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Spécial endodontie cavité d’accès

1a b c
1. Avant d’entreprendre la cavité d’accès, le praticien doit se représenter la dent dans
l’espace et analyser les divers paramètres tels que :
a. l’angle corono-radiculaire,
b. le rétrécissement cervical,
c. et l’orientation de la dent sur l’arcade par rapport aux dents voisines.

La cavité d’accès
et ses secrets
L
Alain Gambiez, Patricia Linez

a conception et la réalisation de la cavité


La cavité d’accès conditionne directement d’accès reposent sur des connaissances soli-
des en anatomie et en histologie dentaire,
le succès du traitement endodontique. Sa
une technique et une interprétation radiographique
mauvaise réalisation compromet fortement sans faille, un plateau technique adapté et des règles
la qualité de la préparation et de l’obturation opératoires qu’il convient de respecter avec discerne-
canalaires [12]. Sur des dents ayant un ment et bon sens.
volume pulpaire important, il est relativement
facile de réaliser la cavité d’accès. Observations préalables
En revanche, sur des dents très minéralisées, L’examen dentaire permet tout d’abord d’analyser le
dont la chambre pulpaire est réduite, voire positionnement de la dent sur l’arcade, l’angle corono-
radiculaire, la présence d’une furcation et le rétré-
inexistante, la problématique devient plus
cissement coronaire cervical. Ces paramètres sont à
ardue et requiert une certaine expérience intégrer lors de la réalisation de la cavité d’accès afin
associée à un bon sens de l’observation. d’éviter des erreurs d’axe pouvant aboutir à une fausse
L’avènement des aides visuelles, comme route ou à une perforation [7, 12]. Le praticien doit
les loupes ou le microscope, couplées à un ensuite recenser visuellement les différentes agres-
éclairage puissant, a apporté un confort sions corono-radiculaires que la dent a pu subir afin
et une sécurité de travail incomparables de se faire une première idée sur les modifications
associés à une grande précision du geste [2]. anatomiques de la pulpe (fig.  1). En présence d’une
dent couronnée, il convient de rechercher une éven-

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tuelle divergence d’axe couronne/racine en s’ap- 2. Le système La réalisation de la cavité d’accès débute par la
puyant sur l’examen visuel, la palpation de la table canalaire est dépose des matériaux de reconstitution coro-
complexe. Une
osseuse vestibulaire et l’examen radiographique. solide connaissance
naires et l’éviction des tissus cariés. Si la dépose
Par ailleurs, le clinicien doit connaître l’anato- de l’anatomie des restaurations anciennes n’est pas complète, des
mie endodontique propre à chaque dent, le nom- endodontique est particules des matériaux de restauration peuvent
bre de canaux qu’il est susceptible de trouver, leur indispensable pour se détacher pendant la mise en forme canalaire
localisation, leur orientation, leur forme et leur bien aménager les et obstruer le canal. La persistance de matériaux
parois de la cavité
diamètre. De nombreuses études ont levé une d’accès et les peut masquer une fêlure, une fracture, une carie
partie du voile sur la complexité et la variabilité entrées canalaires : ou une zone de percolation bactérienne qui peu-
du réseau canalaire. Elles ont établi la fréquence a. 16 avec un vent remettre en question le pronostic. Les maté-
des différentes conformations canalaires, y com- deuxième canal riaux métalliques assombrissent la dent et risquent
mésial (MV2),
pris au sein d’ethnies différentes [1, 3, 4, 12, 19, b. 41 à 2 canaux, de perturber le fonctionnement des localisateurs
20] (fig. 2). c. 44 à 2 canaux, d’apex. S’il n’est pas toujours possible de dépo-
d. 14 à 3 racines. ser une couronne ou un bridge avant de faire un
Une cavité d’accès cohérente repose sur un exa- traitement endodontique, il convient d’expliquer
men radiographique de qualité tant sur le plan 3. Sur 26, la au patient les risques de ne pas pouvoir contrôler
technique qu’en termes d’interprétation. Un cli- dépose complète de visu certaines surfaces dentinaires [2, 7, 12, 19]
ché rétro-alvéolaire en technique parallèle est de l’amalgame (fig. 3).
indispensable. Il se révèle souvent nécessaire de lui avant traitement L’éviction des tissus cariés est de règle afin de
endodontique a
associer un cliché mésio ou disto-excentré afin de permis de mettre développer un environnement aseptique avant de
dissocier les différents canaux d’une même racine. en évidence pénétrer dans l’espace endodontique.
Dans le cas d’une dent fortement minéralisée, un deux fêlures Un grand nombre de dents devant être traitées
cliché rétro-coronaire apporte une extrême pré- coronaires (flèches) endodontiquement sont fortement délabrées et
compromettant le
cision sur la profondeur de la rétraction pulpaire. nécessitent une restauration pré-endodontique
pronostic.
L’utilisation d’angulateurs facilite la réalisation des (RPE) afin d’obtenir une cavité d’accès à quatre
clichés et permet une meilleure reproductibilité. parois et une pose de digue fiable. Les quatre parois
La radiographie argentique apporte une qualité servent de réservoir pour les agents d’irrigation,
d’image inégalée lorsqu’elle est réalisée dans les évitent leur fuite dans la cavité buccale et la per-
règles de l’art et observée dans de bonnes condi- colation de fluides buccaux vers la cavité d’accès.
tions. Toutefois, la radiographie numérique, tech- Par ailleurs, la RPE assure un meilleur maintien
nologie faiblement irradiante, tend à rattraper son du matériau d’obturation provisoire et des struc-
retard dans ce domaine. L’image numérique peut tures coronaires résiduelles en interséance ou à la
être facilement exploitée à travers diverses appli- fin du traitement endodontique. Très souvent la
cations : image inversée, filtres divers, contraste, RPE peut être facilement et rapidement réalisée
luminosité, relief, couleur, agrandissement ou avec des résines composites ou des ciments verres
encore mesures de longueurs et d’angles. ionomères. Plus rarement, elle nécessite l’ajustage
d’une bague ou d’une couronne préformée. Afin

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de garantir la sécurité occlusale de la dent traitée, 4. L’atrophie ment déporter les entrées canalaires en direction
il est souhaitable de la mettre en sous-occlusion pulpaire, non centro-pulpaire et accentuer la courbure du canal
homothétique,
et de créer des méplats occlusaux qui, judicieuse- aboutit à la
dans le premier tiers (fig. 4). Pour les dents anté-
ment placés, permettent d’obtenir des points de formation de rieures, l’apposition dentinaire est plus marquée
référence coronaire pour le positionnement des triangles dentinaires sur la face linguale (fig. 5). L’organe dentaire est
stops en silicone sur les instruments de prépara- proximaux (flèches) soumis, au cours de son existence, à un certain
tion canalaire [7, 8 12, 13, 19]. déportant les nombre d’agressions (caries, lésions d’usure, agres-
entrées canalaires
vers le centre sions occlusales, traumatismes, troubles parodon-
Modifications de la chambre taux, lésions d’origine iatrogène). Lorsqu’elles
dentinopulpaires et accentuant la
courbure canalaire.
sont d’intensité modérée ou de courte durée, le
tissu pulpaire réagit favorablement en élaborant
Il est essentiel
La plupart des dents devant être traitées endo- de supprimer ces de la dentine réactionnelle ou tertiaire. Celle-ci
dontiquement ont subi des modifications den- interférences contribue à renforcer le phénomène d’atrophie
tinopulpaires majeures, sommation de processus (pointillés). pulpaire, elle est sécrétée sélectivement, en regard
physiologiques et pathologiques qu’il convient de du site où se produit l’agression formant un obs-
comprendre afin de parfaitement réussir la cavité 5a et b. L’apposition tacle potentiel au passage de l’instrumentation
d’accès. et la sclérose endodontique.
dentinaires se font
Lorsque la dent arrive sur l’arcade, le tissu denti- au dépens de la face Si l’accès à l’espace endodontique d’une dent jeune
linguale. L’axe de
naire est constitué de dentine primaire, de couleur trépanation (flèches)est relativement facile, celui d’une dent âgée peut
claire, caractérisée par une certaine homogénéité doit être modifié devenir un challenge. Cette difficulté est renfor-
de structure qui délimite la pulpe dentaire. À par- en fonction de la cée par le fait que des minéralisations intrapul-
tir de ce stade succède la sécrétion plus lente de sévérité de l’atrophie
paires peuvent venir obstruer en partie, voire en
pulpaire.
dentine secondaire, qui se poursuit tout au long quasi-totalité, la chambre pulpaire et les orifices
de la vie et qui participe au phénomène d’atrophie canalaires. Ces pulpolithes, peuvent être libres
6a. Un pulpolithe
pulpaire. Il est très difficile de distinguer histolo- bloque l’accès au
dans le tissu pulpaire ou fusionner avec les parois
giquement et, a fortiori, cliniquement ce tissu de canal vestibulaire dentinaires. Translucides, ils ont une couleur
la dentine primaire. Le rétrécissement du volume de 25. sucre d’orge et sont constitués de masses globuleu-
pulpaire ne se fait pas de manière homothétique. b. c. Un pulpolithe ses partiellement soudées les unes aux autres (fig.
Ainsi, pour les dents postérieures, le recul pulpaire bloque partiellement 6). Pulpolithes, triangles dentinaires, ainsi que
l’accès au canal de
est plus prononcé en regard du plafond, du plan- 11. cornes, radioclartés, plancher et plafond pulpaires
cher et des parois pulpaires épargnant les cornes sont autant d’indices à rechercher et à interpréter
pulpaires qui peuvent rester très hautes et d’aspect sur les clichés pré-opératoires afin de bien conce-
aminci. Pour les molaires, au niveau des parois voir la cavité d’accès. De même, il est intéressant
se forment des triangles dentinaires proximaux, de mesurer la hauteur du plafond pulpaire et de la
vestibulaires et linguaux qui vont progressive- reporter sur les instruments de trépanation.

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Parallèlement aux dentinogenèses s’opère une 7. Coupes Sur la base de ces observations cliniques et radio-
sclérose dentinaire. La distribution de la scléro- horizontales passant logiques, corrélées à ses connaissances anatomi-
dentine obéit à certaines règles et se singularise par le tiers coronaire ques et histologiques, le praticien doit établir une
d’une racine mésiale
par des changements de couleur que le praticien de première molaire véritable visualisation spatiale de l’espace endo-
doit observer et interpréter lorsqu’il réalise une mandibulaire (a) dontique qu’il s’apprête à investir, de façon à utili-
cavité d’accès. La sclérodentine apparaît translu- et maxillaire (b). ser les moyens et les techniques les mieux adaptés
cide, de couleur jaune orangée et de texture lisse. Les canaux pour réaliser la cavité d’accès. Celle-ci doit obéir
radiculaires
Au niveau coronaire, elle se distribue essentielle- sont bordés
à certaines règles.
ment là où se trouvaient les cornes pulpaires et extérieurement par
en regard des zones d’agression pulpaire. Face à une zone de dentine Les étapes opératoires de
un processus carieux d’évolution lente ou sous un
amalgame, la sclérodentine peut se teinter en brun
claire non sclérosée
alors que la zone la cavité d’accès
intra-canalaire est
noir. Au niveau radiculaire, la sclérose dentinaire essentiellement La cavité d’accès doit aboutir à la suppression
débute dans la région apicale et remonte coronai- constituée de totale du plafond pulpaire, permettre la suppres-
rement avec l’âge jusqu’à la région cervicale. De sclérodentine. sion complète du contenu de la chambre pulpaire,
manière concomitante, le phénomène progresse Ces couleurs sont permettre l’accès en ligne droite et sans contrainte
de précieuses
de façon centripète de la périphérie radiculaire indications lors de des instruments de préparation au tiers apical ou
vers le centre de la racine, là où se trouve le paren- la recherche des à la première courbure canalaire. À ce cahier des
chyme pulpaire. Ainsi persiste souvent un halo de entrées canalaires. charges, la cavité d’accès doit répondre en plus au
dentine plus clair autour du canal radiculaire dans principe d’économie tissulaire [1-3, 7, 8, 12, 14,
la partie cervicale de la racine. Cette particularité 8. Les couleurs 15].
histologique doit éveiller l’attention du clinicien dentinaires : Pour remplir ces objectifs, différentes étapes opé-
(1) Dentine tertiaire
lorsqu’il est à la recherche d’une entrée canalaire sur Juxtapulpaire : ratoires sont à respecter :
une dent minéralisée. Sur les dents pluriradiculées, la variable - visualisation des repères anatomiques,
sclérose dentinaire a tendance à s’installer plus pré- (2) Sclérodentine - cavité de délinéation,
cocement sur la face interne des racines et au niveau conoraire - effraction pulpaire,
(3) Pulpolithe
du plancher pulpaire, conférant à ce dernier un - suppression du plafond pulpaire,
(4) Plancher pulpaire
aspect plus sombre, gris verdâtre. L’observation de (5) Sillon du plancher - suppression du contenu de la chambre pulpaire,
celui-ci montre des sillons et des saillies. Ces sillons (6) Parois de la - recherche des entrées canalaires,
se rejoignent et leur direction révèle la position des chambre. - aménagement des entrées canalaires et cavité de
entrées canalaires. Ils sont bordés par les parois de la convenance.
chambre pulpaire qui apparaissent blanchâtres [2, 5, Dans le cas de dents fortement minéralisées ou
9-11, 16-18] (fig. 7 et 8). présentant de volumineux pulpolithes, les derniè-
res étapes peuvent se superposer.

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cavité d’accès

L’instrumentation
L’instrumentation nécessaire à l’accomplissement
de la cavité d’accès comporte des fraises, des forets,
des instruments en nickel-titane de type “orifice
opener”, des inserts endodontiques ultrasonores.
La sélection des instruments est un choix per- 9. La profondeur
de la cavité de
sonnel qui dépend des connaissances et de l’expé-
délinéation est
rience du praticien. Toutefois, quelques principes fonction de la
de base peuvent être érigés. L’utilisation de frai- hauteur du plafond
ses long col doit être privilégiée pour améliorer la pulpaire et doit être
visibilité. Les fraises à bout mousse offrent plus prédéterminée grâce
à la radiographie
de sécurité. Les inserts ultrasonores apportent 9 préopératoire.
précision, efficacité et visibilité. Utilisés à sec sur
des laps de temps courts afin de ne pas échauffer
les tissus, ils trouvent de nombreuses indications
dans la réalisation des cavités d’accès : suppression
des surplombs dentinaires, élimination des pul-
polithes, mise à jour canalaire, débridement des
isthmes, régularisation des parois dentinaires.
10a
Ces instruments sont de trois types : diamantés,
en zircone ou lisses en alliage spécifique. Tous
génèrent une poussière dentinaire qui se fixe sur
les parois de la cavité d’accès et qui détériore la
visibilité. Pour cette raison, il est impératif d’irri-
guer abondamment à l’hypochlorite de sodium à
2,5 % et de sécher entre chaque salve ultrasonore.
Le recours à cette technologie est d’autant plus
efficace qu’elle est utilisée sous aide optique asso-
ciée à une source lumineuse. À l’inverse, utilisée
à l’œil nu ou “en aveugle”, les ultrasons peuvent
entraîner des dégâts considérables allant jusqu’à la
perforation [1-3, 6-8, 12-14, 16].
b

La cavité de délinéation
Elle consiste à réaliser une cavité dont la forme géné- 10a. La forme est triangulaire ou trapézoïdale dans le sens ves-
rale correspond à la projection du plafond pulpaire idéale de cavité tibulo-lingual.
sur la face linguale pour les dents antérieures et sur la d’accès, basée • La cavité d’accès des molaires mandibulaire est
sur des critères
face occlusale pour les dents postérieures. Elle peut anatomiques ne trapézoïdale dans le sens mésiodistal.
être réalisée à l’aide d’une fraise boule diamantée en doit pas empêcher Si le praticien doit garder à l’esprit la forme idéale
carbure de tungstène multilames FG de diamètre le praticien de de la cavité d’accès, il doit aussi s’adapter à la mor-
014 ou 016 sous spray air-eau. L’approfondissement s’adapter au cas phologie de la dent qu’il traite. Ainsi, le dessin cavi-
clinique.
cavitaire dépend du degré de rétraction pulpaire et taire varie selon le type de dent et le degré d’atrophie
doit arriver à environ 1 mm du plafond pulpaire [3, b. Il est inopportun pulpaire. Une cavité d’accès sur une incisive centrale
de faire une cavité
7, 8, 14, 19] (fig. 9). d’accès triangulaire
maxillaire jeune avec des cornes pulpaires volumi-
• La cavité de délinéation des incisives maxillaires sur une incisive neuses doit avoir une forme triangulaire. La même
a la forme d’un triangle. Elle est plus large dans le centrale très dent très âgée et minéralisée aura une cavité d’ac-
sens mésiodistal pour l’incisive centrale. minéralisée. cès ovalaire. Pour des raisons esthétiques et par
• La cavité de délinéation de la canine maxillaire, souci d’économie tissulaire, le bord libre des dents
des dents antérieures mandibulaires et des prémo- antérieures doit être respecté. De même, les crêtes
laires est un ovale dont le grand axe est dans le marginales et les crêtes cuspidiennes vestibulaires et
sens vestibulo-lingual. linguales ne doivent pas être concernées par la cavité
• La cavité de délinéation des molaires maxillaires d’accès (fig. 10).

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Spécial endodontie
L’effraction pulpaire
Elle se fait par approfondissement de la cavité de
délinéation vers une zone où la chambre pulpaire
semble la plus facilement accessible avec un mini-
mum de risque de fausse route ou de perforation.
Ce point d’élection est éminemment variable
selon le degré d’atrophie de la chambre pulpaire.
Si la cavité de délinéation a été bien réalisée, l’ef-
fraction pulpaire dure un temps très bref et doit
aboutir à la sensation de “vide pulpaire” (fig. 11).
Si la pose d’une digue est souhaitable dans la
grande majorité des cas juste avant de faire l’ef-
fraction pulpaire, elle peut, dans des situations 11a b c
spécifiques, être différée. Ainsi, dans le cas de
dents très minéralisées et de pulpe extrêmement
rétractée, l’opérateur peut perdre ses repères spa-
tiaux, en particulier ses repères d’axe et de posi-
tion de la dent par rapport à l’arcade. Dans ce cas,
dès que la chambre pulpaire est localisée, la digue
doit être posée.

La suppression du plafond
pulpaire
Elle peut se faire par mouvement de retrait avec
des fraises CA long col de diamètre 012 ou 014,
des fraises FG coniques à bout mousse comme la
fraise Endo Z®. Ce dernier type d’instrumenta- 12a b c
tion minimise le risque de perforation du plancher 11a. Le point de trépanation se situe dans une zone bornée par la réunion des
pulpaire sur les dents pluriradiculées. La suppres- cornes pulpaires, b. en général entre la corne la plus volumineuse et la zone
sion du plafond doit être contrôlée à l’aide d’une centro-camérale, il sera d’autant plus central que l’atrophie sera prononcée.
sonde endodontique DG 16 et des sondes n°  17 c. Le foret de Müller permet d’atteindre des pulpes rétractées tout en gardant
une bonne visibilité.
et 19 qui détectent les éventuels surplombs et culs
12a. Suppression du plafond pulpaire effectuée avec divers instruments
de sac pulpaires résiduels. À ce stade, il convient rotatifs : fraise CA boule long col b. Fraise conique à bout mousse diamantée
de régulariser les parois pulpaires de façon à per- ou en carbure de tungstène. c. Suppression des triangles dentinaires par
mettre un glissement facile et sans interférence action axiale et latérale des inserts ultrasonores afin de dégager les entrées
de la sonde DG 16 vers les orifices canalaires. La canalaires et redresser les coubures.
mise de dépouille doit être sélective et faire en
sorte qu’un instrument introduit dans un canal ne
touche pas les parois de la cavité d’accès [1, 3, 7, 8, empêcher l’accès aux entrées canalaires. L’objectif
12-15, 19] (fig. 12). est alors de supprimer, par fragmentation, les
Sur des dents ayant une volumineuse chambre pul- concrétions minérales. Cette étape peut se révé-
paire, les étapes précédemment décrites sont rela- ler délicate quand les pulpolithes adhèrent aux
tivement aisées à mettre en œuvre. Sur des dents parois, en particulier au plancher pulpaire, aug-
minéralisées, l’instrumentation rotative atteint rapi- mentant le risque de perforation. Les minéralisa-
dement ses limites. Le recours aux inserts ultraso- tions intrapulpaires peuvent être fractionnées à
nores permet une action latérale plus précise pour l’aide de fraises long col ou de forets de Müller
éliminer les triangles dentinaires [7]. montés sur contre-angle, mais ces instruments
peuvent être dangereux dans les zones profondes.
La suppression des La fragmentation peut être améliorée en utili-
concrétions minérales sant un excavateur endodontique. Les morceaux
Par ailleurs, la présence de pulpolithes peut com- de pulpolithes mobiles sont éliminés par l’action
pliquer la réalisation de la forme de contour et brève d’un insert à détartrer sous irrigation qui va

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13 14a b c d

mobiliser la masse de calculs minéraux. Toutefois, 13. L’insert diamanté boule ou la fraise long col fragmentent les
pulpolithes.
les instruments les plus précis pour disséquer les
pulpolithes sont les inserts ultrasonores qui rédui- 14a-d. Après avoir repéré et exploré le canal avec une lime n° 10, l’entrée
canalaire est aménagée avec un foret de Gates ou un “orifice opener”. Il est
sent le risque de délabrement. Là encore, une parfois nécessaire de retoucher les parois cavitaires quand les instruments
irrigation abondante à l’hypochlorite de sodium sont en contact avec celles-ci (flèches).
est indispensable afin d’éliminer les débris et de
faire ressortir les différences de couleurs entre naire avec une lampe à photopolymériser peut
les pulpolithes et le substrat dentinaire. L’absence faire ressortir l’émergence canalaire et l’observa-
d’aides visuelles associées à une illumination puis- tion de microbulles dans le bain d’hypochlorite
sante peut rendre cette étape très hasardeuse [2, trahit la dissolution de parenchyme pulpaire rési-
7] (fig. 13). duel pouvant correspondre à l’entrée canalaire. De
la même façon, la coloration au bleu de méthylène
La recherche des entrées peut révéler la présence canalaire. À ce stade de
canalaires la recherche, c’est l’observation patiente et minu-
À l’issue des séquences opératoires précédemment tieuse basée sur des connaissances histologiques
décrites, la recherche des entrées canalaires peut solides qui permet de solutionner le problème. La
être entreprise. Cette localisation s’effectue à l’aide progression dans une racine minéralisée doit se
de la sonde DG 16 dont la pointe robuste à action faire avec une extrême prudence sous aides opti-
pénétrante peut lever un ultime obstacle au niveau ques et doit s’appuyer sur un contrôle radiogra-
des orifices canalaires. Une lime de cathétérisme phique pour s’assurer que la recherche du canal
précoudée n°  10 peut alors être insérée dans le s’effectue dans le bon axe. Là encore, les techni-
canal pour une première appréciation de l’anato- ques ultrasonores s’avèrent moins délabrantes et
mie canalaire. Si les entrées canalaires ne sont pas plus précises que l’instrumentation rotative [1, 2,
visibles, le praticien doit rechercher en premier 7-9, 12, 14].
lieu l’orifice d’entrée du canal le plus accessible et
en dernier celui du canal le moins accessible. C’est L’aménagement des entrées
de l’analyse du relief et des différences de couleurs canalaires
dentinaires, en particulier au niveau du plancher Il s’agit de l’ultime étape de la cavité d’accès. Ce
pulpaire, que découle la localisation des orifices travail a pour objectif de créer un entonnoir à
canalaires. L’analyse de la topographie dentinaire l’entrée du canal qui va favoriser le passage des
ne peut se faire que sur une dentine propre, débar- instruments de préparation, ainsi que l’irrigation
rassée des boues organo-minérales. Un rinçage en canalaires. Des forets de Gates ou des “orifice
alternance à l’hypochlorite de sodium et avec une opener” utilisés sur 2 ou 3 mm de profondeur et
solution d’EDTA à 17 % dégage la surface den- en appui sur la paroi externe préparent sans risque
tinaire des impuretés qui parasitent l’observation cette portion du canal. Ils contribuent à redresser
du substrat. l’axe de celui-ci et diminuent les interférences que
Le recours à d’autres moyens d’investigation peut pourraient rencontrer les instruments de prépara-
se révéler nécessaire : la transillumination coro- tion [2, 12, 16] (fig. 14).

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En cas de petite ouverture buccale ou de courbure cana-
laire importante, il peut être nécessaire de redresser l’axe
des entrées canalaires de manière plus importante en créant
des rainures d’engagement [8, 9] (fig. 15).

Conclusion
La cavité d’accès ne peut se faire qu’après une analyse pré-
opératoire pertinente. L’avenir de la dent peut être forte-
ment compromis à l’issue d’une mauvaise cavité d’accès.
Une sur-préparation aboutit à un délabrement inutile, une
fausse route voire une perforation très préjudiciable. Une
b sous-préparation peut conduire à laisser du parenchyme
pulpaire et/ou du tissu infecté. La persistance de contrain-
15a et b. Une courbure tes coronaires altère la qualité de la préparation, de la
importante peut justifier la désinfection et de l’obturation canalaires, et elle augmente
création de rainures facilitant le risque de fracture instrumentale. Il faut savoir “perdre
l’engagement des instruments
15a b
et diminuant les contraintes
du temps” au moment de la cavité d’accès pour en gagner
(flèches jaunes). Noter le lors de la préparation et de l’obturation canalaires. Chaque
maintien du bec dentinaire étape compte et doit être effectuée avec le souci du détail.
entre les deux canaux Seule cette démarche aboutit à la qualité et au succès du
mésiaux (flèche noire). traitement endodontique.

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Auteurs
Alain Gambiez, MCU-PH
Patricia Linez, AHU
Faculté de chirurgie Dentaire Place de Verdun, Lille

52 L’INFORMATION DENTAIRE n° 22 - 2 juin 2010