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Travail sur Lévinas

Présenté à Gad Soussana

Par Philippe Valduga

Cégep Édouard-Montpetit
Cours de philosophie : éthique et politique
Groupe 1040
1 décembre 2016
Les temps modernes sont le berceau de l’évolution scientifique et de l’avancée
technologique. Cependant, ils sont aussi paradoxalement destructeurs de notre
humanité. La fulgurance de la modernité apporte donc deux événements
contradictoires : l’avancement technologique et scientifique, puis l’écrasement
des idéaux de l’humanité. Nous pouvons constater que la diversité de l’humain
est grande et intrigante. À travers elle, nous pouvons percevoir une complexité
imprévisible. Même si notre humanité est traversée par ces deux événements
d’oppositions, il est impératif de trouver des concepts éthiques qui soient
universels indépendamment des idéologies, des cultures et des religions. Ces
concepts fondamentaux sont le visage humain et la responsabilité pour autrui.

Comment se fait-il que les temps modernes soient si hostiles face à notre
humanité ? Comment est-ce possible qu’aujourd’hui la disparition de l’humanité
se fasse très présente là où la science et la technologie prospèrent et
grandissent ? Le philosophe Emmanuel Lévinas se pose ces questions éthiques
car elles provoquent l’inquiétude fondamentale au sujet de notre humanité.
L’aliénation sociale de notre époque est due à des contextes désastreux qui
provoquent la suppression de l’humanité. Notamment, au vingtième siècle, on
constate de multiples génocides et deux grandes guerres mondiales. Ces
événements terribles prouvent le grand affaiblissement de l’humanité des temps
modernes malgré l’évolution scientifique et l’avancement technologique. C’est la
diversité de l’humain qui devient contradictoire et conflictuelle lorsqu’elle n’est
pas tempérée par les deux notions du visage humain et de la responsabilité pour
autrui.

Premièrement, pour Lévinas, le visage est un emprunt à la valeur universelle. En


effet, dans plusieurs cultures, le visage humain est l’endroit par excellence du
récit de soi car sa signification est plus profonde que le monde physique. C’est le
visage qui permet de rentrer dans l’espace éthique lorsqu’on le regarde car il
exprime un contenu d’humanité absolu. Ainsi, le visage est d’abord éthique avant
d’être physique. Adopter cette perspective qui vise à quitter le monde physique
pour l’espace éthique est un travail de la conscience. Ce travail vise à éliminer
toute forme de discrimination culturelle ou religieuse en adoptant le respect de
tous les visages humains. « […] l’accès au visage est d’emblée éthique. »
Emmanuel Lévinas, Éthique et infini, page 79.
Les visages humains sont égaux et portent la même dignité. De plus, ils doivent
être perçu comme ce qu’il y a de plus profond dans l’humanité. Leur signification
est particulière parce qu’un visage ne se définit que par lui-même et n’a pas
besoin de mots pour s’exprimer. « Le visage est signification, et signification
sans contexte. […] autrui, dans la rectitude de son visage n’est pas un
personnage dans un contexte. D’ordinaire on est un « personnage » : on est
professeur à la Serbonne, vice-président du Conseil d’État, fils d’Un tel, tout ce
qui est dans le passeport, la manière de se vêtir, de se présenter. Et toute
signification, au sens habituel du terme, est relative à un tel contexte : le sens de
quelque chose tient dans sa relation à autre chose. Ici, au contraire, le visage est
sens à lui seul. En ce sens, on peut dire qu’il n’est pas « vu ». Il est ce qui ne
peut devenir un contenu […] » Emmanuel Lévinas, Éthique et infini, pages 80-81.

Deuxièmement, pour Lévinas, la responsabilité est une responsabilité pour


autrui. « Positivement, nous dirons que dès lors qu’autrui me regarde, j’en suis
responsable, sans même avoir à prendre de responsabilités à son égard ; sa
responsabilité m’incombe. C’est une responsabilité qui va au-delà de ce que je
fais. […] je suis responsable de sa responsabilité même. » Emmanuel Lévinas,
Éthique et infini, page 93.
Le philosophe se pose la question suivante : comment arriver à dépasser les
égoïsmes modernes ? Il y trouve une solution dans la notion de la responsabilité
pour autrui. Ce concept de l’humanité repose sur le fait que l’humain doit une
responsabilité fondamentale face à son semblable quelles que soient les
religions, idéologies et cultures. De plus, cette responsabilité peut être non-
réciproque. « Le lien avec autrui ne se noue que comme responsabilité […] En
ce sens, je suis responsable d’autrui sans attendre la réciproque […] La
réciproque, c’est son affaire. C’est précisément dans la mesure où entre autrui et
moi la relation n’est pas réciproque, que je suis sujétion à autrui et que je suis
« sujet » essentiellement en ce sens. C’est moi qui supporte tout. » Emmanuel
Lévinas, Éthique et infini, pages 94-95.
Ainsi selon l’auteur, la responsabilité envers autrui peut se comparer à une forme
d’amitié qu’est la bienveillance. Être responsable envers autrui sans s’attendre à
recevoir quelconque responsabilité de sa part.

Pour conclure, les concepts de visage et de responsabilité d’autrui sont les


solutions émises par Emmanuel Lévinas afin de contrer les contradictions de
notre humanité moderne. La subtilité de la notion du visage est d’être perçu au-
delà de critères physiques pour mettre en évidence le fait que le respect de
l’humanité doit passer par l’effacement de la vie anonyme. La notion de la
responsabilité envers autrui consiste à être responsable envers son semblable,
faire preuve d’humanité. Appliquer ces concepts pleinement implique un travail
de la conscience éthique responsable qui vise à dépasser les égoïsmes
modernes.