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BRULOCAFICHES – Les taxes et redevances communales – Fiche 11

LA TAXATION D’OFFICE

Base légale

 Ordonnance du 3 avril 2014 relative à l'établissement, au recouvrement et au


contentieux en matière de taxes communales

 Ordonnance du 12 février 2015 modifiant l’ordonnance du 03 avril 2014 relative


à l’établissement, au recouvrement et au contentieux en matière de taxes
communales

En bref

Le règlement-taxe communal doit prévoir l’obligation dans le chef du redevable de déposer


une déclaration d’impôt. Si la déclaration est incomplète ou imprécise, tardive ou encore en
cas d’absence de déclaration, la taxation d’office sera appliquée.

Dans ces cas strictement limités par la loi, le montant de la taxe communale peut être
augmenté afin de sanctionner l’attitude négligente, voire frauduleuse, du redevable. Pour ce
faire, la commune devra cependant respecter scrupuleusement une série de formalités :
constat par un agent communal compétent, notification du constat, respect des pouvoirs
d’investigation, …

Explications

Dans le cadre de son autonomie fiscale, la commune lève des taxes. Cette compétence
incombe au conseil communal. Son pouvoir décisionnel s’étend aussi aux modalités de
perception, aux rangs desquelles le traitement à réserver au contribuable qui tarderait à
s’acquitter de ses obligations. Les conseillers communaux peuvent donc voter un règlement-
taxe assorti d’une sanction particulière - la taxation d’office.

1. L’application de la taxation d’office

Le règlement-taxe doit prévoir :

- le principe même de la taxation d’office : celui-ci est obligatoirement et


expressément inscrit dans le corps du texte règlementaire ;

- une obligation de déclaration dans le chef des redevables ;

- l’envoi préalable d’une formule de déclaration au redevable ; le règlement peut


également prévoir que si l’autorité n’a pas envoyé une formule de déclaration, le
citoyen est tenu de s’adresser spontanément à l’administration communale pour en

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demander une ; une éventuelle abstention dans le chef du redevable justifierait, dans
ce cas, le recours à la taxation d’office ;

- le délai pour retourner la déclaration à l’autorité.

Les conditions énoncées ci-avant sont à respecter de manière cumulative.

Si le contribuable ne complète pas du tout sa déclaration, si cette dernière est renvoyée en


dehors des délais lui étant impartis conformément au règlement-taxe ou si la déclaration est
incomplète/imprécise, l’autorité communale a la faculté de procéder à la taxation d’office en
prenant une décision dûment motivée.

Le §1er de l’article 7 de l’ordonnance du 3 avril 2014 est explicite : la taxation d’office est
facultative.

2. La majoration du montant de la taxe

La commune dispose donc de la faculté de prévoir un montant supérieur à celui de la taxe


initiale. Néanmoins, la majoration prévue en matière de taxation d’office ne peut pas excéder le
double du montant normalement dû par le redevable. Le montant supplémentaire est
simultanément et conjointement enrôlé avec la taxe enrôlée d’office.

3. Déroulement de la procédure de taxation d’office

3.1. L’obligation dans le chef de la commune de notifier la taxation d’office

Avant de procéder à la taxation d’office, la commune notifie par lettre recommandée au


redevable: la taxe visée, les motifs de la taxation, les éléments sur lesquels l’administration
se base pour l’établir, le mode de calcul et le montant estimé de la taxe. Le non-respect de
cette formalité par la commune entraine la nullité de la cotisation fiscale.

Le redevable peut valoir ses observations dans un délai de 30 jours calendrier à compter du
3ème jour ouvrable suivant l'envoi de la notification. Les observations sont établies par écrit.
Ce n’est qu’à l’expiration de ce délai que la commune procèdera à la taxation.

3.2. Quel délai pour procéder à la taxation d’office ?

Le délai d’enrôlement est de 3 ans à partir du 1er janvier de l’exercice d’imposition.

Ce délai sera prolongé d’une période de 2 ans uniquement en cas d’infraction au règlement
avec une intention frauduleuse ou à dessein de nuire.

3.3. La constatation de l’infraction au règlement-taxe

 Qui effectue le contrôle ?

L’infraction (la déclaration tardive, inexacte ou l’absence de déclaration) au règlement fait


l’objet d’une constatation par l’agent communal compétent. Ce dernier ne doit pas

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nécessairement avoir le statut de fonctionnaire. L’article 5 de l’ordonnance du 3 avril 2014


emploie le terme « membre du personnel communal ». Il est désigné par le Collège.
L’ordonnance récente ne mentionne rien quant à l’obligation de prêter serment, nous en
déduisons que la désignation seule est suffisante.

Le législateur régional souligne une incompatibilité : l’agent qui contrôle ne peut être le
receveur communal.

 Quelle est la force probante du constat ?

Le procès-verbal dressé par l’agent a une force probante jusqu’à la preuve du contraire. Il
appartiendra donc au redevable de prouver l’inexactitude des écrits de l’agent.

 Etendue des pouvoirs d’investigation

Les pouvoirs d’investigation du contrôleur sont détaillés aux articles 6 et 7 de l’ordonnance


du 3 avril 2014. A titre d’exemple, l’agent a le pouvoir de consulter toute la documentation
nécessaire pour l’établissement de la taxe, le redevable étant obligé de la lui fournir sans
déplacement. Le redevable (et généralement toute personne) a le devoir de lui donner accès
aux biens immeubles pouvant contenir des éléments imposables : examen d’une surface,
vérification de l’exercice d’une activité, ...

L’article 6 de l’ordonnance du 3 avril 2014 aborde expressément l’accès aux habitations :


l’agent ne peut pénétrer dans les lieux qu’avec une autorisation préalablement délivrée par
le tribunal de police ou si l’occupant laisse l’accès de son plein gré.

Enfin, conformément au dernier alinéa de l’article 6 de l’ordonnance du 3 avril 2014, les


agents ont le pouvoir d’effectuer toutes les constatations nécessaires sur le territoire d’une
autre commune de la Région de Bruxelles-Capitale.

3.4. Les observations formulées par le redevable - délais

Le citoyen qui fait l’objet de la mesure dispose de 30 jours (+ 3 jours ouvrables à compter
de l’envoi de la lettre recommandée par la commune) pour réagir. Cette obligation est
prévue à l’article 7, §1er de l’ordonnance du 3 avril 2014.

Le redevable pourrait contester la taxation. Il lui appartiendra, cependant, d’apporter la


preuve de l’exactitude des éléments qu’il invoque.

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Pour en savoir plus

La procédure de taxation d’office, largement inspirée par celle applicable en matière


d’impôts sur les revenus, n’est pas exempte de controverses. En voici quelques exemples:

 La taxation d’office constitue-t-elle une sanction et/ou peut-elle être combinée avec
une sanction ?

La taxe communale ne constitue pas une sanction. Le prélèvement fiscal est effectué sans
égard quant à la bonne ou la mauvaise foi du redevable.

La taxation d’office peut être appliquée uniquement en cas d’absence de déclaration, de


déclaration incomplète ou imprécise. La majoration imposée à titre de sanction ne peut
dépasser le double de « la taxe initiale ».

La nouvelle ordonnance qui régit désormais les taxes communales fait coexister la taxation
d’office et une sanction. Les deux mécanismes ont une finalité différente et ne se cumulent
pas.

 La sanction

L’article 8 de l’ordonnance du 3 avril 2014 prévoit la faculté dans le chef de la commune de


lever une sanction sous forme d’amende. Elle sera expressément prévue dans le règlement-
taxe. L’amende s’élève à un montant maximal de 500 € et sanctionne toute infraction à
l’ordonnance et au règlement-taxe (p.ex. refuser l’accès au bien immobilier contenant des
éléments permettant d’établir la taxe, …).

Le législateur interdit d’appliquer l’amende et la taxation d’office à la fois. L’amende est


enrôlée et recouvrée suivant la procédure fiscale ordinaire des taxes perçues par voie de
rôle.

La doctrine souligne que si l’amende est prévue dans le règlement-taxe, la commune est
tenue de l’appliquer. A la différence de la taxation d’office dont le caractère est facultatif, la
sanction, quant à elle est obligatoire.

 La procédure de taxation d’office est-elle prescrite à peine de nullité ?

Si le législateur reste muet quant à cette question, la doctrine et la jurisprudence se sont


chargées de la réponse : l’absence de notification de la part de la commune entraîne la
nullité de la taxe établie d’office.

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Sur cet aspect voir :


- Cass., 21 octobre 2010 (Inforum n° 252074)

- Cass., 11 mars 2010, F.09.0069.N (Inforum n° 254332)

- Cass., 22 janvier 2010, J.L.M.B., 2011/1, p. 8

- J.-P. MAGREMANNE, « Les taxes locales et la taxation d’office » in Mélanges en l'honneur


du professeur John Kirkpatrick, Bruxelles, Bruylant, 2004, p. 545

Références

 Jurisprudence

- Cass., 21 octobre 2010, F.09.0158.F (Inforum n° 252074)

- Cass., 15 octobre 2010, F.09.0148.N (Inforum n° 252066)

- Cass., 22 janvier 2010, F.09.0031.F (Inforum n° 252815)

- Cass., 19 janvier 2007, F.05.0095.N (Inforum n° 236354)

- Bruxelles, 20 décembre 2012, R.G.C.F., 2013/1, p. 61

- Mons, 12 mars 2010, 6e Ch. (Inforum n° 253690)

- Civ. Mons, 20 octobre 2010, F.J.F., n° 2011/179, p. 699 (Inforum n° 258824)

 Doctrine

- J.-P. MAGREMANNE & A. SCHEYVAERTS, « La taxation d’office », R.F.R.L., 2014, n° 1,


p. 7, Inforum n° 283926

- J.-P. MAGREMANNE, « Commentaire de l’ordonnance bruxelloise du 3 avril 2014


relative à l’établissement, au recouvrement et au contentieux en matière de taxes
communales », R.F.R.L., 2014/3, p. 161 [commentaire de l'ordonnance avant sa
modification en février 2015]

- J.-P. MAGREMANNE, « Commentaire de l’ordonnance bruxelloise du 3 avril 2014


relative à l’établissement, au recouvrement et au contentieux en matière de taxes
communales, telle que modifiée par l’ordonnance bruxelloise du 12 février
2015 », R.G.C.F., 2015/2, p. 85 [commentaire de l'ordonnance après sa
modification en février 2015]

- J.-P. MAGREMANNE & F. VAN DE GEJUCHTE, « La procédure en matière de taxes locales -


Etablissement et contentieux du règlement-taxe et de la taxe », Bruxelles, Larcier,
2004, p. 122

- M. LÉVIS, « Impôts communaux – L’établissement et le recouvrement des impôts


communaux », in Finances communales, Vanden Broele, 2011, p. 85

- A. BORTOLOTTI & L. ORBAN, « La fiscalité locale : décennie d’évolutions »,


in Actualités en droit fiscal, Anthemis, 2009, p. 179

- L. PELTZER, « Personnel - délégation de signature », Mouvement communal, 1998,


n° 5, p. 300, Inforum n° 133479

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