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Editions Dalloz

UTRUMQUE JUS
Author(s): Gabriel Le Bras
Source: Revue historique de droit français et étranger (1922-), Quatrième série, Vol. 43
(1965), pp. 87-88
Published by: Editions Dalloz
Stable URL: https://www.jstor.org/stable/43852001
Accessed: 17-06-2019 04:40 UTC

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VARIÉTÉS

UTRUMQUE JUS (*)


Dans la collection I classici del diritto , qu'il dirige, Francesco Calasso
publie une traduction de l'ouvrage de Paul Koschaker, Europa und das
römische Recht. Il fait précéder ce classique d'une longue introduction où
il caractérise le dessein de l'auteur qui, hanté par la tragédie de son
peuple et de l'humanité, a su replacer le droit romain dans le drame de
l'Europe ; il explique par un état d'âme les positions de Koschaker vis-à-
vis de l'école historique et de l'école du droit commun ; selon sa louable
coutume, il ne ménage point les réserves qui doublent le prix de son
admiration.
Rappelons les grandes lignes de cette célèbre défense du droit romain.
L'auteur, ayant défini l'Europe, recherche ses origines, qui sont dans le
lointain passé germanique et romain. Sous l'Empire de Charlemagne, les
deux traditions, que l'Eglise avait fortement infléchies, furent comme asso-
ciées, tandis que l'Islam affaiblissait Byzance et que l'ancienne capitale
était réduite au Siège apostolique. La renaissance du xie siècle inaugure la
longue histoire doctrinale : glossateurs, commentateurs, humanistes et
l'histoire, plus controversée, de la réception, où Koschaker distingue
l'action des législateurs, des professeurs et des juges. Il analyse avec une
grande finesse les efforts des juristes pour introduire le droit romain dans
la jurisprudence ou pour lui faire opposition. Les doctrines du droit
naturel, de l'école historique, du néo-humanisme, du national-socialisme
ont eu des conséquences, que Koschaker précise et juge, sur la destinée
du droit romain. Sa psychologie de Savigny et de la bande hitlérienne est
d'une grande finesse. Le glorieux passé du droit romain appelle l'admira-
tion. Les bienfaits qu'il dévoile, pourquoi ne les accepterait-on point dans
l'avenir ? « Plutôt qu'une nécrologie, cet ouvrage est un cri d'alarme ».
Une traduction de ce savant plaidoyer dans les principales langues
européennes et asiatiques permettrait la diffusion de jugements techniques
propres à exciter l'esprit et d'une pensée supérieure à tous les arguments
d'école.
*
* *

La traduction a été faite sur


mière, achevée en 1938. Depu
même quelques ouvrages ont
Toute réédition pose un cas de
à jour ? Nous avons adopté la

(*) A propos de Paul Koschaker,


cardi con introduz, di F. Galasso

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88 G. LE BRAS

ditions : une certaine répugna


tus pourrait être notre explic
pas préférable d'ajouter à tou
graphiques ? Quant au texte,
auteur vivant devrait refléter
la pensée d'autrui ne peut jam
traduction non point tant po
l'expression d'une pensée vigo
faire connaître.
La principale addition que nous eussions souhaitée concerne le droit
canon. On est surpris que ce gros et vigoureux ouvrage ne mentionne
même pas les recueils officiels de Decrétales qui ont si puissamment con-
tribué à la diffusion du droit romain dans l'Europe chrétienne, ni ses com-
mentateurs, qui étaient romanistes autant que canonistes. Les brèves
allusions à l'attitude de l'Eglise vis-à-vis du droit romain laissent dans
l'ombre une collaboration d'importance capitale. C'est par les collections
canoniques et surtout par les Décrétâtes de Grégoire IX que le droit des
actions et des obligations s'est le plus efficacement infiltré dans la société
du moyen âge. C'est par l'Eglise plus que par les Etats (1) que l'Europe
fut romanisée, par l'administration, les tribunaux, les docteurs dont le
souverain siégeait à Rome, sur les lieux où avait siégé l'Empereur. Dans
un chapitre de lus Romanům Medii Aevi, la place considérable du droit
romain dans le Corpus juris canonici et dans l'œuvre de ses commentateurs
sera établie avec précision. On y rappellera que la législation pontificale
suit fidèlement le droit romain, l'invoque, le copie et, ainsi, le répand
dans toute l'Europe ; que la Somme d'Hostiensis contient autant de
droit romain que de droit canon ; que la jurisprudence canonique est,
forme et fond, toute inspirée par le droit romain.
Ces remarques élémentaires ne signifient point que notre admiration
pour la science, l'intelligence, la noblesse de Koschaker soit le moins du
monde ébranlée. Nous voulons seulement exprimer l'étonnement, le
regret, l'impatience qui nous émeuvent devant le silence que de très
grands esprits observent avec une continuité que nous avons inutilement
dénoncée (2). Les deux grands droits du moyen âge se sont si étroitement
associés qu'ils ont fini par se confondre en bien des points. C'est le droit
romain qui a donné au droit canon son vocabulaire, sa technique, ses
matériaux. C'est le droit canon qui fut le plus efficace transmetteur d'un
droit qu'il a transcrit, appliqué, interprété, le conduisant sur des sujets
majeurs au terme de son développement. Vérités bien connues, parfois
trop oubliées, des savants.
Gabriel Le Bras.

(1) Et, avant les commentateurs du Corpus juris civilis , par les notaires.
(2) Notamment, dans le Journal des savants, en 1935.

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