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Motivation des apprenants adultes serbes

pour apprendre le français

Aleksandra Vojvodic,
Professeur de français, Ecole de langues étrangères
Language Factory, Belgrade, Serbie
E-mail : Sandra.vojvodic@gmail.com

Jelena Ilic,
Professeur de français, Faculté de gestion d’ingénierie et
Institut de danse de Belgrade, Université Union Nikola
Tesla, Belgrade, Serbie
E-mail : jelena.ilic@fim.rs

Milena Milanovic
Professeur de français, Institut français de Serbie, Belgrade

La situation du plurilinguisme et de la multiculturalité


en Europe met en évidence la nécessité de l’apprentissage
de diverses langues. Maîtriser une, voire plusieurs langues
étrangères s’inscrit dans la réalité européenne. Si nous
voulons nous épanouir professionnellement et
personnellement, il est indispensable d’apprendre une
deuxième, même une troisième langue étrangère. C’est la
raison pour laquelle les apprenants adultes en Serbie optent
de plus en plus souvent pour l’apprentissage du français.
Cette communication vise à présenter la motivation des
apprenants adultes (âgés de plus de 18 ans) inscrits dans
des universités et écoles de langues privées désireux
d’apprendre ou d’approfondir leurs connaissances en
langue française. Dans un premier temps, nous parlerons de
leur comportement linguistique, des styles d’apprentissage

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et des stratégies de communication en donnant des
exemples concrets des difficultés rencontrées (notamment
les faux-amis entre le serbe et le français, et encore entre
l’anglais et le français, l’interférence de l’anglais et du serbe,
la prononciation des voyelles nasales, de [r] et [y], la
compréhension orale...) et des points positifs.
Par ailleurs, nous accorderons une attention particulière
à la motivation des apprenants tout en soulignant
l’importance de l’enseignement de la culture et de la
civilisation françaises. Désireux de détecter les motifs des
apprenants, nous avons proposé un questionnaire à des
étudiants inscrits à la Faculté de gestion d’ingénierie, à
l’Institut de danse de Belgrade et aux apprenants inscrits à
l’école de langues étrangères Language Factory et à ses
partenaires afin de mieux comprendre leurs propres motifs
et objectifs personnels. Se basant sur les résultats, les
enseignants insistent sur la réactualisation de cette langue
qui a une longue tradition dans l’enseignement en Serbie en
offrant aux apprenants toute une panoplie d’approches
diverses visant à les motiver davantage. Etant donné que le
sondage avait inclus un public hétérogène, nous estimons
que les résultats obtenus montrent une image précise et
détaillée de l’apprentissage du français dans les
établissements privés de Serbie.
L’apprentissage de la langue française a une longue
tradition en Serbie. En effet, elle est la deuxième langue
vivante enseignée dans des établissements scolaires publics
et privés après l’anglais qui occupe la place prépondérante.
Le français est également présent dans de nombreuses
écoles de langues privées, cependant il est impossible
de montrer les chiffres exacts. L’enseignement extrascolaire
occupe une place importante dans notre pays. Les élèves
s’inscrivent dans des écoles de langues afin d’approfondir

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leurs connaissances du français, d’avoir une meilleure note
à l’école ou, dans de rares cas, d’apprendre une troisième
langue étrangère.

Motivation
En ce qui concerne l’apprentissage d’une langue
étrangère, la motivation représente l’un des principaux
facteurs intérieurs. Ce phénomène complexe intègre de
nombreux éléments et il peut jouer un rôle crucial dans la
qualité et la vitesse de l’apprentissage.
A part la notion classique qui distingue la motivation
extrinsèque c’est-à-dire la motivation qui motive de
l’extérieur et la motivation intrinsèque qui motive de
l’intérieur, il est important de définir le concept de la
motivation de l’apprentissage d’une langue étrangère,
notamment du français. Dans ce contexte, il est important
de se référer à l’œuvre des fameux psychologues de
sociologie Gardner et Lambert qui ont fait de plus
importantes recherches dans leur livre Attitude and
motivation in second language learning : The role of attitude and
motivation. D’après eux la motivation comprend trois
composantes différentes, l’effort, le désir et les attitudes
favorables. La combinaison de ces trois éléments fait que
l’apprenant soit vraiment motivé, à condition que son désir
d’accomplir le but et ses attitudes favorables envers le but
soient proportionnés à l’effort investi. Les deux
psychologues distinguent la motivation intégrative et la
motivation instrumentale.
La motivation intégrative est basée sur le besoin de
l’apprenant de s’identifier à la culture du groupe dont la
langue il apprend. Il veut apprendre la langue pour pouvoir
mieux comprendre et connaitre les gens qui parlent cette
langue. Lorsque ce besoin est associé à l’effort investi pour

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atteindre le but, au désir d’apprendre une langue et aux
bonnes réactions favorables à la langue, au milieu et au
contexte dans lequel la langue est parlée, il est question
d’une véritable motivation intégrative. Sans tous ces
facteurs, l'orientation intégrative est un objectif qui manque
de motivation. Il peut arriver qu'une personne soit orientée
de manière intégrative, mais pas très motivée d'apprendre
une langue étrangère. Dans une série de recherches
réalisées sur ce sujet il a été conclu que les apprenants qui
choisissent la motivation intégrative plutôt que
l’instrumentale, démontrent un niveau plus élevé de
l'intensité de la motivation. (Dörnyei, Schmidt, 2001).
Contrairement à la motivation intégrative, la motivation
instrumentale représente une orientation utilitaire. Elle
représente le désir d’apprendre la langue étrangère afin
d’accomplir un certain but comme par exemple obtenir un
travail, avancer dans la carrière, s’inscrire à l’université… Il
n’existe pas de contexte socio-émotionnel, la langue est
apprise uniquement pour des raisons pragmatiques. La
motivation instrumentale peut être très forte et souvent
même plus forte que la motivation intégrative, d’autre part
elle est considérée à long terme la motivation intégrale, elle
a tendance à durer moins de temps. Ainsi Gardner
distingue la motivation intégrative comme dominante
puisque l’apprenant orienté de manière intégrative aura
une attitude positive envers la langue. Une personne peut
être orientée à la fois par la motivation instrumentale et
intégrative, étant donné qu’une motivation n’exclut pas la
présence d’une autre. Cependant, le succès ne dépend pas
uniquement de la motivation intégrative ou de la
motivation instrumentale mais d’une motivation qui se
développe dynamiquement au cours du procès de
l’apprentissage.

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Afin de mieux comprendre les propres motifs et les
objectifs personnels des apprenants serbes adultes nous
avons effectué un sondage visant à obtenir une image
précise et détaillée de l’apprentissage du français dans les
établissements privés de Serbie. Nous avons proposé un
questionnaire à des étudiants inscrits à la Faculté de gestion
d’ingénierie, à l’Institut de danse de Belgrade et aux
apprenants inscrits à l’école de langues étrangères
Language Factory et à ses partenaires.
Le sondage a inclus un public hétérogène de 128
personnes, dont 68,43 % du sexe féminin et 31,57 % du sexe
masculin. Nous avons classifié les apprenants par rapport à
leur âge en 4 groupes : de 18 à 21 ans, de 22 à 25 ans, de 26 à
34 ans et plus de 35 ans. La majorité des apprenants 57,99 %
appartenait au premier groupe de 18 à 21 ans, 34,12 %
appartenait au deuxième groupe de 22 à 25 ans, 5,55 %
appartenait au troisième groupe de 26 à 34 ans et seulement
2.34 % appartenait au groupe de plus de 35 ans.

Distribution des
apprenants d'après le sexe

31.57, 32%
Masculin
Féminin
68.43, 68%

5
Distribution des
apprenants d'après l'âge
2.34
5.55

34.12
57.99

18-21 ans 22-25 ans 26-34 ans plus de 35 ans

Tous les interrogés (100 %) ont marqué la langue serbe


comme leur langue maternelle. En revanche la majorité des
interrogés parle ou comprend au moins encore une langue
étrangère. 93,3 % des interrogés parlent (ou comprennent)
encore une langue étrangère, 4,5 % des interrogés parlent
(ou comprennent) deux langues étrangères et seulement 1,2
% des apprenants du français déclarent parler (ou
comprendre) trois ou plus langues étrangères. Tous les
apprenants parlaient ou comprenaient au moins une langue
étrangère.

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Notre sondage démontre que la majorité des interrogés
est motivée par l’épanouissement professionnel (53,7 %),
ensuite par la possibilité de poursuivre les études dans un
pays francophone (46,5 %), par la beauté et la mélodicité de
la langue française (33,8 %), 10,3 % des interrogés est
motivé par l’épanouissement personnel, 6,5 % des
interrogés décident d’apprendre le français pour découvrir
d’autres façons de vie et d’autres cultures, alors que 3,3 %
des apprenants apprennent le français parce qu’ils sont
obligés par leurs parents.

Motivation %
Epanouissement professionnel 5
3,7
Epanouissement personnel 1
0,3
Poursuivre ses études à 4
l’étranger 6,5
Découvrir d’autres cultures 6
,5
La beauté de la langue 3
3,8
Obligés par des parents 3
,3

En analysant le sondage effectué, nous pouvons


constater que l’âge et le sexe des interrogés déterminent en
grand lieu leur motivation.

7
Motivation et le sexe des
apprenants
36.2
40
35 28.2
30 23.4
23.1
25 17.5
20
15 7.1
10 3.2 5.3 5.6
1.2 2.11.2
5
0

masculin féminin

Les résultats du sondage montrent que les hommes sont


surtout motivés par l’épanouissement professionnel et
l’idée de pouvoir poursuivre leurs études dans un pays
francophone, alors que les femmes sont plutôt motivées par
la beauté et la mélodicité de la langue française, la
possibilité de poursuivre les études dans un pays
francophone, mais aussi par l’épanouissement
professionnel et l’épanouissement personnel que pourraient
leur offrir l’apprentissage de la langue française. Seulement
1,2 % des hommes sont motivés pour pouvoir découvrir
d’autres cultures et d’autres civilisation, tandis que
seulement 1,2 % des femmes apprennent le français parce
qu’elles sont obligées par leurs parents. Il faut noter que les
interrogés avaient la possibilité de choix multiple.

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Motivation et l'âge des
apprenants
30 28.1

25 21.5 22.2
21.4
20
14.5
15
9.5 8.4
10 7.1
5 0.32.9 2.3 3.2
0.30.6 1.61.3 2.32.20.51.5 1.4 0.10
0

18-21 ans 22-25 ans 26-34 ans plus de 35 ans

D’après les résultats obtenus sur la motivation de


l’apprentissage de la langue française, nous pouvons
déduire que les cours devraient être conçus de telle manière
que l’on puisse répondre aux souhaits et aux besoins des
apprenants, sans pour autant perdre en qualité, mais plutôt
gagner en motivation. Par exemple, cette partie de notre
recherche démontre que les apprenants sont très motivés
par la poursuite de leurs études dans un pays francophone,
alors nous pourrions leur offrir des supports
d’enseignement qui traitent la vie des étudiants, les
discours académiques du registre formel et informel, des
techniques pour comprendre et produire les interventions
complexes sur des sujets variés…

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Culture et civilisation
Il est impossible d’ignorer la culture du pays dont la
langue on apprend. La langue est un instrument social dont
la fonction primaire est la communication, ainsi ne pas
connaître la culture de la langue apprise peut causer une
réaction inadéquate à l’input auquel nous sommes exposés.
« Ceux qui apprennent des langues étrangères sont
beaucoup plus tolérants en ce qui concerne les différences
entre les gens » (Carpenter, Torney, 1973). L’influence
positive des informations culturelles est considérablement
élevée lorsque ces informations sont éprouvées à travers
l’apprentissage de la langue étrangère et l’expérience dans
des situations culturelles authentiques (Curtain, Dahlberg,
2004). Afin de développer des compétences interculturelles
il convient de se référer aux éléments qui déterminent la
culture d’un peuple et d’une langue. Principalement, c’est le
contexte socioculturel, autrement dit, la façon de se
comporter et la manière de communiquer, et ensuite le
contexte culturel de la civilisation à travers les arts. Dans ce
siècle de l’indépendance globale, de la société
multiethnique et multiculturelle, l’apprentissage d’une
langue étrangère offre une possibilité de recherche des
autres cultures tout en approfondissant les connaissances
liées à sa propre culture. Pendant ce processus un
environnement sécurisé se forme et mène les apprenants à
travers le procès d’auto-actualisation et d’auto-découverte.
En apprenant une langue et une culture étrangère on
développe sa propre manière de raisonner et de concevoir
le monde, on apprend l’évaluation de soi et de ceux qui sont
différents. Dans ce sens, l’apprentissage des langues
étrangères offre des bénéfices cognitifs et socioculturels.
(Cloud, Genesee, 1998). En élargissant notre vision et en
créant de nouveaux horizons, nous concevons la liberté

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d'explorer des différentes valeurs et perceptions, car nous
ne sommes plus contraints par la vision étroite du monde
ou par la vision limitée seulement par la propre culture
(Carpenter et Torney, 1973).
L’idée de la compétence culturelle comprend aussi une
suite de notions liées à cette question, notamment, le
concept de la conscience culturelle. La conscience culturelle
est le concept devenu populaire dans l’éducation dans les
années ’80 et ’90 du vingtième siècle. Le développement de
la conscience culturelle est étroitement lié au
développement de la société postmoderne intéressée aux
différences culturelles et au rapport envers « l’autrui » quel
que soit l’origine nationale, ethnique ou sociale. Le concept
essentiel de la conscience culturelle est l’idée de
l’adaptabilité, autrement dit l’idée de l’accès à une autre
culture et à ses coutumes ce qui est d’une grande
importance dans la compréhension de soi et de sa propre
culture. Ce concept est étroitement lié à l’apprentissage de
la langue maternelle, mais c’est dans l’apprentissage de la
langue étrangère que l’on aperçoit vraiment son
importance. C’est cette tendance à l’approche plus large de
la langue, même au niveau débutant, qui a contribué au fait
que le développement de la conscience culturelle devient
une grande partie de l’apprentissage de la langue étrangère.
Par ailleurs, on se demande s’il est vraiment possible de
développer la conscience culturelle à distance, dans la
classe, par rapport à l’expérience culturelle qui se
développe en séjournant dans le pays de la langue que l’on
apprend. Comme il est déjà mentionné plus haut, l’aspect
très important de la conscience culturelle est l’adaptabilité.
Le développement de la conscience culturelle représente un
procès qui est mené de l’ethnocentrisme vers la tolérance, y
compris la conscience des stéréotypes nationaux. De cette

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manière on obtient des discussions anthropologiques sur la
culture en développant le relativisme culturel, et de l’autre
côté des discussions socio-psychologiques sur les préjugés,
les stéréotypes et les connaissances sociales. La conscience
culturelle est le concept qui fait partie des objectifs
principaux de l’apprentissage des langues étrangères tout
en aboutissant vers le développement des compétences
interculturelles. C’est la capacité d’entamer une
communication réussie entre les membres des différentes
cultures linguistiques, en utilisant les compétences
linguistiques, sociolinguistiques et expressives.
L'interlocuteur doit connaître la dimension sociale de la
langue utilisée ainsi que les coutumes du pays originaire de
la langue. En interprétant et en reliant les informations qu'il
reçoit, il doit être ouvert dans la communication et prêt à
accepter sans préjudices les autres cultures. La notion
contraire à la compétence interculturelle est un phénomène
assez commun dans la société moderne, le phénomène du
choc culturel. C’est principalement une réaction
émotionnelle provenant de l’incapacité de comprendre, de
contrôler ou de prédire le comportement de quelqu’un
(Byram, 2002).
En se référant à tout ce qui est cité ci-dessus, nous
pouvons déduire que le développement des compétences
communicatives interculturelles dans la société où nous
vivons représente un aspect crucial dans l’apprentissage de
la langue étrangère. Dans le cas de l’apprentissage dans un
cadre institutionnel, ce qui est le plus fréquent, les
enseignants devraient faire une grande attention à cette
question. L’enseignant de la langue étrangère est
naturellement dans le rôle du personnage qui construit des
ponts entre les cultures différentes, qui peut préparer les
apprenants à la communication dans la culture étrangère et
qui doit les prévenir préalablement de certains phénomènes

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culturels afin d'éviter les malentendus et les situations
désagréables et incompréhensibles (Bilić, 2008).

Comportement linguistique des apprenants


adultes serbes
Il y a beaucoup de mots français dans de nombreuses
langues du monde. Les internationalismes ne posent pas de
problèmes aux apprenants serbophones. Ils mémorisent et
réutilisent facilement les mots comme : hôtel, taxi,
restaurant, grammaire, étudiant, trottoir, football, musique,
télévision, téléphone, tigre, crocodile, chauffeur, expert,
information, manifestation, famille… parce que la forme et
la prononciation de ces mots ressemblent à celles des
équivalents serbes et la signification en est identique.
Cependant, la ressemblance de la forme ne garantit pas la
synonymie si bien que l’on trouve quelques exemples de
faux-amis : solitaire (en français : sans compagnie, qui
recherche la solitude…, en serbe soliter : gratte-ciel),
gymnase (en français : le local aménagé pour la pratique des
sports, en serbe gimnazija : le lycée), conducteur (en
français : chauffeur, en serbe kondukter : receveur). « Le
faux-amis peut surgir dans tous les domaines, à tous les
niveaux de la langue, et, qui plus est, il s’agit là d’un
phénomène linguistique extrêmement vivant, d’une
actualité et d’une extension toujours plus grande, en
rapport direct avec les contacts toujours plus étroits
entretenus par les différentes langues et leurs interactions
renforcées… Les langues ont élargi leurs zones
d’interférence notamment sur le plan lexical. » (Jean
Kudela, 1979) Néanmoins, il convient de constater que les
serbophones commettent des erreurs lexicales dues aux
faux-amis provenant de l’anglais. Curieusement, les
exemples en sont nombreux, mais nous n’en citerons que
les plus fréquents. Le mot anglais eventually signifie enfin,

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finalement et ne devrait pas être confondu avec le mot
français éventuellement dont la signification est proche de
celle en serbe (eventualno). Les verbes travailler et rester
sont souvent mal employés dans le sens de voyager, i.e. se
reposer en raison de leur ressemblance avec les verbes
anglais travel et rest.
Par ailleurs, l’expression de l’article pose problème,
étant donné que l’article en serbe n’existe pas. Les
serbophones ont tendance à ne pas l’utiliser et ils leur est
difficile de sentir la notion de défini et d’indéfini, parce
qu’en serbe le contexte permet de conclure si une chose est
définie ou indéfinie.
Un problème fréquent que nous devrions mentionner
est celui de la négation. En serbe, la négation se construit
avec un seul élément « ne » devant le verbe. Les apprenants
oublient souvent d’utiliser la seconde partie de la négation
française. (Je ne veux. Il ne comprend. Il ne fait ses
devoirs…)
En outre, il existe de nombreuses confusions en genre.
Le serbe en possède trois : féminin, masculin et neutre. Il en
provient que les serbophones ont beaucoup de difficultés,
surtout au début de leur apprentissage, de verrouiller le
genre des noms. Certaines erreurs restent visibles même
aux niveaux plus élevés, lorsque la forme du mot français et
serbe est semblable et le genre différent (par exemple : le
groupe est masculin en français, grupa est féminin en serbe
si bien que nous pouvons très souvent entendre et lire la
groupe).
Encore une difficulté repose sur les champs lexicaux qui
dans une langue contiennent une abondance d’unités
lexicales et dans l’autre très peu. Le parfait exemple en sont
les liens de parentèle : le substantif oncle a en serbe trois

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équivalents (ujak, stric, teča), le même que tante (ujna,
strina, tetka). Ces exemples sont bien connus de tous les
apprenants serbophones et ils indiquent la place
prépondérante que la parentèle occupe chez les serbes. Cet
exemple montre clairement l’importance de la réalité
extralinguistique qui influence l’apprentissage d’une langue
étrangère. Quelles sont donc les phénomènes auquel tient
une société et qu’une langue considère primordiaux, quels
sont leurs rôles et fonctions dans une société ? Ce sont les
questions que les apprenants (se) posent ponctuellement.
Les apprenants adultes n’arrivent pas toujours à
maîtriser la prononciation correcte de la langue étrangère
qu’ils apprennent. Ceci est probablement dû au fait qu’ils
entendent les nouveaux sons à travers le crible
phonologique de leur langue maternelle. Nous tenons à
énumérer par conséquent quelques difficultés de
prononciation des apprenants serbophones. Nous nous
focaliserons principalement sur le niveau segmental de la
langue française.
En ce qui concerne les phonèmes et leurs traits
distinctifs, nous ne mentionnerons que les plus apparentes,
si bien que cette énumération ne sera ni exhaustive, ni
explicative
- la difficulté à faire la distinction entre les semi-
voyelles [Ч] et [w] et la voyelle antérieure arrondie [y]
- la difficulté à maîtriser le trait distinctif de nasalité et
à bien prononcer les trois voyelles nasales
- la difficulté à réaliser à l’oral des mots se terminant
par une voyelle orale en combinaison avec une consonne
nasale
- la confusion entre e muet, e fermé et e ouvert.

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Les erreurs sur le plan de la prosodie (provoquées dans
certains cas par une influence de l’aspect segmental) ont le
plus souvent trait aux aspects suivants :
- la difficulté de faire tomber e caduc manifestée par
trop de syllabes dans la prononciation
- la confusion entre la voyelle [i] et la semi-voyelle [j]
provoquant trop de syllabes dans la prononciation
- les troubles de l’intonation.
Afin que ces difficultés soient surmontées et que les
apprenants soient capables de prononcer les phonèmes
correctement, les enseignants fournissent un bon modèle de
prononciation en les corrigeant systématiquement et
surtout en insistant sur l’importance de la phonétique dans
l’apprentissage du français.

Conclusion
Chaque fois que nous commençons à apprendre une
langue étrangère, quand nous acquérons une nouvelle
structure ou un nouveau mot et finalement quand un
étranger devient notre ami, nous sentons la richesse dont
nous aurions pu être dépourvus si nous n’avions pas osé
entamer cette nouvelle langue. Curieuses d’apprendre ce
qui incite chez les adultes la soif d’apprendre le français,
nous avons proposé un questionnaire portant sur les
raisons qui les avaient poussés à opter pour les cours de
français à la Faculté de gestion d’ingénierie, à l’Institut de
danse de Belgrade et à l’école de langues étrangères
Language Factory et ses partenaires.
Notre sondage a inclus un public hétérogène de 128
personnes, dont 68,43 % du sexe féminin et 31,57 % du sexe
masculin. Nous avons classifié les apprenants par rapport à
leur âge en 4 groupes : de 18 à 21 ans, de 22 à 25 ans, de 26 à

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34 ans et plus de 35 ans. Les résultats du sondage montrent
que les hommes sont surtout motivés par l’épanouissement
professionnel et l’idée de pouvoir poursuivre leurs études
dans un pays francophone, alors que les femmes sont plutôt
motivées par la beauté et la mélodicité de la langue
française, la possibilité de poursuivre les études dans un
pays francophone, mais aussi par l’épanouissement
professionnel et l’épanouissement personnel que pourraient
leur offrir l’apprentissage de la langue française.
Les principales difficultés rencontrées comprennent
principalement les faux-amis entre le serbe et le français, et
encore entre l’anglais et le français, la prononciation des
voyelles nasales, de [r] et [y], l’utilisation de la négation et
de l’article et la confusion en genre.
En nous basant sur les résultats de cette recherche, nous
avons pu élaborer le programme détaillé visant à améliorer
les compétences en français de nos apprenants en fonction
de leur besoins et motivation concrets.

Bibliographie

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