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Synthèse de la semaine de cours

de
Mme Isabelle Tournier

Les femmes et la guerre : Sand, Tinayre,


Némirovsky

Place littéraire de la femme-écrivain


Beaucoup (Tinayre, Némirovsky) sont lues et reconnues de leur vivant, mais exclues de la
postérité.

Contexte littéraire : le thème de la femme dans la guerre et son absence

Poétique de la guerre (cf. éléments sensibles dans le texte de Balzac de l’exemplier)

Ambiguïté de la représentation > être là ou ne pas y être


Présence en discours, dans les esprits, en circulation dans la littérature

***

Accorder le droit de vote aux femmes est la problématique centrale qui les exclut du fait
guerrier. C’est quand les femmes combattent qu’elles deviennent citoyennes.

Figure de Jeanne d’Arc, qui sera canonisée en 1920 qui confirme la règle par son exception
mythique. Figure de la troisième république qui éclipse même Marianne.

Stendhal - Chartreuse de Parme


Rite de passage traditionnellement d’homme à homme. Ici introduit par le personnage de la
vivandière. Bavarde, elle sait cependant se taire lorsqu’il faut. On voit sa force contenue
devant la fragilité de Fabrice dans la scène de découverte du cadavre.

Maupassant : Gil Blas [Extrait 1] >> Le lit 29


La jeune femme syphilitique devient une sainte en sacrifiant son corps pour la France.
Les tombales : à l’opposé, ici, la « sainte veuve » est en fait une putain.
CONTEXTE GEORGES SAND :

4 septembre : Proclamation de la république au lendemain de la chute de Sedan.

1848 >> Un des clubs de femmes a demandé à G. Sand de se présenter aux élections. Elle
refuse.

L’écriture autobiographique de Sand.


Intense correspondance (22 ou 24 vol. édités!)

>> Continuum entre la correspondance et l’écrivain du Journal

Ecriture frénétique, compulsive.

1837 > Texte composite. Pas de prise sur l’histoire mais à déjà le perso du voyageur

Journal d’un voyageur >> notable : elle se désolidarise des récits de femmes voyageuses
(quasi pseudonyme masculin)

Thème du doute de la réalité / image du rêve


Deux figures émergent : la guerre / la nature

G. Sand dans ses romans champêtres des années 1840 introduit littérairement les paysans,
leur (re)donne une dignité. Vision antithétique des paysans chez Sand et Balzac (cf. le roman
de Balzac nommé Les Paysans >> image très sombre, tandis que pour elle la campagne est le
lieu des vraies valeurs).

Nohan >> image du refuge dans l’univers de Sand.

Le texte de Sand exprime un violent déni de toute bonne raison pour faire la guerre.
Texte obsessionnel et répétitif. Le moins séducteur des trois (sans doute parce que c’est le
seul non romanesque).

CONTEXTE MARCELLE TINAYRE

Editorial courageux de La Revue de Paris (revue culturelle).


La Guerre de 1870 fut une guerre de mouvement. Les français, statiques sont vaincus. En
1914, au contraire, s’installe une guerre de tranchées. Chaque guerre est interprétée par
rapport à la précédente et se définit par un aspect tout à fait distinct : elle arrive toujours, mais
jamais sous la forme que l’on attendait.
La veillée des armes >> dans le titre double allusion :
Dans le terme « veillée », allusion sous-jacente aux contes, tradition de coin du feu (qui se
distingue tout à fait du thème de la guerre), tandis que l’expression « veillée d’armes »
connote la guerre d’une idée issue de tradition médiévale.

H. Psichari : L’Appel des armes, août 1914, texte de nationalisme chrétien. Roman
contemporain de Tinayre qui se passe au Maroc. Il montre dès son titre et par son contenu ce
que n’est pas le texte de Tinayre. Il n’est pas aveuglément un chant de louange à la guerre.

La dernière classe >> texte qui a été lu à l’école par deux générations (dans toute la
période en tre 1870 et 1914).

Troisième république > service militaire obligatoire. C’est la date qui marque la première
phrase et son lien au titre. Texte qui invite à la vérification réaliste.

« Le lotissement des gens tranquille ».

Tinayre insiste sur le calme. Mouvement du texte : description de lieu > personnages, modèle
classique balzacien, typique du XIXème)
Le but de ce texte : décrire la paix. Nostalgie extrême contenue dans le roman.

NEMIROVSKY :

« scène à faire » > Le motif de l’alerte. Statut particulier de cette alerte, alerte aérienne, qui
est d’un type nouveau, aussi bien dans la guerre que dans la littérature. Comment la décrire?
Némirovsky suit un procédé original qui lui permet de réussir dans l’effet produit par cette
ouverture.

***********

Situation singulière de Tinayre : famille de femmes-écrivains

Sa mère, qui publie pour vivre se dit « ouvrière du livre ». Elle écrit des romans : Tu seras
ouvrière - histoire simple.
Caractère foudroyant de sa carrière d’institrice (sera rapidement directrice de l’ecole normale
supérieure)
Belle-mère de Tinayre : Victoire Tinayre, elle-même écrivain.

Compte-rendu du premier vrai roman de Marcelle Tinayre, Avant l’amour, fait par sa mère.
Evoquant le personnage : « C’est la femme de demain, droite, logique… »
La Maison du Péché, son œuvre principale. A partir de là, elle publie chez Calman-Levy,
éditeur notamment de George Sand.

Némirovsky >> Etape du roman à succès : David Golder ( sous le pseudonyme d’Epstein)

33 nouvelles publiées entre 1931 et 1942 (sous divers pseudonymes masculins comme Pierre
Nerey)

Gringoire (revue d’extrême droite), sera son éditeur le plus fidèle, continuant à la publier
quand elle sera interdite. Elle publie également dans la Revue des deux mondes (Philippe
Pétain fait partie des éditeurs).

Homme-œuvres >> dépendant d’un milieu (à l’opposé du mythe romantique)


XIXème siècle, l’écrivain devient un professionnel de l’écriture.

Prix du livre en chute vertigineuse qui amène un changement de lectorat.

1830 >> une semaine de salaire ouvrier nécessaire pour payer un livre. Les tirages les plus
fréquents sont à 1000 voire 1500 exemplaires.

A partir de 1840 >> de plus en plus de romans, de moins en moins chers.

>> Développement des femmes-écrivains et de leur public.

« sandien » ne désigne pas une unité stylistique comme les adjectif, proustien, balzacien…

A l’époque de Sand, on propose généralement un parrain aux femmes-écrivains.


Pas de droits d’auteurs directs. (droits d’auteurs séparés, seulement en 1968/69) pour les
femmes en France.

[…]

***

Le genre du « journal d’un voyageur pendant la guerre»

De 1800 à 1860 : des journaux s’écrivent, particulièrement chez les femmes, dans une visée
de confessions, mais pas pour la publication (considérée comme impudique, narcissique,
etc…) sauf posthume.

De 1870 à la fin du siècle : commence à apparaître un genre littéraire avec des publications de
+ en + fréquentes.

1858 Barbey d’Aurevilly publie un journal d’une partie de sa vie. Puis journal des Goncourt.
1939 : La pléiade publie tout le journal d’André Gide, contribuant à donner définitivement un
statut littéraire noble au journal.

Les mémoires se distinguent de l’autobiographie :


Autobiographie > récit sur soi-même
Mémoires > tâche davantage liée à la vie collective
(Cardinal de Rey, Saint Simon, etc… >> des gens liés à l’histoire ou à la vie collective.

A cet égard le texte de Sand est hybride.

Journal au sens strict (dans le rapport à sa famille notamment) et Mémoires à la fois (avec le
jugement porté, la voix d’un écrivain majeur de son temps, et le thème : la guerre corollaire
de l’histoire)

Des femmes ont écrit des mémoires dans les années 1820 avec la Restauration : sorte de
mouvement doloriste pour montrer les difficultés de la noblesse pendant la période
révolutionnaire.

G. Sand à l’opposé n’est pas dans une perspective de victime.


Journaux féminins : Effusions ou questionnement : Philippe Lejeune, spécialiste des
journaux, publia une étude sur les « journaux de demoiselles ». Modèle classique : le journal
commence à la puberté et s’achève la veille du mariage. Tout le contraire de Sand qui n’en a
pas écrit dans sa jeunesse, mais l’écrit une fois vieille.
G. Sand parle sur l’Histoire (alors guère envisageable pour les femmes) et de son histoire.
Approche non-féminine de Sand.
1857 Histoire de ma vie => le journal d’un voyageur est postérieur (Elle se remet à écrire
dans une situation de vulnérabilité, ce qui n’était pas le cas du texte de 1857)

****

Tinayre : roman de classes.


Ségrégation sociale haussmannienne d’ordre verticale, non présente chez Tinayre à cause de
la configuration nouvelle du lotissement des gens tranquilles. A mettre en parallèle avec Zola.
Jugements de classes. « Les pauvres n’étaient pas plus craintifs que les riches ».

Némirovsky :
La Seine, fleuve maternel, => couleur de lait.
Beauté du cadre de la ville en guerre (différence fondamentale d’avec Sand : nature en
souffrance et nature comme refuge à la guerre)

Les oiseaux du premier chapitre signifient que l’alerte est finie : avions / moineaux
Mouvement du texte. Transition : « grandes oiseaux noirs » => que désignent-ils? Les
avions? Cela reste flou.
Moineau : symbole de Paris, tâtonnement de la scène à faire : l’alerte aérienne n’est pas une
description topique que le lecteur peut reconnaitre d’emblée, c’est un nouveau terrain
littéraire à défricher.

Suite française est avant tout l’histoire d’un peuple humilié.


Procès des dirigeants politiques de 1936-38. En particulier Léon Blum.
1 million et demi de prisonniers en Allemagne => ce fait est une des explication de la
situation de la population française face à la politique de collaboration avec l’Allemagne.
Chaque famille a peur pour son prisonnier.

Sand : Gravité de la tonalité d’écriture du journal de Sand. Prendre de la hauteur pour


comprendre ce qui est.
Reproche : genre de l’éphémère. Pas de recul. On ne fait pas suffisamment de prise de
distance - mais on peut difficilement faire ce reproche à George Sand. Densité singulière du
texte. Tous les gens autour d’elle ont frôlé la mort.

Les grands journaux sont souvent le fait de célibataires (Barbey, etc..). A l’opposé, présence
familiale dans le journal de Sand. Le journal est comme une pause entre 2 romans.

A l’automne 71, (publ. Printemps 72), roman Manon, - roman de la réconciliation nationale
comment la France peut se relancer.
Roman à la première personne qui sert d’interface entre le journal et le retour au roman.
Texte dans la même visée que 93 de Victor Hugo.

Lettre du 10 février (Nohan, nuit du 9 au 10 février):

« Période où j’ai le plus souffert de ma vie. »


« Je n’ai pas voulu faire une page d’histoire, je n’aurai pas pu. »
>> explique le pourquoi de l’arrêt du journal alors que la catastrophe n’est pas encore achevée
(le cessez-le-feu n’a pas encore eu lieu). Les communications sont rétablies.

On n’a plus besoin de l’écriture de soi parce que celle des autres prend le relais.
Dans l’isolement plus ou moins complet de la province.
Capacité à rester lucide revendiquée : « sans égarements d’esprit »

Pas de vertu cathartique du journal.

Hécube citée par Tinayre : histoire pas simplement des faits, mais aussi du ressenti. Seul
Michelet au XIXème siècle pouvait aller dans ce sens.
6 octobre 89 >> Des femmes en armes vont demander du pain à Versailles.

Faire l’analyser le texte du mardi 12 octobre


(plume féroce, bien loin du fameux style coulant dont parle Baudelaire avec mépris)
6 décembre : indignation de « mal faire la guerre »
Discours du « on » / alterné avec le « nous » et le « je »
La guerre apparait dans ce passage comme un théâtre : « on nous trompe »
Guerre comme moment de fausseté.
Ambition plus haute que dire la réalité : dire la vérité
« Le gouvernement a des vertiges »
Adieu de Balzac (grand texte) sur une femme dans la guerre, campagne de Russie.
Seule scène de guerre que Balzac a réussit

27 janvier - à propos du département de l’Indre


Cette petite fable est à mettre en lien avec la commune de Paris.

***

Némirovsky : le seul défaut de Guerre et Paix : utiliser des personnages réels


(dont on ne peut pas rendre la complétude)
p. 53, allusion à Tolstoi

Sand, Tinayre et Némirovsky ont produit trois textes tributaires de l’histoire.


Se prononcer sur la guerre, c’est évoquer l’essentiel, le fondamental.

3 parcours de combattantes : en commun, 3 grands succès qui les ont sorties de l’anonymat :

Indiana (1832)
La Maison du Péché (1902)
David Golder (1929)

Image de ces femmes-écrivains :


Nombre incroyable de caricature de G. Sand
Tinayre : affaire de la légion d’honneur
Némirovsky : il suffit de la faille de la judaïcité pour que sa carrière soit oubliée.

La sèche nomenclature (Balzac)


Ecriture factuelle, causalité, etc…
G. Sand écriture à l’émotion :
Tinayre : « La couleur vraie et le son juste. » / « Sous la dictée des passants »
Némirovsky : Elle écrit dans un contexte de haine et de mépris de la France, des Français et
contre les personnages presque total (projet-limite).

Manuscrits de Tinayre => de nombreux inédits.

Côté laborieux de l’écriture de Tinayre dans ce texte. Beaucoup de réecritures, mais ce livre
est celui qu’elle a écrit le plus vite.

Sand : Texte d’émotion où le présent l’intéresse quand il est replacé dans un cadre plus vaste
=> philosophie de l’histoire. Textuellement, cela est visible dans les usages nombreux du
futur simple.
Foi dans l’homme, faute de Dieu, chez Sand.

Tinayre : bcp de points de suspension. Trait de fainéantise ? Ne pas aller jusqu’au bout d’une
description, etc…
Roman-chorale : de toutes les catégories sociales d’un microcosme parisien. Chacun peut
poursuivre le texte.

Némirovsky :
La parenthèse => peut être une petite mauvaise pensée qui remet ces personnages égoïstes à
leur place. Souvent en effet, pour dire du mal des personnages.
Problème d’identité. Elle ne sait plus qui elle est.
Le seul avec qui elle a une sorte de dialogue, c’est Tolstoï.

1° qui parle dans ces titres:


=> « Je » de Sand

aucune des trois n’est une très jeune femme :


Sand 67 ans
Tinayre 44 ans
Némirovsky 39 ans

Tinayre plus effacée que Némirovksy. Son texte se veut un écho. Pas de narratrice
intradiégétique mais pas non plus d’autres types d’interventions directes.

Deuxième cas de figure : Tinayre => la campagne à la ville


Ville et guerre sont absolument liés. Le travail de la guerre est de prendre les villes.

Tinayre / Némirovsky : on peut parler du système des personnages


« tentative d’épuisement d’un lieu parisien (Georges Perec) : des cription de toutes les
catégories sociales de la société.

Etrange journal « extime » de Sand dû à figure d’écrivain majeur


Némirovsky : œuvre qui dépasse en ampleur tout ce qu’elle a tenté avant.

Œuvres de circonstances :

Idée généralement péjorative. Refus de s’engager dans la perception à long terme.


Date de déroulement des événements des textes :
31 juillet - 1er aout 1914 (Tinayre)
1939-22 juin 1941 (Némirovsky)

Stratégie indirecte chez Némirovsky - l’échec de la description de la mort de Jaurès sur le


plan littéraire (par Tinayre) lui donne raison; pour parler de l’histoire strictement
contemporaine, il est mieux de se limiter aux personnages de fiction.

Scène du métro : femme velléitaire


Tinayre prend « ce qu’on dit sur… ». Du coup, on frôle la caricature : les personnages sont
plus des silhouettes que des réalités contradictoires.

Quelque chose de cette écriture sous contrainte des nouvelles publiées dans le temps de de
Suite française transparait dans le roman.

Très beau personnage (littérairement) : celui de la vicomtesse, perso. Noirâtre et odieux.


« patriotisme bien compris commence par soi-même »
« Vénérable vieillard qui ayant rendu l’espérance… » allusion à la chanson officielle au
maréchal Pétain.
« La gerbe nouée d’un ruban tricolore » => image de l’insigne fasciste entouré par le drapeau
français, ce qui est lié. Sous entend la compromission de la France.

La vicomtesse > sorte de voix publique des discours de la collaboration le « salaud » sartrien
est celui qui a la mauvaise foi, tout à fait représenté ici.

Tous les personnages sont mauvais, animés de velléités néfastes.

La veillée des armes : un état du discours social


Aucun personnage profondément original car cela doit être un roman de l’unité nationale.
C’est le tableau général qui présente un intérêt. Comme chez Némirovsky, il n’y a que des
gens ordinaires.

Dans le chapitre « La France des femmes », insertion directe de l’évenement historique, texte
sur l’état de guerre en Allemagne. Degré zéro de l’écriture : archive inséré dans le roman tel
quel.

L’héroïsme et la femme dans notre corpus


L’italique utilisée, comme équivalent des guillemets pour des citations courtes, en français
aussi mais pour mettre en valeur la présence d’autres langues : Alea Jacta est

Sand utilise l’italique aussi pour des passages longs


31 janvier :

L’occupation des forts de Paris par les Prussiens >> dépêche de journal qu’elle recopie
comme document brut avec commentaires intercalés >> pour aller contre, chercher les faux-
semblants. [Démarche très différente de Tinayre, qui est dans une position d’observatrice.
Sand au contraire associe sa propre voix à la vérité, sa posture est celle de « seule contre
tous »]
L’héroïsme : pas de peuple sans héros. Quels héros pour la France du XIXème siècle ?
Mauvaise époque. Chute après l’épopée napoléonienne. Moins de héros réels. On est sortis
des grandes guerres napoléoniennes et du soutien de la république.

La gloire n’est plus à l’ordre du jour. Elle n’esst plus une fabrique de gloire, mais juste
d’images de gloires (cf. images d’Epinal).

Confessions d’un enfant du siècle (Musset), chapitre 2, ceux qui ont 20 ans dans les années
30 sont nés aux sons des tambours (Mal du Siècle)

Plus de possibilités de s’illustrer dans l’histoires, mais possibilité dans l’écriture

Comment devenir un homme supérieur? Pas de place à l’époque (cela laisse de la place aux
femmes)

1885 Panthéon réinvestit comme lieu de héros. Enterrement de Victor Hugo (figure héroïque
par sa traversée du siècle - démocratie, courage de l’exil, génie littéraire…)

Le XIXème siècle ne laisse au statut du héros au sens classique que très peu de place - ou
alors dans les guerres coloniales, mais ce sont des luttes périphériques. C’est le type de
« l’homme parfait » qui prend le relais.

XIXème >> En littérature : presque que des héros non-héroïques : Frédéric Moreau (Flaubert,
L’éducation sentimentale) Des Essentes (Huysmans, A rebours), les personnages de Zola…

Journal d’un voyageur >> Texte un peu buté, assertif, donneur de leçon, mais position de
surplomb de Sand. Héroïsme de son texte en ce qu’elle ose dire la vérité.

***

Tinayre :

Réservoir et répertoire du discours social de son temps. Projet de restituer la France en 14


dans ce texte.

La question du héros :

Texte qui doit être préparé pour le futur héros, François, mais pas réservé à la seule figure du
héros masculin.
Chapitre XIII : La fraternité de la race (Mort de Jaurès > suite du passage)
Chapitre XV : La France des femmes

Tolérance pour ceux de sa race : discours du « je suis français avant tout » (dans la guerre
solidarité se voulant au-dessus des clivages politiques, religieux, etc…)
Dans le discours de cette époque, race = peuple

Le héros est unitaire. Il est celui qui rassemble.


Dans le passage :
!! une nouvelle spécificité du héros >> il est celui qui a un savoir,
qui ne se laisse pas duper; il doit être un homme de réflexion.

Mais également parole de proclamation , de type du discours héroïque ancien :

Deuxième extrait : La France des femmes


Personnage de François assez peu crédible.
Il prouve en parole son héroïsme à venir / « Simone l’écoutait les deux mains comprimées sur
son cœur dans l’ombre »
>> Statut de la femme dans l’ombre du héros et dans une attitude de type poncif, montrant
qu’elle ne peut qu’avec difficulté contenir ses émotions.

Mais Tinayre la fera sortir de l’ombre.


Comment Simone émergera de cette posture-là?
Le chapitre XX. Dernière vision de la rue initiale. Fin du texte qui s’achève sur un départ
(thème de fin classique, idée de rupture - mort, séparation / retrouvailles, etc…).
Finition>> Fin spectaculaire? Une morale? Une phrase, un travail rhétorique d’ouverture?

Roman comme texte polyphonique


(+ ou + certes, mais il y a toujours une diversité de point de vue)
La finalité d’un texte vient de la réorganisation des personnages à la fin du texte. Qui sort
gagnant? Perdant? C’est Simone qui sort rehaussée; François étant dès le début présenté
comme le modèle héroïque, il n’est pas en proie à une évolution, un changement.
« il ressemblait à son ancêtre » [>> rituel, pensée religieuse dans cette scène. Système de
référence qui accommode Dieu à cette circonstance.]

La seule véritable évolution (vertueuse) du texte est celle de Simone.

L4amour à l’épreuve du départ


Traversée de Paris
Engagement nouveau >> maternel

Dans les romans précédents, des héroïnes potentielles mais non réalisées. Ici, le contraire :
Simone, non prédestinée à l’héroïsme se découvre.

1) Elle se rehausse par son épouc. Elle tient en elle l’ancien et le nouveau
2) Présence également d’un héroïsme aussi d’un autre ordre :
>> nudité = nouvelle naissance. Dès ce moment-là, dans le texte, les positions vont changer.
Position maternelle et d’amante « dors » / « je te possède » (mots qu’elle adresse à François
endormi avant son départ).
Rétrecissement du temps. On ne compte plus en heures mais en minutes. Ce texte, par ailleurs
assez discoureur, sait se taire à ce moment crucial.

C’est elle qui, la première, parle pour annoncer l‘imminence du départ. Mise en valeur du
personnage.
« Il avoua : tu as raison ». (paroles de François)
Elle a tout à la fois le courage et la douleur alors que François part joyeux.
=> L’ange de la République s’efface.
Le texte de Tinayre construit une héroïne qui sait choisir son destin.
La guerre est une « chance » pour la femme dans ce contexte de construction de soi.

NEMIROVSKY :

Formes de dé-héroïsation
Texte inachevé. Y aurait-il eu de l’héroïsme? Seule l’histoire lui aurait donné sa fin.
On sait qu’elle voulait faire un roman de la résistance. Mais le thème n’y est encore
qu’effleuré. => La troisième partie aurait sans doute maintenu des figures de héros positifs.
Idée centrale chez Némirovsky : il suffit de peu de choses pour qu’on bascule dans le Bien ou
dans le Mal.

(Lacombe Lucien, film de Louis Malle - qui fit scandale durant l’époque de l’idéologie
« résistancialiste » de l’après-guerre - évoque cette idée)

Chez Némirovsky : Mme Pericaux : Fausse « mère courage » qui trimballe sa famille sur les
route. « Personnage qui n’obéissent qu’à leurs besoins » (Némirovsky)

Pericaux. Elle se voit en héroïne, mais oublie son beau-père pendant l’exode (p. 232).
Chapitre 31 : la France entière présentée comme en hibernation, sans la moindre énergie
guerrière.

Marquer l’héroïsme au passé? Non. Némirovsky marque de cette nullité tout ce qui se
rattache à la France.

Testament de Monsieur Pericaux : scène caricaturale où les noms en lettres d’or des fils
défunts raillent indirectement les monuments au morts de la guerre de 14.

Tempête dans un crâne, p. 456.

Lucile => personnage superficiel le long du texte mais changement quand elle cache un
français qui a tué un soldat allemand alors même qu’une belle histoire semblait prête à se
tisser avec un militaire allemand.

Elle refuse la loi, la Nation, la Politique qu’elle rassemble sous le terme « la ruche ». Image
répulsive => On ne peut être sauvée que par sa différence absolue (parole de Némirovsky
cachée). Elle se refuse au piège de la charité, elle se convertit en quelques sortes à elle-même.

Dernières pages : Départ des soldats allemands stationnés dans le village pour le front russe.
Cette « fin » marque un changement qui annonçait la troisième partie - changement dont nous
ne saurons jamais la tournure qu’il aurait pris.

Sartre dit à propos de l’exode : « une machine détraquée »


=> Némirovsky organise un désordre

Parallèle entre la structure de Suite Française et Le silence de la mer de Vercors : on est


pourtant sûr qu’elle ne l’a pas lu.

Pas de personnages juifs dans Suite française. Dans les notes préalables, elle fait une liste des
personnages qu’elle voulait mettre. Il y avait « des juifs intellectuels ». Ils ont disparus du
texte. Figure de l’écrivain Corte, retrouve peut-être quelques traits d’eux.

Problème du rapport à la religion : conversion en 1939.


Mais, personnages catholiques odieux : cf. la terrible mère de famille, Charlotte (personnages
chrétiens ont une attitude non-chrétienne).

Le personnage de Philippe, le prêtre, est plein d’une foi réelle - lui n‘est pas négatif. Mais son
amour est impuissant devant la réalité de la guerre.
Dernières phrases de Némirovsky : il n’y a que deux ou trois choses qui méritent d’être
vécues : « l’humble vie domestique, l’art, Dieu. »

Problème de l’écriture des femmes : le personnage-auteur eclipse souvent l’œuvre.

Chapitre 12 et 13 : analyse.

Problème de l’action qui n’est pas reconnue. C’est la reconnaissance publique qui définit
l’acte héroïque.

« La femme aux fausses pierres » roule comme une pierre


=>contagion de l’humain et du minéral.
Le corps vivant et l’inerte se mélangent dans ce texte.

Dé-héroïsation continue du texte à l’opposition du chapitre 1 qui annonçait des hommes


endormis et des femmes qui ouvrent les fenêtres. Il n’y a que Jeanne d’un peu sauvé
« héroïquement » dans le texte - les autres personnages féminins, non.

Les femmes en guerre :


« des femmes prises de panique jetaient leurs enfants comme des paquets encombrants »
Tout le mon de se rejoint dans l’abjection, y compris les mères.
Juxtaposition de registres très différents.
Les hasards du texte sont minutés.

!! Elle utilise des techniques du roman-feuilleton, ce qu’elle ne fait pas dans ses autres textes
- elle n’est pas coutumière de cette pratique d’écriture.

Est-ce qu’elle se disait qu’elle ne pourrait être publié qu’en revue? C’est fort probable, vu la
structure du roman.

Deuxième passage, chapitre 13, scène à faire, typique du roman de guerre. Ici le transport du
blessé. Némirovsky au cœur de la guerre, ce qui la différencie des deux autres.

Un des rares passages de tendresse du roman. (Elle lui met des cerises contre sa joue).

**********

Valeur des textes :

Capacité documentaire des trois textes, mais quelles qualités littéraires?

Pour Némirovsky, évidente, avec matériau très complexe, notamment dans son lien à la
situation, elle réussit cependant à produire un texte très concerté, très littéraire. C’est moins
vrai de Tinayre - ici texte plus problématique : écrit vite (ça se sent), problèmes
d’incohérences (par exemple, la « Fräulein » qui est répétée dans deux immeubles distincts,
deux lieux du lotissement, répétition de toute évidence contradictoire).
=> Précipitation d’écriture.