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'W CE JOUR D'ASCENSIONS le roi Arthur

rj donne un grand festin dans son château.


* ^ n y a dans la magnifique salle beaucoup
de barons* et de beUes dames et tous mangent et
parlent avec entrain.
Soudain, un chevalier* superbement équipé et
armé fait son entrée dans la salle. Il s'avance vers
le roi et, sans le saluer, il lui dit :
- Roi Arthur, je retiens prisonniers dans mes
terres un grand nombre d'habitants de ton
royaume ; mais je ne parle pas d'eux pour te les
rendre : au contraire, je veux te faire savoir que
tu n'as ni la puissance ni la richesse nécessaires
pour les libérer. Et il en sera ainsi jusqu'à ta mort.
- Ce que vous dites est vrai, répond le roi, et
cela me tourmenteHivement.
Alors le chevalier fait semblant de s'en aller.
Mais, arrivé à la porte de la grande saUe, il se
retourne et dit au roi ;
- Roi, s'U y a à ta cour ui^ chevalier, un seul, à
1. Ascension : fête chrétienne qui rappelle l'élévation miraculeuse
de Jésus-Christ dans le ciel après sa résurrection.
2. Tourmenter ; inquiéter terriblement.
qui tu peux confier la reine pour la conduire après
moi dans le bois où je vais, je l'y attendrai et je te
fais le serment* de te rendre tous les prisonniers
s'il parvient à me vaincre et à ramener la reine.
Ces mots provoquent un grand tumulte' dans
la saDe.
La nouvelle parvient aux oreilles du sénéchal*
Keu, qui déjeune à part avec des officiers de
bouche* : il interrompt son repas, se précipite
vers le roi et lui dit :
• — Sire*, laissez-moi accompagner la reine dans
le bois où le chevalier nous attend. Ne craignez
rien, je vous la ramènerai saine et sauve^ et en
parfait état.
Le roi ne peut refuser, à sa grande tristesse. I l
lui confie donc la reine et Keu l'emmène.
Tous les assistants au festin sortent pour les voir
partir. Beaucoup pleurent car ils pensent qu'ils
ne reverront jamais la reine. Le sénéchal, homme
trop orgueilleux, a peu de chance de réussir.
C'est alors que messire* Gauvain dit tout bas
au roi, son oncle ;
- Sire, vous avez agi comme un enfant en lais-
sant partir la reine avec Keu. Si vous le voulez
bien, je crois que nous devons les suivre, vous et
moi, pour savoir ce que la reine va devenir et
comment Keu va se comporter.
1. Tumulte : grand bruit, agitation.
2. Sain et sauf; en bon état physique a^jrès avoir couru un danger.

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- Allons-y, gentil neveu, répond le roi, vous de lui et part au galop. Messire Gauvain décide d
venez de parler comme un bon chevalier. le suivre.
On prépare rapidement les chevaux de Assez longtemps après, il retrouve mort l
Gauvain et du roi. cheval qu'il a doraié au chevalier inconnu. Ce de
Messire Gauvain s'arme de pied en cap' et les nier est tombé dans tme embuscade'.
deux hommes partent sur les traces de Keu, sui-
vis de loin par les barons. ***
Alors qu'ils approchent de la forêt, Us voient
venir le cheval de Keu, sans cavaMer II est cou- Gauvain reprend sa route et finit par aperce
vert de sang. Keu a été vaincu et la reine enlevée. voir de nouveau le chevalier qui marche seul,
pied, tout armé avec son heaume*, son écu*
* ** cou et son épée sur le côté. Il vient d'atteind
une charrette.
Sans hésiter Gauvain, prenant un autre cheval Dans toutes les villes il y a une charrette. Elle
avec lui, part au galop pour retrouver la reine. Il servent à promener dans les rues les meurtriers
voit bientôt venir un chevalier qui avance au pas les voleurs et les traîtres-. Celui qui y monte e
sur un cheval fourbu-. Le chevalier salue messire déshonoré et, dans toutes les cours, on refuse d
Gauvain qu'il a recormu. Il s'arrête et lui dit : lui faire bon accueil.
- Sire, vous voyez que mon cheval est épuisé. Le chevalier inconnu dit au nain' qui condu
Je crois que les deux chevaux qui sont avec vous ; la charrette :
vous appartiennent. Je vous prie donc, en vous fai- - Nain, je t'en supplie, dis-moi si tu as vu m
sant le serment de vous rendre im jour un service dame la reine passer par ici.
identique, de m'en prêter ou de m'en donner un. Le nain, qui est un mauvais homme, lui répond
- Choisissez celui que vous préférez. - Monte dans la charrette et demain tu saura
Mais le chevalier ne prend pas le temps de ce que la reine est devenue.
choisir. Il saute sur celui qui se trouve le plus près 1. Embuscade : on prépare une embuscade en cachant une trou
... à mi endroit favorable pour attaquer l'ennemi. Ce dernier tomb
alors dans l'embuscade.
1. De pied en cap : complètement 2. Traître : personne qui passe du côté de l'ennemi.
3. Nain : honime anormalement petit.
2. Fourbu : épuisé, très fatigué.
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Et il poursuit son chennin. Après une courte


hésitation, le chevalier saute dans la charrette.
Messire Gauvain, qui arrive à ce moment, est
très surpris de trouver le chevalier dans la char-
rette. Il demande au nain ; '
- Nain, dis-moi où se trouve la reine, si tu le sais.
- Si tu as aussi peu d'amour pour toi-même que
ce chevalier qui est assis ici, répond le nain, monte
à côté de lui et je vous conduirai l'un et l'autre.
Messire Gauvain refuse.
- Je te suivrai là où tu iras, dit-il au nain.
Alors ils se mettent en route, Gauvain à cheval
et les deux autres dans la charrette.
Le soir, ils arrivent près d'un château d'ime
grande richesse et en franchissent tous les trois
la porte. Les habitants de l'endroit sont très sur-
pris en voyant le chevalier dans la charrette.
- Dis-nous, nain, quel crime a commis cet
homme pour être conduit ainsi ? demandent-ils.
Mais le nain refuse de répondre. Il conduit le
chevalier dans la tour où il doit se loger. Gauvain
les suit de près.

* **
Le chevalier, toujours suivi de Gauvain, entre
dans la grande saUe de la tour. Là, ils rencontrent
une demoiselle d'une grande beauté.
Elle leur sert un excellent dîner puis elle leur
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fait préparer, au milieu de la salle, deux lits hauts Soudain, près de la rivière, i l voit passer des che-
et longs. Au moment d'aller se coucher, elle vaux. Sur l'un d'eux, le chevalier reconnaît la reine
prend les deux jeunes gens par le bras et les Guenièvre. Gauvain l'a vue lui aussi. Ils décident de
conduit vers les lits en disant : la suivre. La demoiselle donne un cheval au cheva-
- C'est pour vous que ces deux lits ont été pré- lier inconnu et les deux horrLmes partent aussitôt.
parés. Mais dans celui qui est devant nous, seul Ils traversent un champ puis entrent dar^ -js-
peut dormir quelqu'un qui doit le mériter. Vous, forêt. Ils chevauchent'' pendant très lor^temps
qui venez de la charrette, vous ne pouvez pas sans rien trouver. Enfin, quand le jour va tomber,
l'occuper. D'aUleurs, si vous le faites, i l vous arri- ils rencontrent une jeune fille. Ils la saluent tous
vera des choses désagréables. les deux et lui demandent de leur dire où on a
- C'est ce que nous allons voir, répond le che- emmené la reine. Elle leur répond :
valier de la charrette. - Si vous jurez de me rendre un jour le service
Il quitte ses chausses* et se couche dans le l i t , que je vous fais aujourd'hui, je peux vous dire le
qui est très confortable. nom de la terre où on l'emmène et celui du che-
À minuit, une lance"* très pointue tombe brus- valier qui l'a enlevée. Mais i l faudra énormément
quement du toit et va se planter dans le lit, juste de courage à celui qui voudra entrer dans ce pays
à côté du chevalier. À la lance est fixé un drapeau car, avant d'y arriver, il devra beaucoup souffrir.
enflammé. Le feu se communique bientôt aux Les deux chevaliers acceptent de la servir
draps et au lit tout entier. Le chevalier se redres- quand eUe en aura besoin.
se, éteint le feu, saisit la lance et la jette au milieu - Alors, dit-elle, je vais vous dire de qui i
de la salle, sans quitter son lit. Puis i l se rendort s'agit. C'est Méléagant, un chevalier d'une grande
tranquillement. force, fils du roi de Gorre, qui l'a faite prisonniè-
re et conduite dans ce royaume dont aucun
* * * • • ' • : • . • étranger ne revient.
- Demoiselle, où est cette terre ? demande le
Le lendemain matin, après avoir mangé, le chevalier de la charrette. Quel est le chemin qu
chevalier va regarder par la fenêtre, tandis que y mène ?
Gauvain parle avec la demoiselle. Devant l u i
s'étendent des champs traversés par une rivière. 1. Chevaucher : aller à cheval.

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- Je vais vous le dire, répond-elle. Mais, Le chevalier de la charrette galope depuis
sachez-le bien, sur votre route vous trouverez de longtemps déjà lorsqu'il arrive à une rivière qu'on
nombreux obstacles, car on n'entre pas facile- peut traverser par un gué'. De l'autre côté du •
ment dans ce pays si on n'a pas la permission du gué, un chevalier armé monte la garde.
roi, qui s'appelle Bademagu. Cependant, on peut Le chevalier, qui veut faire boire son cheval,
y pénétrer par deux routes dangereuses qui galope rapidement jusqu'au gué. C'est alors
mènent à deux passages encore plus dangereux. qu'une voix dit :
L'un s'appelle le Pont-sous-les-eaux, car il est - Chevalier, je garde ce gué et je vous interdis
entièrement sous l'eau. C'est le plus "facile des d'y entrer.
deux. L'autre pont est plus difficile d'accès et Mais le chevalier, qui est perdu dans ses pen-
c'est aussi le plus dangereux : personne ne l'a sées, ne l'entend pas et se précipite vers l'eau.
jamais franchi car il coupe comme une épée. Alors le gardien lui crie :
C'est pourquoi tout le .monde l'appelle le Pont- - Laisse ce gué, car t u n'as pas le droit de le
de-l'épée.
traverser.
Puis elle leur montre les deux routes. Le chevalier, qui ne pense qu'à la reine, ne l'en-
Le chevalier inconnu dit alors à Gauvain : tend toujours pas et continue à avancer dans l'eau.
- Sire, choisissez la route que vous préférez, - Tu vas payer cher ton insolence- et ni ton
moi je prendrai l'autre. écu ni ton haubert* ne pourront te protéger, lui
- Ma foi, dit messire Gauvain, ces deux pas- crie le gardien.
sages ont l'air fort dangereux et je ne sais lequel Il lance son cheval au galop, se précipite sur le
choisir. Mais, puisque vous me donnez le choix, je chevalier et le frappe si violeniment que ce dernier
prends le Pont-sous-les-eaux.
tombe dans l'eau. C'est alors qu'il aperçoit le gardien.
- Alors, je vais me rendre sans discuter au - Pourquoi m'avez-vous frappé ? demande le
Pont-de-l'épée, répond l'autre.
chevalier.
Ils remercient la jeune fille, lui disent adieu et
- Je t'ai dit deux fois de ne pas entrer dans le
chacun s'éloigne dans la direction qu'il a choisie.
gué et tu n'as pas voulu m'écouter. Tu devras
1. Gué : endroit d'une rivière où le niveau de l'eau est bas, ce qui
_ . , * * #
permet de la traverser à pied.
2. Insolence : manque de respect.

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payer pour tor: audace. En effet, la coutume veut que, quand un che-
- Mais je ne vous ai ni vu ni entendu ! Si d'une valier rencontre une demoiselle qui est seule, il
maia je pouvais saisir votre cheval... doit la traiter avec respect et accepter de l'escor-
- Qu'est-ce qui m'arriverait ? demande le gar- ter si elle le demande.
dien. Le chevalier de la charrette accepte donc
Et, sans attendre la réponse, il se précipite à l'hospitalité et les conditions de la demoiselle.
nouveau vers le chevalier. Celui-ci, vif comme Le lendemain matin, ils se mettent en route.
l'éclair, lui saisit une jambe et la tire avec une Tout au long du chemin, la demoiselle cherche
telle violence que l'autre tombe à terre. Alors, un à engager la conversation mais le chevalier reste
dur combat s'engage entre les deux honunes. Ils muet et semble toujours plongé dans ses pensées
se donnent des coups -terribles mais le chevalier Ils passent près d'une fontaine. Sur son bord,
est le plus fort. Le gardien du gué finit par quelqu'un a oublié un peigne en ivoire' et en or.
prendre peur et préfère s'enfuir plutôt que de Des cheveux blonds y sont accrochés, qui brillent
continuer à se battre. au soleil.
Voyant cela, le chevalier remonte sur son che- - Jamais je n'ai un si beau peigne, dit le
val et se remet en route. chevalier en le voyant.
- Donnez-le-moi, demande alors la jeune
*** femme. '
- Avec plaisir, demoiselle.
Le soir venu, le chevalier rencontre une demoi- II se penche de son cheval et le prend. Quand
selle qui vient dans sa direction. Elle est très bien il le tient entre ses maiiis, il le regarde longue-
vêtue et fort belle. Elle le salue et lui dit : ment et semble en admiration devant les che-
- Sire, je vous offre de passer la nuit dans mon veux. La demoiselle se met à rire. Il lui demande
château si, suivant les coutumes qui sont établies de lui dire pourquoi elle rit. Mais elle lui répond
au royaume de Logres, vous acceptez demain de - Ne me posez pas de questions ; je ne vous
m'emmener avec vous et de m'escorter'. répondrai pas maintenant.
- Pourquoi ?
1. E.scorter quelqu'un : accompagner quelqu'un pour le guider et le 1. Ivoire : matière de couleur blanche. (Les défenses des éléphant
protéger. sont en ivoire.)

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- Parce que je n'en ai pas envie ! entre sa chemise et sa peau, près de son cœur.
À ces mots, le chevalier la supplie de lui La demoiselle remonte sur son cheval en ser-
répondre. rant le peigne entre ses mains et le chevalier,
- Bien, finit-elle par dire, je vais vous le dire pour sa part, est heureux de presser les cheveux
sans vous mentir. Ce peigne appartient à la reine. contre son cœur. Ils quittent le pré et pénètrent
Et, croyez-moi, ces cheveux que vous voyez, si dans une forêt.
beaux, si blonds et si brillants sont bien ceux de
la reine. ** *
- Par ma foi, dit le chevaDer, il y a beaucoup de
rois et de reines. De laquelle voulez-vous parler ?
- Par ma foi, sire, de la femme du roi Arthur ! Ils chevauchent jusqu'à midi à travers la forêt
En entendant ces mots, le chevalier est si é.m,u et arrivent enfin dans une prairie. Ils aperçoivent
qu'il doit s'appuyer à la selle de son cheval pour alors une égUse dans un endroit magnifique. Un
ne pas tomber. La demoiselle le voit si pâle qu'el- cimetière entouré de grands murs se trouve près
le croit qu'il va perdre connaissance. Elle saute à de l'église. Le chevalier descend de cheval et
terre et court vers lui pour le retenir. Quand il la entre dans l'église pour prier Dieu pendant que
voit se précipiter ainsi, le chevalier se sent tout la demoiselle tient son cheval. Quand, après sa
honteux et il lui demande : prière, il se dirige vers la porte, il voit venir à lui
- Qu'êtes-vous venue faire ici, devant moi ? un moine' très vieux. Le chevalier Im demande
La jeune fille ne lui dit pas la vraie raison. Elle s'il peut voir le cimetière.
lui répond : - Je vais vous y conduire, répond le moine.
- Sire, si je suis descendue à terre, c'est pour Alors le moine le conduit au cimetière et le
venir chercher ce peigne car j'ai très envie de le guide entre les tombes. Sur chacune sont gravées
garder. des lettres qui indiquent le nom de celui qui y
Le chevalier le lui donne après en avoir retiré sera couché un jour. Le chevalier de la charrette
les cheveux avec une telle douceur qu'il n'en casse commence alors à lire tous les textes.
pas un seul. Il les caresse, les porte à ses yeux, à Il lit ainsi :
sa bouche, à son front ; il est fou de joie de les pos-
séder : ils sont devenus sa richesse. Il les place 1. Moine : religieux chrétien.

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ICI REPOSERA GAUYAJN ET ICI YVAIN. Aussitôt, le chevalier de la charrette saisit l
dalle et la soulève sans aucun effort. Le moine ne
peut croire ce qu'U, voit.
Après ces deux noms, il en lit beaucoup - Sire, j'ai grande envie de connaître votr
d'autres : tous sont ceux de brillants chevaliers. nom. Acceptez-vous de me le dii-e ?
Parmi les tombes, il en voit une qui est particu- - Non, je refuse de le faire, répond le chevali
lièrement belle. Il appelle alors le moine et lui de la charrette.
demande : Puis il rejoint la demoiselle en compagnie du
- Pour qui sont ces tombes ? moine.
- Vous avez lu ce qui est écrit dessus, vous Tandis que la demoiselle monte à cheval, l
savez donc à qui elles sont destinées. moine lui raconte ce que le chevalier vient d
- Mais la plus grande d'entre elles, dites-moi à faire et il lui demande son nom. Mais la jeune fill
quoi eUe sert ? lui avoue qu'elle ne le connaît pas.
- Je vais vous dire ce que j'en sais. C'est la plus - Il va délivrer la reine et, a^^ec elle, tous l
belle de toutes les tombes. On dit que l'intérieur autres prisonniers. Croyez-moi, c'est le plu
est encore plus beau, mais vous ne le verrez pas. grand des chevaliers.
Il faut en effet au moins sept hommes grands et La jeunefiUepart rejoindre le chevalier qui es
forts pour l'ouvrir car elle est recouverte d'une déjà loin devant eUe. Ils chevauchent l'un à côt
dalle' très lourde. Elle porte d'ailleurs une ins- de l'autre. EUe lui demande alors son nom ave
cription qui dit ceci ; une telle insistance qu'il finit par lui répondre :
- Je suis né au royaum.e du roi Arthur, c'es
tout ce que je peux vous dire.
CELUI QUI SERA CAPABLE Alors la demoiselle lui demande la permissio
DE SOULEVER CETTE DAU,E de le quitter, ce qu'il lui accorde avec grand plaisi
LIBÉRERA TOUS CEUX QUI SONT PRISONNIERS
AU ROYAUME DONT PERSONNE NE REVIENT. ***
La demoiselle s'en va et le chevalier che
1. Dalle : ici, plaque de piene qui recouvre une tombe. vauche seul jusqu'à la tombée de la nuit. C'e
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alors qu'il aperçoit un chevalier qui sort d'une
forêt où il a chassé. Ce vavasseur* s'avance rapi-
dement vers le chevalier de la charrette et lui
propose de le loger chez lui :
- Sire, il va bientôt faire nuit ; il est temps de
trouver où dormir. Je serais très-heureux de vous
accueillir chez moi.
- Et moi de venir chez vous, répond le che-
valier.
Ils poursuivent ensemble leur chemin vers la
maison du vavasseur. Celui-ci a pour épouse une
dame très aimable, cinq fils qu'il aime beaucoup,
dont deux sont déjà chevaliers, et deux filles
belles et charmantes. Es sont tous nés au royaume
de Logres mais ils sont prisonniers depuis long-
temps déjà à Gorre.
Tous font un très bon accueil au chevalier et
ils lui servent un excellent dîner. À la lin du
repas, le vavasseur demande au chevalier d'où il
vient mais il ne cherche pas à savoir son nom.
- Je suis du royaume de Logres, répond le
chevaUer, et c'est la première fois que je viens
dans ce pays.
Quand le vavasseur entend cette réponse, il
est très triste et il dit au chevalier ;
- C'est pour votre malheur que vous y êtes
venu. Comme nous, vous allez perdre à jamais
votre liberté car vous ne pourrez pas sortir de ce
pays.
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- J'espère pouvoir y parvenir ! Le père leur donne la permission d'accompa-
- Comment ? Vous croyez pouvoir en sortir ? gner le chevalier.
- Mais oui. Du moins, je ferai tout pour cela. Ils décident alors tous d'aller se reposer pour
- Alors tous les prisonniers qui y sont pour- se mettre en route tôt le lendemain matin.
ront sans peur partir librement, car il suffit qu'un
seul d'entre nous se libère par un combat "loyal', ***
pour que tous quittent à jamais ce royaume.
Alors le vavasseur se souvient d'un bruit qui Au lever du jour, le chevalier fait ses adieux au
court dans le pays ; un chevalier de grande vavasseur et, suhn des deux courageux jeunes
valeur, dit-on, est arrivé pour porter secours à la hommes, il se dnige vers le Pont-de-l'épée.
reine que Méléagant, le fils du roi, retient pri- Ils chevauchent tout le jour sans vivre une
sonnière. seule aventure. Après avoir traversé une forêt,
« J'ai l'impression que c'est lui », se dit-U. Puis, ils voient un manoir*, et une femme, qui est assi-
s'adressant au chevalier, il ajoute : se à la porte, leur propose de dîner et de dormir.
- Sire, j'ai l'iircpression que c'est pour sauver la Le chevalier accepte aussitôt en la remerciant.
reine que vous êtes venu dans ce pays. Est-ce Le mari et les enfants de la femme se réjouissent
que je me trompe ? aussi d'avoir des invités.
- Je n'y suis pas venu pour autre chose, lui Ils se mettent à table. Ils ont à peine commencé
répond le chevalier de la charrette. Je ne sais où le premier plat qu'un événement inattendu sur-
se trouve la reine mais je ferai tout pour la sauver. vient : un chevalier, plus orgueilleux qu'un taureau,
Les fils aînés du vavasseur ont écouté la se présente à la porte de la maison. Sans descendre
conversation. L'un d'eux s'avance vers leur père de son cheval, il s'avance vers la table et il dit :
et il lui dit : - Lequel d'entre vous est assez fou et assez
- Sire, si cela ne vous ennuie pas, je vais orgueilleux pour entrer dans ce pays et croire
accompagner ce seigneur. pouvoir franchir le Pont-de-l'épée ?
Alors, son frère se lève aussi et dit : Le chevalier de la charrette lui répond alors
- J'irai moi aussi. calmement :
- C'est moi.
1. Loyal : qui est fidèle à ce qu'il a promis. - Toi ? Toi ? Avant de te lancer dans ime telle
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aventure, il fallait réfléchir et te rappeler la char- - Je dois vi-aiment te faire grâce ? demande le
rette dans laquelle tu es monté. Après avoir subi chevalier.
une telle honte, comment peux-tu croire que tu - C'est en effet ce que je désire, répond le
vas réussir une chose si difficile ? vaincu.
Le chevalier de la charrette préfère ne pas - Alors, tu devras d'abord monter sur une
répondre aux attaques de l'inconnu. charrette. C'est tout ce que tu peux faire pour
- Chevalier, m'as-tu entendu ? Tu ne passeras obtenir ma grâce.
pas le pont. - Non ! Je n'y monterai jamais ! répond le che-
Le chevalier de la charrette continue à ne rien valier inconnu.
dire. - .Ah non ? dit le chevalier de la charrette, éh
- Tu ne veux pas m'écouter, dit l'autre, alors bien, tu vas mourir !
tu vas devoir sortir dehors et te battre avec moi. - Sire, vous avez le droit de me tuer mais, au
Et, sur ces mots, il sort. nom du ciel, je vous supplie de m'accorder grâce
Le chevalier de la charrette va chercher ses sans m'obliger à monter dans la charrette.
armes et, suivi des deux jetmes gens qui le servent, C'est alors qu'arrive ime jeune fille montée sur
il va retrouver l'homme qui vient de le provoquer. un âne. EUe s'adresse au chevalier de la charrette
Dès qu'ils sont face à face, ils s'élancent l'un et lui dit :
contre l'autre et commencent à se dernier de vio- - ChevaUer, je suis venue de très loin en me
lents coups d'épée. Ils se battent avec une telle pressant pour te demander une faveur'; si tu
rage qu'ils se blessent à de nombreux endroits. acceptes, tu en seras récompensé car je pense
Tous les gens du manoir sont là à les regarder, ce qu'un jour tu auras besoin de mon aide.
qui fait redoubler la colère du chevalier de la - Dites-moi ce que vous désirez et, si je peux
charrette : il veut vaincre son ennemi devant ces vous aider, je le ferai immédiatement.
gens qui l'ont si bien accueilli. Alors, il attaque - Ce que je veux, répond la jeune fUle, c'est la
de plus en plus fort et finit par faire reculer son tête de ce chevalier que tu as vaincu car c'est
adversaire qui, bientôt impuissant devant la l'homme le plus cruel du monde. Tu feras un acte
force de l'autre, demande grâce'. juste en le tuant.
1. Demander grâce : demander à être pardonné, 1. Faveur : service, aide.

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Quand le vaincu entend la demoiselle deman- tu tireras un grand profit du service que tu me
der sa tête, il se met à supplier le chevalier. rends aujourd'hui.
- Ne la croyez pas car elle me déteste, Sur ces mots, elle s'éloigne en emportant la
- Ne l'écoutez pas, hurle la jeune fille. C'est tête de l'inconnu.
l'être le plus mauvais qui puisse exister, je vous Tous rentrent alors au manoir et vont se
l'ai dit. coucher.
Le chevalier de la charrette est bien embar-
rassé. Après avoir réfléchi, voilà ce qu'il décide : ** *
- Chevalier, dit-D à son adversaire, nous allons
reprendre le combat. Si, cette fois encore, je Le lendemain, à l'aube, le chevalier de la char-
gagne, tu mourras sur-le-champ'. rette et ses compagnons se lèvent et se prépa-
- Je suis d'accord, répond l'autre. rent. Une fois prêts, ils se remettent en route. Us
Ils reprennent donc le- combat avec rage. Mais, chevauchent tout le jour et, vers le soir, ils arri-
cette fois, le chevalier de la charrette vient à vent au Pont-de-I'épée.
bout^ de son adversaire bien plus facilement et À l'entrée de ce pont effi-ayant, ils mettent
rapidement qu'il ne l'a fait la première fois. pied à terre et regardent couler l'eau profonde et
Aussitôt la demoiselle lui crie : noire. Puis ils examinent le pont. Il est constitué
- Tu ne dois pas avoir pitié de lui, chevalier. d'une épée très large et tranchante qui est fixée
Coupe la tête à l'être le plus cruel du royaume et solidement sur chaque bord de la rivière.
donne-la-moi. En la voyant, les deux compagnons du cheva-
Alors le chevalier de la charrette lève son épée lier se mettent à trembler de peur.
et, d'un seul coup, il fait voler la tête de son - Sire, réfléchissez avant de passer ce pont. Il
adversaire sur le sol. Il va ensuite prendre la tête n'est pas trop tard pour revenir sur vos pas.
par les cheveux et la tend à la jeune fiHe. Elle est - Seigneurs, je vous remercie de vous inquié-
folle de joie : ter pour moi. Cela prouve que vos cœurs sont
- Je te dois une récompense, dit-elle : elle généreux. Mais sachez que je n'ai pas peur de ce
viendra au moment voulu. Je peux t'affirmer que pont et que rien ne me fera reculer.
1, Sur-le-champ : immédiatement. Il se prépare donc à traverser le pont. Il enlève
2. Venir à bout de quelqu'un : en finir avec quelqu'un.
ses gants et ses chaussures, et s'installe surl'épée
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qui est extrêmement tranchante. Il commence à
avancer. Il se blesse les mains, les genoux, les
pieds. Sa souffrance est grande mais l'amour qui
le conduit calme sa douleur. Il souffre pour sa
reine et ne sent plus le mal. Il traverse enfin le
pont. Il est heureux de ne pas avoir souffert
davantage.
Tandis qu'il sèche avec sa chemise le sang qui
coule de ses blessures, il voit devant lui une tour
très impressionnante. Le roi Bademagu et son
fils, Méléagant, sont accoudés' à une fenêtre et
ont suivi la traversée du pont. Lé roi Bademagu,
qui est un honune bon et loyal, a tout de suite
admiré l'exploit du chevalier de la charrette, car
il sait qu'il faut être un homme exceptionnel pour
avoir passé le pont. Méléagant, qui est tout le
contraire de son père, est fou de rage en voyant
cela, car il sait maintenant qu'il va devoir se
battre pour la reiiie.
- Fils, dit Bademagu à Méléagant, tes yeux ont
vu comme les miens l'exploit qu'a réalisé ce che-
valier. Tu vois que c'est un.homme extraordinaire.
Crois-moi, tu dois faire la paix avec lui et lui
rendre la reine. Tu dois être bon et ne pas te
battre avec lui car tu risques de beaucoup perdre.
- Je dois donc devenir son vassal* : c'est cela
que vous voulez. Jamais je ne lui rendrai la reine.
1. S'accouder : s'appuyer sur ses coudes.

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Je préfère me battre avec cet homme assez fou * il; *
pour oser venir la chercher !
- Tu ne veux donc pas m'écouter ? dit La nouvelle du combat entre Méléagant et le
Bademagu. chevalier inconmi s'est répandue dans tout le
- Non. pays.
- Alors, je ne dirai plus rien. Fais ce que tu Tous les seigneurs et les dames du royaume se
veux. Je te quitte et je vais parler à ce chevalier. rendent rapidement sur le lieu du combat, au
Je veux lui offrir mon aide et mes conseils car, à pied du donjon*.
partir de maintenant, je suis de son côté. De bon matin, on conduit les deux combat-
Le roi descend alors dans la cour, fait préparer tants sur la place. Ils sont armés de pied en cap
son cheval et s'éloigne suivi de trois chevaliers et et montés sur de magnifiques chevaux.
de deux hommes d'armes.- Le roi s'avance vers eux et leur demande une
Sans perdre un instant, le roi et ses hommes dernière fois de faire la paix, mais il ne parvient
descendent vers le pont où ils trouvent le cheva- pas à convaincre son fils. Alors il les quitte et va
lier occupé à soigner ses blessures. Le roi des- retrouver la reine Guenièvre qui lui a demandé de
cend rapidement de son cheval et lui dit : pouvoir assister au combat. L'un et l'autre se pla-
- Sire, personne n'a jamais osé réaliser l'exploit cent à une fenêtre du donjon pour pouvoir suivre
que vous venez d'accomplir. Vous pouvez compter tout ce qui se passe. Ils sont entourés d'un grand
sur ma loyauté et ma générosité. Je suis le roi de nombre de dames et de chevaliers.
ce pays et je vous offre, sans la moindre hésita- Le combat commence alors. Les deux chevaux
tion, toute mon aide. Je crois deviner pourquoi se précipitent l'un vers l'autre. Les chevaliers, sous
vous êtes ici : vous êtes venu chercher la reine. la force des coups, se retrouvent bientôt par terre.
- Sire, vous avez raison, répond le chevalier de Ils se relèvent aussitôt d'un bond et, avec la féro-
la charrette ; je ne suis pas venu pour autre cité de deux sangliers', ils se donnent de violents
chose. coups d'épée. Ils luttent pendant longtemps d'égal
- Ami, n'attendez pas beaucoup de générosité à égal. Mais le chevalier de la charrette sent bien-
dé celui qui l'a amenée ici ; il ne vous la rendra tôt la force qui abandonne ses mains blessées par
pas sans combat. Allez vous reposer et soigner
vos blessures pour être prêt à lutter demain. 1. Sanglier : porc sauvage, crès puissant, qui wt dans les forêts.
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le passage du Pont-de-l'épée. 11 lutte moii\ bien. Il - Dame, je vous ai toujours respectée. Chaque
semble à tous que Méléagant va gagner le combat. fois que j'ai pu faire quelque chose pour vous, je
Accoudée à une fenêtre du donjon, "une l'ai fait. En échange, je vais vous demander un
demoiselle se dit que le chevalier inconnu s'est grand senàce : je désire que Lancelot ne tue pas
engagé dans ce combat uniquement pour sauver mon fils. Demandez à Lancelot de lui faire grâce,
la reine. Elle pense donc que, s'il la voit à la je vous en supplie.
fenêtre, il reprendra force et courage. Elle s'ap- - Beau sire, puisque vous le voulez, j'accepte,
proche de la reine et lui demande : dit la reine, et je veux bien que Lancelot ne tue
- Dame, dans votre intérêt et le nôtre, je vous pas Méléagant,
supplie de me dire le nom de ce chevalier, si vous Elle prononce ces derniers mots à haute voix
le savez, et cela dans le seul but de l'aider. et Lancelot et Méléagant les entendent. Lancelot
- Demoiselle, je vois que votre demande vient obéit aussitôt à la dame de son cœur et cesse le
d'ui'ie bomie ir\tention ; je vous dirai donc le nom combat. Méléagant, fou de rage en entendant
de ce chevalier : il s'appelle Lcmcelot du Lac, Ciu'il est dominé, se met à frapper Lancelot avec
Alors la jeune fille se penche à la fenêtre et violence. Le roi descend aussitôt du donjon et dit
l'appelle par son nom d'une voix si forte que à son &ls :
toute la foule l'entend : - Cojmnent oses-tu le frapper maintenant ? Tu
- Lancelot ! Retourne-toi et regarde quelle est es \Taiment trop cruel et orgueilleux.
la personne qui a les yeux fixés sur toi ! Et il ordonne à ses barons de faire reculer
En entendant son nom, Lancelot se retourne Méléagant, ce qu'ils font aussitôt. Puis il parle à
rapidement et aperçoit, à la fenêtre du donjon, nouveau avec son fils,
celle pour qui il est prêt à donner sa vie. À force de discuter, ils parviennent à un
Alors ses forces lui reviennent. Il se jette sur accord que la reine et Lancelot acceptent :
Méléagant et lutte avec fureur. Méléagant doit Méléagant rend la reine à Lancelot, mais dans u n
souvent reculer et devient très inquiet. Il ne par- an, jour pour jour, lancelot devra se battre à nou-
vient pas à contrôler les attaques de son ennemi, veau avec lui, à la cour du roi Aithur.
U est perdu. Une fois l'accord entre les deux eimemis
Voyant que son fils ne peut plus se défendre, conclu, ils sont séparés et désarmés.
le roi s'avance vers la reine et lui dit :
»** plaisir. Mais surtout, lorsque vqus viendrez, faites
bien attention à ne pas être vu.
Grâce à sa victoire, Lancelot a déîivi-é la reine - Dame, répond Lancelot, personne ne me
mais aussi tous les jjrisonruers qui vivaient dans verra, vous pouvez être tranquille.
le royaume de GOITC- Ils sont tous fous de joie et Leur rendez-vous pris, ils se quittent dans la
remercient Lancelot. joie.
Méléagant ayant quitté le lieu du combat, Lancelot attend avec impatience que la nuit
Lancelot prie le roi de le conduire auprès de la tombe. Il est si heureux qu'il ne sent plus ses
reine, ce que Bademagu fait, aussitôt. blessures. Son seul désir maintenant est d'être
En les voyant arriver, la reine s'incline devant auprès de Gueniè\Te.
le roi puis, prenant la main de Lancelot, elle le La nuit arrive enfin, une nuit sans lune et sans
fait asseoir près d'elle. Le roi se retire alors et étoiles. Lancelot sort discrètement de sa
Lancelot et Guenièvre, enfin seuls, peuvent par- chambre, traverse le verger et s'approche de la
ier de tout ce qu'ils veulent. Lancelot aimerait fenêtre où la reine apparaît bientôt.
lui dire plus de choses, malheureusement l'en- Quand Lancelot voit Guenièwe appuyer la
droit n'est pas idéal car quelqu'un peut venir à tête contre les barreaux de fer qui femient la
tout moment. fenêtre, i l la salue avec des mots très tendres et
- Mada)rie, dit Lancelot à Guenièvre, U ne elle lui répond avec d'autres mots aussi tendres,
m'est pas possible de vous parler ici comme je le car un commun désir les entraîne lui vers elle et
voudrais. Et je serais heureux de pouvoir le faire elle vers lui. Ils se tiennent par la main. Ils sont
plus librement, si cela se pouvait. malheureux de ne pouvoir être encore plus près
La reme lui montre alors une fenêtre et lui dit : l'un de l'autre. Lancelot demande alors à la reine
* - Venez me parler à cette fenêtre, cette nuit, la permission d'entrer dans sa chambre. La reine
quand tout le monde sera endormi. Vous passe- accepte, mais comment faire, avec ces barreaux ?
rez par ce verger'. Je serai à l'intérieur et vous ~ Dame, ne vous inqtiiétez pas-, je crois pou-
dehors. Pour l'amour de vous, je resterai à cette voir les arracher sans peine-et sans faire de bruit.
fenêtre jusqu'au lever du jour si cela vous fait La reine se retire dans la chambre et Lancelot
parvient, sans trop de peine, à arracher le.s bar-
I . Verger ; jardin piajilé <!'ai-bres iTuitïers. reaux de la fenêtre. Il entre dans la channbre et

~ 38 - -39-
s'approche d e !a reine q u i s'est étendue s u r s o n
l i t . 11 s'iiicline devant elle mais Guenièwe l u i t e n d
les bras et le serre b i e n f o r t c o n t r e son cœur, l'at-
t i r a n t dans s o n l i t , t o u t près d'elle. C'est A m o u r
q u i la pousse à cet accueil c h a r m a n t ; mais si elle
l'aime d ' u n a m o u r p r o f o n d , l u i l'aime cent m i l l e
fois plus. M a i n t e n a n t , L a n c e l o t possède t o u t ce
q u ' i l désire puisque la reine est heureuse en sa
c o m p a g n i e , p u i s q u ' i l la t i e n t e n t r e ses bras e t
qu'elle-même le serre c o n t r e s o n cœur.
Q u a n d apparaissent les premières l u e u r s d u
j o u r , i l est très d u r a u x d e u x a m a n t s de se sépa-
rer, mais i l le faut et Lancelot, les y e u x pleins de
larmes, q u i t t e sa reine.

**»

Lancelot, malgré son a m o u r , n ' o u b l i e pas m e s -


ire Gauvain.
L e l e n d e m a i n , i l v i e n t d o n c t r o u v e r le r o i e t la
îine p o u r l e u r d e m a n d e r la p e r m i s s i o n de p a r t i r
sa r e c h e r c h e . Avec l e u r a c c o r d , il p r e n d le c h e -
i n d u Pont-sous-les-eaux, suivi d'une foule de
levaliers.
Après avoij' l o n g t e m p s chevauché, ils a r r i v e n t
es de ce t e r r i b l e p o n t . U n n a i n , monté s u r u n
m d cheval de chasse, v i e n t à l e u r r e n c o n t r e e t
r demande ;

- L e q u e l d ' e n t r e vous est L a n c e l o t ? Dites-le-

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m o i sans peur, car j e suis des vôtres. - A u j o u r d ' h u i même, sire ; t o u t près d ' i c i , alors
L a n c e l o t l u i répond lui-même : que L a n c e l o t e t nous venions vous c h e r c h e r .
- Je suis c e l u i q u e t u cherches. En Quittant ce pont, i r o n s - n o u s à la
- Ha ! Lancelot, noble chevalier, laisse ces gens r e c i i e r c h e de L a n c e l o t ? demande Gauvain.
et viens t o u t seul avec m o i c a r j e veiLX t ' e m m e n e r Les chevaliers répondent qu'il vautmieiLx: r e n -
d a n s u n l i e u très agréable. Que tes c o m p a g n o n s t r e r au château p o u r a v e r t i r la reuie ; le r o i l u i -
t ' a t t e n d e n t i c i ; nous r e v i e n d r o n s bientôt. même fera r e c h e r c h e r Lancelot car ils p e n s e n t
L a n c e l o t , confiant, d i t à ses h o m m e s de r e s t e r tous que c'est Méléagant, son fils-, q u i a fait enle-
là e t s u i t le n a i n . Mais les chevaliers r e s t e n t l o n g - ver leur a m i .
t e m p s à l ' a t t e n d r e et ne savent que faire e n Ils r e p r e n n e n t la r o u t e et a r r i v e n t bientôt a u
v o y a n t qu'il ne revient pas. Ils c o m p r e n n e n t b i e n - château de Badernagu.
tôt que L a n c e l o t a été attiré dans u n piège e t ils Le ! o i et la reine s o n t très tristes d ' a p p r e n d r e
décident de p a r t i r à sa r e c h e r c h e . Mais ils ne le la nouvelle de l a d i s p a r i t i o n de Lancelot. L a r e i n e
t r o u v e n t pas. Alors ils se r e n d e n t a u Pont-sous- demande a u r o i de le faire r e c h e r c h e r dans t o u t
les-eaux. Là, ils aperçoivent aussitôt G a u v a i n : i l le r o y a u m e . M e s s i i e Gauvain appuie sa d e m a n d e .
est tombé dans l'eau p r o f o n d e de la rivière "et n e L e l e n d e m a i n , alors q u e t o u s les chevaliers q u i
p e u t r e v e n i r s w la r i v e . I l apparaît à la surface d e v o n t p a r t i r à la r e c h e r c h e de Lancelot s o n t réunis
l'eau puis disparaît et n e p e u t s o r t i r de c e t t e dans la g r a n d e salle d u château, u n j e u n e h o m m e
s i t u a t i o n . Les chevaliers, après b i e n des d i f f i c u l - e n t r e et s'approche de la reine ; Guenièvre a
tés, p a r v i e n n e n t à le s o r t i r de Teau. G a u v a i i i , p e r d u son t e i n t rose car elle est si m a l h e u r e u s e
épuisé, s'étend .sur l ' h e r b e e t reste u n long de n'avoir pas de nouvelles de L a n c e l o t qu'elle
m o m e n t à se reposer. Puis i l se relève et, d ' u n e est d e v e n u e très î:)âle,
voLx faible, i l d e m a n d e des nouvelles de la r e i n e . L e j e u n e h o m m e la salue, puis salue le r o i q u i
- E l l e est délivrée e t n o u s t o u s avec elle, se t r o u v e près d'elle e t messire Gauvain. I l Lient à
d i s e n t les chevaliers. L a n c e l o t d u Lac a traversé la m a m une l e t t r e qu'il t e n d au r o i . Sa l e c t u r e l e u r
le Pont-de-l'épée et i l l'a sauvée. Mais u n h o r r i b l e a p p r e n d q u e L a n c e l o t se t r o u v e à la c o u r d u r o i
naLn v i e n t d'enlever L a n c e l o t e t nous ne savons Âjthur, q u ' i l est e n très bonne santé e t q u ' i l p r i e
pas ce qu'il a fait de l u i . Gauvain et la r e i n e de p r e n d r e le c h e m i n d u
- Mais q u a n d cela ? d e m a n d e Gauvain. r e t o u r . C'est ce qu'ils décident alors de faire.

-42- -43-
*»» plein de tristesse, ils se dirigent tous vers le châ-
teau du roi Aithur.
Pendant, toute la semaine qui suit, la reine et
tous ceux qui l'accompagnent chevauchent sans
***
prendre de repos.
La nouvelle arrive b i e n t ô t à la cour du roi Ar-
ConuTie on le suppose, c'est Méléagant qui a
thur que la reine est sur le chemin du retour. A r -
tendu le piège à Lancelot et qui l'a fait prisonnier.
thur est heureux de la revoir et de revoir .aussi
Mais comme i l se méfie de lui, pour être s û r qu'il
Gauvain, son neveu, qu'il veut remercier grande-
ne va pas s'échapper, il fait construire, au bord de
ment car il pense que c'est lui qui a sauvé la reine.
la mer, dans un endroit isolé, une tour t r è s haute,
Tous les habitants de la ville se p r é c i p i t e n t à avec des murs épais. Quand elle est t e r m i n é e , il y
leur rencontre. En les voyant arriver, les cheva- fait amener Lancelot et l'enferme.
liers s'écrient :
Puis i l ordonne de rnureri les portes et lai.sse
- Bienvenue à messire Gauvain qui nous r a m è - une petite f e n ê t r e comme seule ouverture. C'est
ne la reine et qui a délivré tous les prisonniers. par elle que l'on donne de temps en temps à
Mais GauvaiJi leur r é p o n d : manger à Lancelot.
- Seigneurs, je ne suis pour rien dans cet Une fois qu'il a réalisé tout ce qu'il voulait faire,
exploit. C'est Lancelot qui a sauvé la reine et tous Méléagant se rend à la cour du roi Arthur où il arri-
les prisonniers. ve bientôt. Il se précipite devant le roi et lui dit ;
- Mais où est-il donc, cher seigneur, puisqu'il - Roi, j ' a i j u r é de me battre devant toi, à ta
n'est pas avec vous ? cour ; mais je n'y vois pas Lancelot et c'est pour-
- Où ? répond aussitôt messire Gauvain, mais tant contre lui que je dois me battre. S'il est ici,
à la cour du roi Arthur 1 Voulez-vous dire qu'il n'y qu'il s'avance et qu'il déclare tenir sa promesse
est pas ? dans un an.
- Non ! Ni nulle part dans le pays. Depuis que - Ami, lui répond le roi, nous sommes sans, nou-
madame la reine a é t é e m m e n é e d'ici, nous velles de Lancelot et cela nous inquiète beaucoup.
n'avons pas eu de nouvelles de lui. - Sire roi, répond Méléagant, Lancelot m'a
Messire Gauvain comprend alors que la lettre
est fausse et qu'on s'est m o q u é d'eux. Le c œ u r 1. Murer : fermer par im mur.

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