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I ND 2165-186-01

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Cahiers de notes documentaires - Hygiène et sécurité du travail - N° 186, 1er trimestre 2002

→ J. Malchaire, Université
catholique de Louvain,
1200 Bruxelles, Belgique
Stratégie générale
de gestion des risques
professionnels
Illustration dans le cas des ambiances
thermiques au travail

et article décrit une stratégie de prévention des risques en quatre niveaux, appelée
GENERAL STRATEGY
FOR THE MANAGEMENT
C SOBANE, dans le but d'aborder progressivement les situations de travail dans les
petites aussi bien que dans les grandes entreprises, de coordonner la collaboration entre
OF OCCUPATIONAL RISKS salariés, encadrement, médecins du travail, préventeurs…, et d’arriver à une prévention
APPLICATION TO THERMAL plus rapide, plus efficace et moins coûteuse.
CONDITIONS AT WORK Après avoir précisé la terminologie, le document décrit ces quatre niveaux :
- dépistage, où les facteurs de risque sont détectés et les solutions évidentes mises en
œuvre ;
TSOBANE,
his article describes a four-level
risk prevention strategy, termed
the aim of which is to tackle
- observation, où les problèmes restants sont approfondis, les raisons et les solutions sont
discutées de manière détaillée ;
- analyse, où, quand nécessaire, l'on a recours à un préventeur pour réaliser les mesurages
work situations progressively in both nécessaires et développer des solutions particulières ;
small and large companies, to co-ordi- - expertise, dans les cas rares où un expert est indispensable pour étudier et résoudre un
nate co-operation between workers, problème spécifique.
management, occupational physicians, La stratégie, concernant les ambiances thermiques de travail, est illustrée en annexe.
prevention specialists, etc., and to
result in faster and more effective pre-  évaluation des risques  gestion des risques  méthodologie
vention at lower costs.
After defining the terminology, the
document describes these four levels:
- screening, where the risk factors are
detected and straightforward solutions

L
are applied; a directive européenne cadre certains préventeurs ont parfois tendance
- observation, where the study of the 89/391/CEE publiée en 1989 [1] et à n'aborder que des problèmes de sécuri-
remaining problems is broadened in les réglementations qui en ont té, d'autres de maladies professionnelles,
scope, the reasons and the solutions dérivé dans tous les pays de d'autres encore considèrent les seuls pro-
being discussed in greater detail; l'Union européenne, requièrent que l'em- blèmes psychosociaux ;
- analysis, where the company calls in ployeur assure la sécurité et la santé des
a prevention specialist whenever travailleurs dans tous les aspects liés au  problèmes de pénétration dans les
necessary to carry out measurements travail, en mettant en œuvre les principes entreprises : la situation est en effet essen-
and develop particular solutions; généraux de la prévention : tiellement différente dans une PME isolée
- appraisal, in the unusual cases where
 éviter les risques, et une grande entreprise : différence de
an expert is essential to study and
 évaluer les risques qui ne peuvent pas sensibilisation, de moyens, de pression
solve specific questions.
An example of the strategy applied to être évités, sociale…
problems of thermal work environ-  combattre les risques à la source,
ments is illustrated in annex.  adapter le travail à l'homme…  problèmes de coordination entre les
préventeurs (médecins du travail, respon-
 risk assessment La concrétisation de ces principes sur le sables de sécurité, ergonomes, psycho-
 risk management terrain pose de nombreux problèmes : logues industriels…) et avec le monde du
 methodology travail.
 Problèmes de terminologie : les termes
risques, facteurs de risque, prévention pri- L'objectif du présent article est d'appor-
maire, secondaire, tertiaire, restent utilisés ter des éléments permettant d'éviter, de
dans des acceptions différentes ; résoudre ou de minimiser ces problèmes.
Après avoir clarifié les termes, l'article pro-
 problèmes de nature des risques abor- posera et illustrera une stratégie générale
dés : selon leur formation personnelle, de gestion des risques permettant la pré-
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vention des risques de manière progressi- des accidents et des maladies profession- Comme on en discutera ci-dessous, ces
ve et efficace, avec l'intervention opportu- nelles y sont inférieurs de moitié à ceux caractéristiques individuelles (âge, genre,
ne et adéquate des conseillers en préven- des petites et moyennes entreprises poids, sensibilité personnelle…) seront
tion. (PME). désignées par l'expression cofacteurs de
En ce qui concerne ces PME, les pré- risque.
Ce document s'adresse non seulement venteurs proviennent en général de ser-
aux conseillers en prévention (appelés ci- vices externes de prévention regroupant  Un facteur de risque n'existe que dans
dessous préventeurs) que sont les méde- une ou plusieurs disciplines. Ces préven- la mesure où l'opérateur y est exposé.
cins du travail, responsables de sécurité, teurs sont ou devraient être des généra- Dans le cas d'un facteur de risque lié à
ergonomes…, mais aussi et principale- listes de la santé au travail, parce qu’ils la sécurité, l'exposition doit être évaluée
ment aux chefs d'entreprise responsables sont confrontés tantôt à des problèmes de en termes de durée pendant laquelle, ou
de la prévention et aux opérateurs qui sécurité dans un garage, tantôt à des pro- de fréquence à laquelle, l'opérateur y est
vivent cette prévention. blèmes de maladies professionnelles dans confronté.
un nettoyage à sec, tantôt encore à des Dans le cas des agents chimiques et
problèmes de stress dans un bureau de physiques, il est souvent recommandé de
services. Ils ne disposent en général que quantifier l'exposition par des mesurages
1. Définitions d’un matériel de base pour des mesurages
stéréotypés.
du niveau moyen équivalent d'expo-
sition : concentration moyenne sur 8 h,
niveau personnel d'exposition sonore…,
 Nous appellerons experts les per- [2 à 4].
 L'expression situation de travail fait sonnes venant en général de laboratoires La tendance est de penser que cette
référence à tous les aspects physiques, spécialisés, qui disposent des compé- quantification est nécessaire, voire indis-
organisationnels, psychologiques, sociaux tences et des moyens méthodologiques et pensable, et la plupart des manuels d'hy-
de la vie au travail, qui sont susceptibles techniques pour approfondir un problè- giène du travail sont essentiellement, et
d'avoir une influence sur la santé et le me particulier. En règle générale, cepen- parfois exclusivement consacrés à ces
bien-être de l'opérateur. Cette expression dant, ces compétences et moyens sont méthodes de quantification.
est donc plus large que les expressions limités à un aspect particulier : électricité,
condition de travail ou poste de travail qui, toxicologie, acoustique, charge mentale, Ce point sera discuté en détails ci-des-
pour beaucoup de personnes, font réfé- problèmes relationnels… sous. Dans la majorité des cas cependant,
rence de manière restrictive aux facteurs ces quantifications ne conduisent pas plus
d'ambiance (bruit, chaleur…) ou aux  Sont appelés facteurs de risque tous directement et sûrement à la prévention
dimensions, espaces… On sait d’ailleurs les aspects de la situation de travail qui que la simple évaluation de la durée ou
depuis longtemps que, avec les nouvelles ont la propriété ou la capacité de causer de la fréquence. Une échelle telle que
formes d’organisation du travail, la notion un dommage. Ces facteurs peuvent être celle décrite au tableau I peut être utilisée.
de poste de travail, au sens classique relatifs à :
d’emplacement limité occupé jour après  la sécurité : les machines, les échelles,  La définition de facteur de risque fait
jour, tend à disparaître. l'électricité…, référence à un dommage, c’est-à-dire à un
 la santé physiologique : la chaleur, la effet négatif d'une certaine gravité. Il peut
 Nous désignerons ci-dessous par pré- pollution, les mouvements répétés…, s'agir :
venteurs les personnes telles que méde-  la santé psychosociale : les problèmes  de lésions physiques (fractures, cou-
cins du travail, responsables de sécurité, de relation, de contenu du travail, d'orga- pures…) entraînant une incapacité de tra-
hygiénistes industriels, ergonomes, infir- nisation temporelle… vail temporaire ou permanente, voire la
mières du travail… qui ont reçu une cer- mort ;
taine formation et qui ont donc développé Lorsqu'un usage rigoureux des termes  de maladies professionnelles (surdité,
une motivation particulière pour recon- s'impose – et donc dans les discussions intoxication, tendinites…) à plus ou moins
naître, évaluer et prévenir les risques. La entre spécialistes et dans les réglementa- long terme, réversibles ou non ;
formation et la compétence de ces per- tions – nous proposons d'abandonner  de problèmes psychosociaux (fatigue,
sonnes peuvent être variables, mais nous totalement les termes de danger (utilisé insatisfaction, démotivation, troubles psy-
ne ferons pas de distinction, du fait qu’à ce principalement pour les facteurs de risque chosomatiques, dépression…) ;
niveau les différences individuelles de de sécurité) ou de nuisance (utilisé plutôt  de problèmes d'inconfort (posture, éclai-
compétence sont souvent du même ordre pour les facteurs d'ambiance, dans la zone rage, bruit, relations…).
que les différences systématiques. d'inconfort). Les termes facteurs de risque
Dans certains cas et pays, ces personnes traduisent donc au mieux le terme Assez fréquemment, les préventeurs
sont appelées « conseillers en prévention ». hazard anglais. omettent de réfléchir à ce qui pourrait
Il serait illusoire de vouloir imposer réellement résulter (le dommage) du fait
Le cas des grandes entreprises nous cette terminologie rigoureuse dans les de l'exposition à un certain facteur de
intéressera peu ici parce que moins de entreprises. Cependant, une clarification risque. Or, le problème – le risque – est
40 % de la population des salariés y tra- de ce que les interlocuteurs sous-enten- différent que le dommage éventuel soit
vaillent, que les problèmes y sont déjà dent par ces termes s'impose dans maintes une entorse ou une fracture, un inconfort
bien traités, qu’elles disposent de préven- occasions. ou une surdité, une surdité faible à long
teurs internes bien formés, que les com- Cette acception des termes facteurs de terme ou une surdité sévère, une insatis-
pétences sont disponibles, que les organes risque est différente de celle adoptée en faction passagère ou une démotivation
de concertation y fonctionnent plutôt bien médecine, où, par exemple, le cholestérol profonde.
et que les taux de fréquence et de gravité est appelé un facteur de risque d'infarctus.
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On peut caractériser la gravité au moyen Une échelle qualitative, telle que la sui-  La prévention est l'ensemble des
d'une échelle qualitative, telle que : vante, peut être utilisée pour évaluer cette mesures techniques, psychologiques et
 pas de gravité, probabilité : organisationnelles susceptibles de réduire
 inconfort,  pratiquement impossible, le risque pour tous les opérateurs. Il s'agit
 faible gravité : légère blessure sans  possible mais très peu probable, dès lors de mesures collectives, au
ITT (1) ; interférence passagère…  concours de circonstances inhabituelles, contraire de la protection qui est indivi-
 gravité moyenne : ITT de 2 ou 3 jours ;  très possible, duelle. Il est assez généralement admis de
effet sur la santé réversible ; interférence  attendu. parler :
systématique avec le travail… De nouveau, d’autres auteurs ont pro-  de prévention primaire pour désigner
 gravité importante : ITT de plus de 3 posé [6] ou repris des échelles plus élabo- les mesures éliminant le risque ;
jours, sans ITP ; effet sur la santé réversible rées et semi-quantitatives.  et de prévention secondaire pour dési-
mais grave ; nuisance sévère… gner les mesures visant à limiter le risque.
 gravité élevée : ITT et ITP (2) ; effet sur Elle est aussi fonction de caractéristiques
la santé irréversible… de l'opérateur : son âge, sa taille, sa sensi- L'appellation prévention tertiaire est
 gravité très élevée : menace pour la vie bilité personnelle. Ces caractéristiques ne parfois utilisée pour désigner soit les
d'une ou plusieurs personnes… sont pas des facteurs de risque, puisqu'en mesures de surveillance en médecine du
elles-mêmes elles ne peuvent entraîner travail, soit les mesures de revalidation-
D’autres échelles ont été proposées [5, des dommages. Cependant, elles sont sus- remise au travail-réparation lorsqu'un
6], souvent appropriées à une catégorie ceptibles d'aggraver le risque lorsqu'elles dommage a été subi. On ne peut à pro-
seulement de facteurs de risque (sécurité, existent en même temps (co-) que les fac- prement parler dans ces cas de préven-
agents chimiques…). La plupart sont des teurs de risque. Il est donc logique et tion et il est préférable d'utiliser les
échelles quantitatives, intéressantes lors explicite de les appeler des cofacteurs de expressions propres de surveillance
d’études épidémiologiques, mais dont risque. médicale et revalidation.
nous discuterons l’opportunité ci-dessous
dans le contexte de prévention qui est le  Le risque en lui-même est la probabi-  Le septième concept est celui du
nôtre. lité d'un dommage d'une certaine gravité, caractère acceptable ou non du risque.
compte tenu de l'exposition à un facteur Les législations n'en parlent guère, voire
 Le troisième concept à prendre en de risque et de la probabilité de survenue pas du tout. Elles donnent par contre
considération pour l'évaluation du risque de ce dommage durant cette exposition. généralement des valeurs limites d'expo-
est la probabilité de survenue de ce dom- Certaines méthodes existent, permettant sition au delà desquelles, implicitement, le
mage pendant cette exposition. une quantification de ce risque. La plus risque serait inacceptable.
Cette probabilité est fonction de para- connue est celle de Kinney et Wiruth [6] Paradoxalement cependant, ce risque
mètres de la situation de travail, de la natu- qui sera discutée ci-dessous. n'est en général pas connu : quel est le
re et/ou de la fiabilité des moyens de pro- Le risque résiduel est, comme son nom « risque », c’est-à-dire la probabilité d'un
tection collective, des conditions clima- l'indique, le risque qui subsiste lorsque les dommage d’une certaine gravité, après 3
tiques… mesures de prévention et de protection ans d'exposition à une concentration don-
ont été prises. née d'un solvant par exemple ?
Elles précisent par contre quelque
chose qui souvent est oublié, à savoir que
(1) ITT : Interruption de travail temporaire.
(2) ITP : Interruption de travail permanente. le risque doit être réduit à la valeur la plus
basse possible, ce qui signifie que,
contrairement aux habitudes courantes :
 réduire l'exposition à la valeur limite
n'est pas suffisant, s'il est « possible » de
faire mieux ;
TABLEAU I  tout doit être fait pour réduire l'exposi-
ECHELLE D’EXPOSITION EN FONCTION DE LA FRÉQUENCE OU DE LA DURÉE - tion, même si les valeurs limites restent
EXPOSURE SCALE AS A FUNCTION OF FREQUENCY AND DURATION dépassées.
EXPOSITION FRÉQUENCE DURÉE (% DU TEMPS)
Le caractère acceptable ou non du
Rare 1 fois par an < 0,1 %
risque doit donc être apprécié non seule-
Inhabituelle 1 fois par mois 0,1 - 1 % ment en fonction du risque lui-même,
Occasionnelle 1 fois par semaine 1à5% mais des possibilités de réduction.
Fréquente 1 fois par jour 5 à 10 %
Très fréquente 1 fois par heure 10 à 50 %
Continue > 50 %
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Une telle échelle qualitative a été pro- TABLEAU II


posée par le document normatif britan- NATURE ET URGENCE DES ACTIONS DE PRÉVENTION EN FONCTION DU RISQUE [7]
nique à caractère de guide BS 8800 [7] et - NATURE AND PRIORITY OF PREVENTION ACTIONS AS A FUNCTION OF RISK [7]
est présentée au tableau II, dans sa tra-
duction française, avec les actions qui en RISQUE NATURE ET URGENCE DES ACTIONS DE PRÉVENTION
découlent. Trivial Pas d’action requise.
Le risque a été réduit au niveau le plus bas raisonnable praticable.
Aucune action complémentaire n’est requise.
Tolérable
On pourrait envisager une solution d’un rapport coût-efficacité plus favorable
ou des améliorations n’entraînant pas de coûts supplémentaires.
2. Analyse des risques - Des efforts devraient être réalisés pour réduire le risque, mais le coût de la
Gestion des risques prévention doit être évalué avec soin et limité. Des mesures de réduction du
risque doivent être mises en œuvre dans une période de temps définie.
Modéré
Si ce risque modéré concerne des dommages très graves, une étude
complémentaire peut être nécessaire pour préciser la probabilité de ce
L'expression risk assessment est très cou-
dommage et, dès lors, la nécessité de mesures de prévention améliorées.
ramment utilisée dans la littérature scienti-
fique, lors de conférences ou de congrès, Le travail ne devrait pas être entrepris tant que ce risque n’a pas été réduit.
Des moyens importants peuvent devoir être mis à disposition pour réduire
dans les réglementations et dès lors dans Substantiel
le risque. Lorsque ce risque concerne un travail en cours, des actions doivent
le quotidien des services de prévention. être prises de façon urgente.
Une première difficulté surgit en français
Le travail ne devrait être ni entrepris ni continué tant que le risque n’a pas
où cette expression est traduite par analy- Intolérable
été réduit. S’il n’est pas possible de réduire ce risque, le travail doit être interdit.
se des risques – signifiant une analyse glo-
bale de l'ensemble des risques (ce qui
caractérise l'analyse ergonomique) – ou
analyses de risque – signifiant des ana- La tendance à la quantification systéma- dessous d'un certain seuil mais le plus
lyses indépendantes d'un risque à la fois tique sur le terrain résulte, selon nous, de possible, selon tous les principes de
(bruit, électricité, charges…). trois contrevérités : logique et selon les termes des réglemen-
tations nationales et internationales.
Force est de constater que le nombre de 1. Ce qui n'est pas quantitatif, n'existe
méthodes visant à analyser est nettement pas. Cette opinion souvent prêtée aux Nous pensons donc qu'il faut faire réflé-
plus important que le nombre de décideurs, et en particulier aux ingénieurs, chir les préventeurs, qui mesurent systé-
méthodes visant à prévenir les risques et coûte très cher aux entreprises. Or, les matiquement et les employeurs qui le leur
que les méthodes ne concernent généra- problèmes sont souvent simples, évidents, demandent, à l'intérêt réel de ces mesu-
lement qu'un facteur de risque particulier. peu coûteux à résoudre et toute exigence rages, à leur validité, à leur coût et à les
de quantification entraîne des dépenses inciter à quantifier mieux et plus valable-
Ces méthodes d'analyse ont été déve- non justifiées (… si ce n'est à titre dilatoi- ment mais à meilleur escient, en fonction
loppées dans l’ensemble par des cher- re !). Même si cela est bien la demande d'objectifs explicites.
cheurs, dont la responsabilité et l'intérêt générale des décideurs, il y a avantage à
sont l'établissement de relations générales ne pas y répondre systématiquement et a La quantification des risques à bon
entre contraintes et astreintes, plutôt que priori, sous peine d'entretenir le besoin. escient pour une situation de travail don-
la solution d'un problème à une situation née reste utile et nécessaire dans certains
de travail particulière. 2. La quantification conduit aux solu- cas :
tions. L'expérience montre qu'au contraire  elle peut être nécessaire pour mieux
Comme remarqué déjà, des manuels la quantification de l'ensemble (niveau connaître la source d’un problème et dès
entiers sont consacrés à ces méthodes d'exposition moyen journalier par lors trouver des solutions de prévention
d'évaluation. Cela est particulièrement évi- exemple) peut nuire à la compréhension plus adaptées ;
dent dans le cas des facteurs d'ambiance : des détails sur lesquels il est possible  elle peut être utile plus tard, en cas de
dosages des polluants dans l'air, évalua- d'agir pour éliminer ou prévenir le risque. développement de certaines pathologies
tion du niveau d'exposition personnelle au Le « combien ? » remplace souvent le par certaines personnes, par exemple
bruit, évaluation de l'exposition à la cha- « comment ? » et le « pourquoi ? » et la pour une demande de compensation au
leur. Des méthodes extrêmement sophisti- quantification se termine en constatations titre de maladie professionnelle ;
quées ont été publiées à cet effet [8 à 10]. stériles.  elle permet de comparer cette situation
Force est de constater qu'elles sont peu et, à d'autres et de la faire entrer dans le
la plupart du temps mal utilisées, parce 3. La quantification est indispensable cadre d'une étude épidémiologique ;
que difficiles, lourdes et complexes. De pour déterminer s'il y a ou non un risque.  elle est en effet l'outil indispensable aux
ces méthodes et de ces manuels, il faut Cette troisième affirmation nous paraît chercheurs pour mettre au point les
conclure que la quantification représenta- également une contrevérité, car elle repo- recommandations qui, par la suite, pour-
tive et correcte est très difficile et coûteuse se implicitement sur la croyance qu'un ront être utilisées d'emblée dans les entre-
et que la plupart des mesurages réalisés risque existe au-dessus d'un seuil (15 kg, prises.
par du personnel non spécialement formé, 1 fois par jour, 85 dB(A) en moyenne sur
n'importe comment, n'importe quand et 8 h, 100 ppm en moyenne…), et qu'en La discussion ci-dessus tend donc seu-
n'importe où, quand bien même ils « font dessous, le risque est inexistant. Hélas, tel lement à décourager la quantification sys-
savants » et restent chers, n'ont pas ou peu n'est le cas dans aucun domaine et une tématique et, a priori, susceptible de dis-
de valeur. situation de travail n'est pas à améliorer en traire du but premier : la prévention.
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Dans chaque cas, il appartient donc au les plus pertinents et raisonnablement pra- C'est ce qui, logiquement, est réalisé de
préventeur de déterminer s'il doit ou non ticables pour les réduire. manière spontanée en entreprise :
procéder à une quantification des risques  suite à une plainte ou une visite de rou-
et les raisons (épidémiologiques, tech- L'évaluation finale et globalisante du tine (dépistage), un problème est examiné
niques, politiques...) qui le motivent. risque est dès lors secondaire, l'important plus en détails (observation) ;
étant l'étude des composantes et des  si cela ne permet pas de résoudre le
Cette tendance à la quantification systé- détails sur lesquels il est possible d'agir. problème, un préventeur est éventuelle-
matique existe également dans le domaine Plutôt que de parler de risk assessment ment appelé (analyse) ;
des risques d'accidents. Les méthodes sont ou d'analyse des risques ou de risque, il  dans les cas extrêmes et si indispen-
utilisées pour classer les accidents et défi- nous paraît donc souhaitable de parler de sable, on a recours à un expert pour
nir les priorités d'actions – ce qui est certes risk management, gestion des risques. résoudre un aspect bien précis.
très souhaitable – mais en négligeant la
réflexion sur les éléments définissant ces Cette procédure spontanée reste cepen-
risques, sur le pourquoi des choses et les dant peu systématisée et globalement peu
moyens de les améliorer. La quantification
devient alors la fin recherchée.
3. Stratégie de gestion efficace du fait principalement :
 du manque d'outils performants pour
des risques guider ces dépistages et observations ;
La méthode la plus utilisée à cet effet est  de l'abandon fréquent par les personnes
la méthode dite de Kinney [6] qui propo- du terrain (opérateurs et leur encadrement
se des échelles d'appréciation de la gravi- L'élimination des risques, ou leur réduc- direct) des problèmes aux préventeurs et
té du dommage (G), de l'exposition au tion sous un seuil acceptable, ne peut se aux experts et/ou de la prise en charge
facteur de risque (E) et de la probabilité de faire au premier abord de la situation de totale des problèmes par ces spécialistes,
survenue du dommage durant l'exposition travail, que si toutes les compétences et sans que les compétences respectives se
(P) et évalue le risque R par l'expression tous les moyens sont a priori disponibles. complètent.
suivante : Cependant, le nombre de facteurs de
R=G.E.P risque et le nombre de situations de travail Il s'agit donc d'élaborer ces outils de
sont à ce point grands qu'il serait utopique « dépistage » et d'« observation » et d'assu-
L'avantage incontestable de cette défini- et impossible de vouloir les étudier tous et rer la complémentarité des partenaires
tion et de telles techniques est de per- toutes, a priori, en détails. Ce serait pour valoriser la démarche spontanée. Tel
mettre de comparer différents risques en d'ailleurs inutile, puisque, dans la majorité est l'objectif de la stratégie de gestion des
soi peu comparables (fracture de la jambe des cas, des mesures de prévention peu- risques décrite ci-dessous.
en tombant d'un échafaudage, lumbago vent être prises d'emblée à partir de
en manipulant des matériaux de construc- simples observations par les personnes Cette stratégie, appelée SOBANE, obéit
tion...). La méthode Kinney-Wirut permet directement concernées dans les entre- au schéma de la figure 1 (page suivante)
ainsi de sérier les risques, définir des prio- prises et qui connaissent en détails les et aux critères définis dans le tableau III.
rités, comparer différentes solutions... situations de travail. Dans certains cas seu- Elle comprend quatre niveaux succes-
lement et lorsque les solutions évidentes sifs désignés par : dépistage, observation,
La validité de ces priorités ou de ces ont été mises en œuvre, une étude analyse et expertise.
décisions est évidemment fonction de la détaillée peut s'avérer nécessaire et ce ne
validité des estimations des paramètres G, sera que dans quelques cas particulière-
E et P, et ces estimations, apparemment ment complexes que la participation d'ex-
très simples, requièrent la collecte d'infor- perts deviendra indispensable.
mations, la visite des lieux, la discussion
avec les opérateurs sur la nature exacte
des activités. Une étude des risques réali-
sée un après-midi, en bureau, face à
TABLEAU III
quelques colonnes d'un tableur informa-
tique, a dès lors tendance à être fortement CARACTÉRISTIQUES DES QUATRE NIVEAUX DE LA STRATÉGIE SOBANE
subjective, biaisée et non valable. - CHARACTERISTICS OF THE FOUR LEVELS OF THE SOBANE STRATEGY
Niveau 1 Niveau 2 Niveau 3 Niveau 4
De plus, la prévention consiste à recher- DÉPISTAGE OBSERVATION ANALYSE EXPERTISE
cher les moyens les plus efficaces pour QUAND ? Tous les cas Si problème Cas difficiles Cas complexes
réduire le risque, mais en agissant sur une Observations Observations Observations Mesurages
COMMENT ?
ou plusieurs de ses composantes : réduc- simples qualitatives quantitatives spécialisés
tion des durées d'exposition, augmenta- Faible Faible Moyen Élevé
COÛT ?
tion de la fiabilité du système de travail... 10 minutes 2 heures 2 jours 2 semaines
Personnes de
Il est donc essentiel que l'analyse ne soit Personnes de Personnes de Personnes de
PAR QUI ? l’entreprise
l’entreprise l’entreprise l’entreprise
pas simplement une constatation et une + Préventeurs
+ Préventeurs
évaluation rapide des composantes pour + Experts
en arriver au risque R, mais qu'elle consis- COMPÉTENCE
te en une réflexion approfondie sur les rai- • situation Élevée Élevée Moyenne Faible
de travail
sons de cette exposition, de cette probabi- • ergonomie Moyenne Moyenne Élevée Spécialisée
lité ou de cette gravité et sur les moyens
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Niveau 1 - Dépistage PR Fig. 1. Schéma général de la stratégie


SOBANE de gestion des risques -
ÉV General principle of the SOBANE strategy for the
Il s’agit ici seulement d’identifier les EN
problèmes principaux et de remédier aux management of occupational risks
TI
erreurs flagrantes, telles que trous dans le Expertise O
N
sol, récipients contenant un solvant et lais-
sés à l'abandon, écran tourné vers une Analyse
fenêtre... Cette identification est réalisée
de manière interne, par des personnes de Observation
l’entreprise connaissant parfaitement les
situations de travail, quand bien même Dépistage
elles n’ont pas de formation ou n’ont
qu’une formation rudimentaire en ce qui
concerne les problèmes de sécurité, de
physiologie ou d’ergonomie. Ce seront
donc les opérateurs eux-mêmes, leur
encadrement technique immédiat, l’em- Ce niveau 2 (observation) requiert une Niveau 3 - Analyse
ployeur lui-même dans les PME, un pré- connaissance intime de la situation de tra-
venteur interne avec les opérateurs dans vail sous ses différents aspects, ses Lorsque les niveaux de dépistage et
les entreprises plus grandes. variantes, les fonctionnements normaux observation ne permettent pas de rame-
et anormaux. ner le risque à une valeur acceptable ou
Pour ce faire, il leur faut un outil simple La profondeur de l'étude à ce niveau qu'un doute subsiste, il faut aller plus loin
et rapide tel qu’une liste de contrôle éta- sera variable en fonction du facteur de dans l’analyse de ses composantes et dans
blie pour leur secteur industriel. A ce risque abordé et en fonction de l'entrepri- la recherche de solutions. Cet approfon-
stade, il serait vain de requérir un usage se et de la compétence des participants. dissement doit être réalisé avec l'assistan-
rigoureux des termes risque, dommage, ce de préventeurs ayant la compétence
probabilité de survenue... On parlera de  Dans une petite entreprise de moins requise et disposant des outils et des
problèmes dans l’acception générale du de 20 personnes, l’employeur lui-même techniques nécessaires. Ces personnes
langage courant. devrait pouvoir identifier les principaux seront en général des préventeurs
facteurs de risque au moyen de la liste de externes à l'entreprise, intervenant en
La méthode à ce niveau 1 doit chercher contrôle courte de niveau 1 (dépistage), étroite collaboration avec les préventeurs
à identifier les situations de travail à pro- mais un préventeur externe sera généra- internes (et non en leur lieu et place)
blème dans toutes les circonstances, au lement nécessaire pour le niveau 2 pour leur apporter la compétence et les
cours de la journée ou de l’année et non (observation). moyens nécessaires.
pas à un instant précis. La méthode demande plus de rigueur
 Dans une moyenne entreprise, une dans l’usage des termes dommage, expo-
Lors de ce premier niveau, des pro- part plus importante du travail sera assu- sition, risque… Elle concerne la situation
blèmes pourront déjà être résolus. rée dans l'entreprise elle-même. de travail dans des circonstances particu-
D’autres seront identifiés. Ils feront l’objet L'entreprise devrait disposer d'un préven- lières déterminées au terme du niveau 2
de l’étude de niveau 2 : observation. teur interne, avec une certaine sensibilisa- (observation). Elle peut requérir des
tion aux facteurs de risque et une certaine mesurages simples avec des appareils
connaissance de l'approche ergonomique courants, ces mesurages ayant des objec-
Niveau 2 - Observation des problèmes. Sa participation permettra tifs explicitement définis d'authentification
à l'observation d'être conduite plus à fond des problèmes, de recherche des causes,
Les problèmes non résolus lors du et un service externe n’interviendra qu'au d'optimisation des solutions…
niveau 1 (dépistage), doivent être appro- niveau suivant d'analyse pour les études
fondis. plus détaillées et plus spécifiques et/ou
La méthode doit rester simple à assimi- pour des avis plus spécialisés sur les Niveau 4 - Expertise
ler et à mettre en œuvre, rapide et peu moyens de prévention et de protection.
coûteuse, de manière à pouvoir être utili- L’étude à ce niveau est à réaliser par les
sée le plus systématiquement possible par  Enfin, dans une plus grande entrepri- mêmes personnes de l’entreprise et pré-
les opérateurs et l'encadrement avec la se, a fortiori, toute la gestion aura tendan- venteurs, avec l’assistance supplémentaire
collaboration des préventeurs internes ce et intérêt à se faire en interne. d’experts très spécialisés. Elle va concer-
éventuels. L’essentiel est de nouveau ner des situations particulièrement com-
d'amener ces personnes à réfléchir sur les Des mesurages peuvent être réalisés si plexes et exiger éventuellement des
différents aspects des conditions de travail l’intervenant le souhaite et en a la com- mesurages spéciaux.
et d'identifier au plus tôt les solutions de pétence et les moyens. Cependant, la
prévention. Les conclusions sont : méthode ne doit requérir aucune quanti-
 quels facteurs semblent poser un risque fication et donc aucun de ces mesurages,
important et sont à traiter en priorité ? de manière à rester applicable même
 quels facteurs sont a priori satisfaisants lorsque ces compétences et ces tech-
et sont à garder comme tels ? niques ne sont pas disponibles.
45
Cahiers de notes documentaires - Hygiène et sécurité du travail - N° 186, 1er trimestre 2002

Procédure de mise en œuvre Conditions de mise en œuvre 1. N’est-il pas utopique de compter sur
et discussion de la stratégie les opérateurs et leur encadrement tech-
Au moyen d'une méthode de niveau 1, nique pour gérer la prévention ?
dépistage générale ou appropriée au sec- La méthodologie a été conçue de
teur industriel de l'entreprise, les facteurs manière : 2. Si ce ne l’est pas totalement, comment
de risque principaux sont rapidement pas- amorcer le processus de dépistage dans
sés en revue par une ou plusieurs per-  participative : à tous les niveaux, et tout une petite entreprise ?
sonnes de l'entreprise (opérateurs, enca- spécialement aux niveaux 1 (dépistage) et
drement technique…) et les problèmes 2 (observation), les opérateurs et leur 3. Si ce processus est enclenché, ne
sont identifiés ou suspectés. encadrement technique restent au centre risque-t-on pas par ces méthodes d’obser-
de l'étude ; vation de privilégier les aspects techniques
Pour ce qui ne peut pas être solutionné ponctuels sans une vision plus ergono-
d'emblée, ces personnes de l’entreprise :  structurée : de manière à pouvoir être mique de la situation de travail ?
 observent (niveau 2) de manière systé- modulée en fonction de la taille de l’en-
matique la situation de travail, treprise et de la formation des interve- 4. Dans ce même cas, ne risque-t-on pas
 recueillent l’information qualitative dis- nants ; que les préventeurs ne soient jamais appe-
ponible, lés, les intervenants au niveaux 1 et 2
 déterminent si le problème est bien réel,  en complémentarité : lorsque les ignorant à ce point les problèmes qu’ils se
 envisagent les mesures de prévention niveaux 1 (dépistage) et 2 (observation) jugent à tort capables de les résoudre ?
susceptibles d’être directement instaurées, ne permettent pas de déterminer les
 et estiment si, après ces modifications, la mesures de prévention, le problème est 5. Enfin, comment assurer la qualité de la
situation sera acceptable ou non. approfondi par les mêmes personnes avec démarche et garantir que les problèmes
l’aide de préventeurs ayant une formation soient bien traités à court et à long terme ?
Si elle est acceptable, l’étude est termi- spécifique (niveau 3 : analyse) ou d’ex-
née. Dans le cas contraire, elles deman- perts (niveau 4 : expertise). Ces préven- Il est possible de répondre à ces inter-
dent l’assistance d’un préventeur mieux teurs et experts ne prennent donc pas en rogations en analysant la situation actuelle
formé sur ces problèmes, venant en géné- charge le problème, mais apportent aux de la prévention dans les PME. Force est
ral d’un service de prévention externe et personnes de l’entreprise leur compétence de constater que les préoccupations de
recherchent ensemble les mesures de pré- particulière pour mieux aboutir à la pré- santé au travail y sont faibles et que peu
vention : c'est le niveau 3 (analyse). vention du risque. d’actions sont menées directement par les
Les niveaux 1 (dépistage), et 2 (obser- employeurs et les salariés eux-mêmes.
Elles estiment de nouveau si le risque vation), précèdent donc nécessairement Il faut cependant également constater
résiduel est acceptable ou non. tout niveau 3 (analyse) et ces trois niveaux que les méthodes existantes, quand elles
Si le risque résiduel est encore inaccep- précèdent nécessairement toute interven- leur sont disponibles, les découragent plu-
table, l’assistance d’un expert est requise : tion d'un expert ou niveau 4 (expertise). tôt à entreprendre quoi que ce soit : trop
ce sera le niveau 4 (expertise). longues, non adaptées à leurs situations,
La prévention nécessite non seulement orientées vers la quantification, sans sug-
La responsabilité de la mise en œuvre de comprendre la situation de travail mais gestions de mesures préventives ou enco-
de la stratégie et de la fiabilité des résultats de la connaître, et les personnes qui re rédigées dans un style incompréhen-
est déléguée par l’employeur aux interve- connaissent réellement la situation sont les sible.
nants internes et externes : qualité des opérateurs eux-mêmes. La stratégie repose
observations, des mesurages, pertinence donc sur la connaissance de la situation de Il nous semble dès lors trop tôt pour
des mesures de prévention. La responsa- travail par les salariés et leur encadrement, conclure qu’une autogestion des pro-
bilité de la mise en pratique de ces plutôt que sur la compréhension de cette blèmes ne peut pas marcher. Les expé-
mesures de prévention incombe cepen- situation par un préventeur. La personne riences ont été mal réalisées, elles ne sont
dant, dans tous les cas, à l’employeur. Les au centre de l’action de prévention n’est donc pas concluantes.
documents de dépistage, observation, dès lors pas le préventeur et il est erroné
analyse, expertise, préparés selon l'évolu- de parler ici d’interventions (d’ailleurs Dans l’état actuel de l’organisation de la
tion de l'étude par les intervenants réservées aux grandes entreprises). Les santé au travail, le seul contact systéma-
internes, avec ou sans l’assistance d’inter- opérateurs et leur encadrement technique, tique de l’entreprise avec ces aspects est la
venants externes, sont communiqués à dans quelque entreprise que ce soit, de visite annuelle du médecin du travail et la
l’employeur et au comité de prévention n’importe quelle taille, sont au centre de visite des lieux de travail qui est effectuée.
(CHSCT en France, CPP en Belgique…) l’action de prévention, aidés, quand Faute de disposer d’un outil de dépistage
qui décident des actions à prendre, quand, nécessaire, par les préventeurs. Il est donc adapté aux secteurs industriels de l’entre-
comment et par qui. préférable de parler de gestion des risques prise, cette visite se réalise souvent suivant
par les personnes directement concernées. un protocole standard et stéréotypé et les
Une telle stratégie a été développée en informations recueillies concernent essen-
ce qui concerne les conditions thermiques L’approche proposée et ces quelques tiellement ce qui se voit, s’entend, se sent
de travail. Cette stratégie validée est décri- remarques amènent à quelques interroga- ou se ressent. Il est incontestable que les
te en annexe A. tions fondamentales : résultats de cette visite jouent un rôle
essentiel dans l’amélioration des situations
de travail. La stratégie présentée ici se
veut pragmatique. Elle part de cet état de
fait et ambitionne uniquement de propo-
46
Cahiers de notes documentaires - Hygiène et sécurité du travail - N° 186, 1er trimestre 2002

ser aux médecins du travail, ou aux per-  être suffisamment détaillés et riches pour tion de travail. On peut réellement penser
sonnes réalisant ces visites, un outil de permettre de trouver des solutions ; cependant que des solutions déduites par
niveau 1 (dépistage), plus adapté, don- les opérateurs avec leur encadrement et
nant plus d’informations et assurant un  être les plus globaux possible, en ne discutées en commissions de concertation
premier relais vers une observation plus prenant pas seulement en considération ont beaucoup plus de chance d’être
détaillée de situations à risque. les facteurs techniques directs (hauteurs, concrétisées par la suite que celles décrites
positions, forces…) mais également les à la fin d’un rapport de 10 à 50 pages réa-
Dans la situation actuelle et pour les facteurs plus indirects (organisationnels, lisé par un préventeur qui se serait chargé
petites et moyennes entreprises, c’est-à- relationnels, personnels…) ; du problème. Ici également, une
dire pour 60 % de la population démarche d’action centrée sur les per-
employée, le médecin du travail ou les  êtreéducatifs en expliquant quelles sont sonnes concernées aboutira plus certaine-
personnes chargées des visites des lieux les conséquences possibles sur la santé ment qu’une intervention d’un consultant.
de travail resteront probablement les per- (les dommages potentiels) ;
sonnes les mieux placées pour utiliser cet La discussion ci-dessus part de l’état
outil, sensibiliser les employeurs et les  être prudents, en montrant quand le actuel de la prévention dans les différents
employés à l’utiliser eux-mêmes et donc recours à un préventeur s’impose, parce pays où le présent document est suscep-
amorcer ainsi le processus. L’outil doit que les conséquences sont graves, que le tible d’être lu. Cet état est-il immuable ?
donc être préparé pour qu’il soit utilisable problème est difficile à comprendre et à Nous pensons que non et que la stratégie
par ces personnes et non seulement par le analyser, que les solutions sont difficiles à proposée devrait permettre de l’améliorer.
médecin du travail. mettre au point… Un autre élément pourrait également
accélérer un changement. Il s’agit de l’im-
Toute autre voie d’amorçage du proces- La plupart des méthodes existantes ne position pour les entreprises de se com-
sus doit être exploitée : syndicats, groupe- répondent pas à ces exigences d’équilibre. porter vis-à-vis des situations de travail
ments sectoriels, journaux syndicaux ou De la qualité de ces méthodes découle comme vis-à-vis de leurs produits et d’en
patronaux, affiches… la qualité des solutions. Aussi nous paraît- garantir la qualité. Un projet de norme ISO
il indispensable que ces méthodes de est en discussion concernant cette intégra-
Les troisième et quatrième interroga- niveau 2 (observation) soient rédigées par tion de la santé des salariés et de la quali-
tions, précédemment posées, sont de fait des préventeurs et des experts capables té des produits. Des systèmes d’audits sont
des craintes qui doivent être prises en d’assurer cette qualité. La difficulté réside- d’ores et déjà imposés dans certains pays.
considération explicitement dans l’élabo- ra ensuite en la traduction du document Ces systèmes qualité demanderont que le
ration des documents de travail de la stra- dans une langue compréhensible sur le relais entre l’entreprise et les préventeurs
tégie. Les documents de niveau 1 (dépis- terrain. externes soit organisé. La stratégie SOBA-
tage) et de niveau 2 (observation) doivent NE pourrait aider à organiser ce relais.
à la fois : La dernière interrogation concerne le
suivi des actions. Ce suivi dépend de l’em- Les plus grandes difficultés resteront
ployeur qui, comme mentionné déjà, peut-être la résistance aux changements et
garde l’entière responsabilité de la situa- la défense d’intérêts particuliers.

BIBL I OGRAPHI E
[1] CEE - Directive du Conseil concernant la mise en [6] KINNEY G.F, WIRUTH A.D. - Practical risk analy- [11 MALCHAIRE J. - Evaluation and control of warm
œuvre de mesures visant à promouvoir l'amélioration de sis for safety management. California, Naval working conditions. In : Proceedings of the BIOMED
la sécurité et de la santé des travailleurs au travail. Weapons Center, Juin 1976. « Heat Stress » Conference. Barcelone, 14-15 juin
89/391/CEE du 12 juin 1989. 1999.
[7] BS 8800 - Guide to occupational health and safety
[2] KAUPPINEN T.P. - Assessment of exposure in management systems. BSI, 1996. [12]MALCHAIRE J., PIETTE A., COCK N. - Stratégie
occupational epidemiology. Scandinavian Journal of d'évaluation et de prévention des risques liés aux
Work Environnement and Health, 1994, 20, spe- [8] ISO 7933 - Hot environments - analytical determi- ambiances thermiques. Bruxelles, Ministère de
cial issue, 19-29. nation and interpretation of thermal stress using calcula- l'Emploi et du travail, Commissariat général à la
tion of required sweat rates. Genève, International promotion du travail, 1998.
[3] TAIT K. - The workplace exposure assessment Standard Organisation, 1991.
expert system (Workspert). American Industrial [13]MALCHAIRE J., GEBHARDT H.J., PIETTE A. -
Hygiene Association. Journal, 1992, 53, 2, [9] MALCHAIRE J., PIETTE A. - A comprehensive Strategy for evaluation and prevention of risk due to work
pp. 84-98. strategy for the assessment of noise exposure and risk of in thermal environments environments. The Annals of
hearing impairment. The Annals of Occupational Occupational Hygiene, 1999, 43, 5, pp. 367-376.
[4] TAIT K. - The workplace exposure assessment Hygiene, 1997, 41, 4, pp. 467-484.
workbook (Workbook). Applied Occupational and [14]MALCHAIRE J., PIETTE A., KAMPMANN B.,
Environmental Hygiene, 1993, 8, 1, pp. 55-68. [10]RAPPAPORT S.M. - Assessment of long-term MEHNERT P., GEBHARDT H., HAVENITH G., den
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strategy for occupational exposure assessment. Akron, dicted heat strain model. The Annals of
Ohio, American Industrial Hygiene Occupational Hygiene, 2001, 45, 2, pp. 123-135.
Association, 1991.
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Cahiers de notes documentaires - Hygiène et sécurité du travail - N° 186, 1er trimestre 2002


ANNEXE I
APPLICATION DE LA MÉTHODOLOGIE SOBANE AUX PROBLÈMES
DES AMBIANCES THERMIQUES DE TRAVAIL
INTRODUCTION  faire l’inventaire des circonstances dans Chacune de ces circonstances est étudiée
lesquelles des problèmes thermiques se ensuite séparément.
La méthode décrite ci-dessous a été élabo- posent ;
rée et validée au cours d’un projet de Identification des facteurs de risque
recherche concertée dans le cadre du pro-  examiner dans chacune de ces circons- et recherche de solutions
gramme de recherche européen BIOMED au tances quels facteurs sont responsables et dans une circonstance donnée
cours des années 1996 à 1999 [11]. Cette comment les améliorer pour se rapprocher le La procédure consiste, séparément pour
recherche a intégré 8 partenaires de 5 pays de plus possible d’une situation de travail satis- chaque paramètre (température de l’air, humi-
l’Union européenne. Un premier document fut faisante définie par : dité, rayonnement, courants d’air, charge de
rédigé sur la base de travaux antérieurs de  une température entre 18 et 25 °C, travail et vêtements) à :
Malchaire et coll. [12]. La méthode du niveau 2  une humidité entre 40 et 60 %,  évaluer la situation actuelle ; le tableau AII
(observation) fut mise en œuvre dans 4 pays  l'absence de rayonnement thermique, (page suivante) donne les critères de juge-
par 42 témoins, concernés par des problèmes  l'absence de courants d’air, ment ;
thermiques et essentiellement dans des PME.  une charge de travail légère,  localiser si possible sur le croquis les
Ils furent interrogés concernant la compréhen-  des vêtements ordinaires ; sources ou causes de ces déviations par rap-
sion, la convivialité, la pertinence de la métho- port à l’idéal ;
de, ainsi que sur les temps nécessaire et dis-  faire une synthèse des différents para-  décrire qualitativement leur importance ;
ponible pour l’utilisation de cette méthode. mètres dans la situation actuelle et dans la  déterminer si ces déviations sont impérati-
Sur la base des résultats, la méthode fut situation escomptée ; vement imposées par le processus industriel
amendée. La stratégie développée au cours de ou si elles peuvent être ramenées à des
la recherche BIOMED [13] ne comprenait pas  déterminer si une analyse (niveau 3) plus valeurs plus normales. Dans ce cas, envisager
la méthode de dépistage, qui doit en fait approfondie est nécessaire, avec quelle urgen- les solutions pour prévenir la situation : le
concerner l’ensemble des facteurs de risque ce et avec quels objectifs ; tableau AIII (page suivante) donne quelques
et non un risque particulier. En attendant que recommandations simples ;
cette méthode de dépistage transversale soit Inventaire des problèmes  réévaluer, sur base des critères définis dans
développée dans l’esprit de la stratégie Cet inventaire débute par la description le tableau AII, la situation dans l’état espéré
SOBANE, la version présentée précédem- succincte de la situation de travail : croquis, après mise en œuvre des solutions retenues.
ment prévoit une méthode de dépistage orien- zones de travail, activités réelles dans chaque
tée vers les problèmes thermiques. zone, opérateurs concernés, durées de travail. SYNTHÈSE
Il se poursuit par le rappel par les opérateurs
de l’ensemble des circonstances (été, travail Les scores dans la situation actuelle peu-
NIVEAU 1 - DÉPISTAGE de réparation, productions spéciales...) où, par vent être synthétisés dans le tableau AIV (page
le passé et dans les conditions de fonctionne- suivante). Ce tableau donne une vision globa-
La méthode de dépistage se présente sous ment actuelles, des problèmes thermiques ont le de la circonstance de travail concernée. Il
forme d’une fiche conduisant l’opérateur à existé. permet d’évaluer la sévérité du problème ther-
réfléchir de façon organisée sur ce qui, dans mique dans son ensemble et de déterminer si
sa situation de travail, pose problème sur le certains facteurs en compensent d’autres.
plan des conditions climatiques.
TABLEAU AI
La fiche est présentée au tableau AI. Cette
fiche est mise librement à disposition des opé- FICHE DE DÉPISTAGE DES PROBLÈMES THERMIQUES -
rateurs ou leur est diffusée par leurs représen- SCREENING FILE FOR THERMAL PROBLEMS
tants syndicaux ou lors de la visite de la méde- Situation de travail : Date :
cine du travail. À partir des informations col- Problèmes ou plaintes de froid ou de
lectées, quelqu’un (médecin du travail, pré- chaleur attribués aux conditions de travail
venteur, encadrement, représentant, opéra- Quoi ? Quand ? A quoi est-ce dû Que peut-on faire Que faut-il
teur lui-même...) demande qu’une réunion soit (phase de travail techniquement ? tout de suite approfondir ?
organisée pour faire le bilan de ces fiches et particulière...) pour l’éviter ?
passer, si nécessaire, au niveau 2 (observa- Température trop
tion). basse ou trop élevée
Humidité trop faible
ou trop élevée
NIVEAU 2 - OBSERVATION Rayonnement de pièces
chaudes ou du soleil
La procédure consiste à guider les per- Courants d’air
sonnes concernées (opérateurs et leur enca- Efforts lourds
drement), de préférence lors d’une réunion,
Vêtements inadéquats
afin de :
Conclusion : Urgence d’un approfondissement :
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Cahiers de notes documentaires - Hygiène et sécurité du travail - N° 186, 1er trimestre 2002


ANNEXE I (SUITE)

La procédure consiste successivement à :  faire le bilan des mesures de prévention NIVEAU 3 - ANALYSE
 synthétiser des scores dans l’état actuel ; envisagées en précisant qui fait quoi et quand, Si un problème subsiste au terme du
 estimer si la situation est globalement par ordre de priorité ; niveau 2 (observation), il s’agit d’approfondir
acceptable ou s'il y a un problème de confort  discuter la nécessité d’une analyse (ni- l’étude avec l’aide d’un préventeur possédant
ou de contrainte thermique ; veau 3) plus approfondie : les compétences méthodologiques et les
 synthétiser des scores dans l’état futur si les - sur quel aspect ? appareils de mesurages.
modifications projetées sont réalisées ; - et avec quelle urgence ? La procédure consiste à :
 estimer, de nouveau, si, après ces modifica-  déterminer les mesures à prendre à court
tions, la situation sera acceptable ou s'il sub- terme en ce qui concerne :  Approfondir la caractérisation de la situa-
sistera un problème de confort ou de contrain- - les boissons, tion de travail et la séquence des activités
te thermique ; - l’organisation du travail, avec les durées moyennes et maximales.
- les vêtements.
 Déterminer la période de temps pendant
laquelle les circonstances à problème exis-
TABLEAU AII tent.
CRITÈRES DE JUGEMENT DE LA SITUATION POUR CHAQUE PARAMÈTRE
CRITERIA FOR THE EVALUATION OF THE SITUATION FOR EACH PARAMETER  Choisir, au cours de cette période, une ou
des journées représentatives quant au climat
SCORE JUGEMENT EXEMPLES et au travail réalisé et durant lesquelles les
Température mesurages seront réalisés.
-3 Très basse • Gel
-2 Basse • En général entre 0 et 10 °C  Déterminer les paramètres à évaluer :
-1 Faible • En général entre 10 et 18 °C  température, si élévation ou diminution
0 Normale • Zone la plus confortable, en général entre 18 et 25 °C anormale,
+1 Élevée • Températures estivales de 25 à 32 °C  humidité, si différente de l’extérieur,
+2 Très élevée • En général entre 32 et 40 °C  rayonnement, si exposition au soleil ou à des
+3 Extrême • Au-delà de 40 °C surfaces chaudes ou froides,
Humidité  vitesse de l’air, si courants d’air,
-1 Faible • Gorge, nez et/ou yeux secs après 2-3 h  charge de travail, si élevée ou imprécise,
0 Normale • Comme à l’extérieur  caractéristiques du vêtement, si vêtements
+1 Élevée • Peau moite spéciaux.
+2 Très élevée • Peau trempée
Rayonnement
 Estimer et mesurer ces paramètres dans
-1 Froid • Sensation de froid sur la main ou sur le visage après 2 à 3 min les conditions moyennes et les plus pénibles
0 Normal • Pas de rayonnement thermique perceptible durant ces journées représentatives.
+1 Chaud • Sensation de chaud sur la main ou le visage après 2 à 3 min
+2 Très chaud • Impossible de tenir la main/visage exposé pendant 2 min
 Calculer les indices thermiques perti-
+3 Extrême • Sensation de brûlure immédiate
nents :
Courants d’air
 PMV-PPD pour les situations inconfor-
-2 Fort - froid • Courants d’air par les portes en hiver
tables,
-1 Léger - froid • Courants d’air par les fenêtres
 WBGT ou mieux Predicted heat strain
0 Nul • Pas de courant d’air
(PHS) [14] dans les conditions très chaudes
+1 Léger- chaud • Courants d’air en été
avec l’estimation de la perte hydrique totale et
+2 Fort - chaud • Courants de convection de fours
Charge de travail de la température interne finale.
0 Légère • Travail de bureau, travail aisé sans efforts importants,
déplacements occasionnels à vitesse normale  Déterminer l’importance du risque actuel
+1 Moyenne • Travail plus fatigant avec une partie du corps (bras ou jambes) dans la situation moyenne et la situation
en pilotant des machines lourdes (marteaux pics, soudage) extrême, sur base des critères suivants :
ou marche soutenue en tirant/poussant des objets légers  contrainte par froid : PMV < - 2
+2 Lourde • Travail intense des bras ou du tronc, port d’objets lourds  inconfort par froid : - 2 < PMV < - 0,5
+3 Très lourde • Travail très intense à très grande vitesse, l’opérateur est très  confort : - 0,5 < PMV < 0,5
vite très fatigué ; escaliers, échelles
 inconfort par chaleur : 0,5 < PMV < 2
Vêtements  contrainte à long terme : Dmax < 480 min
0 Confortable • Vêtements légers, souples, sans entrave pour le travail :  contrainte à court terme : Dmax < 120 min
vêtements ordinaires  contrainte immédiate : Dmax < 30 min
+1 Gênant • Vêtements longs, plus lourds, entravant légèrement le travail
+2 Très gênant • Vêtements spéciaux, très amples, lourds, avec traitement  Déterminer les mesures de prévention
spécial contre le rayonnement ou l’humidité
complémentaires possibles : lutte technique,
+3 Extrême • Combinaisons spéciales avec gants, cagoule, souliers spéciaux
organisation du travail…
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Cahiers de notes documentaires - Hygiène et sécurité du travail - N° 186, 1er trimestre 2002

ANNEXE I (SUITE)
APPLICATION DE LA MÉTHODOLOGIE SOBANE AUX PROBLÈMES
DES AMBIANCES THERMIQUES DE TRAVAIL
TABLEAU AIII
 Déterminer le risque résiduel sur base des RECOMMANDATIONS D’AMÉLIORATION DE LA SITUATION DE TRAVAIL -
critères précédemment cités, après mise en RECOMMENDATIONS TO IMPROVE THE WORK SITUATION
œuvre des mesures de prévention envisagées. TEMPÉRATURE
• Éviter les sources de chaleur ou de froid (isolation, encoffrement...)
 Déterminer la nécessité et l’urgence
• Capter localement l’air chaud ou froid
d’une expertise (niveau 4).
• Ventiler sans courant d’air froid ou chaud
• Créer des ouvertures en toiture
 Préciser les mesures à court terme à ins- • Localiser les sources en périphérie
taurer : • Chauffer l’air qui entre (placer des aérothermes...)
 boissons,
HUMIDITÉ
 pauses,
 protections individuelles… • Éliminer les fuites de vapeur ou d’eau
• Capoter les surfaces refroidies à l’eau et toute surface d’évaporation
 Préciser la surveillance médicale éven- RAYONNEMENT
tuelle à instaurer : • Limitation de la surface rayonnante
 critères d’affectation, • Écrans contre le rayonnement
 surveillance durant le travail… • Isolation
• Traitement de surface
NIVEAU 4 - EXPERTISE • Vêtements spéciaux contre le rayonnement thermique
CHARGE DE TRAVAIL
Il s’agit cette fois de réaliser des études • Réduction des déplacements et/ou des vitesses de déplacement
particulières avec l’assistance (compétences • Révision de l’organisation des espaces de travail pour éviter les échelles, les escaliers,
et instrumentation) d’un expert, pour les différences de niveaux, les déplacements, les manutentions
résoudre un problème probablement ponc- • Réduction des efforts : allègement des charges, préhension plus aisée, roues plus grandes,
tuel, qui n’a pas trouvé de solution satisfai- aide à la manutention, outils mieux adaptés
sante encore au niveau 3 (analyse). • Amélioration des postures : bras en dessous du cœur, tronc plus droit, éviter les torsions,
améliorer les hauteurs de travail, les distances de préhension...
La méthodologie doit être appropriée au
problème rencontré et on doit attendre que VÊTEMENTS
l’expert fasse les choix adéquats. • Peu isolants : salopette légère, pantalon, chemise à manches courtes...
On se contentera d’insister ici sur les rap- • Moyennement isolants : chemise longue, col et poignets fermés
ports qui doivent s’établir entre cet expert et • Fort isolants : veste, pantalon épais...
les personnes de l’entreprise et le préventeur • Possibilité de varier la tenue vestimentaire ?
qui ont mené les études antérieures aux • Isolent-ils peu, normalement ou fort de la chaleur ?
niveaux 2 (observation) et 3 (analyse). L’expert • Sont-ils imperméables ? À l’eau ? À la transpiration ?
apporte ses compétences spécialisées. Il ne • Réfléchissent-ils le rayonnement ?
• S’agit-il d’une combinaison étanche ?
peut valablement prendre en charge le problè-
• Vêtements plus chauds ou moins chauds : manches, pantalon, veste, col...
me, parce qu’il ne dispose pas à lui seul d’une
• Vêtements imperméables à l’eau, mais perméables à la transpiration
connaissance suffisante de ce qui se passe
• Vêtements réfléchissant le rayonnement en cas de vêtements tout à fait spéciaux
réellement dans la situation de travail. Sa mis-
sion doit avoir été définie auparavant sur la
base des résultats et des questionnements
aux niveaux 2 (observation) et 3 (analyse). La
représentativité de son travail (conditions étu-
diées, moment, lieu...) doit être assurée par les TABLEAU AIV
personnes de l’entreprise et le préventeur. SYNTHÈSE DES SCORES ACTUELS ET ANTICIPÉS -
Son rapport d’expertise doit cependant SYNTHESIS OF CURRENT AND ANTICIPATED SCORES
comprendre : PÉRIODE : C IRCONSTANCE :
 la justification des techniques utilisées,
Score -3 -2 -1 0 1 2 3
 les mesures de prévention/amélioration pré-
conisées, Température Très basse Basse Faible Normale Élevée Très élevée Extrême
 le risque résiduel après prévention/amélio- Humidité Faible Normale Élevée Très élevée
ration. Rayonnement Froid Normal Chaud Très chaud Extrême
Courants d’air Fort-froid Léger-froid Normal Léger-chaud Fort-chaud
La synthèse doit être établie par les per-
Légère Moyenne Lourde Très
sonnes de l’entreprise et le préventeur avec Charge de travail
lourde
des décisions et des contrôles sur qui fait quoi,
Vêtements Confortable Gênant Très gênant Extrême
quand et comment.


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Tiré à part de Cahiers de notes documentaires - Hygiène et sécurité du travail, 1er trimestre 2002, n° 186 - ND 2165 - 1200 ex.
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