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DOSSIER

LASER THÉRAPEUTIQUE

Principes
et aspects
technologiques
Thierry Poitte
Clinique vétérinaire, 8, rue des Culquoilès,
La Croix-Michaud, 17630 La Flotte-en-Ré
Clinique vétérinaire,
9, avenue du Général-de-Gaulle,

du laser
17410 Saint-Martin-de-Ré

0,05 CFC
par article lu

Les caractéristiques de la lumière laser et les progrès des appareils émetteurs permettent d’envisager
de nombreuses applications thérapeutiques.

Les caractéris- Les effets produits tiques, photo- ensemble de particules porteuses d’énergie, les photons
tiques du faisceau par le rayonnement ablatifs, photo- (encadré 1).
laser ainsi que les sur les tissus vivants thermiques ou Le rayonnement produit est monochromatique, associé
paramètres dépendent de la photochimiques. à une seule longueur d’onde, contrairement à la lumière
techniques à puissance émise par Ainsi, le rayon-
blanche dite “polychromatique” et dispersable par un
considérer pour unité de surface et nement est source de
prisme.
Résumé

choisir un appareil de la durée photobiostimulation


laser sont d’exposition. Il est sur diverses cibles L’œil humain est sensible aux radiations dont les lon-
développés. Celui-ci transformé en cellulaires, appelées gueurs d’onde sont comprises entre 380 nm (violet) et
doit permettre un d’autres formes chromophores, qui 780 nm (rouge), avec une sensibilité maximale à 555 nm
continuum optimal d’énergie lors de son diffèrent selon les (vert). La lumière produite par un laser peut être portée
entre l’absorption et absorption. Ces effets longueurs d’onde par un spectre de longueurs d’onde allant du visible à
la pénétration du peuvent être utilisées. l’infrarouge et à l’ultraviolet (figure 1).
rayonnement laser. photoplasmoly- La plupart des lasers utilisés n’émettent pas de lumière
visible. Ils sont alors souvent associés à un second laser,
Conflit Les systèmes laser sont des appareils qui génèrent un fais- non thérapeutique, qui produit une lumière rouge ou
d’intérêts ceau lumineux hautement énergétique et d’une grande verte, visible et servant de guide.
Activités de pureté spectrale. Le rayonnement électromagnétique pro- La lumière émise par un laser présente une triple cohé-
formation ou de duit et amplifié par une émission stimulée présente des rence :
conseil auprès caractéristiques de cohérence, de monochromaticité et - chromatique : les photons ont une seule longueur d’onde ;
des entreprises d’extrême convergence. - spatiale : les photons sont émis dans une seule direction ;
Biokéma, Mikan
et Vtrade. Lorsqu’elle est absorbée par un tissu cible, la lumière laser - temporelle : les photons présentent tous la même phase.
est transformée en une autre forme d’énergie, fonction Elle a également des propriétés remarquables de conver-
de la puissance administrée par surface et de la durée gence. Les ondes électromagnétiques d’un faisceau laser
d’exposition. sont focalisées, toutes émises en phase et à la même fré-
La prise en charge des affections chroniques doulou- quence, concentrant l’énergie en un seul point et en un
reuses et inflammatoires par la thérapie au laser relève temps très court.
d’un mécanisme appelé “photobiomodulation”, agissant Ces propriétés expliquent que le laser délivre une impul-
directement sur le métabolisme et l’environnement des sion hautement énergétique.
cellules. Ainsi, pour un faisceau laser de puissance 1 W, dont la
section est de 1 mm2, la densité surfacique est de 106 W/m2,

1
soit 100 W/cm2. Par comparaison, une ampoule électrique
Caractéristiques de 100 W (consommation électrique) possède une puis-
sance lumineuse de 1 W/m2. Le corollaire est qu’un laser
du faisceau laser peut être dangereux à partir de quelques mW.
Toutes ces qualités dépendent du type de diode laser uti-
Au début du siècle dernier, Albert Einstein démontre lisée (encadrés 2 et 3). Les véritables diodes laser génèrent
la double nature ondulatoire et corpusculaire de la une radiation cohérente, monochromatique, focalisée,
lumière. Cette vision du monde physique permet de et susceptible d’atteindre dans les tissus des profondeurs
considérer la lumière à la fois comme une onde et un supérieures à 5 cm.

24 Le Point Vétérinaire / Décembre 2013 / N° 341


FIGURE 1

Spectre électromagnétique

400 nm 700 nm

660-970 nm : proche infra-rouge 1 400 nm : lointain infra-rouge

Ultra- Lumière Rayonnement


Rayons γ Rayons X violet visible Infra-rouge Micro-ondes radios

Grandes fréquences Petites fréquences

Hz 10
20
1015
106

Petites longueurs d’onde Grandes longueurs d’onde

nm 1 10 1 000 1m 1 km

Énergie des photons

ENCADRÉ 1

Historique et principes de fonctionnement du laser


Le laser, par ses applications proportionnelle à l’énergie transportée (les un état quantique instable (inversion de
technologiques industrielles et médicales, photons ont d’autant plus d’énergie que population), dit de haute énergie, et le
est un produit emblématique des leur longueur d’onde est courte). retour à un état de basse énergie se produit
retombées de la recherche fondamentale Les interactions de la lumière et de par l’émission de photons. La multiplication
dans ce qu’elle a de plus abstrait, à savoir la la matière sont connues : il s’agit de de ce phénomène, mis au point par la
mécanique quantique. l’absorption de la lumière par la matière technique de pompage optique d’Alfred
À partir de 1905, Einstein reconnaît à la et de l’émission spontanée de lumière Kastler dans les années 1950, conduit à
lumière sa double nature ondulatoire par la matière excitée. En 1917, Einstein l’émission d’un faisceau laser.
et corpusculaire. Les photons émis découvre que le processus d’absorption Formidable opportunité pour l’industrie car
sont des grains de lumière dotés de peut être inversé pour définir un second ils permettent la découpe précise et rapide
paquets d’énergie élémentaire et définis type d’émission : l’émission stimulée. des métaux, les systèmes laser sont testés
par une longueur d’onde inversement L’excitation des atomes les place dans en médecine dès les années 1970.

2 Paramètres L’absorption est fonction du moyen de transmission utilisé,


du type de laser, de la longueur d’onde émise, de la puis-

techniques sance reçue et des constituants biologiques traversés. Les


premiers lasers médicaux, proposés dans les années 1980,

à considérer pour utilisaient une succession de miroirs pour assurer la trans-


mission de la source au point d’émission, mais le rende-
choisir un appareil ment de ces systèmes n’était pas toujours bon. L’apparition
des monofibres optiques souples à cœur de silice synthé-
Le choix d’un appareil laser est guidé par la recherche de tique, présentant une très faible divergence du faisceau en
qualités technologiques permettant l’optimisation d’un sortie, a apporté une solution de transmission quasi idéale.
continuum absorption-pénétration. Les capacités d’absorption des tissus diffèrent selon leur
teneur en eau et la nature de la source laser utilisée (CO2,
Notion d’absorption Nd:YAG, HeNe, etc.). Ainsi, le laser CO2 est préféré pour
Le faisceau lumineux subit, au contact de la peau, des les sections chirurgicales en raison de sa capacité de vola-
mécanismes physiques de réflexion, de dispersion, de diffu- tilisation des tissus.
sion et d’absorption qui limitent sa pénétration (figure 2) [1]. Entre 500 nm et 800 nm, la pénétration augmente généra-
La réflexion constitue une perte d’énergie, mais aussi une lement avec la longueur d’onde. Cette propriété n’est plus
source potentielle de danger pour le thérapeute. valable pour les lasers ablatifs et chirurgicaux (erbium à
La dispersion désigne tout ce qui dévie la lumière inci- 2 940 nm et CO2 à 10 600 nm) en raison de leur très forte
dente de sa direction initiale. Elle provient des indices affinité pour l’eau, présente dès les premières couches
variables de réfraction et de diffraction des tissus traversés. de la peau.
La diffusion, en relation avec l’hétérogénéité des tissus Plus les tissus traversés sont variés en composition (épi-
traversés, participe à l’atténuation de la pénétration. derme, derme, graisse, tissus musculaires, cartilagineux,
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DOSSIER
Principes et aspects
technologiques
du laser
osseux, etc.), en épaisseur et en impédance optique, plus Certains systèmes proposent des diodes montées en série
le phénomène d’absorption est élevé. Cela limite l’énergie afin d’obtenir une puissance plus élevée. Ainsi, deux
finalement délivrée au tissu cible, surtout s’il est profond. diodes de 4 W montées en série permettent d’afficher, en
Il est donc intéressant de bénéficier d’une réserve de théorie, une puissance de 8 W. Ce montage, s’il offre des
puissance, surtout pour le traitement des zones profondes prix plus attractifs, ne peut être comparé aux systèmes à
chez des animaux de fort gabarit. diode unique car la puissance nominale de la diode est
La puissance résiduelle en fonction de la profondeur un élément déterminant de sa valeur.
dépend ainsi de la longueur d’onde et des caractéris- Une classification des lasers en fonction de la puissance
tiques du milieu traversé. À 2 cm de profondeur, 50 % du rayonnement émis en watts sert de référence réglemen-
de la puissance initiale est perdue et, à 4 cm, il n’en taire, et permet d’alerter les utilisateurs sur les risques de
reste que 25 %. lésions cutanées et oculaires(1) (encadré 4).
Ce continuum absorption-pénétration est déterminant car Elle range dans la classe 4 tous les lasers d’une puissance
l’objectif d’un laser thérapeutique est de conduire l’éner- supérieure à 500 mW. Elle ne permet donc pas la distinc-
gie laser en profondeur dans les tissus pour biostimuler tion entre un laser chirurgical de 50 W et un laser thé-
les couches profondes, et d’améliorer le processus de rapeutique de 0,5 W, ni, dans les lasers thérapeutiques,
réparation et de régénération. entre ceux d’une puissance suffisante pour générer un
effet photothermique et les lasers dits “froids”. Se référer
Notion de puissance à la classe uniquement ou à l’appellation “laser thérapeu-
La notion de puissance délivrée est essentielle car elle défi- tique” pour différencier des appareils laser n’est donc pas
nit le niveau d’énergie absorbable. L’énergie (exprimée en suffisant et peut prêter à confusion.
joules, J) est le produit de la puissance en watts (W) par le
temps d’exposition en secondes (1 J = 1 W × 1 s). Notion de surface de traitement
Ainsi, un protocole de traitement requérant une dose de et de densité énergétique
10 J/cm2 appliquée sur une surface de 100 cm2 (soit la sur- Alors que le laser chirurgical est appliqué directement à
face d’une main) doit délivrer en tout : 10 J × 100 = 1 000 J. partir de fibres optiques de quelques dizaines de µm, le
Pour produire cette dose : laser thérapeutique de classe 4 diffuse à travers un sys-
- un laser d’une puissance de 100 mW devrait être appli- tème optique qui produit un faisceau de 10 à 25 mm de
qué pendant plus de 2 heures (1 000 J/0,1 W = 10 000 s) ; diamètre, avec un angle pouvant diverger d’une dizaine
- et un laser d’une puissance de 10 W nécessite moins de de degrés. La surface couverte par le faisceau varie donc
2 minutes d’utilisation (1 000 J/10 W = 100 s). de 0,8 à 5 cm2 et les gammes de puissance par unité de
surface sont de l’ordre de 0,4 à 3 W/cm2.
Les systèmes les plus avancés proposent des zooms
ENCADRÉ 2
optiques permettant d’ajuster précisément la surface de
Constitution d’un appareil émettant radiation sans changer la tête de l’applicateur et d’éloi-
un faisceau laser gner cette dernière tout en maintenant la même densité
Un laser est constitué : - d’un système de pompage énergétique par unité de surface.
- d’un milieu actif, liquide, gazeux ou constitué d’une source d’énergie Les travaux de Tuner et de Hode suggèrent d’utiliser des
solide, qui renferme les particules extérieure : décharge électronique, densités d’énergie de 2 à 10 J/cm2 pour obtenir la biosti-
excitées, donnant la longueur courant électrique, lumière mulation [10]. Des études dosimétriques et cliniques ont
d’onde du laser (donc la couleur du ordinaire ou autre laser ; permis d’affiner ces recommandations en tenant compte
faisceau), ainsi que sa dénomination : - d’une cavité de résonance des conditions aiguës et superficielles (2 à 6 J/cm2), ou
laser gazeux à CO2, laser solide formée de deux miroirs parallèles, chroniques et profondes (6 à 10 J/cm2).
Nd:YAG (grenat d’yttrium-aluminium l’un réfléchissant et l’autre
dopé au néodyme), laser à semi- semi-transparent, permettant Mode d’émission du rayonnement
conducteurs arséniure de gallium- l’émergence d’un grand nombre de Le mode d’émission peut être continu ou pulsé (inter-
aluminium (gallium aluminium photons après amplification. mittent), à différentes fréquences de pulsation (nombre
arsenide, GaAlAs), etc. ; d’impulsions par seconde). Pour une puissance donnée,
il semblerait que certains types de cellules réagissent

ENCADRÉ 3
Différents types de diodes
Les propriétés d’un appareil laser puissances élevées de près de 10 W (inférieure à 2 cm) et sont aussi
dépendent des diodes utilisées : mais incapables de traiter les tissus improprement utilisées dans les
(1) Source : - les diodes type LED (Light-Emitting cibles à plus de 1 cm de profondeur ; systèmes dits laser ;
Institut national Diode) ne sont pas à proprement - les diodes type SLD (Super-Luminous - les diodes laser véritables
de recherche et
de sécurité pour
parler de véritables diodes laser car Diode) fournissent un rayonnement génèrent une radiation cohérente,
la prévention des elles génèrent un rayonnement qui plus focalisé (divergence de 30°) que monochromatique, focalisée,
accidents du travail n’est ni cohérent, ni focalisé. Elles les diodes LED, mais elles ne génèrent et susceptible d’atteindre des
et des maladies
professionnelles, sont proposées sur des systèmes dits pas d’onde cohérente. Elles sont profondeurs supérieures à 5 cm.
INRS. laser à faible coût, offrant parfois des limitées par leur faible pénétration

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différemment selon le mode d’émission et que le temps (20 000 Hz), ne génère finalement que de très faibles
de pause entre deux impulsions soit un paramètre déter- quantités d’énergie (de l’ordre du mW).
minant de la réponse biologique [4, 5].

3 Effets du laser
FRÉQUENCE DE LA PULSATION INTERMITTENTE
Si la plupart des études in vitro sur les effets biologiques
du laser rapportent systématiquement les longueurs
d’onde et les doses énergétiques délivrées, en revanche,
sur les tissus
l’auteur n’a pas connaissance d’essai in vivo explorant les Les impacts produits par le rayonnement laser sur les tis-
impacts des différentes fréquences. sus vivants dépendent de la puissance émise par unité
Expérimentalement, les utilisateurs de lasers thérapeu- de surface et de la durée d’exposition au rayonnement
tiques observent : (figure 3). Celui-ci est transformé en d’autres formes d’éner-
- une meilleure réponse antalgique pour des fréquences gie quand il est absorbé par les tissus cibles.
basses, de l’ordre de 2 à 100 Hz ; Dans des ordres décroissant d’irradiance (puissance/cm2)
- une biostimulation entre 500 et 700 Hz ; et croissant de durée d’exposition, ces effets peuvent être
- une action anti-inflammatoire entre 2 500 et 5 000 Hz ; photoplasmolytiques, photo-ablatifs, photothermiques ou
- un effet antibactérien optimal pour des fréquences supé-
rieures à 10 000 Hz [2]. FIGURE 2

NATURE DES TISSUS TRAVERSÉS


Devenir du faisceau laser
Sans que le phénomène soit clairement expliqué, il est lors de son contact avec la peau
probable que les différents types de cellules répondent
plus ou moins bien à la manière dont elles sont exposées
au rayonnement. La contenance en eau, variable d’un Faisceau laser
ostéoblaste (60 %) à une cellule musculaire lisse (90 %),
constitue un premier élément de réponse, et explique la
Réflexion
meilleure efficacité des fréquences basses sur l’os et des Poil
fréquences hautes sur les tissus mous.
Les tissus répondent donc différemment selon la fréquence
délivrée, en raison notamment de cette teneur en eau qui Dispersion
conditionne leur aptitude à dissiper la chaleur. La stimu- Épiderme
lation est maximale en mode continu ou pulsé, avec une
fréquence de 2 à 100 Hz pour les os et le cartilage. Les fré- Absorption
quences maximales d’efficacité pour les tissus conjonctifs,
les muscles et les plaies ouvertes sont respectivement de 500
à 700 Hz, 2 500 à 5 000 Hz et 10 000 Hz. La combinaison de Derme Diffusion
plusieurs modes et de fréquences d’intensité croissante opti-
mise le ciblage des constituants anatomiques rencontrés [5].
Transmission
IMPORTANCE DE LA QUALITÉ DU MATÉRIEL UTILISÉ
Les nouvelles diodes de haute technologie, comme Absorption
Hypoderme
les semi-conducteurs arséniure de gallium-aluminium
(gallium aluminium arsenide, GaAlAs), permettent de
délivrer des impulsions avec un très large spectre de fré-
quences (1 à 10 kHz), tout en garantissant des puissances
moyennes élevées. ENCADRÉ 4

Des systèmes de refroidissement à effet Peltier (thermo- Classification des systèmes laser
électrique) sont préférables aux seuls ventilateurs pour • Classe 1 : lasers de puissance effectuée à travers un instrument
prévenir la détérioration des diodes. inférieure à 0,5 mW, d’optique.
L’Intense Super Pulse (ISP, succession de flashs de haute intrinsèquement sans danger. • Classe 3b : lasers de puissance
intensité et de très courte durée) permet de conserver • Classe 2 : lasers à rayonnement comprise entre 5 mW et 500 mW.
la puissance délivrée en profondeur quand les couches visible (400 à 700 nm de La vision directe est toujours
superficielles traversées présentent une impédance longueur d’onde) et de puissance dangereuse, ainsi que la réflexion
optique élevée, donc une forte capacité d’absorption. Ce inférieure à 1 mW. La protection du faisceau.
mode est particulièrement intéressant pour atteindre les de l’œil est assurée par le réflexe • Classe 4 : lasers de puissance
zones profondes ou traiter les animaux à pelage sombre palpébral. supérieure à 500 mW. La vision
sans accumulation de chaleur en surface. • Classe 3a : lasers de puissance directe et par réflexion ou
La notion de puissance moyenne est importante car un moyenne inférieure à 5 mW. La diffusion du faisceau est toujours
laser délivrant une puissance “peak” instantanée élevée vision directe est dangereuse si dangereuse, à l’origine de lésions
(50 W), mais sur des temps de pulsation de l’ordre de elle est supérieure à 0,25 s ou cutanées et oculaires.
la nanoseconde, même à des fréquences maximales
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DOSSIER
Principes et aspects
technologiques
du laser
photochimiques : une irradiance faible associée à une Effets photochimiques
durée de traitement de plusieurs minutes convertit l’éner- Pour les niveaux les plus bas, de l’ordre du mW, et pour
gie lumineuse en énergie chimique. des temps d’exposition mesurés en minute, des effets
photochimiques sont obtenus. Ils agissent sur les méta-
Effets photoplasmolytiques bolismes cellulaires : augmentation de la production mito-
Un laser de grande puissance (de l’ordre du kW/cm2 chondriale d’adénosine triphosphate (ATP), prolifération
délivré par une fibre optique de quelques microns) cellulaire, réduction des taux de prostaglandine PGE2 et
émettant des impulsions de l’ordre de la picoseconde d’interleukine Il-1, etc.
génère des champs électriques tels que les effets André Mester, physicien hongrois, en étudiant l’effet du
électromécaniques sont capables de porter un matériau laser sur la destruction de cellules cancéreuses chez le rat,
à l’état d’un gaz ionisé et désordonné, appelé plasma. a observé le premier les effets thérapeutiques du rayonne-
L’onde de choc associée à la formation et à l’expansion ment laser. En testant de faibles niveaux de puissance, il
de ce plasma engendre des ondes de pression extrême- a constaté une accélération de la cicatrisation des plaies
ment importantes et, par conséquent, une rupture méca- chirurgicales. C’est à lui que revient la découverte du prin-
nique du matériau. cipe de la photobiostimulation, à la base des applications
Les applications médicales de ce principe sur une struc- du laser thérapeutique [7].
ture tissulaire concernent la lithotritie et l’ophtalmologie.

4 Principes de la
Effets photo-ablatifs
Des niveaux de puissance plus réduits et des temps d’ex-
position plus longs produisent des effets photo-ablatifs,
utilisés en chirurgie réfractive et en dermatologie. Il s’agit
photobiostimulation
d’une ablation stricto sensu de découpe des berges, sans La lumière laser et ses différentes longueurs d’onde sont
effet thermique, comme le ferait un scalpel. Les photons susceptibles d’influencer certaines cibles biologiques
appliqués montrent une énergie supérieure à l’énergie de dans l’organisme grâce à l’absorption des chromophores.
liaison des molécules biologiques, et permettent ainsi de
dissocier les ponts peptidiques ou carbone-carbone des Les chromophores, des cibles cellulaires
chaînes polypeptidiques. Les chromophores sont des molécules pigmentées situées
dans les membranes cellulaires et les organites, capables
Effets photothermiques d’absorber l’énergie photonique. Les trois plus importants
Diminuer encore la fréquence et augmenter le temps d’ex- sont l’hémoglobine, la mélanine et le cytochrome C. Ils
position offrent des effets photothermiques pouvant aller présentent chacun des pics d’absorption en fonction de
de l’hyperthermie (45 °C) à la coagulation (60 °C), jusqu’à la longueur d’onde utilisée (figure 4).
la vaporisation de l’eau cellulaire (100 °C). Ces bénéfices En captant de manière sélective une longueur d’onde
sont à l’origine de l’utilisation du laser chirurgical. d’un laser, le tissu cible et ses chromophores subissent des
réactions localisées, alors que les tissus biologiques envi-
ronnants sans chromophores ne sont pas ou peu affectés.
FIGURE 3 Les effets attendus, réunis sous le terme de photobiosti-
Différents effets obtenus sur les tissus mulation, reposent sur l’augmentation de la microcir-
biologiques avec les lasers selon la durée culation, la libération d’oxygène par les hématies, la
production accrue d’ATP et des changements de potentiel
d’émission et l’irradiance membranaire.
Irradiance
(W/cm2) Effets attendus sur le cytochrome C
1018 Le mode d’action le plus remarquable se situe en regard
1015 de la membrane interne des mitochondries, où se loca-
Laser chirurgical
Effets électromécaniques lisent les cytochromes C, photorécepteurs les mieux
10 12
connus [3, 6]. Les cytochromes C sont les principales pro-
Effets photo-ablatifs
téines de la chaîne respiratoire mitochondriale, sources
10 9

les plus importantes de la synthèse de l’ATP via la phos-


106 Laser médical phorylation oxydative (90 % de la production d’ATP). Les
Laser Nd:Yag Effets cytochromes C contiennent du fer et du cuivre qui les
103 thermiques
Lithotritie rendent hypersensibles aux lumières rouge et proches de
1 l’infrarouge.
Effets Au cours de stress oxydatif (traumatismes, inflammations,
Laser excimère photochimiques
10 –3
Ophtalmologie etc.), la mitochondrie n’est plus capable de produire de
10–6 l’ATP, mais libère des radicaux libres délétères et induit
10–15 10–12 10–9 10–4 10–3 1 103 104 la sécrétion de prostaglandines et de cytokines.
Durée d’émission (s) Les cytochromes C irradiés par les infrarouges relancent
le métabolisme cellulaire, réduisent le vieillissement cel-
D’après [8]. lulaire par l’élimination des radicaux libres et stimulent la

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FIGURE 4
Coefficients d’absorption
production de monoxyde d’azote (NO), seul neuromédia- des différents constituants biologiques
teur gazeux activant la synthèse protéique et diminuant selon la longueur d’onde
l’agrégation plaquettaire.
La longueur d’onde de 800 nm est peu absorbée par la Absorption
mélanine, l’eau et l’hémoglobine. Elle pénètre donc plus
profondément et offre une action optimale sur ce cyto- Largage O2 Effet thermique
chrome C. Microvascularisation
Production ATP

Effets attendus sur l’eau


et les autres chromophores Plaies
L’absorption par les molécules d’eau, maximale à 970 nm,
provoque un différentiel de température au niveau cellu-
laire, à l’origine de différences de pression. Ces dernières,
dénommées gradients de pression, fournissent la force
propulsive nécessaire à la circulation vers les zones de
plus basse tension. La microcirculation sanguine périphé-
rique est ainsi améliorée. 660 800 905 970
La forte absorption liée à cette longueur d’onde renforce Pénétration Longueurs d’onde (nm)
l’activité thermique superficielle (bénéfique lorsqu’elle
Eau Hémoglobine Cytochrome C Mélanine
est modérée), mais limite par conséquent la pénétration
et l’action en profondeur.
L’absorption par l’hémoglobine, maximale à 800 et à
905 nm, libère l’oxygène, favorisant la production aérobie infrarouge : actions antalgique, anti-inflammatoire et (2) Voir l’article
“Propriétés
d’ATP (cycle de Krebs). cicatrisante (effets régénérateurs)(2). thérapeutiques du
L’absorption par la mélanine, maximale à 660 nm, est laser” du même
auteur, dans ce
responsable d’une action favorable sur la peau en raison Conclusion numéro.
d’une élévation de la température, activant la microcir- La connaissance des principes et des aspects technolo-
culation et l’expression de protéines de choc thermique : giques des lasers médicaux est un prérequis à la compré-
les HSP70 (Heat Shock Protein). Celles-ci entraînent la hension des modes d’action du rayonnement infrarouge
multiplication des fibroblastes, une augmentation de la et à une utilisation correcte dans des indications bien
synthèse de collagène et une diminution des processus ciblées.
inflammatoires [9].
Cependant, cette élévation de température est à surveiller
chez les animaux à peau sombre en raison d’un risque
accru de brûlure.
Summary
Innocuité sur les tissus sains
Les irradiations de tissus intacts par des densités d’énergie Principles and technological aspects of laser therapy
de 2 à 10 J/cm2 n’ont pas d’influence sur le métabolisme The characteristics of the laser beam as well as the technical parame-
cellulaire et ne sont pas susceptibles de léser les cellules. ters to consider when choosing a laser apparatus have evolved. They must
Les irradiations de cellules lésées, présentant un potentiel allow an optimal continuum between absorption and penetration of the
instable de membrane et un déficit de réserves d’énergie, laser radiation. The effects of radiation on living tissue depend on the
contribuent à maintenir ou à rétablir l’homéostasie de power emitted per unit area and the duration of exposure. The radiation is
celles-ci. converted into other forms of energy during absorption. These effects can
Il est particulièrement intéressant d’associer au sein d’un be photoplasmolytic, photoablatifs, photothermal or photochemical. Thus,
même laser plusieurs diodes, donc trois ou quatre lon- radiation is a source of photobiostimulation for various cellular targets,
gueurs d’onde différentes, pour optimiser les capacités known as chromophores, which differ depending on the wavelength used.
d’absorption des chromophores, mais aussi les niveaux
de pénétration. Cette combinaison permet la meilleure Keywords
expression des trois propriétés essentielles du laser Laser, photobiostimulation, pain, inflammation, wound healing.

Références
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Le Point Vétérinaire / Décembre 2013 / N° 341 29