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Titre : Victoires et conquêtes des Français en Afrique : depuis 1830 jusqu'en 1848

Éditeur : Vialat et Cie (Paris)

Date d'édition : 1849

Type : monographie imprimée

Langue : français

Format : 1 vol. (108 p.) : front. ; in-18

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Description : Collection : Bibliothèque instructive et amusante

Description : Avec mode texte

Droits : domaine public

Identifiant : ark:/12148/bpt6k6365584j

Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire,


sciences de l'homme, 8-LH3-170

Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb36379070h

Provenance : Bibliothèque nationale de France

Date de mise en ligne : 25/10/2012

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VICTOIRES ET CONQUÊTES

DES

"> fBANÇAlS EN AFRIQUE | depuis l jC jusqu'en 1818'

PARIS i VIALAT ET Cic, EDITEURS ; 12, RUE DE SAVOIE t89

VICTOIRES ET CONQUÊTES

DES
FRANÇAIS EN AFRIQUE l �, Depuis 1830 illoqtllcn 1848

PARIS UALAT ET Cie, LIBRAIRES-ÉDITEURS 12, EUE DE SAVOn;

uua

VICTOIRES ET CONQUÊTES

DES

FRANÇAIS EN AFRIQUE

Les hommes de quelque portée d'esprit s'étonnaient avec raison, avant 1850, que les
nations européennes se laissassent impunément rançonner par les puissances
barbaresques, ces nids de forbans dont la prospérité n'était basée que sur le
brigandage. Toutefois, l'état de guerre permanent dans lequel demeura l'Europe
pendant vingt-cinq ans, expliquait jusqu'à un certain point cet état de choses. Les
grandes puissances trop occupées à l'intérieur,

dédaignaient de châtier l'insolence de ces barbares que l'impunité encourageait et


rendait chaque jour plus audacieux.

Cependant, eu 1802, Napoléon avait obtenu satisfaction du dey d'Alger, en le


menaçant d'aller en personne le mettre à la raison; plus tard, en 1816, les Anglais
bombardèrent Alger qui capitula lorsqu'une partie de la ville fut détruite, et qui
subit dans toute son étendue la loi du vainqueur. Depuis cette époque, les forbans
d'Alger, de Tunis, du Maroc, n'osèrent plus s'attaquer aux grandes puissances; mais
ils ne consentirent à respecter les puissances européennes de second ordre, qu'à la
condition que ces dernières leur paieraient tribut, et ce tribu fut payé, notamment
par l'Espagne, la Suède et le, Da.

nemarck jusqu'en 1850.

Telle était la situation des choses, lorsque en 1827, Hussein, dey d'Alger, dang
une discussion avec notre consul, M. Deval, s'emporta au point de lui jeter son

éventail aû visage. La France demanda la réparation de cet outrage ; Hussein la


refusa, et il osa même ordonner de faire feu sur le vaisseau de guerre français la
Providence, qui s'était présenté en parlementaire. Dès lors, une expédition contre
Alger fut résolue.

Le 25 mai 1830, une flotte composée de cent trois bâtiments de guerre et quatre
cents bâtiments de transports, portant trente-sept mille hommes de débarquement,
partit de Toulon sous le commandement de l'amiral Duperré ; l'armée de débarquement
était commandée par le général Bourmont. Le 14 juin, cette flotte, après avoir
passé en vue d'Alger, entrait dans la baie de Sidi-Ferruch. Le débarquement eut
lieu sur la plage de TorreChica, à six lieues d'Alger, sans éprouver une grande
résistance. Deux matelots, qui les premiers avaient santé à terre, parvinrent à
arborer (e drapeau français sur le fort qui commandait la plage.

Le 18 et le 16, il n'y eut que des escarmouches peu importantes; mais le 17, au
point du jour, le cri aux armes, parti des avant-postes, se répéta de toutes parts;
les rangs se formèrent, on prit position, et les Françnis se trouvèrent en présence
de l'armée algérienne, commandée par le gendre du dey Ibrahim-Aga, qui occupait la
plus grande partie de la plaine appelée Staouëly. Cette armée se composait de
40,000 hommes, Turcs et Arabes; parfaitement armés et aguerris, et d'une artillerie
composée de vingt-quatre pièces de gros calibre.

Le feu s'engagea presque en même temps sur toute la ligne. La division Loverdo se
trouva bientôt tellement engagée, qu'elle eut à supporter à elle seule, pendant
quelque temps, tous les efforts de l'ennemi. Cependant, loin de perdre du terrain,
elle continuait à aller en avant, culbutant tout ce qui s'opposait à sa marche.
Tout à coup la brigade du général Clouet, qui formait

l'avant-garde, et qui venait de s'emparer d'un plateau après avoir chargé à la


baïonnette les Arabes qui l'occupaient, s'aperçut qu'elle se trouvait entièrement
isolée du reste de la division. Les Arabes qui s'étaient ralliés revinrent avec
force et attaquèrent la brigade avec fureur. Il semblait que les Français dussent
être écrasés par le nombre ; les rangs s'éclaircissaient ; mais telle était
l'ardeur de ces braves, qu'ils ne perdaient pas un pouce de terrain. Le 1er
bataillon du 28e de ligne, avait éprouvé de grandes pertes dès le commencement de
l'action ; un feu terrible avait surtout été.

dirigé sur les soldats qui avoisinaient le drapeau; ce point étant devenu le plus
faible, l'ennemi s'y élança. Aussitôt les offiI tiers survivants se groupent autour
de cet 1 étendard, et tous jurent de le sauver ou de mourir. En ce moment, trois
régiments de la division Des Essarts arrivent au pas de courte, et font une charge
à la baïonniUei Turc* et Bédeuins ion* safonça.,

culbutés sur tous ies pointé; en vain tentent-ils de se reformer : poursuivis la


baïon.

nette dans les reins, leur mouvement de retraite devient une déroute complète; ils
fuient sur tous les points, abandonnant canons, drapeaux et bagages qui tombent au
pouvoir des vainqueurs id Cependant, le centre de t armée ennemie avait conservé
une partie de ses positions; Ibrahim, sur ce point, commandait en personne; on le
vit même prendre on drapeau des mains d'un de ses officiers, fe planter à quelques
pas en avant de son front de bandière, et faire feu sur les Fran çaisqui tentèrent
de s'en approcher. Mais cet acte de courage ne put le sauver; écrasé par des
charges réitérées, ce fut avec la plus grande peine qu'il parvint à prendre la
fuite, abandonnant drapeaux, canons, ses tentes et toutes les richesses qu'elles
contenaient. On s'empara également des tentes des beys d'Oran et de Conetantine,
qui avaient marché à la tête des

Contingente fournis par eux à l'armée da dey. Le butin fut immense, et cette
première victoire doubla l'enthousiasme de nos soldats.

L'armée campait depuis deux jours dans la plaine de Staouëly, lorsque l'ordre fut
donné de marcher en avant. De son côté, Ibrahim n'avait pas perdu un instant pour
rassembler les débris de son armée, et il était parvenu à réunir huit mille hommes
de troupes régulières, et de toutes parts lui arrivaient des nuées de Bédouins
auxquels il avait fait appel. Ces forces avaient pris position à Sidi-Kalef; les
Bédouins couronnaient toutes les collines avoisinantes, lorsque les Français y
arrivèrent. Les Turcs et les Arabes avaient pris d'excellentes positions, et ils
ouvrirent le feu avec résolution. croyant n'avoir affaire qu'à un corps
d'infanterie ; mais au moment où ils semblaient combattre avec la certitude do
succès, notre artillerie légère parut en avant de la ligne, et fit un feu si
terrible,

que l'armée d'Ibrahim, foudroyée sur tous les points, se débanda de nouveau et prit
la fuite abandonnant une partie de ses bagages, ses morts et ses blessés. Ce fut en
poursuivant les fuyards, que le capitaine Amédée de Bourmont, fils du général en
chef, fut tué d'une balle qui l'atteignit en pleine poitrine.

Depuis ce jour jusqu'au 28 juin, plusieurs engagements partiels eurent lieu;


quelques-uns furent très meurtriers; le plus déplorable fut celui de Bakschédéré,
point sur lequel les Algériens avaient établi des batteries formidables. Des
hauteurs où ils avaient pris position, ils pouvaient facilement observer tous les
mouvements de l'armée française. Ayant aperçu un bataillon du 4e léger qui, campé
dans un ravin, et se croyant en sécurité, venait de dé monter ses armes pour les
nettoyer, l'ennemi sortit précipitamment de ses retranchements, tomba comme une
avalanche f jjs otAihewwx snldats désarmés et

les massacra. Pas un de ces braves, n'échappa à la mort, et quand les troupes
envoyées à leur secours arrivèrent, elles ne trouvèrent que des cadavres presque
tous décapités par les Bédouins, qui portaient les têtes à Alger, afin de recevoir
la prime promise par le dey.

Le 29, l'armée arriva en vue d'Alger après avoir culbuté et mis en fuite tout ce
qui avait tenté de lui disputer le terrain.

Le 30, la ville investie par terre et par mer se prépare à une vigoureuse défense.
Ce jour-là même, le général Valazé avait fait ouvrir la tranchée à six cents mètres
du fort l'Empereur, forteresse qui avait toujours passé pour imprenable, et que les
Algériens croyaient capable de résister à toutes les armées de l'Europe.

** if • f Dans la nuit du 29 au 30, les assiégés tentèrent une sortie; repoussés


une première fois, ils revinrent A la charge en plus grand nombre, et se battirent
avec beau-

coup de bravoure; mais force leur fut dé céder à la valeur des Français : écrasés
par l'artillerie, culbutés par des charges à la baïonnette, ils regagnèrent en
désordre les portes de la ville.

Cependant, du fort l'Empereur un feu terrible était dirigé contre une maison de
cempagne située dans la plaine d'El-Biar, où le général en chef avait établi son
quartier-général; mais en ce moment, la flotte française qui s'était avancée
jusqu'à demiportée de canon des forts d'Alger, commençait un feu terrible contre
cette ville. Les forts, armés de douze cents pièces de canon ¡ de gros calibre,
ripostaient vigoureuse- ; ment; les bombes et les boulets sillonnaient 5 l'air; on
eût dit tous les tonnerres du j monde grondant sur un même lieu, écla- < tant avec
fracas, et broyant tout sur leur : passage.

Les travaux de la tranchée présentaient de grandes difficultés ; il avait fallu


l'ouvrir

en plein roc, et les travailletirs perdaient beaucoup de monde, assaillis qu'ils


étaient par les bombes et les obus lancés de la forteresse ; ils avaient en outre à
repousser de fréquentes sorties. Enfin, le 3 juillet, à trois heures du matin, les
batteries éle- vées avec tant de peine sont démasquées et ouvrent 'le feu. L'ennemi
y répond avec fureut: le fort l'Empereur ressemble à un volcan en éruption,
vomissant le fer par mille bouches embrasées. Nos braves ar*• tilleurs n'en sont
pas émus; sur l'ordre du ■ général Lahitte, ils mettent moins de rapidité dans la
manœuvre, afin de pointer avec plus de justesse. Dès ce moment, tous les coups
portent et font un ravage horrible: les créneaux s'ouvrent; te donjon s'ébranle et
bientôt s'écroule avec fracas. Les murs, les remparts se fendent et tombent.

A midi, l'ennemi est presque entièrement à découvert; alors les Turcs qui, depuis
l'ouverture de la campagne n'avaient cessé de faire preuve d'un grand courage,
pronb.

nent une résolution désespérée : ils cessent de faire feu ; les Français se)
disposent à monter à l'assaut. Tout à coup, vers midi, une effroyable détonation
vient ébranler ta terre; l'air est obscurci par un énorme tourbillon de fumée qui
s'élance jusqu'aux nues, emportant des pierres énormes, des quartiers de roc, des
canons, des armes de toute espèce, des cadavres mu- tilés qui retombent sur les
Français comme une plaie d'extermination.

Rien n'arrête nos braves soldats; le soleil est encore obscurci par cette trombe
dévastatrice, que déjà les sapeurs et les canonniers s'élancent sur les murs
écroulés et brûlants, et viennent planter le drapeau français sur les ruines de la
forteresse.

Le dey, sentant que la résistance n'était plus possible, se décida à capituler ; il


envoya un parlementaire au général français.

M. Bourmont le reçut sur les ruines de la forteresse ; l'envoyé du dey s'exprima en


ces termes :

« Invincible tète des armées du plus grand sultan de notre siècle! Dieu est pour
toi et pour tes drapeaux; mais la clémence de Dieu commande la modération après la
victoire.

« Hussein-Dey baise la poussière de tes pieds et se repent d'avoir rompu ses


anciennes et bonnes relations avec le sultan, ton maître; il reconnaît que lorsque
les Algériens sont en guerre avec la. France, ils ne doivent pas faire la prière du
soir avant d'avoir la paix. Il fait amende honorable pour l'insulte commise sur la
personne de son consul; il renonce, malgré la pauvreté de son trésor, à ses
anciennes créances sur la France, et il offre de payer tous les frais de la guerre.

« Moyennant ces satisfactions, notre maître espère que tu lui laisseras la vie
sauve, le trône d'Alger, et que tu retireras ton armée de la terre d'Afrique et tes
vaisseaux de nos côtes. J) Le général français répondit :

a Le sort du dey el de. sa capitale est dans mes mains, car je suis maître du fort

l'Empereur et de toutes les positions voisines. En quelques heures, les cent pièces
de canon de l'armée française, et ceUcar que j'ai enlevées aux Algériens auront
fait de la ville et de la Casbah (résidence dt* dey), un monceau de ruines, et
alors Hus- : sein et les Algériens auront le sort des po-rf

pulations et des troupes qui se trouten t dans les villes prises d'assaut.

c Si Hussein veut avoir la vie sauvepour lui, les Turcs et les habitants de la
ville, qu'ils se rendent tous à merci, et remettent sur le champ aux troupes
françaises la Casbah, tous les forts de la ville et les forts extérieurs. »

L'envoyé du dey se retirait tristement, lorsque parut un autre parlementaire envoyé


par la milice algérienne. Ce dernier, après un long préambule dans le style
oriental, offrit tout simplement d'égorger

le dey pour mettre fin à la guerre.

« Apprends, dit-il, ô vaillant général, que l'insulte faite au grand Méliek Charal
(sultan Charles), est la faute personnelle de Hussein. L'argent qu'il réclamait de
lui el de son consul, au lieu d'être la propriété du beylik et celle de ses frères
et enfants, v les miliciens turcs, était sa propriété à lui, et celle de quelques
chiens de juifs qui lui avaient prêté leurs ruses et leur nom dans cette affaire.

« Le glorieux Méliek Charal a en raison de refuser de payer, et il doit vouloir la


mort de l'insolent qui osa insulter son amy bassadeur.

Plusieurs fois déjà nos frères ont essayé de se révolter à csuse de cette offense,
contre Hussein qui, en la commettant, s'est montré traître à ses devoirs et à son
pays. Nous avons enfin réussi : nous le tenons prisonnier dans son palais. Que ta*
bouche laisse tomber une parole, et nous allohs renvoyer sa tête en réparation de
ses méfaits. »

Le général indigné n'en voulut pas entendre davantage.

« Interprèle, s'écria-t-il, dites à cet homme de porter mes ordres à ses frères
ignorants et féroces. Dites-lui bien que j'entends que ce divan extraordinaire de
la milice algérienne cesse à l'instant même ses délibérations. Jusqu'à ce que je
commande dans la Casbah, Hussein est leut souverain, et ils lui doivent soumission
et obéissance. Ma volonté est de ne traiter qu'avec lui seul. Les membres de ce
divan me répondent sur leur tête de la moindre offense contre le dey.

Au bout de quelques heures de nouveaux envoyés du dey se présentèrent; tout


s'arrangea dans la conférence qu'ils eurent avec le général en chef, et le
lendemain, l'armée frnnçaise entrait triomphante dans Alger.

On crut un instant que la prise de la capitale entraînerait la soumission de toute


l'Algérie, les beys des diverses provinces 1

firent en effet leurs soumissions ; mais plusieurs avaient d'arrière-pensées, ainsi


que le prouva bientôt le conduite du bey de Tittery, qui parvint à déterminer le
général en chef à s'avancer jusqu'au pied de l'Atlas, et à visiter la ville de
Blidah qu'il désirait faire joindre à son gouvernement.

M. Bourmont qui venait d'être fait maréchal, sortit le 25 juillet d'Alger pour
cette expédition, emmenant quelques pièces de campagne, un escadron de chasseurs et
quinze cents hommes d'infanterie.

Le soir, cette colonne arriva à Blidah où elle rentra sans coup férir; la journée
du lendemain se passa tranquillement; mais vers le soir, des nuées de Kabyles
descendus de l'Atlas, attaquèrent la ville avec fureur ; le premier aide-de-camp du
maréchal, sortit de Blidah pour voir ce qui se passait, et quelques instants après
on le rapporta mortellement frappé d'une balle.

Les Français se formèrent promptement en colonne, et le nombre des Kabyles aug-

mentant à chaque instant, ils battirent prompteflient en retraite vers Alger, où


ils arrivèrent le lendemain, non sans avoir fait de grandes pertes, les Kabyles ne
s'étant arrêtés dans leur poursuite que sous les murs de cette capitale.

Tandis que cela se passait, la révolution de juillet éclatait à Paris ; peu de


jours après, M. Bourmont remettait le commandement de l'armée d'Afrique au général
Clausel qui ne tarda pas à marcher sur Médéah, et qui châtia le bey de Tittery en
lui enlevant sonbeylik, après avoir battu et mis en déroute une armée de huit mille
Turcs, à la tête de laauelle ce bey avait tenté de se défendre.

Au général Clausel, devenu maréchal, succéda le général Berthezène, qui, de 1851 à


1832, s'empara successivement de Bône et d'Oran. Ce fut alors que le génie .l'Abd,.

el-Kader commença à se révéler. Les diverses tribus arabes qui avaient admiré soa
courage à la prise d'Oran où il avait eu un cheval ijé sotu lui, lui décernèrent le
titra

d'émir Al-Moumenin (prince des croyants).

Aussitôt après son élection, Je nouveau souverain alla s'établir dans la ville de
tlascara, dont il fit sa capitale; puis il prêjcha la guerre sainte, souleva un
grand nombre de tribus, et il vint attaquer Oran & la tête d'une armée formidable.
Le général Boyer, qui commandait dans cette wille, n'avait à opposer à l'ennemi
qu'un (petit nombre d'hommes; on se battit trois iours, au bout desquels les Arabes
découragés par les perles qu'ils avaient faites, se étirèrent en désordre.

D'autres tentatives de l'émir n ayant toas eu plus de succès, Abd-el-Kader se


[montra disposé à faire la paix, et bientôt inn traité fut signé, par lequel la
France r econnaissait Abd-el-Kader comme émit.

On stipula la liberté du commerce et laremise des prisonniers, déserteurs et crimh


pelade port et 4'aiiira»

Les funestes conséquences de ce traiM - furent de distinguer Abd-el-Kader de ces


nombreux prétendants qui, sur diverses parties du territoire, s'étaient accommodés
de points ou de villes à leur convenance; de mettre en évidence cet émir de
nouvelle fabrique, et donner aux Arabes un drapeau et un centre. Aussi l'émir ne
songea-t-3 plus, dès ce moment, qu'à conquérir l'au torité effective que comportait
son titrej ne voulut souffrir âutour de lui de p rivale, et se mit immédiatement à
l'œuvre pour débarrasser sa route des obstacles qu'a pourrait y rencontrer.

L Les autres tribus arabes virent avec en-j vie l'élévation d'Abd-el-Kader, et se
1M1 guèrent contre lui, en vue d'amoindrir se puissance ou tout au moins d'empêcher
soo extension ultérieure. Il fut vaincu par Mufti tapha, chef des Douairs. Abd-el-
Kadal était sur le point de voir s'écrouler - rediEwi

qu'il avait élevé avec tant d'art. Ses ennemis proposèrent à la France de s'unir à
eux contre l'émir. Le général Desmichels ajouta une seconde faute à la première en
refusant.

Abd-el-Kader, fort de l'inaction des Français, ne tarda pas à étendre sa domination


sur toutes les tribus de l'ouest, et sur tout le pays situé entre le Chélif et le
Maroc.

Par un article secret du traité Desmichels le commerce arabe devait se faire


exclusivement à Arzew. Oran et Mostaganem ne recevaient que les marchandises
nécessaires à leurs besoins. Tous les négociants arabes désirant charger des
marchandises devaient se rendre dans cette ville. Par ce monopole Abd-el-Kader se
procurait d'énormes bénéfices. Il fournissait dessubsides aux tribus et les
maintenait en armes contre la France.

L'émir, souverain à Mascara, voulut b étendre plus loin sa suprématie ; il nomma )


deux kalifas, ou lieutenants, à Milianah et

à Médéah ; plus tard il donna un kaïd, ou juge, aux Hadjoules - et aux Beni-Kalif.

Ainsi, enhardi par la faiblesse du gouverneur général, le comte d'Erlon, il venait


faire acte d'autorité jusque dans les possessions françaises.

Toutes les tribus cependant ne reconnaissaient pas avec une égale soumission le
pouvoir de l'émir. Celles du Chélif se soulevèrent sous la conduite de Sidi-el-
Aribi et de Mustapha-ben-Ismdël, auxquels se joignit Moussa-Derkaoui #* à la tête
des tribus du désert. Mais Abd-el-Kader tua Sidiel-Aribi, battit Mustapha-Ismaël et
repoussa Moussa dans le désert.

Le général Trézel, qui avait remplacé le général Desmichels dans le commandement


d'Oran, tenta de détacher de la cause d'Abdel-Kader deux tribus. Les Douairs et les
Zmélas, à son instigation, se déclarèrent sujets de to France, sous la seule
condition
d'être protégés en cas d'attaque. Ils vinrent dresser leurs tentes près d'Oran.
D'autres tribus suivirent leur exemple. C'était ruiner la puissance de l'émir en
lui enlevant ses alliés ou sujets, et même lui créer des ennemis. Celui-ci s'en
aperçut bien : aussi ordonna-t-il aux Douairs et aux Zmélas d'aller s'établir au
pied des montagnes. Sur leur refus, il les fit charger par.un de ses lieutenants.

Celte audacieuse attaque, jusque sous le canon d'Oran, obligea le général Trézel de
défendre ses alliés. Il se porta vers eux avec deux ou trois mille hommes. Abd-el-
Kader demandant l'explication de ce procédé, le général répondit qu'il devait
défendre ses alliés : sur quoi l'émir riposta que sa foi lui défendait de laisser
des musulmans rechercher la protection des infidèles. C'était une déclaration de
guerre. Au mois de juin 1855 le général se porta en avant et reçut le

choc de la cavalerie arabe dans la forêt de Mùleï-hmaël, puis reculant jusque la


Macta, il ne parvint à se dégager qu'avec une grande perte d'hommes.

Abd-el-Kader publia partout qu'il avait vaincu les Français à la Macta, et triompha
avec les têtes que ses Arabes avaient coupées : c'est l'usage de ces peuples.
Enivré de ses - succès, il publiait des proclamations ainsi conçues : « Vous le
voyez, guerriers de « l'ouest, je suis plus puissant et plus fort « que le roi des
Français! Il lui faut des « mois entiers pour rassembler des soldats « en assez
grand nombre pour essayer de « venger leurs frères que nous avons vaiù<r eus,
tandis qu'en un instant vingt ou « trente mille guerriers se réunissent à ma" , «
voix, a Profitant des conseils de quelques officiers envoyés ea mission auprès de
lui, et de quelques déserteurs disposés à s'enrôler sous ses

drapeaux, il avait créé un corps de fantassins réguliers qui lui rendit de grands
services.

Nous apprenions à notre ennemi à nous vaincre.

Mais les Français, reprenant courage, vengeaient ce désastre sur la Sig et l'Habra.
L'émir fut forcé de se retirer, .et le maréchal Clausel entra tllUascara. Ne
pouvant séjour-.

ner, il dut reprendre la route d'Alger, après avoir incendié les travaux qu'Abd-el-
Kader y avait faits et les matériaux qu'il y avait rassemblés. Bien que cette
expédition n'eût pas tous les résultats qu'elle devait avoir, elle ne laissa pas de
diminuer considérablement le crédit du chef arabe et de -détacher de sa cause
quelques tribus. Il fut obligé de ca-, cher sa femme et ses enfants. Quand il
revint les retrouver dans leur retraite, ils i avaient été dépouillés par ses
propres parti? sans. Accablé de douleur, il eut un instant [ l'idée de céder et
d'abandonner la partie,

mais ses fidèles Hachem le rappelèrent à la vengéance. Il suivit la retraite des


Français, les menaçant de loin, et protestant ainsi, an nom de l'Algérie
musulmane,contre la souillure que l'infidèle venait d'infliger au sanctuaire de sa
puissance. A son retour, il se trouva dans le plus complet dénuement. -Il ne lui
restait plus qu'une misérable petite tente en lambeaux qu'il fut obligé de dresser
lui-même. Dans le pillage de ses effets, un de ses lieutenants lui avait volé son
parasol de commandement. Le kaïd El-Boukhari prit soin de le nourir pendant le
temps qu'il passa à Argoub-Ismaïl. Peu à peu le remords ramena à ses pieds les
Arabes qui l'avaient abandonné, et un pardon habile rallia immédiatement autour de
lui ceux qui Ifavaient pas osé affronter sa eotère. La fortune lui souriait dé
nouveau.

Une occasion se présenta bientôt pour le maréchal Glausel de. marcher sur Tlemcen,

La citadelle était défendue par des Koulouglis alliés. Abd-el-Kader, n'ayant pu les
décider à la lui remettre, et n'étant pas en mesure de s'en emparer par force,
avait juré de se venger. Le maréchal vit se joindre à lui El-Mezari avec quatre
cents Douairs et Zmélas. Le 12 janvier 1856, l'armée entra dans Tlemcen sans
presque coup férir. A deux lieues plus loin elle rencontra l'émir.

Les Koulouglis, les Zmélas, les Douairs et les cavaliers du désert, lancés contre
lui, firent plier sa cavalerie, puis son infanterie. Ce fut une déroute complète.
Son camp et ses bagages furent pillés. Il se sauva chez les Beni-Amer, suivi de
quelques officiers seulement.

Le maréchal, voulant assurer les commut nications avec TIemcen, se porta sur 'la ?
Tafna. Abd-el-Kader, qui était parvenu à i rassembler des troupes avec cette
célérité et uçette facilité qui ne sont possibles que parmi il

ces populations guerrières et morcelées, fut battu deux fois sur les4)ords de cette
rivière.

Après plusieurs combats meurtriers le maréchal opéra sa -retraite sur Oran, puis
sur Alger, dont il était sorti depuis deux mois.

Les Arabes le crurent vaincu et l'influence d'Abd-el-Kader reprit le dessus. Il fut


cependant encore battu sur la Tafna par le général- d'Arlanges, le 15 avril, -il
prit sa revanche le même mois à Sidi-Yacoub, et bloqua notre camp de la Tafna si
rigoureusement que le général Bugeaud dut amener de France des renforts pour nous
délivrer.

Il fallut en même temps débloquer le com-

mandant Cavaignac, que Clausel avait laissé dans la citadelle de Tlemcen, et qui
s'y défendait vigoureusement depuis plusieurs mois. Mais le 7 juillet l'émir fut
vaincu à la Silikak, quinze cents Arabes et Kabyles furent tués. Son infanterie
régulière fat détruite.

Cette défaite fut le pjus rude écbec qu'eût encore éprouvé Abd-el-Kader. L'argent,
les troupes, tout lui manqua à la fois, et il se retrouva encore une fois seul,
comme le, lendemain de la -prise de Mascara. Ne se croyent plus en sûreté dans
cette vill e,.il se [ retira à Tekdempt, à dix lieues ouest de.

[ Mascara.

Dans les premiers jours de novembre eut [lieu la première expédition de


Çonstantine, : après la malheureuse issue de laquelle le rmaréchal Clausel dut
résigner son commandement entre les mains du général Damré*mont. Le contre-coup de
cet échec se fit senJtir par toute l'Algérie. Abd-el-Kader chertcha naturellement à
en profiter. Il avait xoulevé trois ou quatre tribus, et les Français avaient été
obligés d'abandonner Biidah.

te général Perregaux était sur le point de xhAlier tes Hadjoutes, lorsqu'arriva la


nouvelle d'un traité de paix conclu avec Abd-

el-Kader. C'était le fameux traité de la Tafna, qui rendait à l'émir toute


l'ancienne régence d'Alger, moins Constantine, Alger et Oran, et un peu de littoral
; qui faisait Une seconde fois d'Abd-el-Kader un prince, un êmir, l'affranchissait
de tout tribut, etc., etc.. te 1 Au mois d'octobre 1837, une seconde expédition eut
lieu contre Constantine, et après un siège meurtrier l'armée française fit ij son
entrée, le 13, dans cette ville.

Abd-el-Kader, ayant grandi en puis- j sance et en autorité après le traité


delaTafna, j songea à les organiser et à en régulariser j l'administration. Il
laissa les Français ravi- i tailler Djimilah, passer les Portes-de-Fer; ( entretint
des intelligences dans certaines tri- j bus, en souleva d'autres par des
exactions,*3 des cruautés, afin d'arriver à une con- Il ♦ flagration générale de ,
la province d'Al- ger, ce qui ne tarda pas à arriver. Aucunes i A

déclaration préalable ne précéda cette prise larmes. Seulement, au bout de quelques


j#urs, Abd-el-Kader écrivit au maréchal Jfallée une lettre par laquelle il
déclarait e tous les musulmans avaient résolu ie recommencer la guerre sainte. Il
n'avait pas perdu son temps. Ses forces se Montaient à sept ou huit mille
fantassins réguliers, dix-huit cents cavaliers disciplinés, © Meuze mille cavaliers
des tribus, et six ou fliuit mille Kabyles. Des troupes disséminées à et Ii avaient
été attaquées à l'improviste, fies colonia -de la plaine assaillis et massacrés,
.es tribus amies exterminées, des convois > «levés aux portes d'Alger et leur
escorte i égorgée. La province de Tittery avait 'suivi ! l'exemple de celle
d'Alger. La garnison de f Médéah avait été forcée à la retraite.Le maréchal Vallée,
à la tête de forces : suffisantes, forma ses troupes en plusieurs ^colonnes les
lança dans toutes les direo

tions. Le 31 décembre, il rencontra, dans le ravin de l'Oued-el-Kébir, l'infanterie


régulière de l'émir, soutenue de quatre où cinq mille cavaliers. Deux régiments
d'infanterie et un régimen-t de cavalerie abordent l'ennemi à la baïonnette ; on le
culbute, on le rejette sur sa cavalerie, où ill porte le désordre. Tout cède,
quatre cents; cavaliers et fantassins arabes restent sur le: terrain. Cinq cents
fusils, trois drapeaux et une pièce de canon restent au pouvoir des: Français. i •
Au 1er février 1840, la 10e compagnie du bataillon d'Afrique, forte de cent-vingt,
trois hommes, tenait garnison à Mazagran,, petit fort élevé à la hâte par les
Français âi peu de distance de Mostaganem. Le capitaine Lelièvre la commandait. Son
matériel: de guerre se bornait à quarante miiie cartouches, une pièce de quatre et
un baril de poudre. Dans la journée du 1er février, des;

>âéclaireurs ennemis vinrent reconnaître la position. Le lendemain s'échelonnèrent,


dçiwant la partie la plus accessible du fort, ilprès de quinze mille hommes,
contingent de quatre-vingt-deux tribus. Le kalifa de Masïxara, Ben-Thami, les
commandait : ils étaient [■■ppuyés par un bataillon d'infanterie régulière de
l'émir et deux pièces de huit. Le' arabes mirent immédiatement leur artillerie isen
batterie et ouvrirent le feu à cinq cents unètres de distance. Les premiers coups
dp ;anori firent brèche dans les faibles fortifications de Mazagran, et du premier
élan, mes Arabes vinrent y planter quatorze étendards. Dès que la brèche fut
praticable, ils 'Y. élaicèrent avec fureur; chaque tête de Vrançais était le prix
d'une récompense.

Mais les assiégés avaient admirablement organisé leur fusillade, et en peu d'heures
la

brèche fut couverte de cadavres. Trois fois le drapeau national avait été renversé,
trois fois

il avait été relevé ; sa flamme n'était plus qu'un lambeau, mais clic suffisait
pour exalter le courage de ses héroïques défenseurs. Avant la fin de la journée,
ils avaient consommé près de la moitié de leurs cartouches. a ,-. Le lendemain,
avant le jour, l'attaque ] recommença-cette fois; elle fut dirigée con- j tre la
brèche et la porte. Le capitaine Lc-i lièvre confia la porte au sous - lieutenants
Durand, et. avant de l'enfermer dans ce faible réduit, il lui serra la main en lui
disant : « Adieu, il est probable que nous nc!

« nous reverrons plus, car vous et vos hom- « mes devez mourir en défendant ce
poste. 1) i - cr Nous le jurons, » s'écrièrent le sous- -> lieutenant et les quinze
braves soldats. llsej ne moururent cependant pas, mais le posteai fut si bien
défendu que l'ennemi ne put rc prendre pied. Id C'était un combat incessant :
l'acharnEH

ent dés Arabes était tel qu'ils venaient se ire tuer tous sur la brèche, se
précipitant itrépidement sur les baïonnettes que leur 'ésentaient les Français. Le
capitaine Leivre s'attendait à être secouru par le immandant Dubassail, qui
commandait à ostaganem, d'où l'on entendait et l'on lyait le feu; mais il dut
renoncer à cet poir : la journée se passa encore sans qu'il il reçu de renfort.
Cependant, sur ses quaInte mille cartouches, il lui en restait à iine dix mille. Il
réunit sa petite troupe : Mes amis, dit-il, il nous reste un baril de poudre et dix
mille cartouches; nous nous défendrons jusqu'à ce qu'il ne nous en reste plus que
douze ou quinze ; puis nous entrerons dans la poudrière, et nous y mettrons le feu,
heureux de mourir pour notre pays. Vive la France ! »

Cette glorieuse résolution prise, le combat commença pendant quatre jours et quatre

nuits. Fatigués d'une si énergique résistance, les Arabes s'étaient retirés,


honteus et confus, emportant plus de mille de leurs morts et de leurs blessés.
Après le retraite des Arabes, lorsque les soldats de la garnison de Mostaganem se
portèrent suij Mazagran, et virent ces braves debout su.

des murs à demi détruits, où flottait un draij peau si glorieusement mutilé, ils
accueilli" rent par des cris de joie leurs héroïques frèreg d'armes et les
portèrent en triomphe. Quaœi aux Arabes, l'échec qu'ils venaient d'éprou-j ver eut
parmi eux un immense retentisse ment, et l'effet moral en fut tel, que, dans D
province de Constantine, on vit des ches arabes marcher seuls, et sans y être
excitée contre des troupes d'Abd-el-Kader.

L'émir n'avait pas lieu de se trouver sae tisfait de l'état de la province de


Constarui tine ; l'ordre commençait à y régner : dil tribus sollicitaient de
commercer avec

tance, d'autres livraient des ôtages, ou lettaieit leur cavalerie à la disposition


de autorité française. Bou-Azouz, son kalifa, bt vaincu à l'entrée du désert par
Ben-GanI, allié des Français, et perdit cinq cents MMnes, ses canons, trois
drapeaux, dix suies, et la meilleure partie de son bagage.

.es Haractas faiaient leur soumission , 'autres tribus offraient aux français leur
c,urs contre lui..

Ses principaux efforts se portaient -sur les r.,¡'ces d'Alger et de Tittery. [Dans
cette ernière il avait vingt mille hommes, plus ÎS troupes régulières, et les
contingents des tovinces d'Oran et d'Alger ; le tout forlait une force
considérable. Ses lieutenants paient occuper la campagne depuis Méph jusqu'à
Blidah. Il avait huit mille cavas le commandement de MustaphaThamy, à dix lieues
d'Oran ; dix mille hjâgnards Kabyles devaient appuyer ce

corps ; deux camps d'observation couvraient) la route de Tlemcen.

Comme on le voit, Abd-el-Kader n'était.

pas homme à se laisser prendre au dépourvu:: il profitait des instants de répit


qu'on lu i laissait pour réorganiser la guerre.

Une expédition commandée par le du« d'Orléans, ayant sous ses ordres le duc d'Au.-j
male, son frère, eut lieu dans le but d'occuper Cherche, Médéah, Milianah, et ds]
ruiner les tentatives de l'émir dans la pro..

vincede Constantine. Elle partit de Bouffarill; le 24 avril 1840, vers le camp de


l'Afrounr et alla s'établir à la pointe orientale du laij Kalloulah, à l'endroit
dit Tombeau de M Chrétienne. À

Une attaque de l'ennemi n'eut qu'un rM sullat désastreux pour lui, et les jours
SUBI vants se passèrent sans événements impon tants jusqu'au 12 mai. Ce jour-là on
lijttte qua le téinah de Mouzaïa, passage fanait

dable sur lequel Abd-el-Kader avait ajouté la défense de l'art à celle de la


nature. A trois heures du matin l'attaque commença; les redoutes arabes étaient
couronnées de défenseurs ; les soldats français trépignaient d'impatience. Le duc
d'Orléans, leur montrant la crête du MouzaÏa, leur dit: a Enfants; les Arabes nous
attendent et la France nous regarde, » Les soldats gravirent le flanc de la
montagne au pas de course; les tambours battaient la charge, les chefs les
animaient de la voix et de l'exemple.

La première colonne arriva sur le plateau sans difficultés. Mais là étaient devant
elle, trois mamelons échelonnés , couronnés à leur dernier sommet d'une formidable
re, doute. Toutes les crêtes étaient garnies d'Arabes faisant un feu plongeant et
meurtrier. Bientôt un épais nuage de fumée enveloppa la montagne : cet état dura
plu-,

sieurs heures, pendant lesquelles on n'entendit que le bruit de la fusillade et du


canon.

A midi le second mammelon était enlevé.

Les Arabes, retranchés dans un ravin, arrêtaient la colonne d'Houdetot, où se trou-


* vait le duc d'Orléans, qui fit charger à la baïonnette. Enfin les Arabes, poussés
vigoureusement, plient et fuient devant les Français. Le drapeau tricolore flotte
sur la cime de l'Atlas.

Le 17 on arriva à Médéah : la ville était complètement évacuée. Après trois jours


de repos la colonne partit, laissant deux mille quatre cents hommes de garnison.

Un mois après, une nouvelle expédition, partie de Blidah, se porta sur Milianah.
L'émir paraissait décidé à défendre la ville; mais, à l'approche des Français, les
Arabes l'évacuèrent après y avoir mis le feu. Milianah était la ville choisie par
Abd-el-Kader pour en faire le centre de l'industrie arabe : il y

avait construit des usines, de grands ètablis- sements. Sa position est admirable.
Ce fut une perte réelle pour l'émir.

j L'armée française évacua Milianah le 12, ( après y avoir laissé une forte
garnison sous t les ordres du général Changarnier.

f Le général Bugeaud vint prendre le gouvernement général de l'Algérie en 1841.

Í Les circonstances étaient difficiles : Abd-elf Kader semblait se multiplier.


Débusqué de s? tous les points qu'il occupait, il était partout en campagne, ne
s'engageant plus dans aucune affaire sérieuse, mais attaquant les conIvois,
interceptant les communications; au moment où on le croyait éloigné, ses cavaliers
arrivaient tout à coup, tombaient sur fr les détachements français, les
dispersaient, les massacraient.

p * f L Pendant ce temps, il s'organisait, recrui tait au loin des troupes,


réparait ses pertes et rétablissait ses moyens épuisés pour repa-

raître de nouveau sur le terrain qu'il aiail un instant abandonné. Toujours vaincu
el jamais découragé, toujours poursuivi et jamais atteint, bornant sa tactique à
harceler les Français, à les fatiguer, il laissait, partout où il se réfugiait, des
traces nombreuses de la rapide impulsion qu'il avait donnée à diverses branches
d'industrie. Il tâchait d'attirer à lui les ouvriers en tout genre, et surtout les
forgerons, les poudriers, etc. Ses kalifas et chefs de tribus avaient l'ordre de
lui amener les prisonniers de guerre qu'il accueillait avec faveur, et que pour
hâter l'organisation de ses troupes, il cherchait à s'attacher par de magnifiques
promesses.

Cette activité, ce système d'innovation, cette conduite d'Abd-el-Kader, quoique en


dehors des mœurs arabes, avaient accru le prestige dont il jouissait, qui avait
fini

par s'étendre sur les femmes de sa famille :

sa femme et sa belle-sœur jouissaient de plus de considération que n'en ont


d'ordinaire les femmes arabes. Avec son prestige, sa puissance s'était accrue
aussi, et cette extension embrassait alors non-seulement les tribus guerroyantes
qui lui étaient dévouées par l'appât du pillage ou par l'attrait du combat, mais
encore les tribus pacifiques que ses levées successives d'impôts n'avaient pas
encore lassées. Ainsi, littéralement, la guerre était partout dans les provinces
d'Alger, d'Oran, de Tittery, et une partie de celle de Constantine. Ce fut dans ces
circonstances que le général Bugeaud prit le commandement des troupes.

Concentrer ses forces dans la province d'Alger, et, de là, par un rayonnement
graduel, étendre partout l'offensive en lui donnant une grande impulsion, frapper
énergiquemeut les tribus rebelles des provinces d'Àlger et Lde Tittery, détruire

un à un les dépôts fortifiés d'Abd-el-Kader, et ruiner partout, par des coups


successifs, réitérés, incessants, son influence : tel fut le programme de la guerre
adopté par le général Bugeaud pour l'année 1841.

Vers les derniers jours d'avril, une forte colonne partit d'Alger, escortant un
convoi destiné au ravitaillement de Médéah et de Milianah, pendant qu'un corps
expéditionnaire de dix mille hommes rayonnait sur ses derrières, châtiant les
tribus rebelles, et prêt à l'appuyer au besoin. Le 3 mai, pendant que le convoi
avait atteint sa destination, Abd-el-Kader, posté sur le Bas-Chélif avec trois
bataillons de ses réguliers, dix mille hommes environ et douze mille cavaliers,
parut décidé à livrer bataille au corps expéditionnaire, qui manœuvrait depuis
quelques jours pour l'y amener.

Le général Bugeaud commandait en personne, et prit ses dispositions pour com-

battre. Abd-el-Kader n'attendit pas l'ail»' que ; mais ses mesures se trouvèrent
déconcertées : après un engagement d'infanterie, la cavalerie française mit en
déroute la cavalerie de l'émir. Les Arabes lâchèrent pied sur tous les points ;
Abd-el-Kader luimême faillit être pris. Pendant qu'il fuyait, accompagné de cinq ou
six cavaliers, le commandant des spahis Youssouf, qui l'avait reconnu, s'était
lancé seul à sa poursuite : un moment il ne fut qu'à un travers de cheval de
l'escorte de l'émir. « Lâches, « disait ce dernier à ses cavaliers, voyez, il « n'y
a qu'un homme derrière vous ! J) Mais la frayeur les entraînait. Youssouf, ayant
perdu du terrain par l'épuisement de son cheval, fut obligé de renoncer à sa
poursuite, mais la déroute d'Abd-el-Kader fut complète.

Cette défaite fut suivie pour Abd-el-Kader de revers plus cuisants. Le général Ba-

raguay d'Hilliers reçut le commandement d'une colonne destinée à opérer sur le Bas
j Chélif; le maréchal-de-camp de Bar fut investi de celui de la province d'Alger,
et le général Bugeaud se mit à la tête d'un corps expéditionnaire qui devait
manœuvrer dans la province d'Oran, pour détruire tous les dépôts fortifiés d' Abd-
el-Kader.
Depuis l'occupation de Milianah par les Français, il lui en restait encore trois,
Boghar, - Taza et Tekdempt, Boghar, dont Abd-el-Kader avait jeté les fondements en
1859, n'avait jamais été entièrement achevé; , il n'avait guère qu'une petite
garnison de * réguliers chargés de tenir le pays. Quant à !

Taza, il était bâti sur un des hauts plateaux de l'Atlas, à douze lieues sud-est de
Milianah : son mur avait un mètre d'épaisseur ; ® il était armé de l'artillerie de
Médéah et de 1 Milianah, composée de sept à huit pièces de gros calibre et
d'unobusier. De ce» trois

dtpÓts, Tekdempt seul avait quelque importance. Il avait été construit en 1855, sur
des rochers d'un abord très difficile, à dixhuit lieues de Mascara et trente de
Taza.

Il avait cinquante mètres de long sur vingt de large ; son mur d'enceinte était
d'un mètre d'épaisseur, il y avait des bâtiments pour contenir dix-huit cents
hommes. C'était le grand atelier de l'émir ; c'est là qu'il faisait travailler les
armuriers, mécaniciens, poudriers, qu'il y avait attirés : là était son dépôt de
munitions de guerre et de provisions de bouche, l'établissement de la monnaie, et
un grand nombre d'outils et de machines. Deux cent cinquante à trois cents cabanes
habitées par les Maures de Mazagran et de Mostaganem, des Koulouglis de Milianab et
de Médéaiu enlouraiefit le fort.

U y avait aussi vingt ou trente maisons rec^uvertes en tuiles et servant


d'hamtations aux chefs des différentes tribus.

Abd-el-Kader, après sa defaite du Chélif, ayant pressenti les projets du


gouverneur, avait mis tout en œuvre pour défendre et protéger ses dépôts. Il avait
réuni un grand nombre de troupes qui devaient se concentrer à Tekdempt. Le général
Bugeaud, de son côté, après s'être muni d'un fort matériel de siège, était parti de
Mostaganem le 18 mai, pour aller déloger l'émir du nid d'aigle où il s'était si
bien fortifié. Mais ce dernier avait reconnu encore une fois l'impossibilité de
lutter en bataille avec les Français. Au lieu de choisir, en avant de Tekdempt,
quelque point important où il aurait pu prendre facilement l'offensive, il se
contenta de disséminer sa nombreuse cavalerie sur les Hauteurs voisines de la
ville, pour en disputer pied à pied les approches. Alors commença une de ces luttes
où, dans mille combats partiels, le courage individuel des combattants se révé-

lit, des deux parts, avec une égale intrépiité. L'infanterie française avait mis
sac à rre' et s'était lancée à la poursuite des irabes en gravissant, sous leur
feu, la crête u'ils couronnaient ; elle était appuyée par n corps de zouaves dont
l'impétuosité déoncerta le plan de l'ennemi. Les Arabes ne inrent pied nulle part :
ils mirent le feu à a ville et l'abandonnèrent après en avoir mmené les habitants.
Quand les Français ( entrèrent tout était désert : quelques paries brûlaient
encore. Le général Bugeaud in fit raser les fortifications.

Ces incursions jusqu'aux lieux où l'émir ivait établi ses arsenaux portaient un
coup iensihle à la puissance d'Abd-el-Kader.

Elles montraient aux populations qui ne suivaient sa bannière que par force, que la
puissance qu'elles redoutaient n'était qu'une vaine fumée que le souffle de la
France SUfM lisait pour dissiper et détruire. Elles avaient

encore un avantage, c'était de commencer par briser la force de l'émir, pour


pouvoir ensuite parvenir à régulariser plus aisément 1 la conquête. c • I Malgré ce
nouveau revers, Abd-el-Kader reparut bientôt à la tête de cinq mille cava- 1 liers,
que Ben-Hamet, kalifa de Tlemcen, lui avait amenés. Il se porta de nouveau en vue
de la colonne expéditionnaire française, non pour la combattre, mais pour la
harceler partout où quelque défilé, quelque acci- dent de terrain lui offriraient
de favorables chances. Il la suivit ainsi de Tekdempt à Mascara , sans autres
engagements que: quelques insignifiantes escarmouches. Il n'essaya pas non plus de
défendre cette der-

nière ville que les Français trouvèrent déserte; il se tint constamment sur les
hauteurs voisines, assistant en quelque sorte à la des(ruction ou à l'occupation de
tous les points où son autorité était établie.

Le corps expéditionnaire continua sa route de retour, en châtiant sur son chemin


les tribus dont on avait à se plaindre, sans qu'Abd-el-Kader pût se déterminer à
combattre. Le 1 er juin, le général Bugeaud s'engagea dans le défilé d'Abd-el-
Kredda, qui conduit à Mostaganem, et où plusieurs milliers d'Arabes étaient postés
en embuscade. Le combat s'engagea sur un terrain fort difficile, hérissé
d'aspérités, coupé de fondrières et de ravins ; mais les Arabes furent repoussés
avec une perte de trois cents hommes parmi lesquels six chefs. La colonne
expéditionnaire rentra après une absence de trente-trois jours, pendant lesquels
Abd-el-Kader, partout repoussé, partout battu, avait vu les troupes françaises
reprendre l'offensive, occuper les villes où il commandait, et où il vit tomber une
à une les pierres de ces citadelles qu'il avait élevées avec tant de peines et de
soins.

Dans le Bas-Chéfif, le général Barnguayd'Hilliers s'était emparé de Boghar et de


Taza, que les Arabes avaient incendiées en les abandonnant, et qu'il acheva de
détruire.

Dans l'est et dans le sud, le général Négrier, commandant de la province de


Constantine, avait chassé de Msila le kalifa de l'émir Hadj-Mohammed , et avait
reçu la soumission de quelques tribus de la Medjanah.

A l'extrême frontière ouest, le général Lamoricière détruisait de fond en comble la


Ketna (réunion de tentes) berceau de lw famille d'Abd-el-Kader, et le fort de Saïda
que le beau-père de l'émir, Mustapba-benThamy, avait fait élever sur les fondements
de l'ancienne citadelle.

Ainsi, en une seule campagne vigoureusement poussée, tous les postes fortifiés de
l'émir, Tekdempt, Boghar, Taza, Saïda,

avaient été détruits ; Mascara , Msila pris ; Médéah, Milianah, ravitaillés; Abd-
el-Kader et ses lieutenants battus dans tous les rencontres.

Abd-el-Kader dut alors réfléchir sur les dangers de sa situation. Il avait reconnu
sans peine combien son autorité était précaire , et il n'avait pas tardé à se
convaincre que les ministres et les généraux français à qui seuls il devait son
élévation, étaient aussi les seuls qui pouvaient la maintenir et la consolider.
S'il eût pu en douter, il en, aurait eu la preuve dans ce que lui dit à cette
époque, son oncle Achmet-Bilhar, marabout célèbre, qui avait beaucoup d'influence
sur quelques tribus du sud de Mascara, et qui les avait jusqu'alors engagées à
rester neutres. Abd-el Kader le pressait de faire cause commune avec lui, et lui
donnait à entendre qu'en sa qualité d'émir, il pourrait le lui ordonner. « Avec moi
il ne

a faut pas invoquer ce titre, lui répondit « le marabout. Tu n'étais rien ici avant
« l'arrivée des Français, tu n'étais rien « avant de conclure la paix avec les
chré« tiens. Ce n'est qu'aux chrétiens que tu « dois ton élévation et ta puissance.
Sois « émir avec eux, puisqu'ils veulent bien te « reconnaître pour tel ; mais avec
moi sois « plus modeste. »

Ce que lui avait dit son oncle était dit hautement partout : Abd,.¡el-Kader ne
l'ignorait pas ; et tout semblait lui faire un devoir de la prudence.

Il ne tarda cependant pas à se remettre en campagne. Dès que les troupes françaises
furent rentrées dans leurs cantonnements il fit irruption sur plusieurs points à la
fois : ses elîortsse portèrent sur Mascara, où il comptait le plus de partisans, et
surtout sur la grande tribu des Hachems, dont il était issu. Le général Bugeaud
sentit la nécessité de répri-

hér immédiatement ces tentatives, pour ne bs compromettre le succès de la


campagne ; I Jtnna l'ordre au général Lamoricière de e porter sur Mascara avec des
forces suffijantes pour dominer la contrée et soutenir efficacement le nouveau bey
de Mascara, (Ïadj-Mustapha-Ouled Olman-Bey. Au col de lardj, Ben-Thamy, kalifa
d'Abd-elKader, tenta de lui disputer le passage. Il tvail avec lui environ sept
mille hommes. Le général Lamoricière fit mettre bas les sacs à l'infanterie, et
chargea les troupes de BenJ.

Thamy à la baïonnette; en moins d'une heure tout fut dispersé, la division put
continuer sa marche vers Mascara, où elle arriva sans autre attaque à repousser
(184.1'= En 1842, le général Btigeaud changea le système d'opérations militaires.
Au lie* de diviser ses forces en multipliant les peints d:-occnpàtions", il
partagea son armée en colonnes mobiles qu'il multipliait par fe rapi

dité avec laquelle il les portait d'un point sur un autre. « Ce sont, disait le
général, era <r résumant son système, ce sont les jambes.

« de nos soldats et de nos chevaux qui doi« vent dominer, et non la multiplicité
des « points occupés. Il y a entre le'système des « occupations multipliées et le
système de « la mobilité la différence qui existe entre « la portée du fusil et la
portée des jambes..

« Le fusil ne commande qu'à deux oui « trois cents mètres, les jambes comman— «
dent dans un rayon de quarante hi « cinquante lieues. * i ; Au commencement de
cette année lai guerre sévissait encore, mais elle avait étéi reportée dans le cœur
du pays. Les provinces d'Oran et de Tittery étaient tranquilles ;• la situation de
celle d'Oran était satisfaisante, et, dans la province de Constantine Je un assez
grand nombre de tribus situées à f.

'ouest de la route de Philippeville avaient 3 1 ,., 7 à

fait leur soumission sur tous les points; les tribus, poursuivies sans cesse,
harassées par des émigrations, débusquées de lours. retraites, étaient fatiguées de
la résistance, et refusaient d'obéir aux chefs nommés par Rbd-el-Kader, qui voyait
chaque jour diminuer le nombre de ses partisans et se trouvait réduit à la
défensive. Les tribus hostiles n'esaient plus bouger et les tribus soumises
fréquentaient les marchés français et y apportaient des provisions de toute espèce.
Les bénéfices qu'elles réalisaient firent réfléchir les tribus de la Tafna, qui,
sans se déclarer ouvertement pour la.France levèrent l'étendard de la révolte
contre Abd-el-Kader, et proclamèrent pour leur chef un marabout puissant et vénéré,
Ould-Sidi-Cheikh, qui habitait les bords de la Tafna, et dont le pouvoir s'étendait
sur le vaste territoire compris entre le désert d'Angad et les forêls de Trara,
Ould-Sidi-Cbeib, se déclarant,

contre l'émir, dut s'allier aux Français, pour ne pas avoir deux ennemis à la fois
sur les bras. Dans la province de Constantine, BenAïmar, kalifa d'Abd-el-Kader,
avait, dès le mois de janvier, dirigé une attaque ontre Msilah, tandis que Sy-
Zeghdoud, avec un parti de Kabyles, se portait sur Djijelli et faisait deux
tentatives contre la garnison de Bone. Mais l'un et l'autre avaient été repoussés
avec perte. Dans la province d'Alger, les turbulents Hadjoutes furent détruits ou
réduits à l'obéissance par le général Changarnier.
Les Kabyles furent vaincus chez les BeniMenasser et les Beni-Menad, par le général
Bugeaud, et à Aïn-Tlemsil, par le colonel Korte. Ben-Salem, kalifa d'Abd-el-Kader,
fut battu par le gouverneur général, et son gouvernement se trouva par suite
dissous.

Pendant que sur tous les points les parti

lins d'Abd-el-Kader étaient repoussès et ettus, ce dernier s'était jeté dans


l'Ouareneris où il occupait une position qui pouvait ievenir menaçante. Il était
prudent del'emlêcher de s'y consolider. Trois colonnes, ous les ordres des généraux
Lamoricière, 'Arbouville et Changarnier, se mirent en Marche dans le double but de
faire diversion t d'enfermer Abd-el-Kader dans un cercle 'où il ne sortirait que
difficilement; En novembre, après divers combats contre s Kabyles, deux bourgades
détruites, trois il les soumises, dix tribus frappées de mort ns dans la personne
des chefs les plus renuants, les tribus des deux rives du Chélif e soumirent.

Malgré tous ces avantages, le but principale n'était pas encore atteint. Abd-el-
Ka1er, toujours battu, reparaissait toujours lVOO de nouvelles forces. Deux fois il
en"ahit Tlemcen, deux fois il fut complètement

hatto par les troupes de général neifaU Le général Lamoricière bktlit les Hache.

la tribu d' Abd-el-Kader, sur les bords 4e la Mina, et le général d'Arbouville


soumit les tribus de la plaine.

Pour ôter à l'émir la facilité de se romettrt de ses insuccès le général Bugeeud


résolut d'envelopper les tribus dè l'Atlas entre l\-I, <léah et Milianah : pour
cela il it pénétrer le général Changarnier chez les Beni-Menasser; à l'ouest,
pendant que lui remonterait le Chélif. Cette manœuvre réussit complètement. La
plaine se trouva paciiée, e les montagnes soumises. Le général Laiia— Ticière
battit "Abd-el-Kader dans une briH lante affaire, sur les confins du désert, et lu
enleva ses smalas et celles de seakalifas. La..

smala est ce qu'on appelle en Europe les équipages, la suite : elle comprend aussi
14 - famille du chef, celle des chefs subaItern - ieurs domestiques, leurs
richesses. -

Abd-el-Kader, ainsi traqué, se rejeta de mouveau dans l'Ouarenseris. On était en


juiver, mais l'infatigable général Bugeaud, îfcans lui laisser de répit, envahit
l'OuarenseWis avec trois colonnes conduites par les géméraux Gentil, Lamoricière et
le duc d'Auïmale. En vingt-deux jours toute cette chaîne ,Ide montagnes et la rive
gauche du Chélif jTurent soumises.

r, La campagne de 1842 était glorieuseiment terminée. Tout était soumis et


organnisé dans la province de Tittçry jusqu'au bdésert. La vallée du Chélif était
soumise.

ETout l'Atlas et la contrée située entre JOran, Tlemcen, Mascara et Mostaganem


'jétait tranquille, et la guerre se trouvait concentrée dans un carré de vingt-cinq
lieues, frentre la Chiffah et la Minah. Aussi le gouv verneur général écrivait-il
au ministre de la j guerre : « Il y a cent cinquante lieues du * « Jurjura à la
frontière du Maroc ; il en ré-

« suite qu'Abd-el-Kader a perdu les cinq « sixièmes de ses états, tous ses forts et
cr dépôts de guerre, son armée permanente, c et de plus le prestige qui l'entourait
encore « en 1840. »

Le 16 mai, la cavalerie française comptant cinq cents hommes, rencontra Abd-elKader


et sa smala dans l'Ouarenseris, à vingt lieues de Boghar. Elle se précipita avec
furie sur l'ennemi qui ne comptait pas moins de cinq mille combattants/ En un
instant la déroute fut complète. Trois cents réguliers restèrent sur le champ de
bataille. Quatre mille prisonniers, trois drapeaux, les bagages restèrent au
pouvoir des Français.

Trois jours après le général Lamoricière acheva le reste de cette troupe fuyant
dans le désert. Abd-el-Kader lui-même faillit être pris.

¡ Dans ces divers engagements nous per" <Jfaaes un fidèle allié, le vieux
ftlustapha-

ben-Ismaël, maréchal de camp et commandeur de lar Légion-d'Honneur, chef des


Douairs et des Zmélas.

Le ,11 novembre, les troupes régulières de l'émir furent défaites par le général
Tempoure, et leur chef, Sidi-EIQbarek, le plus puissant des kalifas d'Abd-el-Kader,
lut tué.

A la suite de tant de revers, Abd-elKader se trouva réduit à errer, avec les débris
de sa smala, sur les frontières du Maroc, dans l'impuissance momentanée de rien
entreprendre. Mais il ne cessait pas pour cela ses intrigues, ses émissaires
excitaient à la guerre les Kabyles de l'Est. Le général Bugeaud, informé de ces
circonstances, résolut de détruire ce foyer d'insurrection par une expédition dans
la Kabylie. Il essaya d'abord les voies de conciliation, en adres sant A ces
peuples une proclamation par laquelle il les invititit A 44 tranquille et 0

se détacher de la cause de l'émir. N'ayant point reçu de réponse, il se décida à


prendre l'offensive. Les Kabyles furent écrasés dans leurs montagnes, à l'affaire
de Taourgha, leurs villages furent détruits. Les Flissah furent battus à la journée
d'Ouarezzjeddin, et ils se soumirent. Ben-Zamoun, leur chef, fut nommé kalifa de la
France.

Après la perle de sa smala, Abd-el-Kader s'était jeté dans le Riff, contrée


frontière du Maroc et à peu près indépendante. Son titre de marabout lui donna une
grande influence sur les tribus de ce pays. L'empereur de Maroc, cédant à ses
instances, le nomma kalifa du Riff.

En mai 1844, le lieutenant-général Lamoricière, commandant la province d'Oran, qui


observait ses mouvements, repoussa les Marocains qui s'étaient avancés sur le
territoire de sa province. Le général Bugeaud accourut à son secours.

On essaya de parlementer, mais la man-

faise foi des Marocains, qui firent feu sans (p.

iêtre attaqués, fit rompre les négociations.

Les Français furent vainqueurs à la journée uTOuchda.

Le maréchal Bugeaud fit demander à L'empereur de Maroc la punition des chefs


marocains qui avaient attaqué les Français, et qu'Abd-el-Kader fut interné dans son
royaume, de manière à ce qu'il ne pût revenir trouliler l'Algérie. Comme on ne
recevait point de réponse satisfaisante, le prince de Joinyille, à la.tête d'une
escadre française bombarda Tanger.

Le maréchal qui occupait Lalla-Maghrnia dans le Maroc, - attaqua l'armée marocaine,


sur les bords de l'Isly, le 12 aoot.
Elle fut détruite en grande partie. La tente du BIs de l'empereur, dix-huit
drapeaux, onze pièces d'artillerie, le parasol de com-

mandement tombèrent au pouvoir des Français; les 14 et 15 l'escadre française


canonnai Mogador, et les troupes de débarquement la prirent après une vive
résistance. Les Kabyles de l'intérieur, qui étaient venus pour défendre cette
ville, y mirent le feu et la détruisirent.

A la suite de ces événements, Abd-elKader avait recouvré son influence dans la


Kabylie. Les peuples de cette contrée, malgré leurs revers, se préparaient de
nouveau à la guerre. Le schérif Bou-Maza soulevait l' Ouarenseris.

Au mois de juin 1845, les Ouled-Riah pressés par les colonels Pélissier, Saint-,
Arnaud et Ladmirault, dans le Dahra, se réfugièrent dans la grotte de Kantara, avec
leurs familles et leurs troupeaux. Le colonel Pélissier les somma vainement de
déposer les armes, et ne pouvant les assiéger sans perdre beaucoup de monde, à
cause de la nature

(S localités, se décida à allumer des fasciies et des branchages à la porte de la


grotte, lur en faire sortir l'ennemi. Les Ouled11ah, dans leur fanatisme sauvage,
préférèftnt se laisser mourir plutôt que de se ndre. Ils furent asphyxiés par la
fumée, fa se tuèrent les uns les autres. Cet horrible irame amena la soumission de
plusieurs tri[iis, qui croyaient un charme attaché à la possession de ces grottes.

Au mois de septembre 1845, le maréchal fcugeaud fut rappelé en France et remit


le :ouyernement dé l'Algérie par intérim entre oes mains du général Lamoricière. La
guerre (continuait. Le général Bourjolly eut avec les Flittas un engagement dans
lequel fut tué ,e lieutenant-colonel Berthier. Le général Eavaignac avait fort
affaire autour de eemcen..

Le 21 septembre, le cotonel Montagnac, Kdi commandait à Djammaà-Ghazaouat, vint

s'établir à Sidi-Brahim. Il fut attaqué pa trois mille hommes commandés par Abd-el
Kader lui-même. Les Français, au nombr de quatre cent-vingt, furent massacrés, sau
quatre-vingt-trois hommes qui parvinrent É se retirer dans le marabout de Sidi-
Brahim.

sous la conduite du capitaine Géraux et du lieutenant Chapdelaine. Le colonel de


1\IonSl tagnac était mort et le commandant Cognordt blessé et pris. J Les cavaliers
d'Abd-el-Kader entouraient i le marabout. Les quatre-vingts hommes seq défendirent
pendant trois jours contre lroi— mille ennemis; le quatrième jour, ils n. é

raient plus que quarante. Tentant un effort) désespéré, ils sa jettent sur les
Arabes lac baïonnette au poing, et laissent vingt-sepU des leurs sur la place.
Enfin treize se firenti jour et furent rejoints par la garnison dea Djemmaâ-
Ghazaouat, qui venait à leur se-çours,

AM el-Kader, rentré sur le territoire .lgërie., fomenta de nouveaux troubles. Les


[Traras, les Grosselhs et les Beni-AmerGharabas, qu'il avait amenés à sa cause,
furent défaits au col d'Aïn-Kébira. Le plan d'insurrection qu'il avait organisé
dans toute l'Afrique française fut déjoué par les victoires le nos troupes. Les
Arabes, fatigués de tant d'années de guerre, firent leur soumission à la France ;
l'empereur de Maroc, craignant d'avoir une seconde fois une guerre désastreuse pour
lui sur les bràs, tourna ses armes contre l'émir; et enfin Abd-el-Kader, privé de
toute ressource, sans hommes, ayant perdu toute influence morale, après avoir erré
mifcablement sur les frontières du Maroc, Mit par se soumettre. Nous donnons cis le
texte des dépêches du général La"cière" et du duc d'Aumale qui nous ont pris cet
heureux événement, et nous nousi
réjouissofts, avec tous les bone FraiçaisJ d'une soumission qui. mettra, nous J
troyons, un terme à cette guerre longie et meurtrière.

Le lieutenant-général de LamorlcièreJ commandant la province d'Oran, m S. A, R.


Hlgr le dué d'Aumale, gou verneur général de l'Algérie.

MONSEIGNEUR, Dans les premiers jours de la tljemai.

dernière, Abd-el-Kader, inquiet de ne p recevoir des nouvelles de Bou-namedi, m -


présumant qu'il allait être obligé d'en venfl aux mains avec les Marocains, quitta
la pos lion de Zalin, et vint camper, en desce d îantlaMoulaïa, paria rive gauche,
au liel ait -Enerma. Appuyée d'un côté à la r Vière, de l'autre aux montagnes de Ke
dont les habitants voulaient rester neutrn sadeîra se trouvait dans une position
facile défendre avec peu de monde.

Dans ta journée du jeudi, 9 du courant, eux-cavaliers de l'empereur, accompagna


d'un des serviteurs de Bou-Hamedi, lui apportèrent une lettre de Muley-Abd-er-Rah
ffian et une autre de son kalifa.

L'empereur lui disait, en substance, qu'il ~e pouvait écouter de lui aucune


proposition tant qu'il resterait dans le pays qu'il Occupait; que, s'il voulait
venir à Fez, il y serait traité aussi bien qu'il pourrait le désier; que ses
cavaliers et ses fantassins seraient inis dans les troupes marocaines; que la
population deladeïrarecevraitdesjterres,etc.; [ue, s'il refusait ces propositions,
le chemin Ii désert était libre, et qu'il pouvait le prenIre; et que, s'il
n'acceptait aucun de ces eux partis, on serait obligé de lui faire la guefre, et de
faire exécuter les traités passés avec la France.

Bou-Hamedi disait à l'émir que, s'il tenait à lui, il eût à accepter ce que Tempe-

reur lui proposait; qu'autrement ils ne se retrouveraient que devant Dieu, où


chacun aurait à rendre compte de sa conduite.

Abd-el-Kader prit immédiatement sa résolution : il renvoya les cavaliers marocains


sans réponse, et réunit toute la population, de la deïra, ainsi que ses réguliers ;
il leull exposa quelle était sa situation , sans rien dissimuler ; leur dit qu'il
était résolu à tenter la fortune ; qu'il allait essayer de prendre un des fils de
l'empereur pour se fairorendre son kalifa; que, s'il était vainqueuril continuerait
sa marche vers l'ouest, où U1 deïra aurait à le rejoindre; que, s'il étai.

vaincu, la deïra serait probablement pilléet mais qu'il serait toujours temps
d'aller de-!

mander un asile aux Français.

Voici maintenant quel était son plan d'œ pérations : vendredi il fit partir son
infanterii dans la direction d'un camp marocain qo était, suivant les uns, à Aioun-
Keart ; suii.

&nt d'autres, à Aïn-Tigaout. Les camps Marocains, d'après les mêmes renseignenents,
paraissaient, dans les derniers jours, fétre concentrés vers l'un ou l'autre de ces
eux points, sans être complètement réunis, lour n'en former qu'un seul. Abd-el-
Kader rejoignit son infanterie vendredi soir avec ies cavaliers : il avait avec lui
mille à douze 'enls chevaux, et de huit cents à mille hommes à pied : il avait
laissé ses canons à la Ileira.

- Son intention était de surprendre les Marocains par une attaque de nuit. Pour la
faciliter il inventa le stratagème suivant : quaire chameaux, entièrement enduits
de gouMron, furent chargés d'herbes sèches broyées rivec les mains et réduites en
étoupes. Ce fiiargement fut aussi enduit de goudron.

Quatre fantassins, qui reçurent chacun cent ilouros à l'avance, conduisirent ces
animaux: Ils devaient, en arrivant près du camp ma-

rocain, mettre le feu aux matières inflammables dont ils étaient revêtus, et on
conçoit facilement l'effet que devait produire une semblable apparition au milieu
d'un camp mal gardé, formé surtout de cavalerie, et composé de troupes peu solides.
*

Des familles assez importantes, qui avaient ] quitté la deïra au moment de ces
prépara- ] tifs, m'avaient appris ce projet, et je n'étais ] pas sans inquiétude
sur son succès. L'atta-J que devait avoir lieu dans la nuit de ven-j dredi à samedi
; mais il paraît que, mieux : instruit sur la distance, l'émir se décida à <
n'attaquer que dans la nuit du samedi 11 au 1 dimanche 12..1 Les rapports que j'ai
reçus hier, avanthier et ce matin, ne s'accordent point suri les résultats de cette
entreprise. Suivant lesij uns, le stratagème aurait réussi; celui dest camps qui
était attaqué, qu'on dit être celuii de MuleyAhmedt aurait pris la fQitoJ et l'é.--

unir se serait emparé de tout ce qu'il contenait, en faisant même quelques


prisonniers; suivant d'autres , Muley-Ahmed aurait été prévenu, aurait évacué son
camp avec tout Bon monde; laissant ses tentes bâties; l'émir [y sèrait entré et y
aurait passé le reste de la muit. Dans lous les cas, cette première partie bde
l'opération n'aurait pas été favorable aux Marocains. Les nouvelles envoyées par
l'émir, après ce premier succès, avaient jeté lune grande joie à la deïra.

f. Mais, dans la matinée du 12, les divers licamps marocains se seraient réunis,
auraient satlaqué l'émir, l'auraient chassé du camp pqu'il avait occupé en lui
faisant éprouver Mes pertes considérables. Les Guilaïa et les IKabyles du Riff
auraient surtout donné sur fl'infanterie régulière; et, d'après une lettre bde
Muley-Mohamed au caïd d'Ouchda, dont mous avons reçu un extrait, les troupes de
l'éimir auraient eu cent cinquante hommes de

tués et deux cents prisonniers. Je fais la parij de l'exagération de ces


nouvelles ; mais jd sais, par d'autres voies, que l'émir a perd beaucoup de monde,
et, entre autres, plu4 sieurs personnages importants dont on citéj les noms. Le
mardi soir cette dernière nou-4 velle arrivait à la deïra avec les morts et Iedi
prisonniers. Lanuitse passa dans les larmes, et les Augades marocains de la plaine
de lai Trifa étaient positivement partis pour aller' piller la deïra, qu'on disait
dans une silua-j tion désespérée. j Cependant l'émir inondait le pays de seA
lettres, se présentait comme victorieux, con venait qu'il avait perdu du monde,
mais disait en avoir tué bien davantage à l' ennemi. Il appelait à lui tout ce qui
restait à Ia

deïra d'hommes valides à pied ou à cheval, pouvant marcher, et se préparait à de


nou-* veaux combats. On disait qu'il avait prise position vis-à-vis des troupes
marocaines, à

Ba pointe ouest des montagnes de Kebdana.

Muley-Mohamed, dans sa lettre au caïd td'Ouchda , annonçait qu'il attaquerait de


nouveau l'émir, hier mercredi; d'autres diraient que l'affaire n'aurait lieu
qu'aujourd'hui jeudi.

Tout cela est dans un vague absolu; je ne crois pas que la deïra ait été pillée
mercredi soir, attendu qu'il n'est venu sur notre territoire aucun réfugié dans
l'après-midi d'aujourd'hui lundi ; et ce qui me fait croire que l'émir fait encore
bonne contenance, c'est que ses partisans, qui sont nombreux dans les tribus
marocaines qui nous avoisinent, semblent relever la tête depuis trente-six heures.
En résumé, le point important est résolu : la guerre est commencée entre l'émir et
les fils de l'empereur ; le courage d'une poignée de vigoureux soldats a pu
contrebalancer l'immense supériorité du nombre,

Cette lutte aura des chances diverses; je crains seulement de voir les Marocains
abandondonnés par les contingens des tribus, et ré-' duits à leurs makzens, qui
ont, à ce qu'il paraît, fort peu donné dans le combat du 12, et qui, s'ils eussent
eu un peu de cœur, auraient pu aisément décider la question.

Ce qui semblerait justifier cette crainte, c'est que le brick VAgile, qui était en
station à Melillah, est venu hier àNemours apporter ; au colonel Plagnol une lettre
du caïd du ; Riff Ben-Abd-el-Sadaq, qui demande au

commandant du poste de lui prêter cinq quintaux de poudre et de plomb pour ses Ka-
byles, qui ont usé toutes leurs munitions, < dit-il, en tirant sur Abd-el-Kader.,
Le colonel Plagnol a agi fort judicieusement en donnant immédiatement quatre
quintaux de poudre et de plomb, dont il pouvait disposer. Le brick l'Agile est
parti le soir même pour Melillah; Dieu veuille

qu'il ait pu arriver à temps, malgré le vent j d'ouest qui a soufflé aujourd'hui.
Vous trouverez ci-joint, Monseigneur , la lettre du caïd du Riff, et une lettre du
commandant de l'Agile, qui donne les nouvelles qu'il s'est procurées à Melillah; Je
regrette amèrement de ne pas avoir à ce moment un bateau à vapeur à ma disposition;
mais le Véloce était dans un tel état, à la suite du rude 'service qu'il avait fait
sans relâche pendant vingt-cinq jours, que j'ai dû lui laisser quatre jours de
repos à Oran ; je l'attends demain avec le courrier d'Alger.

Ainsi que je l'ai dit plus haut, plusieurs familles importantes ont quitté la
deïra, en profitant du moment où l'émir s'occupait des préparatifs de son
expédition. Parmi elles, plusieurs sont rentrées sur notre territoire ; mais ce
qu'il y a de plus remarquable, c'est que les deux frères de l'émir, Sidi-Mus-

tapha et Sidi-el-Oussin, avec une vingtainq de tentes composant leur suite, ont
aussi quitté la deïra, dansÏe même moment, poUl venir occuper les Beni-Snassen.
Sidi-Mustapha m'a envoyé hier deux de ses cavaliers, avee deux lettres, l'une pour
Votre AltessoJ Royale, et l'autre pour moi : ci-joint la 1 première et la
traduction de la seconde. ]

J'ai très bien reçu ses envoyés, et j'ail adressé à Sidi-Mustapha la lettre
d'aman !

qu'il me demandait. D'après ce que m'ont j dit ses cavaliers, c'est demain ou
après-de- "., main qu'ils doivent, réunis, se réfugier sur j notre territoire. Je
ne sais s'ils accompliront leurs projets.

J'attends demain le Véloce; mais, vu l'irrégularité du service des bateaux de la

côte, je ne sais si le courrier restera assez long-temps à Oran pour attendre les
lettres que j'enverrai par la voie de mer. C'est pour cela que je me décide à faire
partir cette nuit

Mftte dépêche par terre, pour Oran, afin .d'être sûr qu'elle parviendra à Votre
Altesse [Royale par le courrier.

; Veuillez, etc.

kLe commandant de la province d'Oran, lieutenant-général de Lamoricière, à S. A. R.


Mgr le duc d'Animale, gouverneur-général de l'Algérie.
i Au bivouac de Sidi-l\loh:uLmcd-El-Ouassini, 22 décembre 1847, minuit. 1 Depuis la
lettre que j'ai eu l'honneur de r vous adresser, le 18 courant, j'ai pris plusieurs
fois la plume pour vous donner de i nos nouvelles, mais les événements se
presisaient si rapidement que, la face des choses t changeant à chaque instant, il
m'était imf possible de rien formuler sur la situation.

r Vous allez en juger par ce qui va suivre. Je [ me borne à un résumé succint, car
je ne [ renonce point à l'espoir d'entretenir prochainement Votre Altesse royale.
Le 18 au soir,

arrivent à mon camp des émissaires de SidiMustapha, frère de l'émir.

La négociation avec ces personnages, fort heureusement conduite par le commandant


Bazaine, touche à son terme. Dans la nuit du 19 au 20, il passe la frontière, et
vient camper chez les Lasirdas. J'en suis informé le 20 dans l'après-midi, et je
l'envoie chercher par quatre cents chevaux, sous les ordres du colonel Montauban.
Le 21, il arrive à mon camp vers deux heures de l'aprèsmidi, avec une suite
d'environ cinquante personnes; la lettre d'aman, que Votre Altesse Royale lui a
adressée et la dépêche qu'elle m'écrivait, le 10 courant, Tenaient de m'arriver ;
je la lui remis, et il ne lui fut tout à fait rassuré qu'après l'avoir lue.

Le 19 au matin, sur une demande instante du caïd d'Ouchda, campé chez les
BeniSnassen, j'envoie à Ouchda trente mulets chargés de cartouches, sous l'escorte
de

quarante spahis ; la cavalerie va se former en bataille sur la frontière pour


protéger ce mouvement; M. Schousbaï, mon interprète, qui a de nombreuses relations
à Ouchda, accompagne cet envoi, et me rapporte que c'est le 20 ou le 21 que les
camps marocains doivent attaquer Abd-el-Kader.

t Pendant les journées du 19 et du 20, les camps des fils de l'empereur descendent
[la Moulouya, par la rive gauche ; le kaïd If d'Ouchda s'avance jusqu'à Cheraâ ;
Abd-elKader vient camper à Aguiddim, sur le rivage même de la mer. - , è,

r tJn ancien brigadier du 2e chasseurs d'Afrique, qui servait dans les troupes
marocaines, enlevé par l'émir, dans le coup de main de la nuit du il au 12,
s'échappe de la deïra, au moment où elle vient camper à Aguiddim, et nous donne des
détails intéressants sur les embarras de la situation.

Le bruit so répand que l'émir livrera ..-

encore un combat, après lequel il escortera la deïra jusque sur le territoire


français, et qu'il se retirera dans le sud avec tous ceux qui voudront l'y suivre.
Les Beni-bou-Zeggen et les Humyan-Gharabas sont en relations avec lui et promettent
de faciliter l'exécution de ce projet.

Le 20, le mauvais temps empêche les Marocains d'attaquer l'émir ; mais on apprend à
la deïra que le frère de l'émir a fait sa soumission ; on voit la Moulaïa grossir
et les contingents des camps marocains augmenter à chaque instant.

Le 21, la [rivière est rigoureusement guéable; on commence à la passer pour venir


dans la plaine de Taïfa. Un combat opiniâtre s'engage; plus de la moitié des
fantassins réguliers et la meilleure partie des cavaliers y sont tués ; mais le
passage de la deïra s'exécute sans que les bagages soient pillés. Au moyen des
postes de correspon-

dance qui sont établis le long de la frontière, ,je suis informé de ces faits
pendant qu'iis i s'accomplissent.
Le soir, à cinq heures, les fantassins et cavaliers réguliers sont dispersés ; la
deïra a [ passé le Kiss, est entrée sur notre territoire.

Les Marocains cessent de la poursuivre. Abdel-Kader, seul, à cheva], est en tête de


l'émigration, qu'il dirige dans les sentiers des montagnes des Msirdas. Il demande
le chemin à des cavaliers de notre caïd qui allait reconnaître les arrivants. Le
fait m'est annoncé à neuf heures du soir, le 21. J'apprends en même temps que
l'émir s'est enquis de la route qu'il peut suivre pour gagner les sources du Kiss
et les Beni-Snassen : J'étais convaincu, et je ne me trompais pas, que la deïra
venait faire sa soumission; mais l'émir,suivant le projet qu'on m'avait annoncé,
cherchait à gagner le désert. J'ignorais le chiffre de ceux qui l'accompagnaient.

A l'heure où j'avais été prévenu, il devait avoir gagné le pays des Beni-Snassen,
mais il s'agissait d'en sortir. Or, la seule fraction assez bien disposée pour lui
pour qu'il pût la traverser, est précisément la plus rapprochée- de notre
territoire. Le col qui débouche dans la plaine par le pays de la fraction dont je
viens de parler, a,son issue à environ une lieue et demie de la frontière. Je me
décidai à faire garder ce passage, et ce qui me déter- m ina, c'est ce que le frère
du caïd d'Ouclida.

nous avait écrit le soir même pour nous engager à surveiller celte direction, par
laquelle, l'émir devait sans doute passer.

Mais il fallait prendre cette mesure sans donner l'éveil aux tribus qui sont
campées

sur 4a route.

Dans ce but, deux détachements de vingt spahis choisis, jevètus de burnous blancs,
commandés le premier parafe lieutenant Bou-Rrauïa., l'autrp par Le sous-lieutenant

t Brahim, furent chargés de cette mission.

Le premier se rendit au col même, et le deuxième avait une position intermédiaire


f. entre ce point et notre camp. La cavalerie i, sella ses chevaux, et le reste de
la colonne ■= 4e tint aussi prêt à partir au premier ordre.

Enfin, pour être prêt à tout événement, après avoir calculé la marche probable de ;
'émir, je fis prendre les armes à deux heures ,¡ du matin pour porter ma colonne
sur la frontière ; je ne craignais plus que ma marche i fût connue en temps utile
par Abd-elKader.

J'avais à peine fait une lieue et demie que des cavaliers, renvoyés parle
lieutenant Bou- Krauïa, me prévinrent qu'il était engagé. Le deuxième détachement
s'était porté à son secours, et je fis de même aussi vite que possible avec toute
ma cavalerie. Il était environ trois heures du matin.

Chemin faisant, je reçus les députés de la

deïra, qui venaient se soumettre, et auxquels j'ai donné l'aman au grand trot, en
les envoyant à mon camp pour y chercher des lettres. (Je l'avais laissé sous la
garde de dix compagnies. )

Enfin, quelques instants après, je rencontrai le lieutenant Brou-Krauïa lui-même,


qui reve nait avec deux hommes des plus dévoués de l'émir, et qui étaient chargés
de me dire qu' Abd-el-Kader voyant qu'il ne pouvait déboucher dans la plaine et
suivre son projet, demandait à se soumettre. BouKrauïa avait causé lui-même avec
l'émir, qui lui avait remis une feuille de papier sur laquelle il avait apposé son
cachet, et sur laquelle le vent, la pluie et la nuit l'avaient empêché de rien
écrire. Il me demandait une lettre d'aman pour lui et ceux qui l'accompagnaient.

Il m'était impossible d'écrire, par la même raison qui s'était opposée à ce que
l'émir

pût le faire, et de plus je n'avais point mon - cachet. Les hommes voulaient
absolument quelque chose qui prouvât qu'ils m'avaient parlé. Je leur remis mon
sabre et le cachet du commandant Bazaine, en leur donnant verbalement la promesse
d'aman la plus solcnnelle. Les deux envoyés de l'émir me demandèrent de les faire
accompagner par Bou-Krauïa, que je fis partir avec quatre spahis.

Tout cela se fit en marchant; car je voulais néanmoins arriver avant le jour au
point de notre frontière le plus rapproché du col de Kerbous (celui dont j'ai parlé
plus haut).

Parvenu à ce point vers cinq heures et demie, j'y restai jusqu'à onze et demie. Je
ne recevais aucune réponse; mais j'étais bien convaincu que la présence de ma
cavalerie avait fait renoncer l'émir à traverser la plaine. A ce moment, j'ai dû
prendre des dispositions différentes. Nos coureurs avaient

rencontré et m'avaient amené plusieurs car valiers réguliers qui erraient à


l'aventure dans le pays, peut être dans le dessein dej rejoindre Abd-el-Kader ; ce
qui me le fe-j rait croire, c'est qu'il y avait parmi eux deux j agas. Je sus par
eux que la deïra, qui m'a- vait envoyé demander l'aman, mais qui ne l'avait pas
encore reçu, était fort inquiète j chez lesMsirdas, qui avaient commencé à la'
troubler par des brigandages pendant la nuit précédente et qui se disposaient à
con-1 tinuer.

J'enyoyai alors le colonel Montauban avec 500 chevaux bivouaquer près de la deïra.

Je fis partir le colonel de Mac-Mahon, pour aller camper sur les puits de Sidi-bou-
Djenan, avec les zouaves et un bataillon du 96 de ligne ; et, après être resté
encore près de deux heures en observation, j'ai regagné mon camp avec le reste de
mes troupes.

Mon intention première était de faire

venir là deïra près de la position 4u j'occupe et de prendre des [dispositions pour


renvoyer dans leurs pays toutes les familles importantes dont elle se compose;
mais, en arrivant ici j'y ai trouvé non-seulémenl tous les chefs de la deïra, mais
tous ceux des troupes régulières qui Savaient point été tués dans le combat du 21,
et qui venaient me demander ce que je voulais faire d'eux et me prier de laisser à.
la deira deux jours de repos sur place, à cause de son extrême fatigue et des
nombreux blessés qui l'encombraient. Tai dû me rendre à cette demande, et j'irai
moi-même demain camper à la deïra avec 200 chevaux et l'infanterie du colonel de
Muc-Mahon. Je la dirigerai ensuite sur Nemours.

,- La venue de tous les hommes avec lesquels j'ai causé ce soir, me montrait
l'abandon dans lequel était l'émir, et me portait à croire à l'embarras très réel
dans lequel

l'avait mis nos quelques coups de fusils de cette nuit. J'avais commencé celle
lettre 4 i sous cette impression, lorsque m'est revenu Bou-Krauïa et les deux
émissaires dAbd-et- Kader. Il me rapportait mon sabre etle ca- chet du commandant
Bazaine, et en outre une lettre de l'émir qui est de l'écriture de Mustapha-ben-
Thamis. Je vous adresse cijoint copie de la traduction de cette lettre, ainsi que
de la réponse que j'y ai faite.

J'étais obligé de prendre des engagements,1 je les ai pris, et j'ai le ferme espoir
que Votre Atesse royale et le gouvernement les ratifieront, si l'émir se confie à
ma paro l e. * 0 1 Bou-Krauïa et ses deux compagnons sont repartis ce soir; les
quatre spahis étaient, restés avec l'émir qui avait été bien aise de i kl garder ce
renfort pour la sûreté de sa. famille !

chez les Beni-Snassen. J'ai donné à Bou-1 i Krauïa quatre autres spahis choisis, et
avec: ces huit hommes, il sera aussi fort que toute i

1 escorte de celui contre lequel l'empire de Maroc se ruait avant-hier avec 58,000
honnies.

Les principaux compagnons d'inforttine de l'émir sont aujourd'hui : Mustapha-


benThamis, kalifa de Mascara, son beau-frère ; Abd-el-Kader-boll-Clika, caïd - de
Sandempt ; Caddour-ben-Allai, neveu de SidiEmbarak. J'ai fait écrire aux deux
premiers de leurs proches qui sont ici. Enfin, SiAhmedi-Sakhal, caïd de Tlemcen,
qui m'a keaicoup servi dans toutes ces affairés, a écrit à l'émir pour l'engager à
avoir con..

fiance dans la parole que je lui ai donnée au - nom du gouvernemeut. Demain ou


après-demain au plus tard, nous saurons à quoi nous en tenir.

J'ai oublié de dire que je ne déciderai rien que provisoirement, relativement aux
familles importantes de la deïra et aux chefs des

troupes régùlièr^tas qu'à leurs soldats.

Veuillez ex:user, monseign eur, le dé. ) Veuillez excuser, monseigneur, Je décousu


de cette dépêche. Je ne veux pas retarder son départ, et je vous l'envoie telle
qu'elle est. 'l 1 Veuillez agréer, etc. '1 1 , DE LAMORICIÈRE. J Le 23, à neuf
heures du matin.

i P.-S. — Je monte à cheval à l'instant pour me rendre, comme je vous t'an-


nonçais, à la deïra. Le temps me man- que pour joindre ici les copies de la lettre
que j'ai reçue de l'émir et de celle que je lui Il ai répondue. Il me suffit de
vous indiquer que j'ai uniquement promis et stipulé que l'émir et sa famille
seraient tous portés à 1 Alexandrie ou à Saint-Jean-d'Acre. Ce sont les deux seuls
lieux que j'aie indiqués. C'étaient ceux qu'il désignait dans sa demande que j'ai
acceptée.

PB LAMORICIÈRE.

ï Le gouverneur général de r Algérie au f* ministre de la guerre.

f Monsieur le ministre, ¡ Un grand événement vient de s'accomi plir; Abd-el-Kader


est dans notre camp.

! Battu par les Kabyles du Maroc, chassé de la plaine de la Moulouïa par les
troupes de * Muley-Abd-er-Rahman, abandonné par la ; plus grande partie des siens
qui s'étaient réf fugiés sur notre territoire, il s'était jeté dans : le pays des
BerJi-Snassen et cherchait à | prendre la route du sud que l'empereur du , Maroc
avait laissée libre; mais, cerné de ce ¡, côté par notre cavalerie, il s'est confié
à la générosité de la France et s'est rendu sous * la condition d'être envoyé à
Alexandrie ou * à Saint-Jean-d'Acre.
Ainsi que je l'ai déjà mandé à Votre Excellence, l'émir avait, grâce à un
stratagème aussi hardi qu'ingénieux, surpris, dans la nuit du 11 au 12, les camps
marocains;

cette attaque, qui a causé de grandes pertes 1 au makzen de l'empereur, paraît


avoir eu un succès complet; mais Abd-el-Kaderl avait affaire à uu ennemi si
nombreux,rqu'il

dût s'arrêter devant la multitude et la masse compacte de ses adversaires plutôt


que de-* j vant une défense qui paraît avoir été à peu près' nulle. Il rallia donc
sa deïra et con- , centra toutes ses forces et toute son monde l vers l'embouchure
de la Moulouïa entre la rive gauche de cette rivière et la mer.Les camps marocains
continuèrent de reserrer le cercle qui l'enveloppait ; le général deLamoricière
avait envoyé au kaïd d'Ouchda trente mulets de cartouches qui furent distribuées
aux Beni-Snassen ; même envoi avait été fait de Nemours par une balancelle au kaïd
du Riff; des contingents kabyles grossissaient de toutes parts et constituaient
pour l'émir un danger plus redoutable que tous les autres.

r Le mauvais temps retarda l'engagement t quelques jours, de même qu'il ôtait à la


deïra toute liberté d'action. Le 21, la Mou[louïa étant guéable, les bagages et les
familles des compagnons de l'émir commencèrent à la passer pour venir dans la
plaine » de Trifla ; l'intention d'Abd-el-Kader était de les conduire jusque sur
notre territoire, [ puis de se retirer vers le sud avec ceux qui voudrait le
suivre. La route avait été laissée 1 libre par les Marocains, et les Beni-bou1
Ziggen, les Hamynnes-Gharabas, toujours 1 en relations avec lui, lui promettaieut
de fa1 ciliter l'exécution de ce projet. ?

f Le commencement du passage de la rir vière est le signal du combat que les


Kabyles i marocains, excités par l'appât du butin, en1 gagent avec furie ; mais les
fantassins et les 1 cavaliers réguliers de l'émir soutiennent [ jusqu'au bout leur
vieille réputation : ils réi sislent tout le jour ; pas un mulet, pas un

bagage n'est enlevé. Le soir ils ont perdu la moitié des leurs ; lé reste se
disperse ; la i deïra tout entière a gagné le territoire frn.

çais; les Marocains cessent la poursuite.

Abd-el-Kader, après avoir conduit luimême l'émigration sur notre territoire, et


l'avoir engagée dans le pays des Msirdas, la quitte ; un petit nombre des siens se
décide à le suivre. Il vivait chez une fraction des Beni-Snassen, qui est resté
fidéle à sa cause; c'est par là qu'il espère gagner le sud. Mais le général de
Lamoricière, informé de ce

qui se passait, a deviné son projet.

Vingt spahis, commandés par un officier 1 intelligent et sûr, le lieutenant Bou-


Khrauia, !

avaient été, le 21 au soir, envoyés en observation au col de Kerbous. Bientôt des


coups de fusil signalent un engagement de ce côté ; e'est Abd-el-Kader qui
rencontre nos spahis. Le général Lamoricière, qui, dans la nuit, avait fait prendre
les armes à sa

colonne, s'avance rapidement avec sa cpvnierie. L'émir a pour lui l'obscurité, un


pays iinicile, sillonné de sentiers inconnus de nos éclaireurs ; la fuite lui était
encore facile.

Mais bientôt deux de ses cavaliers, amenés par Bou-Khrauia lui-même, viennent
annoncer au-général qu'il est décidé à se rendre, et qu'il demande seulement à être
conduit à Alexandrie ou à Saint-Jean-d' Acre.

La convention, immédiatement conclue de vive voix, - est bientôt ratifiée par écrit
par le général de Lamoricière. Votre Excellence trouvera, dans le rapport de cet
officier-général, que je lui envoie entier, les détails dramatiques de cette
négociation.

Aujourd'hui même, dans l'après-midi, Abd-el-Kader a été reçu au marabout de Sidi-


Brahim par le colonel de Montauban, qui fut rejoint peu après par le général de
Lamoricière et par le général Cavaignac ; Sidi-Brahim, théâtre du dernier succès de

l'émir, et que la Providence semble avoir désigné pour être le théâtre du dernier
et du plus éclatant de ses revers, comme une sorte d'expiation du massacre de nos
infortuués camarades.

Une heure après, Abd-el-Kader me fut amené à Nemours, où j'étais arrivé le matin
même; je ratifiai la parole donnée par le général Lamoricière, et j'ai le ferme
espoir que le gouvernement du roi lui donnera sa sanction. J'annonçai à l'émir que
je le ferais embarquer dès demain pour Oran avec sa famille; il s'y est soumis, non
sans émotion et sans quelque répugnance ; c'est la dernière goutte du calice ! Il y
restera quelques jours sous bonne garde, pour y être rallié par quelques-uns des
siens, et entre autres par ses frères, dont l'un, Sidi-Mustapha, à qui j'avais
envoyé l'aman, s'est rendu le 18 à la colonne du général de Lamoricière, eta été
provisoirement conduit à Tlemcen; cette

iréuniori achevée, je les ènverrai tous à Mariseille, où ils recevront les ordres
du gouvermement.

Ainsi que le verra Votre Excellence dans Ile rapport du général de Lamoricière,
pendant que l'émir faisait sa1 soumission, les ichefs de la deïra venaient demander
l'aman.

)Cet aman fut accordé ; la deïra est campée aujourd'hui à quatre lieues d'ici, sous
la garde M'une colonne commandée par le colonel Mac-Mahon.

J'informerai prochainement Votre Excellence des mesures qui auront été prises à
'l'égard de la deïra et des Khialas qui sont venus isolément se rendre à Nemours.
Mon intention est de dissoudre le plus tôt possible >3ette agglomération de
population encore irès nombreuse; de faire diriger les diverses samilles dont elle
se compose sur les subdiivisious auxquelles leurs tribus appartiennent; joutes
celles qui appartiennent aux provinces

de l'est seront dirigées sur Oran, ainsi que les individus dont la présence parmi
leurs frères pourrait paraître dangereuse. t Je laisse ici le général Cavaignac,
qui reprend le commandement de la subdivision de TIemcen ; il sera chargé de
l'exécution de ces mesures, qui sera suivie de près par le renvoi à leurs garnisons
de la plus grande partie des troupes. Il observera également les prochains
mouvements des camps marocains qui auront sans doute été licenciés.

Votre Excellence aura déjà remarqué qu'ils avaient cessé toute poursuite de la
deïra dès qu'elle eut dépassé notre frontière. 1 Dû, sans nouveau combat de notre
part, à la puissance morale de la France, le résultat que nous avons obtenu
aujourd'hui est immense; il était généralement inespéré. Il est impossible de
décrire la sensation profonde qu'il a produite chez chez les indigènes de cette
région, et l'effet sera le même dans

kute CAJsélie. C'est une véritable révojulitn.

Je le saurais trop, féliciter M. le général le Lamoricière de la part qu'il a prise


à ce çrave événement; je ne saurais trop louer la :.apcité, la pruaence et la
décision dont il a (Tait preuve, et qnj ont tant influé sur l'heuTeUSQ issue de
cette grave affaire.

J'appellerai aussi la bienveillance particulière de Votre Excellence et du


gouvernement du roi sur les troupes et suf les officiers pqii depuis deux ans font
un si rude métier ■sur la frentière. Je solliciterai quelques far venrs bien
méritées pour cette colonne qui t vient de supporter, dans ces derniers temps, F
avec une rare ardeur, de grandes fatigues et » de cruelles privations ; c'est à sa
présence f que nous devons ce qu'il y a de décisif dans fies opérations des
Marocains. Sans elle » i Àfod-d-Kader serait aujourd'hui ou vain— 1 lueur dans le
Riff, ou éloigné, mais encore

puissant dans le sud, et prêt à nous y suscié ter de nouveaux et graves embarras. I
Agréez, etc. 1 Le lieutenant-général gouverneur générai de l'Algérie. I H.
D'ORLÉANS. I Post-scriptum du 24 ait malin. jfl Je crois devoir mentionner ici une
cirt 4 constance en apparence peu importante, mais très significative aux yeux des
indigènes..

Abd - el - Kader vient de me remettre un cheval de soumission; c'est un acte de


vassl7 age vis-à-vis de la France; c'est la consé-

cration «^jlique de son abdication.

,,@l qqe d@

FIN.