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Dissertation de français :

L’illusion comique est une pièce de théâtre écrite par CORNEILLE en 1636, un
illustre dramaturge français reconnu pour ses œuvres à son époque et encore
aujourd’hui. Dans sa pièce, obéissant aux préceptes baroque, il utilise massivement le
procédé du théâtre dans le théâtre, qui permet de jouer avec les illusions, les
apparences et la vérité. A travers le jeu d’acteur ; la comédie des acteurs mis en scène
CORNEILLE cherche à nous montrer par cette œuvre le pouvoir du théâtre et l’Illusion
théâtrale.
Dans son recueil de note, Tas de Pierre III, Victor Hugo s’accorde à dire que le
théâtre « n’est pas le pays du réel », il nous indique par ce propos que ce dernier peut
être le fruit de notre imagination : (« arbre en carton »), contraire au principe
fondamental (« un ciel de haillons ») régissant notre monde, ou bien encore une
vérité/perception erronée (illusion), falsifié (« de l’or de clinquant ») par quelconque
manière. Mais selon lui, c’est également « le pays du vrai », c’est un art où l’on retrouve
des « cœurs humains » dans les coulisses, dans la salle, mais aussi sur la scène. Sa
conviction décrite avec clarté, concerne le pouvoir du théâtre dans la mesure où celui-
ci peut toucher, émouvoir et bouleverser profondément le comédien (« sur scène »),
le metteur en scène (« dans les coulisses »), ou le spectateur (« dans la salle »).
Dans un premier temps, nous verrons que le théâtre « n’est pas le pays du réel » mais,
à l’inverse un lieu magique issu de notre imagination. Ensuite nous analyserons
comment le pouvoir du théâtre à la capacité de procurer de vraies émotions :
enthousiasme et plaisir aussi bien au comédien, qu’au spectateur, qu’au metteur en
scène. Enfin, nous donnerons les raisons pour laquelle cette pièce de théâtre repose
sur l’art de la feinte et de l’illusion de la vérité.
« Le théâtre n’est pas le pays du réel », souligne Victor HUGO. Le théâtre est un
lieu magique, irréel, créé à l’issu de nos fantasmes, de notre imaginaire et auquel on
peut y avoir un regard symbolique de notre existence. Toutefois, il a des éléments qui
nous permettent de comprendre que le théâtre n’est pas le miroir la réalité tel qu’on
la connait. Ainsi, dans la pièce CORNEILLE, met en scène un décor peu probable puisque
le magicien Alcandre réside dans une grotte. Lieu de magie qu’on retrouve tout au long
de la représentation : « Entrons dedans ma grotte » (I, 3 v.213) ; « De ma grotte surtout
sortez après moi » (II, 1 v.216). Ou encore, la présence d’une périphrase qui place le
décor « lieu fatal » (V, 1) désignant la grotte ; suite à la réaction de Pridamant surpris
par le spectacle devant ces yeux avec la phrase exclamative : « Qu’Isabelle est changée
et qu’elle est éclatante ! » (V, 1 v.1348). Enfin, on retrouve un champ lexical relatif aux
costumes, qui met en lumière de manière explicite la tromperie et la fausseté du
théâtre. En effet, au début de la pièce, le magicien Alcandre déguise Clindor par un
coup de « baguette » avec un « équipage » (I, 3 v.134); qui signifie costume ; plutôt
aisé car c’est « celui d’un prince ». Ces « habits » (1,3 v.146) jugé de haute « condition »
et trop somptueux (par son père, Pridamant,) ne conviennent « point [au] rang » de
Clindor. De ce fait, Pridamant se trouve « flatt[é] » et plein d’ « espoir » de le voir jouer
ainsi ; conçoit le choix de ce dernier. Enfin, la mise en scène d’éléments imaginaire
comme la « grotte » terme répété plusieurs fois dans la pièce et les costumes qui
permettent une « sous illusion » (I, 2 v.150), c’est-à-dire une apparence trompeuse,
qui falsifie la réalité ; on relève deux métaphores évoquer par le magicien Alcandre qui
expriment la vanité des rôles des personnages de la pièce enchâssée : « deux fantômes
vains » (II, 1 v.218) ; « spectres parlants qu’il faut vous faire voir » (I, 3 v.212) ; : « des
fantômes nouveaux » (IV, 10). Pour conclure, le théâtre à une certaine part d’irréalité
aux yeux des spectateurs par la mise en scène d’un décor vraisemblablement
imaginaire et de costumes illusoires.
Le théâtre est aussi « le pays du vrai », écrit Victor HUGO. Il permet aux divers acteurs
d’exprimer, de procurer des émotions et surtout empathiser. L’essence même du
théâtre repose sur la spontanéité (joie de vivre), la philanthropie et la générosité.
D’abord, CORNEILLE utilise des procédés qui témoigne du vrai, de l’authentique :
Lorsque Clindor, personnage de la pièce enchâssée, dévoile son amour à Lise, il
l’exprime avec ferveur et authenticité puisqu’il dit qu’« un amour par devoir bien
aisément s’altère/ Les nœuds en sont plus forts quand il est volontaire, / Il hait toute
contrainte » ; on relève la métaphore de l’ardeur amoureuse comparé à des
« nœuds » et une personnification de ce dernier avec l’emploi du pronom personnel
« il » (III, 5 v.797-799 ; De la même manière, quand Clindor est conduit en prison,
Isabelle ressent plusieurs émotions et exprime ses états d’âme ;on retrouve le champ
lexical élégiaque (thème du malheur en amour) : « Quand on a plus d’espoir, Lise, on
a plus de crainte » ; « plainte » ; « triste pensée » ; « l’aimable souvenir de mon
amour passé » (IV, 2 v.1033-1038) ; ensuite elle éprouve de la colère ; emploi de
l’impératif soulignant son offuscation « Parle-moi de Clindor ou n’ouvre point la
bouche » dit-elle en s’adressant à Lise. Enfin, elle partage sa joie en s’exclamant à
vive voie : « Que tu me rends heureuse ! » (IV, 2 v.1125) .Le personnage d’Isabelle fait
donc preuve d’une réelle amabilité pour passer de différent sentiment afin
d’enthousiasmer l’audience ; le public de son jeu d’acteur ; il y a donc bien
« des cœurs humains sur la scène ».En outre, le levé de « rideau » (didascalie V, 6)
met fin à la pièce enchâssée, on assiste alors au dénouement de la pièce. Cette
dernière provoque de l’enthousiasme auprès du père de Clindor, Pridamant, qui
surpris de voir son « fils comédien » s’exclame : « Je vois Clindor, Ah ! Dieu ! qu’elle
surprise / Je vois leur assassin, je vois sa femme et Lyse ! » (V, 6 v.1749-1750). Ces
nombreuses exclamations relate d’une émotion vive et par-dessus tout réelle et
sincère ; C’est donc bien la preuve qu’il y a « des cœurs humains dans les coulisses ».
C’est également grâce à cette dernière scène que l’on comprend le plaisir que
procure le théâtre. En effet, il « rav[it] dans Paris un peuple tout entier ; suscite le
plaisir d’être « admirer » sur scène pour les comédiens notamment Clindor ; il est
également considéré par un superlatif comme « le divertissement le plus doux de nos
princes » ; et enfin par un « délice » pour le « peuple » (V, 6). C’est « les cœurs
humains dans la salle »
Tout d’abord, l’illusion théâtrale est omniprésente dans l’Illusion Comique. En
effet, toute la pièce repose sur un procédé typiquement baroque : le théâtre dans le
théâtre. Alcandre, metteur en scène de la pièce, est en premier lieu considéré comme
un magicien par Dorante et Pridamant par plusieurs périphrases : « Ce grand mage
dont l’art commande à la nature » (I, 1 v.1) ; « Grand démon du savoir » (I, 2 v.89) ;
« grand Mage » (V, 6 v.1823) ; « Oracle de nos jours qui connais toutes choses » (I, 2
v.109). Il joue avec ses « charmes » ; terme signifiant les sortilèges et/ou les effets de
la magie ; pour faire disparaitre et apparaitre les personnages de la pièce enchâssée,
comme nous le signal les didascalies (I, 2 ; V, 4 ; V, 5). Il prend donc un rôle clé dans
l’élaboration de la pièce puisqu’il dirige celle-ci avec sa « baguette » (I, 2 v.133) qui est
un objet caractéristique des magiciens. De plus, Alcandre se plait aussi à jouer avec les
illusions car il avoue avoir été « récompens[é] en faisant plaisir » Pridamant. Illusions
très présente dans l’entièreté de la pièce, on relève le champ lexical de l’illusion et de
la feinte : « spectres » ; « fantômes » ; « feinte » ; « illusion » ; on apprend à la fin que
l’illusion fonctionne parfaitement avec Pridamant : « J’ai pris sa mort pour vraie, et ce
n’était que feinte » (V, 6).
Pour conclure, l’affirmation de Victor Hugo nous invite à réfléchir à l’essence du
théâtre : mauvaise copie ou vérité profonde au-delà du clinquant et de la fausseté. Il
en convient que son propos est à la fois vraie et faux : le théâtre contient une certaine
part de fausseté : le décor et les costumes ; mais aussi une vérité profonde qui touche
par l’expression des sentiments ; émotions des différents acteurs si bien qu’ils en
deviennent réels et authentiques. De plus, les procédés baroques : illusion théâtrale et
théâtre dans le théâtre créent une ambiance subtile entre interprétation faussé et
réalité qui montre que le théâtre contient tout aussi bien des réalités que des illusions
plus ou moins visibles.