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"Le droit international face aux enjeux environnementaux"

L’équipe du Centre d’études et de recherches internationales et communautaires (CERIC) a accueilli du


4 au 6 juin 2009 le colloque annuel de la Société française pour le droit international. Il s'agissait du
quatrième colloque organisé par les internationalistes de la Faculté de droit et de science politique d'Aix-en-
Provence, après les colloques de 1973 (Les pays en développement et les transformations du droit
international), 1984 (Les agents internationaux) et 1998 (La codification du droit international). L’édition
2009 a quant à elle porté sur un thème d’une belle actualité : Le droit international face aux enjeux
environnementaux.

Les sciences ont réalisé ces quarante dernières années un formidable bond en avant. Ces avancées
rapides sont porteuses d’espoirs. Mais, paradoxalement, elles ont également fait entrer les rapports sociaux
dans une « société du risque » (U. Beck). Le risque s’est introduit dans le débat public. Il est source de
tensions sociales. Les revendications d’une connaissance des risques, d’une prévention des risques, voire
d’une réparation pour risque des dommages sont omniprésentes, particulièrement lorsque sont en cause des
questions environnementales. Or, si l'on veut le traiter, ce risque doit être extrait de la dimension scientifique
et technique à laquelle il ne peut être réduit. Appréciation de la fréquence d’un événement, de son
occurrence, de l’ampleur de ses conséquences, le risque est certes un calcul, mais il est aussi le fruit de
perceptions subjectives, le support de constructions sociales et le vecteur de nouvelles exigences politiques.
Transversal par excellence, ce sujet dont l'appréhension commande de doubler une démarche technique ou
parcellaire que chacun peut conduire dans le cadre de sa discipline par une analyse plus distanciée visant à
déceler, à travers le champ du droit, de l'économie, de la sociologie politique ou des sciences exactes, le
signe d'infléchissements et parfois de ruptures par rapport aux modes de pensée classiques. Les juristes ont
ici toute leur place, même si leur participation a trop souvent été instrumentalisée, le droit étant parfois
uniquement perçu comme une « boîte à outils » offrant des réponses réglementaires ou législatives à des
problèmes dont l'entendement échapperait aux juristes.

Le colloque, dont le lecteur trouvera ci-après les actes, a témoigné à la fois de l’originalité, du
dynamisme et de l’importance du droit international en la matière, tout en mettant en évidence ses limites.
Le droit international de l’environnement est à la fois un outil fondamental de coopération entre les États et
un facteur d’harmonisation et de dynamisation des droits nationaux. Mais le colloque d’Aix n’a pas, à
proprement parler, été un colloque sur le droit de l’environnement. Restés fidèles à l’approche de nos
prédécesseurs, nous nous sommes, en effet, attachés à saisir des questionnements fondamentaux du droit
international général à travers le prisme d'un sujet apparemment singulier. Les trois jours de travaux ont
cherché à comprendre comment les défis environnementaux ébranlent voire transforment les catégories et
concepts structurant le droit international. Comme l’avait remarquablement mis en lumière l’un des sinon le
précurseur de la matière, Alexandre-Charles Kiss, l’environnement se présente comme un sujet « carrefour
», à la confluence de problématiques multiples dont l'interaction contribue, dans une sorte de complexité
féconde, à revivifier les tissus du droit international. Ne fallait-il pas saisir là une occasion de dépoussiérer
l'image d'un droit international qui ne saurait se résumer à une collection de règles compassées, frappées de
péremption par l'évolution d'un Monde auxquelles elles seraient inadaptées ou, à la manière de ces étoiles
éteintes depuis des siècles mis dont on continue à percevoir la lumière, traduisant des rapports de forces
depuis longtemps dépassés .

La réalisation du colloque doit beaucoup à l’investissement, à la disponibilité et à la gentillesse des


membres du CERIC, en particulier de Christine Boissac, Donia Landoulsi-Faure, Vanessa Richard, Cécile
Vincenti, Tony Volpe et tous les allocataires-moniteurs et doctorants contractuels. Qu’ils soient ici très
chaleureusement remerciés.

Yann Kerbrat, Sandrine Maljean-Dubois et Rostane Mehdi