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Revue Philosophique de Louvain

George Steiner, Après Babel. Une poétique du dire et de la


traduction. Trad. de l'anglais par Lucienne Lotringer
Noam Chomsky, Essais sur la forme et le sens. Trad. de l'anglais
par Joëlle Sampy
André Reix

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Reix André. George Steiner, Après Babel. Une poétique du dire et de la traduction. Trad. de l'anglais par Lucienne Lotringer;
Noam Chomsky, Essais sur la forme et le sens. Trad. de l'anglais par Joëlle Sampy. In: Revue Philosophique de Louvain.
Quatrième série, tome 79, n°42, 1981. pp. 277-278;

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Philosophie du langage 277

ration entre la tendance du «langage ordinaire» et celle de la «grammaire


generative» se poursuive. Toutefois, nous regrettons le manque
d'ouverture que ce recueil manifeste vis-à-vis de toute philosophie qui
traite le problème du langage dans une perspective autre que la
perspective anglo-américaine. Il nous est difficile d'accepter l'affirmation de
M. Searle selon laquelle le progrès dans le domaine de la philosophie du
langage viendra du travail combiné de ces tendances anglo-saxonnes. De
plus, il nous semble que des notions telles que créativité, totalité, rapport
entre émotion et énoncés etc., que l'on trouve même dans ce recueil,
montrent à quel point il est impossible d'étudier le problème du langage
dans le seul cadre du langage ordinaire et de la grammaire generative.
John L. Borg.

George Steiner, Après Babel. Une poétique du dire et de la


traduction. Trad, de l'anglais par Lucienne Lotringer. Un vol. 24 x 15,5 de
475 pp. Paris, Albin Michel, 1978.
Noam Chomsky, Essais sur la forme et le sens. Trad, de l'anglais par
Joëlle Sampy. Un vol. 20,5 x 14 de 285 pp. Paris, Éd. du Seuil, 1980.
La multiplicité des langues implique la traduction des textes et, à son
tour, mais beaucoup plus généralement, la lecture implique la question
du sens. Les théoriciens s'opposent sur ce sujet, en s'éloignant assez
curieusement de leurs théories et en s'arc-boutant à des préjugés
considérés comme des voies d'approche. Mélangeant érudition et
réflexion, critique littéraire et idées souvent éblouissantes, l'A. apporte une
synthèse d'expériences et de points de vue théoriques, concrètement
illustrée par des faits, par méfiance du formalisme et de la symbolisation
à outrance. Ainsi récuse-t-il le symbolisme algébrique excessivement
utilisé en logique et dénie-t-il à la linguistique le droit de se prendre pour
une science. Sa critique mordante, mais juste, s'adresse aussi bien aux
philosophes anglo-saxons, dont les subtilités lui paraissent désincarnées,
qu'aux logiciens et aux linguistes comme Chomsky, Montague et
Dummett, reprochant au premier son intuition mystique d'une langue
originelle disparue, aux autres leur gymnastique intellectuelle. G. S.
préfère les poètes aux intuitions plus profondes, comme Goethe et Victor
Hugo qui estiment «que la langue satisfait à leurs besoins». Il penche lui-
même pour une théorie matérialiste, le moteur du langage résidant dans
la neurophysiologie du cerveau, que le progrès scientifique éclairera un
jour d'une manière décisive, dévoilant du même coup l'acquisition et le
fonctionnement de celui-là. Il s'interroge sur la langue comme problème
de civilisation, c'est-à-dire communément sur la compréhension de ce
que nous dit celui qui nous parle, tout acte de parole impliquant un
élément de traduction, puisque le langage humain a un caractère privé.
278 Comptes rendus

De là découlent, d'abord un facteur d'incertitude dans la définition,


ensuite les expressions du vrai et du faux dans le langage courant et dans
la philosophie. Ce faisant, l'A. ne peut éluder le problème de l'avenir de
la culture occidentale et il écrit des pages justes sur la progression de la
barbarie dans tous les domaines.
Un linguiste comme Chomsky se doit de mépriser les critiques jugées
littéraires de G. Steiner et de s'en tenir aux principes d'une grammaire
generative. L'activité linguistique étant le résultat de l'interaction de
plusieurs systèmes autonomes, l'A. poursuit sa recherche sur l'interaction
fondamentale du sens et de la forme, où s'articulent la structure
syntaxique superficielle et la forme logique. Une théorie linguistique a
pour but de saisir la propriété qui spécifie la classe des langues humaines
possibles. Il existe donc une grammaire universelle et des grammaires
particulières. Mais on peut imaginer une analyse encore plus générale
que la première, qui caractériserait la notion de langage, distincte des
autres systèmes, c'est-à-dire le langage humain, et étudierait les
propriétés logiquement ou conceptuellement nécessaires. La connaissance du
langage et des langues particulières fait partie d'un ensemble plus riche de
croyances et de connaissances, dont l'acquisition peut être étudiée. De ce
point de vue, la théorie de la grammaire est simplement une partie de la
psychologie cognitive, et l'utilisation du langage met en jeu des systèmes
cognitifs qui dépassent la compétence grammaticale et pragmatique.
L'A. propose un système général qui dépasse les règles transformation-
nelles cycliques, édictées dans ses précédents ouvrages, et qui développe
des règles d'interprétation. L'analyse exige une certaine profondeur qui
tienne compte de la règle et même du système, mais non plus du
phénomène. Cette logique élémentaire, où le fait empirique ne joue qu'un
rôle secondaire, est l'objet du quatrième essai intitulé Conditions sur les
règles de grammaire, dans lequel, par l'étude des systèmes particuliers,
l'A. espère «avancer vers une connaissance des structures, conditions et
propriétés abstraites qui un jour devraient constituer le sujet de la théorie
linguistique générale». En somme, sa démarche nous paraît l'inverse de
celle du logicien.
André Reix.

Linguistique. Publié sous la direction de Frédéric François


(Fondamental). Un vol. 24 x 17,5 de 560 pp. Paris, PUF, 1980.
Josette Rey-Debove, Le métalangage. Étude linguistique du discours
sur le langage (L'Ordre des mots). Un vol. 24 x 16 de 319 pp. Paris, Le
Robert, 1978.
Le métalangage, remarquait déjà R. Jakobson, en tant qu'aspect de
notre comportement verbal, constitue un problème linguistique, c'est-à-