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L’évolution à long terme des standards vue d’Europe

par Françoise BOUSQUET, Christian CASPER, Tineke M. EGYEDI, Bernard


GAUVIN, Birger HANSEN, Michel JEANSON, Marine MOGUEN-TOURSEL et
Emmanuel COBLENCE

| Éditions ESKA | Entreprises et histoire

2008/2 - Volume 51
ISSN 1161-2770 | ISBN 2-7472-1480-3 | pages 117 à 134

Pour citer cet article :


— Bousquet F., Casper C., Egyedi T., Gauvin B., Hansen B., Jeanson M., Moguen-Toursel M. et Coblence E.,
L’évolution à long terme des standards vue d’Europe, Entreprises et histoire 2008/2, Volume 51, p. 117-134.

Distribution électronique Cairn pour les Éditions ESKA.


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© Éditions ESKA, 2008


DÉBAT

DÉBAT
L’ÉVOLUTION À LONG TERME
DES STANDARDS VUE D’EUROPE
Avec
Françoise BOUSQUET
directrice de la société ZFIB Conseil, responsable de la chaire Normalisation
au sein du mastère spécialisé Intelligence Économique
de l’École Internationale des Sciences du Traitement de l’Information
Christian CASPER
ancien délégué Europe, PSA-Peugeot Citroën
Tineke M. EGYEDI
senior researcher in information and communication technology
at the Delft University of Technology
Bernard GAUVIN
sous-directeur de la Réglementation technique des véhicules à la direction
de la Sécurité et de la Circulation routières du ministère de l’Écologie,
de l’Énergie, du Développement durable et de l’Aménagement du Territoire
Birger HANSEN
ancien dirigeant de l’Institut danois de soudage et son successeur FORCE
Technology, président du comité technique 121 (soudage) du Comité européen
de normalisation (CEN)
Michel JEANSON
administrateur chargé des aspects horizontaux et internationaux
de la normalisation européenne, Direction Générale Entreprises et Industrie
de la Commission européenne1
Débat animé par Marine MOGUEN-TOURSEL
Centre de Recherches Historiques
École des Hautes Études en Sciences Sociales
Propos recueillis par Emmanuel COBLENCE
Centre de Gestion Scientifique
École des Mines
1
Ni la Commission européenne ni aucune personne agissant au nom de la Commission n’est responsable de l’usage
qui pourrait être fait des informations données ci-après. Les opinions exprimées dans cet article ne reflètent pas néces-
sairement l’opinion et les politiques de la Commission Européenne.

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Comment peut-on cerner la nature et l’évolution des standards ?


Quels sont les enjeux et avantages du processus de standardisation ?
Quelles tensions et nouvelles procédures peuvent cependant surgir ?
Quelles sont les parts de la coopération et de la confrontation dans
l’élaboration des standards ? Comment les différents types d’acteurs
s’approprient-ils les normes ?

i. Legal requirements. These are issued by


1. NATURE ET ÉVOLUTION an authority, typically a governmental
DES STANDARDS office. Directives are of this type because
they are implemented as national law.
Marine Moguen-Toursel : Quelle typolo- ii. Proper standards (or standards for short).
gie peut-on dresser des standards ? Les These documents are the results of a
termes de « standards » ou de « normes » democratic process. They are prepared
peuvent-ils être employés indifférem- by a committee including representatives
ment ? from all relevant stakeholders’ organisa-
tions, typically manufacturers, consumer
Birger Hansen : It is my experience from organisations, environmentalists, custo-
the standardisation work that one often gets mers, authorities, research institutions,
into discussions on the meaning of words. etc. – but no representatives from politi-
Some words are problematic and should be cal parties. Furthermore, all draft stan-
avoided in relation to standards. The main dards are circulating for public comment.
problem is that a word may have different The standards are subject to review and,
connotations in different languages. Norm is if necessary, revisions at fixed intervals.
such a word. The “N” in DIN stand for CEN standards are of this kind.
Normen, so all German standards are norms!
However, my Oxford Illustrated Dictionary iii. Recommendations prepared by an orga-
indicates that standard and norm are syno- nisation. American documents are typi-
nyms in English. cally of this kind, prepared by organisa-
tions such as ASME, ASTM, AWC, API,
Standard is, unfortunately, also a somewhat etc.
ambiguous word. As a simplification I use
iv. Company specifications, prepared by a
the following categories depending on how
single company for in-house use, but also
documents are prepared. The technical
for communication with customers and
contents may actually be identical. The cate-
suppliers.
gories should correspond to usual CEN2 and
ISO3 terminology. However, these organisa- A standard may not be perfect. It may inclu-
tions use several categories of documents, de one or more mistakes, making application
which complicate the picture. dangerous in at least certain cases. The

2
Comité Européen de Normalisation.
3
International Organization for Standardization.

118 ENTREPRISES ET HISTOIRE


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L’ÉVOLUTION À LONG TERME DES STANDARDS VUE D’EUROPE

consequences for the organisation having La mesure du succès peut cependant se


prepared the document depend on the cate- prendre quand les produits résultants ont un
gory of standard : succès commercial important qui crée de fait
un consensus au niveau de l’utilisation. Un
i. Consequences are political. des problèmes importants pour notre indus-
ii. Any resulting damage is usually conside- trie des technologies de l’information et de la
red an “act of God” because nobody was communication est la rapidité de l’évolution
able to detect the mistake during prepara- technologique qui, bien souvent, sert de pré-
tion and public comment. This has the texte pour un développement plus ou moins
important but rarely recognised conse- anarchique de standards de facto, éventuelle-
quence that Committee members do not ment standards « propriétaires » (lorsqu’une
have to be covered by liability insurance. société a réussi, comme Microsoft, par
exemple, à s’emparer du marché avec ses
iii. The situation is not entirely clear, as far solutions) au détriment d’une certaine
as I know. The question is if a product lia- « sécurité » que devrait donner le système de
bility lawsuit can be made against the normalisation « officiel ».
organisation if a recommendation
includes one or more mistakes resulting Tineke Egyedi : A recent example of stan-
in failure of structures designed accor- dardisation of document formats in ISO
ding to the recommendation. shows that Europe must remain alert about
the openness and quality of the standards
iv. The company has full responsibility. process followed. At stake was a proprietary
Microsoft standard that was fed into the
Françoise Bousquet : Le terme de norme est
consortium process of Ecma International,
de façon traditionnelle employé pour faire
where it was extended and forwarded to the
référence à des documents consensuels dont
ISO for the Fast Track procedure. The way
l’élaboration a été réalisée au sein d’orga-
this standards process has been handled by
nismes officiels et qui ont à cause de cela une
ISO should serve as a warning, starting with
valeur reconnue, opposable. Les organismes
ISO’s consideration of a second standard for
officiels ont des règles précises d’ouverture à
document formats next to the already exis-
toutes les parties prenantes. La norme peut
ting ISO standard (the Open Document
être, et est souvent, référencée dans des
Format) and ending with the approval of
textes législatifs même si, sauf cas très parti-
OOXML as an ISO standard, despite having
culier, elle n’est pas d’application obligatoi-
only partially discussed the more than thou-
re. La norme est souvent appelée « standard
sand technical comments on the draft. Where
de jure » par opposition au standard propre-
high stakes such as sustainability of digital
ment dit, souvent appelé « standard de
public archives and the transparency and
facto ». La langue française dispose du mot
vendor-independence of communication bet-
« standard » dont la définition peut se com-
ween governments and their citizens are
parer dans une certaine mesure à celle de
concerned, a fair, democratic and open stan-
norme. Mais il s’agit en réalité de règles ou
dards process is crucial.
spécifications techniques propres à une
entreprise, ou à une profession (« une règle Françoise Bousquet : Il appartient bien sûr
fixe à l’intérieur d’une entreprise (ou d’un au marché de choisir, sauf lorsque la législa-
groupe d’entreprises) pour caractériser un tion entre en jeu. On voit d’ailleurs de façon
produit, une méthode de travail, une quantité assez surprenante une pérennité dans des
à produire »). Il s’agit là d’un consensus au solutions dont la technologie pourrait
niveau de l’élaboration des spécifications qui paraître obsolète, et qui s’appuient le plus
est probablement plus restreint et en tout cas souvent sur des normes déjà anciennes, pré-
non contrôlé. valoir dans le cas d’applications sensibles

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(choix de la messagerie X400 par exemple nal, dans une optique d’élimination des bar-
plutôt que des protocoles TCP/IP, pro- rières techniques aux échanges.
grammes encore écrits en Cobol, etc.).
Les normes se voient parfois opposées aux
Certains verront aussi dans cette comparai-
standards élaborés par des entreprises, des
son un élément de réflexion philosophique :
consortiums ou des forums divers, hors des
si une solution « propriétaire » est utilisée
organismes reconnus par les textes législatifs
très largement sur le marché, peut-on la
européens. Si l’utilité de ces documents ne
considérer comme quelque chose nécessaire
peut être contestée, il n’en demeure pas
au bien commun ? (Jusqu’où pourrait-on
moins que leur processus d’élaboration ne
aller dans l’expropriation ?).
peut leur conférer la puissance des normes.
Michel Jeanson : La norme est un document Néanmoins force est de constater que cer-
au contenu de nature technique, pour usage tains s’imposent d’eux-mêmes sur les mar-
répété, établi par un organisme reconnu et chés, et qu’ils viennent combler un besoin
avec la participation de toutes les parties inté- réel à un moment donné. Plutôt qu’une oppo-
ressées, lors d’un processus ouvert et trans- sition, il faudrait sans doute voir une complé-
parent aboutissant au consensus. Son appli- mentarité entre ces instruments de nature dif-
cation est volontaire. Dans le contexte euro- férente, chacun ayant des caractéristiques
péen, le terme « standards », traduction propres. Pour une utilisation en matière
anglaise du mot « norme », lui est équivalent, réglementaire, il est évident que la transpa-
même si l’usage associe le standard à la rence dans le processus d’élaboration est un
notion d’étalon, de référence, par rapport à critère déterminant, et qui plaide en faveur
laquelle il est possible de mesurer des carac- des normes.
téristiques ou des performances.
Marine Moguen-Toursel : Les standards
Au niveau européen, la directive 98/34/EC ont des origines différentes. Tandis que
du Parlement et du Conseil reconnaît exclu- certains viennent des acteurs privés,
sivement les organismes européens CEN, d’autres sont produits par des organisa-
CENELEC et ETSI, ainsi que leurs membres tions internationales. Ces standards ont-ils
nationaux, en tant qu’organismes de normali- tous le même poids, la même reconnais-
sation auxquels peuvent être adressés des sance par les acteurs ?
mandats. Seule la référence aux normes
Françoise Bousquet : Les standards de facto
européennes issues du CEN, du CENELEC
à ce jour bénéficient éventuellement de la
et de l’ETSI peut soutenir la mise en œuvre
reconnaissance du marché mais ne sont pas
des directives « Nouvelle Approche »4, tout
encore, sauf cas exceptionnel, référencés
en restant de nature volontaire.
dans les textes législatifs, au grand dam
Qu’elles soient nationales, européennes ou d’ailleurs des marchés et/ou des fournisseurs
internationales, les normes au sens de la de solutions spécifiées dans ces standards.
directive 98/34 demeurent d’application On peut citer par exemple sur le plan euro-
volontaire. La Commission européenne, péen la décision du conseil 87/95 qui devrait
notamment dans sa communication de 2004, être modifiée si l’on venait à reconnaître la
met l’accent sur l’importance de la coordina- même valeur aux normes et aux standards,
tion entre les niveaux européen et internatio- ainsi d’ailleurs que la directive 98/34. Un

4
Au milieu des années 1980 est apparue la « Nouvelle Approche » de la Commission européenne en matière de légis-
lation de mise sur le marché des produits industriels. Les directives européennes spécifient les exigences essentielles
de sécurité auxquelles doivent satisfaire les produits, tandis que les détails techniques sont précisés dans des normes
européennes dites « harmonisées ». Les produits qui sont conformes à ces normes sont présumés conformes aux exi-
gences réglementaires.

120 ENTREPRISES ET HISTOIRE


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L’ÉVOLUTION À LONG TERME DES STANDARDS VUE D’EUROPE

autre problème se pose : celui de la mainte- ses objets et dans sa nature. Les normes de
nance des standards. Elle est gérée par des management sont aujourd’hui l’un des sec-
directives précises dans les organismes offi- teurs les plus importants de développement
ciels, ce qui n’est pas le cas pour des stan- de la normalisation : normes de sécurité,
dards de facto qui pourraient disparaître du d’environnement, de développement durable5.
jour au lendemain sans solution de secours Au-delà des mots et de la mode, cela change
pour les clients des produits s’appuyant sur beaucoup le paysage. On assiste à une multi-
ces standards. plication de documents normatifs qui ne sont
ni des normes ni des standards mais des réfé-
Il est un point très important à considérer. Du
rentiels utilisés dans les cahiers des charges
fait de son organisation, la normalisation
(par exemple : les documents de bonnes pra-
officielle a des pesanteurs (qu’elle a déjà
tiques, les accords d’atelier, etc.).
réduites par des procédures adaptées :
comme le fast track – ou procédure accélérée Tineke Egyedi : In Article 14 of the
– et les PAS – publically available specifica- “Council Resolution of 28 October 1999 on
tions -). Cependant on devrait pouvoir béné- the Role of Standardization in Europe”
ficier pour les technologies à évolution très (Council of the European Union [EU], 2000),
rapide d’une procédure plus simple, plus the European Commission is requested to
rapide, à représentation directe des acteurs, examine how the European Union should
avec le risque accepté de faire du quick and deal with specifications that do not have the
dirty mais efficace dans l’immédiat. status of formal standards. The council reco-
gnizes “an increasing tendency of interested
Dans le domaine des TIC (technologies de
parties to elaborate technical specifications
l’information et de la communication), la
outside recognized standardization infra-
question de la cohabitation des deux familles
structures” (Article 7). The resolution distin-
de standards est très nettement posée par la
guishes between standards developed by
récente étude réalisée par la Commission
official standards bodies such as the ISO,
Européenne. Le débat est en cours.
those on the European level, for example the
La normalisation (norme ou standard) peut CEN, and those from other sources. In the
être (et est en général) un appui pour la resolution context, another main source is the
réglementation. La « Nouvelle Approche » et standards consortium. The council’s feeling
les directives qui s’en inspirent montrent que is, apparently, that there may be a need to
le législateur n’a généralement pas l’experti- deal differently with consortium standards
se technique mais peut exprimer ses exi- than with formal ones, a feeling which, for
gences, et c’est aux industriels de spécifier example, the U.S. government shares (Center
les référentiels normatifs nécessaires aux- for Regulatory Effectiveness [CRE], 2000).
quels la conformité des produits offrira une No accepted definition exists as yet for the
présomption de réponse satisfaisante à ces term standards consortium. In practice, it can
exigences. cover a variety of alliances. Some standards
consortia focus solely on the development of
Marine Moguen-Toursel : Comment arri-
technical standards or specifications (specifi-
ve-t-on à un équilibre entre les différentes
cation groups; Updegrove, 1995). These may
familles de standards ? Comment évolue-
be R&D-oriented and precompetitive
t-il au fil du temps ?
(research consortia ; Updegrove; proof-of-
Françoise Bousquet : Il est à noter aujour- technology consortia; Weiss & Cargill,
d’hui que la normalisation, dans son 1992). They may focus on heightening the
ensemble, a beaucoup évolué, à la fois dans usability of existing standards (implementa-

5
Voir sur ces points Entreprises et développement durable, n° 45 d’Entreprises et Histoire, décembre 2006.

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tion and application consortia; Weiss & the domain. A further integration of fora and
Cargill). Or their goal may be to formalize consortia by including deliverables within
dominant existing practices and de facto the EU standards catalogue or by direct man-
standards. Again, other consortia may fore- dating of fora and consortia should, however,
most promote the adoption of a certain tech- take into account the specific requirements
nology (strategic consortia; Updegrove), set by Public Authorities for standards to be
organize educational activities for users of used in association with EU legal and policy
standards (Hawkins, 1999), or combine these acts” (http ://ec.europa.eu/enterprise/ict/
activities with specification development. In policy/standards/piper/executive_summary.
this chapter, a standards consortium refers to pdf).
an alliance of companies and organizations
financed by membership fees, the aims of This recommendation has recently been
which include developing publicly available, taken up in the Commission Communication
multiparty industry standards or technical “Towards an increased contribution from
specifications. In practice, mostly large com- standardisation to innovation in Europe” (11
panies are members of these consortia. The March 2008). “A better integration of infor-
council’s resolution is but one example that mal ICT standards development bodies to
there has been some unease and discussion the EU standardisation system, in order to
about the role of standards consortia in the allow EU ICT policies to benefit from the
network of actors involved in standardiza- expertise of those fora and consortia” (p. 5).
tion. The actor network appears to be caught
up in a polarized discussion about what type Marine Moguen-Toursel : La littérature
of organization best serves the market for fait apparaître une évolution vers des
democratic and timely standards : standards standards volontaires, au moins au plan
consortia or the traditional formal standards communautaire. Voyez-vous cette tendan-
bodies. The general feeling is that standards ce à l’œuvre ?
consortia work more effectively, but that they Birger Hansen : Legal requirements are, of
have restrictive membership rules and are course, mandatory. The last 3 categories are
undemocratic. The latter is a cause of in their nature non-mandatory (voluntary?).
concern for governments that require demo- However, application of the provisions in a
cratic accountability of the standards process standard may be made mandatory by some
when they refer to such standards in a regu- party. A contract between a manufacturer and
latory context6. a customer may for example include referen-
In a recent EU project on EU Information ce to one or more standards and the standards
and Communication Technologies (ICT) then become mandatory for all deliveries
standardization policy, finalised in 2007, this according to that contract. Proper standards
issue was again addressed. The project report may also be referred to in legal requirements
recommends: “To respond rapidly to standar- and these standards then become mandatory
disation needs set by 2010 and the innovation within the context of the legal requirement. A
policy, the new ICT standardisation policy of government may for example tax cars on the
the European Commission should build upon basis of their emission of CO2 per kilometre.
the synergies provided by a better integration Such legal requirements are likely to refer to
of European Standardisation Organisations standards for measurement of the emission of
and relevant consortia and fora activities in CO2.

6
For more information, see T. M. Egyedi, « Beyond Consortia, Beyond Standardization ? Redefining the Consortium
Problem », in K. Jakobs (ed.), Advanced Topics in Information Technology Standards and Standardization Research,
Vol. I, Hershey, IGI Global, 2006, p. 86-104.

122 ENTREPRISES ET HISTOIRE


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L’ÉVOLUTION À LONG TERME DES STANDARDS VUE D’EUROPE

The industries use all four categories. The confond alors très sérieusement avec la
system is quite clear in Europe. On top are réglementation.
the legal requirements (the directives) issued
Marine Moguen-Toursel : Une deuxième
by Brussels. Directives are supported by
évolution qui semble se dessiner est celle
CEN standards. Branch organisations may
d’une simplification au plan international.
supplement by recommendations, for
Pour l’automobile, la plupart du temps,
example standard contract forms. Finally
les standards communautaires sont
each company has to supplement by compa-
proches des standards des Nations Unies.
ny specifications, as necessary, in order to
La tendance actuelle est de simplifier la
have a complete and fully operational quali-
législation communautaire en fonction de
ty management system. I do not see that this
celle des Nations Unies. Cette tendance
system should be marred by any inherent
vous semble-t-elle être réellement à
conflict.
l’œuvre ? Est-ce le cas également dans
Michel Jeanson : C’est au milieu des années d’autres secteurs que l’automobile ?
1980 qu’est apparue la « Nouvelle
Françoise Bousquet : Cette question est très
Approche » dont nous venons de parler. Des
ambiguë. On trouve aujourd’hui au sein
approches similaires de référence à des
même des Nations Unies le comité
normes volontaires sont apparues récemment
UN/CEFACT qui effectivement définit un
dans d’autres secteurs que celui des produits
certain nombre de « normes » relatives le
industriels, tels que la protection de l’envi-
plus généralement aux échanges électro-
ronnement ou l’interopérabilité des matériels
niques et ce dans tous les domaines : de la
ferroviaires. La normalisation dans le secteur
construction à l’agroalimentaire en passant
des services en est à ses débuts, et montre des
par la voiture, etc. Les travaux réalisés dans
signes encourageants.
cette instance le sont, en principe, en liaison
Les normes sont établies par et pour les par- sinon en coopération avec les comités tech-
ties intéressées. Les utiliser comme référen- niques correspondants de l’ISO (qui, entre
ce, même volontaire, dans la législation, par- nous, est aussi sous la responsabilité de
ticipe en quelque sorte d’un processus de co- l’ONU). Les travaux les plus importants rela-
réglementation. Il est évident qu’une partici- tifs à l’automobile se traitent en particulier au
pation accrue des entreprises à leur élabora- comité technique 22 de l’ISO (mais les
tion est un incitant à une meilleure applica- échanges électroniques relatifs à l’automobi-
tion des règles normatives et, partant, de la le, EDI, utilisant edifact ou ebxml sont le fait
réglementation. de l’UN/CEFACT). Ce que l’on peut dire, en
revanche, c’est que les normes et standards
Françoise Bousquet : Je conviens tout à
sont de plus en plus internationaux (c’est le
fait que la normalisation, même officielle,
fait de la mondialisation) et que les standards
est un processus volontaire (qu’il s’agisse
communautaires deviennent des standards
de normes ou de standards). La législation
internationaux (mais pas des Nations Unies
intègre de moins en moins de spécifications
au sens où je comprends la question).
techniques mais laisse à l’industrie la res-
ponsabilité d’établir ses spécifications en Michel Jeanson : Depuis la signature, au
réponse aux exigences. Il faut noter que, début des années 1990, des accords de
dans certains pays, la normalisation est coopération7 entre les organismes de norma-
entièrement entre les mains des Etats et se lisation CEN et CENELEC et leurs équiva-

7
Accord de Vienne entre CEN et ISO et accord de Dresde entre CENELEC et CEI.

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DÉBAT

lents au niveau national, ISO et CEI8, les


pourcentages de normes européennes basées 2. ENJEUX ET AVANTAGES
sur des normes internationales (la plupart du DU PROCESSUS
temps identiques) ont atteint les niveaux res- DE STANDARDISATION
pectifs de 30 % (CEN-ISO) et de 60 %
(CENELEC-CEI). Cette situation démontre
le besoin d’une harmonisation au niveau Marine Moguen-Toursel : Bien que sou-
mondial, dans un contexte de globalisation vent perçus comme une froide approche
des marchés et d’accélération des échanges. technique, les standards sont au contraire
les reflets de forts enjeux politiques, éco-
Bernard Gauvin : Le programme CARS 21, nomiques, mais aussi de réputation et de
adopté à Bruxelles en 2007, conduit à privi- prestige. Comment percevez-vous la hié-
légier l’adoption de règlements de Genève rarchie entre ces différents enjeux ?
auxquels la réglementation communautaire
ferait référence. La France est favorable à Birger Hansen : The main and original drive
cette orientation. behind CEN standardisation has been to pro-
vide standards supporting directives.
Christian Casper : Nous nous sommes tou- Directives are the result of a political pro-
jours opposés à l’internationalisation des cess, but, as already mentioned, political par-
normes car cela signifie alignement sur les ties have virtually no influence on the work
normes américaines, comme c’est le cas pour of standardisation bodies (including CEN) –
les normes comptables. C’est une question except for stressing the urgency of the work.
de souveraineté européenne. Il appartient à
l’UE de faire ses choix de société. On doit When CEN TC 121 had fulfilled the task of
ajouter que c’est un sujet de division avec les preparing supporting standards, then the
constructeurs allemands, compte tenu de leur Committee concentrated on standards pro-
présence commerciale aux Etats-Unis. moting technological progress, for example
standards for laser beam welding. Several
Birger Hansen : A serious problem for ISO documents giving technological guidance
is the incompatibility of the CEN and the were also produced. The intention of such
USA systems of standardisation. The documents was to give an efficient and effec-
European system is characterised by a single tive transfer of know-how from research
or at most a few international standardisation organisation to the industry.
bodies. The same is the case at the EU level.
It uses horizontal standards and it connects Bernard Gauvin : Une réglementation tech-
directly to legal requirements. Accidents are nique est un acte régalien de politique tech-
handled by a public health service system. nique. L’enjeu majeur me semble être non le
The American system is characterised by prestige, mais le soutien politique (par
hundreds of branch organisations preparing exemple, les feux de jour).
vertical recommendations, not directly
Françoise Bousquet : Malheureusement, les
connected to legal requirements. Accidents
enjeux de prestige et de réputation ne sont
are handled by private health insurance and
pas réellement pris en compte. On sait éven-
product liability lawsuits.
tuellement faire valoir l’intérêt économique
This unfortunate conflict seriously hinders ou politique (dans le combat qui oppose
much ISO work and largely prevents ISO aujourd’hui la norme ODF à la norme qui
from establishing the top level of standards vient d’être adoptée OPEN XML, qui n’est
(design codes). autre qu’un standard Microsoft, l’intérêt

8
La Commission Électrotechnique Internationale élabore des normes internationales pour tout ce qui a trait à l’élec-
tricité, à l’électronique et aux technologies apparentées.

124 ENTREPRISES ET HISTOIRE


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L’ÉVOLUTION À LONG TERME DES STANDARDS VUE D’EUROPE

public n’est certainement pas pris en comp- ideas among experts is the confirmation of
te). Il faudrait que le normalisateur soit one and the rejection of others ; where politi-
considéré aux yeux du monde et de sa propre cal ideas are concerned, the outcome is the
entreprise (surtout cela !) comme un person- building of a coalition that makes compro-
nage important et primordial pour que le mises among some in order to exclude
standard prenne sa valeur. others9.
Tineke Egyedi : Standards practitioner lite- Michel Jeanson : Les discussions entre
rature notes that a shift has taken place from experts au sein des comités de normalisation
a technical style of standardisation in former sont la plupart du temps de nature très tech-
times, mainly based on technological consi- nique. Il n’en demeure pas moins que le
derations, to a process with strong political choix d’une norme plutôt qu’une autre peut
and economic overtones (e.g. Irmer, 1990; avoir des effets économiques considérables.
Van Rooij, 1991). Extrapolating, the shift is La participation d’une entreprise aux travaux
one from a process mainly driven by techno- de normalisation peut lui donner un avantage
logical knowledge, technical practices, com- compétitif, ne serait-ce qu’en lui permettant
mon expectations, etc. (i.e. technological d’avoir un accès privilégié à l’information.
paradigms ; Dosi, 1982) to a process mainly C’est pourquoi il est crucial que la normali-
characterised by the negotiation of economic sation reste un processus ouvert le plus large-
and political interests (actor interests; e.g. ment possible, et notamment aux PME.
Callon, 1986). La norme peut être également un excellent
In both cases, standardisation is perceived as vecteur de la diffusion de l’innovation. En
a transient activity in which participants have normalisant un procédé, par exemple, on lui
their roots and loyalties elsewhere. Either a donne une certaine crédibilité sur le marché,
committee participant’s primary point of ce qui permettra aux entreprises qui se pré-
identification is the ‘interest group’ (e.g. vaudront d’une conformité aux normes de
industry versus environmental group), or it is bénéficier d’un a priori favorable. C’était par
the technological practitioners’ community exemple la démarche d’un groupe de PME
(e.g. architects versus civil engineers). In du secteur du recyclage : en normalisant les
both cases the negotiation process centres on exigences en matière de performance des
negotiating what the main problems are and cartouches d’encre à imprimantes recyclées,
how to define them (Bijker, 1987). ces PME sont parvenues en Allemagne à se
faire une place sur le marché, et notamment
It matters whether knowledge-driven or sur les marchés publics.
interest-driven standardisation dominates.
Marine Moguen-Toursel : L’amélioration
They imply different kinds of standards pro-
de la compétitivité industrielle est habi-
cesses. In this respect, drawing a comparison
tuellement présentée comme le principal
between experts and politicians is clarifying
avantage du processus de standardisation.
(March & Olsen, 1989). Where experts redu-
Pensez-vous qu’il s’agit effectivement de
ce subjectivity, politicians organize subjecti-
l’avantage le plus net ?
vity. Whereas experts seek data, politicians
seek allies. Where experts engage in resear- Bernard Gauvin : Les aspects industriels et
ch, politicians engage in logrolling. The clas- économiques sont les seuls moteurs réels de
sic outcome of confrontation of contending l’harmonisation réglementaire.

9
For more information, see T. M. Egyedi, Shaping standardisation : a study of standards processes and standards
policies in the field of telematic services, Delft, Delft University Press, 1996, p. 61-63 (http://www.tbm.
tudelft.nl/live/pagina.jsp?id=0b330c26-def4-45e3a36743b61bf0ae45&lang=en&binary=/doc/tpm_egyedi_1996
0212.PDF).

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DÉBAT

Michel Jeanson : La normalisation est syno- 1. Establishment of a complete set of inter-


nyme d’interopérabilité, de qualité, de sécu- related standards is a huge task and few
rité, etc. Tout ce qui contribue à renforcer ces countries have the resources required. If
caractéristiques, et la norme en fait partie, an investor in e.g. Argentine wants to
contribue à renforcer la compétitivité des erect a new power station he will in reali-
entreprises. L’harmonisation de la plupart ty only have the choice between CEN
des normes nationales en normes euro- standards and the ASME Code from the
péennes, réalisée au cours des 25 dernières USA. The ASME Code is not in metric
années, a contribué à l’abaissement des bar- units and in American English. The CEN
rières techniques aux échanges à l’intérieur standards are likely to be available in a
du Marché unique. En ouvrant l’accès à un Spanish edition and they are, of course, in
marché de 450 millions de consommateurs metric units.
potentiels, la norme européenne unique crée
2. The cooperation between CEN and ISO
un nouvel horizon pour les entreprises et leur
means that a country that adopts ISO
permet de réaliser des économies d’échelles
standards as national standards « automa-
non négligeables. N’oublions pas qu’une
tically » will be linked to the CEN system
étude allemande a démontré que la norme
of standards. It should be noted that the
contribue à hauteur de 1 % du PIB, autant
cooperation has the commercial conse-
que les patentes et brevets.
quence that ISO member states get copy-
Christian Casper : Concernant le secteur right to the CEN standards (prepared in
automobile, la réglementation est harmoni- cooperation) without having to pay any
sée au niveau européen depuis la directive- royalty.
cadre 70/156 de février 1970. La suppression Françoise Bousquet : Il ne faut surtout pas
des homologations nationales remplacées par oublier le rôle primordial de la norme ou du
une seule réception est source d’importantes standard qui est de créer un référentiel com-
économies d’échelle et de gain de temps. mun et de faciliter les relations entre clients et
Birger Hansen : What is meant by “impro- fournisseurs. C’est un outil indispensable au
ving the industrial competition”? Creating simple commerce, au dialogue entre toutes
more competition or improving the competi- les parties, à la création d’un vocabulaire
tiveness of individual companies? It may be commun, etc. La normalisation est un outil de
argued that the first is the case because stan- conquête des marchés, et plus généralement
dards give small and medium sized compa- un outil d’intelligence économique. Elle per-
nies access to a vast store of know-how. If we met effectivement de promouvoir ses propres
did not have e.g. standards for design and solutions, d’influencer le marché et d’antici-
production of pressurised components, then per sur l’avenir. Elle est un apprentissage de
manufacture of such products would be res- la démocratie mais aussi de la prise en comp-
tricted to a few very large companies having te des diversités culturelles et linguistiques.
the manpower to develop in-house specifica- Elle permet la création de réseaux sociaux.
tion, a task bound to take a large number of
man-years.
3. TENSIONS, OBSTACLES ET
CEN standards are available to all countries NOUVELLES PROCÉDURES
and can therefore not directly improve the
competitiveness of the European industries.
However, indirectly CEN standards do have Marine Moguen-Toursel : Des tensions
a subtle but important effect on the competi- sont inhérentes à l’élaboration des stan-
tiveness of the European industries. The rea- dards, en particulier entre le besoin de
sons are: standards stables et celui de prendre en

126 ENTREPRISES ET HISTOIRE


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L’ÉVOLUTION À LONG TERME DES STANDARDS VUE D’EUROPE

compte l’innovation. Les traductions de de choisir de s’y conformer ou pas. Il s’agit


ces tensions peuvent être les suivantes : là d’une décision stratégique qui doit demeu-
rer le privilège de l’entreprise. Certaines
• le besoin de standards stables mais,
choisissent délibérément de se positionner
dans le même temps, celui de stan-
« hors normes », lorsqu’elles adoptent par
dards qui peuvent évoluer en fonction
exemple une vision de produits « haut de
des attentes de la société ou des inno-
gamme » ou pour des productions en petites
vations technologiques ;
séries ou à l’unité.
• le désir de standards précis, sur les-
Françoise Bousquet : Ces tensions sont
quels les acteurs peuvent se mettre
effectivement journalières et, dans une cer-
d’accord, mais également des stan-
taine mesure, permettent au processus de res-
dards qui ne soient pas trop restrictifs
ter vivant. Il est évident que, la technologie
et restent ouverts à d’éventuelles addi-
évoluant, il faudra accepter de changer et
tions ou d’éventuels changements ulté-
donc accepter que le standard adopté n’ait
rieurs.
pas une durée de vie très longue. Il est essen-
Vous est-il arrivé, dans votre activité de tiel de trouver le standard minimum (par
standardisation, de percevoir ces tensions ? exemple des formats pivots qui permettent
Ou des tensions d’un autre ordre ? ensuite à n’importe quelle solution de s’arti-
Comment y avez-vous mis fin ? culer avec les autres). Il faut réduire les stan-
dards à ce qui est vraiment essentiel et ne tra-
Michel Jeanson : La norme est, par nature, vailler que sur l’interopérabilité et la portabi-
un document évolutif. Elle décrit l’état de lité. La solution la pire (à mes yeux) est d’ac-
l’art à un moment donné, et doit donc pou- cepter que des standards contradictoires
voir s’adapter grâce à des procédures souples soient élaborés qui coupent le monde en deux
et dans le cadre du respect des principes de (c’est le cas de ODF et OPEN XML aujour-
base de transparence et de consensus. C’est d’hui). Dans les cas où j’ai été vraiment
pourquoi les organismes de normalisation impliquée, la solution a consisté par exem-
s’imposent un devoir de révision des normes ple, à ne pas donner au standard un statut trop
à échéances fixes, et au plus tard tous les cinq important (élaborer une norme expérimenta-
ans. En pratique, il n’est pas rare qu’un comi- le pour permettre une mise en chantier rapide
té remette en chantier une norme dès sa paru- d’une nouvelle version, proposer qu’il n’y ait
tion, particulièrement dans les domaines à pas de normes sur le sujet, etc.). Tout cela est
innovations rapides. encore de la négociation.
Partant d’une démarche normative essentiel- Birger Hansen : The CEN and ISO provi-
lement descriptive, on assiste de plus en plus sions for regular review should assure that
à l’élaboration de normes d’objectifs et de standards will be regularly updated, as neces-
performance. Plutôt qu’une spécification très sary. However, in CEN TC 121 we used the
détaillée, qui impose des dimensions, des flexibility in the CEN system whenever use-
seuils, des limites, on préfère à présent fixer ful. Preliminary provisions can be published
des exigences en termes de performance. as a CEN technical report (if that still is the
L’industriel ou le prestataire de services peut correct designation). Standardisation of test
alors disposer d’un degré de liberté plus methods is a good example. Standardisation
grand et faire preuve d’innovation, tout en se of a test method should reflect good practice,
réservant la possibilité de se prévaloir d’une but the problem is that nobody dares to use a
conformité à la norme. new, non-standard test method, so how can it
Enfin, n’oublions pas que la plupart des ever become good practice? A solution is to
normes restent d’application volontaire, non- produce a pre-standard (draft for develop-
obligatoire : chacun peut et doit rester libre ment), circulate that document to a number

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DÉBAT

of test houses with representative samples for the Wobbe index, a pivotal standard for gas
round-robin testing. The outcome of the distribution in the Netherlands, can facilitate
round-robin testing may give a sufficient the transition towards a more sustainable
basis for the preparation of a genuine CEN energy system (that is, a hydrogen economy).
standard. The same situation applies to other These authors and others (such as Edwards et
kinds of new technology which was the rea- al. 200712) use the notion of standardised
son CEN TC 121 spend much time on stan- gateways to pinpoint and explain why stan-
dards for laser beam welding. dards may increase flexibility.
Tineke Egyedi : The tension between the Marine Moguen-Toursel : D’autres obs-
need for stable standards and pressure for tacles se sont dressés : le nombre des
standards’ change is addressed in The acteurs impliqués dans le processus de
Dynamics of Standards, a book edited by prise de décision, ou les fortes oppositions
Egyedi & Blind (2008) which synthesises the d’intérêts en jeu. Quels obstacles vous ont
work done on this theme in the EU NO- semblé les plus forts dans ce processus de
REST project. In this new area of research standardisation ?
the contributing authors tackle the question
why standards change, if change is always Birger Hansen : The most important factor,
unavoidable, and how change might be dealt in my point of view, is to have efficient and
with. It is an area where a lot of scientific effective chairmen of the committee and all
groundwork still needs to be done. working groups. The chairmen have to act as
good convenors; working strictly for com-
Considering now the tension between the mon European interests and supported by
desire of precise standards and their open- adequate secretarial resources. Success
ness to future changes, I would like to stress breeds success and failure breeds failure. If a
the fact that standards fix the parameters of committee comes into a vicious circle of fai-
technology development. They are catalysts lures, it is doomed. With a high level of effi-
of entrenchment and as such sooner inhibit ciency, however, incompetent people simply
than enhance system evolution. But increa- do not feel welcome and usually stay away.
singly numerous studies are done which
argue the opposite: standards can also increa- Standards may be expensive, which is a pro-
se system flexibility. Several papers have blem not least for small and medium sized
been written that fall within the latter tradi- companies and not least for consumer orga-
tion, which is of studies that explore the nisations. Another problem is that standards
conditions and restrictions to the flexibility used to be available only in paper editions.
claim. For example, Egyedi (2000)10 explores Many companies have a quality management
to what degree standardisation of the ISO system based on electronic documents on
freight container helped to increase flexibili- their Intranet and would prefer to have stan-
ty in the large technical system of cargo dards directly available in electronic form
transportation. Zachariah-Wolff et al. from this system. It appears however, that at
(2007)11 address the question to what extent least some standardisation bodies now issues

10
T. M. Egyedi, « The Standardised Container : Gateway Technologies in Cargo Transport », in M. Holler and E.
Niskanen (eds.), EURAS Yearbook of Standardization, Vol. III : Homo Oeconomicus, XVII(3), Munich, Accedo, 2000,
p. 231-262.
11
J. L. Zachariah-Wolff, T. M. Egyedi and K. Hemmes, « From natural gas to hydrogen via the Wobbe index : The
role of standardized gateways in sustainable infrastructure transitions », International Journal of Hydrogen Energy,
32, 2007, p. 1235-1245.
12
P. N. Edwards, S. J. Jackson, G. C. Bowker, and C. P. Knobel, Understanding Infrastructure : Dynamics, Tensions,
and Design, Ann Arbor, DeepBlue, 2007, http ://hdl.handle.net/2027.42/49353.

128 ENTREPRISES ET HISTOIRE


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L’ÉVOLUTION À LONG TERME DES STANDARDS VUE D’EUROPE

at least some standards in an electronic edi- enquête publique durant laquelle chacun doit
tion. pouvoir faire prévaloir ses intérêts. Parfois, il
arrive que, pour des raisons techniques ou
Françoise Bousquet : Le nombre des
économiques, la normalisation se révèle
acteurs est très certainement un frein à la
infaisable : imaginons l’impact dans certains
vitesse de prise de décision. Par exemple, un
pays d’une normalisation européenne des
consensus au niveau européen aujourd’hui
prises de courant, par exemple. Parfois, ce
est plus difficile à obtenir du fait de l’élargis-
sont les conditions locales (les différences de
sement de l’Union. De plus, il existe incon-
climat, par exemple), qui rendent impossible
testablement des obstacles économiques. Le
d’arriver à une norme strictement identique,
processus officiel actuel donne la priorité à la
par exemple pour les produits de construc-
représentation par pays. Pour toutes les entre-
tion.
prises internationales, le coût du lobby est
donc particulièrement augmenté du fait de Christian Casper : L’adoption des direc-
l’obligation de s’exercer dans plusieurs pays. tives communautaires nécessite de trouver
Pour cela ont été proposées des procédures des accords majoritaires alors que les préoc-
plus efficaces dans les organismes officiels. cupations nationales sont encore présentes :
Création aussi du concept d’atelier où la certains Etats membres sont des pays
représentation est directe mais où le docu- constructeurs d’automobiles (France, Italie,
ment élaboré n’est qu’un accord (destiné RFA), les autres ne le sont pas. Les premiers
éventuellement à devenir un standard ou une argumentent sur l’emploi et la technologie
norme). européens. Les seconds privilégient l’intérêt
des consommateurs et l’importation de voi-
Autre obstacle, la difficulté pour les PME de tures de pays tiers, moins onéreuses. De plus,
participer au processus, ce qui serait pourtant même entre pays producteurs, les diver-
indispensable étant donné qu’elles forment, gences sont parfois importantes entre
en Europe, l’essentiel du tissu économique. constructeurs spécialistes et constructeurs
Par ailleurs, l’obstacle de la langue est sou- généralistes. Deux exemples :
vent ignoré. Ce problème n’est pas résolu et
il mériterait une attention bien plus grande 1. dans les années 1980, le débat « habillé
que celle qui lui est accordée de nos jours. en vert » sur la mort des forêts et l’obli-
gation d’équiper toutes les voitures d’un
Bernard Gauvin : Les difficultés principales catalyseur cachait un enjeu industriel ;
viennent des divergences industrielles et éco-
nomiques. 2. un débat virulent agite actuellement le
secteur sur la proposition de la
Michel Jeanson : Les enjeux sous-jacents au Commission visant à réduire drastique-
choix d’une norme peuvent effectivement se ment les émissions de CO2 de toutes les
révéler déterminants. Dans certains cas, ils voitures dans le cadre de la lutte contre le
peuvent constituer un obstacle insurmon- réchauffement climatique, les construc-
table, et bloquer le consensus. La norme ne teurs allemands considérant que cette
voit alors pas le jour. Certains sont parfois proposition est injuste puisqu’ils
tentés d’utiliser la norme pour fermer la devraient réduire leurs émissions de 25 %
concurrence. Imposer sa propre solution en moyenne alors que l’effort des
technique dans une norme, même volontaire, constructeurs français ne porterait que sur
peut contribuer à donner un avantage compé- 10 %.
titif à certains aux détriments des autres.
Néanmoins des garde-fous existent, et les Je remarque que, très récemment, Mme
organismes de normalisation doivent veiller Merkel a déclaré que « l’Allemagne et l’in-
à ce que chaque norme soit établie après une dustrie automobile sont étroitement liées ».

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On peut faire deux réserves sur la façon dont des intérêts divergents, il faut s’assurer que
les instances communautaires, confrontées à les experts en place dans les entreprises, et
ces divergences, les résolvent. mandatés par elles pour élaborer les normes,
aient toutes les connaissances nécessaires
1. La culture du compromis qui est très
(savoir, savoir faire, savoir être) et que, en
développée dans l’UE favorise les com-
plus d’une formation « sur le tas », soit ins-
promis au détriment des arbitrages entre
tauré dans les différentes écoles et universités
environnement, consommation, sécurité
un programme de formation à la normalisa-
des voitures. Il en résulte un manque de
tion et à ses enjeux.
lisibilité sur l’évolution de la réglementa-
tion automobile. En principe, il n’y a pas vote mais établisse-
ment d’un consensus. Le rôle du président et
2. Le rythme de la réglementation tend à
du secrétariat est primordial pour la résolu-
s’accélérer sous la pression politico-
tion éventuelle des conflits. Il se peut qu’au-
médiatique. Or le temps industriel est très
cun consensus ne soit obtenu. Le conflit peut
sensiblement plus long : il faut compter
résulter d’un point que l’on n’a pas encore
12 ans entre le début de la phase d’étude
évoqué ici : celui de l’existence ou du déve-
d’une voiture et la fin de sa commerciali-
loppement en cours d’un brevet industriel
sation. Pour un constructeur, 2012, c’est
mettant en œuvre une solution indispensable
demain.
à l’élaboration de la norme. Si tel est le cas,
l’organisme de normalisation responsable
doit être sûr que sa politique en termes d’IPR
4. L’ÉLABORATION (Industrial Property Right) soit connue et,
DES STANDARDS, FRUITS DE selon le comportement du possesseur de bre-
COOPÉRATION OU OBJETS vet, permette ou non la poursuite des travaux.
DE CONFRONTATIONS ? Les experts participant aux travaux devraient
avoir reçu une formation en ce sens.

Marine Moguen-Toursel : Comment Michel Jeanson : Selon les statuts des orga-
devient-on expert habilité à produire une nismes de normalisation, le principe est
norme ? Selon quelles règles et quelles simple : la participation est ouverte à toutes
procédures ? Qui arbitre ensuite entre des les parties intéressées. En outre, des procé-
intérêts divergents, voire opposés ? Quelle dures d’enquêtes publiques doivent valider le
serait, pour vous, la « philosophie de stan- consensus obtenu au sein d’un comité de nor-
dardisation » ? malisation.

Françoise Bousquet : Les standards (au sens Au niveau européen, le consensus sur un pro-
général : de jure ou de facto) sont élaborés jet de norme est validé une seconde fois, lors
par des personnes, dites des experts, repré- d’un vote au cours duquel chaque organisme
sentant les intérêts de leur entreprise ou orga- national de normalisation exprime la position
nisation et mandatés par elle, et qui se réunis- de ses mandants au niveau national. La pro-
sent au sein de commissions pour rechercher cédure obéit aux mêmes principes que les
un consensus. Le plus souvent, ces personnes votes au Conseil des Ministres européens.
n’ont pas reçu de formation adéquate, bien Pour être approuvé comme norme européen-
que certains organismes officiels dispensent ne, un projet doit recueillir la majorité quali-
quelquefois cette formation (le plus souvent fiée.
consacrée à la connaissance du processus Birger Hansen : The standardisation organi-
mais pas au « savoir être » indispensable). sations (for proper standards) do not nomina-
Enfin, pour que la normalisation réponde te the members of the various committees
effectivement aux besoins de tous, malgré and consequently have no influence on who

130 ENTREPRISES ET HISTOIRE


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L’ÉVOLUTION À LONG TERME DES STANDARDS VUE D’EUROPE

will participate. The only thing the organisa- de l’ouverture et de la transparence des orga-
tions can do is to give new members a short nismes de normalisation. Néanmoins, lors-
course in the art of writing standards, proce- qu’il s’agit de l’élaboration des normes
dures, etc. If opinions differ it is the task of volontaires, leur contribution ne devrait, en
the convenor to reach an acceptable solution. principe, pas être prépondérante. Il existe par
Language may be a problem, however. ailleurs de nombreux domaines où les pou-
Experts who are not fluent in English may voirs publics n’ont pas un intérêt particulier à
decline participation in CEN work. défendre lors de l’établissement des normes,
par exemple lorsque celles-ci abordent un
Marine Moguen-Toursel : Les acteurs
domaine non-réglementé ou couvrent des
industriels ont d’abord fait l’expérience
questions purement techniques, d’interopéra-
d’un nécessaire lobbying accompagnant la
bilité par exemple.
standardisation. Mais n’est-il pas plus
judicieux aujourd’hui de considérer qu’ils Marine Moguen-Toursel : Les grandes
ont fait un réel apprentissage et que les entreprises ne sont-elles pas favorisées pour
standards sont issus d’une longue interac- faire accepter leurs propres standards
tion entre eux et les pouvoirs publics, ainsi comme standards collectifs ? Comment se
que d’un processus complexe de négocia- manifestent les coopérations avec les autres
tion ? industries ou avec les collègues d’une même
Françoise Bousquet : S’il est vrai que le industrie pour l’élaboration d’un
lobbying est l’un des facteurs majeurs dans le standard ? Peut-on considérer qu’il s’agit
processus de normalisation, il est triste de d’un processus habituel qui corrobore
constater que les industriels n’en n’ont géné- l’idée de « standards négociés » ?
ralement pas pris la mesure et envoient le Michel Jeanson : En théorie, le processus est
plus souvent au feu des « soldats » techni- ouvert à tous. Il est évident qu’une grande
quement excellents mais non préparés à la entreprise aura plus de moyens, en expertise
négociation. Ce que vous affirmez là n’est et en ressources, à consacrer à la normalisa-
vrai que pour de très grandes organisations et tion, pour autant qu’elle y trouve un intérêt.
encore : j’ai vu de très nombreuses fois des Les normes n’existent que parce qu’elles
experts de la même entreprise défendre des répondent à un besoin collectif. On ne nor-
solutions différentes pour un même sujet ou malise pas pour normaliser. En matière de
ne pas savoir se comporter avec des experts participation des PME, les pouvoirs publics
d’autres nationalités. Par ailleurs, ce n’est ont initié des actions visant leur meilleure
que rarement avec les pouvoirs publics qu’a participation au processus. Les services de la
lieu cette confrontation mais en direct avec la Commission ont lancé une étude à ce sujet, et
concurrence ! veillent à la représentation de toutes les par-
Birger Hansen : What is a public institution? ties intéressées au processus de normalisa-
A standardisation committee should repre- tion. Toute norme est le résultat d’un proces-
sent all interested stakeholder organisations. sus de discussion, de négociations. L’es-
This, combined with the general enquiry is, sentiel est que ces négociations soient faites
in my opinion, the cornerstone of the stan- au grand jour, et que chaque partie intéressée
dardisation process (as regards proper stan- puisse y faire valoir ses positions.
dards).
Françoise Bousquet : Les grandes entre-
Michel Jeanson : Les pouvoirs publics sont prises sont certainement avantagées car elles
un des acteurs du processus de normalisa- peuvent plus facilement que les PME avoir
tion. Ils ont un rôle essentiel, bien sûr, au les ressources humaines et monétaires pour
niveau institutionnel. Ils doivent en particu- participer au processus. Cela étant, si elles
lier veiller à l’intérêt général, comme garants veulent gagner et que le standard collectif

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DÉBAT

soit le plus proche possible de leur propre and testing, etc. USA recommendations are
solution, elles doivent le plus souvent être les vertical. A horizontal system of standards is
premières au feu et savoir négocier. Bien sûr, based on universally applicable standards for
le standard est in fine le résultat de la négo- welding, inspection and testing, etc. A stan-
ciation. Il est important de noter également dard for pressure vessels in a horizontal sys-
que l’élaboration d’un standard doit corres- tem refers to horizontal standards for mate-
pondre à un vrai besoin de trouver une solu- rials, welding, inspection and testing, etc.
tion commune pour la profession. Même si Vertical standards may be easier to use in
l’on sait à l’avance que la solution commune many cases because they are “stand-alone”
n’est certainement pas la solution technique documents. However, they create barriers
optimale mais qu’au moins elle est bonne between various branches. CEN standardisa-
pour tout le monde. tion has the important purpose to eliminate
technical barriers to trade and it would be
Birger Hansen : These questions relate to
stupid simply to eliminate national barriers
two really important points.
by creating barriers between branches.
Big companies face a serious dilemma. They Establishment of a CEN committee for wel-
want to influence the contents of standards, ding makes sense only in a horizontal sys-
but they do not want to transfer know-how to tem.
competitors. It is much easier if the know-
Many years ago, I had a personal experience
how comes from research organisations such
illustrating the problems. At that time we had
as universities. We have had the luck in CEN
branch oriented provisions. I got involved in
TC 121 that we had very tight timetables
design and fabrication of a special – rather
because standards for welding support a
large – storage tank. Storage tanks were
large number of harmonised standards, sup-
covered by on vertical recommendation. The
porting directives. The date of implementa-
tank was to operate under a slight overpres-
tion of the Directive for Pressurised
sure which was sufficient also to make the
Equipment imposed a final date for prepara-
tank a pressure vessel and as such covered by
tion of standards for pressurised equipment.
another recommendation for pressure ves-
These standards include a chapter on fabrica-
sels. The roof was supported by girders and
tion and that should refer to standards on
that made it to a steel structure, involving a
welding from TC 121, so we had an even
third recommendation. We faced three sets of
tighter timetable. There was a tremendous
provisions for qualification of welders, three
political prestige attached to the directives
sets for inspection and testing, etc. It was a
and we always had the inherent fear that if
mess.
we did not succeed in time, the Commission
would pay someone else to do it. Even large I have seen trucks issued with small supple-
companies get quite eager to cooperate under mentary wheels enabling them to run on rail-
such conditions. road tracks. Does such a truck have to com-
ply with standards for trucks, railroad
Another extremely important point is the
engines or both? If both apply and vertical
concept of “vertical” and “horizontal” stan-
standardisation is used, this may easily pre-
dards. A vertical standard covers all aspects
vent such an application of a truck.
of design and fabrication of a particular kind
of structure or product. It contains all rele- Marine Moguen-Toursel : La société civile
vant information and can thus be used as the (associations d’usagers, de consomma-
sole source of information. A vertical stan- teurs, etc.) a-t-elle un rôle dans la défini-
dard for pressure vessels include all aspects tion des standards ? Si oui, s’agit-il d’une
such as materials, design, qualification of évolution récente ? Au plan communautai-
welders and welding procedures, inspection re, peut-on considérer que le Parlement

132 ENTREPRISES ET HISTOIRE


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L’ÉVOLUTION À LONG TERME DES STANDARDS VUE D’EUROPE

européen a désormais un rôle dans ce pro- péen et national, ce dernier étant déterminant
cessus ou reste-t-il un acteur mineur ? lors de l’approbation finale des normes.
Birger Hansen : Members of a CEN com- Christian Casper : Il est clair que l’influen-
mittee are nominated by the national standar- ce du Parlement européen n’a fait que croître
disations bodies. They have to speak on ces dernières années et je ne suis pas sûr que
behalf of all stakeholders in their national ce soit une bonne chose, ce dernier étant très
committees. However, participation in CEN sensible aux enjeux consuméristes et envi-
work is expensive and there is a risk that ronnementaux à court terme.
money is a decisive factor. Manufacturers
with a key interest may be overrepresented Françoise Bousquet : Les associations
whereas consumer stakeholders may for d’usagers et de consommateurs sont invitées
example be underrepresented. Many years à participer au processus mais ne le font cer-
ago a paper was published with a proposal tainement pas assez. Il y a des pays où la tra-
for an entirely different structure where CEN dition le permet mieux que d’autres (dans les
committees were constituted not by national pays anglo-saxons, par exemple, le rôle des
delegates and experts but by representatives utilisateurs est très efficace). Sur le plan
from European stakeholders’ organisations. européen, il existe quelques associations très
A united European consumers union might importantes dont le rôle est de plus en plus
have the resources to participate in CEN pris en compte comme l’ANEC. Il y a main-
work. This proposal was, unfortunately, tur- tenant un groupe Utilisateurs à l’ETSI. Il faut
ned down by the national standardisation cependant reconnaître que ces organisations
organisations. peuvent agir plutôt au niveau de l’expression
des besoins que dans la définition propre-
I am not aware of any significant influence ment dite des spécifications techniques. Le
by the European parliament on standardisa- Parlement européen ne doit en principe pas
tion – except maybe for timetables. jouer dans la partie, sinon en exprimant des
Michel Jeanson : La participation des asso- besoins relatifs à ses missions (protection des
ciations de consommateurs n’est pas récente. citoyens, des biens, etc.). Les organismes
Déjà dans les années 1980, elles bénéfi- européens de normalisation ont leur rôle bien
ciaient d’un accès facilité à certains orga- défini et sont la résultante des organismes
nismes de normalisation. Au cours des nationaux comme l’AFNOR en France.
années 1980 et 1990, qui ont vu l’importan- C’est le marché et non pas le gouvernement
ce des normes croître comme outils de co- qui décide de la norme.
régulation, un renforcement de la participa-
tion de la société civile aux travaux de nor-
malisation est apparu comme une condition 5. APPROPRIATION DE LA
nécessaire à l’élargissement du rôle des NORME PAR LES ACTEURS
normes. Au niveau communautaire, l’inter-
vention de la Commission a été déterminan-
te dans la création des associations ANEC Marine Moguen-Toursel : Quelles sont les
(Consommateurs), ECOS (ONG de protec- procédures pour faire connaître le stan-
tion de l’environnement) et NORMAPME dard à respecter par l’entreprise qui n’a
(PME). Aux côtés de l’ETUI-REHS (syndi- pas la taille suffisante pour disposer d’un
cats de travailleurs), ces entités indépen- service dédié au suivi des
dantes se chargent de représenter leurs man- réglementations ? Les évolutions que l’on
dants dans la normalisation européenne. Leur peut observer sur l’élaboration des stan-
principal défi sera de bâtir un réseau d’ex- dards (accords volontaires, simplification
perts qui pourront intervenir au niveau euro- des standards) sont-elles le garant d’une

JUIN 2008 – N° 51 133


117-134 Debat 24/10/08 15:28 Page 134

DÉBAT

meilleure acceptation des standards par norme est qu’elle est établie par ceux qui
les acteurs ? s’engageront à l’appliquer. Qui investirait
autant d’expertise et de temps pour forger un
Françoise Bousquet : La première question
consensus avec ses clients et ses concurrents
reflète la confusion générale qui est faite
pour, ensuite, ne pas utiliser la norme ?
entre la normalisation et la réglementation.
Les entreprises qui n’ont pas une taille suffi- Birger Hansen : This is not a problem limi-
sante doivent se mutualiser (cela se fait sans ted to small companies. It is certainly also
problèmes dans certains pays) et organiser un relevant in larger companies to get the infor-
service de veille normative et réglementaire. mation out to all relevant personnel. There
Concernant la deuxième question, je dirai exists a tool named Perinorm which is a data
que les acteurs, et surtout les petits, accepte- base and tools for browsing, etc. It includes
ront d’autant mieux les normes qu’elles cor- both standards and draft standards.
respondront à leurs besoins et ne seront pas Documents are “marked” by keywords,
confondues avec la réglementation à laquelle which can be used for searching. The
ils doivent se soumettre dans tous les cas. La Perinorm is issued on a CD once a month. I
tendance souhaitée est vers moins de régle- do not have access to the Perinorm but I
mentation et davantage de normes qui cor- would expect it to have keywords such as
respondent à des besoins et qui soient volon- “repair work” and “automobiles”. It is very
taires ! easy to establish a system notifying repair
shops for automobiles whenever the monthly
Michel Jeanson : Pour une PME, la difficul-
Perinorm CD indicates a change in status for
té commence par la connaissance des
a document having the combination of key-
normes. Diffuser une information claire, pré-
words “repair work” + “automobiles”.
cise et utile est l’un des défis permanents que
les organismes de normalisation doivent rele- Bernard Gauvin : Les règlements (stan-
ver. Certains offrent des services spécifiques, dards) communautaires et internationaux ont
en informant de l’actualité normative ou en valeur légale et s’imposent erga omnes.
proposant des abonnements ciblés. Le rôle Nemo censetur ignorare legem, et il n’y a pas
des organisations professionnelles ne doit de problème d’acceptation, au moins dans les
pas non plus être négligé. L’avantage de la pays démocratiques.

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