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APPROCHES PSYCHODYNAMIQUES

S. Hendrick
Texte provisoire – Diffusion interdite

INTRODUCTION A LA PSYCHOLOGIE CLINIQUE

II.

L’homme symbolique

Partim : S. Hendrick

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Introduction

Dans les chapitres précédents, nous avons étudié la nature biologique, et parfois animale,
de l’homme. Il s’agit là de dimensions indispensables à la compréhension du comportement
et du psychisme humains.
Il serait toutefois réducteur de croire que l’homme se résume à ces dimensions. Comme
Boris Cyrulnik se plait à le rappeler souvent, le modèle animal est pertinent … uniquement
lorsqu’on cherche à comprendre les composantes biologiques de base du comportement. Il
devient obsolète et trompeur lorsqu’on aborde l’homme dans sa dimension culturelle.

Dès lors que l’homme s’est mis à parler, il a quitté le monde biologique pour entrer dans
celui du récit, de la narration, de la représentation. Il est sorti de la réponse immédiate à la
réponse différée. L’information, jusqu’alors, n’était qu’influx nerveux et bouleversements
chimiques, supports éphémères des données. Et voici qu’elle se transforme, qu’elle devient
durable, qu’elle devient récit, durable et transmissible.
La réponse chimique est immédiate. Un événement se produit et dans l’instant, la chimie
transforme le corps et le cerveau. Il en résulte une réponse comportementale. Fin de
l’histoire.
La réponse se médiatise par le langage. Il y a désormais un passé et un futur. Il a
maintenant ce qui est réel et ce qui est imaginaire, virtuel. Le langage permet d’anticiper, de
manipuler le réel et de le transformer en hypothèses, en scénarii variés, possibles mais non
nécessaires.
L’homme se libère de l’instant, du présent et des réponses préprogrammées pour entrer
dans la culture, détachée du biologique.
Les instincts étaient constitués de l’ensemble des réponses figées dans les circuits
neuronaux. Les voici remplacés par les pulsions, lesquelles sont filles de l’imaginaire qui
transforme, torsade, manipule, transcende l’instinct.

Dans les chapitres qui vont suivre, nous allons aborder les principaux modèles théorico-
cliniques qui permettent de penser comment l’homme « symbolique » se construit, et parfois
se détruit, au cours de son existence.
Ces modèles sont la psychanalyse, les théories de l’attachement, l’approche humaniste,
l’approche systémique et l’approche cognitivo-comportementale. Bien que relevant de cadres
épistémologiques fort différents, parfois incompatibles, ces différentes approches sont assez
complémentaires. Chacune semble éclairer ce qui a été laissé dans l’ombre par les autres.

Voici l’homme symbolique !

L’homme symbolique est donc celui qui utilise le langage pour communiquer et pour (se)
penser. Un symbole langagier est un signe abstrait, généralement sonore ou écrit, qui
représente un objet concret. Ceci implique qu’il devient dès lors possible :
- d’évoquer « l’objet » absent du contexte, donc de se libérer du matériel pour prendre
de la distance avec le réel et entrer dans le monde des idées et du virtuel.
- de parler du passé (« objet » passé), donc de reconsidérer le sens de ce qui a été vécu.
- d’évoquer le futur (« objet » à venir), donc d’anticiper les conséquences de nos actes.

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En d’autres termes, on peut commencer à parler en termes d’idées et non plus d’objets
concrets. Et l’idée est plus facilement manipulable que l’objet réel : il est plus facile de parler
d’un « éléphant » dans votre salon que d’en faire apparaître un.
Par ailleurs, le symbole peut donner un sens à un objet qui n’en a pas (« chose »). Par
exemple, si je rencontre, une nouvelle personne inconnue, je peux la décrire, la comparer,
l’assimiler du connu.
Dès lors, les symboles langagiers permettent d’organiser nos perceptions et nos émotions
(souvent primitives) en un univers cohérent, prévisible et partageable avec d’autres.
Le symbole sort l’humain de l’arbitraire. Le langage est ordonné par des lois (syntaxe), et
donc ordonne aussi l’univers avec des lois. Il met de l’ordre. Et un ordre commun (même
langage pour tout le monde).

Cette aptitude est capitale, parce que le langage nous permet de nous détacher du monde
des objets concrets qui, à l’origine, constituaient l’unique cible de nos instincts : « objet à
manger », « objet à boire », « objet à copuler », « objet dont il faut se protéger », … Ce qui
libère de l’espace pour penser. Donc, le symbole, et plus encore le langage, nous aide à
quitter la réactivité émotionnelle immédiate pour ouvrir un espace intermédiaire.

Lorsque l’enfant apprend à parler, il parvient à mieux organiser sa pensée et ses émotions.
On se rappelle que la fonction symbolique se développe progressivement. Ainsi, le
nourrisson n'est pas capable de construire des structures symboliques. Il est par contre capable
d'intérioriser des séquences d'événements. À ce stade, l'enfant partage avec les animaux la
caractéristique de ne répondre qu'à des paramètres présents dans la réalité interne et externe.
Comme PIAGET l'a montré, l'intériorisation des schèmes d'action contribue à la construction
de la fonction symbolique. Dès lors, l'enfant est capable de réagir indépendamment des
éléments présents c'est-à-dire qu'il est capable de revenir sur des éléments passés ou
d'anticiper des éléments futurs.
Et surtout, l’enfant peut prendre de la distance avec ses instincts et, dès lors de les
discipliner, de s’en libérer pour en faire autre chose de les sublimer dans le cadre d’un
consensus social.

C’est à la psychanalyse que l’on doit d’abord la compréhension de ce que le langage a


apporté à l’humain.

Mais avant d’aborder ce chapitre (et les suivants), lisez la section 4 (« Névrose – psychose
– perversion et vie quotidienne ») sans trop vous attarder sur le sens des mots particuliers pour
ne vous attacher qu’au sens global. Lisez ensuite le chapitre et relisez cette section 4.

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Chapitre 4

Approche psychanalytique

1. Historique

Les travaux de Freud vont marquer la fin de XIXème siècle et le début du XXème siècle.
Sigmund Freud est né à Freiberg le 6 mai 1856 dans une famille juive. Il entame des études
de médecine et s’intéresse d’abord à l’anatomophysiologie du système nerveux. Il épouse
Martha Bernays en 1886 avec qui il aura trois enfants. Dès sa jeunesse, il doit subir le mépris
et les brimades réservées aux juifs.
Il étudie la psychiatrie avec Theodor Meynert. Il obtient une bourse, et part étudier à Paris,
auprès du neurologue français Jean Charcot à l'hôpital de la Salpêtrière. Freud y étudie
l'hystérie et le traitement par hypnose.

De retour à Vienne, il ouvre son propre cabinet de consultation et reçoit beaucoup. C’est
dans ce cadre qu’il crée progressivement la psychanalyse à force d’écoute et de réflexion. Il
publie « Etudes sur l'hystérie » avec Joseph Breuer (Le cas d'Anna O) et « l’interprétation des
rêves » (1900) et « Trois essais sur la théorie de la sexualité » en 1905.

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Assis, de gauche à droite : Freud, Frenczi et Sachs. Debouts : Rank, Abraham, Eitingon et Jones

Ces premiers éléments de sa théorie soulèvent beaucoup de perplexité et souvent déclenche


le scandale.
En effet, dans une époque puritaine et rationaliste, il ose prétendre que le sexe – thème
sulfureux – structure le psychisme de l’homme.

Plus grave pour l’époque : Freud prétend que les thèmes de la sexualité sont présents dès
l’enfance. C’est une idée insupportable pour les sociétés bourgeoises et bien pensantes de
l’époque.
En outre, il prétend qu’une bonne part de nos comportements échappe à notre conscience,
donc à un contrôle rationnel. Idée insupportable dans une époque de positivisme
triomphant où l’idée que la raison – marque de la « supériorité » de la race blanche dans le
monde, des classes aisées sur les classes prolétariennes et de l’homme sur la femme sous nos
latitudes - doit commander à l’émotion, perçue comme la marque des races « inférieures »,
des classes laborieuses et des femmes.
De plus, il prétend expliquer par l’histoire du sujet des symptômes et des comportements
qui auparavant n’étaient considérés que comme un signe de dégénérescence. Enfin, mais cet
aspect ne va émerger que progressivement, il prétend instaurer une forme de traitement
uniquement fondé sur la parole. Parallèlement, il élabore une théorie de l’appareil psychique.
La « Société psychologique du mercredi » puis la « Société psychanalytique de Vienne »
regroupe les premiers disciples de Freud (Voir photo ci-dessus).
La première guerre mondiale, avec son cortège d’horreurs, le marque profondément. Il
révise ses théories (seconde topique, pulsion de mort). Il quitte Vienne en 1938 pour fuir le
nazisme et s'installe en Angleterre où il décède en septembre 1939.
Freud va former des émules et de nombreux disciples: Jung, Abraham, Frenczi, Adler,
Klein, Anna Freud, Lacan, etc. Des schismes vont se produire conduisant à des querelles
parfois encore tenaces de nos jours. Certains de ces auteurs seront abordés dans d’autres
cours de la Faculté.

Illustration : au cours – Document vidéo « L’invention de la psychanalyse (E. Roudinesco


et E. Kapnist) »

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2. FREUD – les fondements

Le comportement de l’homme est mû par des pulsions, dont la plus fondamentale est la
pulsion sexuelle !

2.1. Description sommaire de l’appareil psychique

Freud va décrire la structure (statique) et le fonctionnement (dynamique) de l’appareil


psychique en s’appuyant, sans la nommer, sur la métaphore de la machine thermique. Dans
une machine thermique, la chaleur met l’eau en ébullition qui doit tôt ou tard s’échapper sous
forme de vapeur. Dans le cas contraire, la machine explose. Pour Freud, l’appareil psychique
est lui aussi habité par une énergie sexuelle, qu’il appelle libido, qui doit également
s’échapper.

Pour décrire la structure (statique) de l’appareil psychique, il utilise la notion de topique


qui renvoie à une idée de lieu où se manifeste un phénomène. Sa pensée va évoluer. Il va
d’abord développer la première topique. Freud distingue trois espaces : le conscient,
l’Inconscient et une zone intermédiaire : le Préconscient. L'Inconscient est le réservoir de la
libido et des pulsions. Ses contenus sont soit héréditaires, soit refoulés (cf. Mécanismes de
défenses) et est essentiellement gouverné par le principe de plaisir1.
Le refoulement est un mécanisme de défense (dynamique) qui consiste à maintenir les
représentations insupportables hors de la conscience. Toutefois, le « barrage » n’est pas
parfait et certaines « matériaux » s’échappent parfois sous la forme de rêves2, de lapsus,
d’actes manqués ou mots d’esprit.
Le Préconscient est « habité » par des contenus psychiques qui ne sont pas présents dans
le champ de la conscience mais qui restent accessibles à la conscience.
Dans la seconde topique, sans doute suite au constat de la barbarie de l’homme au cours
de la première guerre mondiale, il va décrire trois instances : le ça, le moi et le surmoi.
Pour décrire la dynamique de l’appareil psychique, il va surtout s’appuyer sur la notion de
libido et de pulsion. La libido est une énergie « sexuelle » qui cherche à trouver une issue
(recherche du plaisir) en se liant à un « objet » (investissement). Elle crée une tension qui a
besoin de se décharger, un peu à l’image d’un barrage saturé et dont il faut ouvrir les vannes
pour faire diminuer la pression.

2.2. Structure et fonctionnement de l’appareil psychique

L'étude du développement de l'appareil psychique doit prendre en compte trois points de


vue :

a) le point de vue dynamique : il fait apparaître les notions de conscient, préconscient,


inconscient (ler topique) et la notion essentielle le conflit à la fois dans la dimension
pulsionnelle (pulsion libidinale, pulsion agressive, principe de plaisir) et dans les défenses
opposées à ces pulsions (refoulement, contre-investissement formation de compromis). Chez
l'enfant, aux classiques conflits internes identiques ceux qu'on observe chez l'adulte il faut
ajouter les conflits externes (A. Freud) ou immixtion dans le développement (H. Nagera) et
les conflits intériorisés;

1 infra
2 cf. Annexe II.

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b) le point de vue économique prend en considération l'aspect quantitatif des forces en


présence: intensité de l'énergie pulsionnelle, intensité des mécanismes défensifs et des contre-
investissements, quantité d'énergie mobilisée par le conflit...;

c) point de vue topique concerne l'origine des forces en présence et la nature des relations
entre ces diverses instances. Ce point de vue topique impose chez l'enfant l'étude de la
différenciation progressive des diverses structures psychiques.

d) chez l'enfant nous ajoutons enfin le point de vue génétique : il met l'accent sur
l'évolution des instances psychiques et des conflits en fonction du niveau de développement
atteint par l'enfant. Le point de vue génétique s'articule avec la notion de stade.

Dans la théorie psychanalytique un stade se caractérise par la mise en correspondance


d'une source pulsionnelle particulière (zone érogène), d'un objet particulier (type de relation
d'objet) et d'un certain type de conflit, l'ensemble réalisant un équilibre temporaire entre la
satisfaction pulsionnelle et les contre-investissements défensifs.

On observe normalement une succession temporelle de ces stades mais à la manière d'un
emboîtement progressif : il n'y a pas d'hétérogénéité formelle d'un stade à l'autre, chaque
nouveau stade ne faisant qu'englober ou recouvrir le stade précédent qui reste toujours sous-
jacent et présent. Ceci oppose la notion de stade au sens psychanalytique et la notion de stade
au sens piagétien.

e) les notions essentielles de fixation et de régression découlent de cette conception d'un


stade.

La fixation s'observe quand un événement ou une situation affective a si fortement marqué


un stade évolutif que le passage au stade suivant est rendu difficile ou même inhibé. Un point
de fixation s'observe en particulier, l°) lorsque des satisfactions excessives ont été éprouvées à
un stade donné (excès de gratification libidinale ou contre-investissement défensif intense et
qui devient source secondaire de satisfaction), 2°) lorsque les obstacles rencontrés dans
1'accession au stade suivant provoquent une frustration ou un déplaisir tel que le retour
défensif au stade précédent paraît plus immédiatement satisfaisant.

Régression - Dans un processus psychique comportant un sens de parcours ou de


développement, on désigne par régression un retour en sens inverse à partir d’un point déjà
atteint jusqu’à un point situé avant lui (Laplanche & Pontalis).

Le concept de régression est étroitement lié à la notion de point de fixation: celui-ci


représente en effet un point d'appel à la régression. Dans le développement de l'enfant il s'agit
le plus souvent de régression temporelle, c'est-à-dire que l'enfant retourne à des buts de
satisfaction pulsionnelle caractéristiques de stades antérieurs. La régression formelle (passage
des processus secondaires aux processus primaires) et la régression topique (passage du
niveau d'exigence « moïque » ou « surmoïque » au niveau d'exigence du Ça) s'observent
moins fréquemment et caractérisent plus volontiers des mouvements pathologiques.

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Les concepts de points de fixation et de régression sont particulièrement opérants dans


l'étude du développement: ils expliquent les fréquentes dysharmonies observées. L'évaluation
de leur fonction pathogène ou non est un des principaux objectifs du clinicien confronté

f) les principes du fonctionnement mental mettent en opposition le principe de plaisir et le


principe de réalité auxquels s'articulent les processus primaires de pensée opposés aux
processus secondaires.

Le principe de plaisir est caractérisé par la recherche d'évacuation et de réduction des


tensions psychiques, la cherche du plaisir de la décharge pulsionnelle associée à la
compulsion de répétition des expériences. Le principe de réalité prend en compte les
limitations, les interdits, les temporisations nécessaires afin que la décharge pulsionnelle n'ait
pas un aspect destructeur pour sujet. C'est en partie une des fonctions du moi naissant de
l'enfant que de planifier l'action, de différer les satisfactions dans l'espoir d'une satisfaction
plus grande ou plus adaptée à la réalité.

Au plan des processus psychiques on peut ainsi définir les processus primaires qui
caractérisent par un libre écoulement de l'énergie psychique en fonction de l'expression
immédiate des pulsions provenant du système conscient. A l'opposé, dans les processus
secondaires, l'énergie est liée, c'est-à-dire que la satisfaction peut être ajournée : ces
processus secondaires se caractérisent par la reconnaissance et l'investissement du temps, les
expériences mentales ayant pour but de trouver les moyens adéquats pour obtenir des
satisfactions nouvelles en tenant compte du principe de réalité.

Le passage aux processus secondaires par l'investissement des processus mentaux marque
aussi pour l'enfant une réduction de la tendance à l'agir. La mise en acte particulièrement
fréquente chez l’enfant est au début le moyen privilégié de décharge des tensions et des
pulsions libidinales, mais surtout agressives. Cette mise en acte par la compulsion de
répétition peut représenter une entrave à l’investissement de la pensée et des processus
secondaires. Il existe chez l’enfant une évolution progressive depuis la mise en acte normale
résultant de l'incapacité du jeune enfant à lier ses pulsions efficacement jusqu'au passage à
l'acte pathologique car entravant durablement l’investissement des processus secondaires.

2.3. Les topiques freudiennes

Première topique - entre 1900 et 1915

Le terme « topique » vient Du grec « topos » qui signifie « lieu ». Freud essaie en effet de
proposer une cartographie de l'appareil psychique.
Dans une première formulation, Freud pose l’hypothèse de l’Inconscient en écoutant ses
patientes hystériques (cf. ci-dessous). Celles-ci évoquent des souvenirs dont la nature est
sexuelle. Ces souvenirs apparaissent comme « oubliés », mais ils resurgissent au niveau
conscient dans certaines circonstances, lorsqu’une parole libre est accordée. l’Inconscient est
donc cette zone où siègent les pulsions sexuelles.
Il découvre la technique du « divan » où le thérapeute s’efface totalement pour permettre
à cette parole d’advenir plus librement encore. Il propose la règle du « tout dire », sans aucune

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censure, ni organisation, ce qui vient à l’esprit, telle que cela vient à l’esprit. Néanmoins,
Freud soupçonne l’existence d’une zone intermédiaire car des manifestations de l’Inconscient
surgissent, mais de manière masquée, codée : rêves, lapsus, symptômes. Il nomme cette zone,
Préconscient !
Entre l’Inconscient (Ics) et le Préconscient (Pcs), il y a une barrière qui empêche le
passage entre les deux zones (Schéma ci-dessous).

Schéma 1 – Première topique - In Michel Haar – Freud : Introduction à la psychanalyse, Freud, p. 8.

Dans ce schéma, la flèche centrale désigne la direction des processus psychiques (Ics vers
le Cs). La censure est représentée par le « X » entre Cs et Pcs. Cette censure fait
partiellement barrage, mais certaines pulsions font irruption dans le Pcs ou le Cs sous des
formes déguisées et altérées : rêves, lapsus, actes manqués, oublis, mots d’esprits ou
productions artistiques. Une autre forme déguisée est le « symptôme ». Les deux flèches plus
fines qui retournent vers l’inconscient correspondent au refoulement qui opère essentiellement
du Pcs vers l’Ics.

Seconde topique – à partir de 1920

Au cours de ces séances, Freud réalise que ses patients résistent à la règle du « tout dire »
fonctionne avec difficulté. Les patients sont gênés : ils souffrent, mais ne savent quoi dire ! Il
en déduit que sa première topique ne suffit pas à expliquer ces freins et qu’une instance – le
Surmoi - en tant que telle intervient pour produire le refoulement. Il cartographie alors le
psychisme en distinguant trois zones, appelées « instances » : la Moi, le Ca et le Surmoi.
Le Ça infantile contient l’ensemble des tensions sexuelles et agressives qui s’organisent en
pulsions inconscientes : Le Ça est un réservoir pulsionnel. Ces pulsions sont plus ou moins
organisées et élaborées en fonction de la maturation de l’appareil psychique.
Le Ca est d’abord constitué de pulsions partielles, magmas de pulsions chaotiques
intriquées et animées par des mouvements tantôt agressifs, tantôt libidinaux. Les pulsions se
structurent progressivement en pulsions totales, résultat de l'activité de liaison du Moi, sous
l’action de la mère et de la culture, et aboutissent à des désintrications pulsionnelles qui
demeurent néanmoins fondamentalement inconscientes.
Le Surmoi émerge au décours du complexe œdipien par l'intériorisation des images et les
exigences parentales. Dans le cas où cette intériorisation est suffisamment modulée, les
limitations et règles imposées par le Surmoi ont une source de satisfaction par identification
aux images parentales. Le Surmoi plonge dans le Ça car, en tant qu'héritier du complexe
d'Œdipe, il a des relations intimes avec lui. L’'hypothèse d'un Surmoi précoce, archaïque n'a
été formulée qu'ultérieurement par M. Klein.

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Le Moi n'apparaît que progressivement, au contact de la réalité, d'abord sous la forme d'un
« pré-moi » au stade du narcissisme primaire; il s'organise et se dégage du narcissisme en
même temps que l'objet libidinal. Son rôle initial est d'établir un système défensif-adaptatif
entre la réalité externe et les exigences pulsionnelles. Le Moi est donc cette partie du « Ca »
qui devient consciente au contact de la réalité (« Wo es war soll ich werden »). Cette partie
qui devient consciente fonde notre « pensée ».

Schéma 2 – Seconde topique http://dialog.acreims.fr/wphilo/philoreims/articlesa069.html?lng=fr&pg=632

Pulsion – satisfaction et délai

L’émergence d’une pulsion entraîne la quête d’un acte libérateur qui diminue les tensions
provoquées par la pulsion. Idéalement, cette quête demande du temps, ce qui libère un temps
(délai) pour penser. Or, la pensée est au centre des activités du « moi ».
Toutefois, ce délai implique qu’il faille être capable de supporter la frustration découlant
de la non satisfaction immédiate de la pulsion. Mais en contrepartie, ce délai permet au
« moi » de développer ses capacités à penser, voire à la créativité. Quelles sont les
conséquences si je donne satisfaction à la pulsion ? Quelle part de la pulsion est moralement
acceptable ? Puis-je satisfaire ma pulsion sans nuire à moi-même et à autrui ? Peut-être y-t-il
une possibilité de satisfaire ma pulsion si j’arrive à la négocier avec un partenaire ? Etc.
Ce délai est pourtant difficile à accepter. Certains individus ne supportent pas ce délai et
court-circuitent les processus de pensée au profit d’un passage à l’acte : agir pour satisfaire la
pulsion sans songer aux conséquences négatives. En conclusion, l’éducation passe par
l’apprentissage de l’acceptation qu’il existe un délai entre pulsion et satisfaction et
l’apprentissage que ce délai doit être mis à profit pour « penser ».
Une étude conduite Walter Mischel à Stanford suggère que l’apprentissage du délai est
important. Un marshmallow est offert à des enfants. Si l'enfant résiste quelques minutes à
l'envie de manger le marshmallow, il en obtient par la suite deux autres en guise de
récompense. Les résultats montrent que les enfants qui acceptent d’attendre (qui ont donc un
meilleur contrôle sur soi, soit encore un « moi fort ») est prédicteur d’une meilleure stabilité

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émotionnelle à l’âge adulte. Par contre, les enfants qui ne savent pas attendre (qui ont donc
un « moi faible») connaissent des destinées généralement plus difficiles.
Le délai entre pulsion et satisfaction est évidemment le pire ennemis de la société de
consommation qui préfère les « acheteurs complusifs » au clients réfléchis. C’est pourquoi le
marketing tend à abolir la possibilité de délai en usant d’argument de type : « Il n’y en aura
pas pour tout le monde » ou « Ce sont mes derniers exemplaires à prix réduit » ou encore
« Vous avez la réduction à condition d’acheter immédiatement »). On peut donc s’interroger
quant au caractère délétère de la société de consommation sur le développement
psychologique. Que penser de la société numérique qui conditionne actuellement les esprits à
exiger des « réponses » (apparentes) immédiates.

Pensée et société

Cette notion de « pensée » et de « délai » doit aussi nous aider à nous montrer circonspects
lorsqu’une instance quelconque nous pousse à prendre une décision immédiate sans prendre le
temps de réfléchir.
Une réunion où il faut prendre des décisions immédiates sans avoir eu le temps de prendre
connaissance des éléments du dossier est un indice de grave dysfonctionnement dans une
équipe ou dans une institution. L’absence de « procès verbal » fait perdre le fil de la pensée.
Un diagnostic psychopathologique fondé uniquement sur les signes de maladie (DSM),
sans anamnèse (ou si peu), sans échange approfondi avec le patient et sa famille (ou si peu),
sont autant de pratiques qui abolissent la pensée au profit d’une action (en fait, il faudrait
parle de « passage à l’acte ») – réputée plus efficace – mais qui n’est somme toute qu’une
forme de violence institutionnelle ou social.
Une « démocratie » qui invite à les citoyens à se rendre aux urnes sans avoir accès aux
éléments permettant de poser un choix éclairé et au terme d’un débat, est-elle encore une
démocratie ? Une justice « rapide » est-elle encore juste ? Et une institution psychiatrique qui
restreint ou interdit la concertation, les supervisions, les réunions – soit les espaces et le temps
pour penser – est-elle encore un lieu de soins ? Une société qui propose d’envahir les temps
de loisirs afin d’occuper les esprits avec des futilités n’empêche-t-elle pas les citoyens à se
conduire de façon réfléchie, critique et responsable au profit d’individus formatés, soumis,
irréfléchis ? Ne risquons-nous pas de somber dans ce que Aldous Huxley dénonçait déjà en
1933 dans son roman « A brave new world » : une forme de «dictature douce » où les
individus agissent sans penser dans une illusion de liberté. Le summum de la soumission à
l’autorité ne consiste-il pas à laisser à d’autres le soin de penser et de décider à notre place ?

2.4. Stades libidinaux

Si la théorie des pulsions prend en considération le dualisme pulsionnel (qu'il s'agisse du


dualisme pulsion sexuelle-pulsion d'autoconservation ou du second dualisme pulsion de vie-
pulsion de mort), l’étude des pulsions chez l'enfant s'est d'abord limitée, du moins avec Freud
et les premiers psychanalystes (en particulier K. Abraham) à l’étude des pulsions sexuelles ou
libidinales. I1 faudra attendre M. Klein pour voir donner à la pulsion de mort toute
l'importance que l'on sait.
Freud désigne sous le nom de sexualité infantile « tout ce qui concerne les activités de la
première enfance en quête de jouissance locale que tel ou tel organe est susceptible de
procurer ». C'est donc une erreur que de limiter la sexualité infantile à la seule génitalité.

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Les principaux stades libidinaux décrits sont les suivants :

a) Stade oral (0 à 12 mois) : la source de la pulsion est la bouche et l'ensemble de la cavité


buccale, l'objet de la pulsion est le sein maternel. Celui-ci provoque « la satisfaction
libidinale étayée sur le besoin physiologique d'être nourri. K. Abraham distingue deux sous-
stades: le stade oral primitif (0 a 6 mois) marqué par la prévalence de la succion sans
différenciation du corps propre et de l'extérieur, et le stade oral tardif ou phase sadique orale
(6 à 12mois) marqué par le désir de mordre, par le désir cannibalique d'incorporation du sein.
A ce stade se développe l'ambivalence à l'égard de l'objet: désir de sucer, mais aussi de
mordre l'objet et donc de le détruire.

Au stade oral l'évolution de la relation d'objet est marquée par le passage du narcissisme
primaire au stade anaclitique de relation à l'objet partiel.

Le stade narcissique correspond à l’état de non-différenciation mère-enfant; les seuls états


reconnus sont 1'état de tension opposé à 1'état de quiétude (absence de tension). La mère
n'est pas perçue comme objet externe ni comme source de satisfaction.

Peu à peu, avec la répétition des expériences, en particulier avec les expériences de
gratifications orales et de frustrations orales le premier objet partiel, le sein, commence à être
perçu : la relation est alors anaclitique au sens où l'enfant s'appuie sur les moments de
satisfaction pour former les premières traces de l'objet et qu'il perçoit à travers les moments de
frustration ses premiers affects.

Vers la fin de 1a première année la mère commence à être reconnue dans sa totalité, ce qui
introduit l'enfant dans le domaine de la relation d'objet total. Cette phase a été l'objet de
nombreux travaux ultérieurs: stade de l’angoisse de l’étranger de Spitz, position dépressive de
M. Klein. La notion d'étayage rend compte selon Freud de l'investissement affectif du sein
puis de la mère: en effet l'investissement affectif s'étaie sur les expériences de satisfaction qui
elles-mêmes s'étaient sur le besoin physiologique.

b) Stade anal (2é et 3e années) commence avec le début de 1'acquisition du contrôle


sphinctérien. La source pulsionnelle devient maintenant la muqueuse anorectale et l'objet de
la pulsion est représenté par le boudin, fécal dont les significations sont multiples: objet
excitant de la muqueuse, partie du corps propre, objet de transaction entre l’enfant et la
mère... K. Abraham distingue également deux sous-phases : le stade sadique anal où le plaisir
auto-érogène est pris à l'expulsion, les matières anales étant détruites, et le stade rétentionnel
où le plaisir est recherché dans la rétention, introduisant la période d'opposition aux désirs des
parents.

Le stade anal conduit l'enfant dans une série de couples dialectiques structurants :
expulsion-rétention, activité-passivité, soumission-opposition. A ce stade la relation s’établit
avec un objet total selon des modalités qui dépendent des relations établies entre 1'enfant et
ses matières fécales : le plaisir érotique pris à la rétention, la soumission et la passivité qui
s'opposent au plaisir agressif à contrôler, maîtriser, posséder. Le couple sadisme-masochisme
caractérise volontiers la relation d'objet à ce stade.

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c) Stade phallique (de la 3e à la 4e année) : la source de la pulsion se déplace vers les


organes génitaux 1'objet de la pulsion est représenté par le pénis chez le garçon comme chez
la fille. La satisfaction provient de l'érotisme urétral et de la masturbation. L'érotisme urétral
représente l'investissement libidinal de la fonction urinaire, d'abord marqué par le «laisser
couler » puis par le couple rétention-érection. La masturbation, d'abord liée directement à
l'excitation due à la miction (masturbation primaire) représente ensuite une source directe de
satisfaction (masturbation secondaire). C'est à partir de la masturbation que les théories
sexuelles infantiles prennent leurs origines. Sans entrer dans les détails nous citerons
simplement la curiosité sexuelle infantile qui conduit à la découverte des deux sexes, puis le
fantasme de scène primitive où la sexualité parentale est souvent vécue de façon sadique,
destructrice en même temps que l'enfant éprouve un sentiment d'abandon. Viennent ensuite,
autour du fantasme de la scène primitive, les théories infantiles sur la fécondation (orale,
mictionnelle, sadique par déchirure) et sur la naissance (orale, anale ou sadique). L'objet de la
pulsion est le pénis. Il ne s’agit pas du pénis conçu comme un organe génital, mais du pénis
conçu comme organe de puissance, de complétude narcissique : d'où la différence entre
organe-pénis et le fantasme-phallus, objet mythique de pouvoir et de puissance. Cet objet
introduit l'enfant dans la dimension soit de l'angoisse de castration (garçon), soit du manque.
(fille) : le déni de la castration a pour but dans l'un comme l'autre sexe de protéger l'enfant
contre cette prise de conscience.

d) Stade oedipien (5/6 ans) : 1'objet de la pulsion n'est plus le seul pénis mais le partenaire
privilégié du couple parental ; La source de la pulsion restant l’excitation sexuelle recherchée
dans la possession de ce partenaire. L'entrée dans ce stade œdipien se marque par la
reconnaissance de l'angoisse de castration ce qui amène le garçon à la crainte de perdre son
pénis et la fille au désir d'en acquérir un.

Très schématiquement chez le garçon:

- la mère devient l'objet de la pulsion sexuelle. Pour la conquérir le garçon va déployer


toutes ses ressources libidinales, mais aussi agressives. Faute d'une possession réelle, l'enfant
va chercher à obtenir son amour et son estime d'où les diverses sublimations;
- le père devient l'objet de rivalité ou de menace, mais en même temps l’objet à imiter pour
s'en approprier la puissance. Cette appropriation passe par la voie de la compétition
agressive, mais aussi par le désir de plaire au père dans une position homosexuelle passive
(œdipe inversé).

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Chez la fille :

La déception de ne pas avoir reçu un pénis de la mère l'amène se détourner de celle-ci et


par conséquent à changer d'objet libidinal. Ce changement d'objet libidinal conduit la fille à
un nouveau but : obtenir du père ce que sa mère lui a refusé. Ainsi en même temps que la
fille renonce pénis, elle cherche auprès du père un dédommagement sous forme d'un enfant :
le renoncement au pénis ne se réalise qu'après une tentative de dédommagement : obtenir
comme cadeau un enfant du père, lui mettre un enfant au monde.

A l'égard de la mère la fille développe une haine jalouse, mais fortement chargée de
culpabilité d'autant que la mère reste source non négligeable d'une importante partie des
satisfactions pulsionnelles prégénitales.

Le déclin du complexe d'Œdipe est marqué par le renoncement progressif à posséder


l'objet libidinal sous la pression de l'angoisse de castration chez le garçon et de la peur de
perdre la mère chez la fille. Les déplacements identificatoires, les sublimations permettent à
l'énergie libidinale de trouver d'autres objets de satisfaction, en particulier dans la
socialisation progressive : dans l'investissement des processus intellectuels.

e) Période de latence et adolescence. Elles n'ont pas été directement étudiées par Freud.
La période de latence est simplement considérée comme déclin du conflit œdipien, et
l'adolescence à l'opposé comme la reviviscence du même conflit marquée cependant par
l’accession pleine et entière à la génitalité.

Pourquoi l’oedipe est-il si important ?

Jusque l’oedipe, l’enfant vit une relation amoureuse avec sa mère qui semble éternelle et
sans borne.
Or, voici qu’un personnage – le père - semble venir capter l’attention et la tendresse de la
mère à son détriment. Expérience à la fois angoissante et inacceptable.
Passage d’une situation à deux, à une situation à trois. Le tiers, le père, est celui qui vient
contrarier un amour qui jusque là semblait, aux yeux de l’enfant, indestructible. La pulsion
est soudainement gouvernée par une règle, là où elle semblait n’avoir aucune borne. Bref,
l’enfant découvre que ses passions sont soumises à une « loi » dont il n’est pas maître :
l’interdit de l’inceste.
L’enfant expérimente de nouvelles émotions : la déception (vis-à-vis de la mère), la haine
(du père) qui peut aller jusqu’au meurtre. On retrouve ici tous les ingrédients du crime
passionnel tant décrit dans les romans.
C’est aussi la première expérience de rivalité : comment fait-on lorsqu’un autre vous
dispute l’amour d’un être cher ? Quelles sont les stratégies ? Qu’est-ce qui est possible ?
Qu’est-ce qui est interdit ? Expérience précieuse puisque, vivant en société, nous l’homme ne
cessera de répéter les situations de rivalité.
Enfin, c’est une expérience de « survie » : Comment apprendre à surmonter en investissant
ailleurs. Comment faire face à l’impuissance et l’abandon ? En faisant le deuil de l’amour de
la mère et au-delà le deuil du mythe de l’amour éternel et absolu, et en investissant ailleurs,
dans les pairs (amitiés), les activités sociales (école, travail), dans un autre amour.
En résumé, l’oedipe est une expérience à la fois douloureuse et enrichissante. Mais parce
qu’elle est la première, tous les enfants ne la surmontent pas totalement. Certains n’y
parviennent jamais. Selon l’issue de ce conflit, la personnalité va se structurer selon des
modes divers - névrose, perversion, psychose – ou ne pas se structurer du tout : état-limite.

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2.5. Besoin – pulsion – Objet - Sens et représentation

L’homme biologique était, comme l’animal, soumis à la pulsion. Tout change avec la
pensée et le langage.
Pour Freud, le comportement humain est motivé par des pulsions (Trieb). De quoi s’agit-
il ? Pour tenter de comprendre cette notion, il faut d’abord examiner le comportement animal.
Chez celui-ci, le besoin est fondamental. Par exemple, lorsque le taux de sucre dans le
sang diminue, l’animal perçoit qu’il a faim et en même temps, l’instinct déclenche un
comportement de recherche d’aliment ou d’appel. Lorsque l’aliment est trouvé ou que la
mère intervient, l’animal mange et ceci rétablit l’équilibre biologique. Le comportement de
recherche s’éteint avec la disparition du besoin.
Chez l’homme, le besoin existe également, mais de par sa prématurité, l’instinct ne suffit
pas. Le besoin provoque certes aussi un comportement d’appel. Dans le cas du nourrisson, la
mère va elle aussi intervenir, mais dans le même temps, elle va interpréter le comportement
de l’enfant, càd lui donner un sens, une signification en liant l’énergie. Un sens qui est
élaboré par la culture. En d’autres termes, le comportement n’est plus l’unique réponse à
l’instinct. Une autre réponse émerge : le sens. La pulsion (Trieb) est étroitement liée à une
représentation (Triebrepräsentanz).
L’on voit ici que le sens est donné par la culture, via la mère. Par conséquent, le
psychisme de l’enfant fait rapidement « le plein » de significations associées à ses états
internes et, progressivement, il élabore – ou mentalise - des scénarios que l’on va appeler
« fantasmes » (voir ci-dessous) et qui peuplent l'appareil psychique. Ils expliquent de façon
imaginaire certaines expériences vécues comme intenses, pénibles, voire traumatiques. Ils
constituent une tentative de donner du sens à l’expérience. La pulsion est associée à la notion
de libido.
Dans la première topique, Freud distingue les pulsions sexuelles et les pulsions
d'autoconservation. Les premières sont régies par le principe de plaisir, qui vise à une
décharge immédiate et la réduction des tensions alors que les secondes sont soumises au
principe de réalité.
Considérez l’image ci-dessous. Avant de lui la suite, qu’évoquent ces grimaces selon
vous ?

Il s’agit de photos de patientes hystériques prise à la Salpêtrière où Freud rejoint Charcot


pour étudier son travail sur l'hypnose avec des patientes hystériques. Pour bien comprendre,
il faut se rappeler ici qu’à l’époque – nous sommes en 1885 – le sort des femmes, en
particulier sur le plan sexuel, était peu enviable : leurs besoins affectifs étaient peu pris en
compte et la sexualité en générale, celle des femmes surtout, était tabou comme en témoigne
le roman de Gustave Flaubert « Madame Bovary » !
Privées d’amour et de sexualité, certaines de ces femmes plongent dans la névrose
hystérique. Les grimaces que vous observez « miment » l’orgasme. Mais comme elles ne

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peuvent nie se plaindre, ni même prendre conscience de leurs pulsions sexuelles, celles-ci font
effraction sous la forme d’un symptôme de « folie » !
Certes, dans nos contrées, ces formes semblent avoir disparues, sans doute du fait des
progrès de la libération de la femme des interdits sociétaux … notamment grâce à la
psychanalyse !
Madame Bovary de Flaubert illustre une autre forme d’hystérie qui finira par porter le nom
de sa victime : le bovarysme. Le bovarysme est une fuite dans l’imaginaire et le romanesque
face à l’incapacité de la personne de trouver une issue dans le réel à ses frustrations affectives
et sexuelles. L’imaginaire se traduit chez ces patients par des ambitions vaines et démesurées
et des mises en scènes inconsciemment dramatisées (théâtralisme de l’hystérique). Certes,
Emma Bovary ne devient pas « folle ». Mais, elle se suicide !
Le roman de Flaubert fait scandale à sa sortie. L'œuvre (comme « Les Fleurs du Mal » de
Charles Baudelaire) subira un procès pour immoralité. Voilà le climat de la société à
l’époque de Freud.
Freud fait donc lui aussi scandale car il dit trois choses qui choquent en cette fin de XIX
siècle :
1° L’homme n’est pas un être raisonnable guidé par la morale et l’intelligence, mais un
être qui lutte en permanence contre des pulsions, des instincts proches de ce qu’on observe
chez les animaux. Cette idée est dans l’air du temps puisque Charles Darwin ne dit rien
d’autre en filigrane de son évolution des espèces qui est publié en 1859 (théorie3 élaborée dès
1838, mais qu’il se garde bien de publier tant cette théorie aurait fait scandale et ruiné sa
carrière).
2° Pire, ces forces pulsionnelles sont de nature sexuelle ! On se rappelle qu’à l’époque, le
pays le plus puissant – L’Empire britannique – est gouverné par la reine Victoria qui s’érige
en garante des valeurs bourgeoises : travail, ordre et puritanisme.
3° Enfin, coup de grâce, les enfants ne sont pas épargnés puisque Freud nous dit que la
pulsion (sexuelle) est la force première du développement de l’Homme. L’enfant est même
qualifié de « pervers polymorphe », c'est-à-dire que sa quête de jouissance est au départ
détournée d’un but génital (puisqu’il passe d’abord par un stade oral, puis anal). L’oedipe
constitue un autre aspect du scandale : les enfants veulent « coucher » avec leur mère et
« tuer » leur père. Impossible à avaler à cette époque (pas facile encore de nos jours !).
Et pourtant, en hypnotisant d’abord ses patientes hystériques, en les écoutant par la suite
(càd, en leur donnant une place de sujet et en donnant du poids à ce qu’elles disent et ce
qu’elles pensent), Freud découvre qu’en mettant en mots leurs frustrations au travers de la
cure, non seulement on découvre que le symptôme a un sens, mais en ouvre que cette liberté
donnée à la parole et à la pensée réduit, voire fait disparaître les symptômes.
Cette découverte dérange encoure de nos jours ! Que le symptôme ait un sens et ne se
réduise pas à un simple désordre neurobiologique ne fait pas l’affaire de certains parmi ceux
qui prétendent découvrir et vendre des substances chimiques sensées guérir à elle seule la
souffrance psychique.

Dans la seconde topique, Freud distingue la pulsion de vie (éros) et la pulsion de mort
(thanatos).
Les pulsions peuvent être facilement rattachées à une zone érogène spécifique : pulsion
orale, anale ou génitale. De plus, elles peuvent être partielles ou totales.
La pulsion partielle fonctionne en rapport à une zone érogène spécifique et un objet lui-
même partielle.

3 Sa théorie sur la sélection naturelle ne sera finalement admise que vers 1930 et elle est encore de nos jours
« attaquée » par les intégristes de toutes les religions qui pensent que cette théorie remet en cause l’existence
d’un Dieu, créateur de l’Univers et de l’Homme qu’il place au-dessus de tout.

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L'objet partiel découle d’une relation avec un objet identifié à une partie du corps, en
particulier une zone érogène spécifique (oral, anal, etc). C'est comme si une personne était
identifiée à l'une de ses parties. L'objet partiel est donc objet d'une pulsion partielle. Dans la
vie sexuelle adulte, la fixation de certains hommes, lorsque celle-ci est exclusive, sur la
poitrine ou les fesses révèle un reliquat de pulsion partielle.
Le bébé, animé par une pulsion orale, vise un objet partiel : le sein. Derrière le sein, il n’y
a « personne ». Il y a juste une source de satisfaction qui sera « aimée » si la source est
satisfaisante ou « haïe » si elle fait défaut.
On peut parle de pulsion totale, à partir de l’instant où, d’une part les pulsions partielles
s’articulent entre-elles et d’autre part, elle s’orientent vers un objet total (le sein est lié à une
personne, différente de soi et qui est bien d’autres choses encore que le simple sein). L’objet
total est l'aboutissement de l'évolution psychosexuelle. Pour Freud, l'objet total implique la
reconnaissance de la différence des sexes et de la différence des générations. Nous verrons
ci-dessous la nuance apportée par Mélanie Klein.
La frustration des pulsions engendre une agressivité et qui s’exprime selon les modalités
qui sont propres à chacun des stades. Ainsi, l’agressivité au stade oral se manifeste par un
désir de mordre, de dévorer ; l’agressivité anale par un désir d’expulser, d’empoisonner avec
les excréments ; l’agressivité génitale par un désir de couper, de pénétrer.
Freud avait une conception « hydraulique » du fonctionnement de notre appareil
psychique ? Celui-ci serait peuplé d’expériences émotivo-sensorielles, appelées « affect » (A)
en soi, a priori dénuées de sens, et reliée à une réalité externe, les objets externes (Obj) que
l’appareil tente de relier à des représentations (R) qui peuvent devenir des Objets internes.
Ces liens sont porteurs d’une énergie libidinale qui doit en principe s’écouler librement. Par
exemple, le bébé éprouve des crampes qui découlent de la faim. Il ignore que c’est la fin et
encore moins ce qu’il faut faire pour y mettre un terme. Ce déséquilibre provoque une
angoisse intense (A) et le bébé pleure. La mère intervient alors et apaise la faim en donnant le
sein ou un substitut, par exemple un biberon (Obj). La faim s’apaise. Avec la répétition de
l’expérience, le bébé se construit une représentation (R) qu’il relie à l’affect (A) et à l’objet.
Nous reprendrons ce schéma plus loin.
Le passage aux processus secondaires par l'investissement des processus mentaux marque
aussi pour l'enfant une réduction de la tendance à l'agir. La mise en acte particulièrement
fréquente chez l’enfant est au début le moyen privilégié de décharge des tensions et des
pulsions libidinales, mais surtout agressives. Cette mise en acte par la compulsion de
répétition peut représenter une entrave à l’investissement de la pensée et des processus
secondaires.
Pour Freud, la (satisfaction de la) « pulsion » est première alors que l’objet et la relation
sont secondaires. Pour les théoriciens des « relations d’objet », Klein et surtout Fairbairn, la
relation d’objet prime sur la pulsion.

2.6. Principe de plaisir/ principe de réalité - processus primaires/secondaires4

Les principes du fonctionnement mental mettent en opposition le principe de plaisir et le


principe de réalité auxquels s'articulent les processus primaires de pensée opposés aux
processus secondaires.
Le principe de plaisir est caractérisé par la recherche d'évacuation et de
réduction des tensions psychiques, la recherche du plaisir de la décharge pulsionnelle

4Les trois sections suivantes sont constituées de textes largement inspirés de l’ouvrage de DE
AJURIAGUERRA J. et MARCELLI D. (1982), Abrégé de psychopathologie de l'enfant. Paris, Masson.

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associée à la compulsion de répétition des expériences. En d’autres termes, le


principe de plaisir vise à la libération de la libido.
Le principe de réalité prend en compte les limitations, les interdits, les
temporisations nécessaires afin que la décharge pulsionnelle n'ait pas un aspect
destructeur pour le sujet. C'est en partie une des fonctions du moi naissant de
l'enfant que de planifier l'action, de différer les satisfactions dans l'espoir d'une
satisfaction plus grande ou plus adaptée à la réalité. Au plan des processus
psychiques, on peut ainsi définir les processus primaires qui se caractérisent par un
libre écoulement de l'énergie psychique en fonction de l'expression immédiate des
pulsions provenant du système conscient. Le rêve constitue un exemple de processus
primaire. À l’opposé, dans les processus secondaires, l'énergie est liée, c'est-à-dire
que la satisfaction peut être ajournée : ces processus secondaires se caractérisent par
la reconnaissance et l'investissement du temps, les expériences mentales ayant pour
but de trouver les moyens adéquats pour obtenir des satisfactions nouvelles en tenant
compte du principe de réalité.

Le passage aux processus secondaires par l'investissement des processus mentaux marque
aussi pour l'enfant une réduction de la tendance à l'agir. La mise en acte particulièrement
fréquente chez l’enfant est au début le moyen privilégié de décharge des tensions et des
pulsions libidinales, mais surtout agressives. Cette mise en acte par la compulsion de
répétition peut représenter une entrave à l’investissement de la pensée et des processus
secondaires.

2.7. Fantasmes

Le fantasme est l’expression mentale des pulsions. Il prend la forme agrégats d'images, de
sensations, d’affect et de schèmes d’actions (scénario).
De façon générale, tous les enfants cherchent à savoir quelque chose de leurs origines : sa
naissance, le lien unissant ses parents, le lien l’unissant à sa mère, sa place dans le lien
unissant la mère à son père (problématique oedipienne, cf. ci-dessous).
Freud a proposé que certains fantasmes - fantasmes originaires - sont particulièrement
fondamentaux. Ces fantasmes sont communs à tous les humains car ils proposent des
réponses à un certain nombre d’expériences communes5.
- Le fantasme de la séduction où l’enfant imagine avoir été séduit par l’un des
parents explique l’apparition des désirs sexuels et la différence des générations.
- Le fantasme de la scène originaire décrit un rapport sexuel entre les
parents, que le sujet interprète comme agression de la mère par le père.
- Le fantasme de castration explique la différence des sexes.

On constatera enfin qu’« instinct » et « pulsion » ne sont pas synonymes. Le premier


s’appuie sur la notion de besoin physiologique alors que le second s’articule sur la notion de
sens attribué par la mère, derrière elle par la Culture.

5 Raison pour laquelle cette notion est souvent rapprochée de celle « d’archétype » chez Jung.

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Réel, imaginaire et symbolique

Jacques Lacan a proposé de distinguer réel, imaginaire et symbolique. En première


approximation, voici ce qui distingue ces trois notions :

- Le réel est cette part de la réalité (expérience sensible) qu’appréhende notre psychisme
mais qui ne peut se constituer en savoir. Il est donc impossible de le décrire donc de
le dire (indicible). Il n’y en aurait du reste rien à dire ni à penser aussi longtemps que
ce réel ne nous perturberait pas, ce qui semble être le cas – lorsque tout va bien – lors
de la vie fœtale. Cependant, dès lors que des perturbations – par exemple, un
« manque » - se produisent, le réel s’impose alors à nous comme une énigme.
- Le symbolique s’inscrit dans le registre du langage et des symboles. Un symbole, c’est
quelque chose (un objet, une image, un mot, un son) qui représente quelque chose
d'autre. Il peut donc nous aider à penser le réel et en dire quelque chose.
Notons au passage qu’en tant que représentation, le symbole devient « pensable » et
qu’il devient alors possible de différer l’action pour se la représenter prélablement.
« Le sens étymologique du mot grec σ́υµϐολον, dérivé du verbe συµϐ́αλλω, « je
joins», définit un objet partagé en deux, la possession de chacune des deux parties
par deux individus différents leur permettant de se rejoindre et de se reconnaître »
(Encyclopædia Universalis). Le symbole est donc ce qui unit et permet la rencontre.
Le symbolique renvoie donc à la manière dont la culture organise les liens sociaux et
permet de penser notre place dans le monde en particulier face au manque et au réel.
Notons que son antonyme, « diable », du grec διάϐολος , est « ce qui divise » ou «
qui désunit » ou encore « qui détruit » … le sens et le lien.
Le symbole nous aide donc à relier des fragments du réel (en soi, incompréhensibles)
et à les partager avec d’autres. Ce qui implique toutefois que l’autre utilise les
mêmes symboles que moi. Ce partage implique dès lors des concessions car le
symbole ne rassemble que le plus petit dénominateur de sens commun, la plus petite
part d’expérience (du réel) commune. Une bonne part de notre expérience n’est donc
pas partageable. Le symbole est donc paradoxal car il permet à la fois le partage et
en même temps l’interdit parce que son principe même consiste à restreindre le sens
à peu de chose.
Mais ce plus petit dénominateur de sens commun est néanmoins suffisant pour
construire du lien et communiquer.
- L'imaginaire L’imaginaire permet de mettre en forme cette part de notre expérience qui
n’est pas partageable, mais qui peut néanmoins être pensée. Elle pourra
éventuellement resurgir dans les productions artistiques tout en se heurtant aux
limites même du symbole. Quelle est cette émotion que ce poème, cette peinture ou
cette symphonie déclenche chez l’interprète et son public ? Ce doit être la « même »
chose puisque nous vibrons tous en même temps face au même spectacle et pourtant
nous n’en savons rien. Quelle est cette émotion que je vis face à l’autre dont je me
sens amoureux ? Ce doit être la « même » chose puisque nous vibrons tous les deux
en même temps, mais en fait elle et moi n’en savons rien.
Cet imaginaire s’élabore néanmoins en lien avec la façon dont je m'identifie à l'autre,
la façon dont je me représente les relations duelles. Il s’appuie sur les relations que
nous entretenons avec les « autres » mais cet « autre » en tant qu’« image » de nous,
en qui nous pouvons nous reconnaître. L’imaginaire ne se confond donc pas
totalement avec ce qu’on nomme « imaginaire » dans le langage courant.
Et en fin de compte, il demeure toujours une part du réel qui ne pourra jamais être
mise en forme, que ce soit dans l’ordre symbolique imaginaire. Cette part

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énigmatique est ce qui produit parfois ce sentiment d’étrangeté qui saisit le névrosé
de façon fugace et capture parfois pour toujours le psychotique. Comme par
exemple cette expérience surprenante lorsque nous prenons conscience du rapport
entre « être-là » et ne pas « d’être-là » : to be or note to be, that’s the question !

Psychose et névrose face au réel, à l’imaginaire et au symbolique

De façon lapidaire, alors que le névrosé investira principalement l’ordre symbolique


pour faire face au réel, le psychotique investira surtout l’ordre imaginaire.
Dans le cas des psychoses dites « blanches » (non décompensées), l’individu développe
une pensée (et parfois un néolangage) qui lui est propre, idiosyncrasique tout en restant
ancré a minima dans l’ordre symbolique (la personne peut avoir une activité
professionnelle, des amis, etc). C’est néanmoins cette idiosyncrasie qui se donne parfois à
entendre lors de l’écoute de psychotiques pseudo-névrosés et qui produit chez l’écoutant ce
sentiment étrange de « normalité mais quoi que ».
Lorsqu’un état psychotique aigue se déclare, la personne perd totalement pied avec le
symbolique et se met à délirer.

2.8. Narcissisme

Le narcissisme renvoie à l’attention exclusive portée à soi-même.

Narcissisme primaire et narcissisme secondaire

Dans la perspective psychanalytique, au début de la vie, le bébé ne fait pas la différence


entre ce qui est « soi » et ce qui ne l’est pas. L’énergie libidinale est orientée uniquement sur
lui-même (narcissisme primaire). Lorsque le Moi émerge (cf. ci-dessous), le bébé peut alors
investir son énergie libidinale sur l’autre et prendre celui-ci comme objet d’amour Le
narcissisme secondaire désigne un retournement sur le moi de la libido, retirée de ses
investissements objectaux
L’amour passionnel est une expérience passagère ne laissant pas de place à l’amour de soi
au profit de l’amour de l’autre. Mais, il arrive aussi que ce soit « soi » que l’on aime chez
l’autre.

Narcissisme et psychopathologie

Pour Freud (1914), « les hommes tombent malades quand, par suite d'obstacles extérieurs
ou d'une adaptation insuffisante, la satisfaction de leurs besoins érotiques leur est refusée dans
la réalité ».
Dans certains cas, pour l’individu, l’autre n’existe pas en tant que tel et il sombre dans un
repli autistique (Psychoses). Dans d’autres cas, l’autre existe, mais uniquement en tant

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qu’instrument à la disposition du sujet pour étayer son narcissisme hypertrophié (pervers


narcissique). Dans d’autres cas encore, le narcissisme est hypotrophié et la personne perd
toute confiance en soi (certaines formes de dépressions névrotiques), voire le conduit à s’auto
détruire en recourant à des automutilations, des tentatives de suicides, de troubles
abandonniques (personnalités borderline).
L’abandonnisme se manifeste par une peur irrationnelle d’être abandonné, associée à des
comportements inadaptés sensés prévenir l’abandon, mais qui, de par leur inadéquation et leur
intensité, irritent, usent, voire agressent autrui. Ce qui a souvent pour effet de provoquer
l’abandon tant redouté. L’abandonnisme est associé à l’angoisse de perte d’objet,
caractéristique des personnalités « borderlines ».

2.9. Identité

L’identité ne fait point partie des concepts de base en psychanalyse. Celle-ci évoque par
contre la notion d’identification. Le « moi » se constitue en grande partie par identification
aux autres. Les autres nous pousseraient à développer en nous des façons d’être identiques à
ce que nous observons chez autrui. Plus qu’imitation, le processus d’identification constitue
une réelle appropriation au point que nous finissons par croire que ces façons d’être relèvent
plus de notre nature propre que de l’autre.
L’identification serait ce « processus psychologique par lequel un sujet assimile un aspect,
une propriété, un attribut de l’autre et se transforme, totalement ou partiellement, sur le
modèle de celui-ci La personnalité se constitue et se différencie par une série d’identifications
» (J. Laplanche et J.-B. Pontalis, 1967).
Pour Freud, si on « épluche » notre personnalité, on enlève les identifications comme on
enlève les pelures d’un oignon et on arrive au noyau de notre être. Le noyau de notre est non-
verbal et s’ancre dans les besoins physiologiques. La représentation ne vient qu’ensuite,
donnée par les interprétations de la mère. Par contre, pour Mélanie Klein, ces représentations
existeraient dès la naissance un proto-moi, un proto-noyaux capables de pulsions partielles et
de fantasmes archaïques.
Par contre, pour Lacan, si on pèle un oignon jusqu’au bout, on n'atteint aucun noyau : il ne
reste que le vide. Notre être est donc totalement « aliéné » (au sens qu’il n’est le produit que
de l’autre). Toutes les représentations ne viennent comme chez Freud, que secondairement
mais à l’opposé, il n’y a pas de noyau ou de pro-noyau, même bio-physiologique.

2.10. Angoisses

Plus fondamentalement, l'angoisse de castration renvoie à l’expérience du manque et de


l’incomplétude (névrose). Cette angoisse est donc bien moins menaçante que l’angoisse
morcellement– où l’unité du Moi est menacée (psychose) – ou encore celle de perte d’objet –
où tout s’effondre si l’autre (interne ou externe) vient à faire défaut (Etat-limites encore
appelé « Borderline »).

Angoisse de morcellement

Le stade oral débute par un sous-stade narcissique qui correspond à l’état de non-
différenciation mère-enfant; les seuls états reconnus sont 1'état de tension opposé à 1'état de
quiétude (absence de tension). La mère n'est pas perçue comme objet externe ni comme
source de satisfaction. La « relation » est de type fusionnel. Compte tenu de l’absence de
différenciation sujet/objet, les tensions déclenchent une angoisse de néantisation.

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Peu à peu, avec la répétition des expériences, en particulier avec les expériences de
gratifications orales et de frustrations orales le premier objet partiel, le sein (« objet » qui
apaise), commence à être perçu. L’identité est encore perçue comme un agrégat fragile de
sensations corporelles et de fantasmes. Les tensions majeures sont interprétées comme une
angoisse de morcellement. Cette angoisse se caractérise par crainte de perdre le sentiment de
propre unité, un effondrement tant psychique que corporel.
Exemple, ce patient, dont l’épouse vient de le quitter, est pris d’une angoisse massive et envisage de la tuer
puis de mettre le feu à la maison commune. Il ne différencie pas la maison réelle et ce que celle-ci représente
pour lui (un cocon où il recevait ce qu’il n’avait pas reçu pendant son enfance et qu’il désire, par rage de
frutrastion, détruire puisqu’il l’a perdu). Plus en profondeur, il veut détruire sa mère qui n’a pas su l’aimer ! La
maison et l’épouse sont ici condensées6 dans l’image de la maison. Pour fuir ces représentations insupportable,
ce patient se réfugie tantôt dans des passages à l’acte violents (agir pour ne pas penser), tantôt dans des conduites
addictives (anesthésier la pensée). On n’observe pas de délire franc, ce qui semble exclure a priori une
psychose ! Pourtant, lors des entretiens, sa pensée semble décousue et entravée par des nombreux barrages7. Ses
émotions, de nature très archaïques – haine, avidité, sentiment d’être persécuté –, semblent s’adresser à des
objets partiels plus qu’à des personnes : la maison, des objets, le regard d’une infirmière, une parole isolée
entendue dans un couloir, etc. L’anamnèse révèle que la mère l’a abandonné après la naissance. Livré au seul
soin d’un père alcoolique, il a été placé dans une institution, puis une autre vers l’âge de 6 mois. Le tableau fait
donc songer à une psychose sans symptôme positif (sans délire, ni hallucination).
La dépression mélancolique ou dépression psychotique porte sur un vécu de perte lié
l’objet sexuel primordial – la mère - qu’il a perdue, qui l’a déçu à un moment précoce du
développement psychique. Le patient reporte alors sa libido sur son « moi » (retrait social) et
s’adresse à lui-même les reproches (idées de ruine) et l’agressivité qu’il nourrissait au départ à
l’égard de l’objet sexuel primordial.

Angoisse de perte d’objet - Etayage

Vers la fin de 1a première année, la mère commence à être reconnue dans sa totalité, ce qui
introduit l'enfant dans le domaine de la relation d'objet total. Cette phase a été l'objet de
nombreux travaux ultérieurs: stade de l’angoisse de l’étranger de Spitz, position dépressive de
M. Klein. La notion d'étayage rend compte selon Freud de l'investissement affectif du sein
puis de la mère: en effet l'investissement affectif s'étaie sur les expériences de satisfaction qui
elles-mêmes s'étaient sur le besoin physiologique. Dans ces conditions, les tensions majeures
progressent vers l’angoisse de perte d’objet. La relation est alors dite anaclitique au sens où
l'enfant s'appuie sur l’objet interne (monde intrapsychique) et réel (des personnes pour
surmonter ses tensions).
Le premier contact entre le patient et le psychothérapeute peut être envisagé comme un
espace d'étayage objectal. Le patient tend, en fonction de sa structure de personnalité à
rechercher de la part du thérapeute ce qu'il obtient habituellement de ses relations
interpersonnelles.
Julie consulte suite à une rupture sentimentale. L’anamnèse révèle que cette patiente a connu une longue
série d’échecs amoureux dont la structure invariante est la suivant : elle rencontre un homme, tombe amoureuse,
puis sombre rapidement dans des angoisses liées au fait qu’elle pense que son compagnon ne l’aime pas et va la
quitter. Elle tente de s’accrocher, mais tôt ou tard l’homme finit par partir. L’anamnèse révèle aussi une relation
conflictuelle avec son père. Celui-ci a quitté sa mère alors que Julie avait 3 ans ! Sa mère a alors fait une
dépression. La thérapie met progressivement une forme de « haine » déguisée en passion amoureuse à l’égard
des hommes.
La dépression anaclitique se différencie ici de la dépression mélancolique en ce que le
sujet est constitué en objet total. Il souffre néanmoins d’un sentiment d’incomplétude total

6 Cf. Ce terme dans l’Annexe II.


7 Interruption brusque sur discours au milieu du développement d'une idée. Le barrage est un signe de
discordance schizophrénique s’il surgit de manière répétée et s’il ne peut être attibué à une inhibition anxio-
dépressive.

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Texte provisoire – Diffusion interdite

(sentiment de vide du borderline) qui l’empêche de vivre et de se construire. Comme le


mélancolique, il se réfugie dans le passage à l’acte ou les conduites addictives, mais échoue à
fragmenter sa pensée espère (ré)établir un lien. La dépression anaclitique et la dépression
mélancolique partage la caractéristique de renvoyer à des « manque à être».

Angoisse de castration

Au cours de la phase phallique, l'objet de la pulsion est le pénis. Il ne s’agit pas seulement
du pénis conçu comme un organe génital, mais du pénis conçu comme organe de puissance,
de complétude narcissique. Cet objet introduit l'enfant dans la dimension de l'angoisse de
castration. Le déni de la castration a pour but pour l'un comme pour l'autre sexe de protéger
l'enfant contre cette prise de conscience.
La possession du pénis est progressivement reliée à la possibilité pour l’enfant de posséder
la mère et d’entrer en rivalité avec le père. Par conséquent, la castration prend une dimension
relationnelle. Le fait d’être castré(e) est ce manque qui empêche le bonheur total, la
possession de la mère au cours de l’oedipe. Par la suite, l’enfant, puis l’adolescent et l’adulte
seront sans cesse en quête de la possession de ce qui manque pour atteindre le bonheur total.
Parcours qui, s’il se déroule bien, sera parsemé de deuils et de renoncement (on ne peut pas
tout avoir) et de projets et de sublimations (on ne peut néanmoins s’en approcher en
fournissant un « travail » : les études, une activité professionnelle, une activité artistique, un
engagement pour une cause, etc.).
Marcel est envoyé par son médecin pour une dépression. Marcel est en conflit avec son
chef de service. Il a longtemps occupé un poste à responsabilité dans un statut de type
« faisant fonction » sans avoir passé l’examen. Il a enfin passé et réussi l’examen, mais il a
fait récemment l’objet d’une évaluation négative et il risque une rétrogradation. Marcel pense
que son responsable, « très politisé », a été volontairement injuste afin de libérer le poste qu’il
occupe pour y placer un « poulain » plus docile. L’anamnèse révèle que lorsqu’il était enfant,
chacun de ses parents, toujours en conflit, le poussait à prendre parti contre l’autre parent.
La dépression névrotique renvoie donc à un vécu de « manque à avoir » et non de
manque à être comme dans la dépression mélancolique ou anaclitique. Elle se caractérise par
la notion de castration – thèmes de frustration, d’incomplétude, d’impuissance – et s’inscrit
dans un cadre oedipien, càd dans un cadre mettant trois personnes, perçues en tant qu’objet
total.

Angoisse et pulsion

Freud a évolué dans sa manière de penser le lien entre angoisse et pulsion. Dans ses
premiers écrits, il pensait que l’absence de satisfaction de la pulsion tranformait la tension
initiale en angoisse (pulsion => refoulement => angoisse).
Par la suite, il voit l’angoisse comme un signal d’alarme informant le « moi » que la
pulsion est interdite, ce qui provoque le refoulement (pulsion => angoisse => refoulement).

2.11. Processus associatifs et appareil psychique

Comment, selon Freud, l’appareil psychique organise-t-il ses expériences ? Il propose une
l’idée que les pensées, au sens large (càd conscientes ou inconscientes, intellectuelles ou
émotives), sont reliées entre-elles dans une chaîne associative. Chaque individu construirait
sa propre chaîne selon son vécu, son histoire.

24
Texte provisoire – Diffusion interdite

Avec le temps, des nœuds associatifs seraient élaborés à partir des expériences les plus
importantes. Plus importantes parce que culturellement essentielles (par exemple, l’oedipe)
ou parce que marquante : un traumatisme ou, au contraire, la réparation d’un traumatisme. On
peut encore se représenter la chaîne associative comme un réseau reliant des souvenirs de
toute nature : verbaux (mots, concepts) ou non verbaux (émotions, odeurs, schèmes moteurs,
etc.).

La méthode diagnostique et thérapeutique en psychanalyse découle de cette conception de


l’appareil psychique. Il s’agit de permettre au sujet d’extérioriser par la parole ses chaînes
associatives.
La méthode du divan, par exemple, invite le sujet à verbaliser tout ce qui lui passe par la
tête, sans restriction. Le thérapeute n’intervient pas : il ne pose pas de question, ne dialogue
pas, n’interrompt pas ! Il écoute. Et comme pour mieux garantir la liberté des processus
associatifs, il se dérobe à la vue du patient en se plaçant derrière lui. En effet, toute
intervention verbale ou non-verbale (froncer les sourcils, sourire, changer de postures, etc.)

risquerait de biaiser la parole du patient qui risque alors d’infléchir sa pensée en fonction de
ce qu’il perçoit comme étant souhaitable de dire au clinicien pour satisfaire ce dernier.
À la longue, le clinicien, et le patient commencent à percevoir le déroulement de la chaîne
associative et les nœuds associatifs révélateurs de la personnalité, des conflits et, le cas
échéant, des traumatismes vécus par le sujet. Il importe de noter que dans la méthode des

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Texte provisoire – Diffusion interdite

associations libres, le thérapeute suspend sa volonté de comprendre et de guérir pour


permettre au sujet de donner libre cours à sa pensée.
Les méthodes projectives (infra) se fondent sur le même principe. Cette conception
gouverne également la méthode de l’entretien clinique où, dans un premier temps du moins, le
clinicien laisse le patient parler sans trop intervenir. Il permet de la sorte à ce dernier de
déployer ses chaînes associatives, sans que celle-ci ne soit biaisée par les interventions du
clinicien.
Le pouvoir thérapeutique de la méthode des associations libres résiderait moins dans la
prise de conscience qu’elle occasionne que dans la décharge pulsionnelle au sens où le
matériel pathogène n’aurait alors plus « besoin de s’investir dans les symptômes »8.
Chez les psychotiques, les chaînes associatives sont organisées autour de nœuds qui
différent sensiblement des névrosés. Des auteurs comme Bergeret se sont attachés à décrire
ces différences (infra). Mais dans certains cas, les chaînes associatives des psychotiques se
rompent (d’où parfois la difficulté de suivre le cours de leur pensée) et/ou tentent de se
restaurer autour de nouvelles chaînes qui paraissent aberrantes (délire) pour les observateurs,
mais qui ont pour autant une fonction restauratrice : il s’agit de sortir de l’angoisse du chaos
pour se raccrocher est des constructions plus rassurantes. Néanmoins, ces chaînes
associatives apparaissent tantôt comme dénuées de sens (ce qui provoque l’embarras, l’ennui
ou le désintérêt de l’entourage ou des intervenants insuffisamment formés), tantôt comme
porteuses de pensées relatives à la mort, la destruction, la remise en cause des certitudes de
bases qui rendent la vie du névrosé supportable. Dans ce dernier cas, l’entourage peut réagir
par la fuite, l’agressivité ou le rejet à l’égard du psychotique. Il s’agit de réactions
« naturelles» et répétitives, mais qui, dans un contexte thérapeutique, doivent être identifiées
et infléchies afin de devenir intégratrices, voire réparatrices.
Deux mécanismes prévalent : le déplacement et la condensation.

2.12. Projection

Au cours de son histoire, l’homme fait des expériences et en conserve des traces dans sa
mémoire. Toutefois, avant l’émergence du langage - vers 18 mois – il s’agit d’une mémoire
avant tout sensorielle (et émotionnelle). Ce type de mémoire conserve donc les traces de nos
expériences précoces. Par ailleurs, on peu montrer que la façon dont nous percevons les
formes était probablement héritière de l’évolution de notre espèce. Ainsi, lorsque nous
regardons passer les nuages, il nous est relativement aisé d’y percevoir des visages, des
animaux, des cartes géographiques, etc. Cette aptitude semble avoir été acquise en des temps
primitifs, à une époque où, pour des raisons de survie, l’homme a dû apprendre à reconnaître
très vite si une forme représentait une menace, un prédateur ou une ressource (fruit, gibier) ou
même un visage ami ou ennemi.
Il tout à fait plausible que nos expériences infantiles précoces soient appréhendées à l’aune
de ce mécanisme et que ce dernier organise et structure la façon dont nous percevons,
stockons et rappelons nos premiers souvenirs. La façon dont nous percevons est
probablement tributaire de ces traces, de ces formes de connaissances archaïques, elles-
mêmes associées à des émotions fortes (On se rappelle ici que les zones du cerveau qui
prennent en charge la mémoire sont aussi celles qui prennent en charge les émotions). En un
mot nous percevons le présent en fonction de la façon dont nous avons appris à percevoir dans
le passé. C’est le principe de base de la projection.

8 In Florence & al. (1993), p. 33.

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Ce mécanisme, essentiellement basé sur la vision, est à l’œuvre lorsque nous contemplons
une peinture, un paysage et sans doute parfois lorsque nous dessinons ou peignons. L’accès à
la pensée symbolique, puis au langage vient ensuite déposer une seconde « couche »
d’information sous forme de symbole, d’archétypes, de stéréotypes qui, de part leur nature,
sont davantage influencé par la transmission de la culture et les expériences psychologiques
plus tardives comme la problématique oedipienne.
Il y aurait donc deux couches mnésiques.
La première couche, archaïque et pré-langagière (avant 18 mois), conserverait des
souvenirs sans mots constitué d’émotions brutes et de perceptions elles-mêmes organisées
autour de thématiques précoces : danger/securité ; connue/inconnue ; familier/effrayant ;
bon/mauvais ; moi/non-moi ; etc.
La seconde couche, s’appuierait sur des symboles et le langage et renverrait à des
expériences plus tardives (2 ans à 6 ans).
Pour Freud, la projection est un mécanisme psychologique où le sujet attribue chez l’autre
un matériel psychique (qualités ou défauts, sentiments, craintes ou désirs) qu’il méconnaît ou
refuse en lui parce que « insupportable ». Ce mécanisme est donc essentiellement défensif.
La notion de projection prend aussi ici une nouvelle signification car elle s’appuie sur les
notion économie, dynamique et topiques développés ci-dessus.
Toujours est-il que ce mécanisme de projection, relativement banal, est exploité dans les
méthodes projectives comme le Rorschach ou le TAT. On présente un matériel relativement
neutre – dans le Rorschach, il s’agit de taches d’encre qui ne sont, en soi porteuse d’aucune
signification – et que l’on présente au sujet en lui demandant de dire ce qu’il voit et ce que
cela signifie pour lui sans aucune restriction. Dans un premier temps, le clinicien note les
paroles du sujet, verbatim (telles quelles). Il recueille de la sorte les associations libres et
personnelles du sujet, ses chaînes associatives.

Parce que ce matériel est a-signifiant, et que la consigne contraint l’individu a lui en
attribué une ; ce dernier est contraint de convoquer les traces, essentiellement conservées dans
la mémoire et de les « projeter ». En outre, s’agissant du Rorschach, les tâches étant des
figures abstraites et arbitraires, les traces projetées sont essentiellement celles conservées dans
la première couche de la mémoire. Le Rorschach permettrait donc de mettre à jour les
expériences précoces de l’appareil psychique. Celles qui, si elles ont été mal négociées,
révèlent des perturbations de la personnalité qui renvoient à des troubles psychotiques. La
psychose est une trouble grave de la personnalité où la perception de la réalité et du « sois »
est profondément altérée. Par exemple : une difficulté à différencier ce qui est soi et ce qui ne
l’est pas (d’où les délires d’intrusion ou d’influence) ou encore à situer le siège de sa pensée
(d’où l’impression d’entendre voix). Lors de l’examen des réponses, on y sensible aussi à la
forme des perceptions (globale ou dans le détail), qu’aux contenus (humain, animal, abstrait),
la couleur et même à l’illusions de mouvement (kinestésie). Il s’agit donc bien de schèmes
perceptifs très rudimentaires et archaïques.

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Le Thematic Apperception Test (TAT) est un test projectif qui consiste à montrer des
planches, dessins figuratifs représentant des situations sociales variées et ambiguës, et de
demander au sujet de raconter une histoire à partir de ces planches. Le TAT s’adresse donc à
la seconde couche mnésique que nous avons évoquée. Elle met potentiellement en scène la
problématique oedipienne et ses avatars (fonctionnements triangulaires, rivalité, l’ambiguïté
sexualité/agressivité, l’identité sexuelle, etc). La consigne renvoie elle-même aux capacités
narratives du sujet, càd aux capacités à se situer dans un contexte relationnel et temporel là
où le Rorschach ne convoque que la perception brute.

L’analyse des réponses vise à dégager à partir du contenu manifeste, le contenu latent qui
revèle les aspects inconscients du sujet.

2.13. Transfert - contre-transfert

Freud avait observé que ses patients réagissaient à son égard, comme ils l'avaient fait
autrefois à l’égard d’une autre personne, généralement une figure parentale, aimée ou crainte,
réelle et, ou imaginaire (imagos parentaux). Il décide de nommer ce phénomène « transfert »
(« übertragung », de "über" - par l'intermédiaire de - et de "tragung" -porter).
Le transfert désigne cet ensemble des réactions inconscientes du patient à l’égard du
clinicien héritées de son histoire. Le patient confond le thérapeute avec son propre père, sa
propre mère, un membre de sa famille, un personnage important etc. Laplanche et Pontalis le
définissent comme « le processus par lequel les désirs inconscients s’actualisent sur certains
objets dans le cadre d’un certain type de relation établi avec eux et éminemment dans le cadre
de la relation analytique. Il s’agit là d’une répétition de prototypes infantiles vécue avec un
sentiment d’actualité marqué » (Vocabulaire de psychanalyse).

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Par l’analyse du transfert et du contre-transfert, le psychanalyste peut identifier les conflits


infantiles non résolus. L’effet thérapeutique est obtenu lorsque le patient arrive à se dégager
de son transfert d’abord avec le thérapeute, ensuite avec d’autres figures de son existence. Il
s’agit de se dégager dans le transfert de la répétition mortifère d’un traumatisme psychique.
Ce phénomène est encore plus complexe dans la psychose où l’on observe un transfert
clivé, éclaté. Dans ce cas, le transfert apparaît comme un puzzle, Un morceau de vécu est
expérimenté par un soignant et un autre un morceau de vécu est expérimenté par un autre
soignant. Souvent, c’est en discutant avec un collègue qui a vécu des choses similaires que
l’on commence à les identifier. C’est pourquoi la réunion de l’équipe soignante est si
importante : elle permet de recoller les morceaux du puzzle par une analyse collective du
transfert et du contre-transfert.
Le contre-transfert correspond à l’ensemble des réactions inconscientes du clinicien qui
voit son propre vécu éveillé à l’occasion de la rencontre avec le patient. Ce vécu doit être
enlevé du champ thérapeutique afin d’éviter l’amalgame entre les deux ensembles de
réactions.
Le transfert est un processus qui ne doit pas être confondu avec la projection. Le transfert
est un phénomène avant tout relationnel alors que la projection est un mécanisme de défense
où le sujet expulse et attribue chez l’autre un matériel psychique (qualités ou défauts,
sentiments, craintes ou désirs) qu’il méconnaît ou refuse en lui parce que « insupportable ».

3. Nosologie psychanalytique

3.1.névrose – psychose et perversion

Il importe de préciser l’apport essentiel de la psychanalyse sur le plan nosologique. En


particulier, dans la distinction entre névrose et psychose. Si Freud s’est surtout intéressé à la
névrose, Carl G. Jung a surtout étudié la psychose. Trois structures de personnalité vont se
dégager progressivement :
Dongier (1966) écrit : « La distinction entre névroses et psychoses n'est pas toujours facile
ni univoque: c'est ainsi que nous ne pouvons suivre Hesnard quand il définit les névroses:
« Affections nerveuses très répandues, sans base anatomique connue et qui, quoique
intimement liées à la vie psychique du malade, n'altèrent pas (comme les psychoses) sa
personnalité, et par suite s'accompagne d'une conscience pénible et le plus souvent excessive
de l'état morbide’. En disant que la névrose n'altère pas la personnalité du malade, Hesnard
veut sans doute marquer que le symptôme névrotique est ressenti par le patient comme
étranger à ce qui constitue son moi, « ego-alien » disent les Anglo-saxons; il met l'accent sur
la conscience qu'a le névrosé de ses troubles, conscience qui constitue un des principaux
critères de distinction entre la névrose et la psychose.
Mais, d'une part, dire que cette conscience est excessive peut donner à penser que le
névrosé se croit plus malade qu'il n'est (ce qui est, hélas, loin d'être toujours le cas), d'autre
part la personnalité du sujet est tout aussi impliquée dans les mécanismes de la névrose que
dans ceux de la psychose. C'est ainsi qu'un hystérique n'est pas hystérique uniquement par
une aphonie ou une paralysie d'un membre, un obsédé n'est pas obsédé uniquement dans sa
phobie d'impulsion; l'un comme l'autre sont hystériques et obsessionnels dans l'ensemble de
leurs relations humaines, de leurs rêves, de leurs projets, bref de leur personnalité sous tous
ses aspects.
Deux critères sont essentiels pour marquer une frontière théorique entre psychose et
névrose:
a) la conscience chez le sujet de la nature morbide de ses symptômes (le symptôme n'est

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Texte provisoire – Diffusion interdite

pas ego syntone, intégré par le moi comme dans un délire, par exemple);
b) le maintien d'un contact « raisonnable » avec la réalité sociale et objective.
Ces deux critères sont d'ailleurs liés: ne pas être halluciné, ne pas délirer, percevoir la
réalité commune, c'est être capable d'autocritique.

Par rapport au groupe des démences, le critère de délimitation essentiel est l'absence de
détérioration des fonctions intellectuelles et affectives. La distinction entre inhibition
fonctionnelle, donc névrotique, d'une fonction et sa détérioration définitive correspondant à
un processus lésionnel, est d'ailleurs cliniquement loin d'être toujours facile ».
Pour des auteurs comme Winnicott, les sujets « borderlines » - ou « Etats limites » -
présentent un état apparent d’allure névrotique, mais qui masque en fait des formes de
fonctionnement psychiques proches de ce qu’on observe chez les psychotiques. Selon
Bergeret, les « Etats limites », à l’inverse des psychotiques ou des névrosés, ne présentent pas
de structure de personnalité stable. Ils semblent osciller entre psychose et névrose sans jamais
trouver d’équilibre.

Ce « déséquilibre permanent » ce manifeste par une grande instablité affective, un besoin


permanent de s’appuyer sur les autres, donc l’incapacité à s’appuyer sur soi-même, ce qui
explique d’une part une grand sentiment de vide intérieur et d’autre part des angoisses de
perte « d’objet » et des sentiments d’abandon catastrophiques. L’incapacité de penser et de
contenir l’angoisse se traduit tantôt par des accès de colères et de rage destructeurs, tantôt des

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passages à l’acte fréquents (violence, automitilation, gestes suicidaires), tantôt la recherche


d’un apaisement au travers de conduites addictives, principalement : alcool, drogues, et
médicaments.
Le noyau pervers constituerait également un aménagement intermédiaire entre la psychose
et la névrose et se caractériserait par un fonctionnement psychique où l’« autre » est réduit à
l’état d’objet partiel, d’objet de jouissance pour le pervers.
On parle de perversion lorsqu’on constate une aberration sexuelle qui est permanente et
demeure indispensable à la jouissance sexuelle. La perversion est une conduite qui dévie la
pulsion sexuelle soit de son objet « naturel » (une personne en tant que telle), soit de son but «
naturel » (le plaisir et la procréation). Le fétichisme des sous-vêtements constitue donc une
forme de déviance d’objet alors que le fait de dominer et d’infliger de la souffrance constitue
une forme de déviance de but. Il importe ici de rappeler qu’il n’est permis de parler de
perversion qu’à la condition que ces déviances présentent un caractère permanent et
indispensable à la jouissance. Que l’un ou l’autre (ou les deux) viennent à faire défaut, on ne
plus parler d’organisation perverse de la personnalité, mais de « traits » pervers, simples
reliquats de notre passé infantile (pervers polymorphe) marquant une fixation, un
inachèvement évolutif souvent sans gravité.
Ce qui unit ces deux types de déviance réside dans l’idée de transgression des règles, ou
plus précisément les grands « interdits » qui rendent la vie en société possible : la différence
des sexes, la différence des générations, l’interdit de l’inceste, l’interdit de meurtre.
Le pervers se donne pour règle de transgresser ces règles, dans le projet de réduire l’autre à
un simple instrument de sa jouissance, voire à jouir du spectacle de la dégradation de l’autre à
l’état d’instrument de sa jouissance et « d’objet partiel ». Ou pour mieux dire, le pervers est
celui qui jouit de l’idée et des "agir" qui le conduisent à dire la « règle » au lieu de s’y
soumettre. En niant les règles, les grands « interdits, il s’institue lui-même comme le (seul)
législateur.
Le pédophile jouit tout à la fois du déni la différence des générations, de l’interdit de
l’inceste et l’interdit de meurtre.
Certains « tyrans » (petits ou grands) peuvent être tenus comme pervers car ils usent
du pouvoir comme équivalent sexuel. Ils s’instituent comme seul législateur du destin
des autres.
Les tueurs en série, en tuent (interdit de meurtre) non pas pour voler ou se protéger
mais par plaisir. Ils organisent en fait leur vie autour de la prédation. Ils jouissent alors
du pouvoir de donner la mort ou tout simplement de réduire l’autre à sa merci (la mise à
mort constituant le preuve sans cesse recherchée de ce pouvoir).
La perversion se situe bien à la charnière entre névrose et psychose en ce que les interdits –
à l’inverse de ce qui se produit chez les psychotiques – sont clairement perçus, mais ils ne
sont pas intégrés, comme chez les névrosés.
Comment faut-il dès lors situer les « bordelines » et les « pervers » puisqu’ils semblent se
situer tous deux entre névrose et psychose ? Les Ecoles se querellent encore de nos jours de
sorte que nous ne pouvons trancher d’un point de vue théorique. D’un point de vue clinique,
nous pouvons attester que l’on ne peut les confondre.
La névrose constitue l’évolution psychique la plus aboutie. En effet, sous l’action de
l’angoisse de castration, l’oedipe est dépassé. Ce qui signifie que les grands « interdits » sont
intégrés et dès lors tous les autres « interdits » constitutifs du Surmoi. En ce sens, la
« névrose » est une réussite car le sujet accepte que, face à la pulsion :
1° On ne peut pas tout avoir et il y a des choses auxquelles il faut renoncer ;
2° Ce qu’on peut avoir, ne s’obtient qu’au terme d’un « effort» personnel important ;
3° Que cet « effort» personnel implique deux choses :
a) Cela prend du temps. Il faut accepter un délai.

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b) Ce délai doit être mis à profit pour « penser » (avant l’agir et non à sa place)
et pour « négocier » avec les autres – donc les respecter - afin d’aboutir à
une satisfaction pulsionnelle suffisante.

Illustrations dans la vie quotidienne

Ainsi, comment satisfaire la pulsion ?

Exemple 1 - Que faire, par exemple, d’un sentiment violent d’attirance sexuelle à l’égard
d’une autre personne ?
Il se peut que le psychotique, dans son indifférenciation, vive sa pulsion comme quelque
chose venant du dehors pour le persécuter et l’anéantir. Il fuira ou se mettra à « haïr » cette
personne ou même l’agresser.
Le borderline reliera sa pulsion à la nécessité de s’accrocher et de coller à l’autre (et il
pourra devenir violent s’il a, ne fût-ce que l’impression, que cet autre pourrait lui faire
défaut).
Le pervers tentera de « tromper » l’autre pour le soumettre à son désir. Il assouvira sa
pulsion en réduisant l’autre à l’état de simple objet. Il usera des mécanismes « d’emprise », il
sera manipulateur. Comme un pick-pocket, il va attirer l’attention de sa proie d’un côté, sur
une dimension qui la sensibilise, pour l’asservir d’un autre côté où il progressera furtivement.
Le névrosé « inachevé » se tourmentera ne pas pouvoir assouvir sa pulsion, oscillant entre
culpabilité s’il tente de l’assouvir et angoisse de castration, s’il n’y parvient pas. Il cherche
des compromis pour trouver un minimum de satisfaction sans trop de culpabilité. Par
exemple, en allant voir des prostituées, en consultant des sites pornographiques en recourant à
des fantasmes sexuels. C’est ce que le cinéma de Woody Allen met généralement en scène et
c’est pourquoi nous en rions tant (nous rions de nous même).
Le névrosé « achevé » (grâce à la psychothérapie ou a des rencontres opportunes) parvient
à jouir pleinement tout en demeurant dans le compromis et la négociation. Il maximise son
plaisir en le sublimant. Il va faire la cour à celui/celle dont il souhaite conquérir le cœur. Il
va accepter le délai et le mettre à profit pour apprendre à écouter l’autre, le reconnaître et se
donner à connaître. Il va écrire des poèmes, composer de la musique, prononcer des paroles
justes (car il a a investi du temps et de l’énergie à apprendre à connaître l’autre) qui vont droit
au cœur. Bref, l’autre est pris et reconnu en tant qu’être total et libre et il accepte de lui
donner le choix (et le prix à payer en cas d’échec), sans le tromper tant en faisant de son
mieux pour que la balance penche en notre faveur.

Exemple 2 - Que faire, par exemple, pour obtenir une promotion/emploi/avantage ? (Pour
la démonstration, posons la hiérarchie suivante : A>B>C. Exemple : Directeur, chef, employé
ou Directeur, enseignant, élève).
Laissons ici de côté le psychotique et le borderline qui sont en général rapidement dépassés
par ce genre de situation. La distinction qui nous intéresse ici ce situe entre entre le pervers et
le névrosé.
Si le névrosé tente de jouer globalement le jeux en respectant les règles – exhiber ses
qualités et masquer ses faiblesses - le pervers va tenter de tordre les règles. Il peut ainsi :
- Se rapprocher aussi souvent que possible de ceux qui ont du pouvoir A afin de tenter de
les séduire au lieu de faire valoir ses qualités ;
- Grossir artificiellement ses qualités et masquer frauduleusement ses défauts ;
- Initier ou participer à des coalitions (B1, B2 contre Bn) niées afin d’affaiblir les
concurrents « sérieux » (c’est un des principes de certains jeux télévisuels où les
médiocres s’associent pour faire tomber les « meilleurs ») ou user de triangulation

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Texte provisoire – Diffusion interdite

perverses (A & C contre B, ce qui est pervers au sens où officiellement, en principe,


A fait confiance à B qui fait confiance à C).
- User de stratagèmes pour saper l’image des concurrents « sérieux » aux yeux de
« tiers », par exemple par des disqualifications (souvent subtiles), des sarcasmes, des
fausses rumeurs, profiter de son pouvoir d’emprise ou alors séduire pour mieux
tromper.

Vous le constatez, inutile de visiter des prisons et des groupes mafieux pour rencontrer des
pervers. Ils sont nombreux et omniprésents. Surtout dans une société fondée sur l’argent et la
consommation et qui encourage :
- Le refus de la frustration ;
- L’abolition du délai au profit du passager à l’acte ;
- L’abolition de la pensée au profit d’activités stériles, futiles et abrutissantes;
- Les stratégies perverses et les coups tordus : peu importe les moyens, ce qui compte
c’est le résultat ; réussir. Et que le plus fort gagne.

Ces entités nosologiques seront étudiées en profondeur en master dans le cadre du cours
« Approche psychothérapeutiques psychodynamiques » dans le module de psychologie
clinique systémique et psychodynamique.

3.2.Frustration – Trauma - Protection

Les avatars de la triade père-mère-enfant

Selon Racamier (1979), sa présence s’exprime au début dans trois registres: dans la psyché
de la mère, en tant que substitut maternel, auprès de la mère, en tant personnage spécifique,
auprès de l’enfant.
Si la mère ne laisse pas de place au père dans son psychisme (par exemple, parce que son
propre père a été défaillant), elle insuffle la méfiance, le rejet, voire la haine du père. Si le
père se montre « absent » ou « déficient », il cautionne cette attitude ou encore il encourage
son épouse à surinvestir l’enfant entravant ainsi le processus de différenciation.
Par la suite, l’enfant découvre progressivement le père en tant que différent de la mère sur
le plan sexuel : voix différente, dialogue corporel et tonique différent, rapport au monde
différent. Par la suite, il comprend ce qui provoque les interruptions dans le contact avec sa
mère – contact qu’il voudrait permanent – c’est cet être différent sur le plan sexuel qu’est le
père. L’enfant – toujours en quête de sens – associe ensuite la différence des sexes et les
« absences » de la mère. Le sexe devient un atout dans la capacité de conserver ou de perdre
l’amour de la mère. Le père devient à la fois objet de désir (il faut obtenir de lui ce qui le
rend si attractif) et objet de haine en tant que rival. La voie de l’oedipe est alors ouverte.
Si le père ne prend pas sa place, il permet à la mère de maintenir un lien fusionnel avec
l’enfant. Il prend du retard dans son développement, ne s’autonomise pas, ne se différencie
pas. C’est un abus par inclusion. Ou bien encore, si la mère est négligente ou maltraitante, il
risque de ne pas faire barrage en atténuant ou en suppléant la mère.
Le père, s’il a mal résolu son propre conflit oedipien, va riposter aux attaques de son fils et
entrer dans le jeu de la rivalité. Il va se montrer dominateur, agressif et humiliant et
compromettre la résolution de l’oedipe de son fils. À l’égard de sa fille, il peut entrer dans le
jeu de la séduction et entretenir un climat incestueux sans nécessairement passer à l’acte. Sa
fille ne peut elle non plus la résolution de l’oedipe. C’est alors à la mère de faire barrage en
prenant sa place d’épouse. Faute de quoi, elle entre en collusion inconsciente avec le père.

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Texte provisoire – Diffusion interdite

Par exemple, si celui-ci joue le jeu de la séduction avec sa fille et si la mère n’y fait pas
obstacle, le risque de passage à l’acte incestueux devient important. C’est un abus par
effraction.
En réalité, ce qui précède concerne plutôt le père « symbolique » que le père biologique.
La fonction « symbolique » - en tant que tiers régulateur – peut être joué par une autre femme
(grand-mère, compagne de la mère, sœur), un autre homme (beau-père, grand-père, oncle) et
ensuite n’importe quel homme ou femme. L’activité professionnelle ou les loisirs de la mère
– en tant qu’instance séparatrice – participe également de la fonction « symbolique » du père.
Par contre, le père biologique demeure irremplaçable dans deux registres. Le premier
dépend des liens d’attachement et d’affection qui se sont construits pendant les premières
années. Le second est lié à la question des origines. Comme nous allons le voir dans l’étude
des fantasmes ci-dessous, tous les enfants ont besoin de s’inscrire dans une double lignée –
paternelle et maternelle – quelle qu’ait été la qualité de chacune de ces lignées. Ce qui
explique pourquoi, tôt ou tard, les enfants abandonnés ou négligés éprouvent le besoin d’aller
à la rencontre de leurs parents biologiques.

Les frustrations précoces - les facteurs de protection – le trauma

Racamier (1979) a répertorié les diverses formes cliniques de frustration précoce et leurs
conséquences pathogènes : absence ou carence dans les soins, frustrations affectives : rejet
manifeste ou masqué de l’enfant, affectivité froide, maladresses répétées symptomatiques
(chutes, échaudages, …).
Ces frustrations peuvent être liées à des facteurs conjoncturels (dépression maternelle) ou
structurels (mère immature ou psychotique ou avec un trouble de la personnalité).
Ces frustrations peuvent aussi être corrigées et atténuées par l’entourage (facteurs de
protection). Le père, la famille élargie et par la suite un milieu social jouent un rôle
important, notamment en tant que soutien de la mère lorsque la difficulté est passagère, en
tant que substitut lorsque la difficulté est chronique.
Une vie sans aucune frustration est impossible. Lorsque ces frustrations demeurent à un
niveau gérable par le psychisme, le sujet a le temps d’élaborer des mécanismes de défense
(voir ci-dessous) qui ne le handicapent peu, voire pas du tout en cas de sublimation.
L’angoisse prédominante est l’angoisse de castration.
Par contre, si aucun mécanisme ne vient corriger les frustrations (absence de facteurs de
protection), l’évolution psychique est compromise et peut déboucher à son tour sur des
pathologies chroniques et des angoisses de perte d’objet (Voir Bergeret ci-dessous). La
gravité de ces pathologies dépend d’autres paramètres comme : la précocité des frustrations
(plus elles sont précoces, plus elles sont péjoratives), la durée et l’intensité des frustrations, la
présence d’autres éléments tels que des complications lors de la grossesse et/ou durant
l’accouchement, des facteurs de vulnérabilité à certaines maladies, des facteurs toxiques
(alcoolisme maternel, tabagisme, mauvaise alimentation, etc).
Des frustrations précoces intenses et répétées finissent par s’inscrire de manière
irréversible dans le développement biologique, en particulier au niveau du système nerveux.
C’est alors qu’il faut, selon nous, parler de trauma. L’intensité peut être telle qu’une agonie
psychique se déclare. Le terme « agonie » souligne cette idée que le psychisme est menacé
d’anéantissement. L’angoisse de morcellement (mort du Moi) prédomine (Voir Bergeret ci-
dessous).
Un trauma, plus intense que la frustration, est généralement lié à une expérience d’effroi.

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Texte provisoire – Diffusion interdite

Différences entre le trauma du névrosé et trauma du psychotique

Il importe cependant de nuancer la notion de trauma lorsqu’il s’agit de sujets psychotiques.


En effet, dans ce cas, le trauma est comparable à un « trou » dans la trame de l’inconscient et
pour lequel le patient ne peut récupérer le sens.
Dans le cas de la névrose, le thérapeute peut aider le patient à reconstituer le sens à partir
de certaines traces en proposant des interprétations, ce travail devient impossible dans le cas
de la psychose.
Dans le cas de la psychose, le thérapeute ne peut alors que proposer des « greffes » de sens
- c’est-à-dire – quelque chose qui vient de thérapeute et non du patient. Une autre métaphore
pourrait être celle d’un pull troué qui doit être reprisé, re-tricoté en s’inspirant de ce qui
entoure le trou. Il n’est donc pas possible d’aider le patient à reconstituer une trame solide à
partir de ce qui existe. Alors que dans le cas de la névrose, la trame est abîmée mais n’a pas
disparu. Comme un tissus vivant endommagé, il est possible d’aider le patient à régénérer
une trame solide à partir de ce qui existe.

3.3.Les mécanismes de défense (Abwehrmechanismen)

La pulsion est accompagnée de représentations. Afin de protéger son intégrité, le


psychisme dispose de mécanismes de défense variés.
Le Moi gère soit seul, soit allié au Surmoi, les pulsions du Ça. Le Moi intervient au
moment où les poussées instinctuelles risquent de le déborder. Le Moi tente donc de contrôler
les pulsions. Les mécanismes de défenses sont multiples et sont souvent liés aux stades
évoqués ci-dessus. Dans ce cours, nous n’aborderons que quelques mécanismes comme la
projection (voir section suivante) ou le refoulement à titre d’illustration. Le refoulement est le
principal de ces mécanismes, du moins dans les névroses.

Un mécanisme de défense réussi

La sublimation est un mécanisme de défense qui a réussi. La pulsion est dérivée vers un
nouveau but non sexuel et socialement acceptable n'impliquant pas un renoncement de la
sexualité, mais sa maîtrise. La sublimation peut s'envisager selon deux points de vue
complémentaires qui rassemblent les différentes approches.

Les mécanismes de type névrotique

Le refoulement est une opération mentale qui, à l’instigation du Surmoi, vise à renvoyer
vers l’Inconscient un matériel psychique inacceptable pour le conscient.

Figure 2 tirée de9

9 http://www.aph-metaphore.com.fr/infirmier/borderline.html

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Les modalités du refoulement sont un des critères qui permettent de différencier les
différentes formes de névrose.
Les pulsions (les flèches noires) partent de l'inconscient (1) et doivent traverser le Moi (2)
pour atteindre leur objet (a).

Toutes ces pulsions ne sont pas acceptables et le Moi va devoir s'en protéger. Pour cela, il
utilise ici les mécanismes de défense normaux. Avec le refoulement, la pulsion ne traverse pas
le Moi, elle reste inconsciente. Grâce à la sublimation, le Moi détourne la pulsion
"inacceptable" de son objet initial (a) vers un objet mieux valorisé socialement et acceptable
par le Moi (a') »10.
Le matériel refoulé n'est pas détruit mais transformé et peut resurgir dans les rêves, les
actes manqués et les lapsus, les délires et les symptômes névrotiques. D'un point de vue
économique, le refoulement est une opération qui exige une dépense d'énergie (contre-
investissement) ; le névrosé éprouvera donc secondairement des symptômes déficitaires :
troubles de la mémoire, de l'attention, de la concentration intellectuelle, etc.
Dans le refoulement, la représentation R et l’affect qui lui est liée A (en relation avec
l’objet « obj ») sont repoussés dans l’inconscient. Mais, l’énergie du matériel ainsi refoulé
tente de s’écouler et émerge sous la forme d’un symptôme, d’un rêve, d’un lapsus, d’un acte
manqué ou d’une production artistique, voire plusieurs de ces formes en même temps.
La régression. - C'est le retour à des formes plus anciennes d'expression et de
comportement. Ainsi, en psychiatrie, on évoquera la régression foetale du catatonique
pelotonné sur sa couche. L'énurésie, l'encoprésie, le confinement au lit, l'abandon dans une
dépendance infantile à l'égard des autres sont des formes de régression. Dans le domaine
sexuel, la régression se manifeste par des choix d'objets prégénitaux (onanisme, perversions
sexuelles diverses... ).
La conversion : La défense est réalisée par transposition du conflit psychologique dans le

10 http://www.aph-metaphore.com.fr/infirmier/borderline.html

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domaine somatique.
Dans un premier temps, la représentation (R) est coupée de l’affect (A). Celui-ci, coupé de
sa signification (R), peut alors émerger sans danger sous forme d’un symptôme corporel :
paralysie, engourdissement, etc. Néanmoins, la nature de la conversion rappelle
indirectement la représentation. Par exemple, on devient « sourd » par ce qu’on cherche à
éviter à entendre une représentation dérangeante ou encore, la main qui permet des
masturbations compulsives se paralyse. La représentation (R) est quant à elle refoulée dans
l’inconscient.

Les mécanismes de type psychotique

Dans le cas de frustrations graves et répétées débouchant sur un vécu traumatique, ces
mécanismes de défense ne suffisent plus. Afin de faire face à l’angoisse de mort (crainte de
l’anéantissement du Moi), le sujet doit élaborer d’autres mécanismes, certes efficaces, mais
extrêmement coûteux : clivage, déni. Dans ce cours, nous nous limiterons au clivage.

Figure 3 tirée de11

Le clivage consiste à séparer le moi ou l'objet afin de faire coexister deux parties séparées
qui se méconnaissent. Le clivage se produit de telle sorte qu’une partie du moi continue à
prendre en compte la réalité, alors que l’autre partie se détache de la réalité. On comprend
dès lors que ce mécanisme est constant dans les psychoses, dans le trouble borderline et dans
certains troubles dissociatifs que l’on rencontre chez des personnes qui ont été violées ou
torturées. Le patient se voit lui-même ou autrui comme étant "tout bon" ou "tout mauvais". Il
échoue à faire cohabiter dans ses représentations les défauts et les qualités de chacun.

À l’état clivé, le psychisme risque de perdre le contact avec la réalité et se retrouve dans un
état de perte du sens (puisque chaque partie clivée n’a pas accès à l’information située dans
l’autre partie). Le délire et les hallucinations – symptômes apparents – constituent autant de
tentatives – vouées à l’échec - de récupération, de reconstruction du sens.
« Le trouble psychotique serait une pathologie narcissique. Le Moi est défectueux et il
n'est plus capable de se protéger efficacement des pulsions "archaïques" issues de
l'inconscient. L'état limite (borderline) est une situation intermédiaire, une partie du Moi est

11 http://www.aph-metaphore.com.fr/infirmier/borderline.html

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saine (la partie épaisse sur le schéma) et une autre partie (la partie fine) est défaillante et elle
se protège mal des pulsions (…). Sa fonction consiste à isoler la partie saine du Moi de la
partie défectueuse afin de la protéger d'un envahissement psychotique. L'inconvénient de ce
mécanisme de défense pathologique est qu'il fait perdre l'unité du Moi (…) Si l'objet d'une
pulsion inacceptable est en regard de la partie saine du Moi, celle-ci pourra être refoulée par
contre la partie défaillante du Moi la laissera passer. Dans ce dernier cas, le Moi utilisera des
mécanismes de défenses psychotiques (projection, idéalisation, identification).»12
Ce mécanisme explique aussi ce rapport « étrange » que le psychotique entretient avec son
propre corps et sa pensée : difficulté à situer la frontière entre soi et non-soi (avec parfois un
vécu d’effraction et de viol du corps, vécu d’intrusion de certaines pensées ou croyance en
l’aptitude de lire dans les pensées), difficulté à percevoir son psychisme comme le siège de
ses propres pensées, expériences corporelles inquiétantes (organes en putréfaction, vécu de
modification corporelle), vécu de persécution, transfert éclaté (sur plusieurs personnes ou
encore lorsque le patient reconstitue puis projette des morceaux de personnalité de sujets
différents sur l’infirmière ou le psy.
Malheureusement, il semble que dans les cas les plus graves, le clivage constitue un
processus irréversible.

Autres mécanismes de défense

- Déni : le patient n'arrive pas à reconnaître comme réels certains


aspects extérieurs qui paraissent évident à autrui
(Psychoses).
- Déplacement : le patient généralise ou déplace un sentiment ou une
réponse d'un objet vers un autre, habituellement moins
menaçant (Névroses. Fréquent dans les rêves).
- Dissociation : le patient subit une altération temporaire de la conscience
et de l'identité (Stress post-traumatique, certains états
hypnotiques).
- Formation réactionnelle : le patient substitue à un comportement, à des pensées ou
des sentiments inacceptables, d'autres qui leur sont
diamétralement opposés (Névroses obsessionnelles).
- Idéalisation : le patient s'attribue - ou attribue à autrui – des qualités
exagérées.
- Intellectualisation : le patient s'adonne à des pensées exagérément abstraites
pour éviter d'éprouver des sentiments gênants (Psychoses,
névroses).
- Isolation : le patient est incapable d'éprouver simultanément les
éléments cognitifs et affectifs d'une expérience en raison
d'un refoulement de ces affects (Névroses).
- Passage à l'acte : le patient agit sans réflexion et sans souci apparent des
conséquences négatives (Névroses, troubles des conduites,
états-limites, psychopathes).
- Projection : le patient attribue à tort à autrui ses propres sentiments,
impulsions ou pensées, non reconnus comme tels
Névroses, Psychoses).

12 http://www.aph-metaphore.com.fr/infirmier/borderline.html

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- Rationalisation : le patient invoque des explications rassurantes ou


complaisantes mais erronées pour rendre compte de son
comportement ou de celui d'autrui (Névroses).
- Répression : le patient évite délibérément de penser à des problèmes,
des désirs, des sentiments ou des souvenirs dérangeants
(Névroses).
- Somatisation : le patient se préoccupe de symptômes somatiques de façon
disproportionnée à toute atteinte physique réelle
(Névroses).
- Identification projective Défense très archaïque et complexe (que nous étutierons
en master) plus commune avec des patients psychotiques
et borderlines.

4. BREVE DISCUSSION

Comment ramasser la psychanalyse en quelques phases ? Peut-être ceci :


La clef pour comprendre l’humain consiste à percevoir ce combat entre instinct et culture
où la pulsion joue un rôle d’interface. Confronté à ce combat, habité même par celui-ci,
l’appareil psychique trouve un équilibre précaire entre pensée et refoulement : tout ce qui peut
faire sens fait l’objet de représentations coordonnées conscientes ; et tout ce qui ne peut faire
sens est mis à l’écart (refoulement) pour nous revenir avec plus de force encore sous la forme
de symptôme, de lapsus, de rêve, d’actes manqués ou de production artistique.
Le corollaire étant que la vie psychique est partiellement et peut-être essentiellement
inconsciente.
Par ailleurs, pour faire sens, il importe que l’individu de se situer par rapport à quelques
questions existentielles redoutables : la question de ses origines (filiation), la question de son
identité, fondamentale sexuelle en ce que cette question interroge les motifs et la manière de
nous lier aux autres (affiliation).
Ce questionnement implique un « travail » de la pensée. Que faire de nos manques, des
frustrations ou de la violence infligée par l’autre et comment dépasser ou accepter ces limites
qui entravent la satisfaction de nos instincts.
L’expérience oedipienne constitue une étape majeure dans cette quête. Elle scelle ou non
quelques principes existentiels évidents :
- Les symptômes ont du sens, en particulier ils sont liés à l’expérience vécue et à
l’histoire du sujet ;
- On ne peut pas tout avoir ;
- Ce qu’on peut avoir, on ne l’a pas nécessairement tout de suite ;
- Ce qu’on peut avoir, on le ne l’a pas n’importe comment ! Il faut fournir un
« travail », c’est-à-dire trois choses au moins :
- Penser pour se représenter son manque et comment le combler, en d’autres
termes, rendre « traitable » par le psychisme ce qui vient du corps.
- Respecter des règles dont l’absence rendrait toute vie communautaire
impossible et vouerait l’homme à la barbarie.
- Parler (donc apprendre à parler) pour dire le manque et formuler une demande,
pour négocier, pour apprendre à tenir compte aussi du manque de l’autre, pour
faire enfin des concessions.

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- Ces trois choses en impliquent une quatrième: le temps ! C’est-à-dire le temps


d’attendre, soit un délai entre la pulsion et sa résolution. C’est-à-dire qu’au lieu
de réagir immédiatement après la perception du manque (psychopathie), on
met un délai qui permet et que permet le fait de parler et de penser.
On ne peut pas tout avoir, à commencer par la mère (interdit de l’inceste) et pas n’importe
comment (interdit de meurtre), données que fonde l’expérience oedipienne.
Le sexe, qui nous oriente vers l’autre, procure du plaisir physique, mais aussi un plaisir
social, pour l’autre (être bien ensemble, dans un échange). Ces gratifications, les obtient-on
par l’échange et la négociation (position névrotique) ? Les obtient-on par la tromperie et la
négation de l’autre (position perverse) ? Les obtient-on par la dépendance à l’autre (Etat-
limite) ou enfin par la fuite définitive dans un imaginaire persécutant et mortifère (position
psychotique) où l’autre et soi-même ne sont plus que des morceaux de pulsions (sexuelles et
agressives), désordonnés et chaotiques (morcellement).

Et quelques détails de plus

- L’étayage fondamental repose, chez Freud, sur la satisfaction des besoins sexuels
(notions de pulsions et de stades). Ce qui l’oppose en particulier aux théories de
l’attachement qui proclament que les besoins sexuels sont secondaires par rapport
aux besoins d’attachement (infra). Mais aussi aux vues de Winnicott qui voit dans la
« préoccupation maternelle primaire » un besoin fondamental.
- La pathologie psychique trouve son origine dans le passé au travers des frustrations
précoces (par carence ou par excès) ou des traumatismes (abus, maltraitances) vécus.
Ces frustrations et/ou traumatismes laissent une trace.
- Cette trace dépend du stade où les frustrations et/ou les traumatismes ont été vécus.
Ceux-ci bloquent la vie psychique (fixation). Par exemple, un traumatisme important
se produit au stade oral (période où la différenciation soi/non soi s’élabore), le risque
de troubles identitaires est plus important que s’il se produit au stade anal.
- La vie psychique interne – gouvernée par les pulsions, les défenses et la vie
fantasmatique – est en rapport avec les premières expériences de la vie relationnelle.
- La pathologie mentale peut résulter d’expériences traumatiques par défaut (carences,
abus) ou par excès (empiètement).
- La psychanalyse ne se résume pas à Freud. Elle peut même remettre en question
certains aspects importants de la théorie initiale.

(Non) Scientificité de la psychanalyse ?

Un des reproches fréquemment adressés à la psychanalyse réside dans le caractère


« irréfutable » (au sens où Karl Popper l’entend) de son modèle.
Mais, ainsi que Francis Martens le constate, il s’agit moins de décrire le « vrai » que de
donner une carte et une boussole pour aborder la relation thérapeutique. Ainsi, sans la
psychanalyse, le travail avec les psychotiques se limite trop souvent à des tâches de guidances
et de conditionnement qui laissent de côté beaucoup d’aspects du vécu de ce type de patient.
Par ailleurs, le modèle analytique propose des concepts utiles pour décoder des réactions a
priori incompréhensibles de certains patients. La psychanalyse permet de sortir de la clinique
de la « folie » – où la pensée et les réactions du patient ne sont perçues que comme des
détériorations qui n’ont aucune signification – pour entrer dans une clinique de la
« psychose » où la pensée et les réactions du patient ont une histoire et un sens.

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ANNEXE I

La légende d'Oedipe13

Oedipe, fils de Jocaste et de Laïos, naît à Thèbes. Son père, le roi de la ville, l'abandonne à sa
naissance au sommet d'une colline, craignant la prédiction de l'oracle. Celui-ci avait prédit
qu'Oedipe tuerait son père et épouserait sa mère. L'enfant, les chevilles percées et attachées
par une corde à un arbre, provoque la pitié d'un berger qui le recueille et le confie à Polybe, le
roi de Corinthe, qui ne peut avoir d'enfants. La reine Péribée lui donne le nom d'Oedipe qui,
en grec, signifie "pieds gonflés".

Oedipe grandit à Corinthe jusqu'au jour où, poussé par la curiosité, il suit la route de Delphes
pour consulter l'oracle d'Apollon. Ce dernier ne lui révèle aucun secret sur ses origines et lui
annonce qu'il tuera son père et épousera sa mère. Croyant que Polybe et Péribée sont ses
véritables parents, il tente de fuir son destin. Sur son chemin, son cheval se fait tuer par le
cocher de Laïos et réagit en tuant les deux. Seul un serviteur réussit à se sauver.

En arrivant à Thèbes, Oedipe rencontre le Sphinx, monstre qui terrifie la ville. Il parvient à
résoudre les deux énigmes posées par le Sphinx et ce dernier, vaincu, se jette du haut d'un
précipice. Grâce à ses exploits, Oedipe est proclamé roi de la ville et épouse Jocaste. Ils
donnent naissance à quatre enfants.

Une épidémie, due selon l'oracle à la présence en ville du meurtrier de Laïos, s'abat sur la ville
de Thèbes. Oedipe part à la recherche du coupable mais Jocaste apprend du serviteur qui avait
pu s'enfuir que son mari est l'assassin. Jocaste, terrifiée à l'idée d'avoir épousé son fils,
s'étrangle avec un lacet. Quant à Oedipe, il s'arrache les yeux et fuit Thèbes pour trouver asile
à Athènes avec sa fille Antigone. Depuis la mort d'Oedipe, la ville est bénie par les dieux.

13 D’après http://tecfa.unige.ch/tecfa/teaching/UVLibre/9899/jeu03/Oedipe.htm

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