupes, est
des groupes étrangers qui, en 1993, est riche d'enseignements sur les motifs des EIF et
supérieure à la valeur totale des importations révélatrice de certains mécanismes d'intégration

Tableau 3
Nationalité du groupe, provenance et destination des échanges intra-firme
A - Importations intra-firme
En%
Provenance géographique Intensité (1)
Nationalité
Total Union Reste Total Union Reste
européenne du monde européenne du monde
Ensemble 100 81,48 18,52 23,71 25,18 18,84
Française 29,99 18,96 11,04 12,87 10,71 19,70
Néerlandaise 16,87 15,26 1,61 42,19 44,16 29,67
Allemande 8,16 7,49 0,67 48,58 48,48 49,79
Italienne 4,93 4,41 0,52 22,97 37,53 5,33
Autres UE 5,98 5,83 0,14 46,61 49,82 12,76
Suisse 15,07 12,98 2,09 47,55 51,04 33,36
Américaine 19,00 16,55 2,46 28,79 34,73 13,38
Reste du monde 0 0 0 0,94 1,81 0,71
1 . Part des importations intra-firme du groupe dans ses importations totales selon la provenance géographique.
Lecture : les importations intra-firme représentent 12,87 % des importations totales des groupes français, 19,7% de leurs importations
en provenance du reste du monde.

B- Exportations intra-firme
En%
Destination géographique Intensité (1)
Nationalité
Total Union Reste Total Union Reste
européenne du monde européenne du monde
Ensemble 100 71,75 28,25 25,38 27,12 21,81
Française 60,72 41,96 18,76 21,19 22,57 18,66
Néerlandaise 9,39 4,27 5,12 46,35 39,57 54,07
Allemande 0,65 0,54 0,11 13,21 13,04 14,12
Italienne 4,68 4,2 0,48 30,04 34,35 14,34
Autres UE 0,83 0,69 0,14 13,33 18,35 5,71
Suisse 7,19 5,86 1,33 44,44 53,19 25,76
Américaine 16,5 14,22 2,28 37,62 38,95 31,00
Reste du monde 0,03 0,01 0,02 6,15 5,18 6,48
1 Part des exportations intra-firme du groupe dans ses exportations totales selon la destination géographique.
|
.

Sources : enquête Mondialisation industrielle, Sessi, Scees et Insee, fichiers des Douanes et base de données Medina de l'Inra, 1993.

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des marchés agro-alimentaires en Europe. Ce convergence des structures économiques. Dans
processus, qui s'appuie largement sur le ce cadre, les groupes européens, comme les
principe de préférence communautaire inscrit dans groupes étrangers non communautaires,
les fondements de la politique agricole exploitent les avantages du marché unique tout
commune, est déjà bien avancé. La polarisation des en contribuant, en retour, au processus même
échanges des groupes sur l'Union européenne r de l'intégration:.
(77 % des importations, 67 % des exportations)
en atteste. En outre, malgré l'abaissement des :
barrières à l'échange, l'essentiel des échanges :
intra-firme est encore réalisé au sein du marché Les déterminants empiriques
unique : 82 % des importations intra-firme des exportations intra-firme
proviennent de filiales situées en Europe et 72 %
pour les exportations.
a littérature à propos de l'échange intra-
Si l'achèvement du marché unique conduit, suri 1 firme permet d'identifier les principaux
le plan intra-communautaire, à une facteurs généralement invoqués pour expliquer
libéralisation du marché du capital et des marchandises, l'importance des EIF. Pour l'essentiel, les
il implique aussi une protection commune aux études empiriques sont le fruit de travaux
frontières de l'Union européenne. Ce américains et japonais. En effet, seuls les États-Unis
mécanisme est une incitation classique pour les et le Japon conduisent des enquêtes sur ce
investissements directs; des pays tiers. Ces, thème depuis le début des années 70. La plupart
investissements « tête de pont » (expression de des analyses partent du postulat que les
Greenaway, 1993) permettent de contourner les déterminants ne sont pas •: les mêmes selon que

;
barrières à l'entrée du marché unique et l'échange a lieu à l'intérieur de la firme
d'accéder à une demande plus vaste encore que la. multinationale ou sur le marché. Toutefois, hormis
seule demande française. Ainsi, l'essentiel des l'étude de Benvignati (1990); aucun travail ne
échanges des filiales françaises des groupes teste vraiment cette différence. .
non communautaires (américains et suisses
.

principalement) est réalisé sur le marché Les fondements de l'internalisation peuvent


européen (72 % pour leurs importations, 83 % pour: être regroupés autour de trois grandes familles
leurs exportations). À l'inverse, le faible d' influences qui renvoient aux fonctions de
volume du commerce de ces filiales avec le base de la firme : fonctions financière,
reste du monde, et les États-Unis en particulier, marchande et industrielle:-
démontre qu'il s'agit de filiales productives et
non uniquement commerciales. Cette
pénétration européenne passe, en partie, par le marché Minimiser les taxes
dans un contexte mondial9

interne des groupes étrangers et donc par um


réseau de filiales ; également * implantées en

Europe (39 % des exportations vers l'Union Pour les déterminants liés à la gestion
européenne des filiales américaines sont intra- financière globale du groupe; la plupart des auteurs
firme, 53 % pour les filiales suisses). mettent en évidence la possibilité, pour ; les f
groupes, de maximiser leur profit global par
Loin de réduire les échanges internes des l'internalisation des transactions (Wang et
.

groupes européens, le marché unique favorise Connor, 1996). Cette conception accorderait:
la construction de leurs propres réseaux à la firme la capacité de fixer des prix internes
régionaux. C'est pour leurs importations que (prix de transfert) en fonction de sa stratégie
les filiales françaises des groupes européens sur le marché ou afin d'obtenir une
ont le plus recours au marché interne (les taux minimisation globale des taxes dans le: contexte de
d'importation intra-firme desrgroupes l'hétérogénéité internationale des fiscalités.
allemands pouvant atteindre près de 50 %). Les échanges internationaux intra-firme sont
Associés au fait que l'essentiel des produits est dès lors une condition nécessaire à un
revendu en l'état, les échanges intra-firme transfert de revenus (Harris, 1993 ; Jacob, 1996).
permettent de compléter les gammes et de On peut associer à ce type de déterminants les
satisfaire la préférence pour, la variété des pratiques de la gestion du risque de change.
consommateurs. Le marché interne sert alors Ainsi, en internalisant leurs transactions, les
de vecteur à la mise en œuvre des avantages FMN peuvent limiter les coûts de transaction-
spécifiques de la firme dans un marché par le choix des monnaies de facturation ou»
unique caractérisé par un processus croissant de , de paiement.

102 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 326-327, 1999 - 6/7


Protéger l'avantage d'un monopole appréciée, par les auteurs, par le ratio (ventes
des filiales à l'étranger / total des ventes du
Concernant les déterminants marchands, Fin- groupe), variable reprise par Wang et Connor.
ternalisation peut être vue comme un moyen de* Selon leurs résultats, l'expérience joue
contourner mais aussi de créer et d'exploiter les' particulièrement à l'exportation. Dans le même ordre
imperfections du marché (Buckley et Casson, d'idée, Lall (1978) utilise la part des actifs de la-,
1985). La firme peut sauvegarder, voire créer,, firme à l'étranger dans ses actifs totaux. Le
son; avantage: monopolistique (Jacquemin, second type d'économies d'échelle, internes à
1989) en pratiquant, comme le note Dunning, la filiale, renvoie à l'existence de rendements
différentes stratégies « compétitives ou croissants et de gains de productivité liés à la
anticoncurrentielles » face aux concurrents (prix, taille de la firme. Il explique la localisation,
prédateurs, discrimination par les prix; etc.). d'une usine, dans un pays donné, par la
Par ailleurs,, la; présence de: barrières à néces ité de rentabiliser un équipement et de fabriquer
l'échange justifie, en univers incertain, un produit proche de la demande du pays-hôte.
l'existence des EIF (Becuwe et ai, 1998). Ainsi, on* Pour: appréhender. ces économies, Wanget
s'attend à ce que les barrières à l'entrée sur un, Connor, (1996), et aussi Benvignati (1990),
marché influencent les échanges intra-firme et; estiment un indice de taille minimale efficiente
la plupart des travaux introduisent le niveau de des entreprises sur un marché donné, à partir de
concentration de l'activité sectorielle pour la distribution des chiffres d'affaire ou du
saisir cet élément (Connor, 1983 ; Sugden, 1983 ; nombre de salariés par secteur d'activité. .
Wang et Connor, 1996). Cette variable est sou- -
vent mesurée à partir de la part de marché des
quatre premières firmes ou de l'indice d'Her- Moindre coût pour le lancement
findahl. de produits nouveaux

Les produits nouveaux ou différenciés seraient,


Réaliser des économies d'échelle selon Wang et Connor (1996), Siddarthan et
sur la recherche et la production Kumar (1990) et Benvignati (1990), les plus
concernés par l'internalisation des échanges
Enfin, le rôle des caractéristiques industrielles parce que leurs coûts de mise sur le marché sont
et organisationnelles spécifiques est également élevés (promotion marketing, nécessité de,
souligné dans la littérature comme favorisant connaître : les = réactions des consommateurs,
l'échange intra-firme. Dans ce cadre, plusieurs- service après-vente, etc.). Cette hypothèse
facteurs explicatifs sont mobilisés dans les implique l'existence d'une activité importante en
travaux empiriques. R&D et les dépenses en la matière sont souvent r
utilisées pour caractériser l'innovation se
Les économies d'échelle seraient un facteur portant sur les produits. Du fait de la plus grande
influençant le développement des échanges intra- complexité des produits et de la nécessité de
firme. Markusen (1995) les distingue selon1 protection des savoirs technologiques,
qu'elles sont réalisées au niveau de l'ensemble l'intensité : de la R&D est un argument favorisant
du groupe ou au niveau de l'usine (de la filiale). l'EIF. La protection de la technologie, et du
Le premier type d'économies est plus savoir-faire qui l'accompagne, va être assurée par;
particulièrement générateur de transactions . intra- la création d'un marché interne à la firme (Mi-
firme afin, par exemple, de mieux valoriser les chalet, 1985). Dans ce cadre, l'intensité du
activités de recherche, et développement capital humain est fréquemment utilisée pour;
(R&D). Il renvoie aux économies capter l'existence de savoirs à protéger.
d'organisation (Economies of Scope), mises en évidence
par Chandler (1990), qui peuvent être L'effet de la différenciation des produits sur.
appréhendées par le biais de l'expérience acquise à l'échange intra-firme- peut; être également
l'international par la FMN. Cet indicateur est appréhendé par les dépenses en publicité. C'est
souvent utilisé comme facteur privilégié pour; une mesure efficace de la différenciation des
justifier l'échange intra-firme. Ainsi, si un entreprises, qui utilisent notamment leur image
groupe a déjà des filiales dans un pays, ses afin de promouvoir leurs produits à
échanges avec ce pays seront intra-firme de l'exportation (Wang et Connor, 1996). Toutefois, le rôle
manière à économiser les coûts de connaissance des dépenses de publicité est interprété
du marché et de création d'une nouvelle différemment par Benvignati (1990) :
infrastructure pour distribuer les produits (Siddar- l'investissement en publicité qui permet de toucher
thanet Kumar, 1990). Cette expérience est directement le consommateur annule l'intérêt

ECONOMIE ET STATISTIQUE N° 326-327. 1999 - 6/7 103


financier de l'EIF. Pour ces mêmes motifs, Lall 1996 ; Fontagné et al, 1997). Cette distinction
(1978) justifie la corrélation négative qu'il renvoie à la nature de l'investissement direct :
obtient entre les dépenses en publicité, horizontale (la majorité de la production de la
nécessaires à la promotion des biens de masse vendus filiale est vendue directement dans le pays
directement au consommateur, et le taux étranger) ou verticale (la filiale fabrique des
d'exportation intra-firme. biens intermédiaires qu'elle revend à une autre
filiale du groupe pour être transformés par la
suite). L'échange intra-firme de biens
L'intégration verticale serait intermédiaires traduirait une organisation productive
génératrice d'échanges intra-firme sur une échelle internationale. Toutefois,
l'échange de biens finals, fortement dominant
Enfin, la nature du produit est souvent dans les industries agro-alimentaires, constitue
introduite avec l'hypothèse que les motifs de aussi une composante importante des EIF.
l'échange intra-firme sont différents selon que Ainsi, Cantwell (1994) montre que, en parallèle
le bien est destiné à la consommation finale ou à l'intégration verticale génératrice d'échanges
à la production. Le fait que l'échange porte sur intra-firme, l'intégration horizontale conduit
un bien intermédiaire plutôt qu'un bien final est chaque filiale à produire certaines variétés pour
un argument favorable à l'échange intra-firme le marché local et pour l'exportation, et à
(Siddarthan et Kumar, 1990 ; Wang et Connor, importer les autres variétés produites par les

Tableau 4
Les facteurs d'influence des échanges intra-firme

Variables Coefficient Test de Student (1)


Constante 0,582 ***
Caractéristique de l'entreprise
Économies d'échelle de l'entreprise 0,216
Niveau de salaire moyen 0,230
Caractéristique du groupe
Expérience du groupe à l'international 0,280 ***
Dépenses de publicité du groupe 0,157 ***
Localisation de la tête de groupe 0,713 ***
Nature du bien ou du marché
Bien intermédiaire -0,158 **
Degré de concentration du marché 0,266 ***
Destination de l'échange (2)
Union Belgique - Luxembourg 1,583 ***
Pays-Bas 1,023 ***
Allemagne 1,626 ***
Italie 1,204 ***
Grande-Bretagne 1,425 ***
Danemark 0,118 n.s.
Grèce - 0,335 n.s.
Portugal 0,338 n.s.
Espagne 1,583 ***
Suisse 0,991
États-Unis 1,209 ***
Japon 0,651 **
Nombre d'observation. s 5 956
R2 ajusté 0,1681
1 . *** indique un effet significatif au seuil de 1 %,** significatif au seuil de 5 %, * significatif au seuil de 1 0 % et n.s. non significatif.
2. Les zones ont été testées par rapport à l'Irlande, pays en dehors du « noyau dur » de l'Union européenne et avec lequel la France
a peu d'échanges agro-alimentaires.
Sources : enquête Mondialisation industrielle, Sessi, Scees et Insee, fichiers des Douanes et base de données Medina de l'Inra, 1993.

104 ECONOMIE ET STATISTIQUE N° 326-327, 1999 - 6/7


autres filiales. Ces échanges internes de biens des transactions internes. Toutefois, afin
finals sont d'autant plus importants qu'ils d'examiner plus en détail cette hypothèse, il convient
nécessitent une phase d'adaptation au marché de comprendre le choix fait par la firme de ne
local et un service après vente. pas toujours recourir au marché interne. Les
motivations de cette décision sont à prendre en
compte pour apprécier l'impact de l'utilisation
du marché interne sur le volume des
Qu'en est-il pour les EIF exportations.
des groupes agro-alimentaires
implantés en France ? L'utilisation du marché interne
pour l'exportation...
L'analyse des firmes multinationales
implantées en France s'inscrit dans la lignée La FMN a l'alternative d'exporter à une
des travaux évoqués précédemment et, plus entreprise tierce ou de vendre à une filiale sur les
particulièrement de ceux qui cherchent à marchés extérieurs. Comment fonde-t-elle ce
expliciter les motifs économiques de l'échange in- choix ? A la lumière de la revue de la littérature
tra-firme. Il s'agit de voir si le marché interne, précédente, on attend une influence positive,
constitué par les échanges entre filiales d'un sur. la. décision d'expédier les biens auprès
même groupe, échappe, dans le domaine desi d'une filiale résidant* à l'étranger, pour des
exportations, aux règles traditionnelles du motifs tenant aux économies d'échelle, à la
marché. Afin d'avancer des éléments de réponses, concentration du marché dans l'activité
l'approche s'appuie sur l'exploitation . considérée, à l'expérience à l'international acquise
d'enquêtes auprès des entreprises. Par rapport à la par le groupe sur les marchés extérieurs, à la
littérature sur le sujet, la particularité de cette part que le groupe consacre aux dépenses de
analyse peut être soulignée à trois niveaux : publicité, au degré de qualification moyen de la
main-d'œuvre de la firme, à la présence de la
- il s'agit de données françaises ; maison-mère du groupe dans le pays de
destination, au différentiel de taux d'imposition entre
- l'exploitation des sources statistiques relatives la France et le pays de destination de l'échange
aux entreprises individuelles, couplées aux ou encore, selon le degré de transformation du
données douanières sur les firmes, permet de détailler bien.
la nature des produits concernés par ces
transactions. En particulier, elle permet d'introduire la
valeur unitaire des biens, considérée comme ... favorisée par l'expérience
une bonne approximation du prix. Cette internationale du groupe...
variable est! importante car sa signification est
présupposée, d'un point de vue théorique, La modélisation de la décision du groupe de
différente sur le marché interne de la firme (prix choisir plutôt un échange interne révèle que la
de transfert, prix de transaction). Toutefois, si plupart des coefficients des estimations sont
l'ensemble des auteurs s'accordent à souligner significatifs et leur signe apparaît conforme aux
l'importance des prix de transfert, peu d'études attendus théoriques (cf. tableau 4). Ainsi, les
empiriques, faute de données disponibles, économies d'échelle internes à l'entreprise ont
introduisent cette variable ; un impact positif sur la probabilité de faire de
;

l'intra-firme, effet déjà mis en avant par les


- enfin, la méthode utilisée permet d'approfondir travaux de Wang et Connors (1996). Ce facteur est
.

les travaux déjà menés sur le sujet (Chevassus- conforté par l'expérience que possède le
Lozza et ai, 1998 et 1999). Elle explore le groupe à l'international qui traduit son savoir-
comportement des firmes multinationales à faire et l'intensité de son engagement sur les
l'exportation en tenant compte de la décision de marchés internationaux. Ce résultat est conforme
recourir ou non au marché interne et de l'endogé- à ceux de Markussen (1995) qui notait la forte
néité du, rôle des prix de transfert par rapport influence de l'expérience du groupe sur les
notamment aux variables fiscales (cf. encadré 2).. transactions intra-firme. Bien que les effets dus
aux dépenses de publicité sur l'EIF semblent
Ainsi, en présence de firmes multinationales, diviser la littérature, elles agissent ici
on cherche à vérifier si les déterminants du positivement sur la décision de passer par le marché
volume des échanges directs jouent de manière, interne. L'argument, à ce niveau, serait alors de
différente de ceux qui influencent le volume considérer le rôle des dépenses en publicité

ECONOMIE ET STATISTIQUE N° 326-327. 1999 - 6/7 105


Encadré 2
LA MODELISATION DE LA FONCTION D'EXPORTATION

L'objectif est d'estimer l'effet de l'échange intra- - les entreprises sont les filiales agro-alimentaires
firme sur le volume d'exportation mais aussi sur ses de groupe ayant répondu à l'enquête ;
variables explicatives (cf. tableau). Pour cela, on a
testé l'équation [1] suivante : - le produit est appréhendé au niveau le plus fin de
la nomenclature douanière (nomenclature
IX + y , . Zx . Intra + y Q . Zx . (1 - Intra ) + b. Intra + u [1] combinée à 8 chiffres, soit ici 884 produits concernés) ;
où IX est le volume des exportations, Zx un - les zones géographiques ou marchés retenus
vecteur de variables explicatives de IX et Intra, une sont : les onze pays membres de l'Union
variable dichotomique qui vaut 1 si l'échange est de européenne en 1993, la Suisse, les États-Unis, le Japon
type intra-firme et 0 sinon. Le niveau d'observation et le reste du monde.
est le triplet (entreprise, produit, marché) où :
Les variables des modèles
Variables Commentaire Mesure Sources
Variables concernant l'échange, le marché et la
nature du produit
X Exportations en quantité de l'entreprise (j), filiale de Douanes, Lifi et
groupe, pour le produit (i) à destination de la zone (k). Mondialisation
Les produits sont observés en nomenclature NC8.
Prix Valeur unitaire (valeur/quantité) pour le produit (i) Douanes
exporté par l'entreprise (j), filiale de groupe.
Degré de concentration Mesure des barrières Indice d'Herfindahl de concentration calculé sur la base EAE
du marché à l'exportation à l'échange des exportations totales de la branche (définie en
nomenclature CPF6).
Zone d'échange Zone (k) de destination des produits : les onze pays Mondialisation
membres de l'UE en 1993, les États-Unis, la Suisse, le et Douanes
Japon et le reste du monde.
Impôts Rapport du taux d'imposition sur les sociétés entre le Commission
pays de destination et la France. européenne ; DGI
Bl Variable dichotomique Est égal à 1 si le produit est un bien intermédiaire, à 0 il Broad Economie
caractérisant la nature s'agit d'un bien final. Categories
du produit échangé
Intra Distinction marché Variable dichotomique caractérisant l'échange : est Mondialisation
interne / vente directe égale à 1 si l'échange est intra-firme, à 0 sinon.
Variables caractérisant l'entreprise exportatrice
Économies d'échelle Rapport de la taille de l'entreprise (j) à la taille moyenne EAE
des entreprises situées au-dessus de la médiane des
effectifs salariés cette distribution est calculée pour les
entreprises qui ont la même activité principale
;

(NAF600) que celle de (j).


Taux de salaire Degré de qualification Rapport du taux de salaire moyen de la firme au taux EAE
moyen de la de salaire moyen du secteur.
main- d'œuvre
Dépenses de publicité Part des dépenses en publicité dans le chiffre d'affaires EAE
de la filiale hors taxe de l'entreprise.
Productivité Rapport de la valeur ajoutée de l'entreprise sur le EAE
nombre total de salariés.
Taux d'ouverture Part des exportations dans le chiffre d'affaires hors taxe EAE
de l'entreprise.
Variables caractérisant le groupe
Dépenses de publicité Part des dépenses de publicité dans le chiffre d'affaires EAE et Lifi
du groupe hors taxe du groupe auquel appartient l'entreprise.
Taux d'ouverture du Expérience à Part des exportations dans le chiffre d'affaires hors taxe EAE et Lifi
groupe l'international du groupe auquel appartient l'entreprise (j).
Tête de groupe (TG) Variable dichotomique tenant compte de la nationalité Lifi
du groupe qui contrôle l'entreprise (j) est égale à 1 si
l'exportation est à destination du pays de la maison-
:

mère du groupe, à 0 sinon.

106 ECONOMIE ET STATISTIQUE N° 326-327, 1999 - 6/7


Encadré 2 (fin) -

L'écriture [1] de /X.est équivalente à l'estimation de où a . Z est la prédiction du Probit, cp la densité de *


deux régressions faites séparément pour, chacun' probabilité de la loi normale et <î> la fonction de
des deux types de flux, si l'on suppose que la probabilité cumulée.
distribution des erreurs est la même dans les deux,
sous- populations : L'équation [1] devient alors :
IX = fi, + y, .Zx + u1 si Intra = 1 IX - p0 + y, .Zx. Intra + Y0-z,-( 1 ~ lntra )
IX = p0 + yo.Zx + u0 si Intra = 0. + K , . M . /nfra + kQ . M . (1 - Intra) + ft . /nfra + u [1 ']

Ainsi, le terme p0 est la constante de la régression La significativité des paramètres Xv et Xo atteste,


pour les échanges réalisés directement sur le de l'existence du processus de sélection
marché et le coefficient ô = p1 - (30 est l'écart entre: sous-jacent. Ces deux étapes du processus d'Heckman,
les termes constants des deuxrég ressions(Madda- nécessaires . pour: obtenir des estimateurs sans
la,1988). Il peut être interprété comme la différence; biais, renseignent, en outre, sur les déterminants de

>
.
d'effet sur les volumes d'exportations de la firme1 la décision de faire des échanges intra-firme [2] et
entre les deux types d'échange. L'égalité des l'impact de ce choix sur le volume des exportations
coefficients pour chacune des variables a été testée à (variable Intra ; dans [1']).
partir d'un test de Fisher. Une différence
significative permet de conclure sur un effet différencié Prise en compte de l'endogénéité de la variable
entre marchés interne et externe. prix : méthode des variables instrumentales et
test d'Hausman
.

Toutefois, avant de pouvoir estimer ce modèle, deux^


questions économétriques doivent être réglées en' Parmi les variables Zx explicatives de IX , celle des
amont : prix (/px) peut être également endogène au modèle,,
dans le sens où le différentiel de taux d'imposition *
- tenir compte du processus de sélection sous-jacent, . entre la France et le pays destinataire de l'échange
qui conduit préalablement la firme à choisir de vendre peut influer sur la formation des prix et donc sur la

.
ou non à une filiale du groupe. La modélisation est relation entre Ip x et IX . De ce fait, l'hypothèse de non-
réalisée en deux étapes,- selon une procédure Heck- corrélation, entre Ip x et u le terme d'erreur, n'est plus
man, afin de pouvoir obtenir un estimateur sans biais -. viable et les estimateurs des MCO sont biaises.
de la variable Intra (Greene, 1997).
La méthode utilisée, dans ce cas, est celle des
- les prix, variables explicatives de la fonction variables instrumentales par laquelle on régresse,
d'exportation, sont aussi: un élément de la stratégie, selon une procédure 2SLS, le système d'équations
d'exportation de la firme, que l'échange ait lieu ou suivant :
non sur son marché interne. En ce sens," il est
nécessaire de tester l'éventuelle endogénéité des prix /X-Pq + y, . Zx. Intra + yQ.Zx.{-\ -Intra)
dans le modèle, en utilisant la méthode des + k\ .M . Intra + ko . M . ( 1 - Intra) + ft . Intra + u
variables instrumentales et en évaluant l'endogénéité
par un test d'Hausman. lpx - <p0 + H1 . Z . Intra + 8 0 . Z " . ( 1 - Intra ) + tp . Intra + e
Prise en compte du processus de sélection où Zp< est le vecteur des instruments (dont les
sous-jacent : la procédure Heckman impôts) de /px .
On formalise, dans un premier temps, le processus Pour tester l'endogénéité de /px , on estime
de sélection qui conduit la FMN à exporter ou non directement la. régression [1'] par les moindres carrés
à destination d'une filiale par un Probit du type : ordinaires et on compare, par un test d'Hausman,
-

les deux modèles. Ce test permet d'évaluer si les


Intra - 1 si o.Z + e s 0 estimateurs des MCO sont sans biais. Lhypothèse
[2] nulle est que le modèle est estimé par les MCO et
Intra - 0 si non le test est réalisé sous l'hypothèse que les
où Intra = 1 si l'échange est de type intra-firme et estimateurs des variables, instrumentales, sont
Intra - 0 sinon et Z est un vecteur de variables convergents.
explicatives. Un autre test d'endogénéité (Davidson et
Dans un second temps, on intègre, dans l'équation MacKinnon, 1993) a été fait. Il s'agit de régresser une:
d'exportation [1], le ratio de Mills {M) calculé à fonction « augmentée » des prix en tenant compte '

partir de l'équation [2] de la manière suivante : des variables instrumentales Zpf et des variables
explicatives de IX, Zx , autres que / $ . La
prédiction de cette régression est ensuite introduite dans-
M ■* -a —{ a . Z ) si Intra
, - 1 la régression [1'] aux côtés de la variable / $ . Un

4>(a.Z) coefficient significatif de cette prédiction suggère


l'endogénéité de /px et confirme la nécessité
M - —"^ n'A si Intra - 0 d'utiliser la méthode des variables instrumentales.
1 - «D ( a . Z )

ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N" 326-327. 1999 - 6/7 107


comme un investissement sur la marque et permettent pas de distinguer ces deux types de
comme un élément important de la construction produits intermédiaires.
de l'identité de la firme. Cet effet favorable à
une décision d'EIF se trouve conforté par le Enfin, le pays de destination semble jouer dans le
degré de qualification de la main-d'œuvre qui, choix d'un échange intra-firme. Les zones
bien qu'approximativement couvert par le d'influence positive sur les EIF correspondent à
salaire moyen, signalerait l'existence d'un celles de la première construction européenne
savoir-faire à protéger. Enfin, la concentration (Belgique, Pays-Bas, Allemagne, Italie, Grande-
des marchés, qui agirait comme une barrière à Bretagne et Espagne) qui constituent des zones
l'échange, privilégie l'EIF. de forte convergence économique et des
structures de la demande notamment alimentaire
(Chevassus-Lozza et Gallezot, 1993 et 1994 ;
... mais pas plus fréquente Freudenberg et Lemoine, 1999). Pour les autres
dans l'agro-alimentaire pays européens, la probabilité de faire de
pour les biens intermédiaires l'échange intra-firme n'est pas significative-
ment différente de celle observée pour l'Irlande
La nature intermédiaire du bien a un effet (pays de référence). L'explication d'un tel
négatif sur la décision de vendre à une filiale. En constat pourrait s'appuyer sur une analyse des
fait, on touche ici à une caractéristique du EIF comme moyen de s'adapter aux contraintes
secteur agro-alimentaire où il existe un marché de plus fines de la demande locale. En référence
biens intermédiaires (le lactosérum, par aux théories de la croissance endogène, une
exemple) distinct de composants intermédiaires autre explication selon laquelle ce serait, au
stratégiques dans la réalisation du produit final contraire, l'EIF qui influencerait positivement
(comme les arômes du produit). Pour ce dernier la convergence, peut être avancée. La
produit, on peut supposer que le recours au dimension historique du développement intensif de
marché interne permet de protéger le savoir- l'investissement direct et de la filialisation des
faire du groupe. Or, les données utilisées ne entreprises dans cette zone serait alors un

Tableau 5
Les déterminants des prix à l'exportation
Variables (en logarithme) Coefficients (1) Test de Student (2)
Constante 2,846 ***
Productivité
Échanges intra-firme -0,185 (n.s.)
Échanges directs -0,119 ***
Impôts
Échanges intra-firme 0,050*** n.s.
Échanges directs -0,038
Taux d'ouverture de l'entreprise
Échanges intra-firme 0,087 (n.s.)
Échanges directs 0,057
Choix de l'entreprise (ratio de Mills)
Réaliser des échanges intra-firme -0,131*** **
Réaliser des échanges directs -0,175 ***
Échanges intra-fime 0,170 *
Union européenne - 0,222 ***
Nombre d'observations 5 973
R2 ajusté 0,6043
1 . Légalité des coefficients est testée par le test de Fisher, n.s. : non significatif au seuil de 1 0 % ; * : significatif au seuil de 5 %.
2. *** indique un effet significatif au seuil de 1 %, ** significatif au seuil de 5 %, * significatif au seuil de 1 0 % et n.s. non significatif.
Sources : enquête Mondialisation industrielle, Sessi, Scees et Insee, fichiers des Douanes et base de données Medina de l'Inra, 1993.

108 ECONOMIE ET STATISTIQUE N° 326-327, 1999 - 6/7


facteur important de la constitution de ce positif sur les prix, tant sur le marché interne
« noyau dur » européen. qu'à l'exportation directe. Cette relation, dont
l'influence est toutefois relativement faible,
signalerait une spécialisation agro-alimentaire
Dans la détermination sur des produits fortement différenciés et
du prix de cession intra-fïrme,... portant sur des segments de marché moins
concurrentiels (cf. tableau 5).
L'existence d'un marché interne présuppose
que la FMN a la capacité de fixer des prix de
cessions différents des prix de marché. Cette ... l'effet des différences de fiscalité
considération rend endogène le rôle que les prix peut être annulé
jouent dans l'explication du volume des
exportations (cf. encadré 2). Ainsi, avant de pouvoir En revanche, la prise en compte de la fiscalité
examiner l'impact des EIF sur le volume des semble avoir un effet discriminant. Si
exportations, il convient préalablement de l'imposition sur les sociétés en France est
préciser comment l'entreprise détermine son prix. comparativement plus importante que celle du pays de
destination, elle pénalise la compétitivité de la
Il s'avère que les déterminants qui affectent firme en exerçant une influence à la hausse sur
traditionnellement le prix ne sont pas différents le prix du bien (2). Cette contrainte, qui joue
pour les ventes des FMN destinées à des filiales
ou à l'exportation directe. Plus la productivité
de la firme est élevée et plus l'influence sur la 2. L'indicateur de prise en compte de l'imposition est construit
baisse du prix est forte. Une plus grande comme le rapport entre la situation fiscale du pays de destination
et celle de la France. Une diminution de ce rapport traduit une
spécialisation, dont témoignerait le taux d'ouverture fiscalité française moins favorable que celle du pays de
sur les marchés extérieurs, a également un effet destination.

Tableau 6
Les déterminants du volume des exportations
Variables (en logarithme) Coefficients (1) Test de Student (2)
Constante 5,520 ***
Prix (3)
Échanges intra-firme -1,164*** ***
Échanges directs -0,827 ***
Taux d'expérience du groupe
Échanges intra-firme 0,556*** ***
Échanges directs 0,344 ***
Dépenses de publicité de l'entreprise
Échanges intra-firme 0,122** ***
Échanges directs -0,028 n.s.
Degré de concentration
Échanges intra-firme -0,353 (n.s.) ***
Échanges directs -0,159
Choix de l'entreprise
Réaliser des échanges intra-firme -0,351** *
Réaliser des échanges directs -0,201 n.s.
Échanges intra-fime 1,605 **
Nombre d'observations 5 808

R2 ajusté 0,2544
i

1 Légalité des coefficients est testée par le test de F sher. n.s. : non significatif au seuil de 1 0 % ; * : significatif au seuil de 5 %.
2. *** indique un effet significatif au seuil de 1 %, ** significatif au seuil de 5 %, * significatif au seuil de 1 0 % et n.s. non significatif.
.

3. Variables instrumentées par les impôts, la productivité et létaux d'ouverture de l'entreprise.


Sources : enquête Mondialisation industrielle. Sessi. Scees et Insee, fichiers des Douanes et base de données Medina de l'Inra, 1993.

ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 326-327, 1999 - 6/7 109


pour les exportations directes sur les pays se justifierait d'autant plus que les produits
comparativement moins taxés, ne joue en revanche- échangés sont; en majorité, des biens finals
aucun rôle si la FMN vend à une filiale. Ceci destinés à être revendus en l'état. Cependant, ce
suggère que,, dans ; la détermination du prix motif n'épuise pas complètement tous ceux liés
interne,, la* FMN peut annuler l'effet de la; à d'éventuels transferts de ressources, autres
charge fiscale qui grève sa compétitivité sur le. que ceux liés à la fiscalité. .
marché de destination.
L'expérience du groupe a un effet positif sur les
L'analyse du rôle du marché; interne: sur, le exportations, significativement plus important
volume d'exportations de la firme tient compte sur le marché interne; Cette variable avait
simultanément de sa décision de faire ou non de également fortement influencé le choix préalable
l'échange intra-firme (ratio de Mills) et de la; du recours au marché interne. La publicité .

<
formation. endogène;des prix favorise le volume des EIF : on retrouve le
(instrumentation) (3). La question est de . savoir si les résultat de Wang et Connor (1996), pour qui les

:
facteurs explicatifs de l'échange sont différents dépenses de publicité captent la consolidation

:
selon quel'échange se réaliseà travers des de l'image de marque de l'entreprise. Enfin, la
filiales ou directement sur le marché. concentration sur les marchés a bien, sur le
volume des exportations, l'effet négatif
attendu, sans être pour autant différent sur le marché
Effet plus fort d'une baisse de prix» interne..
sur le volume
pour les exportations intra-firme Ces résultats confirment, dans une certaine
mesure, le fonctionnement particulier du
La comparaison de l'influence respective des marché? interne des firmes- multinationales de
variables expliquant les exportations permet de l'agro-alimentaire, notamment en ce: qui
mettre en relief les éléments de ces divergences. concerne les déterminants du volume des
Que les exportations soient directes ou internes, échanges. Le marché interne offrirait au groupe
plus les prix diminuent, plus leur volume multinational un cadre spécifique de gestion;?
augmente. Cependant, cette relation est significa- des stratégies industrielles et marchandes et un
tivement plus intense sur le marché interne que espace privilégié de sa gestion financière,
,

.
sur le marché externe (cf. tableau 6). Ayant écarté espace abordé ici seulement par le biais des
précédemment l'influence de la fiscalité sur les échanges de produits. □
prix, cette plus grande sensibilité du volume des
échanges internes par rapport aux prix peut ;

suggérer, sans toutefois parler ici de dumping,


l'existence d'une stratégie globale du groupe,, 3. Les deux tests, d'Hausman et de Davidson-MacKinnon,-
cherchant à optimiser sa compétitivité-prix afin confirment l'endogénéité du processus de formation des prix
de remporter des parts de marché. Cette hypothèse dans la fonction d'exportation.
.

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ANNEXE
LE REDRESSEMENT DE L'ENQUETE MONDIALISATION INDUSTRIELLE

Disposant d'une information harmonisée et corrigée effet, au sein de la population observée, les
sur les flux d'échanges intra-firme de l'enquête, il entreprises filiales de groupe ayant répondu à l'enquête,
convenait d'extrapoler ces données à l'ensemble des il apparaît que le choix d'internaliser une partie des
entreprises participant au commerce extérieur échanges n'est pas partagé par toutes les firmes et
français en 1993 de manière à pouvoir évaluer on est face à un comportement du type :
l'importance des échanges intra-firme. La présence
de non-réponses à l'enquête impliquait donc un Y' si Y* a 0
protocole de redressement. Dans ce cadre, il est tentant

,
d'appliquer un calcul simple de pondération, soit par 0 Si Y' ( 0
le rapport entre la population théorique (ensemble
national pour une stratification donnée) et la Avec : Y = échange intra-firme et Y* = X i b + u
population observée, soit en utilisant les moindres carrés

t.

.
ordinaires sur les seuls individus répondants. (équation de l'échange intra-firme).
Toutefois, les données concernées, touchant à la stratégie
des groupes sur les marchés extérieurs, sont En définitive, dans le protocole de redressement, on
suffisamment sensibles pour cacher un processus de a tenu compte simultanément de trois situations :
sélection des individus observés dans lequel ceux-ci les entreprises non répondantes, soumises à un
interviennent de façon déterminante (auto-sélection). biais d'auto-sélection, les firmes observées
De ce fait, la procédure classique de redressement déclarant effectuer un certain volume d'échange avec
par stratification a posteriori n'est plus adaptée. Par d'autres filiales du même groupe et celles déclarant
ailleurs, au-delà de ce statut particulier des non- ne pas recourir à ce type de transaction. Pour
réponses à l'enquête Mondialisation industrielle, l'essentiel, un modèle Tobit généralisé, estimé en deux
une deuxième difficulté surgit car le phénomène- étapes selon une procédure du type Heckman a été
même d'échange intra-firme n'est pas linéaire. En adopté pour le redressement.

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