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Université de Strasbourg

Ecole nationale d’administration

Master spécialité Administration et finances publiques


Parcours Administration Publique Spécialisée

THEME :
Comment l’administration tchadienne pourra-t-elle améliorer
le rendement fiscal des principaux impôts et optimiser leur recouvrement ?

Sous la direction de
Bruno TRESCHER
Maître de conférences en Droit public
à l’Université de Strasbourg

Soutenu par
Seidou ELHADJ DANLADI
CIP Promotion Palmyre (2015-2016)

Juin 2016
Dédicaces

Je dédie ce mémoire à toute ma famille,

A ma femme,

A ma mère,

A toute la promotion Palmyre à laquelle j’appartiens,

A tous mes amis et frères de France et du Tchad,

Qu’ils trouvent tous, à travers ce travail ma sincère reconnaissance.

2
REMERCIEMENTS

Au terme de ce travail, je voudrais exprimer mes chaleureux remerciements aux personnes qui
m’ont aidé, soutenu et permis de réaliser ce mémoire dans des meilleures conditions.

Mes remerciements les plus chaleureux vont tout d’abord, à Monsieur Bruno TRESCHER,
Maître de Conférences en Droit public à l’Université de Strasbourg, qui m’a dirigé dans
la rédaction de ce mémoire de fin d’études par rapport à ces précieux conseils et observations.

Je voudrais aussi remercier Monsieur Gabriel ECKERT, responsable de ce master


« Administration et Finances publiques » et les autres enseignants et encadreurs notamment
Fabrice LARAT et Aboubakar SY auprès de qui j’ai beaucoup appris.

J’exprime très sincèrement toute ma reconnaissance à la direction de la formation de l’ENA


pour sa disponibilité tout au long de cette scolarité.

Bref, que toutes les personnes, qui ont aidé lors de ma formation soient assurées de ma
profonde gratitude.

3
SOMMAIRE

INTRODUCTION :…………………………………………………..………………..……..8

I. ETAT DE LIEUX : DECALLAGE ENTRE LE NIVEAU THEORIQUE DES


RECETTES ET LE RECOUVREMENT EFFECTIF………………….………...12

A. ESTIMATION DU MANQUE A GAGNER…………………………………….12

B. LES BENEFICIAIRES DE L’EVAPORATION FISCALE…………………..…17

C. LA NECESSITE D’AMELIORER LE RENDEMENT …………………………20

II. LES CAUSES DE L’EVAPORATION FISCALE…………………..………..…..23

A. LA TAXE SUR LA VALEUR AJOUTEE (TVA)……………………………….23

B. L’IMPÔT SUR LES SOCIETES……………………………………..…………..28

C. L’IMPÔT SUR LE REVENU………………………………………...…………..32

III. LES PROPOSITIONS DE REFORME……………………………...………….…35

A. LES INSTRUMENTS DE L’AMELIORATION DE RENDEMENT :…………35

B. LES OBSTACLES :………………………………………………………………38

CONCLUSION :………………………………………………………………..…………...41

BIBLIOGRAPHIE :…………………………………………………………….………......42

TABLE DES MATIERES :………………………………………………….………....…..43

ANNEXES :…………………………………………………………………………..……..45

4
LISTE DES ABREVIATIONS ET ACRONYMES
BAD Banque africaine de développement
BM Banque mondiale
CA Chiffre d‘affaires
CME Centre des Moyennes Entreprises
CEMAC Communauté Economique et Monétaire de l‘Afrique Centrale
CGI Code Général des Impôts
CI Code des Investissements
DGE Direction des Grandes Entreprises
DGI Direction Générale des Impôts
DGDDI Direction Générale des Douane et des Droits Indirects
DMME Direction des micros et des moyennes entreprises
FCFA Franc CFA
FMI Fonds monétaire international
IB Impôt sur les bénéfices
IBIC Impôt sur les bénéfices industriels et commerciaux
IBNC Impôt sur les bénéfices non-commerciaux
IGL Impôt général libératoire
IGR Impôt général sur le revenu
IMF Impôt minimum forfaitaire
IR Impôt sur le revenu
IRPP Impôt sur le revenu des personnes physiques
IS Impôt sur les sociétés
LF Loi de Finances
M Millions
Mds Milliards
MFB Ministère des Finances et du Budget
PIB Produit Intérieur Brut
UEMOA Union Economique et Monétaire de l’Afrique de l’Ouest
TVA Taxe sur la valeur ajoutée

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LA CARTE DU TCHAD
Le Tchad est un pays d’Afrique centrale
Pays limitrophes1 : la Lybie au Nord, le Soudan à l’Est, la République centrafricaine au Sud,
le Cameroun au Sud-est, le Niger et le Nigeria à l’Est.
Division administrative : 23 régions2 et 61 départements,
Superficie : 1.284.000 KM carré
Capitale: Ndjamena
Population: 12 millions
Langues officielles: arabe classique et français
Système politique: République décentralisée

1
Voir : la carte de l’Afrique
2
Découpage des régions dont la région de l’Ennedi est scindée est en régions d’Ennedi Est et Ennedi ouest.
6
LE TCHAD DANS LA CARTE DE L’AFRIQUE

7
INTRODUCTION

La pérennité, la stabilité et la sécurité du financement de l’action publique sont une priorité


absolue pour tout Etat. Il se financera principalement par l’impôt. En matière fiscale les Etats
ont intérêts à élaborer des bases fiscales stables, rentables et faciles à recouvrir.

Le Tchad connait après trois décennies de conflits armés, une période de relative stabilité. La
découverte du pétrole et son exploitation à partir de 2003 ont donné à ce pays, l’opportunité
de modifier sa trajectoire économique. Ce qui a augmenté ces ressources financières,
cependant, elles ont sapé la capacité du pays à renforcer le niveau des recettes intérieures hors
pétrole structurellement bas en raison de la faiblesse de son administration fiscale, de son
environnement socio-politique fragile et du manque de diversification de son économie.

Ces recettes publiques hors pétrole continue à connaitre une évolution peu favorable au point
de ne représenter que 7,1% du PIB hors pétrole en 2012, ce qui montre que le niveau de
recettes intérieures est moins optimal. Le thème du présent mémoire porte sur : « Comment
l’administration tchadienne pourra-t-elle améliorer le rendement fiscal des principaux
impôts et optimiser leur recouvrement ? ». Pour le traitement de ce thème, je voudrais tout
d’abord clarifier les termes et expressions : « impôt, rendement fiscal et recouvrement ».

En effet, la principale définition du mot « Impôt » nous vient de Gaston JEZE, selon lequel
l’impôt est « une prestation de valeur pécuniaire requise des particuliers, par voie
d’autorité, à titre définitif, et sans contrepartie, en vue de la couverture des charges
publiques » qui n’est ni une cotisation sociale, ni une redevance pour services rendus. In fine
l’impôt est par définition un prélèvement obligatoire, sans contrepartie directe, acquitté par le
citoyen pour financer l’Etat. Il découle d’une logique primordiale de solidarité et de
participation à l’intérêt général. S’agissant de l’expression « rendement fiscal » il renvoie à
ce qui se rapportent aux impôts. Quant au terme « recouvrement », il signifie de manière
générale, une étape par laquelle l’administration obtient de son de son débiteur le paiement
des sommes dues. En matière fiscale, « il se définit comme l’ensemble des mesures à la
disposition de l’administration pour encaisser les sommes dues y compris les procédures à
vaincre la résistance du contribuable qui s’opposerait au paiement. L’administration
fiscale pourra, alors, procéder au recouvrement forcé de l’impôt au moyen d’une exécution
forcée et en usant ; le cas échéant, de la force publique »3.

3
Glossaire Termes des finances publiques, Auteur : Stéphanie DAMAREY, éd : Gualino
8
En fait, le système fiscal tchadien comme la plupart des systèmes fiscaux modernes tire d’une
part son fondement philosophique consistant à penser qu’il est nécessaire de lever un impôt
afin d’assurer les fonctions régaliennes de l’Etat (police, justice et défense nationale). Ainsi,
l’article 13 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen du 26 août
1789 dispose que : « pour l’entretien de la force publique et pour les dépenses
d’administration, une contribution commune est indispensable : elle doit être également
répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés », et d’autre part son fondement
constitutionnel de l’art. 121, Alinéa 7 de la Constitution tchadienne qui dispose que, la loi
détermine : « …- l'assiette, le taux et les modalités de recouvrement des impositions de
toute nature … ». Il faut souligner aussi que l’impôt peut-être direct, incluant les impôts sur
toute source de revenu (c’est-à-dire les bénéfices des entreprises, les salaires, les revenus du
portefeuille, les revenus de l’immobilier, les plus-values, etc.) ou indirect comprenant toutes
les taxes intérieures sur la consommation, telles que diverses taxes de vente comme la taxe sur
la valeur ajoutée (TVA) et les droits d’accises.

Dans le premier cas, il est du nominativement par une personne physique ou morale. Taxant
le capital ou le revenu, il est périodique et fait l’objet de recouvrement par voie de rôle (établi
par l’intéressé) pour ce qui est de la France et par la voie de retenue à la source pour ce qui
concerne le Tchad. L’impôt direct est donc supporté et payé par la même personne (cet
individu ne pouvant pas transférer sa charge fiscale).

L’impôt indirect est quant à lui, collecté par une autre personne que celle qui en supporte le
coût (la personne intermédiaire qui paie l’impôt à l’Etat répercute tout ou partie du montant
de l’impôt sur le prix de vente au consommateur). Cette fiscalité considérée comme neutre et
indolore, est également plus simple à recouvrer. Bref, le système fiscal Tchad prélève des
impôts aussi bien du revenu, du capital, du patrimoine ainsi que la taxation des biens et
services de consommation.

Le traitement de ce présent mémoire concerne les trois principaux impôts que sont les impôts
sur le revenu (IR), les impôts sur les sociétés (IS) et la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), et
accessoirement l’impôt général libératoire (IGL) et le droit d’accises.

L’administration fiscale tchadienne est piloté principalement la Direction Générale des


Impôts (DGI) régie par l’Arrêté N° 058 /MFB/SE/SG/DGI/2015, portant organisation et
attribution de la Direction Générale des Impôts.

9
Aux termes de cet arrêté, cette DGI comprend :

- une direction des Grandes Entreprises (DGE),


- une Direction des Micro et Moyennes Entreprises (DMME),
- une Direction de Contrôle Fiscal (DCF),
- une Direction des Etudes, de la Législation et du Contentieux (DELC),
- une Direction du Timbre et de l’Enregistrement (DTE),
- et des Services Rattachés (SR).

et a pour mission de :
- animer et coordonner les activités des Directions Techniques placées sous son autorité ;
- coordonner les activités des services à compétences territoriales ;
- conduire la politique fiscale du Gouvernement ;
- examiner, étudier et appliquer les traités, conventions et protocoles d’accord internationaux
à caractère fiscal ;
- homologuer les rôles et procéder aux régularisations ;
- suivre les émissions des avis de Mise en recouvrement, contrôler et recouvrer l’ensemble
des impôts et taxes domestiques ;
- valider les programmes de contrôles fiscaux ;
- élaborer les textes législatifs et réglementaires en matière d’impôts directs et indirects, des
redevances et diverses taxes dont la compétence relève de la Direction générale des Impôts et
en liaison avec les départements ministériels compétents ;
- la gestion administrative du personnel et du matériel, des crédits de fonctionnement et de la
formation ;
- l’animation et la coordination des services et l’encadrement des agents ; - de représentation
de la DGI auprès des autres institutions.

Il faut noter que, depuis, l’exploitation du pétrole au Tchad, 2/3 des recettes fiscales sont
pétrolières, seules 1/3 proviennent des recettes fiscales ordinaires. Mais depuis 2015, le
Tchad, comme bon nombre des pays producteurs du pétrole est frappé par la chute des cours
du pétrole. Cette chute a entrainé une baisse des recettes pétrolières et donc, du budget. Ce qui
a amené le Gouvernement courant juillet 2016 à prendre un certain nombre des mesures
d’amélioration des recettes non pétrolières, dans le but d’assurer à l’Etat des ressources
pérennes.

10
Il se pose à l’administration tchadienne la question de l’optimisation et de la maximisation des
recettes fiscales ordinaires. Comment faire pour accroître et diversifier les recettes non
pétrolières afin d’assurer à l’Etat tchadien les ressources pérennes ?

Toutes ces questions devenues des préoccupations sérieuses seront abordées à travers l’état
des lieux de rendement des principaux impôts au Tchad (I), en montrant l’écart entre le
niveau théorique des recettes et le recouvrement effectif au fil des ans. Ensuite, une mise au
point des causes de l’évaporation fiscale (II) sera fate, avant de suggérer des propositions
des réformes (III) susceptibles d’optimiser les recettes fiscales ordinaires.

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I. ETAT DE LIEUX : DECALLAGE ENTRE LE NIVEAU THEORIQUE DES
RECETTES ET LE RECOUVREMENT EFFECTIF

Le Tchad, depuis son accession à l’indépendance a connu des soubresauts qui ont impactés
son économie naissante. Selon le « Global Competitiveness Report 2011-2012 » du Forum
Economique Mondial, le Tchad est classé 142ème sur 142 pays analysés. Parmi les facteurs
constituant des freins à l‘environnement des affaires, deux concernent la fiscalité : la
règlementation fiscale et des taux d‘impôt trop élevés. De même, les indicateurs du « Doing
business » de la Banque Mondiale, fait remarquer que le pays est globalement classé 184ème
sur 185 en 2012.

Concernant la fiscalité, c'est-à-dire la catégorie « paiement des impôts », il occupe le même


classement d’après le rapport « Paying Taxes 2013 » édité par Price Waterhouse Coopers,
une fois de plus ce rapport montre que, le Tchad fait partie de la catégorie des pays avec les
taux de taxation les plus élevés et le temps nécessaire à une entreprise pour satisfaire à
ses obligations (732 heures) est le second plus élevé derrière le Nigéria (956). Alors que la
moyenne en Afrique s‘établit à 313 heures. Il apparaît donc, à l‘analyse de ces indicateurs que
l‘administration tchadienne doit se pencher sur ces questions afin de réduire les coûts
administratifs imposés aux entreprises.

Quels que soient les indicateurs, le constat est similaire, l‘environnement des affaires,
notamment fiscal est globalement peu favorable. Ce constat a été également souligné par le
Patronat tchadien dans son livre blanc où est soulignées des pratiques d’insécurité fiscale,
prenant la forme de contrôles émanant de structures autres que la DGI, ont été relevées.

Donc, pour comprendre les problèmes de la fiscalité tchadienne, et principalement de la


faiblesse de son rendement et de son recouvrement, un rappel historique de taux de pression
fiscale et de son rendement s’impose.

A. ESTIMATION DU MANQUE A GAGNER

D’après une étude menée par la Direction des études et de la prévision du Ministère des
Finances, le taux de pression fiscale est passé entre 1960 et 1970 de 5,6 à 15% du PIB.

Puis entre 1981-1990, le taux de croissance moyen a été de 5,6 en lien avec une relative
accalmie au niveau des conflits politico-militaires et le soutien des institutions de Breton
Woods dans le cadre de programmes signés avec le Gouvernement.
12
Les exportations se sont accrues en moyenne de 10% par an. Le taux de pression fiscale qui
était de 2% en 1983, remonte pour atteindre 5,4% en 1989. Dans les décennies 90, ce taux de
pression fiscale s’accroît, passant de 5,7% du PIB en 1990 à 7,2 en 1999.

La décennie 2000-2010 est celle de l’entrée du Tchad dans le cercle des pays exportateurs de
pétrole, les recettes pétrolières représentent 53% de recettes totales dès 2009 pour atteindre
77% des ressources intérieures en 2012. Ce qui a provoqué la baisse des recettes fiscales
ordinaires, donc du manque à gagner pour l’administration tchadienne.

En 2009, le Tchad a pris des mesures fiscales qui ont portées le taux de pression fiscale à
6,7%, mais il reste relativement bas comparé à ceux de l’Union Economique et Monétaire de
l’Afrique de l’Ouest ((UEMOA) 16%) et de la Communauté des Etats de l’Afrique Centrale
((CEMAC) 14%). Malgré la mise en œuvre de ces séries de mesures d’ordre visant à
renforcer la mobilisation des ressources intérieures, les recettes fiscales hors pétrole
demeurent toujours à un niveau modeste, après une augmentation de 0,7 point entre 2009 et
2010. Les ressources hors pétrole ne représentent que 23% des ressources publiques en 2012
et permettent à peine de couvrir les dépenses de salaire (plus de 80% des recettes hors
pétrole). Tableau.1 : - Évolution prévisionnelle de quelques ratios significatifs des recettes

En milliards de FCFA 2012 2013 2014 2015 2016


Taux de pression fiscale hors pétrole 7,5% 8,3% 8,8% 9,2% 9,6%
Recettes totales : taux de 4,2% -7,9% 14,3% 16,8% 4,4%
croissance
Recettes non pétrolières 376,98 429,03 484,24 547,34 591,95
Taux de croissance 15,9% 13,8% 12,9% 13,0% 8,1%
% recettes totales 27,0% 33,4% 32,9% 31,9% 33,0%
Recettes totales pétrolières 1 019,52 856,92 985,61 1 169,02 1200,07
Taux de croissance 0,4% -15,9% 15,0% 18,6% 2,7%
Source : Extrait des données statistiques de la Direction des Etudes et de la Prévision (DEP) – Ministère des Finances du Tchad.

Une autre étude révèle que sur la période 1980-2012, le prélèvement global des impôts oscille
entre 4% et 9% des ressources publiques4 hors pétrole calculé par rapport au PIB. Ce qui fait
que, la performance du Tchad en prélèvement hors pétrole le place à environ 5,8 points de
PIB de la performance médiane des pays d’Afrique sub-saharienne et à 6,8 points de la
performance moyenne.

4
Recettes publiques comprennent à la fois les recettes fiscales et les recettes non fiscales. La distinction entre les deux est parfois une
question de la législation fiscale. Ainsi, une entreprise publique peut soit payer une redevance (recette non fiscale), soit payer un impôt sur
les sociétés. L’effet final sur les recettes sera équivalent.
13
Tableau 2 : Evolution des recettes fiscales hors pétrole par rapport au PIB

Pays 20 20 20 20 20 20 20 20 20 20 20 20 2000 Ecart


et zones 00 01 02 03 04 05 06 07 08 09 10 11 - 2000-2011
2011
Cameroun 12, 12, 13, 11, 10, 12, 12, 13, 12, 13, 12, 13, 12,5 -5,3
1 6 6 5 8 0 4 0 8 7 3 1
RCA 8,5 7,9 9,1 7,0 7,3 7,2 7,9 7,3 7,9 8,7 9,3 8,4 8,0 -0,8
Tchad 6,9 6,3 7,3 7,1 5,2 6,3 6,0 7,0 9,1 7,4 8,8 9,1 7,2 0,0
Mali 11, 12, 13, 14, 14, 15, 14, 14, 13, 14, 14, 14, 14,1 -6,9
9 3 8 2 9 4 9 2 3 7 6 6
Côte d’ivoire 14, 15, 15, 14, 15, 14, 15, 15, 15, 16, 17, 17, 15,6 -8,4
5 1 7 9 2 5 4 5 6 5 0 5
Nigeria 17, 20, 10, 13, 15, 20, 17, 13, 18, 11, 11, 17, 15,9 -8,6
9 4 9 7 9 7 4 4 6 8 8 9
Soudan 5,0 5,5 5,5 5,9 8,4 8,2 7,6 7,1 6,7 7,0 6,6 6,4 6,7 0,5
Maurice 16, 15, 16, 16, 17, 17, 17, 17, 18, 19, 18, 18, 17,5 -10,3
6 6 4 9 2 9 3 6 2 1 5 3

Moyenne 12, 12, 13, 13, 13, 14, 14, 14, 14, 14, 14, 15, 14,0 -6,8
ASS 8 8 1 2 7 1 5 3 6 8 7 5
Moyenne 11, 11, 12, 12, 13, 13, 13, 14, 13, 14, 14, 15, 13,3 -6,1
UEMOA 7 9 1 7 2 2 6 1 5 2 5 0
Moyenne 10, 11, 12, 10, 9,8 9,9 10, 9,8 10, 12, 10, 10, 10,7 -3,5
CEMAC 7 6 5 9 4 1 6 3 5
Sources : WEO

On peut à partir de ce tableau mesurer l’effort fiscal5 du Tchad. Il faut noter qu’un effort
fiscal positif incite à conclure à la difficulté à mobiliser des ressources publiques
supplémentaires tandis qu’au contraire un effort fiscal négatif met en lumière un espace des
ressources publiques sous-exploité ou inexploité. Ces évaluations économétriques mettent en
évidence un potentiel de prélèvement public hors pétrole autour de 15% du PIB sur les
années 2000. Dans le même temps, le taux de prélèvement public effectif oscille entre 4% et
9% du PIB. Ce qui montre que l’effort fiscal moyen est – 8% sur la période 2001-2011.

5
Les recettes publiques effectives par rapport à sa capacité contributive.
14
Tableau 3 : Evolution de l’effort fiscal d’un échantillon de pays africains (en %du PIB)

2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011


Tchad -6,1 -10,7 -8,1 -6,10 -9,2 -8,3 -8,1
Ouganda -3,5 -3,6 -4,5 -5,6 -3,6 -1,7 -2,3
Sénégal -0,6 -0,4 -1,3 -2,3 -0,9 0,3 -0,6
Cameroun -3,11 -1,32 -1,36 -3,82 -3,60 -3,55 -3,72
Burkina -2,19 -2,45 -0,77 -0,19 -1,36 -0,92 1,01
Faso
Sources GFS (Fonds Monétaire International), données nationales, calcul des auteurs

Ainsi, le taux de prélèvement public tchadien est largement inférieur à son potentiel fiscal. Il
existe donc un potentiel de ressources inexploitées que, le pays peut et doit pouvoir mobiliser
en adoptant tout simplement un plan adapté. Cette faiblesse est dû en partie à la faiblesse de
l’économie tchadienne dont la structuration reste encore embryonnaire, avec comme
principale caractéristique la prédominance du secteur informel qui amenuisent la base fiscale.

Cette faiblesse est aussi liée à la fraude, à la corruption et à la non interconnexion de la DGI et
de DGDDI.

15
C’est ce que révèle par ailleurs l’analyse statistique des grands types d’impôts :

Tableau 4 : Structure des recettes fiscales 2004-2012 (% des recettes fiscales)

2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012

Impôts 46,6 42,4 44,8 47,1 33,7 42,8 42,9 34,2 45,2
sur le revenu
et bénéfices nets

Dont : Sociétés 19,2 17,2 22,4 21,4 18,1 21,2 23,2 16,7 16,6

IRPP 20,3 23,5 20,1 20,0 12,1 19,6 16,9 14,4 25,3

Taxes sur salaires 1,7 1,7 2,2 2,6 1,6 2,7 2,5 2,4 2,6

Impôts 3,4 3,2 3,0 6,2 6,2 7,1 7,4 5,4 9,4
sur la propriété

Taxes sur les biens 31,4 36,3 31,0 28,8 20,6 28,7 27,8 33,4 24,6
Et services

dont TVA 22,1 27,0 23,5 22,9 16,6 24,8 24,0 27,3 22,2

Accises 2,8 2,0 1,8 1,3 1,2 1,0 0,8 3,9 1,1

Impôts
sur le commerce 15,9 15,6 15,5 13,7 34,8 17,2 16,6 21,2 16,2
international

dont importation 12,6 12,8 13,2 11,6 33,2 12,3 11,4 14,3 8,7

Exposition 1,7 1,3 0,9 0,8 0,7 0,9 4,9 6,5 7,4

Sources : Autorités nationales et des auteurs

Il faut noter que, les taxes indirectes ne représentent qu’un quart ou un tiers de l’ensemble
des recettes fiscales au Tchad. Les impôts directs représentent quant à eux, entre la moitié et
60% tandis que les taxes sur le commerce international environ 16%.

Les impôts sur les sociétés (IS plus le précompte de 4%) possède un bon rendement
(environ 12% des recettes fiscales), l’impôt minimum forfaitaire (IMF) permet de récupérer
de 4% à 5% des recettes, soit 1/3 de l’IS, voire légèrement plus selon les années. Concernant
les personnes physiques, l’essentiel de l’impôt repose sur les salaires. L’impôt sur les
bénéfices industriels et commerciaux (BIC) a par contre des rendements faibles.

16
L’impôt sur les revenus fonciers et l’impôt de capitaux mobiliers ont aussi des rendements
limités bien qu’ils soient comme l’impôt sur les salaires collectés principalement à travers un
prélèvement à la source.

En 2015, malgré le vote de la loi de finance rectificative, les recouvrements ont été largement
en deçà des projections. C’est ainsi qu’au niveau des recettes : le recouvrement s’élève à
507,747 milliards FCFA pour une prévision de 1.093,88 milliards FCFA dont 117,59
milliards des ressources pétrolières et 81,42 milliards de financements extérieurs, ce qui
correspond à un taux de recouvrement de 46,41%.

Par ailleurs, comparé aux autres pays pétroliers de la CEMAC, les recettes totales hors pétrole
en % du PIB sont plus faibles. Ainsi, les recettes hors dons ont représenté 25,9% du PIB dans
la zone CEMAC alors qu’elles se situent à 19,45% au Tchad.

Au total, il existe un potentiel fiscal mal exploité. C’est pourquoi l’on est tenté de se
demander à qui profité cette sous exploitation que l’on peut assimiler à l’évaporation fiscale.

B. LES BENEFICIAIRES DE L’EVAPORATION FISCALE

Pour comprendre le phénomène de l’évaporation fiscale, appréhendons d’abord ce que


signifie cette expression. Pris séparément, le terme l'évaporation signifie un passage
progressif de l'état liquide à l'état gazeux.

Ce phénomène est donc une vaporisation progressive qui a pour effet d'absorber des calories
et donc de réduire la température de l’environnement. Quant au terme fiscal, c’est un adjectif
qualificatif qui renvoie à l’impôt. C’est donc une transformation volatile, une disparition en
faite, quelque chose qui échappe à une prise sur les recettes fiscales.

Ça renvoie aux comportements de certains individus consistant à contourner l’impôt afin


d’obtenir, souvent de manière indue, une réduction de leur contribution. Cela se traduit, soit :
- par la fraude fiscale consistant à utiliser des procédés irréguliers pour éluder l’impôt, en
soustrayant soit à son établissement soit à sont payement, c’est une volonté manifeste du
contribuable à vouloir violer la réglementation ; - soit à l’évasion fiscale qui est à d’ailleurs
difficile à définir à cause de son caractère hydrique. ; - soit de l’optimisation fiscale
consistant à recourir à des procédés légaux dans le but d’alléger l’impôt à payer. Elle est donc
le produit de l’habilité du contribuable ou de son conseiller fiscal et ne peut être pénalisé dans
la mesure où elle s’inscrit dans le droit fiscal en vigueur.

17
Le droit de lever l’impôt est une prérogative régalienne essentielle car il ne peut exister d’Etat
sans ressources comme cela a été souligné précédemment.

Beaucoup des personnes et des structures physiques ou morales, nationales ou multinationales


profitent de la faiblesse du système fiscal tchadien.

1. Entreprises nationales et multinationales

En fait, le système fiscal a un double objectif : d’une part, la réalisation d’une allocation plus
juste des richesses ; d’autre part, l’amélioration de l’efficacité de l’économie par la fourniture
de biens publics, la correction des défaillances de marché et la stabilisation de la conjoncture.

Mais dans le contexte de mondialisation et des nouvelles technologies de communication, les


entreprises qu’elles soient nationales ou internationales et les ménages les plus qualifiés et les
plus riches ont la possibilité de migrer pour échapper à l’impôt. Ce nomadisme fiscal est
observé également au Tchad ; il instaure en fait une concurrence entre Etats dont l’enjeu
consiste à rendre le territoire national plus attractif pour attirer les facteurs les plus productifs.

C’est ainsi que, le Tchad se livre aussi à l’incitation fiscale dans CI et son droit commun (CGI
et CD). Selon l’article 136bis du CGI, « les exonérations et exemptions non prévues par le
CGI, le CD et CI ne peuvent être accordées que par le Ministre des finances sur avis des
services es techniques concernés ».

La principale incitation prend la forme d’une exonération de cinq ans à l’IS ainsi qu’à l’IMF6
pour les nouveaux projets, les nouvelles activités au sein d’une entreprise déjà installée ou les
extensions importantes d’activités déjà exercées.

Il est à noter aussi que l’assiette fiscale déjà exiguë est érodée par l’octroi excessif
d’avantages fiscaux à des activités extractives et l’incapacité de lutter contre les abus
concernant les prix de transfert dont bénéficient les sociétés multinationales. Et cette
multiplication abusive des prix de transfert est un problème d’envergure internationale qui
touche aussi bien les pays développés que les pays en voie de développement, en l’occurrence
le Tchad.

6
Un nombre d’exonérations concerne des activités ou associations à caractère non lucratif.
18
Les problèmes engendrés par ces exonérations vont bien au-delà des seules pertes de recettes.
Ces exonérations sont « sectorielles » (secteur agricole, secteur financier, …), « sociales »
(produits de première nécessité, eau et électricité), ou au profit du secteur des industries
extractives.

Parfois, elles s’appuient en effet sur des procédés en apparence réguliers, mais avec
l’intention de contourner la règle fiscale afin d’éluder l’impôt. Il en va ainsi de la plupart des
opérations conduisant au transfert des bases d’imposition des pays où les entreprises exercent
effectivement leurs activités (niveau élevé de prélèvement), vers des pays où la fiscalité est
faible, voir paradis fiscaux, où elles n’ont aucune activité. Par exemple les entreprises de
télécom au Tchad7 : Les télécommunications, soulèvent des questions de mise en œuvre
moins familières, y compris la taxation du temps de télécommunication prépayé et l’audit des
opérateurs sans le logiciel ni l'expertise technique requis. Nombre de pays sont davantage
préoccupés par les problèmes potentiels de la contrebande — alors qu'elle est pour certains
une source de recettes. La production illicite et de petite échelle peut aussi compromettre les
recettes des droits d'accise (et dans certains cas soulever des problèmes de santé publique).
Craignant de causer des pertes de revenus provenant de ces sources, nombre de pays ont
hésité à relever les taux. Les mesures administratives, notamment la surveillance étroite des
entrepôts sous douane et des expéditions en transit, sont importantes, notamment au sein des
unions douanières; toutefois, un certain niveau de coopération politique peut être nécessaire
— éventuellement un accord pour relever les taux maximum convenus au niveau régional au
sein de la CEMAC (Tchad) et de l’UEMOA.

Les entreprises pétrolières profitent aussi de la faiblesse du système et des administrations


pour minimiser le paiement de l’impôt en opérant de transfert des bénéfices. Elles ne
déclarent pas intégralement leurs activités ou les minimisent de sorte que les impôts qu’elles
paient sont minimes par rapport aux bénéfices qu’elles réalisent.

Beaucoup d’Entreprises aussi, du fait des relations qu’elles entretiennent à un certain niveau
dans l’administration et du monde politique parviennent à ne pas être imposer adéquatement.
Il est clair qu'elles détiennent souvent une influence politique. Ces considérations, conjuguées
à leur potentiel limité de recettes et à la faiblesse de l'administration fiscale occasionnent des
pertes importantes des recettes. Brèf, certaines entreprises nationales pour minimiser leurs
impôts font semblant de mener des activités culturelles afin de bénéficier des remises. Alors
que l’apport en coût est très faible par rapport à ce qu’elles déviraient payer.

7
Annexe II.
19
Il y a aussi le problème du non-respect de leurs obligations par les petits contribuables, lié au
fait que les grosses entreprises sont de plus en plus susceptibles de bénéficier d'exonérations
fiscales, crée au Tchad une relation en U inversé entre la taille de l'entreprise et les taux
d'imposition effectifs qui est loin d'être optimale c’est à plus l’entreprise est grande moins elle
est imposé, par contre les petites entreprises sont plus imposées ce qui annihilent leur progrès.
Les montants que ces entreprises versent sont le plus souvent bien inférieurs à ce qui est
attendu. Il y a donc un potentiel clairement intéressant.

2. Particuliers nationaux et étrangers.

Il faut noter que dans le cadre de l’exploitation pétrolière au Tchad, beaucoup d’expatriés
passent à travers les mailles du filet en travaillant sur les chantiers pétroliers ceux-ci
exploitant la faiblesse des normes et des structures fiscales paient peu d’impôt sur le revenu et
leurs bénéfices industriels et commerciaux.

Cette évaporation concerne aussi biens les travailleurs du secteur informel, non seulement
l’impôt n’est pas recouvré mais que les entreprises informelles sont souvent moins
productives et leurs employeurs ne bénéficient ni des garanties du droit de travail ni de la
protection sociale. On observe en fait un refus des citoyens d’assumer les responsabilités
qu’ils ont à l’égard de la nation. Pour les particuliers nationaux comme étrangers la fraude
fiscale est observée surtout par rapport à la retenue à la source concernant l’impôt sur le
revenu qu’elles tardent à verser ou qu’elles ne reversent pas. Bref, beaucoup d’activités
exercées dans le cadre informel ne sont pas imposé et donc l’Etat perd un grand gisement
fiscal.

C. LA NECESSITE D’AMELIORER LE RENDEMENT

Depuis 2014, début de la baisse des revenus pétrolier le gouvernement du Tchad est
préoccupé par la question de l’optimisation et de la maximisation des recettes fiscales
ordinaires. Mais avant de vouloir maximiser les recettes fiscales, tout Etat ou collectivité doit
d’abord s’assurer d’un rendement fiscal stable et rentable. C’est pourquoi le choix de la
matière fiscale est primordial. Il est ainsi dans l’intérêt de l’Etat de choisir des bases faciles à
recouvrir et qui minimisent le comportement d’évitement, c'est-à-dire l’attitude du refus
d’assumer les responsabilités que les citoyens ont à l’égard de la nation. Cela induit des
impératifs tant financiers que d’efficacité fiscale.

20
1. L’impératif financier

Le besoin financier croissant de l’Etat nécessite l’amélioration du rendement fiscal et de son


recouvrement qui ne peut se réaliser qu’en optant pour une imposition efficace. Il est vrai que,
l’extraction de pétrole au Tchad démarré en 2003 a généré une forte hausse des recettes
fiscales. Mais le déclin des prix du baril a en partie annihilé les efforts entrepris par le
Gouvernement pour améliorer les conditions de vie de la population et le climat des affaires.

Cette chute a entrainé une baisse des recettes pétrolières partant du budget. Donc, les
ressources pour financer les projets d’investissement public ont été affaiblies. Cette baisse des
recettes pétrolières a fait prendre conscience aux pouvoirs publique de la nécessité d’une plus
grande mobilisation des recettes fiscales hors pétrole et d’une maîtrise de la dépense publique.

D’où la nécessité pour le gouvernement, d’améliorer les recettes non pétrolières afin d’assurer
à l’Etat tchadien des ressources pérennes pour qu’il puisse couvrir ses dépenses publiques
ordinaires en cas de conjoncture défavorable. Les actions d’amélioration ont visé : à la
réduction des exonérations fiscales et douanières ; à la maîtrise du fichier des contribuables ; à
la lutte contre la fraude et aussi à la mise en place d’une structure de veille afin d’éviter les
dérapages dans le cadre du contrôle fiscal.

Bref, pour optimiser les recettes fiscales, il est nécessaire d’adopter un système d’impôts
efficace. Graphique montrant le niveau des recettes par rapport au PIB

21
2. L’impératif de l’amélioration de l’efficacité fiscale

En effet pour optimiser les recettes fiscales, le système d‘impôt doit être simple, c'est-à-dire
facilement lisible par le citoyen et entrainant aussi de faibles coûts pour l‘administration par
rapport à son recouvrement.

Il doit fournir un niveau de recettes suffisant pour qu‘elles couvrent le programme d‘action du
pays. Il doit également être le plus neutre possible c‘est-à-dire qu‘il affecte le moins possible
le comportement des agents économiques. ce système doit aussi être équitable, dans le sens où
deux personnes dans la même situation doivent être traitées de la même façon (équité
horizontale) et dans le sens où deux personnes dans des situations différentes doivent être
traitées selon leur situation et donc de façon différente (équité verticale). Le système doit
introduire, dans la mesure du possible de la redevabilité.

Il est aussi nécessaire d’instaurer un mécanisme de la TVA simple et permettant de fournir


des recettes de façon neutre. De plus, la TVA n‘est pas nécessairement aussi inéquitable
qu‘on le prétend, toutefois, elle n‘est porteuse d‘aucune redevabilité. Comme les impôts
directs sur le revenu prélevés à la source, la redevabilité est aussi au final assez faible.

A terme si le Gouvernement veut accroître les recettes, il doit en outre :

- améliorer le potentiel fiscal inexploité qui est estimé à environ 8 points de PIB ;

- relever le taux de la TVA à court terme à 3,5 points de PIB en se rapprochant de la


performance moyenne des pays d‘Afrique sub-saharienne ;

- moderniser les accises et en allant vers les taux maximums permis par la CEMAC, il
serait possible de mobiliser environ 1 point de PIB ;

- supprimer certains abattements et mettre en œuvre l’un impôt dual8 permettraient à court
terme de dégager environ 1 à 1,5 points de recettes supplémentaires.

Dès lors l’on est tenté de se demander, comment les recettes des principaux impôts échappent
elles aux caisses de l’Etat tchadien ?

8
Ici l‘impôt dual concerne d‘un côté les revenus de capitaux (impôt proportionnel) et les salaires (impôt
progressif) de l‘autre. Dans les systèmes scandinaves, le barème progressif est appliqué à l‘ensemble des
revenus peu mobiles par exemple, les revenus fonciers. Ainsi, l‘impôt conserve un aspect général sur une partie
des revenus.
22
II. LES CAUSES DE L’EVAPORATION FISCALE

Pour attirer les investisseurs, bon nombre des pays africains se livrent à une compétition
fiscale. Cette compétition se fait par le jeu de régimes dérogatoires que les investisseurs
parfois négocient directement avec les autorités, ou, moins fréquemment, par une fiscalité
allégée du droit commun.

Le Tchad aussi se livre à ce jeu en offrant des incitations fiscales dans son Code des
investissements (CI), et son droit commun (Code général des impôts (CGI) et code des
douanes (CD)). Selon l‘article 136bis du CGI, « les exonérations et exemptions non prévues
par le CGI, le CD ou le CI, ne peuvent être accordées que par le Ministre des Finances sur
avis des services techniques concernés » Le secteur informel est très vaste au Tchad (peut-être
40 % du PIB en moyenne et jusqu’à 60) est aussi mal exploité. Nous examinerons les causes
de l’évaporation fiscale à travers les principaux impôts : la TVA, l’IS et IR.

A. LA TAXE SUR LA VALEUR AJOUTEE (TVA)

La TVA a été introduite au Tchad en 2000 en remplacement d‘une taxe sur le chiffre
d‘affaires. La loi (024/PR/99) reprend l‘essentiel de la directive CEMAC. Un seul taux à 18%
est appliqué, en plus du taux zéro sur les exportations. L‘application d‘un seul taux de TVA
est un aspect positif de la TVA tchadienne. Un certain nombre de secteurs sont exonérés
comme le secteur agricole, les biens immobiliers, le secteur financier et le transport. Il en va
de même des biens de première nécessité. Actuellement, le cadre juridique de la TVA est fixé
par la directive n°07/11-UEAC-028 –CM-22 du 19 décembre 2011 portant révision de la
directive n°1/99/CEMC-028-CM-03 du 17 décembre 1999. En fait, la TVA est censée
s'appliquer à toutes les personnes physiques ou morales relevant d‘une activité économique.
Les activités économiques s‘entendent comme toute activité de production, d‘importation ou
de prestation de service effectuée à titre onéreux par un assujetti sur le territoire d‘un Etat
membre de la CEMAC.

1. L’Evaluation du niveau de recettes et le mécanisme de recouvrement de TVA

Le niveau de recettes de TVA par rapport aux recettes fiscales et au PIB (TVA collectée au
niveau du cordon douanier et TVA collectée par la DGE et la DMME) représentent entre 17%
et 27% de l‘ensemble des recettes fiscales. Elles ne représentent en revanche que 1,17% à
2,21% du PIB. Jusqu‘en 2009, les recettes de TVA sont collectées presque à parité entre la
DGI et la Douane.

23
Depuis cette date, il existe un écart sensible entre le montant collecté par la DGI (1,32% en
2011) et le montant collecté la Douane (0,89% en 2011). Ces ratios sont sensiblement
inférieurs à ceux que l‘on observe dans de nombreux pays africains. La performance réalisée
par le Tchad est l‘une des plus modestes du continent.

Au Tchad, au niveau interne, le recouvrement de la TVA s‘effectue à partir des déclarations et


des paiements spontanés d‘un faible nombre d‘opérateurs économiques en raison d‘un
montant de chiffre d‘affaires au-dessus du seuil légal ou, de manière marginale, en raison du
droit à option de l‘opérateur économique. La sélection d’un faible nombre de collecteurs
permet un allègement considérable de la charge de travail de l’administration fiscale sans que
pour autant ce choix soit à l‘origine de pertes importantes de recettes de TVA : le potentiel de
recettes de TVA est fortement concentré au niveau des grandes entreprises et les non
assujettis subissent des rémanences de TVA sur leurs intrants.

D’après une étude de la Banque africaine du développement, le Tchad possède un coefficient


de 8,3 révélant une efficacité budgétaire faible au regard de la moyenne des pays d‘Afrique
subsaharienne qui est de 28,2. Une comparaison internationale avec les autres pays d‘Afrique
met en évidence un niveau d‘efficacité de la TVA du Tchad inférieur à celui de la plupart des
pays. Seuls le Gabon, la RCA, et le Niger ont des performances similaires.

La performance du Tchad se revèlet inférieure à celles du Cameroun (25,4 en 2010), du


Congo (21,0 en 2006), du Benin (36,1 en 2006), ou du Burundi (29,4 en 2010). Elle est très
inférieure à celles des meilleures performances observées au Sénégal (42,8 en 2010) ou en
Namibie (41,5 en 2006) par exemple. Il convient de noter que l‘introduction récente de la
TVA en RDC a permis de collecter des montants substantiels de recettes : 7% du PIB avec un
coefficient d‘efficacité de 44 en 2012.

En ce qui concerne la territorialité, sont soumises à la TVA, toutes les transactions non
comprises dans la liste des exonérations, réalisées dans un Etat, quand bien même le domicile
de la personne physique ou le siège social de la société débitrice serait situé en dehors des
limites territoriales de cet Etat. Des exceptions sont expressément listées dans l‘article 10
notamment concernant les transports intracommunautaires et les transports internationaux. Au
sein de la CEMAC, on distingue la TVA applicable sur les transactions intérieures de chaque
Etat et la TVA sur les importations. En dépit de cette distinction, il s‘agit bien du même impôt
qui vient grever la consommation finale et dont la collecte est assurée par les entreprises
assujetties. Le reversement se fait soit à la Douane, soit à la DGI.

24
Le fait générateur et l'exigibilité de la TVA à l‘importation sont réalisés au moment des
formalités de dédouanement. La base imposable est constituée de la valeur imposable définie
par le code des douanes CEMAC à laquelle on ajoute le montant du droit des douanes et du
droit d‘accises. Les taux de la TVA sont fixés de la manière suivante : Taux zéro applicable
aux exportations des produits taxables ayant fait l‘objet de déclaration visée par les services
des douanes, aux transports internationaux et à leurs accessoires ; Une fourchette comprise
entre 15 et 19% applicable à toutes les opérations taxables à l‘exclusion des opérations
soumises au taux zéro.

Les Etats ont toutefois la latitude d‘instituer des taux réduits, compris entre 5 et 10%, à un
certain nombre de produits listés dont les biens de première nécessité, les matériels médicaux
ainsi que les insecticides et pesticides importés. La directive institue également le principe de
déductibilité de la TVA et de crédit de TVA notamment pour les entreprises qui sont en
situation de crédit structurel du fait des retenues à la source. Elle indique les délais dans
lesquels ces crédits de TVA devront être reversés et donne liberté à chaque Etat de fixer les
modalités d‘application du remboursement de TVA.

Avec une performance similaire à la performance moyenne des pays africains (28), la TVA au
Tchad serait en mesure de dégager un peu plus de 5 points de PIB de recettes, soit, 3,5 points
de plus que le niveau actuel de recettes.

En application de tous ces dispositifs susmentionnés, les recettes de la TVA collectée au


niveau du cordon douanier et TVA collectée par la Direction Grandes Entreprises (DGE) et la
Direction des Micro et Moyennes Entreprises (DMME) représentent entre 17% et 27% de
l‘ensemble des recettes fiscales. Elles ne représentent en revanche que 1,17% à 2,21% du PIB
en 2011. Jusqu‘en 2009, les recettes de TVA sont collectées presque à parité entre DGI et
douanes. Mais depuis cette date, il existe un écart sensible entre le montant collecté par la
DGI (1,32% en 2011) et le montant collecté par la Douane (0,89% en 2011). Ces ratios sont
sensiblement inférieurs à ceux que l‘on observe dans des nombreux pays africains.

Donc, la colonne (2) du tableau ci-dessous montre que la performance réalisée par le Tchad
est l‘une des plus modestes du continent.

25
Tableau .5 : taxes sur les biens et services en pourcentage des recettes fiscales

2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012


Total 36,3 31,0 28,8 20,6 28,7 27,8 33,4 24,6
TVA 22,1 27,0 23,5 22,9 16,6 24,8 24,0 22,2
Interne 10,2 11,5 10,1 12,0 8,3 12,9 14,2 16,3
Extrême 15,5 13,4 10,9 8,3 11,9 9,8 11,0 6,5
Accises 2,0 1,8 1,3 1,2 1,0 0,8 3,9 1,1
Interne 1,1 1,1 1,0 1,0 0,8 0,7 0,7 1,1
Extrême 0,9 0,7 0,3 0,2 0,2 0,1 0,3 0,0
bétail 0,6 0,7 0,3 0,2 0,2 0,2 0,2 0,2
Autres 6,7 4,9 4,3 2,5 2,6 2,8 1,9 1,0
Sources : autorités nationales et calcul des auteurs

Il faut noter que le faible nombre de collecteurs de la TVA permet un allègement considérable
de la charge de travail de l‘administration fiscale sans que pour autant ce choix soit à l‘origine
de pertes importantes de recettes : le potentiel de recettes de TVA est fortement concentré au
niveau des grandes entreprises et les non assujettis subissent des rémanences de TVA sur
leurs intrants.

Tableau 6 : Taxes sur les biens et services en pourcentage du PIB

2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012


Total 1,89 1,54 1,84 1,75 1,96 2,26 2,27 1,64
TVA 1,41 1,17 1,46 1,41 1,70 1,95 2,21 1,48
Interne 0,60 0,50 0,76 0,70 0,88 1,15 1,32 1,05
Externe 0,81 0,67 0,69 0,71 0,82 0,80 0,89 0,43
Accises 0,10 0,09 0,08 0,10 0,07 0,06 0,32 0,08
Interne 0,06 0,05 0,06 0,09 0,05 0,06 0,06 0,07
Externe 0,05 0,04 0,02 0,01 0,02 0,02 0,02 0,01
Bétail 0,03 0,03 0,02 0,01 0,02 0,02 0,02 0,01
Autres 0,35 0,24 0,27 0,22 0,18 0,23 0,15 0,07
Sources : autorités nationales et calcul des auteurs

26
2- La faiblesse du rendement de la TVA

La TVA est plombée par des nombreuses exonérations, plus nombreuses même que celles
permises par le Code Général de l’Impôt (CGI). Elles expliquent, en partie, la faible et
modeste performance de la TVA au Tchad. Ces exonérations sont « sectorielles » (secteur
agricole, secteur financier, …), « sociales » (produits de première nécessité, eau et électricité),
ou au profit du secteur des industries extractives.

Elles sont à l‘origine de problèmes complexes et sont souvent inefficaces en raison du


mécanisme de paiement fractionné de la TVA et de la non-déductibilité en amont. Elles ne
profitent pas nécessairement à ceux que le Gouvernement veut soutenir. De plus, les
exonérations « sociales » profitent à l‘ensemble des consommateurs et il n‘est pas certain que
ce soient les plus pauvres qui en profitent le plus.

Les problèmes engendrés par les exonérations vont bien au-delà des seules pertes de recettes.
Elles vont à l‘encontre de la neutralité de la TVA. Elles créent des distorsions sévères. Ainsi,
les entreprises dont la production est exonérée auront tendance à produire elles-mêmes leurs
intrants. Les entreprises effectuant des opérations exonérées et qui exportent, ou qui
souhaiteraient exporter, sont en position défavorable car elles subissent la TVA sur leurs
intrants. Dès lors, existe le risque d‘étendre les exonérations en amont (intrants) et en aval.

Les entreprises peuvent être tentées, par exemple, de ré-caractériser des opérations taxables en
opérations exonérées pour éviter la TVA sur leur marge. Le système des chèques Trésor pour
les importations exonérées existe en principe, mais il est très peu utilisé.

Le non-remboursement des crédits de TVA, et leur transformation en crédits d‘impôt ne


constitue pas une bonne pratique en la matière car le remboursement des crédits de TVA
participe très directement à la neutralité de la TVA. Par ailleurs, lors d‘opérations
d‘importation de biens d‘équipement ou de matériel lourds (camion par exemple), la bonne
pratique veut que l‘entreprise importatrice acquitte la TVA.

27
En un mot, les exonérations de TVA sont très abondantes et, vraisemblablement plus
nombreuses que celles permises par le CGI. Elles expliquent, en partie, la performance
modeste de la TVA au Tchad. Les exonérations sont « sectorielles » (secteur agricole, secteur
financier, …), « sociales » (produits de première nécessité, eau et électricité), ou au profit du
secteur des industries extractives.

B. L’IMPÔT SUR LES SOCIETES

Les recettes de l'impôt sur le revenu des sociétés son plus cruciales pour les pays en
développement que pour les économies avancées, et elles subissent les pressions de la
mondialisation.

Les taux statutaires se sont effondrés dans le monde entier, bien qu'ils demeurent quelque peu
plus élevés dans les pays à plus faible revenu.

Les défis font que les pressions qui s'exercent sur les recettes sont plus préoccupants pour les
pays en développement que pour les économies avancées : dans les premiers, l'impôt sur les
sociétés représente environ 17 % du total des impôts, comparé à 10 % (avant la crise) dans les
pays de l'OCDE. Néanmoins le Tchad comme beaucoup des pays en développement pour
attirer les investissements à faire des exonérations fiscales qui affaiblissent le rendement fiscal
de l’IS.

1- Le taux d’imposition et le rendement de l’impôt sur les Sociétés– IS

L’impôt sur les sociétés est régi en premier par l’article 115 du CGIT : « Il est établi un impôt
sur l'ensemble des bénéfices ou revenus réalisés par les sociétés et autres personnes morales
désignées à l'article 116 ci-après. Cet impôt est désigné sous le nom d'impôt sur les sociétés
(I.S) ». et l’Article 116 précise que : « 1° Sont passibles de l'impôt sur les sociétés, quel que
soit leur objet, les sociétés anonymes, les sociétés en commandite par actions et les sociétés à
responsabilité limitée, les sociétés coopératives et leurs unions ainsi que les établissements
publics, les organismes de l'Etat jouissant de l'autonomie financière, les organismes des
communes et toutes autres personnes morales se livrant à une exploitation ou à des opérations
de caractère lucratif ainsi que les sociétés civiles immobilières quelle que soit leur forme. 2°
Même lorsqu'elles ne revêtent pas l'une des formes visées au paragraphe 1, les sociétés civiles
autres que les sociétés civiles immobilières sont également passibles dudit impôt si elles se
livrent à une exploitation ou à des opérations visées aux articles 14 et 15 du présent Code.

28
3° L'impôt sur les sociétés s'applique dans les sociétés en commandite simple, dans les
associations en participation y compris les syndicats financiers et, dans les sociétés de
copropriétaires de navires, à la part de bénéfices correspondant aux droits des commanditaires
et, respectivement, à ceux des associés copropriétaires autres que ceux indéfiniment
responsables ou dont les nom et adresse n'ont pas été indiqués à l'Administration. 4° Sous
réserve des exemptions prévues aux articles 117 et 118 du présent Code, les établissements
publics, autres que les établissements scientifiques, d'enseignement et d'assistance, ainsi que
les associations et collectivités non soumises à l'impôt sur les sociétés en vertu d'une autre
disposition, sont assujettis audit impôt, à raison de la location de leurs immeubles bâtis et non
bâtis ainsi que des revenus des capitaux mobiliers non soumis à l'impôt frappant les revenus
des capitaux mobiliers dont ils disposent ».

Le taux d’imposition de l’IS au Tchad est à 40% (la fourchette est de 25%-40% selon la
directive CEMAC). A titre indicatif, l’UEMOA fixe, dans sa directive, une fourchette de
25% à 30% qui constitue la norme dans l’Afrique sub-saharienne. Au niveau des pays
émergents des taux de 15% à 20% sont couramment observés. En résumé, le taux du Tchad
est trop élève par rapport à ceux qui sont observés sur le continent. Il convient ici de souligner
le régime des sociétés mères et leurs filiales.

Le régime fiscal tchadien a pour but principal d’éliminer la double imposition des dividendes
payés par une société morale à sa société mère. Ceci est un élément clé sur les sociétés ; il
évite que le taux d’impôt combiné au niveau de la société et au niveau de l’individu dépende
de l’organisation d’un groupe de sociétés.

Dans le cas actuel de l’IS, l’impôt sur les dividendes est retenu au niveau de la première
compagnie qui le paie ; ces dividendes sont ensuite déductibles de l’IS de toute société
bénéficiaire jusqu’à ce qu’ils soient payés à une personne physique ou une entreprise non-
incorporée. La législation tchadienne a réglementé aussi les provisions et des amortissements.
Pour les provisions, elles sont généralement permises par la loi.

Globalement, les impôts sur les sociétés (IS plus le précompte de 4%) possède un bon
rendement (environ 12% des recettes fiscales), l’impôt minimum forfaitaire (IMF) permet de
récupérer de 4% à 5% des recettes, soit 1/3 de l’IS, voire légèrement plus selon les années.
Concernant les personnes physiques, l’essentiel de l’impôt repose sur les salaires.

Le problème d’aussi mérite d’être souligner. Les accises fournissent un complément de


recettes à celles tirées de la TVA. Les accises touchent au Tchad les produits traditionnels :
alcool, tabac, essence, eaux minérales et gazéifiées, les boissons sucrées, les biens de luxe, les

29
jeux de hasard. Les taxes d‘accises devraient être fixées au niveau maximum permis par la
directive CEMAC, mais ce n‘est pas le cas.

Deux secteurs méritent une attention particulière, celui des hydrocarbures et celui de la
téléphonie mobile. Ce dernier subit un certain nombre de taxes mais il serait pertinent de les
faire évoluer vers une taxe d‘accise comme cela a été fait dans certains pays anglophones.
Pour le premier, il faudrait que les taxes d‘accises soient rénovées, et que l‘usage de valeurs
mercuriales soit abandonné.

2 – La faiblesse du rendement de l’IS.

La principale incitation prend la forme d‘une exonération de cinq ans pour l‘IS. Ces
incitations causent des pertes fiscales dans certains cas qui vont au-delà de celles prévues
occasionnant des pertes en raison du non-respect de la procédure édictée par l‘article 136bis
du CGI9.

De nombreuses incitations sont donc accordées sans que le Ministre des Finances n‘ait eu à se
prononcer pour les valider ou non. La conséquence est qu‘il est extrêmement difficile, dans un
tel cadre, de maîtriser les exonérations et leurs conséquences sur les ressources publiques. Le
caractère discrétionnaire des incitations affaiblit la crédibilité de la politique fiscale ; les
investisseurs exercent des pressions chaque année pour que les autorités introduisent des
incitations temporaires. Le système d‘incitations crée des opportunités d‘évasion fiscale par le
truchement des prix de transfert, dont le but principal est de transférer, à l‘intérieur d‘un
groupe d‘entreprises, le revenu d‘une entreprise taxable vers une entreprise exonérée et les
dépenses d‘une entreprise exonérée vers une entreprise taxable.

De même, les plus-values réalisées lors de la cession (ou de la cessation) d‘activité, les plus
values sur les actifs immobilisés entrent pour 1/3 de leur montant dans le calcul du bénéfice si
l‘activité a été exercée pour au minimum cinq ans; en deçà de cette durée minimum, les plus-
values entrent pour moitié dans le calcul du bénéfice.

9
Article 136 bis : Les exonérations et exemptions fiscales et douanières non prévues par le Code Général des
Impôts, le Code des Douanes ou le Code des Investissements, ne peuvent être accordées que par le Ministre
des Finances sur avis des services techniques concernés.
30
Il y a aussi le problème d’amortissements : ils déterminent à quelle vitesse l’investisseur
peut récupérer le coût de ses immobilisations. Ce processus affecte directement le rendement
après-impôt des immobilisations en lui permettant d’utiliser des taux supérieurs à ceux
généralement admis selon la durée de vie économique. Les amortissements accélérés et
dégressifs sont considérés comme des moyens plus efficaces que les exonérations temporaires
pour encourager l’investissement car ils ciblent l’acte d’investir directement plutôt
qu’indirectement. Il y a la possibilité d’amortissement accéléré de 20% l’année d’acquisition
d’un matériel neuf dont la valeur est au moins égale à 10 millions FCFA.

Donc, la pratique des amortissements accélérés et dégressifs constitue un atout qui n’est pas
suffisamment exploité dans l’IS actuel du Tchad. Les plus-values réalisées à la suite de fusion
sont également exonérées de l‘IS (article 12110 du CGI), le même mécanisme prévaut lors
d‘apport d‘actifs intégral à la condition que l‘entreprise bénéficiaire ait son siège au Tchad.

Les incitations soulèvent des préoccupations relatives à l'efficacité, aux fuites, à la


gouvernance et aux retombées. Certains types d'incitations sont plus susceptibles d'attirer des
investissements qui engendrent de plus grands avantages sociaux que d'autres : c'est la raison
pour laquelle un crédit d'impôt aux investissements, par exemple, est peut- être préférable à
une exonération pure et simple des bénéfices.

Il y a aussi le problème d’imposition des petites entreprises : elles sont extrêmement


difficiles à gérer et leur potentiel de recettes est limité. Il s'agit d'un groupe extrêmement
hétérogène, depuis les «micros» entreprises — vendeurs de rue, paysans pratiquant une
agriculture de subsistance — dont les capacités à payer sont réduites (que ce soit en termes
d'équité ou en termes pratiques) jusqu'aux professionnels et aux entreprises qui comptent de
nombreux employés. La répartition très biaisée de la taille des entreprises — dans tous les
pays mais surtout dan les pays en développement — signifie que ces entreprises sont
nombreuses mais que leur potentiel de recettes est minime. Il arrive souvent que les
administrations fiscales des pays en développement consacrent d'importantes ressources à
cette catégorie dans l'espoir de débusquer des contribuables importants et moyens en
procédant à des opérations générales; mais les résultats ont été décevants et les coûts de la
mise en œuvre élevés.

10
Voir annexe III.
31
C. L’IMPÔT SUR LE REVENU

L’impôt sur le revenu concerne au Tchad beaucoup plus l’IRRP. Les recettes de ce type
d'impôt sont peu élevées et stagnent dans les pays en développement; elles proviennent
presque uniquement des retenues à la source sur les salaires des grandes entreprises et des
employés du secteur public.

Près de 95 % provient de la retenue à la source sur les salaires du secteur public et des
grandes entreprises, comparées à environ 80 % dans les pays développés. Moins de 5 % de la
population s'acquittent de l'impôt sur le revenu (comparé à près de 50 % dans les pays
développés) et seulement 15 % environ des revenus sont concernés (comparé à 57 %)

1. L’état de recouvrement de l’IR

L’impôt sur le revenu est régi principalement par l’article 1er du CGI/T et suivants : « Il est
établi un impôt annuel unique sur le revenu des personnes physiques. Cet impôt désigné sous
le nom d’Impôt sur le Revenu des Personnes Physiques en abrégé IRPP frappe le revenu net
global du contribuable déterminé conformément aux dispositions des articles 1er à 110 du
présent code ».

Ce revenu global est constitué par le total des revenus nets des catégories suivantes:

é
-values et autres revenus
assimilés réalisés par les personnes physiques.

32
Le Tchad a adopté en ce qui concerne le recouvrement de l’impôt sur le revenu le système de
la retenue à la source. Ce qui a permis de recouvrer durant la période 2004-2012 ce qui suit :

Tableau n° Structure de l’impôt sur le revenu 2004-2012 (% des recettes fiscales)

2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012


Total 46,7 42,4 44,8 47,1 33,7 42,8 42,9 34,2 45,2
Sociétés 19,2 17,2 22,4 21,4 18,1 21,2 23,2 16,7 16,6
Bénéfice industriel 12,0 9,5 14,6 12,4 10,9 13,2 16,4 10,8 9,3
et commercial
Impôt minimum 5,5 4,9 4,7 4,6 3,1 4,2 4,2 4,1 5,4
précompte 1,8 2,8 3,1 4,4 4,1 3,7 2,6 1,8 1,9
Impôt sur le revenu des
Personnes physiques 20,3 23,5 20,1 20,0 12,1 19,6 16,9 14,4 25,3
Salaires 17,2 18,5 17,6 16,8 10,1 17,5 14,5 12,1 20,9
Foncier 0,3 0,4 0,3 0,3 0,3 0,4 0,5 0,4 0,7

Le Tchad a opté pour un autre type d’impôt sur le revenu, il s’agit de l’impôt général
libératoire (IGL), c’est un impôt synthétique qui vient en remplacement d‘un ensemble
d’impôts. Son rendement apparent est certes limité, toutefois, son effet sur les recettes fiscales
globales est certainement plus important car il abrite des contribuables qui tentent d’échapper
aux impôts sur le bénéfice notamment.

Tableau n° : Part des impôts sur le revenu dans le PIB (%PIB)

Années 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012


TVA 1,41 1,17 1,46 1,41 1,70 1,95 2,21 1,48

Interne 0,60 0,50 0,76 0,70 0,88 1,15 1,32 1,05


Externe 0,81 0,67 0,69 0,71 0,82 0,80 0,89 0,43
Accises 0,10 0,09 0,08 0,10 0,07 0,06 0,32 1,05
Interne 0,06 0,05 0,06 0,09 0,05 0,06 0,32 0,08
Externe 0,05 0,04 0,02 0,02 0,01 0,01 0,26 0,00
Vente de bétail 0,03 0,03 0,02 0,01 0,02 0,02 0,02 0,01
Autres 0,35 0,24 0,27 0,22 0,18 0,23 0,15 0,07
Sources : autorités nationales et calcul des auteurs

33
2 La faiblesse de recouvrement de l’impôt sur le revenu

A ce niveau les faiblesses ne sont pas nombreuses toutefois, il s’avère qu’il y a certaines
entreprises qui collectent ces impôts mais parfois ne les reversent pas ou les font
partiellement.

Il est aussi à souligner que l’architecture générale de l’impôt sur le revenu n’incite pas à la
création des sociétés alors qu’elles en sont les principales créatrices.

L’impôt sur les bénéfices industriels et commerciaux (BIC) a aussi des rendements faibles dû
à la faiblesse du nombre des fonctionnaires et des employés dans le secteur privé (par rapport
à la population tchadienne) liée certes aussi à la faiblesse et à l’étroitesse de l’économie
tchadienne. L’impôt sur les revenus fonciers et l’impôt de capitaux mobiliers ont aussi des
rendements limités bien qu’ils soient comme l’impôt sur les salaires collectés principalement
à la source.

Ainsi, les diagnostiques du potentiel fiscal et des causes d’évaporations fiscales qui viennent
d’être permettent d’envisager des propositions de réforme.

34
III. LES PROPOSITIONS DE REFORME

Pour remédier à son faible niveau de recettes fiscales, le Tchad sera amené à prendre des
mesures d’amélioration de sa politique fiscale. En fait, l‘Administration fiscale tchadienne
souffre d‘un certain nombre de faiblesses, en termes d‘organisation et en moyens matériels
qu‘il convient de pallier. En outre, bien que les exonérations soient à l‘origine de nombreux
problèmes, notamment en matière de TVA, il va aussi falloir procéder à une évaluation de la
dépense fiscale. Cependant, toutes ces mesures ne peuvent se réaliser que lorsqu’un certain
nombre des obstacles auront été levés.

A. LES INSTRUMENTS D’AMELIORATION DU RENDEMENT D’IMPÔTS

Pour améliorer, le rendement des recettes fiscales ordinaires, il est nécessaire d’adopter des
mesures normatives et structurelles. Il faut noter que, le succès d'une réforme administrative
nécessite d'importants moyens, autant politiques que techniques c'est-à-dire une bonne
stratégie de réforme, nécessite des connaissances techniques et des ressources humaines
suffisantes et qualifiées, de même que la volonté politique (aux plus hauts niveaux et sur une
longue période) de surmonter les résistances (celles de l'administration des recettes elle-même
n’étant pas des moindres) afin d’appliquer efficacement les textes, de mobiliser les
financements nécessaires et de procéder aux modifications complémentaires indispensables
du cadre juridique et de la politique fiscale

1. L’adoption des mesures normatives

Pour améliorer le rendement des impôts, il convient de s’simplifier la législation fiscale.

Pour le Tchad, le seul potentiel rapidement et facilement mobilisable se situe clairement du


côté de la TVA. A cet effet, il est important de revoir le texte régissant la TVA et de
renforcement les capacités en matière fiscale de son administration.

Les recettes de TVA pourraient être utilement complétées par des accises modernisées et dont
les taux se rapprocheraient des niveaux plafonds permis par la directive CEMAC. Les autres
recettes ne présentent pas un potentiel aussi important que la TVA et une facilité
d‘exploitation aussi immédiate. Ainsi, l‘impôt sur le revenu doit pouvoir gagner en neutralité,.

Compte tenu du niveau des prélèvements publics actuels, les mesures en matière de TVA sont
susceptibles de rapporter très rapidement 4 à 5 points de PIB.

35
Deux options s‘offrent au pays afin de poursuivre l‘élargissement de l‘assiette de la TVA :

 La première option, qui vise à élargir l‘assiette en introduisant un taux réduit de TVA,
constituerait une erreur car elle créerait de la complexité dans le système et de réelles
opportunités de fraude.
 -L a seconde option pour y parvenir serait d‘élargir la base et de baisser dans le même
temps le taux de TVA dans les limites permises par la directive CEMAC. Les bénéfices
attendus de cette option dépendent de la capacité de la DGI à baisser drastiquement le
niveau actuel des exonérations. La seconde option est à privilégier car elle permet de se
doter d‘un instrument de TVA moderne, simple, neutre et efficace.

Rénover les impôts directs doit constituer un objectif de moyen terme. L‘architecture des taux
pourrait être revue rapidement et concomitamment aux réformes de la TVA. Cette révision
des taux, notamment une forte baisse du taux de l‘IS devrait encourager les entrepreneurs à se
déclarer en société car le statut de société deviendrait plus attractif. Les avantages de l‘IGL
doivent aussi être revus.

Il s‘agira par la suite de mettre en place un « impôt dual » qui taxera les revenus du capital
de façon proportionnelle et les revenus du travail de façon progressive. Une mesure à plus
long terme sera de soumettre d‘autres types de revenus au barème progressif, par exemple les
revenus fonciers. Par ailleurs, les exonérations devraient être aussi éliminées ou réduites.

Globalement, trois mesures pour un bon fonctionnement de la TVA doivent être


rapidement prises :

1) Confirmer la gestion par types de contribuables. Cette mesure a déjà été largement
engagée mais elle n‘a pas été conduite à son terme. La DGI doit assurer à la fois la
définition de l‘assiette et le recouvrement. Elle doit être l‘interlocuteur unique des grands
contribuables. La DME doit s‘occuper des contribuables de taille moyenne ;

2) Assurer le remboursement des crédits de TVA. C‘est une mesure essentielle à la neutralité
de la TVA. Un compte séquestre existe à cet effet. Il convient de s‘assurer qu‘il soit
suffisamment abondé et rendu opérationnel ;

3) Réduire les exonérations qui érodent de manière importante le rendement des impôts.

Néanmoins toutes ces mesures ne seront possibles que lorsque l’administration fiscale est
modernisée et bien outillée.

36
2. Modernisation de l’administration fiscale

La modernisation de l’administration fiscale tchadienne passe par sa réforme fondamentale.


Elle a besoin de ressources humaines suffisantes et qualifiées pour améliorer le contrôle fiscal
des moyennes et grandes entreprises assujetties au réel et pour débusquer les « fraudeurs »
cachés dans le régime synthétique.

D’où la nécessité de recruter et de former quantitativement et qualitativement son personnel et


également améliorer : - les locaux et les conditions de travail de ses agents.

Il faut aussi instaurer une bonne gestion de ressources humaines et non se focaliser sur
l’administration du personnel.

Il convient aussi de mettre en œuvre une stratégie de communication (service


communication), Cette communication doit à la fois aider à la transparence et servir à
rechercher des appuis parmi les opérateurs et l‘opinion. Cette communication sera orientée en
direction des opérateurs économiques, des médias, des décideurs politiques, du Parlement, et
des partenaires au développement. Et comme pour le moment l’administration fiscale
tchadienne ne dispose que des moyens limités. Ceux-ci doivent être concentrés sur les impôts
ayant un potentiel de rendement (TVA, IS) ou sur les tâches susceptibles d’améliorer
sensiblement et rapidement le niveau des prélèvements. Un système fiscal modernisé pourrait
conduire à prélever plus d’impôts tout en ayant une neutralité plus grande que celle du
système actuel.

L’augmenter de la performance en matière de recettes fiscales hors pétrole nécessitera donc,


des efforts soutenus de modernisation de l‘administration fiscale combinés avec des mesures
de politique fiscale visant à élargir l‘assiette des impôts, à les rendre plus neutres et plus
équitables.

La mise en place d‘un plan d‘action n‘est guère imaginable dans l‘architecture actuelle du
système – avec notamment une coopération trop faible entre la DGI, la DGDDI et les autres
ministères chargés de la mise en œuvre de la politique fiscale.

Il faut envisage également le développement de l‘outil informatique et organiser une réflexion


sur l‘élargissement de l‘assiette fiscale. Renforcer le service recherche avec l‘objectif
d‘élargir l‘assiette et contribuer à mettre en œuvre la télé-déclaration au niveau de la DGE.

Il est donc important que les efforts de formulation de la politique fiscale, de suivi des
mesures, et d‘analyse des effets de cette politique soient concentrés dans une unité ou une
cellule au niveau du Ministère des Finances et du budget.
37
Il ne s‘agit pas nécessairement d‘engager des ressources nouvelles, mais plutôt de réunir des
ressources existantes à la DGI ou ailleurs au Ministère des Finances. Cette unité de politique
fiscale devrait être composée d‘économistes, de spécialistes de la législation fiscale et de
spécialistes de l‘administration fiscale afin d‘effectuer des analyses économiques et
statistiques de données fiscales, de traduire les mesures en termes de lois et décrets, et
d‘assurer leur mise en œuvre sous forme d‘un schéma administratif rénové et adapté. L‘unité
devrait rapporter directement au ministre et/ou à son conseiller fiscal, afin d‘éviter un
morcellement des tâches sur des bases purement institutionnelles.

Pour réussir sa tâche, l‘unité devrait disposer d‘un accès total et automatique à toutes les bases
de données fiscales et non fiscales utiles (notamment DGI, DGD, CI, Code Minier/pétrolier,
etc.) tout en respectant la confidentialité des données sur les contribuables, et collaborer avec
d‘autres départements du Ministère des finances et du Budget (notamment Trésor, services
chargés des analyses macroéconomiques) et à l‘extérieur (ministères des mines, de l‘industrie,
etc.).

Elle sera un interlocuteur privilégié dans les négociations et échanges tant au niveau de la
CEMAC que dans les relations internationales, notamment avec les institutions en charge des
questions fiscales (OCDE) et des questions de développement. Cette unité serait chargée
d‘améliorer l‘information des décideurs politiques quant aux enjeux économiques de la
fiscalité.

Mais toutes réformes souhaitées et proposées ne peuvent se réaliser que lorsqu’un certain
nombre d’obstacles seront levés.

B. LES OBSTACLES A LA REFORME

1. Obstacles politiques

Le Tchad comme évoqué précédemment a connu trois décennies de conflits politico-militaires


entrainant beaucoup de retard sur tout le plan de développement. Il en est résulté : une
administration désorganisée et faible, une économie mal structuré et des conditions sociales
difficiles avant l’exploitation du pétrole.

Mais depuis 2008, il y règne une relative stabilité qui permet une amélioration de conditions
de vie et l’amorce des reformes réelles. Du coup beaucoup de réformes dans le domaine de
l’assainissement, de la lutte contre la corruption et d’amélioration de la gestion publique dont
de la fiscalité sont engagées.
38
Et si cette stabilité et l’enracinement de la démocratie ne sont pas remis en cause, le Tchad
pourrait amorcer une réforme de son système fiscal.

Néanmoins, en attendant ces réformes, les autorités font face à plusieurs défis entre autres le
terrorisme qui sévit dans les pays au pourtour du Lac Tchad où l’armée tchadienne est
fortement impliquée, et aussi comme dans des nombreux pays, à la pression des groupes
composés d‘investisseurs nationaux et internationaux (surtout dans les secteurs de la
téléphonie, de transport et logistique, et des ressources extractives) et d‘autre part, aux
contraintes internationales et régionales par exemple, les directives et décisions CEMAC,
aux mobilités accrues des facteurs de production et des produits finis, gestion macro-fiscale
rendue difficile à la sortie d‘une longue période de crises et de conflits qui ont fait perdre au
Tchad sa place économique d‘autrefois sur le continent.

Il faut souligner que la faiblesse de l’administration fiscale est due quelque fois au fait, d’une
gouvernance peu performante, c’est-à-dire autant de facteurs étroitement liés, qui ne sont pas
propres aux pays en développement, mais qui sont particulièrement structurels. Il existe une
relation étroite entre le bas niveau des recettes et les indicateurs de gouvernance (faiblesse de
l'État de droit, instabilité politique) et notamment de corruption. Selon Attila, Chambas :
« en fait, la corruption fonctionne comme un impôt, sans doute très régressif. La relation
de cause à effet peut aller dans les deux sens et les problèmes de gouvernance ne sont pas
propres aux administrations des recettes, ni ne peuvent être réglés indépendamment, par
exemple sans une réforme judiciaire ».

Bref, il se pose aujourd’hui au Tchad un défi important, c’est la question en fait de la


gouvernance, de la transparence et de l’utilisation finale des ressources publiques qui doit
interpeler toutes les autorités. Sans oublier le problème : d’Instabilité de nomination des
responsables des administrations en général et des administrations fiscales en particulier.

D’où la nécessité, d'améliorer la gestion des finances publiques — et doper la confiance du


public — et il en est de même pour la transparence des décisions relatives aux dépenses
publiques – se doter des lois fiscales simples et transparentes. À cet égard, nombre de pays en
développement surpassent certaines économies avancées, car ils ont adopté ces dernières
années des lois de haute qualité mais il se pose un problème de leur applicabilité. En plus
d’obstacles politiques les contribuables ne sont du reste.

39
2. Psychologie du contribuable

Au Tchad, les politiques fiscales s’intéressent très peu à la psychologie fiscale au


contribuable. L’impôt une fois de plus, pour le rappeler, est par définition un prélèvement
obligatoire, sans contrepartie directe, acquitté par le citoyen pour financer l’Etat. C’est
la logique de participation et de solidarité à l’intérêt général.

De nos jours, dans bon nombre des pays, notamment le Tchad, la perte de sens du devoir en
matière fiscale se manifeste par l’évitement croissant pour ne pas dire banalisé, de l’impôt.

Le contexte social parfois difficile dans les pays en développement, en particulier le Tchad
affecte les décisions des contribuables y compris leurs émotions par rapport à l’attrait
d’argent, en effet, il est difficile pour le contribuable de redonner l’argent qu’il a entre les
mains facilement aux caisses de l’Etat d’autant qu’il perçoit et entend chaque jour des cas
supposés ou avérés de détournement d’argents opérés par les agents publics dans les
administrations.

Il noter aussi que la perte monétaire affecte plus les individus que le gain monétaire, ce qui
fait que le contribuable dès qu’il ne perçoit pas la contrepartie de son argent payer pour
l’impôt perçoit mal la fiscalité.

40
Conclusion générale

De ce qui précède, Il faut noter que le système fiscal tchadien actuel n‘est pas satisfaisant à
bien des égards, et une approche globale semble nécessaire afin de relever les défis. En plus
des enjeux régionaux et internationaux, la nature du tissu économique et social tchadien
complexifie davantage la conduite d’une politique fiscale. Il ressort aussi de cette étude, la
nécessite pour le pays de concevoir et de mettre en œuvre une stratégie globale et cohérente
de politique fiscale. Cette stratégie doit ainsi corriger les nombreuses faiblesses de son
économie qui se traduit par l‘étroitesse de son assiette fiscale et qui du coup affecte son
rendement et engendre de fortes distorsions.

Dès lors, l’on peut se demander : le Tchad, peut-il parvenir à élaborer un système fiscal
performant avec une économie faible et une instabilité politique ? Et si les défis précités étant
relevés, la fiscalité tchadienne peut-elle s’adapter à la concurrence fiscale internationale ?

41
BIBLIOGRAPHIE

1. Ouvrages
Michel BOUVIER, Introduction au droit fiscal général et théorie de l’impôt, 8e éd. LGDJ
2015 ;
André BARILARI, Le consentement à l’impôt, éditeur : Presses de sciences PO ;
L’aide-mémoire de la fiscalité, 19e éd. Editeur : FRANCIS LEFEBRE ;
Les Finances publiques, 8e éd. Editeur Documentation française ;
Finances publiques 4e éd. Sous la direction de Jean-Marie Monier, éditeur : Documentation
française.

2. Textes juridiques
Code général des Impôts du Tchad
République du Tchad (1987), Ordonnance n°025/PR/87 du 08 décembre 1987 portant
Code des Investissements dans la République du Tchad.
République du Tchad (2008), Loi n° 006/PR/2008 instituant la Charte des Investissements
de la République du Tchad.
République du Tchad (2011), Loi de finances.
République du Tchad (2013), Projet de Loi de finances. Sahn D. and Younger D. (2003),

3. Mémoires
Mémoire sur « L’administration fiscale en Arménie », présenté par Mlle Arpiné
GZRYAN, Promotion Emile Zola 2008-2010, ENA

4. Revues et Rapports
Problèmes économiques n°3132 : Pétrole d’une crise à l’autre, éditeur : Documentation
française ;
Ministère des Finances et du Budget (2009), Plan d‘action pour renforcer les capacités de
la Direction Générale du Budget 2009-2012.
Ministère des finances et du budget, (2010), « Cinquante ans d‘indépendance, quel bilan
économique et financier ? ».
CEMAC (2011), Directive n°07/11-UEAC-028 –CM-22 du 19 décembre 2011 portant
révision de la directive n°1/99/CEMC-028-CM-03 du 17 décembre 1999.
FMI (2011), « TCHAD, consultation de 2011 au titre de l‘article IV », Rapport du FMI
No. 11/302.
Office Tchadien de Régulation des Télécommunications (2013), Observatoire du marché
des télécommunications pour l‘année 2012.

42
TABLE DES MATIERES

INTRODUCTION : ………………………………………………..…………...……..……..8

I. ETAT DE LIEUX : DECALLAGE ENTRE LE NIVEAU THEORIQUE DES


RECETTES ET LE RECOUVREMENT EFFECTIF : …… ………….……..……...12

A. ESTIMATION DU MANQUE A GAGNER…………………………………..…….12

B. LES BENEFICIAIRES DE L’EVAPORATION FISCALE : ………………….…...17

1. Entreprises nationales et multinationales : …………………………………………18


2. Particuliers nationaux et étrangers……………………………………………..……20

C. LA NECESSITE D’AMELIORER LE RENDEMENT …………………..…………20

1. L’impératif financier………………………………………………………………….21
2. L’impératif de l’amélioration de l’efficacité fiscale………………………………….22

II. LES CAUSES DE L’EVAPORATION FISCALE…………………..………..…..23

A. LA TAXE SUR LA VALEUR AJOUTEE (TVA)……………………..…………….23

1. L’Evaluation du niveau de recettes et le mécanisme de recouvrement de TVA…….23


2. La faiblesse du rendement de la TVA. ………………………………………………27

B. L’IMPÔT SUR LES SOCIETES……………………………………………………..28

1. Le taux d’imposition et le rendement de l’impôt sur les Sociétés– IS ………….…28


2. La faiblesse du rendement de l’IS………………………………………..……….…30

C. L’IMPÔT SUR LE REVENU……………………………………...........……….…..32

1. L’état de recouvrement de l’IR……………………………………..……….……….32


2. La faiblesse de recouvrement de l’impôt sur le revenu……………………..….……34

43
III. LES PROPOSITIONS DE REFORME :………………………...……….…….…35

A. LES INSTRUMENTS DE L’AMELIORATION DE RENDEMENT :…………..…35

1. L’adoption des mesures normatives :…………………………………………………35


2. Modernisation de l’administration fiscale :………………………………………..…37

B. LES OBSTACLES :…………………………………….………..………………...…38

1. Obstacles politiques :………………………………………………………………...38


2. Psychologie du contribuable :……………………………………………………….40

CONCLUSION :……………………………………………………………………………...41
BIBLIOGRAPHIE :…………………………………………………………………….......42
TABLE DES MATIERES :…………………………………………………………......…..43
ANNEXES :………..………………………………………………………………….……..45
Annexes I : Cadre juridique de la TVA est fixé par la directive n°07/11-UEAC-028 –CM-22 du 19
décembre 2011 portant révision de la directive n°1/99/CEMC-028-CM-03 du 17 décembre 1999….45

Annexe II : Encadré sur la fiscalité actuelle sur la téléphonie au Tchad ………………….…….…46

Annexe III : Article 121 du Code général des impôts du Tchad……………………………….……47

44
ANNEXES :

Annexe I : Encadré sur le cadre juridique de la TVA est fixé par la directive n°07/11-
UEAC-028 –CM-22 du 19 décembre 2011 portant révision de la directive n°1/99/CEMC-
028-CM-03 du 17 décembre 1999.

La taxe sur la valeur ajoutée en zone CEMAC. Le cadre juridique de la TVA est fixé par la directive n°07/11-
UEAC-028 –CM-22 du 19 décembre 2011 portant révision de la directive n°1/99/CEMC-028-CM-03 du 17
décembre 1999. La TVA est censée s'appliquer à toutes les personnes physiques ou morales relevant d‘une
activité économique. Les activités économiques s‘entendent comme toute activité de production, d‘importation
ou de prestation de service effectuée à titre onéreux par un assujetti sur le territoire d‘un Etat membre de la
CEMAC.

Sont assujettis à la TVA, les personnes physiques et morales, y compris les collectivités publiques et les
organismes de droit public, qui réalisent, à titre habituel ou occasionnel, et d'une manière indépendante, des
opérations imposables entrant dans le champ d'application de la taxe et accomplies dans le cadre d'une activité
économique réalisée à titre onéreux. L‘article 4 de cette directive indique que les agents diplomatiques et
assimilés en poste dans les Etats membres sont assujettis à la TVA normalement incorporée dans le prix des
marchandises ou des services. En dehors d‘un certain nombre de biens et services visés à l‘article 7 de la
directive, les Etats membres ne doivent pas accorder d‘exonérations ou d‘exemptions de TVA, en particulier
dans le cadre des incitations à la création d‘entreprises et à l‘investissement.

En ce qui concerne la territorialité, sont soumises à la TVA, toutes les transactions non comprises dans la liste
des exonérations, réalisées dans un Etat, quand bien même le domicile de la personne physique ou le siège social
de la société débitrice serait situé en dehors des limites territoriales de cet Etat. Des exceptions sont
expressément listées dans l‘article 10 notamment concernant les transports intracommunautaires et les transports
internationaux. Au sein de la CEMAC, on distingue la TVA applicable sur les transactions intérieures de chaque
Etat et la TVA sur les importations. En dépit de cette distinction, il s‘agit bien du même impôt qui vient grever la
consommation finale et dont la collecte est assurée par les entreprises assujetties. Le reversement se fait soit à la
Douane, soit à la DGI. Le fait générateur et l'exigibilité de la TVA à l‘importation sont réalisés au moment des
formalités de dédouanement. La base imposable est constituée de la valeur imposable définie par le code des
douanes CEMAC à laquelle on ajoute le montant du droit des douanes et du droit d‘accises. Les taux de la TVA
sont fixés de la manière suivante : Taux zéro applicable aux exportations des produits taxables ayant fait l‘objet
de déclaration visée par les services des douanes, aux transports internationaux et à leurs accessoires ; Une
fourchette comprise entre 15 et 19% applicable à toutes les opérations taxables à l‘exclusion des opérations
soumises au taux zéro.

Les Etats ont toutefois la latitude d‘instituer des taux réduits, compris entre 5 et 10%, à un certain nombre de
produits listés dont les biens de première nécessité, les matériels médicaux ainsi que les insecticides et pesticides
importés. La directive institue également le principe de déductibilité de la TVA et de crédit de TVA notamment
pour les entreprises qui sont en situation de crédit structurel du fait des retenues à la source. Elle indique les
délais dans lesquels ces crédits de TVA devront être reversés et donne liberté à chaque Etat de fixer les modalités
d‘application du remboursement de TVA.

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Annexe II : Encadré sur la fiscalité actuelle sur la téléphonie au Tchad

Comme dans les autres pays d‘Afrique, le secteur de la télécommunication est l‘un des plus
dynamiques depuis un certain nombre d‘années. Entrées au Tchad au début des années 2000,
les opérateurs de téléphonie mobile comptent 4,4 millions d‘abonnés à fin décembre 2012 et
ont réalisé 136,7 Mds FCFA de chiffres d‘affaires en 2012, en progression de 4%. La gamme
des produits offerts se diversifie et le nombre d‘opérateurs s‘accroît.

L‘Etat a commencé à appliquer un certain nombre de taxes spécifiques sur les services de
téléphonie mobile. Dans la loi des finances 2011, il a été institué une redevance audiovisuelle
(RAV) payée sur la consommation de téléphonie mobile et Internet. Le tarif de la RAV est de
10 FCFA sur l‘ensemble des appels quotidiens de l‘abonné. Les modalités de paiement de la
redevance audiovisuelle s‘effectuent par retenue à la source au moment du dépôt des
déclarations des impôts et taxes des sociétés de Téléphonie Mobile et d‘Internet.

Les contrats d'abonnement aux téléphones mobiles et fixes sont assujettis à un droit de timbre
de 1.000 FCFA. Les compagnies de téléphonie sont chargées du recouvrement de ces droits
qu'elles reversent spontanément le 15 de chaque mois à la Caisse de Timbres Fiscaux
(Direction du Timbre et de l'Enregistrement).

Les ouvrages d'art et les voies de communication, les pylônes des sociétés de téléphonie
mobile et des sociétés d'énergie électrique et tous leurs supports sont également soumis à la
contribution foncière des propriétés bâties.

Sur les deux dernières années, deux autres taxes ont été proposées par le Gouvernement pour
insertion dans la loi de finances : une taxe de 1 FCFA par appel et par jour pour le soutien aux
activités sportives qui a été pris par arrêté du Ministre des Postes et Télécommunications ; et,
une taxe de 50 FCFA sur chaque appel en provenance de l‘extérieur. Ces deux taxes ont été

rejetées par le législateur lors de l‘examen de la loi de finances rectificatives 2013.

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Annexe III : Article 121 du Code général des impôts du Tchad

Article 121 : « 1° Les plus-values, autres que celles réalisées sur les marchandises résultant
de l'attribution gratuite d'actions ou de parts sociales (parts de capital), à la suite de fusions de
sociétés anonymes, en commandite par actions ou à responsabilité limitée, sont exonérées de
l'impôt sur les sociétés.

2° Le même régime est applicable lorsqu'une société anonyme, en commandite par actions ou
à responsabilité limitée apporte :

a. L'intégralité de son actif à deux ou plusieurs sociétés constituées à cette fin sous l'une de
ces formes, à condition que les sociétés bénéficiaires des apports aient leur siège social au
Tchad et que les apports résultent des conventions prenant effet à la même date pour les
différentes sociétés qui en sont bénéficiaires et entraînent dès leur réalisation, la dissolution
immédiate de la société apporteuse ;

b. Une partie de ces éléments d'actif à une autre société constituée sous l'une de ces formes à
condition que :

volonté de bénéficier du régime fiscal des fusions de sociétés dans l'acte d'apport.

3° L'application des dispositions du présent article est subordonnée à l'obligation, constatée


dans l'acte de fusion ou d'apport, de calculer, en ce qui concerne les éléments autres que les
marchandises comprises dans l'apport, les amortissements annuels à prélever sur les bénéfices
ainsi que les plus-values ultérieures résultant de la réalisation de ces éléments d'après le prix
de revient qu'ils comportaient pour les sociétés fusionnées ou par la société apporteuse,
déduction faite des amortissements déjà réalisés par elles. Cette obligation incombe, dans le
cas visé au paragraphe 1 ci-dessus, à la société absorbante ou nouvelle et, dans les cas visés
au paragraphe 2, soit respectivement aux sociétés bénéficiaires des apports
proportionnellement à la valeur des éléments d'actif qui leur sont attribués, soit à la société
bénéficiaire de l'apport partiel ».

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