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This is a contribution from Lingvisticæ Investigationes 34:1


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Collocations complexes (application à
l’espagnol)

Mario García-Page
UNED

Introduction

Actuellement, selon l’avis le plus répandu, nous pourrions définir une collocation
comme une configuration syntaxique, ayant en général une structure de syntagme
expansible formellement, nécessairement et exclusivement composée de deux uni-
tés lexicales mises en relation de façon syntaxique, et sémantiquement gouvernée
par une sorte de sélection lexicale plus ou moins forte, orientée (ou unidirection-
nelle), que l’usage a institutionnalisé ou a rendu habituel.
Nous appelons collocation complexe une configuration syntaxique, qui, rem-
plissant des critères sémantiques, syntaxiques et conventionnels, est formellement
composée d’une unité lexicale et d’une locution, c’est-à-dire, une construction
collocationnelle dans laquelle une locution tient lieu de l’un des composants lexi-
caux.1 Il semble, par conséquent, raisonnable de dire que si celles-ci sont com-
plexes, alors les autres sont des collocations « simples ».
Dans la collocation complexe, la locution fonctionne comme collocatif et
l’unité lexicale comme base, sauf dans les structures V + loc. nom. où la base est,
si nous suivons les critères fixés pour les collocations simples, la locution, tout
comme l’est le substantif dans les combinaisons verbo-nominales du type V + Nsuj.
(avecinarse un temporal [un orage approche], arreciar la lluvia [la pluie tombe
dru], propagarse el fuego [le feu se propage]…).

1.  Nous croyons devoir la dénomination collocation complexe à K. Koike (2000 : 56–64, 2001 :
55–60), bien que le phénomène de solidarité entre un mot lexical et une locution ait été obser-
vé avec antériorité et de façon contemporaine par d’autres chercheurs (M. García-Page 1990a,
1990b, 1996a… ; J. L. Mendívil Giró 1991 : 718–723 ; L. Ruiz Gurillo 1997c : 20–25 ; I. Bosque
Muñoz 2001a, 2001b ; etc.) et également par K. Koike lui-même qui lui donna finalement son
nom (K. Koike 1999). J. L. Mendívil Giró (1991) et K. Koike (1999) associent les collocations
complexes (especializaciones dependientes [spécialisations dépendantes] dans leur terminolo-
gie) aux restricted idioms de W. Chafe (1968, 1970 : 44).

Lingvisticæ Investigationes 34:1 (2011), 68–111.  doi 10.1075/li.34.1.03gar


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Le but principal de cette étude est de décrire un phénomène d’ordre lexico-


syntaxique, jusqu’à présent pratiquement méconnu : la collocation complexe. Ain-
si, nous proposons, tout d’abord, une définition de ce que l’on entend en général
par collocation (collocation simple) et, ensuite, notre propre caractérisation de
la collocation complexe (Introduction). Puisque la bibliographie sur la question
présente des critères fort hétérogènes à propos de la notion de collocation, nous
essaierons d’expliquer brièvement les traits distinctifs de cette structure d’après
la caractérisation préalablement défendue, ce qui nous permettra de mieux com-
prendre le contraste entre la collocation simple et la collocation complexe (Sec-
tion 1). Dans la Section 2, nous présenterons les structures que la collocation
complexe peut avoir : les contraintes dans la formation de ces schémas formels
constituent précisément un point de contraste avec la collocation simple. Les dif-
férentes façons d’interpréter et de classer les faits linguistiques et l’incontournable
existence de phénomènes frontaliers qui empêchent de tracer des limites strictes
nous amènent à étudier, dans la Section 3, le rapport entre collocation et locution,
phénomènes très différents mais souvent confondus et mélangés. Dans la Sec-
tion 4 on vérifie jusqu’à quel point cette confusion est due souvent aux différents
classements et descriptions de certaines expressions dans les dictionnaires et dans
les études monographiques. On peut vérifier que leurs analyses sont souvent très
arbitraires. La sélection lexicale est une question essentielle non seulement pour la
définition de la collocation mais aussi pour tracer les limites entre la collocation et
la locution, aspects que nous abordons dans la Section 5.

1. Caractéristiques de la collocation

Lorsque nous disons que la collocation est une configuration syntaxique nous vou-
lons dire qu’une collocation n’est pas, contrairement à ce que pense la majorité des
phraséologues (G. Corpas Pastor 1996, 1998a, 1998b, 2003 ; L. Ruiz Gurillo 1997c,
1998, 2002 ; M. A. Castillo Carballo 1997, 1997–1998, 2001–02 ; G. Wotjak 1998 ;
M. I. González Rey 1998a, 1998b, 2002a, 2002b ; E. Blasco Mateo 1999 ; B. Wotjak
2000 ; K. Koike 2000, 2001 ; J. P. Larreta Zulategui 2002 y 2004 ; A. Péjovic 2003 ; A.
Bustos Plaza 2003 y 2005 ; M. Alonso Ramos 2004…), une unité phraséologique,
et que, par conséquent, elle est objet d’étude de la syntaxe. Une collocation est une
construction régie par les règles grammaticales, si bien qu’elle permet de réaliser
une analyse fonctionnelle et qu’elle peut être soumise aux différents examens syn-
taxiques selon la catégorie de ses composants : coordination, pronominalisation,
modification, relativisation, passivation, nominalisation, extraction… (M. García-
Page 2004a, 2008b).

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D’autres auteurs sont du même avis que nous, par exemple J. Ginebra i Ser-
rabou (2002), E. M. Muñiz Álvarez (2002, 2004) ou G. Paredes Suárez (2002) ; I.
Bosque Muñoz (2001a), pour sa part, rejette le caractère phraséologique de la col-
location, mais l’assigne à l’interface lexico-grammaticale (la collocation constitue
un phénomène de restriction lexicale : I. Bosque Muñoz dir. 2004 ; cfr. E. M. Muñiz
Álvarez 2005) ; A. Zuluaga Ospina (2002 : 111) rejette d’une part la nature syn-
taxique de la collocation mais aussi sa nature phraséologique : « Les collocations
ne sont ni des unités phraséologiques ni des constructions libres », bien qu’elles
constituent un groupe d’intersection entre les deux. Mendívil Giró (1999), sans
toutefois affirmer que la collocation soit une unité phraséologique, la place éga-
lement au centre du continuum entre le syntagme libre et la locution (cependant
l’auteur n’utilise pas le terme collocation).
Nous disons que la collocation a la structure d’un syntagme expansible parce
que, sauf dans le cas du schéma V+Nsuj., la collocation présente, normalement, la
structure d’un syntagme constitué d’un noyau et d’un adjacent ou complément
(V+NCD, N+Aadj., V+AdvCC, A+AdvModif.) ; si bien qu’une collocation fonctionne
généralement comme une partie de proposition, de sorte que d’autres modifi-
cateurs du noyau du syntagme ou de son complément étrangers à la collocation
peuvent intervenir : rescindir un contrato millonario (résilier un contrat de plu-
sieurs millions), mera discusión bizantina (simple discussion byzantine), prueba
fehaciente y contundente (preuve aveuglante et accablante), llover sobre los campos
torrencialmente (pleuvoir sur les champs de façon torrentielle)…
Il est très peu courant que les composants apparaissent séparés, sans respec-
ter la moyenne de la distance collocationnelle, et qu’ils ne constituent pas un
syntagme, de là l’affirmation générique donnée dans la définition. Cependant, il
n’existe pas d’accord entre les chercheurs sur la distance maximum entre les deux
composants (S. Jones ; M. Sinclair 1974 : 21 ; F. Smadja 1989 : 165 ; G. Corpas Pastor
1996 : 78–79…).
Affirmer que la collocation se compose de deux unités lexicales c’est confir-
mer la théorie de la pluriverbalité en tant que trait prototypique de la collocation
(et d’autres unités phraséologiques). Mais il convient d’éclaircir quelques points :
d’une part, contrairement à la définition qu’offrent certains chercheurs, qui parlent
de « deux mots » ou de « pluriverbalité », la collocation se base, en essence, sur
une relation sémantique entre deux mots lexicaux (ou deux lexèmes). Le fait de
dire « deux mots », sans être plus précis, conduit à réunir des signes simplement
grammaticaux, ou un signe grammatical et un autre lexical, comme le supposent,
par exemple, M. Benson (1985) et d’autres auteurs (collocations grammaticales).
De plus, il doit exister une relation syntaxique entre les composants. Géné-
ralement, ils apparaissent formant un syntagme, seuls ou accompagnés d’autres

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éléments (v. note 2), et ils entretiennent entre eux des liens fonctionnels : sujet-
prédicat, prédicat-argument, noyau-modificateur, etc.
Or, nous devons prendre en compte le fait qu’il existe des séries de plus de
deux mots qui ont entre elles des relations de sélection lexicale, si bien qu’elles
semblent contredire la définition proposée ; c’est le cas de tributar un encendido
homenaje/elogio (rendre un ardent hommage/éloge), brindar/tributar un caluroso
aplauso (applaudir chaleureusement), formular una pregunta capciosa (formuler
une question captieuse), decretar el secreto sumarial (prononcer le secret de l’ins-
truction), incurrir en un craso error (commettre une erreur grossière), acariciar
una remota posibilidad (envisager une possibilité peu probable), librar una batalla
campal (livrer une bataille rangée), cosechar un triunfo apoteósico (remporter une
victoire éclatante), cosechar una sonora victoria (remporter une victoire retentis-
sante), tomar medidas drásticas (prendre des mesures draconiennes), izar/arriar
la bandera a media asta (hisser/ abaisser le drapeau en berne), aparcar un vehí-
culo en batería (garer une voiture en épi), establecer una estrecha relación (nouer
une étroite relation), entablar/mantener una íntima amistad (nouer/maintenir une
étroite relation), devanar una bobina de hilo (dévider une bobine de fil), etc. Ce-
pendant, contrairement aux apparences, aucune de ces combinaisons ne forme
une collocation, mais une chaîne de collocations (colocaciones concatenadas
[collocations enchaînées], selon la terminologie de G. Corpas Pastor 1996 : 119, ou
de K. Koike 2000 : 186–189, 2001 : 147–149), en vertu de l’existence d’un lexème
commun ou en intersection qui agit comme un maillon d’assemblage ou comme
une charnière : tributar un homenaje (rendre un hommage) + encendido homenaje
(un ardent hommage), formular una pregunta (formuler une question) + pregunta
capciosa (une question captieuse), etc. Il n’y a donc pas une collocation, mais deux,
deux liens collocationnels ; par conséquent la caractéristique de la collocation qui
veut qu’elle soit un accord ou une cooccurrence de deux unités lexicales est res-
pectée.
Notez que ces chaînes ne sont pas tout à fait identiques aux combinaisons du
type pagar con dinero en efectivo/al contado (payer avec de l’argent liquide/comp-
tant) ou disparar un tiro a quemarropa (tirer à bout portant), étant donné que
l’imbrication qui se produit ici est due à la double catégorie fonctionnelle de la lo-
cution : en efectivo/al contado et a quemarropa peuvent agir non seulement comme
des locutions adjectivales (dinero en efectivo/al contado [argent liquide/comptant],
tiro a quemarropa [tir à bout portant]), mais aussi comme des locutions adver-
biales (pagar en efectivo/al contado [payer avec de l’argent liquide/comptant], dis-
parar a quemarropa [tirer à bout portant]) ; ainsi, par exemple, l’énoncé pagar
con dinero contante y sonante (payer avec de la monnaie sonnante et trébuchante)
pourrait être décrit comme une collocation enchaînée seulement en raison de la
valeur monocatégorielle de la locution (loc. adj.) contante y sonante. En espagnol

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les locutions polycatégorielles abondent : de cine (du tonnerre), de fábula (extra-


ordinaire), en serie (en série), la mar de (une foule de, beaucoup de), etc. (« Una
muchacha de fábula » [loc. adj.] [« Une jeune femme extraordinaire »], « Baila el
tango de fábula » [« Il danse le tango extraordinairement bien »] [loc. adv.]).
La caractéristique de la sélection lexicale est fondamentale. Mais il faudrait
faire quelques précisions. D’une part, à l’intérieur d’un syntagme ou d’une autre
configuration syntaxique, deux mots peuvent établir une relation sémantique non
sélective, comme dans comprar una guitarra (acheter une guitare) ou perder la
madeja de hilo (perdre la bobine de fil) ; et c’est là une raison suffisante pour ne pas
lui accorder le statut de collocation : ni comprar una guitarra ni perder la madeja de
hilo n’exhibent de relation typique, au contraire de tañer una guitarra (jouer de la
guitare ou plaquer des accords) et devanar la madeja de hilo (dévider la bobine de
fil). Les actions comprar et perder produisent des classes extensionnellement nom-
breuses ; tañer et devanar, des classes dénotatives, réduites intensionnellement. K.
Koike (2000 : 213–228, 2001 : 167–177, 2002) explique le contraste en vertu du cri-
tère de typicité : tañer (ou rasguear) est une action typique ou propre à la guitare,
mais pas comprar (plaquer des accords sur une guitare est plus courant que le fait
d’acheter une guitare) ; comprar affecte un nombre illimité d’objets ; au contraire,
tañer affecte un ensemble très réduit d’objets (le verbe s’emploie pour quelques
instruments musicaux et également pour les cloches).
D’autre part, il existe des relations sémantiques sélectives, qui elles, ne donnent
pas lieu à des collocations ; comparons llamar poderosamente la atención (attirer
puissamment l’attention) et incidir poderosamente sobre (influer puissamment
sur), fuente fidedigna (source digne de foi) et fuente fiable (source fiable), condonar
una deuda (remettre une dette) et perdonar una deuda (pardonner une dette), etc. :
seulement les premiers énoncés sont des collocations. Cela est fondamentalement
dû au caractère plus strict de la restriction lexicale qui a lieu dans les premiers
énoncés, et corrélativement, à la plus grande extension de la classe ou paradigme
de réalités désignées dans les seconds ; dans tous les cas, les composants sont res-
treints au niveau sémantique, ils entretiennent, en plus, une relation de restriction
lexicale, mais tandis que fiable et perdonar peuvent se combiner avec un nombre
assez important de substantifs, l’application de fidedigna et de condonar est elle,
en revanche, sémantiquement et lexicalement très restreinte. Généralement, les
conventions pragmatiques ou idiosyncrasiques interviennent aussi, se manifes-
tant plus nettement ou plus naturellement dans d’autres relations syntagmatiques,
comme par exemple dans prohibir terminantemente/radicalmente (interdire réso-
lument) (voir d’autres exemples semblables infra).
Et puis, dans un autre registre, la restriction lexicale est le facteur qui, à notre
avis, justifie le mieux notre proposition de séparer les constructions à verbe sup-
port des collocations authentiques. Si le verbe support est sémantiquement vide ou

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quasiment vide, alors la sélection du substantif d’un verbe déterminé ne doit pas
être, selon nous, de nature sémantique mais plutôt idiosyncrasique ou arbitraire.
Cependant, il existe une polémique autour de l’absence ou non de signifié
dans les verbes supports ; l’opinion la plus répandue est que le signifié n’est pas
lexical, mais, en tout cas, aspectuel. Voir, entre autres, dans le domaine espagnol :
J. L. Mendívil Giró (1999), A. Bustos Plaza (2003, 2005), M. Alonso Ramos (2004).
Un autre trait de la collocation, indiqué dans la définition du début, est le ca-
ractère orienté de la sélection lexicale. Par relation orientée nous entendons que,
dans la collocation, normalement, seulement l’un des composants sélectionne ou
« implique » l’autre. Les collocatifs fonctionnent normalement, d’un point de vue
sémantique, comme des prédicats restrictifs de leurs bases, même si au niveau
syntaxique, ce sont parfois ces bases qui sélectionnent leurs compléments (ou ar-
guments), et particulièrement dans le cas des collocations V+NCD. Dans la collo-
cation complexe, c’est la locution qui fait office de restrictif ou de sélectionneur :
de capirote → tonto (bête à manger du foin), contante y sonante → dinero (espèces
sonnantes et trébuchantes), de elefante → memoria (mémoire d’éléphant), a moco
tendido → llorar (pleurer à chaudes larmes), a ciencia cierta → saber (savoir de
source sûre), etc. ; la relation qui s’établit dans les collocations simples s’inverse
seulement dans les cas où apparaît une locution nominale comme complément
d’un verbe : la locution étant la base et le verbe étant le collocatif, ce dernier est le
sélectionné ou l’impliqué : corte de manga → hacer (faire un bras d’honneur), los
pros y los contras → sopesar (peser le pour et le contre), un ojo de la cara → costar
(coûter les yeux de la tête), un bledo → importar (s’en ficher complètement), etc.
(Comme nous le verrons un peu plus loin, les deux dernières combinaisons sont
généralement décrites comme des locutions).
Le dernier trait indiqué est le caractère institutionnalisé de la collocation.
L’institutionnalisation d’une collocation est le fait qu’il s’agit de la combinaison
préférée parmi d’autres options sémantiquement compatibles, et parfois aussi celle
qui est la plus fréquente. C’est donc grâce à l’institutionnalisation que nous pou-
vons expliquer les restrictions purement arbitraires ou idiosyncrasiques qui se su-
perposent aux restrictions strictement lexicales (expirar un plazo [un délai expire]/
acabar un plazo [un délai se termine], rescindir un contrato [résilier un contrat]/
suspender un contrato [suspendre un contrat], craso error [une erreur grossière]/
gigantesco error [une erreur gigantesque]), fait qui, cependant, affecte également
les locutions (echar leña/*madera al fuego [jeter de l’huile sur le feu], dar gato por
liebre/*conejo [rouler dans la farine], valer la torta/*rosca un pan [coûter cher], no
jalarse una rosca/*torta [ne pas faire une touche]) et aussi les prédicats complexes
à verbe support (dar/*hacer un paseo [faire une promenade], hacer/*dar una ex-
cursión [faire une excursion]).

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Dans l’identification d’une collocation, l’idée de préférence dans le choix


d’une collocation face à d’autres tout aussi appropriées doit remplacer le facteur
de fréquence d’apparition ou de co-apparition, critère maintes fois retenu et qui
semblait significatif.

2. Structure de la collocation complexe

A notre avis, les collocations complexes présentent les structures suivantes, la plus
productive étant celle composée d’un verbe et d’une locution adverbiale (en re-
vanche, les plus fréquentes sont les collocations simples verbo-nominales ayant
pour structure V + NCD et les collocations simples substantivo-adjectivales N + A) :
1. V + locution nominale : hacer un corte de mangas (faire un bras d’honneur)
2. V + locution adverbiale : pagar a tocateja (payer cash/rubis sur l’ongle)
3. N + locution adjectivale : dinero en efectivo (argent liquide)
4. A + locution adverbiale : loco de atar (fou à lier)
Deux notes. Par rapport à la structure 1), V + locution nominale, il nous semble
difficile de rassembler des combinaisons collocationnelles qui, sans objections,
présentent ce type de structure ; Koike (2001) cite les exemples suivants (pour l’au-
teur les constructions à verbe support sont aussi des collocations) : hacer (o dar)
un corte de mangas (faire un bras d’honneur), sopesar los pros y los contras (peser
le pour et le contre), conocer la aguja de marear (connaître la boussole → savoir
mener sa barque)… Et nous trouvons cela difficile car les exemples qui parfois sont
allégués sont décrits différemment suivant les dictionnaires et suivant les travaux
spécifiques (généralement ces énoncés sont répertoriés comme locutions verbales
ou comme constructions ou collocations du type V + loc. nom.), et il ne semble
pas y avoir de raison particulière pour qualifier ce genre de description d’erreur
ou de description bâtarde. En faveur de leur structure locutionnelle nous pouvons
argumenter que le verbe sélectionné est fréquemment unique ou en tout cas ra-
rement commutable (le paradigme est composé d’une, deux, voire trois unités) :
armar la de San Quintín (ça va barder, il va y avoir du grabuge), pasar las de Caín
(en voir de toutes les couleurs), prometer/pedir el oro y el moro (promettre/deman-
der monts et merveilles), comer/andar a la sopa boba (manger/vivre aux frais de
la princesse), dar el do de pecho (faire le maximum), quedarse en agua de borrajas
(s’en aller en eau de boudin), aguantar/soportar carros y carretas (en voir des vertes
et des pas mûres), ser pan comido (être du tout cuit), ser el pan nuestro de cada día
(être notre pain quotidien), ser el no va más (être le nec plus ultra), costar Dios y
ayuda (avoir un mal de chien)… ; mais le caractère unique ou minime de l’inven-
taire de verbes ou son incommutabilité ne représente pas un argument décisif car

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il existe des collocations basées sur des restrictions maximales, dans des sélections
uniques.
Notez que quelques unes de ces prétendues locutions nominales sont res-
treintes dans leur usage au verbe ser ou estar (les deux formes du verbe « être »
en espagnol), ce qui pour nous, est une raison suffisante pour soupçonner que ces
énoncés ne sont pas des collocations : il est difficile de penser qu’un collocatif soit
restreint sémantiquement à un verbe qui précisément se caractérise par sa vacuité
sémantique.
Certains de ces exemples ont été répertoriés par K. Koike (1999, 2000, 2001)
comme collocations, tout comme d’autres énoncés dont la classification en tant
que collocation complexe semble, en revanche, plus hasardeuse : pour nous, les
énoncés golpe de Estado (coup d’État), dimes y diretes (chamailleries), santo y seña
(mot de passe), jarro/balde de agua fría (douche froide), cara de circunstancia
(une mine de circonstance) (expression non consignée dans le DRAE 2001)…
sont des locutions nominales, mais en aucun cas ils ne forment des collocations
avec quelque verbe que ce soit. Dar un golpe de Estado (faire un coup d’État) est,
sans doute, une construction fréquente, et nous croyons que la fréquence est jus-
tement le critère qui a conduit l’auteur à penser qu’il s’agissait d’une collocation.
Mais, à notre avis, cet énoncé n’est pas une collocation car il n’y a ici aucun type
de sélection lexicale particulière : l’énoncé golpe de Estado (coup d’État) peut être
accompagné par des verbes d’événement comme suceder (arriver), ocurrir (arri-
ver), producirse (se produire), haber (y avoir), tener lugar (avoir lieu), declararse (se
déclarer)… ; ou peut également dénoter le résultat d’un processus et être accom-
pagné, par conséquent, de verbes comme llevar a (mener à), conducir a (conduire
à), desembocar en (déboucher sur), derivar en (dégénérer en), acabar en (finir par),
provocar (provoquer), causar (causer)… ; ou encore décrire une situation vécue et,
donc, se combiner avec des verbes comme sufrir (souffrir), vivir (vivre), presenciar
(être témoin de), protagonizar (être impliqué dans), padecer (subir), recordar (se
souvenir de), etc. ; et finalement ce golpe de Estado (coup d’État) peut être un objet
ou un plan qui se idea (est envisagé), planifica (planifié), estudia (étudié), analiza
(analysé), diseña (élaboré), ordena (commandé), controla (contrôlé), frena (ar-
rêté), contiene (retenu), repele (repoussé)… De plus, tout comme n’importe quel
substantif, une telle locution peut apparaître dans de nombreux contextes sans
qu’aucun de ces verbes n’intervienne, par exemple : « Un golpe de Estado representa
un sistema represivo y de control de las libertades ciudadanas » (Un coup d’État est
un système répressif et de contrôle des libertés des citoyens). Santo y seña (mot de
passe) peut fonctionner avec les verbes dar (donner), solicitar (solliciter), recla-
mar (réclamer), exigir (exiger), pedir (demander), recibir (recevoir), obtener (obte-
nir), lograr (réussir), conseguir (atteindre), idear (envisager), crear (créer), escribir
(écrire), leer (lire), pronunciar (prononcer), saber (savoir), conocer (connaître),

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desconocer (ignorer), recordar (se souvenir de), olvidar (oublier)… D’autre part, il
est vrai que l’énoncé jarro (ou balde) de agua fría (douche froide) est fréquemment
combiné avec echar (jeter) ou recibir (recevoir), sans doute grâce à la motivation
sémantique ; mais n’oublions pas que cet énoncé existe aussi avec les verbes arrojar
(jeter), lanzar (lancer), tirar (jeter), caer (tomber), sufrir (souffrir), etc., et même
avec d’autres verbes : « No esperaba ese jarro de agua fría con que fue recibido » (Il
ne s’attendait pas à être reçu avec une telle douche froide). Il est également vrai que
dimes y diretes (chamailleries) apparaît fréquemment avec andar con/en ou estar
con/en (être en [discussion avec quelqu’un]), mais son emploi, est, si c’est possible,
encore plus habituel, dans des constructions équatives avec ser (être) etc. La locu-
tion cara de circunstancia (une mine de circonstance) apparaît le plus souvent avec
les verbes poner (mettre) (et tener [avoir]), sans doute grâce à la forte motivation
sémantique, mais cette locution existe aussi comme groupe nominal préposition-
nel dans des constructions avec d’autres verbes, comme presentarse (se présenter),
venir (venir), aparecer (apparaître), etc. : « Me vino con cara de circunstancia » (Il
est venu me voir avec une mine de circonstance), « Lo encontré con cara de cir-
cunstancia » (Je l’ai trouvé avec une mine de circonstance), etc.
K. Koike (2005) propose deux autres exemples : forjar/levantar castillos en el
aire [construire des châteaux dans les airs → construire des châteaux en Espagne]
et vivir/contar vacas flacas [vivre une période de vaches maigres], que nous analy-
serions respectivement comme locution verbale (construir/forjar/levantar castillos
en el aire) — bien que le DRAE, le DEA et le DFDEA reconnaissent seulement
la loc. nom. castillos en el aire (en revanche, le DRAE consigne hacer castillos de
naipes, comme loc. v. [faire des châteaux de cartes]) — et comme locution adjec-
tivale (de vacas flacas/gordas) en combinaison — ou collocation — avec un mé-
diateur temporel (N [+temps] + de vacas flacas/gordas [période de vaches maigres/
grasses]) ou encore comme locution nominale avec un noyau nominal variable
bien que restreint à la structure décrite. La présence d’un verbe figé dans le pre-
mier cas justifierait la présence du complément circonstanciel en el aire et le carac-
tère syntaxiquement régulier de la locution (verbe + CD + CC).
Il n’est pas moins difficile de classifier des constructions similaires avec valeur
emphatique qui présentent un syntagme nominal du type un riñón (un rein), un
ojo de la cara (les yeux de la tête), un huevo (un œuf), un bledo (une blette)… (et
aussi dans des constructions négatives ni gota [pas une goutte], ni jota [pas un
brin], ni pío [pas un piaillement], ni papa [pas la moindre idée]…) : les énoncés
costar un riñón/un ojo de la cara (coûter les yeux de la tête), valer un Potosí (valoir
son pesant d’or/un empire ; no vale un Potosí → ce n’est pas le Pérou), importar
un bledo/pito (n’en avoir rien à faire), no saber ni gota (ne rien savoir), no dar
ni golpe (ne rien faire), etc., sont-ils des locutions verbales ou bien des colloca-
tions de « verbe + loc. nom. » ? Ou alors peut-être sont-ils des constructions du

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type « verbe + SN » ? (M. García-Page 2005a). Traditionnellement ces énoncés ont
été décrits comme étant des locutions verbales (voir A. Zuluaga Ospina 1980 ; M.
García-Page 1996b, 1998b, 2001a, 2008b : 327–328 ; J. J. Asensio González 1999. I.
Bosque Muñoz 1980 : 121–131 pour sa part parle de modismes de polarité négative
et positive). Actuellement, cependant, quelques auteurs (habituellement aussi les
dictionnaires comme le DEA et le DFDEA, d’ailleurs souvent en opposition avec le
DRAE) analysent l’intensificateur comme locution, par conséquent, il s’agirait de
collocations complexes, à cause de la restriction à une classe déterminée de verbes
ou de la combinaison avec un seul verbe. Or, la catégorie de la locution reste elle
aussi assez floue : pour certains, il s’agit d’une locution nominale (Mendívil Giró
1999 : 570) ; et, pour d’autres, il s’agit d’une locution adverbiale (M. V. Pavón Lu-
cero 1999 : 615, 650 : una pizca [une pincée], una barbaridad [une énormité]…) ;
et finalement, pour J. Ginebra i Serrabou (2002 : 153), il s’agirait d’une locution
quantificative. A. Meilán García (1998 : 64–65) pense que le syntagme nominal
quantificateur est adverbialisé et fonctionne donc comme circonstanciel.
Par rapport à la structure 2), V + locution adverbiale, il faudrait souligner
qu’elle est sans doute la plus fréquente des collocations complexes. Des combi-
naisons comme celles notées plus haut (et beaucoup d’autres : trabajar a destajo
[travailler énormément], defender a capa y espada [défendre corps et âme], coser
a diente de perro [reliure : finir un livre], saber de pe a pa [connaître de A jusqu’à
Z], decir/contar/repetir de carrerilla [dire d’un trait/répéter par cœur], conocer al
dedillo [connaître sur le bout des doigts], hablar en cristiano/en plata [parler clai-
rement]) ne reçoivent pas toujours le même traitement : pour certains, ce sont des
locutions verbales et pour d’autres, ce sont des collocations (complexes) ou, sim-
plement, des locutions adverbiales d’usage fréquent avec telles ou telles classes de
verbes, ainsi que certains dictionnaires les définissent normalement (DRAE, DEA,
DUE…). Mais précisons qu’il n’y a pas d’accord total entre les dictionnaires. Ainsi,
par exemple, si le DEA analyse l’ensemble (mandar a freír monas / hacer puñetas /
tomar viento / tomar por culo / espulgar un galgo… [envoyer quelqu’un se faire voir,
envoyer quelqu’un balader]) comme loc. v., par contre le DRAE (2001) décrit a
freír monas et des énoncés similaires (a hacer puñetas, a tomar viento, a tomar por
culo, a espulgar un galgo…) comme étant des loc. adv. et indique qu’ils sont fré-
quemment utilisés avec les verbes mandar et irse (envoyer/s’en aller). Nous pou-
vons noter un désaccord similaire en ce qui concerne l’analyse de estar entre Pinto
y Valdemoro (être entre deux vins ; ne pas trancher entre deux points de vue) : pour
le DRAE (2001) et pour certains linguistes il s’agit d’une loc. v., ayant deux sens
figurés « estar borracho » (être saoul) et « estar indeciso » (être indécis) ; mais, se-
lon le DEA (1998), seul le SP entre Pinto y Valdemoro est une loc. adv. (« Dans
une situation indécise ou peu définie entre deux termes ») qui s’utilise « souvent
avec le verbe estar et qui indique généralement l’état d’ébriété », bien qu’il nous

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78 Mario García-Page

semble nécessaire de préciser que estar ne s’emploie pas seulement lorsque la locu-
tion adverbiale a le sens de « ivre », mais s’emploie aussi lorsque l’énoncé revêt le
sens de « hésitant » ou « indécis » (surtout s’il s’agit d’une personne) ou « imprécis
ou indéfini » (s’il s’agit d’une chose). Les énoncés Llorar a moco tendido (pleurer
à chaudes larmes) et conocer de vista (connaître de vue) sont également pour le
DRAE des locutions verbales, alors que pour le DEA il s’agit de locutions adver-
biales (a moco tendido, de vista) d’emploi régulier avec les verbes llorar (pleurer)
et conocer (connaître) (voir M. García-Page 2004b). Il n’y a pas non plus d’accord
au sujet de l’analyse des énoncés comparatifs stéréotypés du type comer como una
lima (lima : lime ; manger comme quatre) et sordo como una tapia (tapia : mur ;
sourd comme un pot) : pour certains il s’agit de collocations (voir M. Alonso Ra-
mos 1993 et 2004, K. Koike 2000, J. Ginebra i Serrabou 2002… ) ; et pour d’autres il
s’agit de locutions (A. Zuluaga Ospina 1980 ; M. García-Page 1990a, 1990b, 1996a,
1996b, 1999, 2008a, 2008b : 318–326, 2009a, 2009b… ; G. Corpas Pastor 1996 ; L.
Ruiz Gurillo 1997c). Pour A. Zuluaga Ospina (1980), il s’agit de locutions mixtes
(voir n. 15).
En ce qui concerne les énoncés estar entre Pinto y Valdemoro (être entre deux
vins ; ne pas trancher entre deux points de vue) ou estar entre la espada y la pared
(être entre le marteau et l’enclume) (ou d’autres similaires), quelques chercheurs
les considèrent comme des collocations, mais dans une telle hypothèse, il faudrait
savoir comment le collocatif est capable de sélectionner une base verbale (estar)
qui est une simple copule, sans signifié lexical (sauf dans le cas où estar serait in-
terprété suivant sa valeur originaire de prédicatif locatif).
Si nos données sont exactes, les collocations complexes devraient présenter
certaines différences structurelles par rapport aux collocations simples (M. Gar-
cía-Page 2005a) : par exemple, les collocations complexes qui suivent le schéma N
+ SP, ou, plus concrètement, N + prép. + N (voir la structure 3), ne correspondent
pas de façon catégorielle aux collocations simples ayant une structure identique,
du type mota de polvo (tas de poussière), diente de ajo (dent d’ail), bombona de
butano (bombonne de gaz), rebanada de pan (tranche de pain), gajo de naranja/li-
món (quartier d’orange/de citron), pastilla de jabón (savonnette), rodaja de melón/
sandía/merluza (tranche de melon/pastèque, darne de colin), loncha de jamón
(tranche de jambon), tableta/onza de chocolate (tablette/morceau de chocolat),
terrón de azúcar (morceau de sucre), tarrina de mantequilla (barquette de beurre),
chato de vino (petit verre de vin), botellín de cerveza (petite bouteille de bière),
carrete/madeja/ovillo de hilo (bobine de fil), carrete de fotos (pellicule photo),
cabeza de ajo (tête d’ail), racimo de uvas (grappe de raisin), ristra de ajos/cebollas/
tomates (chapelet d’aulx/d’oignons/de tomates), colonia de líquenes/grullas (colo-
nie de lichens/grues), ramo de flores (bouquet de fleurs), bandada de aves/pájaros/
ocas (volée d’oiseaux/bande d’oies), banco de peces (banc de poissons), rebaño de

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Collocations complexes (application à l’espagnol) 79

cabras/ovejas (troupeau de chèvres/brebis), piara de cerdos (troupeau de porcs),


enjambre de abejas (essaim d’abeilles) ou jauría de perros (meute de chiens), mais
correspondent plutôt aux collocations substantivo-adjectivales, étant donné qu’au
sein de ces collocations complexes, le syntagme prépositionnel n’est rien d’autre
qu’une locution adjectivale, c’est-à-dire, un syntagme figé dans lequel le groupe
nominal prépositionnel n’est pas sélectionné par le noyau du SN, et que la rela-
tion sémantique que les composants de la collocation simple entretiennent (N1
dénote normalement « unité » ou « ensemble » de N2)2 n’est plus copiée dans la
collocation complexe, puisque la seule relation existante s’établit entre le verbe et
la locution dans son ensemble. En définitive, les collocations complexes ayant une
structure syntaxique correspondant au schéma N + de + N de la collocation simple
n’existent pas.
Ce groupe collocationnel n’est pas si homogène qu’il semblerait, il présente
de plus des contours flous. Il est clair que copo de nieve (flocon de neige) est une
collocation de cette sorte, mais rien n’est moins sûr en ce qui concerne grano de
arroz (grain de riz), car, bien que dans les deux constructions il existe le même
lien sémantique et que N1 exprime « une unité » de N2, dans le premier énoncé il
se produit une restriction beaucoup plus grande que dans le second, puisque les
flocons seulement — sauf exception — peuvent être de neige. Cette restriction
n’affecte pas les grains, qui peuvent être de blé, de mil, d’alpiste, de maïs, de café,
d’anis et de bien d’autres céréales ou d’épices. Le même raisonnement peut être
appliqué à mazorca de maíz (épi de maïs)/espiga de trigo (épi de blé), puisque le
paradigme sur lequel porte le mot mazorca est très réduit, alors que la classe lexi-
cale sur laquelle porte le substantif espiga configure un paradigme notablement et

2.  En marge de ces regroupements qui montrent une relation spécifique entre N1 et N2, certains
phraséologues (G. Corpas Pastor 1996 : 74 ; M. A. Castillo Carballo 1998 : 54 ; K. Koike 2001 :
51–52) citent comme collocations de cette sorte des syntagmes nominaux dont les composants
lexicaux ne suivent pas la même relation, du type ronda de negociaciones (cycle de négociations),
rueda de prensa (conférence de presse) ou ciclo de conferencias (cycle de conférences). Selon
nous, il n’existe aucun genre de restriction lexicale causée par le signifié individuel de leurs com-
posants et permettant que ces énoncés puissent être définis comme des collocations, bien qu’il
soit possible de supposer que grâce à la transposition sémantique opérée et à leur usage répété,
ils sont arrivés à configurer actuellement des groupes compacts en tant que mots composés ou
stéréotypes, que les sujets parlants reconnaissent et ont à leur disposition. Et pour la même rai-
son, nous ne croyons pas non plus que les usages figurés des syntagmes nube de mosquitos (nuée
de moustiques), ataque de risa (crise de rire) ou rapto de locura (coup de folie), entres autres,
soient des collocations, exemples cités par K. Koike (2001 : 51–52).
En revanche, nous pensons, et nous croyons être les premiers à le noter, que les structures
nominalisées provenant des collocations verbo-nominales du genre rescisión de contrato (ré-
siliation de contrat), condonación de la deuda (remise de la dette), formulación de la pregunta
(formulation de la question) doivent être décrites comme des collocations.

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80 Mario García-Page

clairement plus étendu, puisque les épis peuvent être de blé, mais aussi de cebada
(orge), de centeno (seigle), etc., et des fruits de bien d’autres espèces d’herbes et
graminées. Quelle analyse pourrait-on faire de caña de cerveza (bière pression)
et caña de azúcar (canne à sucre), ou pastilla de jabón (savonnette), pastilla de
[caldo] Starlux (bouillon cube) et pastilla de éxtasis (comprimé d’ecstasy) ? Quand
N2 cesse-t-il d’agir comme représentant de la classe dans laquelle N1 est une unité
ou un collectif et commence-t-il à fonctionner comme un adjectif restrictif, du
type pastilla blanca (pastille blanche) (ou mancha de grasa [tache de graisse]) ?
Dans certains cas, N1 peut exprimer « une unité » mais aussi « un contenant »
ou « une unité de mesure », comme dans cisterna de gasóleo (citerne de gas-oil),
cuba de vino (tonneau de vin), garrafa de aceite (carafe d’huile), botella de agua
(bouteille d’eau), lata de sardinas (boîte de sardines), bote de leche (brick de lait),
litro de cerveza (litre de bière) ou galón de agua (gallon d’eau). Est-ce que ce sont
aussi des collocations ? Et que dire de caja de zapatos (boîte à chaussures) (cfr. caja
de leche), tazón de porcelana (bol en porcelaine) (cfr. tazón de leche [bol de lait]) ou
vaso de vidrio (un verre en verre) (cfr. vaso de vino [verre de vin]) ? Il est évident
que les premiers énoncés ne sont pas des collocations, mais est-il évident que les
énoncés entre parenthèses le soient ?
La locution adjectivale peut, cependant, adopter d’autres structures, comme
celle d’un syntagme adjectival (corto de manos [pas rapide]), ou celle d’un bi-
nôme ou d’une structure coordonnée du type contante y sonante (dinero contante
y sonante [monnaie sonnante et trébuchante]), ou s’il s’agit du même syntagme
prépositionnel, celle dans laquelle le groupe nominal prépositionnel n’est pas un
substantif succinct, mais plutôt un syntagme nominal, même avec de notables li-
mitations d’expansion : de mala muerte (de rien du tout, minable) (pensión de mala
muerte [une pension minable]). Ces structures seraient les plus régulières ; mais
la locution adjectivale présente également d’autres structures plus complexes : de
armas tomar (qui n’a pas froid aux yeux), de toma pan y moja (excellent), de no te
menees (gratiné), de padre y muy señor mío (gratiné, de première classe), de rompe
y rasga (qui n’a pas froid aux yeux)…
La collocation complexe ne trouve pas non plus de correspondance structu-
relle avec la collocation simple qui suit le schéma N + N, du type viaje relámpago
(voyage éclair), hombre clave (pièce maîtresse), paquete bomba (colis piégé), etc.,
que certains auteurs proposent (Corpas Pastor 1996 : 73 ; Castillo Carballo 1998 :
54) : il n’est pas possible de déterminer une locution nominale qui sélectionne une
classe particulière de substantifs. Pour nous, cela n’a pas de sens de chercher la cor-
respondance car les combinaisons de substantif + substantif indiquées ne sont pas,
en réalité, des collocations, mais plutôt, purement et simplement des syntagmes
nominaux mis en apposition, et les noms ne conservent aucun lien sémantique
particulier qui puisse laisser penser qu’il s’agit de combinaisons syntagmatiques

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Collocations complexes (application à l’espagnol) 81

restreintes, bien qu’elles soient fréquentes. Les phraséologues qui soutiennent l’hy-
pothèse que de tels énoncés sont des collocations, ne justifient pas leur position,
et de plus, les assignent au groupe des collocations N + A. Nous croyons que si ces
énoncés sont des collocations, ils devraient être inclus dans un groupe différent, et
ceci en vertu de la catégorie à laquelle appartiennent leurs composants.
La collocation complexe dans laquelle intervient un adverbe fonctionnel,
c’est-à-dire, avec une structure V + loc. adv. ou A + loc. adv., peut présenter des
problèmes de limites avec les locutions ayant une structure identique ou similaire
(comp. nadar entre dos aguas [loc.] [nager entre deux eaux]/criar entre algodones
[col.] [élever dans du coton], poner a caldo [loc.] [passer un savon]/ disparar a que-
marropa [col.] [tirer à bout portant], ir de mal en peor [loc.] [aller de pire en pire]/
abrir de par en par [col.] [ouvrir à deux battants], corto de medios [loc.] [ressources
limitées]/tonto del haba [col.] [idiot fini], etc.), face à des collocations simples pa-
rallèles, étant donné que l’adverbe collocationnel typique est un adverbe en -mente
(llover torrencialmente [pleuvoir de façon torrentielle], locamente enamorado [fol-
lement amoureux] ; et celui-ci n’est cependant pas un constituant interne de locu-
tion verbale ou adjectivale quelle qu’elle soit (M. García-Page 2001b, 2001–2002 ;
vid. et aussi M. García-Page 1993 : 330–332 et 1994–95 ; cfr., dans le domaine an-
glais, S. Greenbaum 1972 et 1974).3
Une autre rupture du parallélisme structurel se produirait entre les colloca-
tions simples et les collocations composées, dans lesquelles intervient un verbe
comme base, si nous acceptions la proposition de K. Koike (2000 : 55) de clas-
ser parmi les collocations les compléments prédicatifs subjectifs modificateurs de
verbes résultatifs traditionnels, du type resultar indemne/ileso (s’en sortir indemne)
et salir airoso/triunfante4 (bien s’en tirer) (vid. aussi I. Penadés Martínez 2001 : 70),

3.  Nous pensons que l’adverbe en -mente est le seul adverbe capable de former des collocations
simples verbo-adverbiales (V + adv.) ou adjectivo-adverbiales (A + adv.), sauf si nous suivons
certains chercheurs qui classent parmi les collocations les structures verbales qui présentent un
adverbe court du type : volar alto (voler haut), pisar firme (parler en maître), hablar bajo (parler
bas), etc. I. Penadés Martínez (2001 : 70) en arrive même à affirmer que le syntagme dejar atrás
(laisser derrière soi) est une collocation, qui répondrait au schéma indiqué ; mais l’auteur ne se
rend pas compte qu’elle ne respecte pas la première condition des collocations : la sélection lexi-
cale obligatoire. Entre dejar (laisser) et atrás (derrière) il n’y a pas plus de lien qu’entre ir (aller)
et delante (devant), ou qu’entre ponerse (se mettre) et arriba (en haut), énoncés que personne ne
songerait à analyser comme des collocations.

4.  K. Koike (2000) cite aussi d’autres phrases non résultatives comme caer simpático (être sym-
pathique à quelqu’un) et andar ajetreado/liado (être affairé/occupé), dont la catégorie colloca-
tionnelle est, selon nous, difficile à justifier, puisqu’il n’ y pas d’autre relation entre leurs compo-
sants que la fréquence de leur co-apparition (cfr. caer mal/bien/fatal … [bien aimer, ne pas aimer
quelqu’un], andar distraído/preocupado [être distrait/préoccupé], andar pensando [penser]…).

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82 Mario García-Page

la réalisation d’une collocation complexe ayant ces caractéristiques n’est donc pas
pensable. Selon nous, le manque de symétrie ne se produit pas car les prédicats si-
gnalés ne sont pas des collocations, même si certains d’entre eux représentent des
constructions restreintes d’usage fréquent (il suffit de penser à indemne et ileso).
De la même manière, nous soupçonnons que les collocations où un verbe
prédique une locution nominale, c’est-à-dire, les collocations dans lesquelles la
locution nominale fonctionne syntaxiquement comme sujet, doivent être rares
(même si, a priori, il n’y a aucune raison sémantique contre) (voir structure 1). K.
Koike (2000, 2001) ne propose aucun exemple.5 Il nous semble risqué de penser
qu’il existe des collocations de V + loc. nom. suj. dans des constructions comme
abrirse/destaparse la caja de Pandora — ou de los truenos — (on a ouvert la boîte de
Pandore) (si l’on construit la phrase comme une passive réflexive, et non comme
une transitive : abrir la caja de Pandora [ouvrir la boîte de Pandore]). Le choix de
verbes de ce genre est, sans aucun doute, fortement motivé par le sens propre du
mot caja, puisque, entre ses caractéristiques, se trouve celle d’être un objet qui
peut s’ouvrir ou se fermer.
Si la proposition de K. Koike (2000 : 58, 2001 : 57, 2005),6 selon laquelle on
peut construire une collocation complexe avec une base nominale restreinte par
un collocatif avec la forme d’une locution verbale, était valide, nous aurions à faire
à un autre désajustement structurel entre les collocations simples et les colloca-
tions complexes. Puisque, selon cet auteur, il existerait une cinquième structure
collocationnelle : loc. v. + SNsuj. (ou Nsuj.) et loc. v. + SNCD (ou NCD), schémas qui
correspondraient possiblement aux collocations simples de V + Nsuj. et V + NCD
(comme dans les autres collocations complexes, c’est le collocatif qui adopte la
forme de locution). D’après les exemples présentés, cette hypothèse nous semble
quelque peu risquée. Nous croyons que même si elle semble présenter des aspects
corrects elle devrait sans doute être mieux fondée.
Ainsi, nous croyons que certains des exemples allégués ne sont pas appropriés.
D’une part, dans certaines de ces prétendues collocations la partie verbale n’est pas
une locution, mais plutôt un prédicat complexe à verbe support ou vicaire, comme

5.  Cependant, les collocations simples dont la base nominale a une fonction sujet sont nom-
breuses : avecinarse una tormenta/temporal (un orage/tempête menace), amainar/arreciar el
viento (le vent faiblit/redouble), declararse un incendio (un incendie se déclare), desatarse una
polémica (une polémique éclate), propagarse el fuego (le feu se propage), cortarse/agriarse la leche
(le lait tourne, devient aigre), picarse el vino (le vin se piquer), repicar las campanas (les cloches
sonnent), zarpar/atracar un barco (un bateau lève l’ancre/amarre), aterrizar un avión (un avion
atterrit), macarse la fruta (les fruits blettissent), cundir el pánico (la panique se répand), estallar
un conflicto/una guerra (un conflit, une guerre éclate), palpitar el corazón (le cœur palpite), so-
plar el viento (le vent souffle), correr un rumor (un bruit court), etc.

6.  Dans l’œuvre de K. Koike (1999) cette possibilité structurelle n’est pas mentionnée.

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Collocations complexes (application à l’espagnol) 83

hacer uso (utiliser) et poner a prueba (mettre à l’épreuve),7 bien que, en effet, la
relation solidaire entre ces prédicats et les compléments allégués soit habituelle :
hacer uso de la fuerza/palabra (faire usage de la force/prendre la parole), poner
a prueba la paciencia (mettre la patience à rude épreuve). Comme nous l’avons
indiqué un peu plus haut, la restriction sélective entre les composants de tels pré-
dicats est plutôt idiosyncrasique que sémantique (il suffit de penser que le verbe
est sémantiquement vide ou presque vide et qu’il fonctionne comme support syn-
taxique de la prédication).
D’autre part (et cela vaut dans une certaine mesure pour la majorité des
exemples), les substantifs signalés par K. Koike (2000, 2001), qui se combinent
avec une locution verbale (c’est-à-dire, leurs arguments, internes ou externes, en
tant que prédicat), ne sont pas les seuls et ne sont pas non plus nécessairement
les candidats préférés, même si, en réalité, certains forment avec la locution une
combinaison plus ou moins fréquente ou habituelle (llevar a cabo un plan/proyecto
[mener à bien un plan/projet], hacer frente a un peligro/una dificultad [faire face
à un danger/une difficulté]) ;8 d’ailleurs, le complément du verbe (locution ver-
bale) peut se matérialiser de manière lexicale avec des substantifs appartenant à
des classes lexicales différentes, et peut aussi être sélectionné de façon syntaxique
par d’autres catégories de collocatifs verbaux, et, quand bien même les substantifs
pourraient être assignés à une même classe lexicale sans que l’un (ou deux) soit le
préféré ou celui qui soit institutionnellement reconnu, la classe lexicale est suffi-
samment étendue pour que l’on puisse penser que nous ne sommes pas face à une
structure du type loc. v. + N. Ainsi, il est clair que dar lugar a sospechas (donner
lieu à des soupçons) représente une des possibilités que la locution verbale a de
se combiner avec un substantif, mais ce n’est pas la seule : non seulement les ca-
tégories de substantifs qui désignent des faits qui peuvent être « provoqués » sont
nombreuses, mais aussi, qu’en vertu du critère de la préférence sélective, l’énoncé
dar lugar a sospechas ne constitue en aucun cas une collocation, et ceci sans ap-
pel. En ce qui concerne l’énoncé echarse a perder la cosecha (la récolte se gâte), il
est vrai qu’il représente une combinaison fréquente et habituelle, pas nécessai-
rement préférentielle, mais le prédicat verbal sélectionne de plus des arguments

7.  Cette objection peut sembler encore plus remarquable lorsque l’on considère la théorie de
l’auteur, étant donné que lui, tout comme la majorité des chercheurs, interprète les construc-
tions avec des verbes supports comme des collocations (voir par exemple K. Koike 2000 et 2001).

8.  Notez qu’il s’agit de deux constructions sémantiquement motivées : certaines choses qui ont
été commencées sont menées à bien ou sont en cours (conclure) et les choses planifiées sont
également menées à bien, tout comme les pensées et les idées (mettre en pratique, exécuter) ;
quelqu’un fait face aux adversités, aux hostilités et aux obstacles (en incluant les êtres qui peu-
vent les représenter, les ennemis, par exemple).

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84 Mario García-Page

externes ayant une particularité plus concrète (c’est-à-dire des objets physiques),
comme, à part ceux appartenant au même paradigme (cultivo [culture], plantación
[plantation], etc.), n’importe quel nom qui dénote une « denrée périssable », du
type vino (vin), leche (lait), pescado (poisson), mayonesa (mayonnaise)…, et de
plus des substantifs abstraits, comme ceux qui dénotent la « planification » ou la
« prédiction », du type proyecto (projet), propuesta (proposition), futuro (futur),
previsión (prévision), plan (plan), idea (idée), ilusión (illusion), sueño (rêve), pre-
dicción (prédiction), pronóstico (pronostic), cuentas (comptes), cálculos (calculs),
programa (programme), planteamiento (exposé d’un problème), etc., et aussi ceux
qui dénotent un « accord » ou un « lien », comme pacto (pacte), relación (relation),
acuerdo (accord), alianza (alliance), cooperación (coopération), paz (paix), tratado
(traité), trato (marché, accord), etc., tout comme les désignateurs de personne,
qui se réfèreraient, par synecdoque, à une vertu ou à une aptitude positive de la
personne en question (echarse a perder una persona [une personne qui gâche sa
vie, tourne mal]). En ce qui concerne la locution llevar a cabo (mener à bien), il
est certain qu’elle sélectionne des substantifs abstraits qui dénotent la « planifi-
cation » et la « prédiction », comme ceux que nous avons cités un peu plus haut ;
mais elle en sélectionne d’autres qui dénotent l’ « analyse », comme estudio (étude),
descripción (description), análisis (analyse), investigación (recherche), tesis (thèse),
hipótesis (hypothèse), ensayo (essai), encuesta (enquête), trabajo (travail), exa-
men (examen), auscultación (auscultation), tratamiento (traitement), seguimiento
(suivi), ejercicio (exercice), etc. ; qui dénotent aussi une « tâche, mission » ou un
« mandat, devoir » comme misión (mission), encomienda (commission), encargo
(commande), tarea (tâche), etc.; ou qui dénotent la « recommandation », comme
consejo (conseil), advertencia (avertissement), recomendación (recommandation),
ruego (prière), sugerencia (suggestion), enseñanza (enseignement), lección (leçon),
etc. Les consejos (conseils) que nous recevons des autres peuvent echarse en saco
roto (entrer par une oreille et ressortir par l’autre) (exemple de Koike), mais il en
va de même pour les recomendaciones (recommendations), advertencias (avertis-
sements), asesoramientos (consultations, conseils), enseñanzas (enseignements),
sugerencias (propositions), críticas (critiques), observaciones (observations), ejem-
plos (exemples), recriminaciones (récriminations), sermones (sermons), reprimen-
das (réprimandes), etc., c’est-à-dire, des noms qui peuvent êtres adscrits au même
paradigme, et aussi d’autres appartenant à des champs différents, comme planes
(plans), ilusiones (illusions), sueños (rêves), esperanzas (espoirs), pretensiones (pré-
tentions), sentimientos (sentiments), etc., que nous nous forgeons ou faisons ; or, si
nous employons cette locution dans le sens d’ « oublier » au lieu de « ne pas profi-
ter » ou de « passer outre », nous pouvons également utiliser echar al saco (mettre
dans son sac, retenir) avec les substantifs suivants : conocimientos (connaissances),
saberes et enseñanzas aprendidas (savoirs et enseignements reçus), principios

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Collocations complexes (application à l’espagnol) 85

(principes), pactos (pactes), leyes (lois), normas (normes), acuerdos (accords),


reglamentos (règlements), ordenanzas (ordonnances), códigos (codes) et reglas
(règles), peticiones (demandes), solicitudes (sollicitudes), ruegos (prières), favores
(faveurs) et súplicas (supplications), hábitos y costumbres (us et coutumes), etc.
De la même manière l’énoncé poner en juego (mettre en jeu) peut être utilisé avec
recursos (ressources) et medios (moyens) (exemple de Koike), mais aussi avec ins-
trumentos (instruments), mecanismos (mécanismes) et procedimientos (procédés,
méthodes), qui appartiennent à la même classe lexicale, tout comme capacidades
(capacités), aptitudes (aptitudes), habilidades (habiletés), destrezas (habiletés, sa-
voir-faire), experiencias (expériences), etc., mots qui pourraient être assignés au
paradigme des substantifs qui dénotent l’ « aptitude », et aussi avec amor (amour),
odio (haine), pasión (passion), placer (plaisir), etc., qui appartiennent à la catégo-
rie des « sentiments », et également avec ideas, razonamientos (raisonnements),
valores, argumentos (arguments), etc., et finalement avec vida (vie).
A notre avis, les exemples allégués par Koike illustrent (certains de façon plus
nette que d’autres) que la sélection n’est pas seulement linguistique mais aussi ré-
férentielle :9 les classes lexicales que les verbes (loc. v.) sélectionnent dépendent
autant du lien sémantique que de la connaissance de la réalité ou des propriétés
du référent ; ainsi, la relation entre echarse a perder (se gâcher) et cosecha (récolte),
llevar a cabo (mener à bien) et plan (plan) ou poner en juego (mettre en jeu) et
medio (moyen) correspond plus à une relation de désignation que de dénotation ;
cette relation produit plus de classes définies extensionnellement que de classes
définies intensionnellement. K. Koike (2005 : 169) allègue un autre exemple qui
illustre très bien ce genre de sélection : echar tierra sobre un asunto (enterrer une
affaire). Le substantif asunto (affaire) n’est autre qu’une « pro-forme » ou un joker
de n’importe quel fait qui pourrait constituer une affaire ; le paradigme de substan-
tifs sélectionnés représente une classe fondamentalement désignative.10

9.  Ce genre de relations a à voir avec les solidaridades referenciales (solidarités référentielles)
dont parlent G. Salvador Caja (1989–90) et A. Pernas Izquierdo (1991), qui reclassent les solida-
rités de E. Cosériu qui dépendent de la réalité ou de la connaissance du monde.

10.  Bien que les termes de « dénotation » et « désignation » aient reçu des interprétations di-
verses en sémantique, en lexicologie et en philosophie du langage, nous empoyons ici « déno-
tation » pour faire référence à des concepts et « désignation » pour des individus (objets, êtres,
pensées…). Le contraste dénotation/désignation est associé à celui existant entre intension/
extension. L’intension d’un concept appréhende son signifié (l’ensemble de traits qui le différen-
cient d’autres concepts) ; l’extension est l’ensemble d’individus auquel ce concept peut être ap-
pliqué. Plus petit est l’ensemble d’individus auquel on peut appliquer un concept et plus grande
est son intension ; inversement, plus grand est l’ensemble d’individus auquel peut faire référence
un contexte, plus grande est son extension. Du fait du grand nombre d’individus et de leur hé-
térogénéité, l’extension produit essentiellement des classes désignatives.

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86 Mario García-Page

Parfois, l’action dénotée par la locution verbale est pragmatiquement res-


treinte à une classe d’objets (les dictionnaires ont l’habitude de le signaler grâce à
une mise entre crochets, comme d’autres éléments du contour) ; c’est ce qui arrive
avec les locutions echarse [la escopeta] a la cara (pointer [son fusil] sur quelqu’un)
(exemple de K. Koike 2005) ou hacer agua [un buque] ([un navire] fait eau). Ces
énoncés doivent-ils être considérés comme des collocations malgré leur stricte sé-
lection paradigmatique ? Les énoncés quedarse [una mujer] para vestir santos (res-
ter célibataire) ou caer [un muchacho] en la flor (mourir jeune) seraient-ils aussi
des collocations puisque de telles locutions prédiquent seulement une femme et
une jeune personne, respectivement ?
Finalement, l’exemple loc. v. + N, cité par K. Koike (2001 : 57), pasar a limpio un
escrito (recopier au propre) reste problématique, puisque, selon le DRAE (2001), la
seule locution existante est la locution adverbiale a (en) limpio (au propre) « sans
ratures ni corrections, proprement », de sorte que, dans tous les cas, la collocation
serait V + loc. adv. (par exemple, escribir a limpio [écrire au propre]), bien que l’ob-
jet direct soit toujours un escrito (un écrit), pris dans le sens générique ; conformé-
ment à cette analyse, il pourrait même s’agir d’une collocation enchaînée (escribir
un escrito/texto [écrire un texte] + escribir a limpio [écrire au propre]). Or, le DEA,
contraire à son habitude de désarticuler des locutions traditionnelles, consigne le
syntagme pasar a limpio comme locution verbale, combinable avec le mot escrito.
Face à cette opinion, nous pouvons argumenter que le prétendu collocatif adver-
bial peut sélectionner d’autres verbes, à part escribir (écrire), comme par exemple,
poner (mettre), trasladar (copier), redactar (rédiger), transcribir (transcrire), etc.,
et le complément en question peut également alterner avec d’autres substantifs,
la majorité étant des hyponymes de celui-ci, comme par exemple, texto (texto),
borrador (brouillon), discurso (discours), tesis (thèse), carta (lettre), documento
(document), expediente (rapport, bulletin), comentario (commentaire), dictado
(dictée), resumen (résumé), esquema (schéma, plan), croquis (croquis), dibujo
(dessin), etc.
K. Koike (2005 : 169) donne quelques nouveaux exemples de collocations du
type loc. v. + N, comme celui cité dans la note antérieure et aussi dar rienda suelta a
la imaginación/creatividad (laisser libre cours, donner libre cours à l’imagination/
créativité). Nous croyons que le substantif imaginación peut représenter l’option
préférentielle à l’intérieur du même paradigme (creatividad [créativité], fantasía
[fantaisie], sueño [rêve], aspiraciones [aspirations], ilusión [illusion]…) et égale-
ment hors de lui (bromas [blagues], risa [rire], emociones [émotions], verborrea
[blablabla], instintos [instincts], travesuras [espiègleries], perrerías [tours], tro-
pelías [sauvageries], amor [amour]…), mais, en plus de les analyser comme des
collocations, il faudrait réajuster la typologie structurelle des collocations simples,
puisque les substantifs sélectionnés fonctionnent de façon syntaxique comme des

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Collocations complexes (application à l’espagnol) 87

compléments indirects, non directs. Pour Koike, les collocations verbo-nominales


dans lesquelles le nom n’est pas sujet, fonctionnent seulement comme complé-
ment direct, en accord avec le seul schéma qu’il présente (K. Koike 2001 : 48).11
Malgré cette diversité de classes lexicales nominales qui peuvent se combiner
avec les verbes de tous les exemples cités par Koike et notre réticence à traiter de
telles combinaisons comme des collocations, il est possible de parler de colloca-
tions s’il existe vraiment une relation solidaire préférentielle, institutionnalisée ou
consacrée par la communauté des sujets parlants comme étant plus spécifique ou
prototypique.
K. Koike (2005 : 173) signale un autre aspect intéressant, il s’agit de la possibi-
lité de potentialiser le rang de collocation au moyen d’une construction causative ;
c’est le cas de dejar escapar una posibilidad (laisser échapper une possibilité, la gâ-
cher). Ce qui peut lui être reproché, c’est qu’il est très risqué de supposer que dejar
escapar soit une locution verbale pour ensuite justifier la catégorie de collocation
complexe. (L’auteur cite d’autres exemples qui ne nous semblent pas être des collo-
cations, comme dejar correr el agua [laisser couler l’eau], dejarse caer en un sillón
[se laisser tomber dans un fauteuil], dejar vagar la mirada [laisser le regard se
perdre], et même dejar escapar una risita [laisser échapper un rire]).

3. Limite entre collocation et locution

Le véritable objectif de cette section réside dans le fait de savoir si une construction
déterminée, ayant apparemment la forme d’une collocation complexe, est entière-
ment une locution ou s’il est possible d’identifier l’une de ses parties comme une
locution autonome, reliée à l’autre partie ou à une pièce lexicale simple, c’est-à-
dire, si une telle construction est une locution ou une collocation composée par un

11.  Cependant, cet auteur ainsi que d’autres (G. Corpas Pastor 1996 ; M. A. Castillo Carballo
1998…) citent des exemples ayant comme structure V + SP, comme poner en funcionamiento
(mettre en marche) et poner en cuestión (mettre en question), de sorte qu’ils ne s’ajustent pas
au schéma indiqué (V + NCD). L’hypothèse de K. Koike (2000) pourrait être maintenue si nous
considérions que de tels énoncés constituent des prédicats complexes à verbe support et non
des collocations authentiques. Or, s’il était décidé qu’entre incautarse (saisir) et droga (drogue)
(alijo de droga [colis de drogue]), et dans incautarse de la droga (saisir la drogue), il existe une
restriction lexicale, et que incurrir en un error (tomber dans l’erreur) ou caer en pecado (tomber
dans le péché) sont des collocations authentiques et non des prédicats avec des verbes supports
(errar [errer], pecar [pécher]), alors l’hypothèse de Koike devrait être modifiée, car il existe
des compléments qui ont une autre fonction que celle de complément direct ; par conséquent,
l’énoncé dar rienda suelta a la imaginación (donner libre cours à son imagination) pourrait être
structurellement interprété comme collocation.

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88 Mario García-Page

composant ayant la catégorie de locution (M. García-Page 2004b ; L. Ruiz Gurillo


1997a), comme dans les énoncés prometer el oro y el moro (promettre monts et
merveilles), cerrar a piedra y lodo/a cal y canto (fermer à double tour), aguantar
carros y carretas (en voir des vertes et des pas mûres), dormir a pierna suelta (dor-
mir à poings fermés), emplearse a fondo (faire de son mieux), llover a cántaros
(pleuvoir des cordes), gritar a pulmón pelado (crier à pleins poumons), ganar por
goleada (faire un carton), etc.
Selon nous, la définition de collocation donnée au début de cet article n’offre pas
des critères assez décisifs ni suffisants pour séparer les collocations des locutions.
Deux de ces critères, intimement liés, sont d’un genre sémantique : d’une part, la
collocation se construit en vertu d’un lien sémantique entre les composants grâce
à leurs sens respectifs et individuels ; d’autre part, ce lien est lexicalement restreint.
En revanche, les constituants de la locution n’établissent aucun type de relation
sémantique entre eux — même s’il peut exister et qu’il est possible aujourd’hui
de découvrir à leur origine ou au cours du processus de leur formation un certain
degré de motivation — et, par conséquent, il n’est pas possible de déterminer un
genre de restriction lexicale quel qu’il soit, et ce même si certains chercheurs s’en-
têtent à voir entre les éléments d’une locution un concert sémantique.12
Un autre paramètre est de nature syntaxique, et a à voir avec le phénomène
diachronique du figement et de la lexicalisation d’un syntagme « libre » : bien que
le lien qui unisse les composants soit de caractère sémantique, la collocation est,
avant tout, un fait purement syntaxique, généralement une construction syntag-
matique, qui est régie par les lois régulières de la grammaire, c’est pourquoi nous
pouvons nous attendre à ce qu’elle réagisse positivement aux critères transfor-
mationnels propres à d’autres chaînes libres : nominalisation, pronominalisation,
conversion à la forme passive, extraction, etc. La locution, elle, n’est pas un fait
grammatical, même si elle est configurée comme une construction des éléments
syntaxiques et sa forme simule une syntaxe régulière : les locutions sont, grosso
modo, réfractaires aux opérations transformatives signalées.13

12.  Nous entendons continuellement parler du fait que les locutions se caractérisent par une
cohésion sémantique et également du fait qu’entre leurs composants il se fonde un certain type
de sélection lexicale (il est parfois dit que cette sélection est unique).

13.  En réalité, les locutions qui tolèrent certaines modifications sont plus nombreuses que l’on
ne le croit en général, jusqu’au point que certaines constructions nous invitent à douter de leur
statut phraséologique. Voir notamment M. García-Page (2001a et 2002) ; ainsi que Z. Carneado
Moré (1985) et M. García-Page (1996b, 1999, 2001a, 2005b, 2008b), entres autres.
Evidemment, les emplois ludiques ou intentionnés pragmatiquement ne sont pas pris en
compte.

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Collocations complexes (application à l’espagnol) 89

Le statut syntaxique et non lexical d’une collocation, face à une locution, déter-
mine, à son tour, une autre distinction d’ordre sémantique : alors que les locutions
ont fréquemment développé, au cours de l’histoire deux sens ou plus, figurés ou
idiomatiques, en plus du sens propre (si elles en possédaient un), les collocations
n’en ont qu’un seul, généralement transparent ou semi-transparent, dérivé de l’ac-
tion des signifiés individuels de leurs composants lexicaux et de leur relation syn-
taxique. Une collocation ne peut pas présenter plus d’un sens, et celui-ci ne peut
pas être plus idiomatique que le degré de figuration avec lequel peut intervenir le
collocatif lorsqu’il co-apparaît avec la base : discusión bizantina (discussion byzan-
tine), caluroso aplauso (applaudissement chaleureux), espinoso asunto (problème
épineux), triunfo sonoro (triomphe retentissant), error craso (grave erreur), expirar
un plazo (un délai expire), refrescar la memoria (rafraîchir la mémoire), depositar
la confianza (placer sa confiance), sofocar una revuelta (étouffer une révolte), pres-
tar atención (faire attention), amasar una fortuna (amasser une fortune), apagar la
sed (étancher la soif), deponer una actitud (bannir une attitude)…
C’est précisément cet aspect sémantique, celui qui correspond au rang phra-
séologique général de compositionnalité ou d’idiomaticité, ce qui a conduit cer-
tains linguistes — et parfois aussi les dictionnaires — à classer comme collocation
des constructions frontalières au lieu de les décrire comme des locutions. L’hypo-
thèse consisterait à faire dépendre le lien sémantique, qui soutient le phénomène
de la collocation, de la nature sémantique des composants : que le collocatif au
sens figuré participe ou non (depurar responsabilidades [dégager des responsa-
bilités], izar/arriar la bandera [hisser/abaisser le drapeau], cosechar una victoria
[obtenir une victoire], condonar una deuda [remettre une dette], sembrar el pánico
[semer la panique], trinchar el pescado [couper le poisson], incubar una enferme-
dad [couver une maladie], interponer un recurso [interjeter un appel], depositar la
confianza [donner sa confiance à quelqu’un], amainar/arreciar el viento [le vent
faiblit/redouble], acariciar una idea [caresser une idée], propagarse el fuego [le feu
s’étend], albergar una esperanza [nourrir un espoir], abolir/derogar una ley [abolir
une loi], despertar el interés [susciter l’intérêt], infligir un castigo [infliger un châ-
timent], desatarse una polémica [une polémique se déclenche], infringir la norma
[transgresser la norme], refrescar la memoria [rafraîchir la mémoire], formular
una pregunta [formuler une question], trabar amistad [nouer une amitié], rescin-
dir un contrato [résilier un contrat], zanjar una cuestión [trancher une question],
oficiar una misa [célébrer une messe], conciliar el sueño [trouver le sommeil], infli-
gir un golpe [porter un coup]/castigo [infliger un châtiment], amasar una fortuna
[amasser une fortune], levar el ancla [lever l’ancle], apagar la sed [étancher la soif],
envainar una espada [rengainer une épée], sofocar una revuelta [étouffer une ré-
volte], deparar la suerte [le sort réserve], deponer una actitud [se départir d’une

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90 Mario García-Page

attitude], bruñir el metal [polir le métal]…),14 la combinaison peut se soumettre à


une analyse compositionnelle,15 contrairement à ce qui se passe pour les locutions,
dans lesquelles le sens, figuré ou idiomatique la plupart du temps, est comme un
bloc ou non décomposable, bien que de nombreuses locutions soient partielle-
ment flexibles, ou du moins pas complètement opaques du point de vue séman-
tique (et, par conséquent, décomposables, selon divers auteurs, comme Ruwet,
Wasow et d’autres, Glucksberg, Gibbs et collaborateurs, Cacciari, etc.).
Cette vision du phénomène détruirait l’hypothèse de l’existence d’une caté-
gorie de locutions, les locutions mixtes,16 composées par une partie dite « libre »
qui intervient au sens littéral et une partie fixe revêtant alors un sens idiomatique,
locutions qui sont les principales responsables — mais pas les seules — de la semi-
idiomaticité en phraséologie17 (les locutions mixtes viendraient grossir les rangs
des collocations, simples ou complexes) : conformément à ce que nous avons in-

14.  Parfois, des couples avec le même verbe employé au sens propre et au sens figuré peuvent
se former selon le substantif : apagar un incendio (éteindre un incendie)/apagar la sed (étancher
la soif), deponer las armas (déposer les armes)/deponer una actitud (cesser de se comporter
ainsi), esgrimir un arma (se servir d’une arme)/esgrimir un argumento (brandir un argument),
estallar una guerra (une guerre éclate)/estallar una bomba (une bombe explose), restañar el
cobre (rétamer le cuivre)/restañar una herida (étancher une blessure), sembrar semillas (semer
des graines)/sembrar el terror (semer la terreur)… Vid., par exemple, I. Bosque Muñoz (1982 :
137–140).

15.  Cela dépend, dans une large mesure, de ce que l’on entend par compositionnalité. Si cette
notion est interprétée comme une notion opposée à l’idiomaticité, on ne peut pas affirmer que
toutes les collocations sont strictement ou purement compositionnelles, étant donné qu’il est
très courant que le collocatif participe dans la construction au sens figuré (comme c’est le cas
avec les deuxièmes énoncés de chaque paire n.14). Nous pourrions parler d’analyse compo-
sitionnelle dans les collocations, si celle-ci pouvait être pratiquée sans que le sens, propre ou
figuré, que possède le collocatif dans la collocation ne s’interpose, c’est-à-dire, quand l’idioma-
ticité n’est pas considérée comme antonyme de la compositionnalité, ou autrement dit, quand
la compositionnalité ne se limite pas aux combinaisons dans lesquelles la relation sémantique
entre les deux termes se base exclusivement sur les sens propres ou littéraux. Les nombreux
énoncés de la vie quotidienne qui contiennent une métaphore, une métonymie ou une hyper-
bole sont-ils non compositionnels ?

16.  La proposition des locutions mixtes semble être de A. Zuluaga Ospina (1980 : 134–136),
bien qu’inspirée de Ch. Bally (1909). D’autres chercheurs l’ont également adoptée (voir L. Ruiz
Gurillo 1997c : 70, 112, 121 ; 2001 : 40).

17.  Certains chercheurs (R. Gibbs 1980, 1985, 1986, 1990… ; D. Geeraerts 1989, 1995… ; C.
Cacciari 1989, 1993 ; C. Cacciari, S. Glucksberg 1991 ; C. Cacciari, P. Tabossi 1998 ; F. Casadei
1996, 1997… ; M. J. Cuenca Ordinyana 2000 ; etc.) ont souligné la fonction de la métaphore et
de la connaissance que les locuteurs ont des patrons sous-jacents à la métaphore dans le déchif-
frement des idiotismes traditionnellement considérés comme opaques.

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Collocations complexes (application à l’espagnol) 91

diqué dans la note antérieure, il y a des locutions qui doivent leur caractère semi-
idiomatique (ou idiomaticité faible ou partielle) à la combinaison de leurs compo-
sants, mais il y a des locutions semi-idiomatiques qui ne présentent pas une telle
mixité de structure, comme vivir del cuento (vivre de l’air du temps), mantenerse
del aire (vivre d’amour et d’eau fraîche), quedarse para vestir santos (rester vieille
fille) ou comer por siete (manger comme quatre), étant donné que ni del cuento, ni
del aire, ni para vestir santos, ni por siete ne sont des locutions, même si le verbe qui
est en tête de la construction a un sens littéral (peut-être ont-elles, en effet, subi un
léger glissement sémantique).
Il est probable que l’ensemble de locutions mixtes le plus important (dans de
nombreux cas, des prétendues collocations complexes) soit celui des constructions
comparatives (dormir como un tronco [dormir comme une souche], más papista
que el papa [plus royaliste que le roi], etc.). M. Alonso Ramos (1993), K. Koike
(1999, 2000, 2001) et J. Ginebra i Serrabou (2002) sont clairement en faveur de
l’hypothèse du statut collocationnel des comparaisons stéréotypées. Pour notre
part, malgré leur signifié faiblement idiomatique, nous les avons traitées, confor-
mément à la tradition grammaticale, comme des locutions sans envisager donc
l’opposition collocation/locution (Section 2). D’autres auteurs, comme A. Zuluaga
Ospina (1980) et L. Ruiz Gurillo (1997b, 1997c), les incluent dans la catégorie des
locutions élatives (voir également P. Mogorrón Huerta 2002). Dans les diction-
naires elles apparaissent consignées de différentes façons ; par exemple le DRAE
(2001) et le DFEM (1994) classifient les énoncés dormir como un lirón (dormir
comme un loir) et llorar como una Magdalena (pleurer comme une Madeleine)
comme locutions verbales ; le DUE (1996) consigne l’énoncé llorar como una Mag-
dalena mais pas dormir como un lirón, bien qu’en réalité il apparaisse dans un
exemple en affirmant que « en tant que nom qualificatif ou en tant que terme de
comparaison (lirón) s’applique à une personne qui dort beaucoup ou qui est pro-
fondément endormie ». « Es un lirón. He dormido toda la noche como un lirón »
(J’ai dormi comme un loir toute la nuit) ; le DEA (1998) se borne à signaler que
les mots lirón et llorar s’emploient fréquemment dans des constructions compara-
tives ; le DI (1959) ne cite aucun de ces énoncés, mais il cite l’expression estar hecho
una Magdalena (pleurer comme une Madeleine).18
Il est certain qu’une construction appartenant au groupe des locutions mixtes
(aujourd’hui appelées par la majorité des phraséologues « collocations »), comme
vivir a cuerpo de rey (vivre aux frais de la princesse), llover a cántaros (pleuvoir à
verse), coser a pasaperro (terme de reliure), dormir a pierna suelta (dormir à son

18.  Tout ceci ne fait que démontrer le caractère tout à fait arbitraire des registres lexicogra-
phiques ; une affirmation qui pourrait s’étendre de façon générale, puisque nous pouvons re-
trouver cet arbitraire dans tous les dictionnaires.

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aise), prometer el oro y el moro (promettre monts et merveilles), defender a capa


y espada (défendre bec et ongles), etc., n’est pas complètement opaque, ni tota-
lement idiomatique ; mais la semi-idiomaticité ou la semi-transparence séman-
tique est due aussi à d’autres facteurs, sémantiques et pragmatiques, comme, par
exemple, au degré de participation des signifiés individuels des composants dans
le signifié de l’ensemble, et aussi à la motivation du sens littéral de l’expression ho-
mophone et à la plus ou moins grande habileté que démontre l’usager au moment
d’interpréter la figure sémantique qui a donné lieu au sens idiomatique.19

4. L’aspect arbitraire dans les analyses

Actuellement, nous observons une certaine tendance à traiter comme des collo-
cations des constructions traditionnellement considérées comme des locutions ;
autrement dit, elles sont souvent démembrées. Ceci se manifeste, par exemple,
dans les changements d’opinions chez un même auteur. Ainsi, par exemple, I. Pe-
nadés Martínez (1999, 2000), initialement, traitait les comparatives hyperboliques
comme des locutions et, peu après (2001), comme des collocations. Cependant,
dans son dictionnaire de locutions publié en 2002, I. Penadés Martínez, inclut
certaines comparatives… Nous pouvons également observer une évolution dans
les différentes éditions du dictionnaire de l’Académie : dans la 21e édition (1992),
il incluait dans la même catégorie, sans doute de façon redondante ou incongrue,
a mandíbula batiente (à gorge déployée) et reír a mandíbula batiente (rire à s’en dé-
crocher la mâchoire), c’est à dire, qu’il classait le syntagme prépositionnel comme
locution adverbiale et à la fois comme composant d’une locution verbale ; cepen-
dant dans la dernière édition publiée (2001) la seconde entrée est supprimée.
Cependant, il existe des contradictions ou des contre-exemples. Alors que le
DRAE (2001) considère comme locution verbale hablar en cristiano (parler un
langage compréhensible, parler en espagnol), dans la construction hablar en plata
(parler clairement), il identifie uniquement comme locution (loc. adv.) le syn-
tagme en plata. Il en est de même pour d’autres catégories, par exemple il décrit
comme locutions verbales les énoncés llorar a moco tendido (pleurer à chaudes

19.  A notre avis, et sans vouloir sous-estimer l’épineux problème posé par son identité (c’est
à dire, savoir si l’une de ces constructions est une locution ou une collocation), l’hypothèse de
l’existence de locutions mixtes a l’inconvénient de se définir seulement de façon structurelle
(locution composée d’une partie fixe — locution — qui se combine habituellement avec une
partie libre — mot —), et, par conséquent, de faire dépendre son existence de l’existence préa-
lable d’une autre locution, quelque chose qui précisément répond mieux à la définition de col-
location. Le fait de supposer qu’une locution puisse renfermer une autre locution nous semble
assez surprenant.

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Collocations complexes (application à l’espagnol) 93

larmes), servir en bandeja (apporter sur un plateau), hablar por los codos (avoir
la langue bien pendue) et conocer de vista (connaître de vue), entre autres, alors
qu’il analyse a vuela pluma (au fil de la plume) (et al correr de la pluma), a pierna
suelta (à son aise, tranquillement), de raíz (dès le début)…, comme étant des locu-
tions adverbiales, et non comme des locutions verbales, les énoncés escribir a vuela
pluma (écrire au courant de la plume) (et al correr de la pluma), dormir a pierna
suelta (dormir à son aise), cortar/arrancar de raíz (étouffer quelque chose dès le dé-
but)…, malgré le fait que de telles constructions prépositives se combinent généra-
lement avec les verbes escribir (écrire), dormir (dormir), cortar (couper)/arrancar
(arracher)… Pour sa part, le DEA, par exemple, bien qu’il soit le dictionnaire le
plus enclin à désarticuler les locutions traditionnelles, décrit comme locution ver-
bale servir (ou poner) en bandeja (servir sur un plateau), au lieu d’interpréter le
syntagme prépositionnel comme locution adverbiale autonome, comme il le fait
pour d’autres constructions similaires : en plata (hablar en plata [parler clairement
ou franchement]), de vista (conocer de vista [connaître de vue]), de raíz (cortar o
arrancar de raíz [étouffer quelque chose dès le début]), de carrerilla (saber o decir
de carrerilla [dire d’un trait, savoir par cœur], contra viento y marea (luchar contra
viento y marea [lutter contre vents et marées]), etc. (vid. M. García-Page 2004b).
Cela va encore plus loin. En effet les auteurs du DEA changent parfois d’opinion
en rédigeant le DFDEA : ainsi, dans ce dernier l’expression en bandeja est une
locution adverbiale, même s’il est indiqué qu’elle se combine fréquemment avec
servir (servir) ou poner (mettre).
Quelques linguistes, favorables à leur désintégration — et, par conséquent, des
défenseurs de l’analyse collocationnelle de ces constructions — mettent en évi-
dence qu’il y a collocation, lorsque l’un des composants lexicaux intervient au sens
littéral (J. L. Mendívil Giró 1991 : 718 ; K. Koike 1999 : 311–312, 2000 : 57, 2001 :
56)20 ou lorsqu’il est possible de déterminer un mot autosémantique (I. Penadés

20.  J. L. Mendívil Giró (1991) n’utilise pas le terme de collocation, mais celui de especiali-
zación dependiente (spécialisation dépendante). Voir aussi J. L. Mendívil Giró 1999 : 54 et K.
Koike 1999 ; J. L. Mendívil Giró n’emploie aucun de ces termes (1990 : 11) pour se référer à des
constructions similaires.
Il convient de faire deux observations : d’une part, dans sa théorie nous croyons que le terme
spécialisation dépendante ne permet pas de distinguer clairement ce type de combinaison
d’autres qui ne le sont pas, car elles appartiennent à d’autres stades du continuum entre la locu-
tion idiomatique et le syntagme libre ; d’autre part, à l’intérieur des spécialisations dépendantes
sont incluses des structures hétérogènes entre elles : des locutions authentiques (meterse en ca-
misa de once varas [se mêler des affaires d’autrui], estar echando chispas [grimper au mur]…),
des collocations simples (hacer la cama [faire le lit]) et des locutions « mixtes » (costar un ojo de
la cara [coûter les yeux de la tête], luchar contra viento y marea [lutter contre vents et marées],
aguantar carros y carretas [avaler des couleuvres]…).

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Martínez 2001 : 62). Nous croyons que la théorie de I. Penadés Martínez (2001) ne
tient pas debout, car il y a de nombreuses locutions qui ne sont pas complètement
opaques ou d’idiomaticité relâchée qui incluent des mots « autosémantiques » ou
qui participent au sens propre, et parce qu’il y a beaucoup de définitions qui répè-
tent le mot de l’énoncé. Qui plus est, de nombreux exemples cités par cet auteur
contredisent directement sa théorie ; il suffit de citer certaines locutions de son
propre dictionnaire qui commencent par decir (I. Penadés Martínez 2002) : decir
cuántas son cinco [ou cuántas son dos y dos] [dire à quelqu’un ses quatre vérités]
« Decirle claramente… », decir cuatro cosas (bien dichas) « Decirle claramente… »,
decir para su capote [dire quelque chose dans son for intérieur] « Decirse [una
cosa] a sí mismo », etc.).
Cette hypothèse, malgré le fait de représenter une possible avancée dans la
difficile tentative de délimiter les catégories des locutions et des collocations, ne
peut pas, si elle est formulée de cette façon, être un principe de validité générale,
car, entre autres, il existe de nombreuses locutions qui contiennent des vocables
au sens littéral ou autosémantique, et n’ont pas pour autant cessé de fonctionner
comme telles ; c’est le cas de a voz en grito (crier sur les toits), hablar a chorreta-
das (parler énormément), ser capaz de plantar una fresca al lucero del alba (être
capable de faire face à n’importe qui), ir en gustos (chacun ses goûts), no tener ni
punto de comparación (ne pas être comparable), andarse con rodeos (ne pas mâ-
cher ses mots), brillar por su ausencia (briller par son absence), guardar las distan-
cias (garder ses distances), etc.
La plupart des exemples qui sont allégués comme collocations complexes et
simples ou locutions « convertibles » en collocations, sont des constructions qui
obéissent surtout au schéma syntaxique V + loc. adv., et, dans une moindre me-
sure, V + loc. n. dans lesquelles, par conséquent, c’est le verbe le constituant lexi-
cal au sens littéral ou sémantiquement autonome.21 Le fait que l’élément au sens
littéral, généralement un verbe, soit celui qui commence la construction semble

21.  En réalité, dans une collocation de cette sorte, le mot simple est aussi autosémantique que
la locution, comme le prouve sa consignation lexicographique ; c’est à dire, les deux composants
sont sémantiquement autonomes : l’un, le mot, avec son sens propre et un autre, la locution, avec
son sens figuré ou idiomatique. Par conséquent, le terme « palabra autosemántica » (mot auto-
sémantique) adopté par I. Penadés Martínez (2001) ne semble pas très précis. Les exemples allé-
gués par cet auteur sont, fondamentalement, à son avis, de prétendues collocations ayant comme
structure V + N (ou SN). En ce qui nous concerne, nous avons appliqué son hypothèse aux
collocations complexes V + loc. nom. ou V + loc. v. À notre avis, les exemples cités dans le travail
en question sont de nature très hétérogène : avec de prétendues collocations « verbe + complé-
ment » (defender a capa y espada [défendre bec et ongles]…), sont inclus de nombreux prédicats
complexes à verbe support (dar un garbeo [faire une balade], dar una vuelta [faire un tour]…) et
des locutions authentiques (dar fe [certifier], dar un estirón [pousser tout d’un coup]).

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Collocations complexes (application à l’espagnol) 95

faciliter, même visuellement, la désintégration de la prétendue locution, c’est


à dire, son interprétation comme une construction syntaxique (collocation) de
verbe prédicatif + complément argumental. Or, les locutions (consignées comme
telles dans les dictionnaires) qui incluent des composants lexicaux avec un sens
littéral plein ne sont pas rares, comme nous l’avons vu auparavant (ir en gustos [ça
dépend du goût de chacun], etc.), et, cependant, les linguistes n’ont jamais proposé
de les classifier comme collocations malgré le fait qu’elles remplissent le même
critère d’autonomie sémantique ou de littéralité de l’un de leurs composants. Mais
celles-ci ne sont pas les seules : les dictionnaires consignent également un grand
nombre de locutions verbales qui commencent par un verbe prétendument au
sens littéral, dont la désintégration en collocations complexes produirait des locu-
tions adverbiales ou nominales (les compléments du verbe de l’ancienne locution
verbale) non reconnues, ou vides de sens (para vestir santos [quedarse + para vestir
santos] [rester vieille fille], por los codos [hablar + por los codos] [trop en dire]), ou
homophones d’autres existantes (a chorros [hablar + a chorros] [parler beaucoup
et précipitamment], cfr. hablar a chorretadas), ou encore, contradictoires avec le
sens idiomatique ou de bloc de construction (entre dientes [decir + entre dientes]
[parler entre ses dents]).
Et qui plus est, ce désir de transformer des locutions traditionnelles en collo-
cations peut nous forcer à construire des locutions nominales avec une syntaxe
irrégulière. En effet, certaines de ces locutions séparées d’une locution verbale
ou nées d’une dissection de celle-ci — aptes, par conséquent, à configurer une
collocation complexe — montrent une syntaxe irrégulière dont la normalité ou
la grammaticalité serait rétablie si le verbe sélectionné était simplement pris en
compte. C’est le cas du syntagme castillos en el aire (châteaux en Espagne) : bien
qu’en général les dictionnaires (et également les linguistes, comme K. Koike 2005)
traitent cet énoncé comme locution nominale ou laissent entendre qu’il en est une,
il est plus qu’improbable qu’un complément circonstanciel (en el aire) modifie un
substantif (castillos) ; ce complément syntaxique serait, en revanche, légitimé, si,
comme on peut le supposer, le verbe sélectionné est restitué (levantar [élever],
construir [bâtir], hacer [faire]) : construir castillos en el aire (bâtir des châteaux en
Espagne) « hacerse vanas ilusiones ». Nous pourrions dire la même chose en ce
qui concerne le syntagme con la miel en los labios ([laisser quelqu’un] sur sa faim,
insatisfait), énoncé généralement traité par les dictionnaires (DEA) comme locu-
tion adverbiale : si l’on considère le verbe qui habituellement sélectionne comme
constituant interne de la locution (dejar [laisser], si l’on se réfère à une autre per-
sonne [DRAE], et quedarse [rester] si l’on se réfère à soi-même ou à un locuteur),
l’analyse du syntagme prépositionnel en los labios comme complément locatif est
alors parfaitement justifiée. Et il est possible d’en dire tout autant au sujet de en
popa, si on considère cet énoncé comme complément du verbe (loc. v. ir [algo]

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viento en popa [avoir le vent en poupe/aller]), face à son analyse comme locution
adverbiale (viento en popa). Nous pourrions dire à peu près la même chose de
l’analyse que le DRAE fait de l’expression a freír monas : si, comme il est prévi-
sible, cette prétendue locution adverbiale est interprétée comme complément du
verbe mandar ou irse — partie intégrante, par conséquent, de la locution verbale
mandar/irse a freír monas (envoyer balader, aller se faire voir) —,22 nous pou-
vons expliquer la forme grammaticalement inachevée de ladite construction et
nous pouvons assigner la valeur d’indice fonctionnel à la préposition, et, au lieu
d’en donner une définition indirecte par le biais d’expressions comme « úsase »
(« U. para despedir a alguien con aspereza… » [Employé pour mettre quelqu’un à
la porte]), la locution pourrait être définie plus clairement : « Despedir a alguien
con aspereza… ».23 C’est une façon de vérifier que, généralement, les locutions —
non seulement les locutions ambiguës (ver las estrellas [voir trente six chandelles],
dar un baño [prendre un bain], hacer la cama [faire le lit], lavarse las manos [se
laver les mains], tirar la toalla [jeter l’éponge], enseñar los dientes [montrer les
dents]…), mais aussi celles qui sont simplement idiomatiques (tomar el pelo [se
moquer de quelqu’un], comerse el mundo [dévorer le monde], arar en el mar [don-
ner des coups d’épée dans l’eau], pedir peras al olmo [demander la lune]…) —,
même si ce sont, effectivement, des expressions figées (fixées d’une façon déter-
minée), et, par conséquent, objet d’étude de la phraséologie, ont une forme qui
représente, généralement, une structure grammaticale assez régulière, c’est-à-dire,
qu’elles semblent être construites en accord avec les lois grammaticales.24

22.  En réalité, le verbe irse (s’en aller) est employé plus fréquemment lorsqu’il s’agit de choses
(substantifs [+ abstraits]) : dans ce cas précis l’énoncé a le sens de « malograrse, echarse a per-
der » (rater sa vie, laisser passer). Cependant employé à l’impératif (usage limité aux personnes
et concrètement à celui qui écoute), cet énoncé prend le sens de « despedir con aspereza » : El
plan se fue a freír monas (le plan est parti en fumée) / Vete a freír monas (va te faire cuire un
œuf). L’emploi du verbe mandar (envoyer) est plus fréquent s’il s’agit de personnes, mais il
s’utilise aussi pour des choses : Mandó a freír monas a su vecino/el trabajo (il a envoyé balader
son voisin/travail).

23.  M. Gross (1982) est l’un des linguistes qui a noté le caractère syntaxiquement régulier que
présente la majorité des locutions. Voir également M. García-Page (1998a).

24.  Par exemple, contrairement au DRAE (v. notes 22 et 23), nous pensons que le DEA (et aussi
le DFEM) va dans notre sens, car il ne consigne comme des locutions verbales que les variantes
formées par les verbes mandar (envoyer) et ir (aller).
Il semble utile de se rendre compte que les dictionnaires ne précisent pas expressément
si telle ou telle construction est une collocation. Le chercheur déduit cette qualification de la
considération de la consignation lexicographique ; par exemple, grâce aux marques grammati-
cales (type de verbe avec lequel on utilise la locution, etc.). Dans leur prologue, les auteurs du
DFDEA nous avertissent de l’ample conception que recouvre, pour eux, les mots locution et

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Collocations complexes (application à l’espagnol) 97

Nous croyons que ce respect des règles grammaticales — même si l’on connaît
l’existence d’autres locutions hétérodoxes ou en désaccord avec la grammaire (a
pie juntillas [à pieds joints], a ojos cegarritas [à l’aveuglette], irse por pies [fuir]) —
pourrait constituer une preuve du fait que le verbe est un composant interne de la
locution, un indice de la nature syntaxique non indépendante du verbe, même s’il
conserve totalement ou partiellement son sens ; ceci étant un avertissement du fait
que la conversion de locutions en collocations doit se faire en tenant en compte
d’autres facteurs.
Nous pourrions imaginer que la solution au problème qui se pose lorsque
nous contrastons les opinions des chercheurs se trouve dans les dictionnaires, à
supposer que les œuvres lexicographiques fassent foi de la forme que les locutions
ont ; cependant, il suffit de prendre en compte quelques expressions pour voir que
les dictionnaires les traitent de façon très variée : ce qui pour certains dictionnaires
est une locution, est pour d’autres une prétendue collocation ;25 nous avons même
pu observer certaines inconséquences : par exemple, une même locution peut être
traitée de différentes façons par un même dictionnaire, ou encore, deux expres-
sions différentes qui ont une structure identique sont décrites de façon différente,
et finalement nous avons remarqué des changements d’opinions d’une édition à
l’autre, etc.
Il semble donc utile de se demander jusqu’à quel point les consignations lexi-
cographiques de certaines locutions sont fiables ; par exemple, si l’usage actuel
d’une expression doit prévaloir ou si celle-ci doit être préservée dans sa forme
originale, comme nous serions en droit de l’espérer, s’agissant d’expressions his-
toriques ou archaïques, de fossiles ou de restes paléontologiques de la langue. Est-
ce une raison suffisante qu’il existe un mot « autosémantique » pour priver une
construction de son rang traditionnel de locution ? Un proverbe, une maxime ou
un énoncé ainsi conçu de façon séculaire (par exemple A quien madruga Dios le
ayuda [Le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt], Para los Reyes, lo conocen
los bueyes [proverbe saisonnier], En febrero busca la sombra el perro [proverbe
saisonnier], etc.) devrait-il cesser d’être considéré comme tel parce que l’un de

phraséologie : il est prévisible, et il en est effectivement ainsi, que des expressions qui ne sont
pas à proprement parler des locutions apparaissent classées de cette façon. Dans le DEA, il est
également indiqué qu’il existe une certaine tendance à désarticuler d’anciennes locutions. Dans
le REDES également le terme de restriction est un critère englobant.

25.  I. Penadés Martínez s’appuie essentiellement sur les définitions que fournit le DEA (1998)
— dictionnaire qui, comme nous l’avons déjà indiqué, est tout à fait enclin à la désarticulation
de nombreuses locutions traditionnelles (M. García-Page 2004b) —, et en ce qui concerne les
exemples, elle prend en compte des collocations simples (en majorité) et aussi des collocations
complexes.

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ces composants lexicaux consentirait, comme c’est le cas dans ces exemples, à une
interprétation littérale ou comporterait une certaine autonomie sémantique ?
Étant donné qu’il n’existe pas de dictionnaire historique de locutions, et que
sans doute ce qui s’en rapproche le plus est le dictionnaire académique, il serait
intéressant de déterminer, grâce à un examen minutieux des sources littéraires,
historiques, scientifiques, etc., si une locution présente toujours la même forme,
restreinte ou compacte, ou si elle se construit ou se combine fréquemment et pré-
férablement avec un certain mot ou une certaine catégorie de mots, de façon à ce
que l’on puisse dire que, dans le premier cas, c’est une locution et, dans le second,
une collocation. Mais, même de cette façon, les résultats ne pourraient pas être
considérés comme étant définitifs. En effet, le fait qu’il existe des collocations dans
lesquelles la sélection est unique ou presque unique (il suffit de penser aux soli-
darités d’implication de Cosériu, comme higo doñigal [figue à chair rouge], arco
carpanel [arc en anse de panier], vestido talar [sorte de toge], granada cajín [type
de grenade], ojo zarco [œil bleu clair]…), et le fait qu’il y ait des locutions avec des
variantes institutionnalisées d’une locution (alzarse con el santo y la cera/limosna
[tout embarquer, tout rafler], untar el eje/carro [graisser la patte]) et également le
fait que les locutions qui ont connu une évolution structurelle ne sont pas rares
(alzar [ou beber] de codo > alzar el codo > levantar el codo > empinar el codo [lever
le coude], cerrarse de campiña > cerrarse de banda > cerrarse a la banda/en banda
[camper sur ses positions], echar aceite al fuego > echar leña al fuego [mettre de
l’huile sur le feu] [J. Casares Sánchez (1950 : 210–211) ; J. M. Iribarren Rodríguez
(1955 : 54)]), entre autres phénomènes, nous empêchent d’affirmer de façon défi-
nitive qu’une expression est une locution parce qu’elle n’admet pas d’alternance
paradigmatique (et la relation de co-apparition est unique, réciproque), ou par le
simple fait d’avoir conservé sa forme originaire, ou, dit d’une autre façon, que la
locution est seulement l’énoncé qui a réussi à demeurer intact et impassible devant
les avatars corrosifs du temps et face à l’inexorable érosion des usages individuels
ou collectifs de chaque génération, sans même adopter une variante.
De plus, les chercheurs favorables à la décomposition des locutions pourraient
argumenter en faveur de leurs théories grâce au critère d’autorité : qui est l’auteur
du registre locutionnel ? Quels principes ou quels critères ont été suivis nous per-
mettant de considérer qu’une locution serait l’expression complète et non simple-
ment une partie de celle-ci (le syntagme qui n’a pas de sens littéral) ? En définitive,
si les chercheurs veulent apporter de l’eau à leur moulin, ils pourront toujours
justifier leurs décisions en alléguant le critère sémantique de la sélection lexicale.

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Collocations complexes (application à l’espagnol) 99

I. Penadés Martínez (2001 : 17)26 argumente également en faveur de la conser-


vation de la locution en tant que collocation, car, « si nous les décrivions comme
des locutions, en les définissant, nous ne devrions pas mentionner le substantif
contenu dans l’hypothétique locution ». Nous ne croyons pas qu’un tel raisonne-
ment — qui pourrait être considéré comme une bonne critique à l’encontre de ce
genre de définition lexicographique, d’ailleurs, relativement habituelle — puisse
représenter une preuve accablante contre le rang de locution d’une construction
figée dont la définition suit le même critère. De plus, contre cet argument nous
pourrions alléguer que parfois l’acception avec laquelle le substantif intervient
dans la prétendue collocation complexe est une acquisition postérieure à sa pré-
sence dans la construction comme composant figé ; c’est-à-dire, si, par exemple, le
sens de « rechazo amoroso » (déception amoureuse) ou « suspenso estudiantil »
(recalé) du mot calabaza (littéralement une courge) et celui de « adversidades »
(adversités) de carros y carretas dérivent du sens d’ensemble des constructions
dar calabazas (envoyer promener quelqu’un, coller quelqu’un) et aguantar carros
y carretas (avaler des couleuvres) « repudiar » ou « suspender » et « soportar mu-
chas contrariedades », respectivement. Dans le même ordre d’idées, la relation de
sélection lexicale qui peut être mise en évidence entre le verbe et le complément
serait une conséquence de la désintégration de l’ancienne locution. Malgré cette
réticence, le fait que la définition répète ou non un mot de la locution qui lui sert
d’entrée dépend généralement de raisons lexicales et d’autres qui ne sont pas pu-
rement linguistiques. Cela dépend, par exemple, de l’existence de mots ayant un
sens analogue — que des définitions synonymiques utiliseraient —, ou des lacunes
lexicales de la langue, et surtout de l’adresse ou de l’habileté du lexicographe au
moment de rechercher des définitions adéquates. Il est certain que de nombreuses
répétitions auraient pu être évitées (par exemple, simplement en utilisant un syno-
nyme), et également qu’autant de définitions non répétitives auraient pu être for-
mulées grâce à des répétitions. Ainsi, par exemple, dans le premier cas, on pourrait
proposer, pour l’énoncé callar la boca (la fermer), « guardar silencio, no hablar »
au lieu de « callarse », qui est utilisé par les dictionnaires ; pour l’énoncé no tener
nada que llevarse a la boca (ne rien avoir à se mettre sous la dent), « carecer/no
disponer de alimento para comer » au lieu de « no tener qué comer », et, pour
l’énoncé mentir con toda la boca (mentir), « engañar de todo en todo o absoluta-
mente » au lieu de « mentir … » ; etc. Dans le deuxième cas, citons un exemple :
l’énoncé volver a las andadas (retomber dans les mêmes erreurs) pourrait être dé-
fini de la façon suivante « volver a adquirir un vicio o mala costumbre », au lieu de
la définition que propose le DRAE « Reincidir en un vicio o mala costumbre ». De

26.  Ou, même, d’un seul paradigme lexical d’extension minimum ou d’alternance nulle, c’est-à-
dire, composé par ce que l’on nommerait un singleton, en termes mathématiques.

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100 Mario García-Page

la même manière, l’énoncé decir lo [primero] que se le viene a la boca (dire la pre-
mière chose qui nous vient à l’esprit) pourrait être défini comme « decir algo sin
reflexión ni miramiento » au lieu d’être défini, comme le fait le DEA, comme « ha-
blar sin reflexión ni miramiento » (le DRAE atténue la répétition en définissant la
locution de façon abrégée « no tener reparo ni miramiento en lo que se dice », mais
il fait aussi une répétition dans la version longue : « decir algo irreflexivamente, sin
previa meditación ») ; l’énoncé decírselo un pajarito (c’est mon petit doigt qui me
l’a dit) pourrait être défini comme « decirle alguien una noticia », au lieu de, par
exemple, « transmitir alguien una noticia »… Ainsi, il serait judicieux de se de-
mander si, dans ce dernier cas, c’est-à-dire, si nous avons recours à la répétition, les
énoncés qui jusqu’à maintenant étaient classifiés comme des locutions cesseraient
de l’être ; en définitive, il faut se demander si la répétition est une raison suffisante
pour nier le statut de locution à une construction qui en présente toutes les carac-
téristiques. En résumé, la caractérisation d’une collocation ne peut en aucun cas
dépendre de la définition lexicographique. Tout au contraire, un dictionnaire qui
inclut une information grammaticale dans ces articles doit rendre compte des ca-
ractéristiques syntaxiques intrinsèques ou spécifiques de la dite construction, des
restrictions lexicales qui s’imposent à la combinatoire des éléments.
Nous ne croyons pas que le fait que la définition répète un mot de la locution
représente une preuve accablante pour nier le statut de locution d’une construc-
tion figée consacrée par la tradition (voir également supra). L’inventaire des lo-
cutions de la langue espagnole, que les dictionnaires ont l’habitude de consigner
(pas toujours de façon homogène…), se verrait ainsi amputé d’un bon nombre
d’énoncés. Le DRAE (2001), par exemple, déguise des centaines de locutions de
ce genre en collocations, dont les définitions incluent un mot de l’énoncé. Ainsi,
si nous laissons de côté les comparatives (dormir como un lirón [dormir comme
un loir] « dormir profundamente », sordo como una tapia [sourd comme un pot]
« muy sordo », etc.), qui peuvent être difficile à cataloguer (pour certains cher-
cheurs, ce sont des collocations, comme nous l’avons déjà indiqué), nous pouvons
citer des locutions comme hablar/decir entre dientes (parler de façon incompré-
hensible) « hablar de modo que no se le entienda », hablar a chorros/chorreta-
das (parler beaucoup et précipitamment) « hablar mucho y atropelladamente »,
hablar por los codos (parler beaucoup) « hablar mucho », a moco de candil (aux
chandelles) « a la luz del candil », dormir a pierna suelta (ou tendida)/sueño suelto
(dormir à poings fermés) « dormir profundamente o con total despreocupación »
(énoncé que le DRAE ne consigne pas), a duerme y vela (être à moitié endormi)
« medio durmiendo, medio velando », ir en gustos (dépendre du goût de chacun)
« depender del gusto de cada uno », a la vuelta (au retour) « al volver », echar en el
olvido (oublier) « olvidar », a media voz (à demi-mot) « en voz baja, o más baja que
el tono regular », a voces (en criant) « a gritos o en voz alta », hablar/decir pestes

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Collocations complexes (application à l’espagnol) 101

[de alguien] (dire pis que pendre de quelqu’un) « hablar mal de alguien », dar una
voz [a alguien] (héler quelqu’un) « llamarlo en alta voz desde lejos », dar la cabe-
zada (présenter ses condoléances) « dar el pésame », de viva voz/a voz en grito (ou
cuello) (très haut ou en criant) « en muy alta voz o gritando », ser capaz de decir
(ou plantar) una fresca al lucero del alba (dire ses quatre vérités à n’importe qui)
« ser capaz de decírsela a cualquiera », comerse las manos tras [algo] (s’en lécher
les babines) « comer con gusto un manjar sin dejar nada », lágrimas de cocodrilo
(larmes de crocodile) « las [lágrimas] que vierte alguien que no siente », hablar
por las manos (parler avec les mains) « mover mucho la mano al hablar », escribir
a la mano/al dictado (écrire à la main/sous la dictée) « escribir lo que otro dicta »,
cambiar de chaqueta/camisa (retourner sa veste) « cambiar de bando o partido
por conveniencia personal », hincar los codos (bûcher) « estudiar con ahínco », etc.

5. La sélection lexicale

Le problème des limites auquel nous nous référons est fréquemment posé en
termes de capacité sélective du collocatif ou de son rayon ou champ collocationnel
(Hausmann 1985, 1989, 1998), c’est-à-dire, si la sélection est unique (d’un mot
unique),27 ou quasi unique, et, par conséquent, la relation entre la base et le col-
locatif est biunivoque,28 ou plutôt si la sélection est multiple (de plusieurs élé-
ments ou de plusieurs catégories de ces éléments), et, par conséquent, la relation
n’est plus bijective.29 Quand, en effet, la sélection est unique — c’est-à-dire, dans
le cas des collocations complexes, une prétendue locution se combine de façon
exclusive avec un prétendu mot sémantiquement autonome —, il semblerait, en

27.  Les constructions comparatives sont, probablement, les structures qui représentent le mieux
ce phénomène de relation biunivoque ou réciproque, tant parce que le noyau syntaxique de la
comparaison est souvent le seul élément modifiable et ne développe pas un paradigme de va-
riantes, que parce que les comparatives constituent un important répertoire. Cependant, il existe
des comparatives avec des paradigmes étendus de substantifs constituants du second terme de
la comparaison ; pensez, par exemple, à la construction veloz (ou rápido) como el rayo/una cen-
tella/una bala/una liebre/un galgo/un gamo/una exhalación/un suspiro/el trueno / un relámpago
/flecha/guepardo (rapide comme un éclair/une étincelle/une balle/un lièvre/un lévrier/un daim/
une exhalation/un soupir/le tonnerre/un éclair/une flèche/un guépard)…

28.  D’autres chercheurs (G. Corpas Pastor 1996 : 119 ; I. Bosque Muñoz 2001b : 17) ont égale-
ment mis en évidence la difficulté de classifier ces cas limitrophes.

29.  Par conséquent, au lieu de sélection, nous devrions plutôt parler de figement ou de fossilisa-
tion. Le verbe se voit intégré comme composant interne figé de la locution.

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102 Mario García-Page

principe, plus raisonnable de décrire la construction comme une locution ;30 de


la même manière, lorsque les mots ou les catégories de mots qui peuvent se com-
biner avec une prétendue locution sont nombreux, il serait plus judicieux de la
décrire comme collocation.31
Mais, comme nous avons pu le constater, dans les faits il n’en va pas ainsi
(les énoncés llorar a moco tendido [pleurer à chaudes larmes] et discusión bizan-
tina [discussion byzantine] sont des collocations, même s’il existe une sélection
unique, et les énoncés no ser nada del otro jueves/mundo [ne pas casser trois pattes
à un canard ; ne pas être la mer à boire] et a mucho/todo/más tirar [tout au plus]
sont des locutions, même s’il existe une sélection multiple [= variantes]), de plus
les chercheurs ne se mettent pas non plus d’accord sur la description de nom-
breuses constructions.32 Par exemple, à propos de l’alternance multiple, I. Bosque
Muñoz (2001a : 23) parie sur le fait que les restrictions lexicales de cette sorte
soient traitées comme des collocations. Cet auteur prend pour exemple l’énoncé
pillar/coger/capturar/sorprender/descubrir… con las manos en la masa (prendre la
main dans le sac), où la locution (adverbiale, selon lui) con las manos en la masa
sélectionne plusieurs bases verbales. Cependant, ce critère n’a pas, selon nous, de
validité générale, car, comme nous l’avons déjà signalé, de nombreuses locutions
« de pata negra », c’est-à-dire, des locutions authentiques et bien enracinées dans
l’usage, ont également développé des paradigmes, plus ou moins réduits, de va-
riantes lexicales institutionnalisées ou codifiées, comme hincar/apretar/romperse
los codos (bosser), empinar/alzar/levantar el codo (lever le coude), tirar/echar/
arrojar la casa por la ventana (jeter l’argent par les fenêtres), etc., en me limitant
ici seulement aux variantes du verbe, en consonance avec son exemple. En défini-
tive, la possibilité d’alternance multiple de l’un des composants d’une combinai-
son ne détermine pas automatiquement son rang collocationnel, ou, autrement
dit, elle n’élimine pas son statut locutionnel. Cependant, étant donné que dans les

30.  K. Koike (1999 : 318) distingue ces deux sortes de sélections, nommant les premières es-
pecializaciones dependientes (spécialisations dépendantes) (terme employé initialement par J.
L. Mendívil Giró 1991 : 718) et les secondes colocaciones locucionales (collocations locution-
nelles). En revanche, selon nous, cette dernière étiquette — dont l’acceptation générale pourrait
provoquer une plus grande confusion terminologique — serait plus appropriée pour les pre-
mières.

31.  Par exemple, A. Zuluaga Ospina (1980 : 163), L. Ruiz Gurillo (1997c : 80), B. Segura García
(1998 : 193) et P. Mogorrón Huerta (2002), entre autres, pensent que l’énoncé llover a cántaros
(pleuvoir des cordes) est une locution (tout comme le DFEM et le DUE), alors que M. Alonso
Ramos (1993) et K. Koike (2000, 2001) supposent qu’il s’agit d’une collocation.

32.  « (…) la variation (disons l’alternance) que l’on voit dans quelques locutions montre que
l’on obtient les paradigmes lexicaux propres aux collocations » (I. Bosque Muñoz 2001a : 23).

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Collocations complexes (application à l’espagnol) 103

locutions les éléments lexicaux sont liés et ne concourent pas en raison de leurs
signifiés particuliers (tout au moins dans une analyse synchronique actuelle), le
fait que l’on puisse découvrir un type de sélection lexicale est un indice du fait que
la combinaison est une collocation ou du fait qu’il ne s’agit pas d’une locution.
De la même manière, les exemples de K. Koike (1999) ne permettent pas
d’établir la division qu’il propose : les verbes des restrictions uniques (« spécia-
lisations dépendantes ») cités par l’auteur — conocer al dedillo (savoir sur le bout
du doigt), cerrar a cal y canto (fermer à double tour), criar entre algodones (élever
dans du coton), escribir al correr de la pluma (écrire au fil de la plume), escribir de
su puño y letra (écrire de sa propre main), recibir con los brazos abiertos (recevoir à
bras ouverts), luchar a brazo partido (se battre à bras-le-corps), esperar como agua
de mayo (attendre quelqu’un comme le Messie) —, bien qu’elles soient les bases fa-
vorites, ne sont pas les seules possibles : les verbes saber (savoir), guardar (garder),
componer (composer), firmar (signer), acoger (accueillir), combatir (combattre),
desear (désirer)/recibir (recevoir)/venir (convenir, aller bien) pourraient égale-
ment apparaître, respectivement, dans les contextes donnés ; l’interprétation de
quelques unes des locutions adverbiales citées par K. Koike (1999) comme collo-
catifs de restrictions multiples (« collocations locutionnelles ») nous semble dou-
teuse : ainsi, tandis que la liste de verbes sélectionnables par la locution al pie de la
letra (au pied de la lettre) n’est pas très réduite (ceux qui dénotent « obéissance »
ou « accomplissement » sont nombreux : seguir (suivre), acatar (obéir), adecuarse
(s’adapter), adaptarse (s’adapter), obedecer (obéir), respetar (respecter), ajustarse
(s’adapter)… ; mais elle peut aussi se combiner avec des verbes appartenant à
d’autres paradigmes lexicaux, comme celui qui réunit des prédicats qui dénotent la
« reproduction » : reproducir (reproduire), decir (dire), leer (lire), copiar (copier),
repetir (répéter)…, et les verbes qui dénotent l’ « exécution » : realizar (réaliser),
ejecutar (exécuter), cumplir (accomplir), llevar a cabo (mener à bout), interpretar
(interpréter)…), les verbes qui peuvent se combiner avec de cabo a rabo (d’un bout
à l’autre) sont extrêmement nombreux, à tel point que cette circonstance nous
pousse à nous demander si cet énoncé forme ou non une collocation avec certains
d’entre eux (précisément, ni fregar [laver] ni leer [lire], deux exemples proposés
par Koike, ne se trouvent parmi les préférences lexicales de la dite locution).
Les dictionnaires usuels ne nous aident pas non plus suffisamment : si, par
exemple, ils consignent une prétendue partie d’une locution plus étendue comme
locution indépendante, ils ajoutent souvent qu’elle s’utilise seulement avec tel ou
tel mot — comme il arrive avec la locution adverbiale a moco tendido (à chaudes
larmes), collocatif qui sélectionne de façon exclusive le verbe llorar (pleurer),

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conformément aux indications du DEA33 —, ou alors qu’elle se combine avec un


nombre très réduit de mots (deux ou trois) de sens similaires, mais, dans l’usage
réel, elle s’emploie seulement avec l’un d’entre eux — comme il arrive avec a cán-
taros (à verse), qui sélectionne uniquement le verbe llover (pleuvoir), même si cet
énoncé peut occasionnellement se combiner avec d’autres verbes, comme caer
[agua] (le DRAE 2001 indique que son emploi habituel se fait avec les verbes echar
(verser) et caer (tomber), et le DEA suggère, de plus, la possibilité d’une autre
« expression équivalente » a llover) —.34

Conclusion

La collocation complexe est un type de collocation qui se caractérise, quant à la


forme, par le fait d’être composée d’un collocatif dont la structure n’est pas une
unité lexicale, comme c’est le cas des collocations simples (izar la bandera [his-
ser le drapeau], trinchar la carne [découper la viande]…), mais une locution, qui
appartient le plus souvent à la catégorie adverbiale (llover a cántaros [pleuvoir à
verse], llorar a moco tendido [pleurer à chaudes larmes], reír a carcajadas [rire aux
éclats]…). De même que la collocation simple, la collocation complexe est une
construction syntaxique (non pas lexicale ni phraséologique) avec une structure
binaire ou binomiale, dont les constituants sont sémantiquement reliés par une
sorte de sélection lexicale.
L’analyse plus ou moins exhaustive des collocations complexes en espagnol
montre que celles-ci sont structurellement différentes des collocatons simples,
puisque les collocations complexes n’acceptent pas toutes les structures possibles
pour les collocations simples ; par exemple, la collocation complexe ne présente
jamais les schémas syntaxiques N + A (error garrafal [erreur monumentale]), V
+ Adv. (cerrar herméticamente [fermer hermétiquement]) et N + de + N (onza de
chocolate [morceau de chocolat]).
Le sens propre ou littéral de la base dans les collocations de verbe + locu-
tion adverbiale permettrait de supposer que ce ne sont pas des locutions verbales ;

33.  Comme nous l’avons dit auparavant, le DRAE (2001), en revanche, consigne l’ensemble
llorar a moco tendido (pleurer à chaudes larmes) comme locution verbale.

34.  Nous avons déjà commenté le fait que le DRAE (2001) suggère la possibilité de construire
le syntagme a freír monas ([se faire] cuire un œuf) et des énoncés similaires avec des verbes
comme andar (marcher), echar (envoyer) et despedir (renvoyer), en plus de irse (s’en aller) et
mandar (envoyer), malgré le fait que les seuls à être sélectionnés normalement soient les deux
derniers et, peut-être, selon la variante ou un facteur socio-dialectal ou dialectal, le verbe enviar
(envoyer).

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pourtant, l’existence d’anciennes locutions dans lesquelles le verbe conserve son


sens propre prouve que ce critère (l’autosémantisme de la base) est insuffisant.
Le critère de la sélection unique ou multiple du collocatif n’est pas non plus dé-
cisif, parmi d’autres raisons, à cause de l’existence de locutions verbales avec des
variantes lexicales institutionnalisées. L’absence d’uniformité dans les descrip-
tions présentées par les chercheurs ainsi que par les dictionnaires en usage ne fait
qu’augmenter la confusion.

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Résumé

Collocations complexes (application à l’espagnol)


La collocation complexe est tout simplement une collocation dont la structure syntaxique est
plus complexe que celle des collocations simples. De même que celle-ci, elle est constituée par un
syntagme binaire, qui a un caractère usuel ou institutionnalisé, dont les composants maintien-
nent un rapport de restriction lexicale. Le caractère complexe de la structure réside dans le fait
qu’un de ses constituants, le collocatif, n’est pas une unité lexicale, mais une locution. La classe
de locution représentée par le collocatif est fondamentalement restreinte à la classe des adverbes,
qu’elle s’applique à un prédicat verbal (llover a cántaros) ou à un prédicat adjectival (loco de atar),
quoique moins fréquemment elle puisse être adjectivale, appliquée à un substantif (dinero en
efectivo), et, en tout cas, nominale, combinée avec un verbe (hacer un corte de mangas).

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Collocations complexes (application à l’espagnol) 111

Mots-clé : collocation, phraséologie, restriction lexicale, locution, unité


phraséologique

Summary

Complex collocations in Spanish


Complex collocations are a type of collocation whose syntactic structure is more complex than
that of simple collocations. Thus, they are binary standardized or frequent phrases whose com-
ponents show a lexical restriction relationship. The complex character of its structure means
that one of its components, the collocative, is not a lexical unit, but rather a fixed phrase. Most
of them are adverbial, either in the case of verbal predicates (llover a cántaros) or adjectival
predicates (loco de atar), although they can also — in less frequent cases — be adjectival, as
when combined with a noun (dinero en efectivo), or also nominal, in combination with a verb
(hacer un corte de mangas).

Keywords: collocation, phraseology, lexical restriction, idiom, fixed phrase

Adresse de l’auteur :
Mario García-Page
Facultad de Filología, Dep. Lengua Española y Lingüística General
UNED
Paseo de Senda del Rey 7
28040 Madrid
España
mgarcia-page@flog.uned.es

Reçu le 28/05/2007

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