Vous êtes sur la page 1sur 3

Robert Macaire — Wikipédia https://fr.wikipedia.

org/wiki/Robert_Macaire

Robert Macaire
Robert Macaire est un personnage imaginaire de bandit, d’affairiste sans scrupule au
théâtre et dans l’art. Robert Macaire
Il fut créé par Benjamin Antier et incarné par Frédérick Lemaître dans le drame l’Auberge Personnage de fiction apparaissant dans
des Adrets, représenté pour la première fois en 1823. Il fut ensuite repris en 1835 dans une L’Auberge des Adrets.
deuxième pièce intitulée Robert Macaire.

Antier, Saint-Amand et Polyanthe avaient composé très sérieusement un mélodrame


sombre, aux phrases pompeuses et ampoulées, l’Auberge des Adrets, dont le principal rôle
était destiné à Frédérick Lemaître, lors de la reprise de cette pièce en 1832 au théâtre de la
Porte-Saint-Martin.

Ne se faisant aucune illusion sur la valeur de l’ouvrage et craignant d’y faire piteuse figure, le
grand acteur imagina, au cours des répétitions, de transformer cette naïve élucubration en
plaisanterie. Il fit entrer dans son projet l’acteur Firmin, chargé du rôle de Bertrand :

« Comment, sans faire rire, rendre ce personnage grossièrement cynique, cet


assassin de grand chemin… poussant l’impudence jusqu’à se friser les favoris avec
un poignard, tout en mangeant un morceau de fromage de gruyère !… Un soir, en
tournant et retournant les pages de mon manuscrit, je me mis à trouver
excessivement bouffonnes toutes les situations et toutes les phrases des rôles de
Robert Macaire et de Bertrand, si elles étaient prises au comique.
Je fis part à Firmin, garçon d’esprit, et qui comme moi se trouvait mal à son aise
dans un Bertrand sérieux, de l’idée bizarre, folle, qui m’avait traversé Affiche de Célestin Nanteuil annonçant la
l’imagination. sortie des Cent et un Robert-Macaire par
1
Il la trouva sublime ! » Daumier et Philipon
— Frédérick Lemaître, Souvenirs
Un personnage grotesque, à la mine dépenaillée, aperçu sur le boulevard, lui donna l’idée de Origine France
son Robert Macaire. Le soir de la première représentation, auteurs et directeur furent Sexe Masculin
stupéfiés par la nouvelle manière des deux compères. Ils comptaient sur un succès de
Activité Bandit
larmes : ce fut le triomphe du fou rire. Quand le public vit ces deux bandits venir se camper
sur l’avant-scène dans cette position tant de fois reproduite, affublés de leurs costumes
Créé par Benjamin Antier
devenus légendaires : Bertrand avec sa houppelande grise, aux poches démesurément
longues, les deux mains croisées sur le manche de son parapluie, debout, immobile, en face Interprété par Frédérick Lemaître
de Macaire qui le toisait crânement, son chapeau sans fond sur le côté, son habit vert rejeté Pièces L’Auberge des Adrets
en arrière, son pantalon rouge tout rapiécé, son bandeau noir sur l’œil, son jabot de dentelle Robert Macaire
et ses souliers de bal, l’effet fut écrasant.

Rien n’échappa à la sagacité avide d’un public surexcité par ce spectacle nouveau et imprévu. Les coups de pied prodigués à Bertrand, la tabatière
criarde de Robert Macaire, les allusions de toutes sortes furent saisies avec une hilarité d’autant plus grande que le reste de la pièce fut rendu par
les autres artistes avec tout le sérieux et toute la gravité que comportaient leurs rôles.

Après 1830, avaient surgi un grand nombre de drames tout empreints des idées particulières d’ironie et de révolte contre toutes les autorités. Ce
n’est pas l’un des signes les moins caractéristiques des années qui suivirent 1830 que la popularité du type de Robert Macaire, qui devint
l’incarnation, à cette époque agitée, du crime facétieux, du vol spirituel et du meurtre jovial.

Les auteurs de la pièce prirent leur parti des changements introduits par les deux acteurs, à l’exception du docteur Polyanthe, qui voua « une
rancune implacable » à Frédérick Lemaître. Le 6 décembre suivant, la pièce fut reprise sur la même scène, et les auteurs en donnèrent une
seconde édition « conforme à la représentation ». Une autre reprise eut lieu à la Porte-Saint-Martin, le 28 janvier 1832, sous la direction de
Harel. Le rôle de Bertrand était tenu par Serres, qui se montra, paraît-il, bien supérieur à Firmin.

Le public, qui semblait prendre un goût malsain à ce que Heinrich Heine appelait le « Robert macairianisme », à cette affectation de tout
bafouer, de ne pas croire à la vertu, de rire du vice et de ne plus voir qu’une « blague » dans les sentiments honnêtes et généreux, acclama ce
railleur impudent et vicieux. L’Auberge des Adrets devint une sorte de cadre élastique, de scénario complaisant où se renouvelaient chaque jour
les improvisations les plus ébouriffantes.

1 di 3 22/09/18 11:57
Robert Macaire — Wikipédia https://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Macaire

La pièce jouée en 1832 était quelque peu différente du mélodrame primitif ; le troisième acte avait été supprimé et remplacé par une charge
restée fameuse : les deux voleurs, poursuivis par les gendarmes, montaient dans une loge d’avant-scène et jetaient sur le plancher du théâtre les
deux agents de la force publique assassinés, et figurés par des mannequins, puis aux applaudissements de la foule, ils concluaient par cette
maxime :

Tuer les mouchards et les gendarmes,


Ça n’empêche pas les sentiments.

Au moment où Robert Macaire et Bertrand, entourés de gendarmes et de témoins, sentaient qu’ils allaient être découverts, ils se regardaient de
travers : « — Sortons, disait Macaire à Bertrand ; il s’agit de vider une affaire d’honneur. —Tenez, marquis, il vaut mieux que nous sortions ! » Au
moment où l’on recherchait l’auteur du crime qu’ils venaient de commettre, Bertrand disait avec candeur au brigadier : « Tenez, Monsieur le
gendarme, je propose une chose : c’est que tout le monde s’embrasse et que cela finisse ! »

Les lazzis des deux coquins obtenaient souvent des succès « d’actualités ». Lorsqu’on leur demandait leur profession, par exemple, leur choix
dépendait alors de l’événement de la veille. Robert Macaire se faisait aéronaute et professeur dans l’art « d’enlever » des ballons ou encore, le
lendemain d’un vol à la collection numismatique de la Bibliothèque royale : « conservateur des médailles ». Enfin Bertrand disait volontiers :
« Ma femme prend des enfants en sevrage et je perfectionne leur éducation ».

La vogue de ce drame tragico-burlesque fut telle qu’elle inspira à Frédérick Lemaître l’idée de
développer les deux types de bandits de Bertrand et de Robert Macaire, et de leur donner pour cadre
une véritable comédie de mœurs. Il se mit à l’œuvre et écrivit avec Benjamin Antier et Saint-Amand,
ses deux collaborateurs naturels, la pièce de Robert Macaire, pièce en quatre actes et six tableaux qui,
après quelques péripéties, fut jouée aux Folies-Dramatiques le 14 juin 1834. Le succès fut colossal et
fit la fortune du directeur Mourier. Le parterre fit aux deux coquins un accueil encore plus
enthousiaste que précédemment, et, enhardis par leur popularité, les deux acteurs ajoutaient chaque
soir quelque bouffonnerie plus cynique : « c’était leur fête de chaque jour, disait Jules Janin, de s’en
aller tête baissée à travers les établissements de cette nation, de faucher à la façon de quelque Tarquin
déguenillé, les hautes pensées, les fermes croyances, et de semer, chemin faisant, l’oubli du remords,
le sans-gêne du crime, l’ironie du repentir. » Le public encourageait ces audaces en les applaudissant
avec d’autant plus de frénésie qu’elles étaient plus irrespectueuses de toute autorité.

Chaque théâtre voulait avoir son Robert Macaire : l’un donna la Fille de Robert Macaire, l’autre le
Fils de Robert Macaire, un troisième le Cousin de Robert Macaire. Aux Funambules on jouait Une Illustration de Daumier pour Robert
émeute au Paradis, ou le Voyage de Robert Macaire. Après avoir grisé saint Pierre, le sinistre gredin Macaire, agent d’affaires.
lui volait les clefs du ciel, mettait le paradis en goguette et débauchait les saints et les anges ; le diable
essayait, mais en vain, d’empoigner Robert Macaire qui restait le plus fort et le plus heureux dans
l’autre monde comme sur la terre. Les plaisanteries sacrilèges étaient un des épices de cette pantalonnade blasphématrice où on pouvait entendre
une oraison dominicale qui débutait par ces mots : « Notre père qui êtes dans la lune. »

Le gouvernement finit par interdire ces spectacles auxquels le public, surtout populaire, prenait un plaisir excessif qui l’inquiétait. Un soir que
Frédérick Lemaître s’était « fait la tête » de Louis-Philippe pour jouer son rôle de Robert Macaire, la police intervint.

Sommaire
Postérité
Notes et références
Bibliographie
Articles connexes

Postérité
Le type ainsi lancé avait rapidement conquis une popularité qui ne devait plus s’éteindre. Il fut repris quelques années plus tard par Philipon, qui
inspira au crayon de Daumier une série de lithographies représentant Robert Macaire dans toutes sortes de situations sociales pour devenir,
selon le mot de James Rousseau dans sa Physiologie du Robert Macaire, « l’incarnation de notre époque positive, égoïste, avare, menteuse,
vantarde… essentiellement blagueuse. » Ces dessins, qui parurent dans le Charivari, de 1836 à 1838, ont été réunis par l’éditeur Aubert dans un
album intitulé les Robert Macaire.

Le personnage a été représenté dans un tableau monumental de Louis-Maurice Boutet de Monvel (1853-1930), L'apothéose de la canaille ou le
2
triomphe de Robert Macaire, peint en 1884 .

La Robert-Macaire fut le nom donné jadis à une danse osée variété de cancan.

2 di 3 22/09/18 11:57
Robert Macaire — Wikipédia https://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Macaire

Robert Macaire et Bertrand sont des costumes qui apparaissent parmi les personnages typiques du Carnaval de Paris en 1830.

On retrouve Robert Macaire en 1945, dans les Enfants du paradis le film de Marcel Carné où la pièce l’Auberge des Adrets est jouée.

Le nom de Robert Macaire apparaît dans l'une des Chantefables (Le dromadaire) de Robert Desnos.

Il a inspiré à l'auteur de bande dessinée flamand Willy Vandersteen la série Robert et Bertrand, publiée de 1972 à 1992.

En 1998, Eric-Emmanuel Schmitt raconte la création de ce personnage par Frédérick Lemaître dans sa pièce Frédérick ou le Boulevard du
Crime.

Notes et références
1. Frédérick Lemaître, Souvenirs, 1880, p. 83.
2. Notice de l'oeuvre (http://webmuseo.com/ws/mbao/app/collection?vc=ePkH4LF7w1I9geonpBCEJmSF3MTkxMwicOEC9wcAi0wUnA$$),
musée des beaux-arts d'Orléans

Bibliographie
Jules Guex, Le Théâtre et la société française de 1815 à 1848, Paris, Fischbacher, 1900, p. 101-4.
Noémi Carrique, « Le succès du crime sur scène avec Robert Macaire : modernité théâtrale et protestation sociale au XIXe siècle »
(http://criminocorpus.revues.org/2218), Criminocorpus, revue hypermédia [En ligne], Varia, mis en ligne le 13 décembre 2012.

Articles connexes
Pommes Macaire

Ce document provient de « https://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Robert_Macaire&oldid=150897357 ».

La dernière modification de cette page a été faite le 1 août 2018 à 21:58.

Droit d'auteur : les textes sont disponibles sous licence Creative Commons attribution, partage dans les mêmes conditions ; d’autres conditions
peuvent s’appliquer. Voyez les conditions d’utilisation pour plus de détails, ainsi que les crédits graphiques. En cas de réutilisation des textes de
cette page, voyez comment citer les auteurs et mentionner la licence.
Wikipedia® est une marque déposée de la Wikimedia Foundation, Inc., organisation de bienfaisance régie par le paragraphe 501(c)(3) du code
fiscal des États-Unis.

3 di 3 22/09/18 11:57

Vous aimerez peut-être aussi