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Introduction à la psychologie

clinique
Approches systémiques
Alexandra STOLNICU
Stéphan HENDRICK

UMONS, FPSE
Service de Psychologie clinique systémique et psychodynamique
octobre 2017
Deux grands courants – Côté Est – Côté Ouest
• Côté Est
• L’historicité – facteur explicatif essentiel de la « maladie mentale »
• Le présent s’explique par le passé et se transmet de génération en génération

• Nathan ACKERMAN – pionnier


• Ivan BOSZORMENYI-NAGY – éthique relationnelle
• Murray BOWEN – processus de différenciation du Soi
Deux grands courants – Côté Est – Côté Ouest
• Côte Ouest
• cybernétique
• École de Palo Alto
• MRI en Californie
• interaction dans l’ici et maintenant

• Homéostasie
• Le symptôme d’un individu n’est plus tant l’expression d’une perturbation intrapsychique mais bien
davantage le témoin d’une perturbation au sein de la famille.
• Comprendre la fonction du symptôme

• Paul WATZLAWICK, Don D. JACSON et John WEAKLAND:


• Comment le symptôme peut se comprendre comme l’aboutissement d’actes de communication

• Comment l’observation et la modification des interactions peuvent parfois suffire à produire des
changements décisifs.
Les travaux de BATESON
(Mucchielli, 2004)

• Les interactions humaines ont une propriété caractéristique fondamentale: celle d’induire chez l’interlocuteur des réactions
spécifiques qui sont à la source première d’une « dynamique des interactions ».

• Schismogènese:
• « un processus de différenciation dans les normes de comportement individuel résultant d’interactions cumulatives entré individus »

• Schismogenèse complèmentaire:
• Se caractérise par des comportements dissemblables mais articulés
• On considère un individu A autoritaire, interagissant avec un individu B, lequel sous l’influence inductrice de A, réagit avec un comportement
de soumission.
• Cette réponse de soumission favorise aussitôt le rôle autoritaire de A.
• Les deux individus entrent alors dans des échanges « cumulatifs » qui vont favoriser la constitution de rôles complémentaires.
•  un processus intitulé « schismogenèse complémentaire »

• Schismogenèses symétrique:
• l’inverse du processus de « schismogenèse complementaire »
• Se caractérise par des comportements similaires
• À l’action de l’un, répond le même type d’action de l’autre, entraînant les individus dans une surenchère sans fin.
• Les partenaires font alors des effort pour instaurer et maintenir l’égalité des positions et ils échangent des interactions « en miroir »
Les travaux de BATESON
• Schismogenèse: genèse d’un schisme au sein d’un système social

• Schismogenèse « complémentaire »
• - les participants se positionnent dans des rôles complémentaires (domination /
soumission).

• Schismogenèse « symétrique »
• - les participants se répondent selon le principe de « œil pour œil, dent pour dent »
Modèles d’interaction
(Marc et Picard, 2004)

• Toute interaction est symétrique ou complémentaire

• Modèle complémentaire :
• La relation est fondée sur la reconnaissance et l’acceptation de la différence
• Les partenaires y adoptent des comportements contrastés, s’ajustant l’un à l’autre
• Chaque message répond à celui de l’interlocuteur en obéissant aux injonctions qu’il
comporte

• Exemple:
• Dans un couple vivant sur ce modèle:
• Mme s’attachera à avoir un comportement « féminin » et à se cantonner des tâches strictement
« ménagères »
• Mr va avoir un comportement « viril » et à s’octroyer des responsabilités « masculins » (gagner de
l’argent, gronder les enfants, bricoler …)
Modèles d’interaction
(Marc et Picard, 2004)

• Modèle symétrique:

• L’accent est mis sur les efforts déployés pour instaurer et maintenir l’égalité entre les
partenaires
• Cette égalité s’établit par des messages en « miroir »:
• Toute comportement de l’un entraîne un comportement identique chez l’autre

• Exemple:

• Dans un couple ou les partenaires définissent leur relation sur le signé de l’égalité:
• Mr mettra un point d’honoeur à laver aussi la vaisselle ou faire les course
• Mme à réparer aussi un bouton électrique défaillant ou changer une roue de secours
• Au besoin même, ils tiendrons mentalement la comptabilité des « services » qu’ils se
« doivent » mutuellement.
Les travaux de BATESON
• Théorie de types logiques (procédure de l’abstraction)
• Il existe, en logique, une discontinuité entre la classe et ses membres.
• Une classe ne peut pas être membre d’elle-même: la classe des chats n’est pas un chat.
• l’erreur qui consiste à classer ensemble le nom avec la chose nommée équivaut à manger la
carte à la place du menu

• Il n’est pas correct de classer ensemble une classe et les éléments qui sont ses non-
membres
• Classe des chaises – classe de « non – chaise » (tables, armoires).

• Le non-respect de ces postulats dans le discours formel risque d’aboutir à des


paradoxes.

• La communication humaine implique une multiplicité des types logiques: le jeu, les
sacrements, les métaphores, l’humour …
Les travaux de BATESON
La relation carte-territoire

• La carte n’est pas le territoire et, en même temps, s’y réfère point
par point.
• Le langage entretient avec les objets qu’il désigne le même rapport que la carte entretient avec le territoire.
• Le jeu est un phénomène où les actions du « jeu » sont liées à (ou dénotent) d’autres actions de « non jeu ».
• La menace, la parade ou la tromperie sont des phénomènes qui ressemblent au jeu et qui manifestent une différenciation
primitive entre la carte et le territoire :
• le poing serré n’est pas encore le coup de poing.

• La carte et le territoire peuvent entretenir des rapports plus complexes dans les rituels, les fantasmes, l’art, la magie ou la religion.
• On assiste parfois à une tentative de déni de la différence entre carte et territoire : le drapeau qu’on sauve au prix de sa vie, le sacrement.

• Ce constat permet de cerner deux particularités du jeu :


• 1. les messages échangés au cours d’un jeu sont « faux »
• 2. ce qui est dénoté par ces signaux peut ne pas exister.
Les travaux de BATESON
La théorie du double lien

• Il y a double lien lorsqu’une personne reçoit simultanément deux messages contradictoires

• L’un sur le mode digital


• ce qui est dit ou écrit constitue une unité élémentaire d’information

• L’autre sur le mode analogique


• le contexte qui accompagne le discours, la tonalité, les sous-entendus, la mimique, la gestuelle …

• La personne se trouve dans l’impossibilité de choisir entre ces deux messages ou de comprendre qu’ils sont opposés.

• Exemple:
• Une mère qui dit à son enfant « viens m’embrasser » (mode digital) et qui, dans le même temps, a un discret mouvement de
recul (mode analogique).

• Le double lien est décrit comme un moyen de pérenniser une situation familiale pathologique
Les travaux de BATESON
La théorie du double lien

• Situation de double contrainte: deux personnes ou plus font l’expérience


suivante:

• Une injonction négative primaire est énoncée

• Suivi d’une injonction secondaire (à un niveau plus abstrait - un commentaire, un méta-


message sur l’injonction primaire qui vient contredire la première à un niveau plus
abstrait. Masquée – communiqué dans un registre non-verbal

• Une injonction tertiaire interdit à la victime d’échapper à la situation


• résulte soit de l’immaturité de la « victime » (enfants), soit d’une impossibilité psychologique
(loyauté invisible), soit d’une impossibilité matérielle (parents décédés)
Les travaux de BATESON
La théorie du double lien

• Situation pathogène:
•  s’inscrit de façon durable dans le cadre des relations qui ont une importance
vitale pour la survie psychique (et physique) des protagonistes.

• Lorsque cette expérience s’est répétée pendant suffisamment longtemps,


il n’est plus nécessaire que ces éléments se trouvent réunis au complet
pour que la double contrainte reste agissante.

• La « victime » a alors appris à percevoir son univers sous la forme de


doubles contraintes.

• Un seul ou quelques-uns des éléments cités suffisent pour provoquer des


mouvements de panique, de rage et de régression chez le sujet.
Les travaux de BATESON
La théorie du double lien
• Caractère à la fois réciproque et contextuel du double lien

• Caractère réciproque
• la mère et l’enfant sont à la fois « victimes » et « bourreaux »; agent et patient du processus

• Caractère contextuel
• la mère balinaise reproduit inconscientement un schéma qui lui est prescrit par sa culture.

• Pas de « double contrainte au sein de la famille »


• Mais
• « famille au sein de la double contrainte »
Les travaux de BATESON
La théorie du double lien
• Véronique & Léon

• Véronique et Léon ont eux aussi des attitudes paradoxales qui fonctionnent comme des doubles liens.
• Léon apprécie le côté maternant de Véronique. C’est même pour cette raison qu’il l’a choisie. Il dit : « La première fois que je l’ai
vue, j’ai tout de suite compris qu’elle était douce et gentille. Cela lui a rappelé sa mère. Mais une fois en couple, sa peur d’être
envahi l’a poussé à être souvent à l’extérieur.
• Véronique voudrait plus de proximité avec Léon. Mais si ce dernier changeait brusquement et devenait plus proche, il est probable
qu’elle perdrait le contrôle. Est-ce supportable.

• On observe le pattern interactionnel ou interaction suivant :


• lorsque Léon donne plus de proximité à Véronique, celle-ci devient plus distante. Et lorsque Véronique se rapproche de Léon, celui-ci s’éloigne
pour ne pas être envahi. Donc, quand l’un répond à l’attente de l’autre, ce dernier change d’attitude et prend une attitude inverse à celle qu’il
adoptait auparavant.

• Dans ces séquences, chacun communique à l’autre, par son comportement s’il doit être proche ou éloigné, sous contrôle ou hors
contrôle, etc.
• la façon dont l’un et l’autre communiquent produit un effet sur le comportement du conjoint.
Les travaux de BATESON
• Les prémisses de la communication sont généralement auto-
justificatrices et produisent des distorsions de l’apprentissage.
•  Par leur fonctionnement même, elles peuvent créer le consensus qui semblera les
justifier.

• La personne qui croit que tout le monde est son ami ou son ennemi. Cette personne
émettra alors des messages et agira significativement en fonction de sa prémisse. Le
monde que l’entoure aura alors tendance à confirmer sa conviction.

• Les prémisses sont auto-justificatrice dans le présent.

• L’individu crée continuellement autour de lui l’environnement qui fournit l‘étiologie


typique de ses habitudes communicationnelles – de ses symptômes.
Paul WATZLAWICK, J. BEAVIN et D. JACKSON
Axiomatique de la communication
• A. On ne peut ne pas communiquer

• le comportement n'ayant pas de contraire, on ne peut pas ne pas avoir de


comportement.

•  En situation de coprésence, qu'on le veuille ou non, activité ou inactivité,


parole ou silence, tout a valeur de message.

• Les autres en retour ne peuvent pas ne pas réagir à ces communications.

• Toute situation de coprésence est interactive.


Paul WATZLAWICK, J. BEAVIN et D. JACKSON
Axiomatique de la communication
• B. Toute communication présente deux aspects: le contenu et la relation
• Le second englobe le premier et par suite est une métacommunication.
• Un énoncé contient et véhicule une information (« message »),
• MAIS
• sa forme, son « ordonnance», comporte aussi une information sur l'information (nous dirions aujourd'hui des indices de
contextualisation), qui indique le statut et l'usage de cette information dans la chaîne interactionnelle.

• Les animaux communiquent davantage au niveau de la relation.


• le chat en quête de lait et qui se frotte à vos chevilles, ne signifie pas « Donne-moi du lait » (contenu),
• MAIS
• se comporte avec vous d’une manière susceptible de déclencher un comportement maternant.
• Il définit avec vous une relation du type ce celle qu’on peut attendre entre une mère chatte mère et son chaton.

• Transposée chez les humains, cette différenciation se retrouve dans le contraste entre l’amant qui dit « Je
t’aime » à sa dulcinée et celui qui offre simplement une rose.
• On conçoit que si les relations sont mal définies ou conflictuelles ou qu’il y a discordance entre le contenu et
la relation, des symptômes vont émerger.
Paul WATZLAWICK, J. BEAVIN et D. JACKSON
Axiomatique de la communication
• C. La nature d’une relation dépend de la ponctuation des séquences de communication
entre les partenaires

• Dans une relation, la ponctuation indique à l’autre le début ou la fin d’un échange déterminé

• La nature d’une relation dépend de l’ensemble des séquences de communication

• Les comportements et interactions de communications s’inscrivent dans des longues séquences


d’échanges qu’on ne peut pas isoler

• Les conventions de ponctuation abondent dans chaque société.

• Beaucoup des conflits relationnels naissent d’un désaccord sur la ponctuation de la séquence des
faits:
• Chacun perçoit que son hostilité est une réaction à l’hostilité de l’autre:
• « c’est l’autre qui a commencé »
Paul WATZLAWICK, J. BEAVIN et D. JACKSON
Axiomatique de la communication
• D. Les être humains usent deux modes de communication: digital et analogique
• Le langage digital possède une syntaxe logique très complexe et très commode, mais manque d'une sémantique appropriée à la relation.
• Le langage analogique possède bien la sémantique, mais non la syntaxe appropriée à une définition non équivoque de la nature des relations.
• Exemple:
• Dire « Je t’aime » a le mérite – ou le défaut – d’être clair et donc engageant.
• Par contre, offrir une rose peut apparaître comme une démarche plus profonde sur le plan affectif.
• Mais elle est aussi plus ambiguë et sa signification peut dès lors être plus facilement niée ou redéfinie.
•  C’est ainsi que naissent beaucoup de malentendus.

• Par ailleurs, la partie non-verbale (vocale et gestuelle) d’un message est essentiellement analogique.
• Basée sur un code dont les unités significatives sont généralement graduables (et donc non «discrètes »)
• ignorant la logique des contraires (ne possède pas la négation)
• permettant la condensation (l'ambivalence et la polysémie)

• la partie analogique de la communication est prédisposée à l'expression affective, à la définition des indices de contextualisation (et donc de la
relation) et à l'expression de l'inconscient.

• L’observateur sera particulièrement vigilant lorsque le message digital est contredit par le message analogique
Paul WATZLAWICK, J. BEAVIN et D. JACKSON
Axiomatique de la communication
• E. toute échange communicatif est symétrique ou complémentaire selon qu’on se fonde sur
l’égalité ou la différence
• Notions sont issues du travail de G. Bateson sur la «schismogenèse».
• Les deux types principaux:
• la symétrie où la recherche du maintien de l'égalité peut obliger à la surenchère (cf. la course aux armements)
• la complémentarité (cf. relation Nord-Sud) où la différence risque en sens inverse de s'accroître toujours plus.

• Dans la vie courante cependant, des mécanismes régulateurs maintiennent la relation à un niveau
d'équilibre ».
• La relation qui s'établit entre individus ou groupes est toujours basée sur l’un ou l’autre de ces
paramètres.
• Les relations toujours symétriques dégénèrent souvent en escalades qui aboutissent généralement à
l'éclatement.
• Les relations toujours complémentaires aboutissent plus souvent à une forme de rigidité.

• Dans le deux cas, la situation devient potentiellement pathogène.


WATZLAWICK, WEAKLAND et FISH
Théorie du changement
• Deux types de changement:
• Changements de type I:
• Solution - faire un peu plus de la même chose aussi longtemps que le résultat attendu ne se produit pas
• Pour soulever une table, nous augmentons progressivement la force jusqu’à ce que le meuble bouge
• Lorsqu’un pianiste souhaite apprendre un morceau, il répète encore et encore jusqu’à la maîtrise

• Cependant, il arrive que celle-ci échoue parce la « solution » qui consiste à « faire plus de la même chose » ne suffit pas, voire aggrave le problème.
• « remonter » le moral d’une personne dépressive en lui faisant apparaître ses atouts dans la vie augmentent le sentiment de culpabilité ou le sentiment d’être incompris ;
• la volonté des parents à contrôler leur adolescent accroît la volonté de ce dernier à échapper au contrôle.

•  un changement de type I ne suffit plus et/ou aboutit à une impasse.

• Changements de type II:


• Solution – devenir créatif en faisant quelque chose de radicalement différent

•  Le problème doit être recadré en élargissant le contexte d’analyse et en redéfinissant le problème (changement de type II).
•  Il peut arriver que le simple fait de recadrer le problème permet de sortir de l’impasse.
• La genèse des problèmes: les tentatives de solution
Approches transgénérationnelles
et structurales
Approche contextuelle d’Ivan BOSZORMENYI-NAGY
(Meynckens-Fourez et Henriquet-Duhamel, 2014)

• Contexte:

• Interdépendance dynamique et éthique entre des personnes dont l’existence


même revêt de l’importance pour d’autres. (Heireman, 1989)

• Trame des relations interpersonnelles dans laquelle vit chaque individu, se


trouvant dans un rapport d’attente et d’obligation où ses actes ont un impact
sur l’autre et réciproquement.

• Texture qualitative des relations significatives entretenues par la personne


Approche contextuelle d’Ivan BOSZORMENYI-NAGY
(Meynckens-Fourez et Henriquet-Duhamel, 2014)

• éthique relationnelle
• Balance de justice : l’équilibre des relations, balance entre les mérites acquis
et les obligations contractées
• Relation est équitable et juste : équilibre correct donner et recevoir
• Ex: on peut recevoir de la considération en donnant de l’attention à tel autre plus fragile.

• Loyauté – force régulatrice des systèmes humains qui en assure la continuité


• Loyauté familiale – consanguinité, parenté:
• Loyauté verticale: le fait d’avoir reçu la vie constitue un lien primitif indéfectible
• Loyautés horizontales: nouvelles relations, fratrie, amis …
• Chaque partie se trouve en position d’égalité – Droits et obligations réciproques
Approche contextuelle d’Ivan BOSZORMENYI-NAGY
(Meynckens-Fourez et Henriquet-Duhamel, 2014)

• Conflits de loyauté
• Chacune des parties en relation doit tenir compte de ses propres loyautés

• Les loyautés verticales et horizontales sont confrontées entre elles et


provoquent des conflits

• Les conflits de loyauté deviennent invivables lorsque la tension atteint un


point tel qu’elle empêche la loyauté aux relations verticales de s’exprimer.

• !!! Toute relation peut être rompue sauf celle qui existe entre parents et
enfants, même lorsque dix mille kilomètres les séparent.
Approche contextuelle d’Ivan BOSZORMENYI-NAGY
(Meynckens-Fourez et Henriquet-Duhamel, 2014)

• Louisa et Stefano sont mariés depuis trois ans. Ils viennent consulter parce
que la jalousie de Stefano devient insupportable. Louisa ne peut s’absenter du.
domicile sans que Stefano l’appelle sur son portable. Quand elle rentre, les
questions pleuvent: « Où étais-tu? À qui parlais-tu? » Elle ne peut plus. Depuis
trois ans, le couple habite dans la même maison que les parents de Louisa. De
son côte Stefano a rompu tous les points avec ses parents, et même avec ses
frères et sœurs: « Je n’en pouvais plus de leur possession, ils voulaient
toujours tout régenter ». Sa propre jalousie et le contrôle intense qu’il exerce
sur la vie de Louisa peuvent être entendus comme l’expression de sa loyauté à
sa famille d’origine. Tout se passe comme s’il remettait en scène avec sa
femme les relations habituelles dans sa propre famille et dont il a
énormément souffert.
Approche contextuelle d’Ivan BOSZORMENYI-NAGY
(Meynckens-Fourez et Henriquet-Duhamel, 2014)

• Loyauté invisible
• Lorsqu’une personne ne peut être ouvertement loyale à ses origines, les
loyautés deviennent invisibles

• Lucien, dont les parents sont divorcées, se présente comme menteur lorsqu’il est avec
sa mère. Celle-ci ne peut s’empêcher d’y retrouver un trait de caractère qu’elle
détestait chez son ex-mari. Le thérapeute, sentant à quel point il est important pour
cet enfant de se reconnaître comme le fils de son père, peut s’adresser à lui: « N’y a –
t-il pas une autre caractéristique de ton père, positive, que tu pourrais incarner pour
témoigner de ta fidélité?

• Redéfinir le comportement symptomatique comme une preuve de loyauté familiale


invisible
Approche contextuelle d’Ivan BOSZORMENYI-NAGY
(Meynckens-Fourez et Henriquet-Duhamel, 2014)

• Légitimité
• Je gagne quelque chose en donnant
• Je gagne quelque chose si je prends un risque d’engagement, de préoccupation, de
souci.  J’acquiers des mérites qui vont me légitimer. (Légitimité constructive)

• Pour celui qui a subi une injustice, la légitimité peut prendre la figure d’une
vengeance différée, d’une exigence à réclamer son dû (légitimité destructive)
• Ainsi, une personne lésée cherchera à obtenir une compensation; un préjudice pourra
légitimer une action destructrice
• Ces actions « réparatrices – destructives » peuvent se transmettre de génération en
génération.
• Si une réparation n’a pas pu être trouvée dans une génération, celle-ci peut alors charger la
génération suivante d’obtenir cette réparation (legs)  des loyautés intergénérationnelles
qui aboutissent à l’apparition des symptômes.
Approche basée sur la différenciation de soi: Murray BOWEN

• La famille est considérée comme une unité émotionnelle.


• Le symptôme apparaît comme un processus de métabolisation
destiné à rétablir un équilibre perturbé.

• Deux variables influencent particulièrement les systèmes émotionnels


humains: l’angoisse et la différenciation de soi.
• L’angoisse est susceptible d’être transmisse d’une génération à l’autre
• De même la différenciation de soi – qui rend compte du niveau de fusion
qu’un soi atteint dans ses relations intimes
Approche basée sur la différenciation de soi: Murray BOWEN
(Favez, 2011)

• La différenciation de soi:
• La capacité de penser et réfléchir et de ne pas réagir automatiquement aux stress émotionnels, d’origine interne ou externe,
• de pouvoir se différencier Soi de sa famille.

• Dans certains famille, les membres sont « collés » les uns aux autres, réagissent tous de la même manière et
présentent une unité qui exclut les manifestations d’autonomie – FUSION: un état de différenciation très
bas.

• Plus les personnes sont indifférenciées


•  plus elle tendent à réagir émotionnellement de façon intense et non contrôlé, avec des relations interpersonnelles soit
teintées de soumission, ou au contraire de méfiance systématique.

• Une des caractéristiques de la différenciation est la possibilité de discriminer entre pensées et émotions.
• Les personnes les plus différenciées peuvent distinguer entre les deux et ainsi choisir de répondre à une situation sur une
base plutôt intellectuelle ou plutôt émotionnelle.
• Les personnes les moins différenciées n’arrivent pas à opérer cette distinction et sont guidées dans leurs réactions par les
émotions, propres par celles des autres.
Approche basée sur la différenciation de soi: Murray BOWEN
(Meynckens-Fourez et Henriquet-Duhamel, 2014)

• Différenciation de soi:
• processus de croissance personnelle – vise à sortir des relations fusionnelles,
que l’on rencontre spontanément lorsqu'il y a angoisse

• Élaboré par un individu au sein de son groupe d’appartenance

• Prise de distance du « facteur émotif » pour sortir de la « masse du moi


familial indifférencié », de la masse du « moi institutionnel indifférencié », de
la tendance spontanée à la fusion en réaction à l’angoisse.
Approche basée sur la différenciation de soi: Murray BOWEN
(Meynckens-Fourez et Henriquet-Duhamel, 2014)

• Le travail de différenciation permet de se positionner sans attendre le soutien de l’autre, sans réagir
émotionnellement à ses critiques
• L’individu s’engage alors dans toute une gamme de relations intenses sans avoir « besoin » de l’autre,
« besoin » qui pourrait empêcher son fonctionnement.
• « L’autre » dans une telle relation ne se sent pas utilisé et ne doit ni louer ni critiquer, ce qui permet le
respect de l’identite de chacun et l’orientation vers un but.

• « Voila qui je suis, ce que je crois, ce que je soutiens, ce que je veux faire, et ne pas faire ».

• Il s’agit de garder un fonctionnement émotionnel contenu dans les limites du soi, ce qui donne la liberté de
se mouvoir dans n’importe quel système de relation.

• À terme, la différenciation renforce la cohésion d’une famille ou d’une équipe plus qu’elle ne l’entrave, car
elle permet la recherche d’une cohérence qui ne nie pas les différences.
Approche structurale de Salvador MINUCHIN
• La famille ne peut remplir correctement ses fonctions que si sa structure
n’est pas perturbée

• Structure familiale « saine »:


• Frontières clairement délimitées entre les générations et les individus
• Règles familiales fonctionnelles
• Distances interpersonnelles adéquates
• Participations aux divers sous-systèmes bien délimités qui permettent
l’apprentissage des rôles familiaux et sociaux

• Notion de cycle de vie familial: une famille évolue et les tâches et les
contraintes se modifient avec le temps
Cybernétique et théorie des systèmes
• Cybérnetique (WEINER, 1944) – décrire les systèmes qui sont régulés par des boucles de
rétroaction.

• Boucle de rétroaction positive:


• Conduit à un comportement divergent: expansion indéfinie, explosion ou blocage total des activités
• Le « plus » entraîne le « plus »  effet de « boule de neige »
• Le « moins » entraîne le « moins »  les choses se réduisent
• Accélérer la transformation dans le même sens que le résultat précèdent
• Ses effets sont cumulatifs
•  rétroaction positive: instabilité, désordre destructeur

• Boucle de rétroaction négative:


• Convergence vers un but
• Maintien d’un équilibre – ses effets stabilisent le système
• Tout variation vers le « plus » entraîne une correction vers le « moins »
•  rétroaction négative: rôle stabilisateur
Première cybernétique
• La réalité existe hors du langage dont la fonction est de le traduire
sous forme de représentations ou descriptions.

• Une théorie de la communication

• Concepts clés:
• Rétroaction
• Homéostasie

• L’attention porte sur la stabilité du système et la notion d’ordre.


Propriétés des systèmes
• Totalité:
• les liens qui unissent les éléments d’un système sont si étroits qu’une modification de l’un des éléments
entraînera une modification de tous les autres et du système entier.

• Non-sommativité:
• les propriétés d’un système ne résultent pas seulement (voire pas du tout) de la somme des propriétés de ses
éléments.

• Equifinalité:
• les même conséquences peuvent avoir des origines différentes.

• Rétroaction:
• les liaisons entre les éléments du système sont circulaires

• Homéostasie:
• un système tend à maintenir son équilibre
La famille en tant que système
• La famille obéit aux lois générales des systèmes

• La famille est gouvernée par un ensemble des règles

• Chaque famille est délimitée par des frontières qui présentent de propriétés spécifiques à chacune d’entre elles

• Ces frontières sont semi-perméables

• Les familles tendent à chercher un équilibre homéostatique

• Les interactions et les mécanismes de rétroaction sont importants dans la description et la compréhension des systèmes

• Les comportements sont mieux expliques par des processus de causalité circulaire que par des processus de causalité linéaire

• Chaque système familiale est constitué des sous-systèmes et est lui-même inclus dans des super-systèmes
Fonctions de la famille
• Fonction de contenance et défensive
• Limites dedans/dehors et frontières externes, satisfaction des besoins
d’attachement et de protection

• Fonction identificatoire
• Inscription des racines dans une histoire, intégration des valeurs familiales

• Fonction organisatrice de la personnalité


• rôles, places, statuts, modèles des relation aux autres et eu monde ….
Cybernétique du second ordre (von FOERSTER)
• L’observateur ne peut être dissocié du système observé
• Il n’y a a d’autre réalité que celle construite par l’observateur

• Processus de changement

• Morphogénèse: un système confronté à une crise ( une situation pour


laquelle il n’existe pas de solution « classique », doit créer des nouvelles
réponses en modifiant sont organisation, souvent de manière irréversible.
Quatre types de changement
Changement de type I – l’homéostasie

• Fluctuations de l’environnement – Maintenir le système en équilibre –


rétroactions négatives

• Forme la plus élémentaire de rééquilibrage

• Régulation - Fonction strictement conservatrice

• Automatique, mécanique, très peu sophistiquée

• Suffit pour répondre à une perturbation prévisible et d’amplitude modérée


Quatre types de changement
Changement de type II – l’adaptation fonctionnelle
• Création des nouveaux programmes ou par ré-codage

• Répondre à des modifications durables de l’environnement

• Les finalités internes du système ne sont pas modifiées

• Suffit – faire face à une classe de perturbations prévisibles, mais dont la


modalité précise est inconue

• Ex: faire une fièvre lors d’une attaque bactérienne ou virale


Quatre types de changement

• Changement de type III – l’adaptation structurelle


• L’adaptation ne peut plus s’opérer sans modifier la finalité
• Quelques modifications de structure s’imposent
• ex: changements à la naissance
• à la naissance, deux changements apparaissent: l’échange gazeux a lieu dans les poumons et la circulation
placentaire cesse après à la section du cordon. Ces modifications entraînent l’inversion des pressions dans les
oreillettes qui, en pressant deux membranes l’une contre l’autre produisent à leur tour la fermeture fonctionnelle
d’un conduit cardiaque. Sur l’instant il s’agit d’une adaptation fonctionnelle. Cependant, elles finissent par se
souder de sorte qu’à la fin de la première année, ces membranes sont fusionnées chez presque tous les enfants.

• Changement de type IV – la morphogenèse


• Par adoption des nouvelles finalités dans des environnements changeants
• L’équilibre se définit par la satisfaction des finalités en changement permanent
• Mutation qui s’impose aux termes d’événements « catastrophiques » et qui désignent le lieu où
une fonction, change brusquement de forme
• Ex: développement d’un embryions
• Développement progressifs des organes au cours de la vie embryonnaire