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DROIT DES OBLIGATIONS I – DROIT DU CONTRAT

LICENCE 2

2010-2011

Cours de C. LE GALLOU, maître de conférences


Chargés de travaux dirigés : P. TRACOL, L. ROUSVOAL, Y. CARPENTIER

SEANCE 8 : L’EFFET RELATIF DES CONTRATS.

Cette fiche est une œuvre de l’esprit,


protégée par les dispositions du code de la propriété intellectuelle

Objectifs de la séance :
- Comprendre l’évolution jurisprudentielle relative aux chaines de contrats
- Comprendre le principe d’opposabilité du contrat aux tiers.

Acquis de la séance 6 :

A l’issue de la séance, l’étudiant doit savoir :


- Rédiger un cas pratique

Exercices :

1- Analyse des arrêts.


- Ass. Plén. 7 février 1986, D.1986, 293, note Bénabent.
- Civ. 1ère, 8 mars 1998, pourvoi n°86-18182.
- Ass. Plén., 12 juillet 1991, D. 1991, 549, note Ghestin
- Ass. Plén., 6 octobre 2006, JCP 2006, II, 10181, note Billiau.

2- Cas pratique

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Document 1 :
Cour de cassation
Assemblée plénière
Audience publique du vendredi 7 février 1986
N° de pourvoi: 84-15189
Publié au bulletin
Sur le premier moyen :
Attendu que, selon les énonciations de l'arrêt attaqué (Paris, 14 juin 1984), la société civile
immobilière Résidence Brigitte, assurée par l'Union des Assurances de Paris (U.A.P.) a, en
1969, confié aux architectes Marty et Ginsberg, aux droits desquels se trouvent les consorts
Ginsberg, assistés des bureaux d'études OTH et BEPET, la construction d'un ensemble
immobilier, que la société Petit, chargée du gros oeuvre, a sous traité à la société Samy
l'ouverture de tranchées pour la pose de canalisations effectuée par la société Laurent
Bouillet, que la société Samy a procédé à l'application sur ces canalisations de Protexculate,
produit destiné à en assurer l'isolation thermique, qui lui avait vendu par la Société
Commerciale de Matériaux pour la Protection et l'Isolation (MPI), fabricant, que des fuites
d'eau s'étant produites, les experts désignés en référé ont conclu en 1977 à une corrosion des
canalisations imputables au Protexculate et aggravée par un mauvais remblaiement des
tranchées, que l'U.A.P. a assigné la société MPI, les sociétés Petit, Samy et Laurent Bouillet,
MM. Marty et Ginsberg ainsi que les bureaux d'études, pour obtenir le remboursement de
l'indemnité versée aux copropriétaires suivant quittance subrogative du 30 octobre 1980 ;

Attendu que la société MPI fait grief à l'arrêt d'avoir accueilli cette demande avec intérêts au
taux légal à compter du 30 octobre 1980 sur le fondement de la responsabilité délictuelle,
alors, selon le moyen, d'une part, que le maître de l'ouvrage ne dispose contre le fabricant de
matériaux posés par un entrepreneur que d'une action directe pour la garantie du vice caché
affectant la chose vendue dès sa fabrication et que cette action, nécessairement de nature
contractuelle, doit être engagée dans un bref délai après la découverte du vice ; qu'en
accueillant donc, en l'espèce, l'action engagée le 28 janvier 1980 par l'U.A.P., subrogée dans
les droits du maître de l'ouvrage, pour obtenir garantie d'un vice découvert par les experts
judiciaires le 4 février 1977 et indemnisé par l'U.A.P. le 30 octobre 1980, la Cour d'appel, qui
s'est refusée à rechercher si l'action avait été exercée à bref délai, a violé, par fausse
application, l'article 1382 du Code civil et, par défaut d'application, l'article 1648 du même
Code ;

Mais attendu que le maître de l'ouvrage comme le sous-acquéreur, jouit de tous les droits et
actions attachés à la chose qui appartenait à son auteur ; qu'il dispose donc à cet effet contre le
fabricant d'une action contractuelle directe fondée sur la non-conformité de la chose livrée ;
que, dès lors, en relevant que la Société Commerciale de Matériaux pour la Protection et
l'Isolation (M.P.I.) avait fabriqué et vendu sous le nom de "Protexulate" un produit non
conforme à l'usage auquel il était destiné et qui était à l'origine des dommages subis par la
S.C.I. Résidence Brigitte, maître de l'ouvrage, la Cour d'appel qui a caractérisé un
manquement contractuel dont l'U.A.P., substituée à la S.C.I., pouvait se prévaloir pour lui
demander directement réparation dans le délai de droit commun, a, par ces motifs, légalement
justifié sa décision ; …

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Document 2
Cour de cassation
chambre civile 1
Audience publique du mardi 8 mars 1988
N° de pourvoi: 86-18182
Publié au bulletin
Sur le premier moyen, pris en sa première branche :
Vu les articles 1147 et 1382 du Code civil ;
Attendu que dans le cas où le débiteur d'une obligation contractuelle a chargé une autre
personne de l'exécution de cette obligation, le créancier ne dispose contre cette personne que
d'une action de nature nécessairement contractuelle, qu'il peut exercer directement dans la
double limite de ses droits et de l'étendue de l'engagement du débiteur substitué ;
Attendu que la société Clic Clac Photo, qui avait reçu de M. Holguera des diapositives en vue
de leur agrandissement, a chargé de ce travail la société Photo Ciné Strittmatter ; que cette
dernière société ayant perdu les diapositives, l'arrêt attaqué a retenu sa responsabilité
délictuelle vis-à-vis de M. Holguera ;
Attendu qu'en statuant ainsi, la cour d'appel a violé, par fausse application, l'article 1382 du
Code civil, et par refus d'application l'article 1147 du même code ;
PAR CES MOTIFS, et sans qu'il y ait lieu de statuer sur les autres moyens :
CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions, l'arrêt rendu le 30 mai 1986, entre les
parties, par la cour d'appel de Paris ; remet, en conséquence, la cause et les parties dans l'état
où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d'appel
de Caen

Document 3
Cour de cassation
Assemblée plénière
Audience publique du vendredi 12 juillet 1991
N° de pourvoi: 90-13602

Sur le moyen unique :


Vu l'article 1165 du Code civil ;
Attendu que les conventions n'ont d'effet qu'entre les parties contractantes ;
Attendu, selon l'arrêt attaqué, que plus de 10 années après la réception de l'immeuble
d'habitation, dont il avait confié la construction à M. Alhada, entrepreneur principal, et dans
lequel, en qualité de sous-traitant, M. Protois avait exécuté divers travaux de plomberie qui se
sont révélés défectueux, M. Besse les a assignés, l'un et l'autre, en réparation du préjudice
subi;
Attendu que, pour déclarer irrecevables les demandes formées contre le sous-traitant, l'arrêt
retient que, dans le cas où le débiteur d'une obligation contractuelle a chargé une autre
personne de l'exécution de cette obligation, le créancier ne dispose contre cette dernière que
d'une action nécessairement contractuelle, dans la limite de ses droits et de l'engagement du
débiteur substitué ; qu'il en déduit que M. Protois peut opposer à M. Besse tous les moyens de
défense tirés du contrat de construction conclu entre ce dernier et l'entrepreneur principal,
ainsi que des dispositions légales qui le régissent, en particulier la forclusion décennale ;
Attendu qu'en statuant ainsi, alors que le sous-traitant n'est pas contractuellement lié au maître
de l'ouvrage, la cour d'appel a violé le texte susvisé ;
PAR CES MOTIFS :
CASSE ET ANNULE

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Cour de cassation
Assemblée plénière
Audience publique du vendredi 6 octobre 2006
N° de pourvoi: 05-13255

Attendu, selon l'arrêt attaqué (Paris, 19 janvier 2005), que les consorts X... ont donné à bail un
immeuble commercial à la société Myr'Ho qui a confié la gérance de son fonds de commerce
à la société Boot shop ; qu'imputant aux bailleurs un défaut d'entretien des locaux, cette
dernière les a assignés en référé pour obtenir la remise en état des lieux et le paiement d'une
indemnité provisionnelle en réparation d'un préjudice d'exploitation ;

Sur le premier moyen :


Attendu que les consorts X... font grief à l'arrêt d'avoir accueilli la demande de la société Boot
shop, locataire-gérante, alors, selon le moyen, "que si l'effet relatif des contrats n'interdit pas
aux tiers d'invoquer la situation de fait créée par les conventions auxquelles ils n'ont pas été
parties, dès lors que cette situation de fait leur cause un préjudice de nature à fonder une
action en responsabilité délictuelle, encore faut-il, dans ce cas, que le tiers établisse l'existence
d'une faute délictuelle envisagée en elle-même indépendamment de tout point de vue
contractuel ; qu'en l'espèce, il est constant que la société Myr'Ho, preneur, a donné les locaux
commerciaux en gérance à la société Boot shop sans en informer le bailleur ; qu'en affirmant
que la demande extra-contractuelle de Boot shop à l'encontre du bailleur était recevable, sans
autrement caractériser la faute délictuelle invoquée par ce dernier, la cour d'appel a entaché sa
décision d'un manque de base légale au regard de l'article 1382 du code civil" ;

Mais attendu que le tiers à un contrat peut invoquer, sur le fondement de la responsabilité
délictuelle, un manquement contractuel dès lors que ce manquement lui a causé un dommage;
qu'ayant relevé, par motifs propres et adoptés, que les accès à l'immeuble loué n'étaient pas
entretenus, que le portail d'entrée était condamné, que le monte-charge ne fonctionnait pas et
qu'il en résultait une impossibilité d'utiliser normalement les locaux loués, la cour d'appel, qui
a ainsi caractérisé le dommage causé par les manquements des bailleurs au locataire-gérant du
fonds de commerce exploité dans les locaux loués, a légalement justifié sa décision ;

Et attendu qu'il n'y a pas lieu de statuer sur les 2ème et 3ème moyens, dont aucun ne serait de
nature à permettre l'admission du pourvoi ;
PAR CES MOTIFS :
REJETTE le pourvoi ;

Document 5 :
Cas pratique

Elvire Hantaite vient vous exposer ses problèmes juridiques. Elle exploite un salon de coiffure et sa
salariée vient de démissionner pour aller travailler chez son principal concurrent, Joris Prudence,
installé dans le même quartier. Elvire est d’autant plus mécontente que cette salariée avait conclu avec
elle un contrat de travail avec une clause par laquelle elle s’interdisait, en cas de cessation du contrat,
d’aller travailler chez un concurrent situé dans un rayon de 2 kilomètres et ce pour une durée d’un an,
à charge pour Elvire de lui verser une contrepartie financière. Elvire ayant eu vent des négociations
entre sa salariée et son concurrent, elle a adressé à ce dernier une lettre recommandée avec accusée de
réception en date du 15 septembre 2010, afin de l’informer de l’existence de la clause de non-
concurrence. Toutefois, Joris lui a indiqué que cette clause ne le concernait pas et par conséquent, a

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embauché la salariée par contrat du 18 octobre 2010. Elvire s’interroge sur les actions possibles. De
plus, Elvire souhaiterait céder son salon de coiffure, mais elle a signé il y a un an avec la société
Boréal, spécialisée dans la fourniture de shampoings et laques, un contrat contenant la clause
suivante : « Le présent contrat est signé pour une durée de trois ans pendant lesquels le client
s’engage à s’approvisionner exclusivement auprès de la société Boréal; en cas de cession du fonds de
commerce avant le terme, le client garantit que l’acquéreur exécutera le contrat jusqu’à son terme ».
Elvire a trouvé un acquéreur potentiel, mais celui-ci souhaite travailler avec un autre fournisseur. Elle
se demande donc si cette clause est valable et les conséquences qu’elle aurait à subir si elle concluait
la vente de son fonds.