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LE TITRE DE LA THESE:

La médecine phytotraditionnelle chez les Kabɩyɛ du Togo: dimensions économique,


éducationnelle, culturelle et environnementale dans le champ du développement
sociosanitaire

RESUME

I-QUESTIONNER LE PROBLEME
II-DECLINER LA METHODOLOGIE DE LA RECHERCHE
III-EXPOSER LES DIFFERENTS RESULTATS

I-QUESTIONNER LE PROBLEME

A l’aurée de ce 21ème siècle, malgré les progrès fulgurants de la médecine moderne, force est pour
nous de constater que beaucoup au sein des populations Kabɩyɛ continuent de faire recours à la
médecine phytotraditionnelle pour leurs soins de santé.

En effet, la pratique de cette médecine a traversé des millénaires avec des vicissitudes
enrichissant ainsi l’histoire et la culture des populations Kabɩyɛ. Toutefois, beaucoup de
personnes au sein de la société ignorent qu’on peut organiser cette médecine dans les dimensions
économique, éducationnelle, culturelle et environnementale pour qu’elle soit d’avantage utile
dans la santé publique.

Ce constat amène à poser préalablement des questions utiles qui engendrent la problématique.
Cette problématique oriente la réflexion vers la compréhension des dimensions de l’étude de la
médecine phytotraditionnelle et se pose comme suit :

-Pourquoi la dimension économique ?

Il sera question d’analyser dans cet aspect la participation de la médecine phytotraditionnelle


dans l’économie sociale, de voir sur quelle base solide l’on peut la formaliser, dans le sens de
rationaliser et organiser les pratiques de cette médecine afin qu’elle marque son importance dans
le champ du développement sociosanitaire.

-Pourquoi la dimension éducationnelle ?

Il s’agira de réfléchir pour trouver les pistes de l’intégration des programmes d’étude de cette
médecine dans les structures et institutions éducationnelles, puisque les populations se réfèrent à
la qualité de ses prestations.

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-Pourquoi la dimension culturelle ?

La pratique de la phytotraditionnelle dans la dimension culturelle reste encore très remarquable


dans la foi en l’existence des maladies spirituelles non appréhensibles et aussi non
diagnosticables par la médecine moderne, tandis que les acteurs de la médecine
phytotraditionnelle se servent de leurs différents diagnotics particuliers pour découvrir cette
catégorie de maladies. Ces méthodes de diagnostic appartiennent à la logique traditionnelle déjà
bien reconnue par les populations.

-Pourquoi la dimension environnementale ?

La médecine phytotraditionnelle dépend totalement de la nature et de l’environnement, parce


qu’en eux les acteurs de cette médecine puisent les éléments nécessaires pour la production des
soins. Cette dimension laisse comprendre combien, il est nécessaire d’impliquer les acteurs
phytotraditionnels dans la gestion durable de la nature et l’environnement.

Après ce survol explicatif sur l’implication des différentes dimensions dans l’étude de la
médecine phytotraditionnelle, il est très fondamental de savoir généralement comment la
pratique de cette médecine dans les dimensions économique, éducationnelle, culturelle et
environnementale chez les Kabɩyɛ peut-elle participer au développement sociosanitaire ?

D’une manière spécifique :

Comment les Kabɩyɛ lient la perception de la maladie aux pratiques des soins
phytotraditionnels ?

Chez les Kabɩyɛ, comment décide-t-on du choix d’un itinéraire phytotraditionnel en cas de
maladie ?

Comment se fait l’apprentissage ou l’initiation à la médecine phytotraditionnelle ?

L’acteur phytotraditionnel Kabɩyɛ peut-il survivre économiquement de son art médical qu’il
pratique ?

Quelles sont les filières et les structures socioculturelles de la médecine phytotraditionnelle ?

Comment l’acteur de cette médecine peut-il participer à la protection de la nature et de


l’environnement ?

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Pour répondre à toutes ces interrogations cette étude s’est assignée comme objectifs :

- D’expliquer les pratiques de diagnostics et de production de soins phytotraditionnels en


lien avec la dimension culturelle ou la perception de la maladie chez les Kabɩyɛ et ce qui
motive le choix d’itinéraire de soins en cas de maladie,
- De montrer que l’acteur phytotraditionnel peut vivre de son art et même participer au
développement économique et sociosanitaire,
- D’analyser les méthodes pédagogiques, l’art d’initiation et de transmission des savoirs
dans la médecine phytotraditionnelle,
- De démontrer que l’acteur phytotraditionnel peut participer à la régénérescence et à la
protection de l’environnement.
Suite à la préenquête il a été possible de trouver des réponses aux questions de recherche
formulées

Il est avant tout supposé que la pratique de la phytotraditionnelle se fonde sur ses fonctions :
économique, éducationnelle, culturelle et environnementale pour participer au développement
sociosanitaire.

Hypothèses spécifiques

- La classification des maladies dans la nosologie des Kabɩyɛ dépend de leur représentation
au sein de l’univers culturel.
- Le choix d’un itinéraire thérapeutique chez les patients Kabɩyɛ est déterminé par leur
environnement relationnel.
- La médecine phytotraditionnelle participe à la construction identitaire des acteurs.
- L’acteur phytotraditionnel Kabɩyɛ ne pourra survivre et participer au développement
sociosanitaire que si l’art phytotraditionnel qu’il pratique est réorganisé et rationnalisé
dans les dimensions de la recherche.
- L’oralité demeure l’unique méthode et pédagogie de transmission des savoirs en cette
médecine phytotraditionnelle.
- La dégradation de la nature et de l’environnement résulte de la crise de la socialisation
environnementale.
Nulle étude sociale n’a bouclé son périple intellectuel qui s’est retourné vers les problèmes de
biographie de l’histoire de méthodologie et vers leurs interférences au cœur de la société.

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II- METHODOLOGIE DE LA RECHERCHE

Comment étudier la médecine phytotraditionnelle face à la pluralité de ses variables et à la


complexité du phénomène ?

Durant cette étude nous avons fait usage de :

La recherche documentaire (OMS, TAVERNE, DUPUY et KARSENTY, DIDER Fassin)

Par ses conférences internationales et leurs rapports sur la médecine phytotraditionnelle, l’OMS
encourage les pays surtout africains à stimuler les recherches dans cette médecine primitive afin
de développer la prise en charge des malades dans la région d’Afrique et de juguler les maladies
mortelles dont la carence en médicament se fait de plus en plus ressentir.

Les travaux de Bernard TAVERNE rendent compte des motivations qui sont à la base du choix
d’itinéraire thérapeutique en cas de maladie. Il n’hésite pas à présenter les deux formes de
médecine (phytotraditionnelle et moderne) sur le même pied d’égalité, puisque les patients vont
vers l’une ou l’autre sur la base de l’efficacité relative.

DUPUY et KARSENTY dans leurs études de recherche font une analyse et mènent une critique
acerbe contre la médecine occidentale, surtout à l’endroit d’abord des médicaments avec leurs
lourds effets secondaires, ensuite des acteurs de cette médecine qui, par souci mercantiliste,
prescrivent des produits bidons, et enfin des laboratoires qui ne tiennent pas compte des réalités
du terrain, mais se laissent guider par les intérêts des politiques des Etats du nord et leurs
gouvernements dans les recherches et fabrication des médicaments aux désavantages des
populations très pauvres des pays du sud. Les discours de ces deux auteurs ont permis de se faire
une idée sur la place que peut occuper la médecine phytotraditionnelle soumise à dures épreuves
concurrencielles dans la santé publique, puis qu’elle compense les défaillances notables de sa
consœur moderne.

DIDER Fassin demandent la formalisation de la médecine phytotraditionnelle en Afrique en


tenant compte des réalités du terrain, surtout dans les dimensions économique et éducationnelle.
Ses recherches ont permis à cette étude d’envisager des réflexions non seulement dans les
dimensions économique et éducationnelle, mais aussi dans les deux autres dimensions culturelle
et environnementale en pays Kabɩyɛ dans le champ du développement sociosanitaire.

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L’analyse quantitative

Elle est l’une des étapes fondamentales dans la recherche. C’est par cette méthode que l’étude a
procédé au tirage par grappe dans les filières pour composer un échantillon d’enquête au sein des
populations cantonales de Kara. Il a fallu préalablement recenser les différents acteurs de la
médecine phytotraditionnelle par localité et par spécialité avant de tirer un échantillon au sein de
la population de la Kozah sur l’ensemble de la préfecture de la Kara.

L’analyse qualitative

L’analyse qualitative est basée sur le vécu quotidien des acteurs phytotraditionnels notamment :
les techniques de recherche de leurs produits, les méthodes de fabrication des
phytomédicaments, les méthodes de diagnostic, de consultation et d’accueil ; les méthodes de
transmission du patrimoine phytotraditionnel, le niveau d’instruction des acteurs ; tout cela est
soumis à un guide d’entretien.

III- LES RESULTATS DE LA RECHERCHE

III.1. Les déterminants du recours aux soins phytotraditionnels

Depuis des centaines d’années, pendant la période coloniale en passant par les indépendances
jusqu’à nos jours, la médecine phytotraditionnelle a subi des différentes épreuves crucifiantes,
qui l’ont obligé à vivre au ralenti avant de profiter des crises sociale et politique pour resurgir et
s’affirmer. C’est pourquoi l’étude n’a pas voulu passer sous silence les périodes sombres de son
histoire en analysant les déterminants de sa résistance face à sa consœur moderne.

III.1.1. Avant la période coloniale

Avant la période coloniale, la médecine phytotraditionnelle était l’unique système de santé en


pays Kabɩyɛ. Cette médecine était pratiquée par spécialité ou dans les filières suivantes : la
magithérapie, la castothérapie, la phytocastère et la phytothérapie.

Outre la gratuité des soins présentée comme déterminant principal, il y avait la solidarité sociale
ou communautaire qui était vécue autour du malade : parents, amis et voisins, chacun était
appelé à apporter son concours soit en phytomédicaments soit ses connaissances et même ses
conseils sur le choix de l’itinéraire thérapeutique à emprunter pour juguler la maladie.

La maladie en ce temps était vécue dans une dimension communautaire et son traitement ne
pouvait que suivre la même logique sociosanitaire. L’honoraire de guérison était presque

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négligeable et se présentait en produits naturels (pâte avec une sauce à base de légume) à la
desquels, le malade était autorisé à reprendre sa ration habituelle.

III.1.2. Pendant la période coloniale

La raison fondamentale qui maintenait les pratiques persistantes de la médecine


phytotraditionnelle pendant la colonisation était celle-ci : les acteurs de la médecine moderne
malgré la performance de leurs moyens logistiques sanitaires, n’arrivaient pas à diagnostiquer les
maladies spirituelles et à les guérir. Il faut comprendre cet enjeu comme une limite de la
médecine moderne qui s’est introduite de force et politiquement, sans aucune considération des
réalités culturelles Kabɩyɛ. Tout cela a contribué chez les populations Kabɩyɛ à maintenir leurs
pratiques de la médecine phytotraditionnelle.

III.1.3. Pendant la période des indépendances

Quelques décennies pendant les indépendances, le mode de production de soins modernes et ses
structures étaient ouvertes à l’économie du marché. Le coût des soins et l’inflation des prix sur
les produits pharmaceutiques avaient produit des chocs scandaleux dans la mentalité des
populations Kabɩyɛ qui étaient attachées à la gratuité et non averties sur ce brusque changement.

En considérant le seuil de pauvreté des populations, on se rend compte réellement des conditions
de vie difficiles de populations Kabɩyɛ. Dans cette précarité, la situation des malades devenait
lamentable en face des hausses des prix les produits pharmaceutiques.

Tout comme si cela ne suffisait pas, il fallait ajouter les coûts de consultation, d’hospitalisation et
des analyses médicales devenaient de plus en chers et insoutenables, car ils dépassaient parfois
les coûts des ordonnances pharmaceutiques prescrites pour les soins. Ailleurs les acteurs de la
médecine moderne affichaient clairement leur attitude d’indifférence en face des certains patients
en leur disant : sans argent, pas de soins. Les conséquences devant un tel retournement de la
situation sont très évidentes, il fallait retrouver les vieilles pratiques de la phytotraditionnelles.
Les masses populaires s’indignent et commencent par suspecter les acteurs de la médecine
moderne d’être en connivence avec les autorités de tutelle pour les escroquer de gros sous.

III.1.4. Les déterminants du recours aux soins phytotraditionnels à nos jours

Les crises sociales et politiques ont fait prendre conscience sur les changements irréversibles des
comportements des acteurs de la médecine conventionnelle qu’il fallait assumer et admettre
comme tels par les populations Kabɩyɛ.

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De nos jours, les mentalités ont beaucoup évolué. Les populations se sont peu à peu habituées à
la hausse des prix sur les produits pharmaceutiques, aux consultations tarifées, aux frais
d’hospitalisation aux analyses médicales payantes mais parfois encore très décevantes. Ce qui
inquiète les populations qui se plongent d’avantage dans les pratiques phytotraditionnelles et à
les maintenir fidèlement, c’est l’efficacité et la pertinence des soins que ces populations ne
trouvent pas dans les traitements de certaines affections au niveau de la médecine moderne. Ce
qui veut dire que, malgré son argent, le patient ne trouve pas souvent les bons produits efficaces
qui peuvent le guérir à l’hôpital. Il est obligé de recourir aux soins phytotraditionnels qui lui
offrent cette opportunité de retrouver sa santé sans aucun effet secondaire. En dehors de
l’efficacité relative, il y a aussi d’autres problèmes qui minent les services de santé moderne
comme : la lourdeur des soins, l’accueil et la corruption des acteurs qui font redouter la
sollicitude des soins dans les hôpitaux. Beaucoup de personnes craignent de dire que les acteurs
de ces derniers ne cherchent qu’à s’enrichir rapidement sur le dos de leurs patients.

III.2. La médecine phytotraditionnelle dans les dimensions économique, éducationnelle,


culturelle et environnementale chez les Kabɩyɛ

III.2.1. Dimension éducationnelle de la médecine phytotraditionnelle

Souvent, les acteurs phytotraditionnels n’ont pas été à l’école ou ils ont un niveau d’instruction
très bas et ne sont pas nantis d’un diplôme académique scolaire ou universitaire. Cette situation
est un fait qui classe ces acteurs au rang des analphabètes. Ce manque d’instruction a pour
conséquence directe sur le mode et technique de transmission des savoirs phytotraditionnels chez
les acteurs qui se situe à deux niveaux.

Le premier niveau se situe avant l’avènement de l’écriture :

Avant l’écriture, l’éducation en phytotraditionnelle ou la transmission des connaissances en


général se déroulait au sein de la caste ou de la famille prestataire entre les membres uniquement.
Elle était basée sur l’oralité et l’observation traditionnelle participative. Le futur récipiendaire
écoute pieusement les instructions par des indications au cours des séances de soins. L’apprenant
se montre très tôt disponible à apprendre son futur métier en enregistrant intellectuellement les
recettes de plantes médicinales utilisées par son patron qui peut même l’envoyer dans la brousse
seul pour en chercher. Ainsi, l’enfant grandit en s’assurant en même temps des acquis pratiques
de l’art médical de ses parents.

Deuxième niveau : l’éducation en phytotraditionnelle de nos jours :

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L’avènement de l’écriture aurait pu révolutionner et faciliter le système de transmission des
savoirs chez les acteurs phytotraditionnels en démystifiant son origine et ses pratiques qui restent
fermées, mais l’on se rend compte toujours que chez bon nombre des acteurs (magithérapeutes et
castothérapeutes), l’oralité et l’observation sont utilisées pour transmettre l’héritage ancestral
dans l’art médical phytotraditionnel.

Par contre, l’éducation et les recherches chez les phytothérapeutes sont possibles grâce à
l’écriture, l’école, les émissions radiophoniques ou télévisées, l’internet, les documentaires, les
débats, les conférences et les forums.

Dans la région de la Kara, il n’existe aucune école de recherche ou centre spécialisé en cette
médecine reléguée au rang des oubliettes. Ainsi, les filières de cette médecine ne sont pas
connues des autorités publiques et ne sont pas introduites dans l’enseignement. La phytothérapie
particulièrement est l’unique filière qui reste symboliquement évoquée au primaire et au
secondaire, mais représentative à l’université, en ce sens qu’elle n’est pas un cours systématique
du moment où l’on parle seulement des composés chimiques des plantes assimilables à
l’alimentation humaine.

Cette carence interrelationnelle entre acteurs de cette médecine et spécialistes de tout bord crée
une léthargie au niveau des consciences qui ne s’obligent pas d’écrire pour partager les
expériences dans les pratiques phytotraditionnelles.

C’est seulement en introduisant toutes ces spécialités dans l’enseignement à tous les niveaux
qu’on peut arriver à les ouvrir et à les rendre plus compétitives.

III.2.2. Dimension économique de la Phytotraditionnelle

La gratuité des soins et son honoraire symbolique après la guérison du malade appartient au
passé. De nos jours, l’ouverture des soins phytotraditionnels à l’économie du marché a changé
l’attitude des praticiens de cette médecine. Les phytomédicaments sont vendus aux patients aux
prix fixé par chaque acteur selon leurs valeurs. En considérant la situation
socioprofessionnelle des patients: les apprentis, les étudiants, les femmes, les élèves et les
étrangers payent sur leurs produits qu’ils achètent au près des acteurs phytotraditionnels ; mais
les proches et les amis achètent souvent à crédit les phytomédicaments et négligent aussi
d’honorer leur engagement. Après guérison, ils disparaissent et ne retournent plus chez le
guérisseur pour lui verser la totalité ou le reste de l’amende. L’organisation de tous les acteurs
phytotraditionnels en syndicat est une très belle chose. Mais, un seul syndicat qui regroupe en

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son sein toutes les filières, demeure précaire et impossible, car chaque filière a sa déontologie qui
peut s’opposer à l’autre. C’est pourquoi les autorités publiques, n’ayant pas connaissance de
cette réalité, ont tendance à ne pas prendre au sérieux l’unique organisation syndicale des acteurs
phytotraditionnels dont les membres ont aussi du mal à se gérer et pire, étant donné que chacun
travaille en rang dispersé, ils demeurent sans aucune assistance financière, et pas d’assurance.

Toutefois, par estimation, le marché des produits phytotraditionnels présente des chiffres
d’affaires très élevés allant de 25000Fcfa à 200000Fcfa par mois selon les filières. Et si l’on doit
considérer ces chiffres d’affaires, l’acteur phytotraditionnel apparemment peut vivre de son
métier.

Le désintéressement des autorités publiques à ce secteur sanitaire serait foncièrement à la base de


désorganisation et de désunion au sein des acteurs phytotraditionnels.

III.2.3. Dimension socioculturelle de la phytotraditionnelle

Dans cette partie de la recherche, il a été possible de découvrir les différents diagnostics utilisés
par chaque catégorie de professionnels phytotraditionnels pour détecter ou pour soigner les
affections multiformes. Il a aussi été possible de comprendre le traitement de chaque maladie en
lien avec son origine socioculturelle et la perception de la plante médicinale chez les Kabɩyɛ.

Chez les Kabɩyɛ en général, les maladies naturelles sont diagnostiquées et soignées par les
médecins modernes autant que les acteurs phytotraditionnels. Cependant, les maladies
spirituelles causées par les envoûtements, les sorciers, les esprits mauvais et les violations d’un
interdit social sont particulièrement diagnostiquées et soignées uniquement par une catégorie
d’acteurs phytotraditionnels spécialisés dans ce domaine. Ces maladies spirituelles très
dangereuses et aujourd’hui très fréquentes perturbent l’équilibre des familles, des foyers, et de la
société à tel point qu’il est difficile de les ignorer, surtout quand on sait que, plus d’un cadre ou
intellectuel hésite à revenir chez lui au village à cause d’elles. Habituellement ces maladies
peuvent présenter les mêmes caractéristiques en symptômes que n’importe quel type d’affection
naturelle. C’est pourquoi, il revient particulièrement aux acteurs de la magithérapie de les
détecter et de décider leur traitement en connivence parfois avec les castothérapeutes et quelque
peu avec les phytocastères soit par les plantes ou bien combinées avec l’apothérapie.

Dans la réalité socioculturelle, la plante médicinale est perçue comme un être vivant, habité par
une force invisible et avec laquelle l’on peut faire un pacte. Elle peut devenir un fétiche, un
totem, et l’on peut lui vouer un culte ou des sacrifices. En cela, on peut manipuler une plante de

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diverses manières, selon qu’on soit magithérapeute, castothérapeute, phytocastère ou
phytothérapeute et selon les traitements qui conviennent à chaque type de maladie.

Somme toute, à chaque type de maladie correspond un diagnostic adapté qui convient à un
traitement à base de plantes ou complexe de plantes avec les animaux au besoin.

III.2.4. Dimension environnementale de la phytotraditionnelle

Dans cette dimension, il s’agit de faire l’Etat des lieux avant de découvrir comment les acteurs
phytotraditionnels reconnaissent les plantes médicinales, comment ils les exploitent et comment
ils peuvent contribuer au reboisement des plantes médicinales et à la protection de
l’environnement.

L’aspect le plus touchant, palpable qui saute à l’œil dans cette région des Kabɩyɛ est la
disparition des forêts et de certaines essences ou espèces de plantes à cause des feux de
végétation, des exploitations abusives du bois de chauffe ; des exploitations anarchiques des
forêts pour les constructions, des meubles et pour le commerce extérieur et des mauvaises
méthodes utilisées par les acteurs phytotraditionnels pour exploiter les plantes médicinales. Tous
ces problèmes constituent des menaces graves pour la nature et l’environnement à cause des
conséquences qu’ils engendrent à savoir : le déboisement, le réchauffement de la planète et les
mauvaises variations climatiques en défaveur des populations qui s’appauvrissent d’avantage.

La reconnaissance et l’exploitation d’une plante médicinale dépend de chaque catégorie


d’acteurs phytotraditionnels :

- Pour les magithérapeutes, ceux sont leurs diables (amis) et la sorcellerie qui leur
indiquent les plantes médicinales
- Les castothérapeutes découvrent les secrets des plantes par les fétiches dont ils servent,
par l’héritage ancestral et par la métavision.
- Chez les phytocastes la découverte ou la reconnaissance des plantes médicinales est un
fait de l’héritage parental et ancestral, la révélation des esprits, l’intuition et la
métavision.
- Quant aux phytothérapeutes, il s’agit des recherches par la curiosité auprès des gens
ordinaires, par des essais et quelque peu par intuition, la métavision et par héritage
parental.
Tous les acteurs des différentes catégories participent à l’exploitation et à la destruction de la
nature et de l’environnement. C’est pourquoi pour résoudre tous ces problèmes liés à

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l’environnement, il faut impliquer tous ces acteurs comme solution à la protection et à la
préservation de la flore végétale et animale.

Quelles perspectives et conclusion peut-on tirer ?

Comment les pratiques de la médecine phytotraditionnelle peuvent-elles contribuer au


développement sociosanitaire ?

Il faut fondamentalement arriver à accepter que le développement sociosanitaire est possible par
la médecine phytotraditionnelle surtout si on l’organise en tenant compte des dimensions de
l’étude économique, éducationnelle, culturelle et environnementale en impliquant intimement les
pratiques dans les différentes catégories de ses acteurs.

Les différentes filières à savoir : la magithérapie, la castothérapie, la phytocastère et la


phytothérapie, participent à la construction identitaire de la phytotraditionnelle chez les Kabɩyɛ.
C'est dans ces différentes filières que les acteurs de cette médecine produisent les soins sanitaires
selon leur spécialité moyennant l'achat de leurs phytomédicaments et participent ainsi à
l'économie sociosanitaire.

Cette recherche ne se limite pas à la reconnaissance des pratiques de la médecine


phytotraditionnelle dans les quatre dimensions, mais elle transcende de soi les querelles
intestines qui l’opposent à sa consœur par le concept de l’efficacité introduit exprès pour les
départager.

Actuellement, beaucoup au sein de la population Kabɩyɛ sont émancipés sur le péril et les risques
des maladies iatrogènes causées par la pharmaceutique conventionnelle, d’où un regain d’intérêt
pour les pratiques phytotraditionnelles et ses remèdes naturels. Certains Kabɩyɛ ont gardé la
conception de la santé, la maladie et la vie et préfèrent les soins phytotraditionnels comme
itinéraire thérapeutique. C’est pourquoi l’heure n’est plus à la reconnaissance et à la
revalorisation de cette médecine, mais plutôt à sa formalisation par la restructuration et la
rationalisation et aussi par des statuts qui tiennent compte de la déontologie des catégories
d’acteurs.

Ainsi, il serait souhaitable de créer un organe national multisectoriel ou multidisciplinaire chargé


de coordonner, de gérer et réguler les pratiques de la médecine phytotraditionnelle. Cet organe
peut-être soutenu par un autre organe juridique qui sera chargé de faire respecter les statuts et
règlementations sur la gestion économique des activités phytotraditionnelles.

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Un centre de recherche pour contrôler et vérifier la pertinence des produits avant leur mise sur le
marché et le respect de la propriété intellectuelle.

Créer une structure de référence qui représente un cadre de transmission et d’échange sur les
savoirs et les connaissances dans le domaine de la phytotraditionnelle.

Diffuser la pédagogie (au moyen des interdits, des tabous et des totems) utilisée par les acteurs
phytotraditionnels et la population rurale pour encourager le reboisement et la préservation de la
nature et de l’environnement tout en leur inculquant en retour les méthodes descentes
d’exploitation des plantes médicinales.

Entendu que tout travail scientifique constitue un point de départ d’une nouvelle recherche soit
dans la continuité ou par opposition, comment parler de la médecine phytotraditionnelle dans le
champ du développement sociosanitaire sans établir des systèmes ou des principes d’échange et
de dialogue entre les acteurs de cette médecine avec ceux de la médecine conventionnelle.

Il aurait été justicieux de faire appel aux théories comparatives qui contribueraient à démontrer le
caractère d’une technologie plus poussée de la médecine moderne par rapport à la
phytotraditionnelle. Le côté positif de la médecine moderne et les limites de la
phytotraditionnelle dans le champ du développement sociosanitaire ou bien comment cette
médecine est perçue par les occidentaux de nos jours. La présente recherche semble ainsi avoir
passé sous silence certaines démarches et méthodes qui la rendent insuffisante.

Toutefois, cette thèse se présente comme un grand avantage, car il permet de comprendre les
grandes filières de la médecine phytotraditionnelle et leur intelligibilité en anthropologie voire
dans d'autres domaines sociaux.

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