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Chap. 21 LES PROBLEMES DE L’AGRICULTURE TROPICALE : LE CAS DU


CAMEROUN (ONSTACLES NATURELS, TECHNIQUES, ECONOMIQUES)

- Identifier et catégoriser les difficultés que connait l’agriculture tropicale en général, et


camerounaise en particulier.

INTRODUCTION

L’agriculture tropicale, parce qu’essentiellement extensive et de subsistance, ne parvient


toujours pas à satisfaire convenablement les besoins alimentaires et économiques des
populations concernées. D’où la nécessité de la faire évoluer en agriculture intensive. Mais ce
passage heurte à une série d’obstacles qui sont de divers ordres : naturel, technique et
économique ainsi que culturel. L’agriculture camerounaise illustre bien ces difficultés.

Le Gouvernement a adopté en 20051 la stratégie de développement du secteur rural. Il a en


cette occasion dressé le constat d’une agriculture malade, structurellement incapable
désormais de nourrir la population camerounaise. Les contraintes suivantes, qui bloquent la
production, ont été identifiées : (i) vieillissement de la population rurale; (ii) difficultés
d’accès à la terre ; (iii) difficultés d’accès aux intrants (engrais, semences améliorées, etc…) ;
(iv) difficultés d’accès aux techniques agricoles modernes et aux autres innovations de la
recherche agronomique ; (v) difficultés d’accès au crédit ; (vi) insuffisance des infrastructures
d’appui au développement du secteur rural (pistes, routes, magasins de stockages, abattoirs,
chaînes de froid etc.) ; (vii) difficultés de commercialisation de la production, souvent du fait
d’une chaîne de commercialisation trop longue qui accapare l’essentiel de la valeur ajoutée
agricole et freine le réinvestissement.

I- LES OBSTACLES NATURELS AUXQUELS FAIT FACE L’AGRICULTURE


TROPICALE

A- Le climat : un élément perturbateur2 de l’agriculture tropicale

La zone intertropicale connait différents types de climat à la pluviométrie inégale. Ainsi, si la


zone équatoriale connait des précipitations abondantes et régulières (1600 mm d’eau / an en
moyenne), celles-ci subissent une diminution et une irrégularité au fur et à mesure que l’on va
vers les tropiques : 500 à 1500 mm d’eau / an pour le climat tropical humide ; pluviométrie
inférieure à 500 mm d’eau /an dans le climat tropical sec ou sahélien ; pluviométrie ne
dépassant guère 100 mm d’eau /an avec une saison sèche qui englobe toute l’année dans le
climat tropical désertique.
Quand on s’éloigne de l’équateur, la longueur de la saison pluvieuse décroît progressivement
ainsi que la tranche annuelle. Or, pour se développer, les plantes ont grandement besoin
d’eau, élément indispensable à la photosynthèse. C’est donc dire que l’irrégularité et la rareté
de l’eau en zone chaude compromet gravement l’agriculture et limite les types de cultures
pouvant être effectuées. C’est ainsi que dans le désert, l’agriculture où la hauteur d’eau ne
dépasse pas 150 mm, toute culture n’utilisant que l’eau du ciel est impossible ; dans le « Sahel
des nomades » où les terres ne reçoivent pas plus de 400 mm d’eau par an, toute agriculture

1
Source : DSCE 2009 P. 63
2
Qui intervient de façon nuisible
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basée sur les pluies est terriblement précaire ; dans le « Sahel des sédentaires » les pluies, qui
ne dépassent pas 650 mm, sont suffisantes pour permettre les cultures du mil et de l’arachide,
mais l’agriculture reste vulnérable à cause de l’irrégularité des précipitations ; dans la zone
soudanienne les pluies régulières estivales, au-delà de 950 mm permettent de cultiver aussi le
sorgho, le maïs, le coton.

B- La faible fertilité des sols tropicaux

En général, les sols tropicaux sont lessivés à cause de l’absence d’humus, le ciment qui assure
le maintien en place des éléments utiles du sol : argile et sels minéraux. Dans les régions
désertiques, la rareté des pluies et de l’activité microbienne, entrainant le manque de lessivage
et d’humus, laisse les éléments dispersés. Les sols sont donc généralement constitués des
sables dont la teneur est de plus en plus croissante lorsqu’on part de la zone soudanienne pour
la zone désertique.

Seuls les sols des régions volcaniques sont véritablement favorables à l’agriculture parce que
riches en éléments nutritifs (sels minéraux).

C- Le relief élevé : un frein à la mécanisation de l’agriculture tropicale

Les montagnes et les régions de plateau sont défavorables à la mécanisation de l’agriculture.


Or, cette mécanisation est un atout pour l’intensification de l’agriculture tropicale : en effet,
Les tracteurs agricoles permettent pour le labourage3, les travaux de culture, le transport, les
travaux d’aménagement ou pour tirer des machines agricoles.
Il se trouve que le Cameroun est essentiellement un pays de plateaux : ceux-ci occupent plus
des 2/3 du territoire et sont en général très accidentés, car parsemés de collines, de massifs, de
volcans, etc…
Cependant, les obstacles naturels sont loin d’être insurmontables pour peu qu’on dispose des
connaissances techniques : ainsi, peut recourir aux engrais et amendements pour rendre sa
fertilité au sol. Mais, là aussi, on assiste à une carence d’outils et de connaissance techniques.

II- DE NOMBREUX OBSTACLES TECHNIQUES ET HUMAINS

A- Des techniques de culture rudimentaires

- L’outillage4 utilisé fait essentiellement appel à l’énergie humaine : houe, machette,


plantoir, pioche, etc…Ce qui explique la faiblesse des superficies cultivées.
- Les engrais5 (chimiques ou naturels) ne constituent pas un aspect important du
programme des paysans tropicaux et camerounais. Nombreux sont ceux qui

3
Action d'ameublir la terre avec un instrument aratoire pour la préparer à la culture.
4
Le développement de la mécanisation était assuré par le Centre d'Étude et d'Expérimentation du Machinisme
Agricole (CENEEMA). Il assurait Le transfert de technologies. Il était chargé d'expérimenter la mécanisation de
l'agriculture camerounaise et de promouvoir l'utilisation des machines.
5
Dès 1960, le gouvernement camerounais a commencé à procéder à la sensibilisation sur le rôle bénéfique des
engrais. À cet effet, fut créé en 1960 le Programme National des Engrais (PNE). Ce programme avait pour
objectifs la sensibilisation de la population sur l'usage rationnel des engrais, la mise en évidence de l'efficacité
des engrais par des démonstrations pratiques. Le FONADER assurait la fourniture aux agriculteurs des intrants
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continuent de pratiquer la jachère qui rend indisponibles pour longtemps de grandes


superficies de terres. Or, les sols étant peu fertiles, les rendements obtenus ne
permettent pas très souvent de dégager d’importants excédents alimentaires
- La pratique de la polyculture vivrière et de la culture itinérante sur brûlis appauvrit
rapidement le sol.
- L’irrigation est peu connue des paysans tropicaux
- Les pesticides sont peu employés ; plutôt, les paysans recourent au désherbage
manuel. Conséquence, il est fréquent que les criquets dévastent de grandes quantités
de plantes dans les zones septentrionales du Cameroun.
- Le recours aux plantes sélectionnées est très restreint sinon quasi inexistant. Les
plantes utilisées résistent donc très peu à la sécheresse et aux parasites ; ce qui
amenuise les rendements.

B- Les obstacles d’ordre humain

- Un encadrement technique insuffisant des paysans.

Pourtant, la recherche agricole est présente au Cameroun depuis les années 1970. Elle a
longtemps été assurée par deux institutions :

• L’Institut de la Recherche Agronomique (IRA)

• L’Institut de la Recherche Zootechnique (IRZ).

L'IRA comprenait quatre Centres de Recherches Agronomiques (CRA), un centre de


recherches forestières (CRF) et un centre national des sols (CNS). Quant à l'IRZ, il était
structuré autour de 3 centres, 7 stations et 5 antennes. Le choix des différents centres de
recherche était fait selon la zone. L'objectif étant d'appliquer les résultats issus de la recherche
pour l'amélioration de la production dans la zone agro écologique.

La recherche a bénéficié de dotations budgétaires importantes de la part de l'État avant la


survenance de la crise économique en 1987. Si l'importance du financement public à la
recherche montrait la volonté des pouvoirs publics de faire émerger l'agriculture
camerounaise, il ressort tout de même que l'impact de la recherche n'a pas été
significativement positif sur l'amélioration de la productivité agricole. Des explications
peuvent être trouvées à divers niveaux. Il existait une inadéquation entre les résultats de la
recherche et les besoins des producteurs des exploitations de taille modeste. La concertation
ne s'est pas assez faite entre les chercheurs et les agriculteurs. D'un autre côté, l'utilisation des
résultats de la recherche nécessitait dans certains cas une formation supplémentaire des
paysans afin que l'efficacité en soit garantie. Durant cette période, les plus grands
bénéficiaires de la recherche agricole ont été les grandes agro-industries, plus outillées à
utiliser les résultats de celle-ci et par ailleurs travaillant souvent en coopération avec des

agricoles (engrais, produits phytosanitaires, etc.). Ces intrants étaient tous subventionnés par l'État et distribués
aux agriculteurs. Les taux de subvention allaient de 75 % en moyenne pour les engrais à 100 % pour les produits
phytosanitaires (VARLET et BERRY, 1997)26(*). Parallèlement à l'action du FONADER, la MIDEVIV
approvisionnait les planteurs en semences sélectionnées. Dès 1980, un projet a été exécuté par la MIDEVIV
conjointement avec la FAO, il permettait l'accès aux semences sélectionnées à moindres coûts.
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centres de recherche. La recherche agricole a ainsi de façon explicite ou non privilégié les
besoins de l'agro-industrie au détriment de ceux des paysans.

Aujourd’hui, le Ministère de la Recherche Scientifique et de l'Innovation (MINRESI)


autrefois MINREST, est l'organe étatique chargé de l'application de la politique
gouvernementale en matière de recherche scientifique et technique en général et de recherche
agricole en particulier. Il assure ainsi la tutelle de tous les centres de recherche agricole
exerçant sur le territoire national. Ces centres de recherche font partie du Système National de
Recherche Agricole (SNRA) dont l'Institut de Recherche Agricole pour le Développement
(IRAD) en constitue le pilier.

L'IRAD a été créé par le décret n° 96/050 du 12 mars 1996 sous les cendres de l'IRA et de
l'IRZ dont elle a été une fusion. L'IRAD a la mission de conduire les activités de recherche
visant la promotion du développement agricole dans les domaines des productions végétales,
animales, halieutiques, forestière et de l'environnement, ainsi que des technologies
alimentaires et agro-industrielles. L'IRAD travaille en collaboration avec quelques sociétés de
développement dans la recherche d'accompagnement par filière. Il s'agit de la SODECOTON
pour la filière coton, la CDC et HEVECAM pour la filière hévéa, etc.

Outre les centres de recherche, certains établissements d'enseignement supérieur assurant la


formation des cadres d'agriculture apportent aussi une contribution à la recherche. Il s'agit de
la Faculté d'Agronomie et des Sciences Agricoles (FASA) de l'Université de Dschang, de la
Faculté des sciences (FS) de l'Université de Yaoundé 1 (UY1), et de l'École nationale
supérieure des sciences agro-industrielles (ENSSAI) de l'Université de Ngaoundéré.

Les résultats antérieurs de la recherche ont été très peu exploités, à cause, d'une part de leur
inadaptation aux besoins des producteurs agricoles, et d'autre part de l'inorganisation des
services de recherche et de vulgarisation30(*). Après la restructuration, il a été mis en place le
PNVRA qui a démarré ses activités en 1988 sous l'appellation de PNVA. Il était chargé
d'assurer entre autres la valorisation des résultats de la recherche agricole. Son rôle est
d'accroître l'impact de la recherche sur le développement agricole.

À côté de l'IRAD, d'autres centres de recherche régionaux et internationaux interviennent de


façon directe ou indirecte à la formation et la recherche agricole au Cameroun. On peut citer :

• le CIRAD (Centre de Coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le


Développement)

Il est issu des anciennes institutions françaises de recherche en agronomie tropicale


implantées au Cameroun depuis 1942. Outre la recherche, le CIRAD s'occupe également des
aspects méthodologiques, de la formation en politique agricole, du renforcement des capacités
nationales.

• L’IRD (Institut de Recherche pour le Développement)

• l'ICRAF (International Center for Research in Agroforestry)

• Le CIFOR (Center for International Forestry Research)

• l'IITA (International Institut of Tropical Agriculture)


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• Centre du riz pour l'Afrique qui travaille en association avec l'IRAD

• le Pôle régional de Recherche Appliquée au développement des Savanes d'Afrique Centrale


(PRASAC)

• Le Centre Africain de Recherche sur Bananiers et Plantains (CARBAP)

• Le Conseil Ouest et centre africain pour la Recherche et le développement Agricoles


(CORAF)

• Les universités étrangères : elles contribuent à la formation des cadres nationaux en les
accueillant pour des thèses et mémoires.

Le non transfert aux paysans du savoir-faire des brigades phytosanitaires du Ministère de


l’Agriculture et du Développement Rural (MINADER) s’est traduit par une recrudescence des
grands fléaux dans le Nord et une dégradation de l’état sanitaire des cultures et plantations
dans le Sud.

- Le désintéressement des jeunes pour les activités agricoles qui se traduit par l’exode
rural massif
- Le vieillissement des paysans, ce qui cause une insuffisance de la main-d’œuvre

III- DE NOMBREUX OBSTACLES ECONOMIQUES DIFFICILES A SURMONTER

Rappelons que durant la période des plans quinquennaux, l'État était fortement impliqué dans
l'élaboration et la mise en œuvre de la politique agricole. Il était présent dans les différentes
phases de l'exécution de celle-ci. Il s’était engagé dans les opérations de production, de
distribution, de commercialisation, et la recherche. Son souci était d'assurer l'encadrement
gratuit des agriculteurs de la production à la commercialisation, y compris le financement.
L'État s'était ainsi constitué maître d'ouvrage et maître d'œuvre. Les destinataires des
différentes mesures de politique agricole en l'occurrence les agriculteurs avaient une marge de
manœuvre très réduite pour influencer la conception de la politique. La présence de l’Etat se
faisait par le biais notamment:

- Des sociétés de développement

Les sociétés de développement avaient un statut d'établissement public pendant la phase de


planification. Leur création se faisait suite à un décret qui déterminait les statuts, les missions,
l'organisation administrative et financière, ainsi que les modalités de constitution du capital
social. Ces sociétés de développement étaient des agro-industries publiques dotées d'une
autonomie financière, qui était constituée essentiellement des subventions publiques. Ces
sociétés publiques menaient des actions en coexistence d'autres agro-industries privées.

Ces sociétés se retrouvaient principalement dans des filières d'exportation telles la banane, le
thé, l'hévéa, etc. certaines exerçant parfois dans plusieurs filières. Les sociétés de
développement prenaient une part entière dans le fonctionnement de ces filières. Elles
rachetaient la production d'un groupe ciblé de paysans, généralement des organisations de
paysans créées par elles, à des prix subventionnés. L'encadrement de ces paysans leur
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incombait ainsi que la facilitation pour ces derniers de l'accès au crédit et aux intrants
agricoles. Leur action a porté sur la production, la formation et l'information des paysans,
ainsi que la garantie d'un circuit de commercialisation

- Les organismes financiers

Cette catégorie d'acteurs regroupe les organismes étatiques chargés d'apporter un appui
financier aux agriculteurs, ainsi que les banques de développement. Des principaux
organismes ayant joué un rôle majeur dans la mise en œuvre de la politique agricole
camerounaise, on peut retenir le Fond National de Développement Rural (FONADER), la
BCD (Banque Camerounaise de Développement), le Crédit Agricole du Cameroun (CAC). Le
FONADER et la BCD ont été liquidés et fermés en 1989. Les mauvaises performances
financières et l'incapacité du FONADER à mobiliser et recycler l'épargne rurale ont eu raison
de cet établissement 16 ans après son ouverture. Avec l'ajustement structurel, l'État a du se
désengager de plusieurs activités en liquidant notamment ces organismes financiers qui
constituaient des gouffres financiers.

- De la commercialisation des produits agricoles

La politique commerciale du Cameroun au cours des vingt années qui ont suivi
l'indépendance a été marquée par un souci de protéger l'industrie naissante. Ainsi, «
d'importantes barrières tarifaires et de Restrictions Quantitatives (RQs) prévalaient alors dans
le Programme Général des Échanges.

Durant la période de planification, les prix étaient pour la plupart administrés ; l'État veillait à
la stabilité de leurs fluctuations. Des organismes publics ou parapublics achetaient aux petits
et moyens agriculteurs, leur production à des prix fixés par l'État en début de campagne; l'on
parlait alors de "prix au producteur". Pour le cacao, le café et le coton, l'Office National de
Commercialisation des Produits de Base (ONCPB) constituait une interface entre les
producteurs et les exportateurs. Cet office opérait avec une caisse de stabilisation. Il contrôlait
ainsi le commerce des produits de base sus cités en assurant aux agriculteurs un prix de vente
rémunérateur des coûts de production. L'ONCPB a constitué un intermédiaire entre les
producteurs du cacao, du café et du coton, et le marché mondial. Tout en offrant des circuits
de commercialisation aux producteurs, il a également joué un rôle de tampon face aux
fluctuations des prix sur le marché mondial. En cas de baisse des prix mondiaux, les prix aux
producteurs devaient être subventionnés, dans le but d'encourager les agriculteurs à continuer
la production des cultures d'exportation jugées stratégiques. Mais cette politique n'a pu être
mise en œuvre au cours de la crise et la baisse drastique des cours des produits de base. La
tendance était la même pour toutes les autres cultures de rente ; l'État ou encore des sociétés
privées assuraient aux producteurs des circuits de commercialisation.

Plusieurs autres organismes ont joué un rôle similaire dans la commercialisation des produits
agricoles. Pour les céréales, l'office céréalier devaient constituer des stocks de sécurité et
régulateur afin de lutter contre la famine et la pauvreté et de stabiliser les prix des céréales.
Les sociétés de développement avaient en leur charge des paysans généralement regroupés en
organisations auxquelles elles constituaient l'acheteur exclusif de la production en fin de
campagne. C'est le cas de la SODECOTON, qui joue d'ailleurs encore ce rôle auprès de
nombreuses associations paysannes du Nord-Cameroun.
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Pour les cultures vivrières, la MIDEVIV a joué le rôle d'office de commercialisation. Cet
organisme public s'occupait de la commercialisation et de l'assistance à la production des
cultures vivrières. La MIDEVIV rachetait les produits vivriers aux agriculteurs et assuraient le
transport vers les centres urbains pour la commercialisation.

- Le subventionnement des intrants agricoles

Dès 1960, le gouvernement camerounais a commencé à procéder à la sensibilisation sur le


rôle bénéfique des engrais. À cet effet, fut créé en 1960 le Programme National des Engrais
(PNE). Ce programme avait pour objectifs la sensibilisation de la population sur l'usage
rationnel des engrais, la mise en évidence de l'efficacité des engrais par des démonstrations
pratiques. Le FONADER assurait la fourniture aux agriculteurs des intrants agricoles (engrais,
produits phytosanitaires, etc.). Ces intrants étaient tous subventionnés par l'État et distribués
aux agriculteurs. Les taux de subvention allaient de 75 % en moyenne pour les engrais à 100
% pour les produits phytosanitaires (VARLET et BERRY, 1997)26(*). Parallèlement à
l'action du FONADER, la MIDEVIV approvisionnait les planteurs en semences sélectionnées.
Dès 1980, un projet a été exécuté par la MIDEVIV conjointement avec la FAO, il permettait
l'accès aux semences sélectionnées à moindres coûts.

Dès 1987, la chute brutale du cours des matières premières, dont dépendait fortement
l'économie camerounaise, la dépréciation du dollar, la monnaie de référence dans laquelle
était libellée la valeur des exportations, et la dégradation de l'environnement économique
international ont provoqué une grave crise économique au Cameroun. Cette crise a débouché
sur l'application des PAS sous l'égide des bailleurs de fonds internationaux. Le secteur
agricole a particulièrement été affecté par cette crise économique. L'application des PAS a
entraîné un démantèlement de l'action de l'État camerounais dans l'activité économique en
général et celle du secteur agricole en particulier. La politique agricole s'en est trouvée
modifiée. Dès le début des années 1990, les différents acteurs du secteur agricole (État,
associations paysannes, secteur privé, etc.), leurs rôles et les relations existantes entre eux, se
sont profondément modifiés. L'État, sous l'égide des bailleurs de fonds a décidé de se
désengager des activités liées à la production en général et de recadrer son action sur ses
fonctions régaliennes et les missions de service public. C'est la fin de la planification et le
début du libéralisme ainsi que la mise en place d’une Nouvelle Politique Agricole (NPA).

Avec la NPA, la mise en œuvre de la politique agricole concerne toujours deux départements
ministériels en charge d'une spécialisation sectorielle précise.

1) Les conditions difficiles de fourniture des intrants et matériel agricole

Le brusque désengagement de l’Etat et son remplacement par des réseaux privés de


distribution des produits agrochimiques et des semences n’a pu réussir à satisfaire que la
demande des grandes filières des cultures industrielles et d’exportation manifestée par les
grandes sociétés ou entreprises agricoles publiques ou privées. En effet, Avec l'application des
PAS, le rôle de ces deux départements ministériels s'est amoindri dans la définition des
politiques agricoles. La réalisation des équilibres budgétaires étant prioritaire, le ministère en
charge de l'économie et des finances s'occupe des grandes questions économiques. C'est ainsi
qu'un ensemble de mesures ont été prises en marge de l'avis éventuel des ministères de
l'agriculture et de l'élevage. L'arrêt des subventions et la réforme fiscale subits par le secteur
agricole en sont des illustrations. En 2006, la loi des finances a supprimé l'exonération de la
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Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA) sur les intrants agricoles et le matériel d'élevage, une
mesure qui a été jugé contradictoire avec l'objectif de faire du secteur agricole le moteur de la
croissance économique. Il fallait dès lors pour ces agriculteurs exercer leurs activités comme
tout entrepreneur privé. Cela suppose donc l'acquisition des intrants aux prix du marché.

2) Un difficile accès au crédit agricole

Après la crise économique, il eut une restructuration du secteur bancaire qui avait été frappé
par la crise. Les conditions d'accès au crédit se durcirent, une très grande partie des
producteurs du monde rural fut exclue du crédit bancaire. Le crédit bancaire se fit davantage
plus ciblé, orienté vers les grandes agro-industries ainsi que certaines filières d'exportation.
Avec le désengagement de l'État, marqué notamment par la liquidation du CAC et la
fermeture du FONADER, le secteur bancaire se devait de prendre le relais et d'accentuer
davantage son rôle dans le financement de l'activité agricole. Mais le secteur agricole
camerounais n'avait pas atteint le niveau de développement requis pour prétendre à des prêts
bancaires. Plusieurs raisons peuvent justifier ce constat. D'abord, l'agriculture camerounaise
reste encore de type traditionnel, et donc très exposée aux risques relatifs aux conditions
naturelles. À ces risques climatiques, il convient d'ajouter les risques classiques liés au prix de
vente de la production. En plus de ces risques, la faible ou même l'absence d'intensité
technologique allonge considérablement le délai de retour sur investissement pour certaines
cultures (exemple du palmier à huile). L'effet conjoint de ces facteurs a pour résultat
l'exigence par les banques de garanties insoutenables pour financer l'activité agricole. Le
désengagement de l'État a ainsi rendu problématique le crédit à l'activité agricole, moins de 10
% de crédits bancaires sont accordés au secteur agricole pourtant déclaré secteur stratégique
par les autorités politiques camerounaises.

L'État s'étant désengagé, le financement de l'agriculture se fait depuis 1990 principalement par
les bailleurs de fonds à travers des projets et programmes. L'agence Française de
Développement et l'Union Européenne ont été les principaux pourvoyeurs de fonds du Projet
Crédit Rural Décentralisé; le Programme National de Vulgarisation et de Recherche Agricole
(PNVRA) a comme principal bailleur de fonds La Banque mondiale. L'Agence canadienne
pour le Développement International finance des Micro-Projets Productifs en Faveur des
Femmes. L'État et la Banque Mondiale ont signé en 1991 un accord de prêt de 23 milliards de
dollars pour un projet qui comprend cinq composantes dont le « Financement des Micro-
réalisations Agricoles et Communautaires » (FIMAC). Le tableau ci-dessous présente la
situation des prêts de première génération de ce projet en 2001.

L'aide bilatérale et multilatérale constitue également une source de financement pour les
programmes et projets dans le secteur agricole. Selon l'OCDE, L'aide bilatérale à l'agriculture
du Cameroun se chiffre à 596 953 000 de dollars US en 30 ans. Ce qui représente moins de 10
milliards par an avec un taux de change moyen de 1$ = 500 FCFA. Les trois principaux
bailleurs (France, Allemagne, États-Unis) ont fourni 88,88% du montant total. Toujours selon
l'OCDE, l'aide multilatérale a représenté 49 % de l'aide totale à l'agriculture au Cameroun
entre 1973 et 2004.

Les organismes financiers étatiques ayant été restructurés voire fermés, la micro finance s'est
développée au Cameroun. La loi n° 92/006 du 14 août 1992 relative aux coopératives et GIC
et le décret n° 98/300/PM de septembre 1998 fixant les modalités d'exercice des activités des
coopératives d'épargne et de crédit ont été les déclencheurs de l'activité de micro finance.
Depuis 2002, cette activité est coordonnée par la COBAC. Les établissements de micro
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finance qui interviennent dans le secteur agricole sont généralement regroupés dans des
réseaux. On peut citer : CAMCULL, M, CVECA, FOCAOB. Ces établissements signent des
conventions avec les ministères pour servir d'interface entre les bailleurs de fond et les
producteurs.

3) Les contraintes de transport et de commercialisation

L’état des réseaux de communication en milieu rural demeure indigent et les difficultés
financières que connaît le pays n’augurent pas d’une amélioration dans les prochaines années.
Cette situation occasionne un accroissement sensible des coûts de transport préjudiciable à la
fois aux producteurs qui ne peuvent écouler et valoriser convenablement leur production sur
les marchés nationaux et internationaux du fait de la diminution de la compétitivité de ces
produits.

Quant aux infrastructures collectives de stockage, elles sont déficientes surtout en zone rurale.
Les marchés ruraux et les grands marchés urbains sont peu nombreux et mal équipés. En
outre, des pratiques illicites sont apparues. Au bout du compte, cette situation engendre des
coûts de transaction élevés, limite fortement le pouvoir de négociation des petits producteurs
et réduit leur part dans la valeur ajoutée et donc leur capacité à investir.

IV- LES SOLUTIONS PRECONISEES AU CAMEROUN6

La stratégie de développement du secteur rural adoptée en 2005 visait en conséquence entre


autres à: (i) assurer la sécurité et l’autosuffisance alimentaire des ménages et de la nation ; (ii)
contribuer à la croissance économique et notamment à la croissance des échanges extérieurs et
à l’emploi ; (iii) accroître les revenus des producteurs ruraux (agriculteurs, éleveurs,
pisciculteurs, pêcheurs et populations riveraines des zones forestières) ; (iv) améliorer le cadre
de vie des populations rurales et (v) assurer une meilleure utilisation et une gestion durable du
capital naturel, base de la production.
Sa mise en œuvre s’est faite dans un contexte marquée par les crises alimentaire et financière.
Déjà perceptible au début des années 2000, la crise alimentaire s’est accentuée en 2007 et
s’est traduite en février 2008 par d’intenses manifestations sociales résultant notamment de la
flambée des prix des denrées alimentaires provoquée entre autres par l’urbanisation
grandissante, des perturbations comme le phénomène des coupeurs de route, l’afflux massif
des refugiés, la hausse des prix des intrants agricoles, la forte demande des produits nationaux
dans les marchés de la sous-région, le phénomène de la grippe aviaire, etc. La récente crise
financière est venue aggraver la situation dans le secteur. Elle atteint progressivement les
filières coton et bois et se caractérise dans ces secteurs par l’annulation des commandes à
l’étranger, la baisse du chiffre d’affaires de certaines entreprises, les difficultés d’accès au
crédit spécialisé, la réticence de certaines banques commerciales à financer les activités du
secteur.
Les résultats atteints dans cette mise en œuvre sont encore en deçà des prévisions : (i) la
production des cultures d’exportation et des cultures vivrières reste insuffisante ; (ii) les
conditions de vie des populations rurales restent encore précaires ; (iii) l’accès au financement
et au marché reste faible ; (v) l’environnement institutionnel demeure peu propice au
développement du secteur.
Face à cette situation, le Gouvernement entend mettre en œuvre un vaste programme
d’accroissement de la production agricole en vue de satisfaire non seulement les besoins

6
Source : DSCE 2009 p. 63 et s.
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alimentaires des populations, mais également des agro-industries. Dans ce cadre, il procèdera
à la modernisation de l’appareil de production. Celle-ci consistera à : (i) rendre accessible et
disponible les facteurs de production notamment la terre, l’eau et les intrants agricoles ; (ii)
promouvoir l’accès aux innovations technologiques à travers notamment le renforcement de la
liaison recherche/vulgarisation ; et (iii) développer la compétitivité des filières de production.
En marge de ces programmes spécifiques, le Gouvernement compte spécialement mettre
l’accent sur le développement d’hyper extensions agricoles dans les différentes régions du
pays selon leurs spécificités agro écologiques afin de réaliser des rendements d’échelle et
d’accroitre substantiellement la production. Cette action sera accompagnée par une forte
activité de désenclavement des zones de production pour permettre le plein épanouissement
des exploitations et productions paysannes.
Cette modernisation se réalisera à travers quatre grands programmes structurants qui sont (i)
le développement des productions végétales, animales, halieutiques et forestières, (ii)
l’amélioration du cadre de vie, (iii) la gestion durable des ressources naturelles et (iv)
l’amélioration du cadre institutionnel.
A- Développement des productions agricoles, animales, halieutiques et forestières
La stratégie du Gouvernement va consister à augmenter les rendements et les superficies de
l’ordre de 30% par rapport au niveau de 2005 en vue d’assurer la sécurité alimentaire et
renforcer la croissance et l’emploi dans ce secteur. Cet objectif sera atteint notamment à
travers : (i) la promotion des moyennes et grandes exploitations par des facilitations pour
l’accès à la terre ; (ii) l’incitation au regroupement et à la mise en synergie des entreprises
familiales sous forme de coopératives ou de GIC, grâce à des appuis ciblés et privilégiés de
l’Etat à ce genre d’organisations paysannes en matière d’accès à prix raisonnables aux intrants
agricoles (engrais et semences notamment), d’accès aux techniques nouvelles de production
par la mécanisation, la vulgarisation et le conseil agricoles ; d’accès au crédit agricole grâce à
l’ouverture auprès des établissements de micro-finance et des banques intéressées de lignes de
crédit spécialisées, sans préjudice pour le projet de création d’une banque agricole ; d’accès
aux marchés par une meilleure organisation des circuits internes de commercialisation, des
marchés frontaliers et de l’appui à la promotion des produits agricoles du Cameroun sur les
marchés extérieurs ; (iii) l’appui spécifique à l’installation des jeunes en milieu rural ; (iv) la
mise en œuvre de programmes d’aménagement et de régénération des forêts de production du
domaine permanent, de valorisation des ressources forestières et fauniques et (v) le
développement des filières.
Dans le domaine de la production végétale, Le Gouvernement entend redynamiser la filière
riz à travers la relance des grandes exploitations agricoles comme celles de Yagoua, de Maga,
de Santchou et de Ndop afin de réduire la dépendance vis-à-vis des importations, renforcer la
sécurité alimentaire et lutter contre la vie chère. Cette relance à travers des exploitations
moyennes et grandes sera également encouragée dans la mise en œuvre des plans de
développement de la production de maïs et du manioc pour lequel les besoins grandissants en
alimentation pour l’aviculture et l’élevage ainsi que pour les industries devront être satisfaits.
Un accent particulier sera également mis sur le développement d’une agriculture plus
intensive dans les filières porteuses de croissance, et créatrice d’emplois notamment la banane
dessert, la banane plantain, le sucre, le sorgho et le palmier à huile sans que soient négligées
les autres filières émergentes, notamment la pomme de terre, le niébé et les légumineuses, ni
les produits de niche comme l’horticulture.
Dans le domaine des productions halieutiques, un appui particulier sera donné au
développement de la pêche maritime et continentale, ainsi qu’à l’aquaculture commerciale.
S’agissant de la pêche maritime, il s’agira d’accorder plus d’agréments aux pêcheurs en vue
de mieux exploiter l’énorme potentiel halieutique de la zone de Bakassi et lutter contre la
recrudescence des activités de pêche illégale et les pratiques de pêche irresponsable. Il s’agira
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aussi de mettre en place un système efficace de suivi, de contrôle et de surveillance des


pêches. En ce qui concerne l’aquaculture, les activités s’articuleront autour de l’appropriation
des innovations, la structuration socio-professionnelle des activités et le renforcement des
capacités des acteurs.
Dans le sous-secteur forestier, l’action portera notamment sur l’aménagement et la
régénération des forêts du domaine permanent et la valorisation des ressources forestières et
fauniques. Cette action vise entre autres, le développement des produits forestiers non
ligneux, la promotion de la conversion énergétique des déchets forestiers et de l’utilisation des
modèles et des technologies d’utilisation efficiente du bois de feu, le développement des
zones d’intérêt cynégétique et gestion communautaire (ZICGC) et du game ranching. En
matière de productions forestières, les efforts seront axés sur une stabilisation des volumes
exploités de grumes, autour de 2 millions de m3, une meilleure valorisation de ces grumes,
ainsi que celle des produits forestiers non ligneux. Une option stratégique de base du
Gouvernement dans ce secteur sera, conformément aux orientations internationales en matière
de développement durable, de promouvoir l’émergence et l’exploitation des plantations
forestières au détriment des forêts naturelles.

B- Amélioration du cadre de vie en milieu rural


Le programme d’amélioration du cadre de vie en milieu rural vise d’une part, à créer un cadre
de vie permettant aux populations les plus démunies de s’insérer dans les circuits
économiques, et d’autre part de satisfaire leurs besoins primaires en levant les contraintes
dans les domaines du financement rural et du développement socio-économique. Le
Gouvernement entend réaliser ces objectifs à travers le développement et l’entretien des pistes
et routes rurales, l’amélioration des infrastructures socio-économiques, l’appui au
développement communautaire et participatif et la gestion communautaire des ressources
forestières et fauniques.

CONCLUSION

Les obstacles ci-dessus présentés ont aussi un impact sur les industries des pays tropicaux.