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INTRODUCTION A LA PSYCHOLOGIE CLINIQUE

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Objectifs et consignes

Objectifs généraux :

1. Citez, définir et différencier les principaux déterminants du


psychisme et du comportement humain.
2. Citer, différencier, expliquer les principaux concepts de la
psychologie clinique.
3. Comparer et expliquer les différences entre différentes
approches du psychisme et du comportement humain.

Consignes :

1. Lire les notes de cours avant la séance de cours.


2. Assister au cours permet de prendre connaissance de documents
vidéo (qui sont mis en ligne). Il est dès lors hautement
recommandé d’assister au cours.
3. Participer aux évaluations intermédiaires (cf planning au cours et
sur moodle).

Évaluation :

- Interrogation au premier quadrimestre - Examen écrit en janvier.


- Basé sur la connaissance des concepts et des courants cliniques.

Remarque :

- Ce cours est complémentaire au cours de « Théories de la


personnalité » donné par le Professeur J. Gaugue. Les étudiants
ont intérêt à aborder ces deux cours en parallèle.

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INTRODUCTION A LA PSYCHOLOGIE CLINIQUE

I.

L’homme biologique

Partim : S. Hendrick

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Chapitre 1

Avant- propos (à lire impérativement)

La psychologie se définit comme l’étude du comportement et du vécu psychique de l’être


humain. La psychologie clinique est une branche de la psychologie qui s’intéresse plus
spécifiquement aux comportements et aux vécus psychiques de la personne en souffrance.
Ceci inclut, mais pas uniquement, la personne souffrant d’un handicap mental ou physique,
d’une maladie somatique ou psychiatrique. En effet, l’état de souffrance n’implique pas
nécessairement la notion de maladie. Par exemple, la crise d’adolescence ou un divorce
entraînent des bouleversements tant au niveau de l’individu concerné que de son entourage,
bouleversements souvent pénibles qui peuvent conduire l’un ou l’autre à consulter.

Notre ambition est d’aborder l’homme dans sa globalité : psychique et physique,


individuelle et sociale. Le comportement et le psychisme sont en effet déterminés par
l’ensemble de ces facteurs.
Nous souhaitons également promouvoir l’esprit d’observation chez le futur psychologue.
Car, il s’agit d’une des rares professions dont on peut dire que le « laboratoire » se situe
partout : au bureau ou en salle d’observation certes, mais aussi en rue, dans les lieux publics
ou privés, dans l’intimité ou dans les lieux très fréquentés.
La vision que nous souhaitons apporter de la psychologie clinique se veut éclectique,
transdisciplinaire, ouverte … Car l’humain est un phénomène si complexe qu’aucune
discipline, aucune théorie, aucun modèle ne peut prétendre, à lui seul, de l’embrasser et le
circonscrire. On ne peut, certes, les maîtriser toutes, mais on ne peut guère davantage faire
comme si on en ignorait l’existence et les éléments que chacun ou chacune peut apporter à la
compréhension du phénomène humain.

De façon schématique, pour appréhender l’état de souffrance d’une personne, le


psychologue clinicien dispose de trois grandes méthodes : écouter, observer et tester. Les
deux premières se font essentiellement à « mains nues » (sans matériel1) alors que la troisième
requiert des outils spécifiques (tests, échelles2).
Cependant, il est humainement possible de tout écouter et de tout observer. Ceci
dépasserait les facultés de traitement de l’information du cerveau. Il importe dès lors d’avoir
une écoute sélective et une méthode d’observation focalisée sur certains aspects du
comportement. Autrement dit, le clinicien doit disposer de grilles de lectures du
comportement, c’est-à-dire de « théories ». Ces théoriques font l’objet de ce cours.

Un mot sur le mot « théorie». Ce terme est souvent mal compris. Il est souvent teinté de
connotations négatives renvoyant à des notions telles que « abstrait », « impraticable »,
« irréaliste », « cérébral », voire « méprisant ». Il faut bannir ces représentations car, comme
Grégory Bateson l’affirmait, il n’y a rien de plus pratique qu’une bonne théorie !
1
On peut évidemment utiliser aussi des outils pour l‘écoute et l’observation, mais ceux-ci sont souvent peu
adaptés aux conditions réelles de la pratique clinique où il faut agir, prendre des décisions en même temps que
l’on écoute et que l’on observe.
2
Qui font l’objet d’autres cours.

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En effet, un théorie est avant tout un construction intellectuelle certes, mais qui est
méthodique et qui sert permet d'expliquer un grand nombre de faits ! Elle s’oppose donc à la
spéculation qui est aussi une construction intellectuelle, mais totalement subjective et
arbitraire et qui ne sert généralement qu’à confirmé des préjugés.
En outre, une « bonne » théorie permet de prendre décisions appropriées et d’entreprendre
des actions adaptées. Ce qui se traduit pour le psychologue clinicien par des évaluations
cliniques utiles et des interventions thérapeutiques efficaces !

Le cours d’Introduction à la psychologie clinique, parce qu’il expose les principales


théories du comportements et du psychismes humain, a pour objectif de vous expliquer les
théories qui vous aiderons à écouter, à observer et à tester et surtout à interpréter les résultats
de ces trois activités de base !
En particulier, ce cours vous donne les bases indispensables pour suivre le cours
d’Entretien clinique !

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1. Une jungle terminologique

Dans la section précendente, nous avons déjà utilisé des termes techniques. Tachons de les
définit.

Psychopathologie

- "Étude des souffrances de l'âme" (Etymologie)


- Théorie de la connaissance du fait psychiatrique (POROT)
- càd décrire, classer (nosographie), expliquer (étiologie)
- S'inspire des sciences médicales mais aussi psychologiques, sociales, culturelles et
anthropologiques.

Psychiatrie

- Étymologie : "psy" mental et "iatreia" (traitement).


- Discipline médicale dont l'objet est l'étude et le traitement des maladies mentales.

La psychopathologie est donc une notion à la fois plus restreinte que la notion de
"psychiatrie" puisqu'elle ne s'intéresse pas, comme elle, au traitement, et à la fois plus large,
puisqu'elle ne se limite pas à une lecture purement descriptive des maladies mentales
(sémiologie), mais tente d’expliquer leurs mécanismes (psychopathologie).

Sémiologie

- Théorie générale des signes (LAROUSSE)


- En psychiatrie et en psychopathologie : la notation précise des signes qui composent
les tableaux cliniques des maladies mentales et qui permet leur diagnostic et leur pronostic.
(d'après EY)
- En psychiatrie et en psychopathologie, "symptôme" est synonyme de "signe"

Symptôme
- (Gr. sumptôma : coïncidence) Indice, présage. Méd. phénomène qui révèle un trouble
fonctionnel ou une lésion (LAROUSSE).
- On distingue parfois les symptômes positifs (manifestation de signes, exemple :
discours délirant) des symptômes négatifs (déficit, exemple : repli sur soi)

Syndrome
- (Gr. sundromê : concours )(LAROUSSE) Méd. Ensemble des symptômes qui
caractérisent une maladie.
- "(...) un groupement nosographique fondé sur la coexistence habituelle et la
subordination logique des symptômes; c'est un tout, une unité clinique dont les éléments sont
rapprochés entre eux par des liens d'affinité naturelle" DUPRE cité par POROT.
Le syndrome est un terme plus superficiel et plus prudent que le terme "maladie". Une
maladie est une entité relativement bien définie non seulement en ce qui concerne ses
symptômes mais aussi quant aux causes (étiologie), ses modes d'action, son traitement et/ou
son pronostic (exemple : tumeur du foie).

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Le syndrome est un constat descriptif qui définit un ensemble de symptômes plus ou moins
liés entre eux. Ainsi, si tout le monde s'accorde sur le fait qu'il existe bien un syndrome
schizophrénique, il n'est pas certain à 100% qu'il ne s'agisse que d'une maladie. C'est peut-
être une maladie ou peut-être plusieurs maladies liées entre elles (par exemple un trouble
fonctionnel du système nerveux qui rend vulnérable à des processus "psychotisants" de la
pensée ?) ou une maladie qui peut s’associer à un trouble psychique d’origine relationnelle.

Néanmoins, les symptômes sont des signes de quelque chose de caché. Qu'est-ce qui est
caché ? S'agit-il d'une "maladie" (approche médicale) et/ou de quelque chose qui est de l'ordre
du sujet et de son fonctionnement mental, voire social (approche psychologique) ? Les
symptômes nous renseignent-ils sur la personne ou plus précisément sur le caractère et la
personnalité de cette personne ?
La sémiologie soulève aussi la question du diagnostic :

Diagnostic

- Jugement porté sur une situation, sur un état (LAROUSSE).


- Identification d'une maladie par ses symptômes (LAROUSSE)

Le psychodiagnostic
- Évaluation des problématiques, mais aussi des ressources du sujet perçu dans sa totalité
psychique, familiale, relationnelle, sociale et culturelle.
- Le psychodiagnostic, au contraire du diagnostic psychopathologique, n'implique pas
nécessairement la notion de maladie (une problématique de couple n'est pas, a priori, une
"maladie").

Psychologie
- Étymologie : "psy" mental et "logos" discours, science.
- La psychologie étudie la vie mentale, ses conditions et ses manifestations.
- Au sens large, la psychologie s'intéresse donc aux processus "normaux" de la vie
mentale (Psychologie génétique : développement de l'enfant, psychologie sociale :
comportement des humains en groupe).
- La psychologie clinique est cette branche de la psychologie qui s’intéresse plus
particulièrement à la personne en souffrance psychique et/ou à la maladie mentale
(infra).

Caractère :
- (Gr.kharaktêr, signe gravé ) Manière habituelle de réagir, propre à un individu donné
(LAROUSSE)
- "Ensemble des dispositions congénitales qui forment le squelette mental d'un homme
(...) antérieures à l'histoire de l'individu et indépendantes du contenu de cette
histoire" (LE SENNE).
- « … l’ensemble des manières individuelles de sentir et de réagir qui distingue
l’individu de l’autre. Il s’agit d’une manière constante alors que l’humeur est une
disposition passagère » (GILLIERON, 1996, p.44).

Personnalité

Ensemble des comportements qui constituent l'individualité d'une personne (LAROUSSE).


On constate que la notion de « caractère » est plus restrictive que celle de « personnalité ».

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La notion de « caractère » renvoie davantage à l’idée de prédisposition, de disposition


congénitale alors que celle de « personnalité » inclut également une dimension
d’apprentissage.

Structure de personnalité

- Une structure est une"manière dont les différentes parties d'un ensemble, concret ou
abstrait, sont disposées entre elles et sont solidaires, et ne prennent sens que par rapport à
l'ensemble" (LAROUSSE)
- Structure de la personnalité : la base idéale d'aménagement stable des éléments
métapsychologiques (BERGERET). Cet auteur apporte l'idée qu'il existe deux grandes
structures de personnalité, névrotique et psychotique, qui fonctionnent à l'état "normal" ou
"décompensé" (une structure psychotique peut donc être "saine") et un aménagement appelé
"Etat limite" qui n'est pas une structure, donc ni stable ni équilibrée et qui est par nature
"anormale".
- De ce point de vue, le « caractère » est une des manifestations visibles (dans les
relations interpersonnelles en particulier) de la structure de « personnalité » qui serait quant à
elle invisible (GILLIERON, 1996, p.44).

Développement de l’appareil psychique

- L’appareil psychique (personnalité, caractère) se développe sur un socle biologique à


partir des expériences relationnelles.

Biologie
Appareil Psychique
Entourage

Naissance Age adulte


(in GILLIERON, 1996, p.55)
Psychothérapie

GUYOTAT (1978)3 définit la psychothérapie comme « l’ensemble des moyens


psychologiques qui peuvent être mis en œuvre dans un but thérapeutique4 ».

2. Définition et buts de la psychologie clinique

1. Sources juridiques et terminologie

Si les conditions concernant le port du titre de psychologue est aujourd’hui défini par le
législateur (Loi du 8 novembre 1993), celui-ci ne dit rien à propos des divers métiers exercés
par les psychologues. Or, ces métiers sont très divers et requièrent des formations souvent
très spécifiques.

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Cité par CHAMBON et MARIE-CARDINE, 1999
4
op. cit, p.7

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Face à ce vide juridique, les professionnels ont tenté de s’organiser. En Belgique, la


Féderation Belge des Psychologues (FBP) est une des deux organisations reconnues comme
représentatives des psychologues et pouvant proposer des membres à la Commission des
Psychologues - l'autorité fédérale compétente pour tous les psychologues en Belgique.
Pour cette raison, avec les universités, la FBP est devenue un des principaux interlocuteurs
du gouvernement fédéral.

La Féderation Belge des Psychologues (FBP)

La Fédération Belge des Psychologues est la plus grande asbl de psychologues et


regroupe également des étudiants de master universitaire en psychologie.
La plupart des membres de la fédération le sont via une de ses associations membres.

Les missions de la FBP peuvent se résumer en trois aspects :


- Promouvoir la pratique de la psychologie sur une base responsable et scientifiquement
fondée
- Stimuler les intérêts professionnels des psychologues et les droits de leurs clients
- Organiser un forum pour les membres afin d’échanger connaissances et expériences

Parmi les réalisations les plus importantes de la FBP, on peut citer le code de
déontologie qui doit être respecté par les membres et va plus loin que les prescriptions
légales et la protection légale du titre de psychologue.

Depuis l’introduction de la Loi du 8 novembre 1993 concernant la protection du titre de


psychologue, la FBP est la seule organisation reconnue comme représentative des
psychologues et pouvant proposer des membres à la Commission des Psychologues -
l'autorité compétente pour tous les psychologues en Belgique. Il ne faut néanmoins pas
confondre la Commission des Psychologues avec les commissions de la FBP,
puisqu'elle est une instance officielle qui fait partie du gouvernement fédéral et donc pas
de la FBP qui est une asbl.

Les commissions de la FBP regroupent des experts des différents groupes linguistiques
et des associations membres de la fédération. Citons plus particulièrement la
Commission Ethique et Déontologie, la Commission Psychodiagnostic et la
Commission de la Psychologie Clinique.

La FBP est la seule fédération belge reconnue par la fédération européenne EFPA,
l’organisation de psychologues européens la plus importante. Malgré sa taille, la FBP
est une des associations les plus actives au sein de l’EFPA.

Depuis 2012, la FBP est également reconnue comme fédération professionnelle au sein
du Conseil Supérieur des Indépendants et des PME.

La FBP et ses associations membres offrent une palette de formations complémentaires.


Le fait d’être membre de la fédération est généralement aussi une garantie de formation
continuée.

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L’EFPA – European Federation of Psychologist’s Associations

La FBP faisant référence à l’EFPA, en voici une définition.

EFPA is the leading Federation of National Psychology Associations.


It provides a forum for European cooperation in a wide range of fields of academic
training, psychology practice and research.
There are 35 member associations of EFPA representing about 300,000 psychologists.
The member organizations of EFPA are concerned with promoting and improving
psychology as a profession and as a discipline, particularly, though not exclusively, in applied
settings and with emphasis on the training and research associated with such practice.
The psychologists in the member associations include practitioners as well as academic
and research psychologists.
The Federation has as one of its goals the integration of practice with research and the
promotion of an integrated discipline of psychology.

Source : http://www.efpa.eu/about

EuroPsy – European Certificate in Psychology

L’EFPA a établi un certain un ensemble de critères en matière de certification connue sous


le sigle : EuroPsy (European Certificate in Psychology).
What is EuroPsy?

EuroPsy is the European qualification standard for psychologists.


EuroPsy supplements national standards and helps the public to identify whether a
psychologist can be considered competent to practice in a particular area.
EuroPsy is awarded to psychologists who meet a list of educational and professional
requirements.
EuroPsy is being implemented throughout Europe as from 2010.
EuroPsy has been established by the European Federation of Psychologists’ Associations
(EFPA).

Source : http://www.europsy-efpa.eu/about

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2. Psychologie et psychologie clinique

Clinique

La psychologie clinique est une branche de la psychologie générale qui s'intéresse à


l'humain en souffrance (clinique=kliné=au chevet, auprès du lit).
Le terme « clinique » renvoie donc conjointement à deux notions :
- Une approche de l’individu dans sa singularité, aux cas pas cas !
- Une approche de la personne malade ou en souffrance.
La psychologie clinique envisage le sujet dans sa totalité biologique, psychologique et
sociale. Elle prend donc en compte tout autant le développement normal de l'individu que son
évolution pathologique.

Psychologie clinique - Définition de la Fédération belge des psychologues

On pourrait décrire la psychologie clinique comme le secteur qui utilise les connaissances
psychologiques pour assurer la prise en charge de clients ayant des problèmes de santé
mentale et de bien-être. Il peut s’agir de problèmes liés aux émotions tels que l’anxiété ou le
stress, de problèmes de comportement tels que les addictions, de problèmes relationnels ou de
troubles psychologiques plus spécifiques. Le but des psychologues cliniciens est d’assurer une
prise en charge des patients qui dans les cas où elle ne les guérit pas complètement leur
permet de mieux vivre.

Les psychologues cliniciens interviennent essentiellement dans trois domaines : le


diagnostic, la thérapie et la prévention. Le psychologue clinicien assure entre autres la prise
en charge du client (diagnostic et proposition de prise en charge), l’intervention de crise, le
conseil psychosocial, la consultation, le counseling, la psychothérapie.

Les psychologues cliniciens répondent à des questions telles que :


• Comment puis-je mieux communiquer ?
• Comment diminuer mon stress pour me sentir mieux ?
• Comment accepter ma maladie, mon handicap ?
• Comment arrêter de boire, de me droguer ?
• Quels troubles psychologiques sont présents chez telle personne ?
• Quelle est l’origine de ces troubles ?

Les psychologues cliniciens travaillent comme indépendants ou en équipe entre autres dans
les soins de première ligne, les soins ambulatoires, les institutions de soins.

Source : http://www.bfp-fbp.be/fr/node/98

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Par conséquent, la psychologie requiert une formation post-univertaires comme en


témoigne les recommandations de EuroPsy ci-dessous.

EuroPsy requires psychologists to

have an academic education in psychology of five years or more


have done at least one year of practice under the supervision of a qualified supervisor
provide evidence of current professional competence
subscribe to a statement on ethical conduct
engage in continued professional education

EuroPsy requires specialist-psychologists to

meet the requirements of the basic EuroPsy


have completed a postgraduate study of at least 400 hrs
have gathered postgraduate experience and training during at least 3 years
have done at least 500 hours of supervised specialized practice under supervision of a
qualified supervisor, with at least 150 contact hours with the supervisor
provide evidence of current specialized professional competence

Source : http://www.europsy-efpa.eu/requirements

Ce document implique donc que pour exercer la psychologie, une année de stage supervisé
est nécessaires.

Pour devenir psychologue-spécialisé – et par conséquent psychologue clinicien – il


faut en outre :
- Remplir les conditions de base pour porter le titre de psychologue.
- Avoir suivi une formation post-gradué (entendez, post master) de 400 hrs.
- Pouvoir justifier d’une pratique professionnelle de 3 ans.
- Parmi ces 3 années, pouvoir justifier d’une pratique professionnelle supervisée de
500 heures.

Compte tenu de leurs spécificités, il nous semble en outre utile de différencier le


psychologue clinicien de l’enfant et de d’adolescent du psychologue clinicien de l’adulte.

Si le législateur belge ne s’est pas encore prononcé sur ces propositions, la plupart des
employeurs belges qui ont recours aux services de psychologues cliniciens se réfèrent à ces
normes ou à des normes similaires.
En Europe, des pays comme la France, l’Allemagne, les Grande-Bretagne ou les Pays-Bas
se sont dotés d’une législation. En Belgique, on attend encore !!! Ce qui nuit évidemment à
la réputation et à la mobilité de nos diplômés.

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La loi en Belgique - psychologue clinicien et psychothérapeute

Une loi a été votée en 2014 et est entrée en application en septembre 2015. Elle
réglemente les professions de la psychologie clinique, de la psychothérapie et de
l’orthopédagogie.
Pour porter le titre de psychologue clinicien il faut être porteur d’un master en psychologie
ET avoir suivi une filière clinique en master (cours et stages dans le champs clinique). Le
termpe clinique dans la loi est toutefois assez large puisqu’il intègre à la fois la psychologie
clinique au sens strict, les psychologues de la santé et la neuropsychologie.
Sur le marché de l’emploi, le terme « psychologue clinicien » est toutefois plus restrictif
puisqu’il est « réservé » à ceux qui se sont spécialisés dans les troubles mentaux et la
souffrance psychique, la psychothérapie et qui s’inscrivent dans un des 4 grands courants :
psychanalyse, systémique, comportemental ou humaniste (que nous allons étudier).
Pour porter le titre de psychothérapeute, il faut être porteur d’un titre de Bachelier. De
plus, il faut être porteur d’un certificat attestant que l’on a suivi et réussi une liste de cours en
psychologie établie par le Roi (Arrêté Royal). Enfin, il faut avoir suivi une formation de 4 ans
dans un centre agréé dans un des 4 grands courants : psychanalyse, systémique,
comportemental ou humaniste. Ces formations impliquent en moyenne 15 jours de
formation/an et 600h de stage ou de pratique professionnelle annuelle.

Cerveau et psychisme

Il y a lieu de distinguer le cerveau du psychisme. Le premier est un organe qui comprend


l'ensemble des structures nerveuses alors que le second renvoie aux processus relevant de
pensée. Le cerveau et le psychisme sont dans le même rapport que le hardware et le software.
Le fonctionnement du cerveau est relativement objectivable (EEG, Pet-scan) et est très
dépend de facteurs physiologiques (neurostransmission, hormones) et anatomiques (circuits et
noyaux neuronaux). Le fonctionnement cérébral a fait l’objet de divers tentatives de
modélisation qui seront étudiés dans le cadres d’autres cours de la Faculté.
Par contre, le fonctionnement psychique est difficilement objectivable et s’il dépend en
partie du cerveau (hardware), il est surtout déterminé par l’histoire individuelle et familiale du
sujet (axe diachronique) et de son contexte de vie (axe syncrhonique) : son contexte de vie
Hic et Nunc (ici et maintenant). Le fonctionnement psychique a fait l’objet de divers
tentatives de modélisation qui feront l’objet de la seconde partie de ce cours et dont les
principales sont : psychodynamique, humaniste, systémique, cognitivo-comportemental et les
théories de l’attachement.
Même si les neurosciences tendent d’aborder le psychisme, les modèles actuellement
disponibles ne permettent pas encore d’aborder les soins psychiques de manière satisfaisante.
C’est pourquoi, il y a lieu d’envisager deux métiers distincts : la psychologie clinique et la
neuropsychologie (Infra, section suivante).

Le psychologue clinicien parmi les autres professionnels

En Belgique, la situation actuelle permet de proposer les définitions suivantes.

Psychologue (titre protégé en Belgique depuis 1993, 5 ans d’études universitaires) - loi du
8 novembre 1993 protégeant le titre de psychologue.
Psychologue de la santé. PEDINIELLI (s.d.) nous explique : « La Psychologie de la
Santé (Health Psychology) est une discipline récente officialisée en 1985 aux USA. Elle est
distincte de la psychologie clinique mais certains de ces aspects correspondent à celle-ci. Elle

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a pour objet l'étude des facteurs et des processus psychologiques jouant un rôle dans la
survenue, l'évolution des maladies somatiques. Elle s'intéresse notamment aux rapports entre
les déterminants physiques, sociaux et psychiques dans la pathogenèse multifactorielle des
maladies (hypothèse d'une interaction entre trois déterminants dans le maintien de la maladie
et affirmation de la nécessité de traitements interdisciplinaires). Elle contribue à promouvoir
des comportements et des modes de vie plus sains, la prévention et le traitement des affections
ainsi que l'amélioration de la prise en charge des patients. Les interventions des praticiens
peuvent porter sur la prévention (spécifique et non spécifique) avec des méthodes
d'intervention et d'évaluation, les comportements à risque, les changements d'habitudes de vie,
les stratégies de coping (adaptation), les systèmes de croyances (individuels et culturels), les
réactions à la maladie ».
Psychologue clinicien (titre protégé en Belgique depuis 2014) : psychologue (5 années
d’études universitaires) exerçant dans le champ de la santé physique et mentale et pratiquant
des activités de diagnostic, de psychothérapie et de prévention essentiellement dans le
domaine de la souffrance psychique.
En Belgique, on peut distinguer 3 champs cliniques distincts :

La psychologie clinique au sens traditionnel ou restreint du terme :


Un psychologue clinicien (au sens légal), spécialisé essentiellement dans le domaine de
la souffrance psychique. Le psychologue clinique au sens restreint s’occupe
essentiellement des personnes souffrant de troubles mentaux (dépression, psychoses,
alcoolisme, etc), de troubles de la personnalité (bordelines, personnalités dépendantes,
etc.), des troubles du développement (névroses et troubles du lien et de l’attachement)
ou des angoisses existentielles (divorces, séparation, problèmes d’adaptation face aux
contraintes sociales, professionnelles et culturelles). Pour ces motifs, la psychologie
clinique couvre certains champs cliniques avec les médecins spécialisés en psychiatrie.

Le neuropsychologue :
A la différence du psychologue clincien qui s’intéresse souffrance psychique, le
neuropsychologue s’intéresse essentiellement à la souffrance cérébrale. Le
neuropsychologue s’occupe principalement des personnes souffrant de détérioration du
système nerveux : AVC (Accident Vasculaire Cérébrale), tramas craniens consécutifs à
des accident de voiture ou autres et maladies dégénératives du système nerveux
(démence, maladie d’Alzheimer, maladie de Parkinson). Pour ces motifs, le
neuropsychologue couvre certains champs cliniques avec les médecins spécialisés en
neurologie.

Le psychologue de la santé :
Le psychologue de la santé : un psychologue clinicien (au sens légal), mais qui se
penche essentiellement sur les facteurs psychologiques mobilisé dans le cadre de
maladies somatiques : cancer, troubles cardiaque ou respiratoires, mucoviscidose, etc.

Psychothérapeute (titre protégé en Belgique depuis 2014).


Spécialiste du traitement psychologique des personnes en souffrance psychique. Cette
définition écarte donc toute forme de traitement pharmacologique, domaine réservé des
médecins.
Dans la plupart des pays, la psychothérapie est un spécialisation ouverte aux psychologues
cliniciens et aux psychiatres, moyennant un complément de formation. En Belgique, le

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législateur a fait le choix d’ouvrir l’accès à la formation à d’autre profession : éducateurs,


assistants sociaux, infirmiers, etc.
Ce choix est très controversé ! Par exemple, il paraît peu compréhensible que des
personnes qui ne sont par formées au psychodiagnostic soient néanmoins autorisées à
appliquer des traitements. Ces mêmes personnes, ayant fait l’économie d’un crusus
universitaire, ne disposent pas des compétences pour établir une documentation scientifique
ou même pour comprendre les méthodes de recherche qui ont été mise en œuvre et, le cas
échéant, des les critiquer sur des bases rationnelles.
Enfin, la formation à la psychothérapie peut se faire dans des écoles privées. En Belgique,
certaines écoles ont des règles strictes, d’autres moins … Les cursus de formation sont de
qualité variable, et sont assez coûteux (parfois 3ème cycle universitaire, projets de loi en
cours). En conséquence, en Belgique, la psychothérepie peut être exercée par des médecins,
des psychologues, mais aussi par des travailleurs sociaux, voire des personnes ne disposant
d’aucun diplôme ayant un rapport avec les métiers de la santé.
Toutefois, la plupart des emplois dans le champ de la santé – physique et mentale – sont
généralement réservés à des psychologues cliniciens ayant de surcroît suivi une formation en
psychothérapie. Nous verrons en master, qu’il existe plusieurs formes de psychothérapies,
dont certaines, comme la thérapie de soutien, peut être exercée par des psychologues
cliniciens.

Psychiatre (titre protégé, 5 ans après la médecine générale, surtout centrée sur la
psychopathologie et les traitements pharmacologiques). Docteur en médecine générale et
obstétrique + une licence en psychiatrie (5 ans)
Docteur : sans thèse (médecin) ou avec thèse (Ph.D.) = soutenance publique d’un travail
original de recherche
Psychanalyste (titre non protégé, ouvert à la plupart des diplômés de l’enseignement
supérieur, très spécifique, cursus de formation de durée et de qualité variable et très coûteuse).
Le psychanalyste étudie et applique les enseignements issues des travaux de Freud et de ses
successeurs. Cette approche accorde une importance fondamentale à l’Inconscient, aux
pulsions (essentiellement sexuelles), au vécu subjectif (fantasmes) et à l’histoire du sujet.

Psychologue clinicien (au sens strict) Neuropsychologue


souffrance psychique souffrance cérébrale
psychothérapie rééducation cognitive
troubles mentaux Accident Vasculaire cérébraux
Traumas Psychiques traumas craniens
troubles du développement maladies dégénératives du système nerveux
troubles de la personnalité
angoisses existentielles

La psychologie clinique a comme, la psychopathologie, pour but de décrire, classer


(nosographie) et expliquer (étiologie), mais aussi d’aider la personne en souffrance psychique
et/ou le malade mental.

Expliquer les maladies mentales et/ou la souffrance psychique - ETIOLOGIE

L’hypothèse de base en psychopathologie est que nos comportements actuels,


(pathologiques ou non) sont fondamentalement déterminés par notre passé, en particulier ce
qui s’est produit durant notre enfance.

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Pourquoi répète-t-on certains comportements apparemment aberrants ou certaines


interactions dysfonctionnelles ou des symptômes franchement pathologiques ? Pourquoi un
homme, fils d’alcoolique, choisit-il une partenaire alcoolique ? Pourquoi une fillette, battue
par son père, choisira-t-elle plus tard un mari qui la battra ? Cette énigme a reçu de multiples
réponses.
Les psychanalystes l’expliqueront par la « jouissance » (Lacan), ou la compulsion de
répétition (Freud) ou le système défensif (Bergeret). Sans doute parce que cet homme ou
cette femme n’a connu rien d’autre et n’imagine pas d’autres solutions ! Probablement aussi
dans l’espoir inconscient de réparer (si je recommence, cette fois les choses se passeront
autrement, les choses seront mieux) ou de sacrifice (si je me sacrifie, alors on m’aimera). Par
esprit de défi (Hybris) aussi comme Bateson ou Selvini l’ont suggéré. Ou pour rechercher un
équilibre homéostatique dans la famille (approche systémique).

Décrire et classer les maladies mentales et/ou la souffrance psychique - NOSOLOGIE

La plupart des auteurs sont d’accord pour distinguer les pathologies fonctionnelles et les
pathologies organiques (apraxie, aphasie, Alzheimer, etc). À l’inverse des secondes, les
pathologies fonctionnelles ne seraient pas causées par des lésions organiques significatives.
Notons que ces deux premières tâches impliquent que le clinicien se réfère à des
classifications préexistantes des maladies et des syndromes mentaux. Certains se veulent
purement descriptifs et a-théoriques, comme le DSM IV. D’autres classifications s’appuient
sur des modèles théoriques du fonctionnement mental et relationnel (la psychanalyse, par
exemple).
Ces classifications et modèles feront l’objet d’une première présentation dans le cadre de
ce cours.

Traiter les maladies mentales et/ou la souffrance psychique - PSYCHOTHERAPIE

Le mot « psychothérapie » a été utilisé pour la première fois en 1891 par Hippolyte
BERNHEIM (1840-1919), avec son sens actuel, dans « Hypnotisme, suggestion,
psychothérapie. Études nouvelles ». Depuis lors, un certain nombre de définitions ont été
proposées.
Reprenons la définition de GUYOTAT (1978)5 donnée ci-dessus. La psychothérapie
comme « l’ensemble des moyens psychologiques qui peuvent être mis en œuvre dans un but
thérapeutique6 ».
Ces moyens s’inscrivent dans le cadre d’une relation avec un professionnel. En effet, le
processus relationnel n’a rien de spécifiquement thérapeutique bien qu’il présente déjà des
potentialités thérapeutiques. Ainsi, le simple fait de téléphoner à un ami suffit généralement à
apaiser des épisodes d’angoisse ou de tristesse.
Le professionnel apporte tout d’abord sa compétence (sa formation) et son expérience. Il
est en outre tenu à des règles déontologiques et un code éthique. Par ailleurs, parce qu’il
n’entretient aucun rapport personnel ou professionnel avec le patient ou son entourage, le
thérapeute peut prétendre à une certaine neutralité. Enfin, le processus relationnel tire des
forces nouvelles s’il s’inscrit dans un cadre (voir ci-dessous).
L’INSERM (2004) reprend la définition de GERIN (1984) en considérant la
psychothérapie comme un ensemble de « méthodes psychologiques dont le but est de soulager
une souffrance dans un cadre contractuel7». On retrouve ici la notion de moyen

5
Cité par CHAMBON et MARIE-CARDINE, 1999
6
op. cit, p.7
7
op. cit., p. 35

16
Texte provisoire – Diffusion interdite

psychologique – sans doute pour la différencier des moyens pharmacologiques – et la notion


de contrat. Par contre, cette définition insiste davantage sur l’idée de souffrance, ce qui
permet de dépasser le cadre restreint de la maladie mentale en intégrant des notions comme le
« deuil », les problèmes liés à la vie de couple, la vie familiale, la vie sociale, etc.
STROTZKA (1978), cité par HUBER (1993), estime quant à lui que « La psychothérapie
est un processus interactionnel conscient et planifié visant à influencer les troubles du
comportement et les états de souffrance qui, dans un consensus (entre patients, thérapeute et
groupe de référence), sont considérés comme nécessitant un traitement, par des moyens
psychologiques (par la communication) le plus souvent verbaux, mais aussi non verbaux, dans
le sens d'un but défini, si possible élaboré en commun (minimalisation des symptômes et /ou
changement structurel de la personnalité), au moyen de techniques pouvant être enseignées
sur la base d'une théorie du comportement normal et pathologique. En général cela nécessite
une relation émotionnelle solide8".
Cette définition a comme avantage de souligner l’importance du modèle théorique –
« processus interactionnel conscient et planifié » - gouvernant l’intervention. Elle insiste
également sur la qualité de la relation patient-thérapeute.

En résumé, et dans l’idéal, la psychothérapie est une intervention psychologique qui :


- est basée sur une théorie scientifique de la personnalité et de ses troubles ;
- se fonde sur une théorie scientifique de la modification des troubles et sur une
technologie éprouvée ;
- présente des évaluations empiriques de ses effets, positifs et négatifs ;
- porte sur des troubles du comportement ou des états de souffrance considérés comme
requérant une intervention ;
- est pratiquée par des personnes formées et compétentes.

Étudier les maladies mentales et/ou la souffrance psychique sur des populations plus
larges - EPIDEMIOLOGIE

Ce quatrième axe ne fait pas partie de l’objet de la psychologie clinique. Celle-ci doit
néanmois s’appuyer sur ces données pour fonder son action.
L’épidémiologie étudie la fréquence des maladies, leur répartition dans la société, les
facteurs de risque et les décès liés à cette maladie.
Dans ce cadre, quelques concepts sont importants :

Taux d’incidence : Nouveaux cas d’une pathologie durant une période


donnée/population soumise au risque. Taux qui mesure la
fréquence d’apparition d’un cancer dans la population sur
une période de temps donnée.
Taux de prévalence : Nombre de cas d’une pathologie à un moment
donné/population totale ; le taux de prévalence représente
le nombre de personnes atteintes d’un cancer dans une
population.
Facteur de risque : Caractéristique liée à une personne, à son environnement,
sa culture ou son mode de vie et qui entraîne pour elle une
probabilité plus élevée de développer une maladie.
Exemple : une grossesse précoce chez une mère est un des
facteurs de risque dans les troubles des conduites.

8
op. cit., p. 57

17
Texte provisoire – Diffusion interdite

Facteurs de risque : Influences négatives dans la vie des personnes ou dans une
collectivité. Ils peuvent accroître l'incidence de la
pathologie.
Facteurs de protection : Influences positives dans la vie des personnes ou dans une
collectivité et qui peuvent améliorer la vie des personnes.
Ils peuvent diminuer le risque de pathologie.

18
Texte provisoire – Diffusion interdite

19
Texte provisoire – Diffusion interdite

20
Texte provisoire – Diffusion interdite

Modèle de Taylor (2010)

Dans l’état actuel des recherches, on élabore des modèles multivariés complexes qui
mettent l'accent sur les mécanismes sous-jacents de déployant au fil du temps. Par exemple, le
modèle qui guide les recherches de Taylor et de son équipe est représenté dans la figure. 1.
L'environnement précoce et les prédispositions génétiques sont des co-déterminants des
réponses neuronales au stress.
Ces réponses, de nature psychologique et sociale sont autant de ressources pour combattre
le stress aigus ou les affects négatifs chroniques.
Ceux-ci, à leur tour, vont avoir des effets sur les réponses neuroendocriniennes.
Ces facteurs affectent la santé mentale et physique.

21
Texte provisoire – Diffusion interdite

3. Les méthodes de la psychologie clinique

Nous ne nous étendrons pas sur les méthodes dans ce cours étant donné qu’il existe au sein
de cette Faculté un cours spécifique et très complet à ce sujet. Néanmoins, nous citerons pour
mémoire : l’entretien clinique, la méthode des tests et l’observation.

Entretien clinique

L’entretien clinique à visée diagnostique

L'examen psychologique consiste en un entretien relativement structuré et dirigé. Son but


est de prélever rapidement un maximum d'informations afin de formuler un diagnostic
provisoire et de mettre en route le plus vite possible un traitement (hospitalisation ou non,
médicaments, suivi psychologique).
L'examen psychiatrique général peut être décomposé en l’anamnèse et l’examen mental
(ou sémiologique).
L’anamnèse vise à reconstituer l’historique de la problématique du patient. Cet examen
consiste à relever les éléments suivants : l’histoire individuelle du patient, la présence
d’éventuels facteurs héréditaires, les antécédents morbides et enfin l’histoire de l'épisode
actuel et les éventuels événements de vie déclencheurs.
L’examen sémiologique ou examen mental. Cet examen vise à explorer les phénomènes
mentaux à l’œuvre chez le patient. Cet examen constitue un préalable à la formulation d’un
premier diagnostic. Si, d’un point de vue légal, le médecin conserve la responsabilité du
diagnostic, dans la pratique le psychologue clinicien est fréquemment amené à poser des
diagnostics. Dans le cas où il détecterait un problème psychiatrique grave (psychose) ou un
problème médical (anorexie), il ne manquera pas de conseiller au patient un suivi médical en
parallèle avec le travail psychologique. Un premier tri en résultera entre patients présentant
un problème de maladie psychiatrique et patients en crise d'origine psychosociale.
L’ensemble de ces démarches a pour objectif de poser des indications de traitements :
psychothérapie, prise en charge pharmacologique (ce qui implique d’orienter le patient vers
un médecin généraliste ou psychiatre), prise en charge sociale. Dans certains cas, l’indication
peut consister à recommander des prises en charge spécialisées : hospitalisation, logopédie,
kinésithérapie, ergothérapie, etc.

L’entretien clinique à visée thérapeutique

L'analyse de la demande psychologique cherche moins à collecter des informations à


visée diagnostique qu'à aider le patient dans sa souffrance, cerner ses problèmes et chercher
avec lui des pistes de travail.
Dans cette perspective, le clinicien cherche aussi à créer une alliance thérapeutique. En
d’autres termes, il cherche à établir une relation où le patient se sente en confiance et disposé
à aborder ses difficultés. Un tel résultat sera obtenu en respectant un certain nombre de
principes qui seront exposés dans les cours ultérieurement consacrés à l’entretien clinique et
aux modèles thérapeutiques.
La première qualité est l’écoute. Il s’agit en effet d’être attentif à tout ce que le patient dit,
à ce qu’il ne dit pas (les zones d’ombre, parfois sensibles), mais aussi à ce qu’il montre au
travers de ses comportements. En outre, le patient ne réalise pas toujours la portée de ce qu’il
dit. Peut-être parce que ce qu’il aborde est si douloureux qu’il préfère ne pas en prendre

22
Texte provisoire – Diffusion interdite

conscience. Souvent aussi, les patients s’expriment par des métaphores qu’il importe de
comprendre.
On sera attentif au contenu du discours (vocabulaire utilisé, lapsus, oublis) et à sa forme
(débit, qualité formelle du discours). Progressivement, le clinicien cherchera à dégager des
thèmes récurrents qui nous informent sur la problématique centrale du patient.

Les tests et les questionnaires

Il existe de nombreuses formes de tests: tests d'intelligence, d'aptitude, de personnalité, les


tests mentaux et neuropsychologiques ...
On appelle test une situation standardisée servant de stimulus à un comportement. Ce
comportement est évalué soit par comparaison statistique avec celui d'autres individus placés
dans la même situation, soit par comparaison avec des modèles de fonctionnement psychique.
Un test doit comporter un certain nombre de qualités : Sensibilité (capacité de discriminer
les individus ou des variations d’état chez un même individu) ; Fidélité (un test fidèle devrait
donner la même évaluation lorsqu'il est appliqué plusieurs fois au même sujet dans les mêmes
conditions, sauf si on s’attend à ce que le facteur temps soit susceptible de modifier les
résultats) ; Validité (capacité du test à mesurer effectivement ce qu'il est censé mesurer).

Les tests projectifs

La psychanalyse étudie surtout le matériel inconscient de la personnalité. Ce qui pose un


problème dès le départ : puisque notre conscience est réputée refouler, oublier ou distordre les
éléments inconscients, comment amener une personne à donner des réponses qui traduisent
l'inconscient de manière valide ?
La solution qui a été trouvée est de proposer un matériel qui n'a pas de sens en soi - des
taches d'encre par exemple - et de demander "tout ce qu'on pourrait voir dans ces tâches". La
production inconsciente s'appuie sur le phénomène de projection. Le matériel n'ayant aucun
sens manifeste, les perceptions et les associations seront le pur produit du psychisme,
conscient et inconscient du patient.
En effet, selon FREUD, il arrive que le matériel inconscient soit projeté au-dehors. Ainsi,
dans la paranoïa, les pulsions perçues comme dangereuses pour le Moi, au lieu d'être
refoulées, sont rejetées en dehors du Moi et sont perçues comme une menace extérieure à la
personne. Ultérieurement, FREUD définira la projection comme une simple méconnaissance
(et non plus une expulsion) par le sujet, de désirs et d'émotions qu'il n'accepte pas comme
siens, dont il est partiellement inconscient et dont il attribue l'existence à des réalités
extérieures.
Dans le test de Rorschach, les réponses de la personne sont notées scrupuleusement.
Lorsque les 10 planches du test (dont certaines sont en couleur) ont été présentées, on procède
à une "enquête". Dans cette phase, chaque réponse est reprise par l'examinateur pour faire
préciser au sujet où et comment il l'a vue. Ce travail permet de coder chaque réponse en
fonction de sa localisation (la globalité de la tâche, ou un ou des détails), des déterminants
(c'est la forme, ou une impression de mouvement ou la couleur) et enfin en fonction des
contenus (association avec des animaux ou des corps humains, des paysages, etc.). D'autres
facteurs sont enregistrés puis des formules sont calculées. L'interprétation se base sur la
comparaison des résultats chiffrés à des données statistiques et une analyse des réponses de la
personne en lien avec la symbolique de chaque planche.

23
Texte provisoire – Diffusion interdite

Les questionnaires (approche factorielle)

Dans ce type d'épreuve, on invite le patient à répondre à une série de questions. Chaque
question décrit une manière d'être ou de se comporter habituellement, une conception des
choses, etc. Ces questions cernent un nombre limité de traits de caractère, variable selon les
auteurs du test. Évidemment, plusieurs questions concernent un même trait et ces questions
sont présentées dans un ordre imprévisible.
Le sujet est invité à répondre aussi honnêtement et spontanément que possible. Les traits
sont regroupés autour de facteurs. Ces facteurs ont été identifiés à partir d'études statistiques
importantes et isolés à l'aide d'outils mathématiques complexes (analyse factorielle).
Le Minnesota Multiphasic Personality Inventory (MMPI) constitue probablement le test le
plus répandu de ce genre, bien que ce dernier soit davantage focalisé sur des profils
pathologiques que sur des traits de personnalité.
La méthode de récolte des réponses de ces tests introduit des biais importants. Comment
peut-on être certain que le sujet joue le jeu et répond "honnêtement" ? De plus, ce genre de
test s'adresse à des personnes d'un niveau socioculturel suffisant : le langage utilisé dans les
questions reste trop abstrait pour certains patients. Enfin, malgré la rigueur scientifique de
cette approche, chaque fois qu'un auteur s'est attaché à construire un nouveau questionnaire, il
a abouti à une série de facteurs non identiques.

Les typologies du caractère

Le clinicien peut également chercher à se forger une idée sur le caractère du patient. Est-il
émotif ou au contraire flegmatique ? S’agit-il d’une personne hyperactive ou au contraire
inhibée ? Est-elle impulsive ou réfléchie ?
La typologie la plus célèbre est celle de JUNG. Celui-ci a été influencé par HEYMANS.
On connaît bien sûr l'opposition entre l'introversion (attitude essentiellement sous le contrôle
du Moi) et de l'extraversion (attitude essentiellement sous le contrôle du Monde). A ceci, il
ajoutera les bipôles : sentiment (fonde ses jugements sur l'acte subjectif d'acceptation ou de
rejet) - pensée (fonde ses jugements en établissant des relations conceptuelles)et sensation
(oriente la vie en fonction de réalités qui tombent sous le sens) - intuition (oriente la vie en
fonction de réalités internes).

L’observation

L'observation minutieuse du comportement humain permet de poser des hypothèses qui


peuvent être ensuite vérifiées par une autre méthode.
L'observation peut être directe (sans recours à un instrument quelconque) ou indirecte (le
clinicien utilise différents instruments d'enregistrement: magnétophone, caméra... )
On observe essentiellement les comportements non-verbaux (postures, mimiques, etc.),
mais aussi comment les personnes interagissent entre elles (distance, attitudes réciproques,
etc.) ou comment elles investissent le cadre clinique (opposant, inhibé, envahissant,
dominateur, etc.).
Le clinicien est tout particulièrement intéressé par les patterns comportementaux répétitifs.
Dans ce cas, il s’attache à comprendre ce que le patient reproduit des comportements appris
dans le passé (e.a., dans sa famille d’origine) dans le présent (dans sa vie familiale et
professionnelle). Il est également attentif aux répétitions observables dans le cadre de la

24
Texte provisoire – Diffusion interdite

consultation ou au sein d’une institution telle qu’un hôpital. Dans ce cadre, il est intéressant
d’observer comment le patient entre en contact avec le personnel soignant. Ainsi, ce patient
de 30 ans tente-t-il d’établir avec son infirmière de référence, plus âgée, une relation similaire
à celle qu’il avait avec sa propre mère ? Craint-il les soignants masculin comme il craignait
son père ? Etc.

Accompagnement des équipes pluridisciplinaires

En ambulatoire, la rencontre est discrète, privée et singulière (souvent, un seul thérapeute).


En institution, au contraire, elle est souvent mouvementée. L’état de crise est la règle. La
rencontre est « publique » car le patient peut difficilement cacher longtemps le placement à
son entourage. La prise en charge est pluridisciplinaire et les intervenants sont nombreux. Par
conséquent, le processus thérapeutique est la résultante de toutes les interventions de
l’appareil institutionnel. Dans ces conditions, la coordination devient un axe sensible du
travail clinique.
Il faut donc tenir compte de la multiplicité des intervenants, et donc des interventions qui
se neutralisent mutuellement en l’absence d’une coordination efficace, voire se contredisent.
Le chaos et la confusion risquent alors de s’instaurer rapidement, en particulier si les
intervenants ont affaire à une famille à transactions chaotiques. C’est pourquoi, pour Jean
OURY (1993), la psychothérapie institutionnelle pourrait se définir comme ce qui est
nécessaire pour créer un champ psychothérapeutique collectif. Dans un tel dispositif, la
coordination constitue une fonction essentielle. Encore faut-il s’entendre sur ce qui fait l’objet
de la concertation clinique. Deux pôles doivent être envisagés : le pôle lié aux modalités de la
concertation clinique et le pôle organisationnel qui régule la distribution des rôles et fonctions
au sein de l’équipe.

Fonctionnement en miroir

Parce qu’ils participent à une vie communautaire, les patients vivant en institution sont
confrontés et réagissent à des phénomènes relationnels complexes. De nombreux auteurs
s’accordent sur l’idée que la dynamique de l'équipe affecte, et en même temps est affectée,
par la dynamique familiale.
MAISONDIEU suggère la possibilité d’une « contagion » en direction des équipes de
soins qui reproduira ensuite, de manière isomorphe, les transactions en cours dans la famille.
Sous le terme « contagion », on désigne le phénomène par lequel un patient en institution ou
un groupe familial en thérapie sont capables d'induire des modifications des jeux relationnels
au sein du système thérapeutique et à son insu. La manière dont la relation se définit entre un
patient - et sa famille - et un thérapeute constitue une préoccupation constante du champ
clinique. Elle a d’abord attiré l’attention de Freud avec les concepts de transfert et de contre-
transfert. Dès 1954, Santon et Schartz ont montré la relation existant entre l'excitation
pathologique des malades et les désaccords occultés des équipes. Le concept de « résonance »
d’Elkaim décrit des formes de « vibrations » psychologiques qui se produisent lors d’une
rencontre sous l’effet d’un élément commun. Pour Benoit et Roume (1986), des processus de
crise, de désignation, de rejet, similaires à ceux qui sont observés au sein de la famille se
développent à l’intérieur même des équipes de santé mentale. Hayez et al. constatent (1994)
que le patient est souvent amené inconsciemment à mettre en acte les processus familiaux
avec les membres de l’équipe. De fait, il devient un révélateur du manque de communication
au sein de l’équipe. Pour Siegi Hirsch, le patient institutionnalisé jouit du pouvoir de
« contaminer » le milieu institutionnel par son milieu familial et inversement.

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Texte provisoire – Diffusion interdite

4. Psychologie clinique différentielle

L’approche clinique peut varier en fonction de certaines caractéristiques comme le sexe, la


culture (Ethnopsychologie – Ethnopsychiatrie), l’appartenance sociale, l’âge ou le contexte de
rencontre.
À titre d’exemple, nous envisagerons ces deux dernières caractéristiques.

4.1. Clinique en fonction de l’âge du patient

La psychopathologie développementale s’intéresse aux troubles psychopathologiques


spécifiques liés l’évolution, la croissance et l’adaptation des individus en fonction de leur âge.
Cette discipline concerne principalement le début (Clinique enfant) et la fin de vie (Clinique
de la personne âgée).

Clinique enfant

La spécificité de cette clinique repose sur plusieurs constats :

a) Le psychisme de l’enfant n’est pas de même nature que celui de l’adulte

Psychologie et maturation du système nerveux sont indissociablement liées - étapes/stades


du développement. Son système nerveux est en cours de développement ; sa maturité
affective et son inexpérience ne lui permettent pas de faire face seul aux contraintes de la vie
(cf. stades freudiens et théories de l’attachement) ; ses structures cognitives et sa pensée sont
différentes de celle d’un adulte (cf. stades piagétiens).

b) L’évaluation de l’enfant est indissociable du contexte familial

L’enfant influence les parents et inversement. En conséquence, les interactions parents-


enfant constituent le contexte du développement de l’enfant et de sa santé mentale.
Une variable essentielle est le syle parental ou le co-parentage ou encore l’alliance
parentale (parenting).
L’alliance parentale permet d’évaluer l’étendue de la capacité du couple parental à soigner
et à répondre au besoin de développement de l’enfant quelle que soit la situation du couple
conjugal. Il s’agit donc d’une variable théoriquement indépendante de l’alliance conjugale :
Un couple divorcé et dont l’entente conjugale est altérée peut préserver une excellent alliance
parentale. En pratique hélas, l’alliance conjugale compromet souvent l’alliance parentale
parce que les parents confondent les deux sphères. La re-différenciation de ces notions est
souvent un objectif des expertises et des médiations familiales. Dans d’autres situation où le
couple n’est pas séparé, des alliances parentales médiocres placent l’enfant dans des situation
de conflit de loyauté ou de double lien scindé susceptible de conduire celui-ci à des troubles
psychomatiques, des troubles anxio-dépressifs ou des troubles du comportement importants
(agressivité, décrochage scolaire, fugues, suicide, délinquence).
Une telle mesure a une utilité potentielle énorme pour le travail clinique avec les familles,
l’aide à des décisions judiciaires ou pour toutes recherches sur les déterminants des
comportements parentaux (Abidin & Brunner, 1995).

26
Texte provisoire – Diffusion interdite

c) L’évaluation de l’enfant est indissociable de l’évaluation du fonctionnement


parental

Lors de toute consultation, il importe de bien différencier la plainte de l’enfant de la plainte


des parents. Il est fréquent qu’un symptôme présenté par l’enfant soit en réalité l’expression
d’un problème rencontré par ses parents. Une phobie scolaire peut s’expliquer par la crainte
de l’enfant de quitter son domicile parce qu’il craint qu’en son absence les parents se
disputent. Un trouble anxieux d’un enfant peut n’être que le reflet en miroir de l’anxiété ou
de la dépression qu’il perçoit chez l’un de ses parents. En résumé, le problème de l’enfant est
souvent lié aux problèmes des parents.
Par ailleurs, l’enfant est dans un état de dépendance et de vulnérabilité face aux abus, la
négligence ou la maltraitance. Le clincien se doit dès lors d’être vigilant au moindre signe
d’alarme.
L’avis de l’enfant doit toujours être pris en compte, même s’il ne s’agit pas non plus de
considérer cet avis comme une « vérité qui sort de la bouche des enfants ». A cette fin, et
comme l’enfant ne maîtrise pas parfaitement le code linguistique, on aura recours aux
entretiens médiatisés (avec des poupées, des dessins, des petites histoires à compléter) ou des
tests projectifs.

d) La symptomatologie de l’enfant est différente de celle de l’adulte

Le petit enfant est souvent incapble de décrire ses plaintes sur le plan verbal. C’est
pourquoi ses symptômes seront davantage montrés que formulés. Ces symptômes se
manifesatent alors dans deux registres non verbaux : somatisation (troubles du sommeil,
troubles de l’alimentation), de l’agir (colères, agressivité, fugues) ou les deux à la fois
(Exemple : Hyperkinésie). On notera que ces symptômes sont liés aux tâches
développementales auxquelles l’enfant est précisément confrontés : maîtrise du corps, des
pulsions et des comportements, motricité, hygiène de vie, etc.
C’est aussi ce que l’on constate chez l’adolescent. La crise pubertaire le confronte la
sexualité et à la nécessisté de déplacer son centre de gravité de la famille vers les groupes de
pairs. Certains troubles sont spécifiques à l’adolescence : délinquance, toxicomanie,
anorexie, etc. A nouveau, ces symptômes sont liés aux tâches développementales auxquelles
l’adolescent est précisément confrontés. L’anorexie constitue un bon exemple puisqu’il
concerne à la fois l’image du corps, notamment en termes sexuels (l’anorexie gomme la
différenciation sexuelle) et le rapport à la famille (l’anorexie rend l’adolescent et sa famille
hyperdépendants).

Clinique de la personne âgée

L’allongement de l’espérence de vie expose l’humain à une expérience plus longue des
effets du vieillissement : diminution des performances corporelles en général (perte de
mobilité, douleurs articulaires, etc.), diminution de la performances des organes des sens
(surdité, cécité, …), détérioration de la fonction sexuel (perte de libido, impuissance,
problème de la prostate), désinsertion sociale (fin des activités professionnelles, diminution de
la vie social résultant de la perte de mobilité), détérioation cogntives, etc.
Ces mutations engendrent des troubles psychiques variés, principalement des troubles
dépressifs, surtout dans notre société qui laisse peu place et dévalorise les personnes âgées.
En conséquence, une clinique spécifique s’est développée et mérite une attention accrue.

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Texte provisoire – Diffusion interdite

4.2. Clinique dans des contextes spécifiques

Ambulatoire : Centres de guidance et de santé mentale, plannings


familiaux
Hôpitaux généraux (psychiatrie de liaison, pédopsychiatrie, Unité de fin de
vie, soutien psy dans le cadre de maladies chroniques
comme la mucoviscidose, le cancer, etc)
Hôpitaux psychiatriques

Aide à la Jeunesse (AAJ : COE, Hébergement, etc.)


Scolaires : PMS
Centres d’aides
et d’information (SOS suicide, télé accueil, infor-drogue, SIDA, …)
Équipes de crise : (Croix-Rouge, stress team de la police fédérale, aide aux
victimes, etc.)

Ces contextes induisent des limites, et/ou des ressources nouvelles dans les stratégies
d’intervention.

Ambulatoire ou résidentiel

Ambulatoire résidentiel

_ Un seul thérapeute (parfois 2 ou 3) Nombreux intervenants


_ Généralement mono-disciplinaire Généralement pluri-disciplinaire
_ Le patient continue de vivre dans son milieu Le patient vit dans un milieu différent
de vie naturel
_ Préservation de l’autonomie, de l’intimité Perte de l’autonomie, de l’intimité
_ Contact avec les proches préservés Distance avec les proches
_ Entourage relativement peu affecté Entourage relativement assez affecté
_ Problèmes ou pathologies légers ou modérés Situations plus sévères
_ Situation clinique généralement dyadique Situation clinique généralement triadique
_Situation discrète Situation plus visible, parfois
stigmatisante
_ Contexte relativement neutre Contexte de maladie ou de problème
_ Plainte et demande Fonction de l’hospitalisation cruciale
_ Hôpital psy, placement (AAJ),
hébergement
- Problèmes de vie communautaire à régler

4.3. Clinique en fonction de la pathologie

De nos jours, les stratégies d’intervention se sont diversifiées en fonction de la pathologie.


Ainsi, la façon de conduire une psychothérapie change selon le diagnostic. On n’aborde pas
de la même manière un adolescent présentant un trouble de la conduite simple et un
adolescent présentant un trouble de la conduite avec déficit de l’attention (TDAH).
Il importe donc de bien connaître chacune des pathologies, leurs causes (étiologie), les
facteurs de risque et de protection (épidémiologie), les indications de traitements

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Texte provisoire – Diffusion interdite

(psychothérapeutiques, médicaux et sociaux) et leur efficacité relative (évaluation de


l’efficacité).
Ces spécificités seront bien évidemment abordées dans le cadre de cours ultérieurs.

5. La question de la causalité en psychopathologie

L'épigenèse rend compte de l'interaction entre ce qui est potentiel et préformé à la


naissance et ce que l'environnement retient ou rejette de ces différents « possibles » via le
mécanisme de sélection (qui ne peut être le même pour deux individus).
Dans cette perspective, le potentiel préformé à la naissance est fondamentalement
conditionné par le bagage génétique, mais aussi par l’histoire de la grossesse. On sait par
exemple que certains facteurs liés à l’alimentation et au comportement de la mère
interviennent dans ce qu’il faut dès lors déjà considérer comme une épigenèse embryonnaire.
L'environnement joue donc un rôle dès la conception et pas seulement après la naissance.
Le cas de la schizophrénie est intéressant à étudier afin de mieux cerner la problématique
de la causalité des maladies ou des syndromes mentaux. Plusieurs modèles ont été proposés :
exogène, endogène, interactif et enfin le modèle circulaire dit de la plasticité (Ansermet &
Magistratti, 2004).

Quatre modèles se côtoient :

Le modèle à causalité exogène - psychique

Le courant psychanalytique a toujours plaidé pour une causalité avant tout psychique.
L’hypothèse exogène implique que la psychose et la schizophrénie sont des « réponses » à
des circonstances du milieu humain qui rendent cette réaction hautement probable.
Les facteurs mis en avant ont évolué dans le temps. Les évoquer équivaut à faire
l’historique des recherches qui les concernent. Entre les années 40 et 65, la « mère du
schizophrène » a été souvent mise au banc des « accusés ».
Par exemple, Searles (1959, 1977) a décrit six manières, selon lui, pour rendre l’autre
fou (entendez « psychotique ») : 1° attirer l’attention de manière répétée sur des aires de la
personnalité du sujet qui sont conflictuelles, 2° stimuler sexuellement la personne dans des
situations où cette stimulation pourrait avoir des effets désastreux, 3° exposer la personne à
des séquences de stimulation et de frustration soit simultanées, soit en alternance très
rapide de sorte que toute réponse à un niveau sera qualifiée comme inadéquate et à côté de
l’autre niveau (et inversement), 4° traiter la personne à deux niveaux de relation n’ayant
absolument aucun rapport, 5° changer brusquement de résonance émotionnelle à propos
d’un même sujet ou, 6° changer brusquement de sujet en restant dans la même résonance
émotionnelle.
Cette hypothèse se fonde sur le caractère simultané de la pathologie psychotique et de
certains modes de fonctionnement relationnel. Toutefois, cette simultanéité ne garantit en
aucun cas le caractère causal du fonctionnement relationnel, ni la direction des causes
lorsque celles-ci existent. Ainsi, l’hypothèse que la « mère du schizophrènogène » est en
fait un construct bâti à partir de l’observation des effets de la progéniture malade sur la
mère et non l’inverse.
Il apparaît clair que ce modèle ne prend pas assez en compte les découvertes récentes de la
génétique.

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Texte provisoire – Diffusion interdite

Le modèle à causalité endogène – le tout génétique

Les facteurs génétiques sont constitués par l’ensemble des traits présents avant le début de
la maladie et qui sont exclusivement attribuables au bagage génétique. La preuve de
l’effet de ces facteurs peut être directe (identification d’un gène responsable), par
exemple la trisomie 21 (enfants mongols), soit indirecte (pas de gène clairement
identifié, mais présence d’un risque plus élevé de maladie chez des individus
apparentés, cf. ci-dessous).
Les facteurs environnementaux. L’ensemble des traits non-attribuables au bagage
génétique, mais qui jouent néanmoins un rôle dans l’émergence de la pathologie.
Dans ce modèle, les facteurs environnementaux jouent un rôle secondaire. Les
facteurs suivants sont réputés intervenir dans l’émergence de la schizophrénie, sans
qu’il soit toutefois possible de mesurer avec précision le rôle – important/secondaire
ou indispensable/facultatif – de ces divers facteurs.
Physiques
- Déroulement de la grossesse et de l’accouchement
- Facteurs toxiques
- Facteurs viraux/ maladies
- Accidents divers
Relationnelles
- Dynamique familiale
- Facteurs de stress
- Facteurs de rechute (Emotions Exprimées)
- Contexte social, culturel et économique
Événements de vie (suicides, viols, maltraitances, attentats)
Stress (perte d’emploi, déménagement)
Familiaux (perturbations diverses, conflits, émotions exprimées …)
Sociaux (chômage, oppression, harcèlement)

Avec les progrès de la génétique, certains ont voulu promouvoir l’idée d’un déterminisme
génétique intégral. Ainsi, d’aucuns sont à la recherche du gène de la schizophrénie, de la
psychopathie, voire du mensonge.
Plus sérieusement, on a remarqué que le risque d’être atteint de schizophrénie augmente si
d’autres membres de la famille en sont atteints. Il y a donc une possibilité de transmission
génétique.
La cause de la schizophrénie demeure inconnue, mais on suppose généralement qu'il existe
un fondement organique. I1 existe des arguments importants en faveur d'une composante
génétique et quelques données selon lesquelles le risque d'apparition de la maladie augmente
en cas de souffrance néonatale ou d'infection virale au cours de la grossesse. Il n'y a aucune
preuve que des facteurs psychosociaux puissent « être cause » de la schizophrénie, sauf peut-
être chez des individus présentant des facteurs de risque.
Selon Frith (1996), aucune anomalie spécifique des cellules cérébrales n'a pu être identifiée
dans l'une ou l'autre des psychoses fonctionnelles, et leur distinction repose toujours sur la
symptomatologie, le profil évolutif et l'issue de la maladie, sans que ces distinctions ne soient
validées par un critère indépendant.
L’hypothèse d’un dysfonctionnement au niveau de la neurotransmission (voies
dopaminergiques) est étayée par l’efficacité des neuroleptiques dans le traitement des
symptômes positifs. Toutefois, l’effet de ceux-ci sur les symptômes négatifs est relativement
limité. Par ailleurs, les neuroleptiques eux-mêmes, peuvent modifier la sensibilité à la
dopamine des synapses. Les neuroleptiques ont donc été mis en cause dans l’émergence de

30
Texte provisoire – Diffusion interdite

ces symptômes. Les résultats des études explorant cette hypothèse sont contradictoires, mais
la balance penche pour l’instant en faveur des neuroleptiques.
Par ailleurs, chez certains schizophrènes, les lobes frontaux du cerveau constituent le
centre de commande des habiletés sociales et de planification chez l’humain. On a observé
chez ces schizophrènes un fonctionnement ralenti de cette région du cerveau.
L’idée de base est que la schizophrénie est d’abord une maladie d’origine génétique. Cette
idée paraît étayée lorsqu’on observe la prévalence dans différentes populations (Tableau ci-
dessous)

Tableau 1. Risque de développer la schizophrénie lorsqu’un proche est atteint. Source : Pierre Lalonde MD

Ce tableau indique clairement que le fait de partager un matériel génétique identique à


celui du malade augmente la probabilité de développer une même pathologie. En outre, plus
le matériel génétique est similaire, plus le risque est élevé, ce dont rend compte la différence
entre les jumeaux dizygotes et hétérozygotes.

Le modèle vulnérabilité-stress

Néanmoins, on peut inverser le raisonnement en soulignant que le risque est loin


d’atteindre 100%. D’autres facteurs doivent donc intervenir.
Par ailleurs, la charge génétique peut être variable car bien souvent :
1° il n’y a pas un seul gène en cause. On présume en effet actuellement que différents
gènes sont impliqués dans l’apparition des troubles psychiatriques.
2° La pénétrance (càd l’intensité avec laquelle le gène s’exprime) peut varier d’un gène à
l’autre.
3° Les études indiquent néanmoins une influence de facteurs environnementaux.
La plupart des chercheurs s’accordent à dire aujourd’hui que ce n’est pas la schizophrénie
en tant que telle qui est transmise par voies génétiques (De Clercq, 1999), mais plutôt un
déficit d’ordre neurologique.

Le modèle vulnérabilité-stress suppose une interaction entre trois ensembles de


facteurs (tableau 2) :

31
Texte provisoire – Diffusion interdite

Les facteurs de vulnérabilité sont constitués par l’ensemble des traits présents avant le
début de la maladie ou du problème : bagage génétique, complications périnatales,
traumatismes précoces, antécédents familiaux et transgénérationnels, etc. Ces
facteurs n’entraînent pas obligatoirement la maladie, mais ils rendent celle-ci plus
probable et/ou provoquent des limitations plus ou moins importantes.
Les facteurs de stress sont constitués par l’ensemble des conditions qui déclenchent la
maladie : événements de vie tragiques (décès, divorces, échecs scolaires ou
professionnels, etc.), cycle de vie familial (naissances, passage de l’enfance à
l’adolescence ou de l’adolescence à l’âge adulte, échecs amoureux, etc.).
Les facteurs protection sont constitués par l’ensemble des conditions qui préservent le sujet
du déclenchement de la pathologie ou, à tout le moins, en atténuent les effets. Les
facteurs suivants sont réputés jouer un tel rôle :
Coping style personnel
Coping style familial
Environnement social immédiat
Prise de médicament
Contexte social et culturel (Exemple : les SZ récupèrent mieux dans les
sociétés traditionnelles que dans les sociétés « modernes »).

Ces données ont conduit certains chercheurs à élaborer un modèle dit de « Vulnérabilité-
stress » qui intègre à la fois les données génétiques et environnementales.

Tableau 2. Modèle vulnérabilité – stress de la schizophrénie. Source : Pierre Lalonde MD

Épigenèse

32
Texte provisoire – Diffusion interdite

La prise en compte de ces divers facteurs aboutit à la modélisation ci-dessus. Dans ce


modèle, facteurs génétiques et environnement interagissent de telle manière que la pathologie
se déclenche ou pas.
L’influence génétique n’est donc pas absolument déterministe car elle ne définit qu’une
tendance. Cette tendance va ou non se révéler en fonction de l’environnement
Un tel schéma suggère néanmoins que les facteurs génétiques jouent un rôle causal de
première importance alors que les autres facteurs interviennent surtout sur le déclenchement
de la « maladie ».
Les facteurs génétiques détermineraient certains déficits d’ordres neurologiques et ceux-ci,
sous certaines circonstances environnementales, conduiraient à la schizophrénie.

Le modèle circulaire dit « de la plasticité »

Si le modèle de « Vulnérabilité-stress » intègre à la fois les données génétiques et


environnementales, il situe la « cause » essentielle de la schizophrénie au niveau des facteurs
génétiques.
Certains auteurs estiment que les choses sont en réalité encore plus complexes. Dès le
début des années 60, Jackson – fondateur du Mental Research Institut à Palo Alto – proposait
la métaphore de la balle de fusil pour expliquer l’émergence de la schizophrénie. La balle
représente les facteurs génétiques. Encore faut-il que la balle atteigne la cible (entendez, que
la maladie se déclare). À cette fin, il faut que quelqu’un prenne un fusil, vise la cible et que la
direction du vent ne vienne pas modifier la trajectoire. En d’autres termes, les conditions
environnementales, en particulier sociales et familiales, jouent un rôle bien plus important que
celui de simple « déclencheur ».
Plus récemment, Ansermet & Magistratti (2004) proposent un modèle circulaire ou
modèle de la plasticité. Ils nous disent : « Ce que rend possible le concept de plasticité, c’est
d’aborder de manière critique la modulation de l’expression du génotype par des facteurs du
milieu ou de l’environnement au-delà de l’idée d’interaction. On est en présence de deux
déterminismes, parallèles mais différents : un déterminisme génétique, certes plurigénique, et
un déterminisme environnemental ou psychique, qui se trouvent noués d’une façon
particulière dans le phénomène de plasticité. Il n’y aurait pas plus de détermination génétique
que de détermination environnementale ou psychique : il y aurait, au contraire, deux
déterminations dont l’articulation est à penser à travers le phénomène de plasticité »9.
Il semblerait que certains processus nerveux relèvent davantage de l’épigenèse alors que
d’autres relèvent plutôt de la plasticité.
Les phénomènes épigénétiques sont comparables à des programmes – déterminés
génétiquement – qui peuvent être activés ou non, amplifiés ou non par des facteurs
environnementaux. Autrement dit, le « programme » existe, même s’il ne s’exprime pas.
Les phénomènes de plasticités indiquent quant à eux que les facteurs environnementaux
sont susceptibles « d’écrire » de nouveaux programmes ou de modifier des programmes
existants. Par exemple, le stress fait « fondre » la masse de l’hippocampe, l’apprentissage
provoque la pousse de dentrites, la psychothérapie « réveille » des circuits comportementaux
et cognitifs en veilleuse, voire en implémente de nouveaux …
Par conséquent, l’approche thérapeutique ne sera pas la même selon que l’on « s’attaque »
à des processus essentiellement épigénétiques ou à des processus relevant essentiellement de
la plasticité. Ceci explique sans doute pourquoi la psychoéducation donne de bons résultats

9
Op. Cit., p. 24.

33
Texte provisoire – Diffusion interdite

avec des sujets schizophrènes ou bipolaires alors que ce n’est pas le cas en ce qui concerne
les troubles unipolaires (dépression) (Clarkin et al., 1990).

34
Chapitre 2

L’homme neurobiologique

L’objet de ce chapitre vise à comprendre le lien entre le comportement humain et la


structure et le fonctionnement du système nerveux. Plus spécifiquement, nous allons
examiner deux questions :
1° Comment le système nerveux, dans sa dimension anatomique et neurophysiologique,
détermine-t-il le comportement ainsi que la vie mentale (perceptions, émotions, cognitions) et
relationnelle de l’être humain ?
2° Inversement, comment l’expérience – qu’elle soit traumatique ou, au contraire,
quotidienne ou thérapeutique – s’inscrit-elle au niveau du système nerveux ?

Pendant longtemps, psychologie clinique et neurosciences sont demeurées étrangères,


parfois « ennemies », l’une à l’autre. Il faut admettre que les points de rencontre étaient quasi
inexistants. D’un côté, des modèles très généraux du fonctionnement psychique, mais bien en
prise avec la souffrance psychique. De l’autre côté, des modèles précis et bien validés du
fonctionnement du cerveau, mais peu utiles lorsqu’il s’agit d’aider une personne en état de
souffrance psychique.
Pendant longtemps, cerveau et appareil psychique se sont imposés comme deux entités
relativement distinctes alors même que l’un n’est pourtant pas concevable sans l’autre. La
métaphore informatique s’est imposée. D’un côté, un ensemble de systèmes qui peuvent être
comparés à ceux que l’on trouve dans un ordinateur : une partie est constituée du « matériel »
ou « hardware » - càd de circuits relativement figés et fondamentalement, peu modifiables par
l’expérience - et qui correspondent chez l’homme au système nerveux.
De l’autre côté, une partie composée de programmes, - càd de procédures acquises et
essentiellement modifiables avec l’expérience - et qui correspond chez l’homme à l’appareil
psychique, à la pensée – mais totalement immatérielle.

Cette dichotomie est évidemment très réductrice. On est en mesure aujourd’hui de mieux
décrire comment l’expérience s’inscrit dans le système nerveux et comment celui-ci, en
retour, conditionne ce que nous percevons de l’expérience.
Dans ce chapitre, grâce aux progrès des neurosciences, nous allons montrer que la
psychologie clinique est enfin en mesure de valider un certain nombre de ses postulats
concernant l’émergence d’un symptôme et son traitement.
Texte provisoire – Diffusion interdite

1. SYSTÈME NERVEUX ET COMPORTEMENTS

Veuillez vous reporter à votre cours de neurophysiologie et neuro-anatomie. Dans ce


cours, et plus particulièrement ce chapitre, nous allons nous interroger sur les liens qui
unissent l’organisation du système nerveux et le fonctionnement psychique et relationnel.

1.1. Le modèle de Mac Lean

Mac Lean (1973) formule une proposition concernant l'organisation de l'encéphale humain
qui s’inscrit dans la perspective de l’architecture en plans étagés, évoquée ci-dessus. Elle
s'inscrit dans une triade à la fois spatiale, temporelle et fonctionnelle et rend compte de la
longue évolution, de la lente ontogenèse et des interactions diverses qui caractérisent la mise
en place du SNC.
Selon cette hypothèse, l'encéphale adulte est constitué de trois cerveaux emboîtés
échafaudés à des phases successives du développement de l'individu, mais aussi apparus à des
époques différentes de l'évolution phylogénétique: le cerveau reptilien ou paléencéphale, le
cerveau paléo-mammalien ou paléocortex et le cerveau néo-mammalien ou néocortex.

32 32
Texte provisoire – Diffusion interdite

1.1.1. Le cerveau reptilien ou paléencéphale

Le cerveau reptilien ou paléencéphale est le plus ancien et le plus résistant (meurt le


dernier). Simple épaississement du tube neural initial, il suffisait à la vie de nos lointains
ancêtres de l'ère secondaire. L'homme en garde la trace dans le tronc cérébral. Ces structures
gèrent les niveaux de vigilance et sont le siège de comportements plus ou moins automatiques
liés à la survie individuelle (équilibre biologique et endocrinien).
Au coeur du tronc cérébral se trouve un groupe de noyaux appelés la formation réticulée.
Ces noyaux reçoivent leurs informations de la plupart des systèmes sensoriels de l'organisme
(p.ex., la vue, l'ouïe, l'odorat, le goût, etc.) et de certaines autres parties de l'encéphale,
notamment du cervelet et des hémisphères cérébraux. Le système réticulé activateur, qui
exerce une influence sur l'éveil et le degré général d'activation et de conscience – qui peuvent
tous être perturbés chez les patients déprimés. Plus la formation réticulée reçoit
d’informations, plus elle active les autres zones du cerveau avec lesquelles elle est en contact.
Moins elle reçoit d’informations, moins elle active ces autres zones, de sorte que l’on constate
ici une boucle de rétroaction positive. Ce processus explique pourquoi nous avons besoin de
calme pour nous endormir, pourquoi les situations répétitives et ennuyeuses provoque le
sommeil ou, au contraire, pourquoi une situation excitante nous garde en éveil. Ceci explique
aussi pourquoi les techniques d’induction hypnotique sont efficaces.

Fondamentalement, ce système ne « vit » que l’instant présent, sans mémoire du passé ni


anticipation du futur.

Ce cerveau est désormais « coiffé » par deux structures d'apparition plus récente qui ont
pris le relais d'une partie de ses fonctions tout en établissant avec lui des rapports étroits.

Système parasympathique - système orthosympathique

On regroupe sous le nom de système neurovégétatif un ensemble de centres nerveux situés


dans le bulbe rachidien ou dans la moëlle qui assurent des fonctions de coordination de
l'activité des viscères (organes profonds, comme le tube digestif).

Le système nerveux végétatif est constitué de deux parties à action opposée: le système
nerveux orthosympathique et le système nerveux parasympathique. Ces deux systèmes sont
responsables des activités inconscientes de l'organisme, comme le rythme cardiaque, la
contraction des muscles lisses.
Le système parasympathique contrôle les activités involontaires des organes, glandes,
vaisseaux sanguins conjointement avec le système orthosympathique.
Il est responsable du ralentissement de la fréquence cardiaque (cardio-modérateur), de
l'augmentation des sécrétions digestives et de la motilité du tractus gastro-intestinal. Il
intervient dans certains phénomènes pathologiques, tels les évanouissements ou lipothymies
("malaise vagal"), ou d’autres phénomènes tels que colites, diarrhées, vomissements, larmes,
etc. Le neurotransmetteur (infra) principal de ce système est l'acétylcholine.

33 33
Texte provisoire – Diffusion interdite

Le système parasympathique concerne la récupération de l’organisme et la vidange des


organes creux. Il favorise le travail interne de l’organisme en le mettant au repos, en
favorisant la digestion et en assurant le mécanisme de vidange de l’organisme par la
progression des aliments dans le tube digestif, la défécation et la miction. Il est stimulé
pendant le sommeil.
Son action sur la circulation et la respiration, toutes deux mises au repos, est opposée à celle
de l’orthosympathique.
Le système nerveux orthosympathique déclenche généralement des réponses antagonistes
au système nerveux parsympathique, de sorte que les deux systèmes « collaborent » à la
régulation du corps humain.

Le système orthosympathique a avant tout un rôle de défense. Il favorise l’action dirigée


vers l’extérieur plutôt que le travail interne de l’organisme. Il est stimulé dans les états
d’excitation émotionnelle et d’agression (stress), c’est-à-dire dans les conditions qui
nécessitent une défense. Il favorise l’effort bref et intense en stimulant la circulation et la
respiration.
Les neurotransmetteurs (infra) principaux du système orthosympathique sont l'adrénaline
et la noradrénaline.

ORGANE ORTHOSYMPATHIQUE PARASYMPATHIQUE


Glandes sudoripares stimulation -
Poils horripilation -
Pupille dilatation constriction
Cœur accélération ralentissement
Vaisseaux sanguins
• artères coronaires dilatation constriction
• artères musculaires dilatation constriction
• artères cutanées constriction dilatation
Bronches dilatation constriction
Appareil digestif
• sécrétions diminuées augmentées
• motilité diminuée augmentée
• rectum (remplissage) vidange
• sphincter lisse contracté relâché
• Flux sanguin diminué augmenté
Appareil urinaire
• sécrétions diminuées augmentées
• motilité diminuée augmentée
• vessie relâchement vidange
• sphincter lisse contracté relâché
Rate contraction -
Glycémie augmentation diminution
Foie glyogénolyse -
Glandes salivaires diminution augmentation
Médullo-surrénale sécrétion ++ -
Métabolisme catabolisme anabolisme
Médiateur chimique adrénaline acétylcholine

La complémentarité est observable, par exemple lorsqu’un prédateur vient d’avaler une
proie (activation du système orthosympathique) et qu’il la régurgite immédiatement s’il se
sent menacé (activation du système parasympathique) afin de faire face au danger (priorité au
système orthosympathique).
Ceci peut nous aider à comprendre le sens de certains symptômes comme la nausée ou les
vomissements dans certains troubles psychologiques. Ainsi, l’individu, lorsqu’il a affaire à
un stress intense ou lorsqu’il est confronté à une image mentale ou un souvenir pénible, a
envie de vomir.

34 34
Texte provisoire – Diffusion interdite

Fonctions et corrélats comportementaux du cerveau reptilien

- placé bas dans la nuque


- le plus résistant, meurt le dernier.
- l'homéostasie biologique et endocrinien (hypophyse - sécrétion interne)
- besoins primaires : Boire, manger, copuler (parades nuptiales) et les comportements
relatifs au territoire (établir et défendre).
- réponse immédiate : Fuir, attaquer ou s’immobiliser (Fight, Flight or Freeze), Isopraxie
(comportements au cours duquel plusieurs individus sont engagés dans le même
genre d'activités)
- rapport au temps : présent.
- mémorisation élémentaire
- l'instinct
- dominant dans le comportement du nouveau-né
- Communication : émettre et interpréter des signaux. Le signal est lié à la capacité
d’émettre et d’extraire une information de l’environnement afin de réguler un
comportement. Par exemple, la tique se laisse tomber d’une branche lorsque se
produit une brusque variation de lumière. Cette variation correspond généralement
au passage d’un être vivant. L’information externe (visuelle, olfactive, tactile …)
modifie l’état interne et déclenche un comportement. Autres exemples : signaux de
déclenchement de la parade nuptiale, de copulation, de nidification, de fuite,
d’agression, etc.

1.1.2. Le cerveau paléo-mammalien ou paléocortex

Le cerveau paléo-mammalien est mis en place chez les premiers mammifères (fin de l'ère
secondaire). I1 est à l'origine de notre système limbique, dévolu à la mémoire et à la
commande des grands comportements instinctifs. C'est aussi le centre des émotions qui
déclenche les réactions d'alarme du stress. Ce système devient dominant dans le
comportement d’un enfant entre quelques semaines et 3 ans.
Le paléocortex correspond au système limbique (limbus: bordure), zone de l'écorce
cérébrale qui occupe, autour du corps calleux, une surface située de part et d'autre du sillon
qui sépare les hémisphères cérébraux. C'est le gyrus cingulaire. Mais le système limbique
comporte aussi, en position plus ventrale, un ensemble très complexe de structures comme
l'amygdale ou l'hippocampe...

35 35
Texte provisoire – Diffusion interdite

Le thalamus (issu du diencéphale de l'embryon), formé de deux masses symétriques qui


encadrent le troisième ventricule. Il rassemble les plus importants relais sur les voies
sensitives. Il est donc étroitement relié au cortex cérébral, et tout particulièrement aux aires
sensitives, par des fibres thalamo-corticales. Il comporte de chaque côté une douzaine de
noyaux différents.
Sous le thalamus, près de la partie inférieure du troisième ventricule, se situe une structure
de petite taille, mais de grande complexité et d'importance majeure : c'est l'hypothalamus, qui
assure, par ses relations avec l'hypophyse proche, la liaison entre le système nerveux et le
système endocrinien. Malgré sa taille modeste, il est constitué d'une dizaine de noyaux gris
aux rôles très importants (noyaux supra-optique, paraventriculaire, etc.). Il intervient dans la
régulation des grands comportements (alimentaire, soif, sexualité).

Ces régions sont formées, en surface, de trois à cinq couches de cellules nerveuses. La
fonction du système limbique est, avant tout, celle de cerveau des émotions et des
comportements qui s'y rattachent.
Le système limbique est en relation étroite avec le néocortex dans la région frontale, mais
il est également relié à l'hypothalamus et au tronc cérébral par de nombreux faisceaux.

Circuits neuronaux transducteurs des mouvements

Le traitement de certains troubles psychiatriques implique l’utilisation de neuroleptiques.


Les neuroleptiques sont des médicaments utilisés pour leur effet tranquillisants et anti-

36 36
Texte provisoire – Diffusion interdite

délirants. Ils sont utilisés dans le traitement des symptômes positifs (hallucinations, délires et
agitation psychomotrice) de la schizophrénie et des troubles bipolaires. Ils ont par contre
moins d’effet sur les symptômes négatifs (retrait social, émoussement affectif).
Les neuroleptiques ont la particularité de bloquer les récepteurs dopaminergiques
(récepteurs situés sur les neurones et spécialisés dans la captation de la dopamine).
Les neuroleptiques ont de nombreux effets indénsirables qui réduisent la compliance des
patients.
Ainsi, en bloquant les récepteurs dopaminergiques, les neuroleptiques empêchent le
fonctionnement normal des neurones et entraînent des symptômes semblables à ceux observés
dans la maladie de Parkinson (due à un manque de dopamine).
Les neuroleptiques provoque des dyskinésie aiguë (Contracture musculaire, plafonnement
des yeux, torticolis, impatience motrice (le patient éprouve le besoin de mimer la marche alors
qu’il est au repos) et des dyskinésie tardive (également considérée comme un effet indésirable
de type extra-pyramidal) qui se présentent sous la forme de mouvements de mâchonnements
et de protrusion de la langue répétitifs et incontrôlables. Ces dyskinésies génèrent un
phénomène de rejet qui aggrave l’isolement de la personne.
Ces symptômes disparaissent à la suspension du traitement neuroleptique. Plus
globalement, les neuroleptiques affectent en effet le système nerveux, en particulier le
faisceau extrapyramidal.
On distingue en fait le faisceau pyramidal du faisceau extrapyramidal
Le faisceau pyramidal est constitué des circuits nerveux qui transmettent les commandes
motrices volontaires du cortex cérébral jusqu'aux motoneurones et interneurones de la moelle
épinière.
Le faisceau extrapyramidal est constitué des circuits nerveux responsables notamment de
la motricité involontaire, des des réflexes et du contrôle de la posture.
Le syndrome pyramidal est l'ensemble des symptômes qui attestent d’une atteinte de la
partie centrale de la voie pyramidale : faiblesse motrice (marche, sensations de raideur,
troubles de la phonation et de la déglutition).
Le syndrome extrapyramidal s'observe au cours de la maladie de Parkinson ou comme
effet secondaire à la consommation de neuroleptiques. Ce syndrome se reconnaît à trois
signes : tremblement, hypokinésie (mouvements rares et lents) et hypertonie (rigidité, tonus
musculaire trop élevé). A l’examen, un hypertonie « plastique » est mise en évidence
lorsqu'un membre du corps garde la position qui lui est donnée.

Neurones miroirs

Il s’agit d’une classe neurone qui sont en activité :


- lorsqu’on exécute une action ;
- lorsqu’on imagine exécuter cette action
- lorsqu’on observe un autre individu exécuter cette action
Ces neurones semblent jouer un rôle dans le processus d’empathie et sont en lien avec la
théorie de l’esprit. La théorie de l’esprit désigne les processus cognitifs qui permettent à un
individu d'attribuer un état mental à une autre personne, càd à se représenter l’expérience
interne (intellectuelle et émotive) d’une autre personne. Ces neurones, mis en évidence chez
l’homme et chez les primates, semblent faire partie du bagage inné comme en témoigne
l’expérience représentée par la figure ci-dessous.

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Texte provisoire – Diffusion interdite

Ces neurones miroirs nous aide aussi à comprendre comme les suggestions hypnotiques
agissent. En effet, le fait que activité neuronale soit identique en imaginant l’action que
lorsqu’on l’exécute explique le phénomène de « lévitation » et plus globalement démontre
l’effet des suggestions hypnotique sur le cerveau I

Circuits neuronaux transducteurs des perceptions en émotions

On connaît mieux aujourd’hui les mécanismes par lesquels des états somatiques sont
associés à nos perceptions (mémoire du corps). L’amygdale joue un rôle spécifique dans le
rôle de traduction des perceptions en émotions. Et l’on se rappelle que les émotions sont en
grande partie gérée par le même système qui régule la mémoire.
Mais par ailleurs, l’amygdale met également ces informations sensorielles en relation avec
le système neurovégétatif, lequel contrôle nos viscères et nos hormones. En un mot,
l’amygdale influence l’état somatique.
En résumé, perceptions, émotions, mémoire et contrôles viscéral et hormonal sont
étroitement connectés et interdépendants.

38 38
Texte provisoire – Diffusion interdite

Enfin, il existe de nombreuses voies ascendantes et descendantes entre le néocortex (3ème


cerveau) et l’amygdale. Ce qui implique une possibilité de contrôle du néocortex sur les
structures limbiques.

Fondamentalement, ce système « vit » à la fois dans le présent et dans le passé compte tenu
de sa capacité de stockage et d’apprentissage.

Fonctions et corrélats comportementaux du cerveau mammalien

Les structures limbiques associées :


Triade comportementale qui n’a pas d’équivalent chez les reptiles :
- Les soins donnés aux petits que nous appellerons désormais parentage.
Parmi les reptiles existants, seuls les crocodiles et quelques lézards
montrent quelque intérêt pour les petits. Une forme de sens des
« responsabilités » apparaît et semble être le précurseur de comportement
« moral » chez l’homme.
- Les vocalises qui, dans les conditions d’obscurité des grandes forêts,
constituent un moyen sûr de communication, la séparation des petits de leur
mère pouvant être catastrophique. Le sens de la communication apparaît
donc ici. La communication auditive et visuelle prend le pas sur la
communication olfactive.
- Jeu – Aptitude à simuler un comportement et à différencier le
comportement simulé du comportement réel.

Autres comportements :
- L’organisation en clan augmente les chances de survie. À partir de cela,
les notions de cohésion, de coopération et d’attachement (et, dès lors, de
séparation, de perte et de deuil) vont se développer. La famille et le couple
stables (augmentant le temps de parentage) apparaîtront ultérieurement
comme la conséquence de cet acquis.
- Les capacités de la mémoire vont s’étendre et améliorer les capacités
d’apprentissage.

39 39
Texte provisoire – Diffusion interdite

- La capacité du système limbique à combiner les messages en provenance à


la fois du monde interne et externe constitue le « lit » du futur sentiment
d’identité (différenciation entre les deux types d’expérience, entre
dedans/dehors) qui apparaît chez les chimpanzés puis chez l’homme.
l’expérience du miroir).
- L’apprentissage lui-même commence à s’appuyer sur le « jeu ». Le jeu est
une situation où les protagonistes font semblant. Par exemple, dans ce
contexte, un comportement « agressif » n’est pas vraiment agressif. Une
distance s’instaure entre un signal (le comportement) et sa signification.
On reconnaît ici le premier indice d’un comportement symbolique dont on
sait l’importance dans l’apparition du langage.
- Communication : outre les signaux, la plupart des mammifères sont capables
de traiter des pré-représentations opératoires. Par exemple, un chat prêt à
bondir se représente le type de proie, sa taille, sa distance ainsi que
l’amplitude du saut à accomplir pour atteindre la cible. Ces pré-
représentations sont généralement liées à des actions.

- Deux systèmes essentiels apparaissent :


La mémoire
- mémoire à long terme
- Expérience, sentiment positif ou négatif
- plus la sensation est forte, plus l'évènement va être intériorisé,
gardé en mémoire
- lien très étroit entre mémorisation et affectivité
- induit la recherche de situations favorables et l'évitement de
situations défavorables.
Les émotions
- rôle : nous avertir (événements dans l'environnement)
- orientent l'attention et réagissent à l'urgence (situations de
survie)
- Alarme et réaction réflexe
- grille de classification du monde. En termes de plaisir ou de
déplaisir, à répéter ou à éviter
- la mémoire conserve une trace des émotions passées. Ce qui
implique des possibilités d’apprentissage accrues.

En conséquence, les émotions vont de plus en plus gouverner les comportements de


préservation de l’espèce et d’auto-préservation.

Remarque

Une idée courante est que l’homme répète la phylogenèse lors de son ontogenèse.
Autrement, l’embryon humain repasserait par tous les stades du développement des espèces
sur terre au cours de son développement intra-utérin. Il y aurait ainsi une phase poisson au
début, puis reptile et enfin mammifères.

40 40
Texte provisoire – Diffusion interdite

Cette théorie, bien que globalement correcte, n’est pas totalement exacte. L’embryon
humain passe par différents stades archaïques au sein desquels on perçoit la phylogenèse.
Mais en même temps, certaines évolutions sont court-circuitées. Le document qui suit
illustre cette nuance.

Illustration 2.1. - Vidéo Phylogenèse

1.1.3. Le cerveau néo-mammalien ou néocortex

Enfin, mis en place progressivement au cours de l'ère tertiaire et subissant une croissance
inouïe chez les primates, le cerveau néo-mammalien est venu recouvrir les précédents en
formant le néocortex. I1 confère à l'homme de larges possibilités d'apprécier le milieu
extérieur, d'anticiper ses actes, bref, de « vivre en intelligence ».
Le néocortex est la partie la plus volumineuse et, semble-t-il, la plus importante de
l'encéphale humain. Il se plisse en formant de profonds sillons, qui délimitent des
circonvolutions. Sa surface est considérable (environ un quart de mètre carré) pour un
volume qui doit rester limité : un crâne trop gros rendrait toute naissance aléatoire. Ses
hémisphères sont séparés l'un de l'autre par le profond sillon interhémisphérique. Chacun
d'entre eux est partagé en plusieurs lobes de structure complexe.
On y distingue (figure ci-dessous) le lobe frontal à l'avant, le lobe occipital à l'arrière.
Entre les deux, se situe le lobe pariétal vers le haut, le lobe temporal vers le bas. Ce dernier
est séparé du précédent par la très profonde scissure de Sylvius. Le sillon de Rolando marque
la frontière entre la région frontale (pré-rolandique) et la région pariétale (post-rolandique).
Les principales modalités sensorielles (toucher, vue, audition...) sont représentées à la
surface du cortex par des aires de projection primaires où aboutissent les neurones afférents.
On peut préciser ces localisations par la technique des potentiels évoqués.
Ces régions sont connectées à la plupart des lobes cérébraux par des faisceaux blancs sous-
corticaux. Enfin, la région olfactive, relativement réduite chez l'homme, se situe sous le lobe
frontal. Il reste dans le néocortex de vastes zones non spécifiques, comme les lobes frontaux
et une partie des régions pariétale et temporale, mais aussi des aires associatives formées
d'une mosaïque de représentations de la surface sensible de chaque modalité sensorielle
(association des éléments de l'environnement présent et association de ces éléments entre eux
mais aussi avec l'expérience passée).
Fondamentalement, ce système « vit » à la fois le présent, le passé et le futur étant les
capacités d’anticipation et d’élaboration de stratégies comportementale en fonction d’un but.

Fonctions et corrélats comportementaux du cerveau associatif "humain" :

Raisonner :
L'art de reconnaître, d'abstraire et de reformer des liens de causes à effets.
- Le monde est perçu et reconstruit, représenté, sous forme de rapports réciproques.
- Langage : associe un signe à une chose.
- Rapport au temps : passé, présent, futur
Associer (imagination) :
Créer des recoupements originaux qui n'existent nulle part ailleurs.

41 41
Texte provisoire – Diffusion interdite

- projeter un scénario futur qui peut se réaliser ou non.

On note également des spécialisations du cortex :


- le lobe frontal gauche1 : contact avec la réalité, il permet la prise en compte du présent,
des faits nouveaux perçus par les sens. Par son activité, nous découvrons, apprenons,
tentons des expériences. C'est là l'activité principale de la partie gauche de ce
cerveau.
- lobe frontal droit - assure en outre l'inhibition du système limbique, inhibe la peur

Parallèlement, les acquis du cortex paléo-mammalien sont amplifiés par sélection


naturelle.
- Les rituels de toilettage des primates se transforment en toilettages
communautaires ; des systèmes de signaux d’invitation (claquement des
lèvres) se développent.
- Ces signaux se détachent ensuite du contexte de toilettage pour devenir
plus abstraits, plus souples. Ainsi, le claquement de lèvres devient un signe
amical (apaiser l’agressivité, réguler les rapports de dominance).
- Chez l’homme, le sourire remplace le claquement de lèvre.

On observe toutefois un vestige de la fonction sociale du toilettage dans le langage humain.


Chez l’homme, il existe aussi un « discours de toilettage » (apaiser l’agressivité, réguler les
rapports de dominance). Par exemple, les cocktails mondains mais aussi les rituels
d’accueil et de séparation. Les hommes vont même jusqu’à recréer des ambiances
« pelagées » en portant des vêtements pelucheux, en installant des moquettes dans les
bureaux, en soignant leur coiffure.
Le toilettage social est poussé à l’extrême dans les professions de coiffeur mais aussi de
médecin, d’infirmière ou de kinésithérapeute.
Certains individus ont un tel besoin de s’occuper des autres qu’ils peuvent activement
provoquer et/ou prolonger la maladie du compagnon. Nous avons donc ici un fondement
phylogénétique des théories familiales systémiques (fonction du symptôme).

- Communication : outre les signaux et les pré-représentations, certains


mammifères disposent de certaines capacités de représentations. Par
exemple, un chat est capable de classer les êtres vivants en catégories, par
exemple chien ou non-chien. Quelle que soit la taille ou la morphologie du
chien, le chat identifie ce dernier à coup sûr, ce qui implique un certain
degré d’abstraction conceptuelle. Toutefois, ces pré-représentations
n’apparaissent qu’en situation. Les grands singes et l’homme sont en outre
capables de représentations différées, c’est-à-dire d’évoquer mentalement
un objet hors contexte, c’est-à-dire de penser. Enfin, les grands singes et
surtout l’homme sont capables d’observer leurs propres processus de
représentation ou ceux qui sont à l’œuvre chez un congénère
(représentation de représentation ou méta-représentation). La méta-
représentation constitue une porte d’accès à la conscience de soi comme en
témoignent les expériences avec les miroirs.

Illustration 2.2. - Vidéo – Conscience de soi chez les singes et chez l’homme - Clip 04 -
psyclin chap 2 - miroir - copie.mp4

1
Chez les droitiers

42 42
Texte provisoire – Diffusion interdite

Intégration des trois cerveaux

L'évolution a donc permis, à chaque étape majeure, de « faire du neuf avec du vieux » en
modernisant et réutilisant chaque portion de l'ancien édifice, quitte à modifier ou à
transformer les fonctions initiales en les intégrant dans des constructions nouvelles.
Il est clair que le développement de ces structures résulte avant tout de l'expression d'un
programme génétique qui prescrit l'organisation générale. Mais, c'est au cours du
développement embryonnaire que les cellules nerveuses s'influencent réciproquement pour
aboutir à la mise en place des constituants du SNC. Une troisième étape s'accomplit durant la
vie post-natale grâce aux échanges avec le milieu extérieur. Elle joue un rôle majeur dans
l'acquisition des fonctions psychiques.
La doctrine jacksonienne des dissolutions implique que les fonctions nerveuses se
développent progressivement et hiérarchiquement selon le même principe tant chez l'embryon
depuis la formation du tube neural que, après la naissance, dans l'organisation des fonctions
psychologiques les plus élevées : chaque fois qu'une nouvelle structure nerveuse arrive à
maturité, non seulement elle rend possible les fonctions qui lui sont propres, mais elle prend
sous son contrôle les structures nerveuses développées antérieurement. De la sorte, si un
processus pathologique atteint le système nerveux, il y aura deux conséquences : un
phénomène négatif de destruction, à cause de la perte de la fonction qui était possible grâce à
la structure nerveuse enlevée, et un phénomène positif de libération, car les fonctions
inférieures seront libérées du contrôle qui était exercé sur elles par la structure lésée.
Pour Jackson, l'action la plus volontaire (synonyme aussi de plus propositionnelle ou plus
symbolique) ne peut se réaliser sans être préparée par des processus plus automatiques (ou
moins volontaires, moins symboliques, moins propositionnels): c'est la contrepartie de
l'organisation des centres nerveux. En effet, les centres inférieurs peuvent fonctionner de
manière relativement autonome ; par contre, les centres ;supérieurs ne se mobilisent qu'à la
suite de l'excitation des centres subordonnés, dans l'ordre de leur subordination. Certaines
expériences d'actes manqués et de substitution de mots peuvent illustrer ce principe sur le
plan psychologique.

1.1.4. Commentaires

La théorie de Maclean a les inconvénients et les avantages de sa simplicité. Elle nous aide
à comprendre que l’organisation des comportements résulte d’une histoire à la fois
phylogénétique et ontogénétique et que cette histoire a sculpté notre cerveau. Elle nous aide
aussi à comprendre que nos comportements ont des motivations non-univoques et complexes.
Il importe de prendre en compte à la fois les facteurs biologiques et sociaux pour comprendre
nos comportements.
La théorie de Maclean est toutefois dépassée tant du fait des avancées des neurosciences
(voir section suivante de ce chapitre) que du fait qu’elle ne prend pas en compte la dimension
symbolique (voir seconde partie de ce cours).
Cependant, il demeure que le comportement humain est, en partie, gouverné par certaines
traces laissées dans le cerveau par l’évolution de l’espèce (phylogenèse). Ces traces prennent
la forme de comportements « fossiles » - par exemple, le besoin de marquer son territoire ou
certains déterminismes dans l’attraction sexuelle – qui sont liées aux deux structures les plus
anciennes du cerveau. Nous y reviendrons.
Auparavant, et pour relativiser la vision déterministe que le modèle de Maclean risquerait
d’engendrer, il nous faut examiner la thèse opposée : celle de la plasticité du cerveau, c’est-à-

43 43
Texte provisoire – Diffusion interdite

dire sa capacité à échapper au déterminisme. Ce qui ne signifie pas que le biologique ne joue
pas ici aussi un certain rôle.

Les trois invariants des systèmes vivants

Les chercheurs en embryologie nous apprennent que pour affirmer qu’un système est
vivant, celui-ci doit disposer de trois propriétés essentielles : une enveloppe, un métabolisme
et un processus informatif. Une cellule vivante constitue l’exemple plus simple.
Par conséquent, une famille, en tant que système vivant, présente également ces trois
propriétés.
1° Une séries d’enveloppes qui découpent les limites entre la famille et l’extérieur mais
aussi, en son sein, les limites entre les générations. Ces enveloppes garantissent l’intégrité du
système face à l’environnement, organisent les échanges nécessaires entre l’intérieur et
l’extérieur et assurent la cohérence et la cohésion interne.
2° Le métabolisme renvoie ici à la capacité plus ou moins grande de s’organiser afin
d’établir un équilibre entre ses finalités et les changements survenant dans l’environnement.
Nous avons indiqué ci-dessus les processus d’équilibration à l’oeuvre dans les systèmes
vivants.
3° Un processus informatif qui se traduit dans les familles par l’existence d’une mémoire
qui recèle un plus ou moins grand savoir sur l’histoire, les croyances et les règles de la famille
ainsi que les processus de communications.
Dans les familles confrontées à l’expérience psychotique, ces trois niveaux sont perturbés
simultanément : l’organisation est affectée (tantôt chaotique, tantôt hyper-rigide) et les
processus informatifs sont perturbés (perte de sens, oubli du passé, oubli des finalités du
système, doubles messages, double liens, brouillage des liens et des émotions). Mais, et ceci
constitue la spécificité de l’expérience psychotique, les enveloppes sont particulièrement
fragilisées. Ceci s’illustre au travers de nombreux symptômes : vécus d’intrusion, délire
d’influence, idées paranoïdes, vécu de morcellement corporel, clivage de la pensée,
perturbation des frontières internes et externes de la famille, etc.).
Les entretiens cliniques – individuels et familiaux - et le travail de l’équipe ont pour
fonction de porter un regard sur ces trois niveaux en relation avec l’expérience psychotique
dans le but d’aider la famille à se transformer.

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Texte provisoire – Diffusion interdite

1.2. Rythmicité des activités cérébrales

Les activités cérébrales respectent plusieurs rythmes dont il importe de tenir compte.

1.2.1. L'électro-encéphalographie

L'électro-encéphalographie (EEG) est une méthode simple et peu invasive qui mesure et
amplifie l'activité électrique du cerveau. La mesure s’effectue à partir d’électrodes placées
sur le cuir chevelu.
l'EEG est utilisé à des fins de diagnostic et de suivi des épilepsies, des troubles du
sommeil, des troubles de la conscience, de lésions cérébrales. C’est aussi un moyen d’établir
un état de mort cérébrale.
Le dispositif restitue le signal ondulatoire sur un graphique. Les activités électriques
cérébrales se traduisent visuellement par des courbes rythmiques de fréquences et d’intensités
variables. On distingue plusieurs types d’ondes correspondant à des états de vigilance
différents (Tableau ci-dessous)
Tableau 1
Ondes EEG
Alpha Béta Delta Thêta
Fréquences 8,5-12 Hz 12-45 Hz < 4Hz 4-8 Hz
état de conscience apaisé Alerte flottante flottante
très jeunes efts,
Age Adulte Adulte adultes eft, ado
Artéfacts Yeux fermés Yeux ouvert hypnose
Circonstances activités courantes méditation
Concentration,
anxiété lésions cérébrales rêveries diurnes
Eveil (cf. cycles
circadiens) Eveil somnolence somnolence

On notera que les états hypnotiques sont très bien objectivé à l’EEG comme ce sera le cas
au Pet-Scan.

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Texte provisoire – Diffusion interdite

1.2.2. Les stades du sommeil

On pense que le sommeil répond à deux fonctions. La récupération et l’alignement sur le


cycle terrestre.
Le sommeil vise à rétablir l’équilibre physiologique interne perturbé par l’activité de la
veille (récupération). Par ailleurs, l’espèce humaine semble avoir intériorisé le cycle terrestre
via un mécanisme d’horloge interne (Si on isole les personnes de toute variation lumineuse,
son organisme s’aligne sur un rythme d’à peu près à 25 heures).
On distingue 3 types de sommeil:

Sommeil léger

La somnolence est le stade de l'endormissement (transition entre l'éveil et le sommeil). On


observe une réduction de la vigilance, du tonus musculaire et de la fréquence cardiaque. Les
mouvements musculaires sont lents. Le sommeil coïncide avec le minimum thermique, l'éveil
survient avec la remontée thermique.
L’endormissement : les ondes alpha disparaissent, remplacées par des ondes "thêta" aux
pulsations ralenties. Cette phase dure environ 10 minutes.

Sommeil profond

L'activité EEG est lente (ondes delta < 3,5 Hz).


On observe des rythmes respiratoire et cardiaque sont ralentis et réguliers. L’activité
musculaire est discrète et les mouvements oculaires quasiment absents.

Sommeil paradoxal

L'activité EEG est rapide et les mouvements oculaires très importants alors qu'il existe une
atonie musculaire quasi totale. L'activité néocorticale est plus proche de celle de l'éveil que
celle du sommeil lent (rêves vifs). La respiration est irrégulière. Le cœur accéléré ou ralentit.

1.2.3. Rythmes biologiques

On distingue 2 types de cycles

Ultradiens (ou nycthéméraux)

Le rythme ultradien est un rythme biologique se présentant avec une fréquence plus rapide
qu'un rythme circadien.
La nuit, le sommeil paradoxal survient toutes les 90 minutes chez l'homme.
Le jour, le niveau de conscience fluctue également selon des cycles naturels de plus ou
moins 90 minutes. Ces cycles ont pour fonction de permettre de décompresser par rapport aux
stress Le sujet passe alors d’un rythme Bêta à un rythme Alpha. C’est dans ce « creux »
qu’interviennent de légers états hypnotiques.

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Texte provisoire – Diffusion interdite

Circadiens

Les rythmes circadiens sont liés aux mouvements de rotation de la terre et aux variations
lumineuses qui sont le fait des alternances jours/nuits (période d'environ 24 heures).
Alternance veille-sommeil, température centrale, métabolisme de base. L'organisme adopte
un rythme de vigilance différent de 24 heures (25 ± 2 h).

Les cycles Ultradiens ne sont pas sans conséquence pour les rythmes scolaires et l’étude,
la conduite automobile ou les activités thérapeutiques. Il convient de les respecter, ou mieux
encore de proposer des activités adaptées à chaque phase du cycle.
Ces rythmes ont d’autres influences encore comme en témoigne l’encadré ci-dessous.

La production hormonale
Certaines hormones sont associées de plus près à l'horloge biologique que d'autres. La mélatonine présente
un rythme circadien prononcé qui culmine pendant la nuit. Le cortisol affecte plusieurs fonctions du corps
incluant le métabolisme et la régulation du système immunitaire. Ses niveaux sont à leur maximum au lever le
matin et décroissent graduellement au cours de la journée pour atteindre un creux tôt dans la nuit.

Le système cardiovasculaire
Les crises cardiaques et les accidents cérébro-vasculaire (ACV) ont tendance à se produire d'avantage le
matin qu'à n'importe quelle autre période de la journée. La tension artérielle augmente le matin et reste élevée
jusqu'en fin d'après-midi; par la suite, elle diminue et atteint son niveau le plus bas au cours de la nuit.

La tolérance à la douleur
La tolérance à la douleur est plus élevée dans l'après-midi. Par exemple, les douleurs dentaires sont à leur
plus faible en fin d'après-midi.

Le cycle menstruel
Les femmes rapportent souvent des changements dans leur sommeil au cours de leur cycle menstruel avec
plus de perturbations juste avant les menstruations. La perturbation du sommeil est fréquente pendant cette
période chez celles qui souffrent de trouble dysphorique prémenstruel. De façon intéressante, des changements
dans le rythme circadien de la température corporelle surviennent durant le cycle menstruel et une perturbation
de la production de mélatonine pourrait survenir dans ce trouble. Ceci a poussé les scientifiques à investiguer les
bases biologiques de ces changements et la relation entre l'horloge biologique et le cycle menstruel.

La médication
Les scientifiques étudient la façon dont les rythmes circadiens affectent la prise de médicaments. Il a entre
autre été découvert qu'on peut administrer moins d'anesthésiants en après-midi pour le même effet qu'avec une
dose plus grande à un autre moment de la journée. Les différents tissus du corps humains ont leur propre horloge
circadienne, donc un médicament administré aux mêmes doses à différents moments de la journée peut donner
des effets différents. La chronothérapie harmonise les traitements avec les rythmes circadiens endogènes afin
d'atteindre une efficacité maximale et réduire les effets secondaires. Par exemple:

Médication pour l'hypertension artérielle : Puisque les individus présentent des augmentations importantes
du rythme cardiaque et de la tension artérielle dans les heures suivants l'éveil, ils sont plus susceptibles de subir
une crise cardiaque ou un ACV le matin. Un médicament pris au coucher se retrouve dans la circulation
sanguine des heures plus tard et sera le plus efficace au lever le matin au moment où la tension artérielle et le
rythme cardiaque augmentent précipitamment. Lorsque la tension artérielle baisse le soir, la concentration du
médicament diminue également.
Traitement pour le cancer : L'application de la chronothérapie à la chimiothérapie dans le traitement du
cancer permet d'administrer des médicaments à des moments de tolérance maximale avec une toxicité minimale.
D'autres conditions peuvent être abordées par la chronothérapie telles que l'asthme, la fièvre des foins et
l'arthrite rhumatoïde.

Source : ar Diane Boivin, M.D., Ph.D., directrice du Centre d'étude et de traitement des rythmes circadiens
(http://www.douglas.qc.ca/info/rythmes-circadiens-qu-est-ce-que-c-est).

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1.3. Axe HHS et stress

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1.4. Mémoire – souvenirs – Traces - trauma

Avant d’aborder les effets des situations traumatiques sur le psychisme ainsi que les dégâts
éventuellement observable dans le système nerveux, il importe de rappeler comment la
mémoire, en particulier la mémoire à long terme, est organisée chez l’homme.
On distingue la mémoire implicite (essentiellement procédurale, inconsciente et non-
verbale : images, sensations et mémoire gestuelle) et la mémoire explicite ou déclarative
(essentiellement consciente et verbale).
La mémoire procédurale permet l'acquisition et l'utilisation de compétences motrices
comme faire du vélo, jouer du piano, etc.
La mémoire déclarative est responsable de la mémorisation de toutes les informations sous
forme verbale, c'est-à-dire celles que l'on peut exprimer avec notre langage. On distingue la
mémoire épisodique qui stocke des faits dans leur contexte, notre histoire personnelle (par
exemple, comment nous avons rencontré un(e) amie(s) ou encore où nous étions le 11
septembre 2001. La mémoire sémantique stocke des faits indépendamment des circonstances
dans lesquels ont les a acquis.
Néanmoins, des croisements sont possibles. Ainsi, il existe des automatismes pour les
informations verbales, autant qu'il existe des représentations mentales (images, sensations,
gestes) manipulables par la conscience et l'attention.
Ces processus mnésiques impliquent différents sous-systèmes du cerveau : la
reconnaissance de stimuli rencontrés récemment (cortex sensoriels) ; l’activation d’une
émotion implique l’amygdale ; la formation de nouvelles habitudes motrices mobilise le
neostriatum ; l’apprentissage de nouveaux comportements moteurs ou d’activités
coordonnées met en jeu le cervelet.
La figure ci-dessous résume les différents types de mémoire et les structures cervicales
mobilisées.

Il importe de compléter ce schéma en indiquant que la mémoire épisodique (mémoire


explicite –événement) concerne principalement l’hippocampe.

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Nous verrons plus loin qu’en cas de stress, le cerveau libère du cortisol. Or, le cortisol
intervient dans l’augmentation de la glycémie (libération de glucocorticoïde) lorsque
l’organisme en a besoin. C’est notamment le cas dans des situations stressantes où
l’organisme doit réagir. Cette réaction offre au corps les possibilités de répondre de façon
physique à une situation précise, par exemple : Un qui-vive défensif, la fuite, le combat.
Le cortisol est improprement appelé « hormone du stress ». Au contraire, à faible dose, et
pas son action sur l’hippocampe, elle combat les effets néfaste de l’excès d’adrénaline (liée
directement su stress)
Par contre, en présence trop importante et surtout de longue durée de ces deux substances
agissent de façon néfaste sur le corps en s'attaquant entre autre à des parties sensible du
cerveau tel que l'hypothalamus (compris dans le système limbique) et l’hippocampe. Or, ce
dernier joue lui-même un rôle de régulation du cortisol via l’axe HHS. En résumé, une boucle
de rétroaction positive s’instaure : trop de cortisol nuit à l’hippocampe et ce dernier, affaibli,
ne tempère plus la production de cortisol, et ainsi de suite.
Par conséquent, en cas de stress répétés ou de stress dépassant les capacités de l’individu,
l'excès de cortisol va bloquer la croissance de nouveaux neurones dans l'hippocampe, région
du cerveau connue pour agir sur l'humeur, mais aussi sur la mémoire épisodique.
Le cortisol va également gêner la communication entre les neurones en bloquant les
récepteurs stimulés par la sérotonine, molécule intervenant dans les troubles de l'humeur.

En résumé, le comportement de l’homme est en partie gouverné par une forme de


« mémoire sans souvenir » (Lejeune & Delage, 2017). Celle-ci organise à notre insu nos
habitudes, nos comportements, nos préférences (ou répulsions) relationnelles, nos émotions.
Profondément enfuie dans notre système nerveux, elle s’appuie sur des traces olfactives,
psychomotrices (à rapprocher du « holding » et du « handling » chez Winnicott ?),
perceptives. Il s’agit bien du résultat d’apprentissages et non d’un déterminisme génétique.
Mais il s’agit aussi d’un apprentissage « non conscient », « implicite » et donc « sans
souvenir ».

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2. PLASTICITE, EXPERIENCE PSYCHIQUE ET TRACE


NEUROBIOLOGIQUE

Cyrulnik (2006) montre comment deux jumeaux – qui ont un bagage


génétique rigoureusement identique – peuvent néanmoins être élevés dans des mondes
sensoriels fort différents. Cette mère avait constaté à la naissance de ses jumelles que l’une –
Julie - était gracieuse et douce alors que l’autre – Giuletta - était plus vive et plus nerveuse.
Julie fut donc très entourée et protégée alors que Giuletta, perçue comme étant plus forte –
était davantage mise à distance. Un psy aurait peut-être compris que l’histoire de la mère
pouvait expliquer la lecture – somme toute relativement arbitraire – du comportement de ses
jumelles. Il aurait sans doute alors réalisé comment l’histoire influence les interactions et
comment celles-ci façonnent en retour l’expérience des fillettes et probablement leur système
nerveux.
Ce qui nous intéresse, en tant que psychologue clinicien, c’est de connaître comment
l’expérience psychique et relationnelle interagit avec le système nerveux et les facteurs
génétiques.
En particulier, quelle trace l’expérience laisse-t-elle dans le système nerveux ? Cette trace
est-elle prépondérante ou ne fait-elle qu’infléchir ce qui était de toute façon déjà programmé
par le bagage génétique ? Au-delà, comment penser l’étiologie des maladies mentales ?
Jusqu’il y a peu, les réponses à ce questionnement étaient relativement spéculatives et
s’appuyaient sur des preuves indirectes, par ailleurs diversement interprétées. Des travaux
récents permettent d’avancer sur ces questions.
Le cerveau a la capacité d’être modifié par l’expérience (Ansermet et Magistretti, 2004).
L’expérience laisse des traces dans le système nerveux via trois mécanismes :
- variation du nombre et de l’architecture des synapses
- variation de l’efficacité synaptique
- réarrangements structurels

2.1. Expérience psychique et transcription de l’information : Phylogenèse –


Ontogenèse - Epigenèse

Définitions

L'individu résulte de la superposition de trois processus, la phylogenèse, l'ontogenèse et


l'épigenèse.

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La phylogenèse prend en considération ce qui se transmet au cours de l’évolution d’une


espèce, principalement par transmission génétique selon le processus de sélection naturel.
L'ontogenèse renvoie plus spécifiquement à l’évolution de l’individu, en particulier en ce
qui concerne les facteurs culturels et familiaux, mais aussi les conditions biologiques de la
conception, de l’embryogenèse, de la naissance et du développement ultérieur.
L'épigenèse rend compte de l'interaction entre ce qui est potentiel et préformé à la
naissance et ce que l'environnement retient ou rejette de ces différents « possibles ». La notion
d'épigenèse inclut également l’idée que le développement d'un embryon se fait de manière de
plus en plus complexe. Cette idée s’oppose à la théorie de la préformation qui voit l'embryon
comme un homonculus qui ne se différencie de l’être adulte que d’un point de vue quantitatif.
Ces trois processus se déroulent à des échelles différentes, celle de l’espèce en ce qui
concerne la phylogenèse, celle d’une vie en ce qui concerne l'ontogenèse et celle de
phénomènes pouvant durer entre quelques secondes et quelques mois s’agissant de
l'épigenèse.
On observe également que le poids du déterminisme n’est pas le même selon le processus
envisagé, dominant en ce qui concerne la phylogenèse et contingent s’agissant de l'épigenèse.
La superposition des trois processus renvoie à la complexité et au caractère imprévisible de
formes de vie apparemment fort semblables.
Ainsi, si on peut affirmer que tous les hommes ont des caractéristiques communes
(phylogenèse), il n’en demeure pas moi que chacun est différent compte tenu de l'ontogenèse
et l'épigenèse. De même, si des jumeaux homozygotes ont le même bagage génétique, leur
ontogenèse diffère dès leur vie intra-utérine, de sorte que, par exemple, s’ils sont tous deux
porteurs de facteurs génétiques identiques les rendant vulnérables à la schizophrénie, ils ne
développeront pas nécessairement tous deux la maladie. Autrement dit, avec le même
génome, la trajectoire d’un organisme n’est jamais identique. Et même lorsque ces conditions
sont « similaires», des cellules ou des organismes peuvent avoir un phénotype différent, si
leur passé a été différent. On sait aujourd’hui que ce qui se transmet dans la schizophrénie au
travers de matériel génétique, ce n’est pas la maladie, mais des facteurs de vulnérabilité.
Ces observations suggèrent que des phénomènes épigénétiques sont à l’œuvre et
infléchissent l’expression génétique. Mais ce n’est que de manière récente que l’on comprend
mieux les processus par lesquels l’expérience vient modifier l’expression des gènes via la
méthylation.

La méthylation de l'ADN

Un groupe méthyle CH3 (Me) est un radical chimique dérivé du méthane (CH4).
La méthylation est un processus réversible qui agit sur l’ADN (acide
désoxyribonucléique) : certaines bases nucléotidiques peuvent être modifiées par l'addition
d'un groupement méthyle.
La méthylation est un processus épigénétique puisqu’elle modifie l’expression du gène.
Par exemple, lorsque le promoteur d'un gène est méthylé, le gène en aval est réprimé et n'est
donc plus transcrit.
La méthylation peut en fait avoir des effets antagonistes selon son importance : une faible
méthylation favorise la transcription, mais une forte méthylation, au contraire, l'inhibe.
La méthylation peut agir au cours du développement de l’embryon sous l’effet de facteurs
environnementaux : sociaux, nutritionnels et toxicologiques.
La chaîne ADN s’enroule sur des structures appelées nucléosomes (structures vertes)
formées de cellules appelées histones.

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Texte provisoire – Diffusion interdite

D’après slides du Prof. P. Bustany.

La méthylation (petits drapeaux sur le schéma2) modifie les histones, par exemple, en
modifiant l’espacement de la chromatine. Sur une chromatine lâche, des segments d’ADN,
auparavant masqués, deviennent accessibles au moment de la lecture de la chaîne, ce qui
modifie l’expression du gène.
Lors de l’embryogenèse, la nutrition, la prise de substance toxique ou des expériences de
stress traumatiques engendrent des phénomènes de méthylation.
Ce qui nous intéresse en psychologie clinique, c’est le processus de méthylation qui
explique et confirme comment des expériences traumatiques laissent des traces durables dans
le psychisme. Psychologie clinique et biologie sont en voie de réconciliation !

Applications

Le document ci-dessous illustre le fil conducteur de notre réflexion : comment l’expérience se


s’inscrit-elle et se transmet-elle dans notre psychisme et notre destinée.

Les parents ne transmettent pas que leurs gènes à leurs enfants. Ils leur lèguent aussi, inscrite dans
leur patrimoine génétique, la trace d’événements importants qu’ils ont vécus au cours de leur
3
existence (…). A Överkalix, un petit village isolé du nord de la Suède, les responsables de la
paroisse ont de tout temps eu le sens des registres bien tenus. Depuis la fin du XIXe siècle, et jusqu’à
la fin du XXe, ils ont consigné avec soin les saisons de bonnes et de mauvaises récoltes. Une mine
d’informations pour le spécialiste suédois de médecine préventive Lars Olov Bygren et le généticien

2
D’après une présentation du Professeur P. Bustany du CHU de Caen.
3
Pour les amateurs de biologie, ce processus résulte de la méthylation de l'ADN qui agit sur les histones.

53
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britannique Marcus Pembrey, qui ont pu reconstituer les périodes de disette et celles marquées par
l’abondance.
Etudiant aussi l’état de santé de quelques familles du village sur trois générations, ils ont fait une
découverte étonnante. Ils ont constaté que, quand un grand-père avait connu, durant sa
préadolescence, un des rares hivers d’abondance et qu’il avait beaucoup mangé, cela influençait
l’espérance de vie de son fils et de son petit-fils! Ces derniers vivaient sensiblement moins longtemps
que les descendants des hommes qui, au même âge, avaient connu la famine car ils développent
quatre fois plus un diabète de type 2. Les mêmes effets se retrouvaient d’ailleurs dans les lignées
féminines…
Cette observation avait de quoi ébranler les esprits et bousculer quelques idées admises en génétique
classique. Elle apportait en effet une confirmation à ce que certains suspectaient déjà: les parents
peuvent transmettre autre chose que leurs gènes à leurs enfants. Le patrimoine qu’ils leur lèguent
porte aussi la trace de certains événements importants qu’ils ont vécus.
En termes scientifiques, ce phénomène porte désormais un nom: l’épigénétique. «En grec «epi»
signifie «sur» ou «dessus», explique Winship Herr qui enseigne cette nouvelle discipline au Centre
Intégratif de Génomique (CIG) de l’UNIL. L’épigénétique est donc ce qui se trouve au-dessus de la
génétique.» En d’autres termes, précise-t-il, cela recouvre la «façon dont chaque individu va employer
les gènes qu’il a hérités de ses parents».
«La génétique est à l’épigénétique ce que l’écriture d’un livre est à sa lecture.» On doit cette image,
devenue célèbre, à Thomas Jenuwein, le directeur du Max- Planck Institut of Immunologie, en
Allemagne. Une fois que le livre est écrit, explique le biologiste allemand, le texte (les gènes et
l’information stockée sous forme d’ADN) sera le même dans tous les exemplaires publiés. Mais cela
n’empêchera pas chaque lecteur de l’interpréter à sa façon et de ressentir des émotions ou d’entamer
des réflexions qui lui seront propres (…)
Cela signifie que, si tous les gènes sont présents au sein de la cellule, certains sont activés, ils
«s’expriment» comme disent les généticiens, alors que d’autres sont rendus partiellement ou
totalement silencieux, une machinerie cellulaire complexe servant d’interrupteur pour les mettre en
position «on» ou «off». Scientifiquement parlant, rappelle le professeur au CIG, l’épigénétique est
donc l’étude de «la régulation de l’expression des gènes» (…)
Au-delà de ses implications dans le domaine médical, l’épigénétique montre aussi que nos modes de
vie peuvent avoir des répercussions non seulement sur notre propre santé, mais aussi sur celle de
nos descendants. A commencer par l’alimentation qui, comme l’ont montré Lars Olov Bygren et
Marcus Pembrey, joue un grand rôle dans l’affaire. «C’est certain», commente Ivan Stamenkovic, qui
précise toutefois «qu’il s’agit de phénomènes assez subtils que l’on ne sait pas encore très bien
mesurer». Un niveau élevé de stress «pourrait aussi avoir un effet sur l’expression de différentes
catégories de gènes et altérer par exemple la réponse immune, qui a un effet inhibiteur sur le cancer,
4
souligne le pathologiste. La question est en suspens, mais il serait intéressant de l’étudier.»

Concrètement, l’expérience engendre des mécanismes de méthylation de l’ADN,


modification des histones – modifient l’expression des gènes.
Non seulement le stress modifie l’expression des gènes, mais en outre l’expérience
s’inscrit et se transmet entre les générations.

2.2. Expérience psychique et neuotransmission

Comment l’information circule-t-elle entre ces diverses structures ? En d’autres termes,


comme s’effectue la transmission ?

4
D’après un texte d’Elisabeth Gordon -in Allez Savoir novembre 2010 - Epigénétique - Santé :
http://www3.unil.ch/wpmu/allezsavoir/ .

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On connaît actuellement deux modes de transmission de l'influx nerveux au niveau de deux


grands types de jonctions. L'un d'eux est un phénomène électrique : le potentiel d'action passe
directement d'un neurone à l'autre5.
Dans le second cas, le passage de l'influx met en jeu un mécanisme purement chimique:
l'action d'une substance dépolarisante, le médiateur chimique. C'est le cas le plus fréquent, et
nous allons nous consacrer exclusivement à son étude. Attardons-nous à ces secondes
modalités. Par ailleurs, l’information est également véhiculée par le système hormonal.

2.2.1. La transmission au sein du système nerveux

La transmission chimique

La transmission de l'excitation entre deux neurones s'effectue au niveau de surfaces très


limitées, les « zones de jonction », ou synapses, par des mécanismes complexes jouant dans
des structures spécialisées (Voir votre cours de Neuropsychologie en Bac1). Actuellement, on
connaît plusieurs variétés de neurotransmetteurs.
Ces substances sont stockées sur place, dans des vésicules, et libérées exclusivement lors
du passage de l'influx nerveux. La libération du neurotransmetteur dans l'espace synaptique
est suivie d'une captation exclusive par des récepteurs spécialisés situés à la surface de la
membrane postsynaptique du neurone contigu. Simultanément, le transmetteur est rapidement
dégradé par des enzymes.
Les messagers chimiques primaires sont les neurotransmetteurs. Ces substances, libérées
par le versant présynaptique, sont reconnues par des récepteurs hautement spécifiques situés
sur le versant postsynaptique. Le tout fonctionne un peu comme un système de clefs qui
s’engagent dans des serrures.
Deux neurotransmetteurs principaux opèrent le transfert d’information : le glutamate - le
plus répandu dans le système nerveux central - augmente l’excitabilité neuronale alors que
l’acide gamma-amino-butyrique (GABA) qui diminue l’excitabilité neuronale. Le corps
cellulaire opère la synthèse entre ces deux processus antagonistes et, selon que l’un ou l’autre
domine, la probabilité que le potentiel d’action soit déclenché augmentera ou diminuera.
D’autres neurotransmetteurs secondaires entrent en action. Les plus répandus sont
l’adrénaline, la noradrénaline, la dopamine, la sérotonine, l'acétylcholine, et la glycine. Ces
substances ne diffusent pas en dehors du système nerveux et restent à proximité du neurone
sécréteur. Leur action est stimulatrice ou inhibitrice des messages nerveux.

Neurotransmetteurs essentiellement liés à la motricité et au stress

L'acétylcholine (système parasympathique) - excitateur (déclenche la contraction


musculaire et la sécrétion de certaines hormones). Impliquée dans l'éveil, l'attention, la colère,
l'agression, la sexualité et la soif. La maladie d'Alzheimer est associée à un manque
d'acétylcholine dans certaines régions du cerveau.
L’adrénaline est liée au système orthosympathique et est sécrétée en situation de stress
(pour faire face au danger) ou en vue d'une activité physique (pour répondre à un besoin
d'énergie). Elle provoque l’accélération du rythme cardiaque, la hausse de la tension
artérielle, la dilatation des bronches et des pupilles.
La noradrénaline est également liée au système orthosympathique et est impliquée dans
l'attention, les émotions, le sommeil, le rêve et l'apprentissage. Libérée dans le sang, elle

5
Voir les cours de la Faculté dans ces disciplines.

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contracte les vaisseaux sanguins et augmente la fréquence cardiaque. Elle joue un rôle dans
les troubles de l'humeur comme la maniaco-dépression. En excès, elle est cause des crises
d'angoisse et de panique en l’absence d’élément déclencheur précis. Son déficit conduit au
détachement envers toutes choses communes.

Neurotransmetteurs essentiellement liés la douleur et au plaisir

Les endorphines (proche de la morphine) ou endomorphines (morphine endogènes), sont


des neurotransmetteurs, agissant sur les récepteurs opiacés sécrétées par l'hypophyse et
l'hypothalamus lors d'activités physiques intenses ou d’un épisode d’excitation (douleur ou
plaisir).
Les exercices physiques stimulent la fabrication d'endorphines, raison pour laquelle on les
recommande aux personnes déprimées. Après un orgasme, les endorphines provoquent un
état de relaxation et un forte envie de dormir.
L’état hypnotique augment également la production d’endorphines. Dans une étude sur le
contrôle hypnotique de la douleur menée par Domangue (1985), on a constatlé que a
dépression était corrélée avec les niveaux de dopamine et une corrélation négative avec les
niveaux de sérotonine et de l’endorphine bêta. En outre, après l’hypnothérapie, on a observé
une diminution significative de la dépression, de l’anxiété et la douleur, et une augmentation
des bêta endorphines.
Il est possible de stimuler la production d’endorphines soit directement, soit indirectement
par (auto) suggestion.
La production augmente directement, lors des « câlins » ou lorsqu’on reçoit des caresses.
Lors d’un choc douloureux, l’homme frotte d’instinct la partie douloureuse car ce geste
accroît le taux d’endorphines. Lorsque vous caressez votre chat, vous augmentez son taux
d’endorphines.
La production augmente indirectement en se remémorer des situations, des lieux et des
moments de grand plaisir. Lorsque vous caressez votre chat, vous augmentez aussi votre taux
d’endorphines en partie du fait de la caresse du pelage du chat sur votre main, en partie parce
le ronronnement et la posture du chat vous suggère le souvenir de vos propres expériences de
plaisir. In fine, tout élément contextuel – un parfum, une image, un morceau de musique, etc
- rappelant vos expériences de plaisir passée augmente immédiatement votre production
d’endorphines

Neurotransmetteurs essentiellement liés à l’humeur, l’anxiété et le comportement

La dopamine module l'humeur. Son excès joue un rôle dans l’émergence des phénomènes
délirants et les hallucinations. Un déficit dans certaines parties du cerveau entraîne la rigidité
musculaire typique de la maladie de Parkinson. Elle entre pour beaucoup dans l'émotion du
plaisir, du désir, de la récompense. Elle joue un rôle important dans la dépendance, la
toxicomanie, plaisir-désir récompense. Lorsqu’on détruit la terminaison dopaminergique
d’un rat, celui-ci s’obstine à visiter toujours le même compartiment. Placé dans une situation
nouvelle, il ne sait pas modifier sa stratégie et perd son « enthousiasme exploratif ». Il est
incapable d’un effort intentionnel (Vincent, 2002). Or, on retrouve ce même type d’inhibition
chez les patients psychotiques. La dopamine est aussi impliquée dans le contrôle du
mouvement et de la posture.
Le GABA (pour acide gamma-amino-butyrique) - inhibiteur - contribue au contrôle
moteur, à la vision et à plusieurs autres fonctions corticales. Il joue un rôle régulateur aussi

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dans l'anxiété. Une augmentation du niveau de GABA permet de traiter les crises d'épilepsie
et calme les tremblements des gens atteints de la maladie d'Huntington.
La sérotonine - encore appelée 5-hydroxytryptamine (5-HT) – intervient dans la
régulation de la température, le sommeil, l'appétit, la douleur et surtout l'humeur. La
dépression, le suicide, les comportements impulsifs et l'agressivité sont liés à des
déséquilibres de la sérotonine. En présence trop importante, elle s'attaque entre autres à
l'hypothalamus (compris dans le système limbique). La sérotonine déversée dans la fente
synaptique peut être recapturée par le neurone pré-synaptique grâce à un transporteur (SERT)
qui diminue ainsi la concentration de sérotonine synaptique. Cette recapture est inhibée par
une classe d'antidépresseurs - inhibiteur sélectif de la recapture de la sérotonine - (Prozac).

Neurotransmission et expérience psychologique

Des travaux récents montrent qu’un gène particulier façonne les protéines - serotonine
transporter (SERT or 5-HTT) - qui transportent la sérotonine (5-HT). (Lech & al., 1996 ; cités
par Cyrulnik, 2006).
Selon les cas de figure, on aura des protéines capables de transporter beaucoup de
sérotonine (5-HTT long) ou des protéines qui en transportent moins (5-HTT – court). Or, on
se rappelle que la sérotonine joue un rôle important dans la régulation de l’humeur.
Pour reprendre une image de Cyrulnik, imaginons que « Julie la douce » et « Giuletta la
vive » soient des petits transporteurs de sérotonine. On comprendra alors aisément pourquoi
Giuletta risque de se sentir déprimée. Néanmoins, il se peut aussi que Giuletta arrive à
compenser la moindre attention de sa mère en développant un comportement social plus
élaboré que Julie. Celle-ci, bien entourée ou peut-être trop – pourrait ne pas élaborer un
comportement social satisfaisant.
Ces découvertes sont également consistantes avec ce que l’on sait du « tempérament ».
Par exemple, certaines personnes sont très émotives alors que d’autres peuvent faire preuve en
toute circonstance d’un flegme à toute épreuve. Certains sursautent au moindre signal
d’alarme alors que d’autres demeurent stoïques et concentrés.

Interaction entre les facteurs environnementaux et génétiques – L’exemple des


enfants maltraités

Les enfants maltraités présentent davantage de risques de troubles du comportement ou de


troubles mentaux : délinquance, dépression... Mais comment expliquer que certains s’en
sortent mieux que d’autres ? Cette section explique que cette différence résulte d’une
combinaisons de facteurs génétiques et environnementaux : l'intervention d'un soutien affectif
et l'influence de certains gènes.

Rôle des facteurs environnementaux

Au début des années 60, on pensait que les facteurs environnementaux étaient
prépondérants. Ainsi, Sheldon et Gluck (1969) avaient établi une liste de facteurs
prédictifs dont les plus importants étaient : l'autorité du père, la surveillance de la mère,
l'affection du père, l'affection de la mère et la cohésion de la famille. On supposait aussi un
phénomène de transmission transgénérationnelle via la notion de « cycle de la violence » : les
enfants maltraités devenus adultes de muaient à leur tour leurs en parents qui maltraitant.
Par ailleurs, Rutter (1979) avait mis en évidence une série de facteurs de risque comme

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adversités familiales chroniques (querelles chroniques, perturbation mentale d’un parent,


promiscuité, précarité, etc). Il avait enfin montré qu’aucun de ces facteurs, s’il était isolé,
n’avait d’effet sur le risque psychiatrique. Par contre, le risque psychiatrique devenait
important quand plusieurs facteurs d’adversité coexistaient. En outre, dans les groupes à hauts
risques, un facteur - par exemple la discorde conjugale - est plus souvent associés à d’autres
risques psychosociaux (alcoolisme, précarité, influence de bandes, etc.).
Cependant, Rutter (1979) avait aussi mis en évidence des phénomènes de de « résilience
» : des personnes qui semblaient pourtant avoir eu une enfance catastrophiques connaissaient
néanmoins un développement de bonne qualité ! Il avait identifié que la plupart des enfants
qui s’en sortaient bien avaient connu une relation positives et significative avec un adulte
durant la période d’adversité - un parent, un grand-parent, une voisine, un instituteur, etc. –
bref, un « tuteur de résilience » !
La plupart s’en sortaient, mais néanmoins pas tous. Le modèle n’était donc pas complet !

Rôle des gênes

Dés les années 90, la génétique a fait des progrès immenses. A un point tel que d’aucuns
ont voulu balayer le rôle des facteurs environnementaux afin d’y substituer celui des facteurs
génétiques. Avec la découverte progressive des phénomènes épigéntiques, on observe
désormais la montée en puissance de modèles mixtes combinant les deux ordres de facteurs.
Ainsi, on a découvert que des enfants maltraités couraient moins de risques de développer
une dépression s'ils étaient porteurs d'un certain gène et s’ils avaient eu un « tuteur de
résilience », c’est-à-dure une relation suivie avec un adulte soutenant (Kaufman, 2004).

La monoamine-oxydase « A » ou MAOA et agressivité


On sait qu’un gène lié à l'agressivité agit sur les récepteurs de la sérotonine. Cependant,
une enzyme - la monoamine-oxydase A ou MAOA – semble jouer un rôle de « modérateur »
à ce niveau.
En effet, Caspi (2002) a suivi une cohorte de plus de mille enfants entre l’âge de 3 ans et
jusqu'à 27 ans. Il a montré qu'une variation du gène de cette enzyme jouait un rôle protecteur
contre les effets de la maltraitance infantile. En effet, les garçons maltraités qui avaient la
version la plus active du gène codant la MAOA étaient manifestaient moins fréquemment des
conduite délinquante que ceux qui étaient porteurs d’une version moins active.

Serotonin transporter (SERT or 5-HTT) et dépression

A partir de la même cohorte, Caspi & al. (2003) ont également montré que les enfants
maltraités porteurs du gène qui code la variante longue de l’enzyme transportant le serotonine
(5-HTT) étaient moins sujets aux épisodes dépressifs que les enfants porteurs de la forme du
gène codant la variante courte. Un allèle dit « court » produit une plus faible quantité de la
protéine, un allèle dit « long » une plus grande quantité.
La cohorte de Caspi se répartissait en trois groupes. Le premier, qui représente environ un
tiers du total, a deux allèles longs. Le second, qui en représente la moitié, a un allèle court et
un allèle long. Le troisième deux allèle courts. On a constaté que dans le groupe possédant
les deux allèles longs, même les enfants sévèrement maltraités ne développaient pas plus
d'épisodes dépressifs que la population générale.
Interaction gène x environnement

Kaufman a étudié une centaine d'enfants âgés de 5 à 15 ans. La moitié – groupe


expérimental - ont dû être retirés à leurs familles en raison des mauvais traitements ou de la

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négligence. Les autres, – groupe de contrôle -, vivaient dans des familles à faibles revenus
mais sans indice de mauvais traitement.
Deux types de données ont été récoltés : le présence de l’enzyme protecteur MAOA et la
qualité de leur relation avec l'adulte. Les enfants des deux groupes ont fait l'objet d'entretiens
approfondis, visant à évaluer la qualité de leur relation avec un adulte de référence.
1° S’agissant de la composante génétique, cette étude confirme celle de Caspi : les enfants
retirés à leur famille mais disposant des deux allèles longs (5HTT) n'étaient pas plus
déprimés, en moyenne, que les enfants du groupe de contrôle. Parmi les enfants retirés à leur
famille, ceux portant les deux allèles courts étaient plus dépressifs que les autres.
2° s’agissant de la qualité de la relation avec l'adulte il est ainsi apparu que certains enfants
du groupe de contrôle n'avaient, en réalité, qu'une relation très distendue avec leur principal
« soutien » tandis que des enfants retirés à leur famille pouvaient avoir une relation forte avec
un adulte, apparenté ou non. On a observé que la qualité relation avec l'adulte jouait un rôle
modérateur sur l’effet des gênes. Autrement, les enfants maltraités mais qui faisaient état
d’une bonne relation s’en sortaient mieux que les enfants du groupe de contrôle,
indépendamment de la chargé génétique.
On voit donc s'instaurer une combinatoire entre l'effet de l'allèle, celui des mauvais
traitements et celui du « tuteur de résilience ». Les enfants présentant des scores de
dépression les plus élevés sont ceux qui combinent les trois handicaps : maltraitance, 2 allèles
courts et pas de bonnes relations avec un adulte significatif.
A l’opposé, les scores de dépression les plus favorables sont ceux des enfants du groupe de
contrôle, c’est-à-dire ceux qui combient les facteurs de protection : pas de maltraitance, deux
allèles 5HTT longs et une bonne relation avec un « tuteur de résilience ».

Illustration - Ce que mes gènes disent de moi - ARTE Documentaire 2015– Document
vidéo

2.2.2. La transmission au sein du système hormonal

Le système hormonal

Une hormone est une molécule produite par le système endocrinien6 en réponse à une
stimulation. Elle régule l'activité des organes et modifie le comportement de l’individu.
Contrairement aux neurotransmetteurs, elle est capable d’agir à distance de son site de
production. Par ailleurs, alors que les neurotransmetteurs circulent au sein du système
nerveux, les hormones circulent essentiellement par le sang et la lymphe. Enfin, l’action des
hormones est lente, durable et globale alors que celle des neurotransmetteurs est plus
immédiate, plutôt discontinue et relativement localisée.
Les hormones ont en effet un grand pouvoir de diffusion soit du fait de leur aptitude à
traverser facilement les membranes biologiques (hormones stéroïdes), soit du fait de leur
capacité à s’associer à d’autres molécules réceptrices (hormones peptidiques).
Tout le monde connaît les glandes endocrines comme la thyroïde ou l’hypophyse. Ces
glandes émettent généralement plusieurs sortes d’hormones qui, une fois « lancées » dans
l’organisme, partent à la recherche d’une « cible », un récepteur. La rencontre entre la
molécule hormonale et son récepteur produit un effet.

6
Ensemble des organes qui possèdent une fonction de sécrétion.

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Cet effet concerne essentiellement la régulation du milieu interne en fonction de la survie


de l’individu (soif, appétit, température corporelle, colère ou joie …) ou de l’espèce
(sexualité). Ces sécrétions déclenchent généralement des comportements stéréotypés et des
réponses métaboliques « standard ».

Hormones et expérience psychologique

Certains troubles psychiques peuvent avoir une cause hormonale. Ainsi, l’hyperthyroïdie
peut provoquer des troubles de l'humeur, des troubles du sommeil et des troubles du
comportement alimentaire (prise ou perte de poids). En cas de doute, il y a lieu de renvoyer
vers un médecin, en particulier lorsque ces troubles sont accompagnés de troubles cardio-
vasculaires, digestifs, musculaires et/ou urinaires. Inversement, l’hypothyroïdie provoque
fatigue, troubles de la mémoire et/ou des problèmes de concentration.
Ainsi, l'ocytocine est une hormone peptidique synthétisée par l'hypothalamus et sécrétée
par l'hypophyse. L’injection d’ocytocine dans les ventricules cérébraux d’une rate vierge
provoque immédiatement des comportements maternels : nidification, regroupement de ratons
« étrangers », léchage des petits … On note également une diminution de l'agressivité et une
augmentation de la sociabilité. Chez l’homme, l'inhalation d'ocytocine permet d’augmenter
l’état de confiance vis-à-vis d'autrui. C’est pourquoi cette hormone est aussi considérée
comme l’hormone de la socialisation et de la coopération.
Ce sont souvent les mêmes substances qui interviennent dans les comportements et des
réponses métaboliques. Par exemple, la lulibérine déclenche un comportement sexuel, mais
intervient également dans la maturation des cellules sexuelles et leur éclosion. L'ocytocine
régule l’accouchement et le comportement maternel.

Illustration 2.3. - attirance sexuelle odeur.mp4 – Document vidéo

Enfin, la plupart des hormones remplissent des fonctions agonistes en antagonistes. Par
exemple, la vasopressine stimule ou facilite la lutte ou fuite alors que l'ocytocine induit
l’apaisement et la recherche du contact.
L’homme et la femme ont un fonctionnement hormonal sensiblement différent. Ainsi,
l’effet de l'ocytocine dure en moyenne deux fois plus longtemps chez la femme. Par contre,
les mâles sécrètent plus de testostérone que les femelles. Or, la testostérone est responsable du
comportement agressif. Ces deux exemples nous aident à mieux cerner les grandes tendances
comportementales observées chez les hommes ou les femmes.
Il serait toutefois hasardeux de penser que le système hormonal puisse, à lui seul, suffire à
organiser les comportements. Le système hormonal est simplement susceptible de stimuler ou
inhiber des tendances déjà présentes. Comme nous allons le montrer dans la seconde partie
de ce cours, la culture, l’éducation, la transmission des valeurs familiales, l’expérience
individuelle sont susceptibles de moduler, voire d’inverser, de façon significative ces
tendances comportementales.

Transmission intergénérationnelle d’expériences traumatiques

Yehuda & al, 2005 ont mené une étude visant à établir le lien entre les symptômes de
PTSD chez des femmes enceintes exposées directement à l'effondrement du World Trade
Center le 11 Septembre 2001 et les niveaux de cortisol dans la salive de leurs enfants à l’âge
d’un an.

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Les résultats indiquent des niveaux de cortisol plus faibles ont été observés tant chez les
mères que chez les bébés comparativement à des mères qui n'ont pas développé le PTSD. Les
niveaux de cortisol plus faibles étaient les plus apparents chez les bébés nés de mères ayant
souffert d’un PTSD lorsque l’exposition aux faits s’est produite au cours du deuxième et du
troisième trimestre.

Perception de l’état interne, pulsion et comportement

L’organisme est dans un état de déséquilibre permanent. Afin de maintenir un équilibre


(homéostasie), l’individu a besoin de « connaître » son état interne. C’est là un des rôles du
système neurovégétatif. Selon Vincent (2002) tout écart – entre une norme et l’état interne
enclenche un comportement destiné à le réduire (Drive).
Un « drive » peut également être engendré lorsqu’un individu constate un écart entre l’état
du monde et la représentation qu’il s’en fait.
Une loi émerge ici : tout comportement qui tend à réduire un écart a une probabilité accrue
de se produire. Nous disposons donc ici d’une explication neurobiologique du phénomène
bien connu des cliniciens de « répétition du symptôme » ou de persévération de patterns
interactionnels (« attempted solution » du modèle de Palo Alto).
Ces observations fournissent également un début d’explication de ce qu’on appelle
« activité à vide » (activité sans finalité). Par exemple, l’oie cendrée filtre l’eau pour se
nourrir. Pourtant, même rassasiée avec des graines, une oie placée dans son contexte habituel
– le rivage d’un étang – continue à filtrer la vase : cette fois, elle se nourrit pour filtrer et non
l’inverse.
De même, il nous arrive de manger sans avoir faim. Les tics nerveux peuvent également
entrer dans cette catégorie de comportements.

2.3. Expérience psychique et structure du cerveau

Au-delà du niveau du neurone, le système nerveux est également susceptible de manifester


une grande plasticité, propriété qui l’affranchit de tout déterminisme génétique. Ce qui remet
en cause l’ancienne opposition entre étiologie organique et étiologie psychique des maladies
mentales. En d’autres termes, une causalité psychique peut entraîner des modifications
organiques.

Connections entre le cerveau et le système immunitaire

Une première idée clef est que l’on comprend mieux aujourd’hui comment le
fonctionnement psychique gouverne, du moins dans une certaine mesure, le fonctionnement
biologique. Ainsi Richardson (2002), souligne que les apports des et sciences du vivant, et
plus particulièrement de la psycho-neuro-immunologie nous semble plus intéressante.
Des travaux récents en ce domaine ont montré que des connections existaient entre le
cerveau et le système immunitaire. Des travaux subséquents ont ensuite montré que des
individus optimistes, ayant de l’espoir et engagés dans des projets signifiants disposaient de
défenses immunitaires élevées et, par conséquent, tombaient moins souvent malades.
Par contre, ceux qui se perçoivent comme déprimés, sans espoir et abandonnés
développent des défenses immunitaires plus faibles comme en témoignent de nombreux
paramètres biologiques observables tels que le nombre de macrophages, de lymphocytes, de
cellules T, de l’immunoglobiline A, des anticorps et de l’interféron.

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Texte provisoire – Diffusion interdite

On a aussi montré que les émotions négatives déclenchent la sécrétion de neuropeptides


qui affaiblissent les cellules. Ces observations expliquent sans doute l’effet placebo constaté
en médecine et en psychothérapie. Ces travaux remettent aussi en question la scission
intervenue dans nos sociétés modernes entre médecine et psychothérapie.

Expérience et système nerveux

Seconde idée clef : on comprend mieux aujourd’hui comment l’expérience laisse des
traces plus ou moins durables dans le système nerveux.
Pour Ansermet et Magistretti, la notion d’épigenèse s’en trouve elle-même modifiée. En
effet, dans la conception classique, les données de l’expérience peuvent moduler l’expression
du génotype, de sorte que le phénotype s’en trouve infléchi. Dans cette conception,
l’expérience joue un rôle important, mais un rôle néanmoins secondaire par rapport au bagage
génétique.
Lorsqu’on observe des comportements humains, ceux-ci se donnent à voir dans un état qui
résulte toujours d’une interaction entre les contraintes génétiques et environnementales. Les
premières se marquent par le fait qu’un développement ne peut être infléchi dans n’importe
quelle direction. Mais les contraintes génétiques ne se manifestent pas sous forme de
structures toutes faites données dès le départ.
Dans cette nouvelle conception, la plasticité est elle-même génétiquement programmée, ce
qui fait dire aux auteurs que l’homme est génétiquement programmé pour ne pas être
génétiquement déterminé. La plasticité intervient dès lors à deux niveaux. Dans le génotype
puisque celui-ci la détermine et dans l’expérience qui réorganise le cerveau.
Les contraintes génétiques impliquent que le système nerveux peut être lui-même modifiés
par l’expérience de sorte que les contraintes génétiques - organiques et psychiques sont
susceptibles d’interagir de façon circulaire. Ceci nous aide à comprendre pourquoi, dans le
cas de la schizophrénie dont on connaît le poids de la génétique, certains porteurs « sains » ne
développent pas la schizophrénie et pourquoi d’autres la développent. Nous avons ainsi
montré comment certaines modalités de la communication familiale – en d’autres termes
l’expérience - pouvaient infléchir le déterminisme de cette maladie au travers d’un jeux
complexe de boucles de rétroaction.
Ansermet et Magistretti montrent de la sorte que neurosciences et psychanalyse, et nous
ajouterons neurosciences et psychologie clinique, trouvent un point d’articulation, voire un
point de rencontre, dans la notion de plasticité.

2.4. La plasticité du système nerveux

Examinons comment cette notion de plasticité se traduit en termes de modification


fonctionnelle, voire structurelle au niveau du système nerveux.
Nous distinguerons cinq étages, en partant de la microstructure pour aller, par paliers, vers
les macrostructures.

Modifications possibles du système nerveux sous la pression de l’expérience

Neurotransmission et apprentissage

L’action électrique présynaptique peut donc être reconvertie soit directement en un signal
électrique – récepteurs ionotropes – soit en un signal chimique – récepteurs métabotropes.

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Texte provisoire – Diffusion interdite

Dans ce dernier cas, ceux-ci activent des enzymes présentes dans la membrane qui sont
responsables de la formation de messagers secondaires.
Certains de ces messagers tantôt modifient la durée de l’activité des récepteurs ionotropes,
tantôt mobilisent des récepteurs ionotropes en réserve.
Que faut-il retenir de tout ceci ? Le mécanisme complexe décrit ci-dessus montre
clairement que l’activité synaptique est profondément affectée par l’expérience. La
modulation porte, au niveau présynaptique, sur la quantité de neurotransmetteurs libérés, et au
niveau postsynaptique sur l’activité et la densité des récepteurs. Ces modifications peuvent
affecter de manière durable, voire permanente le transfert d’information entre les neurones.

Structure synaptique et apprentissage

Sous certaines conditions, on peut également assister à une duplication des épines
dentritiques. Cette fois, c’est non seulement le fonctionnement du neurone qui est affecté,
mais aussi sa structure, càd sa complexité et son organisation spatiale. Cette duplication a
pour effet que la zone de réception postsynaptique – et donc l’efficacité de la transmission -
s’en trouve élargie. Sous certaines conditions, ces modifications peuvent devenir durables.

Neurogénèse et apprentissage

Mais les choses vont plus loin encore. On sait aujourd’hui que nous ne faisons pas que
perdre nos neurones. Nous en créons aussi. Ce phénomène est appelé : neurogénèse. Celui-
ci se produit sous l’effet de divers facteurs … dont l’un est l’apprentissage. En d’autres
termes, l’expérience psychique est susceptible de provoquer l’apparition de nouveaux
neurones.
Par ailleurs, les cellules gliales, notamment celles que l’on nomme les astrocytes peuvent,
sous l’action de l’activité des neurones, capter davantage de glucose afin de satisfaire le
surplus de besoin énergétique résultant de l’apprentissage. En retour, l’apprentissage modifie
l’action des cellules gliales.

Réseaux de neurones – l’exemple des circuits de la dépression

Changeons à nouveau d’échelle en prenant en considération des ensembles importants de


neurones. On a longtemps pensé que la dépression était étroitement liée à une perturbation de
la neurotransmission. En réalité, d’autres mécanismes, situés à une autre échelle, sont
également mobilisés.

Illustration 2.4. - Circuits neuronaux– Document vidéo

Ce document montre que nos expériences, quelle que soit leur nature (motrice, sensorielle,
émotionnelle), s’inscrivent dans notre cerveau sous forme de circuits neuronaux. Avec le
temps et la répétition, ces circuits deviennent inconscients et automatiques. Ils deviennent
également plus rigides.
Des études expérimentales récentes sur le mécanisme de rechute de la dépression ont
montré que, lors d’un épisode dépressif, l’humeur négative est associée à des pensées
négatives, des sensations corporelles désagréables et des stratégies comportementales et
interactionnelles particulières (Segal, Teasdale & Williams, 2006).
Lorsque l’épisode est terminé et que l’humeur est revenue à la normale, les pensées
négatives et les sensations corporelles désagréables tendent à disparaître également.

63
Texte provisoire – Diffusion interdite

Cependant, durant l’épisode, l’individu a appris l’association entre ces divers symptômes. Il
se crée de la sorte une forme de « circuit dépressif ».
Lorsqu’un état d’humeur négatif surgit, les autres classes de symptômes ont tendance à
réapparaître plus ou moins selon la force avec laquelle cette association a été apprise. Lorsque
ceci se produit, l’humeur réactive les pensées et les sensations corporelles et, par effet
d’accumulation, une rechute devient probable. Les auteurs suggèrent même que les sensations
corporelles peuvent être perçues avant l’humeur triste. Néanmoins, cette perception peut
suffire à réactiver cette humeur dépressive, les pensées négatives, les sensations corporelles et
les stratégies interactionnelles associées.
Cette notion est également rappelée par Ansermet et Magistretti (2004) qui montrent, à
partir de la théorie des marqueurs somatiques d’Antonio Damasio, comment la réalité interne
est constituée à la fois de phénomènes psychiques et corporels. La trace laissée par
l’expérience dans le système nerveux est toujours associée à des états somatiques spécifiques.
Selon la théorie des marqueurs, la perception est associée à un état somatique de sorte que le
rappel de l’état somatique associé à une perception contribue à produire l’émotion, même en
l’absence de perception consciente.
Une odeur de parfum, similaire à celui d’un être cher mais oublié depuis 20 ans, ne peut-il
pas réveiller non seulement des souvenirs, des images, mais aussi des émotions et des
sensations corporelles intenses ?

Exemples au niveau des sous-structures corticales

Réseaux de sous-structures corticales – l’exemple des circuits de la peur

La circulation de l’information s’effectue également au travers de relais comme le


thalamus, l’amygdale ou l’hippocampe.
Ainsi, plusieurs inputs sensoriels convergent vers l'amygdale pour l'informer des dangers
potentiels de son environnement.
L’information parvient à l’amygdale de deux façons. Une voie rapide, mais imprécise relie
directement le thalamus à l’amygdale. Ce « raccourci » permet à l’individu de réagir très
rapidement.
Une autre voie moins rapide relie le thalamus à l’amygdale via le cortex sensoriel. Le
cortex analyse les données sensorielles et renvoie à l’amygdale un complément d’information
qui permet d’affiner la réaction.
Par exemple si, au cours d’une promenade, vous posez le pied à côté d’un « long cylindre
allongé », la voie courte permet à l’individu de retirer rapidement le pied de la zone de danger
au cas où le « long cylindre » en question serait un serpent. L’information émanant du cortex
sensoriel vient ensuite informer le sujet s’il s’agit d’un serpent ou d’un vieux tuyau
d’aspirateur abandonné.
Une explication possible des troubles phobiques pourrait donc être que la voie courte a pris
le dessus sur la voie longue et/ou que le cortex sensoriel ne joue plus suffisamment son rôle
de modérateur.
L'amygdale reçoit aussi de nombreuses connexions de l'hippocampe. Celui-ci est impliqué
dans le stockage et la remémoration de souvenirs. Ceci explique pourquoi une émotion peut
également être déclenchée par un souvenir.
L'hippocampe traite également des collections de stimuli. L'hippocampe organise les
souvenirs en « épisodes », reliant de la sorte des éléments isolés en un tout unifié. Considérant
un même ensemble de stimuli, l'hippocampe est donc en mesure d’informer l'amygdale sur
quelle configuration de stimuli est importante et quelle autre ne l’est pas. En d’autres termes,
l'hippocampe donne une information sur le contexte. Ceci explique pourquoi le contexte

64
Texte provisoire – Diffusion interdite

associé à un événement traumatisant peut devenir une source d'anxiété, comme on peut
l’observer par exemple dans le syndrome post-traumatique (PTSD).

Réseaux de sous-structures corticales – l’exemple des circuits de la dépression

Les observations par imagerie indiquent que ces zones sont également impliquées dans la
dépression.
Chez les sujets dépressifs, le cortex préfrontal (principalement le gauche) est sous activé.
Or, cette zone est impliquée dans la planification de l’action et l’inhibition des réponses
automatiques. Chez ces mêmes sujets, le volume de l’hippocampe est sensiblement réduit par
rapport à des sujets de contrôle. Or, ce noyau est impliqué dans les activités d’apprentissage
et de mémoire, en particulier le conditionnement contextuel de la peur. En d’autres termes, le
dépressif présente des réactions anxieuses soit dont l’intensité est disproportionnée, soit
inappropriée au contexte. L’amygdale enfin opère la traduction des perceptions en émotions
et celles-ci en réponses somatiques.

Soins et caresses

Expérience psychique et déstructuration des circuits émotionnels

Si on prive des ratons de soins maternels, ceux-ci deviennent anxieux. Or, cette anxiété
correspond à une baisse de production d’une protéine réceptrice aux glucocorticoïdes dans
l’hippocampe. Ceci a pour effet de détruire les neurones de l’hippocampe, d’où la réduction
de volume. Mais ceci, en retour, renforce la libération de cortisol et provoque ainsi
l’accélération de la perte des neurones. Par ailleurs, le cortisol, abondant chez les déprimés,
inhibe la neurogenèse, c’est-à-dire la création de neurones de remplacement (Mendlewicz et
Lostra, 2007 ; Mendlewicz et Braun, 2007). On assiste de la sorte à un double processus en
« boule-de-neige » qui contribue à aggraver la dépression.

Privation de soins maternels et inhibition neuronale

Dans une publication récente, Meaney et son équipe7 ont montré que les caresses d’une
mère sont susceptibles d’activer des gènes responsables de la production de récepteurs
destinés à capturer les glucocorticoïdes en neutralisant leur action sur l’organisme. Or, ces
hormones, lorsqu’elles sont en excès, inhibent la croissance des neurones et réduisent leur
capacité à former de nouvelles connections. À long terme, cette action a des répercussions
sur l’hippocampe et, dès lors, sur le fonctionnement émotionnel et intellectuel de singes
privés de caresses maternelles.
Des études récentes ont permis d’étendre les conclusions à l’homme (Dudley & al., 2011).
Par exemple, des soins maternel de bonne qualité durant la petite enfance augment le nombre
de récepteur glucocorticoïde dans l’hippocampe8 et diminue la sensibilité de l’hippocampe

7
Liu, D., Diorio, J., Tannenbaum, B, Caldji, C., Francis, D., Freedman, A., Sharma, S. Pearson, D., Plotsky,
P.M. , Meaney, M.J. (1997), Maternal Care, Hippocampal Glucocorticoid Receptors, and Hypothalamic-
Pituitary-Adrenal Responses to Stress. In Science 12 September 1997:
Vol. 277. no. 5332, pp. 1659 - 1662
8
L'hippocampe. Celui-ci est impliqué dans le stockage et la remémoration de souvenirs. Ceci explique
pourquoi une émotion peut également être déclenchée par un souvenir.

65
Texte provisoire – Diffusion interdite

aux hormones glucocorticoïde (Note : un excès en hormones glucocorticoïde détruit les


cellules nerveuses et entrave la neurogenèse).
Nous reviendrons sur les soins maternels dans la seconde partie du cours, notamment
lorsque nous aborderons les travaux de Winnicott ou les théories de l’attachement.
Contentons-nous pour l’instant de constater que toute expérience psychique ou relationnelle à
son corrélat neurophysiologique, et inversement.

2.5. Inconscient cognitif et Inconscient freudien - La vision aveugle ou blindsight ou


voir sans le savoir

La vision aveugle (blindsight) désigne un phénomène de perception visuelle inconsciente


chez des personnes dont les aires corticales visuelles ont été endommagées.
Chez ces personnes, si on présente une stimulation visuelle dans le champ de vision –
gauche ou droite – qui projette dans l’aire corticale visuelle endommagée, ces personnes
déclare ne rien voir. Si on leur demande de « regarder » en direction de la stimulation, elles
confirment qu’elle ne peuvent évidemment pas regarder dans une direction précise alors
qu’elles ne voient rien. Pourtant, si on insiste, elle orientent leur regard dans la direction
précise ou la stimulation est apparue. En conclusion, ces personnes n’ont pas conscience
qu’elles perçoivent.
Ce phénomène a été constaté non seulement à partir de stimulations élémentaires comme
un flash lumineux, mais aussi à partir de stimulations plus complexes. Ainsi, des expériences
ont montré que ces personnes parvenaient à pointer dans la direction d’un objet (qu’ils
prétendent ne pas voir), de deviner si un visage manifeste de la joie ou de la colère, si cet
objet constitue ou pas une menace (par exemple, un projectile), de déterminer si une posture
corporelle est menaçante, la forme ou la couleur de la stimulation.
Sahraïe et Weiskrantz (1997) ont montré le colliculus jouait un rôle clé dans ce
phénomène. En effet, si les axones du nerf optique issus de la rétine projettent
essentiellement vers le cortex visuel primaire - zone qui projette à son tour vers d’autres
parties du cortex, ce qui contribue à la prise de conscience de la stimulation – une autre partie
du nerf optique projette vers le thalamus (environ 30 %) où se déroulent un certain nombre de
processus réflexes, comme la modulation du diamètre pupillaire, mais aussi des traitements
émotionnels.
Le phénomène de « blindsight » est un excellent exemple de processus cognitif non
conscient. Cependant, étant donné le rôle joué par le thalamus dans le traitement des
émotions et ses connections avec les principaux noyaux limbiques prenant en charge la
mémoire, donc la trace des expériences antérieures, en particulier les expériences infantiles
traumatiques, nous mettons alors en évidence un des mécanismes neuronaux pouvant
conduire à la constitution de l’Inconscient freudien.
Si on suit bien le trajet suivi par l’information au niveau neuronal, chez les individus «
normaux », une partie fait l’objet d’un traitement conscient (voie corticale) et un autre l’objet
d’un traitement non conscient (voie thalamique). Chez les individus dont les aires corticales
visuelles sont endommagées, seule la voie thalamique est préservée.

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Texte provisoire – Diffusion interdite

Fig. Les deux trajectoires des perceptions visuelles. Au centre, le aires colliculus qui réorientent – flèches
rouges - une partie de l’information visuelle vers le thalamus (système limbique).

On comprend aussi que l’inconscient cognitif (il faudrait plutôt parler ici de « non-
conscience ») ne se confond pas avec l’Inconscient freudien. Celui-ci est constitué de traces
mnésiques fondées sur nos expériences personnelles.
Toutefois, ces traces mnésiques sont constituée :
a) De 30% d’informations non traitées par le cortex – donc la pensée consciente et
rationnelle - chez les individus adultes en bonnes santé (neurologique)
b) De près de 100% d’informations non traitées par le cortex pour la part des
informations qui ont été enregistrées durant la prime enfance, avant que les zones
corticales n’arrivent à maturité.

En conclusion, les neurosciences, non seulement ne contredisent pas les intuitions


freudiennes, mais semblent aujourd’hui décrire les structures et les mécanismes neuronaux
qui les rendent plausibles. Toutefois, inconscient cognitif et Inconscient freudien ne peuvent
être confondus.

2.6. Conclusions

La psychothérapie en tant qu’expérience psychique

Nous avons vu que la perception de l’expérience et du monde extérieur peut s’inscrire de


façon modulée au niveau du système nerveux, contribuant de la sorte à l’inscription d’une
« trace ».

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Texte provisoire – Diffusion interdite

On peut considérer que la psychothérapie est une forme particulière d’expérience


psychique qui, dès lors, laisse aussi une trace au niveau du système nerveux.
Ainsi, la psychothérapie contribue à enrayer partiellement ce processus dans la mesure où
il met ces différentes structures corticales et sous- corticales au travail. Or, nous savons qu’en
ce qui concerne tous les processus relevant de la plasticité, la mise en fonction de ces
structures ou des circuits neuronaux avait pour effet de maintenir, voire de développer ceux-
ci. Par exemple, Mendlewicz et Braun (2007) formulent ce type de suggestion en ce qui
concerne la thérapie cognitive de Beck. Mais on peut également penser que la plupart des
psychothérapies, en ce qu’elles sollicitent la mémoire, contribuent à enrayer la fonte de
l’hippocampe, pour ne prendre que cet exemple. En tout état de cause, la plupart des études
sur la dépression ont montré que le meilleur traitement consiste en une combinaison de
psychothérapie et d’anti-dépresseurs.
Rossi (2002) nous rappelle qu’à une qualité d’expérience donnée – par exemple, la
perception – correspond toujours une autre qualité d’expérience : émotion, sensation
corporelle, réaction comportementale. On a ainsi affaire à des agrégats expérientiels souvent
indissociables.

Conséquences pour la psychothérapie

L’expérience psychique laisse donc une trace dans le système nerveux sous forme de
« circuits » (Segal et al., 2006). Rappelons qu’il s’agit à la fois de circuits fonctionnels et
neuronaux qui relient perception – émotion – cognition et état somatique, en formant ainsi
l’expérience interne du sujet.
En outre, au-delà de l’expérience interne, il ne faut pas oublier que ces circuits comportent
également une composante relationnelle. Des patterns interactionnels répétitifs, des stratégies
relationnelles – on parlera aussi « d’habitudes » - viennent s’ancrer à l’expérience interne.
Le concept d’habitude a également été examiné par Charles Darwin. Comme
FEYEREISEN et de LANNOY (1985) le rappellent, Darwin a défini l’habitude comme une
association entre certains actes et un état d’esprit. Autrement dit, un acte utile dans un
contexte donné serait associé à un état d’esprit particulier. Une fois installée, la nécessité de
cette association se fait sentir dans des contextes où un état d’esprit similaire se manifeste.
Par exemple, une démangeaison peut pousser l’individu à se gratter la tête. Par la suite, ce
comportement émerge dans des situations d’embarras. On peut tenir le même raisonnement
avec des comportements comme : « se racler la gorge », « tousser » ou « se frotter les yeux ».
« Cette force de l’habitude pousse à reproduire des actes autrefois adaptés, mais qui ne le sont
plus nécessairement quand ils apparaissent aujourd’hui (…) »9.
Nous pensons que ce processus associatif ne concerne pas que les actes et les états d’esprit,
mais aussi les perceptions et les réponses somatiques. C’est pourquoi, par commodité, nous
parlerons de circuits EPICS : Emotion - Perception – Interaction – Cognition – Somatique
(Hendrick, 2007). Cet acronyme rappelle également l’idée que ces circuits conditionnent nos
patterns interactionnels (ou scénario de vie, ou transaction ou « jeu » ou « script » relationnel,
selon le modèle).
Ces circuits fonctionnent comme des structures coordonnées mises en relation sous l’effet
de l’expérience et de conditionnements divers. Le travail thérapeutique peut donc être
envisagé soit comme une forme de reconditionnement des circuits en question, soit comme la
mise en place de circuits alternatifs devant supplanter les anciens circuits, soit une
combinaison de ces deux stratégies.

9
op. cit., p. 13.

68
Texte provisoire – Diffusion interdite

Comme nous l’évoquions ci-dessus, Segal et al. (2006) estiment que lorsqu’un état
d’humeur négatif surgit, les autres classes de symptômes ont tendance à réapparaître plus ou
moins selon la force avec laquelle cette association a été apprise. Ces auteurs ont donc
formulé une hypothèse neuronale de la thèse de Darwin concernant les habitudes. Sans doute
que l’un n’exclut pas l’autre sans toutefois que l’on puisse confondre totalement ces deux
mécanismes.
Sur le plan pratique toutefois, cette nuance est secondaire. Ce qu’il importe ici de retenir,
c’est qu’un faisceau d’hypothèses converge vers l’idée qu’il est essentiel d’aborder les divers
registres de l’expérience – Emotion, perception, interaction, cognition, somatique – dans une
perspective associative et redondante.
Ces différentes modalités expérientielles constituent donc autant de portes d’entrée vers la
pathologie et son traitement puisqu’elles sont interdépendantes. Ainsi, le rappel de l’état
somatique réactive une ou plusieurs des autres modalités.
La théorie des circuits nous dicte le mode opératoire thérapeutique. Ainsi, dans le cas de la
dépression, la thérapie consiste à inhiber les EPICS dépressifs, à restaurer d’anciens circuits
plus « sains » et enfin, à instaurer de nouveaux circuits.
Le phobique, devenu hypervigilant par rapport à toute source de danger, est aussi à l’affût
de son propre corps. Il a développé des EPICS phobiques.
La composante neurobiologique des circuits est sans doute encore plus marquée dans des
pathologies comme les assuétudes ou la schizophrénie.

Dans ce chapitre, nous avons cherché à comprendre le lien entre le comportement humain
et le fonctionnement du système nerveux. Les déterminismes biologiques, physiologiques et
chimiques du comportement sont intimement intriqués.
Néanmoins, il ne faudrait pas réduire le psychisme à ces seuls déterminants. La vie en
société implique des fonctionnements psychiques, des comportements et des interactions qui
ne sont pas déductibles à partir du fonctionnement biologique.

Par ailleurs, les modèles neurobiologiques ne parviennent pas à prendre en compte


l’ensemble des faits cliniques qui sont portés à la connaissance du clinicien. Les chapitres
suivants abordent d’autres modèles susceptibles d’expliquer ces faits.

69
Chapitre 3

Éthologie et anthropologie cliniques

Au chapitre précédent, nous nous sommes attaché à rappeler les fondements


neurobiologiques du comportement. Nous avons noté en particulier, le lien entre l’évolution
du système nerveux et les comportements, tant d’un point de vue phylogénétique
qu’ontogénétique.
Dans ce périple qui va nous conduire du « soma » à la « psyché », l’étape suivante consiste
à considérer l’étude des comportements sous un angle éthologique et phylogénétique, dans
une perspective évolutive en partant du comportement animal, en particulier des primates, en
passant par nos ancêtres pré-humains, pour enfin aboutir à homo sapiens.
Quelle place un tel « voyage » a-t-il dans un cours d’introduction en psychologie clinique ?
Lorsque vous vous installez sur une terrasse de café sur la Grand-Place de Mons (ou dans
tout lieu public similaire), vous aurez le loisir d’observer comment nos contemporains entrent
en contact, établissent un « territoire », échangent des politesses, s’échangent des boissons et
des nourritures, se parlent, se séparent, etc. Tous ces comportements semblent gouvernés par
des règles sociales et culturelles, ce qui est certainement le cas. Néanmoins, il est également
possible d’entrevoir les traces de comportements instinctifs hérités de nos ancêtres lointains.
D’aucuns parlent de comportements fossiles pour signifier leur caractère archaïque.
Comment ceux-ci nous ont-ils été transmis et surtout pourquoi subsistent-ils encore
actuellement malgré les progrès étonnants de la culture et de la technologie ? Certains
comportements et habitudes se sont constitués progressivement pendant des millions
d’années. Il est raisonnable de penser que ceux-ci ont probablement laissé des traces
durables, quasi instinctives, dans le comportement humain. Ces comportements et habitudes
ont sans doute été remodelés par la culture, mais sur une période nettement plus courte (de
l’ordre de quelques centaines de milliers d’années, voire de milliers d’années seulement) ? Il
est donc également raisonnable de penser que l’un ou l’autre de ces comportements ont plus
ou moins résisté au modelage culturel. Ou encore, on peut penser que la couche culturelle du
comportement peut, dans certaines circonstances, être « attaquée » et que l’on assiste alors à
des formes de régression phylogénétique vers le noyau instinctif.
L’éthologie constitue une discipline intéressante pour notre propos. Comme le soulignent
FEYEREISEN et de LANNOY (1985), on peut voir dans les mouvements expressifs du corps
comme un reste d’animalité, un résidu de réactions instinctives héritées de nos ancêtres
phylogénétiques.
L’anthropologie, va également nous aider à comprendre le phénomène humain tant dans sa
dimension culturelle que phylogénétique (évolution de l’espèce).
La primatologie nous a donné également une idée sur la façon dont les contraintes de
l’environnement déterminent les comportements chez des espèces phylogénétiquement
proches de l’homme. C’est d’ailleurs par cela que nous ouvrons ce chapitre.
C’est à ce titre que nous nous risquons à parler d’éthologie et d’anthropologie cliniques.
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1. MODELES ANIMAUX

Dans quelle mesure le comportement animal peut nous apprendre quelque chose sur le
comportement humain ? Ouvrons quelques dossiers !

Eléphants

Les éléphants sont connus pour leur intelligence. Ils disposent d’une organisation social
complexe, adoptent des comportements qui évoque une conscience de la mort et font preuve
de grande capacité d’apprentissage.
Des observations récentes suggèrent qu’ils sont sensibles aux situations traumatiques et
qu’ils sont susceptible de développer des syndromes post-traumatiques, comme le document
ci-dessous le suggère :

Elephants remember to take revenge

By Roger Highfield, London

February 17, 2006

The saying that elephants never forget has been given a chilling new twist by experts who believe
that a generation of pachyderms may be taking revenge on humans for the breakdown of elephant
society.

Elephants appear to be attacking human settlements as vengeance for years of abuse, the New
Scientist reported.

In Uganda, for example, elephant numbers have never been lower or food more plentiful, yet there
are reports of the creatures blocking roads and trampling through villages, apparently without cause
or motivation.

Scientists suspect that poaching during the 1970s and 1980s marked many of the animals with the
effects of stress, perhaps caused by being orphaned or witnessing the death of family members.

Many herds lost their matriarch and had to make do with inexperienced "teenage mothers".
Combined with a lack of older bulls, this appears to have created a generation of "teenage
delinquent" elephants.

Dr Joyce Poole, the research director at the Amboseli Elephant Research Project in Kenya, said:
"They are certainly intelligent enough and have good enough memories to take revenge.

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"Wildlife managers may feel that it is easier to just shoot so-called 'problem' elephants than face
people's wrath.

"So an elephant is shot without (people) realising the possible consequences on the remaining
family members and the very real possibility of stimulating a cycle of violence."

Dr Poole's study showed that a lack of older bulls to lead by example has created gangs of hyper-
aggressive young males.

Richard Lair, a researcher at the National Elephant Institute based in Thailand, said that there were
similar problems in India where villagers — particularly in West Bengal — live in fear of male
elephants, which the villagers claim attack the village for only one reason: to kill humans. "In
wilderness areas where wild elephants have no contact with human beings they are, by and large,
fairly tolerant," he said.

"The more human beings they see, the less tolerant they become."

Ce document est intéressant. De jeunes éléphants ayant vécu des situations traumatiques
devinennent « délinquants » au cours de leur adolescence – en Ouganda, en tuant le bétail de
villageois en guise de représailles suite à des attaques de ces mêmes villageois (ce qui dénote
une grande intelligence puisqu’ils ont fait le lien entre les villageois et le bétail), en Afrique
du Sud, en tuant des rinocéros femelles refusant leur avances sexuelles. Compte tenu du
mode de vie des éléphants, le rapport de cause à effet entre les situations traumatiques et les
comportemnts « pathologiques » semblent relativement évident.

Canidés – effets de meute

Dans une meute de grands chiens, si l’un d’entre eux se met à aboyer et à courir, les autres
lui emboîtent le pas, par pure mimétisme. Chacun confortant l’autre, le phénomène s’amplifie
en boucle sans qu’il soit possible de le contrôler. C'est l'effet de meute.
On observe aussi ce phénomène chez l’homme : rumeur, embrigadement sectaire ou
idéologique (nazisme, communistes), emballement de foule, affolement en bourse, action de
marketing, messages internet, viol collectifs (« tournante »),etc… L’expression « hurler avec
les loups » est donc à peine une métaphore !

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Primatologie

L’étude de nos « cousins » directs, les grands primates, est susceptible de nous aider à
cerner l’« archéologie » de nos comportements.
Frans de WAAL (2005) a longuement étudié le comportement des grands primates, en
particulier celui des Chimpanzés et Bonobos.
Ces espèces ont des facultés que l’on croyait, jusqu’il y a peu, constituer une exclusivité
humaine : empathie, solidarité, capacité de former des coalitions, gestion des conflits … La
faculté de s’imaginer ce que l’autre pense et vit (théorie de l’esprit) ouvre la porte à
l’empathie, mais aussi à la cruauté. Un Chimpanzé ou un Bonobo sont parfaitement capables
de se représenter l’effet de leur comportement sur un congénère.
Chez l’homme, et en particulier chez les enfants, la « théorie de l'esprit » concerne l'aptitude à
comprendre que le point de vue de l'autre peut différer du sien.

Illustration 3.1. - neurones miroirs.mov – Document vidéo

La Théorie de l’esprit désigne les processus cognitifs permettant à un individu d'expliquer


ou de prédire ses propres actions et celles des autres agents intelligents. Il s’agit donc de
l'aptitude à comprendre les conduites d’autrui sur base des inférences à partir d'états
mentaux supposés. Il semble que l'humain et certains grands primates seraient les seuls à
posséder cette capacité à traiter les états mentaux intentionnels. Chez l’homme, cette capacité
ne serait pas maîtrisée avant l'âge de 4 ans. Les individus souffrant d'autisme présentent dans
leur grande majorité un important déficit en Théorie de l'esprit. Il semble que cette aptitude
constitue un prérequis à l’empathie qui, quant à elle, concerne plus particulièrement la sphère
émotionnelle. Enfin, ce concept doit être associé au phénomène d’attribution de fausses
croyances tel qu’on l’observe dans certaines pathologies (exemple, la paranoïa).

Chimpanzés - pouvoir – stratégies et alliances

En outre, les chimpanzés sont passés maîtres dans l’art de sceller des coalitions afin de
conquérir le pouvoir, et ce, sur des périodes de temps relativement durables. Ainsi, Frans de
WAAL montre comment « Yeroen » et « Nikkie », deux mâles chimpanzés, s’associent afin
de prendre le pouvoir et en fomentant un « assassinat politique » contre « Luit », le mâle alpha
du groupe.
Or, la soif de pouvoir et de privilèges se retrouve aussi chez l’homme. Les exemples
foisonnent dans les partis politiques, les conseils d’administration, les comités de direction,
etc. Dans la rue, de jeunes « mâles » rivalisent au moyen de grosses cylindrées, de chaînes
stéréo tonitruantes ou vêtements coûteux.
Les chimpanzés sont obsédés par le pouvoir compte tenu des immenses avantages
lorsqu’ils parviennent à le conquérir (nourritures, compagnes sexuelles, …) ou de l’intense
amertume (voire des dépressions) lorsqu’ils le perdent.
Dans cette conquête du pouvoir, les chimpanzés sont capables de mettre en oeuvre des
stratégies, par exemple, nouer des alliances et des « traités » avec certains congénères afin de
renforcer leur position sociale.

Illustration 3.2. – Chimpanzé – pouvoir - stratégies.mp4 – Document vidéo

Le rang détermine aussi qui disséminera sa semence. Bâtis pour se battre, les chimpanzés
ont tendance à scruter et détecter les faiblesses de l’adversaire. Dans cet univers, il est donc

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Texte provisoire – Diffusion interdite

hors de question de paraître amoindri. Les mâles ont donc la propension de dissimuler leur
état affectif.
Faut-il dès lors s’étonner que chez l’homme, les « mâles » soient moins enclins à consulter
un « psy » que les « femelles » ? Faut-il être surpris si la taille et le confort d’un bureau
augmentent à mesure que l’on gravit les échelons de la hiérarchie. Dirigeants politiques ou
financiers, officiers supérieurs, ecclésiastiques de haut niveau, les stars, les familles royales
rivalisent de couleurs chatoyantes, de dorures et de bijoux. Ces attributs rappellent aux
individus situés en bas de la hiérarchie où se situe la place de chacun dans la hiérarchie.
Les rituels de préséances foisonnent chez les singes (séances d’épouillage et
d’allolustrage) comme chez l’homme (cérémonies protocolaires, cocktails mondains). Dans
le cas des cocktails mondains, Desmond Morris (1968) nous rappelle simplement que les
petits-fours ont remplacé les parasites alors que les compliments vestimentaires se substituent
aux séances d’allolustrage. Ces « séances d’allolustrage » ont souvent pour fonction de
rappeler les normes du groupe (en particulier la hiérarchie) – songez à certains repas de
famille – et apportent, en échange du respect de ces normes, calme et réconfort.
Chez l’homme comme chez les singes, les individus passent le plus clair de leur temps à
envoyer des signaux visant à affirmer leur position sociale. « Luit », le concurrent malheureux
de « Yeroen » et « Nikkie » aurait probablement sauvé sa vie, s’il avait fait acte de soumission
à temps. Nous verrons dans un autre cours que, chez l’homme, la communication vise tout
autant, sinon plus, à définir la relation (qui a le pouvoir) qu’à transmettre des informations.
Cette attitude a pour fonction de garantir une paix relative. En effet, plus la hiérarchie est
nette, moins il devient nécessaire d’entrer en conflit pour la renforcer. Une hiérarchie claire
garantit également la collaboration. C’est pourquoi, souligne de WAAL, l’armée ou une
grande entreprise a des hiérarchies définies avec précision. Dans ces structures, comme dans
une dictature, un refus d’obéissance est généralement sanctionné énergiquement. « Luit » en
sait quelque chose !
Les conflits et l’agressivité des Chimpanzés a failli conduire cette espèce à sa perte car ces
stratégies conduisent souvent à la destruction de clans entiers. Menace qui ne va pas sans
rappeler de sinistres souvenirs chez l’homme.

Les bonobos et la conciliation

Les chimpanzés et les bonobos diffèrent quant à leurs stratégies de gestion des conflits : la
violence chez les premiers, la conciliation par la sexualité chez les seconds.

Illustration 3.3. - Bonobos - copie.mp4 – Document vidéo

La plupart des conflits sont réglés par des gratifications sexuelles.


Les femelles bonobos sont solidaires au point que cette qualité leur assure la suprématie
sur les mâles. En général, les femelles expérimentées sont propulsées dans la position
dominante du fait de leur expérience.
S’il n’est pas rare que les femelles chimpanzés s’associent afin d’interrompre des
altercations entre mâles (gestion de conflit), ce comportement est la règle chez les femelles.
Celles-ci dominent moins par la force ou la ruse que par le chantage affectif. Ainsi, si un
mâle exprime de la colère, les femelles manifestent de l’indifférence. On constate que les
mâles bonobos sont moins stressés, vivent plus longtemps.

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Lorenz et la théorie de l’empreinte

C'est l'Allemand HEINROTH qui, au début du XXe siècle (1910), a proposé le terme
Pragung (ensuite traduit en anglais par inprinting) pour désigner le phénomène par lequel un
oisillon nidifuge prend, dans les heures qui suivent l'éclosion, l'empreinte des caractéristiques
de sa mère et en même temps de son espèce. LORENZ (1935, 1937) a aussi montré que
l'empreinte existait chez d'autres animaux, notamment les mammifères.

Lorenz

« Disséquant » le comportement du poussin de poules ou de canetons qui sortent de l’œuf,


LORENZ distingue deux mécanismes : la réaction consistant à poursuivre la mère et
l’identification à celle-ci au cours de la poursuite.
La réaction de poursuite serait un comportement inné (présent dès l'éclosion) qui pousserait
chaque poussin ou caneton venant de sortir de l'œuf à suivre « automatiquement » tout
individu ou objet mobile. On observe en effet cette réaction en substituant un autre individu à
la mère biologique, que cet individu appartienne ou non à la même espèce. LORENZ en a fait
des démonstrations publiques spectaculaires en se substituant par exemple à une cane dès
l'éclosion de ses œufs : quelques jours et semaines plus tard, les canetons le suivent dans tous
ses déplacements, sur terre et sur l'eau. Ainsi a été popularisée cette image émouvante et
esthétique où les canetons ayant pris l'empreinte de Lorenz sont rassemblés autour de sa tête
qui émerge de l'eau, le plus près possible de leur « mère de remplacement ».

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Les oies de Lorenz : les oies se sont attachées à lui car c’est la première personne qu’elles ont vue, elles le
suivent donc partout

C'est au cours de la réaction de poursuite que le jeune canard, ou le jeune poussin, apprend
à reconnaître de façon sélective les caractéristiques de sa mère, que celle-ci soit la mère
biologique ou un individu (voire un objet) de substitution. Selon LORENZ et la plupart des
éthologues de l'école objectiviste, le jeune prend ainsi l'empreinte des caractéristiques
particulières et spécifiques de l'individu qu'il suit. En conséquence, à l'état adulte, il aurait
tendance à préférer les individus appartenant à la même espèce que sa « mère d'empreinte »,
que celle-ci soit la mère biologique, une femelle d'une autre espèce, un objet mobile, etc., en
particulier au moment des rapprochements sexuels.
C'est à propos de ce phénomène que les éthologues ont proposé le concept de période
critique. Ils désignent ainsi le moment particulier du développement, post-éclosion ou
postnatal selon les espèces (généralement les heures qui suivent l'éclosion chez les oiseaux, et
les semaines qui suivent la naissance chez les mammifères), au cours duquel le jeune prend
sélectivement l'empreinte du premier individu ou du premier objet mobile rencontré.
Ainsi était-il admis que, chez les canards, l'empreinte ne pouvait se réaliser qu'entre la 12e
et la 24e heure après 1'éclosion: c'est alors que le jeune prend l'empreinte sélective de la
forme, du plumage, des mouvements, des déplacements et des vocalisations de 1'individu qu'il
suit. Il prend en même temps 1'empreinte de ses futurs partenaires sexuels. On peut profiter de
cette période critique pour modifier les préférences que l'oiseau manifestera à l'âge adulte
pour ses partenaires sexuels. Par exemple, si on remplace la mère d'un canard colvert de
moins de 1 jour par une cane mandarin, le jeune prend l'empreinte de celle-ci. Devenu adulte,
le canard colvert choisira comme partenaire sexuel une cane mandarin plutôt qu'une cane
colvert. Les éthologues ont aussi distingué des périodes critiques chez de nombreuses espèces
de mammifères, au cours des semaines qui suivent la naissance.

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Un phénomène intéressant est celui de la double empreinte des animaux familiers, à leur
mère et à l'homme. C'est le cas notamment des chats et des chiens. On a montré que le chaton
prend l'empreinte de sa mère au cours de ses trois premières semaines de vie postnatale, puis
l'empreinte de l'homme au cours des quatre semaines suivantes. Or la qualité de l’empreinte à
l'homme dépend étroitement de la qualité de l'empreinte qu'il a prise de sa mère au cours des
trois premières semaines, et qu'il continue de développer pendant les quatre semaines
suivantes. Abandonné ou rejeté par sa mère pendant ces périodes critiques, le chaton présente
des difficultés à s'attacher aux êtres humains. On dispose là d'un exemple original
d'empreinte, puisque le jeune peut prendre l'empreinte de deux individus différents au moins,
et donc s'attacher à eux de façon non contradictoire. Un mémoire récent réalisé dans le
service de psychologie clinique a confirmé que l’animal pouvait, du moins partiellement,
remplacer un membre un humain absent et reprendre à son compte les besoins relationnels des
autres membres de la famille.
La double empreinte constitue le terrain sur lequel des liens d’attachement réciproques
peuvent se développer entre l’homme et les animaux. Ce type de lien peut s’avérer important
pour les enfants ou les personnes âgées ou avec certains patients pour lesquels un travail
thérapeutique médiatisé par l’animal peut constituer une piste utile (autistes, psychotiques,
handicapés mentaux, enfants souffrant de maladies somatiques chroniques).
S’occuper d’un animal domestique implique la permanence d’une pensée vivante pour le
bien être d’un être vivant qui dépend largement de nos bons soins. Elle implique également la
création et le maintien d’un lien et une responsabilisation du patient envers un être plus fragile
que lui. En échange, le patient peut bénéficier d’une forme d’affection inconditionnelle dans
le cadre d’une relation bien-traitante. Enfin, les soins exigent des capacités d’anticipation (les
vaccins, prévoir l’espace lorsque l’animal sera adulte).
Avec les psychotiques, l’animal peut mobiliser les parties du psychisme restées saines et
vivantes et contribue de la sorte au travail thérapeutique. Avec les délinquants, ce type de
travail permet de responsabiliser le jeune face à l’animal. Avec les personnes souffrant de
troubles de l’attachement, ce type de thérapie permet au patient de construire un lien dont la
réciprocité sera à la mesure de son investissement.
En conséquence, le premier lien affectif (la prise d'empreinte du jeune vis-à-vis d'un seul
individu) est considéré comme déterminant tous les autres liens qui s'établissent entre le jeune

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et son environnement, en particulier les autres individus de la même espèce. Lorsque ce lien
est peu solide et superficiel, les autres liens le seraient aussi.

Les Travaux d’Harlow

Dans une série d'expériences devenues célèbres, HARLOW a démontré la nécessité d'un
lien d'attachement entre le bébé Rhésus et la mère, ainsi que toutes les implications
qu'entraînait ce manque d'attachement.
Des jeunes singes Rhésus sont élevés dans un isolement social plus ou moins complet dès
la naissance. Quand l’isolement social est total pendant les trois premiers mois, on observe
après l'arrêt de l'isolement quelques lacunes dans le développement social, mais un
développement satisfaisant des fonctions cognitives. Quand l’isolement social dure plus de 6 à
12 mois, on observe une incapacité à tout développement social (pas de manipulations, ni de
jeux sexuels).

Quand on propose des mères artificielles à des bébés singes, ceux-ci préfèrent les mères
revêtues de chiffons doux aux mères en fils métalliques. Cette variable ne change pas, même
si les « mères» métalliques ont un biberon : pour HARLOW ceci signifie que le réconfort du
contact (prémisse de l'attachement ?) constitue une variable majeure dans le lien avec la mère,
supérieur même à l'apport de nourriture. Plusieurs variables secondaires ont été étudiées
(mère à bascule, mère stable, mère chauffée, mère froide) : parmi les « variables secondaires
», les bébés Rhésus préfèrent les mères à bascules et les mères chauffées, mais ces variables
changent avec le temps. Les bébés Rhésus séparés de leur mère mais élevés ensemble
présentent un meilleur comportement social que ceux qui sont maintenus en isolement. Les
femelles élevées en isolement total ont ultérieurement un comportement` très rejetant à l'égard
de leur propre bébé.
Un tel constat doit nous faire réfléchir si on travaille dans l’Aide à la Jeunesse et/ou avec
des familles négligentes ou maltraitantes. En principe, une mère ne peut donner comme soin
à son bébé que ce qu’elle a reçu elle-même comme soin lorsque celle-ci était petite. Cette
notion sera reprise ultérieurement par les systémiciens sous des concepts tels que
« transmission transgénérationnelle » ou « légitimité destructive » (Voir cours d’entretien
clinique).
Ces expériences montrent l'importance du besoin précoce d'attachement et les séquelles
durables, voire définitives, qu'une carence précoce d'attachement provoque chez le bébé
Rhésus. Il existe une période sensible au-delà de laquelle la récupération n’est plus possible.
Un contact corporel d’une certaine qualité joue donc un rôle essentiel dans l’attachement.
En revanche, cet attachement ne semble pas tributaire de la réduction de la faim et de la soif.

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L’enfant a besoin d’une base de réconfort et de sécurité à partir de laquelle le jeune rhésus
peut explorer et prendre connaissance de son environnement.
Harlow constate les réactions de jeunes enfants à la séparation maternelle. Il a observé des
enfants de 13 à 32 mois isolé de leur mère et a constaté trois grandes phases consécutives à la
disparition de la mère.
1°) Phase de protestation lors de la séparation: l'enfant pleure, s’agite, cherche à
suivre ses parents, les appelle (surtout au coucher). Il est inconsolable, puis
après 2 à 3 jours, les manifestations bruyantes s’atténuent. )
2°) Phase de désespoir survient alors: l'enfant refuse de manger, d’être habillé, il
reste renfermé, inactif, ne demande plus rien à son entourage. Il semble dans
un état de grand deuil.
3°) Phase de détachement enfin: il ne refuse plus la présence des infirmiers,
accepte leurs soins, la nourriture, les jouets. Si à ce moment-là, l'enfant revoit
sa mère, il peut ne pas la reconnaître ou se détourner d'elle. Plus souvent il crie
ou pleure.

Que retenir de ceci :


1° Les comportements ont probablement une valeur de survie et constituent donc une
adaptation adéquate à un contexte qui, sans doute, ne l’est pas ;
2° La composante animale chez l’homme a peut-être été sous-estimées. En particulier,
certains troubles psychiatriques peuvent être assimilés à des régressions vers des
structures comportementales plus archaïques;
3° Certains comportements s’expliquent mieux lorsqu’on tente de les articuler à des
problèmes de territoire et de hiérarchie.
4° Enfin, l’organisation sociale des humains – par exemple la suprématie des mâles -
n’est pas une nécessité naturelle.

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2. Aux sources de l’organisation sociale

2.1. Evolution des sociétés pré-humaines et humaines

LUMLEY (2007) propose de distinguer trois étapes entre le stade primate et le stade homo
sapiens : la période où il y a lieu de parler de singes anthropoïdes, celle des hominidés et celle
enfin où il est possible de considérer que l’on a affaire à des êtres humains.

2.1.1. Singes anthropoïdes

Il s’agit de singes qui présentent certaines caractéristiques morphologiques anthropoïdes.


Le premier spécimen présentant de telles caractéristiques a été découvert au Tchad :
Sahelanthropis tchadensis (dit « Toumaï »), datant de -7 mio.
Dés -6 mio. , les chercheurs ont découvert des indices d’un grand remaniement génétique
qui marque une frontière nette entre les primates et les anthropoïdes. C’est de cette époque
que datent les Australopithèques, en particulier Australopithecus afarensis (dite « Lucy »)
découverte par Yves Coppens et son équipe.

Australopithecus afarensis

Lucy est considérée comme le premier anthropoïde réellement bipède (bien que cette
hypothèse soit actuellement contestée, voir l’encart ci-dessous). Ce constat est déduit de la
forme des empreintes sur le sol. La station debout a eu pour conséquence indiscutable la
libération des mains, rendant celles-ci disponibles pour la manipulation et, plus tard, la
fabrication des outils. Cette aptitude a probablement joué à son tour un rôle dans
l’organisation de la pensée. En effet, la fabrication d’outils implique des capacités
d’anticipation. Inversement, l’usage d’outils – même élémentaires – doit sans doute jouer un
rôle dans le développement des aptitudes cognitives. Ce processus circulaire a toutefois été
très long avant que les premières traces d’outils en pierre n’apparaissent. Il se peut que les
outils en bois – comme on l’observe chez certains singes actuellement – aient précédé les
outils en pierre, mais ceci demeure dans le domaine de la pure spéculation.
L’influence des activités manuelles sur la construction de la pensée est également une idée
spéculative. Toutefois, s’appuyant sur l’adage célèbre, l’ontogenèse rappelle la phylogenèse,
la psychologie développementale démontre une forme de circularité assez similaire chez
l’enfant entre les activités sensori-motrices et le développement de l’intelligence.

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Théorie de l'East Side Story ... ou comment d'un ancêtre commun nous avons pu
aboutir aux premiers hominidés d'un côté et aux grands singes de l'autre ?

Yves Coppens a émis (en 1981) une hypothèse géologique et climatique pour expliquer cette
séparation. Il faut remonter 8 millions d'années en arrière. A cette époque vivent sur l'est du continent
Africain (boisé à l'époque) de grands singes hominoïdes... Cette région est alors géologiquement
instable du fait de la pression des plaques tectoniques. Une faille immense s'effondre du nord au
sud, partageant en deux notre population de grands singes : la Rift Valley. Cette barrière naturelle va
également avoir des conséquences sur le climat et la végétation. A l'est, la sécheresse s'installe et va
transformer la forêt en savane. Les grands singes habitués à une nourriture abondante et à un
environnement boisé, vont se retrouver dans un milieu où il faut faire parfois plusieurs kilomètres
pour trouver à manger. Pour ce faire, la bipédie est le moyen le plus pratique et rapide... De là
découlent également le développement du cerveau, la denture omnivore, l'apprentissage des outils et
la parole.. Obligés de s'adapter, les hominidés qui s'y trouvaient sont probablement nos ancêtres !

A l'ouest, pas de changement climatique.. la végétation est luxuriante et la nourriture abondante. Les
grands singes (panidés) qui se trouvent là n'ont pas besoin d'évoluer puisqu'ils trouvent suffisamment
de nourriture dans les arbres. L'usage de la bipédie n'est donc pas indispensable. Les ancêtres de nos
grands singes actuels sont certainement issus de cette population : plutôt arboricoles, ils utilisent
ponctuellement la bipédie.. Mais tous n'est pas aussi simple... Cette hypothèse, aussi séduisante
soit-elle, a été contrecarrée par les dernières découvertes de fossiles...Abel tout d'abord puis
Toumaî... En effet, si l'on suit le raisonnement, on ne doit pas trouver d'hominidés à l'ouest de la Rift
Valley. Or Toumaï a été découvert à plus de 2500 kilomètres à l'ouest de la fracture du Rift ! Certes
une écrasante majorité de nos ancêtres (plus de 3000) a été trouvée à l'est du Rift ; pour l'instant seuls
deux individus sont en contradiction avec la théorie... des individus isolés, perdus ? Yves Coppens
avait lui même déclaré, après la découverte d'Abel, que "si l'on exhume en Afrique occidentale des
spécimens beaucoup plus anciens, de 7 ou 8 millions d'années, il faudra bien changer le fusil
d'épaule"...1

2.1.2. Hominidés

Homo Habilis

Selon LUMLEY (2007), on peut parler d’Hominidé dès qu’apparaît l’aptitude à fabriquer
des outils. Ceux-ci apparaissent dès -2,5 millions d’années, On retrouve donc des outils en
pierre avec Homo Habilis. Avec celui-ci, des nouveautés apparaissent :

1
Article tiré de : http://www.hominides.com/html/dossiers/eastsidestotry.html. Voir aussi "La Recherche"
février 2003.

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a) L’aptitude à fabriquer des outils


- La forme des outils suggère que leur fonction consistait essentiellement
à découper, mais non à tuer. Leur faible efficacité indique que ces
ancêtres ne pouvaient donc que s’attaquer à des charognes.
- La présence d’outils témoigne de façon indiscutable de l’aptitude à
anticiper et à formuler des projets, càd la présence d’une pensée
conceptuelle (et non d’un usage d’outils par imitation).
- Enfin, ces outils, parce qu’ils permettent de manger de la viande, vont
contribuer au développement du cerveau compte tenu de l’apport en
protéines qui en résulte.

b) Bascule occipitale
- On observe un élargissement de la boîte crânienne consécutif au
mouvement progressif de bascule occipitale (enroulement des crânes
vers la zone préfrontale). Ce mouvement de bascule provoque la
descente des voies aériennes supérieures et crée ainsi les conditions du
langage articulé.
- De façon générale, on assiste à une augmentation de la taille du cerveau
(>600cm3) qui permet l’apparition des zones de Broca et de Wernicke.
On se rappelle que ce sont précisément ces zones qui prennent en
charge le langage.
- Ceci autorise des progrès au niveau de la communication, de la
transmission des savoirs et la vie communautaire...

c) Apparition d’une vie en groupe


- De fait, c’est de cette époque que datent les traces des premiers
campements (sites de taille des outils). Des groupes d’individus vivent
essentiellement dans des cavernes et mènent une vie de nomades
(probablement en suivant les charognes laissées par les félins qui, eux-
mêmes, suivent les troupeaux d’herbivores).
- L’émergence de collaboration se fonde sans doute sur le partage de la
nourriture, ce qui différencie un groupe d’un troupeau.
- C’est dans ce contexte que la prise en charge des enfants se développe
et que l’on assiste aux débuts d’une interdépendance des jeunes et des
vieux. Les « vieux » ne sont plus abandonnés. En échange de la
nourriture, ils « gardent » les petits pendant que les adultes chassent et
cueillent. Ceci permet :

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=> la transmission de l’expérience


=> accroît les liens d’attachement
=> crée de facto la division du travail (répartition des tâches =
organisation sociale)
=> plus globalement, conduit à l’émergence de l’altruisme.

Homo ergaster

- Homo ergaster (homme qui travaille).


- -1,8 millions d’années.
- Nom lié aux sites de taille des outils
- Début de la chasse ; encore charognards
- Arrivée aux abords de l’Europe (Géorgie, Caucase)

Homo erectus

Le biface est un outil dont les deux faces opposées ont


été travaillées afin d'améliorer le coupant de la "lame".

- Homo erectus (homme qui travaille).


- -1,5 millions d’années.
- Premiers outils symétriques
- La symétrie n’a pas d’utilité fonctionnelle, donc
- Première forme de pensée esthétique
- Diffusion très rapide de la symétrie
- 2 hypothèses :
- => Soit l’hypothèse de la transmission d’idées (plus rapide
que la diffusion des populations),
- => Soit l’hypothèse de la convergence cognitive : une même
aptitude cognitive conduit nécessairement aux mêmes progrès
partout.

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L’homme de Tautavel

- -0,8 millions d’années.


- Campements de longue durée.
- Stratégies de chasse élaborées.
- Homo Heidelbergensis (anténeandertaliens)

2.1.3. Hominisation - Homo Neandertalis et Homo Sapiens

L’aptitude à domestiquer le feu fait l’homme

LUMLEY (2007) à nouveau propose de parler d’hominisation à partir du moment où les


hominidés deviennent capables de domestiquer le feu ; étape qui est acquise vers -0,4 millions
d’années. C’est en effet à partir de cette date que l’on retrouve des traces de charbon de bois
et d’os brûlés. Homo Neandertalis et Homo Sapiens ont à l’évidence acquis cette compétence
essentielle.

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Conséquences cognitives et physiques

Cette conquête a probablement eu des conséquences considérables, en particulier sur le


plan cognitif. Cette aptitude exige en effet une capacité cognitive très élaborée compte tenu
de la complexité de cette technique.
L’invention du feu a eu des conséquence sur le développement du cerveau. La cuisson des
aliments a en effet facilité la digestion de la viande. Ceci a à son tour permis d’en augmenter
la consommation. Or, le développement et le fonctionnement du cerveau exigent un apport
important de protéines. L’invention du feu a donc entraîné des progrès évolutifs au niveau du
système nerveux.
La cuisson des aliments a eu des conséquences sur la capacité de survivre. Par exemple,
cette aptitude a facilité la mastication, ce qui a permis la réduction de la machoire et, en
conséquence, l’expansion du crâne. La cuisson a également fait reculer les parasitoses. La
possibilité de se chauffer a aussi permis de conquérir des territoires plus froids, ou de
maîtriser les saisons froides.
Le feu a enfin permis d’améliorer la fabrication des outils (durcissement des pointes à la
flamme).
Cette aptituide apparaît quasi simultanément en différents endroits éloignés. À nouveau,
les deux hypothèses déjà évoquées s’affrontent : S’agit-il d’une transmission rapide ou faut-il
évoquer la thèse de la convergence cognitive (l’aptitude du cerveau étant la même partout, il
est logique que des individus indépendants fassent les mêmes découvertes simultanément ?).

Conséquences culturelles

L’aptitude à domestiquer le feu a également des conséquences culturelles fondamentales


Le feu a eu d’autres fonctions évidentes : se chauffer, s’éclairer et se protéger des
prédateurs. Ceci a donc crée une nouvelle « contrainte » au sens défini ci-dessus : le feu a
obligé les membres de groupes à se rassembler autour du foyer pendant la nuit. Par ailleurs, il
a également obligé le groupe à s’organiser et à collaborer pour collecter le bois et entretenir
le feu. Celui-ci a donc joué un rôle dans le développement des comportements collaboratifs.
Mais ce n’est pas tout.
Condamnés à se rassembler autour du feu, les individus « ne pouvaient pas ne pas
communiquer ». Il n’y avait rien d’autre à faire que dormir … ou parler. Nos ancêtres
devaient passer ce temps libre pour évoquer la chasse et élaborer les stratégies. Les femelles
pouvaient raconter leur journée et les anciens transmettre leurs savoirs et des légendes. Les
enfants devaient écouter avec attention et intérêt. En résumé, le feu a probablement eu une
influence sur les structures narratives et a installé l’habitude de se raconter, de produire des
récits.
Lorsque vous vous transportez de nos jours sur la Grand-Place de Mons, une belle soirée
d’été, vous serez frappés d’observer ce goût qu’ont les gens de se rassembler, en rond, autour
d’une table pour boire, manger … et parler. Et si la nuit tombe, certaines tables vont se garnir

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de bougies. Romantique, me direz-vous ? Ou alors, un comportement fossile rappelant les


repas pris en groupe autour du feu il y a des centaines de milliers d’années ?
Et que dire des structures linguistiques : « fonder un foyer », « avoir un foyer » etc … Ces
structures linguistiques ne témoignent-elles pas d’une structure comportementale archaïque :
se réunir autour du feu ?

Chasses – cueillettes

La collaboration lors de la chasse, des cueillettes ou lors de l’élevage des petits a


probablement multiplié et différencié les codes de communication pour aboutir au langage au
sens strict. La cueillette prodigue également un apport de sucre, indispensable au
fonctionnement du cerveau.

A l’aube de la culture

Premières huttes :
- Abris pour façonner les outils et protéger le feu
- Début de l’architecture
- Maquillage : usage de coquillages probablement comme peinture de
chasse ou de guerre

Premiers bijoux sépulcraux


- -0,3 millions d’années.
- En d’autres mots, début de la pensée symbolique.
- Sans doute, apparition des croyances « religieuses » primitives.

Premières sépultures datées


- 0,1 millions d’années. :
Datant de -25000 ans, des sépultures où des personnes – hommes, femmes et enfants - sont
inhumées simultanément évoquent une organisation sociale de type familial.

Divers
- Répartition des tâches sexuées (les femmes, trop handicapées par les
grossesses et l’allaitement pour chasser), restent au campement,
entretiennent le foyer, cueillent, protègent et élèvent la progéniture.
- Proximité qui joue un rôle dans l’attachement.
- Néanmoins, pratique de la régulation des naissances par infanticide
(dont on retrouve encore le comportement fossile aujourd’hui chez
certaines personnes perturbées).

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Homo Sapiens Sapiens

-0,035 millions d’années. : Homo Sapiens


- Déjà présent en Afrique
- Il arrive en Europe et, plus évolué que Homo Neandertalis il oblige
celui-ci à reculer vers des territoires plus hostiles, ce qui entraîne sa
disparition.
- On a estimé qu’une femme souffrant de multiples fractures avait
survécu il y a -9000 ans. On subodore l’intervention d’un groupe
familial pour expliquer cette observation.

Émergence de la solidarité et de la transmission transgénérationnelles

Apparition des codes linguistiques => permet d’organiser et de complexifier le lien


=> qui est l’enfant de qui ? = Apparition de la filiation
=> qui procrée avec qui ? = Apparition de l’alliance

Sédentarisation progressive
=> stabilisation du lien homme-femme
=> première famille nucléaire
=> stabilisation renforce les liens d’attachement
=> émergence du père
Anthropogenèse de la famille
Homo Sapiens Sapiens

=> Unité primordiale devient père-mère-enfant


Père plus présent
ð s’interpose dans la relation mère-enfant
ð augmente les liens d’attachement père-progéniture
Horde devient une association de plusieurs familles

Quelques repères chronologiques à retenir

- 7 millions d’années (100%) Australopithecus afarensis (dite « Lucy »)


- 6 millions d’années (86%) trace de pas de groupes (premières cellules « familiales ?)
-2,5 millions d’années (36%) premiers outils (pensée intentionnelle, planification)
-1,5 millions d’années (21,5%) Premiers outils symétriques (pensée esthétique ?)
- 500.000 ans (7%) Maîtrise de feu (transmission et lien social renforcés)
- 100.000 ans (1,5%) Sépultures (premiers pas de la métaphysique)
- 35.000 (0,5%) Homo Sapiens
- 25.000 ans (0,36%) Productions artistiques avérées (Lascaux : -15.000)
- 8000 ans (0,1%) Agriculture et élevage (néolithique)/première ville (Jéricho)
- 3.500 ans (0, 05%) Premières formes d’écriture
- 500 ans (0,007%) Imprimerie
- 400/300 ans (0,007%) Copernic - Galiée – Kepler - Newton
- 100 ans (0,007%) Théorie de la relativité
- 60 ans (0,0009 %) Premiers ordinateurs
- 15 ans (0,0002%) Décodage du génome humain
- 1 (0,0000%) Boson de Higgs

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Gestion de la Violence intra-horde

Le fait de vivre ensemble pose le problème de la gestion de la violence au sein du groupe


(laquelle menace l’espèce)
Trois exemples : Cherchez le lien ?
=> Oies : lorsqu’un conflit éclate, elles s’attaquent ensemble à un objet
=> Chimpanzé : Mise à mort d’un membre du groupe (seul exemple clair « d’assassinat »
chez les animaux)
=> Humaines : lapidations, rituels sacrificiels, Fatwa, excommunication, peine de mort,
meurtres racistes, …

L’ontogenèse répète les étapes la phylogenèse dans la construction de l’intelligence

Nous venons de voir que : Libération des mains => manipulation et outils => organise la
pensée et inversement : la pensée organisée => manipulation et outils.
Le processus forme une boucle de rétroaction circulaire et positive (amplification). Sur base
du chapitre précédent, on peut traduire cette boucle comme suit : manipulations => création
de nouvelles connexions et de nouveaux réseaux de neurones => nouvelles manipulations plus
sophistiquées => création de nouvelles connexions ..., et ainsi de suite.
On retrouve ce « chemin » au niveau de l’ontogenèse (Cfr développement de l’intelligence
chez l’enfant selon Piaget, d’abord « sensori-moteur », puis « opération concrète » puis «
« opération formelle ». (L’ontogenèse semble ici encore répéter les étapes de la phylogenèse).
Ainsi, la première forme d’intelligence est sensori-motrice (importance des manipulations
d’objets et des sens). Plus l’enfant a d’opportunités de manipuler des objets et son
environnement, plus il exerce son intelligence ; et plus il exerce son intelligence, plus il
progresse dans ses capacités de manipulation des objets et de son environnement.

Organisation sociale primitives

Le passage de l’organisation animale à l’organisation culturelle a été étudié par Price et


Stevens (1996). Ceux-ci proposent de distinguer l’organisation agonique et l’organisation
hédonique (tableau ci-dessous). Le passage du système agonique (loups, Babouins) au
système hédonique (Grands primates, humains) s’est opéré progressivement. on peut encore
observer de nos jours des organisations agoniques lorsque l’écosystème se met à ressembler à
ceux que nos lointains ancêtres connaissaient, comme les situations de guerre ou de précarité
urbaine aigue. Le mouvement de bascule de l’hédonic vers l’agonic se produit lorsqu’une
rupture intervient dans le registre du symbolique.
Lorsqu’on observe le comportement humain en contextes extrêmes, on réalise à quel point
l’organisation agonique à tendance à émerger. Sans plus de commentaires, je vous invite à
réfléchir aux situations suivantes :

- Nazisme et Stalinisme de façon générale


- En particuler, la Shoah (catastrophe en hébreu).
- Massacre au Cambodge dans les années 70.
- Massacre au Rwanda.
- guerres claniques autour des richesses minières au Congo (carence de l’autorité de
l’état).

Mais aussi
- panne générale d’électricité dans des quartier paupérisés d’une grande ville.

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- insécurité dans des quartiers inondés de la nouvelle Orléan.


- Révolte des banlieux en France.
- Les mafias.

Et si près de nous
- les conflits dans les embouteillages ou pour un stationnement
- l’ambiance dans les files d’attentes lorsqu’on sait « qu’il n’y en aura pas pour tout le
monde »
- Ceraines rivalités en politique (affaire Cools)
- les violences institutionnelles (nombreuses)
- l’atmosphère carcérale
- le harcèlement sexuel
- le raquette dans les écoles
- Les bandes de quartier

AGONIC HEDEONIC
300 millions d’années 30 millions d’années
Génome Culture

Valeurs : Valeurs :
-Domination/Soumission - Affiliation, approbation
-Hiérarchie, autorité, respect, honneur - égalitaire, (éthique relationnelle)
- Territoire, Hiérarchie, possession
- looser/winner
- RHP : Ressource Holding Power SAPH Social Attention Holding Power

Estime de Soi liée à : Estime de Soi liée à :


- Rang, Attachement
- Statut, discipline Altruisme, approbation

Pouvoir Pouvoir
Rituels de domination et séduction Rituels d’attraction

Moyen du pouvoir : Moyen du pouvoir :


Force Charisme, leadership
Intimidation, menace Séduction

Fonction des règles : Fonction des règles :


- Cohésion du groupe - Cohabitation
- Respect hiérarchie - Echange

Régulation et conflits : Régulation et conflits :


- Rivalité - Coopération
- Signaux, blasons, uniformes - Langage, conversation
grades, décorations, parades, négociation
Rites, cérémonies

Emotions de base : Emotions de base :


peur, crainte honte (échec), culpabilité
(transgression)
Action Symbolique

Psychopathologie : Psychopathologie :
TBL de RANG Tbl ATTACH
- DEP = perte de rang DEP = perte de lien
- HYPO = pouvoir, domination
- ANX = angoisse d’être agressé ANX = angoisse de perte
- TBL PERS -TBL PERS
= (se) mettre à distance : = préserver le lien PHOB, TOC, HYST
PARA, SZ, EVIT, ANTISOC, DEPT ANOR,
Sado-masochisme, abus BDL

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Systèmes : Systèmes
Groupes armés, gang Syndicats, tribunaux, écoles, média
Bandes (Caïd), clans, mafia (« Parrain ») Association de consommateurs
Equipe de vente agressive (« manager ») La famille (idéalement)
Guetto, Favela, Certaines citées-Banlieu
Certaines communautés religieuses
Certaines familles
Certaines institutions
Faits de société :
- comportements sur la route : anonymat + rupture du symbolique (chacun est enfermé dans sa voiture)
- Certains comportements sexuels déviants : viols collectifs.
- Harcèlement sur lieu de travail.
- Raquettes à l’école.
- Certaines compétitions sportives, Le comportement de certains supporters dans les stades et aux alentours.
- Les récentes émeutes dans les banlieux françaises.
- Dans certaines familles prépondérance de l’agonic : => psychopathie, violence conjugale, maltraitance .
- Certaines zones de guerre en Afrique ou au Mexique (guerre entre l’Etat Mexicain et les cartels de la drogue).
- Le camp de Guantanamo.

RANG
Dominant

ATTACHEMENT

Affilié Rejeté

La balance nature/culture

Une des hypothèses de la psychologie évolutionniste laisse songeur !


La seconde section de ce chapitre nous montre que l’évolution de notre espèce remonte a
près de 7 millions d’années. Pendant ce laps de temps important, des habitudes, des réflexes,
des comportements de survie se sont inscrits dans notre système nerveux, voire ont
littéralement « sculpté » celui-ci dans un long processus de mutations génétiques et sélections
natuelles.

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Texte provisoire – Diffusion interdite

En regard de ce lent processus, nous avons vu que les faits culturels n’ont émergés que très
tardivement (de l’ordre de -4000 à -400.000 ans selon ce qu’on entend par « fait culturel »)2.
En conséquence, la culture n’a pas eu le temps d’imprimer sur notre système nerveux une
marque suffisamment profonde pour infléchir les « trajectoires » comportementales
imprimées par des millions d’années.
En un mot, l’homme moderne est encore actuellement programmé pour se conduire comme
un chasseur-cueilleur (paléolithique) dans un monde moderne. Il est invité à se conduire
comme un être civilisé alors que ses programmes comportementaux vestigiaux (infra) le
pousse encore à chasser et faire la guerre. Il crée des modèles mathématiques et compose des
symphonies, mais est encore habité, voire submergé, par des « instincts », des « pulsions »,
des « habitus » qui viennent du fond des âges. Et cela le pousse encore souvent à se
comporter comme un être primitif pour amasser de l’argent, des biens et des terres pour
asseoir son pouvoir sur ses frères et les dominer, les asservir et pour se réserver des privilèges.
C’est là une idée qu’il faut avoir bien en tête pour tenter de comprendre l’homme moderne
et ses contradictions.

Conclusion

L’homme est un animal grégaire. Pendant des centaines de milliers d’années – voire des
millions -, il a appris à survivre et à s’organiser en groupe. Au cours d’un laps de temps aussi
long, il paraît inévitable que certaines structures comportementales vestigiales primitives
s’inscrivent dans le bagage phylogénétique de chaque individu.
Dès la naissance, le bébé – et les parents – disposent de dispositifs innés
(« compétences ») qui les poussent à signaler des états de besoin, à y répondre, à se
rapprocher. Ces comportements de soins mutuels se développent avec l’âge et se
différencient en même temps qu’ils se complexifient avec nos pairs, conjoints, aïeuls,
progéniture, etc.
Le fait qu’il existe des personnalités antisociales, psychopathiques ou perverses indique
toutefois que ces « compétences » exigent un environnement propice pour que celles-ci
s’expriment et se développent. Dés lors que les conditions sociales de précarisent et que le
cadre culturel se délite, des organisations « agoniques » ressurgissent et menace les individus,
les société, voire l’espère entière !
Il est dés lors inconcevable de penser la psychologie clinique en dehors des cadres
culturels et sociaux qui structurent en encadrent les comportements humains.

2
Quelques repères : maîtrise du feu – 0,4 moi ; premiers bijoux – 0,3 ; premières sépultures datées -0,1 ; trace
d’organisation sociale de type familial – 25000 ans ; agriculture et élevage – 8000 ans, écriture – 3500.

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3. PSYCHOLOGIE ET PSYCHIATRIE EVOLUTIONNISTE

Nous abordons dans cette section un courant de pensée fortement – d’aucuns diront peut
être « trop » - ancré dans les perspectives éthologique et anthropologique. Nous allons en
esquisser les contours avant d’en tirer les apports, mais aussi les limites.

3.1. Charles Darwin et évolution

Nous allons évoquer la théorie de l’évolution de Charles Darwin et il importe d’en rappeler
les principaux éléments.
La parution, en 1859, de l'ouvrage de Charles Darwin « L'Origine des espèces » apporte
pour la première fois, et de façon définitive, tant les preuves sont nombreuses, l’explication de
l’évolution morphologique et comportementale des espèces. Par exemple, comme expliquer
l'usage, chez le pinson, de brindilles ou d’épines pour l'extraction de larves hors des troncs
d’arbres ? Rien dans la structure du cerveau du pinson ne permet de prédire ce qu’il faut bien
nommer une aptitude à utiliser des outils.
Le processus de sélection naturelle tient en trois mécanismes : variation – filtrage –
amplification :

- Variation : un comportement émerge, sans doute fruit du hasard, et d’une mutation


génétique. Par exemple, des pinsons ont accidentellement utilisé une brindille. Le
comportement est « récompensé » et le pinson apprend à reproduire la séquence qui lui
a permis d’attraper plus facilement des larves.
- Filtrage : La mutation donne un avantage à l’individu compte tenu des pressions de
l’environnement. Du coup, cet individu voit ses chances de survie et de reproduction
augmenter. De ce fait, il transmet le comportement et l’aptitude supportée par
mutation génétique à sa descendance qui voit à son tour ses chances de survie et de
reproduction augmenter.
- Amplification : Les individus porteurs de la mutation prennent le dessus sur les
individus qui n’en sont pas porteurs, lesquels finissent par disparaître. L’individu
porteur de la mutation survit plus longtemps et se reproduit davantage.

Pour bien comprendre le processus d’amplification, il faut prendre conscience du


phénomène de concurrence vitale entre les espèces et, au sein d’une même espèce, entre les
individus : les sujets ayant les mêmes nécessités nutritionnelles deviennent rivaux. Le plus
apte prend le dessus sur le moins apte parce qu’il échappe plus facilement à ses prédateurs,
parce qu’il parvient à se nourrir et parce qu’il a plus de chance de se reproduire et de
transmettre les gènes qui lui ont donné l’avantage.
L’aptitude à prendre le dessus sur ses rivaux passe, nous allons le voir, par la capacité à
conquérir ou conserver un territoire et, le cas échéant, à imposer sa domination (hiérarchie) –
notamment la primeur dans l’accès à la nourriture et aux femelles – aux autres.
Or, nous verrons que les questions de territoire et de hiérarchie demeurent des
préoccupations centrales dans le comportement et les pensées de l’homme moderne.
On estime aujourd’hui que c’est par un tel processus que l’homo sapiens a pris le dessus
sur l’homme du Neandertal.

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Fait ou opinion ?

Les faits sont des informations vérifiables, quantifiables et/ou fondés sur des
raisonnements ou des procédés tels que toute personne qui les reproduits aboutit aux mêmes
conclusions et/ou observations. Par contre, une opinion est un jugement de valeur, une
appréciation subjective, soit non reproductible, soit fondée sur des raisonnements ou des
procédés tels que toute personne qui les reproduits aboutit à des conclusions et/ou
observations différentes, voire opposées. Les opinions se construisent souvent sur la base
d'éléments isolés et procèdent généralement par extrapolation des règles générales abusives.
Les théories cherchent au contraire à embrasser un maximum de faits connus (principe
d’exhaustivité) dans un schéma explicatif cohérent (principe de non-contradiction)

Discussion – Pour en finir avec le créationnisme

Les théories de Darwin ont été récemment contestées par des mouvements religieux
traditionalistes créationnistes.
Un des arguments des créationnistes est que les preuves avancées par les tenants des thèses
darwiniennes ne sont que des preuves indirectes et des inférences. Par exemple, la notion
d’évolution se fonde sur des analogies entre des squelettes, des datations – qui permettent
d’établir une chronologie et la notion d’adaptation qui permet d’estimer que telle structure est
mieux adaptée aux contraintes de l’environnement que d’autres. Mais, selon les
créationnistes, personne n’a pu observer directement l’évolution. Dès lors, les thèses de
Darwin ne seraient que des spéculations, donc des croyances, donc aussi tout aussi discutables
que les thèses créationnistes.

Si on acceptait un tel raisonnement, alors l’atome n’aurait été, pendant longtemps, qu’une
théorie peu fiable, puisque personne ne l’avait jamais observé. Les choses sont encore pires
s’agissant de la gravitation, qui est une force et donc par nature inobservable directement. Et
pourtant, la gravitation s’exprime de multiples manières qui sont mesurables.
La théorie de la gravitation explique les faits observés mieux que tout autre théorie.
« Mieux » signifie ici, avec un minimum de contradictions. En effet, lorsqu’une théorie
implique de nombreuses contradictions avec les faits observés et/ou n’explique que très
partiellement ceux-ci, alors cette théorie est considérée comme devant être rejetée.

79
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Cela signifie aussi que l’on s’attend à ce que la théorie soit revue et remplacée par une
théorie plus précise càd qui comprend encore moins de contradictions et explique davantage
les faits observés.
Les créationnistes partent donc du principe qu’il faut voir, pour croire. Cet « argument »,
appelons-le « argument scoptophile » est extrêmement naïf à plus d’un titre. En effet, pour
« voir », il faut des instruments adaptés. Et pour se laisser « voir », la nature impose que
l’humain change l’échelle de ses perceptions, que ce soit à l’échelle du temps ou de l’espace.
Par exemple, avec de simples yeux, on ne peut pas « voir » que la terre est ronde. Pour
voir que la terre est ronde, il faut envoyer un satellite dans l’espace qui la photographie.
Pourtant, on sait que la terre est ronde depuis l’Antiquité (voir encadré ci-dessous).
Ceci nous conduit à la seconde critique des thèses créationnistes. Celles-ci rejettent la
possibilité d’inférer une réalité inobservable à partir de faits indirects. Pourtant, lorsque je
regarde un chat bondir, je peux en inférer qu’il chasse une proie sans pour autant voir celle-ci.
De la chute d’une pomme ou de la rotation des planètes autour du soleil, on peut déduire
l’existence d’une force gravitationnelle centripète qui compense la force centrifuge induite par
le mouvement des planètes.
La troisième critique du créationnisme se confond avec celle que l’on adresse à toute forme
d’argument d’autorité. Pour les créationnistes, les thèses de Darwin sont fausses parce qu’elle
contredisent les textes sacrés. Autrement dit, si on suit ce raisonnement, on doit « croire » la
thèse créationnistes, simplement parce qu’une instance considérée comme supérieure – les
auteurs du texte, un prophète, voire Dieu, a établi une « vérité » toute faite une bonne fois
pour toutes. Cette « vérité » n’aurait donc pas besoin d’être démontrée puisqu’elle provient
d’une instance supérieure et se base non sur des arguments, mais sur une décision, un pouvoir
arbitraire. Mieux, ou pire, le simple fait de tenter d’argumenter est considéré comme une
faute, généralement passible de mort. Ce qui, évidemment, est très dissuasif. Le conflit entre
Galilée et le pape Paul V au début de XVIIe siècle constitue une illustration frappante de ce
type de logique.
Nous observons par ailleurs que les créationnistes confondent faits et opinons. Il est vrai
que ces opinons indiquent notre appartenance culturelle et fondent notre identité sociale. Ceci
explique sans doute pourquoi certains défendent leurs opinions avec bec et ongles et parfois
en recourant à la torture et au meurtre.
Parfois, l’argument d’autorité a des effets étonnants. La religion interdit de manger des
poissons sans écailles. Or, à première vue, l’esturgeon ne porte pas d’écailles. Lorsque les
dignitaires du régime théocratique iranien ont réalisé que ce poisson constituait un enjeu
économique considérable, la réhabilitation de cette espèce a été mise à l’ordre du jour. Des
« spécialistes » ont réexaminé la surface de l’esturgeon, ils ont découvert la présence
d’écailles microscopiques. Et l’espèce a été réhabilitée. Il faut dire que la pêche et la vente
du caviar constituent une source de revenu considérable.
De façon plus générale, on une idéologie est un système de croyances, d'opinions, de
convictions qui ne renvoient qui s’étaient mutuellement sans renvoyer à aucun faits probants
et/ou en usant de raisonnements erronés et/ou fondée sur des idées reçues. Une idéologie est
par essence irréfutable, donc non-scienfique3.

3
Une proposition scientifique n'est donc pas une proposition vérifiée, mais une proposition réfutable (ou
falsifiable) càd vérifiable par l'expérience ou l’observation. La proposition « Tous les cygnes sont blancs » est
une hypothèse scientifique car elle peut être réfutée par l’observation. Ainsi, si j'observe un cygne noir, cette
proposition est rejetée. Par contre, j’affirme que « Dieu existe », cette hypothèse n’est pas scientifique car il
n’existe aucun moyen de la tester ! Néanmoins, si cette proposition n’est pas scientifique, elle a du sens : elle
signifie que beaucoup de communautés humaines ne peuvent vivre sans l’idée de Dieu !

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3.2. Psychologie évolutionniste

La psychologie évolutionniste part du principe que nos comportements ont fait l’objet, au
cours de l’évolution de l’espèce, d’un processus de sélection de type Darwinien. En d’autres
termes, nos comportements actuels ont persisté parce qu’ils présentent une valeur de survie
pour l’espèce.

Universalité des émotions ?

Un exemple nous est donné par l’étude des émotions chez l’homme. Par exemple, les
expressions faciales sont-elles universelles ?
Ekman pense avoir démontré que cette hypothèse était fondée. Il a en effet montré que les
membres d’une société isolée de Nouvelle-Guinée, les Papoux, étaient capables d’identifier et
de reproduire plusieurs expressions faciales des occidentaux. Par ailleurs, ils utilisent ces
mêmes expressions dans les mêmes circonstances que nous. Enfin, lorsque les chercheurs ont
montré les expressions faciales des Papoux à leurs étudiants américains, ceux-ci ont à leur
tour correctement identifié ces émotions. Cette étude plaide en faveur de l’idée que les
émotions sont universelles, et dès lors innées puisque les spécificités culturelles ne semblent
jouer aucun rôle.
L’étape suivante consiste à dire que si les émotions sont innées, c’est qu’elles résultent de
l’évolution de l’espèce et donc d’un processus de sélection naturelle. Les émotions ont donc
une fonction par rapport à l’environnement.
Par exemple, l’anxiété est liée à la sécrétion de l’adrénaline lors de la rencontre avec un
événement stressant. Or, on sait que cette hormone est mobilisée dans deux contextes
essentiels pour la survie : le combat ou la fuite. En effet, l’adrénaline prépare à l’action et
stimule la mémoire (utile afin de déterminer les expériences antécédentes relatives à
l’événement stressant en cause : vaut-il mieux combattre ou fuir ?). Ceci implique en retour
que les événements stressants sont les plus susceptibles d’être stockés en mémoire. Ce qui
donne ici un étayage neurobiologique de la théorie du trauma.
La plupart des émotions auraient donc une fonction de survie en ce qu’elle prépare à une
action spécifique : la peur conduirait à la fuite, la colère à l’attaque. Ce raisonnement est
moins clair en ce qui concerne la tristesse puisqu’elle ne voit pas une action spécifique se
dégager. Il s’agirait plutôt d’une émotion conduisant à la « non action ».
La psychologie évolutionniste admet que la culture joue également un rôle. Mais
uniquement au niveau de l’expression (ou non) de nos états internes. Ainsi, il est bien connu
que les Japonais se montrent souriants en toutes circonstances, même lorsqu’ils éprouvent de
la colère ou de la peur. Ceci est dicté par des règles sociales qui prescrivent aux Japonais de
ne jamais montrer leur véritable état émotionnel intérieur. Ceci n’est toutefois vrai que dans
des contextes publics. En privé, les Japonais éprouvent et expriment les mêmes émotions que
les occidentaux.

Stratégies de sélection de partenaires sexuels

La plupart des humains passent une partie substantielle de leur existence à chercher,
séduire et conserver un partenaire sexuel. Du succès ou de l’échec de cette entreprise
résultent des conséquences importantes, parfois pathologiques (anxiété, dépression, violence,
meurtre, suicide). Il importe donc de comprendre ce volet essentiel du comportement humain.
L’attirance physique constitue un autre exemple de modulation culturelle. Ainsi, ce
qu’une culture trouve attirant ou repoussant peut changer du tout au tout dans une autre

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culture, ou dans une autre classe sociale au sein d’une même culture, ou d’une époque à
l’autre.

Illustration 3.4. Choix partenaire - couple - sexualité ́ – Document vidéo

Ce qui ne varie pas, c’est le fait que les hommes sont naturellement attirés par les femmes
et inversement. Ce qui ne varie pas, non plus, selon les psychologues évolutionnistes, c’est la
règle qui gouverne la sélection du partenaire : choisir le partenaire le plus apte à remplir la
fonction soit maternelle, soit paternelle. De ce point de vue, on observe des critères différents
en fonction du sexe. Les hommes chercheraient avant tout des femmes aptes à porter la
progéniture alors que les femmes préféreraient des partenaires surtout aptes à l’aider à
protéger et élever la progéniture. Ceci expliquerait pourquoi les hommes accordent davantage
d’importance aux caractéristiques physiques (hanches larges, fesses développées, taille fine,
poitrine généreuse, …) et pourquoi les femmes préfèrent des partenaires stables et « gentils »
(càd protecteurs).
Néanmoins, hommes et femmes se rejoignent sur la nécessité de rechercher un partenaire
génétiquement compatible. De ce point de vue, il semble que l’on ait sous-estimé le rôle de
l’odeur dans ce processus. Il s’agit ici sans doute d’un indice assez convaincant de l’existence
de comportements fossiles chez l’homme.
Des expériences montrent que les humains sont capables de détecter, dans l’odeur de
transpiration de partenaires sexuels potentiels ceux qui seraient les plus génétiquement
compatibles, càd à percevoir le « complexes majeurs d'histocompatibilité » (Chez l'être
humain, l'antigène HLA).

3.3. Psychiatrie évolutionniste

La psychologie évolutionniste n’ambitionne pas uniquement d’expliquer, comme nous


venons de le voir, le comportement normal, mais aussi le comportement pathologique.
Comme le soulignent Workman et Reader (2007), si on se place dans une perspective
évolutionniste, on peut alors se demander pourquoi les désordres psychiatriques n’ont pas
disparu. Quatre explications sont avancées :
1° Argument de la pléiotropie : Les gènes qui prédisposent aux désordres psychiatriques
peuvent avoir aussi des bénéfices.
2° Argument du décalage temporel : L’homme moderne existe depuis 100 000 ans alors
que l’agriculture n’est apparue qu’il y a 10 000 ans et l’écriture il y a environ 5000. Par
conséquent, les structures cognitives et comportementales élaborée au cours de 7 millions
d’années n’ont pas eu le temps de changer. Les facteurs environnementaux qui causent les
désordres psychiatriques résultent d’un style de vie récent à l’échelle évolutive alors que nos
programmes comportementaux sont encore adaptés à un style de vie du pléistocène4. En effet,
l’essentiel de l'évolution humaine s'est déroulé dans un écosystème qui n'existe plus
aujourd'hui.
3° Argument du compromis : les facteurs sélectifs agissent uniquement sur le fitness
inclusif (lié au fait de protéger les porteurs de notre bagage génétique), et non sur les
mécanismes psychologiques.
4° Argument statistique : les désordres psychiatriques sont dus aux fluctuations du hasard
de la transmission génétique qui se comporte de manière gaussienne.

4
Entre – 1.000.000 et – 12.000 ans.

82
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Ces arguments ne sont évidemment pas mutuellement exclusifs. Par ailleurs, on peut leur
opposer un autre :

Les comportements vestigiaux ou « fossiles »

Dans cette optique, les comportements en cause sont moins le résultat d’un processus
adaptatif que des vestiges des structures neuronales archaïques (supra). Par exemple,
l’homme moderne persiste dans certains comportements de marquage territorial (comme
déposer une veste ou un sac sur le siège à côté duquel il s’assoit) alors que ceux-ci sont
inutiles, voire contre-productifs en termes d’adaptation. En d’autres termes, les conséquences
d’un tel comportement ne sont plus adaptatives, voire sont nuisibles. Néanmoins, ces
comportements persistent. Une explication possible est qu’il s’agit là d’un schème
comportemental inné, génétiquement programmé, biologiquement « câblé » dans notre
système nerveux et auquel il est difficile de résister.
Un autre exemple peut être observé dans les restaurants. Après quelques bouchées, le
dîneur relève la tête et regarde autour de lui. On retrouve ce comportement chez les animaux,
y compris les animaux domestiques. La fonction d’un tel comportement est de se protéger
contre une attaque soudaine lors d’un moment où l’individu est plus vulnérable. Néanmoins ?
Demaret (1979) estime qu’il s’agit d’un comportement adaptatif au sens où celui-ci reprend
immédiatement son sens lors d’une guerre ou d’un conflit.
Certains comportements de sujets schizophrènes évoquent l’idée d’une régression au
niveau de schèmes comportementaux vestigiaux. Nous nous rappelons de ce patient
totalement inhibé et clinophile, ne sortant de sa chambre que pour se ravitailler en café. Il
utilisait des itinéraires compliqués destinés à minimiser tout risque de rencontre avec d’autres
personnes (patients ou soignants). Ses « sorties » sont par ailleurs minutieusement calculées
de telle sorte que les rencontres soient improbables.
On pourrait multiplier les exemples. Le comportement des navetteurs qui empruntent
journellement le même itinéraire, quel que soit l’état de la route et les risques
d’embouteillages, évoque les comportements territoriaux des mammifères. Ceux-ci suivent
invariablement le même itinéraire chaque jour, ce qui leur évite d’être surpris par des
prédateurs.
Les jeunes gens qui font vrombir leur moteur, hurler leur chaîne stéréo et exhibent les
chromes de leur moto devant les demoiselles rappellent le comportement des oiseaux lors des
parades nuptiales, lesquels se manifestent par des chants et l’exhibition de plumages colorés.
La chambre mal rangée et les vociférations de la chaîne stéréo de l’adolescent dissuadent
efficacement les parents « d’envahir » leur territoire. Le parfum des dames est censé
remplacer l’émission de phéromones, etc.
Les comportements « fossiles » peuvent aussi expliquer la persistance de structures
sociales archaïques. "Pourquoi les femmes des hommes riches sont belles". Telle est la
question que pose Philippe Gouillou. L’argent et l’accumulation de biens matériel sont des
signes de réussite sociale, donc d’abondance, ce qui constitue un avantage pour la survie de la
progéniture. Ainsi, les femmes, conditionnées depuis des millions d’années, à veiller sur la
préoccupation chercheraient encore aujourd’hui des partenaires qui font la démonstration de
leur capacité à garantir les meilleures conditions de vie. Ainsi, les hommes, conditionnés
depuis des millions d’années, à veiller à s’assurer une descendance et à transmettre un
patrimoine, seraient prêts à tout pour « réussir » dans cette entreprise. De nos jours, force est
de constater que ces préoccupations n’ont pas disparu. La thèse de Philippe Gouillou ne doit
toutefois pas à en déduire que le déterminisme biologique est absolu. Bien au contraire, la
culture a changé la donne et a libéré les hommes et les femmes de ces déterminismes. Mais
vous connaissez le proverbe : Chassez le naturel ; il revient au galop !

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Schizophrénies : sujets déficitaires ou personnes d’exception ?

Si la schizophrénie est un trouble en partie déterminé par des facteurs génétiques5 et dont
le déclenchement engendre incontestablement des déficits importants, on se demande alors
pourquoi les sujets porteurs de cette maladie n’ont pas fait les frais du mécanisme de sélection
naturelle ?
Pour expliquer cette anomalie, Heston (1966) a mené une étude sur l’évolution
psychologique d’enfants de mères schizophrènes, séparés de celles-ci à la naissance et placés
dans un foyer d’adoption. Si la moitié des enfants se sont avérés porteurs de troubles mentaux
divers, l’autre moitié a révélé une personnalité plus riche, plus créative qu’un groupe de
contrôle. Les porteurs « sains » disposeraient d’avantages déterminants et présentant une
valeur de survie telle que ces atouts les sauveraient de la disparition. Ce type d’observation a
été depuis plusieurs fois évoqué dans la littérature (Demaret, 1979, 1996). Les exemples de
célébrités ne manquent pas, songeons au mathématicien John Nash ou au pianiste Glenn
Gould. Enfin, bon nombre de cliniciens ont rapporté des observations similaires. En ce qui
nous concerne, nous avons acquis la même conviction.
Plus globalement, l’approche éthologique de la psychiatrie de Demaret (1979) nous
enseigne que des comportements apparemment aberrants ont toutes les chances de se
maintenir s’ils possèdent une valeur de survie. Or, bon nombre de schizophrènes que j’ai eu
l’occasion d’observer (et parfois de suivre pendant des années) donnent souvent l’impression
de traiter trop d’informations : ils sont attentifs au moindre bruit (hypervigilance), donnent du
sens à des choses qui n’en s’ont pas (hypersémiologie), accordent de l’importance à des faits
secondaires (hyper-amplification), construisent des théories complexes et étranges, font
preuve de créativité artistique débordante, semblent se perdre en conjectures en s’immergeant
dans leur monde interne. Ainsi, l’hypersémiologie, également observée chez les enfants qui
ont été maltraités ou chez les rescapés des camps de concentration, correspond à une position
d’attente anxieuse, de vigilance glacée qui constitue un comportement adaptatif dont la valeur
de survie est indiscutable.
L’hypersémiologie constitue aussi une réponse possible à l’hyposémiologie des milieux
perturbés sur le plan de la communication. La « communication deviance » étant une
perturbation liée à des problèmes d’attention conjointe, on peut imaginer qu’une réaction
possible soit de prêter encore davantage d’attention et de construire des représentations
perçues comme étant délirantes et paranoïaques par des observateurs externes.
Enfin, comme ceci ne va pas sans être accompagné d’angoisse et de souffrances intenses
pour le sujet, on peut s’attendre à un autre type d’attitude que nous qualifierons de défensive
et qui consiste à adopter une position de repli afin de se rendre imperméable à un afflux
excessif d’informations. Sur le plan cognitif, le sujet inhibe les voies des actions volontaires
(Frith, 1996) et, les voies émotives (émoussement des affects).

3.4. Critiques de la psychologie évolutionniste

La psychologie évolutionniste formule des propositions qui nous aident à « lire » le


comportement humain sous un angle nouveau. Par exemple, lorsqu’on a compris qu’une
dépression liée à une perte d’une figure d’attachement n’est pas de même nature qu’une
dépression liée à la perte d’un rang dans une hiérarchie, on comprend que l’on a sans doute
affaire à des problématiques très différentes qui appellent des traitements différents. On voit

5
On sait aujourd’hui que la piste génétique n’est pas suffisante pour expliquer l’émergence de la schizophrénie.
L’étude des jumeaux indique une concordance allant de 15% à 69% selon les études, ce qui indique que des
facteurs environnementaux sont également à l’œuvre.

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ici l’utilité de cette approche puisque, dans le cadre de la psychiatrie fondée uniquement sur
les symptômes (et le DSM IV), cette distinction n’existe pas.
La psychologie évolutionniste présente toutefois quelques risques de dérives. La première
d’entre elles risque de nous conduire à penser que ce qui est le fruit de la sélection naturelle
doit représenter la « norme ». Ainsi, le processus de sélection naturelle se fonde sur le
principe de la loi du plus fort. On perçoit alors la dérive idéologique qui consisterait à
affirmer qu’il faut respecter les lois de la nature en consacrant la loi du plus fort en valeur à
respecter. N’est-ce pas ce à quoi nous assistons déjà dans une certaine conception de
l’économie ?
Cette dérive risque de se voir renforcée si l’on considère que la psychologie évolutionniste
renforce la perspective innéiste et génétique du comportement. Or, on sait que dans cette
approche, les notions d’éducation ou de psychothérapie perdent une bonne part de leur utilité.
Les psychologues évolutionnistes rétorquent qu’ils ne négligent pas l’impact de
l’environnement. Cependant, ce dernier sert essentiellement à ajuster et affiner des tendances
qui, elles, sont génétiquement prédéterminées. Or, ceci fait l’impasse sur une dimension
essentielle chez l’homme : le langage et le symbolique. Un symbole est une représentation
mentale qui remplace l’objet réel. En particulier, le psychique, espace symbolique par
définition, constitue une prise de distance par rapport à l’univers somatique – instinct,
fonctionnement neurobiologique, etc. De fait, l’homme a amplement démontré qu’il était
capable de prendre des dispositions manifestement dommageables tant à la survie de l’espèce
que celle des individus.
L’intérêt de la psychologie évolutionniste est de nous prémunir de la dérive inverse qui a
prévalu pendant des décennies et qui a consisté à nier le rôle important joué par la sphère
somatique. Cette dérive a tenté d’expliquer le psychisme comme une entité totalement
autonome par rapport aux contraintes génétiques, instinctuelles et neurobiologiques.
On ne combat pas un excès idéologique par l’excès idéologique contraire, mais par la
démarche scientifique. Celle-ci nous commande d’accorder sa place à chaque composante
susceptible d’expliquer le comportement humain.
On notera enfin que la psychologie évolutionniste conduit parfois à un raisonnement
simplificateur. Par exemple, si un comportement est universel, alors il est inné. Et s’il est
inné, alors il est génétiquement déterminé. Et s’il est génétiquement déterminé, ceci démontre
qu’il résulte d’un processus de sélection naturelle.
Or, aucun de ces postulats n’est vrai, du moins à 100%. Ainsi, faut-il déduire du fait que
tous les hommes savent rouler en bicyclette que le comportement « rouler bicyclette » est
génétiquement déterminé ?
Ou bien, tous les comportements innés sont-ils génétiquement déterminés. Ce qui est
génétique, ce ne sont pas des comportements, mais un ensemble de contraintes neuro-
développementales qui rendent possible ou impossible telle gamme de comportements. Par
exemple, le fait que nos émotions soient prises en charge par l’amygdale ou le cortex orbito-
frontal. Et ceci est un fait effectivement universel que partagent Ludwig Beethoven, Adolf
Hitler et tous les lecteurs de ce cours. Il ne s’agit pas pour autant de personnes gérant leurs
émotions d’une façon qui pourrait être tenue pour fort semblable.

Inné – acquis et universalité

On a souvent avancé son universalité pour affirmer sa nature génétique. Un tel


raisonnement repose sur une prémisse gratuite : ce qui serait universel, serait de nature
génétique. Un mécanisme de convergence pourrait tout aussi bien expliquer ce phénomène.
Ainsi, le fait de rouler en bicyclette est un comportement universel. Il serait pourtant absurde
d’en déduire que ce comportement est génétiquement programmé. Ce qui est d’ordre

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génétique, c’est le dispositif sensori-moteur qui autorise le comportement « rouler en


bicyclette » et ce comportement en soi.
Une autre prémisse gratuite est : ce qui est précoce, est nécessairement inné. Mais on sait
aujourd’hui que le fœtus est déjà capable d’apprendre au moins dès le 7ème mois de gestation,
de sorte qu’à la naissance, ce qu’on observe, ce sont déjà des comportements qui résultent
d’une interaction génétique-environnement.

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4. ANTHROPOGENESE DE L’HOMME, DE LA FAMILLE ET DES


SOCIETES HUMAINES

Il importe de souligner l’importance de l’organisation sociale chez l’homme. Comment


sommes-nous passé d’une société de primates à une société humaine ? Comment la famille -
une organisation sociale particulière- est-elle apparue ?
L’homme est un animal grégaire. Pendant des centaines de milliers d’années – voire des
millions -, il a appris à survivre et à s’organiser en groupes. Au cours d’un laps de temps
aussi long, il paraît inévitable que certaines structures comportementales s’inscrivent dans le
bagage phylogénétique de chaque individu.
Dès la naissance, le bébé – et les parents – disposent de dispositifs innés
(« compétences ») qui les poussent à signaler des états de besoin, à y répondre, à se
rapprocher. Ces comportements de soins mutuels se développent avec l’âge et se différencient
en même temps qu’ils se complexifient avec nos pairs, conjoints, ancêtres, progéniture, etc.
Le fait qu’il existe des personnalités antisociales, psychopathiques ou perverses indique
toutefois que ces « compétences » exigent un environnement propice pour que celles-ci
s’expriment et se développent.
Le rôle de l’organisation familiale sur le fonctionnement mental sera développé dans divers
cours de master, mais nous estimons que son importance doit être soulignée dès le départ au
même titre que les facteurs biologiques ou intrapsychiques.

L’anthropogenèse a un double intérêt pour le psychologue clinicien :


- Dans son contenu, elle nous donne des informations sur comment la culture s’est
lentement élaborée au cours de l’évolution et quels vestiges il en subsiste dans le
comportement et l’instinct de l’homme moderne (comportement « fossile »)
- Dans sa méthodologie et son épistémologie en ce que la démarche de cette
discipline – fondée sur l’interprétation et le recoupement de témoignages indirects
– rappelle celle du psychologue clinicien qui, souvent, doit se contenter d’indices
parcellaires pour en inférer un mode de pensée, un vécu psychique.

4.1. Des sociétés de primates aux sociétés humaines

Comparées aux sociétés de chimpanzés, les sociétés humaines sont infiniment plus
pacifiques. Il semble que, chez l’homme, les tyrans soient tôt ou tard éliminés, ce qui
représente, d’un point de vue évolutif, un avantage pour l’espèce.
Pour être plus précis, les tyrans contrecarrent une classe de comportement essentielle sur le
plan évolutif : la coopération.
La coopération existe à des degrés divers au sein de toutes les espèces vivantes. Certains
végétaux entretiennent des relations dites mutualiste. Le mutualisme est une interaction entre
plusieurs espèces, dans laquelle chacun tire profit de cette relation. Ce type de relation
implique entre les deux espèces associées une adaptation telle que l’une ne peut survivre et/ou
se reproduire sans l’autre.
L’exemple le connu concerne l’anémone de mer et le poisson clown. Ce poisson est
recouvert par d’un mucus qui lui permet de tolérer le venin produit par l’anémone. Le poisson
se dissimule à l’intérieur de l’anémone. En échange le poisson clown sert de leurre pour
attirer des proies de l’anémone et défend celle-ci contre ses prédateurs. Une fourmilière
repose également sur une organisation sociale de type coopératif.

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Cependant, la coopération a été perfectionnée à son plus haut niveau chez l’homme. Par
ailleurs, à l’inverse de ce qu’on observe dans le règne animal, l’homme coopère non
seulement dans l’intérêt de l’espèce, mais aussi dans celui des individus.
Les stratégies de coopération sont devenues de plus en plus sophistiquées à mesure que le
langage s’est développé. Langage et coopération constituent probablement les deux faces
d’une même pièce, les progrès dans un domaine contribuant aux progrès dans l’autre. La
construction de huttes, la chasse ou la domestication du feu sont des activités qui exigent une
coopération et l’usage d’un langage, même élémentaire (voir ci-dessous). Face aux
conditions de vie extrêmes (climat, prédateurs, gibiers difficile à capturer), l’homme ne doit
probablement ses chances de survie qu’à la coopération et au langage. Par ailleurs, le langage
semble avoir remplacé les séances d’épouillage chez les singes : renforçant les liens sociaux,
donc la coopération et l’attachement.
Enfin, le langage a sans doute permis de symboliser et de ritualiser la violence de telle
sorte que la violence réelle entre individus a été réduite et contrôlée. Le fait qu’il existe des
criminels ou des guerres indiquent néanmoins que cette violence n’est pas totalement
éradiquée et que la coopération ne constitue pas nécessairement le premier choix des hommes.
Mais, ces comportements déviants nuisent tôt ou tard à l’espèce.

4.2. Épistémologie de l’archéologie des groupes humains et familiaux

Les temps qui précèdent l’apparition de l’écriture représentent 99% de l’évolution de


l’espèce humaine. Ceci débouche sur un paradoxe.
D’un côté, il n’est donc pas possible d’omettre cette période si l’on souhaite comprendre
l’origine de la famille. Mais, d’un autre côté, nous ne disposons d’aucune archive écrite.
Tout au plus, pouvons-nous nous appuyer sur les quelques traces laissées par les premiers
hominidés : traces de pas pétrifiées, outils, vestiges de campements, sépultures … Par
exemple, le fait de retrouver côte à côte des pas d’hommes et de femmes ou bien encore
d’adultes et d’enfants – remontant à -3,6 millions d’années de notre ère - laisse supposer que
les hominidés vivaient déjà en cellules « familiales ».
C’est pourquoi Masset (1986) l’absence de preuves directes confine ce type de
raisonnement aux limites de la spéculation. Il stigmatise de la sorte le lien de cause à effet qui
a été établi entre la station bipédique et l’invention des premiers outils. Ce lien est de fait
purement spéculatif si l’on s’en tient aux seules « archives » disponibles, c’est-à-dire
quasiment aucune. Sa conclusion, cohérente avec ses prémisses, est que l’étude
archéologique des structures familiales est vouée à l’échec. Tout au plus, selon cet auteur,
peut-on se limiter à déduire quelques conséquences de contraintes objectives de
l’environnement : la nécessité de l’échange des géniteurs, celle de contrôler de la fécondité,
… - nous y reviendrons – seules données autorisant des conclusions scientifiquement valides
et robustes.
Il faut saluer ici la stricte rigueur de cette position, mais celle-ci nous paraît trop rigide
parce qu’elle ne tient pas compte de données issues de disciplines autres que l’archéologie.
Ainsi, faute de preuve directe, il est néanmoins possible de s’appuyer sur d’autres données :
l’anthropologie, la primatologie ou tout simplement l’étude de l’évolution des systèmes
biologiques, voire la psychologie génétique comme le propose de Duve (1996). Ainsi, si l’on
reprend l’exemple du lien entre la bipédie et l’invention des premiers outils, un double constat
s’impose. D’une part, sur plan phylogénétique, dans le million d’années qui suit la station
debout, les hominidés semblent accomplir des progrès important sur le plan des aptitudes
intellectuelles et psychomotrices. D’autre part, sur le plan ontogénétique, on observe
également des progrès intellectuels importants liés à la conquête de la motricité fine et de la

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station debout de l’enfant. Piaget a même proposé la notion d’intelligence psychomotrice. À


ce stade, l’enfant apprend et développe ses aptitudes cognitives en goûtant et en manipulant
des objets.
Pour ces raisons, nous proposons ci-dessous un scénario plausible de l’origine et de
l’évolution des systèmes familiaux tout en invitant le lecteur à le considérer comme une
hypothèse plausible, fondée sur un faisceau de présomptions, mais non comme un ensemble
de faits scientifiquement établis.

4.3. Origines possibles des systèmes familiaux

4.3.1. Hypothèses fondées sur des arguments strictement scientifiques

On se rappelle que Masset (1986) rejette les hypothèses évoquées ci-dessus en dénonçant
leur caractère purement spéculatif. Par contre, il estime que l’on peut tirer des conclusions
scientifiquement valides et robustes en analysant les contraintes objectives de
l’environnement qui ont nécessairement pesé sur nos ancêtres et qui pourraient constituer la
« structure fossile du comportement » (Supra). Nous exposons ci-dessous une synthèse de
l’exposé que l’auteur précité propose.

L’échange des géniteurs

Tous les mammifères sociaux vivent en petits groupes et procèdent à l’échange de


géniteurs entre « groupes ». Cet échange peut concerner tout autant les mâles
(Cercopithèques) que les femelles (Chimpanzés).
Or, dans les petits groupes, la proportion des deux sexes est sujette à des fluctuations
importantes et aléatoires. Ceci a pour conséquence un déficit quasi permanent de
reproducteurs et hypothèque les capacités de reproduction du groupe. L’échange de géniteurs
constitue la seule solution tenable en termes de survie de l’espèce. Notons que cette stratégie
se retrouve dans d’autres espèces que les primates, chez les lions par exemple, lesquels vivent
aussi en petits groupes.
L’interdit de l’inceste (reproduction endogamique) constitue un corrélat important en ce
qu’il importe de préserver certains individus du groupe afin qu’ils constituent des candidats
« acceptables » dans le cadre d’un échange de géniteurs, mâles ou femelles.

Singe Cercopithèque

Dans toutes les sociétés humaines et aussi longtemps que l’on puisse remonter dans le
temps, l’échange des femelles est gouverné par des règles relativement strictes, des festivités
et l’échange de biens. Il est assez aisé de percevoir dans ces rituels l’origine des cérémonies

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de « mariage ». Ces cérémonies légitiment à la fois l’échange et la progéniture issue du


« mariage ».

Le contrôle de la fécondité

Le contrôle de la fécondité constitue un fait avéré. Les lions tuent parfois leur progéniture.
Les fous de bassan (espèce d’oiseau marin) limitent leur reproduction en fonction des rochers
disponibles sur certaines falaises et non en fonction de nombre de candidats à la reproduction.
Les adultes excédentaires sont ainsi privés de rapports sexuels.
Chez l’homme, lorsque la pression des prédateurs était forte, chaque femelle pouvait porter
jusqu’à douze petits au cours de son existence alors que le renouvellement des générations
n’en demanderait que deux. Les individus excédentaires étaient en fait décimés par les
maladies, les accidents et les prédateurs. En d’autres termes, la régulation des naissances
s’opérait de manière naturelle.
Mais entre -2 millions et -1,5 millions d’année,s le plus redoutable des prédateurs –
Dinofélis (littéralement : Félin terrible) – disparaît, ce qui lève la pression de la prédation.
Un calcul démographique rapide permet de calculer que, sans aucun mécanisme de
contrôle de la fécondité, la population actuelle de la terre devrait être près de 400 fois plus
importante.
Comme rien ne permet de penser que d’autres causes naturelles – guerres, épidémies,
catastrophes naturelles – soient devenues plus fréquentes après la disparition de Dinofélis, on
ne peut que conclure à une régulation « culturelle » des naissances.
Au registre des mesures possibles, on peut citer : les tabous sexuels qui limitent le nombre
de rapports sexuels possibles, le fait de retarder l’âge de procréation, la contraception,
l’avortement et l’infanticide.

La division sexuelle du travail

Les singes qui ne se servent pas ou peu d’outils peuvent sans inconvénient répartir les
tâches de façon identique en fonction des sexes. Il semble que la division sexuelle du travail
soit un fait spécifique à l’espèce humaine.
Ce fait est connu de toutes les sociétés traditionnelles. Les tâches réservées aux hommes et
aux femmes ne sont pas nécessairement identiques selon les cultures. Ainsi, le tissage est
l’apanage des hommes chez les Indiens Pueblos alors qu’il s’agit d’une tâche réservée aux
femmes chez les Indiens Navahos.
Par contre, comme le propose Masset (1986), on est en droit de penser que les soins des
enfants les plus jeunes a toujours été l’attribut des femmes. De fait, il en est ainsi pour tous
les mammifères et toutes les sociétés humaines connues.
Ceci implique que les femmes ne pouvaient évidemment pas participer à la chasse, tâche
qui aurait exposé gravement la progéniture et aurait diminué les chances de succès des
chasseurs. Par ailleurs, la nécessité d’entretenir le feu en l’absence des chasseurs explique
sans doute l’origine de l’expression de la « femme au foyer ».
Ceci n’a rien de péjoratif pour la femme car cette situation expliquerait aussi pourquoi elles
ont des aptitudes verbales plus développées.

Illustration 3.5. – Différence des sexes –A - chasse

Non-astreintes au silence requis par la traque du gibier, confrontées aux tâches – en groupe
– de cueillettes et de collectes, les femmes se sont retrouvées dans des contextes qui les
encourageaient à communiquer. Par ailleurs, il faut probablement développer un langage bien

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plus nuancé pour décrire le monde à un enfant que pour chasser. On retrouve encore
actuellement cette différence entre hommes et femmes au niveau du langage. Confrontées à
une tâche d’association verbale, les femmes se montrent en moyenne supérieures aux
hommes. Par contre, confrontés à une tâche de lancé, les hommes se montrent supérieurs aux
femmes, non pas tant en raison de leur force que d’une aptitude à bloquer le poignet au
moment du lancé.
Avec un peu d’humour, on comprend peut-être aussi pourquoi les hommes apprécient plus
souvent les sports qui évoquent la poursuite d’une cible – football, basket, … - ou ceux qui
suggèrent la chasse.
Notons enfin que la division sexuelle du travail a probablement contribué à renforcer la
solidarité entre conjoints, chacun ne pouvant plus se passer de l’autre.
En conclusion, la longue durée de l’enfance chez l’homme et sa dépendance à sa mère
serait à l’origine de la division sexuelle du travail

Illustration 3.6. langage & 3.7 – Différence des sexes

La spécificité de la sexualité humaine

De tous les primates, la femme est la seule à ne pas connaître de période spécifique de
« chaleur ». En d’autres termes, il n’y a pas de limite temporelle aux comportements de
reproduction.
Selon Masset, ceci a dû exacerber la rivalité tant entre mâles qu’entre femelles. Afin de
réguler la violence issue de cette situation, l’homme a donc été contraint d’inventer des règles
afin de contrôler les relations entre individus.
Une réponse possible est le couple monogame. L’officialisation du lien conjugal implique
– en principe – une abstinence à l’égard des autres partenaires potentiels. Ce rituel a pour
fonction d’apaiser les rivalités et de renforcer les liens entre « époux ». Nous savons
aujourd’hui que ce principe connaît de nombreuses exceptions. Mais à l’origine, la
transgression de la monogamie était souvent passible de peine de mort.
La monogamie a probablement contribué à renforcer les liens d’attachement entre
conjoints, chacun devenant plus disponible pour l’autre.

Conclusion

Il importe ici de ne tirer aucune conclusion définitive ni de justifier des choix moraux et
éthiques conservateurs, mais simplement de dresser un constat plausible de l’origine des
comportements humains
Que l’on se fonde sur des faisceaux de présomption ou sur des analyses plus étayées, nous
croisons la route de la notion de « structures fossiles » du comportement et des relations
sociales et familiales.
Ces « structures fossiles », sans constituer une contrainte incontournable et définitive,
doivent néanmoins encore peser sur les comportements de nos contemporains.

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4.3.2. Hypothèses basées sur un faisceau de présomptions

Les éléments développés ci-dessous relèvent davantage de l’enquête de police que de


l’étude scientifique au sens strict. Nous ne disposons d’aucune preuve directe et nous devons
nous contenter d’indices. Comme dans une enquête, c’est la conjonction des indices qui
finissent par emporter notre conviction, mais il ne faut jamais oublier que ce type de
démarche est plus fragile.
Pour bâtir ce faisceau de présomptions, nous devons recouper des données issues de
sources diverses :
- Les vestiges archéologiques (traces de foyer, « déchetterie » des campements, outils,
sépultures, traces de pas fossilisées, …), mais aussi :
- Données issues de l’anthropologie, notamment la connaissance que nous avons des
habitudes des peuples « primitifs » ;
- Données issues de la primatologie et de l’éthologie animale ;
- Données issues de l’éthologie humaine (où on peut déceler certains comportements
fossiles).

Troupeau et bancs

La première forme d’organisation sociale, hormis les colonies d’insectes -comme les
fourmis ou les abeilles – ou les bancs de poissons, est le troupeau.

Le troupeau présente plusieurs avantages en termes de survie : la vigilance face aux


prédateurs est le fait de plusieurs individus et non d’une seule, ce qui accroît les chances de
détecter à temps la menace ; l’effet de masse est susceptible de dérouter les prédateurs, voire
de les dissuader. Le troupeau protège : les buffles se rassemblent en présence des prédateurs,
les oies ouvrent les ailes et entourent les individus qui sont blessés. La sécurité du groupe est
assurée, mais celle-ci est le fait d’un programme instinctif groupal et non le fruit d’une
volonté des individus.
Chez les prédateurs par contre, le groupe permet de perfectionner les techniques de chasse
et augment les chances de succès : Les lions ou les loups chassent en groupe.
La protection de la progéniture constitue un autre avantage manifeste. Les lions, les loups
ou les buffles éduquent ensemble les petits. Les petits sont protégés par tous, mais il n’y a pas
de notion de parenté, hormis celle liée à l’olfaction.
Il ne faut toutefois jamais perdre de vue que dans ce type d’organisation de survie du
groupe, voire de l’espèce, prime la survie de l’individu. La solidarité – au sens
anthropomorphique - n’existe pas.
La troupe est en quête de nourriture, mais selon le principe du « chacun pour soi ».
Toutefois, la vie en troupeau pose d’autres problèmes. Ainsi, le fait de vivre ensemble
pose le problème de la gestion de la violence au sein du groupe. Le problème est en partie

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réglé sur base de règles de dominance (hiérarchie) provisoirement acceptée par les membres
du groupe aussi longtemps que le « dominant » ne donne pas de signes de faiblesse.
Comme chez tous les mammifères, l’unité primordiale est constituée de la mère et de son
petit. Mais celle-ci est provisoire. Ainsi, la lionne, le buffle ou l’ourse femelle chassent leurs
petits à la puberté.
Les sardines entreprennent encore de nos jours de grandes migrations en bancs. L’étude de
ces mouvements n’a pas permis de leur trouver une explication, une fonction. Ces migrations
ne donnent aucune source supplémentaire de nourriture, ne facilite en rien la reproduction.
Une des hypothèses avancées est qu’il s’agit d’un comportement fossile. À une époque
reculée, ces migrations avaient une fonction qui a disparu. La force de l’habitude ?

Primates

Les primates vivent également en troupe. À l’inverse des herbivores, les singes ont
davantage tendance à occuper un territoire précis, même si celui-ci peut également changer
en fonction des ressources disponibles.
Ces groupes sont structurés sur base de l’âge, du sexe et de la dominance, non de la
parenté. L’unité primordiale tend à devenir plus stable dans le temps. Chez les primates
supérieurs, des liens « affectifs » semblent unir la mère et sa progéniture au-delà de l’âge
adulte. Ceci est corrélé avec le fait que le système limbique chez les singes est bien plus
développé que chez les autres mammifères.

Singes anthropoïdes, hominidés et humains

L’ancêtre de l’homme devait avoir une organisation similaire. L’organisation sociale a


probablement évolué en fonction de l’évolution des hominidés : homo habilis, homo erectus,
homo sapiens (homo « qui pense »).

LUMLEY (2007) propose de distinguer trois étapes entre le stade primate et le stade homo
sapiens : la période où il y a lieu de parler de singes anthropoïdes, celle des hominidés et celle
enfin où il est possible de considérer que l’on a affaire à des êtres humains.

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5. LES COMPORTEMENTAUX NON VERBAUX

5.1. Comment les comportements non-verbaux acquièrent-ils un sens ritualisé ?

Le discours explicite d'un sujet ne rend que partiellement compte de ce qu'il communique.
Donc, en clinique, il faut prendre en considération l'ensemble des réactions, en particulier la
mimique, le regard, la gestuelle et les silences.
Par ailleurs, certains comportements non-verbaux, dans certains contextes, peuvent receler
une signification en soi. Par exemple, un chasseur peut procéder à un examen visuel
approfondi d’une plaine afin d’y distinguer le gibier. Ceci entraîne le froncement des
sourcils. On suppose qu’ensuite deux mécanismes sont intervenus : association et
généralisation. L’association : le froncement des sourcils serait apparu en association lorsque
l’individu se retrouve dans un état d’esprit similaire. La généralisation : le froncement
apparaît dans toutes les situations dérangeantes.
Ces mécanismes expliqueraient d’autres comportements non-verbaux : se gratter le cuir
chevelu lorsqu’on est perplexe, tousser ou se frotter les yeux lorsqu’on est embarrassé, froncer
les sourcils lorsqu’on examine une idée ou un problème complexe, se croiser les bras pour
exprimer qu’on se met sur la défensive, etc.

5.2. Aux origines du langage

On estime aujourd’hui que le langage gestuel constitue une des premières formes de
communication. Toutes les sociétés « primitives » accordent une importance primordiale à la
danse. Or, la danse est d’abord fondée sur le mimétisme. Chez les Indiens, ou sans doute
chez tous les chasseurs-cueilleurs – les hommes communiquaient par gestes, mimant tel gibier
en figurant ses cornes en plaçant les mains au-dessus de la tête, imitant tel comportement
caractéristique d’une espèce, etc. Mais la danse peut aussi évoquer des éléments abstraits :
esprits maléfiques ou protecteurs, mythes et légendes, etc. En ce sens, la danse est un langage
au sens où elle permet la représentation symbolique d’objets ou d’êtres absents. Elle permet
également d’évoquer le passé ou le futur, c’est-à-dire la capacité d’analyser les expériences,
d’anticiper l’avenir, de construire des stratégies (chasse, construction d’abris, fabrication
d’outils..). En un mot, il s’agit de « penser ».
Plus globalement, la gestuelle est particulièrement en situation de chasse ou de guerre. Le
fait que nous accompagnons nos paroles de gestes (illustrateurs, cfr ci-dessous) constitue sans
doute un vestige de ce passé gestuel. L’étape suivante, mais ceci nous éloigne de ce cours,
consistera à utiliser les grognements pour former un protolangage articulé, ancêtre des langues
humaines actuelles. Retenons ici que le langage gestuel constitue sans doute la forme de la
plus archaïque, donc inconsciente, communication humaine. C’est cette caractéristique
inconsciente qui intéresse ici le clinicien.

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5.3. Les différents canaux de la communication non-verbale

Passons maintenant en revue quelques aspects de la communication non-verbale.

6. Illustration 3.8 – communication non verbale - Zayan

Le regard

D’un point de vue éthologique, fixer une personne du regard peut prendre généralement
deux significations : on désire attirer l’attention de la personne et lui signifier que nous
voulons lui prêter attention ou lui manifester notre agressivité ou notre dominance.
Dans le premier cas, le comportement inverse – détourner le regard – signifie soit le
désintérêt, soit l’embarras ou la honte. Ceci est phénomène est bien connu des personnes qui
courtisent. Des coups d’oeils rapides, mais répétés de la « belle » constituent par contre un
message discret d’encouragement.
Dans le second cas, le comportement inverse, est adopté par la personne qui se sent
dominée ou qui souhaite manifester un comportement d’apaisement.
Les regards mutuels invitent généralement à un rapprochement physique ou une
collaboration. Par exemple, la mère et son bébé, deux amants, deux musiciens tâchant de se
coordonner, des membres d’une famille lors d’un entretien qui cherchent le soutien ou
l’approbation de l’un ou l’autre membre.
La dilatation des pupilles signale généralement une émotion intense : peur ou l’attraction
sexuelle.

D’un point de vue éthique, avec Lévinas, nous pensons que regarder une personne
implique déjà une responsabilité à son égard ("La rencontre de l’Autre m’engage, et cela je ne
peux le fuir",). Il suffit de songer à ces regards furtifs, mais lourds de sens que nous
adresssons aux passants dans la rue, aux clochards qui nous tendent la main, aux collègues, à
ceux que nous aimons …
Par notre regard, nous pouvons signifier à cette personne beaucoup de chose constructives
… ou toxiques : est-ce qu’elle existe à nos yeux ou sommes-nous indéfférents ? Est-ce que
nous l’acceptons ou nous la rejetons ? Est-ce que nous la respectons ou nous la méprison ?
Est-ce que nous l’aimons ou la haïssons ?

Les mimiques

C'est le moyen de communication le plus archaïque et qui existe depuis toutes les
premières semaines du bébé. La mimique est un moyen de communication volontaire destinée
au visage et au regard de la mère et bien sûr toutes les émotions s'y expriment traduisant
extérieurement les affects intérieurs, en particulier l'affection et l'agressivité.

Les postures

La posture est généralement associée à des attitudes de dominance/soumission ou


manifeste les intentions de rapprochement ou de rejet, voire de menace.
Les comportements d’affiliation et de distanciation décrits par SIMONEAU et
MIKLOWITZ (1991) ci-dessous constituent une excellente illustration.
L’attitude de séduction d’une femme se caractérise par les jambes croisées haut, la poitrine
en avant et la tête rejetée en arrière.

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Les gestes

C'est un aspect privilégié de la communication et de la réciprocité, il assure le maintien du


contact avec l'autre. Lorsque je regarde l'autre qui me regarde, je sais que la communication
entre nous est établie, autrement dit le regard est un moment fondateur de l'échange. Lorsque
nous regardons quelqu'un dans les yeux, nous sommes donc en contact d'intimité réciproque
et lorsque nous détournons le regard nous rompons délibérément la communication. Les gens
qui s'aiment, par le regard, sont en relation fusionnelle et toute l'affectivité peut s'y exprimer.
Comme la mimique, la gestuelle indique nettement les intentions d'accueil ou de rejet. Tous
ces messages émis peuvent converger ou se contredire.
On distingue plusieurs types de gestes :

Les illustrateurs

Comme leur nom l’indique, les illustrateurs illustrent le discours. Ils sont très variés : ils
peuvent mettre l’accent sur un mot ou une phrase, souligner la parole ou retracer le flot de la
pensée dans les airs. Les illustrateurs sont généralement employés pour faciliter une
explication difficile à traduire en mots.
Les illustrateurs signifient généralement un engagement appuyé dans l’effort pour
communiquer une idée. Alors qu’ils deviennent plus fréquents lorsque la personne est très
impliquée dans ce qu’elle dit, leur diminution peut parfois être considérée comme un indice
de mensonge.

Les auto-contacts

Les auto-contacts (appelés « manipulateurs » par Ekman) désignent tous les mouvements
où une partie du corps masse, frotte, tient, pince, gratte ou triture une autre partie. Leur durée
varie de quelques secondes à plusieurs minutes. Les gestes les plus brefs ont souvent un but
apparent : arranger les cheveux, nettoyer les oreilles, gratter une partie du corps. D’autres, en
particulier les plus longs, semblent dépourvus de sens : tordre et détordre les cheveux, se
frotter les doigts, tapoter du pied. Les auto-contacts sont parfois exécutés uniquement au
niveau du visage (mouvements de la langue contre la joue, dents qui mordent les lèvres). Les
auto-contacts sont généralement révélateurs d’un embrarras, voire d’une anxiété. Leur
apparition peut dans certains cas être considérée comme un indice de mensonge.

La synchronie interactionnelle

La synchronie interactionnelle décrit ces situations où deux ou plusieurs personnes


adoptent les mêmes postures et la même gestuelle de façon syncrhonique (en miroir) ou, au
contraire, où lorsque ces personnes adoptent des comportements opposés et désyncrhonisés.
Elle synchronie interactionnelle témoigne d’une congruence, d’une intimité, d’une relation
de bonne qualité alors que l’asynchronie témoigne au contraire d’une incongruence, d’une
distance, d’une relation de mauvaise qualité.

Le silence

Il n'est qu'apparemment une absence de communication, le plus souvent lourd de sens. En


clinique et en psychothérapie, des séances entières peuvent être silencieuses. Ce silence peut

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Texte provisoire – Diffusion interdite

être défensif, voire agressif mais également, profondément fusionnel, tout à fait heureux et
privilégié. Pour le clinicien, le silence de l'autre doit être bien géré, c'est-à-dire d'abord
respecté. Plus on est anxieux moins on supporte le silence de l'autre. Le silence en thérapie est
aussi un espace de projection facile, il doit toujours se replacer dans le sens le plus général de
la communication du sujet.

La communication chimique

Les phéromones sont des substances chimiques émises par la plupart des animaux au travers
de la peau ou de l’haleine et qui agissent comme des messagers entre les individus d'une
même espèce. Ces messages transmettent des informations relatives à l'attraction sexuelle, la
détection de menaces ou la location de sources de nourritures.
Le rôle des phéromones est bien connu chez les fourmis.
Chez l’homme, elles agissent en quantités infinitésimales, mais néanmoins de façon bien
plus active que l’on ne le pensait jusqu’il y a peu.

8. Illustration 3.9. – La communication chimique

Les phéromones peuvent parfois trahir un état intense d’excitation sexuelle ou de peur
panique. Comme indiqué ci-dessus, les humains sont capables de détecter, dans l’odeur de
transpiration de partenaires sexuels potentiels ceux qui seraient les plus génétiquement
compatibles, (« complexes majeurs d'histocompatibilité »).
Il va de soi que la communication non-verbale joue, chez l’homme, un rôle secondaire par
rapport au langage articulé. Elle constitue néanmoins une source d’information importante
parce qu’elle est de nature plus inconsciente (donc plus authentique) et plus émotive, ce qui
ne peut laisser aucun clinicien indifférent.

Le code vestimentaire et autres formes de communication sociale non-verbale

Le code vestimentaire peut avoir une signification sociale. Il donne une indication quant
au rang social (col blanc et col bleu), sa culture, sa religion et/ou son occupation (exemple, la
blouse blanche du médecin). Dans le monde des entreprises, les vêtements rappellent souvent
les valeurs attachées à la fonction : Le tailleur et le chignon de la secrétaire de direction
soulignent la rigueur, le sérieux, l’efficacité et la discrétion liée à son poste. Le costume du
cadre souligne sa dominance et sa réussite. Bien que ces codes soient tacites, il semble que
tout le monde les respecte, soit en s’y soumettant, soir en les transgressant. Les adolescents
ou les punks utilisent des contre-codes afin d’affirmer leur identité et/ou leur rejet des codes
établis.
La cravate possède une valeur hautement sexuelle. Cette longue « queue » accroché au cou
de l’homme possède à l’évidence une signification phallique. Il est assez révélateur que dans
les scènes de séduction de certains films, une femme fatale attrape l’homme par la cravate
pour l’attirer à elle ! En Allemagne ou chez nous, dans les cantons de l’Est, pendant le
carnaval, les femmes s'arment de ciseaux pour couper les cravates des hommes dont la
fonction castratrice est à peine voilée (mais attention, elles n’ont droit à ce privilège qu’un
seul jour par an !). La cravate semble également être utilisée comme caractère sexuel
secondaire prenant la même fonction que la queue de certains oiseaux connus pour l’usage
qu’ils en font lors de leur parade nuptiale. La cravate est généralement un signe de
dominance. C’est pourquoi les cadres se doivent d’en porter une.
Les vêtements soulignent également l’appartenance sociale.

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Texte provisoire – Diffusion interdite

Chez les ouvriers et les employés, hormis dans certaines circonstances comme un marriage
ou un enterrement, le fait de porter une cravate n’est pas recommandée en dehors de ces
contextes. Elle risque alors de provoquer des réactions de rejet parce qu’elle véhicule des
valeurs qui ne sont pas les siennes. Les personnes à faibles revenu se doivent de choisir des
vêtements pratiques (faciles à laver), économiques, simples (sans prétention) et confortable.
Dans les classes dites « supérieures », les tissus sont coûteux, sophistiqués, peu pratiques,
autant de caractéristiques rappelant leur réussite et leur domination. Pour Bourdieu, l'objectif
des dominants est de légitimer leurs pratiques culturelles, d'imposer leurs choix comme étant
les meilleurs, comme étant à imiter. Ces pratiques permettent d’opérer la distinction entre les
leurs (ceux qui ont les mêmes pratiques et les mêmes codes) et les autres !
Ces codes permettent dès lors d'exclure ceux qui ont les mêmes codes. Toutefois, comme
la classe sociale immédiatement inférieur à la classe supérieur tend à imiter celle-ci, il importe
que les codes évoluent (mode) de manière que les dominés, pour les suivre, soient sans cette
obligés de s'affaiblir par un investissement précaire pour enfin lâcher prise (Plusieurs patients
nous on raconté que, enfant, ils ont été contraints de changer d’école simplement parce que
leurs parents étaient incapables de les habiller dans les mêmes et coûteuses marques de
vêtements que leurs condisciples. Des clivages sociaux, des mises à l’écart et des attitudes de
rejets et de mépris s’ensuivant, la vie au sein de l’école en était devenue intenable).
Le raisonnement tenu ci-dessus à propos des vêtements et de la cravate peut être tenu pour
d’autres pratiques : usage de la langue (relâche ou soutenu ?), activités sportives (football ou
golf ?), activités culturelles (doudou ou Concours Reine Elisabeth ?), habitudes alimentaires ?
(Pitta-frite ou foie gras truffé), lieux de loisir fréquentés (salle des fête ou club sélect ,).
Certes, il ne faut pas non plus tromber dans la caricature ! C’est évidemment l’esprit et non la
lettre qui importe ici !

6. PSYCHOPATHOLOGIE ET ETHOLOGIE

On retrouve dans le comportement animal, les prémices de bon nombre de nos


comportements. Certes, les facultés de symbolisation chez l’homme ont modulé ces
comportements de façon considérable. Mais ceci constitue une raison de mieux connaître les
racines animales du comportement afin de prendre la mesure de l’effet de la culture et du
symbolique.

6.1. Éthologie et communication non-verbale

Éthologie

L’éthologie la science qui étudie le comportement « animal » dans son milieu naturel, càd
sans l’intervention d’artifices expérimentaux.
L'éthologie étudie l'animal dans son cadre de vie normal et non en laboratoire comme le
font les behavioristes et néo behavioristes.
L’éthologie humaine a pour projet d’une part de transposer la méthode appliquée à la
recherche animale et d’autre part d’établir les corrélats comportementaux entre l’homme et
l’animal.
L'éthologie évite en principe les interprétations comme en psychanalyse. Enfin, de par sa
définition même, elle vise à étudier comment les individus et les espèces résolvent les grands

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problèmes vitaux qui se posent à eux : survivre dans son environnement (se nourrir, se
reproduire, cohabiter avec d’autres espèces et ceux de la même espèce, le cas échéant, vivre
en collectivité (territoires, hiérarchies, communication).
L'éthologie trouve de maintes applications en psychologie clinique comme en témoignent
les exemples qui vont suivre
Nous rappelions en introduction que les mouvements expressifs du corps peuvent être lus
comme un résidu de réactions instinctives héritées de nos ancêtres phylogénétiques. En
d’autres termes, le corps parle et ceci de façon d’autant plus authentique qu’il est moins
susceptible d’être contrôlé par la pensée.

6.2. Éthologie du comportement quotidien

Territoire

Le territoire au quotidien

Nous avons souligné ci-dessus l’importance du territoire pour la survie, tant chez l’animal
que chez l’homme. Chez ce dernier, on observe aussi des comportements de marquage de
territoire.
Par exemple, lorsqu’une personne s’installe dans un train, ou dans un fauteuil au cinéma, il
dispose son sac et son manteau de telle sorte que ceux-ci délimitent un espace vital autour de
lui. Les conflits entre voisins – et donc les conflits de territoire – occupent une bonne part du
temps des avocats et des magistrats. Les vols et les guerres constituent des faits très courants.
Le mobile consiste presque toujours à s’emparer du territoire d’autrui ainsi que des ressources
qui s’y trouvent : argent, femelles, métaux précieux, ressources énergétiques …
On comprend ainsi pourquoi l’homme passe autant de temps à
acheter/vendre/restaurer/aménager son lieu d’habitation puisque celui-ci lui offre un lieu pour
conserver ses « ressources », élever sa « progéniture » et se protéger contre les « prédateurs ».
Les travaux de Hall (1971, 1984) sur les distances interpersonnelles indiquent que la
notion de territoire suit des variations culturelles. Ainsi, chez les nords-européens, la
« bonne » distance entre deux personnes correspond à la longueur du bras alors que celle-ci
est inférieure dans les pays méditerranéens.
Les travaux sur la synchronie interactionnelle indiquent quant à eux que nous ne nous
comportons pas de la même façon selon que notre interlocuteur nous paraisse sympathique ou
antipathique.

Le territoire en psychopathologie

On a parfois opposé les maniaco-dépressifs aux schizophrènes, les premiers étant


davantage marqués par l’extraversion et la syntonie alors que les seconds semblent être
dominés par l’introversion et l’autisme. La syntonie se définit comme l’aptitude à vivre en
résonance avec l’ambiance sociale, on conçoit que le maniaco-dépressif et le schizophrène
entretiennent des rapports au « territoire » qui sont en opposition. L’un va faire preuve d’un
comportement territorial grégaire, marqué d’exubérance et d’euphorie alors que l’autre se
montrera individualiste et distant.
Si le maniaque se sent partout chez lui, le mélancolique se sent partout importun. Ce
dernier se comporte comme un animal qui a perdu son territoire alors que le premier agit
comme un conquérant.

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Le schizophrène a de tels problèmes de territoire, qu’il lui arrive de ne plus situer les
limites de son propre corps et de confondre ses limites avec les murs de sa propre chambre. Il
en résulte des vécus d’intrusion intolérables lorsque les infirmières pénètrent dans sa chambre.
Bon nombre d’hospitalisations de jeunes psychotiques se produisent également à un
moment du cycle de vie du système familial où la question de quitter le « territoire » familial
se pose. Bon nombre de psychotiques évoquent souvent aussi que, dans leurs familles
d’origine, les frontières entre les membres du système étaient poreuses alors que celles avec
l’extérieur étaient au contraire hermétiques ou infranchissables (frontières de caoutchouc de
Wynne).
Enfin, on s’interrogera sur l’effet, sur ces deux formes pathologiques, de l’hospitalisation
dès lors que l’on entrevoit celle-ci comme l’assignation d’un territoire. En vertu de ce qui
précède, il faudrait alors considérer l’hospitalisation comme flattant trop les tendances au repli
du schizophrène ou, à l’inverse, contrariant le besoin d’espace vital du maniaco-dépressif.
Par ailleurs, des individus méfiants et distants – traits caractéristiques des personnalités
paranoïaques ou schizoïde -bénéficient d’un avantage dans un environnement hostile.

Hiérarchie

La hiérarchie au quotidien

Selon Price & Stevens (1996), la plupart des animaux sont plus ou moins capables
d’estimer les ressources à leur disposition (RHP : Resource Holding Power). Avec
l’évolution, les primates et l’homme vont également intégrer dans leur « comptabilité » les
ressources sociales disponibles et plus précisément la « quantité » d’attention qu’ils sont
susceptibles d’obtenir de la part des autres membres du groupe (SAHP Social Attention
Holding Power) : faveurs sexuelles, dons de nourriture, protection du groupe et en particulier
des dominants, etc.
Ce capital augmente en fonction de la position sociale qu’occupe l’individu dans la
hiérarchie : plus sa position est élevée, plus son RHP et son SAHP augmentent et
inversement.
Les auteurs voient dans le SAPH le précurseur de l’estime de Soi. Dans cette perspective,
l’estime de Soi est une forme de « capital » qu’il importe de préserver, voire d’augmenter.
Lorsqu’un individu voit sa position sociale diminuer, ses ressources diminuent également.
Chez l’homme, mais aussi chez les primates, ce processus va de pair avec une perte de
l’estime de Soi, ce qui conduit à des réponses dépressives : comportements inhibés et soumis,
diminution des interactions sociales.
Ce n’est un secret pour personne que l’homme, comme le chimpanzé, passe le plus clair de
son temps à rivaliser pour conquérir des positions sociales dominantes : situations
professionnelles prestigieuses et rémunératrices, villas cossues, berlines de luxe, nourritures
sophistiquées et jolies femmes sont des notions qui vont de pair dans le chef de beaucoup
d’humains.
Ce qui se comprend aisément si on perçoit qu’un mâle dominant donne un maximum de
chance d’avoir une progéniture saine et correctement nourrie et protégée.
Cependant, nous verrons que chez les femmes, les critères de choix d’un partenaire
intègrent également l’« évaluation » de la « gentillesse » du partenaire (càd, le fait qu’il ne va
pas attaquer la progéniture ou elle-même) et sa « coopération » (son aptitude effective à
mettre ses ressources à la disposition de la progéniture).
On comprend dès lors pourquoi, chez l’homme, perdre son emploi ne signifie pas
simplement perdre un revenu.

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La hiérarchie en psychopathologie

Selon Demaret, les composantes hiérarchiques donneront naissance à des tendances


paranoïaques. La méfiance et l’agressivité qui résulteraient de ces tendances auraient pour
fonction de maintenir la vigilance du « dominant » dont la position peut être sans cesse remise
en question par des juvéniles arrivés à maturité.
En outre, le maniaque se comporte comme un animal qui monte dans la hiérarchie alors
que le mélancolique agit comme l’animal qui descend. La maniaco-dépression correspondrait
à des moments charnières où la stabilité du système hiérarchique est compromise.

Activités de substitution

Activités de substitution au quotidien

On comprend dès lors que les conflits de territoire ou de hiérarchie soient nombreux. Ces
conflits risquent de compromettre la survie, non seulement de l’individu, mais aussi et surtout
de l’espèce. À cette fin, le processus de sélection naturelle a prévu les « comportements hors
de propos ».
Les animaux peuvent parfois adopter des comportements apparemment hors de propos.
Par exemple, deux coqs en pleine lutte se mettent à picorer le sol. Deux oiseaux rivaux se
mettent à lustrer leurs plumes, etc. Ce type de comportement peut apparaître comme étant
dysfonctionnel et l’animal semble « malade » ou « fou ».
Les activités de substitution se reconnaissent par leur caractère inapproprié au contexte
(hors propos) et/ou aussi par le fait que l’acte n’est pas mené à son terme ou au contraire est
mené à l’excès.
En réalité, celles-ci se déclenchent généralement dans des situations de conflit – lorsque les
tendances à fuir et à agresser sont égales -, d’intense frustration ou de sous stimulation. Dès
lors, ces comportements semblent avoir une fonction adaptative et d’apaisement.
Par exemple, sous l’effet d’un choc électrique, les rats de laboratoire finissent par
développer de nombreuses activités de substitution. Démunis d’une réponse adéquate, ils
tentent d’en créer une nouvelle en tentant diverses solutions.
On retrouve ce type de réponses chez l’homme, sous des formes banales comme se
caresser le menton, se gratter le crâne, pianoter, manipuler un crayon, etc. Ces
comportements sont généralement la manifestation d’une émotion intense liée à une situation
embarrassante, voire conflictuelle.

Activités de substitution et psychopathologie

On retrouve ce type de réponses chez l’homme sous des formes nettement plus
pathologiques : tics, activités compulsives, conversions hystériques, grignotage (voire
boulimie), masturbation compulsive, automutilation. Les symptômes psychosomatiques
apparaissent comme des réponses endocrinologiques internes venant se substituer aux
réponses externes inhibées.
Les rituels obsessionnels constituent un exemple frappant. Les sujets TOC développent
souvent des activités de nettoyage, même lorsque celles-ci ne sont pas indiquées. Ce
comportement émerge aussi dans des situations de conflit, de frustration ou de sous
stimulation.

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Texte provisoire – Diffusion interdite

L’éthologie en thérapie familiale

S’appuyant sur ces données, les thérapeutes familiaux ont pris l’habitude d’être très
attentifs sur la façon dont les membres d’une famille s’installent dans le bureau de
consultation : qui s’assied près de qui ? Qui est éloigné de qui ? Etc. L’occupation du
territoire peut donc constituer une métaphore des distances interpersonnelles.
Ils observent également les phénomènes de synchronie interactionnelle : qui s’anime ou se
fige pendant qu’un autre parle ? La hiérarchie se manifeste quant au choix des fauteuils – qui
s’empare des plus confortables ou des plus élevés -, quant à l’ordre dans lequel ils entrent
dans le local de consultation et bien sûr qui prend la parole le premier ou qui « tient le
crachoir » le plus longtemps ?
Les comportements non-verbaux d’affiliation manifestent l’intention de communiquer :
s’adresser du regard ou en parole, se pencher vers, sourire à, manifestation d’approbation
(acquiescer de la tête, etc.), gestes illustrateur
Inversement, Les comportements non-verbaux de distanciation manifestent l’intention de
ne pas communiquer, voire les rejets : ignorer du regard ou regarder ailleurs, mouvement de
recul, manifestation d’agacement ou de désapprobation (mimiques, gestes).
SIMONEAU et MIKLOWITZ (1991) ont étudié les comportements d’affiliation et de
distanciation chez 18 patients schizophrènes et 18 patients bipolaires et leurs parents durant
une interaction de 10 minutes.
Les patients bipolaires et leurs parents ont fait preuve de comportements non-verbaux
« affiliatifs » ("gestes illustrateurs" ou " comportements prosociaux") pendant une durée plus
longue que dans le cas des patients schizophrènes et de leurs parents.
Inversement, les parents de patients schizophrènes et leurs parents ont des comportements
non-verbaux de distanciation (« regarder ailleurs ») pendant une durée plus longue que dans le
cas des patients bipolaires et de leurs parents.
TRONICK (1989) – bien connu pour ses expériences à propos du still face - avait déjà
suggéré que si l'enfant ne pouvait pas suffisamment influer sur le comportement de la
personne donneuse de soin, notamment au travers de signaux affectifs, celui-ci se tournait
alors vers d'autres stratégies de régulation autorientée comme regarder ailleurs pendant de
longues périodes, orienter le corps dans une direction opposée à l’interlocuteur, adopter des
comportements auto-apaisants tels que l'autocontacts ou comportements liés à la sphère
buccale.
Le comportement autorientée le plus extrême est sans doute l’automutilation, lequel en
institution peut être renforcé par le fait qu’il attire évidemment l’attention des soignants et
qu’il conduit à des soins alors que ceux-ci avaient cruellement fait défaut durant l’enfance.
Les travaux d’Albert SCHEFFLEN -que nous étudierons dans le module systémique -
constituent un apport précieux à l’observation clinique de patients psychiatriques et de leur
famille.

6.3. Fitness – reproduction et adaptation

Introduction

Le fitness décrit la capacité d'un individu à se reproduire. C'est une mesure de la sélection
naturelle. On évalue la valeur sélective d'un individu par son nombre de descendants à la
génération suivante.
Le succès reproducteur dépend de plusieurs facteurs : ressources en nourriturres,
opportunités de reproduction, présence de prédateurs, l’agressivité, etc. Par exemple,

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Texte provisoire – Diffusion interdite

l’agressivité permet la survie de l’espèce : Elle permet la répartition des individus sur les
ressources (territorialité). Sa ritualisation limite la mortalité : dans la plupart des espèces, les
combats sont autant que possible évités par l’intimidation – couleurs vives des poissons, de
certains grenouilles toxiques, de serpents venimeux, etc. Lorsque le combat se produit, celui-
ci est rarement mortel grâce à la ritualisation. Par exemple, chez certains canidés, le fait de
présenter une partie vulnérable constitue un acte de soumission qui apaise de dominant. Dans
d’autres espèce, certains mâles adopteront des postures de femelles prête à l’accouplement en
guise d’acte de soumission.

6.4. Éthologie et psychiatrie

Éthologie et psychiatrie

L’archaïsme des fantasmes et des comportements des malades mentaux a amené FREUD à
lier les symptômes à des régressions ontogénétiques, autrement dit aux premiers stades de la
vie infantile.
Les éthologues ont cependant amené progressivement l’idée de certaines similarités entre
le comportement humain et animal, de sorte que la régression doit être également
appréhendée sous un angle phylogénétique, c’est-à-dire en termes de régression à des niveaux
de fonctionnement présents dans des formes animales non humaines.
Une question-clef qui revient fréquemment en éthologie concerne la valeur de survie d’un
comportement : quel avantage tel comportement a-t-il par rapport à un autre ou, tout
simplement, à l’absence de comportement spécifique dans une situation donnée. Si on tient
pour acquis la théorie de la sélection naturelle, on peut s’étonner que des maladies mentales
graves, comme la schizophrénie, n’aient pas disparu par simple sélection naturelle.
Nous allons explorer diverses explications possibles. L’une d’entre elles, qui nous paraît
essentielle, est que les gènes qui prédisposent à ces « maladies » constitueraient, dans certains
cas, un avantage plus qu’un inconvénient. On se situe ici bien évidemment au niveau de
l’espèce et non de l’individu pour lequel toute forme pathologique avérée est source de
souffrance et de handicap.
L’éthologie permet de penser que beaucoup de troubles psychiatriques sont probablement
des distorsions de conduites adaptatives. Ou encore, ces troubles nous révèlent des
« structures fossiles du comportement » (Demaret, 1979).
Examinons ceci de plus près en étudiant trois grands groupes psychopathologiques.

Psychoses schizophrénique et paranoïaque

La schizophrénie est une maladie mentale, en partie déterminée par des facteurs génétiques.
Ce syndrome se caractérise par des symptômes tels que délire, hallucination, troubles de la
pensée et plus globalement par une perte de contact avec la réalité.
On a pu estimer que la schizophrénie devrait, si elle ne comportait que des désavantages,
être beaucoup moins fréquente qu’elle ne l’est (autour de 1%). Or, ce n’est pas le cas. Il doit
donc y avoir aussi des avantages. Demaret (1979) rapporte une étude de Heston (1966) qui a
suivi l’évolution psychologique d’enfants de mères schizophrènes séparés d’elles à la
naissance. Si 50% se sont avérés être porteurs de troubles mentaux (psychotiques ou non), les
autres 50% ont fait preuve d’une personnalité plus riche, de plus de créativité qu’un groupe de
contrôle. On suppose ainsi que les porteurs « sains » (détenteur du génotype qui ne s’exprime
pas totalement au niveau de phénotype) disposeraient de moyens de « survie » plus importants
que le commun des mortels.

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C’est un fait que plusieurs de nos patients pas trop « atteints » semblent disposer d’une
intuition, d’une sensibilité, parfois d’une intelligence émotionnelle hors du commun. Cette
observation est corroborée par des observations en psychologie cognitive qui décrivent les
schizophrènes comme étant incapables de filtrer adéquatement l’information provenant de
l’extérieur.
En un mot, le schizophrène serait victime de ses trop grandes capacités perceptives et
cognitives, ce qui le condamnerait à un repli défensif alors que les porteurs sains du génotype
seraient dotés d’aptitudes exceptionnelles.
Si le fait de se montrer distant et méfiant est généralement jugé sous un angle péjoratif
dans notre société occidentale et moderne, ces traits ont présenté (et peuvent présenter encore
actuellement) de nombreux avantageux dans les sociétés finalement assez brutales qui se sont
succédées dans l’histoire de l’humanité.
Certains auteurs comme Price et Steven (1996) voient dans la paranoïa un trait de caractère
fréquent chez les individus dominants. La fonction de la paranoïa serait de prévenir toute
manœuvre susceptible de réduire leur territoire et d’amoindrir leur position dans la hiérarchie.
Adolphe Hitler, Joseph Staline constituent des exemples célèbres et extrêmes, mais lorsqu’on
observe bien les mœurs de certains de nos dirigeants actuels, on constate que cette hypothèse
paraît plausible.

Dans une perspective plus expérimentale, SIMONEAU et MIKLOWITZ (1991) ont


développé un instrument - non-verbal Interactional Coding System – pour mesurer les
comportements non-verbaux d’affiliation versus de distanciation. Cette étude comprenait 18
patients schizophrènes et 18 patients bipolaires et leurs parents durant une interaction de 10
minutes observée en post hospitalisation.
Les auteurs ont classé les interactions en deux catégories : affiliation et distanciation.
Les comportements d’affiliation manifestent une intention de communiquer, via des
comportements tels que : s’adresser du regard ou en paroles, se pencher vers, sourire à,
manifestation d’approbation (acquiescer de la tête, etc.), gestes illustrateurs.
Les comportements de distanciation manifestent une intention de ne pas communiquer ou
de rejet via des comportements tels que : ignorer du regard ou regarder ailleurs, mouvement
de recul, manifestation d’agacement ou de désapprobation (mimiques, gestes).
Les résultats sont intéressants.
Les patients bipolaires et leurs parents ont fait preuve de comportements non-verbaux
« affiliatifs » ("gestes illustrateurs" ou " comportements prosociaux") pendant une durée plus
longue que dans le cas des patients schizophrènes et de leurs parents.
Inversement, les parents des patients schizophrènes et leurs parents ont des comportements
non-verbaux de distanciation (« regarder ailleurs ») pendant une durée plus longue que dans le
cas des patients bipolaires et de leurs parents.

Le trouble maniaco-dépressif

Il s’agit d’une maladie nettement plus héréditaire que la schizophrénie. Elle se manifeste
par une alternance de périodes dépressives (tristesse, inhibition du comportement) et des
périodes maniaques (joie excessive, désinhibition comportementale, logorrhée).
Dans sa version non pathologique, la tendance maniaque se manifeste par un dynamisme
débordant et une très grande créativité. On a ainsi constaté que bon nombre d’artistes connus
étaient atteints d’un trouble maniaco-dépressif (Par exemple Robert Schumann, dont la
musique reflète ces alternances de façon remarquable).
En d’autres termes, et à nouveau, les détenteurs d’un tel génotype disposeraient de moyens
de « survie » plus importants.

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La psychopathie

Les psychopathes sont des individus qui agissent sans réfléchir et sans empathie, dans le
seul but d’assouvir leur instinct, au mépris des conséquences pour autrui. Ces individus
n’hésitent pas à « passer à l’acte » et à se montrer violents pour arriver à leurs fins et certains
deviennent des voleurs, des violeurs et/ou des meurtriers. Ce qui conduit bon nombre de
psychopathes en prison.
Cette tendance, dans sa version atténuée, produit des individus qui sont très portés à
l’action, à la recherche de sensations fortes et à la prise de risque. Peu enclins à la réflexion,
ils n’hésitent pas non plus à « passer à l’acte » mais dans un registre dont le caractère
antisocial est moins immédiatement apparent, comme la conduite automobile dangereuse.
Enfin, certains arrivent à canaliser (sublimer dirait Freud) leurs tendances dans des activités
socialisées : sauveteurs, para-commandos, etc.
À nouveau, on discerne bien la valeur de survie de tels comportements dans certains
contextes comme les guerres, les conflits et plus généralement les situations où il faut agir
vite.

6.5. Troubles de la personnalité et phylogenèse

La thérapie cognitive, principalement développée par T. BECK repose sur l’hypothèse de


l’héritage phylogénique que nous venons de développer dans ce chapitre.
Rappelons que l’idée de base que l’évolution biologique de l’homme se déroule sur près de
8 millions d’années alors que l’évolution culturelle ne représente que quelques milliers, voire
dizaines de milliers d’années. Dans ces conditions, il est peu raisonnable de penser que
quelques millénaires de culture ont totalement effacé des millions d’années d’évolution.
Face aux défis de la vie préhistorique – recherche de nourriture, lutte contre les prédateurs,
quête de partenaires sexuels – l’homme a développé des stratégies comportementales
adaptées. Par stratégie il faut entendre : séquence de comportements stéréotypés destinés à
augmenter les chances de survie et à réduire les tensions liées à certaines pressions
biologiques (faim, besoins sexuels, etc.) et environnementales.
Par ailleurs, ces stratégies s’appuient sur des schémas également issus de l’évolution. Un
schéma est une façon stable de percevoir l’expérience et de traiter l’information tant sur le
plan cognitif qu’émotionnel. Ces schémas déclenchent des stratégies comportementales qui
peuvent être adaptées ou non. Plus prosaïquement, le concept de schéma recouvre la façon
dont nous évaluons les événements, ce que nous ressentons et comment nous réagissons. Un
schéma est constitué de croyances qui peuvent être implicites ou explicites.

Troubles de la Schéma Stratégie


personnalité

Dépendante Je ne peux m’aider


Ni être aidé€ Attachement excessif
Evitante On va me
blesser Evitement
Passive-agressive On va me léser Résistance

Paranoïde Les autres sont des rivaux Méfiance

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Narcissique Je suis spécial(e) Exagérer certains traits

Histrionique J’ai besoin d’attirer


l’attention Se mettre en scène

Obsessive-compulsive L’erreur est à proscrire Perfectionnisme

Antisociale Les autres sont des proies Attaque

Schizoïde J’ai besoin d’un espace


sans personne Isolement

D’après, BECK & FREEMAN, p.26

Schéma et stratégie sont donc des concepts intimement liés puis le second serait destiné à
donner une réponse adaptée au premier.
Les troubles de la personnalité constitueraient des traces de ces schémas et de ces
stratégies. Celles-ci, adaptées à une époque préhistorique, ne conviendraient plus à notre
époque moderne.
BECK se propose de relire la nomenclature des troubles de la personnalité du DSM de la
façon décrite dans le tableau ci-dessus.
On notera que ce tableau ne reprend pas les troubles de la personnalité Borderline. En
effet, BECK estime qu’il n’y a pas de schémas ou de stratégies typiques de ce trouble. Il
s’agit ici plutôt d’un déficit de l’égo sans contenu de pensée ou de stratégies standards.
Même si les idées de BECK sont dans le cas d’espèce assez spéculative, il faut toutefois
souligner que la thérapie cognitive est une approche effectivement très efficace dans le
traitement de la dépression et des troubles de la personnalité.
Par ailleurs, cette théorie explique pourquoi les troubles de la personnalité sont plus
résistants au traitement psychologique que d’autres syndromes. En effet, il s’agit de lutter
contre des tendances profondément ancrées dans l’instinct. Les méthodes « culturelles » -
comme – la psychothérapie - seraient donc au départ moins adaptées au traitement de ces
problèmes. Sauf si, comme BECK, on tient compte de ce facteur dans l’élaboration des
stratégies thérapeutiques.

7. CONCLUSION DU CHAPITRE

Dans ce chapitre, nous avons montré que le comportement ainsi que la vie mentale
(perceptions, émotions, cognitions) et relationnelle de l’être humain était le fruit d’une longue
évolution dont on retrouve les vestiges dans le comportement animal ou dans certaines
modalités psychopathologiques.
Le caractère universel de certains de ces comportements suggère qu’ils résultent d’une
forme de déterminisme neurobiologique. Mais pas uniquement, ces structures
comportementales ont également été façonnées sous la pression des contraintes de
l’environnement. La théorie de l’évolution suggère que la valeur de survie d’un
comportement détermine sa sélection.
Néanmoins, si cette théorie explique assez bien l’évolution jusqu’à l’émergence du
langage, elle « colle » de moins en moins aux faits lorsqu’on prend en considération les
capacités intellectuelles, émotionnelles et sociales de l’homme « symbolique ». D’autres
modèles sont nécessaires et font l’objet du chapitre suivant.

106
APPROCHES PSYCHODYNAMIQUES

S. Hendrick
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INTRODUCTION A LA PSYCHOLOGIE CLINIQUE

II.

L’homme symbolique

Partim : S. Hendrick

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Introduction

Dans les chapitres précédents, nous avons étudié la nature biologique, et parfois animale,
de l’homme. Il s’agit là de dimensions indispensables à la compréhension du comportement
et du psychisme humains.
Il serait toutefois réducteur de croire que l’homme se résume à ces dimensions. Comme
Boris Cyrulnik se plait à le rappeler souvent, le modèle animal est pertinent … uniquement
lorsqu’on cherche à comprendre les composantes biologiques de base du comportement. Il
devient obsolète et trompeur lorsqu’on aborde l’homme dans sa dimension culturelle.

Dès lors que l’homme s’est mis à parler, il a quitté le monde biologique pour entrer dans
celui du récit, de la narration, de la représentation. Il est sorti de la réponse immédiate à la
réponse différée. L’information, jusqu’alors, n’était qu’influx nerveux et bouleversements
chimiques, supports éphémères des données. Et voici qu’elle se transforme, qu’elle devient
durable, qu’elle devient récit, durable et transmissible.
La réponse chimique est immédiate. Un événement se produit et dans l’instant, la chimie
transforme le corps et le cerveau. Il en résulte une réponse comportementale. Fin de
l’histoire.
La réponse se médiatise par le langage. Il y a désormais un passé et un futur. Il a
maintenant ce qui est réel et ce qui est imaginaire, virtuel. Le langage permet d’anticiper, de
manipuler le réel et de le transformer en hypothèses, en scénarii variés, possibles mais non
nécessaires.
L’homme se libère de l’instant, du présent et des réponses préprogrammées pour entrer
dans la culture, détachée du biologique.
Les instincts étaient constitués de l’ensemble des réponses figées dans les circuits
neuronaux. Les voici remplacés par les pulsions, lesquelles sont filles de l’imaginaire qui
transforme, torsade, manipule, transcende l’instinct.

Dans les chapitres qui vont suivre, nous allons aborder les principaux modèles théorico-
cliniques qui permettent de penser comment l’homme « symbolique » se construit, et parfois
se détruit, au cours de son existence.
Ces modèles sont la psychanalyse, les théories de l’attachement, l’approche humaniste,
l’approche systémique et l’approche cognitivo-comportementale. Bien que relevant de cadres
épistémologiques fort différents, parfois incompatibles, ces différentes approches sont assez
complémentaires. Chacune semble éclairer ce qui a été laissé dans l’ombre par les autres.

Voici l’homme symbolique !

L’homme symbolique est donc celui qui utilise le langage pour communiquer et pour (se)
penser. Un symbole langagier est un signe abstrait, généralement sonore ou écrit, qui
représente un objet concret. Ceci implique qu’il devient dès lors possible :
- d’évoquer « l’objet » absent du contexte, donc de se libérer du matériel pour prendre
de la distance avec le réel et entrer dans le monde des idées et du virtuel.
- de parler du passé (« objet » passé), donc de reconsidérer le sens de ce qui a été vécu.
- d’évoquer le futur (« objet » à venir), donc d’anticiper les conséquences de nos actes.

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En d’autres termes, on peut commencer à parler en termes d’idées et non plus d’objets
concrets. Et l’idée est plus facilement manipulable que l’objet réel : il est plus facile de parler
d’un « éléphant » dans votre salon que d’en faire apparaître un.
Par ailleurs, le symbole peut donner un sens à un objet qui n’en a pas (« chose »). Par
exemple, si je rencontre, une nouvelle personne inconnue, je peux la décrire, la comparer,
l’assimiler du connu.
Dès lors, les symboles langagiers permettent d’organiser nos perceptions et nos émotions
(souvent primitives) en un univers cohérent, prévisible et partageable avec d’autres.
Le symbole sort l’humain de l’arbitraire. Le langage est ordonné par des lois (syntaxe), et
donc ordonne aussi l’univers avec des lois. Il met de l’ordre. Et un ordre commun (même
langage pour tout le monde).

Cette aptitude est capitale, parce que le langage nous permet de nous détacher du monde
des objets concrets qui, à l’origine, constituaient l’unique cible de nos instincts : « objet à
manger », « objet à boire », « objet à copuler », « objet dont il faut se protéger », … Ce qui
libère de l’espace pour penser. Donc, le symbole, et plus encore le langage, nous aide à
quitter la réactivité émotionnelle immédiate pour ouvrir un espace intermédiaire.

Lorsque l’enfant apprend à parler, il parvient à mieux organiser sa pensée et ses émotions.
On se rappelle que la fonction symbolique se développe progressivement. Ainsi, le
nourrisson n'est pas capable de construire des structures symboliques. Il est par contre capable
d'intérioriser des séquences d'événements. À ce stade, l'enfant partage avec les animaux la
caractéristique de ne répondre qu'à des paramètres présents dans la réalité interne et externe.
Comme PIAGET l'a montré, l'intériorisation des schèmes d'action contribue à la construction
de la fonction symbolique. Dès lors, l'enfant est capable de réagir indépendamment des
éléments présents c'est-à-dire qu'il est capable de revenir sur des éléments passés ou
d'anticiper des éléments futurs.
Et surtout, l’enfant peut prendre de la distance avec ses instincts et, dès lors de les
discipliner, de s’en libérer pour en faire autre chose de les sublimer dans le cadre d’un
consensus social.

C’est à la psychanalyse que l’on doit d’abord la compréhension de ce que le langage a


apporté à l’humain.

Mais avant d’aborder ce chapitre (et les suivants), lisez la section 4 (« Névrose – psychose
– perversion et vie quotidienne ») sans trop vous attarder sur le sens des mots particuliers pour
ne vous attacher qu’au sens global. Lisez ensuite le chapitre et relisez cette section 4.

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Chapitre 4

Approche psychanalytique

1. Historique

Les travaux de Freud vont marquer la fin de XIXème siècle et le début du XXème siècle.
Sigmund Freud est né à Freiberg le 6 mai 1856 dans une famille juive. Il entame des études
de médecine et s’intéresse d’abord à l’anatomophysiologie du système nerveux. Il épouse
Martha Bernays en 1886 avec qui il aura trois enfants. Dès sa jeunesse, il doit subir le mépris
et les brimades réservées aux juifs.
Il étudie la psychiatrie avec Theodor Meynert. Il obtient une bourse, et part étudier à Paris,
auprès du neurologue français Jean Charcot à l'hôpital de la Salpêtrière. Freud y étudie
l'hystérie et le traitement par hypnose.

De retour à Vienne, il ouvre son propre cabinet de consultation et reçoit beaucoup. C’est
dans ce cadre qu’il crée progressivement la psychanalyse à force d’écoute et de réflexion. Il
publie « Etudes sur l'hystérie » avec Joseph Breuer (Le cas d'Anna O) et « l’interprétation des
rêves » (1900) et « Trois essais sur la théorie de la sexualité » en 1905.

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Assis, de gauche à droite : Freud, Frenczi et Sachs. Debouts : Rank, Abraham, Eitingon et Jones

Ces premiers éléments de sa théorie soulèvent beaucoup de perplexité et souvent déclenche


le scandale.
En effet, dans une époque puritaine et rationaliste, il ose prétendre que le sexe – thème
sulfureux – structure le psychisme de l’homme.

Plus grave pour l’époque : Freud prétend que les thèmes de la sexualité sont présents dès
l’enfance. C’est une idée insupportable pour les sociétés bourgeoises et bien pensantes de
l’époque.
En outre, il prétend qu’une bonne part de nos comportements échappe à notre conscience,
donc à un contrôle rationnel. Idée insupportable dans une époque de positivisme
triomphant où l’idée que la raison – marque de la « supériorité » de la race blanche dans le
monde, des classes aisées sur les classes prolétariennes et de l’homme sur la femme sous nos
latitudes - doit commander à l’émotion, perçue comme la marque des races « inférieures »,
des classes laborieuses et des femmes.
De plus, il prétend expliquer par l’histoire du sujet des symptômes et des comportements
qui auparavant n’étaient considérés que comme un signe de dégénérescence. Enfin, mais cet
aspect ne va émerger que progressivement, il prétend instaurer une forme de traitement
uniquement fondé sur la parole. Parallèlement, il élabore une théorie de l’appareil psychique.
La « Société psychologique du mercredi » puis la « Société psychanalytique de Vienne »
regroupe les premiers disciples de Freud (Voir photo ci-dessus).
La première guerre mondiale, avec son cortège d’horreurs, le marque profondément. Il
révise ses théories (seconde topique, pulsion de mort). Il quitte Vienne en 1938 pour fuir le
nazisme et s'installe en Angleterre où il décède en septembre 1939.
Freud va former des émules et de nombreux disciples: Jung, Abraham, Frenczi, Adler,
Klein, Anna Freud, Lacan, etc. Des schismes vont se produire conduisant à des querelles
parfois encore tenaces de nos jours. Certains de ces auteurs seront abordés dans d’autres
cours de la Faculté.

Illustration : au cours – Document vidéo « L’invention de la psychanalyse (E. Roudinesco


et E. Kapnist) »

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2. FREUD – les fondements

Le comportement de l’homme est mû par des pulsions, dont la plus fondamentale est la
pulsion sexuelle !

2.1. Description sommaire de l’appareil psychique

Freud va décrire la structure (statique) et le fonctionnement (dynamique) de l’appareil


psychique en s’appuyant, sans la nommer, sur la métaphore de la machine thermique. Dans
une machine thermique, la chaleur met l’eau en ébullition qui doit tôt ou tard s’échapper sous
forme de vapeur. Dans le cas contraire, la machine explose. Pour Freud, l’appareil psychique
est lui aussi habité par une énergie sexuelle, qu’il appelle libido, qui doit également
s’échapper.

Pour décrire la structure (statique) de l’appareil psychique, il utilise la notion de topique


qui renvoie à une idée de lieu où se manifeste un phénomène. Sa pensée va évoluer. Il va
d’abord développer la première topique. Freud distingue trois espaces : le conscient,
l’Inconscient et une zone intermédiaire : le Préconscient. L'Inconscient est le réservoir de la
libido et des pulsions. Ses contenus sont soit héréditaires, soit refoulés (cf. Mécanismes de
défenses) et est essentiellement gouverné par le principe de plaisir1.
Le refoulement est un mécanisme de défense (dynamique) qui consiste à maintenir les
représentations insupportables hors de la conscience. Toutefois, le « barrage » n’est pas
parfait et certaines « matériaux » s’échappent parfois sous la forme de rêves2, de lapsus,
d’actes manqués ou mots d’esprit.
Le Préconscient est « habité » par des contenus psychiques qui ne sont pas présents dans
le champ de la conscience mais qui restent accessibles à la conscience.
Dans la seconde topique, sans doute suite au constat de la barbarie de l’homme au cours
de la première guerre mondiale, il va décrire trois instances : le ça, le moi et le surmoi.
Pour décrire la dynamique de l’appareil psychique, il va surtout s’appuyer sur la notion de
libido et de pulsion. La libido est une énergie « sexuelle » qui cherche à trouver une issue
(recherche du plaisir) en se liant à un « objet » (investissement). Elle crée une tension qui a
besoin de se décharger, un peu à l’image d’un barrage saturé et dont il faut ouvrir les vannes
pour faire diminuer la pression.

2.2. Structure et fonctionnement de l’appareil psychique

L'étude du développement de l'appareil psychique doit prendre en compte trois points de


vue :

a) le point de vue dynamique : il fait apparaître les notions de conscient, préconscient,


inconscient (ler topique) et la notion essentielle le conflit à la fois dans la dimension
pulsionnelle (pulsion libidinale, pulsion agressive, principe de plaisir) et dans les défenses
opposées à ces pulsions (refoulement, contre-investissement formation de compromis). Chez
l'enfant, aux classiques conflits internes identiques ceux qu'on observe chez l'adulte il faut
ajouter les conflits externes (A. Freud) ou immixtion dans le développement (H. Nagera) et
les conflits intériorisés;

1 infra
2 cf. Annexe II.

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b) le point de vue économique prend en considération l'aspect quantitatif des forces en


présence: intensité de l'énergie pulsionnelle, intensité des mécanismes défensifs et des contre-
investissements, quantité d'énergie mobilisée par le conflit...;

c) point de vue topique concerne l'origine des forces en présence et la nature des relations
entre ces diverses instances. Ce point de vue topique impose chez l'enfant l'étude de la
différenciation progressive des diverses structures psychiques.

d) chez l'enfant nous ajoutons enfin le point de vue génétique : il met l'accent sur
l'évolution des instances psychiques et des conflits en fonction du niveau de développement
atteint par l'enfant. Le point de vue génétique s'articule avec la notion de stade.

Dans la théorie psychanalytique un stade se caractérise par la mise en correspondance


d'une source pulsionnelle particulière (zone érogène), d'un objet particulier (type de relation
d'objet) et d'un certain type de conflit, l'ensemble réalisant un équilibre temporaire entre la
satisfaction pulsionnelle et les contre-investissements défensifs.

On observe normalement une succession temporelle de ces stades mais à la manière d'un
emboîtement progressif : il n'y a pas d'hétérogénéité formelle d'un stade à l'autre, chaque
nouveau stade ne faisant qu'englober ou recouvrir le stade précédent qui reste toujours sous-
jacent et présent. Ceci oppose la notion de stade au sens psychanalytique et la notion de stade
au sens piagétien.

e) les notions essentielles de fixation et de régression découlent de cette conception d'un


stade.

La fixation s'observe quand un événement ou une situation affective a si fortement marqué


un stade évolutif que le passage au stade suivant est rendu difficile ou même inhibé. Un point
de fixation s'observe en particulier, l°) lorsque des satisfactions excessives ont été éprouvées à
un stade donné (excès de gratification libidinale ou contre-investissement défensif intense et
qui devient source secondaire de satisfaction), 2°) lorsque les obstacles rencontrés dans
1'accession au stade suivant provoquent une frustration ou un déplaisir tel que le retour
défensif au stade précédent paraît plus immédiatement satisfaisant.

Régression - Dans un processus psychique comportant un sens de parcours ou de


développement, on désigne par régression un retour en sens inverse à partir d’un point déjà
atteint jusqu’à un point situé avant lui (Laplanche & Pontalis).

Le concept de régression est étroitement lié à la notion de point de fixation: celui-ci


représente en effet un point d'appel à la régression. Dans le développement de l'enfant il s'agit
le plus souvent de régression temporelle, c'est-à-dire que l'enfant retourne à des buts de
satisfaction pulsionnelle caractéristiques de stades antérieurs. La régression formelle (passage
des processus secondaires aux processus primaires) et la régression topique (passage du
niveau d'exigence « moïque » ou « surmoïque » au niveau d'exigence du Ça) s'observent
moins fréquemment et caractérisent plus volontiers des mouvements pathologiques.

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Les concepts de points de fixation et de régression sont particulièrement opérants dans


l'étude du développement: ils expliquent les fréquentes dysharmonies observées. L'évaluation
de leur fonction pathogène ou non est un des principaux objectifs du clinicien confronté

f) les principes du fonctionnement mental mettent en opposition le principe de plaisir et le


principe de réalité auxquels s'articulent les processus primaires de pensée opposés aux
processus secondaires.

Le principe de plaisir est caractérisé par la recherche d'évacuation et de réduction des


tensions psychiques, la cherche du plaisir de la décharge pulsionnelle associée à la
compulsion de répétition des expériences. Le principe de réalité prend en compte les
limitations, les interdits, les temporisations nécessaires afin que la décharge pulsionnelle n'ait
pas un aspect destructeur pour sujet. C'est en partie une des fonctions du moi naissant de
l'enfant que de planifier l'action, de différer les satisfactions dans l'espoir d'une satisfaction
plus grande ou plus adaptée à la réalité.

Au plan des processus psychiques on peut ainsi définir les processus primaires qui
caractérisent par un libre écoulement de l'énergie psychique en fonction de l'expression
immédiate des pulsions provenant du système conscient. A l'opposé, dans les processus
secondaires, l'énergie est liée, c'est-à-dire que la satisfaction peut être ajournée : ces
processus secondaires se caractérisent par la reconnaissance et l'investissement du temps, les
expériences mentales ayant pour but de trouver les moyens adéquats pour obtenir des
satisfactions nouvelles en tenant compte du principe de réalité.

Le passage aux processus secondaires par l'investissement des processus mentaux marque
aussi pour l'enfant une réduction de la tendance à l'agir. La mise en acte particulièrement
fréquente chez l’enfant est au début le moyen privilégié de décharge des tensions et des
pulsions libidinales, mais surtout agressives. Cette mise en acte par la compulsion de
répétition peut représenter une entrave à l’investissement de la pensée et des processus
secondaires. Il existe chez l’enfant une évolution progressive depuis la mise en acte normale
résultant de l'incapacité du jeune enfant à lier ses pulsions efficacement jusqu'au passage à
l'acte pathologique car entravant durablement l’investissement des processus secondaires.

2.3. Les topiques freudiennes

Première topique - entre 1900 et 1915

Le terme « topique » vient Du grec « topos » qui signifie « lieu ». Freud essaie en effet de
proposer une cartographie de l'appareil psychique.
Dans une première formulation, Freud pose l’hypothèse de l’Inconscient en écoutant ses
patientes hystériques (cf. ci-dessous). Celles-ci évoquent des souvenirs dont la nature est
sexuelle. Ces souvenirs apparaissent comme « oubliés », mais ils resurgissent au niveau
conscient dans certaines circonstances, lorsqu’une parole libre est accordée. l’Inconscient est
donc cette zone où siègent les pulsions sexuelles.
Il découvre la technique du « divan » où le thérapeute s’efface totalement pour permettre
à cette parole d’advenir plus librement encore. Il propose la règle du « tout dire », sans aucune

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censure, ni organisation, ce qui vient à l’esprit, telle que cela vient à l’esprit. Néanmoins,
Freud soupçonne l’existence d’une zone intermédiaire car des manifestations de l’Inconscient
surgissent, mais de manière masquée, codée : rêves, lapsus, symptômes. Il nomme cette zone,
Préconscient !
Entre l’Inconscient (Ics) et le Préconscient (Pcs), il y a une barrière qui empêche le
passage entre les deux zones (Schéma ci-dessous).

Schéma 1 – Première topique - In Michel Haar – Freud : Introduction à la psychanalyse, Freud, p. 8.

Dans ce schéma, la flèche centrale désigne la direction des processus psychiques (Ics vers
le Cs). La censure est représentée par le « X » entre Cs et Pcs. Cette censure fait
partiellement barrage, mais certaines pulsions font irruption dans le Pcs ou le Cs sous des
formes déguisées et altérées : rêves, lapsus, actes manqués, oublis, mots d’esprits ou
productions artistiques. Une autre forme déguisée est le « symptôme ». Les deux flèches plus
fines qui retournent vers l’inconscient correspondent au refoulement qui opère essentiellement
du Pcs vers l’Ics.

Seconde topique – à partir de 1920

Au cours de ces séances, Freud réalise que ses patients résistent à la règle du « tout dire »
fonctionne avec difficulté. Les patients sont gênés : ils souffrent, mais ne savent quoi dire ! Il
en déduit que sa première topique ne suffit pas à expliquer ces freins et qu’une instance – le
Surmoi - en tant que telle intervient pour produire le refoulement. Il cartographie alors le
psychisme en distinguant trois zones, appelées « instances » : la Moi, le Ca et le Surmoi.
Le Ça infantile contient l’ensemble des tensions sexuelles et agressives qui s’organisent en
pulsions inconscientes : Le Ça est un réservoir pulsionnel. Ces pulsions sont plus ou moins
organisées et élaborées en fonction de la maturation de l’appareil psychique.
Le Ca est d’abord constitué de pulsions partielles, magmas de pulsions chaotiques
intriquées et animées par des mouvements tantôt agressifs, tantôt libidinaux. Les pulsions se
structurent progressivement en pulsions totales, résultat de l'activité de liaison du Moi, sous
l’action de la mère et de la culture, et aboutissent à des désintrications pulsionnelles qui
demeurent néanmoins fondamentalement inconscientes.
Le Surmoi émerge au décours du complexe œdipien par l'intériorisation des images et les
exigences parentales. Dans le cas où cette intériorisation est suffisamment modulée, les
limitations et règles imposées par le Surmoi ont une source de satisfaction par identification
aux images parentales. Le Surmoi plonge dans le Ça car, en tant qu'héritier du complexe
d'Œdipe, il a des relations intimes avec lui. L’'hypothèse d'un Surmoi précoce, archaïque n'a
été formulée qu'ultérieurement par M. Klein.

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Le Moi n'apparaît que progressivement, au contact de la réalité, d'abord sous la forme d'un
« pré-moi » au stade du narcissisme primaire; il s'organise et se dégage du narcissisme en
même temps que l'objet libidinal. Son rôle initial est d'établir un système défensif-adaptatif
entre la réalité externe et les exigences pulsionnelles. Le Moi est donc cette partie du « Ca »
qui devient consciente au contact de la réalité (« Wo es war soll ich werden »). Cette partie
qui devient consciente fonde notre « pensée ».

Schéma 2 – Seconde topique http://dialog.acreims.fr/wphilo/philoreims/articlesa069.html?lng=fr&pg=632

Pulsion – satisfaction et délai

L’émergence d’une pulsion entraîne la quête d’un acte libérateur qui diminue les tensions
provoquées par la pulsion. Idéalement, cette quête demande du temps, ce qui libère un temps
(délai) pour penser. Or, la pensée est au centre des activités du « moi ».
Toutefois, ce délai implique qu’il faille être capable de supporter la frustration découlant
de la non satisfaction immédiate de la pulsion. Mais en contrepartie, ce délai permet au
« moi » de développer ses capacités à penser, voire à la créativité. Quelles sont les
conséquences si je donne satisfaction à la pulsion ? Quelle part de la pulsion est moralement
acceptable ? Puis-je satisfaire ma pulsion sans nuire à moi-même et à autrui ? Peut-être y-t-il
une possibilité de satisfaire ma pulsion si j’arrive à la négocier avec un partenaire ? Etc.
Ce délai est pourtant difficile à accepter. Certains individus ne supportent pas ce délai et
court-circuitent les processus de pensée au profit d’un passage à l’acte : agir pour satisfaire la
pulsion sans songer aux conséquences négatives. En conclusion, l’éducation passe par
l’apprentissage de l’acceptation qu’il existe un délai entre pulsion et satisfaction et
l’apprentissage que ce délai doit être mis à profit pour « penser ».
Une étude conduite Walter Mischel à Stanford suggère que l’apprentissage du délai est
important. Un marshmallow est offert à des enfants. Si l'enfant résiste quelques minutes à
l'envie de manger le marshmallow, il en obtient par la suite deux autres en guise de
récompense. Les résultats montrent que les enfants qui acceptent d’attendre (qui ont donc un
meilleur contrôle sur soi, soit encore un « moi fort ») est prédicteur d’une meilleure stabilité

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émotionnelle à l’âge adulte. Par contre, les enfants qui ne savent pas attendre (qui ont donc
un « moi faible») connaissent des destinées généralement plus difficiles.
Le délai entre pulsion et satisfaction est évidemment le pire ennemis de la société de
consommation qui préfère les « acheteurs complusifs » au clients réfléchis. C’est pourquoi le
marketing tend à abolir la possibilité de délai en usant d’argument de type : « Il n’y en aura
pas pour tout le monde » ou « Ce sont mes derniers exemplaires à prix réduit » ou encore
« Vous avez la réduction à condition d’acheter immédiatement »). On peut donc s’interroger
quant au caractère délétère de la société de consommation sur le développement
psychologique. Que penser de la société numérique qui conditionne actuellement les esprits à
exiger des « réponses » (apparentes) immédiates.

Pensée et société

Cette notion de « pensée » et de « délai » doit aussi nous aider à nous montrer circonspects
lorsqu’une instance quelconque nous pousse à prendre une décision immédiate sans prendre le
temps de réfléchir.
Une réunion où il faut prendre des décisions immédiates sans avoir eu le temps de prendre
connaissance des éléments du dossier est un indice de grave dysfonctionnement dans une
équipe ou dans une institution. L’absence de « procès verbal » fait perdre le fil de la pensée.
Un diagnostic psychopathologique fondé uniquement sur les signes de maladie (DSM),
sans anamnèse (ou si peu), sans échange approfondi avec le patient et sa famille (ou si peu),
sont autant de pratiques qui abolissent la pensée au profit d’une action (en fait, il faudrait
parle de « passage à l’acte ») – réputée plus efficace – mais qui n’est somme toute qu’une
forme de violence institutionnelle ou social.
Une « démocratie » qui invite à les citoyens à se rendre aux urnes sans avoir accès aux
éléments permettant de poser un choix éclairé et au terme d’un débat, est-elle encore une
démocratie ? Une justice « rapide » est-elle encore juste ? Et une institution psychiatrique qui
restreint ou interdit la concertation, les supervisions, les réunions – soit les espaces et le temps
pour penser – est-elle encore un lieu de soins ? Une société qui propose d’envahir les temps
de loisirs afin d’occuper les esprits avec des futilités n’empêche-t-elle pas les citoyens à se
conduire de façon réfléchie, critique et responsable au profit d’individus formatés, soumis,
irréfléchis ? Ne risquons-nous pas de somber dans ce que Aldous Huxley dénonçait déjà en
1933 dans son roman « A brave new world » : une forme de «dictature douce » où les
individus agissent sans penser dans une illusion de liberté. Le summum de la soumission à
l’autorité ne consiste-il pas à laisser à d’autres le soin de penser et de décider à notre place ?

2.4. Stades libidinaux

Si la théorie des pulsions prend en considération le dualisme pulsionnel (qu'il s'agisse du


dualisme pulsion sexuelle-pulsion d'autoconservation ou du second dualisme pulsion de vie-
pulsion de mort), l’étude des pulsions chez l'enfant s'est d'abord limitée, du moins avec Freud
et les premiers psychanalystes (en particulier K. Abraham) à l’étude des pulsions sexuelles ou
libidinales. I1 faudra attendre M. Klein pour voir donner à la pulsion de mort toute
l'importance que l'on sait.
Freud désigne sous le nom de sexualité infantile « tout ce qui concerne les activités de la
première enfance en quête de jouissance locale que tel ou tel organe est susceptible de
procurer ». C'est donc une erreur que de limiter la sexualité infantile à la seule génitalité.

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Les principaux stades libidinaux décrits sont les suivants :

a) Stade oral (0 à 12 mois) : la source de la pulsion est la bouche et l'ensemble de la cavité


buccale, l'objet de la pulsion est le sein maternel. Celui-ci provoque « la satisfaction
libidinale étayée sur le besoin physiologique d'être nourri. K. Abraham distingue deux sous-
stades: le stade oral primitif (0 a 6 mois) marqué par la prévalence de la succion sans
différenciation du corps propre et de l'extérieur, et le stade oral tardif ou phase sadique orale
(6 à 12mois) marqué par le désir de mordre, par le désir cannibalique d'incorporation du sein.
A ce stade se développe l'ambivalence à l'égard de l'objet: désir de sucer, mais aussi de
mordre l'objet et donc de le détruire.

Au stade oral l'évolution de la relation d'objet est marquée par le passage du narcissisme
primaire au stade anaclitique de relation à l'objet partiel.

Le stade narcissique correspond à l’état de non-différenciation mère-enfant; les seuls états


reconnus sont 1'état de tension opposé à 1'état de quiétude (absence de tension). La mère
n'est pas perçue comme objet externe ni comme source de satisfaction.

Peu à peu, avec la répétition des expériences, en particulier avec les expériences de
gratifications orales et de frustrations orales le premier objet partiel, le sein, commence à être
perçu : la relation est alors anaclitique au sens où l'enfant s'appuie sur les moments de
satisfaction pour former les premières traces de l'objet et qu'il perçoit à travers les moments de
frustration ses premiers affects.

Vers la fin de 1a première année la mère commence à être reconnue dans sa totalité, ce qui
introduit l'enfant dans le domaine de la relation d'objet total. Cette phase a été l'objet de
nombreux travaux ultérieurs: stade de l’angoisse de l’étranger de Spitz, position dépressive de
M. Klein. La notion d'étayage rend compte selon Freud de l'investissement affectif du sein
puis de la mère: en effet l'investissement affectif s'étaie sur les expériences de satisfaction qui
elles-mêmes s'étaient sur le besoin physiologique.

b) Stade anal (2é et 3e années) commence avec le début de 1'acquisition du contrôle


sphinctérien. La source pulsionnelle devient maintenant la muqueuse anorectale et l'objet de
la pulsion est représenté par le boudin, fécal dont les significations sont multiples: objet
excitant de la muqueuse, partie du corps propre, objet de transaction entre l’enfant et la
mère... K. Abraham distingue également deux sous-phases : le stade sadique anal où le plaisir
auto-érogène est pris à l'expulsion, les matières anales étant détruites, et le stade rétentionnel
où le plaisir est recherché dans la rétention, introduisant la période d'opposition aux désirs des
parents.

Le stade anal conduit l'enfant dans une série de couples dialectiques structurants :
expulsion-rétention, activité-passivité, soumission-opposition. A ce stade la relation s’établit
avec un objet total selon des modalités qui dépendent des relations établies entre 1'enfant et
ses matières fécales : le plaisir érotique pris à la rétention, la soumission et la passivité qui
s'opposent au plaisir agressif à contrôler, maîtriser, posséder. Le couple sadisme-masochisme
caractérise volontiers la relation d'objet à ce stade.

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c) Stade phallique (de la 3e à la 4e année) : la source de la pulsion se déplace vers les


organes génitaux 1'objet de la pulsion est représenté par le pénis chez le garçon comme chez
la fille. La satisfaction provient de l'érotisme urétral et de la masturbation. L'érotisme urétral
représente l'investissement libidinal de la fonction urinaire, d'abord marqué par le «laisser
couler » puis par le couple rétention-érection. La masturbation, d'abord liée directement à
l'excitation due à la miction (masturbation primaire) représente ensuite une source directe de
satisfaction (masturbation secondaire). C'est à partir de la masturbation que les théories
sexuelles infantiles prennent leurs origines. Sans entrer dans les détails nous citerons
simplement la curiosité sexuelle infantile qui conduit à la découverte des deux sexes, puis le
fantasme de scène primitive où la sexualité parentale est souvent vécue de façon sadique,
destructrice en même temps que l'enfant éprouve un sentiment d'abandon. Viennent ensuite,
autour du fantasme de la scène primitive, les théories infantiles sur la fécondation (orale,
mictionnelle, sadique par déchirure) et sur la naissance (orale, anale ou sadique). L'objet de la
pulsion est le pénis. Il ne s’agit pas du pénis conçu comme un organe génital, mais du pénis
conçu comme organe de puissance, de complétude narcissique : d'où la différence entre
organe-pénis et le fantasme-phallus, objet mythique de pouvoir et de puissance. Cet objet
introduit l'enfant dans la dimension soit de l'angoisse de castration (garçon), soit du manque.
(fille) : le déni de la castration a pour but dans l'un comme l'autre sexe de protéger l'enfant
contre cette prise de conscience.

d) Stade oedipien (5/6 ans) : 1'objet de la pulsion n'est plus le seul pénis mais le partenaire
privilégié du couple parental ; La source de la pulsion restant l’excitation sexuelle recherchée
dans la possession de ce partenaire. L'entrée dans ce stade œdipien se marque par la
reconnaissance de l'angoisse de castration ce qui amène le garçon à la crainte de perdre son
pénis et la fille au désir d'en acquérir un.

Très schématiquement chez le garçon:

- la mère devient l'objet de la pulsion sexuelle. Pour la conquérir le garçon va déployer


toutes ses ressources libidinales, mais aussi agressives. Faute d'une possession réelle, l'enfant
va chercher à obtenir son amour et son estime d'où les diverses sublimations;
- le père devient l'objet de rivalité ou de menace, mais en même temps l’objet à imiter pour
s'en approprier la puissance. Cette appropriation passe par la voie de la compétition
agressive, mais aussi par le désir de plaire au père dans une position homosexuelle passive
(œdipe inversé).

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Chez la fille :

La déception de ne pas avoir reçu un pénis de la mère l'amène se détourner de celle-ci et


par conséquent à changer d'objet libidinal. Ce changement d'objet libidinal conduit la fille à
un nouveau but : obtenir du père ce que sa mère lui a refusé. Ainsi en même temps que la
fille renonce pénis, elle cherche auprès du père un dédommagement sous forme d'un enfant :
le renoncement au pénis ne se réalise qu'après une tentative de dédommagement : obtenir
comme cadeau un enfant du père, lui mettre un enfant au monde.

A l'égard de la mère la fille développe une haine jalouse, mais fortement chargée de
culpabilité d'autant que la mère reste source non négligeable d'une importante partie des
satisfactions pulsionnelles prégénitales.

Le déclin du complexe d'Œdipe est marqué par le renoncement progressif à posséder


l'objet libidinal sous la pression de l'angoisse de castration chez le garçon et de la peur de
perdre la mère chez la fille. Les déplacements identificatoires, les sublimations permettent à
l'énergie libidinale de trouver d'autres objets de satisfaction, en particulier dans la
socialisation progressive : dans l'investissement des processus intellectuels.

e) Période de latence et adolescence. Elles n'ont pas été directement étudiées par Freud.
La période de latence est simplement considérée comme déclin du conflit œdipien, et
l'adolescence à l'opposé comme la reviviscence du même conflit marquée cependant par
l’accession pleine et entière à la génitalité.

Pourquoi l’oedipe est-il si important ?

Jusque l’oedipe, l’enfant vit une relation amoureuse avec sa mère qui semble éternelle et
sans borne.
Or, voici qu’un personnage – le père - semble venir capter l’attention et la tendresse de la
mère à son détriment. Expérience à la fois angoissante et inacceptable.
Passage d’une situation à deux, à une situation à trois. Le tiers, le père, est celui qui vient
contrarier un amour qui jusque là semblait, aux yeux de l’enfant, indestructible. La pulsion
est soudainement gouvernée par une règle, là où elle semblait n’avoir aucune borne. Bref,
l’enfant découvre que ses passions sont soumises à une « loi » dont il n’est pas maître :
l’interdit de l’inceste.
L’enfant expérimente de nouvelles émotions : la déception (vis-à-vis de la mère), la haine
(du père) qui peut aller jusqu’au meurtre. On retrouve ici tous les ingrédients du crime
passionnel tant décrit dans les romans.
C’est aussi la première expérience de rivalité : comment fait-on lorsqu’un autre vous
dispute l’amour d’un être cher ? Quelles sont les stratégies ? Qu’est-ce qui est possible ?
Qu’est-ce qui est interdit ? Expérience précieuse puisque, vivant en société, nous l’homme ne
cessera de répéter les situations de rivalité.
Enfin, c’est une expérience de « survie » : Comment apprendre à surmonter en investissant
ailleurs. Comment faire face à l’impuissance et l’abandon ? En faisant le deuil de l’amour de
la mère et au-delà le deuil du mythe de l’amour éternel et absolu, et en investissant ailleurs,
dans les pairs (amitiés), les activités sociales (école, travail), dans un autre amour.
En résumé, l’oedipe est une expérience à la fois douloureuse et enrichissante. Mais parce
qu’elle est la première, tous les enfants ne la surmontent pas totalement. Certains n’y
parviennent jamais. Selon l’issue de ce conflit, la personnalité va se structurer selon des
modes divers - névrose, perversion, psychose – ou ne pas se structurer du tout : état-limite.

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2.5. Besoin – pulsion – Objet - Sens et représentation

L’homme biologique était, comme l’animal, soumis à la pulsion. Tout change avec la
pensée et le langage.
Pour Freud, le comportement humain est motivé par des pulsions (Trieb). De quoi s’agit-
il ? Pour tenter de comprendre cette notion, il faut d’abord examiner le comportement animal.
Chez celui-ci, le besoin est fondamental. Par exemple, lorsque le taux de sucre dans le
sang diminue, l’animal perçoit qu’il a faim et en même temps, l’instinct déclenche un
comportement de recherche d’aliment ou d’appel. Lorsque l’aliment est trouvé ou que la
mère intervient, l’animal mange et ceci rétablit l’équilibre biologique. Le comportement de
recherche s’éteint avec la disparition du besoin.
Chez l’homme, le besoin existe également, mais de par sa prématurité, l’instinct ne suffit
pas. Le besoin provoque certes aussi un comportement d’appel. Dans le cas du nourrisson, la
mère va elle aussi intervenir, mais dans le même temps, elle va interpréter le comportement
de l’enfant, càd lui donner un sens, une signification en liant l’énergie. Un sens qui est
élaboré par la culture. En d’autres termes, le comportement n’est plus l’unique réponse à
l’instinct. Une autre réponse émerge : le sens. La pulsion (Trieb) est étroitement liée à une
représentation (Triebrepräsentanz).
L’on voit ici que le sens est donné par la culture, via la mère. Par conséquent, le
psychisme de l’enfant fait rapidement « le plein » de significations associées à ses états
internes et, progressivement, il élabore – ou mentalise - des scénarios que l’on va appeler
« fantasmes » (voir ci-dessous) et qui peuplent l'appareil psychique. Ils expliquent de façon
imaginaire certaines expériences vécues comme intenses, pénibles, voire traumatiques. Ils
constituent une tentative de donner du sens à l’expérience. La pulsion est associée à la notion
de libido.
Dans la première topique, Freud distingue les pulsions sexuelles et les pulsions
d'autoconservation. Les premières sont régies par le principe de plaisir, qui vise à une
décharge immédiate et la réduction des tensions alors que les secondes sont soumises au
principe de réalité.
Considérez l’image ci-dessous. Avant de lui la suite, qu’évoquent ces grimaces selon
vous ?

Il s’agit de photos de patientes hystériques prise à la Salpêtrière où Freud rejoint Charcot


pour étudier son travail sur l'hypnose avec des patientes hystériques. Pour bien comprendre,
il faut se rappeler ici qu’à l’époque – nous sommes en 1885 – le sort des femmes, en
particulier sur le plan sexuel, était peu enviable : leurs besoins affectifs étaient peu pris en
compte et la sexualité en générale, celle des femmes surtout, était tabou comme en témoigne
le roman de Gustave Flaubert « Madame Bovary » !
Privées d’amour et de sexualité, certaines de ces femmes plongent dans la névrose
hystérique. Les grimaces que vous observez « miment » l’orgasme. Mais comme elles ne

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peuvent nie se plaindre, ni même prendre conscience de leurs pulsions sexuelles, celles-ci font
effraction sous la forme d’un symptôme de « folie » !
Certes, dans nos contrées, ces formes semblent avoir disparues, sans doute du fait des
progrès de la libération de la femme des interdits sociétaux … notamment grâce à la
psychanalyse !
Madame Bovary de Flaubert illustre une autre forme d’hystérie qui finira par porter le nom
de sa victime : le bovarysme. Le bovarysme est une fuite dans l’imaginaire et le romanesque
face à l’incapacité de la personne de trouver une issue dans le réel à ses frustrations affectives
et sexuelles. L’imaginaire se traduit chez ces patients par des ambitions vaines et démesurées
et des mises en scènes inconsciemment dramatisées (théâtralisme de l’hystérique). Certes,
Emma Bovary ne devient pas « folle ». Mais, elle se suicide !
Le roman de Flaubert fait scandale à sa sortie. L'œuvre (comme « Les Fleurs du Mal » de
Charles Baudelaire) subira un procès pour immoralité. Voilà le climat de la société à
l’époque de Freud.
Freud fait donc lui aussi scandale car il dit trois choses qui choquent en cette fin de XIX
siècle :
1° L’homme n’est pas un être raisonnable guidé par la morale et l’intelligence, mais un
être qui lutte en permanence contre des pulsions, des instincts proches de ce qu’on observe
chez les animaux. Cette idée est dans l’air du temps puisque Charles Darwin ne dit rien
d’autre en filigrane de son évolution des espèces qui est publié en 1859 (théorie3 élaborée dès
1838, mais qu’il se garde bien de publier tant cette théorie aurait fait scandale et ruiné sa
carrière).
2° Pire, ces forces pulsionnelles sont de nature sexuelle ! On se rappelle qu’à l’époque, le
pays le plus puissant – L’Empire britannique – est gouverné par la reine Victoria qui s’érige
en garante des valeurs bourgeoises : travail, ordre et puritanisme.
3° Enfin, coup de grâce, les enfants ne sont pas épargnés puisque Freud nous dit que la
pulsion (sexuelle) est la force première du développement de l’Homme. L’enfant est même
qualifié de « pervers polymorphe », c'est-à-dire que sa quête de jouissance est au départ
détournée d’un but génital (puisqu’il passe d’abord par un stade oral, puis anal). L’oedipe
constitue un autre aspect du scandale : les enfants veulent « coucher » avec leur mère et
« tuer » leur père. Impossible à avaler à cette époque (pas facile encore de nos jours !).
Et pourtant, en hypnotisant d’abord ses patientes hystériques, en les écoutant par la suite
(càd, en leur donnant une place de sujet et en donnant du poids à ce qu’elles disent et ce
qu’elles pensent), Freud découvre qu’en mettant en mots leurs frustrations au travers de la
cure, non seulement on découvre que le symptôme a un sens, mais en ouvre que cette liberté
donnée à la parole et à la pensée réduit, voire fait disparaître les symptômes.
Cette découverte dérange encoure de nos jours ! Que le symptôme ait un sens et ne se
réduise pas à un simple désordre neurobiologique ne fait pas l’affaire de certains parmi ceux
qui prétendent découvrir et vendre des substances chimiques sensées guérir à elle seule la
souffrance psychique.

Dans la seconde topique, Freud distingue la pulsion de vie (éros) et la pulsion de mort
(thanatos).
Les pulsions peuvent être facilement rattachées à une zone érogène spécifique : pulsion
orale, anale ou génitale. De plus, elles peuvent être partielles ou totales.
La pulsion partielle fonctionne en rapport à une zone érogène spécifique et un objet lui-
même partielle.

3 Sa théorie sur la sélection naturelle ne sera finalement admise que vers 1930 et elle est encore de nos jours
« attaquée » par les intégristes de toutes les religions qui pensent que cette théorie remet en cause l’existence
d’un Dieu, créateur de l’Univers et de l’Homme qu’il place au-dessus de tout.

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L'objet partiel découle d’une relation avec un objet identifié à une partie du corps, en
particulier une zone érogène spécifique (oral, anal, etc). C'est comme si une personne était
identifiée à l'une de ses parties. L'objet partiel est donc objet d'une pulsion partielle. Dans la
vie sexuelle adulte, la fixation de certains hommes, lorsque celle-ci est exclusive, sur la
poitrine ou les fesses révèle un reliquat de pulsion partielle.
Le bébé, animé par une pulsion orale, vise un objet partiel : le sein. Derrière le sein, il n’y
a « personne ». Il y a juste une source de satisfaction qui sera « aimée » si la source est
satisfaisante ou « haïe » si elle fait défaut.
On peut parle de pulsion totale, à partir de l’instant où, d’une part les pulsions partielles
s’articulent entre-elles et d’autre part, elle s’orientent vers un objet total (le sein est lié à une
personne, différente de soi et qui est bien d’autres choses encore que le simple sein). L’objet
total est l'aboutissement de l'évolution psychosexuelle. Pour Freud, l'objet total implique la
reconnaissance de la différence des sexes et de la différence des générations. Nous verrons
ci-dessous la nuance apportée par Mélanie Klein.
La frustration des pulsions engendre une agressivité et qui s’exprime selon les modalités
qui sont propres à chacun des stades. Ainsi, l’agressivité au stade oral se manifeste par un
désir de mordre, de dévorer ; l’agressivité anale par un désir d’expulser, d’empoisonner avec
les excréments ; l’agressivité génitale par un désir de couper, de pénétrer.
Freud avait une conception « hydraulique » du fonctionnement de notre appareil
psychique ? Celui-ci serait peuplé d’expériences émotivo-sensorielles, appelées « affect » (A)
en soi, a priori dénuées de sens, et reliée à une réalité externe, les objets externes (Obj) que
l’appareil tente de relier à des représentations (R) qui peuvent devenir des Objets internes.
Ces liens sont porteurs d’une énergie libidinale qui doit en principe s’écouler librement. Par
exemple, le bébé éprouve des crampes qui découlent de la faim. Il ignore que c’est la fin et
encore moins ce qu’il faut faire pour y mettre un terme. Ce déséquilibre provoque une
angoisse intense (A) et le bébé pleure. La mère intervient alors et apaise la faim en donnant le
sein ou un substitut, par exemple un biberon (Obj). La faim s’apaise. Avec la répétition de
l’expérience, le bébé se construit une représentation (R) qu’il relie à l’affect (A) et à l’objet.
Nous reprendrons ce schéma plus loin.
Le passage aux processus secondaires par l'investissement des processus mentaux marque
aussi pour l'enfant une réduction de la tendance à l'agir. La mise en acte particulièrement
fréquente chez l’enfant est au début le moyen privilégié de décharge des tensions et des
pulsions libidinales, mais surtout agressives. Cette mise en acte par la compulsion de
répétition peut représenter une entrave à l’investissement de la pensée et des processus
secondaires.
Pour Freud, la (satisfaction de la) « pulsion » est première alors que l’objet et la relation
sont secondaires. Pour les théoriciens des « relations d’objet », Klein et surtout Fairbairn, la
relation d’objet prime sur la pulsion.

2.6. Principe de plaisir/ principe de réalité - processus primaires/secondaires4

Les principes du fonctionnement mental mettent en opposition le principe de plaisir et le


principe de réalité auxquels s'articulent les processus primaires de pensée opposés aux
processus secondaires.
Le principe de plaisir est caractérisé par la recherche d'évacuation et de
réduction des tensions psychiques, la recherche du plaisir de la décharge pulsionnelle

4Les trois sections suivantes sont constituées de textes largement inspirés de l’ouvrage de DE
AJURIAGUERRA J. et MARCELLI D. (1982), Abrégé de psychopathologie de l'enfant. Paris, Masson.

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associée à la compulsion de répétition des expériences. En d’autres termes, le


principe de plaisir vise à la libération de la libido.
Le principe de réalité prend en compte les limitations, les interdits, les
temporisations nécessaires afin que la décharge pulsionnelle n'ait pas un aspect
destructeur pour le sujet. C'est en partie une des fonctions du moi naissant de
l'enfant que de planifier l'action, de différer les satisfactions dans l'espoir d'une
satisfaction plus grande ou plus adaptée à la réalité. Au plan des processus
psychiques, on peut ainsi définir les processus primaires qui se caractérisent par un
libre écoulement de l'énergie psychique en fonction de l'expression immédiate des
pulsions provenant du système conscient. Le rêve constitue un exemple de processus
primaire. À l’opposé, dans les processus secondaires, l'énergie est liée, c'est-à-dire
que la satisfaction peut être ajournée : ces processus secondaires se caractérisent par
la reconnaissance et l'investissement du temps, les expériences mentales ayant pour
but de trouver les moyens adéquats pour obtenir des satisfactions nouvelles en tenant
compte du principe de réalité.

Le passage aux processus secondaires par l'investissement des processus mentaux marque
aussi pour l'enfant une réduction de la tendance à l'agir. La mise en acte particulièrement
fréquente chez l’enfant est au début le moyen privilégié de décharge des tensions et des
pulsions libidinales, mais surtout agressives. Cette mise en acte par la compulsion de
répétition peut représenter une entrave à l’investissement de la pensée et des processus
secondaires.

2.7. Fantasmes

Le fantasme est l’expression mentale des pulsions. Il prend la forme agrégats d'images, de
sensations, d’affect et de schèmes d’actions (scénario).
De façon générale, tous les enfants cherchent à savoir quelque chose de leurs origines : sa
naissance, le lien unissant ses parents, le lien l’unissant à sa mère, sa place dans le lien
unissant la mère à son père (problématique oedipienne, cf. ci-dessous).
Freud a proposé que certains fantasmes - fantasmes originaires - sont particulièrement
fondamentaux. Ces fantasmes sont communs à tous les humains car ils proposent des
réponses à un certain nombre d’expériences communes5.
- Le fantasme de la séduction où l’enfant imagine avoir été séduit par l’un des
parents explique l’apparition des désirs sexuels et la différence des générations.
- Le fantasme de la scène originaire décrit un rapport sexuel entre les
parents, que le sujet interprète comme agression de la mère par le père.
- Le fantasme de castration explique la différence des sexes.

On constatera enfin qu’« instinct » et « pulsion » ne sont pas synonymes. Le premier


s’appuie sur la notion de besoin physiologique alors que le second s’articule sur la notion de
sens attribué par la mère, derrière elle par la Culture.

5 Raison pour laquelle cette notion est souvent rapprochée de celle « d’archétype » chez Jung.

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Réel, imaginaire et symbolique

Jacques Lacan a proposé de distinguer réel, imaginaire et symbolique. En première


approximation, voici ce qui distingue ces trois notions :

- Le réel est cette part de la réalité (expérience sensible) qu’appréhende notre psychisme
mais qui ne peut se constituer en savoir. Il est donc impossible de le décrire donc de
le dire (indicible). Il n’y en aurait du reste rien à dire ni à penser aussi longtemps que
ce réel ne nous perturberait pas, ce qui semble être le cas – lorsque tout va bien – lors
de la vie fœtale. Cependant, dès lors que des perturbations – par exemple, un
« manque » - se produisent, le réel s’impose alors à nous comme une énigme.
- Le symbolique s’inscrit dans le registre du langage et des symboles. Un symbole, c’est
quelque chose (un objet, une image, un mot, un son) qui représente quelque chose
d'autre. Il peut donc nous aider à penser le réel et en dire quelque chose.
Notons au passage qu’en tant que représentation, le symbole devient « pensable » et
qu’il devient alors possible de différer l’action pour se la représenter prélablement.
« Le sens étymologique du mot grec σ́υµϐολον, dérivé du verbe συµϐ́αλλω, « je
joins», définit un objet partagé en deux, la possession de chacune des deux parties
par deux individus différents leur permettant de se rejoindre et de se reconnaître »
(Encyclopædia Universalis). Le symbole est donc ce qui unit et permet la rencontre.
Le symbolique renvoie donc à la manière dont la culture organise les liens sociaux et
permet de penser notre place dans le monde en particulier face au manque et au réel.
Notons que son antonyme, « diable », du grec διάϐολος , est « ce qui divise » ou «
qui désunit » ou encore « qui détruit » … le sens et le lien.
Le symbole nous aide donc à relier des fragments du réel (en soi, incompréhensibles)
et à les partager avec d’autres. Ce qui implique toutefois que l’autre utilise les
mêmes symboles que moi. Ce partage implique dès lors des concessions car le
symbole ne rassemble que le plus petit dénominateur de sens commun, la plus petite
part d’expérience (du réel) commune. Une bonne part de notre expérience n’est donc
pas partageable. Le symbole est donc paradoxal car il permet à la fois le partage et
en même temps l’interdit parce que son principe même consiste à restreindre le sens
à peu de chose.
Mais ce plus petit dénominateur de sens commun est néanmoins suffisant pour
construire du lien et communiquer.
- L'imaginaire L’imaginaire permet de mettre en forme cette part de notre expérience qui
n’est pas partageable, mais qui peut néanmoins être pensée. Elle pourra
éventuellement resurgir dans les productions artistiques tout en se heurtant aux
limites même du symbole. Quelle est cette émotion que ce poème, cette peinture ou
cette symphonie déclenche chez l’interprète et son public ? Ce doit être la « même »
chose puisque nous vibrons tous en même temps face au même spectacle et pourtant
nous n’en savons rien. Quelle est cette émotion que je vis face à l’autre dont je me
sens amoureux ? Ce doit être la « même » chose puisque nous vibrons tous les deux
en même temps, mais en fait elle et moi n’en savons rien.
Cet imaginaire s’élabore néanmoins en lien avec la façon dont je m'identifie à l'autre,
la façon dont je me représente les relations duelles. Il s’appuie sur les relations que
nous entretenons avec les « autres » mais cet « autre » en tant qu’« image » de nous,
en qui nous pouvons nous reconnaître. L’imaginaire ne se confond donc pas
totalement avec ce qu’on nomme « imaginaire » dans le langage courant.
Et en fin de compte, il demeure toujours une part du réel qui ne pourra jamais être
mise en forme, que ce soit dans l’ordre symbolique imaginaire. Cette part

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énigmatique est ce qui produit parfois ce sentiment d’étrangeté qui saisit le névrosé
de façon fugace et capture parfois pour toujours le psychotique. Comme par
exemple cette expérience surprenante lorsque nous prenons conscience du rapport
entre « être-là » et ne pas « d’être-là » : to be or note to be, that’s the question !

Psychose et névrose face au réel, à l’imaginaire et au symbolique

De façon lapidaire, alors que le névrosé investira principalement l’ordre symbolique


pour faire face au réel, le psychotique investira surtout l’ordre imaginaire.
Dans le cas des psychoses dites « blanches » (non décompensées), l’individu développe
une pensée (et parfois un néolangage) qui lui est propre, idiosyncrasique tout en restant
ancré a minima dans l’ordre symbolique (la personne peut avoir une activité
professionnelle, des amis, etc). C’est néanmoins cette idiosyncrasie qui se donne parfois à
entendre lors de l’écoute de psychotiques pseudo-névrosés et qui produit chez l’écoutant ce
sentiment étrange de « normalité mais quoi que ».
Lorsqu’un état psychotique aigue se déclare, la personne perd totalement pied avec le
symbolique et se met à délirer.

2.8. Narcissisme

Le narcissisme renvoie à l’attention exclusive portée à soi-même.

Narcissisme primaire et narcissisme secondaire

Dans la perspective psychanalytique, au début de la vie, le bébé ne fait pas la différence


entre ce qui est « soi » et ce qui ne l’est pas. L’énergie libidinale est orientée uniquement sur
lui-même (narcissisme primaire). Lorsque le Moi émerge (cf. ci-dessous), le bébé peut alors
investir son énergie libidinale sur l’autre et prendre celui-ci comme objet d’amour Le
narcissisme secondaire désigne un retournement sur le moi de la libido, retirée de ses
investissements objectaux
L’amour passionnel est une expérience passagère ne laissant pas de place à l’amour de soi
au profit de l’amour de l’autre. Mais, il arrive aussi que ce soit « soi » que l’on aime chez
l’autre.

Narcissisme et psychopathologie

Pour Freud (1914), « les hommes tombent malades quand, par suite d'obstacles extérieurs
ou d'une adaptation insuffisante, la satisfaction de leurs besoins érotiques leur est refusée dans
la réalité ».
Dans certains cas, pour l’individu, l’autre n’existe pas en tant que tel et il sombre dans un
repli autistique (Psychoses). Dans d’autres cas, l’autre existe, mais uniquement en tant

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qu’instrument à la disposition du sujet pour étayer son narcissisme hypertrophié (pervers


narcissique). Dans d’autres cas encore, le narcissisme est hypotrophié et la personne perd
toute confiance en soi (certaines formes de dépressions névrotiques), voire le conduit à s’auto
détruire en recourant à des automutilations, des tentatives de suicides, de troubles
abandonniques (personnalités borderline).
L’abandonnisme se manifeste par une peur irrationnelle d’être abandonné, associée à des
comportements inadaptés sensés prévenir l’abandon, mais qui, de par leur inadéquation et leur
intensité, irritent, usent, voire agressent autrui. Ce qui a souvent pour effet de provoquer
l’abandon tant redouté. L’abandonnisme est associé à l’angoisse de perte d’objet,
caractéristique des personnalités « borderlines ».

2.9. Identité

L’identité ne fait point partie des concepts de base en psychanalyse. Celle-ci évoque par
contre la notion d’identification. Le « moi » se constitue en grande partie par identification
aux autres. Les autres nous pousseraient à développer en nous des façons d’être identiques à
ce que nous observons chez autrui. Plus qu’imitation, le processus d’identification constitue
une réelle appropriation au point que nous finissons par croire que ces façons d’être relèvent
plus de notre nature propre que de l’autre.
L’identification serait ce « processus psychologique par lequel un sujet assimile un aspect,
une propriété, un attribut de l’autre et se transforme, totalement ou partiellement, sur le
modèle de celui-ci La personnalité se constitue et se différencie par une série d’identifications
» (J. Laplanche et J.-B. Pontalis, 1967).
Pour Freud, si on « épluche » notre personnalité, on enlève les identifications comme on
enlève les pelures d’un oignon et on arrive au noyau de notre être. Le noyau de notre est non-
verbal et s’ancre dans les besoins physiologiques. La représentation ne vient qu’ensuite,
donnée par les interprétations de la mère. Par contre, pour Mélanie Klein, ces représentations
existeraient dès la naissance un proto-moi, un proto-noyaux capables de pulsions partielles et
de fantasmes archaïques.
Par contre, pour Lacan, si on pèle un oignon jusqu’au bout, on n'atteint aucun noyau : il ne
reste que le vide. Notre être est donc totalement « aliéné » (au sens qu’il n’est le produit que
de l’autre). Toutes les représentations ne viennent comme chez Freud, que secondairement
mais à l’opposé, il n’y a pas de noyau ou de pro-noyau, même bio-physiologique.

2.10. Angoisses

Plus fondamentalement, l'angoisse de castration renvoie à l’expérience du manque et de


l’incomplétude (névrose). Cette angoisse est donc bien moins menaçante que l’angoisse
morcellement– où l’unité du Moi est menacée (psychose) – ou encore celle de perte d’objet –
où tout s’effondre si l’autre (interne ou externe) vient à faire défaut (Etat-limites encore
appelé « Borderline »).

Angoisse de morcellement

Le stade oral débute par un sous-stade narcissique qui correspond à l’état de non-
différenciation mère-enfant; les seuls états reconnus sont 1'état de tension opposé à 1'état de
quiétude (absence de tension). La mère n'est pas perçue comme objet externe ni comme
source de satisfaction. La « relation » est de type fusionnel. Compte tenu de l’absence de
différenciation sujet/objet, les tensions déclenchent une angoisse de néantisation.

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Texte provisoire – Diffusion interdite

Peu à peu, avec la répétition des expériences, en particulier avec les expériences de
gratifications orales et de frustrations orales le premier objet partiel, le sein (« objet » qui
apaise), commence à être perçu. L’identité est encore perçue comme un agrégat fragile de
sensations corporelles et de fantasmes. Les tensions majeures sont interprétées comme une
angoisse de morcellement. Cette angoisse se caractérise par crainte de perdre le sentiment de
propre unité, un effondrement tant psychique que corporel.
Exemple, ce patient, dont l’épouse vient de le quitter, est pris d’une angoisse massive et envisage de la tuer
puis de mettre le feu à la maison commune. Il ne différencie pas la maison réelle et ce que celle-ci représente
pour lui (un cocon où il recevait ce qu’il n’avait pas reçu pendant son enfance et qu’il désire, par rage de
frutrastion, détruire puisqu’il l’a perdu). Plus en profondeur, il veut détruire sa mère qui n’a pas su l’aimer ! La
maison et l’épouse sont ici condensées6 dans l’image de la maison. Pour fuir ces représentations insupportable,
ce patient se réfugie tantôt dans des passages à l’acte violents (agir pour ne pas penser), tantôt dans des conduites
addictives (anesthésier la pensée). On n’observe pas de délire franc, ce qui semble exclure a priori une
psychose ! Pourtant, lors des entretiens, sa pensée semble décousue et entravée par des nombreux barrages7. Ses
émotions, de nature très archaïques – haine, avidité, sentiment d’être persécuté –, semblent s’adresser à des
objets partiels plus qu’à des personnes : la maison, des objets, le regard d’une infirmière, une parole isolée
entendue dans un couloir, etc. L’anamnèse révèle que la mère l’a abandonné après la naissance. Livré au seul
soin d’un père alcoolique, il a été placé dans une institution, puis une autre vers l’âge de 6 mois. Le tableau fait
donc songer à une psychose sans symptôme positif (sans délire, ni hallucination).
La dépression mélancolique ou dépression psychotique porte sur un vécu de perte lié
l’objet sexuel primordial – la mère - qu’il a perdue, qui l’a déçu à un moment précoce du
développement psychique. Le patient reporte alors sa libido sur son « moi » (retrait social) et
s’adresse à lui-même les reproches (idées de ruine) et l’agressivité qu’il nourrissait au départ à
l’égard de l’objet sexuel primordial.

Angoisse de perte d’objet - Etayage

Vers la fin de 1a première année, la mère commence à être reconnue dans sa totalité, ce qui
introduit l'enfant dans le domaine de la relation d'objet total. Cette phase a été l'objet de
nombreux travaux ultérieurs: stade de l’angoisse de l’étranger de Spitz, position dépressive de
M. Klein. La notion d'étayage rend compte selon Freud de l'investissement affectif du sein
puis de la mère: en effet l'investissement affectif s'étaie sur les expériences de satisfaction qui
elles-mêmes s'étaient sur le besoin physiologique. Dans ces conditions, les tensions majeures
progressent vers l’angoisse de perte d’objet. La relation est alors dite anaclitique au sens où
l'enfant s'appuie sur l’objet interne (monde intrapsychique) et réel (des personnes pour
surmonter ses tensions).
Le premier contact entre le patient et le psychothérapeute peut être envisagé comme un
espace d'étayage objectal. Le patient tend, en fonction de sa structure de personnalité à
rechercher de la part du thérapeute ce qu'il obtient habituellement de ses relations
interpersonnelles.
Julie consulte suite à une rupture sentimentale. L’anamnèse révèle que cette patiente a connu une longue
série d’échecs amoureux dont la structure invariante est la suivant : elle rencontre un homme, tombe amoureuse,
puis sombre rapidement dans des angoisses liées au fait qu’elle pense que son compagnon ne l’aime pas et va la
quitter. Elle tente de s’accrocher, mais tôt ou tard l’homme finit par partir. L’anamnèse révèle aussi une relation
conflictuelle avec son père. Celui-ci a quitté sa mère alors que Julie avait 3 ans ! Sa mère a alors fait une
dépression. La thérapie met progressivement une forme de « haine » déguisée en passion amoureuse à l’égard
des hommes.
La dépression anaclitique se différencie ici de la dépression mélancolique en ce que le
sujet est constitué en objet total. Il souffre néanmoins d’un sentiment d’incomplétude total

6 Cf. Ce terme dans l’Annexe II.


7 Interruption brusque sur discours au milieu du développement d'une idée. Le barrage est un signe de
discordance schizophrénique s’il surgit de manière répétée et s’il ne peut être attibué à une inhibition anxio-
dépressive.

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Texte provisoire – Diffusion interdite

(sentiment de vide du borderline) qui l’empêche de vivre et de se construire. Comme le


mélancolique, il se réfugie dans le passage à l’acte ou les conduites addictives, mais échoue à
fragmenter sa pensée espère (ré)établir un lien. La dépression anaclitique et la dépression
mélancolique partage la caractéristique de renvoyer à des « manque à être».

Angoisse de castration

Au cours de la phase phallique, l'objet de la pulsion est le pénis. Il ne s’agit pas seulement
du pénis conçu comme un organe génital, mais du pénis conçu comme organe de puissance,
de complétude narcissique. Cet objet introduit l'enfant dans la dimension de l'angoisse de
castration. Le déni de la castration a pour but pour l'un comme pour l'autre sexe de protéger
l'enfant contre cette prise de conscience.
La possession du pénis est progressivement reliée à la possibilité pour l’enfant de posséder
la mère et d’entrer en rivalité avec le père. Par conséquent, la castration prend une dimension
relationnelle. Le fait d’être castré(e) est ce manque qui empêche le bonheur total, la
possession de la mère au cours de l’oedipe. Par la suite, l’enfant, puis l’adolescent et l’adulte
seront sans cesse en quête de la possession de ce qui manque pour atteindre le bonheur total.
Parcours qui, s’il se déroule bien, sera parsemé de deuils et de renoncement (on ne peut pas
tout avoir) et de projets et de sublimations (on ne peut néanmoins s’en approcher en
fournissant un « travail » : les études, une activité professionnelle, une activité artistique, un
engagement pour une cause, etc.).
Marcel est envoyé par son médecin pour une dépression. Marcel est en conflit avec son
chef de service. Il a longtemps occupé un poste à responsabilité dans un statut de type
« faisant fonction » sans avoir passé l’examen. Il a enfin passé et réussi l’examen, mais il a
fait récemment l’objet d’une évaluation négative et il risque une rétrogradation. Marcel pense
que son responsable, « très politisé », a été volontairement injuste afin de libérer le poste qu’il
occupe pour y placer un « poulain » plus docile. L’anamnèse révèle que lorsqu’il était enfant,
chacun de ses parents, toujours en conflit, le poussait à prendre parti contre l’autre parent.
La dépression névrotique renvoie donc à un vécu de « manque à avoir » et non de
manque à être comme dans la dépression mélancolique ou anaclitique. Elle se caractérise par
la notion de castration – thèmes de frustration, d’incomplétude, d’impuissance – et s’inscrit
dans un cadre oedipien, càd dans un cadre mettant trois personnes, perçues en tant qu’objet
total.

Angoisse et pulsion

Freud a évolué dans sa manière de penser le lien entre angoisse et pulsion. Dans ses
premiers écrits, il pensait que l’absence de satisfaction de la pulsion tranformait la tension
initiale en angoisse (pulsion => refoulement => angoisse).
Par la suite, il voit l’angoisse comme un signal d’alarme informant le « moi » que la
pulsion est interdite, ce qui provoque le refoulement (pulsion => angoisse => refoulement).

2.11. Processus associatifs et appareil psychique

Comment, selon Freud, l’appareil psychique organise-t-il ses expériences ? Il propose une
l’idée que les pensées, au sens large (càd conscientes ou inconscientes, intellectuelles ou
émotives), sont reliées entre-elles dans une chaîne associative. Chaque individu construirait
sa propre chaîne selon son vécu, son histoire.

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Texte provisoire – Diffusion interdite

Avec le temps, des nœuds associatifs seraient élaborés à partir des expériences les plus
importantes. Plus importantes parce que culturellement essentielles (par exemple, l’oedipe)
ou parce que marquante : un traumatisme ou, au contraire, la réparation d’un traumatisme. On
peut encore se représenter la chaîne associative comme un réseau reliant des souvenirs de
toute nature : verbaux (mots, concepts) ou non verbaux (émotions, odeurs, schèmes moteurs,
etc.).

La méthode diagnostique et thérapeutique en psychanalyse découle de cette conception de


l’appareil psychique. Il s’agit de permettre au sujet d’extérioriser par la parole ses chaînes
associatives.
La méthode du divan, par exemple, invite le sujet à verbaliser tout ce qui lui passe par la
tête, sans restriction. Le thérapeute n’intervient pas : il ne pose pas de question, ne dialogue
pas, n’interrompt pas ! Il écoute. Et comme pour mieux garantir la liberté des processus
associatifs, il se dérobe à la vue du patient en se plaçant derrière lui. En effet, toute
intervention verbale ou non-verbale (froncer les sourcils, sourire, changer de postures, etc.)

risquerait de biaiser la parole du patient qui risque alors d’infléchir sa pensée en fonction de
ce qu’il perçoit comme étant souhaitable de dire au clinicien pour satisfaire ce dernier.
À la longue, le clinicien, et le patient commencent à percevoir le déroulement de la chaîne
associative et les nœuds associatifs révélateurs de la personnalité, des conflits et, le cas
échéant, des traumatismes vécus par le sujet. Il importe de noter que dans la méthode des

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Texte provisoire – Diffusion interdite

associations libres, le thérapeute suspend sa volonté de comprendre et de guérir pour


permettre au sujet de donner libre cours à sa pensée.
Les méthodes projectives (infra) se fondent sur le même principe. Cette conception
gouverne également la méthode de l’entretien clinique où, dans un premier temps du moins, le
clinicien laisse le patient parler sans trop intervenir. Il permet de la sorte à ce dernier de
déployer ses chaînes associatives, sans que celle-ci ne soit biaisée par les interventions du
clinicien.
Le pouvoir thérapeutique de la méthode des associations libres résiderait moins dans la
prise de conscience qu’elle occasionne que dans la décharge pulsionnelle au sens où le
matériel pathogène n’aurait alors plus « besoin de s’investir dans les symptômes »8.
Chez les psychotiques, les chaînes associatives sont organisées autour de nœuds qui
différent sensiblement des névrosés. Des auteurs comme Bergeret se sont attachés à décrire
ces différences (infra). Mais dans certains cas, les chaînes associatives des psychotiques se
rompent (d’où parfois la difficulté de suivre le cours de leur pensée) et/ou tentent de se
restaurer autour de nouvelles chaînes qui paraissent aberrantes (délire) pour les observateurs,
mais qui ont pour autant une fonction restauratrice : il s’agit de sortir de l’angoisse du chaos
pour se raccrocher est des constructions plus rassurantes. Néanmoins, ces chaînes
associatives apparaissent tantôt comme dénuées de sens (ce qui provoque l’embarras, l’ennui
ou le désintérêt de l’entourage ou des intervenants insuffisamment formés), tantôt comme
porteuses de pensées relatives à la mort, la destruction, la remise en cause des certitudes de
bases qui rendent la vie du névrosé supportable. Dans ce dernier cas, l’entourage peut réagir
par la fuite, l’agressivité ou le rejet à l’égard du psychotique. Il s’agit de réactions
« naturelles» et répétitives, mais qui, dans un contexte thérapeutique, doivent être identifiées
et infléchies afin de devenir intégratrices, voire réparatrices.
Deux mécanismes prévalent : le déplacement et la condensation.

2.12. Projection

Au cours de son histoire, l’homme fait des expériences et en conserve des traces dans sa
mémoire. Toutefois, avant l’émergence du langage - vers 18 mois – il s’agit d’une mémoire
avant tout sensorielle (et émotionnelle). Ce type de mémoire conserve donc les traces de nos
expériences précoces. Par ailleurs, on peu montrer que la façon dont nous percevons les
formes était probablement héritière de l’évolution de notre espèce. Ainsi, lorsque nous
regardons passer les nuages, il nous est relativement aisé d’y percevoir des visages, des
animaux, des cartes géographiques, etc. Cette aptitude semble avoir été acquise en des temps
primitifs, à une époque où, pour des raisons de survie, l’homme a dû apprendre à reconnaître
très vite si une forme représentait une menace, un prédateur ou une ressource (fruit, gibier) ou
même un visage ami ou ennemi.
Il tout à fait plausible que nos expériences infantiles précoces soient appréhendées à l’aune
de ce mécanisme et que ce dernier organise et structure la façon dont nous percevons,
stockons et rappelons nos premiers souvenirs. La façon dont nous percevons est
probablement tributaire de ces traces, de ces formes de connaissances archaïques, elles-
mêmes associées à des émotions fortes (On se rappelle ici que les zones du cerveau qui
prennent en charge la mémoire sont aussi celles qui prennent en charge les émotions). En un
mot nous percevons le présent en fonction de la façon dont nous avons appris à percevoir dans
le passé. C’est le principe de base de la projection.

8 In Florence & al. (1993), p. 33.

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Ce mécanisme, essentiellement basé sur la vision, est à l’œuvre lorsque nous contemplons
une peinture, un paysage et sans doute parfois lorsque nous dessinons ou peignons. L’accès à
la pensée symbolique, puis au langage vient ensuite déposer une seconde « couche »
d’information sous forme de symbole, d’archétypes, de stéréotypes qui, de part leur nature,
sont davantage influencé par la transmission de la culture et les expériences psychologiques
plus tardives comme la problématique oedipienne.
Il y aurait donc deux couches mnésiques.
La première couche, archaïque et pré-langagière (avant 18 mois), conserverait des
souvenirs sans mots constitué d’émotions brutes et de perceptions elles-mêmes organisées
autour de thématiques précoces : danger/securité ; connue/inconnue ; familier/effrayant ;
bon/mauvais ; moi/non-moi ; etc.
La seconde couche, s’appuierait sur des symboles et le langage et renverrait à des
expériences plus tardives (2 ans à 6 ans).
Pour Freud, la projection est un mécanisme psychologique où le sujet attribue chez l’autre
un matériel psychique (qualités ou défauts, sentiments, craintes ou désirs) qu’il méconnaît ou
refuse en lui parce que « insupportable ». Ce mécanisme est donc essentiellement défensif.
La notion de projection prend aussi ici une nouvelle signification car elle s’appuie sur les
notion économie, dynamique et topiques développés ci-dessus.
Toujours est-il que ce mécanisme de projection, relativement banal, est exploité dans les
méthodes projectives comme le Rorschach ou le TAT. On présente un matériel relativement
neutre – dans le Rorschach, il s’agit de taches d’encre qui ne sont, en soi porteuse d’aucune
signification – et que l’on présente au sujet en lui demandant de dire ce qu’il voit et ce que
cela signifie pour lui sans aucune restriction. Dans un premier temps, le clinicien note les
paroles du sujet, verbatim (telles quelles). Il recueille de la sorte les associations libres et
personnelles du sujet, ses chaînes associatives.

Parce que ce matériel est a-signifiant, et que la consigne contraint l’individu a lui en
attribué une ; ce dernier est contraint de convoquer les traces, essentiellement conservées dans
la mémoire et de les « projeter ». En outre, s’agissant du Rorschach, les tâches étant des
figures abstraites et arbitraires, les traces projetées sont essentiellement celles conservées dans
la première couche de la mémoire. Le Rorschach permettrait donc de mettre à jour les
expériences précoces de l’appareil psychique. Celles qui, si elles ont été mal négociées,
révèlent des perturbations de la personnalité qui renvoient à des troubles psychotiques. La
psychose est une trouble grave de la personnalité où la perception de la réalité et du « sois »
est profondément altérée. Par exemple : une difficulté à différencier ce qui est soi et ce qui ne
l’est pas (d’où les délires d’intrusion ou d’influence) ou encore à situer le siège de sa pensée
(d’où l’impression d’entendre voix). Lors de l’examen des réponses, on y sensible aussi à la
forme des perceptions (globale ou dans le détail), qu’aux contenus (humain, animal, abstrait),
la couleur et même à l’illusions de mouvement (kinestésie). Il s’agit donc bien de schèmes
perceptifs très rudimentaires et archaïques.

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Le Thematic Apperception Test (TAT) est un test projectif qui consiste à montrer des
planches, dessins figuratifs représentant des situations sociales variées et ambiguës, et de
demander au sujet de raconter une histoire à partir de ces planches. Le TAT s’adresse donc à
la seconde couche mnésique que nous avons évoquée. Elle met potentiellement en scène la
problématique oedipienne et ses avatars (fonctionnements triangulaires, rivalité, l’ambiguïté
sexualité/agressivité, l’identité sexuelle, etc). La consigne renvoie elle-même aux capacités
narratives du sujet, càd aux capacités à se situer dans un contexte relationnel et temporel là
où le Rorschach ne convoque que la perception brute.

L’analyse des réponses vise à dégager à partir du contenu manifeste, le contenu latent qui
revèle les aspects inconscients du sujet.

2.13. Transfert - contre-transfert

Freud avait observé que ses patients réagissaient à son égard, comme ils l'avaient fait
autrefois à l’égard d’une autre personne, généralement une figure parentale, aimée ou crainte,
réelle et, ou imaginaire (imagos parentaux). Il décide de nommer ce phénomène « transfert »
(« übertragung », de "über" - par l'intermédiaire de - et de "tragung" -porter).
Le transfert désigne cet ensemble des réactions inconscientes du patient à l’égard du
clinicien héritées de son histoire. Le patient confond le thérapeute avec son propre père, sa
propre mère, un membre de sa famille, un personnage important etc. Laplanche et Pontalis le
définissent comme « le processus par lequel les désirs inconscients s’actualisent sur certains
objets dans le cadre d’un certain type de relation établi avec eux et éminemment dans le cadre
de la relation analytique. Il s’agit là d’une répétition de prototypes infantiles vécue avec un
sentiment d’actualité marqué » (Vocabulaire de psychanalyse).

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Par l’analyse du transfert et du contre-transfert, le psychanalyste peut identifier les conflits


infantiles non résolus. L’effet thérapeutique est obtenu lorsque le patient arrive à se dégager
de son transfert d’abord avec le thérapeute, ensuite avec d’autres figures de son existence. Il
s’agit de se dégager dans le transfert de la répétition mortifère d’un traumatisme psychique.
Ce phénomène est encore plus complexe dans la psychose où l’on observe un transfert
clivé, éclaté. Dans ce cas, le transfert apparaît comme un puzzle, Un morceau de vécu est
expérimenté par un soignant et un autre un morceau de vécu est expérimenté par un autre
soignant. Souvent, c’est en discutant avec un collègue qui a vécu des choses similaires que
l’on commence à les identifier. C’est pourquoi la réunion de l’équipe soignante est si
importante : elle permet de recoller les morceaux du puzzle par une analyse collective du
transfert et du contre-transfert.
Le contre-transfert correspond à l’ensemble des réactions inconscientes du clinicien qui
voit son propre vécu éveillé à l’occasion de la rencontre avec le patient. Ce vécu doit être
enlevé du champ thérapeutique afin d’éviter l’amalgame entre les deux ensembles de
réactions.
Le transfert est un processus qui ne doit pas être confondu avec la projection. Le transfert
est un phénomène avant tout relationnel alors que la projection est un mécanisme de défense
où le sujet expulse et attribue chez l’autre un matériel psychique (qualités ou défauts,
sentiments, craintes ou désirs) qu’il méconnaît ou refuse en lui parce que « insupportable ».

3. Nosologie psychanalytique

3.1.névrose – psychose et perversion

Il importe de préciser l’apport essentiel de la psychanalyse sur le plan nosologique. En


particulier, dans la distinction entre névrose et psychose. Si Freud s’est surtout intéressé à la
névrose, Carl G. Jung a surtout étudié la psychose. Trois structures de personnalité vont se
dégager progressivement :
Dongier (1966) écrit : « La distinction entre névroses et psychoses n'est pas toujours facile
ni univoque: c'est ainsi que nous ne pouvons suivre Hesnard quand il définit les névroses:
« Affections nerveuses très répandues, sans base anatomique connue et qui, quoique
intimement liées à la vie psychique du malade, n'altèrent pas (comme les psychoses) sa
personnalité, et par suite s'accompagne d'une conscience pénible et le plus souvent excessive
de l'état morbide’. En disant que la névrose n'altère pas la personnalité du malade, Hesnard
veut sans doute marquer que le symptôme névrotique est ressenti par le patient comme
étranger à ce qui constitue son moi, « ego-alien » disent les Anglo-saxons; il met l'accent sur
la conscience qu'a le névrosé de ses troubles, conscience qui constitue un des principaux
critères de distinction entre la névrose et la psychose.
Mais, d'une part, dire que cette conscience est excessive peut donner à penser que le
névrosé se croit plus malade qu'il n'est (ce qui est, hélas, loin d'être toujours le cas), d'autre
part la personnalité du sujet est tout aussi impliquée dans les mécanismes de la névrose que
dans ceux de la psychose. C'est ainsi qu'un hystérique n'est pas hystérique uniquement par
une aphonie ou une paralysie d'un membre, un obsédé n'est pas obsédé uniquement dans sa
phobie d'impulsion; l'un comme l'autre sont hystériques et obsessionnels dans l'ensemble de
leurs relations humaines, de leurs rêves, de leurs projets, bref de leur personnalité sous tous
ses aspects.
Deux critères sont essentiels pour marquer une frontière théorique entre psychose et
névrose:
a) la conscience chez le sujet de la nature morbide de ses symptômes (le symptôme n'est

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pas ego syntone, intégré par le moi comme dans un délire, par exemple);
b) le maintien d'un contact « raisonnable » avec la réalité sociale et objective.
Ces deux critères sont d'ailleurs liés: ne pas être halluciné, ne pas délirer, percevoir la
réalité commune, c'est être capable d'autocritique.

Par rapport au groupe des démences, le critère de délimitation essentiel est l'absence de
détérioration des fonctions intellectuelles et affectives. La distinction entre inhibition
fonctionnelle, donc névrotique, d'une fonction et sa détérioration définitive correspondant à
un processus lésionnel, est d'ailleurs cliniquement loin d'être toujours facile ».
Pour des auteurs comme Winnicott, les sujets « borderlines » - ou « Etats limites » -
présentent un état apparent d’allure névrotique, mais qui masque en fait des formes de
fonctionnement psychiques proches de ce qu’on observe chez les psychotiques. Selon
Bergeret, les « Etats limites », à l’inverse des psychotiques ou des névrosés, ne présentent pas
de structure de personnalité stable. Ils semblent osciller entre psychose et névrose sans jamais
trouver d’équilibre.

Ce « déséquilibre permanent » ce manifeste par une grande instablité affective, un besoin


permanent de s’appuyer sur les autres, donc l’incapacité à s’appuyer sur soi-même, ce qui
explique d’une part une grand sentiment de vide intérieur et d’autre part des angoisses de
perte « d’objet » et des sentiments d’abandon catastrophiques. L’incapacité de penser et de
contenir l’angoisse se traduit tantôt par des accès de colères et de rage destructeurs, tantôt des

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passages à l’acte fréquents (violence, automitilation, gestes suicidaires), tantôt la recherche


d’un apaisement au travers de conduites addictives, principalement : alcool, drogues, et
médicaments.
Le noyau pervers constituerait également un aménagement intermédiaire entre la psychose
et la névrose et se caractériserait par un fonctionnement psychique où l’« autre » est réduit à
l’état d’objet partiel, d’objet de jouissance pour le pervers.
On parle de perversion lorsqu’on constate une aberration sexuelle qui est permanente et
demeure indispensable à la jouissance sexuelle. La perversion est une conduite qui dévie la
pulsion sexuelle soit de son objet « naturel » (une personne en tant que telle), soit de son but «
naturel » (le plaisir et la procréation). Le fétichisme des sous-vêtements constitue donc une
forme de déviance d’objet alors que le fait de dominer et d’infliger de la souffrance constitue
une forme de déviance de but. Il importe ici de rappeler qu’il n’est permis de parler de
perversion qu’à la condition que ces déviances présentent un caractère permanent et
indispensable à la jouissance. Que l’un ou l’autre (ou les deux) viennent à faire défaut, on ne
plus parler d’organisation perverse de la personnalité, mais de « traits » pervers, simples
reliquats de notre passé infantile (pervers polymorphe) marquant une fixation, un
inachèvement évolutif souvent sans gravité.
Ce qui unit ces deux types de déviance réside dans l’idée de transgression des règles, ou
plus précisément les grands « interdits » qui rendent la vie en société possible : la différence
des sexes, la différence des générations, l’interdit de l’inceste, l’interdit de meurtre.
Le pervers se donne pour règle de transgresser ces règles, dans le projet de réduire l’autre à
un simple instrument de sa jouissance, voire à jouir du spectacle de la dégradation de l’autre à
l’état d’instrument de sa jouissance et « d’objet partiel ». Ou pour mieux dire, le pervers est
celui qui jouit de l’idée et des "agir" qui le conduisent à dire la « règle » au lieu de s’y
soumettre. En niant les règles, les grands « interdits, il s’institue lui-même comme le (seul)
législateur.
Le pédophile jouit tout à la fois du déni la différence des générations, de l’interdit de
l’inceste et l’interdit de meurtre.
Certains « tyrans » (petits ou grands) peuvent être tenus comme pervers car ils usent
du pouvoir comme équivalent sexuel. Ils s’instituent comme seul législateur du destin
des autres.
Les tueurs en série, en tuent (interdit de meurtre) non pas pour voler ou se protéger
mais par plaisir. Ils organisent en fait leur vie autour de la prédation. Ils jouissent alors
du pouvoir de donner la mort ou tout simplement de réduire l’autre à sa merci (la mise à
mort constituant le preuve sans cesse recherchée de ce pouvoir).
La perversion se situe bien à la charnière entre névrose et psychose en ce que les interdits –
à l’inverse de ce qui se produit chez les psychotiques – sont clairement perçus, mais ils ne
sont pas intégrés, comme chez les névrosés.
Comment faut-il dès lors situer les « bordelines » et les « pervers » puisqu’ils semblent se
situer tous deux entre névrose et psychose ? Les Ecoles se querellent encore de nos jours de
sorte que nous ne pouvons trancher d’un point de vue théorique. D’un point de vue clinique,
nous pouvons attester que l’on ne peut les confondre.
La névrose constitue l’évolution psychique la plus aboutie. En effet, sous l’action de
l’angoisse de castration, l’oedipe est dépassé. Ce qui signifie que les grands « interdits » sont
intégrés et dès lors tous les autres « interdits » constitutifs du Surmoi. En ce sens, la
« névrose » est une réussite car le sujet accepte que, face à la pulsion :
1° On ne peut pas tout avoir et il y a des choses auxquelles il faut renoncer ;
2° Ce qu’on peut avoir, ne s’obtient qu’au terme d’un « effort» personnel important ;
3° Que cet « effort» personnel implique deux choses :
a) Cela prend du temps. Il faut accepter un délai.

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b) Ce délai doit être mis à profit pour « penser » (avant l’agir et non à sa place)
et pour « négocier » avec les autres – donc les respecter - afin d’aboutir à
une satisfaction pulsionnelle suffisante.

Illustrations dans la vie quotidienne

Ainsi, comment satisfaire la pulsion ?

Exemple 1 - Que faire, par exemple, d’un sentiment violent d’attirance sexuelle à l’égard
d’une autre personne ?
Il se peut que le psychotique, dans son indifférenciation, vive sa pulsion comme quelque
chose venant du dehors pour le persécuter et l’anéantir. Il fuira ou se mettra à « haïr » cette
personne ou même l’agresser.
Le borderline reliera sa pulsion à la nécessité de s’accrocher et de coller à l’autre (et il
pourra devenir violent s’il a, ne fût-ce que l’impression, que cet autre pourrait lui faire
défaut).
Le pervers tentera de « tromper » l’autre pour le soumettre à son désir. Il assouvira sa
pulsion en réduisant l’autre à l’état de simple objet. Il usera des mécanismes « d’emprise », il
sera manipulateur. Comme un pick-pocket, il va attirer l’attention de sa proie d’un côté, sur
une dimension qui la sensibilise, pour l’asservir d’un autre côté où il progressera furtivement.
Le névrosé « inachevé » se tourmentera ne pas pouvoir assouvir sa pulsion, oscillant entre
culpabilité s’il tente de l’assouvir et angoisse de castration, s’il n’y parvient pas. Il cherche
des compromis pour trouver un minimum de satisfaction sans trop de culpabilité. Par
exemple, en allant voir des prostituées, en consultant des sites pornographiques en recourant à
des fantasmes sexuels. C’est ce que le cinéma de Woody Allen met généralement en scène et
c’est pourquoi nous en rions tant (nous rions de nous même).
Le névrosé « achevé » (grâce à la psychothérapie ou a des rencontres opportunes) parvient
à jouir pleinement tout en demeurant dans le compromis et la négociation. Il maximise son
plaisir en le sublimant. Il va faire la cour à celui/celle dont il souhaite conquérir le cœur. Il
va accepter le délai et le mettre à profit pour apprendre à écouter l’autre, le reconnaître et se
donner à connaître. Il va écrire des poèmes, composer de la musique, prononcer des paroles
justes (car il a a investi du temps et de l’énergie à apprendre à connaître l’autre) qui vont droit
au cœur. Bref, l’autre est pris et reconnu en tant qu’être total et libre et il accepte de lui
donner le choix (et le prix à payer en cas d’échec), sans le tromper tant en faisant de son
mieux pour que la balance penche en notre faveur.

Exemple 2 - Que faire, par exemple, pour obtenir une promotion/emploi/avantage ? (Pour
la démonstration, posons la hiérarchie suivante : A>B>C. Exemple : Directeur, chef, employé
ou Directeur, enseignant, élève).
Laissons ici de côté le psychotique et le borderline qui sont en général rapidement dépassés
par ce genre de situation. La distinction qui nous intéresse ici ce situe entre entre le pervers et
le névrosé.
Si le névrosé tente de jouer globalement le jeux en respectant les règles – exhiber ses
qualités et masquer ses faiblesses - le pervers va tenter de tordre les règles. Il peut ainsi :
- Se rapprocher aussi souvent que possible de ceux qui ont du pouvoir A afin de tenter de
les séduire au lieu de faire valoir ses qualités ;
- Grossir artificiellement ses qualités et masquer frauduleusement ses défauts ;
- Initier ou participer à des coalitions (B1, B2 contre Bn) niées afin d’affaiblir les
concurrents « sérieux » (c’est un des principes de certains jeux télévisuels où les
médiocres s’associent pour faire tomber les « meilleurs ») ou user de triangulation

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perverses (A & C contre B, ce qui est pervers au sens où officiellement, en principe,


A fait confiance à B qui fait confiance à C).
- User de stratagèmes pour saper l’image des concurrents « sérieux » aux yeux de
« tiers », par exemple par des disqualifications (souvent subtiles), des sarcasmes, des
fausses rumeurs, profiter de son pouvoir d’emprise ou alors séduire pour mieux
tromper.

Vous le constatez, inutile de visiter des prisons et des groupes mafieux pour rencontrer des
pervers. Ils sont nombreux et omniprésents. Surtout dans une société fondée sur l’argent et la
consommation et qui encourage :
- Le refus de la frustration ;
- L’abolition du délai au profit du passager à l’acte ;
- L’abolition de la pensée au profit d’activités stériles, futiles et abrutissantes;
- Les stratégies perverses et les coups tordus : peu importe les moyens, ce qui compte
c’est le résultat ; réussir. Et que le plus fort gagne.

Ces entités nosologiques seront étudiées en profondeur en master dans le cadre du cours
« Approche psychothérapeutiques psychodynamiques » dans le module de psychologie
clinique systémique et psychodynamique.

3.2.Frustration – Trauma - Protection

Les avatars de la triade père-mère-enfant

Selon Racamier (1979), sa présence s’exprime au début dans trois registres: dans la psyché
de la mère, en tant que substitut maternel, auprès de la mère, en tant personnage spécifique,
auprès de l’enfant.
Si la mère ne laisse pas de place au père dans son psychisme (par exemple, parce que son
propre père a été défaillant), elle insuffle la méfiance, le rejet, voire la haine du père. Si le
père se montre « absent » ou « déficient », il cautionne cette attitude ou encore il encourage
son épouse à surinvestir l’enfant entravant ainsi le processus de différenciation.
Par la suite, l’enfant découvre progressivement le père en tant que différent de la mère sur
le plan sexuel : voix différente, dialogue corporel et tonique différent, rapport au monde
différent. Par la suite, il comprend ce qui provoque les interruptions dans le contact avec sa
mère – contact qu’il voudrait permanent – c’est cet être différent sur le plan sexuel qu’est le
père. L’enfant – toujours en quête de sens – associe ensuite la différence des sexes et les
« absences » de la mère. Le sexe devient un atout dans la capacité de conserver ou de perdre
l’amour de la mère. Le père devient à la fois objet de désir (il faut obtenir de lui ce qui le
rend si attractif) et objet de haine en tant que rival. La voie de l’oedipe est alors ouverte.
Si le père ne prend pas sa place, il permet à la mère de maintenir un lien fusionnel avec
l’enfant. Il prend du retard dans son développement, ne s’autonomise pas, ne se différencie
pas. C’est un abus par inclusion. Ou bien encore, si la mère est négligente ou maltraitante, il
risque de ne pas faire barrage en atténuant ou en suppléant la mère.
Le père, s’il a mal résolu son propre conflit oedipien, va riposter aux attaques de son fils et
entrer dans le jeu de la rivalité. Il va se montrer dominateur, agressif et humiliant et
compromettre la résolution de l’oedipe de son fils. À l’égard de sa fille, il peut entrer dans le
jeu de la séduction et entretenir un climat incestueux sans nécessairement passer à l’acte. Sa
fille ne peut elle non plus la résolution de l’oedipe. C’est alors à la mère de faire barrage en
prenant sa place d’épouse. Faute de quoi, elle entre en collusion inconsciente avec le père.

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Par exemple, si celui-ci joue le jeu de la séduction avec sa fille et si la mère n’y fait pas
obstacle, le risque de passage à l’acte incestueux devient important. C’est un abus par
effraction.
En réalité, ce qui précède concerne plutôt le père « symbolique » que le père biologique.
La fonction « symbolique » - en tant que tiers régulateur – peut être joué par une autre femme
(grand-mère, compagne de la mère, sœur), un autre homme (beau-père, grand-père, oncle) et
ensuite n’importe quel homme ou femme. L’activité professionnelle ou les loisirs de la mère
– en tant qu’instance séparatrice – participe également de la fonction « symbolique » du père.
Par contre, le père biologique demeure irremplaçable dans deux registres. Le premier
dépend des liens d’attachement et d’affection qui se sont construits pendant les premières
années. Le second est lié à la question des origines. Comme nous allons le voir dans l’étude
des fantasmes ci-dessous, tous les enfants ont besoin de s’inscrire dans une double lignée –
paternelle et maternelle – quelle qu’ait été la qualité de chacune de ces lignées. Ce qui
explique pourquoi, tôt ou tard, les enfants abandonnés ou négligés éprouvent le besoin d’aller
à la rencontre de leurs parents biologiques.

Les frustrations précoces - les facteurs de protection – le trauma

Racamier (1979) a répertorié les diverses formes cliniques de frustration précoce et leurs
conséquences pathogènes : absence ou carence dans les soins, frustrations affectives : rejet
manifeste ou masqué de l’enfant, affectivité froide, maladresses répétées symptomatiques
(chutes, échaudages, …).
Ces frustrations peuvent être liées à des facteurs conjoncturels (dépression maternelle) ou
structurels (mère immature ou psychotique ou avec un trouble de la personnalité).
Ces frustrations peuvent aussi être corrigées et atténuées par l’entourage (facteurs de
protection). Le père, la famille élargie et par la suite un milieu social jouent un rôle
important, notamment en tant que soutien de la mère lorsque la difficulté est passagère, en
tant que substitut lorsque la difficulté est chronique.
Une vie sans aucune frustration est impossible. Lorsque ces frustrations demeurent à un
niveau gérable par le psychisme, le sujet a le temps d’élaborer des mécanismes de défense
(voir ci-dessous) qui ne le handicapent peu, voire pas du tout en cas de sublimation.
L’angoisse prédominante est l’angoisse de castration.
Par contre, si aucun mécanisme ne vient corriger les frustrations (absence de facteurs de
protection), l’évolution psychique est compromise et peut déboucher à son tour sur des
pathologies chroniques et des angoisses de perte d’objet (Voir Bergeret ci-dessous). La
gravité de ces pathologies dépend d’autres paramètres comme : la précocité des frustrations
(plus elles sont précoces, plus elles sont péjoratives), la durée et l’intensité des frustrations, la
présence d’autres éléments tels que des complications lors de la grossesse et/ou durant
l’accouchement, des facteurs de vulnérabilité à certaines maladies, des facteurs toxiques
(alcoolisme maternel, tabagisme, mauvaise alimentation, etc).
Des frustrations précoces intenses et répétées finissent par s’inscrire de manière
irréversible dans le développement biologique, en particulier au niveau du système nerveux.
C’est alors qu’il faut, selon nous, parler de trauma. L’intensité peut être telle qu’une agonie
psychique se déclare. Le terme « agonie » souligne cette idée que le psychisme est menacé
d’anéantissement. L’angoisse de morcellement (mort du Moi) prédomine (Voir Bergeret ci-
dessous).
Un trauma, plus intense que la frustration, est généralement lié à une expérience d’effroi.

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Différences entre le trauma du névrosé et trauma du psychotique

Il importe cependant de nuancer la notion de trauma lorsqu’il s’agit de sujets psychotiques.


En effet, dans ce cas, le trauma est comparable à un « trou » dans la trame de l’inconscient et
pour lequel le patient ne peut récupérer le sens.
Dans le cas de la névrose, le thérapeute peut aider le patient à reconstituer le sens à partir
de certaines traces en proposant des interprétations, ce travail devient impossible dans le cas
de la psychose.
Dans le cas de la psychose, le thérapeute ne peut alors que proposer des « greffes » de sens
- c’est-à-dire – quelque chose qui vient de thérapeute et non du patient. Une autre métaphore
pourrait être celle d’un pull troué qui doit être reprisé, re-tricoté en s’inspirant de ce qui
entoure le trou. Il n’est donc pas possible d’aider le patient à reconstituer une trame solide à
partir de ce qui existe. Alors que dans le cas de la névrose, la trame est abîmée mais n’a pas
disparu. Comme un tissus vivant endommagé, il est possible d’aider le patient à régénérer
une trame solide à partir de ce qui existe.

3.3.Les mécanismes de défense (Abwehrmechanismen)

La pulsion est accompagnée de représentations. Afin de protéger son intégrité, le


psychisme dispose de mécanismes de défense variés.
Le Moi gère soit seul, soit allié au Surmoi, les pulsions du Ça. Le Moi intervient au
moment où les poussées instinctuelles risquent de le déborder. Le Moi tente donc de contrôler
les pulsions. Les mécanismes de défenses sont multiples et sont souvent liés aux stades
évoqués ci-dessus. Dans ce cours, nous n’aborderons que quelques mécanismes comme la
projection (voir section suivante) ou le refoulement à titre d’illustration. Le refoulement est le
principal de ces mécanismes, du moins dans les névroses.

Un mécanisme de défense réussi

La sublimation est un mécanisme de défense qui a réussi. La pulsion est dérivée vers un
nouveau but non sexuel et socialement acceptable n'impliquant pas un renoncement de la
sexualité, mais sa maîtrise. La sublimation peut s'envisager selon deux points de vue
complémentaires qui rassemblent les différentes approches.

Les mécanismes de type névrotique

Le refoulement est une opération mentale qui, à l’instigation du Surmoi, vise à renvoyer
vers l’Inconscient un matériel psychique inacceptable pour le conscient.

Figure 2 tirée de9

9 http://www.aph-metaphore.com.fr/infirmier/borderline.html

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Les modalités du refoulement sont un des critères qui permettent de différencier les
différentes formes de névrose.
Les pulsions (les flèches noires) partent de l'inconscient (1) et doivent traverser le Moi (2)
pour atteindre leur objet (a).

Toutes ces pulsions ne sont pas acceptables et le Moi va devoir s'en protéger. Pour cela, il
utilise ici les mécanismes de défense normaux. Avec le refoulement, la pulsion ne traverse pas
le Moi, elle reste inconsciente. Grâce à la sublimation, le Moi détourne la pulsion
"inacceptable" de son objet initial (a) vers un objet mieux valorisé socialement et acceptable
par le Moi (a') »10.
Le matériel refoulé n'est pas détruit mais transformé et peut resurgir dans les rêves, les
actes manqués et les lapsus, les délires et les symptômes névrotiques. D'un point de vue
économique, le refoulement est une opération qui exige une dépense d'énergie (contre-
investissement) ; le névrosé éprouvera donc secondairement des symptômes déficitaires :
troubles de la mémoire, de l'attention, de la concentration intellectuelle, etc.
Dans le refoulement, la représentation R et l’affect qui lui est liée A (en relation avec
l’objet « obj ») sont repoussés dans l’inconscient. Mais, l’énergie du matériel ainsi refoulé
tente de s’écouler et émerge sous la forme d’un symptôme, d’un rêve, d’un lapsus, d’un acte
manqué ou d’une production artistique, voire plusieurs de ces formes en même temps.
La régression. - C'est le retour à des formes plus anciennes d'expression et de
comportement. Ainsi, en psychiatrie, on évoquera la régression foetale du catatonique
pelotonné sur sa couche. L'énurésie, l'encoprésie, le confinement au lit, l'abandon dans une
dépendance infantile à l'égard des autres sont des formes de régression. Dans le domaine
sexuel, la régression se manifeste par des choix d'objets prégénitaux (onanisme, perversions
sexuelles diverses... ).
La conversion : La défense est réalisée par transposition du conflit psychologique dans le

10 http://www.aph-metaphore.com.fr/infirmier/borderline.html

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domaine somatique.
Dans un premier temps, la représentation (R) est coupée de l’affect (A). Celui-ci, coupé de
sa signification (R), peut alors émerger sans danger sous forme d’un symptôme corporel :
paralysie, engourdissement, etc. Néanmoins, la nature de la conversion rappelle
indirectement la représentation. Par exemple, on devient « sourd » par ce qu’on cherche à
éviter à entendre une représentation dérangeante ou encore, la main qui permet des
masturbations compulsives se paralyse. La représentation (R) est quant à elle refoulée dans
l’inconscient.

Les mécanismes de type psychotique

Dans le cas de frustrations graves et répétées débouchant sur un vécu traumatique, ces
mécanismes de défense ne suffisent plus. Afin de faire face à l’angoisse de mort (crainte de
l’anéantissement du Moi), le sujet doit élaborer d’autres mécanismes, certes efficaces, mais
extrêmement coûteux : clivage, déni. Dans ce cours, nous nous limiterons au clivage.

Figure 3 tirée de11

Le clivage consiste à séparer le moi ou l'objet afin de faire coexister deux parties séparées
qui se méconnaissent. Le clivage se produit de telle sorte qu’une partie du moi continue à
prendre en compte la réalité, alors que l’autre partie se détache de la réalité. On comprend
dès lors que ce mécanisme est constant dans les psychoses, dans le trouble borderline et dans
certains troubles dissociatifs que l’on rencontre chez des personnes qui ont été violées ou
torturées. Le patient se voit lui-même ou autrui comme étant "tout bon" ou "tout mauvais". Il
échoue à faire cohabiter dans ses représentations les défauts et les qualités de chacun.

À l’état clivé, le psychisme risque de perdre le contact avec la réalité et se retrouve dans un
état de perte du sens (puisque chaque partie clivée n’a pas accès à l’information située dans
l’autre partie). Le délire et les hallucinations – symptômes apparents – constituent autant de
tentatives – vouées à l’échec - de récupération, de reconstruction du sens.
« Le trouble psychotique serait une pathologie narcissique. Le Moi est défectueux et il
n'est plus capable de se protéger efficacement des pulsions "archaïques" issues de
l'inconscient. L'état limite (borderline) est une situation intermédiaire, une partie du Moi est

11 http://www.aph-metaphore.com.fr/infirmier/borderline.html

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saine (la partie épaisse sur le schéma) et une autre partie (la partie fine) est défaillante et elle
se protège mal des pulsions (…). Sa fonction consiste à isoler la partie saine du Moi de la
partie défectueuse afin de la protéger d'un envahissement psychotique. L'inconvénient de ce
mécanisme de défense pathologique est qu'il fait perdre l'unité du Moi (…) Si l'objet d'une
pulsion inacceptable est en regard de la partie saine du Moi, celle-ci pourra être refoulée par
contre la partie défaillante du Moi la laissera passer. Dans ce dernier cas, le Moi utilisera des
mécanismes de défenses psychotiques (projection, idéalisation, identification).»12
Ce mécanisme explique aussi ce rapport « étrange » que le psychotique entretient avec son
propre corps et sa pensée : difficulté à situer la frontière entre soi et non-soi (avec parfois un
vécu d’effraction et de viol du corps, vécu d’intrusion de certaines pensées ou croyance en
l’aptitude de lire dans les pensées), difficulté à percevoir son psychisme comme le siège de
ses propres pensées, expériences corporelles inquiétantes (organes en putréfaction, vécu de
modification corporelle), vécu de persécution, transfert éclaté (sur plusieurs personnes ou
encore lorsque le patient reconstitue puis projette des morceaux de personnalité de sujets
différents sur l’infirmière ou le psy.
Malheureusement, il semble que dans les cas les plus graves, le clivage constitue un
processus irréversible.

Autres mécanismes de défense

- Déni : le patient n'arrive pas à reconnaître comme réels certains


aspects extérieurs qui paraissent évident à autrui
(Psychoses).
- Déplacement : le patient généralise ou déplace un sentiment ou une
réponse d'un objet vers un autre, habituellement moins
menaçant (Névroses. Fréquent dans les rêves).
- Dissociation : le patient subit une altération temporaire de la conscience
et de l'identité (Stress post-traumatique, certains états
hypnotiques).
- Formation réactionnelle : le patient substitue à un comportement, à des pensées ou
des sentiments inacceptables, d'autres qui leur sont
diamétralement opposés (Névroses obsessionnelles).
- Idéalisation : le patient s'attribue - ou attribue à autrui – des qualités
exagérées.
- Intellectualisation : le patient s'adonne à des pensées exagérément abstraites
pour éviter d'éprouver des sentiments gênants (Psychoses,
névroses).
- Isolation : le patient est incapable d'éprouver simultanément les
éléments cognitifs et affectifs d'une expérience en raison
d'un refoulement de ces affects (Névroses).
- Passage à l'acte : le patient agit sans réflexion et sans souci apparent des
conséquences négatives (Névroses, troubles des conduites,
états-limites, psychopathes).
- Projection : le patient attribue à tort à autrui ses propres sentiments,
impulsions ou pensées, non reconnus comme tels
Névroses, Psychoses).

12 http://www.aph-metaphore.com.fr/infirmier/borderline.html

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- Rationalisation : le patient invoque des explications rassurantes ou


complaisantes mais erronées pour rendre compte de son
comportement ou de celui d'autrui (Névroses).
- Répression : le patient évite délibérément de penser à des problèmes,
des désirs, des sentiments ou des souvenirs dérangeants
(Névroses).
- Somatisation : le patient se préoccupe de symptômes somatiques de façon
disproportionnée à toute atteinte physique réelle
(Névroses).
- Identification projective Défense très archaïque et complexe (que nous étutierons
en master) plus commune avec des patients psychotiques
et borderlines.

4. BREVE DISCUSSION

Comment ramasser la psychanalyse en quelques phases ? Peut-être ceci :


La clef pour comprendre l’humain consiste à percevoir ce combat entre instinct et culture
où la pulsion joue un rôle d’interface. Confronté à ce combat, habité même par celui-ci,
l’appareil psychique trouve un équilibre précaire entre pensée et refoulement : tout ce qui peut
faire sens fait l’objet de représentations coordonnées conscientes ; et tout ce qui ne peut faire
sens est mis à l’écart (refoulement) pour nous revenir avec plus de force encore sous la forme
de symptôme, de lapsus, de rêve, d’actes manqués ou de production artistique.
Le corollaire étant que la vie psychique est partiellement et peut-être essentiellement
inconsciente.
Par ailleurs, pour faire sens, il importe que l’individu de se situer par rapport à quelques
questions existentielles redoutables : la question de ses origines (filiation), la question de son
identité, fondamentale sexuelle en ce que cette question interroge les motifs et la manière de
nous lier aux autres (affiliation).
Ce questionnement implique un « travail » de la pensée. Que faire de nos manques, des
frustrations ou de la violence infligée par l’autre et comment dépasser ou accepter ces limites
qui entravent la satisfaction de nos instincts.
L’expérience oedipienne constitue une étape majeure dans cette quête. Elle scelle ou non
quelques principes existentiels évidents :
- Les symptômes ont du sens, en particulier ils sont liés à l’expérience vécue et à
l’histoire du sujet ;
- On ne peut pas tout avoir ;
- Ce qu’on peut avoir, on ne l’a pas nécessairement tout de suite ;
- Ce qu’on peut avoir, on le ne l’a pas n’importe comment ! Il faut fournir un
« travail », c’est-à-dire trois choses au moins :
- Penser pour se représenter son manque et comment le combler, en d’autres
termes, rendre « traitable » par le psychisme ce qui vient du corps.
- Respecter des règles dont l’absence rendrait toute vie communautaire
impossible et vouerait l’homme à la barbarie.
- Parler (donc apprendre à parler) pour dire le manque et formuler une demande,
pour négocier, pour apprendre à tenir compte aussi du manque de l’autre, pour
faire enfin des concessions.

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- Ces trois choses en impliquent une quatrième: le temps ! C’est-à-dire le temps


d’attendre, soit un délai entre la pulsion et sa résolution. C’est-à-dire qu’au lieu
de réagir immédiatement après la perception du manque (psychopathie), on
met un délai qui permet et que permet le fait de parler et de penser.
On ne peut pas tout avoir, à commencer par la mère (interdit de l’inceste) et pas n’importe
comment (interdit de meurtre), données que fonde l’expérience oedipienne.
Le sexe, qui nous oriente vers l’autre, procure du plaisir physique, mais aussi un plaisir
social, pour l’autre (être bien ensemble, dans un échange). Ces gratifications, les obtient-on
par l’échange et la négociation (position névrotique) ? Les obtient-on par la tromperie et la
négation de l’autre (position perverse) ? Les obtient-on par la dépendance à l’autre (Etat-
limite) ou enfin par la fuite définitive dans un imaginaire persécutant et mortifère (position
psychotique) où l’autre et soi-même ne sont plus que des morceaux de pulsions (sexuelles et
agressives), désordonnés et chaotiques (morcellement).

Et quelques détails de plus

- L’étayage fondamental repose, chez Freud, sur la satisfaction des besoins sexuels
(notions de pulsions et de stades). Ce qui l’oppose en particulier aux théories de
l’attachement qui proclament que les besoins sexuels sont secondaires par rapport
aux besoins d’attachement (infra). Mais aussi aux vues de Winnicott qui voit dans la
« préoccupation maternelle primaire » un besoin fondamental.
- La pathologie psychique trouve son origine dans le passé au travers des frustrations
précoces (par carence ou par excès) ou des traumatismes (abus, maltraitances) vécus.
Ces frustrations et/ou traumatismes laissent une trace.
- Cette trace dépend du stade où les frustrations et/ou les traumatismes ont été vécus.
Ceux-ci bloquent la vie psychique (fixation). Par exemple, un traumatisme important
se produit au stade oral (période où la différenciation soi/non soi s’élabore), le risque
de troubles identitaires est plus important que s’il se produit au stade anal.
- La vie psychique interne – gouvernée par les pulsions, les défenses et la vie
fantasmatique – est en rapport avec les premières expériences de la vie relationnelle.
- La pathologie mentale peut résulter d’expériences traumatiques par défaut (carences,
abus) ou par excès (empiètement).
- La psychanalyse ne se résume pas à Freud. Elle peut même remettre en question
certains aspects importants de la théorie initiale.

(Non) Scientificité de la psychanalyse ?

Un des reproches fréquemment adressés à la psychanalyse réside dans le caractère


« irréfutable » (au sens où Karl Popper l’entend) de son modèle.
Mais, ainsi que Francis Martens le constate, il s’agit moins de décrire le « vrai » que de
donner une carte et une boussole pour aborder la relation thérapeutique. Ainsi, sans la
psychanalyse, le travail avec les psychotiques se limite trop souvent à des tâches de guidances
et de conditionnement qui laissent de côté beaucoup d’aspects du vécu de ce type de patient.
Par ailleurs, le modèle analytique propose des concepts utiles pour décoder des réactions a
priori incompréhensibles de certains patients. La psychanalyse permet de sortir de la clinique
de la « folie » – où la pensée et les réactions du patient ne sont perçues que comme des
détériorations qui n’ont aucune signification – pour entrer dans une clinique de la
« psychose » où la pensée et les réactions du patient ont une histoire et un sens.

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ANNEXE I

La légende d'Oedipe13

Oedipe, fils de Jocaste et de Laïos, naît à Thèbes. Son père, le roi de la ville, l'abandonne à sa
naissance au sommet d'une colline, craignant la prédiction de l'oracle. Celui-ci avait prédit
qu'Oedipe tuerait son père et épouserait sa mère. L'enfant, les chevilles percées et attachées
par une corde à un arbre, provoque la pitié d'un berger qui le recueille et le confie à Polybe, le
roi de Corinthe, qui ne peut avoir d'enfants. La reine Péribée lui donne le nom d'Oedipe qui,
en grec, signifie "pieds gonflés".

Oedipe grandit à Corinthe jusqu'au jour où, poussé par la curiosité, il suit la route de Delphes
pour consulter l'oracle d'Apollon. Ce dernier ne lui révèle aucun secret sur ses origines et lui
annonce qu'il tuera son père et épousera sa mère. Croyant que Polybe et Péribée sont ses
véritables parents, il tente de fuir son destin. Sur son chemin, son cheval se fait tuer par le
cocher de Laïos et réagit en tuant les deux. Seul un serviteur réussit à se sauver.

En arrivant à Thèbes, Oedipe rencontre le Sphinx, monstre qui terrifie la ville. Il parvient à
résoudre les deux énigmes posées par le Sphinx et ce dernier, vaincu, se jette du haut d'un
précipice. Grâce à ses exploits, Oedipe est proclamé roi de la ville et épouse Jocaste. Ils
donnent naissance à quatre enfants.

Une épidémie, due selon l'oracle à la présence en ville du meurtrier de Laïos, s'abat sur la ville
de Thèbes. Oedipe part à la recherche du coupable mais Jocaste apprend du serviteur qui avait
pu s'enfuir que son mari est l'assassin. Jocaste, terrifiée à l'idée d'avoir épousé son fils,
s'étrangle avec un lacet. Quant à Oedipe, il s'arrache les yeux et fuit Thèbes pour trouver asile
à Athènes avec sa fille Antigone. Depuis la mort d'Oedipe, la ville est bénie par les dieux.

13 D’après http://tecfa.unige.ch/tecfa/teaching/UVLibre/9899/jeu03/Oedipe.htm

41
Chapitre 5

Théories de l’attachement

1. Prémisses des théories de l’attachement

Les théories de l’attachement puisent leur fondement dans la rencontre d’un psychanalyste
– John BOWLBY – avec l’éthologie. L'éthologie étudie l'animal dans son cadre de vie
normal et non en laboratoire comme le font les béhavioristes et néo-béhavioristes.
Les fondateurs de l'éthologie sont K. LORENZ ET N. TINBERGEN. L’œuvre DE EIBL-
EIBESFELDT représente une indispensable introduction théorique pour qui veut se
familiariser plus à fond avec la méthodologie de travail en éthologie. Les notions d'empreinte
et de territoire sont essentielles. Pour plus de détails, on se référera à LORENZ (1984) ainsi
qu’au chapitre 4 de ce cours.

Illustration : au cours – Document vidéo – « La cas de John »


Texte provisoire – Diffusion interdite

Héritages de l’éthologie

Nous avons vu au chapitre 3 que des éthologues comme LORENZ ou HARLOW avaient
apporté des contributions importantes dans la compréhension des mécanismes de base lors de
la construction du lien entre la mère et le bébé dans le monde animal.
Ainsi LORENZ a mis en évidence la notion d’« empreinte » pour désigner le phénomène
par lequel un oisillon prend, dans les heures qui suivent l'éclosion, intègre les caractéristiques
de sa mère et en même temps de son espèce et entame des comportement de « poursuite » à
l’égard de sa mère. Il a aussi mis en évidence des comportements d’appétence pour l’état de
repos, chez les oiseaux. Cette quête ne s’apaise qu’en présence d’une certaine configuration
de stimuli. Par exemple : beaucoup d’oiseaux vivant en milieu marécageux ne peuvent pas
trouver de repos tant qu’ils ne sont pas accroché à une tige, tournées vers le haut, dans un
endroit abrité. Par analogie, BOWLBY a observé des comportements d’appétence pour l’état
de repos, chez les bébés qu’il a associé au sentiment de sécurité.
De son côte, on se rappelle que HARLOW a démontré la nécessité d'un lien d'attachement
entre le bébé Rhésus et la mère, ainsi que toutes les implications qu'entraînait ce manque
d'attachement.

Héritages de la psychanalyse

Les théories de l'attachement prennent leur racine dès le début du 20ème siècle. Ainsi un
certain HERMANN, un contemporain de FERENZI, défend déjà l'idée de besoins primaires.
Le psychanalyste anglais FAIRBAIRN propose d'abandonner la théorie de la pulsion.
Anna FREUD constate quant à elle les effets terribles de la séparation durable. Aux Etats-
Unis un courant se développe et tend à dénoncer les effets de l'institutionnalisation. On
retrouve notamment à la tête de ce courant René SPITZ
L’examen des points de convergence et de divergence entre les théories de l’attachement et
la psychanalyse est très éclairant, mais dépasse le cadre du présent exposé. Retenons
toutefois que les psychanalystes estiment que l’étayage fondamental est lié à la satisfaction
des besoins biologiques et sexuels (et leur élaboration fantasmatique), les théoriciens de
l’attachement pensent que l’étayage fondamental est lié à la satisfaction des besoins
d’attachement et de tendresse.

2. Les chercheurs importants dans le champ des théories de


l’attachement

2.1. Les travaux de BOWLBY

Mais l'auteur réellement fondateur des théories de l'attachement est bien sûr John
BOWLBY. Celui-ci né en 1907 dans un milieu qu'il décrit comme aisé mais peu attentif sur le
plan affectif.
Au début, les travaux de BOWLBY ont été profondément marqués par les thèses de
DARWIN. Dans cette perspective, les théories de l'attachement, ou plus précisément les
systèmes d'attachement, procurent un avantage sélectif à l'espèce en ce qu'il garantit la
protection de la progéniture. De même chez l'humain, on observe une tendance à maintenir
une proximité entre la mère et l'enfant.

161
Texte provisoire – Diffusion interdite

Dans cette perspective, les comportements d'attachement sont destinés à favoriser la


proximité et, dès lors, à protéger l’espèce. Par exemple, les sourires et les vocalisations du
bébé sont supposés attirer l'intérêt de la mère, son enfant, de même les pleurs amènent la mère
à se rapprocher. Ces comportements semblent innés et ont pour fonction de favoriser un
attachement réciproque entre la mère et l'enfant. Ce n'est que plus tard, avec les travaux de
FONAGY ou de STERN, que le rôle du maintien d'une proximité dans le développement des
capacités de mentalisation chez l'enfant sera démontré.
Dés 1958 BOWLBY est conduit à réfuter la théorie de l'étayage la pulsion libidinale par la
satisfaction des zones érogènes, en particulier orale, (théorie de Freud) et reconsidère les faits
à la lumière de l’éthologie. Cette prise de position a été à l'origine de nombreuses
controverses entre les psychanalystes et a conduit Bowlby a quitter ce champ.
BOWLBY constate que l'attachement du bébé à sa mère et de la mère au bébé dominent le
tableau relationnel. Cet attachement résulte d'un certain nombre de systèmes comportements
caractéristiques de l'espèce. Ces systèmes s'organisent autour de la mère.
Originairement BOWLBY a décrit cinq systèmes comportementaux d’attachement innés :
sucer, s'accrocher, suivre, pleurer, sourire. Ces cinq modules comportementaux définissent la
conduite d'attachement. Ces conduites sont primaires; elle ont pour but, selon BOWLBY
(1969), de maintenir l'enfant à proximité de la mère (ou la mère à proximité de l'enfant).

John BOWLBY

Dans le domaine psychopathologique, BOWLBY a décrit, s'inspirant en partie des travaux


d’HARLOW (réactions de jeunes enfants à la séparation maternelle).
Pour BOWLBY, cette réaction à la séparation est à la base des réactions de peur et
d'anxiété chez l'homme.
Dans une perspective éthologique, BOWLBY compare ces réactions à ce qu'on observe au
cours d'expériences de séparation chez certains primates. Ceci constitue le point de départ
pour sa théorie de l’attachement. L'essentiel ici est de noter que la deuxième phase, celle du
désespoir, paraît la plus proche de ce qu'on observe chez l'animal et des manifestations
dépressives de l'adulte. Toutefois, pour BOWLBY, il ne faut pas confondre séparation et
dépression: 1'angoisse déclenchée par la séparation, les processus de lutte contre cette
angoisse (tels que colère, agitation, protestation) et la dépression elle-même, ne doivent pas
être considérés comme de stricts équivalents.
Après avoir observé les liens entre les troubles du comportement et l'histoire des enfants en
institution, il travaille avec WINNICOTT et s'occupe du suivi d'enfants placés. En 1948, il
rédige un rapport pour l'OMS (Organisation mondiale de la santé) qui concerne les enfants
sans famille, problème particulièrement crucial dans l'Europe d'après guerre. Ce rapport
intitulé "Maternal care and mental health" défendait l'idée que les carences de soins maternels
avaient des effets péjoratifs sur le développement de l'enfant. Il constate qu’ultérieurement ces
enfants souffrent de relations affectives, ont des problèmes de concentration intellectuelle,
sont inaccessibles à l'autre et peuvent présenter une absence de réaction émotionnelle. Bien

162
Texte provisoire – Diffusion interdite

que ce rapport le rende célèbre, ses théories ont apporté une polémique avec les mouvements
féministes, avec les milieux hospitaliers et avec les collègues psychanalystes.
En 1946, BOWLBY travaille à la Tavistock Clinic à Londres au sein d’un orphelinat. Son
attention fut très vite attirée par le niveau anormalement élevé de mortalité chez les jeunes
enfants, en particulier entre 5 et 12 mois.
Les soins qu’ils recevaient ainsi que les conditions sanitaires de l’établissement étaient
pourtant satisfaisants. Il ne semblait donc pas y avoir de cause objective à cette surmortalité.
Spitz s’aperçut alors que la mort ne venait qu’achever un processus qui exprimait une
rupture de la communication de l’enfant avec son environnement : Cela commençait par des
problèmes de nutrition jusqu’à un refus complet d’alimentation. Le bébé devenait également
inexpressif, bougeait de moins en moins, avec une atonie du corps et du visage. Au bout de ce
cycle, l’enfant devenait si vulnérable que n’importe quelle maladie pouvait l’emporter. Spitz
parlera alors de syndrome d’hospitalisme pour désigner ce marasme psychique de l’enfant.
Cependant, ce syndrome ne touchait pas tous les bébés de la tranche d’âge observée. Ceux
qui étaient considérés par le personnel comme les plus « difficiles », les plus agités, donc ceux
qui sollicitaient le plus l’intervention des infirmières n’étaient pas touchés par ce syndrome.
C’était plutôt les bébés que l’on qualifie de « sages » qui étaient concernés.
Spitz en déduit alors que ce qui instituait la différence, c’était la fréquence des interactions
que le bébé avait avec les adultes qui s’occupaient de lui, et que ces interactions étaient vitales
aussi bien physiquement que psychiquement, apportant l’amour et la sécurité affective
nécessaire au développement de l’enfant. De là la formule de Spitz devenue célèbre : «
L’amour maternel est aussi important que le lait ».
Cette observation doit nous faire réfléchir face à des patients « difficiles ». De tels
comportements ont pour effet d’attirer l’attention du personnel soignant et d’accroître les
interactions le patients. « Mieux vaut une interaction conflictuelle que pas d’interaction du
tout » semble être le « leitmotiv » qui gouverne le comportement de tel patient ! ce type de
stratégie de « coping » sensé protéger la personne de l’abandon peut parfois produire l’effet
contraire : le rejet ! Ce « leitmotiv » est susceptible d’expliquer, du moins en partie, pourquoi
certaines femmes s’accrochent à un partenaire violent (Femmes battues) ou encore pourquoi
bon nombre des enfants maltraitants supportent en silence des parents violents !

Fonctions de l’attachement

Ces fonctions ont pour but d’assurer protection et réconfort à l’enfant, en particulier
lorsque celui-ci perçoit une menace. Cette menace peut être réelle ou simplement perçue
comme telle (un bruit soudain et inhabituel). Elle peut provenir du monde extérieur ou de
perceptions corporelles désagréables (faim, froid, coliques et bientôt de l’« imagerie »
mentale que l’enfant à propos de ses relations avec le monde).
Si les réponses de l’entourage sont appropriées, l’enfant, il développera un sentiment de
sécurité stable qui lui donneront le désir et la confiance pour explorer le monde. Au cours de
cette exploration, des surprises l’attendent, tantôt agréables, tantôt désagréables. Dans ce
second cas, l’enfant revient régulièrement vers la mère afin de restaurer un niveau de sécurité
puis il repart en exploration. Ce schème, répété un certain temps, conforte le bébé, renforce
sa sécurité de base et lui permet d’élargir son champ d’expérience et d’exploration.

163
Texte provisoire – Diffusion interdite

A
partir de
cette

Lors de ce processus, l’attitude « secure » de la mère est fondamentale. Dans ce cas, le


bébé constate que sa mère est présente, attentive. Elle encourage à ses expériences et perçoit
que celle-ci, face à ces expériences, demeure sereine. De nouvelles compétences peuvent
alors émerger grâce aux expériences nouvelles. L’enfant intériorise la confiance de la mère et
développe une confiance en lui et en un monde globalement intéressant et stable. On
considère alors qu’il s’agit d’un enfant secure.
Il importe d’ajouter que l’attitude « secure » de la mère est à la fois liée à ses expériences
avec sa propre mère dans le passé, mais aussi à la qualité de son milieu humain actuel :
conjoint, famille, amis, etc.
Par contre, lorsque les réponses de la mère et de son entourage aux besoins d’attachement
de l’enfant ne sont pas adéquates, l’enfant se développe moins bien. Il fait moins
d’expériences ! Il explore moins le monde car il a besoin de davantage de réconfort. Dans les
cas extrêmes, il risque de développer un attachement de type insécure.

2.2. Les travaux de M. AINSWORTH – La Strange Situation Procedure

C'est à Marie AINSWORTH une psychologue canadienne que l'on doit une prolongation
expérimentale des théories de BOWLBY.
En 1960, elle met au point une situation standardisée – La Strange Situation Procedure
(S.S.P.) est constituée de sept épisodes de 3 minutes. Cette étude a clairement mis en relation
les catégories d'attachement qui sont au nombre de trois à cette époque et le style de
maternage.
D'autres chercheurs tels que BRETHERTON ou SROUFE, qui sont élèves de
AINSWORTH, vont mener une série d'études qui montreront les corrélations de
l'attachement secure avec les relations au père et avec la capacité d'ajustement au milieu.

164
Texte provisoire – Diffusion interdite

La Strange Situation Procedure (S.S.P.)

Illustration : au cours – Document vidéo – « La Strange Situation Procedure » (B.


Pierrehumbert/S. Lebovici)

But : éliciter des comportements d’attachement chez des enfants de 1 an


A. Un « étranger » fait entrer l’enfant et un parent dans une pièce inconnue (un labo)
puis laisse ces deux-ci seuls.
B. l’étranger revient, parle avec le parent puis s’approche de l’enfant
C. le parent laisse l’enfant seul avec l’étranger
D. le parent revient lorsque l’étranger sort
E. le parent laisse l’enfant seul.
F. l’étranger revient
G. le parent revient et l’étranger sort

La manière dont l’enfant se comporte au moment où il se trouve réuni à son parent montre
comment il a vécu les séparations et comment le parent arrive à l’apaiser. Cette procédure
permet de classer les enfants dans une des catégories suivantes :
A. secure (Fréquence : 60%)1
B. insecure/anxieux-évitant (15%)
C. insecure/anxieux-ambivalent (10%)
D. insecure/désorganisé-désorienté (Catégorie D) (15%)2

1
Fréquence relativement stable dans les pays occidentaux.
2
Cette catégorie ayant été mise en évidence ultérieurement, les sujets de cette catégorie ont été d’abord répartis
dans les 2 autres groupes insecures.

165
Texte provisoire – Diffusion interdite

Figure 1 - Proportion d’enfants pour chaque style d’attachement 3

Codage

Un enfant sécurisé (secure) fera confiance au parent, ne pensera pas qu’il est abandonné et
anticipera la scène où il se verra conforté. Même s’il marque quelque désappointement d’être
laissé seul, il sera rapidement réconforté par le retour du parent. On observe généralement les
comportements suivants : protestations lors des séparations (surtout la seconde) ; accueil
enjoué de la mère à son retour ; l’enfant reprend ses jeux après avoir été réconforté.
Un enfant insécurisé (insecure) se comportera de manière différente selon la nature de son
angoisse (types A, C ou D). On observe généralement les comportements suivants dans le
groupe B (évitant) : l’enfant semble peu affecté par la séparation ; il évite les contacts ; il
n’accueille pas sa mère au retour de celle-ci ; il se focalise sur son jeu. On sait pourtant que
ces enfants sont déjà aux prises avec un niveau de stress élevé dans les premiers mois de la
vie. En effet, Gunnar et al (1996) ont montré que les lignes de base de cortisol étaient plus
élevées chez des nourrissons exposés à l'insécurité, en particulier ceux du groupe B.
Dans le groupe C, l’enfant montre de la détresse lors des séparations (anxiété); il mélange
la recherche de contact et le rejet coléreux (ambivalence) ; il est difficile de le réconforter lors
des retrouvailles.
Le groupe D se manifeste par des comportements à la fois du groupe A et C, sans grande
cohérence (désorganisé) avec des attitudes bizarres et stéréotypées.

Validité et fidélité

La procédure exige une formation importante. À cette condition, la fiabilité interjuges est
bonne. La stabilité à court et moyen terme est également bonne. On considère aujourd’hui
que la Situation Etrange (S.S.P.) n’est peut-être pas aussi adaptée pour évaluer la relation
père-enfant que pour évaluer la relation mère-enfant (les pères prodigueraient la sécurité par
d’autres moyens).
3
https://saylordotorg.github.io/text_introduction-to-psychology/s10-growing-and-developing.html

166
Texte provisoire – Diffusion interdite

On s’est demandé si ce qui était mesuré n’était pas tant la sécurité d’attachement que la
capacité ou la volonté de l’enfant à contrôler son anxiété. Toutefois les corrélations trouvées
par AINSWORTH entre les comportements durant la S.S.P. et les comportements à la maison
ne plaident pas en faveur de cette hypothèse. La S.S.P. semble donc bien mesurer la sécurité
d’attachement.

Signification psychopathologique des catégories

Les catégories « insecure/anxieux-évitant » et « anxieux-ambivalent » (et a fortiori,


« secure ») n’ont aucune prétention prédictive sur le plan psychopathologique. Elles
témoignent tout simplement de stratégies plus ou moins satisfaisante face à des sources
d’anxiété.
Par contre, la destin des enfants de type « insecure/désorganisé-désorienté » ont une
destinée plus préoccupante. Sans mécanismes « correcteurs » par la suite, il semble qu’
arrivés à l’âge, un certain nombre d’entre eux présentent des risques de troubles mentaux
(infra). Il importe donc de les identifier dès que possible afin de mettre en place des mesures
de prévention.
Les nourrissons qui manifestent des états cataleptiques - suspension complète du
mouvement volontaire (freeze) – ou encore qui se frappent la tête, ou des battements de mains
doivent attirer l’attention. En général, ces comportement se maintiennent même en présence
du soignant (parent, tuteur, infirmier).
Et pour cause, car il est généralement admis que, pour ces enfants, le « soignant » ait servi
à la fois de source de la frayeur et de réconfort. Il en résulte que l'activation du système
d'attachement se soit déclenché dans des contextes contradictoires. Il n’est donc pas étonnant
que ce type soit souvent lié à une histoire de négligence grave ou de violence physique ou
sexuelle ( Main et Hesse, 1990).

Parents effrayants

Un parent « effrayant » ne pas nécessairement un parent sadique ou activement maltraitant.


Le plus souvent, il s’agit plutôt d’inadéquation marquée. En principe, toute expérience de
stress – inévitables dans le monde réel -, surtout s’il est intense, doit être suivie d’une
expérience de réassurance et de réconfort. Ils protègent, donne un sens à la source de stress,
la relativise. Par leur attitude confiante, enseignent à l’enfant que cette source de stress n’est
pas dangereuse ou lui apprennent comment éviter ou atténuer le stress.
Dans ces conditions, l’enfant apprend à maîtriser ses peurs et à gérer son stress.
Mais si le ou les parents ne remplissent plus cette fonction de réconfort, alors les sources
de stress, même bégnines, deviennent des sources d’effroi : une forme de peur insurmontable
qui submerge les capacités de pensée et d’action et altère le système nerveux.
Un parent peut devenir effrayant parce qu’il est lui-même submergé sur le plan
psychologique (mère dépressive ou psychotique, parents toxicomanes ou alcooliques,
situation de grande précarité sociale, handicap mental, etc). En générale, la famille ou, à
défaut, la société prend le relai et les enfants ont des chances de s’en sortir. Sauf si la famille
ou la société soient elles-mêmes défaillantes. Il suffit, pour s’en convaincre, d’effectuer une
petite recherche afin de voir ce que sont devenus les enfants abandonnés sous le régime de
Ceaușescu en Roumanie durant les années 60-89.

167
Texte provisoire – Diffusion interdite

En l’absence de réconfort, de tuteur de résilience dirait Boris Cyrulnik, ces enfants doivent
affronter non seulement des sources externes de stress (bruits soudains, étrangers, …) mais
aussi internes (rage, colère et même la haine comme nous le verrons avec Mélanie Klein en
master).
Les enfants doivent alors faire face seuls à ces affects intenses et pénibles. Ils ont peur de
mourir ou d’être détruits et d’éclater en morceaux. Nous avons vu au chapitre 2 que dans ces
cas, ces expériences d’effroi abiment le système nerveux, en particulier, les hippocampes où
siège la mémoire épisodique. Il s’agit d’une donnée qui va être exploitée par Mary Main.

168
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2.3. Les travaux de M. MAIN – L’Adult Attachement Interview (A.A.I.)

Aux alentours des années 1982, une autre élève de AINSWORTH, Mary MAIN, qui est
basée à Berkeley en Californie, mène une étude sur quarante familles de niveau social moyen
et dont les enfants ont été suivis de la naissance jusqu'à l'âge de 6 ans. Elle met au point avec
son équipe un entretien structuré qu'elle utilise avec les mères, tandis qu'elle utilise la
situation étrange pour observer les relations mère-enfant. Avec son équipe, elle a ensuite
procédé à la transcription et au codage des entretiens avec les parents. Ils sont alors frappés
par la correspondance entre la classification de la sécurité de l'enfant et les récits des parents.
L’entretien structuré et la technique de codage qui va avec est appelé "Adult attachement
interview" (AAI). Des illustrations de ce questionnaire et du principe de codage seront
présentées au cours.
Cette procédure permet de classer les sujets dans une des catégories suivantes :

A. secure-autonome (Catégorie F comme Free-autonomous) (58%4)


B. insecure/détaché (Catégorie Ds comme Dismissing) (24%)
C. insecure/préoccupé (Catégorie E comme Enmeshed, preoccupied) (18%)
D. insecure/désorganisé-désorienté (Catégorie U comme Unresolved loss)5.

Il est frappant que cette répartition est a peu de choses près identique dans toute les culture
ce qui suggère qu’il s’agit d’une constante anthropologique.

Codage

Les sujets secures font des récits cohérents6 de leur passé (même difficile) et ont la
possibilité d’explorer librement leurs pensées. Ils ont accès à l’ensemble de leur souvenir ; ils
portent un regard objectif sur leurs relations, sans tenter de reformuler leur histoire selon un
modèle plus désirable, sans tenter d’idéaliser, de nier, de justifier ou minimiser les actes de
leurs parents. Ils identifient bien les incidences émotionnelles des expériences négatives sur
leur vécu actuel. Au niveau de la forme du discours, ces sujets respectent les principes de
GRICE7, en particulier le principe de coopération.
Les sujets insecures-détachés font des récits qui sont incohérents (les anecdotes racontées
contredisent les appréciations générales qu’ils formulent à l’égard de leur lien avec les figures
d’attachement). Les récits sont également très pauvres : ils évitent la discussion sur les
questions d’attachement ; ils évitent toute évaluation négative de leurs parents et de leur
enfance ou font des tentatives exagérées pour tenter de justifier les actes parentaux. Ils se
montrent souvent incapables de se souvenir. Et lorsque le souvenir persiste malgré les
défenses, les cognitions sont isolées des émotions ; le sujet semble désaffecté. Enfin, ils ne
peuvent mesurer l’impact de leurs expériences passées sur leur vécu actuel. Au niveau de la
forme du discours, ces sujets transgressent la maxime de quantité (discours pauvre, évasif) et
de qualité (récits qui ne s’appuient pas sur des événements probants).
Les sujets insecures-préoccupés font des récits très fournis mais « à côté du sujet »
(quantité excessive d’informations, digressions). À l’inverse des « détachés », ils semblent
envahis sur le plan émotionnel (tristesse profonde, colères mal contenues, irritation, manque

4
D’après van IJZENDOORN at al. (1986), cité par MILJKOVITCH (2001).
5
Cette catégorie ayant été mise en évidence ultérieurement, les sujets de cette catégorie ont été d’abord répartis
dans les 2 autres groupes insecures.
6
Entre mémoires sémantiques et épisodiques.
7
Cfr Annexe

169
Texte provisoire – Diffusion interdite

de recul) par leur histoire. Ils ne semblent pas encore dégagés de leurs relations, s’expriment
souvent de façon infantile, ont tendance à répéter les propos tenus jadis par les parents. Il leur
est difficile d’être autonome et de penser par eux-mêmes. Au niveau de la forme du discours,
ces sujets transgressent la maxime de pertinence (répondent à côté).
Les sujets désorganisés produisent des récits désorganisés tant sur le plan de la forme que
du contenu. Les repères temporels et spatiaux sont brouillés (le clinicien a lui-même des
difficultés pour rétablir la chronologie). Lorsqu’il évoque des événements traumatisants
mêmes anciens, le sujet semble revivre la situation comme si elle se produisait maintenant
(effet de persistance). Les souvenirs sont principalement constitués d’images sensorielles8.
Le sujet semble parfois perdre le contact avec la situation d’entretien.
L’utilisation de l’ Adult Attachment Interview dans des contextes cliniques a montré que
les expériences traumatiques et de perte est très commune dans les échantillons psychiatriques
(Steele & Steele, 2000). En particulier, le sujet “états-limites” sont fréquemment associés à
des interviews de type “unresolved and insecure-preoccupied interviews”. Les troubles
alimentaires sont liés à des interviews de type unresolved and insecure-dismissing interviews.
Les sujets suicidaires ont souvent des protocoles de type unresolved and ‘disorganised’
interviews. En psychologie légale, les prisonniers incarcérés à la suite de crimes présentent
une incidence élevée d’abus durant l’enfance une prévalence importante de profils insécures
(dismissal and/or preoccupation). L’AAI ne doit toutefois pas devenir un instrument de
diagnostic. Néanmoins, il peut être utile pour identifier des profils inter-personnels
particuliers parmi des sujets porteurs par ailleurs de symptômes identiques.
On trouvera en annexe III la synthèse des styles d’attachement lors de l’AAI/

2.4. Correspondances entre SSP et AAI

Main (1998) résume ces correspondances dans le tableau qui suit.

8
. Dans certaines situations, cela peut aller jusqu’à des vécus hallucinatoires ou des phénomènes de
dépersonnalisation.

170
Texte provisoire – Diffusion interdite

2.5. Les travaux de MONTAGNER (1988)

Des équipes de plus en plus nombreuses effectuent des recherches sur le nourrisson et le
jeune enfant en s'inspirant des principes éthologiques. Ces études se centrent en général sur
les interactions mère-enfant ou entre enfants du même âge (observations dans les écoles
maternelles ou les crèches). L'accent est mis sur les comportements préverbaux de l'enfant, les
travaux récents cherchant à « décrypter » un véritable code de communication préverbale.

Montagner étudie les comportements entre enfants et définit diverses séquences


comportementales. Il distingue ainsi parmi les interactions entre enfants des séquences
comportementales qui ont pour but d'apaiser et de créer des liens (offrande, caresse, baiser,

171
Texte provisoire – Diffusion interdite

inclinaison latérale de la tête...) et des séquences qui entraînent une rupture de lien, un recul,
une fuite ou une agression (ouverture de la bouche avec émission d'une vocalisation aiguë et
projection en avant d'un bras ou d'une jambe). En fonction de la fréquence d'occurrence de ces
conduites, Montagner décrit divers types comportementaux (leaders, dominants agressifs,
dominants fluctuants, dominés craintifs, dominés agressifs...) qui semblent en partie corrélés
au type d'attitude de la mère et changer avec l'attitude de cette dernière, du moins jusqu'à 3
ans. Toutefois cet essai de typologie n'est pas admis par certains auteurs.

Etudes des interactions sociales des enfants à la crèche. Analyse films image par image: 90
comportements (descriptions physiques = acte matériel qui indique les descriptions
fonctionnelles) – 6 catégories (descriptions fonctionnelles):
1. Offrandes
2. Sollicitations
3. Menaces
4. Actes de saisie
5. Agressions
6. Isolements

Ces patterns élémentaires peuvent être relativement observés en institution psychiatrique


avec certains patients ou encore dans certaines communautés, voire entre collègues !

2.6. Le jeu trilogique de Lausanne

Le rôle du père étant mieux établi de nos jours, qu’en est-il des relations dans le cadre
triadique ?
Une méthode consiste à procéder à des mesures liées aux contenus des échanges non-
verbaux. Ce type de communication est effet moins susceptible de subir les biais liés à la
conscience d’être observé. (C’est pour cette raison que la communication non-verbale a attiré
l’attention des chercheurs s’intéressant au mensonge).
Le jeu trilogique de Lausanne développé par et son équipe (FIVAZ-DEPEURSINGE & al.
, 2001) constitue une illustration remarquable de ce type d’approche.
FIVAZ-DEPEURSINGE (2001) a développé un système d’observation et codage des
interactions parent-nourrisson (triangle primaire). Compte tenu de la grande spécificité de
cette approche, celle-ci sera abordée dans le cadre des travaux pratiques.

172
Texte provisoire – Diffusion interdite

L’observation comprend quatre parties :


- La mère joue avec le bébé et le père passif (tiers)
- Le père joue avec le bébé et la mère passive (tiers)
- Le père et la mère jouent avec le bébé
- Le père et la mère discutent ensemble sans s’occuper du bébé

L’analyse des interactions se fonde sur quatre fonctions du jeu trilogique :


- La participation : est-ce que chacun est inclus dans le jeu ?
- L’organisation : est-ce que chacun joue bien son rôle ?
- La focalisation : est-ce que chacun suit le jeu ?
- Le contact affectif : est-ce que chacun est accordé émotionnellement ?

La réponse à ces questions permet de classer les triades en 5 catégories d’alliance :


coopérative, tendue, stressée, collusive ou désordonnées.
L’originalité de cette approche réside dans le fait que ce que l’on tente observer cible la
triade père-mère-enfant au lieu de se concentrer uniquement sur la relation mère-enfant. Elle
intègre par ailleurs l’influence de l’observateur sur l’observation. Elle se fonde enfin sur les
comportements non-verbaux.
Cette étude crée des ponts entre l’approche systémique et la psychologie
développementale. Elle nous aide à cerner l’importance de l’intersubjectivité, de l’alliance
coparentale et de la compétence du nourrisson.

173
Texte provisoire – Diffusion interdite

3. La représentation de l’attachement - Les modèles internes


opérants (M.I.O.)

3.1. La fonction symbolique

On se rappelle que la fonction symbolique se développe progressivement. Ainsi, le


nourrisson n'est pas capable de construire des structures symboliques. Il est par contre capable
d'intérioriser des séquences d'événements. À ce stade, l'enfant partage avec les animaux la
caractéristique de ne répondre qu'à des paramètres présents dans la réalité environnante.
Comme PIAGET l'a montré, l'intériorisation des schèmes d'action contribue à la construction
de la fonction symbolique. Dès lors, l'enfant est capable de réagir indépendamment des
éléments présents c'est-à-dire qu'il est capable de revenir sur des éléments passés ou
d'anticiper des éléments futurs.
Parmi ces représentations il y a les modèles relationnels qui aident à comprendre le
comportement de son entourage et à anticiper celui-ci. C'est ce que BOWLBY "modèle
interne opérant" (M.I.O).
Nous avons vu que pour BARTHOLOMEW, il y a lieu de distinguer le modèle de soi et le
modèle d'autrui. Le modèle de soi se réfère à des images de soi comme étant plus ou moins
digne d’être aimé, le modèle des autres se réfèrent quant à lui à des images de l'autre comme
étant plus ou moins attentif et sensible à nos besoins.
Signalons enfin que le M.I.O est un concept qui est lié au concept de permanence de l'objet
chez PIAGET. En effet c'est dans la mesure où l'enfant a acquis la permanence de l'objet, il
peut accepter la disparition provisoire de la figure d'attachement sans crainte qu'il s'agisse
d'un abandon.

3.2. Stratégie primaire et stratégie secondaire

MAIN a introduit la distinction entre stratégie primaire et stratégie secondaire. Les


stratégies primaires sont innées et sont constituées d'un répertoire de comportements
d'attachement dont la fonction est de maintenir la mère à proximité.

Illustration : au cours – Document vidéo – « bébé appelant mère.mov »

Les stratégies secondaires, par contre, constituent une adaptation du comportement en


fonction du plus ou moins grand succès que l'enfant a rencontré dans ses expériences visant à
maintenir cette proximité.
Ces adaptations secondaires peuvent conduire l'enfant à minimiser (stratégie de
minimisation) ou à maximiser (stratégie de maximisation) le système d'attachement. Ces
stratégies apparaissent lorsque les stratégies primaires ne suffisent plus à obtenir le réconfort
et la proximité de la mère.
La stratégie de minimisation conduit à l'inhibition du système d'attachement lorsque la
mère ne supporte pas les demandes affectives de l'enfant. Dans ce cas de figure, l'enfant
constate que ses demandes affectives ont plutôt tendance à éloigner la mère. Les
comportements de détachement et d'évitement auraient alors pour fonction de soulager la
mère et de rendre plus tolérable pour celle-ci un rapprochement avec l'enfant. Poussée à
l'extrême cette stratégie de détachement correspond à un renoncement de l'espoir à être
protégé et rassuré.

174
Texte provisoire – Diffusion interdite

Au contraire, les stratégies de maximisation contribuent à hyperactiver le système


d'attachement. Constatant qu'une réponse est obtenue de la mère uniquement lorsqu’il
manifeste une détresse extrême, l'enfant apprend progressivement à augmenter l'intensité des
signaux de détresse qu'il émet. Le profil de ses enfants est plutôt un profil anxieux et
préoccupé. Cette attitude empêche par ailleurs l'enfant d'explorer et de s'intéresser au monde
extérieur.
Une dernière stratégie dite désorganisée résulte d'un conflit entre deux stratégies
incompatibles. Ceci se produit en particulier lorsque l'enfant a peur de sa mère ou lorsqu'il a
peur pour sa mère. Lorsque l'enfant a peur de sa mère, il se trouve alors dans la situation
paradoxale où il est amené à chercher du réconfort auprès d'une figure qui en même temps
l'effraie. C'est par exemple ce qui se produit avec des mères maltraitantes. La situation où il a
peur pour sa mère se rencontre plutôt lorsqu'on a affaire à des mères traumatisées ou
endeuillées. Dans ce cas de figure, il se trouve également dans la situation paradoxale où il a à
chercher du réconfort auprès d'une mère dont il sent que sa quête de réconfort perturbe et
éloigne celle-ci.
Théoriquement les M.I.O. sont mis à jour au fur et à mesure des nouvelles expériences de
l'enfant. Néanmoins plusieurs problèmes se posent.
Premièrement, on observe que généralement les personnes ont tendance à percevoir les
événements au travers des premiers M.I.O. qu'ils ont construits. Deuxièmement, on peut
assister à l'organisation d'un système défensif. BOWLBY a introduit le concept d'exclusion
défensive pour désigner le mécanisme qui consiste à ne pas traiter les informations gênantes
pour le système déjà constitué. Dans ces conditions, les M.I.O. ne sont pas mis à jour.
Deux origines sont possibles à ce phénomène. La première correspondant aux interdits
parentaux. Par exemple, une mère peut se montrer hostile lorsque son enfant manifeste des
sentiments négatifs qu'ils soient dirigés ou non contre elle. Alors qu'elle peut se montrer
présente et chaleureuse lorsqu'il est gai. En conséquence l'enfant intériorise cet interdit
implicite d'extériorisation des sentiments négatifs. Il ira dès lors dans le sens des attentes
parentales pour ne pas être confronté à un sentiment de culpabilité ou de honte. L'autre
origine correspond à une stratégie d'évitement des informations qui risqueraient de confronter
l'enfant à un sentiment de tristesse ou d'angoisse.

3.3. La transmission transgénérationnelle des M.I.O.

L'imperméabilité aux expériences explique pourquoi certaines personnes semblent répéter


des schèmes interactionnels qui manifestement leur sont nocifs. Tout se passe comme si elles
continuaient à fonctionner comme elles le faisaient avec leur première figure d'attachement.
Par exemple, une personne qui a été maltraitée durant son enfance aura tendance, une fois
adulte, à choisir un partenaire dans ces relations de couple où l'un des partenaires est soumis
et impuissant et l'autre contrôlant et insensible.
Le même type de schéma peut également se reproduire entre le parent et l'enfant. Dans la
mesure où le parent a été amené à exclure défensivement certaines informations, l'adulte
régule alors son comportement en fonction de ses propres schémas et non en fonction de ce
qu'exprime l'enfant. C'est à ce moment qu'on peut parler de transmission
transgénérationnelle.
Selon les auteurs de la théorie de l'attachement, cette transmission n'est cependant pas une
fatalité. Les M.I.O. peuvent toujours être révisés. Cette opération ne va cependant pas de soi
et exige un milieu sécurisant telle une bonne alliance thérapeutique en cas d'une
psychothérapie. Dans un tel contexte, l'évocation des épisodes douloureux devient moins
dévastatrice.

175
Texte provisoire – Diffusion interdite

3.4. La pluralité des modèles internes opérants

Existe-t-il un ou plusieurs modèles internes opérants par personne ? Si cela semble être le
cas chez le jeune enfant, cela est moins clair en ce qui concerne l'adulte. Selon MAIN chacun
développerait un état d'esprit général. Cela supposerait qu'un seul modèle de l'enfance soit
retenu. L'autre alternative consisterait à penser que différents modèles développés durant
l'enfance fusionnent en un seul mais dans ces conditions on pourrait alors se demander
comment un sentiment de soi pourrait émerger dans de telles circonstances.
Néanmoins c'est ce que propose CRITTENDEN (1990) qui suggère que nous disposons
d'un méta-modèle c’est-à-dire d'un modèle généralisé qui comprendrait en même temps
plusieurs sous-modèles, chacun spécifique à une relation donnée. Cette notion serait
compatible avec la notion de faux self chez WINNICOTT ou du clivage de la personnalité.

3.5. Stabilité des M.I.O.

Nous avons vu que les M.I.O. étaient relativement stables durant la vie adulte en dehors de
la survenue d'événements particuliers. Il est donc plus que probable que ces M.I.O. vont
structurer et organiser les relations amicales et amoureuses de l'adulte.
Elles vont l'organiser lors du choix du partenaire et de la rencontre mais aussi dans la suite
de la construction ou de la non-construction de la relation de couple. Ainsi si lors de la
rencontre et des périodes dites de flirt c'est le système d'attachement qui est surtout activé, on
va observer si la relation se poursuit à un rééquilibrage entre le système d'attachement et le
système exploratoire.
Une autre forme d'équilibre doit également être trouvée entre les deux partenaires en tant
que chacun est à la fois donneur et receveur du soutien, d'attention, de sécurité et d'amour.
Un troisième d'équilibre doit être trouvé entre quatre systèmes de comportement à savoir la
reproduction, l'attachement, la sexualité et les soins parentaux. Bien souvent, les qualités du
partenaire idéal sont celles qui sont liées au partenaire qui saura réduire l'inconfort de l'autre
partenaire ou éventuellement qui respectera ses modalités défensives.

3.6. Discussion autour de la notion secure/insecure

Signification de l’attachement secure

Un enfant secure est un enfant qui sait utiliser l’adulte comme base de réconfort pour
s’ouvrir au monde et aux autres. En ce sens, le concept d’attachement s’oppose à celui de
dépendance. Un enfant dépendant, au contraire, a sans cesse besoin de réconfort et il n’est
jamais satisfait de ce que l’adulte lui donne. Envahi par une éternelle quête de réconfort, il ne
peut mobiliser son énergie pour explorer, s’ouvrir au monde et aux autres.

Normal ou pathologique

Il serait hâtif de décréter que les enfants secures seraient normaux et que les enfants
insecures seraient anormaux. S’il est vrai que les personnes secures sont moins nombreuses
dans les groupes cliniques, les stratégies relationnelles de maximisation (insecure/anxieux) ou
de minimisation (insecure/détaché) constituent au contraire des adaptations réussies face à des
situations difficiles.
Le caractère « pathologique » est moins lié à l’appartenance à une catégorie qu’au prix que
l’enfant paie pour s’adapter. En d’autres termes, tout dépend de l’intensité et du coût des

176
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stratégies dites « insecure ». C’est pourquoi, dans la perspective clinique, une évaluation
dimensionnelle est préférable à une évaluation catégorielle.

4. Implications psychothérapeutiques

4.1. Apports aux psychothérapies en général

Le contexte d'une psychothérapie peut être assimilé à une situation où l’on établit une base
de sécurité suffisante. Il s'agit également d'une situation de séparation/retrouvaille. C'est donc
la discontinuité même des rencontres avec le psychothérapeute qui crée un contexte propice à
faire émerger les problématiques de séparation et de retrouvaille.
Ceci est important à noter dans la mesure où dans les contextes institutionnels, en présence
d'éducateurs ou d'infirmières, le dispositif de soins s'inscrit dans une continuité. Cette
continuité peut être rendue nécessaire pour certains patients. Néanmoins elle n'est pas la
panacée universelle et c'est dans de tels contextes que le travail du psychothérapeute peut
inscrire une forme de différenciation dans le dispositif de soins : la discontinuité dans la
continuité9.
Dans la perspective des théories de l'attachement, la place de la réalité c'est-à-dire des faits
réellement vécus par le client dans son enfance a beaucoup plus d'importance que dans
l'approche psychanalytique. Ceci est lié, nous l'avons vu, au fait que Freud a substitué la
théorie du fantasme à la théorie de la séduction.10
Le contexte de la psychothérapie est susceptible d'activer le système d'attachement dans la
mesure où il s'agit d'une rencontre d'une personne en recherche de soins et d'une personne
pourvoyeuse de soins. Cette situation surtout si la personne se présente en situation de
vulnérabilité, de crise, a toutes les chances de mobiliser chez l'un et chez l'autre les stratégies
d'attachement typique. Le patient peut alors faire une expérience de soins qu’il n'avait jamais
vécue jusqu'alors. C'est alors que l'on peut parler d'une expérience émotionnelle correctrice.
Le concept d'alliance thérapeutique largement développé en systémique peut être envisagé
ici comme un équivalent de la base de sécurité que le psychothérapeute établit avec le patient.
On peut parler d’une expérience relationnelle correctrice dans la mesure où le thérapeute
s’engage dans un mode relationnel différent de ceux affichés par les figures d'attachement
habituelles du patient. Il existe aussi un attachement du psychothérapeute au patient et qui
peut renvoyer au concept de contre-transfert.
Le thérapeute invite le patient à une forme d’auto-réflexion, d'exploration de son passé qui
devrait permettre une prise de distance par rapport à ses modes habituels de pensée et qui
devrait permettre l'établissement de nouveaux modèles internes opérants.
La relation avec le thérapeute peut aussi être assimilée à une forme de partenariat corrigée
quant au but (voir ce concept ci-dessus). Le thérapeute est en outre une sorte de compagnon
qui peut supporter et contenir les émotions intenses. Il est enfin comme la figure
d'attachement espérée, disponible, fiable. Pour certains patients, cette expérience de stabilité
peut être entièrement nouvelle et inconnue pour eux.

9
.En centre de jour, c’est l’inverse : on installe une continuité dans la discontinuité.
10
Pour un auteur comme Alice Miller la théorie du fantasme a fait beaucoup de dégâts et a largement contribué
à l'absence de reconnaissance des faits d'abus et de maltraitance sexuelle.

177
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Parallèle avec la relation thérapeutique

Un patient en difficulté et qui consulte un clinicien, va entamer un cycle exploration-


attachement un peu sur le même modèle que la relation mère-bébé.
D’abord envers son thérapeute qui, au départ, fait partie d’un monde externe à explorer !
« Puis-je lui faire confiance ? », « Suis en sécurité avec lui ? ».
Ensuite, le thérapeute peut jouer un rôle similaire à celui de la mère du patient. Plus
précisément, le patient, surtout lorsque celui-ci se trouve dans une position très régressée, peut
éventuellement associer son thérapeute à ses représentations maternelles (notion de transfert).
Comme dans le cas du bébé, le patient constate que son thérapeute est présent, attentif. Il
encourage à ses expériences – exploration de son inconscient, de ses peurs, de ses souvenirs
douloureux, etc - et perçoit que celle-ci, face à ces expériences, demeure serein et stable.
C’est cette attitude du thérapeute que l’on peut rapprocher de la notion de “contenance” dans
l’approche psychanalytique.

4.2. Théorie de l'attachement et thérapie familiale

Pour les spécialistes de théorie de l'attachement le travail thérapeutique est une co-
construction. En effet, ils travaillent avec le sujet à la construction d'une histoire cohérente de
sa propre vie. Il s'agit de l'acquisition d'une compétence narrative. Cette approche fait songer
à l'approche constructiviste et surtout constructionniste dans le champ des thérapies
systémiques. Ceci n’est pas le fruit du hasard dans la mesure où ces deux approches,
constructivisme/constructionnisme et théories de l'attachement, ont une base : l'influence du
philosophe GRICE (Cfr Annexe II).
DE SON COTE, BYNG-HALL a tenté la jonction entre théorie de l'attachement et
thérapie familiale. Il introduit notamment le concept de scripts familiaux. Il s'agit de
scénarios, de séquences interactionnelles où les schèmes d'attachement sont répétés. Il
propose un travail dont la philosophie consiste à réécrire avec la famille ces scripts familiaux.
Dans le même esprit, BYNG-HALL (1995)11 a mis au point le « Family Separation Test »
(F.S.T.). Ce test a l’avantage d’être facilement administrable durant une thérapie. Avant la
thérapie, on demande aux parents s’ils sont d’accord de participer à un test très simple. On
leur donne alors des instructions écrites. Les enfants ne sont pas avertis de ce qui va se
produire, comme dans la S.S.P, de telle sorte qu’ils peuvent supposer que ce sont leurs parents
qui prennent les décisions. Les parents doivent quitter la pièce à un signal donné par le
thérapeute et laisser seuls les enfants avec le thérapeute. Ils doivent revenir dans la salle au
bout de 6 minutes, en entrant ensemble et en restant côte à côte durant 5 secondes avant de
réagir naturellement.
Cette procédure permet de révéler :
1° des difficultés éventuelles en cas de séparation
2° les comportements de réconforts éventuels entre pairs durant la séparation
3° les comportements d’attachement éventuels envers le thérapeute
4° Quelle est la principale figure d’attachement de l’enfant lors du retour des parents
5° les indices quant à la nature de l’attachement qui lie chaque enfant à chaque parent

BYNG-HALL a également mis au point une version abrégée de l’A.A.I.


1° Donnez 5 adjectifs qui décrivent chaque parent
2° Décrivez un épisode qui illustre chacun de ces adjectifs

11
. in BYNG-HALL, 1995, p. 20.

178
Texte provisoire – Diffusion interdite

3° Comment vos parents collaboraient pour votre éducation ?


4° Que se passait-il lorsque vous étiez en état de désarroi ?
5° Vous arrivait-il d’être menacé ou rejeté par l’un de vos parents ?
6° Vous souvenez-vous pourquoi vos parents se conduisaient de la sorte ?
7° Avez-vous eu à souffrir de pertes ou de séparations ?
8°Pensez-vous que ces expériences ont eu des effets sur votre personnalité ?

L’auteur ne donne malheureusement aucun critère permettant d’évaluer les réponses.


C’est pourquoi nous proposons une grille de codage inspirée des critères gouvernant celui de
l’A.A.I. Plusieurs études visant à valider cette grille sont actuellement en cours.
Enfin, nous suggérons le concept de M.I.F. - Modèle Interne Familial –afin de décrire les
représentations qu’une personne a du fonctionnement de sa famille. Ce concept est plus large
que celui de M.I.O. car il ne concerne pas uniquement des représentations liées à
l’attachement. Par contre, l’analyse des M.I.F. repose, du moins en partie, sur les mêmes
principes que ceux qui régissent l’analyse des M.I.O. : la cohérence. Il a lieu de se référer aux
travaux de FIESE(1999). En effet, bien que procédant de courants de recherches très
différents, MAIN et FIESE se sont appuyés sur les travaux de GRICE. Par ailleurs,
l’attention apportée à la narration, au récit s’inscrit assez logiquement dans le cadre des
approches constructionnistes en thérapie familiale. Le concept de M.I.F. est actuellement en
cours d’élaboration et exige des travaux de recherche complémentaires12.

4.3. Troubles de la relation patient-caregiver

Dans la littérature, la notion de « caregiver » est associée aux parents, mais aussi aux
membres d’une équipe thérapeutique.

Relation parent-enfant

Dans ce cas, les parents sont les « caregivers ». La relation repose des « compétences
parentales » tels que : la capacité de percevoir les signaux de l’enfant, la capacité de les
interpréter correctement, la capacité y répondre adéquatement et rapidement.
On peut observer ces compétences en scrutant les regards réciproques, les expressions
faciales, les interactions verbales, le rythme des échanges, le dialogue tonique (toucher,
maintien postural, distance).
Dans un groupe de mère d’enfant de type insecure-désorganisée, Lyons-Ruth (2005) a
mis en évidence une diversité́ de profils de comportements de la mère et du nourrisson que
l’on peut distinguer deux groupes principaux.

Groupe impuissant/craintif

Dans le premier groupe, les mères manifestent significativement plus d’appréhension,


d’hésitation ou de retrait face aux comportements d’attachement de l’enfant. Elles semblent
en général plus craintives et inhibées, et parfois particulièrement douces ou fragiles. Il est très
peu probable qu’elles se montrent ouvertement hostiles ou intrusives et elles ont tendance à
céder devant les efforts répétés de l’enfant pour établir le contact. Cependant, elles ne

12
Ainsi, nous avons souvent observé que de nombreux patients psychotiques répétaient, dans leurs délires ou
dans des mises en scènes comportementales, des modèles familiaux intériorisés.

179
Texte provisoire – Diffusion interdite

prennent pas l’initiative de saluer ou d’approcher l’enfant et souvent hésitent, s’éloignent ou


essaient de détourner les demandes de contact proche de l’enfant avant d’y donner suite. Nous
avons nommé ce groupe « impuissant/craintif vis-à-vis de l’attachement» (Lyons-Ruth et
Spielman, 2004; Lyons-Ruth et al., 2003). Les enfants de mères du groupe impuissant/craintif
ne cessent de poursuivre leur mère pour établir le contact. Ils expriment tous leur détresse,
approchent leur mère et tentent d’établir un contact physique avec elle, bien qu’ils manifestent
par ailleurs des comportements désorganisés, y compris des signes de conflit, de crainte,
d’incertitude, d’impuissance, ou d’humeur déprimée.

Groupe hostile/auto-référentiel

Le deuxième groupe de mères d’enfants désorganisés manifeste significativement plus de


comportements auto-référentiels, de comportements négatifs-intrusifs que les autres mères.
Les comportements négatifs-intrusifs et auto-référentiels sont fortement corrélés, de sorte que
ces mères montrent souvent un mélange contradictoire de rejet et de recherche de l’attention
de leur enfant. Nous appelons ce profil maternel «hostile/auto-référentiel vis-à-vis de
l’attachement ». Les enfants de ces mères manifestent à la fois des comportements
conflictuels désorganisés et des taux élevés de comportements évitants ou résistants, comme
se détourner de la mère, ou de la détresse persistante, ou des comportements de colère
aggravée en présence de la mère.

Unthought Known

Ces stratégies désorganisées, y compris leurs composants défensifs et conflictuels, sont des
exemples de ce que Christopher Bollas a appelé le «Unthought Known». Je veux dire les
représentations non conscientes, implicites, procédurales des processus interactifs qui se
développent pendant la petite enfance, avant que le système mnésique explicite, associé avec
les images ou les symboles conscients, ne soit disponible (Lyons-Ruth, 1999).
Même dans notre échantillon très stressé et à bas revenu, les enfants dont les mères
manifestent des patterns de communication affective non perturbée ont un taux bas de
désorganisation de l’attachement. Les enfants dont les mères manifestent des patterns de
communication affective perturbée (hostile ou impuissant) ont un taux de désorganisation
jusqu’à 5 fois plus élevé.
Nous voyons ces deux profils maternels, hostile et impuissant, comme des positions
complémentaires dans un système dyadique, dans lequel l’un a besoin de dominer et l’autre se
sent impuissant à prendre des initiatives. Nous pensons ainsi qu’un modèle dyadique de
relation hostile-impuissant sous-tend la diversité des profils maternels.
En accord avec l’idée que les modèles dyadiques sont internalisés, nous voyons que beaucoup
de parents manifestent des patterns de comportements mixtes qui incluent aussi bien les
éléments hostile/ auto-reférentiel que les éléments impuissant/craintif de l’interaction avec
l’enfant. Ces relations très déséquilibrées de dominance-soumission conduisent à des réponses
contradictoires d’hostilité-impuissance envers l’enfant, réponses qui ont pour double effet de
rejeter et d’intensifier les comportements d’attachement de l’enfant. Ces combinaisons de
comportements contradictoires chez la mère suscitent en retour des comportements
contradictoires chez l’enfant, sous forme de comportements désorganisés vis-à-vis du parent.

180
Texte provisoire – Diffusion interdite

Accordage affectif

Stern dénomme « accordage affectif » le fait que l’imitation puisse traduire le passage
d’états internes de la mère au bébé et réciproquement, par la contagion d’affect.

Exemple :

Un nourrisson de 9 mois frappe de la main un jouet de consistance douce, d’abord avec une colère, puis,
progressivement, avec plaisir, exubérance, et humour. Il adopte un rythme régulier. La mère adopte ce même
rythme et dit « kaaaaaaa-bam, kaaaaaaa-bam », « bam » coïncidant avec le coup sur le jouet, et le « kaaaaaaa »
accompagnant le moment où le bras du bébé s’élève et reste suspendu en l’air, moment plein de suspense, avant
de frapper le jouet. Il est important de noter qu’il ne s’agit pas d’une simple imitation du comportement du bébé
par la mère. Celle-ci utilise une autre modalité (la voix, dans cet exemple) que celle par laquelle le nourrisson
s’exprime (le geste). L’« appariement » mère-nourrisson est intermodal ou transmodal.

L'accordage affectif prend des éléments discrets d'interactions et les introduit dans un
mouvement d'accordage presque musical par lequel les actions des deux sujets s'orientent
autour d'une action commune pour faire sentir une émotion ou une intention autre que
l'événement discret exprimé. En d’autres termes, il y a ici une mise en phase, une
syncrhonisation des états internes du bébé et de la mère.
Selon STERN, les conduites d’accordage peuvent être observées dès les premières
interactions mère-nourrisson. Mais c’est vers 9 mois environ que l’accordage affectif est
pleinement développé, car c’est vers cet âge que les bébés « découvrent qu’ils ont une psyché
et que d’autres personnes ont des psychés séparées ».
Par ailleurs, divers travaux en psychopathologie ont montré que la mère, lorsqu’elle
s’écarte trop du nourrisson – parce qu’elle est déprimée, par exemple – plonge ce dernier dans
un désarroi important. Les expériences basées sur le paradigme du « Still Face » indiquent
combien l’enfant est perturbé dans ce type de condition et à quel point il lutte pour rétablir le
contact avec sa mère et provoquer un réaccordage (STERN, 1997). On ne peut exclure que
certains enfants « moins expressifs » plongent leur mère dans un désarroi tel que celle-ci
n’arrive plus à prendre contact avec son bébé. À ce titre, il est concevable que mère et bébé
se façonnent mutuellement. Dans un tel contexte perturbé, on conçoit que la conjonction de
l’attention, compétence pré-requise à toute forme de communication, ne soit pas mise en
place correctement et hypothèque les échanges futurs entre l’enfant et son environnement.

Relation parent-personnel

Dans ce cas, le personnel peut être perçu par les patients comme des « caregivers ». La
relation repose des compétences similaires à celle énoncées ci-dessous. Cependant, dans ce
cas, il n’y a pas de relation de filiation entre caregivers et patients, mais on observe
fréquemment des mouvements similaires à ce que les psychanalyses appellent
« transfert/contre-transfert ».
Nous proposons la définition suivante du concept d’accordage, inspirée des travaux de
Daniel Stern (1989) et que nous avons adapté aux relations patients-personnel. L’accordage
est un type d’interaction fondé par une chaîne d’ajustements comportementaux et affectifs
allant du « donneur de soin» au « receveur de soins» et inversement. Cette interaction
aboutit à une expérience affective organisatrice de la pensée, des affects et des
comportements en cas de succès de l’ajustement (accordage) ou au contraire déstructurante
en cas d’échec de l’ajustement (désaccordage). L’accordage constitue le socle sur lequel un
espace intersubjectif peut se construire.

181
Texte provisoire – Diffusion interdite

Nous pensons que l’étude des relations précoces mère-enfant nous en apprend beaucoup à
propos des relations patient-personnel. Cette piste mérite d’être explorée de manière
approfondie.

4.4. Théorie de l'attachement et psychopathologie

Il semble de mieux en mieux établi que l’attachement désorganisé conduit plus souvent a
troubles psychopathologique à l’adolescence ou l’âge adulte.
Ces études suggèrent en outre que les difficultés mentales et émotionnelles peuvent
survenir plus tard dans la descendance de parents qui n’ont pourtant en aucune façon maltraité
leur enfant, voire de parents habituellement sensibles aux signaux de l'enfant et de la
communication (Hesse et Main, 1999).
Par contre, ce qui apparaît, c’est que des parents ayant eux-mêmes subi des conditions
difficiles pendant leur enfance, peuvent manifester des émotions et des comportements
subtilement effrayants. L’enfant est alors pris dans une situation paradoxale : la source de son
effroi (son ou ses parents) se trouve être aussi la source de réconfort Hesse et Main, 2000).
En outre, ce type de contexte rappelle en partie la notion de double contrainte décrite par
Bateson.
Enfin, la contenance du thérapeute, concept clé chez Winnicott, semble bien être une
réponse appropriée à ces patients qui viennent tester notre possible "effroi" à leur contact.

Styles d’attachement et psychopathologie

Le style d’attachement à 18 mois serait lié l’incidence de symptômes borderline à l’âge de


19 ans.

Lyons-Ruth (2005) a réévalué 50 des 70 nourrissons avec leurs parents à l’âge de 19 ans.
Elle avait à disposition plusieurs mesures indépendantes de la qualité des soins pendant les
18 premiers mois de la vie : présence de comportements hostiles-intrusifs vis-à-vis du
nourrisson (codés sur la base d’enregistrements vidéo d’interactions à la maison), mesure des
troubles de la communication de la mère avec l’enfant évaluée en laboratoire à 18 mois.
Toutes ces mesures étaient liées à l’incidence de symptômes borderline à l’âge de 19 ans.
L’auteur souligne à raison que « C’est la première fois que l’on peut confirmer la relation
entre la qualité des soins du nourrisson et des symptômes borderline à l’adolescence sur la
base d’une méthode prospective fondée sur l’observation plutôt que sur la base de rapports
rétrospectifs fournis par le sujet lui-même. Les résultats soulignent l’importance à long terme
des échecs précoces de la régulation intersubjective dans la relation affective parent-
nourrisson ».
Des études ont montré que 89 % des nourrissons abusés ou négligés manifestaient des
comportements d’attachement désorganisé vis-à-vis du parent (Carlson et al. , 1989). Il est
toutefois important de ne pas faire l’équation entre désorganisation et abus, puisque
approximativement 15% des nourrissons à bas risque manifestent néanmoins un attachement
désorganisé (van Ijzendoorn et al. , 1999).
Néanmoins, si on accepte l’idée que notre vie psychique et relationnelle est conditionnée
par nos expériences passées, certaines perturbations devraient conduire plus que d’autres à
des troubles de la personnalité.

182
Texte provisoire – Diffusion interdite

Le style d’attachement à 12 mois est lié à des perturbations de la relation à la mère à 4


mois

Koulomzin & al. (2002) ont observé des enfants de 4 mois en présence de leur mère. Il est
apparu que plusieurs comportements spécifiques constituaient de bons prédicteurs du style
d’attachement à l’âge d’un an.
Ces comportements spécifiques – Regards vers la mère, orientation de la tête vers la mère,
autocontacts et mises en bouche. Tronick (1989) avait déjà suggéré que si l'enfant ne pouvait
pas suffisamment influer sur le comportement de la personne donneuse de soin, au travers de
signaux affectifs, celui-ci se tournait alors vers d'autres stratégies de régulation, autorientée,
comme regarder ailleurs pendant de longues périodes, orienter le corps dans une direction
opposée à l’interlocuteur, adopter des comportements auto-apaisants tels que l'auto-contact ou
des comportements liés à la sphère buccale.

Conclusion

En conséquence, nous savons, d’une part que le style d’attachement à 12 mois est lié à des
perturbations de la relation à la mère à 4 mois Koulomzin & al. (2002). D’autre part, le style
d’attachement à 18 mois est lié l’incidence de symptômes borderline à l’âge de 19 ans
(Lyons-Ruth, 2005). Enfin, on sait que les nourrissons au prise avec un niveau de stress élevé
dans les premiers mois de la vie ont des lignes de base de cortisol plus élevées (Gunnar et al.,
1996).

183
Texte provisoire – Diffusion interdite

ANNEXE I
Aperçu du type de critère permettant de catégoriser les styles d’attachement

Style d’attachement Indices


Sécure-autonome Accès à l’ensemble des souvenirs d’enfance, y compris les souvenirs
négatifs.
Concordance entre représentations généralisées et souvenirs
spécifiques.
Regard objectif sur les relations d’attachement et y accorde de
l’importance.
Cohérence entre les différentes réponses apportées au questionnaire.
Ne formule pas son histoire selon un modèle plus désirable.
Absence de mécanismes déformant les représentations de soi et des
figures d’attachement (e.a :idéalisation, clivage, dénigrement).
Absence de mécanismes déformant les représentations des relations
aux figures d’attachement (minimisation des événements négatifs
et/ou de leur impact affectif, justification des actes des figures
d’attachment)
Adhésion au principe de qualité de Grice
Adhésion au principe de quantité de Grice
Adhésion au principe de modalité de Grice
Adhésion au principe de relation de Grice
Détaché Absence de concordance entre les représentations généralisées et les
souvenirs spécifiques.(Æ principe de qualité de Grice)
Absence de cohérence entre les différentes réponses apportées au
questionnaire.( Æ principe de qualité de Grice)
Représentations générales isolées des souvenirs spécifiques à la base
de ces représentations. (Æ principe de quantité de Grice)
Tendance à évoquer des souvenirs n’ayant aucun rapport avec son
enfance (souvenirs « hors propos ») (Æ principe de relation de Grice)
Présence de mécanismes déformant les représentations des relations
aux figures d’attachement ( déni et/ou minimisation des évènements
douloureux et/ ou de leur impact affectif ce qui se manifeste par une
tendance à insister sur le caractère exceptionnel des expériences
douloureuses, une tendance à justifier les actes des figures
d’attachement, une tendance à engager sa responsabilité dans la
survenue des actes des figures d’attachement, une idéalisation des
relations aux figures d’attachement )( Æ principe de quantité et de
qualité de Grice)
Présence de mécanismes déformant les représentations des figures
d’attachement (idéalisation des figures d’attachement)( Æ principe de
qualité de Grice)
Tendance à faire des déductions positives à partir de souvenirs
généraux banals, non empreints d’affects
Incapacité de se rappeler, réponses évasives (Æ principes de quantité
et de modalité de Grice)
Préoccupé Etat d’irritation, de colère, d’excitation, de tristesse.
Discours marqué par une quantité excessive d’informations souvent
hors sujet, tendance à se noyer dans des préoccupations de l’enfance
au point de ne plus tenir compte du contexte de l’entretien ou de la
questions posées. (Æ principes de quantité et de modalité de Grice)
Tendance à s’adresser directement aux parents au cours de l’entretien.
(Æ principe de relation de Grice)
Irruption dans le discours de paroles prononcées par les parents dans
le passé (Æ principe de relation de Grice)
Style d’expression enfantin.

184
Texte provisoire – Diffusion interdite

Incapacité de donner des représentations générales des relations


d’attachement malgré le rappel de nombreux souvenirs spécifiques.
(Æ principe de quantité de Grice)

Manque de recul qui empêche le sujet d’avoir une vision équilibrée


de lui-même et de ses figures d’attachement.( Æ principe de qualité
de Grice)
Tendance à passer d’une tonalité affective forte (ex : pleurs) à une
autre tonalité (ex : rires) sans que cela soit relié.
Désorganisé-désorienté Présence d’un événement « extrème » dans l’histoire du sujet (ex :
décès d’un parent, viol)
Tendance à dénier cet événement traumatique (ex : parler au présent
du parent décédé)
A l’évocation de l’événement traumatique, tendance à parler comme
s’il revivait le moment effrayant ( images précises, détaillées,
prégnance d’images sensorielles) ( Æ principe de quantité et de
modalité de Grice)
Désorganisation du discours dans le temps et dans l’espace.( Æ
principe de modalité de Grice)
Tendance à rapporter des réactions extrêmes à l’événement
traumatique.

185
Texte provisoire – Diffusion interdite

ANNEXE II
Apports de la philosophie du langage - Travaux de GRICE

« communication inférentielle ou implicite » -

GRICE (1979) ouvre sa réflexion sur la notion d’implication conversationnelle : le sens de ce qui est dit n’est
pas forcément immédiat et doit être inféré. Ainsi, si A est debout à côté d’une voiture immobilisée et que B
s’approche, l’échange suivant peut se dérouler :

A : Je suis en panne d’essence


B : Il y a un garage au coin de la rue.

Dans cet échange, B a inféré des propos de A qu’il cherchait où se procurer de l’essence.
Ce mécanisme est parfois sciemment utilisé pour amener des interlocuteurs à inférer une information sans
prendre la responsabilité de transmettre celle-ci.

Règle de conversation

Les règles qui gouvernent les transactions entre les humains – du moins celles qui requierent la collaboration
(transaction coopérative) – sont également implicites.
Pour GRICE (1979), la conversation n’est qu’une forme parmi d’autre de transaction coopérative (telle que
chercher à détecter une panne, pratiquer un sport collectif, etc.). Le principe de coopération, qui est au cœur de
ces transactions se décline en un certain nombre de règles que l’on peut regrouper en quatre catégories
principales : Quantité, Qualité, Relation et Modalité.
Chaque catégorie comprend une ou plusieurs règles qui, bien qu’implicites, sont généralement connues des
interlocuteurs. En fonction du contexte et des finalités de la conversation, ces interlocuteurs respecteront ou, au
contraire, transgresseront ces règles.
Si elles étaient explicitées et codifiées, ces règles seraient formulées comme suit :

Catégorie Quantité

« Que votre contribution contienne autant d’informations qui doit être fournie ». Cette première règle
constitue une qualité stylistique plus connue sous le terme de « précision ».
« Que votre contribution ne contienne pas plus d’information qu’il n’est requis ». Cette règle est également
bien connue sous le vocable « concision ».
Le non respect de cette seconde règle risque de conduire à des digressions - changements non concerté du
thème (ou glissements thématiques) – ou à la confusion (« De quoi parle-t-on) et à la perte du fil de la
conversation (perte de but13).

Catégorie Qualité

« Que votre contribution soit véridique » qui se décline en deux sous-règles :


« N’affirmez pas ce que vous croyez être faux » et
« N’affirmez pas ce pour quoi vous manquez de preuve ».

Catégorie Relation

« Parlez à propos » (be relevant), règle que nous qualifierons règle de pertinence. L’idée sous-jacente est que
chaque interlocuteur construit sa réponse en s’appuyant directement sur les propos qui viennent d’être énoncés
antécédemment. Les contributions des participants doivent s’imbriquer et dépendre l’une de l’autre.
Le non-respect de cette seconde règle risque, comme c’est le cas de la règle 2, de conduire à des digressions
et à la perte du fil de la conversation.

13
. Et on sait aujourd’hui, grâce aux travaux des psychologues cogniticiens que la perte de but constitue
précisément une des caractéristiques du fonctionnement mental de certains schizophrènes).

186
Texte provisoire – Diffusion interdite

Catégorie Modalité

« Soyez clair ». Cette règle se décline également en deux sous-règles


« Évitez de vous exprimer avec obscurité »
« Évitez d’être ambigu ».

Il existe d’autres catégories de règles (esthétique, sociales ou morales), par exemple : « Soyez polis ». Les
quatre catégories exposées ci-avant sont cependant plus essentielles lorsqu’on suppose que le but recherché est
l’efficacité maximale de l’échange d’information.

Transmission et transgression des règles

Ces règles sont ne pas enseignées systématiquement de manière explicite et, lorsque cela est le cas, cette
transmission s’effectue dans le cadre de niveau d’enseignement auquel la plupart des citoyens n’accèdent pas
(Art oratoire14, dissertation philosophique, etc.). Et cependant, la plupart des individus connaissent et maîtrisent
ces règles, même lorsque le niveau d’instruction est peu élevé. À ce titre, on peut estimer ici qu’il s’agit d’une
forme de « savoir » fondamentalement humain et qui puise ses racines dans des comportements
phylogénétiquement ancrés depuis très longtemps.
Celui qui transgresse ces règles s’expose généralement à des critiques. En effet, il existe une norme sociale –
elle aussi implicite – qui exige que ce système de règle soit respecté. Toutefois, la possibilité de les transgresser
est également admis : les contextes de « jeu » où l’on s’attend à ces transgressions : art dramatique (jeu avec les
quiproquos), discours politiques et diplomatiques, plaidoiries d’avocats, publicité ou, et ceci nous intéresse plus
directement, « jeux » familiaux et les communications pathologiques (Communication divergente).
Tout l’art réside dans le fait de transgresser la règle tout en faisant croire aux interlocuteurs qu’on l’a
respectée. La réussite de cette manœuvre confère à son instigateur un avantage sur les autres et, plus
généralement, un surcroît de pouvoir. Cet exercice, poussé à l’extrême, peut conduire à de graves perturbations
de la pensée et du comportement.

14
. le lecteur aura sans doute reconnu les trois grandes qualité du « style » parmi les règles énoncées ci-dessus :
clareté, Précision et concision.

187
Texte provisoire – Diffusion interdite

ANNEXE III
Styles d’attachement – Styles de discours lors de l’A.A.I.

§Secures
§
§Au niveau du fond
§récits cohérents de leur passé (même difficile), entre mémoires sémantiques et épisodiques.
§possibilité d’explorer librement leurs pensées
§ont accès à l’ensemble de leurs souvenirs
§portent un regard objectif sur leurs relations, sans tenter de reformuler leur histoire selon un
modèle plus désirable, sans tenter d’idéaliser, de nier, de justifier ou minimiser les actes de
leurs parents
§identifient bien les incidences émotionnelles des expériences négatives sur leur vécu actuel.
§Au niveau de la forme du discours
§respectent les maximes de GRICE, en particulier le principe de coopération

§Insecures-détachés
§
§Au niveau du fond
§récits incohérents (les anecdotes racontées contredisent les appréciations générales qu’ils
formulent à l’égard de leur lien avec les figures d’attachement)
§récits très pauvres : ils évitent la discussion sur les questions d’attachement ; ils évitent toute
évaluation négative de leurs parents et de leur enfance ou font des tentatives exagérées pour
tenter de justifier les actes parentaux.
§souvent incapables de se souvenir
§lorsque le souvenir persiste malgré les défenses, les cognitions sont isolées des émotions ; le
sujet semble désaffecté
§ne peuvent mesurer l’impact de leurs expériences passées sur leur vécu actuel.
§Au niveau de la forme du discours
§ces sujets transgressent la maxime de quantité (discours pauvre, évasif) et de qualité (récits
qui ne s’appuient pas sur des événements probants).

§Insecures-préoccupés
§
§Au niveau du fond
§font des récits très fournis mais « à côté du sujet » (quantité excessive d’informations,
digressions).
§À l’inverse des « détachés », ils semblent envahis sur le plan émotionnel (tristesse profonde,
colères mal contenues, irritation, manque de recul) par leur histoire.
§Ils ne semblent pas encore dégagés de leurs relations, s’expriment souvent de façon infantile,
ont tendance à répéter les propos tenus jadis par les parents. Il leur est difficile d’être
autonome et de penser par eux-mêmes
§Au niveau de la forme du discours
§transgressent la maxime de pertinence (répondent à côté)

188
Texte provisoire – Diffusion interdite

§Désorganisés

§
§Au niveau du fond
§produisent des récits désorganisés tant sur le plan de la forme que du contenu
§Les repères temporels et spatiaux sont brouillés (le clinicien a lui-même des difficultés pour
rétablir la chronologie)
§Lorsqu’il évoque des événements traumatisants mêmes anciens, le sujet semble revivre la
situation comme si elle se produisait maintenant (effet de persistance)
§Les souvenirs sont principalement constitués d’images sensorielles
§Dans certaines situations, cela peut aller jusquà des vécus hallucinatoires ou des phénomènes
de dépersonnalisation.
§Le sujet semble parfois perdre le contact avec la situation d’entretien
§Au niveau de la forme du discours
§transgressent toutes les maximes de GRICE

189
Chapitre 6

Approches humanistes

La perspective humaniste regroupe des penseurs autour de l’idée centrale que l’être
humain constitue la valeur suprême de toute chose. Cette idée a émergé dès la Renaissance
avec des personnages tels que Erasme ou Montaigne ou des artistes comme Leonard de Vinci.
En tant que courant thérapeutique, l’approche humaniste envisage l’être humain non
comme un être mû par de simples pulsions ou par des stimuli, mais comme un être libre,
conscient de ses choix et doté de compétences. Par conséquent, la thérapie s'appuie sur
l'expérience consciente du client.
L’approche humaniste envisage la nature humaine comme fondamentalement bonne et
orientée à maintenir des relations significatives de bonne qualité dans l’intérêt de soi et
d’autrui. Elle vise à accompagner les personnes dans leur quête de sens. L’anxiété naît de
choix – passés ou à venir - qui ne peuvent être posés de façon authentique et responsable.

En ce sens, le courant humaniste peut également être envisagé comme une perspective
ontologique qui transverse d’autres courants. Ainsi, il est possible de distinguer le courant
humaniste fera davantage appel aux ressources internes positives actuelles et conscientes de
l’individu.

La figure de proue de la thérapie humaniste est sans conteste Carl Rogers.

1. Historique et fondements

1.1.Précuseurs

La notion de pulsion de vie des psychanalystes telle qu’énoncée par Sigmund Freud
constitue la première formulation de la notion de compétence. Cependant, la pulsion de vie
peut s’avérer parfois brutale, violente et nécessite un lent travail de socialisation. Pour Freud
et ses disciples, le Ça est premier et se présente comme un réservoir pulsionnel. Or la pulsion
apparaît comme une force brute, une énergie qui ne demande qu’à se libérer, quelles que
soient les conséquences. Le «Moi» n’émerge qu’au terme d’une confrontation avec la réalité,
laquelle exige que la pulsion soit sinon sublimée, à tout le moins contenue ou réprimée.
Par contre, avec Hartman avec son concept de «Moi autonome», on découvre cette fois la
notion de « force positive de croissance ». Chez Hartman, au contraire de Freud, un moi
archaïque (et sain) est présent dès la naissance. Cette idée présuppose que la pulsion n’est pas
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première à l’inverse de ce que clament la plupart des psychanalystes. On distingue bien ici
une des sources fondamentales de réticence des psychanalystes à l’égard de la résilience.
Néanmoins, dans les faits, bon nombre de psychanalystes travaillent avec la notion de «
parties saines » du moi. De quoi s’agit-il ? L’idée est que, même dans les pathologies les plus
sévères, le psychisme n’est jamais totalement détruit. Le « Moi » peut être conçu comme un
« peau » qui à la fois enveloppe le psychisme, le protège des agressions de l’extérieur et
trouve des compromis entre la réalité et les pulsions inconscientes. Chez Freud, cette « peau
» n’existe pas à la naissance et se forme progressivement au fur et à mesure que le ça se
confronte à la réalité. Chez Hartman, au contraire, le bébé vient au monde d’emblée avec un
proto-moi qui fonctionne bien. En conclusion, le concept de compétence fait débat chez les
psychanalystes.

1.2.Carl Rogers

On ne peut bien comprendre la pensée de Carl Rogers que si l’on prend en compte son
parcours personnel et le contexte de la société américaine au début du XXème siècle.

Parcours personnel et croyances de base

Carl Rogers a été élevé dans une famille marquée par la religion. Sa formation initiale en
agronomie et son éducation religieuse expliquent, du moins en partie, la foi de cet auteur dans
les capacités positives de l’homme.

Carl Rogers

L’homme de foi pense quant à lui qu’il importe de s’aimer les uns les autres (regard positif
inconditionnel).
Sa formation d’agronome permet également d’expliquer le postulat de compétence sous-
jacent à son système théorique. En effet, telle une graine qui porte en elle toutes les
potentialités de la plante et qui croît de façon naturelle et spontanée, l’homme serait doté
d’une tendance naturelle à développer son soi. Il a juste besoin d’un « terrain » favorable à sa
croissance.
Sa formation en théologie le conduit à étudier les travaux d’Husserl pour qui le monde réel
ne peut être inféré que sur base de perceptions et ceux de Kierkegaard pour qui notre
implication dans le monde donne sens à notre existence. Il s’intéresse plus généralement à la
phénoménologie en tant qu’étude des données immédiates de la conscience. . Son intérêt pour
la philosophie Zen implique qu’il fait sienne l’idée que chacun doit trouver sa propre réponse
dans la vie.
L’existentialisme sera quant à elle fondatrice d’une triple exigence :
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- Importance d’être conscient de Soi et de pouvoir choisir


- L’être est animé d’un processus évolutif constant
- Capacité à transcender son Soi et le monde physique

Enfin, sa formation et sa carrière de clinicien achèveront d’ancrer ses convictions de base.

Contexte de l’époque : Réaction contre la société américaine

Carl Rogers s’affirme également en réaction à la société américaine de l’époque qu’il


estime comme aliénante :
- Le matérialisme
- La compétition
- L’individualisme

Sur base de ces prémices, Carl Rogers développe à la fois une théorie de la personnalité –
normale et pathologique - et une méthode thérapeutique.

1.3. Une vision nouvelle de l’humain

L’idée de « force positive de croissance » est également sous-jacente dans l’approche


humaniste, notamment avec Carl Rogers et son concept d’auto-actualisation. Comme tous les
êtres vivants, l’homme possède en lui-même les ressources de sa propre croissance. Ceci
n’est toutefois possible que si certaines conditions de base sont réunies : organiques,
psychologiques, sociales et même spirituelles. Ceci n’exclut pas que certaines personnes
puissent se comporter de façon nuisible pour elles-mêmes et pour autrui. Mais, dans la
perspective humaniste, ces comportements constituent des réponses secondaires témoignant
d’une inadéquation à faire face à des situations de souffrance. Les forces positives d’auto-
actualisation sont par contre premières.

2. Développement normal et pathologique

Développement normal

1° Toute personne possède la capacité d’auto-actualiser ses potentialités

Comme tous les êtres vivants, l’homme possède en lui-même les ressources de sa propre
croissance. Ceci n’est toutefois possible que si certaines conditions de base sont réunies :
organiques, psychologiques, sociales et même spirituelles.
Ceci n’exclut pas que certaines personnes puissent se comporter de façon nuisible pour
eux-mêmes et pour autrui. Mais, dans la perspective humaniste, ces comportements
constituent des réponses secondaires témoignant d’une inadéquation à faire face à des
situations de souffrances. Les forces positives d’auto-actualisation sont par contre premières.
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2° Il est fondamental d’être ouvert à toutes nos expériences

Ce processus d’auto-actualisation se produit au travers des expériences. L’expérience


recouvre tout ce qui se produit ici et maintenant au sein de l’organisme : vécu sensoriel,
perceptif, émotionnel, cognitif et imaginaire (fantasme). Ce vécu est disponible à la
conscience, tout en n’étant pas nécessairement accessible immédiatement.
Le processus d’auto-actualisation joue un rôle majeur lorsque l’expérience propre devient
plus importante que les valeurs imposées par autrui.

L’expérience humaine revêt un certain nombre de propriétés. Elle est :


- Actuelle : l’essentiel se joue dans l’ici et maintenant
- Subjective: ce n’est pas ce que fait l’individu objectivement, mais ce qu’il
pense ou ressent au cours de l’action qui importe.
- Unique: on peut exécuter plusieurs fois le même geste, l’expérience qui en
découle ne sera jamais vécue de la même manière.
- Inobservable: impossibilité de décrire le vécu de quelqu’un de l’extérieur.
- Mentale: ne peut être réduite à des comportements ou à un réseau de
neurones.
- N’est accessible qu’à l’individu qui fait l’expérience : il a un accès
privilégié au contenu de sa conscience. Lui seul peut nous dire ce qui se
passe et tout ce qu’il nous dira est authentique.
- Accès direct: directement accessible grâce à sa conscience.

C’est l’expérience qui fonde la « réalité » du sujet. Le terme « réalité » est ici mis entre
guillemets car il s’agit ici de la représentation que le sujet se forge à partir de son expérience
et non de ce que l’on pourrait nommer la réalité objective.
Le sujet attribue une valeur positive à son expérience lorsqu’il perçoit que celle-ci
augmente ses ressources et une valeur négative lorsque c’est l’inverse.
L’expérience de soi, ou image de soi, n’échappe pas à cette règle. En particulier, le niveau
d’estime de soi dépend de la balance entre les expériences positives et négatives. L’état de
plénitude est atteint lorsque les premières l’emportent alors que la dépression et l’anxiété
guettent lorsque les secondes dominent. On retrouve ici une idée qui dérive assez bien du
RHP (Ressource Holding Power) et de SAPH (Social Attention Holding Power) développés
au chapitre 4, bien que Rogers ne se soit pas appuyé sur l’éthologie pour élaborer son modèle.
Le « moi » se constitue à partir de ces diverses expériences. Il s’agit donc d’une structure
mouvante, susceptible d’évoluer.
Lorsque la personne vit un accord entre le moi et l’expérience, on dit alors qu’il y a
congruence. Cet état permet à son tour une ouverture accrue à l’expérience et une confiance
croissante de l’individu en ses potentialités. Ce qui accroît encore la congruence. Bien que
Rogers ne l’ait pas explicitement formulé, on observe ici un cercle vertueux ou encore ce
qu’en systémique on nomme une boucle de rétroaction positive.

3° Toute personne a, de façon innée, la capacité et la sagesse nécessaires pour faire la


différence entre les expériences qui permettent de s’actualiser et celles qui ne le permettent
pas

Tout se passe comme si l’individu disposait d’un système d’évaluation interne qui lui
permet d’attribuer une valence positive ou négative aux expériences. Sont positives celles qui
vont dans le sens de la préservation, ou mieux, de l’enrichissement. Sont négatives celles qui
s’orientent en sens inverse.
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Il y a lieu de différencier ici l’expérience externe de l’expérience interne. La première se


réfère aux interactions avec l’environnement alors que la seconde concerne tout ce que le
sujet est susceptible de ressentir, d’éprouver ou de penser.
Toutes les expériences externes ne sont pas souhaitables. Il ne s’agit pas de faire
n’importe quoi. Par contre, l’expérience interne, constitue une sphère intime que nulle n’est
en doit de réprimer ou de nier.

4° Nous avons besoin de personnes de référence pour nous aider à mener pleinement nos
expériences

Chez l’homme, l’expérience est nécessairement médiatisée par la personne de référence


(l’Autre significatif chez psychanalyste, le tuteur de résilience chez Cyrulnik). Au début, cette
expérience est essentiellement de nature corporelle, mais avec l’âge, elle s’élargit de plus en
plus au-delà de l’expérience corporelle.
Dans la mesure où cet « autre » nous aide à faire des expériences positives et nous permet
d’utiliser notre propre système d’évaluation interne – la seule a priori réellement pertinente –
l’homme se développe de façon harmonieuse. En d’autres termes, nous avons besoin d’être
en présence de personnes qui nous considèrent d’emblée comme des sujets compétents
(Regard positif inconditionnel, voir ci-dessous).
Néanmoins, lorsqu’il s’agit d’enfants ou de personnes fragilisées, l’« autre » doit être
capable de comprendre nos besoins et de nous fournir les expériences permettant de
(re) lancer le processus d’auto-actualisation. En d’autres termes, l’« autre » doit être capable
d’empathie (voir ci-dessous).
Une des fonctions essentielles de la personne de référence est de valider nos expériences.
Valider ne consiste pas à approuver, mais à reconnaître les pensées, émotions et sensations du
client comme faisant partie de sa propre expérience. Par exemple, il a vécu telle rencontre de
telle façon, il en a tiré telle ou telle conclusion, etc.

5° Chacun développe une représentation de Soi au travers d’interactions complexes avec


notre propre corps et avec d’autres personnes

Parmi le champ phénoménal des expériences, l’expérience de « Soi » - qui se réfère à tout
ce qui se rapporte à lui-même et à son identité – contribue à l’édification du « moi ». Cette
configuration expérientielle a comme caractéristique d’être en perpétuelle mutation et
potentiellement disponible à la conscience. Ce qui implique un effort plus ou moins soutenu
de conscientisation des états internes. Le « moi » est aussi la source du système d’évaluation
interne et, in fine, de la conscience d’exister et d’agir (régulation des comportements).
En synthèse, le « Soi » émerge sous l’action conjuguée de la force d’auto-actualisation, des
expériences et de l’action de l’Autre significatif.
Le système d’évaluation interne détermine également le niveau d’estime de Soi.

Développement pathogène

Dans l’approche humaniste, la dichotomie entre maladie et santé tend à s’estomper.

6° Il peut arriver que l’on sacrifie notre ouverture à l’expérience afin de gagner l’amour
des autres (aliénation)
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Lorsque l’expérience propre devient moins importante que les valeurs imposées par autrui,
le processus d’auto-actualisation est entravé. L’estime de soi peut être envisagée comme un
capital plus ou moins élevé que l’individu thésaurise en fonction des expériences.
L’enfant dépend quant à lui de personnes de référence susceptibles de satisfaire non
seulement son besoin de sécurité – comme les théories de l’attachement le soulignent – mais
aussi son besoin de considération.
Si l’entourage ne satisfait pas son besoin de considération, l’enfant risque de renoncer ou
d’altérer ses expériences afin d’enrayer le déficit de considération. En particulier, il risque de
nier ses perceptions – ce qui, à l’extrême, le condamne à l’extrême à halluciner – ou de
distordre ses processus pensées – ce qui alors, le condamne à l’extrême à délirer – afin de
préserver la considération de ses référents.
À cette fin, il introjecte les valeurs des personnes de référence, même si ces valeurs
contredisent sa propre expérience. Ou encore, les personnes de références invalident,
disqualifient l’expérience du sujet, en indiquant à ce dernier qu’il a mal perçu celle-ci et/ou
qu’il n’a pas éprouvé l’émotion adéquate et/ou qu’il pense de travers.

7° Un fossé peut se creuser entre la représentation du Soi et l’expérience (incongruence)

La boucle de rétroaction positive évoquée au point 2° ci-dessus peut aussi devenir un


cercle vicieux au sens d’un désaccord entre le moi et l’expérience. Le sujet aboutit alors à un
état d’incongruence. Cet état conduit à un appauvrissement des expériences et de la
confiance. Ce qui, en retour, aggrave davantage l’incongruence. Etc.
Ce hiatus entre le moi et l’expérience provient notamment du processus d’aliénation. Le
sujet, pour préserver la considération, développe une perception sélective, voire déformée de
la réalité. À l’extrême, la personne de référence risque de « dresser » l’individu à percevoir la
réalité d’une façon déformée (hallucination).

8° Lorsque ce fossé devient trop important, l’angoisse ou des comportements


désorganisés apparaissent

L’état d’incongruence génère de l’angoisse et de la dépression.


D’une part, parce que l’image de soi (et des ressources disponibles) se détériore.
D’autre part, lorsque le sujet prend conscience de son état d’incongruence, il se sent
menacé. Ceci peut le conduire à éviter de prendre conscience de cet état, mais ceci
compromet alors les réajustements nécessaires pour mettre fin à cet état. Les
dysfonctionalités proviennent donc essentiellement du déni du fossé existant entre la
représentation du Soi et l’expérience.

9° Lorsque les autres acceptent notre « réalité » au lieu de nous imposer la leur, nous
arrivons plus facilement à accepter notre « réalité »
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3. Thérapie - Attitudes fondamentales du thérapeute

Quelques attitudes fondamentales favorisent le succès de l'intervention thérapeutique

1° La non-directivité

Principe général : ne pas chercher à prendre le contrôle de l'autre. Le thérapeute doit, par
son attitude, faire sentir qu’il a la certitude que le patient possède en lui-même des ressources
psychologiques. Pour que cette force actualisante puisse émerger, l'individu doit se
représenter dans un climat susceptible de lui permettre d’exprimer ses propres ressources.
La non-directivité consiste à laisser parler le sujet avec attention et bienveillance.
L’intervenant évite d'interrompre le patient en s'abstenant de toute interprétation. Il permet
au client de faire son propre cheminement. Celui-ci fait alors une expérience dés-
aliénante au sein même de la rencontre avec l’intervenant.
Plus particulièrement, les attitudes suivantes conduisent à ce résultat :

2° La compréhension empathique

L'empathie consiste, pour un intervenant, à tenter de comprendre les pensées, les


sentiments et les comportements de son client à partir du cadre de référence de celui-ci.
Il ne s’agit donc pas de consoler ou de manifester de la sympathie. Il s’agit, d’une part de
bien de percevoir comment le client ressent (émotions) et pense (cognition) son histoire
(cadre de référence interne du client) et d’autre part de lui transmettre que l’on est attentif,
que l’on s’efforce de le comprendre. L’intervenant montre ainsi qu’il re-connaît et qu’il
valide l’expérience.
Cette transmission est essentielle car elle permet au client de se sentir écouté, compris et
accepté. À cette fin, l’intervenant peut stimuler l’expression du client en par des techniques de
reformulation (cfr ci-dessous).

3° La congurence

La congruence résulte de l'accord entre ce que l'on est réellement et ce que l'on manifeste.
Il s’agit de réagir non seulement de façon professionnelle, mais aussi en tant qu’humain ;
càd être authentique ; càd que l’expérience de Soi que l’on donne à vivre aux autres
correspond effectivement à ce que l’on est (le Soi) réellement ; càd on ne « joue » pas.
Pour permettre au client de s'exprimer sans résistance, l’intervenant se présente tel qu'il est,
avec une sincérité absolue. Ceci ne signifie toutefois pas qu’il faut transformer la séance en un
atelier d’expression où l’intervenant s’épanche et se confie au client. L’intervention est
centrée sur le client.

4° Le regard positif inconditionnel, respect et neutralité

L’intervenant ne le critique pas, ne juge pas et accepte le client tel qu'il est (celui-ci ne doit
pas se sentir rejeté). Il fait preuve de neutralité. Il respecte les valeurs morales, sociales,
religieuses ou philosophiques. L’intervenant ne cherche pas à transmettre ses propres valeurs
ou croyances ni ses façons d’agir. Cette attitude ne peut toutefois pas passer pour une forme
d'indifférence ou de passivité étant donné les efforts empathiques de l’intervenant.
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C'est fondamentalement une attitude de respect de l'autre et de confiance en ses


ressources. En effet, Rogers estime que celui qui se sent compris et accepté peut
épanouir sa personnalité. Il n'a dès lors plus besoin de dissimuler ses émotions donc
plus besoin de refouler dans l'inconscient. L'anxiété disparaît.
Cette condition implique également une attitude de « non directivité ».

À ces attitudes s’ajoutent un principe de base - - et un ensemble de « techniques »


susceptibles de faciliter le processus d’auto-actualisation.

6° Techniques

Comme L’être humain est considéré comme un être libre et conscient de ses choix, la
thérapie consiste à l’aider à accroître cette conscience via un travail d’instrospection.
L'introspection consiste pour une personne à décrire ses expériences négatives - souvenirs,
espoirs, craintes, émotions - mas aussi positives (joies, réussites, etc.). Le rôle du thérapeute
si limite à accompagner le patient dans ce travail d’introspection sans jamais l’orienter ou le
diriger (non-directivité).
La reformulation : tout au plus le thérapeute peut reprendre le matériel formulé par le
patient en le reformulant aussi fidèlement que possible sans aucune tentative d’interprétation.
Du reste, toute interprétation est vouée à l’échec car, comme nous l’avons vu, l’expérience
humaine n’est accessible qu’à l’individu qui fait l’expérience. La reformulation réveille et
encourage le processus d’auto-actualisation.

7° Evolution

La thérapie humaniste mise donc sur les compétences du sujet (infra). Ce dernier a en
outre la faculté d’accéder à ses expériences internes. Les notions d’inconscient et de
refoulement n’existent donc pas.
Le rôle du thérapeute est double :
- accompagnateur dans le travail qui consiste à explorer et examiner ses expériences et
ses compétences.
- facilitateur dans l’amplification et l’actualisation des compétences.

Empathie – Etude approfondie

Compte tenu de l’importance de ce concept, notamment dans la perspective du travail


clinique, nous allons proposer plusieurs pistes de réflexion.

Définitions complémentaires

Une fois n’est pas coutume, on trouve sur le site de Wikipédia1 une définition intéressante
du concept d’empathie : « Dans les sciences humaines, l'empathie désigne une attitude envers autrui

-
1 Ce site peut fournir des informations pertinentes, mais souvent aussi erronées ou incomplètes. L’internaute
devra toujours faire preuve d’un grand sens critique, notamment en recoupant les informations proposées par ce
site avec d’autres sources fiables.2 op. cit., p.14.3 Une brève histoire de tout, Éditions de Mortagne,
1997.
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caractérisée par un effort objectif et rationnel de compréhension intellectuelle des ressentis de l'autre. Excluant
particulièrement tout entraînement affectif personnel (sympathie, antipathie) et tout jugement moral. L'empathie
se différencie de la contagion émotionnelle dans laquelle une personne éprouve le même état affectif qu'une
autre sans conserver la distance qu'on observe dans l'empathie. Les théories modernes distinguent aussi
l'empathie de la sympathie qui consiste aussi à comprendre les affections d'une autre personne mais qui comporte
en plus une dimension affective : alors que l'empathie repose sur une capacité d'imagination, la sympathie repose
plus sur la proximité affective avec celui ou celle qui en est l'objet. Certains chercheurs préfèrent parler
d'empathie cognitive pour insister sur le fait que l'empathie repose sur un mécanisme cognitif neutre sans lien
avec la relation qu'on entretient avec la personne qui en est l'objet. De nombreuses définitions sont proposées
pour l'empathie, souvent confondue avec la sympathie. L'empathie implique un processus de recul intellectuel
qui vise la compréhension des états émotionnels des autres, tandis que la sympathie est un comportement réflexe,
de type réactif. »

L’empathie semble apparaître comme une aptitude ancrée dans le comportement humain,
voire dans son système nerveux. En effet, certains neurones semblent s’activer
indifféremment lorsqu'un individu exécute une action ou lorsque celui-ci en observe un autre
en train d’exécuter une même action (Voir document vidéo présenté au cours).
Ceci suggère que l’empathie est, en principe,« câblée » au plus profond de la nature
humaine de sorte que l’on pourrait presque affirmer qu’on ne peut pas ne pas ressentir ce que
ressent l’autre. Autrement formulé, l’empathie serait une caractéristique ontologique
essentielle (ce qui nous rend humains).
Ce qui nous aide à bien comprendre toute l’horreur et le dégoût soulevés par certains
comportements criminels qui nous font vivre dans une certaine mesure (comme par
procuration), même si nous ne sommes qu’observateur, ce que les victimes vivent elles-
mêmes. Une autre preuve, plus sympathique celle-ci, réside dans nos capacités
d’identification aux personnages d’un film lorsque celui-ci vit des expériences
particulièrement intenses.
Cette capacité à nous représenter ce que vit l’autre renvoie sans doute à une autre notion :
la théorie de l’esprit.

4. Abraham Maslow

Abraham Maslow (1908 - 1970) est considéré avec Carl Rogers comme un des fondateurs
de l'approche humaniste.
Texte provisoire – Diffusion interdite

Pour Maslow, le développement de la personnalité est lié à la satisfaction des besoins.


Son travail l’a donc conduit à élaborer le modèle de la hiérarchie des besoins (Voir figure
ci-dessous) :

- Les besoins physiologiques, liés à la survie (faim, soif, sommeil sexualité, …)


proche de la vie animale
- Le besoin de sécurité physique : protection contre les différents dangers, besoin
de conservation
- Le besoin d’appartenance ou besoins sociaux : dimension sociale de l’individu
(famille, travail, association, ...).
- Le besoin d'estime être reconnu par les autres en tant qu’individu
- La réalisation de soi est l'affirmation de soi et sa singularité

La satisfaction d'un besoin ne peut être réalisée que si les besoins de niveau inférieur sont
eux-mêmes satisfaits. Inversement, une personne satisfaite à un niveau cherche ensuite à
satisfaire les besoins d'ordre supérieur. Par conséquent, si une personne rencontre des
difficultés à un niveau, il faut toujours se demander si les besoins du niveaux inférieurs sont
satisfaits.
Texte provisoire – Diffusion interdite

5. La concept de « Compétence » – La psychologie positive

L’approche humaniste postule que tout abord de la personne humaine doit s’envisager à
partir de ses compétences et non de ses déficits.

Le concept de « compétence »

Les définitions données par le dictionnaire Larousse au concept de compétence sont les
suivantes :
- Aptitude d'une autorité à effectuer certains actes.
- Aptitude d'une juridiction à instruire et à juger une affaire.
- Capacité reconnue en telle ou telle matière en raison de connaissances possédées et
qui donne le droit d'en juger : avoir des compétences en physique.

Ces définitions renvoient toutes à la notion d’autorité, ce qui semble a priori assez éloigné
de l’usage qui est fait du concept de compétence en psychothérapie. L’examen de la littérature
permet d’identifier deux approches du concept de compétence dans le champ de la santé
mentale.
Soit on se réfère à des aptitudes très concrètes – que l’on peut nommer « instrumentales ».
Dans cette approche, la compétence d’un individu est comparable à un répertoire d’aptitudes à
la fois dénombrables et mesurables. Par exemple : être capable de laver son linge, de se
déplacer seul, prendre des initiatives, etc. C’est cette notion qui est généralement retenue dans
les approches psychoéducatives et comportementales.
Soit on se réfère à une notion plus globale proche de l’idée d’autoguérison. Dans cette
perspective, le concept de compétence s’appuie sur l’idée que l’être humain possède en lui les
ressources et les capacités pour se développer et, lorsque cela est nécessaire, pour faire face à
l’adversité ou à la maladie.
Dans l’absolu, il paraît impossible de dire qu’une approche est meilleure que l’autre. Il
semble que la compétence recouvre ces deux définitions. Cependant, dans le contexte des
approches thérapeutiques humanistes, c’est la seconde acception qui domine.Il s’agit de
mettre davantage l’accent sur ce que le patient réussit déjà plutôt que de dresser un inventaire
ou d’initier un programme d’entraînement des compétences instrumentales.

Le caractère transversal de l’approche humaniste

La conception humaniste traverse bon nombre d’approches et de modèles en psychologie


clinique.
Ainsi, Bowlby, fondateur des théories de l’attachement, a remis en question le primat de la
pulsion au profit du besoin d’attachement. Il considère que l'attachement du bébé à sa mère et
de la mère au bébé résulte d'un certain nombre de systèmes comportementaux innés
caractéristiques de l'espèce : sucer, s'accrocher, suivre, pleurer, sourire. Ces cinq modules
comportementaux définissent la conduite d'attachement. Ces conduites sont primaires; elles
ont pour but, selon Bowlby, de maintenir l'enfant à proximité de la mère (ou la mère à
proximité de l'enfant). Il faut retenir l’idée que le comportement humain est
fondamentalement motivé par un système inné orienté vers les autres de façon positive.
Pour Erickson, rénovateur de l’hypnose thérapeutique, l’inconscient est comparable à un
vaste réservoir de ressources que le patient n’a pas encore suffisamment exploitées. La “
solution ” du problème ne provient pas du thérapeute, mais bien du sujet en thérapie. Le
Texte provisoire – Diffusion interdite

thérapeute doit utiliser le symptôme et non le combattre. Il y a donc ici un parti pris qui va se
révéler essentiel pour la suite : c’est l’hypothèse de l’existence de capacités d’autoguérison et
de compétences insuffisamment exploitées, mais présentes d’emblée. Ce postulat de
compétence apparaît néanmoins comme une propriété de l’individu. Comme la suite de ce
travail va le montrer, le modèle systémique envisage la problématique sous l’angle groupal.
La théorie des systèmes définit la famille comme un ensemble d’individus en interaction,
orientée vers une série de finalités. Des propriétés nouvelles, inconnues au niveau des
individus, émergent du fait des interactions entre ceux-ci (propriété émergente). Ce qui
explique pourquoi tout système doit être observé globalement sans isoler ses éléments. Par
ailleurs, tout système vivant a comme propriété essentielle de maintenir un équilibre entre ses
finalités et son environnement (homéostasie). Certains mécanismes homéostatiques peuvent
être interprétés comme un processus participant au rétablissement d’un équilibre rompu.
Ainsi, tout système vivant réagit lorsqu’il subit une perturbation. Par exemple, le corps
humain sécrète des anticorps lorsqu’un virus fait effraction. Lorsque la peau est gravement
brûlée, de nouvelles peaux sont créées. Des observations cliniques suggéraient que,
paradoxalement, les symptômes semblaient contribuer à l’équilibre de la famille. Pour rendre
compte de cette forme d’équilibre, les premiers systémiciens se sont référés à la notion
d’homéostasie. À partir des années 90, le champ systémique s’appuie davantage sur l’étude
des systèmes vivants pour penser les systèmes humains. Ainsi, les systémiciens ont décrit un
processus d’auto-création et d’auto-conservation à l’oeuvre dans tout système vivant et
observent que, suite à une perturbation de l’environnement, les systèmes sont capables d’auto-
organisation, ce qui renvoie à l’idée de l’apparition spontanée d’une forme ou d’une structure
qui ne résulte pas d’un programme codé. Il s’agit en fait de cette faculté de s’auto-réparer,
voire d’évoluer vers des formes plus complexes, c’est-à-dire présentant un niveau
d’organisation supérieur à l’état antérieur.

Psychologie positive

Plus récemment, un nouveau courant a émerge : la psychologie positive. Fraser et Labbé


(1993) ont développé une série de postulats constituant les fondements de la psychologie
positive, en particulier dans le champ du handicap mental. Voici ces postulats :
- « Pour aider les personnes à avoir un style de vie significatif et enrichissant, il
faut croire qu’elles peuvent jouer un rôle plus actif et faire leurs propres choix
».
- « Pour établir avec elles des rapports respectueux et chaleureux, des rapports
d’interdépendance, il faut les considérer comme des personnes qui ont de la
valeur et qui peuvent nous influencer ».
- « Pour respecter les droits des personnes et favoriser l’exercice de ces droits, il
faut les reconnaître comme des individus à part entière, quel que soit leur
niveau de déficience ».

À l’appui de ces postulats, ces auteurs citent une longue liste d’études. En voici deux à
titre d’exemple. Fredericks (1988) s’est intéressé aux enfants présentant des troubles du
comportement. Il a observé qu’en augmentant de 25% à 75% le nombre d’interactions
positives avec l’enfant, les problèmes s’estompaient de façon naturelle. McGee & al. (1987)
ont observé que les personnes qui s’automutilent le plus ou qui frappent, n’ont pas crée de
liens de réciprocité avec leurs intervenants.
Parmi les concepts émergeants, notons celui de « salutogenèse ». Il s’agit d’une approche
qui décrit comment se crée la santé. On s’inscrit ici dans une démarche opposée à l’approche
classique qui décrit quant à elle comment se crée la maladie. Ainsi, au lieu de se demander
Texte provisoire – Diffusion interdite

pourquoi une personne devient dépressive ou comment sa pathologie est entretenue, on se


demandera pourquoi et comment une personne se maintient en bon état physique et
psychique ?
Un épidémiologiste Israëlien, Antonovsky, a interviewé les survivants de l’Holocauste qui
n’avaient pas développé de pathologies physiques et mentales. Il Antonovsky a mis en
évidence qu’un facteur de protection essentiel était le sentiment de cohérence («sense of
coherence»). Ce construct implique trois notions sous-jacentes :
Comprehensibility : le fait que la situation peut être ordonnée de manière
compréhensible.
Manageability : la conviction qu’a le sujet de garder un certain contrôle sur la
situation. Ce qui implique la perception de disposer des capacités et des
ressources appropriées pour y faire face.
Meaning : La perception que la vie en général, et la situation en particulier, conserve
un sens.

Une cible thérapeutique de choix - La qualité de vie

Les travaux de référence

L’OMS définit la qualité de vie comme « la perception qu’a un individu de sa place dans
l’existence, dans le contexte de la culture et du système de valeurs dans lesquels il vit, en
relation avec ses objectifs, ses attentes, ses normes et ses inquiétudes. Il s’agit d’un large
champ conceptuel, englobant de manière complexe la santé physique de la personne, son état
psychologique, son niveau d’indépendance, ses relations sociales, ses croyances personnelles
et sa relation avec les spécificités de son environnement’ . Formulée de façon plus
synthétique, la qualité de vie renvoie à la perception qu’a un individu de son état physique,
psychologique, économique, social et environnemental.
La qualité de la vie est une préoccupation importante en matière de politique sociale et de
services. Le concept s’est d’abord développé dans le cadre des services aux personnes avec
un handicap mental avant de s’étendre à la psychiatrie, puis à la population générale (Keith &
Schalock, 1993).
L’OMS rappelle par ailleurs que « Les troubles mentaux et du comportement perturbent
profondément la vie des personnes touchées et de leur famille. Certes, le malheur et la
souffrance ne se mesurent pas, mais on peut par exemple se faire une idée de l'impact de ces
troubles grâce aux instruments servant à apprécier la qualité de la vie (…) La méthode
consiste à recueillir l'avis de l'intéressé sur plusieurs aspects de sa vie afin d'évaluer les
conséquences néfastes des symptômes et des troubles’ .
En ce qui concerne la mesure, il existe deux approches, l'une objective et l'autre subjective.
L'approche objective consiste à évaluer des indicateurs externes, comme le niveau de vie, la
santé, l'éducation, la sécurité et l'environnement. Ces évaluations visent essentiellement à
déterminer les politiques les plus appropriées en matière de développement humain.
L'approche subjective se focalise sur la manière dont la personne perçoit ses expériences
de vie. Dans cette perspective, on s’intéresse dans ce cas de façon plus spécifique au bien être
physique et matériel, des relations sociales, ou encore aux loisirs. Ces évaluations visent
surtout à améliorer la qualité de service de structures d’aide et de soin (Keith & Schalock,
1993).
La première approche est surtout utilisée dans le cadre d’études à très large échelle, comme
celles menées par l’OMS, portant sur des populations générales alors que la seconde est
souvent préférée par les intervenants travaillant directement auprès de populations sensibles.
Texte provisoire – Diffusion interdite

Woodill & al. (2000) s’inscrivent dans la seconde mouvance et proposent la définition
suivante : « La QDV est le degré de satisfaction que la personne ressent quant aux possibilités
importantes de sa vie.
Goode & Hogg (2000) proposent trois concepts de base permettant de cerner le concept de
qualité de vie : le sentiment général de bien-être, l’occasion d’atteindre les limites de son
potentiel et un sentiment de participation sociale positive.
Schalock (1996) propose quant à lui huit dimensions susceptibles de refléter la qualité de
vie subjective de la personne : le bien-être émotionnel (image de soi positive, absence de
stress), les relations interpersonnelles (liens positifs avec la famille, les pairs, etc.), le bien-
être matériel, le développement personnel (sentiment de compétence et possibilités de
progresser), le bien-être physique, l’autodétermination (autonomie et possibilité de faire des
choix et d’avoir des buts personnels), l’inclusion sociale (intégration et participation à la vie
sociale) et les droits (citoyenneté et respect).

Évolution du concept

L’examen de la littérature indique que l’on est passé d’une vision statique et individuelle
du concept de qualité de vie (propriété du patient) à une vision dynamique et écosystémique
où la qualité de vie devient un processus qui s’élabore en interaction avec d’autres personnes :
pairs, famille, aidants, etc. (Mattez, 2005).
Enfin, il est intéressant de noter que la notion de qualité de vie s’inscrit dans la perspective
de la psychologie positive et de la notion de compétence telle que décrite ci-dessus. Ainsi,
Holm & al. (2000) soulignent le passage « d’une perspective centrée sur le manque de
maîtrise ou de compétence sociale de la personne (…) à une perspective centrée sur les
ressources (…) » .

Le concept de résilience

Le concept de résilience est né d’un constat : l’adversité peut connaître des issues
différentes tantôt malheureuses, tantôt plus heureuses. Ce constat a été confirmé par les
travaux de Rutter qui nota dans une population d’enfants à risque que, quelle que soit la
combinaison des facteurs de risque et leur intensité, celle-ci n’engendrait pas plus de 50%
d’évolution défavorable (Rutter, 1987; 2002).
Ces observations ont légitimement engendré un grand de nombre de recherches visant à
décrire ce processus. Diverses formes d’adversité ont été envisagées : catastrophes naturelles,
conditions socio-économiques gravement détériorées, états de guerre, violences sociales ou
familiales, abus sexuels, maladies physiques ou mentales, etc.
Néanmoins, le survol de la littérature révèle que le concept de résilience a été peu étudié
dans le contexte des troubles psychotiques. Pourtant, cette pathologie affecte non seulement le
patient mais aussi son entourage - famille, voisinage, collègues, personnel soignant - de
manière considérable.
Au niveau de la famille, la psychose constitue une épreuve redoutable qui, sans une aide
appropriée, érode plus ou moins rapidement les ressources internes du système. Toutefois,
toutes les familles ne sont pas égales et certaines parviennent mieux que d’autres à maintenir,
voire à reconstruire un nouveau développement. Quels sont les facteurs susceptibles de
protéger, ou au contraire d’aggraver, les dysfonctionnements familiaux ? Et surtout, quel est
le processus ?
Au niveau institutionnel, la psychose confronte les équipes soignantes à des attitudes et des
interventions particulièrement complexes qui, lorsqu’elles demeurent impensés, « attaquent »
Texte provisoire – Diffusion interdite

littéralement la dynamique relationnelle entre le personnel soignant, le patient et la famille. À


nouveau, certaines équipes parviennent à créer de nouveaux modes relationnels constructifs
alors que d’autres sombrent, avec les patients et les familles, dans le désespoir, la
désorganisation et parfois la destructivité.
Au niveau sociétal enfin, les conceptions de la psychose et les choix politiques qui en
découlent ne sont pas sans incidence sur le décours de la pathologie. Certains choix
pénalisent les mécanismes de résilience des patients, des familles et des équipes soignantes
alors que d’autres les dynamisent.

Comment penser le concept de résilience dans les familles avec un membre psychotique ?
Et quel rôle le personnel soignant joue-t-il dans ce processus ? Trois situations cliniques vont
nous aider à illustrer notre propos. Voici la première situation.

Définition provisoire

La résilience apparaît comme un concept plus large. En effet, s’il décrit aussi la capacité de
l'individu à faire face à un stress intense, il intègre également la possibilité de fonctionnement
de progrès (Mangham, 1995). Cyrulnik (1999, 2000) va plus loin en évoquant la possibilité
d’un néo-développement après une «agonie psychique». Michel Delage nous dit que le
concept de résilience comprend trois idées. Le premier renvoie à la notion d’élasticité, c’est à
dire à la capacité à encaisser un choc existentiel sans s’effondrer. La seconde recèle la notion
de dégagement, à savoir la capacité à ne pas être organisé, du moins exclusivement, par le
trauma. La troisième, est relative au concept de transformation, à savoir la capacité du
système à complexifier son organisation. Ainsi définie, la résilience semble s’appliquer à des
situations où il a eu situations traumatiques.

Adversité, stress et traumatisme psychique

De Clercq & Dubois (2001) proposent de différencier stress et traumatisme psychique. Le


stress normal est «la réponse non spécifique que donne le corps à toute demande qui lui est
faite»1. De ce point de vue, le stress est un mécanisme normal et utile car il sollicite une
réponse d’adaptation de l’organisme à une perturbation de l’environnement : il focalise
l’attention sur la perturbation, il mobilise les ressources de l’organisme et il incite à l’action.
Le stress est même indispensable car son absence est synonyme de mort.
Il y a toutefois lieu de distinguer le stress normal du stress pathologique. Dans ce cas, en
effet, les capacités d’adaptation sont dépassées et l’organisme devient incapable de s’adapter
à son environnement.
Toujours selon De Clercq & Dubois, le traumatisme psychique (littéralement «blessure
avec effraction») se différencie par certaines caractéristique de l’événement déclencheur :
soudaineté (brutalité, inattendu), vécu d’impuissance et expérience d’effroi. L’effroi est une
notion qui va bien au-delà de celle d’angoisse en ce qu’il implique l’idée de rencontre avec le
réel de la mort. Par ailleurs, contrairement à l’angoisse, la notion de traumatisme renvoie à
deux idées : le caractère irreprésentable de l’expérience et son caractère a-temporel. Le
caractère irreprésentable correspond à l’incapacité pour le sujet à mettre l’expérience en mots
et qui se manifeste par un état de stupeur. Le trauma semble perforer un «trou» dans le
psychisme et conduit à l’idée de perte de sens. Le caractère a-temporel renvoie quant à lui à

2
op. cit., p.14.3 Une brève histoire de tout, Éditions de Mortagne, 1997.
Texte provisoire – Diffusion interdite

l’idée que le trauma n’est en rien altéré par l’écoulement du temps. Au contraire, il semble
toujours agir comme si l’expérience était vécue au temps présent.
L’expérience traumatique semble affecter un certain nombre de croyances de base. Ces
croyances constituent la base d’une théorie du monde chez chaque individu et sont
indispensables pour rendre l’existence tolérable, voire agréable. Citons par exemple :
sentiment de sécurité (le monde est fondamentalement bienveillant) ou le sentiment de
cohérence (le monde a un sens).
Enfin, l’expérience traumatique semble avoir tendance à la répétition en boucle. Ce
caractère est sans doute la conséquence de son caractère a-temporel et irreprésentable. La
menace est constante et jamais contenue.
Par adversité, on entend généralement tout événement naturel ou social qui rend
« vulnérable » l’intégrité de l’individu et de son écosystème. Il est fréquent que l’on évoque
la notion de «risque». Par exemple, les enfants exposés à des facteurs de risque conduisant à
la délinquance. Ces situations ne sont donc généralement pas «traumatiques», mais elles
engendrent un stress élevé et augment la probabilité de trajectoires conduisant au risque en
question.
Dans la littérature sur la résilience, l’adversité peut renvoyer tantôt à des situations de
stress, tantôt à des situations traumatiques de telle sorte qu’une certaine confusion règne.
Fossion et Linkowski (2007) indiquent qu’il existerait une charge de stress optimale. Un
existence trop protégée (absence de stress) ou au contraire trop exposée (charge de stress trop
lourde) conduirait à des capacités de résilience moins importantes.

La résilience en tant que compétence de l’individu

On retrouve la notion de résilience en psychanalyse chez Hartman avec le concept de «Moi


autonome». Pour Freud et ses disciples, le Ça est premier et se présente comme un réservoir
pulsionnel. Or la pulsion apparaît comme une force brute, une énergie qui ne demande qu’à
se libérer quelles que soient les conséquences. Le «Moi» n’émerge qu’au terme d’une
confrontation avec la réalité, laquelle exige que la pulsion soit sinon sublimée, à tout le moins
contenue ou réprimée. Chez Hartman, au contraire, un moi archaïque est déjà présent à la
naissance. Cette idée présuppose que la pulsion n’est pas première à l’inverse de ce que
clament la plupart des psychanalystes. On distingue bien ici une des sources fondamentales de
réticence des psychanalystes à l’égard de la résilience.
De même, Bowlby a remis en question le primat de la pulsion au profit du besoin
d’attachement. Pour les mêmes raisons, Bowlby a été exclu de l’association de
psychanalystes dont il était membre.
L’idée de résilience est également sous-jacente chez Carl Rogers avec son concept d’auto-
actualisation. Comme tous les êtres vivants, l’homme possède en lui-même les ressources de
sa propre croissance. Ceci n’est toutefois possible que si certaines conditions de base sont
réunies : organiques, psychologiques, sociales et même spirituelles. Ceci n’exclut pas que
certaines personnes puissent se comporter de façon nuisible pour elles-mêmes et pour autrui.
Mais, dans la perspective humaniste, ces comportements constituent des réponses secondaires
témoignant d’une inadéquation à faire face à des situations de souffrance. Les forces
positives d’auto-actualisation sont par contre premières.
Pour Erickson, l’inconscient est comparable à un vaste réservoir de ressources que le
patient n’a pas encore suffisamment exploitées. La “ solution ” du problème ne provient pas
du thérapeute, mais bien du sujet en thérapie. Le thérapeute doit utiliser le symptôme et non le
combattre. Il y a donc ici un parti pris qui va se révéler essentiel pour la suite : c’est
Texte provisoire – Diffusion interdite

l’hypothèse de l’existence de capacités d’autoguérison et de compétences insuffisamment


exploitées, mais présentes d’emblée.
Ce postulat de compétence apparaît néanmoins comme une propriété de l’individu. Nous
allons voir que le modèle système envisage la problématique sous l’angle groupal.

La résilience en tant que compétence des groupes humains

La théorie des systèmes définit la famille comme un ensemble d’individus en interaction


orienté vers une série de finalités. Des propriétés nouvelles, inconnues au niveau des
individus, émergent du fait des interactions entre ceux-ci (propriété émergente). Ce qui
explique pourquoi tout système doit être observé globalement sans isoler ses éléments. Par
ailleurs, tout système vivant a comme propriété essentielle de maintenir un équilibre entre ses
finalités et son environnement.
La résilience peut être interprétée comme un processus participant au rétablissement d’un
équilibre rompu. Ainsi, tout système vivant réagit lorsqu’il subit une perturbation. Par
exemple, le corps humain sécrète des anti-corps lorsqu’un virus fait effraction. Lorsque la
peau est gravement brûlée, de nouvelles peaux sont créées.
Des observations cliniques suggéraient que, paradoxalement, les symptômes semblaient
contribuer à l’équilibre de la famille. Pour rendre compte de cette forme d’équilibre, les
premiers systémiciens se sont référés à la notion d’homéostasie.

La notion de résilience dans les familles sera abordé dans le chapitre consacré aux
approches familiales et systémiques.

6. UNE APPROCHE TRANSCULTURELLE ?

Ken Wilber, après avoir entamé puis abandonné des études médecine, obtient une licence
en chimie et en biologie. Ayant perdu ses illusions à propos de la science, il s’intéresse aux
données de la psychologie occidentale (Piaget, Maslow) mais aussi à la littérature orientale,
au Tao Te Ching, le bouddhisme et l’hindouisme
Il identifie de la sorte neuf structures fondamentales de la conscience allant du prérationnel
(inconscient) au transrationnel (superconscient)3. L’homme se développe en progressant de
niveau en niveaux :
- physico-sensoriel (stade prérationnel) : (avant : l'organisme physique) « la sensation
et la perception » ; de 0 à 3 mois ;
- fantasmatique-émotionnel : « les impulsions et les images » ; de 1 à 6 mois
- mental-représentionnel : « les symboles et les concepts » ; de 6 mois à 2 ans
- mental règle/rôle : « règles concrètes » ; de 6 à 8 ans
- formel-réflexif : pensée abstraite ; de 11 à 15 ans
- logique-visionnaire : pensée visuelle ; 21 ans
- psychique (ici commencent « les stades plus élevés ou transpersonnels ») :
«mysticisme de la nature »
- subtil : « mysticisme du divin » ; 28 ans
- causal : « mysticisme sans forme » (et après « non duel » : « mysticisme non duel »);
35 ans.

3 Une brève histoire de tout, Éditions de Mortagne, 1997.


Texte provisoire – Diffusion interdite

Le travail de Wilber n’est pas scientifique. Tout au plus peut-on y voir le travail d’un
« essayiste » ou d’un philosophe. A prendre ou à laisser. Mais nous le citons néanmoins pour
deux raisons :
a) Son parcours est typique de la crise des valeurs qui a frappé l’occident dans les années
60-70. Face aux désillusions de la jeunesse confronté à la société moderne (Guerre du
Vietnam, société de consommation), certains ont cherché refuge dans la philosophie
(notamment, l’existentialisme), l’idéologie politique (Marxisme) ou la « sagesse »
orientale. Wilber s’inscrit clairement dans ce courant de pensée. Les expériences sur le
LSD et le mouvement hippie est aussi représentative de ce mouvement. La conclusion
de ces mouvements est que la conscience de l’homme est aussi touchée par des
questions qui dépasse sa simple personne : la nature, le monde, l’au-delà (ou le néant).
b) Si la réponse de Wilber doit être abordée avec prudence, il pose néanmoins une
question existentielle qui n’est pas tranchée et qui hante nos contemporains, y compris
dans nos consultations : notre vie se réduit-elle à la réalisation de projets matérialistes
(société de consommation) et à se conformer au moule social qui nous est proposé ?
Cette option ne conduit-elle pas le monde et la planète vers sa destruction ? Ne peut-
on envisager d’autres buts et d’autres façon de vivre plus harmonieux ? Ces questions,
(ré)émergentes dans un monde post-Hiroshima, n’ont-elles pas pris une nouvelle
dimension plus concrète, plus inquiètante, plus immédiate de nos jours ? Et de ce fait,
ne voit-on pas émerger de nouvelles angoisses, mais aussi de nouvelles formes de
consciences qui dépasse le simple individu ?

7. BREVE DISCUSSION

Humanisme et Psychanalyse

La perspective humaniste propose des postulats et des techniques qui sont très contrastées
avec le courant analytique.

Psychanalyse Humanisme
Primat de l’inconscient Primat du conscient
Pulsion Besoin
Conflit intrapsychiques capacité d’auto-actualisation
Prise de conscience possible partiellement Prise de conscience possible totalement
Sublimation de la pulsion Liberté et auto-détermination

Ce contraste est toutefois un peu caricatural. En effet, certains psychanalystes, comme


Hartmann, ont très tôt envisagé l’existence d’un « moi autonome », càd d’emblée dégagé des
conflits de l’Inconscient, qu’il importe de soutenir et de développer. Cette idée était
également soutenue par Sandor Ferenczi qui affirmait : « il reste toujours de la vie ».

Autres commentaires (développés au cours)

- Pas de théorie de la personnalité élaborée

Principes et attitudes de base du thérapeute peuvent être actuellement rangés parmi les
« facteurs communs » à toutes les thérapies.
Chapitre 7

Approches cognitivo-comportementales
1. Introduction et terminologie de base

Les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) ont pour projet de résoudre les


troubles psychologiques ou psychiatriques en utilisant des connaissances scientifiques
acquises de manière empirique. Un des principes de base de la méthode scientifique est de
ne se fonder que sur des faits « réfutables ». Ce qui implique la possibilité de formuler des
hypothèses et de tester des relations de cause à effet entre diverses variables.
Pour ce motif, à l’origine, ces thérapies visaient uniquement les comportements car
c’était le seul fait psychologique qui soit observable et mesurable. Schématiquement, à
l’inverse du modèle psychanalytique, on considérait que le « psychisme » était comme une
boite noire – on ne pouvait attester ce qui s’y produisait de manière scientifique – et seuls
les inputs (stimuli) et les outputs (comportements) pouvaient être étudiés.

Tout au plus pouvait-on déduire ce qui pouvait se produire dans la boite noire en
faisant varier certains stimuli puis en en maintenant d’autres constants et en observant les
variations des outputs.
Par la suite, avec le développement des sciences cognitives, il est devenu possible
d’appliquer la méthode scientifique au « psychisme » grâce aux développements de
nouveaux outils – électroencéphalogramme d’abord, scanner et PetScan ensuite – et à de
nouveaux modèles tentant de cerner comment le cerveau traite l’information : perception,
attention, mémorisation, langage, raisonnement et traitement des émotions.

197
Les modèles thérapeutiques ont donc intégré ces nouveaux éléments et la thérapie
comportementale est devenue thérapie cognitivo-comportementale.

Comportement

Un comportement correspond à une manière agir ou de réagir d’un être humain dans
certaines circonstances. Tout comportement – normal ou inadapté – résulte d’un
apprentissage.
Il découle d’interactions entre l’individu et son environnement. Le comportement est
conditionné sous l’effet, en amont de signaux déclencheur (stimuli) et en aval de
conséquences positives qui renforcent (renforcements positifs) ou inhibe (renforcements
négatifs) la réponse de l’individu. Dans cette perspective, un trouble psychopathologique
se traduit par des comportements déviants ou inadaptés par rapport aux conditions
actuelles de l’environnement. La psychothérapie comportementale vise donc à mettre en
œuvre de nouveaux apprentissages (conditionnement) et/ou à faire disparaître les
comportements symptômes gênants (extinction).

Cognition

Le système cognitif désigner l’ensemble des mécanismes de la pensée et recouvre à la


fois des processus élémentaires comme perception et la motricité comme des processus
plus élaborés comme le raisonnement et la mémoire. Le système cognitif inclut également
les circuits émotionnels. Dans cette perspective, un trouble psychopathologique est
considéré come distorsion cognitive.

2. La thérapie comportementale – première vague

L’approche comportementale se voulait strictement scientifique. En conséquence, pour


Pavlov, seuls les phénomènes observables et mesurables méritaient qu’on leur prête
attention. En psychologie, seuls les comportements répondaient à ce critère.

1.1. Conditionnement répondant

Dés 1926, Pavlov développe sa théorie sur base d’expérimentations animales.

On sait que tout chien salive (réponse inconditionnelle) face à de la nourriture


(stimulus inconditionnel). Néanmoins, si on associe le stimulus inconditionnel – la
nourriture - à un stimulus neutre (qui ne produit aucune réponde) – par exemple, le son
d’une cloche, ce dernier finit par déclencher la réponse conditionnelle, même en l’absence

198
du stimulus inconditionnel. On dit alors que la salivation est devenue une réponse
conditionnée. Autrement dit, on a conditionné le chien de telle sorte qu’il salive dès qu’il
entend le son d’une cloche.

Selon cette théorie, l’homme effectue des apprentissages similaires, par exemple
lorsque qu’il est exposé à certains stimuli.

1.2. Conditionnement opérant

Dans l’exemple ci-dessus, l’apprentissage est essentiellement produit parce qui se


produit avant le comportement appris. Il existe également, une forme d’apprentissage de
comportements qui découle plutôt de ce qui se produit après.
Dés la fin du 19ème siècle, Edward Thorndike décrit la loi de l'effet qui stipule qu’une
réponse est d’autant plus probable que la situation est suivie d’une état de satisfaction.
Skinner (1938) approfondit cette idée et décrit le conditionnement opérant. Un
comportement est dit opérant si la probabilité d'apparition de la réponse est modulable par
la manipulation des contingences de renforcement.

1.2.1. L’expérience de Skinner

Des rats en cage explorent celle-ci en quête de nourriture. C’est là un comportement


de base naturel et inné chez les rats.

199
En début d’expérience, on abandonne de la nourriture dans la cage. Ensuite on retire la
nourriture et on dispose un levier qui délivre une boulette de nourriture à chaque pression.
Au début, le rat appuie sur le levier par inadvertance. Ensuite, il continue à se comporter
comme d’habitude jusqu’au moment où il accroche à nouveau le levier.
Progressivement, le rat commence à appuyer délibérément sur le levier. Dans cette
expérience, la nourriture joue le rôle de renforçateur. Il a appris un comportement, qui n’a
rien de naturel ou d’inné, par conditionnement opérant

Lois de l’apprentissage

Renforcement

On distingue deux types de renforcement :


Renforcement positif : Procédure par laquelle la probabilité de fréquence d'apparition
d'un comportement tend à augmenter soit via une récompense (ajout), soit suite au retrait
d’un stimulus aversif.
Renforcement négatif : Procédure par laquelle la probabilité de fréquence d'apparition
d'un comportement tend à diminuer soit via une punition (ajout d’un stimulus aversif), soit
suite au retrait d’une récompense.
On distingue également les renforçateurs primaires (lié à un besoin vital : nourriture,
sexualité) et les renforçateurs secondaires (résultat d’un apprentissage : argent, diplôme,
décoration, …).

Généralisation – Discrimination - Extinction

Généralisation : Le comportement est adopté ou évité dans d'autres contextes


similaires aux circonstances de l’apprentissage. Dans l’exemple de la cage, on peut
changer la forme ou la couleur de la pédale ou reproduire l’expérience dans une cage
différente, etc.
Discrimination : Une réponse initialement produite n’est plus produite si certaines
circonstances (par exemple, l’aspect de la pédale) sont modifiées. Par exemple, si la
pédale est rouge, le rat reçoit une légère décharge électrique alors que toute autre couleur

200
engendre une récompense. Le rat apprendra rapidement à n’appuyer sur la pédale qu’à la
condition que celle-ci soit d’une autre couleur que le rouge.
Extinction : si un comportement n'est plus renforcé ou puni, le comportement finit par
disparaître. Par exemple, si on ne distribue plus de récompense après l’appui sur la pédale,
le rat finit par abandonner un comportement devenu « stérile ».

Apprentissages complexes

Façonnement

Cette procédure est indiquée lorsqu’on souhaite apprendre un nouveau comportement


complexe au sujet. Une des difficultés réside dans le fait qu’on part de « rien ». Comment
procéder ?
On renforce d’abord toute ébauche, même très approximative, du comportement que
l’on souhaite faire apprendre. Ensuite, on cesse de renforcer l’ébauche et on renforce les
comportements plus proches du comportement souhaité. Et ainsi de suite par
approximation successives avec des comportements de plus en plus proches. C’est ainsi
par exemple qu’un individu apprend à écrire ou que l’on apprend à un jeune enfant à jouer
du piano ou du violon.

Guidances

S'il n'existe pas de comportement approximant le comportement cible, il est nécessaire


d'utiliser des guidances. Ensuite, on retire progressivement ces guidances afin que le
comportement soit contrôlé uniquement par les stimuli de l'environnement.

Chaînage

Certains apprentissages nécessitent la maîtrise d’une séquence de plusieurs sous-


comportements. Le chaînage consiste en l'enseignement de ces séquences. Dans une
séquence, chaque sous-comportement de la chaîne agit comme stimulus discriminatif pour
le sous-comportement qui suit et comme récompense du sous-comportement qui précède.
On distingue le chainage avant - on enseigne les comportements dans leur ordre
d'apparition – du chainage arrière - on commence l'apprentissage par la dernière étape.

201
Imitation – identification - Intériorisation

Ces trois processus correspondent à une progression conduisant à des comportements


de plus en plus stables :
S’agisssant de l’imitation, nous savons qu’un comportement peut être appris par
observation. Le sujet « fait » parce que l’autre « fait ». Les lionceaux apprennent à chasser
groupe en observant les adultes opérer. Les singes sont connus pour leur don d’imitation.
De nombreux apprentissages complexes se réalisent de cette façon. Les enfants réalisent
bon nombre d’apprentissage par imitation, comme apprendre à parler par exemple.
Dans processus d’identification. Le sujet « fait » parce qu’il veut ressembler à l’autre.
Le petit garçon veut ressembler à son père, le cadet à ses aînés, l’apprenti à son maître
d’œuvre, le jeune artiste à ses idoles … le fanatique à son gourou !
Dans processus d’Intériorisation, le sujet « fait » parce qu’il est convaincu que c’est
ainsi qu’il faut faire.

3. Apport des sciences cognitives – la seconde vague

3.1. Sciences cognitives

Les sciences cognitives visent à étudier la manière dont l’homme pense et appréhende
le monde. A cette fin, l’homme se construit un système de croyances dont certaines
viennent perturber l’équilibre mental.
Albert Ellis élabore la « thérapie rationnelle-émotive début des années 50. Elle vise à
modifier les croyances erronées qui perturbent le patient. Il propose des exercices de
rationalisation en se focalisant sur le présent au lieu de revenir sur le passé et les causes du
trouble !

3.2. Apprentissage social (Bandura)

Apprentissages vicariants

Bandura (1977) intègre la dimension sociale dans les apprentissages. Pour lui, certains
apprentissages se base s’acquièrent par l’observation et l’imitation de modèles
(apprentissages vicariants). Egalement appelé apprentissage par observation, il consiste en
la modification de l'acquisition d'une réponse par l'individu observateur, suite à
l'observation d'un individu pris comme modèle.

202
A ce titre, l’apprentissage vicariant se distingue de l’observation par imitation en ce
que l’observateur n’effectue pas la séquence comportementale (imitation) et ne reçoit
aucune « récompense ». Le sujet vicariant apprend uniquement en observant le
comportement et la « récompense » qui en résulte.

Théorie de la cognition sociale

Pour Bandura, les humains ne répondent pas seulement à des stimuli, ils les
interprètent (1980) Cette théorie stipule que « le fonctionnement humain est le produit
d’une interaction dynamique et permanente entre des cognitions, des comportements et des
circonstances environnementales (causalité triadique réciproque).

Pour reprendre l’exemple de la personne dépressive, si celle-ci a un sentiment d'auto-


efficacité très affaibli, il y a peu de chance qu’elle agisse. Mais, cette inaction a pour
conséquence d’aggraver le sentiment d'auto-efficacité.
En résumé, pour Bandura, nous sommes à la fois les producteurs et les produits de nos
conditions d’existence. L’interaction doit être comprise comme un déterminisme
réciproque des facteurs personnels, environnementaux et des comportements (schéma ci-
dessous).

Efficacité personnelle

L’efficacité personnelle renvoie aux jugements que les personnes font à propos de leur
capacité à organiser et réaliser des ensembles d’actions requises pour atteindre des types de
performances attendus mais aussi aux croyances à propos de leurs capacités à mobiliser la
motivation, les ressources cognitives et les comportements nécessaires pour exercer un
contrôle sur les événements de la vie.
Si l’efficacité personnelle attendue n’est pas adéquate, un trouble psychopathologique
peut survenir. Par exemple, la personne dépressive a un sentiment d'auto-efficacité très
affaibli. A l’opposé, une personne en phase maniaque aura un d'auto-efficacité exagéré et
s’engagera dans des actions déraisonnables et/ou en surestimant ses capacités et ses
ressources.
En psychothérapie, le meilleur moyen de progresser consiste à développer un sentiment
d’efficacité personnelle, c’est-à-dire de vivre des expériences qu’on maîtrise et réussit.

203
Sociologie cognitive

Souvent associé au courant comportementaliste, Bandura s’en est pourtant écarté pour
fonder la sociologie cognitive.
A l’origine, les sociologues percevaient l’individu comme un automate social. Il était
soumis à un ensemble de représentations collectives et de croyances dont la fonction était
de souder le groupe mais dont un des effets était de le mystifier et le garder prisonnier.
Dans cette perspective, la pensée ne sert pas à connaître mais à croire.
Proposé par Harold GARFINKEL1, le concept d’ethnométhode renvoie à l’ensemble
des savoir-faire ordinaires qui gouvernent nos façons d’être et de faire : comment se
comporter en homme ou en femme ; en membre loyal de telle famille ; en digne
représentant de sa corporation professionnelle, etc. Ces savoir-faire sont si ordinaires
qu’on n’y prête plus attention au point qu’ils apparaissent comme naturels alors qu’ils sont
le résultat d’un long apprentissage intériorisé. Les ethnométhodes ne sont pas éloignées
des habitus de BOURDIEU2. La sociologie cognitive s’inscrit dans le sillage de ce
concept tout en se centrant davantage sur le rôle du langage en tant que régulateur des
mécanismes de décision et de la communication dans les interactions quotidiennes.

3.3. Les travaux de BECK

Beck3 a développé un modèle cognitif des troubles de la personnalité à partir de son


modèle sur la dépression (Cottraux et Blackburn, 2001). Ce modèle repose sur une
optique éthologique et évolutionniste qui suppose que les types de personnalité résultent
des stratégies sélectionnées au cours de l’évolution pour assurer la survie et la
reproduction.

Schéma

Au cours de son existence, chaque individu développe des schémas. Un schéma est une
façon stable de percevoir l’expérience (attention & perception) et de traiter l’information
tant sur le plan cognitif qu’émotionnel. Ces schémas déclenchent des stratégies
comportementales qui peuvent être adaptées ou non. Un schéma se présente comme une
« mémoire » constituée de sensations corporelles, d’émotions et de cognitions.

1
Cité par WEINBERG (2001)
2
Cité par WEINBERG (2001)
3
Cité par COTTRAUX et BLACKBURN, (2001)

204
Plus prosaïquement, le concept de schéma recouvre la façon dont nous évaluons les
événements, ce que nous ressentons et comment nous réagissons. Un schéma est constitué
de croyances qui peuvent être implicites ou explicites. Dans ce dernier cas, l’individu
pense et agit comme s’il se formulait des énoncés du type : «Les gens sont des
adversaires » (cf. ci-dessous). Dans le cas où il s’agit de croyances implicites, le modèle
prévoit néanmoins qu’il est possible de les rendre explicites.

Aspects phylogénétiques et ontogénétiques des schémas

Sur le plan phylogénétique, certains schémas stables et récurrents se seraient


développés. Si ces schémas ont pu avoir une fonction adaptative dans une période
primitive, certains ne le sont plus dans l’environnement social et culturel donné (cf.
chapitre 3). Ainsi, des comportements de prédation, de rivalité, de sociabilité, de fuite
devant le danger pouvaient apparaître adaptés à l’époque de la civilisation des chasseurs-
cueilleurs alors que ces mêmes comportements sont devenus obsolètes, voire handicapants
du moins à l’état brut dans certains contextes sociaux.
Sur le plan ontogénétique, les schémas sont influencés par l’expérience phylogénétique
et les expériences propres à la personne. Les schémas contiennent tous les savoirs et
l’expérience d’un individu. Ce savoir a trait à soi-même, aux autres et au monde qui nous
entoure. Ils concernent tout autant la famille, la société, la culture, la religion, etc.

Schémas dysfonctionnels

Les schémas deviennent dysfonctionnels dès lors qu’ils apparaissent comme inadaptés
au contexte, excessifs, rigides, sans exception, définitifs ou non maîtrisés. Ils prennent la
forme de croyances péremptoires.

Schémas conditionnels et inconditionnels

Selon BECK, les schémas sont constitués de croyances conditionnelles (par exemple,
«Si je n’essaie pas de toujours faire plaisir aux gens, ils ne m’aimeront pas ») et
inconditionnelles (par exemple, «Je ne suis pas assez bien pour qu’on m’aime »).

Stratégies

Par stratégie, il faut entendre l’ensemble des comportements stéréotypés qui résultent
des schémas. Une stratégie peut devenir dysfonctionnelle pour les mêmes raisons que les
schémas. Beck et Freeman (1990) ont détaillé les principales stratégies liées aux
principaux troubles de la personnalité décrits dans le DSM.
Les schémas dysfonctionnels peuvent être activés par certains événements de vie.
Lorsque ce processus se répète, l’expérience vient confirmer un schéma dysfonctionnel qui
peut se trouver de la sorte renforcé.

205
Trouble Schéma Stratégie
Paranoïaque Les gens sont des
adversaires potentiels Etre sur ses gardes/attaque

Antisocial Les gens sont là pour Prédation


être dupés

Histrionique Je dois faire impression Théâtralisme


(mais suis pas sûr de moi)

Narcissique Je suis exceptionnel Inflation du Soi


(et je suis sûr de moi)

Evitant Je pourrais être blessé Evitement

Dépendant Je ne peux rien faire seul Attachement à tout prix

Obsessionnel- Les erreurs sont


Compulsif catastrophiques Perfectionnisme

Activation – Persistance - Prépondérance

Certains schémas devenus actifs bloquent les autres schémas (même si ceux-ci sont
fonctionnels) et deviennent dès lors prépondérants.

Attention sélective, fausses perceptions, et erreurs cognitives

Les schémas engendrent des biais liés à l’attention sélective, de la fausse perception et
des erreurs cognitives. Par exemple, chez les déprimés, les situations sont vues comme
systématiquement négatives.
L’Attention sélective consiste à centrer volontairement ses mécanismes de perception
sur un stimulus particulier et de traiter cette information en négligeant les stimuli pertinents
et/ou en accordant trop d’attention aux stimuli non pertinents. Par exemple, les anxieux
sont perpétuellement à l’affut d’indices susceptibles d’annoncer une agression, une
rupture, une difficulté. Des faits anodins peuvent alors prendre des proportions exagérées
alors que d’autres indices suggérant que la situation évolue normalement, voire
favorablement sont négligés.
La perception consiste en la prise de conscience de soi et des objets environnants à
partir des données sensorielles. Sous l’emprise de certains schéma, la perception peut être
altérée et conduire à des phénomènes d’illusion, voire d’hallucination. Une hallucination
est une perception sans objet (par exemple, entendre des voix alors qu’il n’y a personne
dans la pièce) alors que l’illusion part bien d’un « objet » réel, mais dont la perception est
distordue.
Les erreurs cognitives se présente sous la forme d’erreur de jugement. Ces erreurs
cognitives se manifestent également sous la forme de « pensées automatiques ». Celles-ci
surgissent de façon rapide et apparaissent au sujet comme inéluctables.
Les erreurs cognitives plus courantes sont :
- Les inférences arbitraires : conclusion arbitraire déduite à partir d’éléments
manquants.
- L’abstraction sélective : la personne se focalise sur un détail qu’il a détaché
de son cadre général.
- La surgénéralisation : une conclusion générale est déduite sur la base d’un
seul fait.

206
- L’amplification ou la minimisation : l’importance relative d’un évènement
précis est mal évaluée. L’aspect négatif est amplifié, l’aspect positif est
minimisé.
- La personnification : la personne a tendance à s’attribuer les évènements
extérieurs alors que les évènements existants soutiennent le contraire.
- La pensée dichotomique : la personne a tendance à penser de façon absolue,
de type tout ou rien (noir / blanc par exemple).

Perception et traitement de l’information

Les travaux de Ellis et de Beck, ainsi que les apports de sciences cognitives,
déboucheront plus tard sur une meilleure compréhension dont le cerveau traite
l’information (schéma ci-dessous).

In Disner, S.G., Beevers, C. G., Haigh, E. A. P. & Beck A. T. (2011), Neural mechanisms of the cognitive
model of depression. Nature Reviews Neuroscience 12, 467-477.

Distorsion cognitive

Une distorsion cognitive est une conclusion sans preuve que tire un individu à partir
d’une expérience donnée. Cette conclusion résulte d’un traitement incorrect des
informations par la personne et gouverne les réponses comportementale du sujet.
Il peut s’agir d’une conclusion à partir d’un détail, sur-généralisation, maximalisation
du négatif, personnalisation, etc.
Le travail thérapeutique consiste en un effort de restructuration cognitive qui conduit à
prendre conscience des distorsions de notre mental et le poids de nos croyances.
Plus généralement, le travail consiste en :
-apprendre aux sujets à observer leurs propres cognitions, émotions et solutions. Les
sujets sont incités à utiliser des fiches d'auto enregistrement des pensées, des
émotions et des situations (Cf. ci-dessous);
-aider le sujet à mettre en question ses systèmes irrationnels de pensée. Des
techniques de questionnement et de recherche de pensées alternatives, divergentes
sont apprises aux sujets;
-proposer au sujet des tâches d'exposition et de prévention de la réponse
stéréotypées.

207
Nous reproduisons ci-après la liste des principales formes de distorsion cognitive.

208
209
3.4. Les travaux de YOUNG

YOUNG4 s’est formé auprès de BECK avant de poursuivre ses propres recherches.
Bien qu’assez proche des conceptions de son maître, YOUNG formule des propositions
originales.

Schémas Précoces Inadaptés (SPI)

YOUNG insiste davantage sur l’origine infantile des schémas. Les schémas sont des
« éléments organisés à partir des expériences et des réactions du passé, qui forment un
ensemble de connaissances relativement cohérent et durable, capable de guider les
perceptions et les évaluations subséquentes ». Les schémas ont été développés pendant
l’enfance et servent à façonner les expériences faites plus tard.
Comme chez BECK, ils se présentent comme des vérités absolues, difficiles à modifier
et ils ont tendance, sous la pression de la répétition des expériences, à se perpétuer
(Schémas Précoces Inadaptés ou SPI).

Une théorie de la persistance

YOUNG décrit trois mécanismes susceptibles d’expliquer pourquoi des schémas


pourtant dysfonctionnels ont tendance à persister.
Un premier processus réside dans la distorsion de l’information. Cette distorsion a pour
fonction de maintenir le schéma intact. Les informations qui confirment le schéma sont
systématiquement retenues alors que celles qui l’infirment sont écartées.
Le deuxième processus de persistance est l’évitement. Dans ce cas, le sujet développe
des procédés pour bloquer toute connaissance concernant le schéma. Cette stratégie a pour
fonction d’éviter les émotions négatives associées à ce schéma. Cette stratégie est donc
clairement auto-protectrice. YOUNG reformule de la sorte dans le langage cognitiviste
des mécanismes de défense décrits par les psychanalystes : clivages, refoulement,
forclusion, déni, etc.
Le dernier processus de persistance s’explique par un phénomène de compensation. La
compensation est en fait une tentative de surmonter un schéma dysfonctionnel. Par
exemple, une personne dépendante, pourra développer un schème compensatoire qui
consiste à renoncer à toute forme d’appui ; un sujet carencé sur le plan affectif,
compensera par un narcissisme exagéré ; une personnes abusée se protégera en se tenant à
grande distance émotionnelle des autres, une personne qui se sent incapable deviendra
perfectionniste.

3.4. Le coping style

Le modèle de Lazarus et Folkman

le coping style est l’ensemble des croyances conscientes et inconscientes et des


stratégies d’un individu pour affronter des situations de stress (Dumont, 2001). La notion
de stratégie de coping se réfère donc à l'ensemble des efforts cognitifs et comportementaux
qui permettent d'éviter, de s’ajuster, ou de minimiser l'effet du stress sur le bien-être

4
Cité par COTTRAUX et BLACKBURN, (2001).

210
physique et psychologique d'une personne (Lazarus et Folkman, 1984). Ceux en donnent la
définition suivante : «l’ensemble des efforts cognitifs et com- portementaux, constamment
changeants, (déployés) pour gérer des exigences spécifiques internes et/ou externes qui
sont évaluées (par la personne) comme consommant ou excédant ses ressources ».
Au sens large, le coping renvoie à l’ensemble des stratégies d’ajustement de l’individu
alors que dans un sens plus restreint, il concerne surtout les réactions à des variations de
l’environnement évaluées comme menaçantes.

Terminologie

Stratégies et ressources

Le dictionnaire Larousse propose les définitions suivantes :


- Une stratégie renvoie à l’« Art de coordonner des actions, de manœuvrer
habilement pour atteindre un but ». Par exemple, faire preuve de créativité,
chercher de l’information, partager ses émotions, chercher du soutien et de l’appui
dans son entourage, etc.
- Une ressource est un ensemble de moyens qui peuvent être de nature intellectuelle,
matérielle ou relationnelle et sur lesquels une action peut s’appuyer. Par
exemple : une famille chaleureuse, une communauté accueillante, dispose des
moyens financiers, etc.
Il est rare qu’une stratégie ne soit pas associée à une ressource. Si on relit la définition
du terme « stratégie », on comprend immédiatement que l’une des premières actions à
mettre en œuvre consiste à mobiliser des ressources.

Stratégies adaptées et inadaptées

Face aux défis de l’existence, les individus mobilisent des stratégies très diverses.
Généralement, plus les difficultés sont importantes, plus ils déploieront de nombreuses
stratégies. Souvent, nous avons constaté que c’était moins la nature de la stratégie que sa
finalité et son coût qui décidaient de sa valeur « adaptative ».
Ainsi, une stratégie se révèle « adaptée » lorsqu’elle contribue au bien-être, à l’ «
affirmation de soi », au sentiment de maîtrise de soi et lorsqu’elle permet au jeune de
protéger son intégrité physique et psychologique à moindre coût. On dira en effet qu’une
stratégie à un coût important lorsqu’elle gêne le développement psychologique du jeune et
qu’elle altère profondément sa qualité de vie. Ce calcul est évidemment une affaire
d’appréciation personnelle et s’évalue au cas par cas.
Par ailleurs, certaines stratégies sont en soi inadaptées. Celles-ci visent souvent à
protéger autrui au détriment de sa propre personne. Elles n’en sont pas moins délétères. Par
exemple : détourner la violence sur soi chez les enfants dans le cadre des violences
conjugales, prendre un rôle actif dans les triangulations dans le cadre des séparations
parentales, dénier la réalité, etc. In fine, ces stratégies font bien plus de mal que de bien. Il
convient de les combattre.
Il peut arriver que certaines stratégies, inadapté ou moins souhaitables dans l’absolu,
soient en fin de compte appropriées dans un contexte précis. Les stratégies d’évitement par
exemple. Elles permettent en effet aux jeunes de se protéger momentanément (par
exemple, en dissimulant leur vécu ou en fuyant, par la pensée ou en sortant avec des amis
afin de s’extraire de la vie de famille lorsque le climat devient trop lourd).
D’autres stratégies permettent également de faire face aux événements stressants.
Cependant, la persistance du stress est nuisible et usante. Ainsi, ces mêmes comportements

211
d’évitement qui peuvent protéger à court terme risquent aussi de favoriser le repli sur soi à
plus long terme et de couper le jeune d’éventuelles ressources environnementales. Certains
rôles, lorsqu’ils persistent, peuvent réduire considérablement son autonomie et entraver
son développement et sa socialisation. Le « coût » en devient alors prohibitif.

Réponses ou stratégies ?

Nous devons ici relever d’autres mécanismes. Ceux-ci ne sont pas, du moins au départ,
des stratégies mais des « réponses » (somatiques ou comportementales) face au stress :
attitudes provocantes, agressivité, tentative de suicide, divers troubles internalisés comme
la dépression. À ce stade, ces réponses ne sont pas mobilisées de façon consciente.
Cependant, en fonction des réactions de l’entourage et du rapport coût/bénéfice que le
l’individu « mesure », ces réponses peuvent parfois se muer en stratégies.
Les bénéfices attendus peuvent être : attirer l’attention sur soi, se protéger, tirer certains
avantages, reprendre du contrôle sur les adultes ou encore leur faire payer une « dette »
symbolique. Dans l’esprit de certains jeunes, l’inadéquation de certains parents peut
parfois, légitimer ce type de stratégie. Ce qui nous permet de souligner un aspect trop
souvent occulté : Les individus ne sont pas nécessairement que « victimes » et peuvent
parfois contribuer activement à certains dysfonctionnements.

A côté des modèles psychothérapeutiques complexes que certains d’entre vous auront
l’opportunité d’étudier en master (psychologie clinique), il existe des modèles
d’intervention plus simples, adaptés à des situations cliniques pas trop complexes et qui se
fondent sur l’optimisation des stratégies de coping.
Dans les milieux précaires, les ressources manquent cruellemment. Il serait alors vain,
voir cruel, d’optimiser les stratégies de coping sans se préoccuper des ressources. Les
interventions psychologiques doivent alors se doubler d’interventions sociales.

Le modèle de Frydenberg et Lewis

Frydenberg et Lewis (1993) ont raffiné le modèle de Lazarus et Folkman (1984) en y


intégrant les émotions (figure ci-dessous).
Le processus ce déroule en trois étapes.
La première se produit lorsque l'individu est confronté à un événement stresseur. Il
évalue le danger - « Suis-je en danger ? » - (évaluation primaire). Cet événement peut
être menaçant pour une personne et ne pas l'être pour une autre.
Dans un second temps, la personne évalue les ressources (qu’elle pense être) à sa
disposition (évaluation secondaire). Cette évaluation est tributaire de son sentiment
d'auto-efficacité, lequel résulte de ses expériences de stress antérieures et du souvenir
qu’elle a (qui peut être altéré) de sa capacité à les surmonter - Mes ressources personnelles
et sociales sont-elles suffisantes et/ou actuellement disponibles ? Quelle stratégie dois-je
adopter pour faire face ? Etc.
Au terme du processus, l'individu entreprend une évaluation tertiaire visant à apprécier
si la stratégie a été couronnée de succès et si ce n’est pas le cas, comment l’adapter ou en
changer pour d'autres plus productives. Par ailleurs, cette évaluation affecte le sentiment
d'auto-efficacité de la personne.

212
On observera que ce qui permet à une personnes de s’adapter dépend non seulement de
ses capacités objectives, mais aussi de les perceptions subjectives de ses capacités : elle
peut disposer de bonnes stratégies mais avoir un faible sentiment d'auto-efficacité qui
l’empêche de mobiliser ces stratégies ou qui l’incite à ne pas s’engager ou à adoper une
autre stratégie moins appropriée.
Il peut alors en résulter est sentiment de détresse psychologique aigu !

L’appraisal-coping model

L'appraisal - évaluation - cognitive stipule que le sujet procède à une évaluation de la


situation, à une estimation des conséquences pour l'organisme et élabore des stratégies
d'ajustement (coping). Deux classes de stratégies sont possibles : rationnelle (Problem-
focused) ou émotionnelle (Solution focused).
Le résultats de ces stratégies, via une boucle de rétroaction, viennent alimenter le
système de croyances (Beliefs) qui sont tantôt confirmées, tantôt modifiées.
Selon Nugier (2009), les théoriciens de l’émotion s’accordent généralement pour
reconnaître 4 sous-dimensions au moins (Grandjean & Scherer, 2009) :

1. l’évaluation de pertinence : à quel point cet événement est-il pertinent pour moi
? est-ce qu’il va m’affecter directement ou mon groupe de référence social ?
(automatique et inconscient). Ce processus implique que le sujet soit capable de
percevoir des variations de l’environnement, càd de son attention. Or, ces
capacités varient d’un individu à l’autre. Certaines pathologies présentent des
particularités attentionnelles : les autistes et les schizophrènes semblent présenter
des perturbations de l’attention. A l’opposé, les personnes phobiques ont des
seuils d’attention plus bas et sont hypersensibles.

213
2. l’évaluation des implications : quelles sont les implications ou les conséquences
de cet événement et à quel point affectera-t-il mon bien-être et mes buts
immédiats ou à plus long terme ? (automatique et inconscient). La personne se
demande si la situation est agréable ou désagréable et si elle facilite ou contrarie
l’accès à ses ressources (chez l’animal : la nourriture et la reproduction; en outre,
chez l’homme, ses buts, ses valeurs, ses intérêts) ? Les pathologies suivantes sont
vraisemblablement concernées à ce niveau : psychopathie, conduites à risque.

3. l’évaluation du potentiel de maîtrise : à quel point je vais pouvoir m’adapter ou


m’ajuster à ces conséquences ? (traitement cognitif conscient). La personne va
tenter d’identifier la cause et les conséquences du stimulus ou évènement supposé.
Le sujet va évaluer s’il peut influencer le cours des choses et s’il en a les
ressources.

4. l’évaluation de la signification normative : quelle est la signification de cet


événement en ce qui concerne mes standards internes (concept de soi) et les
valeurs et normes sociales ? (traitement cognitif conscient). Il s’agit ici dans la
forme TCC du Surmoi et de l’idéal du Moi. Les pathologies suivantes sont
vraisemblablement concernées à ce niveau : psychopathies et troubles pervers.

4. La « troisième vague »

La thérapie d'acceptation et d'engagement (ACT) (S. C. Hayes), inspirée des pratiques


méditatives, se caractérise par l'idée d’acceptation plutôt que l'évitement des pensées
négatives. A cette fin, la thérapie a recourt aux techniques méditatives. La méditation
consiste à orienter son attention de manière systématique sur ses sensations, sur la
respiration ou sur toute autre phénomène psychologique. Son champ d’application
concerne essentiellement la gestion du stress et la prévention des rechutes dépressives.
Les techniques de méditation - La Pleine Conscience (Mindfulness) – se définit comme
un « état de conscience qui résulte du fait de porter son attention, intentionnellement, au
moment présent, sans juger, sur l’expérience qui se déploie instant après instant » (Kabat-
Zinn, 2003).
L’objectif est de libérer l’esprit des mécanismes automatiques, source de détresse
psychologique, et d’établir une relation différente avec l’expérience vécue. Apparue
récemment, et bien que très en vogue, il semble encore trop tôt pour apprécier l’efficacité
de la troisième vague.

5. Les traitements spécifiques

Les TCC traitent des problèmes comportementaux actuels des personnes. En outre,
elles ciblent essentiellement les symptômes et visent à faire disparaître la plainte. Dans
cette perspective, les TCC se démarquent de la psychanalyse en évitant de considérer le
passé et l’histoire du sujet comme des déterminants essentiels de leurs difficultés. Le
comportement problématique est analysé en détails en recherchant ses facteurs explicatifs
actuels qui déclenchent, modulent et maintiennent le comportement.

214
5.1. Liens entre diagnostics et traitements spécifiques

Selon les comportementalistes, les troubles psychopathologiques résultent, du moins en


partie, d’un apprentissage. Par exemple, les superstitions – fréquentes dans les troubles
obsessionnels - résultent d'un renforcement qui découle d'une simple coïncidence.

Troubles de nature psychotique

La thérapie cognitivo-comportementale envisage la psychose et la névrose comme le


résultat de distorsions cognitives. Seule l’intensité et l’étendue distorsions permet de les
distinguer. Ainsi, un patient névrosé aura une perception irrationnelle de la réalité dans
quelques domaines seulement, alors qu'un patient psychotique aura une perception
irrationnelle de la réalité dans presque tous les domaines.
Les psychotiques ont malheureusement tendance des capacités métacognitives très
diminuées, ce qui rend inopérante la plupart des stratégies de restructuration cognitive.
C'est la raison pour laquelle la thérapie cognitive est habituellement réservée aux
troubles de nature névrotique et aux troubles de la personnalité.

Troubles de la personnalité

S’agissant des troubles de la personnalité, chaque trouble correspond à une série de


schémas dysfonctionnels qu’il importe de modifier (annexe I).

Troubles de nature névrotique

La phobie social et les personnes souffrant de PTSD adoptent des comportements


peuvent découler de processus de généralisation excessifs. D’un contexte spécifique où il
a appris une réaction de peur, l’individu généralise cette réponse à tous les contextes.
Les phobiques développent également des formes d’hypervigilance. En quête du
moindre indice de la présence d’une menace, ils augmentent leur seuil de vigilance. Qui
cherche trouve et, progressivement, l’individu répond à de plus en plus de stimuli et/ou à
des seuils de plus en plus faible.
En outre, un état d’hypervigilance permanente va se caractériser par des sursauts, des
troubles de la concentration (par conséquent, des troubles mémoire), un état irritable et une
hypersensibilité aux stimuli. Le serpent se mord la queue.
On observe aussi des comportements d'évitement consécutifs à des situations
traumatiques.
S’agissant de la dépression, celle-ci résulterait d’un niveau bas de renforcement positif
reçu par le sujet pour un comportement précis. Trois facteurs essentiels peuvent conduire à
un niveau de renforcement bas face à une expérience aversives (Lewinsohn, 1973) :
- un manque de comportement habile conduisant à des expériences renforçantes,
- un environnement pauvre en renforçateurs,
- une sensibilité accrue aux évènements négatifs.

Ces hypothèses à propos des mécanismes pathogènes conduit à des protocoles de


traitements précis.
Le traitement d’un trouble suit par conséquent un canevas général (valable pour tous
les phobiques, par exemple) qui est complété par des spécificités liée à l’individu traité en
particulier. Ainsi, tous les troubles phobiques présentent des similitudes qu’il importe de
bien connaître, mais aussi des spécificités propres à l’individu qu’il importe d’identifier.

215
Le traitement s’adapte donc à l’individu et varie donc d’un sujet à l’autre même pour un
trouble identique.
Chaque trouble est caractérisé par une émotion centrale encombrante ! Encombrante
parce qu’elle est exacerbée (l’intensité est disproportionnée) et envahissante (l’émotion en
question monopolisé les pensées à l’exclusion d’autres émotions). Il importe donc de
travailler à la fois sur l’intensité (ramener les choses à de plus justes proportions) et la
diversité (exposer le patient à d’autres émotions multiples et positives).

Pathologie Emotion centrale Description


Etat dépressif Tristesse perception d'une perte : Perte d'un être aimé,
de capacités physiques, d'une fonction
sociale
Etat maniaque Euphorie perception d'un gain : nouveaux biens
matériels, nouvelles ressources
Etat anxieux Anxiété perception d'une menace pour les biens
matériels, menace physique (maladie),
menaces psychologiques (humiliation,
critiques négatives)

Troubles alimentaires

Le schéma ci-dessous décrit les paramètres auxquels on est attentif dans les TCC. Ainsi
des facteurs individuels – adolescence, par exemple – et familiaux – préoccupations
particulières autour de la nourriture ou de l’apparence physique – peuvent inciter le jeune
à porter une attention accrue à son aspect physique.
Ces facteurs individuels peuvent aussi traduire une vulnérabilité génétique, laquelle été
démontrée au travers d’études sur de jumeaux homozygotes.
Le fonctionnement familial joue également un rôle important : relations
interpersonnelles, place de chacun dans le système, accès à l’autonomie, règles et rôles
familiaux, etc.
La société propose des modèles qui présentent la minceur comme un critère de beauté et
associe de façon arbitraire le surpoids à des traits psychologiques comme la faiblesse
d’esprit, le manque de maîtrise, etc. La société valorise par ailleurs la course aux
performances et à la réussite qu’elle associé à la jeunesse, la beauté et la minceur.
Une fois la pathologie engagée, d’autres processus peuvent venir atténuer, ou au
contraire, aggraver la situation.
Un analyse approfondie de ces processus permet d’adopter le traitement en mettant
l’accent sur les paramètres qui semblent jouer un rôle plus particulier dans chaque cas
spécifique.
A cette fin, l’analyse fonctionnelle constitue un outil essentiel dans les TCC.

216
Analyse fonctionnelle

Au début du traitement, le comportement problématique est évalué par l’emploi de


questionnaires, d’entretiens structurés et d’observations systématiques. Le thérapeute
réalise une « analyse fonctionnelle ».
Par exemple, la méthode ABC vise à identifier :
- Les antécédents (A) : le stimulus précédant le comportement cible, et le
déclenchant;
- Le Comportement (B comme Behavior) : la réponse du sujet, le comportement
cible;
- Les Conséquences (C): les éléments qui suivent et contrôlent le comportement
cible;
Une autre approche – dite méthode SECCA (Cottraux, 1985), permet au patient, au
travers d’une auto-observation, de comprendre l’interaction entre ses mécanismes de
pensées et ses comportements.
En partant d’une Situation – Stimulus – on demande au patient d’observer et de
consigner ses Emotions, ses Cognitions (pensés, images mentales, croyances), ses
Comportements et ses mécanismes d’Anticipation. On lui fournit généralement un carnet
de bord du type reproduit ci-dessous.

Le psychologue analyse également les mécanismes de distorsions cognitives qui


affectent notre raisonnement, nos pensées et notre ressenti. Elle précise que l’objectif n’est
pas d’éviter un comportement mais de le faire autrement en repérant ses cercles vicieux
entre pensées automatiques et comportements.

Il s’agit de modéliser l’émergence du comportement problématique en prenant compte


d’autres comportements problématiques co-existants ou d’autres facteurs (actuels ou
passés) pouvant influencer ce comportement.
Dans certains cas, le thérapeute établit une ligne de base (par exemple, le nombre
verres d’alcool consommés, la quantité de nourriture absorbée, le nombre de
comportements compulsif etc.). Cette approche permet de mesurer l’écart entre la ligne
de base décrivant le comportement problématique avant et après le traitement et/ou par
rapport aux objectifs thérapeutiques.

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Une autre méthtode – SORC – vise à analyser les situations problème en s’appuyant
sur le modèle représenté dans la figure ci-dessous.

S: A la fois stimili et situation problème ou situation déclenchante


O: Organisme, càd pensées, émotions et constitution physiologique
R: Réponse effective de l’organisme
C: Conséquence, càd ce qui se produit après la réponse.

Exemple : La phobie de manger devant les autres

S : Repas collectifs, manger devant les autres. Exemple : être invité au restaurant.
O : angoisse, mains moites, tremblements au moment de porter les aliments à la bouche.
Pensée : les gens vont voir que je suis fragile, vont se moquer ou penser que je suis
faible.
R : crise d’angoisse
C : Ne plus accepter d’invitation

Dans cet exemple, « Ne plus accepter d’invitation » est une réponse d’évitement. Cette
réponse permet certes d’éviter la crise d’angoisse, mais elle a aussi comme conséquence
plus lointainte de ne pas permettre à la personne de « tester » sa croyance « les gens vont
voir que je suis fragile,… » ce qui va avoir poour effet de renforcer sa croyance.

5.2. Rôle et attitudes du thérapeute

Le rôle du thérapeute est d'aider le patient à atteindre les buts réalistes que le patient
s'est lui-même fixé (cf. section suivante).
Le thérapeute adopte une attitude :
- Collaboratif : il détermine les objectifs en concertation avec le patient ;
- Intéractive : le thérapeute pose des questions, répond à celles du patient;
- Didactique : usage d’un langage simple, explique les stratégies thérapeutiques
utilisées, etc

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Le thérapeute agit avec le patient comme s’ils étaient deux chercheurs en train de
formuler des hypothèses et tentant des les vérifier ensemble en concevant et réalisant des
expériences.

5.3. Définition des objectifs thérapeutiques

L’objectif thérapeutique est précis et établi en accord entre le sujet et son thérapeute.
Le patient apprend à se prendre en charge. Par exemple : limiter la fréquence, la durée,
l’intensité du symptôme. Exemple : augmenter les contacts sociaux d’un déprimé.
L’environnement familial est souvent intégré au traitement. Le rôle éventuel des
proches dans le maintien du problème est analyse. Dans certains cas, la famille bénéficie
d’information à propos de la pathologie (psychoéducation).

5.4. Plan de traitement

Pour changer les comportements problématiques précis du sujet, le traitement se fait


toujours en collaboration étroite avec le sujet, en respectant ses choix. Il faut établir une
« relation thérapeutique de collaboration » (ou « alliance thérapeutique »).
Un agenda est établi sur 10 à 25 séances d’une durée de 30 à 60 minutes. Le thérapeute
est actif et cherche à obtenir une prise de conscience progressive du sujet. Il cherche à
modifier les schémas cognitifs et les comportements à l’origine du problème du patient. Il
s’assure de la compréhension du patient en lui demandant de reformuler ce qu’il a retenu
de la séance. Il lui demande aussi quelle a été sa perception de l’efficacité de son
thérapeute (« feed-back » du patient sur les propos de son thérapeute). Des tâches
cognitives et comportementales sont définies à la fin de la séance pour les appliquer dans
la vie quotidienne.

5.5. Evaluation des résultats

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