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Bénir les icônes :

Conforme à la Tradition de l’Église orthodoxe,


oui ou non ?
I. Le problème
Les chrétiens orthodoxes ont l’habitude de faire bénir les icônes par un
prêtre ou un évêque. Souvent les évêques les bénissent en les oignant du saint
chrême. Il y a même des offices spéciaux pour bénir les différentes sortes
d’icônes : celles du Christ, de la Mère de Dieu, des fêtes, etc. La plupart des
fidèles n’imagineraient jamais de garder une icône non bénite dans leur maison.
Ce serait une sorte de sacrilège. Mais une fois que l’image est bénite, quel que
soit son sujet, goût, canonicité, etc., les fidèles pensent que, étant une simple
image avant la bénédiction, elle devient une icône après, à cause de la
bénédiction. Elle devient au moins une « meilleure » icône. N’étant qu’une image
« profane » avant, elle devient « sainte » après, grâce à la bénédiction. Très peu
d’orthodoxes questionneraient cette pratique qu’ils considèrent comme légitime,
traditionnelle et tout à fait conforme à la sainte Tradition de l’Église. Néanmoins,
c’est le but de cette étude d’examiner la pratique de bénir les icônes pour
déterminer jusqu’à quel point cette pratique et la théologie qui la justifie sont
véritablement conformes à la Tradition de l’Église. J’espère montrer que, malgré
la pratique très répandue de bénir les icônes, elle n’est pas conforme à la
Tradition ecclésiale, qu’elle est en fait contraire à cette dernière et qu’elle se
fonde sur une théologie de l’icône étrangère à l’orthodoxie.

II. L’histoire
1. De la Pentecôte de l’an 33 jusqu’à 787 : silence dans les documents. Que
nous sachions, personne n’a jamais écrit sur le sujet de la bénédiction des
images. Il n’y a aucune trace d’une prière de bénédiction d’images.
2. Le Second Concile de Nicée, 7871
2.1 Voici une des attaques des iconoclastes contre les iconodoules lue
pendant le concile, accompagnée de la réponse des pères 2 :

Les iconoclastes : Il n’y a pas de prière de bénédiction pour l’image,


laquelle prière la transfère du domaine du profane à celui du sacré. Plutôt,
elle demeure profane et sans valeur, telle que le peintre l’a faite.

Les orthodoxes : Maintes choses sacrées dont nous nous servons n’ont pas
de prière de bénédiction, parce que leur nom lui-même indique qu’elles sont
toutes sacrées et remplies de grâce. Par conséquent, nous les honorons et
les embrassons comme vénérables. Même sans prière de bénédiction,
nous honorons la forme de la Croix vivifiante. La forme même de la croix

1
Concile de Nicée II, Mansi XIII ; Icon and Logos : Sources in Eighth-Century Iconoclasm, Daniel
Sahas, Toronto, Ontario, University of Toronto Press, 1986.
2
Mansi XIII, 269E-272A, Sahas., p. 99. La traduction française est de l'auteur.
nous suffit pour en être sanctifiés. Par la vénération que nous offrons à la
croix, par le signe de la croix que nous traçons sur le front, et par le signe
que nous faisons dans l’air avec le doigt, comme un sceau, nous exprimons
l’espoir qu’elle dispersera les démons. De même, lorsque nous écrivons un
nom sur une image, nous faisons jaillir l’honneur sur le prototype et en
embrassant l’image et en la vénérant d’un honneur convenable, nous
sommes sanctifiés. De même, nous baisons et embrassons divers vases
saints, dont nous nous servons, et espérons être sanctifiés par eux. Donc,
ou bien les iconoclastes doivent dire que la croix et les saints vases sont
profanes et sans valeur ― puisque le menuisier, le peintre ou le tisserand
les ont faits et puisqu’il n’y a pas de prière de bénédiction pour eux ― ou
bien ils doivent accepter les vénérables images aussi comme sacrées,
saintes et dignes d’honneur.

2.23
De même que lorsque l’on peint le portrait d’un homme, on ne prive pas ce
dernier de son âme, mais il demeure uni à son âme et [son] image est dite
de lui à cause de la ressemblance, de même en produisant l’image du
Seigneur nous confessons que la chair du Seigneur a été déifiée et nous
connaissons que [son] image n’est rien d’autre que l’image qui manifeste la
ressemblance par imitation du prototype. De ce fait, l’image est désignée
par le nom du prototype qui est la seule chose qu’elle partage avec le
prototype lui-même. Voilà pourquoi elles sont vénérables et saintes.

3. La Vie d’Étienne le Jeune4

Chapitre 55, « Rappel d’exil. Entrevue avec Constantin V »


Le saint [Étienne] lui [Constantin V] répondit : « Empereur, ce n’est
pas la matière que les chrétiens ont jamais prescrit d’adorer dans les
icônes, mais c’est le nom de ce qui est vu devant lequel nous nous
prosternons […]
Alors le saint : « Et qui donc, maître de sa raison, adore le créé en se
prosternant devant les objets qui sont dans les églises, qu’ils soient de bois,
de pierre, d’or ou d’argent, alors que, du fait du nom, ils sont transmués en
objets saints ? »

4. Nicéphore de Constantinople : « En effet, de même que les temples


reçoivent le nom des saints éponymes, de même les copies [icônes] de ces
saints portent leur nom, par le moyen de l’épigraphe, et sont de ce fait
consacrées. »5

Dans ce traité, le patriarche attaque les déclarations et les arguments de


l’empereur Constantin V qui convoqua le concile iconoclaste de Hiéria en 754
pour sanctionner sa doctrine iconoclaste. Parmi les points défendus par
3
Mansi 344B, Sahas, p. 159. La traduction française est de l'auteur.
4
La Vie d’Étienne le Jeune par Étienne le Diacre, Marie-France Auzépy, Aldershot, Hampshire
UK, Variorum Ashgate Publishing Limited, 1997, pp. 253-254.
5
Nicéphore de Constantinople Discours contre les iconoclastes, Nicéphore de Constantinople,
Marie-José Mondzain-Baudinet, trad., Paris, Éditions Klincksieck, III, 54, 1989, pp. 259-260.
l’empereur, nous trouvons cette affirmation : une image de quelqu’un, pour être
correctement désignée par le nom image, doit être consubstantielle avec le
prototype. Alors la seule image du Christ qui est consubstantielle avec lui, de la
même substance que lui, est l’eucharistie, les saints dons de la communion.
Toutes les autres « images » du Christ et des saints sont faussement appelées
image parce que leur substance ― bois, pierre, couleurs, etc. ― diffère de celle
des personnes représentées. En outre, pour que le pain et le vin deviennent
l’image consubstantielle du Christ, il faut la prière de consécration de la liturgie
pour les transformer. Les « images » du Christ et des saints sont doublement
faussement appelées « images » parce qu’il n’y a pas de prière de bénédiction
pour les transformer en la substance du Christ et des saints.
Dans son discours, le patriarche Nicéphore attaque la position de
l’empereur, disant qu’il est doublement en erreur. D’abord, l’empereur dit qu’une
image du Christ ou des saints, pour être correctement appelée image, doit être
consubstantielle avec la personne représentée, mais elle est précisément d’une
autre substance. Donc, les « images » du Christ ne sont pas de vraies images.
Nicéphore répond que le lien entre l’image, le type, et la personne représentée,
le prototype, n’est pas la consubstantialité, mais la ressemblance et le partage du
nom. L’image du Christ, continue-t-il, étant du bois et des couleurs, est appelée
le Christ parce qu’elle lui ressemble dans la reproduction des traits physiques de
son humanité et parce qu’elle porte son nom. Et ensuite, Constantin est encore
dans l’erreur parce qu’il ne distingue pas deux sortes de sanctification : la
sacralisation qui est produite par les prières de l’Église ― la bénédiction de l’eau
à la Théophanie ― et la sanctification qui se fait par imitation du Christ, par
participation à ses actes, à ses paroles, à sa mort ― le martyr –, etc. Dans le
premier cas, une prière de bénédiction est nécessaire ; dans le second, non.
L’icône n’appartient pas à la première catégorie, mais à la seconde. Donc, elle
est sainte, pas à cause d’une prière de bénédiction, que le patriarche et les
autres orthodoxes savaient inexistante, mais à cause de la ressemblance au
prototype et du port de son nom.

5. Entre le VIIIe siècle et le milieu du XVIIe siècle, nous constatons un autre


silence dans les livres de prières et dans les écrits d’auteurs orthodoxes sur la
question de la bénédiction des icônes. Mais en 1649, le métropolite Pierre
Maghila de Kiev a publié son Trebnik (Euchologe, Kiev, 1649) dans lequel se
trouvent, pour la première fois dans une source orthodoxe, de courts offices pour
la bénédiction des icônes. Voir plus loin les textes et l’analyse de ces prières.

6. Dans son article, Grondijs6 cite un passage de Dosithée de Jérusalem,


patriarche de Jérusalem (1669-1706)7.

[Grondijs] Ce n’est qu’à partir du XVII e siècle que la question [de la


bénédiction des icônes] se pose, et Dosithée de Jérusalem la discute dans

6
Actes du VIe congrès international d’études byzantines, tome II, Paris, École des Hautes études
à la Sorbonne, « Images de saints d’après la théologie byzantine », L.-H. Grondijs, 1951,
pp. 168-169.
7
Histoire des patriarches de Jérusalem, (œuvre publiée à Bucarest en 1715, neuf ans après la
mort de Dosithée), pp. 658-659.
un long réquisitoire contre les schismatiques, à savoir les catholiques
romains. Dans le quatrième chapitre de son Histoire des patriarches de
Jérusalem, il attribue à ses adversaires (catholiques) en faveur de la
vénération des icônes l’argument que le pape récite des prières sur elles.
Voici ce qu’il [Dosithée] répond : « À ce troisième argument, il faut répondre
que la bénédiction des icônes n’est ni nécessaire ni indispensable. Nous
nous reportons au sixième acte du présent concile (le VII e œcuménique) où
il est question du synode qui eut lieu sous Copronyme [Constantin V, le
concile de Hiéria en 754] et qui blâma les icônes disant : [Nicée II en citant
les iconoclastes] “L’icône n’a pas besoin de bénédiction pour être sanctifiée
et transposée du domaine commun à celui du sacré ; elle reste commune et
profane ainsi que le peintre l’a créée.” 8 De plus, le concile, répondant par
l’intermédiaire d’Épiphane le Diacre, n’a pas dit qu’il y a bénédiction sur les
icônes, mais que l’image de la croix n’est pas bénite et qu’elle se fait sans
bénédiction. »
7. Première prière de bénédiction d’une icône dans un euchologe grec 9

Prière que dit l’évêque [l’archiprêtre] sur l’icône nouvellement peinte. Il oint
l’icône avec le saint myron aux quatre coins et il dit cette prière :

Paix à tous. Prions le Seigneur.


Seigneur notre Roi et Créateur de tout, Père de notre Seigneur et Sauveur
Jésus-Christ, qui as enjoint ton serviteur Moïse de représenter l’image des
chérubins dans ton saint tabernacle, et nous aussi, nous avons ainsi reçu
cette sainte image en mémoire d’eux. Nous te prions, ô notre Roi,
d’envoyer la grâce de ton Saint-Esprit et ton ange sur cette sainte image
afin que (si quelqu’un prie devant elle) sa prière soit accomplie par la grâce
et la miséricorde et l’amour de ton Fils unique et ami de l’homme, notre
Seigneur Dieu et Sauveur, Jésus Christ.

Ecphonèse :
Car à toi appartiennent l’honneur et l’adoration, au Père et au Fils et au
Saint-Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles.
Amen.
_____________
Note dans l’Euchologe : Concernant la prière que l’évêque dit sur l’icône
nouvellement peinte, note : Le Sacramentaria Latina contient une
bénédiction semblable sans l’onction de myron surtout ce qui est utilisé
dans l’Ordo Praedicatorum, comme aussi le Pontificale Romanum, quoique
8
Le grec : Hé tôn eikonôn onomasia ouk echei euchén hagiazousan autén, hin’ek toutou pros to
hagion ek koinou metenechthé, alla menei koiné kai atimos hôs apértisen autén ho zôgraphos. »
Suggestion : Le fait de donner le nom [d’images] aux images ne dépend pas d’une prière
sanctifiante qui la transfère du commun [du profane] vers le saint, sans laquelle prière elle reste
commune [profane] et non honorable [non digne d’honneur, de vénération] comme l’artiste l’a
faite [créée, produite]. Autre suggestion : Ce n’est pas à cause d’une prière sanctifiante qu’une
image soit appelée image, une prière qui la fasse passer du domaine du commun à celui du
saint, sans laquelle prière elle reste commune et non digne de vénération, comme l’artiste la
créée.
9
Euchologe selon le rituel des Grecs 2, J. Goar, éd., Venise 1730, p. 672.
dans le passé, par trop de négligence, une bénédiction de cette manière ait
été rejetée par usage, maintenant ces livres de base [que l’on a] entre les
mains les conservent et maintiennent.

8. L’opposition de saint Athanase de Paros et de saint Nicodème l’Hagiorite,


XIXe siècle, Mont-Athos

8.1 Une étude de Philippe Mener sur le sujet


Des différends de moindre importance se disputèrent à côté des
litiges principaux, dont celui-ci : Les images ont-elles besoin d’une
bénédiction pour être saintes et efficaces ? Athanasiosde aros2 nia la
nécessité d’une bénédiction et affirma que les images sont efficaces
à cause de leur ressemblance avec la personne représentée.
Nicodème le Hagiorite en fut d’accord 3 et invoqua Dosithée de
Jérusalem qui avait dit que la bénédiction des images était une
affaire « papiste » et une innovation.10

2(également dans le Ekthesis déjà mentionné)


3Pédalion éd., S. 261, 1887, p. 261 ; Dosithéeistoria peri tôn en
Hierosolymois patriarcheusantôn, Bucarest, 1715, p. 658)

8.2 Athanase de Paros11

[Dionysios Tsentikopoulos] Le besoin d’une permanente affirmation de la


vérité dans l’espace et dans le temps ainsi que la réalité de la participation
de la création à la grâce divine et incréée de Dieu concerne même le plus
petit détail du culte de vie de l’Église. À cause de cela, et pour saint
Athanase de Paros, il convenait de corriger chaque notion qui fausse la
théologie et le dogme de la vie liturgique. C’est pourquoi, saisissant
l’occasion de la prière de la bénédiction des saintes icônes dans
l’euchologe, saint Athanase s’occupait de la question théologique et
dogmatique d’une telle prière. Il apercevait comment l’existence de la prière
elle-même renverse l’enseignement de l’Église.

Les icônes répandent leur sainteté au milieu de l’Église puisque la grâce du


Saint-Esprit ne se limite pas aux personnes représentées [les prototypes],
mais elle s’étend aux icônes elles-mêmes [les types]. L’icône de l’Église
représente la création transfigurée par la lumière incréée. Saint Athanase
s’appuyait fortement sur la distinction théologique entre l’essence et les
énergies de Dieu, entre l’essence inaccessible, mais les énergies
auxquelles la création peut participer. C’est pourquoi nous croyons à la

10
Meyer, Philip, « Lehrstreitigkeiten im achtzehnten Jahrhundert (vgl. Urkunde XIX) », Die
Haupturkunden für die Geschichte der Athosklöster, 1894 ; Réimpression Amsterdam, 1965,
p. 79. (« Des différents savants du XVIIIe siècle (voir document XIX) », Les documents importants
pour l’histoire du Mont-Athos).
11
Athanase de Paros, Ekthesis, eitouv homologia tés aléthous kai orthodoksou pisteôs genomené
hypo tôn adikôs diabléthentôn hôs kainotomôn, (ekd. Theodôrétou hierom.) pp. 122-123, cité
dans Dionysios Tsentikopoulos, « Basikes kateuthynseis tés didaskalias tou hagiou Athanasiou
tou Pariou », Agios Athanasios ho Parios, Paros, Grèce, 2000, pp. 134-135.
participation réelle à la grâce incréée et lumineuse de Dieu. Nous croyons
aussi que cette dernière sanctifie les personnes représentées ainsi que
leurs icônes. Alors nous reconnaissons « comment une prière extérieure et
une bénédiction étrangère ne sont pas nécessaires pour que les icônes
deviennent saintes, sacrées et dignes de vénération, puisque c’est par leurs
propres forme et signification qu’elles ont la sanctification. » Les icônes sont
saintes sans une prière de bénédiction puisqu’elles représentent la création
renouvelée et sanctifiée. Le VIIe concile œcuménique a précisé la théologie
de l’icône face au défi iconoclaste. (Athanase de Parus, Ekthesis, p. 122)
Saint Athanase de Paros apercevait les traces des iconoclastes dans la
prière de bénédiction des icônes et il avançait comme argument contre la
prière la déclaration du concile œcuménique.

8.3 Saint Nicodème de la Sainte Montagne12

Les saintes icônes n’ont pas besoin d’être ointes du saint myron ni
d’être sanctifiées par les prières d’un évêque [pour trois raisons] :

1. Nous ne vénérons pas les icônes à cause d’une onction ou à cause


de prières récitées sur elles, mais dès que nous voyons une sainte icône
quelque part, sans faire d’interrogatoire sur la myrrhe ou les prières, nous la
vénérons à cause du nom du saint et de la ressemblance qu’elle a avec la
personne représentée.
Voilà pourquoi au chapitre 6 du présent concile [le VII e, 787], le
concile des iconoclastes [Hiéria en 754], convoqué pendant le règne du
Copronyme [Constantin V, 745-775], accusa les saintes images disant que
les icônes n’ont pas de prière sacrée qui les sanctifie afin que, à cause de
cette prière, elles soient transférées du domaine du profane à celui du
sacré. Ainsi, elles demeurent profanes et sans honneur, comme l’artiste les
a travaillées.
À ces allégations, le VII e concile répondit, par la voix du diacre
Épiphane, qu’il n’a pas dit qu’une prière est récitée sur les icônes, mais il dit
que, comme bien des objets sacrés, les icônes ne reçoivent pas de prière.
Le concile dit, par contre, que, par le nom même, elles sont remplies de
grâce et de sainteté. Il en est de même pour la forme de la croix vivifiante,
qui est vénérable et honorable parmi nous, sans aucune prière récitée sur
elle. Nous croyons nous sanctifier non seulement par la forme même, mais
aussi par la vénération que nous lui offrons, par le fait de nous tracer sa
forme sur le front, par le fait de faire le signe de la croix dans l’air avec le
doigt en espérant chasser les démons. (Notez que jadis on ne faisait pas le
signe de la croix avec trois doigts, comme aujourd’hui, mais avec un doigt,
comme en témoigne saint Jean-Chrysostome dans un de ses discours. Voir
aussi la note explicative du canon 91 de Basile.)
De même, comme nous avons beaucoup de vases sacrés, que nous
embrassons avec affection et dont nous espérons recevoir la sanctification,
12
Saint Nicodème de la Sainte Montagne sur la bénédiction des icônes Le Pédalion, « Du VIIe
Saint Concile Œcuménique : Prolégoména », The Rudder, Chicago, Illinois, The Orthodox
Christian Education Society, 1957, pp. 419-420. La traduction française est la nôtre.
malgré le fait qu’ils n’ont pas de prière sacrée [récitée sur eux]. De même,
en embrassant la sainte icône et en lui offrant la vénération honorifique,
malgré le fait qu’il n’y a pas de prière [récitée sur elle], nous espérons
recevoir la sanctification. Nous nous élevons vers l’honneur de la personne
représentée à cause du nom de l’icône.
Mais les iconoclastes ne peuvent pas dire que les vases sacrés sont
profanes et sans honneur puisqu’il n’y a pas de prière sacrée pour les
sanctifier, mais qu’ils sont tels que le tisserand, le peintre et l’orfèvre les ont
fabriqués. Néanmoins, les iconoclastes les considèrent comme saints et
précieux. De la même manière, les iconoclastes devraient considérer les
icônes vénérables comme saintes, précieuses et sacrées, malgré le fait
qu’il n’y a pas de prières pour les sanctifier.
2. Les saintes icônes n’ont pas besoin d’une prière ou d’une onction
de myrrhe parce que, selon Dosithée (p. 658 du Dodecabiblus), c’est la
faute des catholiques romains qui confectionnent des icônes par certaines
prières et cérémonies. Car ils se vantent de ce que le pape prépare des
icônes avec de la cire pure, de l’huile sainte et de l’eau bénite et qu’il récite
des prières merveilleuses sur elles. Alors, à cause de tout cela, ces icônes
accomplissent des miracles. (De même, ils affirment faussement que
Léon III expédia une telle icône à Charles, roi de France, qui la vénéra. Ils
disent aussi que le pape Urbain envoya une autre icône à Jean Paléologue
et que celle-ci fut honorée par une prière dans l’église.)
Voyez-vous que la prière récitée sur les saintes icônes est une affaire
du pape et non orthodoxes ? Et qu’il s’agit d’une affaire moderne et non
ancienne ? Par conséquent, aucune prière de cette sorte ne se trouve nulle
part dans les manuscrits anciens de l’euchologe. En fait, nous constatons
que cette prière ne se trouve même pas dans l’euchologe imprimé il y a à
peine 100 ans.
3. Il devient évident que les saintes icônes n’ont pas besoin de prière
ni d’onction de myrrhe parce que les icônes peintes sur les murs des
églises, dans leur narthex, dans leurs résidences et, finalement, dans les
rues, sur les portes et sur les vases sacrés, ne sont jamais ointes. On ne
récite jamais de prière sur ces images et pourtant elles reçoivent une
vénération relative et honorifique à cause de la ressemblance qu’elles ont
avec les personnes représentées. Voilà pourquoi l’évêque de Campanie,
Théophile, n’a pas caché cette vérité dans son livre qui vient d’être publié
où il dit que les saintes icônes n’ont besoin ni d’onction de myrrhe ni de
prière récitée par un évêque.

III. Analyse des prières de bénédiction


Les textes slavons
Prenons d’abord les prières introduites dans l’euchologe du métropolite
Pierre Moghila en 1646. Les traductions française et anglaise publiées au XX e
siècle sont sensiblement les mêmes que le texte slavon de 1646. La traduction
française, dont nous nous servons ici, en est une légère simplification 13.
13
Euchologe ou rituel de l’Église orthodoxe, Le Bousquet d’Orb, Paix, 1979, pp. 178-184.
D’abord, il y a quatre courts offices pour bénir les icônes :

1. de la Sainte Trinité, représentée par les trois anges (Hospitalité


d’Abraham) et des fêtes de la Théophanie, de la Transfiguration et
de la Descente du Saint-Esprit,
2. du Christ et des fêtes du Seigneur,
3. de la Mère de Dieu,
4. des saints.

La traduction anglaise, qui reproduit plus exactement le texte slavon, a


une cinquième catégorie pour la bénédiction de plusieurs sortes d’icônes. On
note d’abord le nombre de catégories, cinq en slavon et en anglais, quatre en
français. On peut demander pourquoi multiplier les prières, surtout que le dernier
office combine toutes les catégories. On constate simplement qu’il semblait bon
au métropolite de produire cinq offices de bénédiction. Connaissant son
penchant pour le latinisme, il se peut qu’il ait voulu impressionner et les
orthodoxes et les catholiques par le nombre de prières. Ce n’est néanmoins
qu’une hypothèse de notre part.
La structure de chaque office est la même. Ce qui les différencie, c’est les
références tirées de la Bible ou de l’histoire de l’Église pour chaque catégorie
d’icônes : chanter le tropaire de la Théophanie pour une icône du Baptême,
évoquer l’histoire du roi Abgar pour une icône du Christ, etc. Voici le plan
structurel des offices :

1. Bénédiction initiale : Béni soit notre Dieu […]


2. Prières initiales et un psaume assorti de la catégorie d’icône
3. Grande prière de bénédiction (On peut presque dire une anaphore)
a. commémoration de l’histoire biblique ou ecclésiastique qui
fonde l’historicité de l’icône
b. première épiclèse qui demande au Seigneur de bénir l’icône
c. ecphonèse
4. Seconde épiclèse de bénédiction
5. Aspersion d’eau bénite.
6. Tropaire ou hymne de l’icône ou de la fête
7. Congé

Examinons de plus près les moments forts de la bénédiction : 3b, 4 et 5. Il


est important de noter qu’il s’agit vraiment d’une invocation faite au Seigneur qu’il
agisse et bénisse les images. On est fidèle ici à la tradition qui voit toute
bénédiction comme une épiclèse, la descente de la grâce de Dieu, du Saint-
Esprit, dont l’exemple le plus marquant est celle de la liturgie eucharistique, non
seulement sur tel ou tel objet, mais aussi, et d’abord, sur « nous », les fidèles,
qui allons nous servir de cet objet, prier devant cette icône ou recevoir le pain
céleste.

Nous entendons dans la première épiclèse, 3b, des pétitions comme celles-ci :
« […] nous t’implorons et te prions, envoie avec miséricorde sur nous ta
bénédiction et en ton nom trois fois saint bénis-la [l’icône] et sanctifie-la […] » ;
« Nous te prions, jette en ce jour ton regard sur cette icône […] et bénis-la de ta
bénédiction céleste et sanctifie-la ainsi que ceux qui la vénéreront […] » ;
« Bénis et sanctifie par ta grâce dans l’aspersion de cette eau sainte cette icône
peinte en son honneur et à sa mémoire […].

La seconde épiclèse :

4 : « […] écoute maintenant notre prière, et envoie ta bénédiction divine et


céleste. Bénis et sanctifie cette icône par l’aspersion de cette eau sainte […] » ;
« Sois attentif […] et envoie avec miséricorde ta sainte bénédiction sur cette
icône et dans l’aspersion de cette eau sainte, bénis-la et sanctifie-la. Donne-lui la
puissance de guérison… » ;
« Bénis et sanctifie par ta grâce dans l’aspersion de cette eau sainte cette icône
peinte en son honneur et sa mémoire et à la gloire de celui qui est né d’elle […]
fais-en pour tous ceux qui avec foi te prieront devant elle une source de guérison
[…] » ;

Et l’aspersion d’eau bénite :

5 : « Cette icône est bénie par la grâce du très Saint-Esprit et l’aspersion de cette
eau sainte au nom du Père […] » (trois fois).

La prière grecque (voir le texte 1,7 plus haut)


La première chose qui nous frappe, à la différence des textes slavons,
c’est la brièveté de la prière, de LA prière ; une seule et très courte. En voici la
structure :

1. Directive à l’évêque (pontifex/archiereus) d’oindre l’icône sur les


quatre coins ;
2. Très courte invocation et commémoration de Moïse et des
chérubins.
3 Épiclèse de la grâce du Saint-Esprit ainsi que d’un ange sur l’icône
« afin que […] sa prière [du fidèle] soit accomplie […] ;
4. Ecphonèse.

Il est très important de souligner la note ajoutée à cette prière par, nous
supposons, l’éditeur grec orthodoxe de cet euchologe. Il avoue que la pratique
de bénir les icônes est une innovation, mais il attribue ce fait à « trop de
négligence » dans le passé. Il semble content d’avoir « rectifié » ce problème en
ajoutant la prière. Il s’inspire évidemment de trois textes catholiques et se sent ―
nous lisons entre les lignes ― soulagé maintenant que les orthodoxes grecs font
comme les catholiques romains. Non seulement il s’inspire du modèle catholique,
mais il juge la tradition de l’orthodoxie de ne pas bénir les icônes comme une
« négligence ». Ce que la prière grecque manque en longueur et en
développement par rapport aux textes slavons, elle et la note récupèrent en
clarté en ce qui concerne l’inspiration de l’introduction de la prière dans un
euchologe grecque. Nous avons soupçonné, sans confirmation directe, la même
inspiration chez le métropolite Pierre Moghila : Le grand frère romain bénit les
peintures ; alors que nous, les pauvres orthodoxes, ne le faisons pas ; donc,
nous les orthodoxes, devons abandonner notre propre tradition pour adopter une
pratique et la théologie qui la justifie, toutes les deux venant d’une source autre
que celles des conciles et des pères de l’Église.

En comparant les textes, grec et slavons, nous notons les ressemblances et


différences suivantes.

LES TEXTES SLAVONS LA PRIÈRE GRECQUE


1. très longs et développés, plusieurs 1. courte, simple, une prière pour
catégories d’icônes toutes les icônes
2. publiés en slavon, en 1649, à Kiev 2. publiée en grec, en 1730, à Venise
3. un prêtre ou un évêque bénit 3. un évêque bénit
4. invocation de l’Esprit sur l’icône et le 4. épiclèse de l’Esprit sur l’icône seul
peuple
5.pas de demande qu’un ange soit 5. demande qu’un ange soit envoyé
envoyé sur l’icône sur l’icône
6. aspersion d’eau bénite 6. onction du myron
7. aucune explication de l’innovation 7. note explicative ajoutée par l’éditeur
8. théologie de la bénédiction : 8. théologie de la bénédiction :
transfère un objet profane au domaine transfère un objet profane au domaine
sacré sacré
9. théologie développée de 9. théologie non développée de
sacralisation : objectif de la sacralisation : objectif de la
bénédiction : a. obtenir pour nous, bénédiction : le fidèle priant devant
priant devant elle, miséricorde, grâce, elle, « que sa prière soit accomplie »
délivrance des malheurs et de
l’affliction, rémission des péchés ; b.
que l’icône soit dotée de puissance de
guérison pour éloigner le mal et le
diable ; faire d’elle une source de
guérison, de délivrance, de protection
10. offices bien structurés 10. simple prière
11. offices placés parmi d’autres 11. prière placée entre la bénédiction
prières et offices de bénédiction et de d’un diskos et patène et un office de
supplication : troupeaux, camp de prière (molebène)
jeunes, la fête des mères, vêtements
sacerdotaux, vases sacrés et cloches

Quelle est la théologie exprimée dans les prières de bénédiction


d’icônes ? D’abord, les formules de bénédiction, ainsi que l’aspersion d’eau
bénite et l’onction du saint chrême, sont sensiblement les mêmes dont on se sert
pour bénir d’autres objets de culte : cloches, vêtements, fruits, etc. Les icônes
sont donc placées dans la catégorie d’objets fabriqués par des artisans et offerts
au service de Dieu pour sa gloire. Et pour inaugurer l’office, une prière de
bénédiction est récitée.
La question est par contre précisément celle-ci : Les icônes sont-elles
dans la catégorie des objets dont on se sert pour le culte, ou plutôt sont-elles
dans une catégorie à part parce qu’elles portent, à la différence des objets de
culte, la ressemblance et le nom du Christ ou des saints ? Il semble que les
prières elles-mêmes et l’aspersion et l’onction supposent qu’une peinture du
Christ et des saints est précisément comme les autres objets de culte et par la
bénédiction, l’aspersion ou l’onction, ces peintures deviennent des icônes dignes
de servir dans l’Église. Par les prières et les gestes du prêtre, une peinture non
sanctifiée, profane, passe à la catégorie des saintes icônes. N’est-ce pas là la
position défendue par les iconoclastes ? « Les images saintes sont faussement
appelées saintes parce qu’il n’y a pas de prière de bénédiction pour les
transférer de la catégorie du profane à la catégorie du sacré. »

Une dernière note


J’ai récemment vu une petite publication au sujet de la bénédiction des
icônes14. Mère Thècle n’a pas vraiment écrit le texte, elle a plutôt traduit les
prières de bénédiction de l’euchologe du métropolite Moghila. Elle a néanmoins
ajouté une petite préface qu’il vaut la peine d’examiner. Moi, j’ai divisé son
paragraphe en deux sections : la première, très bonne ; la seconde, moins. À la
lumière de ce qui a été dit ci-dessus, je crois que le lecteur comprendra pourquoi
j’ai dit « moins ».

Préface
Cette traduction préliminaire des prières de bénédiction des icônes, à partir
du Trebnik russe (Livre des besoins) [en réalité, les textes du métropolite
Moghila], vise principalement à mieux faire connaître la signification15 pour
la composition et pour la vénération de nos icônes. En premier lieu, les
prières placent clairement la vénération des icônes à l’intérieur de toute
l’activité liturgique de l’Église, afin qu’il soit établi que cette vénération forme
une partie intégrante de l’orthodoxie : une confession de foi. La plénitude de
la vénération rendue aux icônes, que ce soit dans la production des icônes
ou dans la prière devant elles, ne peut pas être isolée de la totalité de la foi
parce que, comme l’indiquent les prières de bénédiction, cette vénération
puise essentiellement à la même source théologique que tout notre culte
d’adoration. Il se peut qu’elle ne soit qu’un ruisseau parmi tant d’autres,
mais l’eau est la même, laquelle monte de l’unique source de la seule
Église.

Jusqu’ici, pas mal.

Ainsi, en premier lieu, pour apprécier avec justesse une icône, nous ne
devrions pas tourner notre attention vers la composition, ni vers l’attitude de
ceux qui la vénèrent, ni vers la dévotion personnelle, mais vers les prières
initiales de sa bénédiction, QUI LA FONT CE QU’ELLE EST. Ces prières
sont le prologue de la théologie, en effet, la clé qui nous ouvre la théologie :

14
Mother Thekla, The Blessing of Ikons, Minneapolis MN, Light and Life Publishing Company,
aucune date, p. 1.
du fait même de la création d’une bénédiction liturgique et de la doctrine
véhiculée par les textes15.

En d’autres mots, selon Mère Thècle, pour comprendre les icônes


correctement, nous ne devrions pas nous soucier outre mesure de la
« composition », c’est-à-dire de ce qui est peint sur l’icône, pour déterminer si
elle est canonique ou non, ni, à la limite, hérétique. Nous ne devrions pas non
plus faire trop d’attention à « l’attitude de ceux qui la vénèrent », pour savoir s’ils
— clercs et laïcs — comprennent ce qu’est une icône ; si, en fait, ils ont une
attitude superstitieuse ou, au pire, idolâtrique envers elle. Et, finalement, nous ne
devrions pas nous préoccuper à l’excès de « la dévotion personnelle » des
fidèles, de leurs pratiques, c’est-à-dire de la manière dont ils s’en servent, pour
savoir s’il existe ou non des abus. Pour avoir une juste appréciation des icônes
de l’Église, il est essentiel, selon Mère Thècle, de comprendre les prières de
bénédiction parce que ce sont elles qui font de l’icône ce qu’elle est.
Selon Mère Thècle, nous devons déduire qu’une icône, avant les prières
de bénédiction, n’est pas vraiment une icône, et qu’elle ne le devient
véritablement qu’après ces prières. Ceci n’est-il pas précisément ce que disaient
les iconoclastes : une image ordinaire n’est pas sainte ni digne d’être appelée
icône s’il n’existe aucune prière de bénédiction pour la sanctifier ? Face à une
telle attaque, les Pères de Nicée II ne se sentaient aucunement obligés de créer
de telles prières, parce qu’ils comprenaient que ce qui donne à une icône sa
nature essentielle n’a rien à voir avec des prières de bénédiction. Puisque de
telles prières de bénédiction n’ont pas existé pendant 1 500 ans dans l’histoire
de l’Église, celles-ci n’ayant été composées qu’à partir de 1649, devons-nous
conclure, à supposer que Mère Thècle ait raison, que les chrétiens orthodoxes,
et l’Église elle-même, n’ont pas su vraiment apprécier les icônes pendant toute
cette période ? Et encore pire, qu’ils ont même refusé d’en créer. Auraient-ils été
simplement « négligents » comme le prétend l’éditeur de l’euchologe grec,
J. Goar. Nous espérons avoir clairement montré que les Pères et l’Église n’ont
pas été négligents dans leur appréciation de la nature essentielle de l’icône.
C’est plutôt le métropolite Moghila, l’éditeur de l’euchologe grecque et ceux qui
partagent leur point de vue qui n’apprécient pas la nature de l’icône. Pace, Mère
Thècle.

IV. CONCLUSION
Alors, si notre analyse s’avère juste, il faut constater un phénomène bien
bizarre :
Une pratique et une théologie qui la justifie, lesquelles sont très largement
répandues parmi les fidèles orthodoxes et qui se trouvent « officialisées » par
des offices dans les euchologes, sont contraires à la Tradition de l’Église
orthodoxe telle qu’elle se trouve exprimée par le VII e concile œcuménique de
Nicée (787) ainsi que la pratique universelle de l’Église jusqu’en 1649. Les
protestations de certains n’ont évidemment pas suffi à recentrer les fidèles et le

15
« It is these prayers which are the prologue, in effect the clue, to the theology: in the very fact of
the institution of a liturgical blessing, and in the doctrine of the text. »
clergé sur la Tradition sainte en ce qui concerne les icônes. Ce phénomène est-il
surprenant ? Non. Tragique certes, mais pas surprenant.

Il faut répondre que non, compte tenu de la coïncidence dans le temps de


l’introduction des prières de bénédiction des icônes avec la décadence de la
peinture des icônes elles-mêmes. Dès le XVII e siècle, les images en milieu
orthodoxe commençaient à s’éloigner de la tradition canonique ; alors, pourquoi
nous étonner que la théologie et les prières s’en soient éloignées aussi ? Du
point de vue de l’historien de l’art, nous en sommes d’accord : c’est un
phénomène à constater, pas plus. Mais nous n’avons jamais voulu étudier
l’iconographie orthodoxe de l’extérieur de la Tradition, comme font les historiens
de l’art. Nous voulons traiter du sujet de l’intérieur de la Tradition, comme une
expression de notre foi, de la foi de notre Église – et encore mieux, comme une
expression de la foi de l’Église tout court. Les historiens de l’art — même les
athées soviétiques — ont fait de remarquables études, et nous leur en sommes
tous redevables. Mais, pour l’histoire de l’art, comme pour les sciences
religieuses, les chercheurs étudient leur sujet comme un objet détaché d’eux,
qu’ils examinent « scientifiquement », « objectivement », « froidement ».
L’histoire de l’art ne peut jamais étudier les icônes comme un phénomène
théologique, c’est-à-dire comme quelque chose qui est un véhicule pour
manifester la révélation du Christ dans son Église. Mais c’est précisément ce
point de vue qui est le nôtre. Donc, l’éloignement de la tradition iconographique
de l’Église orthodoxe de ses propres sources est catastrophique et une pollution
de cette tradition et de cette révélation.
Si c’est vrai que nous sommes en pleine renaissance de la peinture
traditionnelle et canonique de l’icône, malgré l’opposition de certains milieux
d’orthodoxes eux-mêmes, nous ne pouvons pas nous limiter à l’aspect visible de
la tradition, c’est-à-dire aux icônes elles-mêmes, mais il faut examiner tous les
éléments qui touchent la tradition iconographique. C’est pourquoi nous voulons
attirer l’attention sur un phénomène qui, nous semble-t-il, n’est pas conforme à la
Tradition de l’Église et inviter les fidèles et le clergé à une plus grande vigilance.
Si tous les orthodoxes sont d’accord qu’il faut toujours défendre la Tradition
sainte contre des influences corruptrices, il faut nous assurer d’abord que ce que
nous défendons fasse bel et bien partie de cette Tradition.
Quant à une cérémonie de dédicace pour inaugurer la vénération officielle
et la réception publique d’une ou des icônes, pourquoi pas demander à des
liturgistes de préparer un office de dédicace qui comprend la théologie de l’icône
trouvée dans les longues prières des offices slavons, une procession solennelle
avant ou après les vêpres ou la liturgie ? À la suite de la procession et la mise de
l’icône sur annaloï au milieu de l’Église, le clergé et les fidèles pourraient la
vénérer pour la première fois, après quoi le prêtre bénirait les fidèles avec l’icône
comme il fait avec l’évangéliaire.
Office pour la vénération
inaugurale et solennelle d’une icône
Le prêtre ou le diacre, après s’être assuré que l’icône correspond bien à la tradition
orthodoxe la dépose sur le côté est de l’autel, avant la célébration d’un office majeur (vêpres,
matines ou Divine Liturgie) de façon qu’elle soit encensée avec l’autel. Après l’office, le prêtre
sort l’icône du sanctuaire – en procession s’il le juge bien – la dépose sur un analoï et dit la
prière suivante :

Ô Christ notre Dieu, nous te rendons grâce d’avoir permis, par ta sainte Incarnation et par la
main de ton serviteur (de ta servante) l’iconographe, que ta ressemblance (la ressemblance
de ton, ta, saint(e) N.) soit représentée sur cette icône et que ton saint Nom (le nom de ton,
ta, saint(e) N.) soit inscrit sur elle. Par ton Incarnation, tu as sanctifié la matière de ton corps
pour qu’elle puisse porter la divinité même. De même, en acceptant que ta pure image et ton
saint Nom (l’image et le nom de ton, ta, saint(e) N.) soient peinte et écrit dans la matière de
cette icône, tu l’as rendue sainte et porteuse de ta grâce. Alors, par elle, bénis-nous tous et à
travers elle, répands sur nous ton amour. Nous invoquons ta miséricorde sur ceux qui l’ont
commandée, sur celui (celle) qui l’a peinte et sur ceux qui vont la vénérer, car nous savons
qu’en reproduisant ton image qui porte ton saint Nom et en la vénérant nous proclamons
l’économie de ton Incarnation. Nous t’honorons (Nous honorons ton, ta, saint(e)) dans cette
icône, car l’honneur rendu à l’image remonte vers le prototype. Gloire à Toi, Seigneur, gloire à
ta condescendance et nous te rendons gloire, ô notre Dieu, Père et Fils et Saint-Esprit,
maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen.

Après cette prière, le prêtre encense l’icône, et le clergé et les fidèles la vénèrent après quoi
elle est rendue à celui, à celle, qui l’a présentée 16.

Si, par contre, l’icône est destinée à l’église et qu’elle est de taille importante, l’office se fait
de manière solennelle en présence de tous ; à cet effet, on l’installe sur une table décemment
couverte (tétrapode ou proskynétaire), soit devant les portes saintes si c’est une icône de la
Trinité, du Baptême (Théophanie), de la Transfiguration ou de la Pentecôte (Descente de
l’Esprit Saint), soit devant l’ambon (au milieu de la nef, devant les marches de l’autel) s’il
s’agit d’une icône du Christ (ou de ses fêtes), de la Mère de Dieu (ou de ses fêtes) ou d’un
saint/d’une sainte17.

16
Ce texte peut convenablement remplacer les douze (12) premières lignes du Grand Euchologe Sacerdotal
(traduit par le père Denis Guillaume, Diaconie Apostolique, 1992, p. 345) qui commencent par
« BÉNÉDICTIONS D’ICÔNES » et qui se terminent par « ...et la lui remet. »
17
Nous avons légèrement modifié les offices suivants afin de rendre plus manifeste la doctrine de l’Église, à
savoir que les icônes sont saintes et sacrées parce qu’elles portent la ressemblance du Christ ou d’un/d’une
saint(e), ainsi que son très-saint Nom ou celui du saint/de la sainte et non pas parce qu’un prêtre les a bénites et
aspergées d’eau bénite. Les icônes ne sont pas dans la même catégorie que des objets « ordinaires » tels
qu’une maison, un rucher, des cierges, de l’huile, etc. Elles s’apparentent plutôt à la Croix et à la Bible qui sont
saintes et sacrées à cause de sa forme, d’un cas, et de la Parole de Dieu qui y est écrite, dans l’autre. Faire
bénir une croix ou une Bible par un prêtre ne les rend pas saintes et sacrées. Ces dernières, comme les icônes,
le sont déjà et n’ont pas besoin d’une bénédiction. En fait, une telle bénédiction introduit une notion étrangère de
la sacralisation, là où l’Église comprend la sainteté d’une autre manière.
L’office pour la vénération inaugurale et solennelle18
d’une icône de la très Sainte Trinité
(sous la forme des trois Anges), du Baptême,
de la Transfiguration ou de la Pentecôte.
Le prêtre, revêtu de l’étole et encense la nouvelle icône qui se trouve sur la table, devant
l’ambon, puis il dit :

Béni soit notre Dieu, en tout temps, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles.

Le lecteur dit les prières initiales.


Le prêtre : Car à toi.
Le lecteur : Amen et les 12 Kyrie eleison, puis Gloire au Père... Maintenant...

Le chœur :
Venez, adorons, prosternons-nous devant Dieu notre Roi.
Venez, adorons, prosternons-nous devant le Christ, notre Roi et notre Dieu.
Venez, adorons, prosternons-nous devant le Christ lui-même, notre Roi et notre Dieu.

Psaume 66
Que Dieu ait pitié de nous et nous bénisse, qu’il fasse resplendir sur nous sa Face, et qu’il ait
pitié de nous,
pour que l’on connaisse sur la terre ta voie, parmi toutes les nations, ton salut.
Que les peuples te confessent, ô Dieu,que tous les peuples te confessent.
Que les nations soient dans la joie et l’allégresse, et sur la terre tu guides les nations.
Que les peuples te confessent, ô Dieu, que tous les peuples te confessent.
La terre a donné son fruit, que Dieu, notre Dieu, nous bénisse.
Que Dieu nous bénisse, et que tous les confins de la terre le craignent.

Gloire au Père... Maintenant...


Alléluia, alléluia, alléluia, gloire à toi, ô Dieu. (3 fois)

Le diacre : Prions le Seigneur.


Le chœur : Kyrie eleison.
Le prêtre :
Seigneur notre Dieu, glorifié en la Sainte Trinité, toi que nul esprit ne peut saisir, que nulle
parole ne peut exprimer et que nul homme vivant n’a jamais contemplé, c’est seulement
comme nous l’avons appris des saintes Écritures et de l’enseignement des Apôtres
théologiens qu’en toi nous croyons et te confessons : Dieu le Père sans commencement et
ton Fils consubstantiel et l’Esprit connaturel qui trône avec toi. Car, si l’ancienne Loi nous
décrit son apparition à l’illustre patriarche Abraham sous la forme de trois Anges, en la grâce
nouvelle le Père se manifeste dans la voix, le Fils dans la chair au Jourdain et l’Esprit Saint
sous l’aspect d’une colombe. À son tour, le Fils, monté au ciel en sa chair et siégeant à la
droite du Père, envoie l’Esprit sur les Apôtres sous l’apparence des langues de feu ; et au
Thabor, si le Père est dans la voix et l’Esprit dans la nuée, le Fils se montre aux trois disciples
dans son éblouissante clarté. En mémoire perpétuelle de cela, non seulement nous te
confessons avec nos lèvres comme le seul Dieu que nous glorifions, mais encore nous en
18
Dans tous les offices, le mot Bénédiction est changé pour L’office pour la vénération inaugurale et solennelle
peignons l’image, non pour en faire un dieu, mais afin qu’en la regardant de nos yeux de
chair, nous puissions, de notre regard spirituel, t’y contempler, ô notre Dieu, et que la
vénérant, nous puissions te glorifier et te magnifier comme notre créateur, notre rédempteur
et notre sanctificateur, et nous souvenir de tes innombrables bienfaits ; car la vénération de
l’image remonte vers son prototype. Ainsi donc, en présentant maintenant cette icône devant
ta magnificence, dans les saintes dispositions dont nous venons de parler, nous prions et te
demandons : montre-nous la réalité de ta miséricorde, abaisse vers nous ton regard
favorable, envoie ta céleste bénédiction afin que ceux qui vénéreront cette icône avec piété,
qui devant elle humblement t’adoreront et te prieront avec foi obtiennent miséricorde et
trouvent grâce. Qu’ils soient délivrés de tout mal et de toute affliction, se voient remettre leurs
péchés et parviennent au royaume des cieux.
Par la grâce, la miséricorde et l’amour dont tu nous aimes, Dieu unique glorifié en la Trinité,
Père et Fils et Saint-Esprit, à qui soit la gloire, maintenant et toujours et dans les siècles des
siècles.
Le chœur : Amen.
Le prêtre : Paix à tous.
Le chœur : Et à ton esprit.
Le diacre : Inclinez la tête devant le Seigneur.
Le chœur : Devant toi, Seigneur.
Le prêtre :
Seigneur mon Dieu, regarde du haut de ta sainte demeure, depuis le trône de gloire de ta
royauté et, par miséricorde, envoie sur nous ta sainte bénédiction. Par cette icône, guéris-
nous de tout mal et toute douleur et chasse toute diabolique machination loin des fidèles qui
s’en approchent pour t’adorer en sa présence. Nous te prions et supplions : que leur prière
soit toujours exaucée et agréée de toi.
Par la grâce et la miséricorde de ton Fils unique, avec lequel tu es béni ainsi que ton très-
saint, bon et vivifiant Esprit, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles.
Le chœur : Amen.
Pour une icône de la Sainte Trinité, on chante ce stichère, ton 8 :
Venez, tous les peuples, adorons en trois personnes l’unique Dieu :
dans le Père le Fils avec le Saint-Esprit, car le Père engendre le Fils hors du temps,
partageant même trône et même éternité
et l’Esprit Saint est dans le Père, glorifié avec le Fils :
une seule puissance, une seul divinité, un seul être devant qui
nous tous, les fidèles, nous prosternons en disant :
Dieu saint qui as tout créé par le Fils avec le concours du Saint-Esprit,
Dieu saint et fort par qui le Père nous fut révélé,
et par qui le Saint-Esprit en ce monde est venu ; Dieu saint et immortel, Esprit consolateur
qui procèdes du Père et reposes dans le Fils : Trinité sainte, gloire à toi.

Si l’icône représente la sainte Théophanie (c’est-à-dire le Baptême du Christ), la


Transfiguration du Christ ou la Descente du Saint-Esprit (Pentecôte), on chante le tropaire et
le kondakion de la fête correspondante.
La formule du congé est également celle de la fête.
L’office pour la vénération inaugurale et solennelle
d’une icône du Christ ou bien des fêtes du Seigneur

Le prêtre, revêtu de l’étole et encense la nouvelle icône qui se trouve sur la table, devant
l’ambon, puis il dit :

Béni soit notre Dieu, en tout temps, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles.

Le lecteur dit les prières initiales.


Le prêtre : Car à toi.
Le lecteur : Amen et les 12 Kyrie eleison, puis Gloire au Père... Maintenant...

Le chœur :
Venez, adorons, prosternons-nous devant Dieu notre Roi.
Venez, adorons, prosternons-nous devant le Christ, notre Roi et notre Dieu.
Venez, adorons, prosternons-nous devant le Christ lui-même, notre Roi et notre Dieu.

Psaume 88
Tes miséricordes, Seigneur, éternellement je les chanterai ; de génération en génération ma
bouche annoncera ta vérité.
Car tu as dit : « La miséricorde est un édifice éternel. » Dans les cieux est préparée ta vérité.
« J’ai établi un testament pour mes élus, j’ai fait un serment à David, mon serviteur.
Je te préparerai une descendance à jamais, j’affermirai ton trône dans les âges des âges ».
Les cieux confessent tes merveilles, Seigneur, et ta vérité dans l’assemblée des saints.
Qui donc, dans les nues, est comparable au Seigneur, et qui sera semblable au Seigneur
parmi les fils de Dieu ?
Dieu est glorifié dans le conseil des saints ; il est grand et terrible, plus que tous ceux qui
l’entourent.
Seigneur, Dieu des Puissances, qui est semblable à toi ? Tu es puissant, Seigneur, et ta
vérité t’environne.
C’est toi qui maîtrises la puissance de la mer, et tu apaises l’agitation de ses flots.
Tu as humilié l’orgueilleux, tu l’as blessé à mort, par la force de ton bras, tu as dispersé tes
ennemis.
À toi sont les cieux, et à toi la terre, c’est toi qui as fondé l’univers et sa plénitude.
Tu as créé l’Aquilon et la mer, le Thabor et l’Hermon exulteront à ton Nom.
À toi ce bras avec sa puissance, que ta main soit forte, que ta droite se lève.
La justice et l’équité sont les bases de ton trône ; la miséricorde et la vérité marcheront
devant ta face.
Bienheureux le peuple qui connaît la jubilation ; Seigneur, ils marcheront à la lumière de ta
face.
En ton Nom, ils exulteront tout le jour, et en ta justice ils seront exaltés.
Car la force dont ils se glorifient, c’est toi, et en ta bienveillance, notre puissance sera exaltée,
car notre secours vient du Seigneur, du Saint d’Israël, notre Roi.

Gloire au Père... Maintenant...


Alléluia, alléluia, alléluia, gloire à toi, ô Dieu. (3 fois).
Le diacre : Prions le Seigneur
Le chœur : Kyrie eleison.
Le prêtre :
Seigneur tout-puissant, Dieu de nos Pères, désirant qu’Israël, ton peuple élu, soit affranchi de
l’erreur idolâtre pour te connaître et te servir à jamais, toi le seul Dieu véritable, tu lui as
sévèrement défendu de se forger des images ou des simulacres faisant obstacle à ta
véritable divinité, afin qu’il puisse te servir et t’adorer comme Dieu. Et pourtant, ce sont des
images et simulacres, destinés à glorifier, non de faux dieux étrangers, mais ton Nom sublime
et très-saint, celui du seul vrai Dieu, que dans ta Loi tu as d’abord enjoint à Moïse de faire
exécuter et placer au sanctuaire deux chérubins dorés sur l’arche du témoignage, deux aux
extrémités du propitiatoire et, sur les rideaux, une multitude de chérubins artistement brodés ;
puis à Salomon, tu inspiras de mettre dans le saint des saints deux chérubins en bois de
cyprès recouverts d’or. Là se trouvaient donc l’arche d’alliance, avec les tables de la Loi,
l’urne d’or et le bâton d’Aaron, ces objets qui accompagnaient le peuple et signifiaient la
grandeur de ta gloire en perpétuant le souvenir de tes illustres merveilles et bienfaits ; et
(même s’ils étaient en partie l’œuvre de mains humaines) tu ordonnas de les vénérer avec
crainte et tremblement, de prier devant eux avec les prostrations et les encensements qui
conviennent à la divinité ; et, dans ta miséricorde, tu as agréé ce culte, comme s’il était rendu
à toi-même. Puis, dans la plénitude des temps, tu as envoyé ton Fils unique, notre Seigneur
Jésus-Christ, né d’une femme, la toujours-vierge Marie, lequel, ayant pris l’aspect du
serviteur et devenu en tout semblable aux hommes, représenta les traits de son image toute-
pure en appliquant un linge sur son visage très-saint et l’envoya au roi d’Édesse Abgar, pour
le guérir de son mal et pour accorder à tous les fidèles s’en approchant et le vénérant
d’innombrables guérisons et tant de bienfaits miraculeux. Nous donc, Maître bon et tout-
puissant, en mémoire de l’incarnation du Sauveur et pour tous les illustres miracles et
bienfaits dont il a fait preuve à l’égard du genre humain lors de sa venue sur terre dans notre
humanité, nous avons réalisé cette icône de ton Fils bien-aimé, non pour en faire une idole,
mais en sachant que la vénération de l’image remonte vers son prototype ; nous la
présentons respectueusement devant ta magnificence et nous prosternant, te prions
instamment ; jette un regard miséricordieux sur nous puisque nous avons établi cette icône
en mémoire de son incarnation et de son épiphanie. À travers elle, envoie sur nous ta céleste
bénédiction et la grâce de ton Esprit très-saint et bénis-nous. Par elle, guéris-nous, éloigne-
nous de toute diabolique machination, remplis-nous de la même force et bénédiction que tu
as répandues sur Abgar par la fameuse image non-peinte-de-main-d’homme, divinement
formée au contact du visage saint et immaculé de ton Fils bien-aimé. Que passe par elle la
puissance de tes miracles pour l’affermissement de la foi orthodoxe et le salut de ton peuple
fidèle et que soient exaucés tous ceux qui, t’adorant devant elle avec ton Fils unique et ton
Esprit très-saint, t’invoquent avec foi et te prient avec ferveur, qu’ils attirent la miséricorde de
ton amour envers tous les hommes et qu’ils obtiennent ta grâce.
Car tu es notre sanctification, et nous te rendons gloire, Père et Fils et Saint-Esprit,
maintenant et toujours et dans les siècles des siècles.
Le chœur : Amen.
Le prêtre : Paix à tous.
Le chœur : Et à ton esprit.
Le diacre : Inclinez la tête devant le Seigneur.
Le chœur : Devant toi, Seigneur.
Le prêtre :
Seigneur notre Dieu, regarde du haut de ta sainte demeure, depuis le trône de gloire de ta
royauté et, par miséricorde, envoie sur nous ta sainte bénédiction. Par cette icône, guéris-
nous de tout mal et toute douleur et chasse toute diabolique machination loin des fidèles qui
s’en approchent pour t’adorer en sa présence. Nous te prions et supplions : que leur prière
soit toujours exaucée et agréée de toi.
Par la grâce et la miséricorde de ton Fils unique, avec lequel tu es béni ainsi que ton très-
saint, bon et vivifiant Esprit, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles.
Le chœur : Amen.
Le prêtre encense l’icône ; puis, joignant le geste à la parole, il s’incline tandis qu’on chante
ce tropaire, ton 2 :
Devant ta sainte icône, nous nous prosternons, ô Dieu de bonté, implorant le pardon de nos
fautes, ô Christ notre Dieu, car tu as bien voulu souffrir en montant sur la croix, pour sauver ta
créature de la servitude de l’ennemi. Aussi, dans l’action de grâces, nous te crions : tu as
rempli de joie l’univers, ô notre Sauveur, en venant porter au monde le salut.

Puis il baise l’icône et l’on chante ce tropaire, ton 1 :


Gloire au Père... Maintenant...
Représentant sur les icônes ton aspect divin, ô Christ, nous chantons clairement ta Nativité,
tes miracles étonnants et ta Crucifixion librement consentie ; et les démons sont repoussés et
terrifiés, tandis que pleurent les impies.

Congé :
Que celui qui, avant sa Passion librement consentie, a bien voulu, dans l’ineffable dessein de
son œuvre de salut, reproduire sur un linge l’image non-peinte-de-main-d’homme de sa Face
très-pure associant sa divinité à notre humanité, le Christ notre vrai Dieu, par l’intercession de
sa Mère très-pure et de tous les saints, ait pitié de nous et nous sauve, lui qui est bon et qui
aime les hommes.
L’office pour la vénération inaugurale et solennelle
d’une icône de la Mère de Dieu ou de ses fêtes
Le prêtre, revêtu de l’étole et encense la nouvelle icône qui se trouve sur la table, devant
l’ambon, puis il dit :

Béni soit notre Dieu, en tout temps, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles.

Le lecteur dit les prières initiales.


Le prêtre : Car à toi.
Le lecteur : Amen et les 12 Kyrie eleison, puis Gloire au Père... Maintenant...

Le chœur :
Venez, adorons, prosternons-nous devant Dieu notre Roi.
Venez, adorons, prosternons-nous devant le Christ, notre Roi et notre Dieu.
Venez, adorons, prosternons-nous devant le Christ lui-même, notre Roi et notre Dieu.

Psaume 44
Mon cœur a proféré un verbe excellent ; je dis mes œuvres au roi ; ma langue est le roseau
d’un scribe à l’écriture rapide.
Tu es le plus beau des enfants des hommes, la grâce est répandue sur tes lèvres, aussi Dieu
t’a béni pour l’éternité.
Ceins ton épée à ton côté, vaillant guerrier, dans ta splendeur et ta beauté ;
va, marche en vainqueur et règne, pour la vérité, la mansuétude et la justice, et ta droite te
guidera vers des actions d’éclat.
Tes flèches sont aiguës, vaillant guerrier ; les peuples tombent sous tes pieds ; elles percent
le cœur des ennemis du Roi.
Ton trône, ô Dieu, est un trône éternel ; c’est un sceptre de droiture que le sceptre de ton
règne.
Tu as aimé la justice et haï l’iniquité, c’est pourquoi Dieu, ton Dieu, t’a oint d’une huile
d’allégresse de préférence à tes compagnons.
La myrrhe, l’aloès et la cannelle embaument tes vêtements et tes palais d’ivoire ; là, des filles
de rois te réjouissent et t’honorent.
À ta droite se tient la Reine, en vêtements tissés d’or, parée de couleurs variées.
Écoute, ma fille, regarde et incline l’oreille, oublie ton peuple et la maison de ton père ;
alors le Roi désirera ta beauté, car il est ton Seigneur ; à lui convient l’adoration.
Les filles de Tyr l’adoreront avec des présents ; les plus riches du peuple imploreront ta face.
Toute la gloire de la fille du Roi est au-dedans ; elle est ornée de franges d’or, parée de
couleurs variées.
À sa suite, des vierges sont amenées au Roi, ses compagnes lui sont présentées.
Elles sont introduites parmi la joie et l’allégresse, elles entrent dans le temple du Roi.
À la place de tes pères te sont nés des fils, tu les établiras princes sur toute la terre.
Je me souviendrai de ton Nom de génération en génération ; aussi les peuples te
confesseront éternellement, et dans les siècles des siècles.

Gloire au Père... Maintenant...


Alléluia, alléluia, alléluia, gloire à toi, ô Dieu. (3 fois).

Le diacre : Prions le Seigneur


Le chœur : Kyrie eleison.
Le prêtre :
Seigneur notre Dieu, tu as bien voulu que ton Fils et Verbe coéternel et consubstantiel prît
chair de la toute-pure et toujours-vierge Marie ; et, par sa naissance immaculée, faisant d’elle
la Mère de Dieu, tu l’as donnée à tous les croyants comme protectrice, avocate et
auxiliatrice : regarde maintenant vers nous qui te prions humblement, qui l’appelons Mère de
Dieu et croyons qu’elle intercède auprès de toi. Par son intercession, exauce nos prières et
nos demandes, et envoie la grâce de ton Esprit très-saint sur nous, tes serviteurs, qui avons
fait cette icône d’elle en son honneur et mémoire. Accomplis des miracles par son
intercession et à travers cette image, rendue sainte par son image et son nom qui y sont
inscrits. Sois une source de guérison et de santé pour tous les patients qui te demandent de
l’aide en vertu de la Mère de Dieu. Et tous ceux qui devant cette icône pourront vénérer la
Vierge toute-bénie, la Mère de notre Seigneur Jésus-Christ, ton Fils bien-aimé, et comme à la
protectrice des chrétiens demander son intercession auprès de toi et implorer son aide dans
les malheurs et les dangers, permets qu’ils obtiennent protection, délivrance et prompt
secours. Accorde à leurs péchés, en ta miséricorde, rémission, fais qu’ils reçoivent
promptement la grâce implorée de toi, qu’ils obtiennent la miséricorde attendue de ton amour
pour les hommes et puissent prendre part à ton céleste royaume.
Par la tendresse de ton Fils unique, né d’elle selon la chair, notre Dieu incarné et Sauveur
Jésus-Christ, avec lequel te reviennent toute gloire, tout honneur et toute adoration, ainsi qu’à
ton très-saint, bon et vivifiant Esprit, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles.
Le chœur : Amen.
Le prêtre : Paix à tous.
Le chœur : Et à ton esprit.
Le diacre : Inclinez la tête devant le Seigneur.
Le chœur : Devant toi, Seigneur.
Le prêtre :
Maître divin, Père tout-puissant, qui as daigné choisir la seule, entre tout le genre humain,
colombe très-pure et agnelle très-sainte, la toujours-vierge Marie, pour Mère de ton Fils
unique et la sanctifier par la descente de l’Esprit très-saint pour qu’elle fût sa demeure, tu l’as
rendue plus vénérable que les chérubins et les séraphins, tu en as fait la plus haute, la plus
glorieuse de toutes les créatures, la médiatrice et l’avocate de tout le genre humain : par ses
prières et son intercession, bénis-nous qui prions devant cette image préparée en son
honneur et sa mémoire et pour la gloire de celui qu’elle a mis au monde, ton Fils unique et
Verbe consubstantiel, pour ta propre gloire, Père sans commencement, et pour celle de ton
Esprit vivifiant. Et par cette icône, sois, pour les croyants qui prieront devant elle, le remède
des spirituelles et corporelles maladies, la délivrance contre toute agression de l’ennemi, la
sûre protection, l’infaillible intercession auprès de toi.
Par la miséricorde de ton Fils unique, notre Seigneur Jésus-Christ, avec lequel tu es béni
ainsi que ton très-saint, bon et vivifiant Esprit, maintenant et toujours, et dans les siècles des
siècles.
Le chœur : Amen

Et l’on chante les théotokia suivants. Si l’icône représente une fête de la Mère de Dieu, on
chante d’abord le tropaire et le kondakion de la fête.
Sous ta miséricorde, nous trouvons refuge, ô Vierge Mère de Dieu. Ne méprise pas les
prières que nous t’adressons au milieu de tant des peines, mais délivre-nous de tout danger,
seule Vierge si pure, entre toutes bénie.
Réjouis-toi, vierge Mère de Dieu, ô Marie pleine de grâce, le Seigneur est avec toi, tu es
bénie entre les femmes et le fruit de ton sein est béni, car tu as enfanté le Sauveur de nos
âmes.
Gloire au Père..., ton 1
De ton icône, souveraine Mère de Dieu, en abondance jaillissent la guérison et la santé pour
les fidèles qui s’en approchent avec amour : visite donc l’infirme que je suis ; par ta grâce,
guéris mes corporelles passions et prends pitié de mon âme, en ta bonté.
Maintenant...
Avec amour nous vénérons ta sainte icône, ô Vierge très-pure, et d’un même chœur te
proclamons véritable Mère de Dieu ; pour nous fidèles qui nous prosternons devant toi,
montre ta puissante protection, éloigne de nous tout malheur, puisque tu peux tout faire pour
nous sauver.
Il est vraiment digne de te bénir, ô Mère de Dieu, toujours bienheureuse et toute-pure et la
Mère de notre Dieu. Plus vénérable que les chérubins et plus glorieuse que les séraphins, ô
Vierge qui as enfanté le Verbe de Dieu, tu es vraiment la Mère de Dieu, nous te magnifions.

Pendant ces chants, on vénère l’icône. Puis le prêtre dit le congé :


Que le Christ notre vrai Dieu, par l’intercession de sa sainte Mère toute-pure, ait pitié de nous
et nous sauve, lui qui est bon et qui aime les hommes.
L’office pour la vénération inaugurale et solennelle
d’une icône d’un saint ou d’une sainte
Le prêtre, revêtu de l’étole et encense la nouvelle icône qui se trouve sur la table, devant
l’ambon, puis il dit :

Béni soit notre Dieu, en tout temps, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles.

Le lecteur dit les prières initiales.


Le prêtre : Car à toi.
Le lecteur : Amen et les 12 Kyrie eleison, puis Gloire au Père... Maintenant...

Le chœur :
Venez, adorons, prosternons-nous devant Dieu notre Roi.
Venez, adorons, prosternons-nous devant le Christ, notre Roi et notre Dieu.
Venez, adorons, prosternons-nous devant le Christ lui-même, notre Roi et notre Dieu.

Psaume 138
Seigneur, tu m’as mis à l’épreuve et tu m’as connu ; tu as connu mon repos et mon réveil, tu
as pénétré de loin toutes mes pensées.
Tu as connu exactement mon sentier et l’espace de ma vie, et tu as prévu toutes mes voies,
car il n’y a pas de tromperie sur ma langue.
Voici, Seigneur, que tu connais toutes choses, les dernières et les anciennes.
C’est toi qui m’as formé, et tu as posé sur moi ta main.
Admirable est la connaissance de toi qui se tire de moi, elle me dépasse, et je ne puis y
atteindre.
Où irai-je pour me dérober à ton Esprit, et où m’enfuirai-je loin de ta Face ?
Si je monte au ciel, tu y es, si je descends aux enfers, tu es là.
Si je prends des ailes dès l’aurore, et si je vais habiter aux extrémités de la mer,
c’est ta main qui m’y conduira, et ta droite me tiendra.
Et j’ai dit : Les ténèbres vont-elles m’ensevelir ? Mais la nuit même devient ma lumière dans
mes délices.
Car les ténèbres, grâce à toi, ne seront plus obscures, et la nuit sera lumineuse comme le
jour, ses ténèbres sont comme sa lumière.
Car tu as pris possession de mes reins, tu m’as pris avec toi dès le sein de ma mère.
Je te confesserai pour les merveilles redoutables que tu as faites, admirables sont tes
œuvres, et mon âme le sait, d’une façon qui la dépasse.
Mes os ne te sont pas cachés, tu les as faits dans le secret, ainsi que tout mon être, dans les
profondeurs de la terre.
Quand j’étais encore informe, tes yeux m’ont vu, et sur ton livre, ils étaient tous inscrits, les
jours que tu ferais et nul ne manquait.
À mes yeux tes amis ont beaucoup de prix, ô Dieu : leur souveraineté a été puissamment
affermie ; je les compterai, et ils seront plus nombreux que le sable.
Je me suis éveillé et je suis encore avec toi.
Si tu voulais tuer les pécheurs, ô Dieu ! Homme de sang, éloignez-vous de moi, car vous êtes
querelleurs en vos pensées.
C’est pour la vanité, Seigneur, qu’ils s’empareront de tes cités.
N’ai-je pas haï, Seigneur, ceux qui te haïssaient, et ne me suis-je pas consumé de zèle à
cause de tes ennemis ?
Je les ai haïs d’une haine parfaite, et ils sont devenus mes ennemis.
Éprouve-moi, ô Dieu, et connais mon cœur, interroge-moi, et connais mes sentiers.
Et vois s’il y a en moi un chemin d’iniquité, et conduis-moi dans la voie éternelle.
Gloire au Père... Maintenant...
Alléluia, alléluia, alléluia, gloire à toi, ô Dieu. (3 fois).

Le diacre : Prions le Seigneur


Le chœur : Kyrie eleison.
Le prêtre : Seigneur tout-puissant, Dieu de nos Pères, qui dans l’ancienne alliance as jadis
ordonné de faire pour la tente du témoignage des images de chérubins en bois, en or et en
broderies, ne rejette pas à présent cette icône à l’image de ton/ta saint(e) ami(e), mais
accepte-la afin que tes fidèles serviteurs, voyant en elle celui qui l’a glorifié(e), puissent
honorer sa vie et imiter ses actions, par lesquelles il/elle est rendu(e) digne de ta grâce et de
la participation à ton royaume. Nous t’en prions, abaisse maintenant ton regard sur nous qui
te présentons cette image faite en l’honneur et mémoire de saint(e) N. et sanctifiée par la
ressemblance et le nom de ton ami(e). Pour ceux qui vont la vénérer, qui devant elle vont
t’adorer et te prier, et qui invoqueront saint(e) N. pour qu’il/elle intercède auprès de toi, sois
un auditeur bienveillant de ton ami(e) et montre-toi un généreux bienfaiteur, délivrant tes
serviteurs de tout péril et de toute affliction, de toute souffrance spirituelle et corporelle, et leur
accordant la grâce et miséricorde qu’ils désirent, par les prières de saint(e) N..
Car tu es la source de toute sanctification et le donneur de tout bien, et nous te rendons
gloire, ainsi qu’à ton Fils unique et à ton très-saint, bon et vivifiant Esprit, maintenant et
toujours, et dans les siècles des siècles.
Le chœur : Amen.
Le prêtre : Paix à tous.
Le chœur : Et à ton esprit.
Le diacre : Inclinez la tête devant le Seigneur.
Le chœur : Devant toi, Seigneur.
Le prêtre :
Seigneur notre Dieu, toi qui as créé l’homme à ton image et ressemblance, et qui, lorsqu’il
s’est corrompu par la désobéissance du premier Adam, as renouvelé cette image en la
faisant retrouver à l’homme par l’incarnation de ton Christ prenant l’aspect du serviteur, tu l’as
ainsi ramené à sa dignité première parmi tes saints ; et nous qui pieusement en vénérons
l’image, nous honorons en eux ceux qui sont ton image et ressemblance ; les honorant, c’est
toi, leur prototype, que nous vénérons et glorifions. C’est pourquoi nous t’en prions : envoie ta
grâce sur nous qui avons préparé cette icône pour ta gloire en l’honneur et mémoire de
saint(e) N. Bénis aussi tous ceux qui vénéreront cette icône et devant elle t’adresseront leurs
prières ; et , dans ta miséricorde, permets-leur de trouver grâce auprès de toi.
Par la grâce, la miséricorde et l’amour pour les hommes de ton Fils unique, avec lequel tu es
béni, ainsi que ton très-saint, bon et vivifiant Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles
des siècles.
Le chœur : Amen
Pendant la vénération de l’icône, on chante le tropaire et le kondakion du saint/de la sainte et
le prêtre en fait mémoire au congé :
Le prêtre : Que le Christ notre vrai Dieu, par l’intercession de sa sainte Mère toute-pure et par
les prières de saint(e) N. ait pitié de nous et nous sauve, lui qui est bon et qui aime les
hommes.