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La difficulté de définir le terme « faux amis » suscite une problématique que l’on peut

ramener à deux points : il faut examiner la question du nombre des langues (s’agit-il d’un
phénomène unilingue ou bilingue?) et celle de la parenté entre les mots ou les expressions
examinés (doivent-ils avoir un rapport étymologique ou non?).
Le terme de faux amis du traducteur est utilisé pour la première fois par Maxime Koessler et
Jules Derocquigny dans l’ouvrage « Les faux amis ou les pièges du vocabulaire anglais » en
1928. Dans la conception de Koessler et Derocquigny, qui ont examiné les mots français intégrés
dans l’anglais et les pièges de traduction que ceux-ci « tendent » aux locuteurs non avertis, les
faux amis désignaient des mots dont l’identité de forme n’entraîne pas nécessairement l’identité
de sens [25, p. 32]. Ils définissent les faux amis comme des «mots qui se correspondent d’une
langue à l’autre par l’étymologie et par la forme, mais qui ayant évolué au sein de deux langues
différentes et, partant, de deux civilisations différentes, ont pris des sens différents» [25, p. 33].
D’autres linguistes (Jean Paul Vinay, Jean Darbelnet) considèrent que les faux amis du
traducteur sont des mots auxquels correspond une étymologie d’une langue dans une autre, une
forme, mais en évoluant dans le cadre des deux langues, des deux cultures ont des sens différents
[3, p. 18]. Jean Maillot partage cette opinion, en disant lui aussi que les faux amis du traducteur
sont des mots provenus des langues différentes, ayant la même origine, une forme ressemblante
ou identique, mais des sens différents [30, p. 57].
En français, Maxime Koessler et Jules Derocquigny distingue trois formes de production des
faux amis :
Les homonymes qui, par leur forme identique, peuvent être la source des malentendus
entre les interlocuteurs unilingues. Ils ont soit une orthographe semblable
(homographe) soit une orthographe différente (hétérographe) soit une
prononciation semblable (homophone) soit une prononciation différente
(hétérophones). Ils se différencient par leur sens (une moule, un moule), leur
genre (un cap, une cape), leur étymologie, la construction de la proposition
et le contexte [15, p.79]. Ils peuvent appartenir à des catégories
grammaticales différentes (un ver vert en verre - nom, adjectif...). Dans le
cas de la traduction d'une langue vers une autre il y peut apparaître des
homonymes, surtout quand ces langues font partie de la même famille
comme le roumain et le français.
Il suffit d'ouvrir un dictionnaire bilingue français - roumain pour s'apercevoir que
beaucoup de mots ont non seulement plusieurs nuances de sens, mais des sens très différents.
Ainsi, avec les mêmes mots on peut exprimer des idées différentes. L'homonymie c'est la «
relation existant entre deux (ou plusieurs) formes linguistiques ayant le même signifiant, mais
des signifiés radicalement différentes » [34, p.227].
Ce que ces auteurs prennent pour des faux amis, sont des mots que la linguistique connaît sous le
nom des paronymes ou des faux frères.
Le mot " paronyme " vient du grec para (à côté de) et onoma (nom ou mot).
Voisins des homophones, les paronymes sont des mots qui présentent des ressemblances
graphiques et sont presque homonymes. Le rapprochement intentionnel de tels mots s'appelle la
paronomase. Les paronymes sont proches, non par le sens, mais par le son.
Exemple : conjecture / conjoncture, imminent / emminent, acception / acceptation, amour / amer.
Deux mots sont donc paronymes quand ils sonnent en bonne partie de même. Il peut
arriver alors un glissement de sens, voire une confusion. Lorsqu'on utilise des paronymes, il
arrive que la phrase perde complètement son sens [11, p.67] :
Ex. : Le volcan est entré en éruption - le volcan est entré en irruption ( ?)
Ils peuvent avoir le même radical ; ils se distinguent par leur préfixe ou leur suffixe :
hiberner - hiverner.
Ils peuvent avoir des radicaux différents ; on les distingue par leur étymologie, leur genre ou le
contexte dans lequel ils sont employés :
Les congères (amas de neige) atteignent un mètre - les congénères (de la même espèce)
atteignent un mètre.
Dans certains cas, la ressemblance formelle peut s'accompagner d'une certaine proximité
sémantique.
amoral — immoral
endémique — épidémique
obstruer — obturer
vénéneux - venimeux
Cette proximité est parfois tellement grande dans des couples infernaux comme volatil
-volatile ou prémices -prémisse que même les meilleurs auteurs se laissent prendre au piège.
Néanmoins on ne peut parler des faux amis qu’en relations de deux langues. Il est vrai
que dans la définition du Dictionnaire de la linguistique [34, p. 129], le critère « bilingue » n’est
pas explicite, mais l’article se réfère à la traduction qui, par définition implique la nécessité de
deux langues, et d’un autre côté, les exemples donnés sont tous anglo-français, donc des
exemples bilingues. Le Dictionnaire de la linguistique confirme ainsi, d’une manière implicite,
que dans le cas des faux amis, il s’agit de langues différentes, d’où notre principe selon lequel les
faux amis n’existent qu’entre deux langues [24, p. 42].
En ce qui concerne l’aspect étymologique de la définition, nous devons compter avec
l’histoire des faux amis, car c’est de là que provient cette problématique.
En traductologie les faux amis sont des mots qui ont l'air semblable dans les deux
langues, mais qui ont en réalité un sens différent. Le mot anglais hazard, par exemple, semble
équivalent au français hasard, mais, comme chacun sait, hazard signifie « danger » et n'a donc
pas le même sens que le mot hasard en français. On parle alors, à propos des paires de mots
comme hazard/hasard, de « faux amis », c'est-à-dire d'amis qui n'en sont pas vraiment pour celui
qui essaye d'apprendre à maîtriser les deux langues.
Après la publication du livre de Koessler–Derocquigny, la notion des faux amis se
limitait à des mots ayant des rapports étymologiques. Les linguistes ont semblé garder cette
tradition pendant plus d’un demi siècle : «Les emprunts sont souvent des faux amis parce qu’ils
n’ont pas, dans la langue emprunteuse, le même sens que dans la langue donneuse» [17, p. 261].
Depuis, grâce au développement des dictionnaires et à la diversité des langues examinées
(l’anglais, l’allemand, l’italien, l’espagnol, le russe), la notion de faux amis s’est élargie. Elle est
sortie de sa « cage » étymologique et lexicale et elle a été adoptée à d’autres niveaux de l’analyse
linguistique (phonétique, morphologie, phraséologie, pragmatique). Dans son dictionnaire,
Wanderperren arrive à déclarer la priorité de la forme sur l’étymologie: «Notre critère a été la
ressemblance des mots, non leur étymologie. Avant tout, nous avons voulu être pratique [...]»
[cité d’après 24, p. 43]. Selon le Dictionnaire de la linguistique, les faux amis désignent «des
mots d’étymologie et de forme semblables, mais de sens partiellement ou totalement différents.
[...] Et également des associations de mots trop exclusifs, dues à une association trop fréquente
par la traduction» [34, p. 127]. Aujourd’hui, ils comprennent donc toutes sortes de pièges
éventuels qui peuvent se tendre dans la communication des locuteurs (au moins) bilingues.
Dans le présent travail, conformément à l’usage général, nous tiendrons pour des faux
amis les mots correspondant à la définition donnée par le Dictionnaire de la linguistique.

1.2. La formation des faux amis

Les dictionnaires des faux amis, étant des recueils synchroniques, considèrent les deux
langues choisies dans leurs états actuels sans donner des explications concernant l’origine des
mots-pièges. Évidemment, les renseignements étymologiques détaillés dépassent la compétence
des dictionnaires bilingues ; pourtant il peut être utile de passer en revue les causes de la
formation des faux amis. Il faut souligner le fait que les faux amis n’existent pas a priori dans la
langue (comme par exemple les synonymes ou les paronymes): c’est la connaissance
linguistique inégale du locuteur bilingue qui les produit. Lors de la communication, un locuteur
polyglotte, trompé par la similitude d’un mot étranger avec un mot de sa langue primaire, tient
les deux mots pour des équivalents et utilise celui-là au sens de celui-ci, tout en ignorant que la
signification du mot étranger n’est pas identique à celle qu’il lui attribue. Les faux amis
apparaissant dans la communication, résultent donc du défaut de connaissance des codes
différents et appartiennent ainsi au langage de l’individu et non à la langue même [24, p. 43].
Dans une approche globale des fautes de langue on pourrait identifier une catégorie plus
grande, celle des fautes interférentielles, qui a son tour pourrait avoir deux sous-catégories: les
calques linguistiques et les faux amis. Les calques linguistiques et les faux amis sont,
généralement parlant, le produit linguistique d’un utilisateur d’une langue étrangère. Le calque
linguistique ne représente pas dans tous les cas une faute de langue tandis que pour les faux amis
l’affirmation ne se vérifie pas. Le calque se situe entre l’emprunt et le néologisme, comme c’est
le cas du mot anglais “to realize” qui signifie “comprendre” en français et “a înţelege” en
roumain [1, p. 132]. Comme le français a commencé à employer le terme “réaliser” à la place de
“comprendre ”, le roumain en a fait autant. En roumain, c’est un cas d’emprunt à l’anglais par
l’intermédiaire du français. Par voie de consequence, il s’agit d’une modalité d’enrichissement
du lexique d’une langue. Sur le parcours de l’apprentissage d’une langue étrangère, l’apprenant
recourt souvent au calque à cause de ses connaissances insuffisantes soit dans la formation des
mots, soit de la structure d’un syntagme ou de la structure de la phrase. C’est le cas des termes
formés en calquiant la structure du verbe roumain, en gardant la racine et en ajoutant une
terminaison de verbe du premier groupe. C’est ainsi qu’on a formé:“exploder” “a exploda”,
formé et employé à la place de “exploser”, son équivalent français;“assédier” formé sur le même
modèle. C’est également le cas de la formation du syntagme “a face angajări” par un calque
“faire des engagements”ou “a avea grijă de copii” par “avoir soin des enfants”. Les situations
mentionées sont à la limite entre calque linguistique et faux amis. Il s’agit là de la transposition
fautive du sens qu’un mot a dans une langue de départ dans la langue d’arrivée.

La classification des faux amis

Certains ouvrages essaient de regrouper les faux amis selon leurs natures grammaticales ou selon
leurs caractéristiques d’emploi. Mais sans concept commun, ces divisions restent partielles et
insatisfaisantes; pourtant elles ont le mérite d’avoir donné quelques idées pour une classification
plus complète.
Pour l’établissement de la typologie des faux amis, restant fidèle à la méthode classique

de la description de langue, on distingue deux aspects : le premier - la nature des faux amis en
tant que signes linguistiques (analyse par la grammaire descriptive); le deuxième - leur valeur

fonctionnelle dans la communication (côté pragmatique) [24, p. 47]

Les linguistes Jean Paul Vinay et Jean Darbelnet distinguent trois types de faux amis :
1. Ceux qui se distinguent par des différences de sens et qu’ils appellent «faux amis
sémantiques», comme c’est le cas de l’anglais antiquary qui signifie «amateur des
choses anciennes», plutôt que «antiquaire».
2. Ceux qui ont à peu près le męme sens mais qui sont séparés par des différences d’ordre
stylistique, c’est-à-dire se rapportant à des valeurs intellectuelles ou affectives
(péjoratives, laudatives ou neutres). C’est le cas de l’anglais belligerent dont l’équivalent
intellectuel en français est belligérant et l’équivalent affectif belliqueux.
3. Ceux dont les structures soit lexicales (mots composés ou dérivés) soit syntaxiques n’ont
pas le sens que l’analyse de leurs éléments semblerait indiquer, bien que ces éléments pris
séparément ne sont pas eux-męmes des faux amis sémantiques ou stylistiques et qu’ils
appellent «faux amis de structure». Par exemple, pine-apple semble appeler l’équivalence
avec pomme de pin mais il veut dire ananas [9, p. 175].

1.3.3. Faux amis lexicaux et grammaticaux

Les faux amis lexicaux peuvent être de deux types : absolus et partiels [13, p.47].
a) Absolus
Les faux amis absolus sont ceux dans lesquels les mots français et roumains n'ont aucune
signification commune. Les mots "ajouter" et "a ajuta" peuvent servir comme exemple.

En utilisant les diagrammes de Edwards-Venn, ils sont présentés avec deux cercles séparés, vu
qu'il n'y a pas de point commun entre les deux parce qu'il n'y a aucune signification commune.
D'autres exemples des faux amis lexicaux absolus sont comme suit :
batiste — batistă
bourrette — burete
barde - barda
b) Partiels
Un faux amis partiel représente une situation dans laquelle les mots des deux langues ont au
moins une signification commune et au moins une signification différente. Un exemple est le
mot "classe". Le mot français a la signification de "salle d'étude" et celui de "leçon". Ainsi on
peut indiquer :
Pierre est entré dans la classe.
La classe de français a déjà commencé.
Le mot roumain a seulement la signification de "salle d'étude". Le mot roumain est donc un faux
ami pour des francophones car ils tendront à dire incorrectement, "Clasa de limbă franceză a
început deja".

Le diagramme de John Venn dans cette situation sera un cercle pour le mot français et un
autre plus petit à son intérieur pour représenter le mot roumain, ce qui veut dire que le mot
roumain a un champ sémantique plus petit que le mot français.
Une chose utile doit être précisé ici. Dans un tel diagramme de Venn, le mot est un faux
ami seulement pour les parleurs de la langue représentée par le cercle plus grand. Ainsi "classe"
est un faux ami seulement pour les francophones, mais pas pour les parleurs du roumain. D'autre
part, si nous prenons la paire "pasager / passager", ici la situation est opposée. Le mot "passager"
est un faux ami pour les Roumains, mais "pasager" n'est pas un faux ami pour les francophones.
Les parleurs de langue roumaine auront la tendance d'utiliser incorrectement le mot français
"passager" dans un énoncé "Le passager est monté dans le train" au lieu de "Le voyageur est
monté dans le train". En français le mot "passager" s'emploie surtout pour désigner "celui qui
voyage par avion ou à bord d'un bateau". Son équivalent roumain "pasager" ne fait pas cette
différence. D'autres faux amis partiels sont comme suit :
apprendre — a le sens d'acquérir la connaissance de qqch. et celui d'acquérir un ensemble de
connaissances par un travail intellectuel. Son équivalent roumain "a învăţa" a seulement le
deuxième sens. Le premier sens est donné par tout un autre verbe "a afla".
adresse - le premier sens est celui d'une indication du nom et du domicile d'une personne et le
deuxième désigne une qualité physique, l'habileté. Le mot roumain "adresă" a seulement le
premier sens.
L'autre type de faux amis partiels est légèrement plus compliqué. Les deux mots ont au
moins une signification commune mais chacun a au moins un signifier non partagé par l'autre.
Un exemple est le mot "débattre". La signification commune est employée pour se rapporter au
fait de discuter quelque chose. Cependant, le mot français signifie également "négocier" tandis
que le mot roumain "a dezbate" signifie également "détacher quelque chose avec un marteau ou
un autre objet". Ceci signifie que de tels mots sont des faux amis dans les deux directions, pour
les francophones et pour les parleurs du roumain.

Le diagramme de Venn dans ce cas représente deux cercles intersectés. L'intersection forme une
ellipse qui représente la signification commune. Les deux autres pièces des cercles représentent
les significations non partagées.
Les faux amis grammaticaux sont peu nombreux mais encore notables. On distingue ici
quatre groupes :
a) Singulier / pluriel;
b) Masculin / féminin;
c) Pronominal / non pronominal;
d) Différentes parties de discours;
e) Syntaxiques.
a) Singulier / pluriel
Ce sont des mots qui ont la même forme ou une forme similaire dans les deux langues
mais peuvent avoir une signification lexicale différente. La difficulté consiste dans le fait qu'ils
sont des noms au singulier dans une langue, mais au pluriel dans l'autre. Par exemple le mot
"ciseaux" en français est au pluriel, tandis que son équivalent en roumain "foarfece" est au
singulier. Tout en utilisant de tels mots, l'on pourrait ajouter les autres exemples de nombrable /
non nombrable qui ne sont pas des faux amis mais causent beaucoup d'erreurs sont : "pantaloni"
- "pantalon", "logodnă" - "fiançailles".

b) Masculin / féminin

Ce sont des mots qui ont le même sens, parfois la même ou presque la même forme, dans
les deux langues, mais dont le genre est différent. Ce fait mène à des confusions quant à la
traduction des textes où il y a de tels mots. Prenons, par exemple, le mot "problème". En français
il est du genre masculin, tandis que le mot roumain "problemă" qui a la même signification, est
du genre féminin. Un autre exemple peut être présenté par le mot "livre" qui en français est du
genre masculin, son équivalent roumain "carte" étant du genre féminin.
Autres exemples de ce type sont comme suit :
silence (m) - tăcere (f)
pouvoir (m) -putere (f)
crime (m) — crimă (f)
thème (m) - temă (f)
aide (f) - ajutor (m)
impasse (f) - impas (m)

c) Pronominal / non pronominal

Dans cette catégorie nous avons inclus les verbes qui dans une langue sont pronominaux
tandis que dans l'autre langue ils ne le sont pas. Par exemple, le verbe roumain "a se juca" sera
traduit en français comme "jouer" et pas "se jouer", qui signifie se moquer.
Si un francophone traduira le verbe "regarder" par "a uita" (oublier) et non pas "a se uita" il y
aura une confusion de sens.
Autres exemples de ce type sont :
se mourir — a mûri
jouir — a se bucura
monter - a (se) urca

d) Parties de discours

Il y a très peu d'exemples de ce type. Un d'entre eux est comme suit : "mîndră" est
adjectif et nom en roumain mais seulement adjectif en français. Un cas pareil est présenté par
l'adjectif "însărcinată". En français "enceinte" est seulement adjectif, tandis qu'en roumain il peut
figurer aussi comme nom désignant la femme qui est enceinte.

a) Morphologiques

Au niveau morphologique, nous devons distinguer plusieurs sous-groupes.

Morphèmes grammaticaux
Nous comprenons là les mots entre les formes desquels il y a une différence de
morphème grammatical. Les lexicographes y placent les paires-mots ayant le même sens, mais
de différents genres grammaticaux (par exemple, ro. « un lichior » - fr. « la liqueur »).
Dans le roumain, vu son caractère synthétique, il s'agit surtout de morphèmes dits liés,
c'est-à-dire des affixes. La divergence affixale qui se présente parmi les verbes, les noms et les
adjectifs (car ce sont les mots qui peuvent devoir leur forme à la dérivation) est le résultat soit
d'une modification effectuée lors de l'emprunt, soit des fausses analogies.
Il faut remarquer que les permutations suffixales par analogie ne forment pas de
catégories aussi homogènes : leur diversité est due à la liberté des locuteurs qui profitent de la
virtualité du langage. Leur liste ne sera ainsi jamais complète, car la créativité des locuteurs est
infinie.
Morphèmes lexicaux
Ce sont toujours des mots (semblant) latinisés ou savants qui, par leur forme, induisent
en erreur ou inspirent de fausses analogies.
Si la forme créée par analogie existe vraiment, mais avec une désignation différente, il ne
s'agit pas seulement de faux amis formels, mais aussi de faux amis sémantiques. Néanmoins, il
est difficile d'établir une liste complète de ce type de faux amis et d'en estimer la quantité, car
tous les mots ayant une forme savante ou rappelant d'autres mots étrangers sont une source
potentielle d'erreur.
Dans cette catégorie nous avons inclus les verbes qui dans une langue sont pronominaux
tandis que dans l’autre langue ils ne le sont pas. Par exemple, le verbe roumain “a se juca” sera
traduit en français comme “jouer” et pas “se jouer”, qui signifie se moquer.
Si un francophone traduira le verbe “regarder” par “a uita” (oublier) et non pas “a se
uita” il y aura une confusion de sens.

Niveau syntaxique
Dans la structure hiérarchique de la phrase de base il y a deux constituants
indispensables: le groupe nominal (GN) et le groupe verbal (GV). Malgré leur rapport prédicatif,
c’est le GV qui est au centre de l’analyse syntaxique. Les compléments du GN sont plus ou
moins optionnels, tandis que ceux du GV sont souvent obligatoires. Le GN s’organise autour du
verbe dont dépendent d’autres éléments, selon sa valence.
La question principale de la syntaxe est donc celle de la valence des verbes, pourtant les
dictionnaires des faux amis ne s’occupent point de la diversité des rections verbales, bien que la
logique en soit tellement intégrée dans la tête des locuteurs dans leur langue maternelle qu’ils ont
du mal à s’en débarasser lorsqu’ils deviennent bilingues. L’analogie des constructions verbales
de la langue maternelle pourra donner des faux amis dans l’autre langue.
Les faux amis syntaxiques sont souvent provoqués par des verbes qui dans une langue
demandent l'emploi d'une préposition après eux, et dans l'autre non ou une préposition différente.
Un exemple est le verbe "a începe". En roumain, il est ne prend aucune préposition étant suivi
d'un verbe au conjonctif (Ionel a început să citeasca), tandis que le verbe français "commencer"
prend la préposition "à" ou "de" {Jean a commencé à lire). D'autres exemples sont comme suit:
Demander à quelqu’un (COI) – a întreba pe cineva (COD)
parler à qqn — a vorbi cuiva, a vorbi cu cineva
1.3.4. Dérivation impropre

Comme la classification des mots en catégories grammaticales fait partie des études
morphologiques, c’est ici qu’il faut indiquer la dérivation impropre ou l’hypostase. Il s’agit
d’un mot ayant subi un changement de catégories, par conséquent le mot originel et le mot
emprunté appartiennent à des catégories différentes dans les deux langues. C’est plus qu’un
simple problème de classement à indiquer dans un dictionnaire car le changement de catégorie
peut modifier même la valeur syntaxique du mot en question. Par exemple le mot français local,
e qui est un adjectif, a le même équivalent en roumain local, ayant les significations suivantes :
1) Particulier à un lieu, à une région, à un pays : Coutumes locales.
2) Qui ne touche qu'une partie du corps : Anesthésie locale.
3) Qui ne touche qu'un lieu, un groupe, un milieu bien circonscrits : Des grèves locales.
Mais en roumain ce mot peut passer dans la classe des noms, ce qui n’est pas possible pour
le français. En ce cas, dans l’exemple „S-au întînit într-un local liniştit” on ne peut pas garder le
même équivalent dans la traduction française. Le mot local du français remplit la fonction
d’épithète, il faut trouver un équivalent nom qui remplisse déjà la fonction de complément
d’objet. Ex. Ils se sont rencontrés dans un endroit agréable.
1.3.5. Faux amis au niveau synthématique

Quant au niveau synthématique, dans les dictionnaires de faux amis, il y a peu


d’exemples pour les mots composés. Dans leur étude, Colignon et Berthier donnent quelques
composés problématiques sans les regrouper [11, p. 53]
Les syntagmes (séquences lexicalisées), et les mots composés sont formés de termes qui,
dans d’autres contextes, peuvent fonctionner comme des mots autonomes, mais qui (dans la
composition) ont perdu leur autonomie. Pourtant, un mot composé est une unité lexicale, une
association permanente, alors qu’un syntagme est une unité de la phrase, une association
occasionnelle. Historiquement, les mots composés sont à la fin du processus du figement dans
lequel les syntagmes et les locutions représentent deux autres étapes intermédiaires. Le hongrois
et l’allemand, plus synthétiques, comptent plus de mots composés que le français. Par ce fait,
beaucoup des composés hongrois ou allemands ne peuvent être traduits en français que par des
locutions ou par des syntagmes [25, p. 56].
Les mots composés et les syntagmes ont la valeur d’une unité lexicale d’où leur caractère
idiomatique: ils sont des unités lexicologiques indécomposables. Ils se situent à un niveau
supérieur par rapport aux mots simples – sans atteindre le niveau de la phrase. La cohésion des
composantes est forte (ils sont inséparables, inchangeables sans modification sémantique); la
compréhension des éléments constituants n’assure pas toujours la compréhension globale du mot
composé.
Les tentatives de traduction par des locuteurs ignorant les équivalents des mots composés
dans l’autre langue risquent de produire une multitude de faux amis. Le regroupement des mots
composés d’une langue et de leurs calques sera basé sur le degré d’équivalence sémantique et
formelle des composantes. On peut distinguer donc les combinaisons suivantes :
1) Calques parfaits: la structure formelle et la signification sont les mêmes, donc ce sont des
paires de mots sans problèmes, de «vrais amis». Par exemple, cale ferată – chemin de fer, etc.
2) Le mot composé d’une langue se traduit par un mot simple dans l’autre – Ex. mauvais œil –
deochi ; œil-de-perdrix – bătătură, taches de rousseur – pistrui, ciuboţica-cucului – primevère,
etc.
Le mot simple n’a aucun rapport sémantique avec le sens des composantes; par exemple Compas
– maître-à-danser, şeful chelnerilor – maître-d’hôtel, etc.
3) Le mot composé ou le syntagme se compose d’autant éléments dans l’une que dans l’autre
langue.

1.3.6. Faux amis phraséologiques

Concernant la phraséologie, la plupart des recueils bilingues ne font que regrouper les
locutions afin de trouver les expressions équivalentes sans examiner le degré de l’équivalence.
Pourtant, la cause principale de la production des faux amis est « la connaissance incomplète du
champ d’application de la locution en question » [5, p. 268].
Le locuteur risque de traduire mot à mot une locution de sa langue, sans tenir compte de
la nature des unités phraséologiques dont les formes sont figées et dont les éléments sont
inchangeables. Le danger de la production des locutions fausses dépend de la complexité, et du
degré du figement des éléments de la locution d’une langue et aussi de la diversité des images
constituant les phrasèmes dans l’autre langue. Lors du thème ou de la version, le locuteur
produisant des faux amis phraséologiques pense que la vision du monde reflétée par les locutions
d’une langue peut être transmise par l’adaptation fidèle des formes qui la verbalisent [24, p. 54].
Par exemple, le phraséologisme jeter sa langue aux chats ne sera pas traduit comme a-şi arunca
limba la pisici, mais a renunţa să ghiceşti ceva, – a tăia frunze la cîini ne sera pas traduit
couper des feuilles aux chiens, mais passer son temps à ne rien faire, ou a ieşi ca cîinele din
iarnă, c’est correct devenir très maîgre et pas sortir comme le chien de l’hiver.
Les faux amis phraséologiques français-roumains pourraient constituer un chapitre à part
dans un futur dictionnaire complet. D’ailleurs, on considère qu’il existe déjà une liste contenant
170 locutions françaises et roumaines considérées comme faux amis [18, p. 76].
En ce qui concerne le niveau du discours, Koessler propose les catégories ci-dessous [cité
d’après 24, p. 53]:

1.3.7. Faux amis stylistiques

Ce sont des mots qui ont la même signification (ou qui ont au moins un sens commun)
mais qui appartiennent à différents registres dans les langues comparées. Comme les registres
sont en rapport avec les circonstances de la communication, ils sont mobiles (influencés par des
tendances souvent fugitives). Les dictionnaires français ne sont pas toujours cohérents dans leur
indication de registres. La situation est pareille dans les dictionnaires hongrois roumains qui sont
de ce point de vue très incertains et parfois désuets. Sans doute le chapitre des faux amis
stylistiques serait-il la partie la plus instable d’un dictionnaire qui aura probablement le choix
entre:
– ne contenir que les mots ayant des registres « normatifs » dans les dictionnaires unilingues ou
– la révision régulière et l’actualisation des entrées.
Les raisons susmentionnées suggèrent même l’idée de renoncer à cette catégorie de faux
amis d’autant plus que les nuances stylistiques sont difficiles à examiner sans contexte.

1.3.8. Faux amis culturels

En parlant de la nature des faux amis, Koessler utilise le terme des «faux amis de
civilisation» auquel on préfère le terme des faux amis culturels dont M. Kiss distingue deux
types [24, p. 54] :
Le premier comprend les mots de formes ressemblantes désignant diverses parties de la
réalité dans diverses cultures. Les sens de ces faux amis ont toujours des éléments communs
auxquels s’ajoutent des désignations ou des connotations dissemblables dues aux sociétés, aux
civilisations différentes. Pour les locuteurs bilingues, ces mots n’évoquent jamais la même réalité
et ils restent souvent intraduisibles. Pour les faire comprendre aux locuteurs d’une autre
communauté linguistique, il faut donner des explications sémantiques qui impliquent les
éléments distinctifs et qui esquissent l’arrière-plan historique ou culturel du sens du mot. Par
exemple, en roumain le mot «gentry» d’origine anglaise est en terme historique désignant la
petite et la moyenne noblesses du pays qui, ayant perdu leur fortune, occupaient des positions
e
importantes dans la vie administrative pendant le XIX siècle. En français, «la gentry» désigne
l’ensemble des familles en Angleterre ayant droit à des armoiries, mais qui sont non titrées.
Le deuxième type concerne les mots d’une langue qui désignent des réalités
complètement inconnues dans l’autre communauté linguistique. Si un concept de langue A
n’existe pas dans la langue B, un locuteur appartenant à la communauté linguistique A essaiera
en vain de traduire la forme A en forme B, car derrière celle-ci il n’y a ni chose ni sens
(concept). Même la possibilité de l’emprunt est exclue sans la transmission de la chose et du
concept désigné par la forme A. Par exemple, le roumain « cumătrie » désigne une coutume
consistant en l'organisation d'une fête lors du baptême d’un enfant. Comme cette habitude est
inexistante en France, seule une périphrase explicative pourrait faire comprendre le sens du mot
roumain. Tout essai de traduction au niveau des unités lexicales aboutira à la création de faux
amis.
1.3.9. Faux amis pragmatiques
Les auteurs des dictionnaires de faux amis semblent ignorer les faux amis pragmatiques
qui, dans leur terminologie, sont des expressions ayant différentes valeurs situationnelles, c’est-
à-dire qui, malgré leur équivalence sémantique, ne peuvent pas être employés dans une situation
donnée où les coutumes, les conventions sociales prescrivent des formules obligatoires. Il n’est
pas étonnant que, dans ce domaine, les traducteurs soient en avance sur les lexicographes : la
problématique de l’adaptation culturelle ou pragmatique leur est un défi quotidien depuis
longtemps.
Comme la valeur pragmatique de ces clichés est plus dominante que leur sens primaire dû
à la signification des composantes, la traduction mot à mot mène à la production de faux amis
dans tous les cas où les connotations des tournures de deux langues ne coïncident pas. Le
locuteur bilingue doit donc bien connaître les clichés situationnels dans les deux langues. Par
exemple : lors d’une conversation téléphonique, pour demander la patience de l’interlocuteur, on
dit en roumain: «Aşteptaţi, vă rog ! Nu închideţi !». En français, on aurait tort de dire «Ne
raccrochez pas. Attendez» – on doit respecter le cliché français : «Ne quittez pas».
2.1. Les faux amis identifiés dans la traduction des textes littéraires
La confrontation du traduire avec la littérature est donc la confrontation permanente de
la langue au discours, des idéologies de la langue et de la littérature au fonctionnement
historique de la littérature. C’est en cela que la littérature est une mise à l’épreuve du traduire,
des idéologies du traducteur, de son passage ou non d’une linguistique spontanée implicite à une
mise en question de ses pratiques. Cette mise à l’épreuve définit l’historicité du traduire, sa
situation, qui s’inscrit dans sa traduction [21]. La traduction des textes littéraires conditionne
parfois de difficultés d’ordre stylistique et sémantique à cause des mots incompréhensibles au
lecteur ou au traducteur ou à cause des contextes ambigus, chose qui les pousse à commetrre des
fautes. Mais il arrive parfois qu’ils commettent ces fautes de bon gré, afin de conserver des
effets stylistiques ou sonores du texte original dans la langue cible. Ces fautes amènent
d’habitude à la naissance des faux amis. Pour mieux comprendre en quoi consiste la difficulté de
traduire la littérature, prenons quelques exemples tirés des œuvres littéraires des auteurs
français.
Une voiture a corné, qui n’est pas, qui ne peut être celle de Maurice, mais sans doute
une autre Vedette.
(H. Bazin, Qui j’ose aimer, p. 100)
A Jean-Jacques-Rousseau, le proviseur me fit attendre pendant quarante minutes...
(H. Bazin, Lève-toi et marche, p. 43)
Avec l’hiver, (...), la canadienne avait disparu.
(H. Bazin, Qui j’ose aimer, p. 39)
On remarque que ce sont surtout les métonymies qui y présentent des difficultés. Un cas
particulier est envisagé par l’emploi des noms propres, car, dans le cadre d’un texte littéraire, ils
sont porteurs d’une valeur connotative à part. Voici quelques exemples :
- Mais tout ça ne peut pas vous intéresser. Vous n'avez pas l’intention de rester ici ? il y
eut un long silence.
- Si, dit enfin Jacquemort (ou Jacques mort). Je vais rester ici.
(B. Vian, L’arrache-cœur, p.60)
« La Belle Angerie ? » Un nom splendide pour séraphins déchus, pour mystiques à la petite
semaine. Disons tout de suite qu'il s’agit d’une déformation flatteuse de la « Boulangerie ».
(H. Bazin, Vipère au poing, p. 20)
Il y a des textes littéraires qui sont presque intraduisibles si l’on veut conserver leur
authenticité. Ici on peut citer l’œuvre de Raymond Queneau Exercices de style. Nous avons
choisi de ce livre quelques textes que nous considérons vraiment difficiles à traduire.
Distinguo
Dans un autobus (qu'il ne faut pas prendre pour un autre obus), je vis (et pas avec une
vis) un personnage (qui ne perd son âge) coiffé d'un chapeau (pas d'une peau de chat) cerné
d'un fil tressé (et non de tril fessé). Il possédait (et non pot cédait) un long cou (et pas un loup
con). Comme la foule se bousculait (non que la boule se fousculât), un nouveau voyageur (et
non un veau nouillageur) déplaça le susdit (et non suça ledit plat). Cestuy râla (et non cette
huître hala), mais voyant une place libre (et non ployant une vache ivre) s'y précipita (et non si
près s'y piqua).
Plus tard je l'aperçus (non pas gel à peine su) devant la gare Saint-Lazare (et non là où
l'hagard ceint le hasard) qui parlait avec un copain (il n'écopait pas d'un pralin) au sujet d'un
bouton de son manteau (qu'il ne faut pas confondre avec le bout haut de son menton).
Dans ce cas la difficulté consiste dans l’emploi des jeux homonymiques. Une fois ce
texte traduit en roumain, ce jeu perd sa valeur. On doit remplacer les phrases entre parenthèses
par un autre jeu homonymique qui soit convenable pour la phrase traduite, mais dans ce cas on
perd la signification de la phrase du texte français. Ce fait suggère l’idée que le traducteur doit
recourir de nouveau aux faux-amis pour réussir à réaliser cette traduction.
Homéotéleutes
Un jour de canicule sur un véhicule où je circule, gesticule un funambule au bulbe
minuscule, à la mandibule en virgule et au capitule ridicule. Un somnambule l'accule et
l'annule, l'autre articule: «crapule», mais dissimule ses scrupules, recule, capitule et va poser
ailleurs son cul.
Une hule aprule, devant la gule Saint-Lazule je l'aperçule qui discute à propos de
boutules, de boutules des pardessule.
Dans cet exemple l’utilisation des mots en -ule, qui est suffixe diminutif péjoratif, rend une
connotation spécifique au texte. Si on voulait le traduire en roumain on devrait faire appel aux
différents suffixes pour rendre la signification, mais on perdrait du côté de la forme, parce qu’on
traduira en roumain gardant precque le même suffixe, mais les flexions seront différentes. De
plus, pour traduire les mots en –ule, et respecter les mêmes formes en totalité garder l’effet
sonore, le traducteur doit recourir consciemment à l’emploi des faux amis. Une autre faute de
traduction et de trahison de la forme du texte original serait l’accentuation du mot ou le rythme
de la phrase. En français l’accent tombe sur la dernière syllabe, mais en roumain les mots sont
des oxytons et des paroxytons, ce qui prouve que le texte de la langue cible ne gardera point le
rythme du texte-source.
Ex. Într-o zi de caniculă, într-un vehicul, gesticulează un funambul cu bulbul minuscul, etc.
Les calembours ou les jeux de mots qui mènent à l’apparition des faux amis au
résultat de leur traduction sont les calembours paronymiques, homonymiques et homophoniques.
Ils peuvent être classifiés selon deux critères : le sens et la forme. Il y a des calembours dont la
plurivocité peut être exploitée du point de vue implicite et explicite. Dans le premier cas il s’agit
des calembours in absentia, comme par exemple "Entre deux mots il faut choisir le moindre" où
un terme présuppose un autre mot. Dans le deuxième cas il s’agit des calembours in praesentia,
du type "Traduttore, traditore", où les termes avec lesquels on opère sont des co-occurrents. Pour
argumenter ce point de vue, nous présenterons l’exemple suivant :
Dialogue
GRANDE MERE: Nicolas, ça va à l'école?
PETIT FILS: Oui, grande mère; mon professeur m'a donné un neuf.
GRANDE MERE: Un œuf? A quoi bon? Nous n'en avons pas besoin.
PETIT FILS: Tu n'as pas compris: aux épreuves sportives j'ai bien nagé.
GRANDE MERE: Qui est bien âgé? Ton professeur?
PETIT FILS: Non, il est jeune et il est aussi bon homme, Monsieur Dupont.
GRANDE MERE: Mais Russet est aussi un bon nom.
PETIT FILS: D'accord, mais je parle d'autre chose!
Et mon professeur de biologie a aussi une belle âme.
GRANDE MERE: Mon Dieu, qu'est ce qu'elle fait avec cette belle lame aux leçons?
Vous examinez les organes des animaux?
PETIT FILS: Non, grande mère, tu confonds! Elle est très bonne et aussi sympa, mais son nez…
GRANDE MERE: Sonnée? Il ne faut pas dire ainsi des professeurs. Tu dois le respecter.
PETIT FILS: Grande mère, tu ne comprends pas! Est-ce que tu sais qu'en français on gémine
parfois les consonnes? Il faut être attentif au sens des syntagmes.
GRANDE MERE: Quel petit as!
PETIT FILS: Quoi? Petite tasse?
un neuf – un oeuf
bien nagé – bien âgé
bon homme – bon nom
une belle âme – belle lame
son nez – sonné (fam. ţicnit)
petit as – petite tasse
La première et dernière trahison que la traduction peut commettre envers la littérature est
de lui enlever ce que fait qu’elle est littérature - son écriture - par l’acte même qui la transmet.
Le proverbe traduttore traditore, qui sonne aussi bien en roumain traducător trădător, indique
depuis des siècles que la traduction est le lieu d’un conflit défini par deux paradigmes
irréductibles l’un à l’autre. La traduction est dans le binaire qui oppose l’auteur original au
traducteur comme l’invention à la reproduction, la langue de départ à la langue d’arrivée comme
deux mondes insuperposables. Cette situation, loin d’être prise pour un effet des conceptions du
langage, a été et est encore donnée pour une nature. Le traducteur a été dressé à effacer tout ce
qui montre que c’est une traduction, il cherche le naturel [21].
La traduction des faux amis se fait bien sensible dans les jeux de mots où figurent les
paronymes ou les homonymes interlinguaux.
La ressemblance formelle et sémantique entre les paronymes français et ceux roumains
est due aux emprunts. Mais certains mots empruntés ont évolué différemment, d’autres n’ont pas
été empruntés avec leur entière polysémie. C’est pour ça que les mots qui se ressemblent d’après
leur forme ne peuvent pas avoir toujours le même sens. Plusieurs dénominations ont été utilisées
pour désigner cette relation : faux amis, mots perfides, faux frères, amis pervers, mots sosies ... le
terme de « faux amis » est le plus répandu dans la bibliographie française. Avec ce terme on
désigne non seulement les couples lexicaux, où un des mots est l’emprunt d’un autre, mais on
indique une ressemblance accidentelle sont la parenté est éloignée. Il s’agit, premièrement, des
mots qui viennent de la langue source dans la langue cible, qui ont une certaine ressemblance
formelle. Dans le processus de la traduction, ce genre de circonstances peuvent causer des
associations, étant donné le fait que cette ressemblance formelle laisse une impression fausse et
incorrecte sur une éventuelle identité sémantique et même stylistique des mots [39, p. 3]. Pour
argumenter ce point de vue on peut citer les exemples suivants:
1. un jubilé (anniversaire de 50 ans) est traduit en roumain un jubileu (anniversaire de
10, 20, 30... ans).
2. un piquage (opération consistant à piquer en cousant) est traduit en roumain un
picaj (manoeuvre de vol d’un avion de haut en bas sur une trajectoire presque verticale).
3. On m’apprit que ce gosse est un rapporteur.
Mi s-a anunţat că acest băiat este un raportor.
(la variante correcte serait informator).
4. Le souffleur façonne son ouvrage.
Suflorul (la variante correcte serait muzicantul) îşi cizelează opera.
5. C'est un texte défiguré par des imaginations.
Acesta este un text desfigurat de imaginaţii, (la variante correcte serait născoceli (a
deforma realitatea).
6. Ce sportif a une endurance remarquable. Acest sportiv are o rezistenţă (et non pas
îndurare) remarcabilă.
7. La manifestation a été formellement interdite par le gouvernement.
Manifestarea a fost categoric (et non pas formal) interzisă de guvern.
8. La police entretient des indicateurs de toute sorte.
Poliţia întreţine informatori (et non pas indicatori) de tot felul.
Dans d’autres cas, en utilisant en français comme équivalents une série de verbes dont la
sonorité est identique mais dont les sens sont différents, on peut commettre une double erreur.
Par exemple, si l’on traduit « a acţionat cu curaj » par « il a actionné courageusement », l’erreur
est double: premièrement, on utilise actionner au lieu de agir (la variante correcte serait: il a agit
courageusement); deuxièmement, actionner a en français un autre sens, celui de faire mouvoir
un machine, ou comme terme juridique, celui de traduire qqn. en justice.
De la même façon, un Roumain trouve plus à l’aise de traduire le verbe a raţiona (penser
de manière raisonnable) par rationner (verbe qui existe en français avec le sens de distribue des
ration limitées), au lieu de raisonner. Le fait que le verbe a viziona est utilisé fréquemment en
roumain – ce qui n’est pas valable pour le français aussi – détermine certains Roumains de dire «
j’ai visionné un film » au lieu de « j’ai vu un film ». Le verbe visionner a une sphère restreinte en
français (voir un film avant que celui-ci soit présenté au publique). Le dictionnaire Larousse
donne l’explication suivante de ce verbe: « le publique voit un film après que celui – ci soit
visionné par le technicien».
Ex. a. collégial (qui tient de collège) – en roumain colegial (caractéristique pour les
collègues);
b. cultural (qui se réfère à la culture de la terre) – en roumain cultural (qui tient de culture,
traduit en français par culturel);
c. relever (remettre debout qqn. qqch. qui est tombé) – traduit souvent a releva (a se releva –
se faire remarqué).
Les paronymes interlinguaux sont quasiidentiques du point de vue formel (la différence
étant d’un ou de deux phonèmes), mais ils diffèrent par leur contenu sémantique. Ils gardent leur
importance par le fait qu’ils peuvent être associés même dans le processus de traduction:
a. déroutement – derutare,
dérouter – schimbarea itinerarului unui avion,
a deruta – acţiune de a pune pe cineva în încurcătură, a dezorienta;
b. fleurer – a înflori,
fleurer – a exala un miros plăcut,
fleurir – a înflori, a prospera, a împodobi cu flori;
c. courtine – cortină,
cortină – rideau – perdea de stofă ce desparte sala de spectacol de scenă,
courtine – porţiune de zid care uneşte flancurile a două bastioane.
Les faux amis paronymiques et homophonyques sont assez souvent rencontrés dans les
jeux de mots ou dans les calembours. Les calembours paronymiques traduits par le procédé de
la traduction isomorphe (du grec iso (« égal ») et morphe (« forme ») permettent au traducteur
de rendre le jeu de mots de la même manière que dans la langue source, en gardant le modèle de
la structure et en utilisant les mêmes termes que dans la variante originale. Il s’agit d’une
traduction par transcodage, en reprenant dans le même temps les mots qui correspondent à ceux
de l’original et le type de jeux de mots utilisés [11]:
a. certains calembours paronymiques in absentia peuvent être traduits par des calembours
paronymiques in absentia: « Flagrant désir » - traduit en roumain par « dorinţă flagrantă »
(publicité pour le parfum Shalimar de Guerlain) qui rappelle l’expression « flagrant délit ». Cet
exemple prouve le fait qu’en gardant la structure du texte original, le traducteur manifeste aussi
une attitude créatrice.
b. un calembour paronymique in praesentia peut être traduit aussi par un calembour
paronymique in praesentia (les deux éléments phoniques quasiidentiques sont présents):
• « Donner un oeuf pour avoir un boeuf. »
« A da un ou pentru a avea un bou. »
• « Noi avem în veacul nostru acel soi ciudat de barzi,
Care-ncearcă prin poeme să devie cumularzi. »
(Mihai Eminescu, Scrisoarea II // Opere, p. 134)
« Nous avons dans notre siècle l’étrange genre de bards
Qui essayent par les poèmes de devenir cumulards. »
• « Zici că ai lăsat fumatul
Dar se miră întreg satul
Că deşi l-ai lepădat
Vii la lucru afumat. »
(Grigore Drăgan, Între patru ochi, p. 14)
« Tu affirme d’avoir laisser l’habitude de fumer
Mais le village entier est stupéfié
Que, malgré l’abandon de celle-ci
Tu viens au travail enfumé (grisé). »
c. Souvent, dans le processus de traduction, la structure de la paronomase n’est pas gardée:
• « Socoteala deasă, frăţie aleasă. »
« Tant tenu, tant payé. »
• « Vorba dulce mult aduce.
Plus fait douceur, que violence. »
• « Nu face faţa cît aţa. »
« Le gain n’en vaut pas la dépense. »
• « Nimeni nu-i ştie de ştire. »
(Mihai Eminescu, Înger şi demon // Opere, p. 75)
« Personne n’en sait rien de lui. »
• « Cât de strâmb vrei să şezi
dar vorba dreaptă s-o aşezi. »
(Efim Tarlapan, Buturuga mică, p. 41)
« Demeure courbé comme tu veux
Mais parle comme il faut. »
• « Judecata e oloagă când lipseşte în cap o doagă. »
(Ibidem, p. 45)
« La justice est estropiée
Quand on est un peu timbré. »
• « Eva e fără ripostă
Coasta care ne cam costă. »
(Ibidem, p. 129)
• « Eva est sans riposter
La côte qui nous fait payer. »

2.2.1. Difficultés de traduction des faux amis dans des textes économiques en roumain
On admet facilement que tout le monde n'est pas obligé de traduire de la même manière,
ce qui fait qu'il y ait parfois plusieurs versions du même mot ou de la même expression. La
traduction des textes économiques, comme les textes des autres domaines d'ailleurs, présente des
difficultés à cause du fait qu’ils y a beaucoup d’emprunts dans la terminologie économique et, de
plus, même s’il n y en pas le cas du mot choisi à traduire, on a recours très vite au calque, fait
qui mène à la naissance des faux amis. Les faux amis réussissent souvent à semer un peu de
confusion parmi leurs lecteurs. Quand ceux-ci connaissent le français (ou l'anglais), la com-
préhension est facile. Mais si le lecteur roumain ne maîtrise pas suffisamment la langue du texte
original, il peut y avoir de sérieux problèmes d'interprétation, avec des risques dans les domaines
de la pratique et de l'enseignement comptables [22, p. 213]. A ce propos, le chercheur roumain
Costel Istrate, qui s’intéresse à la terminologie économique et ses correspondants français
correctements appliqués, s’est proposé d’étudier le lexique de quelques ouvrages du domaine
économique traduits du français en roumain afin de vérifier la correction de leur traduction. Il a
pris comme support les ouvrages de Michel Capron „Contabilitatea în perspectivă”, et Bernard
Colasse, „Contabilitate generală”, et „Contabilitatea generală a economiei de piaţă”, les deux en
version roumaine [22, p. 214].

A partir de l’analyse de ces livres, il a groupé les mots difficiles à traduire trouvés dans
ces publications en au moins deux grandes catégories : les mots pour lesquels le correspondant
roumain paraît facile (les faux amis proprement dits) et les groupes de mots dont l'équivalent
roumain n'est pas du tout évident [22, p. 214].
Des mots simples
Le chercheur Istrati a pris comme exemple plusieurs mots qui élucident clairement les
fautes, parfois assez graves, commises par les traducteur dans la transposition du lexique
économique français en roumain. Il constate les cas suivants de faux-amis dans le lexique
économique :
La traduction la plus directe en roumain du mot affecter est a afecta : par exemple, «
tableau de l'affectation des résultats » traduit par tabloul afectării rezultatelor, tandis qu'une
traduction plus proche du langage comptable roumain serait situaţia repartizării profitului. Dans
le même contexte, on remarque une certaine précipitation dans la traduction du mot tableau par
tablou, même si le mot roumain tabel serait plus à même de traduire le sens initial (d'ailleurs, le
mot tablou est très présent dans bon nombre de livres roumains dans des formulations telles :
tabloul fluxurilor de trezorerie, tabloul intrări - ieşiri...) [22, p. 214].
Pour le mot créancier, le chercheur soutient que la traduction roumaine la plus fréquente
este creditor, mais on constate parfois que l'on simplifie en utilisant creanţier.
Le mot écart a été repris comme tel, devenant ecart, mais on peut trouver aussi des mots
roumains d'avant cet emprunt : abatere, diferenţă, variaţie.
Pour ce qui est de l'écriture, dans la comptabilité actuelle, la traduction serait înregistrare
contabilă ou articol contabil plutôt que scriitură ou scrieri [22, p. 215].
Etablissement est un mot difficile pour les traducteurs des termes économiques : le plus simple
paraît de le transcrire en stabiliment, ce qui est assez restrictif pour un économiste; d'autres
traductions, en fonction du contexte, pourraient être : sucursală, subunitate ou, dans le syntagme
frais d'établissement, cheltuieli de constituire. Pour éviter les risques, il arrive que l'on propose
les deux variantes: cheltuieli de constituire sau de stabiliment.
Intérêt peut avoir en roumain dans le langage économique aussi bien la forme interes (dans
interes minoritar pour intérêt minoritaire), mais, le plus souvent, doit être traduit par dobîndă
(c'est la rémunération du crédit). Un cas intéressant d'évolution de la traduction d'un mot est celui
de logiciel : finalement, il représente program informatic, mais il y a eu des tentatives de le
traduire par logistice ou logice [22, p. 216].
Le mot produit est traduit par produs, ce qui est tout à fait acceptable dans des
expressions telles produits finis, produits intermédiaires etc. Mais, en français économique, on
utilise ce mot pour désigner aussi le roumain venituri (produits d'exploitation, produits constatés
d'avance etc.).
Les dictionnaires roumains retiennent reţetă pour traduire le français recette, dans le sens
d'argent reçu à certaines occasions (recettes fiscales, recettes d'un spectacle etc.). On estime
pourtant que le mot încasări va mieux.
Pour traduire règlement, on utilise decontări ou încasări/plăţi, suivant le contexte. La
formule reglement est acceptable dans la mesure où elle s'appuie sur la traduction du nom d'une
institution internationale: la Banque des Règlements Internationaux, traduite en roumain par
Banca Reglementelor Internaţionale.
Istrti considère qu’on rentre dans le domaine du comique quant on traduit le mot saisie
par sesizare, vu que le sens le plus proche de la version française este culegere ou même
înregistrare [22, p. 216].
Un cas particulier est celui du terme économique taux: on rencontre des versions telles taxă
(Capron, p. 35), coeficient (Colasse, p. 266), versions qui peuvent être valables, en fonction du
contexte. Mais il faut admettre que d'autres versions sont au moins aussi acceptables : taux de
TVA est cotă de TVA ; taux de change est curs/rată de schimb etc.
Des groupes de mots
Costel Istrate considère que la complexité du langage des économistes ou des comptables
et les difficultés que peuvent rencontrer les non économistes à le comprendre n'échappent pas à
des commentateurs plus ou moins avisés. Les traducteurs roumains ne font qu'aggraver la
situation, comme on le verra en essayant d'identifier des équivalents roumains pour des groupes
de mots qui, dna le domaine économique, et notamment en comptabilité, doivent être interprétés
d'une manière particulière [22, p. 217]. Il constate les faux-amis suivants :
La formule analyse comptable se traduit souvent par analiză contabilă, ce qui, dans
certaines situations, est plutôt acceptable. Mais le contexte peut nous amener à utiliser en
roumain analiză financiară, dont le contenu est très loin de ce que l'on peut trouver dans les
ouvrages d'introduction à la comptabilité pour désigner analiza contabilă (identifications des
comptes débiteurs et créditeurs qui traduisent comptablement une transaction).
Le cas de commissaire aux comptes est représentatif de la légèrete avec laquelle on fait
parfois des traductions du français. Il est facile de dire comisar de conturi, mais on rend la
traduction incompréhensible car l'équivalent roumain technique serait plutôt cenzor ou même
auditor.
Il y a également le cas des formules contenant le mot comptabilité, compte ou comptable.
Dans leur traduction on peut trouver plusieurs versions :
- pour comptabilité analytique, le mieux est de traduire par contabilitate de
gestiune, plutôt que par contabilitate analitică ;
- pour comptabilité d'exercice, contabilitate de angajamente vaut mieux que
contabilitate de exerciţiu ;
- pour comptable agréé, la solution est contabil autorizat ;

- pour comptes sociaux, au lieu d'utiliser conturi sociale, on devrait se contenter de


conturi individuale ou, selon le contexte, situaţii financiare individuale.
Le cas du mot composé crédit-bail est spécial dans le sens où il n'y avait pas de mot
courant en roumain pour désigner cette technique financière : on a essayé credit-închiriere,
locaţie-finanţare ou même credit-bail, mais toutes ces formes sont devenues caduques après
l'adoption en roumain de l'anglais leasing qui, dans le cas du crédit-bail, devient leasing
financiar [22, p. 217].
Le traducteur roumain des textes comptables du français s'est demandé ce que cela voulait
bien dire les jetons de présence; on sent bien que la traduction jetoane de prezenţă n'est pas tout
à fait satisfaisante et qu'une meilleure solution est indemnizaţie de prezenţă (de participare).
Sans épuiser les exemples, on va clore sur les pièces justificatives, pour lesquelles le
roumain dispose depuis longtemps de documente justificative, sans avoir besoin, dans ce
contexte, de traduire pièce par piesă.
Donc, on a recensé des mots et des groupes de mots qui peuvent entrer dans la sphère des
faux amis entraînant des erreurs de traduction parfois fâcheuses. Par ailleurs, on a tenté de
montrer que la langue roumaine a suffisamment de ressources pour assurer la description
adéquate des termes économiques et la transmission du savoir dans ce domaine.