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YANN KEBBI

Un artiste jeune – 32 ans – et largement reconnu : Yann


EXPOSITION Kebbi est affirmé, prolifique, caustique, curieux de toutes les
du 20 septembre au 2 novembre 2019 ressources graphiques et, il le dit en souriant, « volubile ». Car
vernissage le jeudi 19 septembre du livre au dessin de presse en passant par la litho, la gravure
à partir de 18 h 30 et le monotype, la plume ou l’ordinateur, ses travaux ne se
dédicace le samedi 21 septembre laissent pas seulement regarder : pour qui s’y abandonne,
à partir de 15h ils racontent. Ils jouent l’air de rien avec l’espace et le temps.
Ainsi Fondation Kebbi, album à paraître en octobre dans la
Galerie Martel nouvelle collection Lontano d’Actes Sud BD, fait interagir en
17, rue Martel - 75010 Paris 20 dessins foisonnants et subtils un musée, son personnel,
contact@galeriemartel.fr/01 42 46 35 09 son public et, en abyme, des œuvres de l’artiste. La galerie
14 h 30-19 heures du mardi au samedi Martel est heureuse d’en exposer les originaux à partir du
www.galeriemartel.com
20 septembre – et d’ajouter une dimension supplémentaire
à cette très étonnante Fondation Kebbi, puisqu’elle fait de
vous ses nouveaux visiteurs…
« Avant tout, je suis un dessinateur », dit Yann Kebbi.
« Je dessine tous les jours. C’est ma passion. Mais j’élargis
mes techniques au maximum. Tout part du croquis sur le
motif. J’en ai de pleins carnets. Le dessin immédiat porte
des accidents qui se réinvestissent dans le travail définitif.
Si Fondation Kebbi est riche en mouvement, en éléments
scénarisés, en agressivité jouée, c’est aussi que j’ai grandi
à Paris. La ville m’a construit. Sans compter que j’ai besoin
de me raconter des blagues. » Il fallait un cadre pour
orchestrer cette trépidation. Kebbi a commencé par le poser.
Rigoureusement, de la première à la dernière page : « Quand
je travaille, je réfléchis à ce que je dessine. Alors, avec un
calque, j’ai calé l’entrée et la sortie du musée – deux moitiés
du même espace. Pour que l’affaire ait un sens, il fallait de
la symétrie et de la constance. C’est pourquoi un rectangle
composé de carrés revient en leitmotiv, au milieu des
RELATIONS PRESSE dessins. Les arêtes horizontales de ceux-ci coïncident. Mais
GALERIE MARTEL une fois le système défini, je peux m’en affranchir. Entre une
AMÉLIE PAYAN double page et la suivante, je fais varier du tout au tout les
contact@galeriemartel.fr/06 10 19 30 02 perspectives. » Grâce à ces ancrages discrets et efficaces,
le public dessiné hantant la Fondation Kebbi, tout comme
ACTES SUD BD le regardeur du livre ou des originaux, peuvent traverser
MÉLANIE BOUZOU souplement l’exposition. Chaque salle – soit chaque double
m.bouzou@actes-sud.fr/01 55 42 62 82 page – est dévolue à une technique spécifique de l’auteur.

YANN KEBBI
Papier Japon encré, plume, gravure, manière noire en
aquatinte, photo, monotype. Kebbi a réalisé spécialement
pour Fondation ces œuvres en abyme – sauf celles des
deux dernières catégories, issues de travaux antérieurs. « Et
dans le déroulé », précise-t-il, « j’ai ménagé des pauses.
Des dessins où les personnages ne forment plus le décor
principal. » Ainsi, ce voilage derrière lequel les silhouettes
disparaissent. Ces à-plats de couleurs vives évoquant le
travail textile de Sheila Hicks. Cette barbe à papa XXL. Ou
ces bâches de peintre blanches jetées sur les éléments du
musée, en rappel d’une installation à la Christo.

Mais les personnages de Kebbi ne s’effacent jamais. Certains


n’ont droit qu’à une cameo appearance – ils jouent leur rôle
sur une seule double page. D’autres déroulent leur destin de
salle en salle : fantôme, handicapé, photographe, squelette,
prennent valeur de running gag. À coups de marteau, un
petit Superman explose tablettes et smartphones, « ces
filtres numériques que les visiteurs interposent entre
leur œil et l’œuvre. » Un gardien, lampe-torche au poing,
surprend un portrait photo s’échappant de son cadre sur
deux grêles jambes au crayon bleu. Le gardien se lance à
sa poursuite mais finit par trébucher et mourir au bas d’une
volée de marches, son mouvement décomposé comme par
un stroboscope, aussi explicite que celui du Nu descendant
un escalier de Marcel Duchamp. Souvent, le bras armé
du Superman frappeur se multiplie comme celui d’un dieu
hindou… Pourquoi ? Parce que « Le combat contre le temps est
le seul véritable sujet de roman », comme l’a noté Lovecraft.
Et la remarque de l’écrivain fantastique vaut autant pour
l’art plastique, qui livre lui aussi son véritable combat
lorsqu’il exprime le mouvement et le passage des secondes.
On le savait avec Vermeer, Picasso, Bacon – et bien sûr
Duchamp. Sérieusement mais sans se prendre au sérieux,
Kebbi s’amuse à résoudre ce vieux paradoxe liant l’espace
au temps – et y parvient. Sans complexe, il superpose les
heures et les années : sur la durée d’une visite la Fondation,
il met en images toute la vie d’un couple – rencontre,
mariage, enfant, divorce. Le traitement décliné ad lib des
personnages vient épauler ce limpide tour de passe-passe.
Hyper-travaillés ou juste esquissés, réduits à une silhouette
fil de fer, croqués en noir, en bleu inactinique, en rose,
en jaune, en arc en ciel, à la détrempe, hachurés, biffés,
photographiés, gravés, raturés, cryptés comme un vieil
écran de Canal+, cette diversité grouillante et bariolée est
source de vie, d’anecdote, d’aventure. Kebbi, on s’en doute,
adore « les dessins un peu bavards, ceux qui comportent des
clés de lecture. » Rien d’étonnant qu’il cite Jérôme Bosch,
qu’il ait réinterprêté dans le magazine Dada des œuvres de
Brueghel de Velours, ni qu’un de ses dessinateurs favoris
soit Saul Steinberg : « Un maître ! Il type ses personnages
en jouant sur les traitements graphiques. Et il a dessiné des
musées. » Quant aux clins d’œil, cette suite de 20 dessins
en est émaillée – mais ils demeurent largement personnels.
« Je ne prends pas les gens par la main », conclut Yann Kebbi.
« Si on veut lire, on lit. On peut aussi bien juste regarder. »

François Landon