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Cyrano de Bergerac : la présentation des Cadets de Gascogne

Ce sont les cadets de Gascogne


De Carbon de Castel-Jaloux ;
Bretteurs et menteurs sans vergogne,
Ce sont les cadets de Gascogne !
Parlant blason, lambel, bastogne,
Tous plus noble que des filous,
Ce sont les cadets de Gascogne
De Carbon de Castel-jaloux :

Œil d’aigle, jambe de cigogne,


Moustache de chat, dents de loups,
Fendant la canaille qui grogne,
Œil d’aigle, jambe de cigogne,
Ils vont, – coiffés d’un vieux vigogne
Dont la plume cache les trous ! -
Œil d’aigle, jambe de cigogne,
Moustache de chat, dents de loups !

Perce-Bedaine et Casse-Trogne
Sont leurs sobriquets les plus doux ;
De gloire, leur âme est ivrogne !
Perce-Bedaine et Casse-Trogne,
Dans tous les endroits où l’on cogne
Ils se donnent des rendez-vous…
Perce-Bedaine et Casse-Trogne
Sont leurs sobriquets les plus doux !

Voici les cadets de Gascogne


Qui font cocus tous les jaloux !
O femme, adorable carogne,
Voici les cadets de Gascogne !
Que le vieil époux se renfrogne :
Sonnez, clairons ! chantez, coucous !
Voici les cadets de Gascogne
Qui font cocus tous les jaloux !

Cyrano de Bergerac, Acte 2, scène 7


Edmond Rostand
Fénelon extrait du traité De l’éducation des filles (1696) :

« Il est vrai qu’il faut craindre de faire des savantes ridicules. Les femmes ont d’ordinaire
l’esprit encore plus faible et plus curieux que les hommes, aussi n’est-il point à propos de les
engager dans des études dont elles pourraient s’entêter ; elles ne doivent ni gouverner
l’État, ni faire la guerre, ni entrer dans le ministère des choses sacrées ; ainsi elles peuvent se
passer de certaines connaissances étendues, qui appartiennent à la politique, à l’art
militaire, à la jurisprudence, à la philosophie et à la théologie. La plupart même des arts
mécaniques ne leur conviennent pas. Elles sont faites pour des exercices modérés. Leur
corps aussi bien que leur esprit est moins fort et moins robuste que celui des hommes. En
revanche, la nature leur a donné en partage l’industrie, la propreté et l’économie pour les
occuper tranquillement dans leurs maisons.
Mais que s’ensuit-il de la faiblesse naturelle des femmes ? Plus elles sont faibles, plus il est
important de les fortifier. N’ont-elles pas des devoirs à remplir, mais des devoirs qui sont les
fondements de toute la vie humaine ? N’est-ce pas elles qui ruinent ou qui soutiennent les
maisons, qui règlent tout le détail des choses domestiques, et qui, par conséquent, décident
de ce qui touche de plus près à tout le genre humain ? Par là, elles ont la principale part aux
bonnes ou aux mauvaises mœurs de presque tout le monde. Une femme judicieuse,
appliquée et pleine de religion, est l’âme de toute une grande maison, elle y met l’ordre
pour les biens temporels et pour le salut. Les hommes même, qui ont toute l’autorité en
public, ne peuvent par leurs délibérations établir aucun bien effectif, si les femmes ne leur
aident à l’exécuter.
Le monde n’est point un fantôme, c’est l’assemblage de toutes les familles ; et qui est-ce qui
peut les policer avec un soin plus exact que les femmes, qui, outre leur autorité naturelle et
leur assiduité dans leur maison, ont encore l’avantage d’être nées soigneuses, attentives au
détail, industrieuses, insinuantes et persuasives ? Mais les hommes peuvent-ils espérer pour
eux-mêmes quelque douceur dans la vie, si leur plus étroite société, qui est celle du mariage,
se tourne en amertume ? Mais les enfants, qui feront dans la suite tout le genre humain, que
deviendront-ils, si les mères les gâtent dès leurs premières années ?
Voilà donc les occupations des femmes, qui ne sont guère moins importantes au public que
celles des hommes, puisqu’elles ont une maison à régler, un mari à rendre heureux, des
enfants à bien élever. Ajoutez que la vertu n’est pas moins pour les femmes que pour les
hommes ; sans parler du bien ou du mal qu’elles peuvent faire au public, elles sont la moitié
du genre humain, racheté du sang de Jésus-Christ et destiné à la vie éternelle. »
Les origines de la truffe. Légende du Périgord

Vous pensez bien qu’il a fallu un fameux coup de baguette magique pour faire jaillir de la
terre ingrate du Causse, ce diamant noir qu’est la truffe.
Il faut se reporter loin en arrière ; du temps où, dans les chaumières Quercynoises, on devait
se contenter comme repas, l’hiver venu, de quelques châtaignes.
C’est ainsi qu’un soir, froid et pluvieux, dans une chaumière caussenarde, près de Martel, un
pauvre paysan regardait tristement ses enfants, malingres et chétifs, jouer sagement devant
l’âtre, tandis que sa femme, déjà ridée et épuisée par les rudes travaux des champs,
ravaudait leurs vêtements usés.
Un coup bref, frappé à la porte, le fit sursauter et plus encore le fait que la porte s’ouvrit
d’elle-même et qu’une vieille femme, courbée sur un bâton, grelottante et édentée,
demanda humblement l’hospitalité.
L’homme se leva vivement, fit entrer la vieille femme et referma la porte.
– « Entrez vous mettre au chaud, bonne vieille, mais la chère sera maigre ; nous n’avons que
des châtaignes à partager avec vous ce soir. »
– « Vous n’avez que des châtaignes, mais un grand cœur, dit la vieille ; aussi je veux vous
aider. Voici quelques graines. Semez-les dès le printemps au pied de vos chênes. A
l’automne, vous pourrez alors récolter un champignon odorant et savoureux qui fera votre
richesse, car je ne le donne qu’à vous. Prenez-en grand soin ! ».
Et la vieille disparut dans une pluie d’étincelles.
Le brave homme fit tout ce que la fée – car c’en était une évidemment – avait ordonné et, à
l’automne suivant, il eut une magnifique récolte : de gros champignons noirs, ronds comme
des œufs et dégageant un parfum exquis. La truffe était née !
Et avec elle, richesse et prospérité régnèrent bientôt dans le village car le paysan n’avait rien
perdu de sa bonté, même s’il était devenu riche et avait pu s’offrir terres et château
alentour. Hélas ! Il n’en fut pas de même pour ses enfants qui n’héritèrent que de sa fortune,
pas de sa bonté. Détestés des villageois, avares et cupides, ils osèrent refuser, un soir
d’hiver, l’hospitalité à une pauvre vieille, épuisée et transie.
C’était la bonne fée que leurs parents avaient si bien reçue du temps de leur pauvreté. La
porte du château étant restée fermée à ses prières, elle leva son bâton et fit disparaître la
fière demeure tandis que les châtelains étaient changés en truies.
Et, c’est depuis ce jour-là, qu’on ramasse les truffes, sur le Causse de Martel, à l’aide de
truies, aujourd’hui, cependant, bien souvent remplacées par des chiens.
Henry Miller (extrait du Colosse de Maroussi, 1941)

Quelques mois avant la guerre, je décidai de prendre de longues vacances. Depuis


longtemps j’avais envie, entre autres, de visiter la vallée de la Dordogne… Coup de génie, de
ma part, cette idée d’explorer la région de la Dordogne avant de me plonger dans
l’illumination millénaire du monde grec. Rien que le coup d’œil sur la rivière noire et
mystérieuse du haut de la magnifique falaise à l’orée de Domme, suffit pour vous emplir
d’un sentiment de gratitude impensable. Pour moi cette rivière… c’est la terre
d’enchantement jalousement marquée par les poètes et qu’eux seuls ont le droit de
revendiquer comme leur.

Ce qui se rapproche le plus du paradis en attendant la Grèce. Le paradis des français… Rien
ne m ‘empêchera de croire que si l’homme de Cro-Magnon s’installa ici, c’est qu’il était
extrêmement intelligent, avec un sens de la beauté très développé… Rien ne m’empêchera
de croire que cette grande et pacifique région de France est destinée à demeurer
éternellement un lieu sacré pour l’homme et que, lorsque la grand-ville aura fini
d’exterminer les poètes, leurs successeurs trouveront ici un refuge et berceau.

Cette visite à la Dordogne fut pour moi, je le répète, d’une importance capitale : il m’en reste
un espoir pour l’avenir de l’espèce et même de notre planète. Il se peut qu’un jour la France
cesse d’exister, mais la Dordogne survivra, tout comme les rêves dont se nourrit l’âme
humaine.
Extrait de Jacquou le Croquant, d’Eugène Le Roy (1900)

(1815)

Il y avait dans la forêt, au-dessus de La Granval, un tuquet, autrement dit une butte, où se
croisaient trois sentiers. Au milieu était un grand vieux chêne que cinq hommes à peine
pouvaient embrasser, et que l’on appelait : lou Jarry de las Fadas ou le Chêne des Fées. Cet
arbre comptait peut-être des milliers d’années ; c’était sans doute un de ceux que révéraient
nos pères les Gaulois, et sur lesquels les druides venaient couper le gui avec une serpe d’or.
Au dire des gens, cet endroit était hanté par les esprits. Quelquefois Néhalénia, la dame aux
souliers argentés, descendait des nuages en robe blanche flottante, accompagnée de ses
deux dogues noirs, et, glissant mystérieusement sur la cime des arbres dont les feuilles
frémissaient, elle venait se reposer au pied du chêne géant. D’autres fois, à la clarté des
étoiles, les stries, espèces de monstres à forme de femme, avec de grandes ailes de
ratepenades, advolant des quatre coins de l’horizon, venaient s’enjucher dans son immense
branchage et, au milieu de la nuit obscure, épiaient les braconniers accroupis au pied.
Malheur alors à celui qui était mal voulu de quelque femme ! Tandis qu’il était là, presque
invisible, confondu avec le tronc rugueux, et que les feuilles du chêne bruissaient pour
l’endormir, ces méchantes bêtes, saisissant le moment, plongeaient sur lui, déchiraient sa
poitrine comme des oiseaux de proie, lui dévoraient le cœur, et puis le laissaient aller, vivant
désormais d’une vie factice.

Comme je l’ai déjà dit, ces contes de vieilles ne m’effrayaient pas, et j’allais souvent à ce
poste, parce qu’il était bon pour tout gibier. Loups, sangliers, renards, blaireaux, lièvres, y
montaient passer, du diable au loin ; et puis, à cause de la mauvaise réputation du lieu,
personne n’y venait au guet, en sorte que la place était toujours libre.