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MARIA ŢENCHEA

ÉTUDES CONTRASTIVES
(FRANÇAIS-ROUMAIN)

Editions HESTIA
TIMISOARA

1
© MARIA ŢENCHEA

© EDITURA HESTIA
Bd. Cetăţii 52, sc. A, ap. 40
1900 Timişoara, România
lucianalexiu@banat.ro

All rights reserved


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a textului, pe orice fel de suport tehnic,
fără acordul editorului,
se pedepseşte conform legii.

ISBN 973-9420-29-11

Printed in Romania

2
AVANT-PROPOS

Ce livre s’adresse aux traducteurs, aux chercheurs qui s’intéressent à la


linguistique contrastive, aux professeurs de français et aux étudiants désireux de
perfectionner leur compétence linguistique aussi bien que leur compétence
traductionnelle.
Mettant à profit notre expérience en tant que professeur, linguiste et traductrice,
nous proposons ici plusieurs études qui mettent en rapport certaines structures lexicales
et grammaticales du roumain et du français, suivant des approches assez diverses.
La première section est consacrée aux équivalents roumains de certains lexèmes
ou de certaines structures grammaticales du français. L’analyse sémantique de deux
prépositions temporelles – dès et depuis – permet d’établir, dans une vision
systématique, les correspondants roumains de ces relateurs. Dans le cas de l’adverbe
là, l’étude des différentes situations possibles et, implicitement, celle des équivalents
roumains de là mobilise des notions propres à la théorie de l’énonciation. Nous
proposons également un bref aperçu des équivalents roumains des périphrases verbales
aspectuelles du français.
Dans la deuxième section du livre, l’analyse est orientée du roumain vers le
français. On envisage d’abord une étude des pronoms relatifs du roumain, dont la
traduction en français soulève un certain nombre de difficultés pour les locuteurs et
surtout pour les apprenants roumains. On étudie ensuite les diverses possibilités dont on
dispose en roumain pour traduire en français le mode présomptif et l’infinitif long,
catégories spécifiques pour le roumain, n’ayant pas de correspondants directs en
français. Enfin, la préposition întru, qui a une situation assez particulière non seulement
en roumain, mais aussi dans l’ensemble des langues romanes, où elle n’a pas
d’équivalent, nous a semblé présenter un intérêt certain pour les traducteurs.
La dernière section du livre se réclame explicitement de la didactique, mettant
en lumière une série de divergences entre le roumain et le français, et, à partir de là,
certains types de fautes interférentielles.
Notre but est donc essentiellement pratique : proposer des solutions pour
l’activité traduisante, qu’il s’agisse de la traduction didactique ou de toute autre forme
de traduction.
En même temps, la comparaison entre les deux langues est de nature à mieux
éclairer certains aspects propres à l’une ou à l’autre des langues envisagées, permettant
d’apporter des précisions utiles dans la description de celles-ci et facilitant, par là, la
réflexion linguistique.
3
I

LA PRÉPOSITION DEPUIS : POSSIBILITÉS


DE TRANSPOSITION EN ROUMAIN

1. Le relateur depuis : description sémantique


Le lexème prépositionnel depuis à sens temporel pose devant le traducteur des
problèmes parfois assez complexes. On peut constater que les solutions proposées dans
les dictionnaires français-roumains sont assez pauvres, simplifiant trop la réalité des
faits. Les choses demanderaient à être nuancées, précisées et complétées, à partir d’une
analyse sémantique de ce relateur et en fonction des différents contextes où il apparaît.
Depuis indique l’origine temporelle - la limite initiale (L1) d’un laps de temps,
en même temps que le laps de temps lui-même (L1-L2). L’intervalle-durée envisagé,
postérieur à L1, est considéré rétrospectivement à partir d’un point de référence (repère
du locuteur : To , le moment présent, ou T1, transposition du moment de référence du
locuteur dans le passé) implicite ou explicite. Pour situer depuis à l’intérieur du champ
lexico-sémantique de la durée exprimée par les relateurs prépositionnels, nous avons
précisé qu’il indique la durée dans la postériorité rétrospective 1 . La durée du procès
situé dans le cadre de l’intervalle temporel défini englobe le moment de référence.
Nous précisons aussi que l’on peut avoir affaire à une durée fermée (L2 = To) ou
ouverte (la durée du procès dépasse le repère To / T1).
Nous avons proposé (Ţenchea, 1985, 1999) une description sémantique du
relateur depuis à l’aide de la formule componentielle que voici : [+Temps] [+Ponctuel]
[±qT] [+Réf. To] [+Limite initiale] [+Postériorité] [+Durée].
La traduction en roumain des SP avec depuis ne retient parfois que certaines
informations du français ; elle laisse dans l’ombre certains traits ou en annule d’autres.
Les équivalences établies diffèrent parfois suivant les types de contextes dans lesquels
le SP se trouve intégré, mettant en évidence, dans chaque type de situation, certains des
traits qui définissent l’emploi de depuis en français. Nous allons examiner les choses de
plus près, en tenant compte, en premier lieu, de la distribution de depuis dans le SP.

1
Voir Ţenchea (1981), (1984), (1985) et (1999).
4
Depuis peut se combiner soit avec un lexème ponctuel ou considéré dans une
vision ponctuelle (N ou Adv [-qT] ), soit avec une expression qT (quantificateur + N
[+Division du temps] ou bien l’adverbe longtemps).
2. Durée ouverte
2.1. Depuis + SN [-qT]
Depuis est suivi par un lexème ou syntagme [-qT] ; L1 est explicite. La
traduction souligne presque toujours la limite initiale, impliquant toujours l’idée d’une
durée ultérieure (durée ouverte).
2.1.1. Depuis + SN [+Temps]
L1 est marqué par un N [+Temps] (indiquant une division temporelle, ainsi que
les substantifs début et fin) ou par un Adv [+Temps]. Depuis a pour équivalents exacts
les prépositions de / din / de la, choisies en fonction du substantif ou de l’adverbe
employé en roumain, et précédées, parfois, par începând (qui insiste sur la limite
initiale et implicitement sur la durée postérieure à cette limite).
2.1.1.1. De
Fr. Depuis quand est-il ici? (S. A. Steeman)
Roum. De când e aici?
Fr. Depuis ce matin que je suis dans la pièce... (A. Gide)
Roum. De azi dimineaţă de când stau în cameră...
La locution adverbiale depuis lors se traduit par de atunci ou de atunci încoace,
avec le corrélatif adverbial încoace, qui marque la référence au repère du locuteur .
Dans certains contextes (lorsque depuis est suivi, par exemple, par le substantif
début), on souligne en roumain, à l’aide de l’adverbe încă, la coïncidence entre un
certain moment et le début du procès, l’idée d’immédiateté (à comparer avec les SP
construits avec dès).
Fr. Jules Romains a veillé à son ordonnancement depuis le début. (Le Point)
Roum. Jules Romains a vegheat la organizarea ei [= a operei sale] încă de la
început.
2.1.1.2. Din
Fr. Ce film avait quitté l'affiche depuis la veille. (R. Floriot)
Roum. Filmul fusese scos de pe afiş din ajun.
Fr. Lourges était là depuis l’aube. (M. van der Meersch)
Roum. Lourges era acolo din zorii zilei.
2.1.1.3. De la

5
Fr. Il est là depuis neuf heures.
Roum. Este aici de la ora nouă.
Fr. Il est parti depuis le 1er janvier.
Roum. E plecat de la 1 ianuarie.
Fr. Je ne l’ai pas revu depuis la fin de nos études du lycée. (H. Troyat)
Roum. Nu l-am mai văzut de la terminarea liceului.
2.1.1.4. Începând de / din / de la
Les prépositions de / din / de la peuvent être précédées par începând, qui
souligne le commencement du procès (l’aspect inchoatif), aussi bien que l’idée d’une
continuation. Începând est obligatoire, très souvent, dans la traduction, lorsque depuis
précède une indication du temps-date :
Fr. Il y vécut, depuis 1919, les seize ans de sa gloire. (Paris Match)
Roum. Acolo şi-a trăit, începând din 1919, cei 16 ani de glorie. 2
Fr. Les diverses manifestations qui, depuis le samedi 18 octobre, se tiennent à
Limoges. (Le Monde)
Roum. Diversele manifestări care au loc la Limoges începând de sâmbătă 18
octombrie.
Fr. Depuis la fin du 14e s. on apprend à distinguer les différents plans. (W. von
Wartburg, Évolution et structure de la langue française)
Roum. Începând de la sfârşitul secolului al XIV-lea, se face o distincţie între
diferitele planuri.
L'emploi de începând s'impose également dans les phrases suivantes, où le
contexte souligne la continuité du procès envisagé :
Fr. Depuis hier, et sans doute pour quelques jours encore, les habitants de la
région parisienne devront acheter leurs fruits et leurs légumes dans les
magasins à grande surface. (Intercodes)
Roum. Începând de ieri, şi probabil încă vreo câteva zile, locuitorii din
regiunea Parisului vor trebui să-şi cumpere legumele şi fructele în
supermarketuri.
Fr. Balandran, depuis le matin, respirait mieux. (H. Bosco)
Roum. Începând din acea dimineaţă, Balandran respira mai uşor.
Dans d'autres cas, l'emploi de începând est facultatif.
Fr. Depuis ce matin-là, la vie s'était transformée pour elle. (C. Aubry)
2
Durée fermée, vu la présence du quantificateur 16 ; à comparer avec la phrase ci-dessous, qui exprime une durée
ouverte :
Fr. Il vit ici depuis 1970. / Roum. Trăieşte aici din 1970.
6
Roum. (Începând) din dimineaţa aceea, viaţa luase pentru ea o nouă
întorsătură.

2.1.2. Depuis + SN [-Temps]


L1 peut être exprimé par un N [-Temps] qui, précédé par depuis, acquiert une
signification temporelle. On peut rencontrer soit des noms évoquant des actions (qui,
par cela même, impliquent une idée temporelle, soit des noms qui marquent des lieux
ou des personnes susceptibles d’évoquer des moments ou des époques.
2.1.2.1. De la
Le nom est, de façon générale, un déverbal, ayant donc le trait [+Action].
Quelquefois, c’est un nom propre qui évoque une période définie par rapport à une
personne (par l’effet d’une ellipse), auquel cas le roumain est plus explicite que le
français, la traduction pouvant faire appel au mot poveste (=histoire).
Fr. Depuis le départ de Hambourg, Peterson avait trop peu dormi. (G.
Simenon)
Roum. De la plecarea din Hamburg, Peterson dormise prea puţin.
Fr. Depuis son renvoi de Henri IV, et surtout depuis Marthe, ses parents [...] lui
avaient défendu ma compagnie. (R. Radiguet)
Roum. De la eliminarea lui din liceul Henri IV şi mai ales de la povestea cu
Marthe, părinţii [...] îi interziseseră tovărăşia mea.
La variation contextuelle de la... încoace apparaît lorsque depuis précède un
nom commun ou propre évoquant un événement historique, impliquant le repère T0.
Fr. Depuis la guerre, je prends l’avion pour aller à Paris. (in Henry, 1968)
Roum. De la război încoace, mă duc la Paris cu avionul.
Fr. Le voyage du général de Gaulle aura-t-il pour effet de dissiper certaines
ombres qui subsistaient depuis Potsdam? (in Lars Bergh, 1948)
Roum. Călătoria generalului de Gaulle va avea oare ca efect să împrăştie
anumite umbre care persistă de la Potsdam încoace?

2.1.2.2. (Încă) din

Le SP comporte un nom [-Temps], qui acquiert une signification temporelle


grâce, précisément, à la préposition depuis.
Fr. Depuis le lycée, il était recordman de la descente d’escalier. (P. Morand) [=
depuis l’époque du lycée]
Roum. Încă din liceu era campion la coborâtul scărilor.
7
2.1.2.3. De când cu
De când cu, qui appartient à la langue parlée, apparaît parfois comme
équivalent de depuis, devant un N désignant une action ou devant un nom propre de
personne, qui devient ainsi un repère temporel.
Fr. Ils étaient devenus les meilleurs amis du monde, surtout depuis la raclée
mémorable que leur avaient administrée simultanément leurs pères respectifs.
(J.-P. Chabrol)
Roum. Erau cei mai buni prieteni din lume, mai ales de când cu bătaia de
pomină pe care le-o trăseseră în acelaşi timp taţii respectivi.
Fr. Depuis ton Alissa, es-tu bien sûr que Laurence ait gardé le même attrait à
tes yeux? (Yves Gandon)
Roum. De când cu Alissa ta, eşti sigur că Laurence şi-a păstrat în ochii tăi
acelaşi farmec?
2.1.2.4. De când + Prop
Le SP avec depuis doit être transposé en une proposition subordonnée introduite
par de când et dont le verbe est à un temps passé, chaque fois qu’il s’agit de rendre
explicite l’idée verbale contenue par le syntagme en question. Parfois la variante de + N
[+Action] est également possible. Depuis peut être suivi d’un N [+Action] précédé par
un possessif de première ou de deuxième personne :
Fr. Je cherche à vous voir depuis mon arrivée... (R. Pinget)
Roum. De când am sosit tot încerc să te văd...
Fr. Tu te rends compte de tout ce qui s’est passé depuis ton départ!
Roum. Îţi dai seama câte s-au întâmplat de când ai plecat / de la plecarea ta!
Certaines constructions elliptiques en français demandent à être explicitées en
roumain au moyen de de când + Prop:
Fr. Et depuis le drame : “Toutes des hystériques quand elles ne sont pas des
idiotes! ” répétait-il à l'avocat. (Fr. Mauriac)
Roum. De când se produsese drama, îi repeta mereu avocatului: “Toate sunt
isterice sau idioate!”
Dans l’exemple ci-dessous, depuis + N [Lieu] évoque, par l’effet d’une ellipse,
l’idée d’un déplacement spatio-temporel, donc une idée verbale, que le roumain est
obligé d’expliciter:
Fr. Nous n’avons peut-être rien vu de plus beau depuis la frontière. (M. Déon)
Roum. N-am văzut, poate, nimic mai frumos de când am trecut frontiera.
L’emploi de depuis suivi d’un verbe à l’infinitif passé (dans la langue parlée)
demande le même type d’équivalent : proposition introduite par de când.
8
Fr. Depuis l’avoir quitté, je ne me sens plus la même. (ex. oral, in Wagner &
Pinchon, 1962)
Roum. De când l-am părăsit nu mai sunt aceeaşi.
Dans l’exemple suivant, le recours à la proposition subordonnée permet
d’éviter, en roumain, l’ambiguïté du syntagme din copilărie:
Fr. Ce visage que depuis son enfance les femmes jamais ne s’étaient
interrrompues de caresser. (Fr. Mauriac)
Roum. Acest chip pe care, încă de când era copil, femeile n-au încetat să-l
îndrăgească. (trad. I. Mavrodin).
2.1.2.5. După
Dans certains cas, depuis suivi d’un nom [+Action] a pour équivalent
obligatoire la préposition după (« après »). La traduction met en évidence la
postériorité d’un procès par rapport à la limite L1 de la durée à l’intérieur de laquelle il
se situe ; elle laisse dans l’ombre cette limite, tout en annulant la référence à un repère
du locuteur.
Fr. Un peu rasséréné depuis ce coup de téléphone qu’il avait reçu de la
préfecture. (C. Aubry)
Roum. Înseninat puţin după telefonul pe care-l primise de la prefectură.
Fr. Il lui attribuait aussi le mérite de deux kilos qu’il avait gagnés depuis le
mariage de son fils. (Fr. Mauriac)
Roum. Tot ei îi datora şi cele două kilograme în plus câştigate după
însurătoarea fiului său. (trad. I. Mavrodin)
On peut d’ailleurs signaler le fait que les apprenants roumains sont parfois
tentés de traduire depuis par după, même lorsque cette traduction est incorrecte. C’est
peut-être une influence de la forme du mot français, mais cela pourrait tout aussi bien
indiquer que, parmi les nuances de sens impliquées par depuis, les apprenants n’en ont
saisi que l’idée de postériorité.
2.1.2.6. Dans le cas de certains syntagmes avec depuis, où le SN introduit l’idée
d’une antériorité immédiate (la proximité de L1 par rapport à T0), le choix des
équivalents est déterminé par les contraintes et les possibilités combinatoires du
roumain, témoin les exemples ci-dessous:
Fr. À la vérité, Alain était courroucé depuis tout à l’heure. (J.-P. Chabrol)
Roum. De fapt, Alain era furios deja de câteva momente / după cele întâmplate
adineaori.
Fr. Je ne vous ai pas vu beaucoup depuis l’autre jour. (J.-F. Rey)

9
Roum. Nu v-am prea văzut în ultimele zile / de câteva zile încoace. (voir infra
2.2.2. et 3.)
Suivi par la préposition avant, depuis ne se traduit pas en roumain ; l’idée qu’il
exprime est rendue par d’autres moyens :
Fr. Depuis avant votre prix Nobel. (Paris Match)
Roum. Încă dinainte de a vi se acorda premiul Nobel.
Dans cet exemple on a eu recours à l’adverbe încă, le SN précédé par depuis avant
étant remplacé par la locution prépositive dinainte de + infinitif.
Fr. La petite guerre durait depuis bien avant elle. (G. Simenon)
Roum. Micul război începuse cu mult înainte de venirea ei.
Dans la phrase ci-dessus on a opéré une modulation : le verbe durer a été traduit par a
începe, qui marque l’idée d’une limite initiale (L1) évoquée par depuis.
2.2. Depuis + SN [+qT]
La durée est exprimée explicitement au moyen d’un syntagme qT (SN ou
adverbe). L1 est déterminé de façon implicite par la distance temporelle qT, comptée
rétrospectivement à partir d’un repère.
2.2.1. De
L’équivalent exact de depuis est de, qui indique la limite initiale de la durée 3 .
Fr. Il est impossible qu’il me mente depuis des années. (Exbrayat)
Roum. E imposibil să mă mintă de ani de zile.
Fr. Depuis deux mois qu’il est là... (R. Floriot)
Roum. De două luni de când e aici...
Fr. Depuis combien de temps étiez-vous ici? (R. Floriot)
Roum. De cât timp sunteţi aici?
Dans certains énoncés, la traduction fait appel à la variante contextuelle de...
încoace. La durée en déroulement est rapportée explicitement au moment de référence
du locuteur. Le SP avec depuis est généralement placé en fin de phrase et il comporte,
le plus souvent, le substantif ans.
Fr. Comme chaque été depuis quatre ans! (G. Cesbron)
Roum. Ca în fiecare vară de patru ani încoace! (« începând de acum patru
ani »)
Fr. Mon ermitage est ouvert nuit et jour, depuis deux ans. (G. Cesbron)

3
On peut cependant rappeler que depuis toujours se traduit par dintotdeauna.

10
Roum. Sihăstria mea e deschisă zi şi noapte, de doi ani încoace. (ou De doi ani,
sihăstria mea e deschisă zi şi noapte).
Fr. Qu’est-ce que vous consommez comme lait depuis quelque temps! (L’Avant-
Scène)
Roum. Cât lapte consumi de câtva timp / de la o vreme încoace!
2.2.2. În
Il s’agit d’une équivalence contextuelle qui implique une modulation, entraînant
le changement du lexème prépositionnel. Dans certains types de contextes, on utilise
comme équivalent de depuis la préposition în, avec le trait [+Intériorité]. La traduction
ne retient alors que l’information sur la situation du procès à l’intérieur d’un intervalle-
durée aux limites implicites, neutralisant l’idée de postériorité par rapport à une limite
initiale. Depuis est interprété ici comme synonyme de en ou de pendant. Très souvent,
le SP avec depuis est conditionné par un syntagme du type le n-ième + N ou (pour) la
n-ième fois, depuis étant suivi d’un quantificateur défini. On peut distinguer deux
variantes :
a) în (decurs de) ou într-, qui laisse dans l’ombre la référence au repère:
Fr. C’est peut-être la première fois depuis dix ans. (M. Pagnol)
Roum. E poate prima oară în (decurs de) zece ani.
Fr. Pour la millième fois depuis un mois. (P. Mac Orlan)
Roum. Pentru a mia oară într-o lună.
b) în ultimii / ultimele..., qui met l’accent sur l’intervalle-durée à l’intérieur
duquel se situe le procès (cf. pendant) et souligne la référence au repère du locuteur. La
vision que l’on a de la durée change : la durée du procès n’est plus considérée comme
postérieure à L1, mais plutôt comme antérieure à L2 (L2 = To).
Fr. Dans toute ma vie [...], je n’ai pas vécu aussi longtemps que depuis trois
semaines. (M. Pagnol)
Roum. În (toată) viaţa mea [...] n-am trăit atât de mult ca în ultimele trei
săptămâni. (= pendant les trois dernières semaines)
Fr. C’était le quantième bar dans lequel Maigret avait été obligé de pénétrer
depuis 24 heures? (G. Simenon)
Roum. Era al câtelea bar în care Maigret era obligat să intre în ultimele 24 de
ore?
Fr. Vous êtes le premier voyageur qui débarque ici depuis quinze jours. (S. A.
Steeman)
Roum. Sânteţi primul călător care debarcă aici în ultimele două săptămâni.
2.2.3. După

11
On emploie la préposition după, avec le trait [+Postériorité], lorsque la phrase
contient le syntagme le premier ou (pour) la première fois; le SP avec depuis comporte
un quantificateur indéfini. Le procès coïncide avec la limite L2 d’un intervalle qT. La
traduction retient seulement le fait que le procès est postérieur à cet intervalle, qui se
caractérise justement par l’absence du procès en question. Depuis est donc interprété ici
comme synonyme de après.
Fr. Pendant le dejeuner chez eux, le premier depuis bien longtemps… (M.
Butor)
Roum. În timpul prânzului pe care l-am luat la ei acasă, primul după foarte
multă vreme…
Fr. C’était la première fois, depuis des mois, qu’il restait si longtemps loin de
lui. (M. Genevoix)
Roum. Pentru prima oară după mai multe luni rămânea atâta vreme departe de
el.

3. Durée fermée (L2 explicite)


On a affirmé que depuis « présuppose jusque, exprimé ou non » 4 , marquant la
limite finale L2 de la durée. Les constructions où jusque apparaît effectivement dans la
phrase, en corrélation avec depuis + SN [-qT] ne posent pas de problèmes pour la
traduction. La structure comportant les corrélatifs depuis … jusque a pour équivalents
de / din / de la... (şi) până / până la / până în.
Fr. J’ai lu depuis le coucher du soleil jusqu’à minuit. (H. Bosco)
Roum. Am citit de la apusul soarelui până la miezul nopţii.
Fr. Même si, depuis Catherine de Médicis et jusqu’en 1964, Castelnaudary a
toujours été ville de garnison! (L’Express)
Roum. Chiar dacă, (începând) de la Ecaterina de Medicis şi până în 1964,
Castelnaudary a fost întotdeauna un oraş de garnizoană!
Nous signalons également les situations où le SP avec jusque, qui n’est pas
exprimé en français, doit cependant apparaître de façon explicite dans la traduction. Le
roumain rend explicite le repère à partir duquel on considère rétrospectivement une
action ou un état, et qui est envisagé en tant que limite finale (L2) de la durée. L’énoncé
présente une sorte de bilan que l’on fait au moment de référence implicite (repère
centrique ou allocentrique, domaine du passé ou du passé-présent). Traduction : de /
din / de la ... (şi) până acum / azi / în prezent ; până atunci / în acel moment.
Fr. Depuis 1965, Valentina Terechkova demeure la seule femme de l’espace.
(Le Monde)

4
Barrera-Vidal (1967 : 155).
12
Roum. Din 1965 şi până azi, Valentina Tereşkova rămâne singura femeie
cosmonaut.
Fr. Au total, douze attentats ont été commis dans cette région depuis le Ier
juillet. (Le Monde)
Roum. În total, douăsprezece atentate au fost comise în această regiune de la 1
iulie până acum.
Fr. La conception de la peinture a beaucoup évolué depuis Delacroix. (dans
Henry, 1968)
Roum. Concepţia despre pictură a evoluat mult de la Delacroix până în
prezent.
Fr. Qu’est-ce que l’homme avait fait depuis le matin? (G. Simenon)
Roum. Ce făcuse omul acesta de dimineaţă şi până atunci / în acel moment? –
La construction avec de dimineaţă sans corrélatif serait ambiguë en roumain.

4. Conclusion
La traduction en roumain des SP avec depuis est influencée par les facteurs
suivants : d’une part, les éléments constitutifs du SP, la présence de certains éléments
dans le contexte, en français, et, d’autre part, les contraintes imposées par la langue
d’arrivée ainsi que la nécessité d’éviter l’ambiguïté de certaines constructions du
roumain.
Les équivalents roumains de depuis reprennent, dans les contextes type, le trait
sémantique fondamental de ce relateur, avec l’indication de la limite initiale et la durée
ultérieure implicite : de, din, de la ; les variantes contextuelles peuvent souligner L1 ou
le repère To / T1. On peut également avoir affaire à des modulations qui laissent dans
l’ombre certaines informations, au profit des traits [+Intériorité] – situation d’un procès
à l’intérieur d’une durée – ou [+Postériorité] par rapport au repère défini par le SN,
suivant la perspective imposée par le contexte de l’énoncé. Dans le cas de
l’interprétation centrée sur l’intériorité, la postériorité – qui est d’ailleurs un trait
secondaire – est annulée, ou bien elle change en antériorité. Dans l’interprétation
centrée sur la postériorité, c’est la référence au repère du locuteur qui peut être annulée.
Par ailleurs, le roumain s’avère parfois plus explicite que la langue de départ,
dans le cas des constructions impliquant en français une ellipse, ou encore s’il s’agit
d’expliciter une idée verbale. Comme on a pu le voir, le roumain peut également rendre
explicite le repère implicite du français, qui constitue la limite L2 de la durée.

13
LA PRÉPOSITION DÈS
ET SES ÉQUIVALENTS EN ROUMAIN

1. Dès - relateur temporel

Appartenant au champ lexico-sémantique de la relation temporelle, la


préposition dès peut être décrite à l’aide de la formule componentielle suivante:
[+Temps] [+Ponctuel] [-qT] [-Réf.To] [+Précocité] [-Durée]. 1
[+Temps] : dès s’actualise essentiellement dans le domaine temporel ; il sert à
construire des compléments de temps, mettant en relation un procès avec un repère R :
Et dès le lendemain nous sortîmes ensemble. (A. Gide, L’immoraliste)
Le repère est exprimé, le plus souvent, par des lexèmes ou des syntagmes
[+Temps] – termes à référence absolue, déictique ou cotextuelle – ou, parfois par des
syntagmes [-Temps], qui acquièrent une signification temporelle grâce, précisément, à
la présence du relateur dès. Dans les exemples ci-dessous, un SN [+Lieu] devient, grâce
à dès, apte à évoquer une situation temporelle (moment ou époque) :
... moi, qui avais d’abord aimé Gilberte, dès Combray, à cause de tout
l’inconnu de sa vie... (M. Proust, A la recherche du temps perdu)
Précédés par dès, le nom de lieu Combray évoque une certaine période de la vie du
narrateur.
Hélas! quand je rentrai, ce matin-là, un désordre inaccoutumé me frappa dès la
première pièce. (A. Gide, L’immoraliste)
Le SP dès la première pièce signifie en fait « dès le moment où j’entrai dans la
première pièce » 2 .
[+Ponctuel] : Le lexème dès implique une vision « ponctuelle » du repère;
l’espace temporel désigné par le complément est réduit à un espace minimal 3 , qui peut
être soit un moment, soit une période envisagée de façon globale, en tant qu’équivalent
d’un moment.

1
Pour une analyse plus détaillée de dès, voir Ţenchea (1989).
2
Il s’agit, dans de tels cas, d’une synthèse spatio-temporelle (cf. Tenchea, 1983).
3
Cf. Martin (1971 : 269).
14
[-qT] : dès ne peut pas se rapporter à un espace temporel quantifié, à une
distance temporelle 4 .
[-Réf.T0] : la relation temporelle que dès sert à établir n’est pas déterminée en
fonction du moment de l’énonciation T0.
Le trait [-Durée] se rapporte au caractère aspectuel du procès dont le SP en dès
marque la situation temporelle : le procès est considéré dans une vision ponctuelle, non
durative.
C’est le trait [+Précocité], de nature sémantico-pragmatique, qui définit le
fonctionnement de dès en tant que relateur temporel. La préposition dès fait référence
à l’énonciateur, impliquant un jugement de ce dernier sur la situation temporelle du
procès. Tout en situant dans le temps le procès exprimé par le verbe régissant, en
fonction d’un repère R, la préposition dès marque l’idée de précocité concernant le
moment du procès ; elle laisse entendre que le procès aurait pu se produire plus tard, à
un moment ultérieur. L’action « est estimée précoce par le sujet parlant » 5 . Dans le
même sens, on a parlé aussi de promptitude ; selon A. Barrera-Vidal, dès comporte
« une certaine nuance de promptitude, un peu à la façon de déjà » 6 . Le SP en dès peut
d’ailleurs être paraphrasé par un SP comportant un simple situant précédé par l’adverbe
présuppositionnel déjà 7 : « déjà au moment R et non pas plus tard (comme cela aurait
été possible) ». Dans la phrase Il est parti dès l’aube, les syntagme dès l’aube signifie
« déjà à l’aube et non pas plus tard, comme on pouvait s’y attendre ». L’idée de
précocité peut être rendue de façon explicite à l’aide d’une expression telle que sans
tarder, sans aucun délai, ou bien par le verbe ne pas lanterner (à) :
Dès le lendemain matin, elle ne lanterna pas à faire ses malles. (Y. Gandon,
Monsieur Miracle)
L’espace temporel postérieur au repère apparaît comme une virtualité niée.
Dans les phrases ci-dessous on oppose, précisément, le moment-repère et les moments
ultérieurs:
Je n’avais pas eu le coeur de le faire dès mon arrivée, et les semaines qui
suivirent, le coeur me manqua. (Simone de Beauvoir, La force des choses)
Cependant, il ne faut pas oublier que dès est un situant temporel : il marque la
précocité du procès, tout en précisant la situation de celui-ci dans le temps, par rapport
à un repère. Le SP avec dès répond, en effet, à la question quand?
- Quand avez-vous l’intention d’entrer en possession de votre chambre? [...]

4
Exception faite pour la locution dès longtemps, signifiant «il y a longtemps + déjà».
5
Cf. Gougenheim (1962 : 322), ainsi que Martin (1971 : 197).
6
Barrera-Vidal (1967).
7
Tout comme déjà admet des paraphrases en dès, cf. Fuchs & Léonard (1979 : 37) : A dix ans, il prit déjà la clé des
champs – “dès l’âge de dix ans”.
15
- Voyons... Dès demain, je pense.
(Yves Gandon, Monsieur Miracle)
En fait, dès exprime un rapport temporel de coïncidence : « Tout l’intérêt se
trouve reporté sur le fait que l’action a lieu justement au point désigné par dès » 8 . Dans
les phrases ci-dessous:
J’ai dû vous quitter dès neuf heures. (A. Gide, L’immoraliste)
Dès l’après-midi du 17 juin, j’exposai mes intentions à M. Winston Churchill.
(Ch. de Gaulle, Mémoires de guerre)
Dès avant d’arriver, je reconnus soudain l’odeur de l’herbe. (A. Gide,
L’immoraliste)
Dès après l’armistice, la photo de «l’homme qui pleurait» (...) avait valu aux
Marseillais une solide réputation d’émotivité. (Edmonde Charles-Roux, Elle,
Adrienne)
les syntagmes dès neuf heures, dès l’après-midi du 17 juin, dès avant d’arriver et dès
après l’armistice marquent le fait que le procès a lieu, respectivement, à neuf heures,
dans l’après-midi du 17 juin, avant d’arriver ou dès après l’armistice 9 , et que ces
moments sont considérés précoces par le sujet parlant. La comparaison de la
préposition dès avec un relateur tel que à, qui exprime, par excellence, le rapport de
coïncidence temporelle, peut mettre en lumière l’apport sémantique spécifique de dès, à
savoir l’idée de précocité: Il partit à l’aube vs Il partit dès l’aube. Dans les deux cas, il
y a coïncidence du procès avec le repère (il a lieu à l’aube), mais dès marque, en outre,
le caractère précoce du procès.
Lorsque le repère est exprimé par un lexème nominal [+Action] ou par une
forme verbale non personnelle (le SP impliquant alors dans la structure sous-jacente dès
que + Prop), dès marque un rapport de postériorité immédiate, signifiant «aussitôt
après» 10 , «juste après» 11 . L’idée de postériorité résulte de l’impossibilité logique de
concevoir l’action-repère et l’action exprimée par le verbe régissant comme
simultanées.
Dès notre entrée, un géant à demi chauve et roux est venu nous saluer. (J. P.
Faye, Entre les rues) [« dès que nous sommes entrés »]

8
Sävborg (1943 :11).
9
On remarquera le fait que dès se combine avec des SN susceptibles d’être construits avec des relateurs exprimant la
simultanéité, tels que à, dans, en et même ∅ : dès le début – au début, dès octobre – en octobre, dès son enfance –
dans son enfance, dès lundi – lundi. Dans le cas où dès se combine avec le relateur avant ou après (dès avant /après
R) on envisage un moment défini comme antérieur ou postérieur au repère R (avant / après R).
10
Wagner & Pinchon (1962 : 479).
11
Vet (1980 : 125).
16
Dès le travail fini, je voyagerai. (in Le Bidois, 1967 : II, 433) [« dès que j’aurai
fini le travail »]
Lorsque le moment référentiel est déjà défini comme postérieur à un repère (dès
après...), la présence de dès fait apparaître l’idée d’immédiateté:
Les jours ouvrables (...), nous nous rendions dès après le déjeuner dans la
banque la plus voisine... (Clara Malraux, Nos vingt ans) [« aussitôt après le
déjeuner »]
La préposition dès impose une vision ponctuelle, perfective du procès exprimé
par le verbe régissant, l’action étant considérée « en dehors de sa durée » 12 .
En alliance avec un verbe imperfectif, exprimant un procès duratif ou un état,
dès marque la coïncidence du premier moment du procès ou de l’état avec le repère
ponctuel ; le moment référentiel est représenté par la limite initiale, considérée précoce
par le locuteur, l’effet de sens se rapprochant ici de l’inchoativité 13 (ce qui dérive de
l’opposition implicite entre le moment-repère et les moments ultérieurs) :
Le 24 le temps s’assombrit et il neigea dès le matin (H. Bosco, Malicroix). [« il
commença à neiger »]
L’idée inchoative peut être exprimée de façon explicite:
Et, dès ces jours-là, il commença d’aller mieux. (F. Mauriac, Thérèse
Desqueyroux)
La préposition dès se situe donc dans la zone des relateurs prépositionnels qui
impliquent une visée initiale 14 . Dès indique soit le moment du procès perfectif, avec
référence implicite à des moments ultérieurs, niés en tant que moments du procès, soit
le moment initial, considéré précoce, d’un procès imperfectif dont la durée, postérieure
au moment-repère, n’est pas prise en considération.
À ce titre, dès pourrait être rapproché de depuis, relateur de la limite initiale ;
les deux prépositions s’opposent, cependant, par le fait que depuis comporte le trait
[+Durée], la durée du procès étant rapportée au moment de référence T0. Dans la phrase
Il travaille dès le matin, le SP insiste sur la limite initiale d’un procès duratif qui se
répète, alors que dans l’énoncé Il travaille depuis le matin, le SP marque la limite
initiale du procès, tout en insistant sur la durée du procès, qui continue au moment de la
parole.

12
G. Gougenheim (1962 : 321).
13
Cf. Martin (1971 : 269).
14
La valeur fondamentale en langue de dès est d’ailleurs définie par Pottier (1962) de la manière suivante: « Visée
immédiatement postérieure à une limite, avec perspective du mouvement d’éloignement, visée initiale +
immédiation ». La préposition dès appartient, par là, à la classe des relateurs que nous avons appelés aspectuels,
définis par le trait [+Limite] (voir Ţenchea, 1986).
17
C’est précisément la propriété de la préposition dès de conférer une valeur
inchoative aux procès imperfectifs qui explique un emploi particulier de ce relateur
dans les structures prépositionnelles corrélatives. Dès y marque la limite initiale,
considérée précoce, du procès, la limite finale du déroulement temporel étant marquée
par jusqu’à (limite finale + durée antérieure):
Dès la fin de la guerre et jusqu’à mon mariage, j’aurai sans cesse la possibilité
de donner à ma vie la forme de tel ou tel être. (Clara Malraux, Nos vingt ans)

2. Équivalents roumains de la préposition dès

2.0. La préposition dès du français n’a pas d’équivalent dans le système des
prépositions du roumain. Les multiples nuances temporelles et aspectuelles qu’elle
implique se retrouvent à travers les diverses possibilités de transposition en roumain, où
l’on fait appel à des lexèmes prépositionnels ou conjonctionnels, ainsi qu’à certains
adverbes. La difficulté à laquelle on se heurte dès l’abord, c’est qu’en roumain il
n’existe pas d’hétéronyme prépositionnel qui puisse rendre l’idée de précocité
spécifique pour dès ; elle ne peut être rendue que grâce à des adverbes tels que chiar ou
încă.
La traduction roumaine privilégie, suivant le contexte, tel ou tel trait temporel et
/ ou aspectuel, le choix des équivalences étant dicté par plusieurs facteurs. Il faudra
tenir compte de tous les éléments susceptibles de créer des effets de sens contextuels (la
distribution de dès à l’intérieur du SP : il se combine avec un SN, un adverbe ou une
structure verbale non personnelle – syntagme à verbe non fini ; le caractère perfectif ou
imperfectif du procès exprimé par le verbe), ainsi que des possibilités de combinaison
de certains lexèmes du roumain, l’option du traducteur étant parfois déterminée – ou
limitée – par les procédés dont dispose le roumain pour exprimer les sens
correspondants du français. 15
Nous distinguerons plusieurs types d’équivalences, en fonction des sens
actualisés dans chaque cas. 16
2.1. Équivalences qui correspondent à l’idée fondamentale exprimée par dès, à
savoir la visée initiale (cf. Pottier) ; elles laissent dans l’ombre la nuance de précocité.
2.1.1. La préposition de, avec les variantes : de la, din, de pe la, de cu. Structure
du SP en français: dès + SP [+Temps] ou [+Action].
Fr. Dès les premiers mots d’Antoine (...), il comprit tout.

15
Les dictionnaires bilingues (français-roumain) se résument, dans le cas de dès, à des indications assez
« télégraphiques », de toute évidence incomplètes.
16
Notre analyse est basée sur un corpus d’exemples tirés d’oeuvres littéraires, confrontés à la version roumaine
publiée, dans les cas où une telle version existe ; dans les autres cas, la traduction des exemples nous appartient.
18
Roum. De la primele cuvinte ale lui Antoine (...) înţelese totul.
(R. M. du Gard, Les Thibault, trad. V.Rusu-Şirianu)
Fr. Mais dès ce moment-là, je fus persuadé qu’il était, lui aussi, une victime.
Roum. Din acel moment, însă, am fost convins că şi el e o victimă.
(Exbrayat, Les douceurs provinciales)
Fr. Et dès la collation (...), un peu de brume annonce de loin le crépuscule.
Roum. ... de pe la ora cinci după-amiază se aşterne o ceaţă uşoară care
prevesteşte amurgul cu mult înainte de a se lăsa.
(F. Mauriac, Thérèse Desqueyroux, trad. E. et M.Beniuc)
Fr. Seulement, cette fois, tu viendras ici dès le matin.
Roum. Numai că, atunci, vei veni aici de cu zori.
(J. Gracq, Le rivage des Syrtes, trad. G. Naum)
Fr. Cette intervention avait été, dès longtemps, préparée...
Roum. Această intervenţie fusese pregătită de multă vreme.
(Ch. de Gaulle, Mémoires de guerre)

2.1.2. Équivalences qui expriment un ablatif temporel: începând de / din / de la


/ cu, qui mettent en lumière la limite initiale d’un procès imperfectif, duratif (on peut
envisager aussi les résultats d’un procès perfectif), comportant en même temps l’idée
d’une durée ouverte postérieure à cette limite (la continuation du déroulement
processuel, cf. fr. à partir de). Dans ce cas, la nuance de précocité (« sans tarder »)
n’est pas actualisée en roumain. Structure du SP en français : dès + SN ou Adv
[+Temps].
Fr. Roberto, sans éveiller l’attention, dès l’après-midi devait inspecter la vieille
batterie.
Roum. Fără să trezească atenţia, Roberto trebuia, începând de după-amiază,
să inspecteze bătrâna baterie de coastă.
(J. Gracq, Le rivage des Syrtes, trad. G.Naum)
Fr. Dès quatre heures, il devait quitter la chasse.
Roum. Începând cu orele patru trebuia să-şi înceteze vânatul.
(F. Mauriac, Le baiser au lépreux, trad. E.Buşneag)
Fr. Laurence m’écrivit dès lors deux fois par semaine.
Roum. Începând din acel moment, Laurence îmi scrise de două ori pe
săptămână.
(Y. Gandon, Monsieur Miracle)
2.2. La traduction explicite l’idée de précocité au moyen des adverbes chiar ou
încă. Le SP, en français, comporte généralement un SN ou un adverbe [+Temps].

19
2. 2. 1. L’adverbe chiar souligne la coïncidence du procès avec le moment-
repère, impliquant une opposition entre ce moment et d’autres moments.
a) Chiar + circonstant temporel : Adv, SP ou SN se rapportant à un certain jour
ou aux divisions de la journée (référence déictique ou cotextuelle), ou locution
conjonctionnelle introduisant une subordonnée temporelle (en français: aujourd’hui,
hier, demain, le (sur)lendemain ; ce soir, cette nuit, cet après-midi ; avant que + Prop).
Fr. Dès le lendemain, la mère porta jusqu’à la gare un gros colis.
Roum. A doua zi chiar, bătrâna duse la gară un colet mare.
(B. Clavel, Les fruits de l’hiver, trad. E.Buşneag)
Fr. Jean pourrait dès le lendemain voir Noëmi.
Roum. Jean ar putea s-o vadă pe Noëmi chiar a doua zi.
(F. Mauriac, Le baiser au lépreux, trad. E.Buşneag)
Fr. Dès demain, il ira voir le Préfet.
Roum. Chiar mâine îi va face o vizită prefectului.
(F. Mauriac, Thérèse Desqueyroux, trad. E. et M. Beniuc)
Fr. Que tout ce qui était caché apparaisse dans la lumière, et dès ce soir.
Roum. Să scoată la lumină chiar în astă seară tot ceea ce mocnea în întuneric.
(F. Mauriac, Thérèse Desqueyroux, trad. E. et M. Beniuc)
Fr. Télégraphie dès ce soir.
Roum. Telegrafiază-mi chiar diseară.
(F. Mauriac, Le mystère Frontenac, trad. E. Buşneag)
Fr. On lui jette des confetti, dès avant qu’il apparaisse.
Roum. I se aruncă confeti, chiar înainte ca el să apară.
(E. Ionesco, Théâtre)
b) Chiar + de / din / de la + SN [+Temps] ou [+Action] ; la préposition marque
une idée inchoative : le début d’un état, résultat du procès perfectif qui coïncide avec le
repère.
Fr. Dès le lendemain, le père Dubois perdit la notion du temps.
Roum. Chiar de a doua zi, bătrânul pierdu noţiunea timpului.
(B. Clavel, Les fruits de l’hiver, trad. E. Buşneag)
Fr. Jean Pélouyère, dès le surlendemain, reprit ses habitudes.
Roum. Chiar din a treia zi, Jean Pélouyère îşi relua obiceiurile.
(F. Mauriac, Le baiser au lépreux, trad. E.Buşneag)
Fr. Et puis Jean-Louis l’avait, dès les premières paroles, touchée au coeur.
Roum. Şi apoi, Jean-Louis o înduioşase chiar de la primele cuvinte.
(F. Mauriac, Le mystère Frontenac, trad. E. Buşneag)

20
2.2.2. L’idée de précocité est exprimée à l’aide de l’adverbe încă.
a) încă + de ou variantes (visée initiale) :
– încă + de / din / de la / de (pe). Structure du SP en français: dès + SN
[+Temps] (ou équivalent).
Fr. ... il neigea dès le matin.
Roum. ... începu să ningă încă de dimineaţă.
(H. Bosco, Malicroix)
La traduction explicite ici l’idée inchoative.
Fr. Le lendemain matin, j’étais prêt à sortir dès neuf heures.
Roum. A doua zi dimineaţa, eram gata să ies încă de la ora nouă.
(A. Gide, L’immoraliste)
Fr. Les femmes de la lande sont très supérieures aux hommes qui, dès le
collège, vivent entre eux et ne s’affinent guère.
Roum. Femeile din lande sunt în general cu mult superioare bărbaţilor, care
încă din liceu stabilesc relaţii doar între ei şi în cercul lor îngust n-au cum să se
cioplească.
(F. Mauriac, Thérèse Desqueyroux, trad. E. et M.Beniuc)
Fr. Pourtant, dès cette époque, elle regorgeait d’argent.
Roum. Totuşi, încă de pe atunci era doldora de bani.
(H. Monteilhet, Le retour des cendres)
– încă + de când + Prop. Structure du SP en français : dès + SN [+Action].
Fr. Dès ma sortie de l’École des chartes, tu as été mon mauvais génie.
Roum. Încă de când am absolvit şcoala de arhivari ai fost geniul meu rău.
(P. Morand, L’homme pressé)
b) încă + complément de temps prépositionnel marquant la simultanéité ou la
postériorité.
Fr. ... bien que ma déception eût commencé dès 1948.
Roum . ... deşi decepţia mea începuse încă din 1948.
(Simone de Beauvoir, La force des choses)
Fr. Le lendemain, nous partîmes dès avant l’aube.
Roum. A doua zi, plecarăm încă înainte de ivirea zorilor.
(A. Gide, L’immoraliste)
2.3. Équivalences qui effacent la nuance de précocité, privilégiant l’expression
d’un rapport temporel - coïncidence ou postériorité immédiate.
2.3.1. Coïncidence. Structure du SP en français: dès + SN [+Temps]
21
– O dată cu («en même temps que», «avec») met en évidence la coïncidence
d’un procès perfectif avec le moment-repère.
Fr. Dès cette aube néfaste, les bestiaux sur le foirail réveilleraient le malade.
Roum. O dată cu zorii acestei zile nefaste, animalele adunate în piaţă îl vor
trezi pe bolnav.
(F. Mauriac, Le baiser au lépreux, trad. E. Buşneag)
– Le SP en dès est traduit à l’aide d’un complément de temps construit ou non
avec une préposition.
Fr. Impossible de partir dès le lundi matin.
Roum. Cu neputinţă să plece luni dimineaţa.
(R. Martin du Gard, Les Thibault, trad. V.Rusu-Şirianu)
Fr. Un souci de convenance m’interdit de relancer Prieur dès cette heure
matinale.
Roum. Grija pentru convenienţe mă opreşte să-l deranjez pe Prieur la această
oră matinală.
(H. Troyat, Le mort saisit le vif)
Fr. Dès la fin de la matinée, les visites commencèrent.
Roum. Puţin înaintea prânzului, începură vizitele.
(R. Martin du Gard, Les Thibault, trad. V. Rusu-Şirianu)
L’idée de précocité pourrait être explicitée ici par déjà:
Spre amiază începură deja vizitele.

2.3.2. Équivalences mettant en lumière l’effet de sens contextuel [+Postériorité


immédiate] :
a) imediat (după), îndată după (« aussitôt après »). Structure du SP en français :
dès + après + N [+Action].
Fr. Cet hiver-là fut comme un long sommeil tout peuplé de rêves, où le père
Dubois s’était enfoncé dès après le départ de sa femme.
Roum. Iarna aceea a fost ca un somn lung şi încărcat de vise, în care bătrânul
se cufundase imediat după moartea bătrânei.
(B. Clavel, Les fruits de l’hiver, trad. E. Buşneag)
b) locution conjonctionnelle exprimant la postériorité immédiate : de îndată ce,
imediat ce, de cum (« dès que », « aussitôt que »). La traduction a recours à une
macrostructure temporelle, le SP en dès étant transposé en roumain au moyen d’une
proposition subordonnée de temps. On peut constater que le roumain ne fait
qu’expliciter la séquence verbale personnelle implicite dans la structure profonde du

22
français (dès que / aussitôt que + Prop). Le SP du français peut avoir l’une des
structures suivantes :
– dès + SN [+Action] (déverbal)
Fr. Je te ferai prévenir dès mon retour.
Roum. Am să te anunţ imediat ce mă întorc.
(J. Gracq, Le rivage des Syrtes, trad. G. Naum)
Fr. Mais je lui ai promis de lui expédier un exemplaire de mon roman dès sa
mise en vente.
Roum. I-am promis însă că îi voi trimite un exemplar din romanul meu de
îndată ce va fi pus în vânzare.
(H. Troyat, Le mort saisit le vif)
Fr. Je me le repète dès le réveil.
Roum. Mi-o repet de cum mă trezesc. (Barillet et Grédy, Potiche)
– dès + SN [+Temps] évoquant, par ellipse, le moment où a lieu une action
Fr. ... dès le potage naissait le débat imbécile qui tournait vite à l’aigre.
Roum. ... de cum se aşezau la masă, începea o controversă stupidă, care
degenera repede în ceartă.
(F. Mauriac, Thérèse Desqueyroux, trad. E. et M. Beniuc)
Fr. Dès la cloche, ils se défilaient vers la cave de l’école.
Roum. De cum se auzea clopoţelul, o zbugheau spre pivniţa şcolii.
(J.-P. Chabrol, L’embellie)
– dès + N + participe passé
Fr. Le vieux couple envisageait le retour à la terre dès leur bateau vendu.
Roum. Cei doi bătrâni intenţionau să se întoarcă pe uscat de îndată ce-şi vor fi
vândut vasul.
(Renée P. Gosset, Mes hommes dans un bateau)
– dès + infinitif passé
Fr. Dès l’avoir vu je l’ai jugé capable.
Roum. De cum l-am văzut l-am socotit capabil.
(in Wagner & Pinchon, 1962)
– dès + gérondif
Fr. Elle a dû se coucher dès en arrivant de l’école.
Roum. Probabil că s-a culcat de îndată ce s-a întors de la şcoală.
(Nyrop, apud Pottier, 1962)

23
3. Conclusion

3.1. Nous avons mis en évidence le spécifique du relateur dès du français, qui
appartient au champ lexico-sémantique de la relation temporelle, étant défini par le trait
sémantico-pragmatique [+Précocité], qui fait référence à l’énonciateur. Dès implique, à
la façon de déjà, une opposition entre le moment-repère R et les moments ultérieurs, le
moment du procès étant considéré comme précoce par le locuteur. Le moment
référentiel, marqué par le terme avec lequel se combine la préposition dès, est défini
soit comme coïncidant avec le repère R (auquel cas on peut sous-entendre l’un des
relateurs exprimant la coïncidence temporelle – adessif ou inessif), soit comme
antérieur vs postérieur à R (l’antériorité ou la postériorité étant exprimée explicitement
par avant ou après). En tant que situant temporel, dès marque la coïncidence du
moment du procès – considéré comme précoce – avec le moment référentiel ainsi défini
; parfois, il peut marquer aussi la postériorité immédiate, en tant qu’effet de sens
contextuel.
Imposant une vision ponctuelle du repère, dès impose également une vision
ponctuelle – non durative – du procès exprimé par le verbe régissant le SP. Le SP en
dès se rapporte, dans cette perspective, soit au moment du procès perfectif, soit au
premier moment d’un procès imperfectif-duratif, la visée initiale propre à dès, qui se
traduit par l’opposition implicite entre R et les moments ultérieurs, actualisant alors une
nuance inchoative.
3.2. L’analyse sémantique et distributionnelle de la préposition dès du français
s’est avérée indispensable dans la recherche des équivalences de ce relateur en
roumain.
On peut également affirmer que la traduction contribue à mettre en évidence les
caractéristiques de la préposition dès au niveau du système des prépositions temporelles
du français, ainsi que son fonctionnement dans le contexte.
Dans le système des prépositions du roumain, il n’existe pas d’équivalent exact
de dès, qui puisse exprimer l’idée de précocité. Les diverses possibilités dont on
dispose pour transposer en roumain les syntagmes temporels construits avec dès
privilégient, en fonction du contexte, certains des sens exprimés par cette préposition ;
la précocité peut être explicitée à l’aide des adverbes chiar ou încă, mais, dans d’autres
cas, elle n’est pas rendue en roumain. Les équivalences roumaines de dès que nous
avons envisagées actualisent, dans le cadre de divers syntagmes prépositionnels ou de
certaines macrostructures temporelles, soit la visée initiale (de et variantes ; începând
de), soit l’idée de précocité, exprimée par les adverbes chiar ou încă, accompagnant un
circonstant temporel, soit encore un simple rapport temporel: la coïncidence (o dată cu
ou d’autres relateurs exprimant la coïncidence temporelle) ou la postériorité
immédiate (imediat / îndată după, îndată ce, imediat ce, de cum).

24
LÀ - MARQUE DE L’ÉNONCIATION
ET SES ÉQUIVALENTS EN ROUMAIN

0. Le lexème là du français est ce qu’on appelle un embrayeur, c’est-à-dire un


terme qui reçoit un référent lorsqu’il est inclus dans un message 1 . Le sens référentiel de
là doit être déchiffré soit en fonction du contexte de l’énoncé (il s’agit, dans ce cas,
d’un terme à référence cotextuelle 2 ), soit en fonction de l’énonciation, de la situation de
communication (il fonctionne alors comme terme déictique).
Sémantiquement, là se situe dans la zone spatiale, temporelle ou abstraite-
notionnelle, son actualisation dans l’un de ces domaines étant due au contexte. Il peut
évoquer un espace au sens propre ou figuré, un moment ou une situation ; cependant, sa
valeur de base, spécifique, reste la valeur spatiale 3 .
Dans ce qui suit, nous proposerons une description sémantico-référentielle de
l’embrayeur là, dans la perspective de la théorie de l’énonciation, tout en mettant en
évidence, pour chacun des cas envisagés, les termes équivalents du roumain.
De façon générale, là a le statut d’un adverbe, mais il peut fonctionner aussi
comme substitut pronominal (équivalent d’un pronom démonstratif) et comme
interjection. Seuls les deux premiers cas seront envisagés ici.

1. Là – terme déictique
1 1.1. Là – déictique spatial renvoie à l’espace de l’énonciation, défini par rapport
aux participants à l’acte de communication (locuteur ou allocutaire, 1re ou 2e
personne 4 ).
1.1.1. Là marque l’éloignement par rapport à la première personne, son
équivalent roumain étant acolo.
1.1.1.1. Là est un indice de l’ostension 5 , pouvant accompagner un geste ou
étant l’équivalent d’un geste. Il signifie « à cet endroit que je vous montre en ce
moment (et qui se trouve à une certaine distance de moi / de nous) ». Dans cet emploi,
1
Dubois et al., Dictionnaire de linguistique, 1973.
2
Cf. Kerbrat-Orrechioni (1980).
3
Là provient du latin illac, adverbe à sens spatial.
4
« Ici / là situent par rapport à la première personne », affirme-t-on dans le Dictionnaire de linguistique, p. 137.
5
Cf. Benveniste (1970 : 14).
25
là peut être mis en opposition avec ici, constituant alors un terme déictique
relationnel :
Fr. Vous voyez ici devant vous le fleuve, et là, à l’horizon, les montagnes.
(Quillet)
Roum. Vedeţi aici în faţa voastră fluviul şi acolo, în zare, munţii.
L’opposition ici vs là se double parfois de l’opposition 1re personne vs 2e
personne ; là désigne alors un espace délimité par rapport à la deuxième personne, en
opposition avec l’espace du locuteur, désigné par le déictique ici:
Fr. Être ici... (Il montre la scène) ... ne m’empêche donc nullement d’être là... (Il
montre la scène ... près de vous, parmi vous... (R. Lamoureux)
Roum. Faptul că sunt aici... (Arată scena) ... nu mă împiedică deci câtuşi de
puţin să fiu acolo... (Arată sala) ... lângă voi, printre voi...
Là, indice de l’ostension, peut être employé seul, sans être mis en corrélation
avec ici (l’opposition avec ici est implicite). Il désigne un espace plus ou moins distant
de l’espace du locuteur, constituant l’objet du regard :
Fr. Maman! Une araignée! Là! Sur le bahut! (M. Aymé)
Roum. Mamă! Un păianjen! Acolo ! pe bufet!
1.1.1.2. Là peut renvoyer à un espace défini par rapport à la 2e personne
(l’interlocuteur), se trouvant en contact avec l’espace du locuteur (à la portée de celui-
ci). Il signifie « à cet endroit où tu te trouves/ où vous vous trouvez en ce moment ».
Fr. (On frappe.) Qui est là? Entrez! (T. Bernard)
Roum. (Cineva bate la uşă.) Cine-i acolo? Intră!
Dans les exemples ci-dessous, là fonctionne comme renforçant, servant à mieux
intégrer l’énoncé à la situation de communication, à exprimer la subjectivité du
locuteur. L’idée spatiale reste toujours présente : il s’agit de l’espace du regard, défini
par le locuteur en fonction de l’interlocuteur.
Fr. (Il va à la table et se verse un grand verre de curaçao.)
Lenglumé : Qu’est-ce que tu fais là? (E. Labiche)
Roum. (Se duce la masă şi îşi toarnă un pahar mare de curaçao.)
Lenglumé : Ce faci acolo? 6
Fr. – Je venais poser ici ces livres.
– Mais c’est tout un stock que vous avez là! (H. de Montherlant)
Roum. – Am venit să las aici cărţile astea.
– Dar văd că ai (acolo) un stoc întreg!

6
Le DEX cite deux exemples où acolo est employé avec la valeur en question : Ce ai acolo?, paraphrasé par « Ce ai
la tine (în mână)? », et Ce faci acolo?, paraphrasé par « Cu ce te ocupi (chiar în momentul de faţă)? ».
26
1.1.2. Là peut marquer aussi la proximité spatiale, par référence à la première
personne; synonyme d’ici, il signifie alors « à cet endroit où je me trouve / où nous
nous trouvons en ce moment », ayant pour équivalent en roumain l’adverbe aici. La
référence à la première personne peut être explicitée par des oppositions explicatives ou
par d’autres procédés contextuels.
Fr. Asseyez-vous donc, Monsieur le Député-maire, là, à ma droite. (Barillet et
Grédy)
Roum. Luaţi loc, domnule primar-deputat, aici, în dreapta mea.
Fr. Fadinard (lui barrant le passage): Non!... pas par là... (E. Labiche)
Roum. Fadinard (Barându-i trecerea): Nu! nu pe aici...
Lorsque la phrase comporte un verbe d’état, cette référence reste implicite :
Fr. Reste là. (B. Clavel)
Roum. Rămâi aici.
Fr. Bon, fit l’autre, l’ambulance sera là dans une demi-heure. (E. Triolet)
Roum. Bine, făcu celălalt, ambulanţa va fi aici peste o jumătate de oră.
Il est cependant possible d’exprimer de façon explicite l’équivalence là – ici :
Fr. Vous êtes encore là? Vous avez passé la journée ici? (J.-C. Carrière)
Roum. Tot aici sunteţi? V-aţi petrecut ziua aici?
Une mention à part doit être faite pour être là, qui signifie «être présent» 7 .
Fr. – Puis-je lui parler?
– Non, il n’est pas là. (DFC)
Roum. – Pot să vorbesc cu el?
– Nu, nu e aici.
Fr. Mais je ne sais pas pourquoi, l’idée de vous avoir toujours à mes côtés
m’inquiète. Toujours présent. Toujours là. (J.-C. Carrière)
Roum. Dar nu ştiu de ce, ideea de a te avea mereu alături de mine mă
nelinişteşte. Mereu prezent. Mereu aici.
1.2. En tant que déictique temporel, là renvoie au moment de l’énonciation,
impliquant une relation avec un autre adverbe de temps (déictique ou autre). Là –
déictique temporel relationnel est synonyme de maintenant (« dans la situation
présente »), étant traduit en roumain par acum. Le verbe se trouve à un temps défini par
rapport au moment de l’énonciation (présent, passé composé).
7
Dans leur Syntaxe du français moderne (1968 : 625), G. et R. le Bidois interprètent je suis là comme « me voici, je
suis présent », là signifiant « ici ». Ils précisent que « Je suis ici donnerait à penser non pas une présence, mais une
situation distinctement précisée et localisée (dans tel endroit particulier, et qui peut être plus ou moins distant) ; Je
suis là ne sépare pas autant celui qui parle ; il ne le présente pas comme étant à part, mais comme étant à la portée de
l’autre à sa disposition ».
27
Fr. Ecoute, Cécilia, je te verrai plus longuement tout à l’heure, mais là, il faut
absolument que j’aille parler à Constance. (Françoise Dorin)
Roum. Ascultă, Cecilia, o să te văd îndată mai pe îndelete, dar acum trebuie
neapărat să vorbesc cu Constance.
Fr. Elle n’a jamais été jusqu’à la familiarité, et ce qu’il a dit là est familier,
presque galant. (F. Mallet-Joris)
Roum. Ea n-a mers niciodată până la familiaritate, iar ceea ce a spus el acum e
familiar, aproape galant.
1.3. Là peut être employé « par simple expressivité » (GLLF) 8 , ayant une pure
fonction d’embrayeur : il ne fait que renforcer ou expliciter la référence à la situation
de communication, envisagée de façon globale (impliquant le moment de l’énonciation
et l’espace où se trouvent les participants à l’acte de communication). Signifiant « ici et
maintenant», « dans la situation présente », là marque la subjectivité du locuteur, sa
participation affective ou intellectuelle à la situation de communication, et par là
l’intégration de l’énoncé à la situation d’énonciation. L’énoncé exprime une certaine
réaction de l’énonciateur vis-à-vis d’une action accomplie par une autre personne qui
participe à l’acte de communication, ou vis-à-vis de ce qu’elle dit, mais aussi vis-à-vis
de sa propre énonciation. Il s’agit, le plus souvent, d’énoncés emphatisés. Le verbe
suivi par l’embrayeur là se trouve à un temps défini par rapport au moment de
l’énonciation (présent, futur proche). Les équivalents roumains de là, dans cet emploi,
sont acum, aici, acolo, ∅.
La prise en considération des personnes participant au dialogue permettra de
faire certaines précisions.
a) Le sujet de l’énoncé est identique au sujet d’énonciation (première
personne). La phrase – déclarative ou exclamative – comporte un verbe de parole. Le
locuteur se rend compte de ce qu’il est en train de dire, il se reprend, ou bien il émet un
jugement sur son propre énoncé.
– Le verbe est au présent. Traduction : ∅, aici.
Fr. Mais je dis là la vérité. Ces gens-là n’étaient pas des sorciers. (F. Mallet-
Joris)
Roum. Dar ceea ce spun e adevărul. Oamenii aceia nu erau vrăjitori.
Fr. Mais qu’est-ce que je dis là, moi! (Barillet et Grédy)
Roum. Dar ce tot spun (eu aici)!
– La phrase exprime l’idée d’un futur proche (même si le verbe est au présent).
Traduction : acum.
Fr. C’est peut-être indélicat ce que je vais dire là... (E. Labiche)
8
À preuve le test de l’omission.
28
Roum. Poate că ce-am să spun acum e nedelicat.
Fr. C’est un service personnel que je vous demande là. (Ph. Bouvard)
Roum. Ceea ce vă cer acum e un serviciu personal.
b) Le sujet de l’énoncé est la 2e personne.
– Phrase déclarative: on exprime une appréciation, un jugement sur les paroles
ou les faits de l’interlocuteur. Traduction : ∅, acum, aici.
Fr. Ce que vous me dites là me donne une satisfaction profonde. (T. Bernard)
Roum. Ceea ce-mi spui (acum) îmi dă o profundă satisfacţie.
Fr. Je sais que vous êtes de bonne foi. Mais vous jouez là un jeu dangereux. (T.
Bernard)
Roum. Ştiu că eşti de bună credinţă. Dar joci (aici) un joc periculos.
– Phrase interrogative : l’énoncé exprime le manque d’adhésion (méfiance,
contrariété) du lecteur à ce que dit l’interlocuteur.
Fr. Qu’est-ce que tu me chantes là? (B. Clavel)
Roum. Ce tot vorbeşti? / Ce tot spui? / îndrugi (acolo)?

2. Là – terme à référence cotextuelle

2.1. En tant qu’adverbe à sens spatial, là se rapporte à un espace (au sens


propre ou figuré) évoqué dans le contexte.
2.1.1. Là désigne l’espace du procès énoncé, renvoyant à un complément
circonstanciel de lieu exprimé dans le contexte immédiat. Son équivalent en roumain
est l’adverbe acolo.
Le plus souvent, là est un substitut anaphorique, signifiant « à cet endroit dont
on vient de parler ». Il peut exprimer les rapports spatiaux suivants : locatif et allatif
(là), ablatif (de là), prolatif (par là).
Fr. Dans le bow-window, une table ronde et des chaises. C’est là que les Pujol
prennent leur petit déjeuner. (Barillet et Grédy)
Roum. Pe terasă, o masă rotundă şi nişte scaune. Acolo îşi ia micul dejun
familia Pujol.
Fr. Mais tu me remettras ce que tu me dois avant d’aller là [= au bureau]. (T.
Bernard)
Roum. Dar îmi vei înapoia ce-mi datorezi înainte de a merge acolo.
Fr. Il est allé à Londres et de là à New York. (DFC)
Roum. S-a dus la Londra şi de acolo la New York.
Fr. En Sicile... ou quelque part par là. (Alain, in PR)
29
Roum. În Sicilia... sau undeva pe acolo.
Là peut être aussi un substitut cataphorique (anticipant), signifiant « à cet
endroit dont on va parler, qui va être nommé » .
Fr. J’irai passer mes vacances là où vous êtes allés cet été. (DFC)
Roum. Îmi voi petrece vacanţa acolo unde aţi fost şi dumneavoastră astă-vară.
2.1.2. L’idée spatiale exprimée par là peut être transposée dans le plan abstrait
(emploi figuré). Là signifie dans ce cas «à ce point», admettant deux traductions en
roumain : acolo ou aici.
a) Là a pour hétéronyme acolo :
Fr. Son audace est allée jusque-là. (Quillet)
Roum. Până acolo a mers cu îndrăzneala.
Fr. ... tous ceux qui réussiront là où il a échoué. (Ph. Bouvard)
Roum. ... toţi cei care vor reuşi acolo unde el a eşuat.
b) Là a pour hétéronyme aici :
Fr. Jusque-là, ça va. Tous les témoignages concordent. (L’Avant-Scène)
Roum. Până aici, merge. Toate mărturiile concordă.
Fr. Mon rôle de médiateur va s’arrêter là. (Barillet et Grédy)
Roum. Rolul meu de mediator se termină aici.
Le même type d’emploi apparaît dans quelques structures figées telles que : en
arriver là, en être là, en rester là, s’en tenir là, halte là.
Fr. Toute une vie à se crever pour en arriver là... (B. Clavel)
Roum. Să te istoveşti o viaţă ca să ajungi aici.
2.2. Là – adverbe à sens temporel
2.2.1. Là désigne le moment du procès objet de l’énonciation. Il se rapporte à un
moment ou à une situation temporelle évoquée dans le contexte (exprimés par un
complément circonstanciel de temps ou par une proposition), signifiant «alors», «à ce
moment», «dans cette situation», «dans cette circonstance». En roumain, il a pour
équivalent l’adverbe atunci ou, parfois, acum.
2.2.1.1. Là signifie « à ce moment dont on vient de parler » (c’est un substitut
anaphorique), le moment (ou l’époque) de référence étant défini, en tant que tel, dans
le contexte qui précède. Traduction : atunci.
Fr. Il viendra demain et là vous pourrez le féliciter personnellement. (DFC)
Roum. Va veni mâine şi atunci îl veţi putea felicita personal.
Fr. Mes rapports avec elle avaient été jusque-là assez froids. (Nicole de Buron)

30
Roum. Relaţiile mele cu ea fuseseră până atunci destul de reci.
Fr. Maintes autres termes datent de là. (W. von Wartburg)
Roum. Mulţi alţi termeni datează de atunci (din acea epocă).
Fr. À partir de là, les choses prirent une autre tournure. (Charles de Gaulle)
Roum. Începând de atunci (din acel moment), lucrurile luară o nouă
întorsătură. 9
Là peut marquer la limite finale d’un intervalle temporel dont la limite initiale
est le moment de l’énonciation, marqué par le déictique ici :
Fr. Je reviendrai à trois heures et, s’il n’a pas donné signe de vie d’ici là,
j’appellerai Londres. (Exbrayat)
Roum. Voi reveni la ora trei şi dacă până atunci n-a dat nici un semn de viaţă,
voi chema Londra.
Le moment de référence est parfois le moment où a lieu une action évoquée
dans le contexte.
Fr. Vous attendez qu’il entre et là vous vous jetez sur lui. (PR)
Roum. Aştepţi să intri şi atunci te năpusteşti asupra lui.
Employé comme anticipant (cataphorique), là signifie « à ce moment dont on va
parler », «dans cette circonstance». Le moment de référence est exprimé par une
proposition subordonnée introduite par où, là où étant synonyme de lorsque. La phrase
comporte l’idée d’une opposition.
Fr. N’employons pas l’autorité là où il ne s’agit que de raison. (PR)
Roum. Să nu facem uz de autoritate atunci când nu e vorba decât de raţiune.
2.2.1.2. L’emploi de là permet de rendre présent pour les participants à la
communication le moment (passé) du procès objet de l’énonciation, là signifiant « dans
ce cas-là», «dans cette situation». Il est synonyme de maintenant, qui connaît le même
emploi dans un contexte au passé, tout comme son hétéronyme roumain acum.
Fr. Nous n’avions jamais été plus loin que bonjour ou bonsoir. Or là, ne
trouvant sans doute que mon visage comme figure de connaissance, elle s’était
accrochée à moi. (Ph. Bouvard)
Roum. Niciodată nu merseserăm mai departe decât bună ziua sau bună seara.
Acum însă, negăsind probabil nici o altă figură cunoscută în afară de a mea, se
agăţase de mine.
Fr. Non, ce qui se passait là était un mauvais rêve. (E. Triolet)

9
Dans les structures à quelque temps de là, avant qT de là – où l’on retrouve le modèle spatial : à (une certaine
distance) de là – on a également affaire à un là cotextuel, exprimant un ablatif temporel.

31
Roum. Nu, ceea ce se petrecea acum era un vis urât.
2.2.2. Dans certains cas, là temporel est ce qu’on pourrait appeler un terme
cotextuel implicite, évoquant un moment de l’énonciation d’un énoncé par un certain
locuteur (à l’intérieur d’un énoncé appartenant à un autre locuteur-narrateur). Il signifie
alors «à ces mots», «à ce moment» (à ce point du discours), servant à signaler le
passage d’un plan à l’autre : de l’énonciation d’un personnage, reproduite (énoncée) par
le narrateur, à l’énonciation du narrateur lui-même. Le correspondant roumain de là,
dans cet emploi (comparable aux indications scéniques) est l’adverbe aici 10 .
Fr. Le clergé comprenait les prêtres qui vivaient «dans le siècle», c’est-à-dire
dans la société des hommes... (Là, l’inspecteur se retourna vers l’instituteur...)
(J.-P. Chabrol)
Roum. Clerul cuprindea preoţii care trăiau «în lume», adică în societatea
oamenilor... (Aici, inspectorul se întoarse spre învăţător...)
Fr. Là, il interrompit son récit et ralluma sa pipe. (PR)
Roum. Aici îşi întrerupse povestirea şi îşi aprinse din nou pipa.
2.3. Le référent de là peut être constitué par le contenu de l’énoncé qui précède :
là se rapporte à la situation objet de l’énonciation, évoquant les faits ou les dires de
quelqu’un. Il peut avoir, dans ce cas, soit le statut d’un adverbe, signifiant «dans, en
cela», soit celui d’un substitut démonstratif de sens neutre, étant synonyme de cela 11 .
Là fonctionne alors à la manière d’un « résomptif » 12 , renvoyant à la situation énoncée
précédemment (« ce qu’on vient de dire »). Il admet pour équivalents en roumain le
démonstratif asta ou aceasta, l’adverbe démonstratif aici, ou bien, dans certains cas, ∅.
On peut délimiter plusieurs contextes spécifiques où apparaît ce là cotextuel ; il s’agit
souvent de syntagmes automatisés ou semi-automatisés.
a) Là se traduit par asta, aceasta dans les contextes suivants:
– voir + là «dans, en cela». Traduction : în asta.
Fr. Ne voyez là aucun reproche. (DFC)
Roum. Să nu vedeţi în asta nici un reproş.
– être «résider» 13 , «consister» (ayant pour sujet un substantif abstrait ou le
pronom indéfini tout) + là «dans, en cela». Traduction : asta, aceasta.
Fr. La réalité était là, là était la vie normale, dans l’ordre, l’aisance, la
sécurité. (A. Van der Meersch)
10
Aici peut signifier «în acest moment, acum» (DEX), tout comme son hétéronyme ici du français.
11
Cela implique l’élément là. – Nous rappelons ici que Larthomas (1974) parle d’une valeur de représentation de là.
12
Nous empruntons ce terme à Tesnière (1953), qui l’emploie en parlant du pronom tout, lorsqu’il sert à résumer une
série de substantifs constituant une unité.
13
Le verbe résider peut lui-aussi apparaître dans ce contexte, témoin l’exemple que voici : Même si nous
connaissons notre part secrète de laxisme, là ne peut résider toute l’explication (J.-L. Servan-Schreiber).
32
Roum. Aceasta era realitatea, în asta consta viaţa normală : în ordine, belşug,
tihnă.
Fr. Tu vois bien que là est ma seule chance de salut. (H. de Montherlant)
Roum. Vezi prea bine că asta e singura mea şansă de salvare.
Fr. Là n’est pas la question, mon frère. (Anne Pierry-Bouquet)
Roum. Nu asta e problema, frăţioare.
Fr. L’essentiel n’est pas là. (F. Mallet-Joris)
Roum. Nu acesta e lucrul esenţial.
– commencer / entendre «comprendre» / dire + par + là «cela», «ces mots».
Traduction : asta, aceasta.
Fr. La gueule des confrères... (Il hurle.) Mais fallait commencer par là, nom de
Dieu! (R. Lamoureux)
Roum. Mutra confraţilor... (Urlă.) Dar cu asta trebuia să începi, ce naiba!
Fr. Qu’est-ce que vous voulez dire par là? (M. Thérond, Du tac au tac)
Roum. Ce vreţi să spuneţi cu asta?
Fr. Nous disons «Honneur et Patrie», entendant par là que la nation ne pourra
revivre que par la victoire... (Charles de Gaulle)
Roum. Spunem: «Onoare şi Patrie», înţelegând prin aceasta că naţiunea nu va
reînvia decât prin victorie.
– par + là «cela», «ce fait» se rapporte à la cause du fait envisagé dans la
phrase (la cause a été énoncée précédemment ou bien elle va être énoncée dans une
subordonnée introduite par que). Traduction : prin aceasta, prin faptul că…, datorită
acestui fapt.
Fr. La structure phonétique s’est profondément transformée par là. (W. von
Wartburg)
Roum. Structura fonetică s-a modificat profund datorită acestui fapt.
Fr. Elle est déjà sorcière par là même qu’elle est l’enfance. (F. Mallet-Joris)
Roum. E vrăjitoare prin însuşi faptul că e întruchiparea copilăriei.
– par, hors de, loin de + là «cela», «cette situation». Traduction: asta.
Fr. Je suis passé par là. (PR)
Roum. Am trecut şi eu prin asta.
Fr. Hors de là, il n’y a pas de remède. (DFC)
Roum. În afară de asta nu există nici un remediu.
Fr. Oh, vous ne m’êtes pas indifférent, vous le savez bien. Loin de là. (J.-C.
Carrière)
33
Roum. O, nu-mi sunteţi indiferent, o ştiţi prea bine. Departe de asta.
b) Là a pour équivalent aici, dans les situations que voici:
– de + là «cela», «ce fait»
Fr. On peut conclure de là qu’il a fait tout son possible. (Lexis)
Roum. De aici se poate trage concluzia că a făcut tot ce i-a stat în putinţă.
Fr. Mettons qu’il ne puisse plus courir, d’accord, mais de là à rester boiteux...
pas sûr. (Cécile Aubry)
Roum. Să admitem că nu mai poate să alerge, de acord, dar de aici şi până la a
rămâne şchiop... nu e sigur. 14
– là «dans cela», «dans ce que vous dites»
Fr. Je te reconnais bien là, mon fils. (Barillet et Grédy)
Roum. Aici te recunosc, fiule.
Fr. Ah, là, je vous tiens. (L’Avant-Scène)
Roum. A! aici te-am prins.
- il y a, il s’agit + là «dans (tout) cela».
Fr. Il y a là une difficulté. (Quillet)
Roum. Apare aici o dificultate.
Fr. Je me suis emparé de la grosse enveloppe... Beaucoup considérerons qu’il
s’agit là d’un vol. (Ph. Bouvard)
Roum. Am pus mâna pe plicul cel mare... Mulţi vor considera că e vorba aici de
un furt.
- là «à cet égard». La phrase exprime une réaction vis-à-vis des faits ou des
dires de l’interlocuteur ou du locuteur lui-même.
Fr. Parce que là, tout de même, il exagère! M’interdire d’aller au cinéma avec
Mathilde! (R. Lamoureux)
Roum. Pentru că aici, totuşi, exagerează! Să-mi interzică să merg la cinema cu
Mathilde!
Fr. Là au moins, elle n’a pas menti. (Françoise Dorin)
Roum. Măcar aici n-a minţit.
Fr. Oui, je reconnais que, là-aussi, je me suis trompé. (Françoise Dorin)
Roum. Da, recunosc că m-am înşelat şi aici / în această privinţă.

14
On peut identifier là le modèle d’une structure spatiale, tel qu’il apparaît dans l’exemple suivant : De là au bourg
il y a bien 2 km (DFC).
34
c) Là n’appelle aucun équivalent en roumain (il admet d’ailleurs le test de
l’omission). Employé dans des énoncés emphatisés, après le gallicisme c’est / ce sont,
là sert à renforcer le démonstratif 15 ; en l’absence de là, le pronom démonstratif ce
pourrait tout aussi bien ne pas être traduit (par aceasta, asta). Là «cela» se rapporte à
une phrase énoncée précédemment par le locuteur lui-même ou par son interlocuteur.
Grâce à là, l’énoncé est mieux intégré au contexte, ce qui nous permet de parler d’une
fonction «intégrante» de là.
Fr. Il y avait aux murs de leur chambre des pages arrachées à des magazines
avec des images de meubles, d’arrangements de jardin... C’était là leur monde
idéal, féerique. (Elsa Triolet)
Roum. Pe pereţii camerei lor erau lipite foi smulse din reviste ilustrate,
reprezentând mobile, aranjamente de grădini... Aceasta era lumea lor ideală,
feerică.
Fr. Est-ce là votre avis? (GLLF)
Roum. Asta e părerea dumneavoastră / dumitale?

3. Conclusion

3.1. Les résultats de cette analyse seront représentés de façon synthétique dans
le tableau ci-après.
LÀ Équivalents
Description sémantico-référentielle en roumain
Référence déictique
1. Espace de l’énonciation
– éloignement (là vs ici) – ACOLO
– proximité (là = ici) – AICI
2. Moment de l’énonciation («en ce moment», ACUM
«maintenant»)
3. Situation d’énonciation («ici et maintenant», «dans la AICI, ACOLO,
situation présente») ACUM ; ∅
Référence cotextuelle
1. Circonstant spatial
– espace du procès énoncé («à cet endroit») – ACOLO
– emploi figuré («à ce point») – ACOLO, AICI
2. Circonstant temporel
– moment du procès énoncé («à ce moment», «alors») – ATUNCI,
– moment d’une énonciation énoncée («à ces mots», «à ACU

15
Cf. Le Petit Robert.
35
ce moment») M
– AICI
3. Résomptif : situation objet de l’énonciation, contenu de ASTA,
l’énoncé («cela», «ces mots», «ce fait», «cette situation») ACEASTA;
AICI; ∅

3.2. Le lexème là occupe une place à part parmi les adverbes du français.
Embrayeur à multiples facettes, il fonctionne soit comme terme déictique, soit comme
terme cotextuel, son sens étant défini en fonction de la situation d’énonciation ou objet
de l’énonciation, considérée globalement ou à travers l’un de ses constituants (spatial
ou temporel). C’est le contexte situationnel et / ou le contexte de l’énoncé qui
décide(nt) de l’interprétation de là. La présence de certains circonstants spatiaux ou
temporels, le temps du verbe, la personne verbale, le sens du lexème verbal, voilà des
éléments du co-texte qui peuvent jouer un rôle dans ce sens. Le contexte de l’énoncé
peut intervenir dans le décodage de certains emplois de là comme déictique relationnel.
Nous venons de définir les contextes spécifiques dans lesquels peut apparaître
l’embrayeur là.
L’analyse de là – déictique doit être réalisée à partir de l’axe déictique moi - ici
- maintenant. Se référant aux circonstances de la communication (spatiale et / ou
temporelle), là se définit par rappport à ici ou bien par rapport à maintenant. Les
facteurs de la communication sont en fait étroitement liés. L’expression linguistique
peut éclairer l’un de ces deux facteurs, le mettre en vedette ; ils peuvent également être
conçus dans leur unité, en tant que constituants de la situation globale d’énonciation.
Pour définir le sens de là – déictique spatial, nous avons eu recours à des paraphrases
comportant trois éléments référentiels, correspondant à l’axe déictique : « à cet endroit
+ où je me trouve + en ce moment » ; pour qu’un espace quelconque devienne espace
de l’énonciation, il doit être approprié par un locuteur, et il doit être mis en rapport avec
le moment où se produit l’acte de l’énonciation. L’idée temporelle présente une
certaine indépendance, étant donné que l’acte de la communication verbale est de
nature essentiellement temporelle. Là – déictique temporel signifie donc « en ce
moment (où je parle)», l’idée spatiale restant implicite, secondaire.
La limite entre les différentes nuances exprimées par là est parfois difficile à
saisir ; on glisse facilement de l’un à l’autre des constituants de la situation de
communication. En fait, on pourrait dire que là a plutôt une fonction intégrante. Grâce
à là, l’énoncé est mieux ancré dans la situation de communication, impliquant la
subjectivité de l’énonciateur. En tant que circonstant déictique, là peut donc signifier «
ici (ou non ici) et / ou maintenant ».
Quant à là cotextuel, il fonctionne comme substitut anaphorique (son emploi
comme cataphorique est également possible), d’un complément circonstanciel de lieu

36
ou de temps ou bien de toute une phrase. En fonction du contexte, il peut être interprété
soit comme circonstant, se rapportant au procès objet de l’énoncé (le procès évoqué
dans le co-texte), soit comme résomptif de la situation énoncée précédemment,
évoquant alors le contenu de l’énoncé.
L’analyse des exemples a pu mettre en lumière la remarquable complexité de
l’embrayeur là, ce qui peut être illustré par les nombreuses paraphrases qu’il admet
(comportant, toutes, des démonstratifs): «à cet endroit», «à ce point», «à ce moment»,
«à ces mots», «ce fait», «cette situation», «à cet égard», «(dans, en) cela». Là est
capable d’exprimer des significations contraires ; ainsi, dans le domaine spatial, il se
définit par opposition à ici, mais il peut aussi être son synonyme ; dans le domaine
temporel, il a pour synonyme maintenant ou alors.
3.3. La traduction de là en roumain éclaire mieux certaines situations du
français, contribuant à mettre en lumière le découpage référentiel de la zone envisagée,
les dissociations contextuelles de ce terme englobant. Là circonscrit une zone
sémantique assez large, que le roumain est également capable d’exprimer, dans presque
toutes ses nuances. Seuls les moyens d’expression diffèrent, puisque le roumain ne
dispose pas d’un terme unique, comparable à celui du français. Il y a donc, entre les
deux langues, convergence sur le plan conceptuel, mais divergence sur le plan de
l’expression. D’ailleurs, même en français, là couvre une aire sémantique qui
correspond, du moins partiellement, à d’autres substituts adverbiaux (ici, maintenant,
alors) ou pronominaux (cela). L’embrayeur là a donc plusieurs équivalents en roumain,
qui correspondent à ces synonymes partiels ; ils appartiennent à la classe des substituts
adverbiaux appelés «pronominaux démonstratifs» 18 (acolo, aici, acum, atunci) ou bien
à celle des substituts pronominaux démonstratifs (asta, aceasta).
Considéré hors contexte, là appelle comme hétéronyme l’adverbe acolo.
L’analyse de chaque type de contexte dans lequel il apparaît permet de nuancer
l’interprétation, en vue d’établir l’équivalent adéquat 19 . En tant que terme déictique, là
a pour correspondants en roumain les adverbes acolo, aici et acum. Employé comme
terme à référence cotextuelle, il peut être traduit par les adverbes acolo, aici, atunci,
acum ou bien par le pronom démonstratif neutre asta ou par le pronom acesta, aceasta.
Les adverbes acolo, aici et acum sont susceptibles d’apparaître comme termes
déictiques ou cotextuels; quant à atunci, il présente une spécialisation référentielle,
apparaissant uniquement comme terme cotextuel.
Tout en ayant un sens bien plus restreint que celui du lexème là, considéré dans
sa globalité, chacun des termes envisagés du roumain a une sphère sémantique plus
large que celle qui correspond à tel emploi déterminé de là. Ceci apparaît de façon

18
Cf. Gramatica limbii române, 1966, t. I, p. 303.
19
Nous avons laissé de côté les structures locutionnelles du type là-bas, là-contre, etc., planter là, tout comme celles
où là se trouve en corrélation avec ici, -ci ou ça (ça et là, de-ci de-là, par-ci par-là, ici et là).
37
évidente lors de la traduction du roumain en français : chacun des termes équivalents de
là a ses correspondants spécifiques, à côté desquels vient s’inscrire aussi l’hétéronyme
là, en tant que synonyme d’un premier terme (sauf dans le cas de l’adverbe acolo, dont
le premier équivalent est précisément là). Une autre divergence entre les deux langues
apparaît dans les cas où là, pur embrayeur, n’appelle aucun équivalent en roumain.
Dans une perspective contrastive biorientée, on aura ainsi :
là → acolo → là-bas, y
→ aici → ici, là
→ acum → maintenant, là
→ atunci → alors, là
→ asta → cela, là
→ ∅ → là
Seuls nous intéressent ici les contextes dans lesquels c’est l’hétéronyme là qui
s’impose, à l’exclusion des autres équivalents possibles. C’est ce qui arrive dans la
presque totalité des types de contextes envisagés au cours de notre analyse. Nous
signalons aussi la difficulté qui intervient dans la traduction en français de certaines
phrases du roumain – employées dans le dialogue et comportant des verbes de parole
– qui ne contiennent aucun des termes à valeur démonstrative cités ci-dessus ; le
français exige pourtant l’emploi d’une marque explicite de l’énonciation. En voici deux
exemples:
Roum. Ce vorbeşti!
Fr. Qu’est-ce que tu dis là! (M. Preda, Moromeţii, trad. M. Ivănescu)
Roum. Ce tot vorbeşti, zise Ioanide puţin contrariat, tabloul e o capodoperă.
Fr. Que me chantez-vous là! s’écria Ioanide, légèrement contrarié. Le tableau
est un chef-d’oeuvre. (G. Călinescu, Scrinul negru, trad. I. Herdan)
Dans les dictionnaires bilingues (du type français-roumain), la situation de là est
présentée d’une manière incomplète, peu nuancée et peu systématique. Nous espérons
que l’analyse de là que nous proposons pourra fournir les éléments nécessaires en vue
d’une présentation lexicographique plus rigoureuse des correspondances entre le
français et le roumain.

38
LES PÉRIPHRASES VERBALES ASPECTUELLES
DU FRANÇAIS ET LEURS ÉQUIVALENTS
EN ROUMAIN

1. La catégorie de l’aspect : les périphrases verbales aspectuelles

L’aspect 1 est une caractéristique immanente, inhérente au procès. La catégorie


de l’aspect envisage le procès « sous l’angle de son développement interne » (Imbs,
1968 : 15) ; elle désigne « la manière dont s’exprime le déroulement, la progression,
l’accomplissement de l’action » (Grevisse, 1986 : 605). C’est une catégorie complexe,
peu homogène, englobant, sur le plan de l’expression, des procédés très divers, tant
grammaticaux que lexicaux, tels que : le choix du temps verbal, le sémantisme du
verbe 2 , certaines périphrases verbales, l’emploi de circonstants adverbiaux, ainsi que la
répétition du verbe (procédé syntagmatique).
Nous nous occuperons ici des périphrases aspectuelles du français, en mettant
en évidence leurs équivalents possibles du roumain.
En français, les périphrases verbales aspectuelles 3 sont formées, pour
l’essentiel, d’un semi-auxiliaire et d’un verbe à l’infinitif ou au gérondif / participe
présent). Les verbes qui peuvent fonctionner comme semi-auxiliaires d’aspect, appelés
aussi aspectifs 4 (Charles Bally) ou indicateurs d’aspect 5 , comportent des sèmes très
abstraits, comme [Inchoatif], [Duratif], [Terminatif]. C’est cette signification
aspectuelle spécifique des verbes semi-auxiliaires qui détermine la signification
aspectuelle globale de la périphrase. Les verbes employés comme semi-auxiliaires ont
le rôle d’indiquer l’aspect du procès exprimé par le verbe à l’infinitif ou au gérondif.
Le roumain connaît aussi des verbes actualisés comme semi-auxiliaires
d’aspect, même s’ils ne sont pas acceptés de façon unanime par les linguistes.

1
Ou le temps impliqué, dans la théorie de G. Guillaume.
2
C’est ce qu’on appelle le mode d’action.
3
D’après Teodora Cristea, il s’agit de « tours prégrammaticalisés qui sont encore assez transparents au point de vue
lexical et qui, du fait de leur emploi très fréquent, se sont partiellement grammaticalisés », constituant « une sorte de
système verbal de suppléance qui double le système de base de la conjugaison française » (Cristea, 1979 : 53).
4
BALLY, Ch. (1950), Linguistique générale et linguistique française, 3e éd., Berne, A. Francke.
5
FUCHS, C. & LÉONARD, A.-M. (1979), Vers une théorie des aspects. Les systèmes du français et de l’anglais,
Paris, Mouton.
39
2. Phases du procès
Les périphrases verbales aspectuelles présentent le procès à l’une des phases de
son développement : le début, le déroulement, la fin.
2.1. Phase initiale - aspect inchoatif
On met en évidence le commencement d’un procès qui va avoir une certaine
durée. Cette vision se double parfois d’une idée itérative. Les périphrases qui présentent
la phase initiale du procès sont : (re)commencer à / de + Inf., se (re)mettre à + Inf., se
(re)prendre à + Inf. 6 , partir pour / à + Inf. 7 Pour exprimer la même valeur inchoative,
on emploie, en roumain, les constructions verbales a începe să..., a (se) porni să..., a
prinde să..., a se apuca să... + V subjonctif ; a se apuca de + supin.
La structure des périphrases aspectuelles inchoatives est donc la suivante :
Fr. V [Inchoatif] (affirm.) + Prép + Inf
Roum. V [Inchoatif] + subjonctif (să) 8 / supin (de).
Les structures correspondantes du roumain représentent les équivalences type,
ce qui n’exclut pas le recours à d’autres tournures, qui relèvent non pas de la traduction
littérale, mais d’une équivalence globale.
♦ (re)commencer à / de + Inf.
Fr. Il commence à pleuvoir. (Le Petit Robert)
Roum. Începe să plouă.
♦ se (re)mettre à + Inf.
Fr. Il se met à écrire.
Roum. Se apucă să scrie. / Se apucă de scris.
Fr. J’avais peur qu’il se mette à pleuvoir. (B. Clavel)
Roum. Mi-era teamă că va începe să plouă.
Fr. La pluie se remit à tomber. (H. Bosco)
Roum. Ploaia reîncepu. / Începu din nou să plouă.
♦ se (re)prendre à + Inf.
Fr. Parfois ils se prennent à hausser le ton... (J.-P. Chabrol)
Roum. Uneori ei încep să ridice tonul... (lecture itérative)

6
Construction qui appartient à la langue littéraire (cf. Le Petit Robert), au français écrit (cf. Mauger, 1968 : 287).
7
Les périphrases temporelles du futur proche expriment une nuance proche de l’idée inchoative, qui, pourtant, n’y
est que secondaire.
8
En roumain, l’équivalent du subjonctif s’appelle conjunctiv «conjonctif».
40
Fr. Cette journée (...) a été bonne pour Balandran. Il s’est repris à vivre. (H.
Bosco)
Roum. A fost o zi bună pentru Balandran. A revenit la viaţă. (traduction
littérale : a reînceput să trăiască)
♦ partir pour + Inf.
Fr. Il s’aperçut qu’il était parti pour parler au moins un quart d’heure. (G.
Duhamel)
Roum. Îşi dădu seama că se pornise să vorbească cel puţin un sfert de oră.
♦ partir à + Inf. «se mettre soudain à»
Fr. Ne me regardez pas, je sens que je partirais à rire. (M. Aymé, in Le Petit
Robert)
Roum. Nu vă uitaţi la mine, simt că aş izbucni în râs. – En roumain on a
recours à une locution verbale (a izbucni în râs «éclater de rire»).
2.2. Phase médiane : procès en cours
Les périphrases verbales qui présentent le déroulement du procès (l’action en
cours) expriment l’aspect inaccompli duratif ou, parfois, la progression.
2.2.1. Aspect duratif 9
On distinguera deux types de structures :
2.2.1.1. V [Duratif] (Affirm.) + Prép. (ou loc. prép.) + Inf.
Cette structure s’actualise dans les périphrases suivantes: être en train de +
Inf., être en voie de + Inf., être à + Inf., continuer à / de + Inf., rester à + Inf.
♦ être en train de + Inf.
La périphrase être en train de + Inf. s’emploie à des temps inaccomplis :
présent, imparfait, futur 10 . Le verbe à l’infinitif est, le plus souvent, un verbe
imperfectif.
La périphrase grammaticalisée avec être en train de n’a pas d’équivalent du
même type en roumain. Le verbe exprimant l’action en cours sera mis au temps marqué
en français par l’auxiliaire être ; il peut aussi être accompagné de l’adverbe tocmai.
Fr. Je suis en train de faire une expérience très curieuse. (H. F. Rey)
Roum. Tocmai fac o experienţă foarte curioasă.

9
Ou cursif, d’après H. Frei (apud Imbs, 1968, 25).
10
Cette périphrase pourrait être employée comme terme de substitution permettant de distinguer les temps verbaux
accomplis et inaccomplis. Cf. Leeman, D., Astruc, I., Sumpf, M. (1974), Comment apprendre à rédiger, Niveau
I, Paris, Larousse, p. 18.
41
Fr. Lorsque les deux policiers reviennent, le magistrat est en train d’examiner
avec attention un Renoir, qui décore l’un des panneaux. (R.Floriot)
Roum. Când cei doi poliţişti se întorc, magistratul (tocmai) examinează cu
atenţie un Renoir aflat pe unul dintre panouri.
Il peut y avoir ellipse du verbe être :
Fr. Plan général. Guiboud dans le salon, Michel, toujours dans la chambre de
son fils, en train de regarder la photo. (B. Tavernier)
Roum. Plan general. Guiboud e în salon, iar Michel, tot în camera fiului său,
priveşte fotografia.
Schogt (1962) montre que, tandis que le présent de certains verbes indique un
procès ou un état, la périphrase correspondante avec être en train de indique un procès:
L’ennemi occupe la ville (procès ou état) / L’ennemi est en train d’occuper la
ville (procès).
Cette distinction n’existe pas en roumain :
Inamicul ocupă oraşul (désambiguïsation possible à l’aide de tocmai).
L’emploi du futur est assez rare, mais possible. Le roumain semble éviter de
mettre au futur le verbe dont il s’agit d’indiquer l’aspect duratif, en faisant appel à
d’autres procédés. En voici un exemple :
Fr. – Je suis curieux de savoir dans quel état nous la trouverons.
– Oh, elle sera en train de pleurer. (apud Schogt)
Roum. – Sunt curios să aflu în ce stare o vom găsi.
– O! O vom găsi plângând.
Dans la traduction roumaine, la reprise du verbe a găsi «trouver» au gérondif contribue
à rendre l’idée durative.
Être en train de ne peut pas s’employer avec les verbes momentanés (*La
bombe est en train d’éclater), ni avec les verbes qui expriment un état et non pas la
durée d’un procès (*Cette valise sera en train de contenir tout ce qu’il te faut) (Schogt,
1962). L’emploi de cette périphrase avec des verbes perfectifs (inchoatifs ou
terminatifs) confère à l’action une certaine durée. Dans ce cas, la traduction de la
périphrase sera a fi pe cale de / pe punctul de + infinitif / să + subjonctif ; (tocmai +)
indicatif:
Fr. Il était en train de finir ou plutôt de chercher à terminer. (Cl. Simon, dans
Grammaire Larousse)
Roum. Tocmai termina / Era pe cale de a termina sau mai degrabă încerca să
termine.
Fr. Il est en train de finir l’instruction d’une très grosse affaire. (R. Floriot)

42
Roum. E pe cale de / pe punctul de a termina instruirea unei afaceri foarte
importante.
Fr. Vous êtes en train de vous mettre dans une situation impossible. Tous vos
mensonges feront sur les jurés la plus mauvaise impression. (R. Floriot)
Roum. Vă creaţi o situaţie imposibilă. Toate minciunile dumneavoastră vor
produce o foarte proastă impresie asupra juraţilor.
♦ être en voie de + Inf.
Cet emploi de la périphrase être en train de + Inf. doit être mis en relation avec
la périphrase être en voie de + Inf., qui exprime une action en cours dont on envisage
avec certitude la fin. Être en voie de + Inf., synonyme de être en train de + Inf., se dit
« de ce qui se modifie dans un sens déterminé » (Le Petit Robert). Traduction : a fi pe
cale de a... / să...
Fr. L’affaire est en voie d’aboutir. (dans Mauger)
Roum. Afacerea e pe cale de a reuşi.
Le verbe aboutir, terminatif, fait envisager la fin du procès qui est en cours de
déroulement.
Dans l’exemple ci-dessous, on utilise en roumain le présent de l’indicatif, l’idée
d’une limite finale étant évoquée par l’adjectif ultimii :
Fr. Il est en voie de dépenser tout l’argent qu’il possédait. (DFC)
Roum. Îşi cheltuie şi ultimii banii pe care îi avea.

♦ être à + Inf. 11
La périphrase être à + Inf. exprime également l’aspect duratif. Le verbe est
généralement au présent ou à l’imparfait. Il n’y a pas de structure verbale équivalente
en roumain. Dans la traduction, on emploie le présent ou l’imparfait du verbe,
accompagné, éventuellement, de tocmai ou d’un autre adverbe qui souligne la nuance
durative.
Fr. Elle est à s’habiller. (dans Grevisse)
Roum. (Tocmai) se îmbracă.
Fr. Nous sommes à faire nos comptes. (dans Mauger)
Roum. (Tocmai) ne facem socotelile. (Même sens que nous sommes en train de
faire...)
???Très souvent, la phrase comporte un adverbe qui marque la permanence ou
la continuité (toujours, encore), devenant synonyme de continuer à... La traduction fait
11
Mauger (1968, p. 286) considère cette tournure comme familière.
43
appel à des adverbes ou locutions adverbiales tels que tot, încă / întruna, fără
încetare…) ; on peut également utiliser, parfois, le verbe a continua «continuer».
Fr. À deux heures, vous étiez encore à vous promener sur le pont! (G. Simenon)
Roum. La ora două, încă te mai plimbai pe punte!
Fr. Ils sont toujours à fouiller la neige. (G. Simenon)
Roum. Continuă să scotocească prin zăpadă / Încă / tot / mai scotocesc...
Fr. Elle est toujours à se plaindre. (Le Petit Robert) - durée
Roum. Se plânge întruna/ tot timpul se plânge.
Avec un verbe perfectif accompagné d'une détermination adverbiale, la
périphrase être a + Inf. acquiert une valeur itérative.
Fr. Puis je me rembrunissais en songeant qu’il y avait le téléphone dans ma
chambre d’hôtel, qu’elle serait tout le temps à me téléphoner. (Montherlant)
Roum. Apoi mă întunecam la gândul că am telefon în cameră la hotel şi că (ea)
o să-mi telefoneze într-una.
♦ continuer à / de + Inf. - Roum. a continua să...
Fr. C’est comme le gars qui a touché un très gros tiercé dans l’ordre et qui
continue de jouer pendant des mois ou même des années. (R. Floriot)
Roum. E ca tipul care a câştigat la curse şi care continuă să joace luni sau
chiar ani în şir. ???
♦ rester à + Inf.
La périphrase rester à + Inf. (±Adv. [+Durée], par exemple longtemps) peut
être rendue en roumain au moyen des structures suivantes, comportant les verbes a sta
ou a rămâne: a sta (indicatif) + şi + V (au même temps que a sta) ; a rămâne +
gérondif ; V (indicatif) + Adv. [+Durée] îndelung “longtemps”. Il est possible aussi
d’utiliser en roumain un verbe à l’imparfait suivi de l’adverbe îndelung.
Fr. Je restais à contempler la masse noire des arbres, les plans clairs de la
pelouse. (Sollers, apud Grammaire Larousse)
Roum. Stăteam şi contemplam (ou : Contemplam îndelung) grupul întunecat al
copacilor şi peluzele luminoase.
Fr. Il entra, feuilleta mes notes, consulta l’herbier et resta très longtemps à
regarder les plantes. (H. Bosco)
Roum. Intră, răsfoi notiţele mele, consultă ierbarul şi rămase acolo mai multă
vreme privind plantele.
2.2.1.2. V [Terminatif] + Nég. + de + Inf.

44
Les périphrases de ce type sont : ne pas arrêter de + Inf. 12 , ne pas cesser de +
Inf., ne pas en finir de + Inf. 13 , ayant pour équivalents en roumain tantôt des
constructions avec un verbe terminatif à la forme négative + infinitif ou supin, tantôt
des constructions sans verbe terminatif, mais comportant un adverbe qui indique la
continuité du procès.
♦ ne pas arrêter de + Inf.
Fr. Je n’arrête pas de regarder un canot de caoutchouc qui fait le toton dans un
remous au milieu de la Marne. (H. Bosco)
Roum. Nu încetez să privesc o barcă de cauciuc ce se învârte ca titirezul într-o
vâltoare a Marnei.
♦ ne pas cesser de + Inf.
Fr. Pendant toute la séance, il n’a pas cessé de bavarder avec son voisin.
(DFC)
Roum. În (tot) timpul şedinţei a vorbit fără încetare cu vecinul său.
Fr. Elle ne cesse de se lamenter. (dans Cristea & Cuniţă, 1975)
Roum. Se plânge întruna / fără încetare.
♦ ne pas en finir de + Inf.
Fr. Il attend la dernière page pour les comptes rendus sportifs, mais cet animal
n'en finit pas de lire son histoire de crime. (R. Floriot)
Roum. Aşteaptă ultima pagină pentru cronicile sportive, dar animalul ăla nu
mai termină de citit povestea cu crima.
Fr. On n’en finirait pas de raconter ses aventures. (Le Petit Robert)
Roum. N-am mai termina să povestim aventurile lui.
♦ On ajoutera ici la construction ne faire que + Inf., qui signifie «être toujours ou
habituellement occupé à une certaine chose ; ne pas cesser de» 14 .
Fr. Elle ne fait que pleurer.
Roum. Plânge întruna / fără încetare.
2.2.2. Aspect duratif-progressif
La périphrase aller / s’en aller + participe présent ou gérondif d’un verbe
«impliquant l’idée d’un mouvement réel ou figuré» (Grevisse, 1975 : 645) exprime
l’aspect duratif, la continuité du développement d’un procès, la progression de l’action.
Le plus souvent, le lexème verbal exprime lui-même l’idée d’une progression, et il peut
aussi être accompagné de circonstants qui soulignent la même idée (peu à peu, sans
12
Les auteurs de la Grammaire Larousse notent que “ce tour passe pour familier” (Chevalier et al., 1964 : 332).
13
Le Petit Robert considère cette tournure comme familière.
14
Dictionnaire Quillet de la langue française, 1959.
45
cesse). En roumain il n’y a pas de construction verbale spécifique pour rendre cet
aspect progressif. Dans la traduction on emploie l’équivalent du verbe qui apparaît en
français au participe présent ou au gérondif (le temps utilisé est celui du verbe semi-
auxiliaire), en le faisant presque toujours accompagner d’un circonstant qui explicite
l’idée de progression : tot mai (mult), treptat, din ce în ce, încetul cu încetul.
♦ aller + gérondif 15
Fr. Le bruit du moteur allait en se mourant. (G. Simenon)
Roum. Zgomotul motorului se stingea treptat.
Fr. ... dans une espèce de nuit qui allait sans cesse en s’assombrissant. (B.
Clavel)
Roum. ... într-un fel de noapte care devenea tot mai întunecoasă.
Fr. Il commence à avoir peur et je crains, pour lui, que ça n’aille qu’en
empirant. (Exbrayat)
Roum. Începe să-i fie frică şi mă tem, în ce-l priveşte, ca situaţia să nu se
înrăutăţească şi mai mult.
♦ aller / s’en aller + participe présent 16
Fr. La beauté du paysage allait grandissant. (R. Pinget)
Roum. Peisajul devenea tot / din ce în ce mai frumos.(traduction quasi littérale :
Frumuseţea peisajului creştea din ce în ce)
Fr. Cette vie qui sous ses yeux allait peu à peu s’éteignant, elle avait rempli son
destin. (M. Genevoix)
Roum. Această viaţă care sub ochii săi se stingea încetul cu încetul îşi împlinise
destinul.
Fr. L’emploi de l’article alla sans cesse croissant. (M. Grevisse) Roum.
Folosirea articolului s-a extins tot mai mult.
Fr. Cette musique mystérieuse et qui s’en va déclinant. (Barrès, dans Le Petit
Robert)
Roum. Această muzică misterioasă şi care se stinge treptat.
On trouve aussi d’autres solutions pour traduire en roumain ce type de
périphrase :

15
La construction aller + gérondif «a ceci de particulier que le verbe aller y est moins nettement semi-auxiliaire: il
conserve quelque chose de sa valeur de verbe d’action et par rapport à lui le gérondif énonce une circonstance de
manière» (Grevisse, 1975 : 645).
16
«Certains grammairiens tiennent, dans cette construction, la forme en -ant pour un gérondif. Il est difficile de
décider si cette forme est un gérondif (sans en) plutôt qu’un participe présent» (Grevisse, 1975 : 645). Mauger
(1968) précise que cette construction appartient au français écrit.
46
Fr. Cet homme s’en va mourant. (in Mauger)
Roum. Acest om e pe moarte / se stinge văzând cu ochii.
Aux temps composés, le verbe aller est parfois remplacé par être :
Fr. La plupart des difficultés ont été s’aggravant, de saison en saison. (G.
Duhamel, apud Grevisse)
Roum. Dificultăţile s-au tot agravat, de la un sezon la altul.
2.3. Phase finale - aspect terminatif
Un procès imperfectif est considéré à la fin de son déroulement. La structure des
périphrases terminatives est : V [Terminatif] + de + Inf., s’actualisant dans : finir de /
achever de / cesser de / s’arrêter de + Inf. 17 Pour marquer la phase finale du procès, le
roumain dispose des verbes a termina, a sfârşi, a înceta, a se opri, a isprăvi, employés
tantôt comme semi-auxiliaires, tantôt comme verbes pleins, dans l’un des contextes
suivants : verbe au supin (construit avec de, din) ou au subjonctif (să); substantif ;
préposition (cu) + substantif.
On peut marquer :
- la phase finale en cours (terminatif inaccompli). Finir / achever de... signifie
plutôt, dans ce cas, être en train de finir... ; il est possible d’employer, dans la
traduction, l’adverbe tocmai ou bien a fi pe punctul de a termina de + supin / cu +
substantif verbal (précédé de l’article défini).
Fr. Elle finit de s’habiller.
Roum. (Tocmai) termină cu îmbrăcatul.
Fr. Ils finissaient de dîner, quand je suis arrivé.
Roum. Tocmai îşi terminau cina / Tocmai terminau de cinat / erau pe punctul
de a termina de cinat când am sosit eu.
Fr. Les premières fois, intervint de nouveau César, qui achevait de se laver et
de se préparer, on les dresse ici. (M. Van der Meersch)
Roum. La început, interveni din nou César, care era pe punctul de a termina să
se spele şi să se pregătească, sunt dresaţi aici.
- la phase finale dépassée (terminatif accompli). Structures : finir / achever /
cesser / s’arrêter de + infinitif 18 . Traductions possibles : a termina + N, a termina de
+ supin, a termina cu + N, a se opri din + supin, a înceta să + subjonctif.

17
La nuance terminative d’accompli apparaît aussi dans les périphrases temporelles exprimant un passé récent.
18
Les verbes finir et achever peuvent apparaître dans une tournure passive qui exprime l’aspect terminatif-résultatif
(accompli).
Fr. Le blé est fini de battre. (in Mauger) / Roum. S-a terminat de treierat grâul.
Fr. Cette pièce sera achevée de garnir demain. (in Grevisse) (= On achèvera de garnir...) / Roum. Se va
termina de mobilat camera mâine.
47
♦ finir de + Inf.
Fr. J’ai fini de travailler. (DFC)
Roum. Am terminat lucrul.
Fr. Vous n’avez pas fini de vous disputer? (Le Petit Robert)
Roum. N-aţi terminat cu cearta?
♦ achever de + Inf.
Fr. J’ai achevé de ranger mes papiers. (A. Gide)
Roum. Mi-am terminat de aranjat hârtiile.
♦ cesser de + Inf.
Fr. Il a cessé de rire.
Roum. A încetat să râdă / S-a oprit din râs.
♦ s’arrêter de + Inf.
Fr. Je me suis arrêté de lire et j’ai levé les yeux. (H. Bosco) Roum. M-
am oprit din citit şi am ridicat ochii.
L’expression de la phase finale est compatible avec l’idée d’itération :
Fr. Quand j’arrivais, il s’arrêtait de lire.
Roum. Când soseam (eu), se oprea din citit.
3.Conclusion
Toute langue est en principe capable d’exprimer n’importe quelle idée, en
faisant appel à des procédés variés, parfois spécifiques. Les mêmes signifiés aspectuels
peuvent être exprimés en français et en roumain, par des moyens tantôt semblables,
tantôt différents.
Le français possède un système assez bien organisé de périphrases verbales à
valeur aspectuelle, indiquant la phase du déroulement processuel. Certaines de ces
périphrases restent encore des constructions à caractère lexico-grammatical, tandis que
d’autres sont tout à fait grammaticalisées.
Le roumain connaît aussi l’emploi de certains verbes semi-auxiliaires pour
indiquer la phase du procès, cependant il n’a pas un système de périphrases comme
celui du français. C’est peut-être une lacune du système grammatical du roumain ; le
plus souvent, c’est par des moyens lexicaux que la langue y supplée.
Pour exprimer la phase initiale ou finale du procès, on trouve en roumain des
équivalents exacts, du même type qu’en français, à savoir certains verbes actualisés
comme semi-auxiliaires d’aspect (suivis de l’infinitif ou du supin). Les choses se

Le verbe commencer admet la même construction ; il s’agit, dans ce cas, d’un inchoatif accompli : La salle
est commencée de nettoyer. (in Mauger)
Mauger précise que ces constructions appartiennent au français familier.
48
compliquent lorsqu’il s’agit d’exprimer les diverses nuances se rapportant au
déroulement de l’action. Les périphrases du français peuvent, dans ce cas, être rendues
en roumain par différents moyens : le choix du temps verbal (imperfectif - avec perte
d’une certaine nuance du français, le verbe étant suivi ou non d’un adverbe qui
compense cette perte), l’emploi de circonstants adverbiaux se rattachant, par leur
sémantisme, à l’action en cours, ainsi que l’emploi de certaines périphrases verbales à
caractère lexico-grammatical, sans oublier la possibilité de certaines solutions purement
lexicales.

49
II

LES PRONOMS RELATIFS – ÉTUDE CONTRASTIVE


(ROUMAIN-FRANÇAIS)

1. Les pronoms relatifs – formes et fonctions


Le pronom relatif, opérateur dans la transformation de relativisation, est un
élément de relation – comportant le trait [+Conjonctif] – qui intervient dans la
construction des phrases complexes en tant qu’introducteur des propositions relatives.
Appartenant à la classe des substituts, les relatifs renvoient aux mêmes référents que
d’autres segments de l’énoncé (du co-texte), appelés antécédents. Ils présentent par
conséquent le trait sémantique [+Cotextuel] 1 . Dans ce qui suit, nous envisagerons
uniquement les situations où le pronom relatif a un antécédent exprimé (nom, pronom
démonstratif, personnel ou indéfini), en laissant de côté les constructions où il apparaît
sans antécédent.
Nous nous proposons de faire une analyse contrastive des pronoms relatifs,
orientée du roumain (langue base) vers le français (langue cible), et visant l’acquisition
correcte des structures relatives du français standard. La modalité d’analyse choisie
nous permettra de mettre en évidence les équivalences françaises des différentes formes
du pronom relatif care.
Si l’on compare l’inventaire des formes qui appartiennent à la classe des
pronoms relatifs, en roumain et en français, on peut faire les remarques suivantes :
a) En roumain, le pronom relatif care 2 a une assez riche flexion casuelle. La
forme care (nominatif et accusatif) présente le syncrétisme masculin – féminin,
singulier – pluriel, tandis que les formes du génitif et du datif varient en nombre et en
genre (au singulier). Le trait [± Animé] n’a pas de fonction distinctive dans le cas du
relatif roumain. Le tableau ci-dessous présente les formes du pronom care :

Cas Nombre

1
Nous empruntons ce terme à Kerbrat-Orecchioni (1980), qui parle de référence cotextuelle.
2
Nous laissons de côté le relatif ce, dont les emplois se superposent à ceux de care (sujet ou objet direct, dans la
langue littéraire).
50
Singulier Pluriel
Nominati care
f
Génitif (al, a, ai, ale) (al, a, ai, ale)
cărui(a), cărei(a) căror(a)
Datif căruia, căreia cărora
Accusatif pe care

b) À ces formes flexionnelles du roumain correspondent en français plusieurs


formes simples invariables : qui, que, quoi, dont, où, ainsi qu’une forme composée,
lequel, qui présente des variations en genre et en nombre (lequel, laquelle, lesquels,
lesquelles). Certaines formes réalisent une opposition syntaxique (qui vs que :
nominatif vs accusatif ou sujet vs objet) ou sémantique (qui vs quoi : [+Animé] vs [-
Animé]). Qui et lequel peuvent être précédés d’une préposition. Le pronom quoi est
toujours précédé d’une préposition. Dont incorpore la préposition de 3 (il signifie «de
qui, de quoi»), et le pronom où est, lui aussi, l’équivalent d’un syntagme prépositionnel
(«dans lequel») 4 . Quant aux formes composées, elles présentent, lorsqu’elles se
construisent avec les prépositions à ou de, le phénomène de la contraction, ce qui donne
deux nouvelles séries de formes (presque toutes amalgamées), variables en genre et en
nombre: auquel, à laquelle, auxquels, auxquelles et duquel, de laquelle, desquels,
desquelles.
Les formes du pronom relatif, en français, sont donc les suivantes : (Prép) + qui
; que ; Prép + quoi ; dont ; où ; (Prép.) + lequel ; auquel ; duquel.
On peut regrouper les pronoms relatifs suivant les fonctions syntaxiques que les
diverses formes remplissent à l’intérieur de la subordonnée relative :

Fonction syntaxique Roumain Français


Sujet care qui, lequel
Complément du nom al cărui dont, duquel, de qui
Complément d'objet direct pe care 5 que 6
Complément d'objet căruia à qui, auquel
indirect (d'attribution)
Complément Prép + care Prép + qui, quoi,

3
Dont a une origine adverbiale : il provient du latin de unde.
4
Où est un adverbe (< lat. unde) qui fonctionne aussi comme pronom relatif, substitut d'un SP à sens spatial ou
temporel.
5
Dans le roumain actuel, on constate de plus en plus la tendance à employer, en fonction de COD, la forme care, au
lieu de pe care. Ex. *cărţile care le-am citit ; băiatul care l-am văzut.
6
Que s’emploie également comme attribut. Ex. : Malheureux que je suis! ou Innocent qu’il était … (in Mauger,
1968:165). À comparer avec la construction du roumain De prost ce e!
51
prépositionnel (objet Prép + lequel
indirect ou complément căruia Auquel
circonstanciel) Duquel
Dont

2. Structures syntagmatiques
Cette description s’avère cependant incomplète dans une perspective
contrastive, qui doit tenir compte du fonctionnement paradigmatique aussi bien que
syntagmatique des unités de la langue. L’indication des équivalences terme à terme est
insuffisante si l’on néglige de préciser les contextes qui définissent l’emploi de chaque
unité. Les problèmes qui apparaissent lors de la traduction des phrases complexes
comportant des subordonnées relatives se situent surtout au niveau de la structure
distributionnelle, donc de la syntaxe, le choix même du relateur pouvant être fonction
de la distribution, du contexte. Il importe donc de prendre en considération les
structures syntagmatiques où peuvent figurer les pronoms relatifs.
Le contexte minimal obligatoire pour définir l’emploi des relatifs comprend
l’antécédent nominal (SN), ainsi que certains constituants de la proposition
subordonnée relative : le sujet (SN1), le verbe (V), l’objet direct ou, parfois, l’attribut
(SN2).
Voici les structures syntagmatiques qui définissent le fonctionnement des
pronoms relatifs en roumain et en français :

(1) Roum. SN + care + V


Fr. SN + qui / lequel + V
(2) Roum. SN + pe care (+SN1) + V
Fr. SN + que + SN1 + V
(3) Roum. SN + căruia (+SN1) + V
Fr. SN + à qui / auquel + SN1 + V
(4) Roum. SN + al cărui + SN1 + V
Fr. SN + dont + SN1 + V
(5) Roum. SN + al cărui + SN2 (+SN1) + V
SN + al cărui + SN2 + V + SN1
Fr. SN + dont / duquel + SN1 + V +SN2
(6) Roum. SN +Prép + al cărui +N (sans Art.) (+SN1) +V
SN + Prép + N (Art. défini) + căruia + V
Fr. SN + Prép + SN + de qui / duquel + SN1 + V
52
(7) Roum. SN + Prép + care (+SN1) + V
Fr. SN + Prép + qui / lequel / quoi + SN1 + V
SN + dont + SN1 + V
SN + où + SN1 + V

Nous prendrons comme point de départ les différentes formes casuelles du


pronom care du roumain, en définissant les contextes-type où elles apparaissent (le
moule syntaxique ou la formule distributionnelle) et en indiquant les structures
équivalentes du français. Les phrases-support sont empruntées, pour la plupart, aux
exercices de traduction proposés dans quelques recueils de grammaire publiés en
Roumanie 7 .

♦ Care - sujet [±Animé]


Structure: Roum. SN + care + V
(1) Fr. SN + qui / lequel + V
Persoana care tocmai a intrat e unchiul meu – fr. La personne qui vient
d'entrer est mon oncle [Cette personne vient d'entrer]
Fereastra care e deschisă e a mea – fr. La fenêtre qui est ouverte est la mienne
[Cette fenêtre est ouverte]
Tu care ai suferit atât... – fr. Toi qui as tant souffert... [Tu as tant souffert]
Nu văd nimic care să-mi placă – fr. Je ne vois rien qui me plaise [Rien ne me
plaît]
L’emploi du pronom lequel est régi par certaines contraintes. Lequel peut
apparaître dans le langage juridique, ou bien il peut servir à lever une ambiguïté ou à
éviter la répétition de qui.
S-au prezentat trei martori, care au afirmat... – fr. Ont comparu trois témoins,
lequels ont affirmé... [Ces témoins ont affirmé...]
Ieri am fost împreună cu fratele şi cu sora mea, care, de altfel, nu se pricepe
deloc la sport, să vedem un meci de fotbal – fr. Hier, je suis allé avec mon frère
et ma soeur, laquelle, d'ailleurs, ne se connaît pas du tout au sport, voir un
match de football [Ma soeur ne se connaît pas du tout au sport] ?? ???
7
BEJENARU, C. & GORUNESCU E. (1974), Exerciţii de gramatică franceză, Bucarest, Editura Ştiinţifică ;
GORUNESCU, E. (1977), Exerciţii de limbă franceză, Bucarest, Editura Albatros ; GORUNESCU, E. (1979), Le
verbe, le nom, le pronom, l'adverbe dans des exercices, Bucarest, Editura Ştiinţifică şi Enciclopedică ; SARAŞ, M.
& ŞTEFĂNESCU, M. (1972), Gramatica limbii franceze prin exerciţii structurale, Bucarest, Editura Ştiinţifică.

53
♦ Pe care - objet direct [±Animé]

Structure : Roum. SN + pe care (+SN1) + V


(2) Fr. SN + que + SN1 + V

L’identité apparente de ces structures, en roumain et en français, cache


néanmoins une différence typologique entre les deux langues, constituant une source
d’erreurs fréquentes pour les locuteurs roumains. C’est qu’en roumain le complément
pe care est repris, la plupart du temps, par un pronom personnel atone 8 . Cette
redondance pronominale, caractéristique du roumain, n’apparaît pas en français dans
les propositions relatives introduites par que 9 :
Unde sunt prietenii pe care îi aşteptai? – fr. Où sont les amis que tu attendais?
[Tu attendais ces amis] - Construction fautive : *que tu les attendais
E o carte pe care o caut de multă vreme – fr. C'est un livre que je cherche
depuis longtemps [Je cherche ce livre depuis longtemps]

L’emploi de que en fonction d’objet direct se rapportant à un nom féminin ou à


un nom au pluriel entraîne l’obligativité de l’accord du participe passé :

Lucrarea aceasta e mai interesantă decât celelalte pe care le-am auzit astăzi –
fr. Ce travail est plus intéressant que les autres que j'ai entendus aujourd'hui

Il existe des situations où la construction passive du roumain est remplacée, en


français, par une tournure active, ce qui entraîne l’emploi de que, à la place de qui (qui
serait l’équivalent exact du pronom relatif apparaissant en roumain dans la phrase
active).
Persoana care ţi-a fost prezentată – fr. La personne qu'on t'a présentée

♦ Căruia - complément d'objet indirect [±Animé]

Structure : Roum. SN + căruia (+SN1) + V


(3) Fr. SN + à qui [+Animé] / auquel [±Animé] + SN1 + V

8
Sur la reprise du complément d’objet direct et indirect du roumain, on trouvera des précisions dans Gramatica
limbii române de l’Académie Roumaine,1963,vol. I.
9
La reprise du complément qui précède le verbe est possible dans les propositions principales, si la phrase comporte
le constituant [+Emphase].
54
Comme dans le cas de l’objet direct pe care, la reprise du complément d’objet
indirect căruia est obligatoire en roumain, à la différence du français, où la reprise du
complément est interdite.
E o prietenă căreia îi scriu tot la două zile – fr. C'est une amie à qui / à laquelle
j'écris tous les deux jours [J'écris tous les deux jours à cette amie] -
Construction fautive : *à qui je lui écris
Opera căreia acest scriitor i-a consacrat întreaga viaţă - fr. L'oeuvre à laquelle
cet écrivain a consacré toute sa vie
[L'écrivain a consacré toute sa vie à cette oeuvre.]
Cei cărora dorea să le comunice acest lucru nu erau de faţă – fr. Ceux à qui il
désirait communiquer cette chose n'étaient pas présents [Il désirait leur
communiquer cette chose.]
Familia căreia îi aparţinea era cunoscută în oraş – fr. La famille à laquelle elle
appartenait était connue dans la ville [Elle appartenait à cette famille.]

En roumain, la forme căruia peut être précédée par un relateur prépositionnel


qui exige un régime au datif (graţie, datorită). La structure équivalente du français
comporte une locution prépositive formée d’un nom et de la préposition à (grâce à).
Par conséquent, les pronoms employés seront toujours à qui et auquel.
Cunoaşteţi operele datorită cărora acest scriitor a reuşit să se afirme – fr. Vous
connaissez les oeuvres grâce auxquelles cet écrivain a réussi à s'affirmer
[L'écrivain a réussi à s'affirmer grâce à ces oeuvres]

♦ Al cărui - complément du nom


Le nom qui, dans la subordonnée relative, est déterminé par al cărui, peut être
sujet, objet direct ou attribut.
a) Le nom déterminé par le pronom relatif a la fonction de sujet.
Structure : Roum. SN + al cărui + SN1 + V
(4) Fr. SN + dont + SN1 + V

Camera a cărei uşă e deschisă e a mea – fr. La chambre dont la porte est
ouverte est la mienne [La porte de cette chambre est ouverte.]
b) Le nom déterminé par le pronom relatif est un objet direct ou un attribut.
Structure : Roum. SN + al cărui + SN2 (+ SN1) + V
(5) SN + al cărui + SN2 + V + SN1
Fr. SN + dont / duquel + SN1 + V + SN2

55
Ce type de structure pose un problème quant à l’ordre des mots dans la
subordonnée relative. En roumain, al cărui précède immédiatement le nom qu’il
détermine ; en français, le nom régissant doit être placé après le verbe, conformément
aux règles syntaxiques du français (SN1 + V + SN2).
- Le nom régissant est complément d’objet direct :
Faci demersuri a căror necesitate nu o văd – fr. Tu fais des démarches dont je
ne vois pas la nécessité [Je ne vois pas la nécessité de ces démarches.] -
Construction fautive: *dont la nécessité je ne la vois pas
Iată persoana al cărei nume aş fi vrut să-l aflu – fr. Voici la personne dont
j'aurais voulu apprendre le nom [J'aurais voulu apprendre le nom de cette
personne.]
Intră în dormitor, a cărui uşă o închise încet – fr. Il entra dans la chambre dont
il ferma doucement la porte [Il ferma doucement la porte de la chambre]
- Le nom régissant est attribut :
Accidentul al cărui martor fusese – fr. L'accident dont il avait été le témoin [Il
avait été le témoin de cet accident]
Casa al cărei proprietar sunteţi – fr. La maison dont / de laquelle vous êtes
propriétaire [Vous êtes propriétaire de cette maison]
Précédé d’une préposition, le nom déterminé par (al) cărui(a) joue le rôle de
complément d’objet indirect ou circonstanciel.
Structure :
(6) Roum. SN + Prép + al cărui + N (sans Art.) (+SN1) + V
SN + Prép + N (Art. défini) 10 + căruia + V
Fr. SN + Prép + N (Art. défini) + de qui [+Animé] / duquel [±Animé] + SN1 +
V
Era o persoană de a cărei sinceritate nu se îndoise niciodată – fr. C'était une
personne de la sincérité de qui / de laquelle elle n'avait jamais douté [Elle
n'avait jamais douté de la sincérité de cette personne]
Andrei este un om pe a cărui discreţie se poate conta – fr. André est un homme
sur la discrétion de qui / duquel on peut compter [On peut compter sur la
discrétion de cet homme]

10
Il s’agit souvent de locutions prépositives (formées d’une préposition et d’un nom qui comporte l’article défini);
construites avec le génitif (ici căruia). Dans le transcodage de ces structures en français, il peut apparaître un type
d’erreur qui semble dû à l’équivalence courante entre le génitif roumain et un syntagme en de (par exemple : Casa
în faţa căreia ne-am oprit – fr. *La maison devant de laquelle nous nous sommes arrêtés). En fait, la préposition du
français correspond à la locution roumaine considérée comme une seule unité.
56
Trecu pe lângă copacii la a căror umbră / la umbra cărora se odihnise de
atâtea ori – fr. Il passa près des arbres à l'ombre desquels il s'était reposé tant
de fois [Il s'était reposé tant de fois à l'ombre de ces arbres]
Este o serbare cu ocazia căreia o vei cunoaşte pe prietena mea – fr. C'est une
fête à l'occasion de laquelle tu vas connaître mon amie [Tu vas connaître mon
amie à l'occasion de cette fête]
Un munte în vârful căruia se aflau nişte ruine – fr. Une montagne au sommet
de laquelle il y avait des ruines [Au sommet de cette montagne il y avait des
ruines]
Aveţi de făcut eforturi la capătul cărora vă aşteaptă o reuşită indiscutabilă – fr.
Vous avez à faire des efforts au bout desquels une réussite indiscutable vous
attend [Une réussite indiscutable vous attend au bout de ces efforts]
♦ Prép + care (complément d'objet indirect ou circonstanciel)
Structure : Roum. SN + Prép + care (+ SN1) + V
(7) Fr. a) SN + Prép + qui / lequel / quoi + SN1 + V
b) SN + dont / duquel / de qui + SN1 + V
c) SN + où + SN1 + V
a) Prietenul la care vom merge – fr. L'ami chez qui nous irons [Nous irons chez
cet ami]
Mihai mi-a spus nişte lucruri la care m-am gândit mult în seara aceea – fr.
Michel m'a dit des choses auxquelles j'ai longuement réfléchi ce soir-là [J'ai
longuement réfléchi à ces choses] 11
Iată o unealtă cu care voi putea lucra – fr. Voilà un outil avec lequel je pourrai
travailler [Je pourrai travailler avec cet outil]
Copacii printre care se plimbau – fr. Les arbres parmi lesquels ils se
promenaient [Ils se promenaient parmi ces arbres]
E o casă în care mă voi simţi în largul meu – fr. C'est une maison dans laquelle
je serai à l'aise [Je serai à l'aise dans cette maison]
Căută ceva de care să se agaţe – fr. Il chercha quelque chose à quoi
s'accrocher [Il voulait s'accrocher à quelque chose] 12
b) Les syntagmes où care est précédé par l’une des prépositions de, de la, din,
dintre, despre (tous ces relateurs comportent l’élément de) ont pour équivalent le
pronom relatif dont.
11
Le syntagme Prép + quoi rapporté à un nom [+Abstrait] n’apparaît que dans la langue littéraire.
12
Auquel est parfois remplacé, dans la langue littéraire, par le pronom relatif où, se rapportant à un nom abstrait. Ex.
: Voici les conclusions où j’ai abouti. (cf. Tănase, 1973 : 133).
57
E un subiect despre care îi place să vorbească – fr. C'est un sujet dont elle aime
parler [Elle aime parler de ce sujet]
E o prietenă de care sunt mândră – fr. C'est une amie dont je suis fière [Je suis
fière de cette amie] 13
Vei reuşi, lucru de care nu se îndoieşte nimeni – fr. Tu réussiras, ce dont
personne ne doute [Personne ne doute de cette chose]
Cartea din care am citit câteva pasaje – fr. Le livre dont j'ai lu quelques
passages [J'ai lu quelques passages de ce livre]
Mi-aţi împrumutat nişte romane dintre care câteva m-au interesat foarte mult –
fr. Vous m'avez prêté des romans dont quelques-uns m'ont fort intéressé
[Quelques-uns de ces romans m'ont fort intéressé]
Familia din care provine – fr. La famille dont il est sorti / issu [Il est sorti / issu
de cette famille]
Dont peut se trouver en variation libre avec duquel et de qui.
Persoana de la care ştiu aceste amănunte – fr. La personne dont / de qui je
tiens ces détails [Je tiens ces détails de cette personne]
E un student de care sunt foarte mulţumit – fr. C'est un étudiant dont /duquel /
de qui je suis très content [Je suis très content de cet étudiant]
Dans les traductions il importe de bien distinguer les cas où la préposition de ou
despre du roumain (en français de) précède la forme care, des cas où elle précède le
pronom al cărui. L’équivalent de de + care est dont, tandis que de + al cărui doit être
traduit par de … duquel. On opposera ainsi des couples de phrases tels que :
Un prieten de care sunt sigur – fr. Un ami dont je suis sûr /
Un prieten de a cărui discreţie sunt sigur – fr. Un ami de la discrétion duquel
je suis sûr
Sertarul despre care e vorba – fr. Le tiroir dont il s'agit /
Sertarul despre a cărui cheie e vorba – fr. Le tiroir de la clé duquel il s'agit
Traductions fautives:
*Un ami dont la discrétion je suis sûr
*Le tiroir dont la clé il s'agit
Il existe cependant des situations où la structure du roumain de + al cărui + SN
+ V a pour équivalent en français dont +SN1 + V + SN2 (et non pas de + SN + duquel),
ce qui est dû aux divergences dans l’emploi du verbe : en roumain le verbe se construit

13
En syntaxe française, dont [= de cette amie] est interprété comme un complément de l’adjectif fière.
58
avec la préposition de (complément d’objet indirect), mais la construction équivalente
du français est transitive directe (préposition ∅).
Mihai era singurul om de a cărui părere îi era teamă – fr. Michel était le seul
homme dont il craignait l'opinion [a se teme de ceva = craindre qch.]
Sunt scriitori de ale căror nume nu am auzit niciodată – fr. Ce sont des
écrivains dont je n'ai jamais entendu les noms [a auzi de ceva = entendre qch]
c) Un cas particulier est constitué par certains syntagmes [+Lieu] ou [+Temps].
Si le pronom relatif représentant un nom [+Lieu] est précédé par în ou par une autre
préposition qui comporte l’élément în (din, prin), on emploie en français le pronom
relatif où, respectivement d’où et par où.
Am revăzut oraşul în care [= unde] mi-am petrecut copilăria – fr. J'ai revu la
ville où j'ai passé mon enfance [J'ai passé mon enfance dans cette ville]
Oraşul din care aţi plecat – fr. La ville d'où vous êtes parti [Vous êtes parti de
cette ville.]
Vagonul din care coboară – fr. Le wagon d'où il descend [Il descend de ce
wagon] 14
Drumul pe care vom trece – fr. Le chemin par où nous allons passer [Nous
allons passer par ce chemin]
Le syntagme à sens temporel în care a pour équivalent en français le même
pronom relatif où.
Vorbiţi-ne despre ziua în care [= când] aţi făcut această descoperire – fr.
Parlez-nous du jour où vous avez fait cette découverte [Vous avez fait cette
découverte ce jour-là]
Iarna în care [= când] a fost aşa de frig – fr. L'hiver où il a fait si froid. -
Dans la langue littéraire, on peut employer que : L'hiver qu'il a fait si froid.
La traduction des structures relatives prépositionnelles du roumain soulève
certaines difficultés, dues aux divergences qui existent entre les deux langues quant à
l’emploi des prépositions, après certains verbes. Le syntagme Prép + care joue le rôle
d’objet indirect (déterminant obligatoire) ou de complément circonstanciel. Il peut
comporter une préposition autre que la ou de, à laquelle doit corredspondre en français
précisément à ou de, ce qui entraîne le choix obligatoire, dans la traduction, d’un
pronom relatif qui incorpore l’une de ces prépositions (auquel ou dont).
a) Greutăţile de care avea să se lovească – fr. Les difficultés auxquelles il allait
se heurter [Il allait se heurter à ces difficultés]

14
Mais il faut dire : La famille dont il descend. Dont s’emploie «en parlant de personnes, de descendance,
d’extraction» (Grevisse, 1975 : 534), tandis que d’où exprime une idée spatiale.
59
Pe masă se afla o tavă cu friptură de care bolnava nu se atinsese – fr. Sur la
table il y avait un plateau avec un rôti auquel la malade n'avait pas touché [La
malade n'avait pas touché à ce rôti]
Problemele de care vă interesaţi sunt de mare actualitate – fr. Les problèmes
auxquels vous vous intéressez sont d'une grande actualité [Vous vous
intéressez à ces problèmes]
Era un zgomot cu care era obişnuită - fr. C'était un bruit auquel elle était
habituée [Elle était habituée à ce bruit]
Le maniement correct de ces structures suppose donc la connaissance exacte du
régime des verbes en question (a se lovi de = se heurter à, a se interesa de =
s’intéresser à, a se obişnui cu = s’habituer à, etc.).
b) Îşi propunea să ducă la bun sfârşit misiunea cu care era însărcinat – fr. Il se
proposait de mener à bien la mission dont il était chargé [Il était chargé de cette
mission]
Se bucura de modul în care fiul ei se prezenta la examene – fr. Elle se
réjouissait de la manière dont son fils se présentait aux examens [Il se
présentait de cette manière.]

3. Conclusion
Éléments de relation (conjonctifs), les pronoms relatifs doivent être étudiés dans
leur fonctionnement à l’intérieur de la phrase. Nous avons insisté sur l’importance de
l’étude syntagmatique dans ce domaine, en soulignant, implicitement, la nécessité
d’enseigner / apprendre, en même temps que les formes du pronom relatif, les
structures syntagmatiques où chacune de ces formes est intégrée. L’étude des
pronoms relatifs implique ainsi l’analyse de phénomènes syntaxiques plus complexes.
Nous avons voulu attirer l’attention sur les difficultés qui surgissent lors du
transcodage des propositions relatives du roumain en français. Le roumain et le français
présentent, certes, des convergences, mais aussi un certain nombre de divergences en ce
qui concerne les formes et les emplois des pronoms relatifs. On pourrait remarquer que
l’utilisation des structures relatives par les apprenants roumains se fonde toujours sur
une opération de transcodage, à partir des structures du roumain, d’où les erreurs qui
interviennent aux points de divergence entre la langue base et la langue cible. Les
difficultés concernent surtout les constructions prépositionnelles du roumain ayant pour
correspondant soit un syntagme prépositionnel, soit un pronom relatif qui incorpore une
préposition (dont, où et les formes composées amalgamées auquel, duquel), le choix du
pronom relatif, en français, étant conditionné parfois par la construction du verbe, ou,
dans le cas de la préposition de, par la fonction syntaxique du pronom (complément de
verbe ou complément du nom). On peut rappeler quelques autres difficultés, d’ordre
60
sémantique (l’emploi du pronom français où [+Temps] ), syntaxique (la non reprise, en
français, du pronom relatif complément d’objet direct ou indirect, l’ordre des mots dans
les propositions introduites par dont se rapportant à un SN complément d’objet direct)
et même d’ordre pragmatique (les conditions d’emploi de la forme lequel en fonction
de sujet).
Les erreurs interférentielles, dans le cas des pronoms relatifs, pourront être
évitées ou corrigées grâce à une étude systématique des principales structures
syntagmatiques, que l’on exploitera par des exercices appropriés.

61
ÉQUIVALENCES FRANÇAISES
DU MODE PRÉSOMPTIF DU ROUMAIN

1. Le statut du mode présomptif en roumain

1.1. Le mode présomptif (prezumtiv) est une catégorie spécifique pour le


roumain, n’ayant pas d’équivalent parmi les modes verbaux du français, ce qui entraîne
un certain nombre de difficultés pour la traduction. 1
Le présomptif comporte certaines formes qui lui sont propres, à savoir le futur,
le conditionnel présent ou le subjonctif 2 présent du verbe a fi suivi du gérondif du
verbe en question, tout comme certaines formes qu’il emprunte à d’autres modes, à
savoir les formes populaires et littéraires du futur et du futur antérieur (actualisées avec
une valeur essentiellement modale), ainsi que le subjonctif passé et le conditionnel
passé (ces dernières
formes acquièrent valeur de présomptif dans des contextes déterminés, où la syntaxe et
l’intonation jouent un rôle décisif 3 .
Pour un verbe tel que savoir, les formes du présomptif sont les suivantes:
- présomptif présent : o fi / va fi / ar fi / să fi ştiind
- présomptif passé : o fi / va fi /ar fi / să fi ştiut 4 .
Dans le cas du verbe a fi «être» , le gérondif est souvent absent , les formes du
présomptif étant donc o fi / a fi (pop.) / vor fi (au lieu de o fi / a fi / va fi fiind).
Pour indiquer de façon simplifiée la base de la construction, nous utiliserons
les symboles O / VA / SĂ / AR.

1
Le «mode présomptif» a acquis droit de cité dans la linguistique roumaine avec l’article d’Elena Slave (1957). Le
terme de «présomptif» remonte à 1945 ; dans Gramatica limbii române de J. Byck et A. Rosetti, il désignait un
certain nombre de formes verbales ayant pour dénominateur commun l’expression du doute, l’atténuation d’une
affirmation, la supposition. Il y a cependant des linguistes qui s’inscrivent en faux contre l’affirmation de l’existence
d’un tel mode en roumain ; ainsi Vladimir Florea (1980, p. 326) affirme que «l’acceptation de ce mode par les
linguistes a laissé ouverte la voie, dangereuse et stérile, de la grammaire des valeurs discursives et des effets de
sens».
2
En roumain, le subjonctif s’appelle «conjonctif».
3
Cf. Iordan & Robu, 1978 : 473.
4
Pour Florea (1980), les formes o fi cântând, o cânta, o fi cântat ne sont en réalité que les trois aspects du verbe
roumain : tensif, intensif, extensif (dans une perspective guillaumienne).
62
La différence entre le présomptif présent et le présomptif passé est d’ordre
aspectuel : inaccompli vs accompli. On peut remarquer aussi que les verbes employés
au présomptif présent sont presque toujours imperfectifs (o fi ; o fi dormind) ; pour un
verbe perfectif tel que a pleca, la forme o pleca n’est qu’un simple futur, et l’on ne dira
pas (sauf dans un contexte très particulier) o fi plecând.
Du point de vue du sens, le mode présomptif se situe dans le domaine de
l’incertitude, des hypothèses et des questionnements. Le présomptif est un mode verbal
qui présente l’action comme supposée ou probable (DEX). Selon E. Slave 5 , le
présomptif exprime la supposition, la possibilité ou l’incertitude portant sur le verbe ou
sur un autre terme de la phrase. Gh. Ivănescu 6 décrit le présomptif comme «modul
acţiunii reale, nesigure din neştiinţa noastră». Pour B.B.Berceanu 7 , il s’agit d’une
structure verbale signifiant l’incertitude, la supposition, l’hypothèse ou l’indifférence. I.
Iordan et V. Robu 8 présentent le présomptif comme mode exprimant un procès
possible, mais qui reste incertain ou supposé ; en ce qui concerne sa valeur temporelle,
le présomptif est l’équivalent de l’indicatif présent ou du passé composé, auquels
s’ajoute le sème [+Dubitatif]. Pour D. Irimia, «prezumtivul este modul presupunerii, al
bănuielilor, al ipotezelor privind desfăşurarea sau nedesfăşurarea unei acţiuni verbale,
existenţa sau inexistenţa unor caracteristici ale verbului propoziţiei» 9 .
Impliquant une attitude spécifique du locuteur vis-à-vis du contenu énoncé, le
présomptif se caractérise par son oralité. Il est surtout utilisé dans le discours direct et
dans le discours indirect libre, mais il peut également apparaître dans le discours
indirect lié. Ayant une valeur subjective marquée, le présomptif a une fréquence plus
élevée dans la langue parlée et dans la langue littéraire 10 ; il est exclu des registres
fonctionnels qui ne mettent pas en jeu la subjectivité du locuteur.
On peut également préciser que la valeur modale du présomptif apparaît de
façon plus nette dans les propositions indépendantes ou principales, où il est d’ailleurs
utilisé plus fréquemment.
1.2. Il n’existe pas, en français, un mode verbal correspondant au présomptif du
roumain. Pour traduire ce type de formes verbales, on peut recourir à tout un ensemble
de structures appartenant au même domaine sémantique de l’hypothèse et de la
probabilité.
Nous avons ordonné les exemples du roumain en fonction du contexte et du
type d’énoncé, ce qui nous a permis d’opérer aussi quelques distinctions d’ordre
sémantico-pragmatique.
5
Slave (1957 : 55).
6
Sintaxa limbii române moderne, cours donné à l’Université de Iaşi en 1947-1948, apud E. Slave (1957 : 54).
7
Berceanu (1971 : 202).
8
Iordan & Robu (1978 : 473).
9
Irimia (1997 : 253).
10
«Ïn limbajul literaturii artistice» (Irimia, 1997 : 253).
63
Il importe de distinguer les situations où le présomptif apparaît dans les phrases
indépendantes ou dans des propositions principales – énoncés assertifs (déclaratifs) ou
interrogatifs – et les situations où il apparaît dans des propositions subordonnées.

2. Propositions indépendantes ou principales


2.1. Modalité assertive (déclarative)
Nous distinguerons deux types de situations, suivant qu’il s’agit d’une
probabilité énoncée par le locuteur ou d’une probabilité énoncée par l’interlocuteur et
assumée par le locuteur.

2.1.1. Probabilité affirmée


L’énonciateur émet en son propre nom une hypothèse ou une supposition :
P (V présomptif) = Presupun / cred / afirm ca probabil că P (V indicatif).
Pour traduire le présomptif qui apparaît dans ce type de construction on peut
avoir recours aux solutions suivantes:
- le futur à valeur modale
- l’auxiliaire modal devoir + infinitif
- les adverbes sans doute + indicatif et peut-être (que) + indicatif.
Toutes ces constructions admettent la paraphrase par probablement +
indicatif 11 . Dans la traduction du roumain en français, nous n’allons cependant pas
utiliser l’adverbe probablement, appartenant à un registre plus neutre, qui implique
dans une moindre mesure la subjectivité de l’énonciateur.
Les formes du présomptif identiques aux formes populaires du futur simple et
du futur antérieur (formes en O) admettent pour équivalent en français le futur simple
(il s’agit le plus souvent des verbes être et avoir) et le futur antérieur, employés avec
une valeur modale ; c’est ce que Imbs (1968) appelle le futur de l’hypothèse probable.
La construction est caractéristique pour la langue parlée – le discours direct 12 .

11
En roumain aussi, d’ailleurs, l’indicatif peut se substituer au présomptif, à condition que l’on substitue aux
marques modales du verbe des lexèmes modaux adverbiaux.
12
Le futur de l’hypothèse probable peut apparaître tant dans les phrases indépendantes ou principales que dans des
subordonnées complétives.
a) Pierre n’est pas là, il dînera chez ses parents. (in Baylon & Fabre) - futur de probabilité (roum. … o fi
cinând la părinţii lui.)
Je suis fou, se disait-il ; sans doute on l’aura retenue à dîner. (Flaubert, in Imbs) - futur antérieur de
probabilité (roum. …de bună seamă că or fi reţinut-o la cină.)
b) 2 et 2, 5? Je crois que vous aurez commis quelque erreur… (in Baylon & Fabre) (roum. … Probabil că aţi
greşit undeva.)
64
- Un présent hypothétique est remplacé par le «futur» modal :
Roum. A sunat. O fi factorul. [= Presupun că e factorul.]
Fr. On a sonné. Ce sera le facteur. [=Je suppose que c'est le facteur.]
Roum. Ion n-a sosit. O fi pierdut trenul [= Presupun că a pierdut trenul.]
Fr. Jean n'est pas arrivé. Il aura manqué le train. [= Je suppose qu'il a manqué
le train.]
Paul Imbs précise que le futur de probabilité est proche de la périphrase devoir
+ infinitif 13 :
Ce sera le facteur = Ce doit être le facteur
Il aura raison = Il doit avoir raison
Je les aurai oubliées = J'ai dû les oublier
Les deux constructions sont dans un rapport de distribution défective, la structure
devoir + infinitif ayant une distribution plus large que celle du «futur» modal.
Devoir + infinitif peut rendre en français un présomptif à base d’indicatif en O,
qui exprime une supposition probable. En voici quelques exemples:
Roum. O fi ora trei.
Fr. Il doit être trois heures.
Roum. N-o fi prea bogat.
Fr. Il ne doit pas être très riche.
Roum. O fi ştiind el ceva.
Fr. Il doit en savoir quelque chose.
Roum. S-o fi înşelat.
Fr. Il a dû se tromper.
Roum. Le-o fi găsit ieftine şi le-o fi luat. (M. Preda)
Fr. Il a dû les trouver bon marché et il les a achetées.
Dans le dernier exemple, la proposition coordonnée par et exprime la conséquence
certaine, constatée (acheter) du fait antérieur supposé (trouver), ce qui impose en
français l’emploi de l’indicatif. Cet énoncé exprime une supposition qui présente un

On pense que M. Tardieu en aura eu fini hier soir avec les résistances du Dr. Schacht, il aura pris le train de
20 h pour être à 6h30 à Paris. (C. Maurras, in Imbs) - futur surcomposé de probabilité (roum. …o fi
terminat cu…)
13
Le verbe devoir peut exprimer la possibilité ou la supposition (DFC) ou, selon Le Petit Robert, la probabilité ou
l’hypothèse :
Il doit être environ 3h.
Il est bien en retard : il a dû avoir une panne.
65
degré de probabilité plus élevé et qui pourrait être également rendue en français à l’aide
de la tournure indicatif + sans doute 14 :
Il les a sans doute trouvées bon marché et il les a achetées.
Les tournures avec sans doute appartiennent en fait à la langue standard. La
phrase ci-dessus pourrait être rendue aussi à l’aide d’une tournure de la langue
populaire, qui introduit une explication :
Faut croire qu’il les a trouvées bon marché... [= C’est sans doute parce qu’il les
a trouvées bon marché qu’il les a achetées]
La tournure sans doute + indicatif est généralement utilisée dans la traduction
du présomptif lorsque la synonymie modale peut être réalisée à l’aide de desigur +
indicatif ; il s’agit d’une probabilité proche de la certitude :
Roum. Luminarea Sa, nepotul prea puternicului Verde-Împărat
m-a fi aşteptând cu nerăbdare. (I. Creangă) [= mă aşteaptă desigur / de bună
seamă]
Fr. Son Altesse, le neveu du tout-puissant empereur Vert, m'attend sans doute
avec impatience. (trad. E. Vianu)
Roum. Ăi fi Dumitru Căţic dă la Caracal. (Camil Petrescu)
Fr. Vous êtes sans doute Dumitru Catic de Caracal.
Roum. Voi fi păcătuind cumva împotriva gramaticii, probabil că folosesc mereu
unele cuvinte... (Camil Petrescu)
Fr. Je pêche sans doute, d'une manière ou d'une autre, contre la grammaire,
j'utilise probablement tout le temps certains mots...
Dans la langue familière, certaines des constructions mentionnées ci-dessus
pourraient être reformulées à l’aide du modalisateur peut-être que + indicatif 15 :
Peut-être qu’il n’est pas très riche.
Peut-être qu’il en sait quelque chose.
Peut-être qu’il s’est trompé.
Voici un autre exemple où l’on utilise peut-être que + indicatif (en roumain, le
présomptif est l’équivalent du modalisateur propositionnel poate că) :
Roum. N-o mai fi cântând acolo.
Fr. Peut-être qu’elle ne chante plus là-bas.

14
Sans doute est synonyme de probablement (DFC) : Sans doute êtes-vous déjà au courant (Roum. Veţi fi fiind
deja la curent / Probabil că sunteţi deja la curent).
15
Peut-être marque le fait que le contenu de l’énoncé est considéré comme une événtualité, comme une hypothèse
ou comme une probabilité (DFC) : Peut-être a-t-il oublié le rendez-vous. (Roum. O fi uitat de întâlnire.)
66
Nous mentionnons aussi une situation un peu particulière où l’on peut avoir
recours aussi aux adverbes peut-être, sans doute + indicatif. Il s’agit d’un certain
type d’interventions réactives qui reprennent une idée énoncée antérieurement par un
premier locuteur, pour introduire une idée concessive, exprimée dans une proposition
introduite par dar «mais» et dont le verbe est au présomptif.
Roum. Beat, beat... dar s-o fi rănit. (Camil Petrescu)
Fr. Ivre, oui... mais il est peut-être blessé.
Roum. Că, nebuni, nebuni, dar o fi ştiind şi ăştia ce vorbesc... (T. Muşatescu)
Fr. Ils sont peut-être fous, mais ils savent sans doute de quoi ils parlent...
Dans l’exemple ci-dessous, où l’on peut enregistrer la présence du connecteur
discursif doar à côté de la forme négative du présomptif, nous avons eu recours à la
formule tu ne vas pas me dire que…, qui met toujours en évidence la subjectivité de
l’énonciateur :
Roum. Nu există boală care să te ţină în casă. Doar n-oi fi având vreuna
molipsitoare... (T. Muşatescu) (= nu cumva ai...)
Fr. Il n'y a pas de maladie que puisse t'empêcher de sortir. Tu ne vas pas me
dire que tu as quelque chose de contagieux, hein?
Dans les constructions qui indiquent l’approximation, le présomptif (souvent à
base de subjonctif ; on notera aussi la présence de l’adverbe tot) peut être transposé en
français à l’aide des verbes modaux pouvoir 16 et devoir.
Roum. Era şi foarte tânăr; să tot fi avut douăzeci de ani. (M. Caragiale)
Fr. Il était d'ailleurs très jeune; il pouvait avoir vingt ans tout au plus.
Roum. Să tot fie cinci ani de atunci.
Fr. Il doit y avoir a peu près cinq ans de cela.
Roum. În totului-tot, a fi trecut la mijloc vreo jumătate de ceas, cât a zăbovit
mama acolo. (I. Creangă)
Fr. En tout, il pouvait bien y avoir une demi-heure qu'elle était plantée là. (trad.
Yves Augé)

2.1.2. Probabilité assumée

Dans une intervention réactive, le locuteur admet comme très probable le fait
énoncé antérieurement par l’interlocuteur. Le contexte peut impliquer diverses nuances,
généralement explicitées par une proposition adversative introduite par la conjonction
dar «mais» : P (V Présomptif O, VA) = Admit ca probabil că P (V Indicatif), dar Q.

16
Le verbe pouvoir peut exprimer l’approximation, la probabilité ou l’éventualité (DFC) : Cet enfant pouvait avoir
tout au plus six ans.
67
a) La phrase présomptive constitue la réponse à une question formulée par un
premier locuteur, L1. La réponse de L2 implique la non participation de l’interlocuteur,
son ignorance ou son indifférence, ou peut apporter une précision. Le même type de
modalisation peut être réalisée en roumain par se prea poate. En français on peut
utiliser dans ce cas les expressions à sens modal possible, c’est (fort) possible, probable
(fam.), ça se peut (bien).
En voici quelques exemples :
Roum. - Da' frăţiori mai ai?
- Oi fi având, da' nu-i cunosc. (I.L.Caragiale)
Fr. - Et des petits frères, tu en as?
- Possible, mais je ne les connais pas.
Roum. - Îţi zice lumea Niculăiţă Minciună?
- Mi-o fi zicând. (Al. Brătescu-Voineşti)
Fr. - On t'appelle Colas le Menteur?
- C'est possible.
Rom. Va fi ştiind, dar de la mine nu. (I. Slavici)
Fr. Ça se peut bien, qu'il le sache, seulement ce n'est pas de moi qu'il l'a su.
b) La phrase présomptive reprend une affirmation faite par un premier locuteur
ou bien un fait connu des participants au dialogue ; le locuteur L2 admet le fait en
question comme probable, tout en exprimant une idée concessive : «il est vrai que /
j’admets que P, mais je suis d’avis que Q». En français on peut utiliser comme
équivalents des phrases présomptives des expressions telles que : d’accord, c’est vrai,
peut-être, sans doute. Dans la langue littéraire il serait également possible d’utiliser des
verbes tels que accorder, admettre, concéder, convenir, ainsi que la locution
concessive avoir beau. En voici quelques exemples:
Roum. Mă rog, conservele mele n-or fi bune 17 , dar dacă le trimitem pe front
tot se mănâncă. (E. Barbu)
Fr. D'accord, mes conserves ne sont peut-être pas bonnes, pourtant si on les
envoie au front on les mangera bien.
Roum. N-o fi el prea inteligent, dar e conştiincios.
Fr. Il n'est peut-être / sans doute pas très intelligent, mais il est
consciencieux.
Roum. O fi el şef, dar de data asta se înşală.
Fr. C'est vrai qu'il est le chef, mais cette fois il a tort.

2.2. Modalité interrogative


17
Il est possible d’intercaler ici le pronom ele, comme dans les deux exemples que nous citons plus loin.
68
Les structures interrogatives, de par leur nature, confèrent à l’énoncé une
nuance d’incertitude, de doute. En parlant de l’opposition modale thèse vs hypothèse,
Teodora Cristea (1974 : 92) montre que «l’emploi d’une forme non-thétique telle que
l’interrogation diminue le coefficient de réalité que l’on accorde à l’énoncé émis». La
forme interrogative du présomptif pourra donc être traduite en français soit par des
constructions à valeur modale exprimant l’hypothèse ou l’éventualité (le mode
conditionnel ou des périphrases construites avec le verbe pouvoir), soit par une phrase
interrogative dont le verbe est à l’indicatif, auquel cas la structure interrogative, grâce à
certaines éléments spécifiques (la formule est-ce que, l’inversion du sujet, l’emploi
d’adverbes ou de pronoms interrogatifs, termes explétifs qui servent à renforcer
l’interrogation) sera une marque suffisante de la modalité «présomptive».

2.2.1. Interrogation partielle


La phrase présomptive est une interrogation partielle, introduite par un adverbe,
un pronom ou un adjectif interrogatif. La question est chargée d’incertitude ou de
perplexité. Dans la plupart des cas, le présomptif qui apparaît dans ce type de phrases (à
base d’indicatif, le plus souvent ; parfois à base de subjonctif ou, très rarement, à base
de conditionnel) admet pour équivalent en français une périphrase verbale comportant
le verbe modal pouvoir 18 à l’indicatif (ou au conditionnel), généralement renforcé par
l’adverbe bien et suivi par l’infinitif du verbe en question, mais aussi le verbe devoir +
indicatif. On peut d’ailleurs remarquer qu’en roumain il est parfois possible d’utiliser -
dans un registre plus neutre - la paraphrase avec a putea «pouvoir» (à l’indicatif ou au
passé simple) + verbe au subjonctif : Cine-o fi? = Cine poate să fie?; Cine-o fi fost? =
Cine a putut să fie? Dans les constructions comportant certains adverbes interrogatifs,
on peut avoir en français la forme de l’indicatif, accompagnée parfois par des mots
explétifs tels que donc 19 ou diable 20 .
- Phrases interrogatives introduites par un pronom ou par un adjectif interrogatif
:
Roum. Ce-o fi gândind sluga? (I. Slavici)
Fr. Que peut bien penser le serviteur? (in Florea, 1980)
Roum. Ce ar fi putând să i se întâmple? (I. Slavici)
Fr. Qu'est-ce qui pourrait bien lui arriver?

18
Dans les phrases interrogatives, le verbe pouvoir «souligne la perplexité» (DFC).
19
Donc peut renforcer une question ; l’intonation exprime la surprise ou le doute (DFC) : Qui donc a pu téléphoner ?
(roum. Cine-o fi telefonat?)
20
Après certains mots interrogatifs, le mot diable indique la surprise, l’étonnement, la perplexité ou le doute (DFC)
:
Qui diable a pu vous dire cela?
Pourquoi diable n’est-il pas venu?
69
Roum. Ce s-o fi petrecut în mintea lui de copil? (J. Bart)
Fr. Qu'est-ce qui avait bien pu se passer dans sa tête d'enfant?
Roum. Cine-o fi nebunu' ăla? (M. Preda)
Fr. Qui est-ce que ça peut bien être, ce fou?
Roum. Care o fi bucuria vieţii acestui om? (D. Săraru)
Fr. Quelle peut (bien) être la joie de vivre de cet homme?
Roum. Câte ceasuri să fie? (I.L.Caragiale)
Fr. Quelle heure est-il? / Quelle heure peut-il bien être?
- Phrases interrogatives introduites par des adverbes interrogatifs :
Roum. Nu înţeleg însă, de ce i-or fi trebuind atâtea mese? (T. Muşatescu)
Fr. Il y a pourtant une chose que je ne comprends pas: pourquoi a-t-il besoin
de tant de tables?
Roum. Unde o umbla şi ăsta acum? (E.Barbu)
Fr. Et celui-là, où diable peut-il se promener à cette heure?
Roum. Unde-o fi Gică de nu-l mai aud? (E. Barbu)
Fr. Je n’entends plus Gică, où peut-il bien être ? (in Florea, 1980)
Roum. Dar de unde mi-or fi aflat numărul de telefon? (T. Muşatescu)
Fr. Mais comment ont-ils pu apprendre / est-ce qu’ils ont appris mon numéro de
téléphone?
Roum. Cum va fi fost primul [soţ], dacă l-a lăsat pentru ăsta? (A. Baranga)
Fr. Comment avait dû être le premier, puisqu’elle l’a quitté pour celui-ci?

2.2.2. Interrogation totale


La phrase présomptive n’est pas introduite par un mot interrogatif;
l’interrogation porte sur l’ensemble de l’énoncé.
On peut distinguer ici deux types d’énoncés, qui correspondent, en gros, au
présomptif à base d’indicatif, respectivement à base de subjonctif. Les premiers
expriment une éventualité que l’on envisage et sur la vérité de laquelle on s’interroge,
et les derniers expriment l’incertitude, la délibération, la méfiance. Dans certains cas, le
présomptif en O peut d’ailleurs être opposé au présomptif en SĂ, comme dans les
exemples ci-dessous :
Oare o fi acasă? [fr. Est-il chez lui, par hasard? = Je me demande s’il est chez
lui] vs. Să fie oare acasă? [fr. Serait-il chez lui, par hasard? = Se pourrait-il /
Serait-il possible qu’il soit chez lui?]
O fi plecat oare? [fr. Est-ce qu’il est parti? = Je me demande s’il est parti] / Să
fi plecat? [Serait-il parti, par hasard? = Se pourrait-il qu’il soit parti?]
70
Les équivalents français du présomptif, dans les interrogations totales, peuvent
être :
- la forme interrogative de l’indicatif;
- la forme interrogative du conditionnel. L’indicatif et surtout le conditionnel
peuvent être accompagnés de l’expression explétive par hasard, qui accentue en fait la
nuance d’incertitude exprimée par la forme interrogative ; on peut également utiliser la
locution des fois «éventuellement» 21 . Ces locutions sont, en fait, les correspondants de
oare et nu cumva du roumain.
- la locution modale impersonnelle se pourrait que à la forme interrogative
suivie du subjonctif.
La répartition de ces équivalences peut être représentée schématiquement dans le
tableau ci-dessous :

Roumain Équivalents français

Présomptif Indicatif Conditionn Se peut-il / se


el pourrait-il
que +
subjonctif
O, VA
affirmatif + + -
négatif - + -

affirmatif + + +
négatif - - +
AR
affirmatif - + -

♦ Le présomptif à base d’indicatif est traduit par l’indicatif ou par le conditionnel.


- Présomptif en O (accompagné souvent de oare) :
Roum. Oare o fi acasă?
Fr. Est-ce qu’il est chez lui? / Serait-il chez lui, par hasard?
Roum. O fi ştiind că ai venit?
Fr. Est-ce qu’il le sait, que tu es arrivé?

21
Locution familière, «déconseillée par les puristes» (Lexis). Ex. : Ce ne serait pas des fois la star américaine de la
villa des Lys? (Lichtenberger, in Lexis)
71
Roum. Oare l-o fi văzut copilul când se lupta ca să deschidă uşa dulapului? (J.
Bart)
Fr. L’enfant l’aurait-il aperçu par hasard au moment où il s’efforçait d’ouvrir la
porte de l’armoire? / Est-ce que l’enfant l’avait aperçu... ?
- Présomptif en VA (valeur temporelle : présent ou futur):
Roum. Vor fi femei iubite de toată lumea? (Cezar Petrescu)
[= vor fi fiind]
Fr. Est-ce qu’il existe / Y aurait-il / Serait-il possible qu’il y ait des femmes
que tout le monde aime?
Roum. Se va mai fi ducând cineva mâine la Roma? (in Irimia)
Fr. Y aura-t-il encore quelqu’un qui aille à Rome, demain?
- À la forme négative, le présomptif à base d’indicatif (exprimant une
supposition, avec parfois une nuance d’ironie ou de méfiance ; on sous-entend toujours
nu cumva) ne peut être traduit que par le conditionnel; les verbes être et avoir
s’accompagnent souvent de la locution par hasard :
Roum. Ascultă-mă, kir Ianulea: ce sunt duşmanii dumitale? N-or fi boieri? (I.
L. Caragiale) (supposition: Nu cumva sunt boieri?)
Fr. Dites donc, kir Ianulea: qu’est-ce qu’ils sont, vos ennemis? Ça ne serait
pas des boyards, par hasard?
Roum. Nu cumva vei fi având de gând să-mi înapoiezi cartea?
Fr. Aurais-tu par hasard l’intention de me rendre le livre?/ Tu n’aurais pas,
par hasard, l’intention de…[Ne me dis pas que tu as l’intention de me rendre le
livre! Je ne peux pas y croire!]
Roum. Doar n-oi vrea să te culci odată cu găinile? (E. Barbu)
Fr. Tu ne voudrais pas te coucher comme les poules, non?
♦ Le présomptif à base de conditionnel (qui n’apparaît, en fait, que très rarement,
est traduit par le conditionnel :
Roum. Ar fi fiind asta dorinţa prinţesei? (M. Sadoveanu)
Fr. Serait-ce là le désir de la princesse ?
♦ Le présomptif à base de subjonctif – accompagné parfois par oare - peut avoir
pour équivalent le mode conditionnel, ayant une valeur proche de celle du futur qui
exprime une hypothèse probable (conditionnel de délibération 22 ). Au présent, seuls les
verbes avoir et être apparaissent avec cette valeur ; au passé composé il n’y a pas de
restriction dans le choix du lexème verbal, puisque, de toute façon, il se construit avec

22
Cf. Imbs (1968 : 79). On peut rappeler ici que H. Yvon (1953 et 1958) parle d’un mode suppositif, comprenant les
formes en -r-, c’est-à-dire le futur modal et le conditionnel.
72
l’auxiliaire être ou avoir. On pourrait donc établir une analogie entre le futur de
l’hypothèse probable et le conditionnel de délibération en tant qu’équivalents du
présomptif roumain :
O fi având dreptate = Il aura (sans doute) raison
Să fi având el dreptate? = Aurait-il raison?
M-oi fi înşelat = Je me serai trompé
Să mă fi înşelat oare? = Me serais-je trompé?
En voici quelques exemples :
Roum. Să fie deci adevărat?
Fr. Serait-ce donc vrai?
Roum. Să fie, adică, Frau Herbert fetiţa Emma de atunci? (Bondarev, trad.
roum. G. Tatus)
Fr. Frau Herbert serait-elle donc la petite Emma d'autrefois?
Roum. Să fi aflat ceva? (I. Vinea)
Fr. Aurait-il appris quelque chose?
Dans le cas des verbes autres que avoir et être, le présomptif présent est traduit
par l’indicatif présent, la marque modale étant la structure interrogative, avec l’emploi
possible de la locution par hasard. On peut également avoir recours à la tournue
serait –il possible que + subjonctif. Le procédé de l’emphase par segmentation
contribue, parfois, à mettre en évidence l’idée exprimée par le verbe.
Roum. Mihai, oare să fi existând strigoi? (Zamfirescu)
Fr. Dis-moi, Michel, est-ce que ça existe, les revenants?
Roum. Să-l fi ştiind el?
Fr. Le sait-il, par hasard? / Serait-il possible qu’il le sache?
D’autres versions semblent également possibles, en fonction du niveau de
langue; ainsi, se pourrait-il + subjonctif, qui appartient à la langue littéraire :
Roum. Să-l fi ştiind el?
Fr. Se pourrait-il qu’il le sache?
Roum. Să fi adunat el atâţia bani?
Fr. Aurait-il amassé tant d’argent? / Se pourrait-il qu’il ait amassé tant
d’argent?
Dans la langue familière on pourrait rencontrer aussi d’autres tournures, avec
l’indicatif. Ainsi, l’exemple précédent pourrait être reformulé comme suit :
C’est vrai qu’il a amassé tant d’argent ?

73
La phrase : Să mă fi înşelat oare ? peut être traduite en français de plusieurs
manières :
Me serais-je trompé ?
Se pourrait-il que je me sois trompé ? (litt.)
Est-ce que je ne me suis pas trompé, par hasard ? (langue courante)
Je ne me suis pas trompé, par hasard ? (fam.)
Pour traduire la forme négative du présomptif SĂ on peut utiliser la locution il
se peut que (à la forme interrogative) + subjonctif ou bien le conditionnel de
délibération.
Roum. Dar nu răspunse nimeni. Să nu fi venit? Să fi murit pe drum? (E. Barbu)
(discours indirect libre)
Fr. Mais personne ne répondit. Se pouvait-il qu’il ne fût / soit pas arrivé?
Serait-il mort en chemin?
Dans l’exemple ci-dessous, cité par Florea (1980 : 333), le présomptif SĂ est
rendu par le conditionnel du verbe être, dans des formules propres à la langue parlée :
Roum. - Şi unde mergeţi dumneavoastră?
- La Iaşi.
- Să nu fie peste graniţă? (Ghica)
Fr. - Où est-ce que vous allez ?
- A Jassy.
- Ca serait pas des fois de l’autre côté de la frontière ? (et si c’était… / ça
serait … que ça ne m’étonnerait pas)

3. Le présomptif dans les propositions subordonnées

3.1. Interrogatives indirectes


Nous nous occuperons tout d’abord des subordonnées complétives du discours
rapporté (discours indirect lié) - interrogatives indirectes - qui constituent une
catégorie à part parmi les subordonnées construites avec le présomptif. La proposition
régissante comporte le verbe a şti à la forme négative (généralement à la 1re personne
du singulier) ou des verbes équivalents qui impriment à la phrase un sens dubitatif (mă
întreb «je me demande», nu mă întrebaţi «ne me demandez pas», nu înţeleg «je ne
comprends pas», nu-mi amintesc «je ne me souviens / rappelle pas»), ainsi que des
verbes tels que a afla «apprendre, trouver», a înţelege («comprendre»), a intui
«comprendre»), impliquant l’idée d’une réponse donnée à une certaine question.
♦ La subordonnée complétive au présomptif (en O ou VA), introduite par la
conjonction dacă, ayant pour équivalent en français si dubitatif + verbe à l’indicatif :

74
Roum. Nu ştiu dacă o fi acasă.
Fr. Je ne sais pas s’il est chez lui.
Roum. Ştii dumneata câte plătesc impozit astăzi? Mă întreb dacă vor fi două-
trei care să nu fraudeze. (Camil Petrescu)
Fr. Savez-vous combien il y en a aujourd’hui qui paient des impôts? Je me
demande s’il y en a bien deux ou trois qui ne fraudent pas le fisc.
Roum. Dar mă întrebam şi dacă nu cumva gestul lui n-o fi impresionat-o atât
de mult, încât să înceapă să-l iubească. (Camil Petrescu)
Fr. Mais je me demandais aussi si son geste ne l’avait par hasard
impressionnée à tel point qu’elle se mît à l’aimer.
♦ La subordonnée complétive est introduite par un pronom ou un adverbe
interrogatif-relatif, le verbe étant au présomptif en VA, O ou AR. Tout comme dans le
cas de l’interrogation directe partielle, le présomptif peut être traduit soit par la
périphrase verbale pouvoir bien + infinitif, soit par un verbe à l’indicatif.
- La complétive suit la régissante :
Roum. Nu ştiu, zău, care din amândoi am fi beţi... (T. Muşatescu)
Fr. Vraiment, je ne sais pas lequel de nous deux a bu / est ivre...
Roum. D-apoi calului meu de atunci, cine mai ştie unde i-or fi putrezit
ciolanele! (I. Creangă)
Fr. Mon pauvre cheval! Qui sait où pourrissent ses os! (trad. E. Vianu)
Roum. Nu ştiu cine i-o fi pedepsit atât de rău. (E. Barbu)
Fr. Je me demande bien qui les a punis si durement.
Roum. Nu ştiu de unde vor fi venit.
Fr. J’ignore d’où ils peuvent bien être venus.
Roum. Nu ştiu ce ar fi putut să fie. (Camil Petrescu)
Fr. Je ne sais pas ce que cela pouvait bien être.
- La complétive précède la régissante :
Roum. Am un vecin, are cinci fete, cinci băieţi... cum i-o ţine nu ştiu. (in E.
Slave)
Fr. J’ai un voisin, il a cinq garçons et cinq filles... Comment il peut bien les
faire vivre, ça, je n’en sais rien.
Roum. Ce voi fi spus atunci nu ştiu. (M. Sadoveanu)
Fr. Ce que j’ai bien pu dire alors, je ne m’en souviens pas.
Roum. Ce o fi zis Irinuca în urma noastră, ce n-o fi zis, nu ştiu. (I. Creangă)
Fr. Ce qu’Irinuca a bien pu dire ou ne pas dire derrière nous, je n’en sais
rien.
75
Roum. …până ce am început să intuiesc (...) ce va fi fiind filosofia hindusă, şi
ce va fi fost bunătatea universală a sfântului Francisc. (Geo Bogza)
Fr. ...jusqu’à ce que j’aie commencé à comprendre ce qu’est la philosophie
hindoue, et ce qu’était la bonté universelle de saint François.
3.2. Diverses subordonnées
Le présomptif peut apparaître dans des propositions subordonnées de différents
types 23 . Il n’existe pas de solution unique pour traduire les différentes formes du
présomptif, les équivalences étant déterminées par le contexte ; on doit tenir compte
aussi, dans certains cas, de certaines contraintes du français. La modalisation peut être
réalisée par des moyens assez variés. Nous allons citer quelques types de subordonnées
(sans avoir un aucun cas la prétention d’épuiser les diverses situations du roumain) ; les
procédés traductionnels auxquels on aura recours reprennent, d’ailleurs, ceux que nous
avons déjà présentés.
- Subordonnée sujet :
Roum. De, mă băiete, zice un bătrân; poate că şi tu ăi fi vinovat! (I. L.
Caragiale)
Fr. Voyons, mon garçon, dit un vieillard; est-ce que tu ne serais pas
coupable, toi aussi, par hasard?
- Subordonnée relative :
Roum. Printr-o acumulare de împrejurări deosebite, care ele însele or fi având
vreun tâlc... (Camil Petrescu)
Fr. Par une accumulation de circonstances toutes particulières, qui, en
elles-mêmes, ont sans doute un sens...
Roum. E jos un bar. Sper că s-a golit până acum şi că pe americanii ăia (...) i-o
fi cărat cineva afară. (E. Barbu)
Fr. Il y a un bar en bas. J’espère bien qu’il est maintenant vide et qu’il s’est
trouvé quelqu’un pour les mettre dehors, ces Américains.
V. Florea (1980 : 333) fait remarquer une nuance très particulière qui
s’attache à l’expression du conditionnel-présomptif, qui apparaît souvent comme un
testimonial : une hypothèse est avancée que le locuteur ne veut pas endosser, et qu’il
attribue à autrui, au qu’en-dira-t-on :
Roum. Zice lumea că l-ar fi ajutând şi cu bani. (I. Teodoreanu)
Fr. On raconte même qu’il l’aiderait financièrement.
- Subordonnée complétive indirecte :

23
Voir Gramatica Academiei, passim.
76
Roum. Te pomeneşti că o fi vreo prevestire, ce zici? (T. Muşatescu)
Fr. Est-ce que ça ne serait pas un présage, par hasard? Hein, qu’en dis-
tu?
- Subordonnée circonstancielle de cause :
Roum. N-a venit pentru că n-o fi avut bani. (in Gramatica Academiei)
Fr. S’il n’est pas venu, c’est sans doute faute d’argent.
- Subordonnée conditionnelle :
Roum. Dac-o fi persoana pe care o ştim noi... (T. Muşatescu)
Fr. Si c’est la personne que nous savons...
Roum. Ar fi mai bine să vorbiţi cu domnul doctor să ne aducă calul adevărat,
dacă nu l-o fi vândut. (E. Barbu)
Fr. Le mieux serait que vous demandiez au docteur de nous ramener le vrai
cheval, à moins qu’il ne l’ait déjà vendu.
Roum. Eu sunt sfânta Miercuri, de-ai fi auzit de numele meu. (I. Creangă) -
proposition incidente
Fr. Je suis sainte Mercredi, si tu as jamais entendu prononcer ce nom. (trad.
E. Vianu)
- Subordonnée concessive :
Rom. Gobi a rămas un deşert, deşi va fi fost probabil un ţinut înfloritor. (E.
Barbu)
Fr. Gobi est devenu un désert, quoiqu’il ait sans doute été / et pourtant il a
dû être une région florissante.
Roum. Oricum o fi fost, de-acuma ştiu că a fost numa-nchipuire. (I. L.
Caragiale)
Fr. Quoi qu’il en ait été, je sais maintenant que tout cela n’a été que pure
imagination.
Le présomptif apparaît souvent dans des constructions à sens concessif, où l’on
juxtapose une proposition affirmative et sa correspondante négative, en rapport de
disjonction :
Roum. Aşa a fi, n-a fi aşa, zise mama, vreau să-mi fac băietul popă. (I.
Creangă)
Fr. Peut-être bien qu’oui, peut-être bien qu’non, mais je veux que mon fils soit
pope. (trad. Yves Augé)
Roum. Dacă o fi aşa, dacă n-o fi aşa, eu tot eram plin de bucurie. (Camil
Petrescu)
Fr. Quoi qu’il en fût, je n’en étais pas moins rempli de joie.
77
Roum. Acum, ori c-a fi trăind calul, ori că n-a fi trăind, aceasta mă priveşte pe
mine. (I. Creangă)
Fr. Que le cheval vive ou non, c’est mon affaire. (trad. E. Vianu)

4. Conclusion

Le mode présomptif du roumain a pour équivalents en français tout en ensemble


de structures, qui, sans constituer une catégorie formelle unitaire, se rattachent à une
zone sémantique commune : celle de l’incertitude, de la supposition, de la probabilité.
La modalisation peut être réalisée par des moyens variés, de nature lexicale et / ou
grammaticale, à savoir :
- la valeur modale de certaines formes verbales (futur et conditionnel) ;
- les auxiliaires modaux pouvoir et devoir ;
- les structures interrogativcs, impliquant une nuance modale (incertitude) ;
- adverbes et locutions adverbiales comportant le sème [+Probabilité] ;
- locutions verbales impersonnelles à sens modal, construites avec le subjonctif ;
- le sens lexical du verbe régissant (supposition, doute, etc.).
Il faut remarquer que ces procédés existent d’ailleurs aussi en roumain, dans le
cadre d’un champ sémantique plus large, à côté de tout cet ensemble de formes qu’on
appelle le mode présomptif.
Les équivalences entre le roumain et le français ont été établies en fonction de la
structure de l’énoncé, en tenant compte du contexte sémantique, de certaines
contraintes syntaxiques imposées par le français, ainsi que du niveau de langue.
Il va de soi que, vu la diversité des nuances et des situations linguistiques
possibles, la répartititon des différents procédés, telle que nous l’avons présentée ici, ne
peut en aucune façon être considérée comme absolue ou obligatoire.

78
L’INFINITIF LONG DU ROUMAIN
ET SES ÉQUIVALENTS EN FRANÇAIS

1. Statut de l’infinitif long en roumain

1.1. L’une des particularités du roumain par rapport aux autres langues romanes
c’est l’existence de deux formes de l’infinitif, appelées respectivement infinitif «court» et
infinitif «long» (ex. a pleca “partir” - plecare “action de partir, départ”), qui continuent,
toutes les deux, l’infinitif latin. La langue moderne a spécialisé les infinitifs «courts» pour
la valeur verbale (on parle dès lors d’infinitif tout court), tandis que les infinitifs longs
sont devenus de véritables noms. En fait, les infinitifs longs sont considérés aujourd’hui
comme des noms d’action (féminins) dérivés de verbes, construits avec le suffixe -re à
partir de l’infinitif1 ; ils sont paraphrasables par action / fait de + l’infinitif du verbe de
base qui spécifie l’action (ex. demolare, fr. démolition «action de démolir») 2 . Il est
même possible de construire des noms préfixés en ne-, qui renvoient à la forme négative
de l’infinitif; ex. a nu respecta «ne pas respecter» - nerespectarea «le non-respect». Les
infinitifs longs sont des mots flexionnels : ils acceptent, souvent, une forme de pluriel (ex.
plecări, «départs») et ils se déclinent (on remarquera pourtant certaines contraintes
restrictives, dues à leur sémantisme spécifique). Ils peuvent se construire avec l’article
défini ou indéfini et ils acceptent également des déterminants possessifs, démonstratifs ou
certains indéfinis (plecarea sa, «son départ», această plecare, «ce départ», toate plecările,
«tous les départs»), ainsi que des adjectifs qualificatifs (o nouă plecare, «un nouveau
départ»), des participes (o plecare ratată, «un départ manqué»), des syntagmes
prépositionnels ou des propositions relatives (ex. Răsturnările de situaţii care au marcat
în ultima vreme peisajul politic francez, «Les renversements de situations qui ont marqué,
les derniers temps, la vie politique française», România liberă), et ils assument toutes les
fonctions syntaxiques spécifiques au nom. Ce sont donc - comme le souligne aussi I.
Diaconescu (1977) - des noms à part entière, qui constituent une sous-classe des noms
d’action.
Ce procédé dérivationnel est très vivant dans la langue roumaine contemporaine,
qui s’est enrichie ainsi d’un nombre considérable de noms d’action en -re (que nous
1
Cf. Iordan & Robu, 1978, ainsi que Coteanu & alii, 1985. Le suffixe -re peut revêtir les formes -are, -ere, ire ou -âre
(il s’agit de la nominalisation d’une action); ex. a corecta, «corriger» – corectare, «correction, action de corriger», a
şterge «effacer» - ştergere, «effacement», a citi, «lire» - citire, «lecture», a coborî, «descendre» - coborâre,
«descente».
2
Les infinitifs longs substantivés expriment généralement une action, mais ils peuvent avoir aussi d’autres sens.
Ainsi, coborâre signifie soit «descente, action de descendre», soit « lieu par où l’on descend». Nous envisageons ici
les noms en -re uniquement dans leur acception [+Action].
79
désignerons par N-re), formés sur la base de verbes nouvellement créés ou empruntés à
d’autres langues (ex. eşalonare, evidenţiere, implementare, remaniere, restricţionare,
etc.). L’emploi des noms en -re connaît une grande extension dans le roumain actuel, les
infinitifs longs ayant une très grande fréquence surtout dans la langue de la presse, de
l’administration, du commerce et de la réclame.
On constate, par ailleurs, que tous les verbes n’ont pas de correspondant nominal
en -re, même si le procédé en question est applicable, en principe, à tous les infinitifs
(lorsqu’on indique l’infinitif d’un verbe, on indique généralement aussi la forme dite
infinitif long) ; le nom d’action correspondant est alors soit un supin substantivé 3 , soit un
nom d’un autre type ; ainsi a fuma, «fumer» - fumatul, «l’action de fumer», et non pas
*fumare, a înota, «nager» - înotul, «la nage», et non pas *înotare, a glumi, «plaisanter» -
glumă «plaisanterie», et non pas *glumire, a apune, «se coucher» (en parlant du soleil) –
apusul, «le coucher», et non pas *apunerea. Le DEX précise, parfois, qu’il s’agit d’un
emploi rare, comme dans le cas de a zbura - zburare : on préfère utiliser le déverbal
zborul. Dans le cas de plusieurs verbes, l’infinitif long n’est donc qu’une forme virtuelle,
morphologiquement possible, mais pratiquement inexistante dans l’usage.
Certains infinitifs longs renvoient à des verbes pronominaux, et il arrive parfois
que la même forme corresponde aussi bien à un lexème verbal de sens actif qu’à un
verbe pronominal. Un nom en -re tel que realizare «réalisation» présente précisément
ce type d’ambiguïté : il renvoie à la fois au verbe a realiza «réaliser» (verbe transitif) et
au verbe a se realiza «se réaliser», signifiant aussi bien «action de réaliser» que « le fait
de se réaliser».
Au départ, l’infinitif long était employé de préférence au singulier ayant le sens
général abstrait «action de...». Ainsi, transformare «transformation» est le «nom» de
l’action de transformer. L’utilisation du pluriel devient de plus en plus fréquente de nos
jours, surtout dans la langue de la presse et de la publicité. Employés au pluriel, ils
marquent des actions réitérées, représentant les manifestations concrètes, particulières
de l’action, ou, parfois, une sorte d’entité globale constituée d’une pluralité d’actions
virtuelles. 4
1.2. Le transcodage en français des mots appartenant à cette classe spécifique
pour le roumain n’est pas sans poser certains problèmes.
Les indications que donnent à cet égard les dictionnaires bilingues s’avèrent
insuffisantes (les équivalences qu’on peut y trouver sont presque toujours des noms
d’action suffixés ou, parfois, des formations régressives). Les choses sont en fait
3
Sur la nominalisation, voir Corina Cilianu Lascu, La nominalisation en roumain et en français : rôles thématiques
et fonctions syntaxiques, à paraître dans Actes du Colloque «Le groupe nominal : syntaxe et sémantique», Université
d’Artois (27-29 avril 1999).
4
Nous nous sommes occupée de façon toute particulière des emplois de l’infinitif long au pluriel dans L’infinitif
long du roumain : fonctions syntaxiques et emplois dans la langue actuelle, à paraître dans Actes du XVIIIe Congrès
de Linguistique et Philologie Romanes, Bruxelles (23-29 juillet 1998).
80
beaucoup plus complexes qu’elles ne paraissent à première vue. Il faudra, par
conséquent, étudier les noms en -re non seulement au niveau du dictionnaire, c’est-à-
dire hors contexte, mais aussi - ou tout particulièrement - en contexte, ce qui permettra
de les surprendre dans leur fonctionnement réel. En nous situant dans cette perspective,
nous proposerons, dans ce qui suit, un essai de systématisation des équivalences
possibles en français - lexèmes et structures lexico-syntaxiques - pour les infinitifs
longs du roumain, définies en fonction des procédés traductionnels mis en oeuvre.
On peut réaliser une traduction littérale, mais, dans beaucoup de cas, on doit
avoir recours au transcodage indirect (ou oblique), qui réalise une compensation
contextuelle ; ce procédé est justifié soit par une lacune lexicale du français, soit par
des contraintes syntagmatiques, et il entraîne certains changements dans la structure de
la phrase.
2. Traduction littérale
Roum. N -re - Fr. N’[+Action]
Dans la plupart des cas, le transcodage direct fonctionne très bien: il existe,
pour le nom d’action en –re du roumain, un hétéronyme nom d’action en français,
enregistré en tant que tel dans les dictionnaires : acumulare – accumulation, îmbogăţire
– enrichissement, depistare – dépistage, vindecare – guérison, deschidere – ouverture,
sosire – arrivée, plecare – départ, venire – venue, escaladare – escalade, menţinere –
maintien, cumulare – cumul, respectare – respect, etc. 5
Roum. Degajarea de energie provoacă schimbarea entropiei care, la rândul ei,
determină modificarea densităţii timpului. (România liberă)
Fr. Le dégagement d'énergie provoque le changement de l'entropie qui, à son
tour, détermine la modification de la densité du temps.
Roum. Şi nu rareori au loc reveniri, întoarceri şi recunoaşteri. (Al.
Philippide)
Fr. Pourtant il n’est pas rare d’assister à des retours, à des revirements, à des
retrouvailles. (trad.I.Eliade)
Roum. Nerespectarea legii.
Fr. Le non-respect de la loi.
Roum. Developare şi execuţie fotografii
Fr. Développement et tirages photos
Roum. Birou internări
Fr. Bureau des admissions

5
Beaucoup des noms français correspondant à des noms d’action en -re sont polysémantiques : ils ont pour
équivalents en roumain un nom [+Action] en -re et un nom [-Action] . Ex. administration - administrare et
administraţie ; édition - editare et ediţie, signature - semnare et semnătură, équipement - echipare et echipament..
81
On peut signaler, parfois, le remplacement du pluriel par le singulier. Nous
citons ici plusieurs exemples représentant des constructions asyndétiques qui
appartiennent au langage commercial et publicitaire :

Roum. Închirieri autoturisme


Fr. Location voitures
Roum. Agenţi vânzări
Fr. Agents de vente
Roum. Înregistrări naşteri
Fr. Enregistrement des naissances
Roum. Eliberări colete externe
Fr. Retrait des colis de l’étranger
Roum. Echilibrări roţi
Fr. Équilibrage des roues
Roum. Depuneri cereri lucrări telefonie
Fr. Installations téléphoniques. Dépôt des demandes
Roum. Eliberări aprobări gaz
Fr. Branchements gaz. Délivrance des approbations
Roum. Întabulări titluri proprietate asupra terenurilor
Fr. Inscription au Plan d’occupation des sols
Il existe parfois, pour le même N-re du roumain, deux équivalents synonymes,
construits à partir du même verbe de base à l’aide de suffixes différents. Ces cas sont
pourtant assez rares. Ex. bălăcire - pataugeage, pataugement ; decapare - décapage,
décapement ; parafrazare - paraphrase, paraphrasage.
Dans d’autres cas, on a affaire à des synonymes et parasynonymes formés à
partir de bases différentes et qui se distinguent, parfois, par leur emploi dans un micro-
contexte. Ex. folosire - utilisation, emploi, usage ; închidere - fermeture, clôture ;
înlocuire - remplacement, substitution ; standardizare - normalisation, standardisation
(anglicisme) ; reîncadrare - réinsertion (professionnelle, dans la société ou dans un
groupe), réintégration (d’un fonctionnaire).
Il faut également mentionner le cas des fourches lexicales 6 : il existe plusieurs
hétéronymes français correspondant aux divers emplois ou acceptions du terme
roumain, leur choix étant uniquement déterminé par le contexte.
Ex: decorticare - 1. décorticage (du riz, des amandes). 2. décortication (d’un arbre ;
d’un rein).
6
Voir à ce sujet Cristea (1982).
82
fasonare - 1. façonnage (sens concret). 2. façonnement (sens abstrait)
închiriere - 1. louage (de services). 2. location (d’une maison, d’une place de
théâtre)
creştere - 1. croissance (d'une plante). 2. accroissement (d'une fonction, math.). 3.
augmentation (d'intensité, de volume, de durée). 4. crue (d'une rivière). 5.
éducation, formation. 6. élévation (du niveau des eaux). 7. élevage (du bétail). 8.
hausse (des prix).
decorare - 1. décoration (action, décorer). 2. remise d'une décoration.
internare - 1. hospitalisation. 2. internement (dans un hôpital psychiatrique).
înnobilare - 1. anoblissement (sens propre). 2. ennoblissement (sens figuré). 3.
amélioration (ch., biol.).

2 3. Modulation
Roum. N-re [+Action] - Fr. N’ [-Action]
Certains nom français qui désignent un état deviennent les hétéronymes de
noms roumains en –re pour lesquels il n’existe pas d’hétéronyme [+Action]. acquérant,
par un glissement sémantique (modulation), une signification proche de celle d’un nom
d’action.
Ex. dezechilibrare «action de déséquilibrer», traduit par déséquilibre, proprement
«absence d’équilibre» ;
abordare «le fait d’aborder [un sujet]», traduit par approche, signifiant proprement
«manière d’aborder un sujet de connaissance» 7 ;
neluare, littéralement “le fait de ne pas prendre” (ex. neluarea de măsuri energice)
peut être traduit par absence (l’absence de mesures énergiques), qui conserve l’idée
négative exprimée par le mot roumain; même si luare a pour équivalent le déverbal
prise, cependant la forme avec le préfixe négatif (*non-prise) ne semble pas
acceptable.
Dans le cas des constructions asyndétiques spécifiques pour le langage
du commperce et de la réclame on peut opérer aussi des modulations : on
remplace le nom d’action en -re par un nom désignant le lieu, l’agent, le
bénéficiaire, etc.
Roum. Intermedieri vize
7
Les dérivés du verbe aborder ont des sens très différents : abordage «opération de manoeuvre» (mar.) et abord
«action d’aborder qqn.» ; pour exprimer l’action abstraite on utilise donc l’hétéronyme approche (anglicisme).

83
Fr. Agence visas
Roum. Cursuri operare
Fr. Cours pour opérateurs

4. Expansion
Une structure analytique (locution ou périphrase) devient, en L’, l’équivalent
d’une structure incorporante de la langue L. À défaut d’un terme hétéronyme en
français (lacune lexicale), on a recours à une périphrase qui explicite le sens du nom en
-re, réalisant une analyse sémantique du mot roumain. Le syntagme utilisé comporte un
nom opérateur [+Action] suivi d’un nom en construction prépositionnelle (ou, parfois,
d’un adjectif), dont le radical correspond (formellement et/ou sémantiquement) à celui
du nom roumain en -re.

♦ Roum. N-re - Fr. N1 [+Action] + Prép (en, de) + N’2


Ex. evidenţiere (cf. a evidenţia) - mise en évidence (cf. mettre en évidence)
amanetare - mise en gage
recondiţionare - remise en état (cf. remettre en état)
fotografiere - prise de photos (cf. prendre des photos)
brevetare - délivrance / obtention d’un brevet d’invention
scumpire - hausse des prix
ieftinire - baisse des prix
conspectare - prise de notes
etapizare - établissement des étapes à parcourir
culturalizare - diffusion de la culture (DFR)
♦ Roum. N-re - Fr. N’ + Adj’
Ex. chimizare - traitement chimique, utilisation de produits chimiques chirurgicalizare
- traitement chirurgical.
♦ Roum. N-re - Fr. action / fait de + V’ Inf
Il s’agit là d’une traduction-définition, qui consiste à expliquer le sens du mot
roumain à l’aide d’un nom de sens très général (action / fait de..., action consistant à...)
suivi du correspondant du verbe de base à l’infinitif.
Ex. asumare – le fait d’assumer
ambiguizare - action consistant à rendre ambigu
fundamentare - le fait d’établir, d’appuyer sur des bases solides
reaşezare - action d’établir sur de nouvelles bases
prelucrare (cf. a prelucra pe cineva) - action de persuader, d’influencer qqn.

84
conturare1 (cf. a contura, «a schiţa, a trasa conturul unui obiect») - action de tracer
le contour de...; conturare 2 (cf. a (se) contura, «a (se) închega în forme precise»)
- action consistant à donner / prendre des contours précis, fermes.
♦ Roum. N-re - Fr. N1’ + Prep + N’
Dans le cas des constructions asyndétiques du roumain, par exemple, on peut
réaliser l’étoffement du nom -re, par l’introduction d’un nom explicitant et d’une
préposition qui transforme le nom en –re en complément du premier nom :
Roum. Formare operatori
Fr. Stage de formation pour opérateurs

5. Transposition
5.1. Équivalences dans la classe verbo-nominale ou verbale
Roum. N-re - Fr. V’
Un nom d’action en –re a pour correspondant, en français, une forme verbale,
qui peut être un verbe non fini (à un mode non personnel : infinitif, participe, gérondif) 8
ou, parfois, un verbe fini (à un mode personnel : indicatif ou subjonctif).
5.1.1. Infinitif présent
Assez fréquemment, on traduit l’infinitif long du roumain à l’aide d’un infinitif
présent – forme nominale du verbe, exprimant le nom d’une action.
5.1.1.1. Transposition simple
Le plus souvent, l’infinitif est à la voix active.
Roum. Este prima încercare de transgresare a limitei. (România literară)
Fr. C’est la première tentative de transgresser les limites.
On rencontre parfois aussi l’infinitif factitif :
Roum. Ei îşi fac planul aruncării în aer a unui transport. (T.Popovici)
Fr. Ils établissent un plan pour faire sauter un transport. (trad. A.Vifor)
Dans le cas des infinitifs longs préfixés avec ne- qui n’ont pas d’équivalent dans
la classe nominale, on a recours à la forme négative de l’infinitif.
Roum. Există pericolul neînţelegerii problemelor noi ce se pun. (presse, 1989)
Fr. On risque de ne pas comprendre les problèmes nouvellement surgis.
Le recours à l’infinitif (qu’il s’agisse d’un verbe simple ou bien d’une structure
à verbe opérateur) est une solution traductionnelle qui se justifie pour différentes
raisons :
8
Espèce verbo-nominale, cf. T. Cristea (1982).
85
- Le français n’a pas de nom signifiant «l’action de...» qui soit un dérivé du
verbe correspondant au verbe de base du roumain 9 (lacune lexicale).
Roum. ...scopul investigaţiei: găsirea banilor Ceauşeştilor. (Renaşterea
bănăţeană).
Fr. ...le but de l'investigation: trouver l'argent des Ceauşescu.
Roum. Pentru depăşirea problemelor complexe din economia mondială.
(presse, 1989)
Fr. Pour surmonter les difficultés complexes de l'économie mondiale. (Il
n'existe pas de dérivé nominal du verbe surmonter.)
Voici d'autres noms en -re qui peuvent être rangés dans la même catégorie:
conferire, familiarizare, imortalizare, ironizare, nuanţare, rămânere, etc. 10
- Le dérivé nominal du verbe correspondant au verbe de base du roumain n'est
pas l'équivalent du nom en -re, ayant un autre sens.
Roum. ...participă la modelarea conştiinţelor. (A.Blandiana)
Fr. ...il contribue à modeler les consciences.
Il existe bien le dérivé modelage ayant le trait [+Action], mais il a un sens concret, ce
qui ne convient pas dans le contexte.
Roum. Pentru asigurarea dezvoltării fiecărei naţiuni. (presse, 1989)
Fr. En vue d'assurer le développement de chaque nation.
Le dérivé assurance n'est pas l'équivalent du nom d'action asigurarea.
Roum. Prevenirea bolii tromboembolice cu Heparină vizează în primul
rând împiedicarea coagulării plasmatice. (Simpozion de Flebologie,
Timişoara, 1992).
Fr. La prévention de la thromboembolie au moyen d'Héparine vise tout
d'abord à empêcher la coagulation plasmatique.
Le dérivé empêchement signifie "ce qui empêche d'agir", ayant donc le trait [-
Action].
Roum. O nouă generaţie care dărâmă idolii de ieri contribuie astfel la
repararea unei nedreptăţi mai vechi. (Al.Philippide)
Fr. Une nouvelle génération qui immole les idoles d'hier contribue ainsi à
remédier une injustice faite auparavant. (trad. I.Eliade) – C’est une solution
élégante qui fait appel à un infinitif, le verbe choisi n’ayant en fait pas de
correspondant nominal.

9
«La transposition a un caractère obligatoire si la dérivation est bloquée en français» (T. Cristea, 1982 : 149).
Encore faut-il qu’il existe en français un verbe correspondant au verbe de base du roumain.
10
Cf. les verbes français conférer, se familiariser, trouver, immortaliser, etc.

86
- Il y a incompatibilité contextuelle entre le dérivé nom d'action et un verbe qui
est son terme régissant.
Roum. Se încearcă recuperarea semnificaţiei pornind de la legenda
Caloianului. (C.Velescu, 1992)
Fr. On essaie de récupérer la signification en partant de la légende du
Caloïan.
Le verbe essayer se construit avec un verbe ou un nom [-Action], mais non avec un
nom [+Action] tel que récupération.
- La présence de déterminations du nom en –re ; en l'absence de ces
déterminations, l'équivalent nominal serait possible.
Roum. Fantastica putere de concentrare într-un destin individual a destinului
colectiv. (A.Blandiana)
Fr. Le fantastique pouvoir de concentrer la destinée collective dans une
destinée individuelle.
Le syntagme pouvoir de concentration correspond au verbe se concentrer; concentrer
est un verbe transitif, suivi par un complément d'objet direct.
- Il faut éviter la répétition du suffixe -tion ou de la préposition de dans le cas
d'un groupe nominal plus long (le nom en -re est suivi de diverses déterminations). La
transposition nom - infinitif est une solution préférentielle qui permet d'alléger la
phrase.
Roum. Căile de perfecţionare şi îmbunătăţire a întregii activităţi. (presse,
1989)
Fr. Les moyens de perfectionner et d’améliorer toute l’activité. (Et non «les
moyens de perfectionnement et d’amélioration de toute l’activité», qui est une tournure
gauche et lourde.)
- On évite l’emploi d’une construction à sens passif, plus lourde que la
tournure correspondante de sens actif.
Roum. ...atâta timp cât corelarea semnificaţiilor celor două opere poate fi
înfăptuită. (C.Velescu, 1993)
Fr. ...du moment qu’il est possible de mettre en corrélation les significations
des deux oeuvres.
Solution préférable à: «du moment que la mise en corrélation des significations des
deux oeuvres est possible».
- Pour éviter une construction un peu gauche ou moins élégante, on change la
structure actancielle de la phrase.
Roum. Ca într-un studio în care urmează să înceapă filmarea. (Geo Bogza)

87
Fr. Comme dans un studio où l’on va commencer à filmer / à tourner (et non:
«où va commencer le tournage»).
5.1.1.2. Transposition + étoffement
Le nom en -re du roumain est traduit en français par un verbe à l’infinitif,
précédé par certains termes susceptibles d’expliciter des nuances sémantiques ou des
rapports sémantico-syntaxiques implicites en roumain. Nous avons vu identifier, dans
ce sens, deux types de situations:
a) Le verbe à l’infinitif est précédé par un nom, auquel il est rattaché par la
préposition de. Cette structure peut être utilisée dans le cas d’une lacune lexicale du
français, ce qui arrive assez souvent lorsque l’infinitif long du roumain a la fonction de
sujet, mais aussi dans d’autres cas. On retrouve là, en tout premier lieu, l’archilexème
fait, que nous avons déjà signalé, dans la périphrase le fait de + infinitif ou le fait que +
verbe fini.
Roum.«Obişnuinţa» pe care o aduce cu sine locuirea într-un anumit topos.
(Corneliu Mircea)
Fr. L’«habitude» qui vient du fait que l’on habite dans un certain topos.
Roum. Interogaţia logică, firească, conţinută în simpla gândire (şi numire) a
principiului. C.Mircea)
Fr. L’interrogation logique et toute naturelle qu’implique le simple fait de
penser (et de nommer) le principe.
On pourrait avoir recours aussi à une périphrase comportant, comme terme
opérateur, le nom acte; par exemple, filosofare pourrait être traduit par acte de
philosopher.
Il est également possible d’utiliser un nom qui exprime une idée modale:
R. ... decelarea lor presupunând, ea însăşi, o hermeneutică specializată. (C.
Velescu)
Fr. ... la possibilité même de les déceler 11 supposant une herméneutique
spécialisée.
b) L’infinitif long du roumain, complément d’un nom auquel il est relié par une
préposition (de, pentru) est traduit par un infinitif rattaché au nom régissant au moyen
d’une proposition relative comportant le verbe permettre (de), ou bien au moyen d’un
participe présent opérateur qui explicite le rapport sémantique exprimé par le
complément (consistant à, visant à, servant à, permettant de) 12 .

11
Le dérivé décèlement est très rarement employé.
12
Voir d’ailleurs les paraphrases utilisées dans les dictionnaires explicatifs français.
88
Roum. Generaţiile ce vin vor trebui echipate cu instrumente de stăpânire
a ecranelor care fatalmente vor interveni între oameni şi lucruri. (M.
Maliţa)
Fr. Les générations à venir devront être munies d’instruments qui puissent
leur pemettre de maîtriser les écrans s’interposant fatalement entre les hommes
et les choses.
Roum. Metodele fizice de combatere a stazei venoase profunde a membrelor
inferioare. (Simpozion de Flebologie)
Fr. Les méthodes physiques permettant de combattre la stase veineuse
profonde des membres inférieurs.

5.1.2. Infinitif passé


Cette forme de l’infinitif, qui a une valeur verbale plus nette, peut apparaître
dans une construction exprimant un rapport temporel d’antériorité.
Roum. După îndepărtarea zonelor cutanate compromise în regiunea ulcerului
jambier... (Simpozion de Flebologie)
Fr. Après avoir écarté les zones cutanées compromises dans la région de
l’ulcère jambier...

5.1.3. Participe passé (construction participiale)


Roum. O dată cu împlinirea întâmplărilor... (A.Blandiana)
Fr. Une fois les événements accomplis...
Roum. O dată cu înfăptuirea acestui program... (presse, 1989)
Fr. Une fois ce programme accompli...

5.1.4. Participe présent


Le nom en -re a la fonction de complément du nom. On a la structure
suivante:
Roum. N1 + Prép + N2 (-re) + N3 (génitif)
Fr. N1’ + Part.prés. + N3’ (COD)
Roum. O puternică forţă de dinamizare a întregii activităţi. (presse, 1989)

Fr. Une grande force dynamisant toute l’activité (capable de dynamiser...)

5.1.5. Participe passé composé


La forme verbale dite participe passé composé (à valeur d’accompli) exprime
l’idée d’antériorité, étant employée dans le cadre d’un complément cironstanciel.

89
Roum. Prin stabilirea echivalenţei (...) între starea orizontalităţii şi cea a
verticalităţii, sîntem în măsură să aducem în discuţie un al treilea
exemplu de creaţie nonfigurativă. (C.Velescu)
Fr. Ayant établi cette équivalence (...) entre l’état d’horizontalité et celui de
verticalité, nous pouvons mettre en discussion un troisième exemple de création
non- figurative.

5.1.6. Gérondif
Le gérondif est utilisé pour exprimer le moyen ou la concomitance.
Roum. Prin coroborarea datelor clinice... (Simpozion de Flebologie…)
Fr. En corroborant les données cliniques...
Roum. O dată cu aplicarea fermă a acestor principii... (presse, 1989)
Fr. Tout en appliquant fermement ces principes...
Roum. Prin ce va compensa el ariditatea limbajului cu semenii? Prin
cultivarea poeziei, a artei, a amiciţiei şi a iubirii. (M.Maliţa)
Fr. Par quoi compensera-t-il l’aridité des moyens de communication avec
ses semblables? En cultivant la poésie, l’art, l’amitié et l’amour.
Roum. ... printr-un raţionament sau prin însuşirea părerilor unor critici ajung
la încredinţarea că se află în faţa unor opere valoroase. (G.Călinescu)
Fr. ... par la voie d’un raisonnement ou bien en s’appropriant les opinions de
certains critiques, ils acquièrent la conviction de se trouver devant une oeuvre
de valeur.

5.1.7. Verbe fini


Dans la traduction on a recours à une proposition subordonnée qui explicite les
relations sémantico-syntaxiques de la structure profonde.
5.1.7.1. Le verbe de la subordonnée est à l’indicatif. On peut avoir affaire à
deux types de constructions:
a) Le nom en -re ayant la fonction de complément du nom (en génitif ou
prépositionnel) est traduit par une proposition relative introduite par le relateur où.
Roum. În măsura dezvoltării forţelor de producţie... (presse, 1989)
Fr. Dans la mesure où se développent les forces productives…
Roum. Unul din momentele de confruntare a principiilor democraţiei cu
nemiloasa realitate concretă. (Renaşterea bănăţeană)

90
Fr. L’un des moments où les principes de la démocratie se trouvent
confrontés à l’impitoyable réalité des faits. (On a également opéré ici un
étoffement, par l’introduction du verbe se trouver.)
Roum. E posibil ca intervalul 1907-1910 să coincidă cu perioada de constituire
în conştiinţa sculptorului (...) a conceptului de «grup mobil». (C.Velescu)
Fr. Il est possible que l’intervalle 1907-1910 ait coïncidé avec la période où
s’est formé, dans la conscience du sculpteur (...), le concept de «groupe
mobile».
b) Le nom en -re joue la fonction de complément circonstanciel, étant traduit
par une proposition circonstancielle introduite par la conjonction si.
Roum. Fuzionarea semnificaţiilor celor două opere devine posibilă prin
raportarea lor la un al treilea termen al ecuaţiei interpretative. (C.Velescu)
Fr. On peut, dès lors, faire fusionner les significations des deux oeuvres si on
les rapporte à un troisième terme de l’équation interprétative. (ou : en les
rapportant...)

5.1.7.2. Le verbe de la subordonnée est au subjonctif (en construction active ou


passive). Le nom en -re du roumain est un complément d’objet direct ou un
complément circonstanciel de but.
Roum. Pentru soluţionarea într-un termen scurt a problemelor multiple şi
complexe ale progresului tehnic. (presse, 1989)
Fr. Pour que soient trouvées, dans de brefs délais, des solutions aux
problèmes multiples et complexes du progrès technique.
Roum. Schimbările minore petrecute în biroul executiv (...) nu sînt suficiente
pentru definirea poziţiei Frontului. (Expres Magazin)
Fr. Les changements mineurs qui ont eu lieu au sein du bureau exécutif (...)
ne suffisent pas pour qu’on puisse définir la position du Front.
Roum. Dacă sesizarea de sine presupune alinierea la reperul universal al
Fiinţei... (C.Mircea)
Fr. Si l’appréhension de soi présuppose qu’on s’aligne au repère universel de
l’Être...

5.2. Transposition croisée (dans la classe nominale)


Roum. N1(-re) + N2 - Fr. N2’ + Adj’
La structure du roumain qui comporte un nom (N1) en -re ayant le trait
sémantique [+Action progressive] (correspondant à un verbe éventif ou causatif), suivi
d’un N (N2) en génitif, peut être traduite en français (solution préférentielle) au moyen
d’un nom (N’) en fonction de sujet ou d’objet direct ou indirect (correspondant à N2),
91
suivi d’un adjectif au comparatif ou du participe présent ou passé (à valeur d’adjectif)
d’un verbe [+Progressif] (correspondant à N1).
Roum. Sporirea aportului ştiinţei. (presse, 1989)
Fr. La contribution grandissante de la science.
Roum. O intensificare puternică a eforturilor, o îmbunătăţire a muncii în
toate domeniile de activitate.(presse, 1989)
Fr. Des efforts plus intenses, une activité meilleure sans tous les domaines.
Roum. Autorul insistă asupra amplificării complexităţii structurale a figurii.
(A.Vlăduţ)
Fr. L’auteur insiste sur la complexité structurale accrue de cette figure.

6. Réduction
♦ Roum. N-re + SP - Fr. N’
Une structure analytique en L a pour correspondant en L’ une structure
incorporante. Ainsi, une locution nominale du roumain, formée d’un nom opérateur en
-re et d’un SP et correspondant à une locution verbale (V +SP), a pour équivalent en
français un nom [+Action].
Ex. dare în vileag (cf. a da în vileag) - divulgation (cf. divulguer).
♦ Roum. N1 (-re) + N2 - Fr. N2’
On opère l’effacement du nom [+Action] : le sens exprimé par le nom en –re en
roumain est conservé en français à travers le sens global du verbe.
Le nom en -re, suivi par un autre nom (un génitif objectif), est à interpréter
comme un simple opérateur; il peut donc être supprimé sans que la phrase en souffre.
D’ailleurs, il arrive souvent qu’il n’y ait pas de terme équivalent en français. L’idée de
l’action exprimée par l’infinitif long du roumain reste implicite en français, grâce au
contexte.
Roum. Dezvoltarea noastră este legată de ducerea unei politici raţionale...
(presse, 1989)
Fr. Notre développement est étroitement lié à une politique rationnelle...
Le verbe a duce (o politică) a pour équivalent mener (une politique), tandis que le
nom ducere (le fait de mener une politique) n’a pas d’équivalent en français.
Roum. Se impune să acordăm o atenţie deosebită asigurării echilibrului
ecologic. (presse, 1989)
Fr. Il faut prêter une attention particulière à l’équilibre écologique.

92
Roum. Un comitet naţional (...) care militează pentru instituirea administraţiei
naţionale şi bisericeşti de sine stătătoare. (I. Munteanu)
Fr. Un comité national (...) militant pour une administration nationale et
ecclésiastique autonome.
La suppression de N1’ est déterminée aussi par des raisons stylistiques: on évite ainsi la
rencontre de deux noms en -tion (l’institution d’une administration).
On opère le même type de transcodage par effacement du nom d’action en –re
dans les constructions asyndétiques du roumain (formules utilisées dans la langue du
commerce et de la publicité) du type N1-re + N2 ou N1 + N2-re + N3 :
Roum. Vânzări timbre
Fr. Timbres
Roum. Rezolvări acte notariale
Fr. Actes notariés
Roum. Copiere chei
Fr. Clés-minute (mais on rencontre aussi : Reproduction de clés )
Roum. Târg pentru vânzare automobile
Fr. Foire automobile
Roum. Orar funcţionare piaţă
Fr. Horaire du marché
♦ Roum. V + Prép + N1(-re) + N2 (génitif) - Fr. V’ + N2’
Le nom d’action est supprimé en tant que lexème, mais son sens est maintenu en
tant que sème dans la structure sémantique du verbe. On a affaire là à des constructions
causatives du roumain qui reçoivent une interprétation globale, leur équivalent en
français étant un verbe causatif à la voix active ou passive.
Roum. ... au dus la creşterea răspunderii. (presse, 1989)
Fr. ... ont affermi le sens des reponsabilités.
Roum. Atâta timp cât nu se va ajunge la lichidarea războaielor. (presse, 1989)
Fr. Tant que les guerres ne seront pas liquidées.
Les constructions de ce type du roumain sont souvent marquées par ce qu’on a
appelé la langue de bois 13 , caractérisée par la tendance à un verbiage vide de sens. La
traduction exige que l’on opère une simplification de l’expression, qui gagne ainsi en
clarté et en concision.

7. Conclusion

13
Voir à ce sujet le livre de Françoise Thom (1987).
93
En partant des difficultés rencontrées dans la traduction et des fautes typiques
commises par les apprenants, nous avons envisagé les noms d’action en -re, catégorie
lexico-sémantique spécifique du roumain, dans la perspective des opérations de
transcodage mises en jeu lors du passage au français. Nous poursuivions, ce faisant, un
but essentiellement pratique: constituer, à l’intention des traducteurs d’une part et des
apprenants d’autre part, un ensemble de structures lexicales et lexico-syntaxiques,
représentant les équivalences possibles des infinitifs longs substantivés (noms
[+Action]) du roumain.
7.1. Les noms d’action en -re ont une fréquence considérable dans le roumain
actuel, surtout dans les textes de facture «intellectuelle», caractérisés par un vocabulaire
assez abstrait. On peut rencontrer les infinitifs longs aussi bien dans les textes de
spécialité que dans la langue de la presse littéraire et socio-politique.
Une mention à part doit être faite pour les exemples de presse qui datent d’avant
décembre 1989 (la presse officielle communiste), et qui relèvent de la langue de bois. Il
faut dire que les structures en cause continuent à être utilisées : la langue actuelle, en
pleine effervescence, dans une société qui cherche à mettre en place de nouvelles
structures sociales et mentales, en est encore tout émaillée 14 .
7.2. En étudiant les équivalences des noms d’action en -re, on constate la
diversité des procédés de transcodage auxquels on peut (ou, souvent, on doit) avoir
recours, la variété des solutions qui s’offrent au traducteur. La complexité de cet
ensemble de structures traductionnelles est due à la double nature des infinitifs longs,
qui tiennent à la fois du nom et du verbe. Les équivalents des noms d’action en -re se
situent, par conséquent, soit dans la sphère nominale, soit dans la sphère verbale. Dans
tous les cas, cependant, le rapport avec cette dernière reste évident.
L’étude systématique des équivalences des noms d’action en -re met en
évidence la relation étroite que l’on peut établir entre la traduction et la paraphrase,
entre la traduction inter- et intralinguale.
Les équivalences proposées représentent tantôt des solutions obligatoires - en
fonction de certaines contraintes, imposées soit par le système lexical du français
(lacunes lexicales), soit par le contexte -, tantôt des solutions facultatives,
préférentielles, auxquelles on a recours pour des raisons d’ordre stylistique.

14
On peut encore rencontrer des constructions typiques pour la langue de bois qui définit le discours communiste,
par exemple les tournures nominales d’une lourdeur tout à fait caractéristique, qui rappellent les exemples cités par
Françoise Thom (1987 : 181) du type prendre la décision de la cessation du feu, pour décider de cesser le feu. Voir
aussi M.Ţenchea, «Unele observaţii asupra folosirii infinitivului lung în limba română actuală», G.I.Tohăneanu -
70, Timişoara, Ed. Amphora, 1995, p.528-533.

94
7.3. Les questions que nous venons de discuter peuvent intéresser le domaine de
la didactique dans la mesure où l’emploi des équivalents français des infinitifs longs
substantivés du roumain donne lieu à certaines fautes interférentielles.
Ces fautes concernent des aspects tels que :
- la forme des noms en -ation, susceptibles d’être déformés sous l’influence du
roumain ; ex. *élibération pour libération, cf. roum. eliberare ; *homogénisation pour
homogénéisation, cf. roum. omogenizare; *valorification pour valorisation, cf. roum.
valorificare;
- l’emploi de dérivés du verbe de base inexistants en français ; ex. *ironisation,
d’après le roumain ironizare «action d’ironiser»; l’équivalent du mot roumain
sancţionare n’est pas *sanctionnement, mais bien sanction (le mot sancţiune du
roumain indique le résultat de l’action).
- l’emploi de dérivés du verbe correspondant au verbe de base du roumain, mais
ayant un autre sens. Ainsi, il n’y a aucun rappport entre roum. procurare «action de
procurer» et fr. procuration (roum. procură). On pourrait y ajouter evitare «action
d’éviter», dont l’équivalent ne peut être ni le mot évitage (mar.), ni le mot évitement
(vieux ou technique).
Des difficultés apparaissent également dans certains cas où les structures verbo-
nominales ou verbales s’imposent comme équivalents des infinitifs longs.
7.4. Les dictionnaires bilingues (roumain-français) doivent être utilisés avec
circonspection ; il faudra toujours compléter, préciser, nuancer et quelquefois corriger
les indications qu’ils donnent, et ce à l’aide des dictionnaires français explicatifs, pour
mieux éclairer les sens et les emplois des lexèmes en question.
Qu’est-ce qu’on peut reprocher à ce type de dictionnaires en ce qui concerne les
infinitifs longs substantivés du roumain? Les mots sans équivalent nominal (lacunes
lexicales) sont généralement ignorés, et il faut alors se reporter au verbe de base (qui
parfois est absent aussi) pour que l’on puisse construire une périphrase. Les dérivés de
sens négatif comportant le préfixe ne- (tels que nerespectare, nerezolvare,
nesatisfacere, etc.) n’y figurent pas. Certains néologismes, enregistrés en tant que tels
dans les dictionnaires roumains, ou qui sont fréquemment employés dans la langue
actuelle, sont également absents dans les dictionnaires bilingues ; ex. impulsionare - fr.
stimuler, impulser (anglicisme), donner une impulsion. Dans le cas des mots
polysémiques (fourches lexicales), certains sens sont omis (ex. prelucrare - cf. a
prelucra [pe cineva] «mettre qqn. au fait d’une situation et essayer de le convaincre
d’agir en conséquence»), et il manque les syntagmes-type qui permettraient de
distinguer les différents hétéronymes d’un terme. L’article conturare du dictionnaire
bilingue (1992) est également incomplet, puisqu’on n’indique que l’équivalent mise en
évidence. Les solutions traductionnelles proposées sont parfois discutables ; ex.
95
fundamentare, traduit par consolidation (DFR,1992), bien que le verbe a fundamenta
soit traduit par documenter, appuyer sur une base solide.
Les dictionnaires bilingues, tels qu’ils sont conçus généralement, ne peuvent pas
rendre compte des solutions auxquelles on doit avoir recours dans le cas de certaines
lacunes lexicales, que l’on résout par des transpositions, ni de la plupart des
équivalences syntagmatiques (lexico-syntaxiques), imposées par le contexte (on peut
signaler, pourtant, une heureuse exception: pour le nom coborâre on donne le syntagme
la coborâre, traduit par le gérondif en descendant).

7.5. Le cas des noms d’action en -re ne peut que souligner la nécessité d’une
grammaire de la traduction, en tant qu’instrument de travail destiné aux apprenants et
aux traducteurs. Complémentaire du dictionnaire bilingue, cette grammaire
comprendrait un répertoire de structures traductionnelles (lexèmes, formes et structures
grammaticales). Notre étude vise, précisément, à répondre à ce besoin, par la
constitution d’un fragment d’une telle grammaire.

96
LA PRÉPOSITION ÎNTRU DU ROUMAIN
ET SES ÉQUIVALENTS EN FRANÇAIS

1. Situation de întru dans la langue roumaine

Le relateur prépositionnel întru a un statut assez particulier, non seulement à


l’intérieur du système des prépositions du roumain, mais aussi par rapport aux autres
langues romanes, où il ne trouve pas vraiment d’équivalent.
Întru provient de l’adverbe latin intro, signifiant «dedans». Dans l’ancienne
langue, întru était en concurrence avec la préposition în (lat. in), toutes les deux
exprimant essentiellement l’intériorité. Întru était à l’origine plus précis que în,
exprimant l’idée d’un mouvement ou d’un état à l’intérieur d’un lieu ou dans les limites
d’un intervalle temporel. Ainsi, pour le fr. j’entre dans la maison on disait intru în
casă, mais pour je le cherche dans la maison, il fallait dire îl caut întru casă 1 . Par la
suite, les deux relateurs sont devenus synonymes.
Dans le vieux roumain, întru connaissait des emplois nombreux et variés 2 . Dans
la langue actuelle, întru apparaît principalement comme variante distributionnelle de la
préposition în, sous la forme élidée într-, devant certains mots commençant par une
voyelle : un(ul), o, una ou quelques mots en a- , p. ex. într-un an «en / dans un an»,
într-o zi, «un jour», într-una din zile «un de ces jours», într-altă zi «un autre jour», la
forme întru ne pouvant apparaître, en principe, que devant des mots qui commencent
par une consonne.
Întru / într- apparaît également dans un certain nombre de locutions adverbiales
(p. ex. într-o parte şi într-alta «de part et d’autre, de tous les côtés», într-una «sans
cesse», întru totul «entièrement», întru toate «en toutes choses», într-adevăr «en effet,
réellement», într-un suflet «en toute hâte», într-adins «à dessein», într-o doară «à
tout hasard», într-un târziu, «sur le tard, finalement», într-atât «à ce point-là») ou
verbales (p. ex. a fi într-o dungă / într-o ureche «être toqué»). Dans certains cas, les

1
Cf. Academia Română, Dicţionarul limbii române, Imprimeria Naţională, Bucarest, 1934.
2
Dans le dictionnaire de 1934 on trouve une analyse détaillée et nuancée de tous ces emplois, complétée, dans
chaque cas, par les équivalents français de la préposition.
97
éléments constitutifs se sont soudés en un seul mot (ex. întrucât, «puisque»,
întrucâtva, «dans une certaine mesure», «en quelque sorte») 3 .
Întru est utilisé assez souvent dans des expressions figées appartenant au
langage religieux (p. ex. a adormi întru Domnul «s'endormir dans le Seigneur», fraţi
întru Cristos «frères en Christ», etc.), et dont le modèle a pu influencer, dans une
certaine mesure, l’emploi de la préposition dans la langue moderne.
La préposition întru jouit d’une faveur toute particulière dans la langue actuelle.
On peut constater une extension assez considérable des emplois de întru, qui est
fréquemment employé dans des syntagmes libres, sous sa forme non élidée, devant des
mots à initiale consonantique, et parfois même devant une voyelle. Il est vrai que ces
emplois (parfois abusifs) dénotent une certaine recherche, et l'on pourrait y déceler une
pointe de snobisme.
Sous la plume de nombreux intellectuels, certains emplois anciens de întru sont
ressuscités (on peut néanmoins constater une préférence assez marquée pour les
emplois «abstraits»). On pourrait affirmer que l'emploi de întru dans le roumain actuel
est essentiellement fait de survivances et de «résurrections».
En fait, c’est grâce au philosophe Constantin Noica - qui a mis en valeur la
richesse sémantique du fonds ancien du vocabulaire roumain - que certains vieux mots,
dont întru, se sont remis à vivre. Pour Noica, întru est un terme central qui définit
l'essence même de la spiritualité et de toute la civilisation roumaines 4 . Il exprime une
modalité particulière de ressentir l'être : dans la conscience du peuple roumain, fiinţa
(«l’être») signifie «un fel de a fi întru» («une manière d'être dans», mais en même
temps «sous le signe de, pour»). C. Noica a fait là-dessus un commentaire fascinant,
qui a fortement marqué le discours philosophique et littéraire roumain. À la suite de
Noica, on utilise întru non seulement dans le langage philosophique, mais aussi dans la
langue de la critique littéraire, dans la presse, ainsi que dans les émissions de la
télévision roumaine consacrées à la littérature et à l'art. Les emplois aujourd'hui
multipliés de întru - par rapport à ceux qu’enregistrent les dictionnaires - relèvent
d'intentions diverses : on peut identifier des emplois qui répondent à un souci
d'archaïsme, des emplois ironiques ou plaisants, ou qui relèvent d'une intention
parodique, ludique. Il est évident que, dans la plupart des cas, l'emploi de întru est
fortement connoté. Mais il est tout aussi évident que certaines structures avec întru sont
en voie de s’imposer dans la langue actuelle.
Nous avons proposé 5 une analyse syntaxique et sémantique des syntagmes du
roumain actuel introduits par le relateur întru, en mettant en lumière les structures

3
Voir aussi les composés avec de- et pre-, à savoir dintru / dintr- et printr- (ex. dintru început "dès le début, dès
l'abord", dintr-o dată "tout d'un coup", printr-o fericită întâmplare "par un heureux hasard".
4
C. Noica, Sentimentul românesc al fiinţei, Editura Eminescu, Bucarest, 1978.
5
M.Ţenchea, 1999.
98
syntagmatiques à l’intérieur desquelles fonctionne cette préposition et les rôles
sémantiques qu’elles peuvent réaliser. C’est à partir de cette analyse que nous
proposerons des équivalences en roumain, en tenant compte du contexte distributionnel,
des fonctions syntaxiques du SP en întru et des valeurs sémantiques réalisées dans
chaque type de situation. Nous insisterons surtout sur les syntagmes libres, tout en
signalant un certain nombre de structures automatisées.

2. Équivalents roumains de întru

2.1. L’originalité de întru n’est pas sans soulever un certain nombre de


difficultés pour la traduction. C.Noica faisait d’ailleurs remarquer que întru ne trouve
pas facilement d’équivalent dans les grandes langues européennes. Qu’en est -il du
français ?
Si l’on consulte des dictionnaires bilingues (roumain-français), on peut
constater qu’ils s’avèrent de peu d’utilité : ils présentent les choses de façon
incomplète, se contentant d’indiquer les équivalences des structures automatisées. Pour
les emplois anciens ou archaïsants, on peut cependant se reporter au Dictionnaire de
l’Académie de 1934, qui indique, pour chaque type de contexte où apparaît întru, ses
correspondants français. On y trouve ainsi 25 équivalents possibles - le plus souvent
des prépositions ou des locutions prépositives - , classés en fonction des sens exprimés
dans les différentes constructions signalées. Nous les reproduisons ici dans l’ordre
alphabétique : à, à l’égard de, à l’intérieur, au cours de, au sein de, avec, chez, comme,
contre, dans, de, durant, en, en guise de, grâce à, jusqu’à, où, par, parmi, par suite de,
pendant, pour, quant à, sur, vers.
Dans ce qui suit, nous proposerons des équivalents pour le relateur întru tel
qu’il fonctionne à l’intérieur des différents types de structures que nous avons
identifiées (Tenchea, 1999).
En tant qu’élément de relation, la préposition întru met en rapport un terme a
et un terme b (a întru / într- b), ses latitudes combinatoires se manifestant dans les
structures syntagmatiques que voici :
- V întru / într- N (ou substitut)
- N1 întru / într- N2 (ou substitut)
- Adj întru / într- N
- V / N într- Adv.
Le terme a est, le plus souvent, un verbe ou un nom ; on peut rencontrer aussi
des adjectifs qui proviennent de participes, mais ces constructions sont beaucoup plus
rares. Le terme b est presque toujours un nom, mais on peut, dans certains cas, avoir
affaire à un substitut pronominal (personnel ou démonstratif, relatif, indéfini,
interrogatif). De façon tout à fait exceptionnelle, întru peut se combiner aussi avec un

99
infinitif. Les syntagmes où la préposition se combine avec un adverbe sont peu
nombreux et constituent des structures figées.
Les syntagmes construits avec întru peuvent assumer diverses fonctions
syntaxiques : complément circonstanciel, complément d’objet indirect, complément du
nom (en roumain «atribut substantival prepoziţional»), complément de l’adjectif
(interprété, dans la syntaxe roumaine, comme un complément de point de vue incident
ŕ un adjectif), ou, parfois, attribut (en roumain «nume predicativ»).
À l’intérieur des structures étudiées, le lexème prépositionnel întru peut
fonctionner soit comme attributeur de rôle sémantique (c’est ce qui arrive dans la
plupart des cas), soit, parfois, comme transmetteur de rôle 6 , dans les cas où le terme
régissant exige un déterminant obligatoire; c’est alors le terme a qui contrôle la
construction du complément dont il détermine la préposition introductrice 7 .
Nous avons étudié les structures avec întru en fonction des rôles sémantiques
qu’elles réalisent. En fait, elles admettent deux types de lecture (l’interprétation des
syntagmes est orientée par le contexte): localisation (visée coïncidente), auquel cas
întru est à mettre en rapport avec le relateur în («dans»), et destination (visée finale),
lorsque întru exprime des valeurs sémantiques proches de spre (signifiant «vers», mais
aussi «pour»).
Nous avons distingué, pour chacun des rôles sémantiques que nous avons
identifié, d’une part les structures avec într-, variante distributionnelle de în, et, d’autre
part, les structures avec întru.

Le tableau ci –dessous rend compte des résultats de notre analyse, que nous
allons utiliser dans ce qui suit.

Rôles sémantiques într- într


u
I. Localisation (visée coïncidente) ~ în
1. Locatif spatial ou spatialisé + +
2. Situatif temporel + -
3. Instrumental + -
4. Manière + +
5. Point de vue (domaine de référence) - +
6
Voir G. Rauch (1994).
7
Cf. M. Riegel et alii (1994).
100
II. Destination (visée finale) ~ spre
1. Directionnel + +
2. But (intentionnalité) - +
3. Projection temporelle - +
4. Objet résultatif + +

2.2. Localisation - visée coïncidente


La préposition întru / într- exprime essentiellement un rapport d‘intériorité,
étant, en principe, synonyme de în «dans / en». Une entité concrète ou abstraite ou un
procès (exprimés par le terme a) seront situés à l’intérieur d’un «lieu» (dans le sens
large du terme), repère spatial ou spatialisé exprimé par le terme b, espace «extensif»
constituant une référence extérieure au sujet parlant 8 , et qui peut être conçu en tant que
contenant.
2.2.1. Locatif spatial (ou spatialisé)
La préposition marque l’intériorité par rapport à un repère spatial ou spatialisé
impliqué par le procès. Întru / într- fonctionne ici comme attributeur de rôle : il attribue
au N [+Lieu] le rôle de situant, de repère spatial, à l’intérieur duquel on situe - de façon
approximative - une entité concrète ou un procès / état.
2.2.1.1. Structures avec într-
♦ V [±Activité] într- Dét.indéfini N [+Lieu extensif]
Le SP est un CC de lieu, exprimant soit un inessif [- Orientation], soit un illatif
[+ Orientation]. Équivalents de într- : dans, Ø.
Roum. Locuieşte într-un oraş mare / în acest oraş
Fr. Il habite une grande ville / dans cette ville
Roum. S-a urcat într-un copac / în copacul din faţa casei
Fr. Il a grimpé dans un arbre / dans l'arbre qui se trouve devant la maison
Roum. Într-o lume în care nu se întâmplă nimic (C.Noica) / în lumea de azi
Fr. Dans un monde où il ne se passe rien / dans le monde actuel
Roum. Am găsit aceste informaţii într-o carte recent apărută / în cartea pe
care mi-ai împrumutat-o
Fr. J'ai trouvé ces renseignements dans un livre récemment paru / dans le
livre que tu m'as prêté

8
Cf. P.Charaudeau (1992).
101
2.2.1.2. Structures avec întru
Bien qu’il soit parfois l’équivalent sémantique de în, întru acquiert très souvent
d’autres significations, pouvant même s’opposer à în de façon explicite.
La relation d’intériorité exprimée par întru présente certaines particularités, que
nous essaierons de mettre en évidence à travers les commentaires de Noica.
En fait, dans ce type de situations il s’agit d’une vision d’intériorité profonde 9 ,
d’une intériorité englobante. Nous dirons qu’il y a solidarité et consubstantialité entre
le situant et le situé, qui ne se trouvent pas dans un simple rapport de contenant -
contenu, et qui deviennent respectivement tout et partie. Englobé et englobant, partie et
tout, chose et horizon 10 - voilà les termes que la préposition întru met en rapport.
Lorsque le lieu de référence est un lieu abstrait (c’est bien le relateur qui confère au
référent le statut de lieu), la relation d’intériorité s’accompagne de l’idée d’une tension,
qui est l’aspiration de la partie et du tout, ensemble, vers un au-delà, visant à dépasser
le lieu-repère. C’est cette tension qui constitue, selon Noica, le spécifique de la
préposition întru 11 . A fi («être») signifie, dans la vision de Noica, a fi întru (ceva),
«être à l’intérieur de» et, en même temps, «sous le signe de (quelque chose)». Pour
Noica, întru exprime la fermeture, la clôture, en même temps que l’ouverture; il s’agit
donc d’une «clôture qui s’ouvre», d’une «limite non limitante», întru signifiant à la
fois l’intériorité et la visée finale, în «dans» et spre «vers»).
♦ V a fi întru N [Lieu extensif] (ou substitut),
où N est un repère spatial ou spatialisé. Le nom est construit soit sans déterminant, soit
avec un déterminant indéfini (article un, o) ou un adjectif numéral. Le SP est interprété,
en syntaxe roumaine, plutôt comme attribut (en français on parlera d’un complément de
lieu essentiel). Équivalents français possibles : à l’intérieur de, dans l’espace de, sous
le signe de, dans l’horizon de.
Roum. Astfel, prin determinările propriei sale istorii, civilizaţia noastră a fost
întru un spaţiu dat. (C.Noica)
Fr. Ainsi, de par les déterminations de sa propre histoire, notre civilisation s’est
située à l’intérieur d’un espace donné.
Roum. S-a spus că civilizaţia noastră este între două lumi. Nu cumva întru două
lumi? (C.Noica)

9
Nous empruntons l'expression, une fois de plus, à P.Charaudeau (1992).
10
La notion d’horizon comporte une idée d’ouverture, de perspective.
11
Le contenant et le contenu se glissent, ensemble, vers quelque chose d’inconnu, coïncidant dans le devenir. On
peut citer ici C.Vandeloise (dans Prépositions. Méthodes d'analyse, Presses Universitaires de Lille, 1993), qui parle
de la force qu'exerce le contenant sur le contenu, affirmant que le mouvement du contenant entraîne un mouvement
similaire du contenu, ce qui semble se vérifier parfaitement dans le cas de întru.
102
Fr. On a affirmé que notre civilisation était située entre deux mondes. Est-ce
qu’elle ne se situe pas, plutôt, dans l’espace de (et sous le signe de) deux
mondes à la fois?
Dans l’exemple ci -dessous, nous avons eu recours à une autre solution,
comportant le substantif horizon :
Roum. ...între ceea ce este ceva şi lucrul întru care el este nu mai încape
distanţă. (C.Noica)
Fr. ...il n’y a aucune distance possible entre ce que quelque chose est et
l’horizon qui le contient.
Întru se trouve parfois opposé de façon explicite à în :
Roum. Lumea nu e sub fiinţă, nu e în fiinţă, este întru ea. (C.Noica)
Fr. Le monde n’est pas sous le règne de l’être, il n’est pas dans l’être non
plus, il est dans l’horizon de l’être.
Pour Noica, a fi în ceva implique une vision statique, l’idée d’une clôture, tandis que a
fi întru ceva implique une vision dynamique, l’idée d’une «clôture qui s’ouvre».
♦ N1 [-Processif] întru N2 [Abstrait]
Roum. ...căci prin ea însăşi tradiţia înseamnă păstrarea întru spirit a ceea ce a
fost bun în trecut. (C.Noica)
Fr. ...car, par elle même, la tradition signifie la conservation dans horizon
spirituel de tout ce qu'il y a eu de meilleur dans le passé.
2.2.2. Locatif (situatif) temporel
Structure : V [Action / Etat] într- Dét. indéfini N [+Division temporelle]
Trois interprétations sont possibles:
- Situatif [-Durée] : le relateur într- (équivalent de în) marque la situation
approximative d’un procès ou d’un état à l’intérieur d’une période plus ou moins
longue ; l’intervalle situationnel est inclus dans cette période, qui est conçue comme
contenant du procès. Équivalents français : dans, Ø, par.
Roum. Într-o frumoasă dimineaţă de primăvară ... / În dimineaţa aceea
Fr. Par une belle matinée de printemps / ce matin-là
Roum. Într-o bună zi dispăru / În ziua aceea
Fr. Un beau jour il disparut / ce jour-là
Roum. Într-un moment de neatenţie.../ în acel moment
Fr. Dans un moment d’inattention / à ce moment-là
- Distance temporelle. Într- est ici l'équivalent de peste «dans», impliquant une
vision prospective. Équivalent français : dans.
103
Roum. Mă întorc (de azi) într-o săptămână / în două săptămâni
Fr. Je serai de retour dans une semaine / dans deux semaines
- Durée remplie par un certain procès. Într- signifie, dans ce cas, «en (+
qT)».
Roum. Într-un an, a scris două romane / În doi ani, a scris cinci romane
Fr. En un an, il a écrit deux romans / En deux ans, il a écrit cinq romans.

2.2.3. Instrumental
Structure avec într- :
Roum. Se îmbrăcă într-o piele de urs
Fr. Il se vêtit d’une peau d’ours
2.2.4. Manière (à partir de l’idée d’un espace figuré, d’un «lieu» abstrait)
Structure : V într- Indéfini N [-Concret].
Le syntagme avec într- constitue, le plus souvent, une locution adverbiale, ayant
la fonction de complément circonstanciel de manière.
Roum. Într-un anumit fel / în acest fel
Fr. D’une certaine manière / de cette manière
Roum. Răspunseră într-un glas...
Fr. Ils répondirent tous à la fois…

2.2.5. Point de vue, domaine de référence (à partir de l’idée d’un lieu abstrait)
La structure type est N1 întru N2 , où le terme b est un nom abstrait. Întru
signifie ici «du point de vue de, en ce qui concerne, pour ce qui est de, quant à, dans le
domaine de, en matière de, sous le signe de».
♦ N1 [Abstrait] întru N2 [Abstrait]
N1 (ou un autre élément du contexte) exprime l’idée d’un lien qui unit les
membres d’une collectivité (p. ex. comuniune «communion», solidaritate «solidarité»,
regăsire «retrouvailles», etc.), qui se définit, précisément, en fonction d’un certain
repère - concept ou domaine de référence abstrait, exprimé par N2. Dans la traduction,
nous avons utilisé la préposition dans.
Roum. ...mizând şi pe complicitatea dumneavoastră întru şagă. (G. Pruteanu,
oral, TVR1)
Fr. ...en misant aussi sur votre complicité dans la plaisanterie.
Roum. ...a dăruit semenilor clipe unice de bucurie întru muzică. (România
liberă, 17.08.1996)

104
Fr. Il a offert à ses semblables des instants uniques de joie dans la musique.
♦ N1 [Personne] întru N2 [Domaine abstrait]
N1 se rapporte à des personnes appartenant à la même collectivité, définie en
fonction d’un repère abstrait, exprimé par N2. On retrouve ici le modèle de certaines
expressions du domaine religieux, telle que : fraţi întru Domnul - fr.“frères dans le
Seigneur”. Nous avons eu recours à la locution en matière de ou à d’autres solutions.
Roum ...alături de Marx, tartorele nostru întru ideologie. (Timişoara,
17.03.1997)
Fr. ...à côté de Marx, notre grand manitou en matière d’idéologie.
C’est le possessif nostru qui introduit ici l’idée d’une collectivité, d’un certain type de
communauté.
Dans l’exemple ci-dessous, nous avons changé la structure de la phrase, le
substantif ses collègues nous apparaissant comme suffisant pour pour évoquer l’idée
d’une communauté:
Roum. ... mult mai descuiat decât majoritatea colegilor săi întru diplomaţie.
(Ziua, 24.05.1997)
Fr. ...un esprit beaucoup plus ouvert que la plupart des diplomates, ses
collègues
♦ Adj (participe) întru N [Abstrait]
Le contexte introduit l’idée de plusieurs entités, entre lesquelles il existe
certaines relations, qui présentent des ressemblances ou des différences par rapport à un
critère (point de vue) exprimé par N. Équivalents français : dans, par («du point de vue
de» , «en ce qui concerne»).
Roum. ... ţări strâns înrudite întru latinitate. (V.Bălteanu, préface du livre
L.Blaga, Poezii – Poesie, 1995)
Fr. ...des pays étroitement apparentés par leur latinité.
Roum. ...cele două categorii de intelectuali învrăjbite întru «credinţă». (Ziua,
8.09.1997)
Fr. ...les deux catégories d’intellectuels devenues ennemies dans la «foi».
2. 3. Destination, visée finale
Într- / întru est à interpréter ici comme équivalent de spre («vers» et «pour»).
2.3.1. Directionnel

105
Le SP désigne un lieu abstrait envisagé comme aboutissement (par opposition
au locatif strict) 12 . Întru signifie ici «vers», exprimant un mouvement orienté vers le
repère Le contexte comprend des mots dont la signification première est spatiale.
♦ V [+Mouvement] într- Adv [+Lieu] (dans quelques locutions)
Roum. O iei într-acolo
Fr. Tu vas de ce côté-là
♦ V [+Mouvement ] întru N [-Lieu] (interprétation spatiale due au contexte).
Équivalent français : vers.
Roum. ...viaţa se deschide întru viitor. (C.Noica)
Fr. …la vie s’ouvre vers l’avenir.
Grâce à întru, le nom viitor acquiert ici les traits d’un repère spatialisé, qui est une
limite finale ; c’est le verbe a se deschide «s’ouvrir» qui impose la lecture
directionnelle du SP.
2.3.2. But (intentionnalité)
On envisage une «entité concrète ou abstraite vers laquelle est dirigé le
procès» 13 . C’est le relateur întru qui apparaît dans ces cas, signifiant «pour, afin de, en
vue de, en quête de». Le SP a la fonction de CC de but ou celle de CN.
a) Le terme b est un nom [+Processif] (ou un V Inf) :
♦ V [+Action] întru N[+Processif]
Le terme a de la relation est un verbe qui dénote une action, une activité ; il peut
aussi prendre la forme du participe passé. Le terme b de la relation est un nom
[+Processif] , qui est, presque toujours, un infinitif long (nom d’action en -re)
correspondant, dans la plupart des cas, à un verbe transitif. Ce nom est le plus souvent
déterminé par un possessif ou par un CN (génitif objectif), mais il peut aussi ne
recevoir aucune détermination. Grâce à întru, qui fonctionne dans ce cas comme
attributeur de rôle, l’action dénommée par l’infinitif long est considérée en tant que
«point» final, en tant que limite à atteindre. Équivalent français : afin de.
Roum. Dar fără voia mea acţiunea pe care o întreprindeam întru consolarea
durerii (...) era contra-revoluţionară. (M.Călinescu & I.Vianu, Amintiri în
dialog, 1994)
Fr. Pourtant l’action que j’entreprenais afin de soulager la douleur s’avérait,
malgré moi, contre-révolutionnaire.

12
Cf. M. Riegel et alii (1994 : 126).
13
Riegel et alii (1994 : 125).
106
Roum. Mare pacoste pe capul nostru această Televiziune «echidistantă» care
ne mai percepe şi bani întru otrăvirea noastră cea de fiecare zi. (România
liberă, 13.04.1995)
Fr. Quelle calamité, cette Télévision «équidistante», qui, en plus, nous fait
payer des taxes afin de nous empoisonner jour après jour.
Parfois le nom en -re est précédé du préfixe négatif ne-, ce qui lui confère le
statut d’un nom d’état. Dans les exemples ci -dessous, on a affaire à des structures
semi-figées.
Roum. Cei 50 de morţi din Beliş cărora poliţia clujeană le-a ridicat recent un
monument întru nemurirea lor. (Renaşterea Bănăţeană, 4.02.1997)
Fr. Les 50 hommes tués à Beliş à la mémoire desquels la police de Cluj vient
d'ériger un monument.
Roum. Ion I.C.Brătianu, aşezat în inima ţării, la Alba Iulia, întru neuitare.
(România liberă, 18.09.1995)
Fr. Le buste de Ion C.Brătianu, placé au coeur męme du pays, ŕ Alba Iulia,
pour éternelle mémoire.
♦ V [+Action] întru V Inf (variante possible, mais, en fait, extrêmement rare). La
traduction remplace le SP par une proposition subordonnée de but introduite par afin
que. Nous avons trouvé un seul exemple de ce type, qui relève, d'ailleurs, d'une
intention ludique.
Roum. Îi cer politicos permisiunea de a o invita la mine, în celălalt capăt al
Bucureştiului, întru a mai tăifăsui, întru a ne mai cunoaşte. (Almanah
Caţavencu, 1995)
Fr. Je lui demande poliment la permission de l'inviter chez moi, à l'autre bout
de Bucarest, afin que nous puissions bavarder et que nous puissions mieux
nous connaître.

♦ N1 [+Processif] (ou équivalent) întru N2 [+Processif] (nom d’action en -re).


Équivalents français de întru : afin de (+ Infinitif), pour (+ N).
Roum. Transfer de energie/ Întru generare / de energii. (M. Petcu, Semne
însingurate, 1994)
Fr. Transfert d’énergie / Afin de générer / d’autres énergies.
Roum. ...trei memorii colective (...) întru apărarea năpăstuiţilor. (D.Ţepeneag,
Un român la Paris)
Fr. ...trois mémoires collectifs (...) pour la défense des opprimés.
Roum Aşa deci şi aici, devenirea întru devenire (...) este întreruptă. (C. Noica)
Fr. Il en est de même ici : le devenir pour le devenir (...) est interrompu.
Roum. O devenire întru generaţie şi corupţie, adică întru pieire... (C. Noica)
107
Fr. Un devenir pour l’engendrement et la corruption, donc pour la mort.
b) Le terme b est un nom [-Processif] :
♦ V [+Dynamisme] întru N [Abstrait] (ou équivalent). Nous avons proposé comme
équivalents de întru les relateurs prépositionnels en quête de et pour.
Roum. Ne imaginăm semnele / Şi apoi ne clădim / Întru ceea ce este coerent.
(M.Petcu, Semne însingurate)
Fr. On imagine les signes / Et puis on se construit / En quête du cohérent.
Roum. Motivul acesta al pruncului, ce nu vrea să apară pe lume, fără a şti întru
ce anume, revine în câteva basme româneşti. (C. Noica)
Fr. Ce leitmotiv de l’enfant qui refuse de venir au monde, avant de savoir
précisément pour quoi, se retrouve dans plusieurs contes roumains.
♦ N1 [+Processif] întru N2 [Abstrait]
On peut proposer divers équivalents de întru, tels que : en vue de, pour la cause
de, que nous avons utilisés dans les exemples ci-dessous :
Roum. Modelul său spiritual şi moral este Eugen Lovinescu, la care admiră
pasiunea exemplară, onestitatea şi martirajul întru literatură. (Limba şi
literatura română, cl . a XII-a, 1993)
Fr. Son modèle spirituel et moral est Eugen Lovinescu, dont il admire la
passion exemplaire, l’honnêteté, ainsi que le martyre qu’il a subi pour la cause
de la littérature.
Roum. Porţile deschise / Devin încercare / Întru altă dimensiune. (M. Petcu,
Semne însingurate)
Fr. Les portes ouvertes / Deviennent tentative / En vue d’une autre dimension.

♦ V [+Dynamisme] întru N[Abstrait]


Dans la traduction française, on peut utiliser la préposition à.
Roum. A trudit întru gloria regelui. (oral, TVR2, 22.09.1995)
Fr. Il a travaillé à la gloire du roi.
L’idée d’une limite finale atteinte (la conséquence) semble être présente aussi dans
cette phrase.
♦ V (a ura) întru N ou N1 (urare) întru N2 : l’idée exprimée est celle d’une
projection dans l’avenir.
Roum. Iar colegii din Uniunea Scriitorilor îi urează literatură îmbelşugată,
întru bucuria cititorilor săi! (Orizont, 17.05.1996) Fr. Et ses collègues de

108
l’Union des Ecrivains lui souhaitent d’écrire encore beaucoup de livres, pour la
grande joie de ses lecteurs!
Dans l’exemple ci-dessous on a affaire à une structure locutionnelle :
Roum. ... urare întru sănătate, noroc şi fericire. (Renaşterea Bănăţeană)
Fr. ... des voeux de santé, de bonheur et de joie.

2.3.3. Destination temporelle (projection)


Un SP construit avec întru marque l’idée de durée + projection. Întru signifie
ici «pour».
Structure : V[+Action] întru N[+Temps].
Întru est suivi par un nom ou SN [+Durée] ; il s’agit souvent d’une durée
illimitée. On a affaire ici à des séquences plus ou moins automatisées, et l’on retrouve,
une fois de plus, le langage religieux.
Roum. Imaginea tradiţională a iadului - de cazan uriaş cu smoală în care sunt
fierţi păcătoşi întru veşnicie... (Renaşterea Bănăţeană)
Fr. L'image traditionnelle de l'enfer, comme une immense chaudière remplie
de poix bouillante où l'on jette les damnés pour toute l'éternité...
Roum. Un mare suflet a plecat întru eternitate. (Renaşterea Bănăţeană,
14.02.1996)
Fr. Une grande âme vient de nous quitter pour l’éternité.
Roum. Să trăieşti întru mulţi ani! - structure figée, synonyme de La mulţi ani!
Fr. Je vous souhaite une longue vie.
2.3.4. Objet résultatif
Le SP marque l’entité concrète ou abstraite, l’objet, l’être ou l’état des choses
qui est la conséquence du procès 14 . Le relateur întru / într- fonctionne, dans ce cas,
comme transmetteur de rôle.
Într- apparaît dans des syntagmes exprimant l’idée d’une transformation, d’un
changement d’état. Structure :
♦ V a (se) transforma, a (se) preface) într- (Dét. indéfini) N .
Le SP remplit la fonction de COI. L’équivalent français de într- est la préposition en.
Roum. S-a prefăcut într-o pasăre.
Fr. Il s'est transformé en oiseau.

14
Cf. Riegel et alii (1994 : 125).
109
Roum. Ţara s-a transformat precipitat într-o gaură neagră balcanică... (Ziua,
1.04.1997)
Fr. Le pays s’est transformé précipitamment en un trou noir balkanique...
La structure N1 într- (Dét.indéfini) N2 (résultat de la nominalisation de la
structure précédente) est possible aussi (le SP devient alors CN).
Roum Transformarea ţării într-o gaură neagră balcanică...
Fr. La transformation du pays en un trou noir balkanique...
b) Întru apparaît uniquement dans des expressions appartenant au domaine de la
religion : V (a hirotoni) întru N / N1 (hirotonire) întru N2 (N / N2 est un nom construit
sans déterminant, désignant une fonction ecclésiastique, tels que : preot, «prêtre»,
diacon, «diacre»). L’équivalent français de cette construction du roumain ne comporte
pas de préposition.
Roum. Aceste cuvinte (...) mă întorc la timpurile hirotonirii mele întru preot.
(Viaţa creştină, 22.02.1997)
Fr. Ces mots (...) me rappellent l'époque où j'ai été ordonné prêtre.

3. Conclusion

Comme on a pu le voir à travers les exemples cités, la traduction en français de


întru mobilise – en fonction des contextes spécifiques où apparaît cette préposition -
des lexèmes et des structures d’une assez grande diversité, situées dans la sphère des
déterminations spatio-temporelles ou bien dans la sphère notionnelle 15 , correspondant à
des relations plus «abstraites» entre des entités et/ou des procès. On pourrait d’ailleurs
identifier, dans la langue actuelle, certains emplois spécifiques de întru, qui sont les
plus fréquents aujourd’hui : il s’agit, précisément, de deux de ses emplois «abstraits»
- le but et le point de vue.
La plupart des équivalents que nous avons proposés se retrouvent sur la liste des
correspondants français des structures anciennes mentionnés dans le Dictionnaire de
l’Académie Roumaine de 1934. Nous y avons ajouté afin de, en vue de, sous le signe
de, en quête de, dans l’horizon de et même Ø.
Întru du roumain est donc tout cela : dans, ŕ l’intérieur de, dans l’espace de,
mais aussi pour, en vue de, en quęte de, etc., exprimant aussi bien la localisation que la
destination et impliquant aussi bien une vision statique, que - le plus souvent - une
vision dynamique 16 . La recherche des équivalents français de întru nous a permis de
(ou, plutôt, nous a obligée à) mieux cerner la signification tellement riche de ce
15
Cf. les trois champs d’application du sens fondamental exprimé par les prépositions (spatial, temporel et
notionnel) dont parlait B. Pottier (1962).
16
C. Noica (1978) affirme même que toutes les prépositions, dans leur rigidité et leur précision, seraient des cas
particuliers de la processualité exprimée par întru.
110
relateur prépositionnel, envisagé dans toute sa complexité. La traduction de întru
(surtout dans le cas des syntagmes appartenant au domaine philosophique) est,
effectivement, une interprétation. Nous pensons, néannmoins, que les solutions que
nous avons proposées pourraient être complétées et nuancées, à travers l’étude d’un
corpus plus vaste - d’ailleurs assez difficile à réunir, étant donné le nombre somme
toute relativement réduit d’occurrences de întru.
La traduction française a donc contribué à mieux éclairer les significations de
la préposition întru en roumain, en explicitant certaines nuances ; il est tout aussi vrai,
pourtant, que la traduction appauvrit – forcément - la signification si riche de întru
dans certains de ses emplois.
Quoi qu’il en soit, la recherche des correspondants de întru en français
souligne, une fois de plus, l’originalité de cette préposition du roumain, ainsi que les
difficultés – considérables, mais peut-être pas insurmontables – de la traduction.

111
III

SUR QUELQUES MAUVAIS USAGES


DE LA TERMINOLOGIE LINGUISTIQUE FRANÇAISE
CHEZ LES APPRENANTS ROUMAINS

Nous nous proposons de signaler ici certains emplois fautifs des termes du
métalangage (portant sur différents aspects de la linguistique française), tels que nous
les avons relevés dans les copies de nos étudiants en français langue étrangère
(première ou deuxième spécialité).
On peut regrouper les fautes en question en plusieurs catégories :
1. Fautes d’orthographe :
♦ fautes qui mettent en cause la lettre h, à savoir :
- mots écrits sans h ; ex. *ortographe (pour orthographe), *incoatif (pour
inchoatif)
- mots affublés d’un h (après la consonne t) ; ex. *cathégorie (pour
catégorie), *systhème (pour système), *therme (pour terme), *méthonymie (pour
métonymie), *méthaphore (pour métaphore). On peut parler, dans ces cas,
d’hypercorrection – due au fait que, très souvent, les mots savants d’origine grecque
comportent le groupe th. Ce type de faute apparaît pourtant aussi dans les mots
d’origine latine.
- la lettre h mal placée à l’intérieur d’un mot ; ex. *réthorique (au lieu de
rhétorique).
♦ confusion entre les graphèmes i et y :
- la lettre i utilisée à la place de y ; ex. *synonime (pour synonyme),
*métonimie (au lieu de métonymie)
- y mis à la place de i ; ex. *épythète (au lieu de épithète).
♦ absence de e final ; ex. *verb (au lieu de verbe), vraisemblablement sous
l’influence de l’anglais.
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♦ présence d’un u dans le mot langage, écrit *language d’après le modèle du mot
français langue et surtout sous l’influence du mot anglais language.
♦ confusion sur différentes lettres : la voix pronominale devient ainsi *la voie
pronominale, avec un jeu de mots – involontaire, certes – sur les homonymes voix et
voie 1 , et le mot exemple est écrit *example, sous l’influence de l’anglais.
2. Fautes de grammaire, portant sur les catégories du genre et du nombre :
♦ fautes qui mettent en jeu la catégorie du genre :
- confusion quant au genre de certains noms (sous l’influence du roumain) :
noms masculins employés comme féminins, ex. *syntagme nominale (au lieu de
syntagme nominal ; en roumain sintagmă nominală), *une ordre [des mots] (en
français le nom est masculin, mais l’équivalent roumain ordinea [cuvintelor] est un
nom féminin), ou noms féminins employés comme masculins, ex. *un épithète (au lieu
de *une épithète, en roumain un epitet), *étude comparatif (au lieu de étude
comparative, en roumain studiu comparativ)
- fautes d’acord ; ex. *la langue français (pour la langue française,
probablement sous l’influence du syntagme synonyme le français) ; *textes descriptives
ou narratives (au lieu de textes descriptifs ou narratifs, d’après la forme des adjectifs
roumains : texte descriptive sau narative)
- accord fautif, par hypercorrection ; ex. *langue standarde (au lieu de langue
standard ; c’est par analogie ou par désir de régularité que l’on ajoute la marque du
féminin au mot invariable standard, qui est un anglicisme)
♦ fautes qui mettent en jeu la catégorie du nombre . On rencontre fréquemment,
sous la plume de nos étudiants, des pluriels simplifiés et «régularisés» en –s, qui
servent à éluder le pluriel irrégulier - partant plus difficile – en –aux. Ex.
*compléments adverbials (pour compléments adverbiaux), *temps / modes verbals
(pour temps / modes verbaux), *moyens lexicals (pour moyens lexicaux).
3. Fautes de lexique, portant soit sur la forme, soit sur le sens des termes :
A. Mots déformés (substantifs et adjectifs)
♦ Changement de suffixe et / ou ajout d’une ou deux syllabes dans les mots
dérivés. On peut signaler, à cet égard, plusieurs types de fautes :
- Emploi abusif du suffixe –ation dans des mots correspondant à des noms
roumains en –are (c’est une correspondance assez fréquente, en fait) ou bien à des
noms terminés en –ţie ou –(ţ)iune. Ex. *exprimation (au lieu de expression, roum.
exprimare), *combination (pour combinaison) : « possibilités de combination »,
*diphtongation (et même *diphtongaisation, au lieu de diphtongaison, roum.
1
On retrouve ce jeu de mots - volontaire, cette fois - chez le linguiste Ludo Melis, dans le titre de son ouvrage La
voie pronominale (coll. “Champs linguistiques”, Paris - Louvain-la-Neuve, Duculot, 1990).
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diftongare), *inversation (au lieu de inversion, roum. inversiune et inversare),
*cultivation (de la langue) (roum. cultivarea limbii « défense de la langue »,
*termination (pour terminaison, roum. terminaţie), *acceptation (pour acception, par
confusion des paronymes) : « les mots acquièrent des sens nouveaux, des acceptations
nouvelles » ; roum. accepţie ou accepţiune) ; on trouve parfois une sorte de suffixe
renforcé: –alisation. Ex. *ponctualisation (pour ponctuation) : «comme
ponctualisation, il y a le point d’interrogation» ; roum. punctuaţie), *structuralisation
(pour structuration : roum. structurare) : « la structuralisation du texte ».
- Le suffixe –oire se substitue au suffixe –if (féminin –ive) ; ex. *interrogation
délibératoire (pour interrogation délibérative), *phrase négatoire pour phrase
négative ; il s’agit là, sans doute, d’un lapsus calami, puisque cette forme apparaît une
seule fois sous la plume d’une étudiante d’un très bon niveau), ou *courbe
interrogatoire (c’est le contour intonatoire d’une phrase interrogative). Le même
suffixe –oire est parfois utilisé dans des exemples tels que *conjonctions
coordonatoires ou *subordonatoires (pour conjonctions de coordination ou de
subordination).
- Il y a également changement de suffixe dans le cas du mot *corrélateur, dans
*termes corrélateurs (au lieu de termes corrélatifs), formation assez vraisemblable,
d’ailleurs, vu la quantité de mots construits sur ce modèle dérivationnel.
- Emploi fautif du suffixe –ique, dans les adjectifs *atonique (ex. « voyelles
finales atoniques » , au lieu de atones, par analogie avec l’antonyme toniques ; on évite
ainsi l’assymétrie du couple de mots atone - tonique) ou *romanique (ex. « création
romanique » , pour création romane, d’après le roum. romanică).
- Emploi fautif du suffixe –esque, sous l’influence directe du roumain ; ex. *du
latinesque altus (cf. en roumain din latinescul altus).
- Confusion des suffixes -al, -el, -aire, -er (-ère) ; il peut s’y ajouter des fautes
d’orthographe. Ex. *langage familliel et *langage familiaire (au lieu de langage
familier), ou encore *langue familiale (pour langue familière) ; *locutions adverbielles
(pour locutions adverbiales), *spatiel (au lieu de spatial).
♦ Autres déformations, dues à :
- l’influence de paronymes ou d’autres termes français (fautes internes). Ex.
*gendre à la place de genre (l’image graphique du mot renvoie à une prononciation qui
semble être facilitée par l’épenthèse de d (cf. le mot gendre signifiant en roumain
ginere) ; *langues romaines (au lieu de langues romanes, en roumain limbi romanice ;
voir aussi la corrélation roum. roman – fr. romain) ; *vers, au lieu du terme latin versus
(vs.) ; *moyens segmentiels, au lieu de séquentiels (*segmentiel est dû au
rapprochement avec suprasegmental). On peut citer aussi *phrase déclamative (au lieu
de phrase déclarative) ou encore des «créations» personnelles telles que :
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*interrogation interfictive, pour interrogation fictive (par exemple, dans le cas d’une
phrase interrogative à valeur injonctive, du type : Allez-vous bientôt vous taire ?).
- l’influence du roumain ou de l’anglais (fautes interférentielles). Ex. *component
(au lieu de composant, dans un syntagme tel que *component abstrait, d’après le roum.
component), *vocale pour voyelle (sous l’influence du roum. vocală) ; *élidation (pour
élision, cf. roum. elidare) ; *adjective (pour adjectif, en roumain adjectiv), *proposition
subordonnée subiective (pour proposition subordonnée sujet, en roumain propoziţie
subordonată subiectivă), *modes nepredicatives (pour désigner les modes non
personnels, non prédicatifs, d’après le roumain moduri nepredicative), *opposite
(employé pour opposé, sous l’influence de l’anglais ; ex. « l’imparfait est considéré
comme l’opposite du passé simple »).
B. Confusions sémantiques et calques du roumain. Ex. la passivité, utilisé pour le
passif ; paraphrase, employé à la place de périphrase (par confusion de paronymes) ;
*signe d’interrogation, au lieu de point d’interrogation (en roumain semnul
întrebării) ; *formes flexibles, pour formes variables, fléchies (en roumain forme
flexibile) ; *substantif articulé, c’est-à-dire construit avec un article (d’après le roum.
articulat) ; *mode impersonnel, pour mode non personnel (en roumain mod
nepersonal ; emploi fautif du préfixe im- , confusion grave due à l’ignorance du sens
du mot impersonnel tel qu’il est utilisé en grammaire française). Dans la terminologie
syntaxique on rencontre de nombreux faux amis, tels que : *complément circonstanciel
de mode (au lieu de complément circonstanciel de manière), attribut, employé pour
désigner un complément du nom (d’après le roumain atribut), *complétive adjectivale,
pour parler d’une proposition subordonnée relative, équivalent d’un adjectif (là encore,
on a affaire à un calque du roumain).
***
Nous avons pu faire une bonne petite récolte d’exemples témoignant d’un
mauvais usage des termes linguistiques. Certaines fautes sont plus fréquentes,
représentant des cas typiques, d’autres – plus rares ou accidentelles. Si nous les
signalons ici, ce n’est pas en vue de constituer un «bêtisier» ou une «foire au cancre»,
mais pour attirer l’attention sur un certain relâchement de l’intérêt pour l’étude
systématique de la linguistique – qui n’est pas sans inquiéter, il faut l’avouer - que l’on
peut constater de la part de nos étudiants en français langue étrangère, parfois peu
familiarisés avec le métalangage, faute de lecture dans ce domaine. Les nombreuses
confusions et les fréquents à-peu-près que nous avons signalés dans l’utilisation du
métalangage trahissent l’ignorance de certaines notions de linguistique et, de manière
générale, un apprentissage superficiel de la langue française.
Comme nous venons déjà de le montrer, la mauvaise utilisation des termes du
métalangage par les étudiants en français langue étrangère trouve de multiples
explications. L’influence de la langue maternelle (le roumain) ou d’une autre langue
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étrangère (telle que l’angais) y est pour beaucoup. Il est vrai aussi que l’assimilation de
la terminologie linguistique – en syntaxe, surtout - présente certaines difficultés : les
nombreuses ressemblances qui existent entre le français et le roumain risquent souvent
de masquer les différences, d’où les fautes interférentielles assez fréquentes que l’on
peut constater. Dans d’autres cas, c’est l’analogie avec les formes existantes en français
ou la confusion des paronymes qui joue. Des cas de lapsus calami (les plus rares, en
fait) peuvent se présenter aussi.
Les différents types de fautes dont nous venons de parler ne sont pas spécifiques
pour le domaine de la linguistique, se retrouvant, dans l’interlangue des apprenants,
dans l’utilisation des termes de la langue courante. Nous avons voulu souligner ici
l’importance des termes du métalangage dans l’enseignement systématique et conscient
du français : ces termes désignent des notions opératoires qui sont des repères essentiels
de la pensée et du discours linguistique. C’est pourquoi l’emploi correct de ces
structures (du point de vue de la forme et du sens) nous semble très important, et nous
pensons qu’il devrait préoccuper davantage aussi bien les enseignants que les
enseignés.

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LINGUISTIQUE CONTRASTIVE
ET HISTOIRE DE LA LANGUE FRANÇAISE :
CONVERGENCES DÉCALÉES

La linguistique contrastive met en évidence, dans le processus d’apprentissage


d’une langue étrangère, une catégorie à part de fautes – de nature phonétique,
grammaticale, lexicale, sémantique ou pragmatique – qui, étant dues à l’influence de la
langue maternelle, sont appelées fautes interférentielles.
Les fautes typiques commises par les apprenants du français ayant comme
langue maternelle le roumain peuvent être classées en deux catégories : fautes
absolues, consistant dans l’emploi de structures phoniques ou lexico-grammaticales
inexistantes en français (ex. *contourer, pour tracer le contour, cf. roum. a contura ;
*un proteste, pour une protestation, cf. roum. un protest, *assigurer pour assurer, cf.
roum. a asigura) et fautes relatives, c’est-à-dire formes et structures qui existent en
français, mais qui sont mal utilisées quant à leur sens (c’est ce qu’on appelle les faux
amis ; ex. ajouter au lieu de aider, cf. roum. a ajuta), ou bien du point de vue du
contexte syntaxique ou situationnel où elles sont intégrées (ex. l’emploi de la
préposition en au lieu de de dans *vêtu en noir, pour vêtu de noir, cf. roum. îmbrăcat
în negru ; ou encore l’emploi de l’énoncé *l’affichage est interdit, censé correspondre
au roumain afişajul interzis, lŕ oů le français utilise le tour défense d’afficher). Dans
tous les cas, le repčre en fonction duquel est porté le jugement d’acceptabilité est le
français standard.
On pourrait cependant nuancer les choses, en diversifiant les points de vue. Si
l’on prend en considération la stratification du français contemporain (les niveaux de
langue), on constate que certaines constructions qui, rapportées à la langue standard,
apparaissent comme fautives, sont pourtant acceptables au niveau du français populaire
ou familier. Ainsi les constructions avec si conditionnel, où la langue populaire emploie
«assez souvent le conditionnel et parfois le futur» (Grevisse, 1986 :1686), exclus dans
la langue standard, ex. :
Si tu voudrais, on travaillerait ensemble.
(Carco, in Grevisse :1686)
(en français standard : Si tu voulais…). L’emploi, dans l’interlangue des apprenants
roumains, du futur ou du conditionnel aprčs si conditionnel pourrait, éventuellement,

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apparaître comme un décalage dû à la non-adéquation au contexte situationnel ; en fait,
les élèves ou les étudiants roumains qui utilisent cette construction n’ont sans doute pas
la conscience de cette différence de registre.
Outre cette stratification du français en synchronie, il serait intéressant
d’envisager également une stratification en diachronie. On peut constater ainsi qu’un
certains nombre des erreurs que les apprenants commettent en maniant la langue cible
sont à considérer comme telles en synchronie, mais elles ne le sont pas en diachronie.
Tout en apparaissant comme incorrectes dans la langue contemporaine, les formes et
les structures en question étaient pourtant utilisées en tant que telles ŕ un moment donné
de l’histoire du français (ancien français, moyen français ou français classique) ; elles
sont disparues par la suite, pour céder la place à d’autres structures.
Ceci est valable aussi bien pour les fautes internes (dues l’influence du systčme
de la langue cible) que pour les fautes interférentielles (dues à l’influence de la langue
base). Pour ce qui est des fautes internes, on peut relever certaines formes, incorrectes
en français standard, qui s’expliquent par l’analogie avec d’autres éléments du système
du français, et qui se trouvent coďncider avec des formes en usage à une certaine
époque. Ainsi, le féminin pluriel *cettes roses (pour ces roses), formé à partir du
singulier cette rose, rejoint le pluriel cestes roses de l’ancien français. Ou encore, la
prononciation sans [r] final des infinitifs en -ir (ex. finir prononcé [fini] ou dormir -
[dormi] ) renvoie au moyen français, période caractérisée par la chute généralisée des
consonnes finales (y compris dans les infinitifs en -er, en -ir et en -oir), partiellement
rétablies à partir du XVIIe siècle (pour les verbes du IIe et du IIIe groupes, mais non
pas pour ceux du Ier groupe, en -er).
Quant aux fautes interférentielles, dont nous nous occupons ici, nous allons citer
un certain nombre de faits d’ordre lexical, mais surtout d’ordre grammatical. Il va de
soi que nous ne pouvons nullement prétendre à l’exhaustivité, et ce n’est d’ailleurs pas
notre propos.
♦ La dérivation. Ex. le substantif *sériosité (rattaché à l’adjectif sérieux ; cf.
roum. seriozitate, dérivé de serios), employé à la place de l’adjectif substantivé (le)
sérieux. Ce mot était pourtant en usage en moyen français, étant proscrit comme
archaïsme au XVIIe siècle.
♦ Le genre des noms. Ex *la doute, pour le doute (cf. roum. îndoiala, nom
féminin). Féminin en ancien français (cf. Greimas, Dictionnaire de l’ancien français),
il l’est encore au XVIIe siècle lorsqu’il signifie «appréhension, soupçon» (Vaugelas le
déclare masculin) :
Ma doute n’est pas vaine.
(Rotrou, in Dictionnaire du français classique)

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Quant au substantif épithète, employé fautivement au masculin par les
apprenants (d’après le roum. un epitet), il connaissait au XVIIe siècle un emploi
hésitant, pouvant être aussi bien masculin que féminin (cf. Dictionnaire du français
classique).
♦ L’absence d’article. Les exemples du type *Je mange pain (pour Je mange
du pain, cf. roum. Mănânc pâine) ou *Il boit vin (pour Il boit du vin, roum. Bea vin)
où l’article partitif manque, rappellent en fait les constructions de l’ancien français.
L’article partitif «n’existe quasiment pas en a.fr. : boire vin, mangier pain» (Picoche
& Marchello-Nizia, 1989 : 223), son usage moderne datant du moyen français. Le
modèle syntaxique de l’ancien français se retrouve encore au XVIIe siècle ; dans les
phrases ci-dessous on peut noter l’absence de l’article partitif devant l’objet direct :
Je voulois gagner tems pour ménager ta vie.
(Corneille, in Haase : 304)
Je lui ai demandé instruction et il m’a jeté des pierres.
(Guez de Balzac, in Haase : 304)
♦ La construction de certains verbes. L’emploi transitif direct (incorrect
aujourd’hui) du verbe pardonner (*pardonner qqn. au lieu de pardonner à qqn.)
s’explique par l’emploi transitif du verbe correspondant du roumain (a ierta pe cineva).
Pourtant cette construction était encore normale en français classique, à preuve
l’exemple que voici :
Dieu pardonne ceux qui y ont répandu cet esprit.
(Mme de Maintenon, in Haase : 135)
♦ La voix. Certains verbes ont changé d’emploi au cours de l’histoire du
français, et leur utilisation fautive par les apprenants roumains rappelle précisément un
état de langue révolu. Ainsi, le verbe craindre, que les élèves et les étudiants, sous
l’influence du roumain a se teme, font souvent précéder du pronom réfléchi (*se
craindre), était employé comme verbe pronominal en ancien français (cf. Condeescu,
1973 : 108). Le verbe jouer devient, par analogie avec le roumain a se juca, se jouer,
tout comme au XVIIe siècle :
On n’est point capable de se jouer longtemps lorsqu’on a dans l’esprit une
passion si sérieuse.
(Molière, in Haase : 141)
Inversement, le verbe s’évader, essentiellement pronominal en français
moderne, est employé fautivement comme verbe non pronominal ; la forme *évader,
due au modèle du roumain a evada, était cependant usuelle au XVIIe siècle, signifiant
«partir, se sauver» :
Nous nous amusons trop, il est temps d’évader.
119
(Corneille, in Dictionnaire du français classique)
♦ L’emploi des modes. Dans les subordonnées circonstancielles exprimant la
concession, introduites par quoique ou bien que, on rencontre souvent l’indicatif au lieu
du subjonctif, ce qui est dû à l’influence de la langue maternelle des apprenants. Ex.
*quoiqu’il pleut, au lieu de quoiqu’il pleuve (cf. roum. deşi plouă). Cependant, on
constate en français, surtout dans la langue parlée, mais aussi dans la langue écrite, la
tendance à employer l’indicatif, qui exprime plus nettement la réalité d’un fait, comme
dans l’exemple que voici :
Bien que nous fûmes (…) très attentifs.
(A.France, in Grevisse : 1679)
L’hésitation entre indicatif et subjonctif était courante en français classique ; dans les
textes du XVIIe siècle on rencontre très souvent l’indicatif, témoin l’exemple ci-
dessous :
Quoique (…) elle n’avoit pas mérité d’être flattée.
(Bossuet, in Haase :195)
♦ L’emploi des temps après si conditionnel. La construction, fautive par
rapport à la langue standard, avec le futur (ex. *si j’aurai le temps au lieu de si j’ai le
temps, cf. roum dacă voi avea timp) rappelle un emploi pareil – bien qu’assez rare –
dans l’ancienne langue, sur le modèle du latin :
Si je monterai el ciel, tu illuec iés ; si je descendrai en enfer, tu iés. «Si je monte
au ciel, tu es là ; si je descends en enfer, tu y es présent.»
(Psautier d’Oxford, in Anglade : 210)
En voici un autre exemple datant du XVIe siècle :
Si ce mien labeur sera si heureux que de vous contenter, à Dieu en soit la
louange.
(Amyot, in Grevisse : 1686)

♦ La négation totale sans pas. Ex. *Tu ne dois partir, pour Tu ne dois pas
partir, cf. roum Nu trebuie să pleci. Tout comme en roumain, l’ancien français ne
connaissait, dans une première étape, que la construction – proche du latin – avec un
seul formant (ne) :
Et se ce fere ne volez. «Et si vous ne voulez pas faire cela.»
(La Chastelaine de Vergi, in Raynaud de Lage : 127)
Le deuxième élément de la négation, corrélatif de ne, ne s’est imposé que plus
tard, la construction initiale avec ne seul ayant toutefois laissé des traces dans la langue
soutenue (ex. Je n’ose sortir).

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♦ L’emploi du pronom personnel forme tonique. La construction fautive
*il et sa femme (au lieu de lui et sa femme) s’explique par le modèle du roumain (el şi
nevasta lui) ; le roumain ne fait pas de distinction entre formes toniques et atones, pour
le pronom personnel sujet. Pourtant cette construction se retrouve en ancien français :
Il et Rolanz el camp furent remes. «Lui et Roland furent laissés sur le champ de
bataille.»
(La Chanson de Roland, in Anglade : 161)
♦ L’absence du pronom personnel sujet dans les constructions
impersonnelles. Dans des exemples tel que *Est tard (pour Il est tard, cf. roum. E
târziu) on rejoint la situation de l’ancien français. La vieille langue pouvait très bien se
passer de la présence du sujet impersonnel il, devenu obligatoire en moyen français. En
voici des exemples :
Ne puet altre estre. «Il ne peut en être autrement.»
(La Vie de Saint Alexis, in Anglade : 161)
Quatre pedrons i at. «Il y a quatre perrons.»
(La Chanson de Roland, in Anglade : 162)
A comparer aussi avec les constructions impersonnelles sans il du français familier et
populaire (ex. Faut dire que…) ou avec les structures figées, vestiges de l’ancienne
langue (si bon vous semble).
♦ L’ordre des mots (verbe – sujet) dans la phrase interrogative. La
construction fautive *Est parti ton frère ? (pour Ton frère est-il parti ? ou, dans la
langue courante et familière, Ton frère est parti ?) s’explique par l’analogie avec le
roumain (A plecat fratele tău ?). On retrouve cependant le même modèle structural dans
certaines phrases interrogatives de l’ancien français :
Est morte m’amie ? « Mon amie est (-elle) morte ?
(La Chastelaine de Vergi, in Skrélina : 167)
♦ La place du pronom complément d’un infinitif qui est lui-même
complément d’un verbe modal. Dans des exemples tels que *Je le peux faire ou *Cela
se peut faire (pour : Je peux le faire et Cela peut se faire), les apprenants placent le
pronom personnel ou réfléchi avant le verbe support de l’infinitif, ce qui s’explique par
l’influence du roumain (O pot face, Asta se poate face). Ces tours coïncident avec un
modèle syntaxique usuel en français classique :
Il reste à dire sur quoi se peuvent être fondés (…) ceux qui l’ont condamné.
(Vaugelas, in Haase : 418)
On en retrouve d’ailleurs les traces dans les parlers régionaux et dans la langue littéraire
(cf. Grevisse) :

121
La blessure et la souffrance (…) ne se peuvent imaginer.
(Audiberti, in Grevisse : 1050)
♦ La construction sans préposition des adjectifs épithètes du pronom
indéfini rien. Ex. *rien bon au lieu de rien de bon (cf. roum. nimic bun). Ce type de
constructions était néanmoins possible encore au XVIIe siècle, témoin l’exemple que
voici :
Il n’est rien mauvais que ce qui n’est point honnête.
(Malherbe, in Haase : 302)
♦ L’emploi de l’adverbe tant devant un adjectif. Pour intensifier un adjectif
les apprenants emploient parfois tant à la place de si (ex. *tant petit, pour si petit, cf.
roum. atât de mic). En fait, tant a eu, jusqu’au XVIIIe siècle, des emplois plus larges
qu’en français moderne, ex. tant heureux (Picoche & Marchello-Nizia : 288).

♦ L’emploi des prépositions après certains adjectifs. Le complément de


l’adjectif étranger se construit en français moderne avec la préposition à ; la
construction avec de, qui constitue une faute interférentielle (* étranger de qch., cf.
roum. străin de…), était cependant utilisée au XVIIe siècle, à preuve l’exemple ci-
dessous :
Notre foi exceptée dont malheureusement il est étranger.
(Guez de Balzac, in Haase : 268)
♦ La construction du complément d’agent. Sur le modèle du roumain, les
apprenants construisent souvent le complément d’agent avec la préposition de au lieu
de par (ex. *La lettre a été écrite de son fils ; cf. roum. Scrisoarea a fost scrisă de fiul
său), ce qui n’est pas sans rappeler des emplois pareils qui étaient habituels en moyen
français et en français classique, ex. :
Le foible opprimé du puissant
(Corneille, in Condeescu : 293),
ainsi que certains emplois du même type qui subsistent en français moderne, tels que :
il n’est obéi de personne ou abandonné de tous (Picoche & Marchello-Nizia, 1989 :
272).
♦ La construction de certains compléments circonstanciels. Ainsi, dans les
circonstants temporels où l’on trouve le relateur de à la place de depuis (ex. *Il est ici
de trois jours, pour …depuis trois jours), on peut reconnaître l’influence du roumain
(de trei zile). Cependant on rencontre des exemples de ce type depuis l’ancien français
(ex. de grand pièce signifiant «depuis longtemps», in Anglade, 1973 : 229) et jusqu’en
français classique :
Mon fils et sa femme sont à R. de lundi.

122
(Mme de Sévigné, in Haase : 271)
En examinant les formes et les constructions qui, aujourd’hui, constituent des
fautes interférentielles appartenant à l’interlangue des apprenants roumains - dues,
précisément, à l’influence de leur langue maternelle -, mais qui, pendant telle ou telle
période de l’histoire du français, étaient parfaitement correctes et usuelles, on peut
remarquer que l’on a affaire à des exemples d’une assez grande diversité, mettant en
cause plusieurs compartiments de la langue, tout particulièrement le système
grammatical. Il ne s’agit pourtant pas d’un ensemble vraiment systématique, mais
plutôt d’un certain nombre de faits ponctuels.
Les structures en question, inacceptables de nos jours, répondent à des modèles
que le français a effectivement utilisés et qu’il a abandonnés au cours de son histoire, le
changement de l’usage étant généralement précédé d’hésitations entre deux formes
parallèles et concurrentes. Il est d’ailleurs intéressant de constater que certaines de ces
constructions coïncident non seulement avec des survivances de l’ancienne langue,
mais aussi avec des tendances de la langue actuelle.
Les correspondances que nous venons de relever entre des faits de langue du
roumain, d’une part, et des structures appartenant à différentes étapes de l’histoire du
français, d’autre part, constituent ce que nous appellerons des convergences décalées.
À partir de là, on pourrait envisager d’élargir le champ de la linguistique contrastive,
certaines des fautes dues à des divergences en synchronie pouvant être considérées
comme des fautes relatives dans l’ordre de la diachronie.
Cette rencontre entre synchronie et diachronie nous amène à souligner l’aide
que l’histoire de la langue peut apporter dans l’enseignement du français langue
étrangère à l’université, permettant d’expliquer non seulement les formes et les
structures existantes dans la langue actuelle, mais aussi certaines formes et
constructions fautives, identifiées en tant que telles en synchronie, par rapport au
français standard.
On peut affirmer que ces convergences décalées entre le français et le roumain
correspondent à des prototypes virtuels des langues romanes ; c’est là, pensons-nous,
une question qui présente un intérêt tout particulier pour la linguistique romane.

123
CONCLUSION

Nous avons proposé, dans ce livre, une incursion dans le domaine de la


linguistique contrastive, centrée autour de plusieurs types de lexèmes et de structures
grammaticales du français et du roumain, que nous avons jugés significatifs pour ce
genre de problématique.
Visant avant tout un but pratique, nous avons mis en rapport divers éléments
appartenant aux deux langues en présence, pour constituer des ensembles de structures
traductionnelles. Les équivalences entre le roumain et le français ont été établies en
fonction de plusieurs facteurs : la structure sémantique des lexèmes en cause, le
contexte syntagmatique, les contraintes imposées par la langue cible, ainsi que certains
facteurs constitutifs de la situation d’énonciation. Nous avons laissé de côté les
équivalences hors contexte, de type lexicographique, en insistant sur les équivalences
contextuelles : l’essentiel, croyons-nous, c’est d’essayer de surprendre, autant que
possible, la complexité et le dynamisme des structures linguistiques dans leur
fonctionnement réel.
Il va de soi que, vu la diversité des nuances et des situations linguistiques
possibles, les solutions traductionnelles que nous avons présentées ici ne doivent pas
être considérées comme absolues ou obligatoires : elles sont, sans doute, perfectibles, et
elles laissent la place au libre choix du traducteur. La traduction n’est pas toujours
capable de rendre toute la richesse des nuances et tout le spécifique de la langue source;
malgré tout, elle reste possible, puisque la langue dispose presque toujours de moyens
permettant de réaliser des compensations textuelles.
L’analyse contrastive apporte toujours de nouvelles lumières sur chacune des
langues prises en considération, stimulant la réflexion linguistique, quelle que soit la
perspective théorique que l’on adopte et quel que soit le vecteur de traduction choisi. Il
faut souligner le fait que l’analyse contrastive et son corollaire, la traduction, mettent en
jeu l’ensemble des domaines de la linguistique : sémantique, syntaxe et pragmatique se
rencontrent ici de la façon la plus heureuse.
Nous avons insisté, de façon plus ou moins explicite, sur plusieurs types de
divergences entre les deux langues envisagées, divergences qui se situent souvent
uniquement sur le plan de l’expression ; pourtant la diversité des moyens d’expressions
cache souvent des convergences sur le plan conceptuel. L’analyse des fautes

124
interférentielles commises par les apprenants vient compléter et illustrer l’étude
contrastive, dont la vocation première est, précisément, la didactique.
Nous avons précisé, plus d’une fois, que l’information présentée dans les
dictionnaires bilingues est souvent (par la force de choses, il faut le dire) incomplète,
peu nuancée et parfois même peu systématique. Les études que nous avons réunies ici
pourraient donc, d’une part, fournir les éléments nécessaires en vue d’une présentation
lexicographique plus rigoureuse des correspondances entre le français et le roumain
(pour les lexèmes envisagés ici) et, d’autre part, constituer un complément du
dictionnaire bilingue, en présentant des répertoires de structures traductionnelles qui
pourraient être des fragments d’une grammaire de la traduction, instrument utile à la
fois pour les apprenants et pour les traducteurs.

125
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SOMMAIRE

¾ Avant-propos
¾ Chapitre 1
♦ La préposition depuis : possibilités de transposition en roumain
♦ La préposition dès et ses équivalents en roumain
♦ Là - marque de l’énonciation et ses équivalents en roumain
♦ Les périphrases verbales aspectuelles du français et leurs équivalents en roumain
¾ Chapitre 2
♦ Les pronoms relatifs – étude contrastive (roumain-français)
♦ Equivalences françaises du mode « présomptif» du roumain
♦ L’infinitif long du roumain et ses équivalents en français
♦ La préposition întru du roumain et ses équivalents en français
¾ Chapitre 3
♦ Sur quelques mauvais usages de la terminologie linguistique française chez les
apprenants roumains
♦ Linguistique contrastive et histoire de la langue française: convergences décalées
¾ Conclusion générale
¾ Bibliographie

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