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Chapitre 2

L’homme neurobiologique

L’objet de ce chapitre vise à comprendre le lien entre le comportement humain et la


structure et le fonctionnement du système nerveux. Plus spécifiquement, nous allons
examiner deux questions :
1° Comment le système nerveux, dans sa dimension anatomique et neurophysiologique,
détermine-t-il le comportement ainsi que la vie mentale (perceptions, émotions, cognitions) et
relationnelle de l’être humain ?
2° Inversement, comment l’expérience – qu’elle soit traumatique ou, au contraire,
quotidienne ou thérapeutique – s’inscrit-elle au niveau du système nerveux ?

Pendant longtemps, psychologie clinique et neurosciences sont demeurées étrangères,


parfois « ennemies », l’une à l’autre. Il faut admettre que les points de rencontre étaient quasi
inexistants. D’un côté, des modèles très généraux du fonctionnement psychique, mais bien en
prise avec la souffrance psychique. De l’autre côté, des modèles précis et bien validés du
fonctionnement du cerveau, mais peu utiles lorsqu’il s’agit d’aider une personne en état de
souffrance psychique.
Pendant longtemps, cerveau et appareil psychique se sont imposés comme deux entités
relativement distinctes alors même que l’un n’est pourtant pas concevable sans l’autre. La
métaphore informatique s’est imposée. D’un côté, un ensemble de systèmes qui peuvent être
comparés à ceux que l’on trouve dans un ordinateur : une partie est constituée du « matériel »
ou « hardware » - càd de circuits relativement figés et fondamentalement, peu modifiables par
l’expérience - et qui correspondent chez l’homme au système nerveux.
De l’autre côté, une partie composée de programmes, - càd de procédures acquises et
essentiellement modifiables avec l’expérience - et qui correspond chez l’homme à l’appareil
psychique, à la pensée – mais totalement immatérielle.

Cette dichotomie est évidemment très réductrice. On est en mesure aujourd’hui de mieux
décrire comment l’expérience s’inscrit dans le système nerveux et comment celui-ci, en
retour, conditionne ce que nous percevons de l’expérience.
Dans ce chapitre, grâce aux progrès des neurosciences, nous allons montrer que la
psychologie clinique est enfin en mesure de valider un certain nombre de ses postulats
concernant l’émergence d’un symptôme et son traitement.
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1. SYSTÈME NERVEUX ET COMPORTEMENTS

Veuillez vous reporter à votre cours de neurophysiologie et neuro-anatomie. Dans ce


cours, et plus particulièrement ce chapitre, nous allons nous interroger sur les liens qui
unissent l’organisation du système nerveux et le fonctionnement psychique et relationnel.

1.1. Le modèle de Mac Lean

Mac Lean (1973) formule une proposition concernant l'organisation de l'encéphale humain
qui s’inscrit dans la perspective de l’architecture en plans étagés, évoquée ci-dessus. Elle
s'inscrit dans une triade à la fois spatiale, temporelle et fonctionnelle et rend compte de la
longue évolution, de la lente ontogenèse et des interactions diverses qui caractérisent la mise
en place du SNC.
Selon cette hypothèse, l'encéphale adulte est constitué de trois cerveaux emboîtés
échafaudés à des phases successives du développement de l'individu, mais aussi apparus à des
époques différentes de l'évolution phylogénétique: le cerveau reptilien ou paléencéphale, le
cerveau paléo-mammalien ou paléocortex et le cerveau néo-mammalien ou néocortex.

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1.1.1. Le cerveau reptilien ou paléencéphale

Le cerveau reptilien ou paléencéphale est le plus ancien et le plus résistant (meurt le


dernier). Simple épaississement du tube neural initial, il suffisait à la vie de nos lointains
ancêtres de l'ère secondaire. L'homme en garde la trace dans le tronc cérébral. Ces structures
gèrent les niveaux de vigilance et sont le siège de comportements plus ou moins automatiques
liés à la survie individuelle (équilibre biologique et endocrinien).
Au coeur du tronc cérébral se trouve un groupe de noyaux appelés la formation réticulée.
Ces noyaux reçoivent leurs informations de la plupart des systèmes sensoriels de l'organisme
(p.ex., la vue, l'ouïe, l'odorat, le goût, etc.) et de certaines autres parties de l'encéphale,
notamment du cervelet et des hémisphères cérébraux. Le système réticulé activateur, qui
exerce une influence sur l'éveil et le degré général d'activation et de conscience – qui peuvent
tous être perturbés chez les patients déprimés. Plus la formation réticulée reçoit
d’informations, plus elle active les autres zones du cerveau avec lesquelles elle est en contact.
Moins elle reçoit d’informations, moins elle active ces autres zones, de sorte que l’on constate
ici une boucle de rétroaction positive. Ce processus explique pourquoi nous avons besoin de
calme pour nous endormir, pourquoi les situations répétitives et ennuyeuses provoque le
sommeil ou, au contraire, pourquoi une situation excitante nous garde en éveil. Ceci explique
aussi pourquoi les techniques d’induction hypnotique sont efficaces.

Fondamentalement, ce système ne « vit » que l’instant présent, sans mémoire du passé ni


anticipation du futur.

Ce cerveau est désormais « coiffé » par deux structures d'apparition plus récente qui ont
pris le relais d'une partie de ses fonctions tout en établissant avec lui des rapports étroits.

Système parasympathique - système orthosympathique

On regroupe sous le nom de système neurovégétatif un ensemble de centres nerveux situés


dans le bulbe rachidien ou dans la moëlle qui assurent des fonctions de coordination de
l'activité des viscères (organes profonds, comme le tube digestif).

Le système nerveux végétatif est constitué de deux parties à action opposée: le système
nerveux orthosympathique et le système nerveux parasympathique. Ces deux systèmes sont
responsables des activités inconscientes de l'organisme, comme le rythme cardiaque, la
contraction des muscles lisses.
Le système parasympathique contrôle les activités involontaires des organes, glandes,
vaisseaux sanguins conjointement avec le système orthosympathique.
Il est responsable du ralentissement de la fréquence cardiaque (cardio-modérateur), de
l'augmentation des sécrétions digestives et de la motilité du tractus gastro-intestinal. Il
intervient dans certains phénomènes pathologiques, tels les évanouissements ou lipothymies
("malaise vagal"), ou d’autres phénomènes tels que colites, diarrhées, vomissements, larmes,
etc. Le neurotransmetteur (infra) principal de ce système est l'acétylcholine.

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Le système parasympathique concerne la récupération de l’organisme et la vidange des


organes creux. Il favorise le travail interne de l’organisme en le mettant au repos, en
favorisant la digestion et en assurant le mécanisme de vidange de l’organisme par la
progression des aliments dans le tube digestif, la défécation et la miction. Il est stimulé
pendant le sommeil.
Son action sur la circulation et la respiration, toutes deux mises au repos, est opposée à celle
de l’orthosympathique.
Le système nerveux orthosympathique déclenche généralement des réponses antagonistes
au système nerveux parsympathique, de sorte que les deux systèmes « collaborent » à la
régulation du corps humain.

Le système orthosympathique a avant tout un rôle de défense. Il favorise l’action dirigée


vers l’extérieur plutôt que le travail interne de l’organisme. Il est stimulé dans les états
d’excitation émotionnelle et d’agression (stress), c’est-à-dire dans les conditions qui
nécessitent une défense. Il favorise l’effort bref et intense en stimulant la circulation et la
respiration.
Les neurotransmetteurs (infra) principaux du système orthosympathique sont l'adrénaline
et la noradrénaline.

ORGANE ORTHOSYMPATHIQUE PARASYMPATHIQUE


Glandes sudoripares stimulation -
Poils horripilation -
Pupille dilatation constriction
Cœur accélération ralentissement
Vaisseaux sanguins
• artères coronaires dilatation constriction
• artères musculaires dilatation constriction
• artères cutanées constriction dilatation
Bronches dilatation constriction
Appareil digestif
• sécrétions diminuées augmentées
• motilité diminuée augmentée
• rectum (remplissage) vidange
• sphincter lisse contracté relâché
• Flux sanguin diminué augmenté
Appareil urinaire
• sécrétions diminuées augmentées
• motilité diminuée augmentée
• vessie relâchement vidange
• sphincter lisse contracté relâché
Rate contraction -
Glycémie augmentation diminution
Foie glyogénolyse -
Glandes salivaires diminution augmentation
Médullo-surrénale sécrétion ++ -
Métabolisme catabolisme anabolisme
Médiateur chimique adrénaline acétylcholine

La complémentarité est observable, par exemple lorsqu’un prédateur vient d’avaler une
proie (activation du système orthosympathique) et qu’il la régurgite immédiatement s’il se
sent menacé (activation du système parasympathique) afin de faire face au danger (priorité au
système orthosympathique).
Ceci peut nous aider à comprendre le sens de certains symptômes comme la nausée ou les
vomissements dans certains troubles psychologiques. Ainsi, l’individu, lorsqu’il a affaire à
un stress intense ou lorsqu’il est confronté à une image mentale ou un souvenir pénible, a
envie de vomir.

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Fonctions et corrélats comportementaux du cerveau reptilien

- placé bas dans la nuque


- le plus résistant, meurt le dernier.
- l'homéostasie biologique et endocrinien (hypophyse - sécrétion interne)
- besoins primaires : Boire, manger, copuler (parades nuptiales) et les comportements
relatifs au territoire (établir et défendre).
- réponse immédiate : Fuir, attaquer ou s’immobiliser (Fight, Flight or Freeze), Isopraxie
(comportements au cours duquel plusieurs individus sont engagés dans le même
genre d'activités)
- rapport au temps : présent.
- mémorisation élémentaire
- l'instinct
- dominant dans le comportement du nouveau-né
- Communication : émettre et interpréter des signaux. Le signal est lié à la capacité
d’émettre et d’extraire une information de l’environnement afin de réguler un
comportement. Par exemple, la tique se laisse tomber d’une branche lorsque se
produit une brusque variation de lumière. Cette variation correspond généralement
au passage d’un être vivant. L’information externe (visuelle, olfactive, tactile …)
modifie l’état interne et déclenche un comportement. Autres exemples : signaux de
déclenchement de la parade nuptiale, de copulation, de nidification, de fuite,
d’agression, etc.

1.1.2. Le cerveau paléo-mammalien ou paléocortex

Le cerveau paléo-mammalien est mis en place chez les premiers mammifères (fin de l'ère
secondaire). I1 est à l'origine de notre système limbique, dévolu à la mémoire et à la
commande des grands comportements instinctifs. C'est aussi le centre des émotions qui
déclenche les réactions d'alarme du stress. Ce système devient dominant dans le
comportement d’un enfant entre quelques semaines et 3 ans.
Le paléocortex correspond au système limbique (limbus: bordure), zone de l'écorce
cérébrale qui occupe, autour du corps calleux, une surface située de part et d'autre du sillon
qui sépare les hémisphères cérébraux. C'est le gyrus cingulaire. Mais le système limbique
comporte aussi, en position plus ventrale, un ensemble très complexe de structures comme
l'amygdale ou l'hippocampe...

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Le thalamus (issu du diencéphale de l'embryon), formé de deux masses symétriques qui


encadrent le troisième ventricule. Il rassemble les plus importants relais sur les voies
sensitives. Il est donc étroitement relié au cortex cérébral, et tout particulièrement aux aires
sensitives, par des fibres thalamo-corticales. Il comporte de chaque côté une douzaine de
noyaux différents.
Sous le thalamus, près de la partie inférieure du troisième ventricule, se situe une structure
de petite taille, mais de grande complexité et d'importance majeure : c'est l'hypothalamus, qui
assure, par ses relations avec l'hypophyse proche, la liaison entre le système nerveux et le
système endocrinien. Malgré sa taille modeste, il est constitué d'une dizaine de noyaux gris
aux rôles très importants (noyaux supra-optique, paraventriculaire, etc.). Il intervient dans la
régulation des grands comportements (alimentaire, soif, sexualité).

Ces régions sont formées, en surface, de trois à cinq couches de cellules nerveuses. La
fonction du système limbique est, avant tout, celle de cerveau des émotions et des
comportements qui s'y rattachent.
Le système limbique est en relation étroite avec le néocortex dans la région frontale, mais
il est également relié à l'hypothalamus et au tronc cérébral par de nombreux faisceaux.

Circuits neuronaux transducteurs des mouvements

Le traitement de certains troubles psychiatriques implique l’utilisation de neuroleptiques.


Les neuroleptiques sont des médicaments utilisés pour leur effet tranquillisants et anti-

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délirants. Ils sont utilisés dans le traitement des symptômes positifs (hallucinations, délires et
agitation psychomotrice) de la schizophrénie et des troubles bipolaires. Ils ont par contre
moins d’effet sur les symptômes négatifs (retrait social, émoussement affectif).
Les neuroleptiques ont la particularité de bloquer les récepteurs dopaminergiques
(récepteurs situés sur les neurones et spécialisés dans la captation de la dopamine).
Les neuroleptiques ont de nombreux effets indénsirables qui réduisent la compliance des
patients.
Ainsi, en bloquant les récepteurs dopaminergiques, les neuroleptiques empêchent le
fonctionnement normal des neurones et entraînent des symptômes semblables à ceux observés
dans la maladie de Parkinson (due à un manque de dopamine).
Les neuroleptiques provoque des dyskinésie aiguë (Contracture musculaire, plafonnement
des yeux, torticolis, impatience motrice (le patient éprouve le besoin de mimer la marche alors
qu’il est au repos) et des dyskinésie tardive (également considérée comme un effet indésirable
de type extra-pyramidal) qui se présentent sous la forme de mouvements de mâchonnements
et de protrusion de la langue répétitifs et incontrôlables. Ces dyskinésies génèrent un
phénomène de rejet qui aggrave l’isolement de la personne.
Ces symptômes disparaissent à la suspension du traitement neuroleptique. Plus
globalement, les neuroleptiques affectent en effet le système nerveux, en particulier le
faisceau extrapyramidal.
On distingue en fait le faisceau pyramidal du faisceau extrapyramidal
Le faisceau pyramidal est constitué des circuits nerveux qui transmettent les commandes
motrices volontaires du cortex cérébral jusqu'aux motoneurones et interneurones de la moelle
épinière.
Le faisceau extrapyramidal est constitué des circuits nerveux responsables notamment de
la motricité involontaire, des des réflexes et du contrôle de la posture.
Le syndrome pyramidal est l'ensemble des symptômes qui attestent d’une atteinte de la
partie centrale de la voie pyramidale : faiblesse motrice (marche, sensations de raideur,
troubles de la phonation et de la déglutition).
Le syndrome extrapyramidal s'observe au cours de la maladie de Parkinson ou comme
effet secondaire à la consommation de neuroleptiques. Ce syndrome se reconnaît à trois
signes : tremblement, hypokinésie (mouvements rares et lents) et hypertonie (rigidité, tonus
musculaire trop élevé). A l’examen, un hypertonie « plastique » est mise en évidence
lorsqu'un membre du corps garde la position qui lui est donnée.

Neurones miroirs

Il s’agit d’une classe neurone qui sont en activité :


- lorsqu’on exécute une action ;
- lorsqu’on imagine exécuter cette action
- lorsqu’on observe un autre individu exécuter cette action
Ces neurones semblent jouer un rôle dans le processus d’empathie et sont en lien avec la
théorie de l’esprit. La théorie de l’esprit désigne les processus cognitifs qui permettent à un
individu d'attribuer un état mental à une autre personne, càd à se représenter l’expérience
interne (intellectuelle et émotive) d’une autre personne. Ces neurones, mis en évidence chez
l’homme et chez les primates, semblent faire partie du bagage inné comme en témoigne
l’expérience représentée par la figure ci-dessous.

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Ces neurones miroirs nous aide aussi à comprendre comme les suggestions hypnotiques
agissent. En effet, le fait que activité neuronale soit identique en imaginant l’action que
lorsqu’on l’exécute explique le phénomène de « lévitation » et plus globalement démontre
l’effet des suggestions hypnotique sur le cerveau I

Circuits neuronaux transducteurs des perceptions en émotions

On connaît mieux aujourd’hui les mécanismes par lesquels des états somatiques sont
associés à nos perceptions (mémoire du corps). L’amygdale joue un rôle spécifique dans le
rôle de traduction des perceptions en émotions. Et l’on se rappelle que les émotions sont en
grande partie gérée par le même système qui régule la mémoire.
Mais par ailleurs, l’amygdale met également ces informations sensorielles en relation avec
le système neurovégétatif, lequel contrôle nos viscères et nos hormones. En un mot,
l’amygdale influence l’état somatique.
En résumé, perceptions, émotions, mémoire et contrôles viscéral et hormonal sont
étroitement connectés et interdépendants.

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Enfin, il existe de nombreuses voies ascendantes et descendantes entre le néocortex (3ème


cerveau) et l’amygdale. Ce qui implique une possibilité de contrôle du néocortex sur les
structures limbiques.

Fondamentalement, ce système « vit » à la fois dans le présent et dans le passé compte tenu
de sa capacité de stockage et d’apprentissage.

Fonctions et corrélats comportementaux du cerveau mammalien

Les structures limbiques associées :


Triade comportementale qui n’a pas d’équivalent chez les reptiles :
- Les soins donnés aux petits que nous appellerons désormais parentage.
Parmi les reptiles existants, seuls les crocodiles et quelques lézards
montrent quelque intérêt pour les petits. Une forme de sens des
« responsabilités » apparaît et semble être le précurseur de comportement
« moral » chez l’homme.
- Les vocalises qui, dans les conditions d’obscurité des grandes forêts,
constituent un moyen sûr de communication, la séparation des petits de leur
mère pouvant être catastrophique. Le sens de la communication apparaît
donc ici. La communication auditive et visuelle prend le pas sur la
communication olfactive.
- Jeu – Aptitude à simuler un comportement et à différencier le
comportement simulé du comportement réel.

Autres comportements :
- L’organisation en clan augmente les chances de survie. À partir de cela,
les notions de cohésion, de coopération et d’attachement (et, dès lors, de
séparation, de perte et de deuil) vont se développer. La famille et le couple
stables (augmentant le temps de parentage) apparaîtront ultérieurement
comme la conséquence de cet acquis.
- Les capacités de la mémoire vont s’étendre et améliorer les capacités
d’apprentissage.

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- La capacité du système limbique à combiner les messages en provenance à


la fois du monde interne et externe constitue le « lit » du futur sentiment
d’identité (différenciation entre les deux types d’expérience, entre
dedans/dehors) qui apparaît chez les chimpanzés puis chez l’homme.
l’expérience du miroir).
- L’apprentissage lui-même commence à s’appuyer sur le « jeu ». Le jeu est
une situation où les protagonistes font semblant. Par exemple, dans ce
contexte, un comportement « agressif » n’est pas vraiment agressif. Une
distance s’instaure entre un signal (le comportement) et sa signification.
On reconnaît ici le premier indice d’un comportement symbolique dont on
sait l’importance dans l’apparition du langage.
- Communication : outre les signaux, la plupart des mammifères sont capables
de traiter des pré-représentations opératoires. Par exemple, un chat prêt à
bondir se représente le type de proie, sa taille, sa distance ainsi que
l’amplitude du saut à accomplir pour atteindre la cible. Ces pré-
représentations sont généralement liées à des actions.

- Deux systèmes essentiels apparaissent :


La mémoire
- mémoire à long terme
- Expérience, sentiment positif ou négatif
- plus la sensation est forte, plus l'évènement va être intériorisé,
gardé en mémoire
- lien très étroit entre mémorisation et affectivité
- induit la recherche de situations favorables et l'évitement de
situations défavorables.
Les émotions
- rôle : nous avertir (événements dans l'environnement)
- orientent l'attention et réagissent à l'urgence (situations de
survie)
- Alarme et réaction réflexe
- grille de classification du monde. En termes de plaisir ou de
déplaisir, à répéter ou à éviter
- la mémoire conserve une trace des émotions passées. Ce qui
implique des possibilités d’apprentissage accrues.

En conséquence, les émotions vont de plus en plus gouverner les comportements de


préservation de l’espèce et d’auto-préservation.

Remarque

Une idée courante est que l’homme répète la phylogenèse lors de son ontogenèse.
Autrement, l’embryon humain repasserait par tous les stades du développement des espèces
sur terre au cours de son développement intra-utérin. Il y aurait ainsi une phase poisson au
début, puis reptile et enfin mammifères.

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Cette théorie, bien que globalement correcte, n’est pas totalement exacte. L’embryon
humain passe par différents stades archaïques au sein desquels on perçoit la phylogenèse.
Mais en même temps, certaines évolutions sont court-circuitées. Le document qui suit
illustre cette nuance.

Illustration 2.1. - Vidéo Phylogenèse

1.1.3. Le cerveau néo-mammalien ou néocortex

Enfin, mis en place progressivement au cours de l'ère tertiaire et subissant une croissance
inouïe chez les primates, le cerveau néo-mammalien est venu recouvrir les précédents en
formant le néocortex. I1 confère à l'homme de larges possibilités d'apprécier le milieu
extérieur, d'anticiper ses actes, bref, de « vivre en intelligence ».
Le néocortex est la partie la plus volumineuse et, semble-t-il, la plus importante de
l'encéphale humain. Il se plisse en formant de profonds sillons, qui délimitent des
circonvolutions. Sa surface est considérable (environ un quart de mètre carré) pour un
volume qui doit rester limité : un crâne trop gros rendrait toute naissance aléatoire. Ses
hémisphères sont séparés l'un de l'autre par le profond sillon interhémisphérique. Chacun
d'entre eux est partagé en plusieurs lobes de structure complexe.
On y distingue (figure ci-dessous) le lobe frontal à l'avant, le lobe occipital à l'arrière.
Entre les deux, se situe le lobe pariétal vers le haut, le lobe temporal vers le bas. Ce dernier
est séparé du précédent par la très profonde scissure de Sylvius. Le sillon de Rolando marque
la frontière entre la région frontale (pré-rolandique) et la région pariétale (post-rolandique).
Les principales modalités sensorielles (toucher, vue, audition...) sont représentées à la
surface du cortex par des aires de projection primaires où aboutissent les neurones afférents.
On peut préciser ces localisations par la technique des potentiels évoqués.
Ces régions sont connectées à la plupart des lobes cérébraux par des faisceaux blancs sous-
corticaux. Enfin, la région olfactive, relativement réduite chez l'homme, se situe sous le lobe
frontal. Il reste dans le néocortex de vastes zones non spécifiques, comme les lobes frontaux
et une partie des régions pariétale et temporale, mais aussi des aires associatives formées
d'une mosaïque de représentations de la surface sensible de chaque modalité sensorielle
(association des éléments de l'environnement présent et association de ces éléments entre eux
mais aussi avec l'expérience passée).
Fondamentalement, ce système « vit » à la fois le présent, le passé et le futur étant les
capacités d’anticipation et d’élaboration de stratégies comportementale en fonction d’un but.

Fonctions et corrélats comportementaux du cerveau associatif "humain" :

Raisonner :
L'art de reconnaître, d'abstraire et de reformer des liens de causes à effets.
- Le monde est perçu et reconstruit, représenté, sous forme de rapports réciproques.
- Langage : associe un signe à une chose.
- Rapport au temps : passé, présent, futur
Associer (imagination) :
Créer des recoupements originaux qui n'existent nulle part ailleurs.

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- projeter un scénario futur qui peut se réaliser ou non.

On note également des spécialisations du cortex :


- le lobe frontal gauche1 : contact avec la réalité, il permet la prise en compte du présent,
des faits nouveaux perçus par les sens. Par son activité, nous découvrons, apprenons,
tentons des expériences. C'est là l'activité principale de la partie gauche de ce
cerveau.
- lobe frontal droit - assure en outre l'inhibition du système limbique, inhibe la peur

Parallèlement, les acquis du cortex paléo-mammalien sont amplifiés par sélection


naturelle.
- Les rituels de toilettage des primates se transforment en toilettages
communautaires ; des systèmes de signaux d’invitation (claquement des
lèvres) se développent.
- Ces signaux se détachent ensuite du contexte de toilettage pour devenir
plus abstraits, plus souples. Ainsi, le claquement de lèvres devient un signe
amical (apaiser l’agressivité, réguler les rapports de dominance).
- Chez l’homme, le sourire remplace le claquement de lèvre.

On observe toutefois un vestige de la fonction sociale du toilettage dans le langage humain.


Chez l’homme, il existe aussi un « discours de toilettage » (apaiser l’agressivité, réguler les
rapports de dominance). Par exemple, les cocktails mondains mais aussi les rituels
d’accueil et de séparation. Les hommes vont même jusqu’à recréer des ambiances
« pelagées » en portant des vêtements pelucheux, en installant des moquettes dans les
bureaux, en soignant leur coiffure.
Le toilettage social est poussé à l’extrême dans les professions de coiffeur mais aussi de
médecin, d’infirmière ou de kinésithérapeute.
Certains individus ont un tel besoin de s’occuper des autres qu’ils peuvent activement
provoquer et/ou prolonger la maladie du compagnon. Nous avons donc ici un fondement
phylogénétique des théories familiales systémiques (fonction du symptôme).

- Communication : outre les signaux et les pré-représentations, certains


mammifères disposent de certaines capacités de représentations. Par
exemple, un chat est capable de classer les êtres vivants en catégories, par
exemple chien ou non-chien. Quelle que soit la taille ou la morphologie du
chien, le chat identifie ce dernier à coup sûr, ce qui implique un certain
degré d’abstraction conceptuelle. Toutefois, ces pré-représentations
n’apparaissent qu’en situation. Les grands singes et l’homme sont en outre
capables de représentations différées, c’est-à-dire d’évoquer mentalement
un objet hors contexte, c’est-à-dire de penser. Enfin, les grands singes et
surtout l’homme sont capables d’observer leurs propres processus de
représentation ou ceux qui sont à l’œuvre chez un congénère
(représentation de représentation ou méta-représentation). La méta-
représentation constitue une porte d’accès à la conscience de soi comme en
témoignent les expériences avec les miroirs.

Illustration 2.2. - Vidéo – Conscience de soi chez les singes et chez l’homme - Clip 04 -
psyclin chap 2 - miroir - copie.mp4

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Chez les droitiers

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Intégration des trois cerveaux

L'évolution a donc permis, à chaque étape majeure, de « faire du neuf avec du vieux » en
modernisant et réutilisant chaque portion de l'ancien édifice, quitte à modifier ou à
transformer les fonctions initiales en les intégrant dans des constructions nouvelles.
Il est clair que le développement de ces structures résulte avant tout de l'expression d'un
programme génétique qui prescrit l'organisation générale. Mais, c'est au cours du
développement embryonnaire que les cellules nerveuses s'influencent réciproquement pour
aboutir à la mise en place des constituants du SNC. Une troisième étape s'accomplit durant la
vie post-natale grâce aux échanges avec le milieu extérieur. Elle joue un rôle majeur dans
l'acquisition des fonctions psychiques.
La doctrine jacksonienne des dissolutions implique que les fonctions nerveuses se
développent progressivement et hiérarchiquement selon le même principe tant chez l'embryon
depuis la formation du tube neural que, après la naissance, dans l'organisation des fonctions
psychologiques les plus élevées : chaque fois qu'une nouvelle structure nerveuse arrive à
maturité, non seulement elle rend possible les fonctions qui lui sont propres, mais elle prend
sous son contrôle les structures nerveuses développées antérieurement. De la sorte, si un
processus pathologique atteint le système nerveux, il y aura deux conséquences : un
phénomène négatif de destruction, à cause de la perte de la fonction qui était possible grâce à
la structure nerveuse enlevée, et un phénomène positif de libération, car les fonctions
inférieures seront libérées du contrôle qui était exercé sur elles par la structure lésée.
Pour Jackson, l'action la plus volontaire (synonyme aussi de plus propositionnelle ou plus
symbolique) ne peut se réaliser sans être préparée par des processus plus automatiques (ou
moins volontaires, moins symboliques, moins propositionnels): c'est la contrepartie de
l'organisation des centres nerveux. En effet, les centres inférieurs peuvent fonctionner de
manière relativement autonome ; par contre, les centres ;supérieurs ne se mobilisent qu'à la
suite de l'excitation des centres subordonnés, dans l'ordre de leur subordination. Certaines
expériences d'actes manqués et de substitution de mots peuvent illustrer ce principe sur le
plan psychologique.

1.1.4. Commentaires

La théorie de Maclean a les inconvénients et les avantages de sa simplicité. Elle nous aide
à comprendre que l’organisation des comportements résulte d’une histoire à la fois
phylogénétique et ontogénétique et que cette histoire a sculpté notre cerveau. Elle nous aide
aussi à comprendre que nos comportements ont des motivations non-univoques et complexes.
Il importe de prendre en compte à la fois les facteurs biologiques et sociaux pour comprendre
nos comportements.
La théorie de Maclean est toutefois dépassée tant du fait des avancées des neurosciences
(voir section suivante de ce chapitre) que du fait qu’elle ne prend pas en compte la dimension
symbolique (voir seconde partie de ce cours).
Cependant, il demeure que le comportement humain est, en partie, gouverné par certaines
traces laissées dans le cerveau par l’évolution de l’espèce (phylogenèse). Ces traces prennent
la forme de comportements « fossiles » - par exemple, le besoin de marquer son territoire ou
certains déterminismes dans l’attraction sexuelle – qui sont liées aux deux structures les plus
anciennes du cerveau. Nous y reviendrons.
Auparavant, et pour relativiser la vision déterministe que le modèle de Maclean risquerait
d’engendrer, il nous faut examiner la thèse opposée : celle de la plasticité du cerveau, c’est-à-

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dire sa capacité à échapper au déterminisme. Ce qui ne signifie pas que le biologique ne joue
pas ici aussi un certain rôle.

Les trois invariants des systèmes vivants

Les chercheurs en embryologie nous apprennent que pour affirmer qu’un système est
vivant, celui-ci doit disposer de trois propriétés essentielles : une enveloppe, un métabolisme
et un processus informatif. Une cellule vivante constitue l’exemple plus simple.
Par conséquent, une famille, en tant que système vivant, présente également ces trois
propriétés.
1° Une séries d’enveloppes qui découpent les limites entre la famille et l’extérieur mais
aussi, en son sein, les limites entre les générations. Ces enveloppes garantissent l’intégrité du
système face à l’environnement, organisent les échanges nécessaires entre l’intérieur et
l’extérieur et assurent la cohérence et la cohésion interne.
2° Le métabolisme renvoie ici à la capacité plus ou moins grande de s’organiser afin
d’établir un équilibre entre ses finalités et les changements survenant dans l’environnement.
Nous avons indiqué ci-dessus les processus d’équilibration à l’oeuvre dans les systèmes
vivants.
3° Un processus informatif qui se traduit dans les familles par l’existence d’une mémoire
qui recèle un plus ou moins grand savoir sur l’histoire, les croyances et les règles de la famille
ainsi que les processus de communications.
Dans les familles confrontées à l’expérience psychotique, ces trois niveaux sont perturbés
simultanément : l’organisation est affectée (tantôt chaotique, tantôt hyper-rigide) et les
processus informatifs sont perturbés (perte de sens, oubli du passé, oubli des finalités du
système, doubles messages, double liens, brouillage des liens et des émotions). Mais, et ceci
constitue la spécificité de l’expérience psychotique, les enveloppes sont particulièrement
fragilisées. Ceci s’illustre au travers de nombreux symptômes : vécus d’intrusion, délire
d’influence, idées paranoïdes, vécu de morcellement corporel, clivage de la pensée,
perturbation des frontières internes et externes de la famille, etc.).
Les entretiens cliniques – individuels et familiaux - et le travail de l’équipe ont pour
fonction de porter un regard sur ces trois niveaux en relation avec l’expérience psychotique
dans le but d’aider la famille à se transformer.

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Texte provisoire – Diffusion interdite

1.2. Rythmicité des activités cérébrales

Les activités cérébrales respectent plusieurs rythmes dont il importe de tenir compte.

1.2.1. L'électro-encéphalographie

L'électro-encéphalographie (EEG) est une méthode simple et peu invasive qui mesure et
amplifie l'activité électrique du cerveau. La mesure s’effectue à partir d’électrodes placées
sur le cuir chevelu.
l'EEG est utilisé à des fins de diagnostic et de suivi des épilepsies, des troubles du
sommeil, des troubles de la conscience, de lésions cérébrales. C’est aussi un moyen d’établir
un état de mort cérébrale.
Le dispositif restitue le signal ondulatoire sur un graphique. Les activités électriques
cérébrales se traduisent visuellement par des courbes rythmiques de fréquences et d’intensités
variables. On distingue plusieurs types d’ondes correspondant à des états de vigilance
différents (Tableau ci-dessous)
Tableau 1
Ondes EEG
Alpha Béta Delta Thêta
Fréquences 8,5-12 Hz 12-45 Hz < 4Hz 4-8 Hz
état de conscience apaisé Alerte flottante flottante
très jeunes efts,
Age Adulte Adulte adultes eft, ado
Artéfacts Yeux fermés Yeux ouvert hypnose
Circonstances activités courantes méditation
Concentration,
anxiété lésions cérébrales rêveries diurnes
Eveil (cf. cycles
circadiens) Eveil somnolence somnolence

On notera que les états hypnotiques sont très bien objectivé à l’EEG comme ce sera le cas
au Pet-Scan.

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1.2.2. Les stades du sommeil

On pense que le sommeil répond à deux fonctions. La récupération et l’alignement sur le


cycle terrestre.
Le sommeil vise à rétablir l’équilibre physiologique interne perturbé par l’activité de la
veille (récupération). Par ailleurs, l’espèce humaine semble avoir intériorisé le cycle terrestre
via un mécanisme d’horloge interne (Si on isole les personnes de toute variation lumineuse,
son organisme s’aligne sur un rythme d’à peu près à 25 heures).
On distingue 3 types de sommeil:

Sommeil léger

La somnolence est le stade de l'endormissement (transition entre l'éveil et le sommeil). On


observe une réduction de la vigilance, du tonus musculaire et de la fréquence cardiaque. Les
mouvements musculaires sont lents. Le sommeil coïncide avec le minimum thermique, l'éveil
survient avec la remontée thermique.
L’endormissement : les ondes alpha disparaissent, remplacées par des ondes "thêta" aux
pulsations ralenties. Cette phase dure environ 10 minutes.

Sommeil profond

L'activité EEG est lente (ondes delta < 3,5 Hz).


On observe des rythmes respiratoire et cardiaque sont ralentis et réguliers. L’activité
musculaire est discrète et les mouvements oculaires quasiment absents.

Sommeil paradoxal

L'activité EEG est rapide et les mouvements oculaires très importants alors qu'il existe une
atonie musculaire quasi totale. L'activité néocorticale est plus proche de celle de l'éveil que
celle du sommeil lent (rêves vifs). La respiration est irrégulière. Le cœur accéléré ou ralentit.

1.2.3. Rythmes biologiques

On distingue 2 types de cycles

Ultradiens (ou nycthéméraux)

Le rythme ultradien est un rythme biologique se présentant avec une fréquence plus rapide
qu'un rythme circadien.
La nuit, le sommeil paradoxal survient toutes les 90 minutes chez l'homme.
Le jour, le niveau de conscience fluctue également selon des cycles naturels de plus ou
moins 90 minutes. Ces cycles ont pour fonction de permettre de décompresser par rapport aux
stress Le sujet passe alors d’un rythme Bêta à un rythme Alpha. C’est dans ce « creux »
qu’interviennent de légers états hypnotiques.

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Circadiens

Les rythmes circadiens sont liés aux mouvements de rotation de la terre et aux variations
lumineuses qui sont le fait des alternances jours/nuits (période d'environ 24 heures).
Alternance veille-sommeil, température centrale, métabolisme de base. L'organisme adopte
un rythme de vigilance différent de 24 heures (25 ± 2 h).

Les cycles Ultradiens ne sont pas sans conséquence pour les rythmes scolaires et l’étude,
la conduite automobile ou les activités thérapeutiques. Il convient de les respecter, ou mieux
encore de proposer des activités adaptées à chaque phase du cycle.
Ces rythmes ont d’autres influences encore comme en témoigne l’encadré ci-dessous.

La production hormonale
Certaines hormones sont associées de plus près à l'horloge biologique que d'autres. La mélatonine présente
un rythme circadien prononcé qui culmine pendant la nuit. Le cortisol affecte plusieurs fonctions du corps
incluant le métabolisme et la régulation du système immunitaire. Ses niveaux sont à leur maximum au lever le
matin et décroissent graduellement au cours de la journée pour atteindre un creux tôt dans la nuit.

Le système cardiovasculaire
Les crises cardiaques et les accidents cérébro-vasculaire (ACV) ont tendance à se produire d'avantage le
matin qu'à n'importe quelle autre période de la journée. La tension artérielle augmente le matin et reste élevée
jusqu'en fin d'après-midi; par la suite, elle diminue et atteint son niveau le plus bas au cours de la nuit.

La tolérance à la douleur
La tolérance à la douleur est plus élevée dans l'après-midi. Par exemple, les douleurs dentaires sont à leur
plus faible en fin d'après-midi.

Le cycle menstruel
Les femmes rapportent souvent des changements dans leur sommeil au cours de leur cycle menstruel avec
plus de perturbations juste avant les menstruations. La perturbation du sommeil est fréquente pendant cette
période chez celles qui souffrent de trouble dysphorique prémenstruel. De façon intéressante, des changements
dans le rythme circadien de la température corporelle surviennent durant le cycle menstruel et une perturbation
de la production de mélatonine pourrait survenir dans ce trouble. Ceci a poussé les scientifiques à investiguer les
bases biologiques de ces changements et la relation entre l'horloge biologique et le cycle menstruel.

La médication
Les scientifiques étudient la façon dont les rythmes circadiens affectent la prise de médicaments. Il a entre
autre été découvert qu'on peut administrer moins d'anesthésiants en après-midi pour le même effet qu'avec une
dose plus grande à un autre moment de la journée. Les différents tissus du corps humains ont leur propre horloge
circadienne, donc un médicament administré aux mêmes doses à différents moments de la journée peut donner
des effets différents. La chronothérapie harmonise les traitements avec les rythmes circadiens endogènes afin
d'atteindre une efficacité maximale et réduire les effets secondaires. Par exemple:

Médication pour l'hypertension artérielle : Puisque les individus présentent des augmentations importantes
du rythme cardiaque et de la tension artérielle dans les heures suivants l'éveil, ils sont plus susceptibles de subir
une crise cardiaque ou un ACV le matin. Un médicament pris au coucher se retrouve dans la circulation
sanguine des heures plus tard et sera le plus efficace au lever le matin au moment où la tension artérielle et le
rythme cardiaque augmentent précipitamment. Lorsque la tension artérielle baisse le soir, la concentration du
médicament diminue également.
Traitement pour le cancer : L'application de la chronothérapie à la chimiothérapie dans le traitement du
cancer permet d'administrer des médicaments à des moments de tolérance maximale avec une toxicité minimale.
D'autres conditions peuvent être abordées par la chronothérapie telles que l'asthme, la fièvre des foins et
l'arthrite rhumatoïde.

Source : ar Diane Boivin, M.D., Ph.D., directrice du Centre d'étude et de traitement des rythmes circadiens
(http://www.douglas.qc.ca/info/rythmes-circadiens-qu-est-ce-que-c-est).

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1.3. Axe HHS et stress

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1.4. Mémoire – souvenirs – Traces - trauma

Avant d’aborder les effets des situations traumatiques sur le psychisme ainsi que les dégâts
éventuellement observable dans le système nerveux, il importe de rappeler comment la
mémoire, en particulier la mémoire à long terme, est organisée chez l’homme.
On distingue la mémoire implicite (essentiellement procédurale, inconsciente et non-
verbale : images, sensations et mémoire gestuelle) et la mémoire explicite ou déclarative
(essentiellement consciente et verbale).
La mémoire procédurale permet l'acquisition et l'utilisation de compétences motrices
comme faire du vélo, jouer du piano, etc.
La mémoire déclarative est responsable de la mémorisation de toutes les informations sous
forme verbale, c'est-à-dire celles que l'on peut exprimer avec notre langage. On distingue la
mémoire épisodique qui stocke des faits dans leur contexte, notre histoire personnelle (par
exemple, comment nous avons rencontré un(e) amie(s) ou encore où nous étions le 11
septembre 2001. La mémoire sémantique stocke des faits indépendamment des circonstances
dans lesquels ont les a acquis.
Néanmoins, des croisements sont possibles. Ainsi, il existe des automatismes pour les
informations verbales, autant qu'il existe des représentations mentales (images, sensations,
gestes) manipulables par la conscience et l'attention.
Ces processus mnésiques impliquent différents sous-systèmes du cerveau : la
reconnaissance de stimuli rencontrés récemment (cortex sensoriels) ; l’activation d’une
émotion implique l’amygdale ; la formation de nouvelles habitudes motrices mobilise le
neostriatum ; l’apprentissage de nouveaux comportements moteurs ou d’activités
coordonnées met en jeu le cervelet.
La figure ci-dessous résume les différents types de mémoire et les structures cervicales
mobilisées.

Il importe de compléter ce schéma en indiquant que la mémoire épisodique (mémoire


explicite –événement) concerne principalement l’hippocampe.

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Nous verrons plus loin qu’en cas de stress, le cerveau libère du cortisol. Or, le cortisol
intervient dans l’augmentation de la glycémie (libération de glucocorticoïde) lorsque
l’organisme en a besoin. C’est notamment le cas dans des situations stressantes où
l’organisme doit réagir. Cette réaction offre au corps les possibilités de répondre de façon
physique à une situation précise, par exemple : Un qui-vive défensif, la fuite, le combat.
Le cortisol est improprement appelé « hormone du stress ». Au contraire, à faible dose, et
pas son action sur l’hippocampe, elle combat les effets néfaste de l’excès d’adrénaline (liée
directement su stress)
Par contre, en présence trop importante et surtout de longue durée de ces deux substances
agissent de façon néfaste sur le corps en s'attaquant entre autre à des parties sensible du
cerveau tel que l'hypothalamus (compris dans le système limbique) et l’hippocampe. Or, ce
dernier joue lui-même un rôle de régulation du cortisol via l’axe HHS. En résumé, une boucle
de rétroaction positive s’instaure : trop de cortisol nuit à l’hippocampe et ce dernier, affaibli,
ne tempère plus la production de cortisol, et ainsi de suite.
Par conséquent, en cas de stress répétés ou de stress dépassant les capacités de l’individu,
l'excès de cortisol va bloquer la croissance de nouveaux neurones dans l'hippocampe, région
du cerveau connue pour agir sur l'humeur, mais aussi sur la mémoire épisodique.
Le cortisol va également gêner la communication entre les neurones en bloquant les
récepteurs stimulés par la sérotonine, molécule intervenant dans les troubles de l'humeur.

En résumé, le comportement de l’homme est en partie gouverné par une forme de


« mémoire sans souvenir » (Lejeune & Delage, 2017). Celle-ci organise à notre insu nos
habitudes, nos comportements, nos préférences (ou répulsions) relationnelles, nos émotions.
Profondément enfuie dans notre système nerveux, elle s’appuie sur des traces olfactives,
psychomotrices (à rapprocher du « holding » et du « handling » chez Winnicott ?),
perceptives. Il s’agit bien du résultat d’apprentissages et non d’un déterminisme génétique.
Mais il s’agit aussi d’un apprentissage « non conscient », « implicite » et donc « sans
souvenir ».

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2. PLASTICITE, EXPERIENCE PSYCHIQUE ET TRACE


NEUROBIOLOGIQUE

Cyrulnik (2006) montre comment deux jumeaux – qui ont un bagage


génétique rigoureusement identique – peuvent néanmoins être élevés dans des mondes
sensoriels fort différents. Cette mère avait constaté à la naissance de ses jumelles que l’une –
Julie - était gracieuse et douce alors que l’autre – Giuletta - était plus vive et plus nerveuse.
Julie fut donc très entourée et protégée alors que Giuletta, perçue comme étant plus forte –
était davantage mise à distance. Un psy aurait peut-être compris que l’histoire de la mère
pouvait expliquer la lecture – somme toute relativement arbitraire – du comportement de ses
jumelles. Il aurait sans doute alors réalisé comment l’histoire influence les interactions et
comment celles-ci façonnent en retour l’expérience des fillettes et probablement leur système
nerveux.
Ce qui nous intéresse, en tant que psychologue clinicien, c’est de connaître comment
l’expérience psychique et relationnelle interagit avec le système nerveux et les facteurs
génétiques.
En particulier, quelle trace l’expérience laisse-t-elle dans le système nerveux ? Cette trace
est-elle prépondérante ou ne fait-elle qu’infléchir ce qui était de toute façon déjà programmé
par le bagage génétique ? Au-delà, comment penser l’étiologie des maladies mentales ?
Jusqu’il y a peu, les réponses à ce questionnement étaient relativement spéculatives et
s’appuyaient sur des preuves indirectes, par ailleurs diversement interprétées. Des travaux
récents permettent d’avancer sur ces questions.
Le cerveau a la capacité d’être modifié par l’expérience (Ansermet et Magistretti, 2004).
L’expérience laisse des traces dans le système nerveux via trois mécanismes :
- variation du nombre et de l’architecture des synapses
- variation de l’efficacité synaptique
- réarrangements structurels

2.1. Expérience psychique et transcription de l’information : Phylogenèse –


Ontogenèse - Epigenèse

Définitions

L'individu résulte de la superposition de trois processus, la phylogenèse, l'ontogenèse et


l'épigenèse.

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La phylogenèse prend en considération ce qui se transmet au cours de l’évolution d’une


espèce, principalement par transmission génétique selon le processus de sélection naturel.
L'ontogenèse renvoie plus spécifiquement à l’évolution de l’individu, en particulier en ce
qui concerne les facteurs culturels et familiaux, mais aussi les conditions biologiques de la
conception, de l’embryogenèse, de la naissance et du développement ultérieur.
L'épigenèse rend compte de l'interaction entre ce qui est potentiel et préformé à la
naissance et ce que l'environnement retient ou rejette de ces différents « possibles ». La notion
d'épigenèse inclut également l’idée que le développement d'un embryon se fait de manière de
plus en plus complexe. Cette idée s’oppose à la théorie de la préformation qui voit l'embryon
comme un homonculus qui ne se différencie de l’être adulte que d’un point de vue quantitatif.
Ces trois processus se déroulent à des échelles différentes, celle de l’espèce en ce qui
concerne la phylogenèse, celle d’une vie en ce qui concerne l'ontogenèse et celle de
phénomènes pouvant durer entre quelques secondes et quelques mois s’agissant de
l'épigenèse.
On observe également que le poids du déterminisme n’est pas le même selon le processus
envisagé, dominant en ce qui concerne la phylogenèse et contingent s’agissant de l'épigenèse.
La superposition des trois processus renvoie à la complexité et au caractère imprévisible de
formes de vie apparemment fort semblables.
Ainsi, si on peut affirmer que tous les hommes ont des caractéristiques communes
(phylogenèse), il n’en demeure pas moi que chacun est différent compte tenu de l'ontogenèse
et l'épigenèse. De même, si des jumeaux homozygotes ont le même bagage génétique, leur
ontogenèse diffère dès leur vie intra-utérine, de sorte que, par exemple, s’ils sont tous deux
porteurs de facteurs génétiques identiques les rendant vulnérables à la schizophrénie, ils ne
développeront pas nécessairement tous deux la maladie. Autrement dit, avec le même
génome, la trajectoire d’un organisme n’est jamais identique. Et même lorsque ces conditions
sont « similaires», des cellules ou des organismes peuvent avoir un phénotype différent, si
leur passé a été différent. On sait aujourd’hui que ce qui se transmet dans la schizophrénie au
travers de matériel génétique, ce n’est pas la maladie, mais des facteurs de vulnérabilité.
Ces observations suggèrent que des phénomènes épigénétiques sont à l’œuvre et
infléchissent l’expression génétique. Mais ce n’est que de manière récente que l’on comprend
mieux les processus par lesquels l’expérience vient modifier l’expression des gènes via la
méthylation.

La méthylation de l'ADN

Un groupe méthyle CH3 (Me) est un radical chimique dérivé du méthane (CH4).
La méthylation est un processus réversible qui agit sur l’ADN (acide
désoxyribonucléique) : certaines bases nucléotidiques peuvent être modifiées par l'addition
d'un groupement méthyle.
La méthylation est un processus épigénétique puisqu’elle modifie l’expression du gène.
Par exemple, lorsque le promoteur d'un gène est méthylé, le gène en aval est réprimé et n'est
donc plus transcrit.
La méthylation peut en fait avoir des effets antagonistes selon son importance : une faible
méthylation favorise la transcription, mais une forte méthylation, au contraire, l'inhibe.
La méthylation peut agir au cours du développement de l’embryon sous l’effet de facteurs
environnementaux : sociaux, nutritionnels et toxicologiques.
La chaîne ADN s’enroule sur des structures appelées nucléosomes (structures vertes)
formées de cellules appelées histones.

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D’après slides du Prof. P. Bustany.

La méthylation (petits drapeaux sur le schéma2) modifie les histones, par exemple, en
modifiant l’espacement de la chromatine. Sur une chromatine lâche, des segments d’ADN,
auparavant masqués, deviennent accessibles au moment de la lecture de la chaîne, ce qui
modifie l’expression du gène.
Lors de l’embryogenèse, la nutrition, la prise de substance toxique ou des expériences de
stress traumatiques engendrent des phénomènes de méthylation.
Ce qui nous intéresse en psychologie clinique, c’est le processus de méthylation qui
explique et confirme comment des expériences traumatiques laissent des traces durables dans
le psychisme. Psychologie clinique et biologie sont en voie de réconciliation !

Applications

Le document ci-dessous illustre le fil conducteur de notre réflexion : comment l’expérience se


s’inscrit-elle et se transmet-elle dans notre psychisme et notre destinée.

Les parents ne transmettent pas que leurs gènes à leurs enfants. Ils leur lèguent aussi, inscrite dans
leur patrimoine génétique, la trace d’événements importants qu’ils ont vécus au cours de leur
3
existence (…). A Överkalix, un petit village isolé du nord de la Suède, les responsables de la
paroisse ont de tout temps eu le sens des registres bien tenus. Depuis la fin du XIXe siècle, et jusqu’à
la fin du XXe, ils ont consigné avec soin les saisons de bonnes et de mauvaises récoltes. Une mine
d’informations pour le spécialiste suédois de médecine préventive Lars Olov Bygren et le généticien

2
D’après une présentation du Professeur P. Bustany du CHU de Caen.
3
Pour les amateurs de biologie, ce processus résulte de la méthylation de l'ADN qui agit sur les histones.

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britannique Marcus Pembrey, qui ont pu reconstituer les périodes de disette et celles marquées par
l’abondance.
Etudiant aussi l’état de santé de quelques familles du village sur trois générations, ils ont fait une
découverte étonnante. Ils ont constaté que, quand un grand-père avait connu, durant sa
préadolescence, un des rares hivers d’abondance et qu’il avait beaucoup mangé, cela influençait
l’espérance de vie de son fils et de son petit-fils! Ces derniers vivaient sensiblement moins longtemps
que les descendants des hommes qui, au même âge, avaient connu la famine car ils développent
quatre fois plus un diabète de type 2. Les mêmes effets se retrouvaient d’ailleurs dans les lignées
féminines…
Cette observation avait de quoi ébranler les esprits et bousculer quelques idées admises en génétique
classique. Elle apportait en effet une confirmation à ce que certains suspectaient déjà: les parents
peuvent transmettre autre chose que leurs gènes à leurs enfants. Le patrimoine qu’ils leur lèguent
porte aussi la trace de certains événements importants qu’ils ont vécus.
En termes scientifiques, ce phénomène porte désormais un nom: l’épigénétique. «En grec «epi»
signifie «sur» ou «dessus», explique Winship Herr qui enseigne cette nouvelle discipline au Centre
Intégratif de Génomique (CIG) de l’UNIL. L’épigénétique est donc ce qui se trouve au-dessus de la
génétique.» En d’autres termes, précise-t-il, cela recouvre la «façon dont chaque individu va employer
les gènes qu’il a hérités de ses parents».
«La génétique est à l’épigénétique ce que l’écriture d’un livre est à sa lecture.» On doit cette image,
devenue célèbre, à Thomas Jenuwein, le directeur du Max- Planck Institut of Immunologie, en
Allemagne. Une fois que le livre est écrit, explique le biologiste allemand, le texte (les gènes et
l’information stockée sous forme d’ADN) sera le même dans tous les exemplaires publiés. Mais cela
n’empêchera pas chaque lecteur de l’interpréter à sa façon et de ressentir des émotions ou d’entamer
des réflexions qui lui seront propres (…)
Cela signifie que, si tous les gènes sont présents au sein de la cellule, certains sont activés, ils
«s’expriment» comme disent les généticiens, alors que d’autres sont rendus partiellement ou
totalement silencieux, une machinerie cellulaire complexe servant d’interrupteur pour les mettre en
position «on» ou «off». Scientifiquement parlant, rappelle le professeur au CIG, l’épigénétique est
donc l’étude de «la régulation de l’expression des gènes» (…)
Au-delà de ses implications dans le domaine médical, l’épigénétique montre aussi que nos modes de
vie peuvent avoir des répercussions non seulement sur notre propre santé, mais aussi sur celle de
nos descendants. A commencer par l’alimentation qui, comme l’ont montré Lars Olov Bygren et
Marcus Pembrey, joue un grand rôle dans l’affaire. «C’est certain», commente Ivan Stamenkovic, qui
précise toutefois «qu’il s’agit de phénomènes assez subtils que l’on ne sait pas encore très bien
mesurer». Un niveau élevé de stress «pourrait aussi avoir un effet sur l’expression de différentes
catégories de gènes et altérer par exemple la réponse immune, qui a un effet inhibiteur sur le cancer,
4
souligne le pathologiste. La question est en suspens, mais il serait intéressant de l’étudier.»

Concrètement, l’expérience engendre des mécanismes de méthylation de l’ADN,


modification des histones – modifient l’expression des gènes.
Non seulement le stress modifie l’expression des gènes, mais en outre l’expérience
s’inscrit et se transmet entre les générations.

2.2. Expérience psychique et neuotransmission

Comment l’information circule-t-elle entre ces diverses structures ? En d’autres termes,


comme s’effectue la transmission ?

4
D’après un texte d’Elisabeth Gordon -in Allez Savoir novembre 2010 - Epigénétique - Santé :
http://www3.unil.ch/wpmu/allezsavoir/ .

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On connaît actuellement deux modes de transmission de l'influx nerveux au niveau de deux


grands types de jonctions. L'un d'eux est un phénomène électrique : le potentiel d'action passe
directement d'un neurone à l'autre5.
Dans le second cas, le passage de l'influx met en jeu un mécanisme purement chimique:
l'action d'une substance dépolarisante, le médiateur chimique. C'est le cas le plus fréquent, et
nous allons nous consacrer exclusivement à son étude. Attardons-nous à ces secondes
modalités. Par ailleurs, l’information est également véhiculée par le système hormonal.

2.2.1. La transmission au sein du système nerveux

La transmission chimique

La transmission de l'excitation entre deux neurones s'effectue au niveau de surfaces très


limitées, les « zones de jonction », ou synapses, par des mécanismes complexes jouant dans
des structures spécialisées (Voir votre cours de Neuropsychologie en Bac1). Actuellement, on
connaît plusieurs variétés de neurotransmetteurs.
Ces substances sont stockées sur place, dans des vésicules, et libérées exclusivement lors
du passage de l'influx nerveux. La libération du neurotransmetteur dans l'espace synaptique
est suivie d'une captation exclusive par des récepteurs spécialisés situés à la surface de la
membrane postsynaptique du neurone contigu. Simultanément, le transmetteur est rapidement
dégradé par des enzymes.
Les messagers chimiques primaires sont les neurotransmetteurs. Ces substances, libérées
par le versant présynaptique, sont reconnues par des récepteurs hautement spécifiques situés
sur le versant postsynaptique. Le tout fonctionne un peu comme un système de clefs qui
s’engagent dans des serrures.
Deux neurotransmetteurs principaux opèrent le transfert d’information : le glutamate - le
plus répandu dans le système nerveux central - augmente l’excitabilité neuronale alors que
l’acide gamma-amino-butyrique (GABA) qui diminue l’excitabilité neuronale. Le corps
cellulaire opère la synthèse entre ces deux processus antagonistes et, selon que l’un ou l’autre
domine, la probabilité que le potentiel d’action soit déclenché augmentera ou diminuera.
D’autres neurotransmetteurs secondaires entrent en action. Les plus répandus sont
l’adrénaline, la noradrénaline, la dopamine, la sérotonine, l'acétylcholine, et la glycine. Ces
substances ne diffusent pas en dehors du système nerveux et restent à proximité du neurone
sécréteur. Leur action est stimulatrice ou inhibitrice des messages nerveux.

Neurotransmetteurs essentiellement liés à la motricité et au stress

L'acétylcholine (système parasympathique) - excitateur (déclenche la contraction


musculaire et la sécrétion de certaines hormones). Impliquée dans l'éveil, l'attention, la colère,
l'agression, la sexualité et la soif. La maladie d'Alzheimer est associée à un manque
d'acétylcholine dans certaines régions du cerveau.
L’adrénaline est liée au système orthosympathique et est sécrétée en situation de stress
(pour faire face au danger) ou en vue d'une activité physique (pour répondre à un besoin
d'énergie). Elle provoque l’accélération du rythme cardiaque, la hausse de la tension
artérielle, la dilatation des bronches et des pupilles.
La noradrénaline est également liée au système orthosympathique et est impliquée dans
l'attention, les émotions, le sommeil, le rêve et l'apprentissage. Libérée dans le sang, elle

5
Voir les cours de la Faculté dans ces disciplines.

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contracte les vaisseaux sanguins et augmente la fréquence cardiaque. Elle joue un rôle dans
les troubles de l'humeur comme la maniaco-dépression. En excès, elle est cause des crises
d'angoisse et de panique en l’absence d’élément déclencheur précis. Son déficit conduit au
détachement envers toutes choses communes.

Neurotransmetteurs essentiellement liés la douleur et au plaisir

Les endorphines (proche de la morphine) ou endomorphines (morphine endogènes), sont


des neurotransmetteurs, agissant sur les récepteurs opiacés sécrétées par l'hypophyse et
l'hypothalamus lors d'activités physiques intenses ou d’un épisode d’excitation (douleur ou
plaisir).
Les exercices physiques stimulent la fabrication d'endorphines, raison pour laquelle on les
recommande aux personnes déprimées. Après un orgasme, les endorphines provoquent un
état de relaxation et un forte envie de dormir.
L’état hypnotique augment également la production d’endorphines. Dans une étude sur le
contrôle hypnotique de la douleur menée par Domangue (1985), on a constatlé que a
dépression était corrélée avec les niveaux de dopamine et une corrélation négative avec les
niveaux de sérotonine et de l’endorphine bêta. En outre, après l’hypnothérapie, on a observé
une diminution significative de la dépression, de l’anxiété et la douleur, et une augmentation
des bêta endorphines.
Il est possible de stimuler la production d’endorphines soit directement, soit indirectement
par (auto) suggestion.
La production augmente directement, lors des « câlins » ou lorsqu’on reçoit des caresses.
Lors d’un choc douloureux, l’homme frotte d’instinct la partie douloureuse car ce geste
accroît le taux d’endorphines. Lorsque vous caressez votre chat, vous augmentez son taux
d’endorphines.
La production augmente indirectement en se remémorer des situations, des lieux et des
moments de grand plaisir. Lorsque vous caressez votre chat, vous augmentez aussi votre taux
d’endorphines en partie du fait de la caresse du pelage du chat sur votre main, en partie parce
le ronronnement et la posture du chat vous suggère le souvenir de vos propres expériences de
plaisir. In fine, tout élément contextuel – un parfum, une image, un morceau de musique, etc
- rappelant vos expériences de plaisir passée augmente immédiatement votre production
d’endorphines

Neurotransmetteurs essentiellement liés à l’humeur, l’anxiété et le comportement

La dopamine module l'humeur. Son excès joue un rôle dans l’émergence des phénomènes
délirants et les hallucinations. Un déficit dans certaines parties du cerveau entraîne la rigidité
musculaire typique de la maladie de Parkinson. Elle entre pour beaucoup dans l'émotion du
plaisir, du désir, de la récompense. Elle joue un rôle important dans la dépendance, la
toxicomanie, plaisir-désir récompense. Lorsqu’on détruit la terminaison dopaminergique
d’un rat, celui-ci s’obstine à visiter toujours le même compartiment. Placé dans une situation
nouvelle, il ne sait pas modifier sa stratégie et perd son « enthousiasme exploratif ». Il est
incapable d’un effort intentionnel (Vincent, 2002). Or, on retrouve ce même type d’inhibition
chez les patients psychotiques. La dopamine est aussi impliquée dans le contrôle du
mouvement et de la posture.
Le GABA (pour acide gamma-amino-butyrique) - inhibiteur - contribue au contrôle
moteur, à la vision et à plusieurs autres fonctions corticales. Il joue un rôle régulateur aussi

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Texte provisoire – Diffusion interdite

dans l'anxiété. Une augmentation du niveau de GABA permet de traiter les crises d'épilepsie
et calme les tremblements des gens atteints de la maladie d'Huntington.
La sérotonine - encore appelée 5-hydroxytryptamine (5-HT) – intervient dans la
régulation de la température, le sommeil, l'appétit, la douleur et surtout l'humeur. La
dépression, le suicide, les comportements impulsifs et l'agressivité sont liés à des
déséquilibres de la sérotonine. En présence trop importante, elle s'attaque entre autres à
l'hypothalamus (compris dans le système limbique). La sérotonine déversée dans la fente
synaptique peut être recapturée par le neurone pré-synaptique grâce à un transporteur (SERT)
qui diminue ainsi la concentration de sérotonine synaptique. Cette recapture est inhibée par
une classe d'antidépresseurs - inhibiteur sélectif de la recapture de la sérotonine - (Prozac).

Neurotransmission et expérience psychologique

Des travaux récents montrent qu’un gène particulier façonne les protéines - serotonine
transporter (SERT or 5-HTT) - qui transportent la sérotonine (5-HT). (Lech & al., 1996 ; cités
par Cyrulnik, 2006).
Selon les cas de figure, on aura des protéines capables de transporter beaucoup de
sérotonine (5-HTT long) ou des protéines qui en transportent moins (5-HTT – court). Or, on
se rappelle que la sérotonine joue un rôle important dans la régulation de l’humeur.
Pour reprendre une image de Cyrulnik, imaginons que « Julie la douce » et « Giuletta la
vive » soient des petits transporteurs de sérotonine. On comprendra alors aisément pourquoi
Giuletta risque de se sentir déprimée. Néanmoins, il se peut aussi que Giuletta arrive à
compenser la moindre attention de sa mère en développant un comportement social plus
élaboré que Julie. Celle-ci, bien entourée ou peut-être trop – pourrait ne pas élaborer un
comportement social satisfaisant.
Ces découvertes sont également consistantes avec ce que l’on sait du « tempérament ».
Par exemple, certaines personnes sont très émotives alors que d’autres peuvent faire preuve en
toute circonstance d’un flegme à toute épreuve. Certains sursautent au moindre signal
d’alarme alors que d’autres demeurent stoïques et concentrés.

Interaction entre les facteurs environnementaux et génétiques – L’exemple des


enfants maltraités

Les enfants maltraités présentent davantage de risques de troubles du comportement ou de


troubles mentaux : délinquance, dépression... Mais comment expliquer que certains s’en
sortent mieux que d’autres ? Cette section explique que cette différence résulte d’une
combinaisons de facteurs génétiques et environnementaux : l'intervention d'un soutien affectif
et l'influence de certains gènes.

Rôle des facteurs environnementaux

Au début des années 60, on pensait que les facteurs environnementaux étaient
prépondérants. Ainsi, Sheldon et Gluck (1969) avaient établi une liste de facteurs
prédictifs dont les plus importants étaient : l'autorité du père, la surveillance de la mère,
l'affection du père, l'affection de la mère et la cohésion de la famille. On supposait aussi un
phénomène de transmission transgénérationnelle via la notion de « cycle de la violence » : les
enfants maltraités devenus adultes de muaient à leur tour leurs en parents qui maltraitant.
Par ailleurs, Rutter (1979) avait mis en évidence une série de facteurs de risque comme

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Texte provisoire – Diffusion interdite

adversités familiales chroniques (querelles chroniques, perturbation mentale d’un parent,


promiscuité, précarité, etc). Il avait enfin montré qu’aucun de ces facteurs, s’il était isolé,
n’avait d’effet sur le risque psychiatrique. Par contre, le risque psychiatrique devenait
important quand plusieurs facteurs d’adversité coexistaient. En outre, dans les groupes à hauts
risques, un facteur - par exemple la discorde conjugale - est plus souvent associés à d’autres
risques psychosociaux (alcoolisme, précarité, influence de bandes, etc.).
Cependant, Rutter (1979) avait aussi mis en évidence des phénomènes de de « résilience
» : des personnes qui semblaient pourtant avoir eu une enfance catastrophiques connaissaient
néanmoins un développement de bonne qualité ! Il avait identifié que la plupart des enfants
qui s’en sortaient bien avaient connu une relation positives et significative avec un adulte
durant la période d’adversité - un parent, un grand-parent, une voisine, un instituteur, etc. –
bref, un « tuteur de résilience » !
La plupart s’en sortaient, mais néanmoins pas tous. Le modèle n’était donc pas complet !

Rôle des gênes

Dés les années 90, la génétique a fait des progrès immenses. A un point tel que d’aucuns
ont voulu balayer le rôle des facteurs environnementaux afin d’y substituer celui des facteurs
génétiques. Avec la découverte progressive des phénomènes épigéntiques, on observe
désormais la montée en puissance de modèles mixtes combinant les deux ordres de facteurs.
Ainsi, on a découvert que des enfants maltraités couraient moins de risques de développer
une dépression s'ils étaient porteurs d'un certain gène et s’ils avaient eu un « tuteur de
résilience », c’est-à-dure une relation suivie avec un adulte soutenant (Kaufman, 2004).

La monoamine-oxydase « A » ou MAOA et agressivité


On sait qu’un gène lié à l'agressivité agit sur les récepteurs de la sérotonine. Cependant,
une enzyme - la monoamine-oxydase A ou MAOA – semble jouer un rôle de « modérateur »
à ce niveau.
En effet, Caspi (2002) a suivi une cohorte de plus de mille enfants entre l’âge de 3 ans et
jusqu'à 27 ans. Il a montré qu'une variation du gène de cette enzyme jouait un rôle protecteur
contre les effets de la maltraitance infantile. En effet, les garçons maltraités qui avaient la
version la plus active du gène codant la MAOA étaient manifestaient moins fréquemment des
conduite délinquante que ceux qui étaient porteurs d’une version moins active.

Serotonin transporter (SERT or 5-HTT) et dépression

A partir de la même cohorte, Caspi & al. (2003) ont également montré que les enfants
maltraités porteurs du gène qui code la variante longue de l’enzyme transportant le serotonine
(5-HTT) étaient moins sujets aux épisodes dépressifs que les enfants porteurs de la forme du
gène codant la variante courte. Un allèle dit « court » produit une plus faible quantité de la
protéine, un allèle dit « long » une plus grande quantité.
La cohorte de Caspi se répartissait en trois groupes. Le premier, qui représente environ un
tiers du total, a deux allèles longs. Le second, qui en représente la moitié, a un allèle court et
un allèle long. Le troisième deux allèle courts. On a constaté que dans le groupe possédant
les deux allèles longs, même les enfants sévèrement maltraités ne développaient pas plus
d'épisodes dépressifs que la population générale.
Interaction gène x environnement

Kaufman a étudié une centaine d'enfants âgés de 5 à 15 ans. La moitié – groupe


expérimental - ont dû être retirés à leurs familles en raison des mauvais traitements ou de la

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Texte provisoire – Diffusion interdite

négligence. Les autres, – groupe de contrôle -, vivaient dans des familles à faibles revenus
mais sans indice de mauvais traitement.
Deux types de données ont été récoltés : le présence de l’enzyme protecteur MAOA et la
qualité de leur relation avec l'adulte. Les enfants des deux groupes ont fait l'objet d'entretiens
approfondis, visant à évaluer la qualité de leur relation avec un adulte de référence.
1° S’agissant de la composante génétique, cette étude confirme celle de Caspi : les enfants
retirés à leur famille mais disposant des deux allèles longs (5HTT) n'étaient pas plus
déprimés, en moyenne, que les enfants du groupe de contrôle. Parmi les enfants retirés à leur
famille, ceux portant les deux allèles courts étaient plus dépressifs que les autres.
2° s’agissant de la qualité de la relation avec l'adulte il est ainsi apparu que certains enfants
du groupe de contrôle n'avaient, en réalité, qu'une relation très distendue avec leur principal
« soutien » tandis que des enfants retirés à leur famille pouvaient avoir une relation forte avec
un adulte, apparenté ou non. On a observé que la qualité relation avec l'adulte jouait un rôle
modérateur sur l’effet des gênes. Autrement, les enfants maltraités mais qui faisaient état
d’une bonne relation s’en sortaient mieux que les enfants du groupe de contrôle,
indépendamment de la chargé génétique.
On voit donc s'instaurer une combinatoire entre l'effet de l'allèle, celui des mauvais
traitements et celui du « tuteur de résilience ». Les enfants présentant des scores de
dépression les plus élevés sont ceux qui combinent les trois handicaps : maltraitance, 2 allèles
courts et pas de bonnes relations avec un adulte significatif.
A l’opposé, les scores de dépression les plus favorables sont ceux des enfants du groupe de
contrôle, c’est-à-dire ceux qui combient les facteurs de protection : pas de maltraitance, deux
allèles 5HTT longs et une bonne relation avec un « tuteur de résilience ».

Illustration - Ce que mes gènes disent de moi - ARTE Documentaire 2015– Document
vidéo

2.2.2. La transmission au sein du système hormonal

Le système hormonal

Une hormone est une molécule produite par le système endocrinien6 en réponse à une
stimulation. Elle régule l'activité des organes et modifie le comportement de l’individu.
Contrairement aux neurotransmetteurs, elle est capable d’agir à distance de son site de
production. Par ailleurs, alors que les neurotransmetteurs circulent au sein du système
nerveux, les hormones circulent essentiellement par le sang et la lymphe. Enfin, l’action des
hormones est lente, durable et globale alors que celle des neurotransmetteurs est plus
immédiate, plutôt discontinue et relativement localisée.
Les hormones ont en effet un grand pouvoir de diffusion soit du fait de leur aptitude à
traverser facilement les membranes biologiques (hormones stéroïdes), soit du fait de leur
capacité à s’associer à d’autres molécules réceptrices (hormones peptidiques).
Tout le monde connaît les glandes endocrines comme la thyroïde ou l’hypophyse. Ces
glandes émettent généralement plusieurs sortes d’hormones qui, une fois « lancées » dans
l’organisme, partent à la recherche d’une « cible », un récepteur. La rencontre entre la
molécule hormonale et son récepteur produit un effet.

6
Ensemble des organes qui possèdent une fonction de sécrétion.

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Texte provisoire – Diffusion interdite

Cet effet concerne essentiellement la régulation du milieu interne en fonction de la survie


de l’individu (soif, appétit, température corporelle, colère ou joie …) ou de l’espèce
(sexualité). Ces sécrétions déclenchent généralement des comportements stéréotypés et des
réponses métaboliques « standard ».

Hormones et expérience psychologique

Certains troubles psychiques peuvent avoir une cause hormonale. Ainsi, l’hyperthyroïdie
peut provoquer des troubles de l'humeur, des troubles du sommeil et des troubles du
comportement alimentaire (prise ou perte de poids). En cas de doute, il y a lieu de renvoyer
vers un médecin, en particulier lorsque ces troubles sont accompagnés de troubles cardio-
vasculaires, digestifs, musculaires et/ou urinaires. Inversement, l’hypothyroïdie provoque
fatigue, troubles de la mémoire et/ou des problèmes de concentration.
Ainsi, l'ocytocine est une hormone peptidique synthétisée par l'hypothalamus et sécrétée
par l'hypophyse. L’injection d’ocytocine dans les ventricules cérébraux d’une rate vierge
provoque immédiatement des comportements maternels : nidification, regroupement de ratons
« étrangers », léchage des petits … On note également une diminution de l'agressivité et une
augmentation de la sociabilité. Chez l’homme, l'inhalation d'ocytocine permet d’augmenter
l’état de confiance vis-à-vis d'autrui. C’est pourquoi cette hormone est aussi considérée
comme l’hormone de la socialisation et de la coopération.
Ce sont souvent les mêmes substances qui interviennent dans les comportements et des
réponses métaboliques. Par exemple, la lulibérine déclenche un comportement sexuel, mais
intervient également dans la maturation des cellules sexuelles et leur éclosion. L'ocytocine
régule l’accouchement et le comportement maternel.

Illustration 2.3. - attirance sexuelle odeur.mp4 – Document vidéo

Enfin, la plupart des hormones remplissent des fonctions agonistes en antagonistes. Par
exemple, la vasopressine stimule ou facilite la lutte ou fuite alors que l'ocytocine induit
l’apaisement et la recherche du contact.
L’homme et la femme ont un fonctionnement hormonal sensiblement différent. Ainsi,
l’effet de l'ocytocine dure en moyenne deux fois plus longtemps chez la femme. Par contre,
les mâles sécrètent plus de testostérone que les femelles. Or, la testostérone est responsable du
comportement agressif. Ces deux exemples nous aident à mieux cerner les grandes tendances
comportementales observées chez les hommes ou les femmes.
Il serait toutefois hasardeux de penser que le système hormonal puisse, à lui seul, suffire à
organiser les comportements. Le système hormonal est simplement susceptible de stimuler ou
inhiber des tendances déjà présentes. Comme nous allons le montrer dans la seconde partie
de ce cours, la culture, l’éducation, la transmission des valeurs familiales, l’expérience
individuelle sont susceptibles de moduler, voire d’inverser, de façon significative ces
tendances comportementales.

Transmission intergénérationnelle d’expériences traumatiques

Yehuda & al, 2005 ont mené une étude visant à établir le lien entre les symptômes de
PTSD chez des femmes enceintes exposées directement à l'effondrement du World Trade
Center le 11 Septembre 2001 et les niveaux de cortisol dans la salive de leurs enfants à l’âge
d’un an.

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Texte provisoire – Diffusion interdite

Les résultats indiquent des niveaux de cortisol plus faibles ont été observés tant chez les
mères que chez les bébés comparativement à des mères qui n'ont pas développé le PTSD. Les
niveaux de cortisol plus faibles étaient les plus apparents chez les bébés nés de mères ayant
souffert d’un PTSD lorsque l’exposition aux faits s’est produite au cours du deuxième et du
troisième trimestre.

Perception de l’état interne, pulsion et comportement

L’organisme est dans un état de déséquilibre permanent. Afin de maintenir un équilibre


(homéostasie), l’individu a besoin de « connaître » son état interne. C’est là un des rôles du
système neurovégétatif. Selon Vincent (2002) tout écart – entre une norme et l’état interne
enclenche un comportement destiné à le réduire (Drive).
Un « drive » peut également être engendré lorsqu’un individu constate un écart entre l’état
du monde et la représentation qu’il s’en fait.
Une loi émerge ici : tout comportement qui tend à réduire un écart a une probabilité accrue
de se produire. Nous disposons donc ici d’une explication neurobiologique du phénomène
bien connu des cliniciens de « répétition du symptôme » ou de persévération de patterns
interactionnels (« attempted solution » du modèle de Palo Alto).
Ces observations fournissent également un début d’explication de ce qu’on appelle
« activité à vide » (activité sans finalité). Par exemple, l’oie cendrée filtre l’eau pour se
nourrir. Pourtant, même rassasiée avec des graines, une oie placée dans son contexte habituel
– le rivage d’un étang – continue à filtrer la vase : cette fois, elle se nourrit pour filtrer et non
l’inverse.
De même, il nous arrive de manger sans avoir faim. Les tics nerveux peuvent également
entrer dans cette catégorie de comportements.

2.3. Expérience psychique et structure du cerveau

Au-delà du niveau du neurone, le système nerveux est également susceptible de manifester


une grande plasticité, propriété qui l’affranchit de tout déterminisme génétique. Ce qui remet
en cause l’ancienne opposition entre étiologie organique et étiologie psychique des maladies
mentales. En d’autres termes, une causalité psychique peut entraîner des modifications
organiques.

Connections entre le cerveau et le système immunitaire

Une première idée clef est que l’on comprend mieux aujourd’hui comment le
fonctionnement psychique gouverne, du moins dans une certaine mesure, le fonctionnement
biologique. Ainsi Richardson (2002), souligne que les apports des et sciences du vivant, et
plus particulièrement de la psycho-neuro-immunologie nous semble plus intéressante.
Des travaux récents en ce domaine ont montré que des connections existaient entre le
cerveau et le système immunitaire. Des travaux subséquents ont ensuite montré que des
individus optimistes, ayant de l’espoir et engagés dans des projets signifiants disposaient de
défenses immunitaires élevées et, par conséquent, tombaient moins souvent malades.
Par contre, ceux qui se perçoivent comme déprimés, sans espoir et abandonnés
développent des défenses immunitaires plus faibles comme en témoignent de nombreux
paramètres biologiques observables tels que le nombre de macrophages, de lymphocytes, de
cellules T, de l’immunoglobiline A, des anticorps et de l’interféron.

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Texte provisoire – Diffusion interdite

On a aussi montré que les émotions négatives déclenchent la sécrétion de neuropeptides


qui affaiblissent les cellules. Ces observations expliquent sans doute l’effet placebo constaté
en médecine et en psychothérapie. Ces travaux remettent aussi en question la scission
intervenue dans nos sociétés modernes entre médecine et psychothérapie.

Expérience et système nerveux

Seconde idée clef : on comprend mieux aujourd’hui comment l’expérience laisse des
traces plus ou moins durables dans le système nerveux.
Pour Ansermet et Magistretti, la notion d’épigenèse s’en trouve elle-même modifiée. En
effet, dans la conception classique, les données de l’expérience peuvent moduler l’expression
du génotype, de sorte que le phénotype s’en trouve infléchi. Dans cette conception,
l’expérience joue un rôle important, mais un rôle néanmoins secondaire par rapport au bagage
génétique.
Lorsqu’on observe des comportements humains, ceux-ci se donnent à voir dans un état qui
résulte toujours d’une interaction entre les contraintes génétiques et environnementales. Les
premières se marquent par le fait qu’un développement ne peut être infléchi dans n’importe
quelle direction. Mais les contraintes génétiques ne se manifestent pas sous forme de
structures toutes faites données dès le départ.
Dans cette nouvelle conception, la plasticité est elle-même génétiquement programmée, ce
qui fait dire aux auteurs que l’homme est génétiquement programmé pour ne pas être
génétiquement déterminé. La plasticité intervient dès lors à deux niveaux. Dans le génotype
puisque celui-ci la détermine et dans l’expérience qui réorganise le cerveau.
Les contraintes génétiques impliquent que le système nerveux peut être lui-même modifiés
par l’expérience de sorte que les contraintes génétiques - organiques et psychiques sont
susceptibles d’interagir de façon circulaire. Ceci nous aide à comprendre pourquoi, dans le
cas de la schizophrénie dont on connaît le poids de la génétique, certains porteurs « sains » ne
développent pas la schizophrénie et pourquoi d’autres la développent. Nous avons ainsi
montré comment certaines modalités de la communication familiale – en d’autres termes
l’expérience - pouvaient infléchir le déterminisme de cette maladie au travers d’un jeux
complexe de boucles de rétroaction.
Ansermet et Magistretti montrent de la sorte que neurosciences et psychanalyse, et nous
ajouterons neurosciences et psychologie clinique, trouvent un point d’articulation, voire un
point de rencontre, dans la notion de plasticité.

2.4. La plasticité du système nerveux

Examinons comment cette notion de plasticité se traduit en termes de modification


fonctionnelle, voire structurelle au niveau du système nerveux.
Nous distinguerons cinq étages, en partant de la microstructure pour aller, par paliers, vers
les macrostructures.

Modifications possibles du système nerveux sous la pression de l’expérience

Neurotransmission et apprentissage

L’action électrique présynaptique peut donc être reconvertie soit directement en un signal
électrique – récepteurs ionotropes – soit en un signal chimique – récepteurs métabotropes.

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Texte provisoire – Diffusion interdite

Dans ce dernier cas, ceux-ci activent des enzymes présentes dans la membrane qui sont
responsables de la formation de messagers secondaires.
Certains de ces messagers tantôt modifient la durée de l’activité des récepteurs ionotropes,
tantôt mobilisent des récepteurs ionotropes en réserve.
Que faut-il retenir de tout ceci ? Le mécanisme complexe décrit ci-dessus montre
clairement que l’activité synaptique est profondément affectée par l’expérience. La
modulation porte, au niveau présynaptique, sur la quantité de neurotransmetteurs libérés, et au
niveau postsynaptique sur l’activité et la densité des récepteurs. Ces modifications peuvent
affecter de manière durable, voire permanente le transfert d’information entre les neurones.

Structure synaptique et apprentissage

Sous certaines conditions, on peut également assister à une duplication des épines
dentritiques. Cette fois, c’est non seulement le fonctionnement du neurone qui est affecté,
mais aussi sa structure, càd sa complexité et son organisation spatiale. Cette duplication a
pour effet que la zone de réception postsynaptique – et donc l’efficacité de la transmission -
s’en trouve élargie. Sous certaines conditions, ces modifications peuvent devenir durables.

Neurogénèse et apprentissage

Mais les choses vont plus loin encore. On sait aujourd’hui que nous ne faisons pas que
perdre nos neurones. Nous en créons aussi. Ce phénomène est appelé : neurogénèse. Celui-
ci se produit sous l’effet de divers facteurs … dont l’un est l’apprentissage. En d’autres
termes, l’expérience psychique est susceptible de provoquer l’apparition de nouveaux
neurones.
Par ailleurs, les cellules gliales, notamment celles que l’on nomme les astrocytes peuvent,
sous l’action de l’activité des neurones, capter davantage de glucose afin de satisfaire le
surplus de besoin énergétique résultant de l’apprentissage. En retour, l’apprentissage modifie
l’action des cellules gliales.

Réseaux de neurones – l’exemple des circuits de la dépression

Changeons à nouveau d’échelle en prenant en considération des ensembles importants de


neurones. On a longtemps pensé que la dépression était étroitement liée à une perturbation de
la neurotransmission. En réalité, d’autres mécanismes, situés à une autre échelle, sont
également mobilisés.

Illustration 2.4. - Circuits neuronaux– Document vidéo

Ce document montre que nos expériences, quelle que soit leur nature (motrice, sensorielle,
émotionnelle), s’inscrivent dans notre cerveau sous forme de circuits neuronaux. Avec le
temps et la répétition, ces circuits deviennent inconscients et automatiques. Ils deviennent
également plus rigides.
Des études expérimentales récentes sur le mécanisme de rechute de la dépression ont
montré que, lors d’un épisode dépressif, l’humeur négative est associée à des pensées
négatives, des sensations corporelles désagréables et des stratégies comportementales et
interactionnelles particulières (Segal, Teasdale & Williams, 2006).
Lorsque l’épisode est terminé et que l’humeur est revenue à la normale, les pensées
négatives et les sensations corporelles désagréables tendent à disparaître également.

63
Texte provisoire – Diffusion interdite

Cependant, durant l’épisode, l’individu a appris l’association entre ces divers symptômes. Il
se crée de la sorte une forme de « circuit dépressif ».
Lorsqu’un état d’humeur négatif surgit, les autres classes de symptômes ont tendance à
réapparaître plus ou moins selon la force avec laquelle cette association a été apprise. Lorsque
ceci se produit, l’humeur réactive les pensées et les sensations corporelles et, par effet
d’accumulation, une rechute devient probable. Les auteurs suggèrent même que les sensations
corporelles peuvent être perçues avant l’humeur triste. Néanmoins, cette perception peut
suffire à réactiver cette humeur dépressive, les pensées négatives, les sensations corporelles et
les stratégies interactionnelles associées.
Cette notion est également rappelée par Ansermet et Magistretti (2004) qui montrent, à
partir de la théorie des marqueurs somatiques d’Antonio Damasio, comment la réalité interne
est constituée à la fois de phénomènes psychiques et corporels. La trace laissée par
l’expérience dans le système nerveux est toujours associée à des états somatiques spécifiques.
Selon la théorie des marqueurs, la perception est associée à un état somatique de sorte que le
rappel de l’état somatique associé à une perception contribue à produire l’émotion, même en
l’absence de perception consciente.
Une odeur de parfum, similaire à celui d’un être cher mais oublié depuis 20 ans, ne peut-il
pas réveiller non seulement des souvenirs, des images, mais aussi des émotions et des
sensations corporelles intenses ?

Exemples au niveau des sous-structures corticales

Réseaux de sous-structures corticales – l’exemple des circuits de la peur

La circulation de l’information s’effectue également au travers de relais comme le


thalamus, l’amygdale ou l’hippocampe.
Ainsi, plusieurs inputs sensoriels convergent vers l'amygdale pour l'informer des dangers
potentiels de son environnement.
L’information parvient à l’amygdale de deux façons. Une voie rapide, mais imprécise relie
directement le thalamus à l’amygdale. Ce « raccourci » permet à l’individu de réagir très
rapidement.
Une autre voie moins rapide relie le thalamus à l’amygdale via le cortex sensoriel. Le
cortex analyse les données sensorielles et renvoie à l’amygdale un complément d’information
qui permet d’affiner la réaction.
Par exemple si, au cours d’une promenade, vous posez le pied à côté d’un « long cylindre
allongé », la voie courte permet à l’individu de retirer rapidement le pied de la zone de danger
au cas où le « long cylindre » en question serait un serpent. L’information émanant du cortex
sensoriel vient ensuite informer le sujet s’il s’agit d’un serpent ou d’un vieux tuyau
d’aspirateur abandonné.
Une explication possible des troubles phobiques pourrait donc être que la voie courte a pris
le dessus sur la voie longue et/ou que le cortex sensoriel ne joue plus suffisamment son rôle
de modérateur.
L'amygdale reçoit aussi de nombreuses connexions de l'hippocampe. Celui-ci est impliqué
dans le stockage et la remémoration de souvenirs. Ceci explique pourquoi une émotion peut
également être déclenchée par un souvenir.
L'hippocampe traite également des collections de stimuli. L'hippocampe organise les
souvenirs en « épisodes », reliant de la sorte des éléments isolés en un tout unifié. Considérant
un même ensemble de stimuli, l'hippocampe est donc en mesure d’informer l'amygdale sur
quelle configuration de stimuli est importante et quelle autre ne l’est pas. En d’autres termes,
l'hippocampe donne une information sur le contexte. Ceci explique pourquoi le contexte

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Texte provisoire – Diffusion interdite

associé à un événement traumatisant peut devenir une source d'anxiété, comme on peut
l’observer par exemple dans le syndrome post-traumatique (PTSD).

Réseaux de sous-structures corticales – l’exemple des circuits de la dépression

Les observations par imagerie indiquent que ces zones sont également impliquées dans la
dépression.
Chez les sujets dépressifs, le cortex préfrontal (principalement le gauche) est sous activé.
Or, cette zone est impliquée dans la planification de l’action et l’inhibition des réponses
automatiques. Chez ces mêmes sujets, le volume de l’hippocampe est sensiblement réduit par
rapport à des sujets de contrôle. Or, ce noyau est impliqué dans les activités d’apprentissage
et de mémoire, en particulier le conditionnement contextuel de la peur. En d’autres termes, le
dépressif présente des réactions anxieuses soit dont l’intensité est disproportionnée, soit
inappropriée au contexte. L’amygdale enfin opère la traduction des perceptions en émotions
et celles-ci en réponses somatiques.

Soins et caresses

Expérience psychique et déstructuration des circuits émotionnels

Si on prive des ratons de soins maternels, ceux-ci deviennent anxieux. Or, cette anxiété
correspond à une baisse de production d’une protéine réceptrice aux glucocorticoïdes dans
l’hippocampe. Ceci a pour effet de détruire les neurones de l’hippocampe, d’où la réduction
de volume. Mais ceci, en retour, renforce la libération de cortisol et provoque ainsi
l’accélération de la perte des neurones. Par ailleurs, le cortisol, abondant chez les déprimés,
inhibe la neurogenèse, c’est-à-dire la création de neurones de remplacement (Mendlewicz et
Lostra, 2007 ; Mendlewicz et Braun, 2007). On assiste de la sorte à un double processus en
« boule-de-neige » qui contribue à aggraver la dépression.

Privation de soins maternels et inhibition neuronale

Dans une publication récente, Meaney et son équipe7 ont montré que les caresses d’une
mère sont susceptibles d’activer des gènes responsables de la production de récepteurs
destinés à capturer les glucocorticoïdes en neutralisant leur action sur l’organisme. Or, ces
hormones, lorsqu’elles sont en excès, inhibent la croissance des neurones et réduisent leur
capacité à former de nouvelles connections. À long terme, cette action a des répercussions
sur l’hippocampe et, dès lors, sur le fonctionnement émotionnel et intellectuel de singes
privés de caresses maternelles.
Des études récentes ont permis d’étendre les conclusions à l’homme (Dudley & al., 2011).
Par exemple, des soins maternel de bonne qualité durant la petite enfance augment le nombre
de récepteur glucocorticoïde dans l’hippocampe8 et diminue la sensibilité de l’hippocampe

7
Liu, D., Diorio, J., Tannenbaum, B, Caldji, C., Francis, D., Freedman, A., Sharma, S. Pearson, D., Plotsky,
P.M. , Meaney, M.J. (1997), Maternal Care, Hippocampal Glucocorticoid Receptors, and Hypothalamic-
Pituitary-Adrenal Responses to Stress. In Science 12 September 1997:
Vol. 277. no. 5332, pp. 1659 - 1662
8
L'hippocampe. Celui-ci est impliqué dans le stockage et la remémoration de souvenirs. Ceci explique
pourquoi une émotion peut également être déclenchée par un souvenir.

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Texte provisoire – Diffusion interdite

aux hormones glucocorticoïde (Note : un excès en hormones glucocorticoïde détruit les


cellules nerveuses et entrave la neurogenèse).
Nous reviendrons sur les soins maternels dans la seconde partie du cours, notamment
lorsque nous aborderons les travaux de Winnicott ou les théories de l’attachement.
Contentons-nous pour l’instant de constater que toute expérience psychique ou relationnelle à
son corrélat neurophysiologique, et inversement.

2.5. Inconscient cognitif et Inconscient freudien - La vision aveugle ou blindsight ou


voir sans le savoir

La vision aveugle (blindsight) désigne un phénomène de perception visuelle inconsciente


chez des personnes dont les aires corticales visuelles ont été endommagées.
Chez ces personnes, si on présente une stimulation visuelle dans le champ de vision –
gauche ou droite – qui projette dans l’aire corticale visuelle endommagée, ces personnes
déclare ne rien voir. Si on leur demande de « regarder » en direction de la stimulation, elles
confirment qu’elle ne peuvent évidemment pas regarder dans une direction précise alors
qu’elles ne voient rien. Pourtant, si on insiste, elle orientent leur regard dans la direction
précise ou la stimulation est apparue. En conclusion, ces personnes n’ont pas conscience
qu’elles perçoivent.
Ce phénomène a été constaté non seulement à partir de stimulations élémentaires comme
un flash lumineux, mais aussi à partir de stimulations plus complexes. Ainsi, des expériences
ont montré que ces personnes parvenaient à pointer dans la direction d’un objet (qu’ils
prétendent ne pas voir), de deviner si un visage manifeste de la joie ou de la colère, si cet
objet constitue ou pas une menace (par exemple, un projectile), de déterminer si une posture
corporelle est menaçante, la forme ou la couleur de la stimulation.
Sahraïe et Weiskrantz (1997) ont montré le colliculus jouait un rôle clé dans ce
phénomène. En effet, si les axones du nerf optique issus de la rétine projettent
essentiellement vers le cortex visuel primaire - zone qui projette à son tour vers d’autres
parties du cortex, ce qui contribue à la prise de conscience de la stimulation – une autre partie
du nerf optique projette vers le thalamus (environ 30 %) où se déroulent un certain nombre de
processus réflexes, comme la modulation du diamètre pupillaire, mais aussi des traitements
émotionnels.
Le phénomène de « blindsight » est un excellent exemple de processus cognitif non
conscient. Cependant, étant donné le rôle joué par le thalamus dans le traitement des
émotions et ses connections avec les principaux noyaux limbiques prenant en charge la
mémoire, donc la trace des expériences antérieures, en particulier les expériences infantiles
traumatiques, nous mettons alors en évidence un des mécanismes neuronaux pouvant
conduire à la constitution de l’Inconscient freudien.
Si on suit bien le trajet suivi par l’information au niveau neuronal, chez les individus «
normaux », une partie fait l’objet d’un traitement conscient (voie corticale) et un autre l’objet
d’un traitement non conscient (voie thalamique). Chez les individus dont les aires corticales
visuelles sont endommagées, seule la voie thalamique est préservée.

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Texte provisoire – Diffusion interdite

Fig. Les deux trajectoires des perceptions visuelles. Au centre, le aires colliculus qui réorientent – flèches
rouges - une partie de l’information visuelle vers le thalamus (système limbique).

On comprend aussi que l’inconscient cognitif (il faudrait plutôt parler ici de « non-
conscience ») ne se confond pas avec l’Inconscient freudien. Celui-ci est constitué de traces
mnésiques fondées sur nos expériences personnelles.
Toutefois, ces traces mnésiques sont constituée :
a) De 30% d’informations non traitées par le cortex – donc la pensée consciente et
rationnelle - chez les individus adultes en bonnes santé (neurologique)
b) De près de 100% d’informations non traitées par le cortex pour la part des
informations qui ont été enregistrées durant la prime enfance, avant que les zones
corticales n’arrivent à maturité.

En conclusion, les neurosciences, non seulement ne contredisent pas les intuitions


freudiennes, mais semblent aujourd’hui décrire les structures et les mécanismes neuronaux
qui les rendent plausibles. Toutefois, inconscient cognitif et Inconscient freudien ne peuvent
être confondus.

2.6. Conclusions

La psychothérapie en tant qu’expérience psychique

Nous avons vu que la perception de l’expérience et du monde extérieur peut s’inscrire de


façon modulée au niveau du système nerveux, contribuant de la sorte à l’inscription d’une
« trace ».

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Texte provisoire – Diffusion interdite

On peut considérer que la psychothérapie est une forme particulière d’expérience


psychique qui, dès lors, laisse aussi une trace au niveau du système nerveux.
Ainsi, la psychothérapie contribue à enrayer partiellement ce processus dans la mesure où
il met ces différentes structures corticales et sous- corticales au travail. Or, nous savons qu’en
ce qui concerne tous les processus relevant de la plasticité, la mise en fonction de ces
structures ou des circuits neuronaux avait pour effet de maintenir, voire de développer ceux-
ci. Par exemple, Mendlewicz et Braun (2007) formulent ce type de suggestion en ce qui
concerne la thérapie cognitive de Beck. Mais on peut également penser que la plupart des
psychothérapies, en ce qu’elles sollicitent la mémoire, contribuent à enrayer la fonte de
l’hippocampe, pour ne prendre que cet exemple. En tout état de cause, la plupart des études
sur la dépression ont montré que le meilleur traitement consiste en une combinaison de
psychothérapie et d’anti-dépresseurs.
Rossi (2002) nous rappelle qu’à une qualité d’expérience donnée – par exemple, la
perception – correspond toujours une autre qualité d’expérience : émotion, sensation
corporelle, réaction comportementale. On a ainsi affaire à des agrégats expérientiels souvent
indissociables.

Conséquences pour la psychothérapie

L’expérience psychique laisse donc une trace dans le système nerveux sous forme de
« circuits » (Segal et al., 2006). Rappelons qu’il s’agit à la fois de circuits fonctionnels et
neuronaux qui relient perception – émotion – cognition et état somatique, en formant ainsi
l’expérience interne du sujet.
En outre, au-delà de l’expérience interne, il ne faut pas oublier que ces circuits comportent
également une composante relationnelle. Des patterns interactionnels répétitifs, des stratégies
relationnelles – on parlera aussi « d’habitudes » - viennent s’ancrer à l’expérience interne.
Le concept d’habitude a également été examiné par Charles Darwin. Comme
FEYEREISEN et de LANNOY (1985) le rappellent, Darwin a défini l’habitude comme une
association entre certains actes et un état d’esprit. Autrement dit, un acte utile dans un
contexte donné serait associé à un état d’esprit particulier. Une fois installée, la nécessité de
cette association se fait sentir dans des contextes où un état d’esprit similaire se manifeste.
Par exemple, une démangeaison peut pousser l’individu à se gratter la tête. Par la suite, ce
comportement émerge dans des situations d’embarras. On peut tenir le même raisonnement
avec des comportements comme : « se racler la gorge », « tousser » ou « se frotter les yeux ».
« Cette force de l’habitude pousse à reproduire des actes autrefois adaptés, mais qui ne le sont
plus nécessairement quand ils apparaissent aujourd’hui (…) »9.
Nous pensons que ce processus associatif ne concerne pas que les actes et les états d’esprit,
mais aussi les perceptions et les réponses somatiques. C’est pourquoi, par commodité, nous
parlerons de circuits EPICS : Emotion - Perception – Interaction – Cognition – Somatique
(Hendrick, 2007). Cet acronyme rappelle également l’idée que ces circuits conditionnent nos
patterns interactionnels (ou scénario de vie, ou transaction ou « jeu » ou « script » relationnel,
selon le modèle).
Ces circuits fonctionnent comme des structures coordonnées mises en relation sous l’effet
de l’expérience et de conditionnements divers. Le travail thérapeutique peut donc être
envisagé soit comme une forme de reconditionnement des circuits en question, soit comme la
mise en place de circuits alternatifs devant supplanter les anciens circuits, soit une
combinaison de ces deux stratégies.

9
op. cit., p. 13.

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Texte provisoire – Diffusion interdite

Comme nous l’évoquions ci-dessus, Segal et al. (2006) estiment que lorsqu’un état
d’humeur négatif surgit, les autres classes de symptômes ont tendance à réapparaître plus ou
moins selon la force avec laquelle cette association a été apprise. Ces auteurs ont donc
formulé une hypothèse neuronale de la thèse de Darwin concernant les habitudes. Sans doute
que l’un n’exclut pas l’autre sans toutefois que l’on puisse confondre totalement ces deux
mécanismes.
Sur le plan pratique toutefois, cette nuance est secondaire. Ce qu’il importe ici de retenir,
c’est qu’un faisceau d’hypothèses converge vers l’idée qu’il est essentiel d’aborder les divers
registres de l’expérience – Emotion, perception, interaction, cognition, somatique – dans une
perspective associative et redondante.
Ces différentes modalités expérientielles constituent donc autant de portes d’entrée vers la
pathologie et son traitement puisqu’elles sont interdépendantes. Ainsi, le rappel de l’état
somatique réactive une ou plusieurs des autres modalités.
La théorie des circuits nous dicte le mode opératoire thérapeutique. Ainsi, dans le cas de la
dépression, la thérapie consiste à inhiber les EPICS dépressifs, à restaurer d’anciens circuits
plus « sains » et enfin, à instaurer de nouveaux circuits.
Le phobique, devenu hypervigilant par rapport à toute source de danger, est aussi à l’affût
de son propre corps. Il a développé des EPICS phobiques.
La composante neurobiologique des circuits est sans doute encore plus marquée dans des
pathologies comme les assuétudes ou la schizophrénie.

Dans ce chapitre, nous avons cherché à comprendre le lien entre le comportement humain
et le fonctionnement du système nerveux. Les déterminismes biologiques, physiologiques et
chimiques du comportement sont intimement intriqués.
Néanmoins, il ne faudrait pas réduire le psychisme à ces seuls déterminants. La vie en
société implique des fonctionnements psychiques, des comportements et des interactions qui
ne sont pas déductibles à partir du fonctionnement biologique.

Par ailleurs, les modèles neurobiologiques ne parviennent pas à prendre en compte


l’ensemble des faits cliniques qui sont portés à la connaissance du clinicien. Les chapitres
suivants abordent d’autres modèles susceptibles d’expliquer ces faits.

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