Vous êtes sur la page 1sur 2

Lu pour vous

La Météorologie - n° 84 - février 2014 57

Concepts et méthodes
pour le météorologiste
Tome 1 : Les savoirs : modèles conceptuels et données disponibles
Christophe Calas

Les intentions
et leur mise en actes
La série des « Cours et manuels » de
Météo-France se propose de rassem-
bler sous bannière didactique l’ensem-
ble des savoirs et savoir-faire
nécessaires aux activités d’analyse et
de prévision météorologiques opéra-
tionnelles sur la France (et l’Europe
occidentale) ; entreprise éminemment
louable et utile, la documentation sur
ces sujets étant plutôt à ce jour épar-
pillée dans une littérature « grise »,
papier et internet, d’ailleurs pas forcé-
ment toujours rédigée avec le souci de
la pédagogie.

Christophe Calas a abordé ce projet


ambitieux avec le maximum d’atouts.
Lui-même a une solide expérience de
l’analyse et de la prévision, qu’il a d’ail-
leurs mise depuis quelques années au
service de la formation (il dirige et
anime désormais le département
« Prévision et applications de la météo-
rologie » à l’École nationale de la
météorologie). Il s’est aussi assuré le
concours de conseillers et de relecteurs
extrêmement consciencieux, eux-
mêmes soit praticiens experts des sujets
traités, soit professionnels dotés d’une Il sera décliné en deux tomes : le pre- • les phénomènes orageux : mécanismes,
grande culture météorologique. De mier, consacré aux « savoirs », a été typologie, interactions avec l’environne-
bons acteurs, une condition nécessaire, publié au deuxième trimestre 2013 ; le ment synoptique, systèmes convectifs
encore restait-il à bien mettre en scène second, dédié aux « savoir-faire », res- de méso-échelle, climatologie ;
la pièce. tant à paraître. Très fidèlement à son • les phénomènes de basses couches
titre, le tome 1 est organisé en deux par- et les phénomènes locaux : brouillards
Le projet concerne a priori toutes les ties, dont on peut entreprendre l’étude et nuages bas, phénomènes orogra-
échelles atmosphériques d’intérêt pour dans n’importe quel ordre. phiques, brises et vents régionaux,
la prévision du temps (de « suprasy- pellicule froide.
noptique » à « aérologique »), mais se La partie consacrée aux modèles
limite au domaine géographique conceptuels est structurée en quatre cha- La partie dédiée aux données disponi-
concernant la France et l’ouest de pitres, qui abordent successivement : bles propose cinq chapitres qui traitent
l’Europe, c’est-à-dire aux latitudes • les régimes de temps de l’Atlantique respectivement :
tempérées et au domaine thématique Nord, selon les deux approches « dyna- • des observations de surface (pointage
de la prévision générale. En sont micienne » et « statisticienne » (dont les « Synop » et cartes) ;
donc écartés les zones tropicales et liens sont expliqués), avec leur variabi- • des observations en altitude in situ
polaires, ainsi que les outils et métho- lité et les transitions entre eux ; (radiosondages et avions) et de
des spécifiques pour des secteurs spé- • les perturbations des moyennes lati- la structuration en masses d’air de
cialisés (aéronautique, marin, etc.) tudes : mécanismes de cyclogenèse l’atmosphère ;
ou encore propres à la recherche sur et de frontogenèse, typologie des • des observations par télédétection
le sujet. perturbations ; (satellite et radar) et de la foudre ;
58 La Météorologie - n° 84 - février 2014

• des champs issus de modèles de pré- intuitive, et d’autre part elle se clarifie Je présume que cette remarque vaudra
vision numérique ; par l’exemple au fil des pages...). aussi pour le second tome.
• des données de fusion (combinaisons
entre différentes sources d’informa- Le propos est, quand nécessaire, illustré L’ouvrage fait lien à des sites internet.
tion). par la présentation ou la dissection de C’est désormais classique, et il n’y a
situations réelles ou fictives. Certains aucune raison de se priver de cette
Le résultat de cet ensemble me semble chapitres sont conclus par de grands richesse, même si les échelles tempo-
à la hauteur des intentions et devrait tableaux récapitulatifs et synthétiques relles de la pérennité du papier et du
combler prof itablement une lacune (éventuellement illustrés de petites virtuel peuvent être très différentes :
de la littérature météorologique vignettes iconographiques) d’une les écrits restent, « cette page web
française. grande utilité. Au delà du traitement n’existe plus » n’est pas si rare. La
« magistral » des thèmes abordés, un maintenance par un encart papier
La forme abondant jeu de questions/réponses va périodiquement glissé dans le livre est
La présentation matérielle de ces au devant des interrogations potentiel- concevable pour une « sitographie »
quelque 300 pages et plus est soignée, les du lecteur (formulées en sous-titres d’ensemble, plus difficile pour des
relativement aérée, bien illustrée et gras) pour préciser les notions expo- références disséminées dans le texte et
plutôt attrayante (confirmant d’ailleurs sées. Sous cette forme ou autrement, attachées à des assertions précises
ainsi l’évolution récente des ouvrages l’attention est souvent attirée sur les (mais ce problème dépasse bien sûr le
de la collection depuis leur statut d’ori- limitations des différents concepts, sur cas ici examiné).
gine de « polycopiés améliorés » il y a les pièges ou mésinterprétations à évi-
un quart de siècle). Certes, on reste dans ter dans les analyses d’observations ou
de cartes, ou encore sur la nécessité
En conclusion... provisoire
un ouvrage d’apprentissage, qui de plus Au final, l’ouvrage peut être utilisé
n’échappe pas complètement au coté d’hybridation des schémas types.
bien sûr pour acquérir les connaissan-
« catalogue » qu’impose l’objectif ces nécessaires à l’analyse et à la pré-
retenu, mais dans ce cadre, il est, sinon Dans le même esprit, l’auteur présente
vision météorologiques (c’est son
ludique, au moins d’un abord agréable. naturellement les concepts et organisa-
objectif), mais aussi comme une res-
Il comporte très peu de coquilles ou de tions de données actuellement utilisés
source à consulter en cas de besoin
fautes de présentation (la seule qui par les méthodes modernes de la météo-
(c’est son aspect complet). Il sera utile
saute vraiment aux yeux se trouve à la rologie, mais il revient aussi sur d’au-
aux étudiants en météorologie, aux
fin de la table des matières, et elle ne tres, qualif iés de « désuets » ou
météorologistes professionnels débu-
cause pas réel préjudice au lecteur). « abandonnés », mais dont la pratique
tants (ou moins débutants), et à tout
(souvent « manuelle ») s’avère cepen-
amateur ou utilisateur éclairé de la
L’expression écrite est bonne et fluide, dant particulièrement formatrice, et ce
météorologie (par exemple aux journa-
les phrases sont précises et informati- choix est à chaque fois soigneusement
listes, spécialisés ou non, auxquels est
ves, sans pratiquement de fautes de lan- précisé. On n’en n’attend probablement
probablement implicitement dédié le
gue française. Quelques traits d’humour pas moins d’un ouvrage à vocation
petit couplet de l’auteur intitulé « À
légers, distillés très discrètement et sans pédagogique (un coup d’œil dans le
bas les mini-tornades ! »).
tourner au procédé, contribuent ça et là rétroviseur historique est souvent for-
à égayer le propos. mateur), mais ceci n’est pas si fréquent
On l’aura compris, je considère que ce
(ça peut hélas passer pour ringard !), et
premier tome, celui des connaissances,
mérite d’être souligné.
Le fond est une réussite ; il place la barre à bon
niveau pour la suite, mais il constituait
Certains spécialistes passionnés pour- À propos des liens probablement la partie la plus facile du
ront probablement pointer des lacunes
(selon eux) dans la sélection de la et références travail envisagé : on attend avec intérêt
et impatience la publication du second
matière présentée, mais le contenu de L’ouvrage déroule son exposé (prati-
tome, qui sera celui de l’action...
l’ouvrage me paraît être le plus com- quement) sans équations. C’est une
plet qu’il soit possible d’attendre d’un position raisonnable, et l’aspect
ouvrage de formation, qui n’est pas « typologique » seul peut déjà satis- Gérard De Moor
une monographie technique, alors faire certains lecteurs ; mais, pour que
exhaustive par déf inition. C’est les connaissances qui y sont dispen-
d’ailleurs peu dire, car, de ce point de sées puissent être reçues « en compré-
vue certaines parties s’avèrent en fait hension », et pas seulement « en
très denses. extension », il convient d’avoir dans la
tête, ou au moins à portée de main, les
Mais surtout, pour un ouvrage dédié à bases scientifiques de la météorologie.
la formation, le parti-pris pédagogique Le livre Fondamentaux de météorolo-
est évident. Une grande importance est gie de Sylvie Malardel, cité dans la
donnée au fait de fixer une terminologie bibliographie, est probablement la
précise et rigoureuse, au point que ce meilleure référence en français de ce Concepts et méthodes pour le météorologiste
soit le thème principal de certains para- point de vue des prérequis, notamment Tome 1, Les savoirs : modèles conceptuels
graphes (du coup il est un peu dom- pour les plus modernes, mais son et données disponibles
mage que la notion même de « modèle caractère complet pourra intimider cer- Cours et manuels n° 21
conceptuel » ne soit pas définie plus tains ; une liste commentée offrant un Christophe Calas
précisément avant l’entrée dans le vif choix d’ouvrages, dont certains moins Météo-France, 340 p., 35 €
de la première partie... qui porte ce volumineux, pas forcément tous en Disponible gratuitement en ligne sur
nom, même si d’une part elle est un peu français d’ailleurs, aurait pu être utile. http://bibliotheque.meteo.fr