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'1.\

LA CHASTE ADOLESCENCE

LIBRAlRIE ALPHONSIENIllE
. SA INTE-ANI-lE-DE-BEAUP RF.
Mgr TIHAMER TOTH
Professeur à "Université de Budapest

Du même auteur et dans la même collection: A la Jeunesse Catholique

Le caractère du jeune homme. LA CHASTE


L'éducation du jeune homme.

Dans la belle nature de Dieu. ,ADOLESCENCE


TRADUIT DU HONGROIS
par l'abbé Marcel GRANDCLAUDON
licencié ès-lettres

QUATR.I~ME ~DITION R.EVUE ET AUGMENT~e

ËDITIONS SALVATOR
MULHOUSE (Haut-Rhin)
AVANT-PROPOS

MON FILS!

Près de mon bureau viennent souvent s'asseoir de


i-vIHIL OBSTAT : jeunes étudiants.
A peine l'année scolaire commencée, commencent
E. DER'UME, can., /ibr. cens. aussi pour moi les visites de jeunes gens. Les nouveaux
frappent timidement à la porte, les anciens, les con-
naissances, frappent avec joie et hardiesse. -
Ils s'asseoient près de mon bureau et dans le calme
IMPRIMATUR et le reGueilIement de ma chambre s'ouvre le précieux
royaume fermé par mille serrures d'une âme de jeune
homme. Lorsqu'ils raconterit leurs ennuis, bien petits
-Tt>Nraci. die :15 Fe"'. 1937.
(mais qu'ils aperçoivent avec un abattement infini),
J. LECOUVET, vic. gm. lorsqu'ils se lamentent sur leurs mille petites difficultés
(mais qu'ils prennent terriblement au sérieux), lorsqu'ils
mettent à nu leur jeune âme avec ses grandes tempêtes,
ses profonds problèmes et que les yeux grands ouverts
ils disent avec élan: donnez-moi un conseil, que dois-je
faire? c'est dans ces moments inspirés <J.ue j'ai appris
à connaître que l'âme du jeune homme est un immense
Imprimé et publié en conformité d'une licence
décernée par le Commissaire des brevets sous le champ de diamants spirituels qui renferme la promesse
régime 'de l'Arrêté exceptionnel sur les brevets, d'un développement futur illimité et po ur nous, les
les dessins de fabrique, le droit d'auteur et les
marques de cO~lmerce (1939). G, F . M. adultes, c'est non seulement un saint devoir, mais aussi
un grand honneur de contribuer à ce développement.
Imprimé au Canada Printed in Canada
" Celui qui ne s'occupe pas de la jeunesse ne soupçonne
AVANT-PROPOS AVANT-PROPOS 7
. pas à combien de questions, de combats, de faux pas ton âme le sort futur de la nation, qui ~ préoccupé
et - certainement aussi de naufrages définitifs - est par de graves problème~ auxquels nous avons le très
exposé le développement de vos âmes, jeunes gens, saint devoir de donner des réponses sérieuses. Car
ni combien dans les tempêtes du printemps de la vie, il n'y a rien de plus noble en cette vie que d'ouvrir
la barque de votre âme a besoin d'une main robuste la source de la vérité éternelle aux âmes assoiffées.
pour gouverner dans la bonne direction. F onder des royaumes ne peut pas être un plus grand
Lorsque j'ai voulu fortifier ceux qui sont en pleine mérite devant l'humanité, bâtir des églises ne peut pas
lutte, apaiser les orages de leur âme, les soulager de être plus agréable devant Dieu que préserver de la
mes conseils dans leurs doutes, les retirer de la fange ruine par ses conseils une seule âme de jeune homme,
d'une main ferme, il m'a semblé que non seulement le principal espoir des états, le « temple vivant », de
un jeune étudiant était assis près de moi, mais que Dieu.
des miIIiers de jeunes gens à l'âme attachante, ~ux yeux Chaque lettre de ce livre a été écrite par amour de
pénétran·ts, étaient dans tout notre pays aux prises ton âme et la persuasion que remplir d'un sublime
avec les mêmes graves questions et peut-être ne savaient idéal une jeune âme renferme en soi une valeur éter-
où trouver réponse, consolation, conseil, éclaircissement nelle. Cet amour mérite que tu réfléchisses sérieu-
et ainsi abandonnés à eux-mêmes étaient obligés de sement sur ce que tu pourras lire dans ce livre. Et
soutenir une lutte difficile à l'âge critique de la plus grande récompense de mes efforts serait que
l'adolescence.
ces lignes aient pu remettre ou maintenir sur le bon
Telles sont les idées qui ont donné le jour à cette chemin ne fût-ce qu'une âme d'adolescent.
série d'ouvrages" A LA JEUNESSE CATHOLIQUE (1). l)

Je sais bien que la parole imprimée n'a pas la puis-


sance de la parole vivante, mais peut-être ne sera-t-il L'AUTEUR.
pas inutile de réunir partiellement en quelques livres
les pensées que j'ai coutume d'exposer à mes élèves.
Je ne sais pas comment tu t'appelles. Je ne sais
pas dans quelle école tu vas : au collège, à l'école
primaire supérieure, à l'école industrielle, à l'école
de commerce, à l'école normale ou peut-être ,1 •
l'Université. Je ne sais de toi qu'une seule chose.
C'est que tu es 1111 jeune étudiant, qui portes dans

(1) On~.égalcment paru d" cette série, Le Chrisl et la Jeun esse.


- . La Re Igl&11 el la JCII11CSS{· . - Le Came/ère dll Jeulle Homme _
SOIS Sobre. -- Fumeras-tu.
PREFACE

DE LA QUATORZIÈME EDITION HONGROISE

Ce livre a attemt en 'six semaines sa seconde édition


et deux mois plus tard sa troisième édition. Succès
extraordinaire pour un ouvrage pédagogique. Marque
du goût de notre jeunesse pour les livres sérieux
d'éducation.
La première édition a été reçue dans tout le pays
avec le plus grand enthousiasme. Le ministre de l'Ins-
truction publique l'a recommandé à l'attention des
Établissements secondaires. La Fédération des Scouts
hongrois l'a recommandé comme lecture scoute. Le
comité des Lectures pour la jeunesse en a recommandé
l'achat aux bibliothèques scolaires. Il a été traduit
en plusieurs langues européennes (1) et même L'Œuvre
de l'éducation des aveugles de la capitale l'a fait trans-
crire en partie en caractères Braille.
Mais l'auteur a trouvé sa plus grande joie dans les
nombreuses lettres de remerciement qu'il a reçues
de jeunes lecteurs inconnus de tout notre pays.
« Que le Bon Dieu vous bénisse, Monseigneur.
autant de fois, écrit un jeune homme à l'auteur, qu'il

(1) Le présent volume a été traduit en allemand, anglais.


italien, espagnol. néerlandais. slovaque. polonais, lithuanien.
slovène et croate.
JO PRÉFACE

y a-de lettres dans votre livre: non, autant de fois que


votre livre a fait pousser de soupirs dans le cœur de
la jeunesse. C'est le souhait affectueux d'un jeune
homme qui regrette seulement que votre ouvrage ne LES DEUX LACS
soit pas venu dix ans plus tôt entre ses mains. »
Aujourd'hui que sur le terrain économique, politique
et moral le monde entier est ébranlé et menacé de
ruine, la ·renaissance de la société ne pourra venir que Lorsque j'étais jeune étudiant j'allais souvent me
<le la discipline morale et d'une vie idéale et pure. 'promener au bord d'un lac dans la montagne .. L~s
Et maintenant j'adresse ce livre en quatorzième rayons du soleil dansaient joy~use.ment sur s~n mlro~r
édition à notre jeunesse hongroise, non pas tant pour ,cristaliin. Son onde pure laissait apercevOir la VIC
éveiller des soupirs dans son cœur que pour faire grandir -frétillante des êtres qui peuplaient son fond de gravier.
<lans son âme éprise d'idéal le désir d'une vie pure eti De gais petits poissons nageaient çà et là, pouvant
bien trempée. à peine contenir leur joie au contact des chauds rayons
.du soleil.
L'AUTEUR. Sur la rive, les myosotis aux yeux bleus rêvaient
-ct les nénuphars montaient gravement la garde avec
leurs feuilles en lames de sabre. A la surface de l'eau
les saules s'inclinaient avec dignité et d'un air méditatif
jouissaient du ci.el souriant et sans ~ua?e qu~ s~ reflétait
' .à la surface. Un souffle d'air fraiS circulait a t,ravers
les branches et les roseaux baissaient la tête à son pas-
:sage. L'étang de la montagne était comme u~e âme
• ,de jeune homme débordante de vie, de sounr~, de
bonheur, comme un œil d'enfant grand ouvert, bnllant
:comme une étoile.
Dernièrement, après de longues années, mon chemin
:m'a ramené jusque-là.
C'est avec épouvante que j'ai vu ce qu'était devenu
:mon cher lac. Un bourbier fangeux d'un jaune verdâtre.
~Son eau était trouble et sale. Ce qu'il renfermait on ne
Je voyait pas à cause des herbes, mais l' ~ir pestil~nti:l
'Alui ~; 'c n dégageait trahissait la pournture qUI s y
J2
LA CHASTE ADOLESCENCE

trouvait, De la vas ' 1 LA


d ' e montait e croassement endormi
es grenoutlles aux yeux à fleur de tAt ' d
' e e, quan un
voya?eur passait, des reptiles hideux sautaient é ou-
vantes dans les herbes, et l'eau f't'd p
CHASTE ADOLESCEN-CE
O' el ~
u ,sont les nénuphars Qui montaient fièrementhl
gard e r
1 Où sont disparus les saules de la rive qui balançaient
eur~ couro~nes de feuillage?
?u .es; disparu le ciel bleu qui souriait, qui se réRé-
chIssalt a la surface de l'eau? CHAPITRE PREMIER
Tout, tout est disparu. C'est en vain que les roseaux
I
Pouss~nt Sur la rive, ils s'inclinent lâchement devan't
e m0111dre vent Ce n'
, 1 . . est partout que pourriture et
LES PLANS DU CRÉATEUR
d eso atlOn .
.Et lm. ondcœur ~'est serré: était-ce donc là le beau lac
• Et Dieu créa l'homme à son
• image; il l'a créé à l'image de
cnsta l111 e ma Jeunesse? • Dieu : il les a créés homme et
• femme. Et Dieu les bénit et il
• leur dit: Croissez, multipliez-vous
.. ,..
,.. •

et remplissez la terre .• (GENÈSE l,
27-28.)
Les yeux des J'eun .
. es gens ~ont aussI beaux que les
myosotIs et leur âme est Depuis des milliers d'années la terre poursuivait sa
d 1. comme un beau lac cristallin
e a montagne. route autour du soleil. Au dedans d'elle bouillonnait
Hélas! combien plus tard d ' d encore la lave brûlante; avec des craquements épou-
f angeux! eVlennent es maral's
vantables elle brisait la croûte extérieure durcie, mais
le refroidissement progressait sans cesse .. , A la surface
\ du globe verdoyait déjà la forêt vierge, Le printemps
fleurissait avec un aspect éblouissant; les oiseaux chan-
C'est pour q'le to A •
taient gaîment sur l'aile des vents. C'était partout
.' l ' allie reste toujours pure COJllllle le
Il
la vie, la force, l'énergie, l'activité ... Seulement il
~/lsta, mon fils, que .l'ai. écrit ce lim·e. Car garder SOft
ame pure et parvemr am si à l'âoe d" . , 1 manquait encore quelque chose.
plus beIle tache de la v ic.
A 0 nomme, c est a Quelque chose ou plutôt quelqu'un.
,Il n'y avait personne pour écouter le chant du rossi-
--- -- -G- - _ gnol. Il n'y avait personne pour respirer le parf\!m
LA CHASTE ADOLESCENCE LES PLANS DU CRÉATEUR

des fleurs. Il n'y avait personne pour savourer les fruits. et un dévouement incessant elle soigne son foyer.
Il manquait ['être intelligent et conscient qui absorberait ses enfants et déride d'un sourire les traits sévères de
toute son époux rentrant d'un travail pénible. Sa force
. cette. beauté immense dans une âme avide' ~
créatrice n'est pas aussi élevée que celle de l'homme.
qUI ne seraIt pas seulement une pièce du grand méca-
nisme de la nature, mais qui se porterait consciemment mais sa patience et sa persévérance sont plus grandes .
vers tous ces chants d'oiseaux, ces murmures de .Dieu a réalisé pour l'humanité le plus bel idéal en
ruisseaux, le parfum des fleurs, le chuchottement créant deux sexès. Il a fondé le charme inépuisable
des forêts, la dignité sévère des massifs neigeux, le de la vie familiale, l'amour de l'époux et des enfants
bourdonnement des abeilles, et qui élèverait avec et même en partie l'amour du pays sur la différence
amour vers le Créateur de toutes choses sur les ailes des sexes.
de la reconnaissance une âme enivrée des beautés de Il faut donc dans le monde l'homme et ljl femme.
la nature. Il faut la force de l'homme à côté de la tendresse
de la femme. Il faut l'énergie ardente de l'homme à
côté de l'amour, de la beauté et de la sensibilité plus~
. /'
Le premier homme et la première femme. profonde de la femme. Les deux sexes sont msépa-'
rablement faits l'un pour l'autre. C'est pourquoi le
C'est alors que Dieu créa le premier couple humain. Créateur a placé la première femme à côté du premier
Un homme et une femme. L'homme et la femme homme et c'est pourquoi Il a fondé dès le commen·
~ont ~eux êtres complets en eux-mêmes et cependant cement de l'humanité la première famille.
Ils dOIvent se compléter l'un l'autre. Dans les deux
sexes le Créateur a réalisé ensemble complètement
l'idée d' « homme ». Chaque sexe a son caractère parti- Les plans du Créateur.
culier, mais l'homme et la femme en se complétant
mutuellement donnent l'idée complète d' « homme ». Mais en créant les deux sexes, Dieu avait encore
La marque caractéristique de l'homme c'est le des desseins plus profonds et plus saints. Avec l'union
travail créateur qui réclame du courage et de l'activité. des deux sexes Il a donné aussi aux hommes une force
Sa volonté est forte, son caractère ferme, persévérant créatn'ce. Il v.oulait qu'ils eussent part à son œuvre
dans ses résolutions. Il est rempli de joie, quand il créatrice et qu'ils remplissent par une génération
peut braver victorieusement d'un front dur comme le nouvelle le vide que la mort creuse parmi les hommes.
granit les mille orages du combat de la vie. Ce fut le plan infiniment sublime et mystérieux du
La femme serait écrasée par la lutte continuelle créateur en fondant, le mariage. Suivant l'intention
pour la vie. Le terrain le meilleur pour elle c'est de Dieu il nous faut regarder le jeune homme et la
le doux nid de la famille, où avec un amour inépuiiable jeune fille dans la plénitude de leur intégrité et de leur
LA CHASTE ADOLESCENCE
LES PLANS DU CRÉATEUR 17
force comme une incorporation de l'idée créatrice divine.
Vous avez tous appris au catéchisme que Dieu a créé périssent, cessent d'exister - et cela par millions année
Lui-même directement les deux premiers êtres humains, par année. Mais si cela durait continuellement ainsi
Adam et Ève. Mais tôt ou tard chaque enfant se pose et qu'il n'yen eût pas de nouveaux à leur place, rapi-
la grande question: Qui donc a créé les autres hommes? dement la vie cesserait sur la terre. C'est vrai, Dieu
Dieu ne lea a pas créés directement, comme les pre- aurait pu à la place de chaque être vivant disparu en
miers hommes, comment sont-ils venus sur la terre'? créer Lui-même directement un nouveau. Mais sa
Et comment suis-je venu moi-même sur terre? Et sainte, et mystérieuse volonté a réalisé une chose encore
,enfin comment viennent au monde les petits enfants? plus grandiose : à chaque être vivant Il a donné la
Certainement c'est une question extrêmement grave. force de pouvoir donner lui-~ême la vie à d'autres
Et chaque enfant tôt ou tard est agité du désir de mais d'une manière si mystérieuse que jusqu'à présen~
savoir. Je préfère te répondre plutôt que de te les hommes les plus savants du monde n'ont pas réussi
laisser questionner les autres. à en pénétrer les secrets.
, Sois donc attentif, mon .cher enfant. Tu sais As-tu déjà vu, mon enfant, pendant l'hiver
certainement fort bien que les savants répartissent sur l'arbre endormi le bourgeon à peine visible?
]'ensemble des créatures de l'univers en deux grandes Chaque bourgeon est le nid d'une pousse nouvelle,
classes: les êtres organiques et:les êtres inorganiques. d'u~e fleur nouvelle, d'un nouveau fruit, d'un nouveau
Dieu n'a pas seulement créé ~ les êtres appartenant petIt arbre. Les bourgeons n'attendent que la caresse
.à la première classe (les plantes, les animaux et d'un rayon du soleil printanier pour se mettre à s'ouvrir
l'homme)" mais Il les a pourvus d'une partie de sa à grossir, à fleurir; les fleurs attendent la visite de~
propre force créatrice, si bien que ces êtres, grâce à insectes de mai ou d'un vent léger, que lesàiles
,cette force génératrice, peuvent donner la vie à de du vent, les pattes des abeilles apporteqt le pollen
petits êtres vivants semblables à eux. La plante produit mâle et le sèment sur le pistil d'une fleur femelle.
une nouvelle plante, l'aniIl!al met au jour son petit Lorsque le pollen a atteint le pistil lès deux fleurs à
·e t l'homme donne naissance à de petits enfants. cet instant sont unies pour ainsi dire par un amour
Aux êtres inorganiques (le soleil, les étoiles, les réciproque. Le pistil fécondé commence à croître
minéraux, les montagnes, la mer, etc.) Dieu n'a pas à grandir. II devient de plus en plus grand, de plu~
donné la force créatrice. Pourquoi? Parce qu'ils ne en plus développé, jusqu'à ce que finalement - après
périssent pas aussi facilement que les êtres vivants quelques semaines ou une paire de mois - ,arrivé à
·et qu'ainsi ils n'ont pas besoin d'appeller à l'existence maturité, tombe devant nos pieds un fruit milr et dans
nes petits à leur place. Mais cela est nécessaire le fruit une semence nouvelle, germe d'un nouvel
pour les êtres organiques. ' Le .poisson et l'oiseau, ( arbre, d'une nouvelle vie. C'est ainsi que le Créateur
.l'arbre et la plante, l'animal et l'homme ,vieillissent, prend soin que la nature se renouvelle continuellement
elle-même.

Cha8te AdolsllOlD08.
18 LA CHASTE ADOLESCENCE LES PLANS DU CRÉATEUR 19

nouvel homme est venu au monde. Un notrirel


enfant, un nouveau petit homme qui n'est ni le père
La source de la vie.
ni la mère en petit, mais qui réunit son père et sa
mère; un troisième être humain dont la vie cependant
C'est de même qu'Il veut veiller aussi au renouvel- est déterminée déjà en bien des points à l'ava~ce
lement, à la conservation ' de l'humanité. Il a donné par le genre de vie antérieur du père et de la mère,
à l'homme une force créatrice : force mystérieuse, par la vie antérieure honnête ou pécheresse. Mais
à proprement parler faculté réellement divine en aussi n'y a-t-il pas plus grand amour au monde que
vertu de laquelle il peut mettre au monde une celui des parents pour leurs enfants qui au sens le plus
vie nouvelle, un homme nouveau. Il a placé dans exact du mot sont issus de leur chair et de leur sang.
l'homme une force créatrice, une semence vitale, dans
la femme un petit germe humain, afin que de la réunion
des deux surgisse un nouvel être vivant, un nouvel La mère et le fils.
homme. Cette force génératrice, cette semence de
'lie èt ce germe sommeillent pendant des années dans Écoute cette conversation pleine d'abandon entre
l'enfant sans que celui~ci en ait conscience, comme un petit garcon et une mère de famille raisonnable
les bourgeons des arbres pendant le froid de l'hiver. qui aime mieux répondre elle-même franchement
Mais le printemps de la vie arrive, quand l'enfant aux questions de son enfant plutôt que de le laisser
devient un jeune homme, quand la petite fille deviem demander des explications à des camarades douteux.
une jeune fille; le rayon de soleil souriant et vivifiant « Chère maman, demandait à sa mère un petit
se met à briller, le jeune homme s'enflamme d'amour collégien, comment est-ce que j'étais petit, lorsque
pour la jeune fille, il la prend pour épouse et dans le j'étais encore tout petit.
sanctuaire de la vie conjugale véritablement unis Lorsque tu étais tout petit? Oh! tu étais comme
l'un à l'autre, ils unissent leurs deux âmes et leurs un point. Plus petit qu'une tête d'épingle. On n"aurait
deux corps. Et cette union corporelle, cet amour qui pu te voir qu'avec un verre grossissant.
unit les époux non seulement les remplissent tous deux Mon Dieu! dit l'enfant. Mais alors n'importe qui
d'allégresse, mais font agir le germe qui sommeillait aurait pu m'écraser 1
'jusqu'alors dans la femme, à cet instant le petit Certainement, répondit la mère. Tout être vivant
germe humain a commencé à vivre, le petit bourgeon est au commencement un tout petit point, un petit
humain a commencé à grossir, à croître, à se germe, une petite semence, qu'il faut cacher, comme la
développer et après neuf mois il est assez fort semence sous la terre, afin qu'elle soit protégée,
pour tomber comme un fruit de la coquille, se séparer lorsqu'elle commence à se développer. Et vois-tu,
de l'arbre nourricier maternel et nous disons .:. ~un le bon Dieu a pris soin de toi afin que tu n'éprouves
20 LA CHASTE ADOLESCENCE LES PLANS DU CRÉATEUR 2.1

.aucun dommage, tant que tu ttais si petit. Et dans mon ' ciation, cette fête où l'ange salua la Vierge Marie et
corps, sous mon cœur, Il a fait une petite place pour lui annonça qu'eUe aurait un fils? Le 25 mars n'est-ce
toi. Un nid bien chaud, bien doux, bien protégé, pour pas. Et quand célèbre-t-on la naissance du petit
que tu puisses y pousser et grandir en sécurité. Jésus? Le 25 décembre. Quel est l'intervalle entre
Et je pouvais m'y nourrir, maman? Et respirer? ces deux jours? Neuf mois. Tu sais aussi quel est le
Je faisais tout cela à ta place. A ce moment-là je jour de l'Immaculée Conception de la Vierge Marie.
mangeais davantage, pour être. plus forte et te faire Le 8 décembre. Et le jour de sa naissance? Le 8 sep-
profiter de ma force. Ce que je mangeais se transformait tembre. L'intervalle entre ces deux jours est encore
en sang et le sang coulait en toi et te nourrissait. de neuf mois. Eh bienl jusqu'à présent tu avais entendU
Maman, est-ce que tu savais que j'étais là dans cette parler de tout cela, mais tu n'y faisais pas attention
cachette. et je ne t'en parlais pas, tant que tu 'n'étais pas devenu
Si je le savais? Oh 1 mon petit enfant, comme je le un grand garçon. Maintenant tu le sais, mais, mon cher
savais. Parfois tu remuais et chaque fois je me mettais enfant, n'en parle pas aux autres enfants. Les grandes
à causer ~vec toi. Bonjour, mon petit. Est-ce que tu ' personnes non plus n'ont pas le droit d'en parler sans
es réveillé? Et ta maman veillait sur toi et pensait à motif. Pourquoi? Parce que c'est une chose très sainte
toi. Grandis et fortifie-toi afin que tu aies bientôt assez et sublime et si on ne fait pas attention aux choses
de force, que tu sortes de ta cachette et que je puisse belles et saintes, elles sont vite souillées.
t'apercevoir avec grande joie. Et pendant ces neuf mois j'ai prié beaucoup, car,
Et maintenant tu me regardes avec de grands yeux je voulais que tu devinsses un enfant bien pieux et
comme si jusqu'à présent tu ne savais rien de tout cela. aimant Dieu. J'étais toujours de bonne huméur et
Tu le savais pourtant, seulement tu ne le comprenais souriante, car je voulais que tu fusses de même.
pas encore. Tu sais bien que chaque jour nous récitons Lorsque tu fus assez fort, un jour la porte ferm,ée
ensemble dans le « Je vous salue, Marie» : « . .. et Jésus s'ouvrit et tu en sortis, tu étais né. Certainement cela
le fruit de vos entrailles est béni ». Tu vois? De même me causa d'atroces douleurs, mais qutimporte 1 Car
que la pomme est le fruit du pommier, de même le dès. que tu parus au jour, tu poussas de grands cris,
petit enfant est le fruit de sa maman. Mais le petit tu pleuras, tu te débattis, on te placa dans mes bras
enfant a plus de valeur que la pomme et ·c'est pourquoi .et ~ t'ai serré contre moi, j'ai pleuré moi ,aussi, mais
le bon Dieu a voulu prendre beaucoup mieux soin de de joie et je t'ai embrassé et je t'ai embrassé, 'et main-
lui. C'est pourquoi il reste si longtemps caché dans une tenant tu sais, mon enfant, pourquoi je t'aime tant.
chaude et douce cachette, sous le cœur de sa maman. Oui, maman, et je sais pourquoi moi aussi j'aime
Et combien de temps y suis-je resté, ma chère rilieul!: ma maman que n'importe qui au monde -
.maman? dit l'enfant et avec des larmes de reconnaissance dans
Mais tu le sais bien. Quand est-ce le jc;>ur de l'Annon- les yeux il embrassa sa mère ».
22 LE~ PLANS DU CR~AT~U R 23
LA CHASTE ADOLESCENCE

digne de vénération Sa volonté qui dans l'œuvre de


renaissance continuelle de l'humanité - œuvre réel-
Sainte gravité. lement créatrice - a laissé une part aux hommes.
Mais en même temps quelcomm~ndement sévère
Il ~e nous faut que réfléchir un peu pour qu'une ct strictement obligatoire que l'organe corporel dont,
emotlOn et une admiration ,immenses s'emparent de ;\\ec une sage prévoyance, il a pourvu l'homme soit
nos âmes devant la pensée grandiose de Dieu. Qu'il est employé uniquement dans le but saint qu'Il a prescrit
sublime le plan divin, de ne pas vouloir créer spécia- (que par un amour mutuel de l'homme et de la femme
lement l'homme dans un état de développement un nouvel homme vienne au monde) et seulement
complet comme Adam et Èv~. En effet comme le monde dans le cadre qu'Il a établi des le commencement,
entier serait tout autre, étranger, froid, désert, s'il l'homme et la femme étant unis dans un mariage
n'en était pas ainsi! Il ne pourrait être question de indissoluble.
famille, car la famille est constituée par le père, la Dans toute la nature la force plus noble, la plus,
mère et les enfants. Nous n'aurions alors ni père nt sainte est la puissance de donner la vie. L'homme
mère ni frères ni sœurs ni parents. Chacun serait possède 'avec la nature la puissance de donner la vie
tout seul au monde. Alors personne n'aimerait son à de nouveaux petits êtres humains, mais de même
\prochain, personne ne saurait à qui faire partager ses que l'âme humaine s'élève à une hauteur à perte de
joies, à qui confier ses peines. vue au-dessus de tout autre être créé, de même il faut
Il n'y aurait pas de petits enfants dans le monde. considérer cette faculté créatrice avec la plus délicate
Il me vient aussi cette idée singulière : chacun serait observation des lois morales, en la transportant de la
grave, adulte, oncle barbu ou tante agÉe et la maison ne sphère matérielle dans le monde spirituel. Nous renon-
retentirait pas des jeux et des rires argentins des enfants. cerions à notre plus beau privilège, « notre nature
Il n'y aurait pas d'enfants et elles seraient inconnues raisonnable » s'il y avait en nous une seule manifesta-
l'in30uciance et la joie des années d'enfance. tion de notre vie physique par laquelle nous ne nous
Vois comme il est inexprimable l'amour de Pieu distinguerions pas et ne nous élèverions pas tout à
dans la manière qu'Il a ch?isie d'assurer la perpétuité fait au-dessus de l'activité entièrement animale.
de l'humanité. Il n'a créé directement que les deux Donc, mon fils, ne pense toujours qu'avec la plus
premiers hommes, un homme et une femme; et à ces sainte gravité à cet organe, n'écoute jamais une con-
deux-là, et par eux à tous les autres, Il a communiqué versation à double sens à ce sujet, n'en parle pas toi-
une part de sa force créatrice, SI bien qu'ils donnent même, ne le regarde pas, ne le touche pas et garde-
eux-mêmes aux autres hommes la vie du corps. toi toujours pur. Tes poumons~ ton cerveau, ton
, Comme il est merveilleux, comme il est saint, comme cœur, tu ne peux pas les toucher (quand tu
tl est noble le plan du Créateur. Comme elle est infiniment pourrais y arriver); de même tu n'as pas le droit
LA CHASTE ADOLESCENCE LES PLANS DU CRÉATEUR

par jeu, par légèreté de toucher ou d'exciter cet organe. dans le mariage, seulement de manière que des enfants
En effet le plan du Créateur est que jusqu'au mariage puissent voir le jour.
chacun garde sans exception dans une pureté sans Pourquoi Dieu en a-t-Il disposé ainsi? - pourrait-on
tache son corps et son âme : et si pour un but plus encore demander. Pourquoi? Nous pourrions répondre:
élevé - par exemple le prêtre catholique pour le salut Dieu est le Maître absolu; Il ne doit à personne compte
des âmes ou un grand savant dans l'intérêt de son de ses lois. Celui qui a construit une machine sait le
œuvre scientifique - quelqu'un ne se marie pas qu'il mieux ce qui lui est nécessaire pour bien fonctionner
vive ainsi dans la pureté jusqu'à la mort. et ne pas s'abîmer; Dieu a conçu et créé t'homme et
Dieu ne permet donc l'union physique des deux Il sait le mieux comment l'humanité doit vivre pour
sexes .que sous la forme légale fixée par Lui, l'union ne pas péril
indissoluble conclue pour la vie et seulement de manière Mais si nous réfléchissons un peu, notre raison nous
que puisse en résulter la naissance des enfants. Qui- montrera que la vie sexuelle peut se manifester
conque en ce monde utilise cet organe corporel de seulement dans le mariage sans dégrader l'homme et
n'impoite quelle autre manière (soit seul soit avec sans le diminuer à ses propres yeux. Ce n'est que dans
d'autres) par sensualité et jouissance pèche gravement le mariage que la vie sexuelle est « sainte », car c'est
contre lui-même, contre la société, la nature humaine là seulement que n'éprouve aucun dommage la partie-
elle-même et la sainte volonté du Créateur.. la plus noble de l'homme, l'ârrie. Ce n'est que dans le
Quelques jeunes gens peuvent se demander : com- mariage que l'instinct sexuel ne devient pas une pure
ment est-il possible que la vie se1Cuelle soit une cho~e recherche de la jouissance, mais un épanouissement de
bonne et sainte dans le mariage et que par contre la nouveaux germes humains, la mise au jour de nouveaux
même chose en dehors du ,mariage soit mauvaise et un enfants dont l'éducation ne peut être assur~e que dans
grand péché? Comment est-ce possible? - raison- le mariage indissoluble. En définitive l'état et la société
nent-ils. Ou bien c'est toujours un péché ou bien ce ne pourraient pas subsister si Dieu n'avait pas lié l'usage
n'en est jamais un. de la vi'e sexuelle exclusivement au mariage indissoluble.
1 Mais on peut facilement trouver la réponse. Oui, Celui qui satisfait son instinct sexuel en dehors du
Dieu Il créé les organe sexuels, l'instinct sexuel et la mariage, soit en touchant son propre corps pour exciter
vie sexuelle; donc cet instinct est saint et son exercice en soi-même des jouissances impures, soit en ayant des 1.
n'est pas mauvais (ce que Dieu a créé ne peut pas être, relations avec une femme avant de se l'être associée comme
mauvais), mais il est mauvais l'homme qui -en fait épouse devant l'autel pour toute la vie, est le bourreau
usage dans des circonstances où Dieu ne le permet pas. de son honneur et de son bonheur pour soi-même et
Or il est plus clair que le soleil que suivant la volonté pour les autres.
de- Dieu c'est seulement dans le mariage qu'on
,a le droit de faire usage de. l'instiI.lct sexuel et, mêm~
26 LA CHASTE ADOLESCENCE LES PLAN& DU CRÉATEUR 27
Mon fils, tu ne peux pas passer comme un sourd
Le péché d'impureté. <levant ces accents séducteurs.
Dès que ton corps, à l'âge de trelze-quatorzeàns,
Et pourtant ... et pourtant.. Il Y a à peine un don <:!eviendra plus fort et se développera, de Jour en Jour
de Dieu dont l'homme n'ait pas abus~ avec p!us ~'ingra:\ tu sentiras davantage combien de manifestations de
titude et de méchanceté; avec une tnstesse mfime nous notre vle sociale actuelle sont souillées par cette con-
pouvons dire que l'humanité n'a peut-être )an:ais -ception lmmorale. Dans les rues, au théâtre, dans les
détourné un seul plan divin autant de sa destmatlOn livres, dans la société de tes camarades, partout tu
originelle que le respect de la pureté d'âme, les véritables rencontrera le mépris attnstant des plans du Créateur,
relations réciproques de l'homme et de la femme. sans cesse la tentatlOn dresse contre tOI le mons-
L'éveil d'une nouvelle vie va partout de palr trueux dragon de l'impureté, de l'impureté de l'âme.
avec une grande joie. Vois seulement au printemps, De tels livres te tomberont dans les mams, on te
au renouveau de la nature, comme le rossignol chante, conduira dans de pareils théâtres, on t'introdUira
comme le vent chuchote, comme l'abeille bourdonne, -en pareilles sociétés. Et même - j'écns ces lignes
comme le ruisseau murmure, comme tout se réjouit de le cœur serré - combien d'enfants, dès leur Jeune âge,
la vie nouvelle. Le commerce sexuel de l'homme et de peut-être déjà.à l'école primaire ont été initiés à ces
la femme d'où doit naître une vie nouvelle, le Créateur choses par des camarades corrompus, à ces choses dont
l'a uni au plaisir, pour que l'homme prenne sur lui l'idée n'aurait dû vemr en eux que quelques années
les nombreux sacrifices qui vont de pair avec l'édu- plus tard. Un grand nombre tombe ainsi victime des
cation des enfants. séductions de leurs compagnons. De tels camarades
Le plan divin est là devant nous parfaitement clair.: s'approcheront de tOI, pour te parler avec une bouche
l'union d'un homme et d'une femme dans une Vie impure de l'éveil des Jouissances du corps, de l'origme
conjugale indissoluble dans le but d'assurer à l'humanité de la vie, de la naissance de l' enfant, cama~ades
de nouveaux successeurs. En revanche le théâtre, le ' qui sont déjà corrompus par une plaie hideuse de notre
cinéma, les tableaux, les photographies, les romans, époque, plaie qui dégrade par le honteux moyen de
les articles de journaux, les livres, des milliers et des l'in<:onduite les plans sublimes du Créateur.
dizaines de milliers de faux prophètes annoncent à la
société que l'homme et la femme ont le droit, même
avant le mariage, même à un âge insuffisamment avancé
et sans fonder plus tard une famille, soit seuls soit avec Le saint mystère.
d'autres, de se procurer ces plaisirs du corps que
suivant la plan du Créateur ils ne devraient connaître Mais tu vois déjà, mon -fils, combien ces infortunés
que dans le sanctuaire de la vie famtliale. sont à plaindre. Car s'ils connaissaient le saint devoir,
LA -CHASTE ADOLESCENCE ,LES PLANS DU CREATEUR 29
la noble tâche que Dieu a attachée à cet instinct humain~ toujours un voile. Le papillon se cache dans un cocon,
ils n'en parleraient pas avec une grossièreté aussi lorsqu'il change de forme, personne ne le voit. Et qui
effrontée. a jamais vu la semence germer? Personne. Profon-
Juge toi-même, mon fils, quelle vulgaire façon de -dément cachée dans le sein de la terre, elle surgit à
penser, quelle dégradation de l'âme il faut pour débiter une nouvelle vie. Qui a jamais vu le cristal de l'amé-
et déverser des plaisanteries ordurières sUr un des thyste bleue et du rubis rouge-feu se former dans le
plus saints et des plus nobles privilèges dont le Créateur silence absolu des profondeurs mystérieuses des
a voulu revêtir l'homme. rochers? Personne. Le commencement, la naissance,
« Ne savez-vous pas que VOu& êtes le Temple du Saint- l'origine de la vie sont partout mystérieusement cachés.
Esprit qui habite en vous? )) dit la sainte Écriture L'homme recherche vainement le commencement de
(10 Corinthiens, VI, 19). Dans un temple chaque place la vie; le plus grand savant finalement s'aperçoit qu'il
est sainte, dans notre corps tout aussi est saint, car est arrivé devant le seuil d'un sanctuaire fermé. Encore
il vient de Dieu. Mais dans chaque temple il y a une un pas et - c'est Dieu qui se dresse devant lui.
partie qui est spécialement sainte : le tabernacle où Et voilà que tes camarades parlent de ce sublime secret
le Seigneur Lui-même habite dans le Très Saint ·avec une langue impure et cet instinct destiné à assurer
Sacrement et dont on ne doit s'approcher qu'en la conservation de la race humaine, et qui est peut-êtire
inclinant la tête, en s'agenouillant avec un profond la pensée la plus sainte, la plus noble du Cré~t'e~i'~,
respect; dans le corps humain allssi il y a un endroit -devient ptJur eux un sujet de jeu frivole, de jàt'i~~ai\'E~
particulièrement secret - ce n'est pas le cœur, ce ,et de plaisanteries malpropres l ' .- .
n'est pas le cerveau - mais l'organe où habite une Mais tu sais déjà maintenant quelle hallte' , 'inission
parcelle de la force créatriCe du Tout-Puissant et te réserve l'avenir, Tu sais qu'un jour " -:::' s'i "selo'ri
auquel on ne doit penser qu'avec le plus grand respect. les plans divins tu te maries - tu appelleras à
Plus tu penseras avec le respect convenable à la ]a vie des germes humains et' tu baiseras sur le
sainte force créatrice qui s'éveille en toi entre qua- front la Belle au bois dormant, Tu sens j'immense
torze et seize ans, plus tu prendras clairement con- responsabilité qui pèse sur tes épaules et réclame
science que dans. ton corps, suiv;mt l'admirable ,que jusqu'à ce saint moment tu gardes les forces
volonté de Dieu; sommeillent la vie, le bonheur, et ,de ton corps dans une pureté totale et que tu ne
l'avenir de toute une génération, moins tu t'en ,gaspilles pas les forces de ton organisme. Tu sais
moqueras, moins tu en souriras et même t:u n'en que satisfaire tes instincts en dehors du mariage
parleras pas du tout. ,équivaut à profaner en toi la dignité humaine. Tu
En effet la naissance de la vie est dans la nature :sais que dans tout jeune homme et dans toute jeune
entière un secret. Secret saint et impressionnant. Là :fille sont cachés un père et une mère mais celui qui ne
où commence une nouvelle vie, II? Dieu Créateur jette .11 eut pas vivre chaste avant le mariage. ne pourra pas
3° LA CHASTE ADOLESCENCE
LES PLANS DU CRÉATEUR '31
non plus demeurer fidèle et honnête pendant le mariage ..
malades, aveugles de naissance, idiots, paralytiques,
Le sort de générations entières dépend de la manièrt>
criminels, fous, maudissent les péchés de jeunesse.
dont tu pourras être un jour avec une pureté totak
les excès de leurs parents.
parmi les ouvriers du Créateur.
, Ta bonne volonté présente, tes saines idées vont
Les racines de l'arbre sont cachées dans la silen-
être, malheureusement, mises à l'épreuve par les
cieuse profondeur du sol et elles envoient dans le tronc:
mille tentations de ta jeunesse et du monde.
et dans la cime la force vivifiante qui le développe;.
Livres, gravures, pièces de théâtre, films, annonces,
si nous sortons les racines à la lumière du soleil,.
cartes illustrées, feuilles humoristiques, chansons,
l'arbre séchera. L'âge viril, le développement de l'ins-·
comédies, vitrines des libraires, articles de journaux,
tinct sexuel doivent se produire dans un silence aussi
etc. se précipiteront sur toi par milliers et te
mystérieux, dans une sainte réserve, sans regards ni
crieront aux oreilles « ne sois pas une sainte nitouche ))' ,
pensées curieux. Aussi tu ne parleras jamais par·
« ne sois pas un arriéré, avec la mentalité du moyen
curiosité de ces choses-là avec tes camarades, car ce
âge )), « ne sois pas un enfant)l, n'attends pas jusqu'au
que la sagesse divine tient caché devant nous,Ia curiosité
'\ mariage ou bien ne sois pas fidèle dans le mariage,
humaine ne doit pas le produire à la lumière du jour ..
. mais procure-toi les jouissances du corps, les plaisirs
Aussi estimeras-tu l'organe de la génération trop,
des sens, autant et partout où c'est possible. Dans le
noble pour que tu le profanes par ta jouissance:
monde entier actuel si bouleversé tu entendras san~
personnelle contrairement aux desseins du Créateur.
cesse répéter que l'amour et la jouissance sont le but
En effet dans tes jeunes années non seulement tu, unique de la vie. .
bâtis ou tu détruis dans ton propre corps et dans.
Et tu es là la tête étourdie au milieu de ce bruit
ton âme, mais aussi pour les générations futures. Tu de foire.
n'écouteras pas la séduction, même si elle vient sous.
Tu ne sais que faire, à quoi t'attacher, quelle
le masque de la littérature ou de l'art; car tu sais. conduite tenir.
bien : malheur à ces voyageurs que le feu follet.
, Tu arrives à la croisée des chemins où va se
détourne de la route vers le marais fangeux : ils dis-
décider ton sort, le sort de toute ta vie. Et pour
paraîssent irrémédiablement dans la boue.
toi se pose la question, l'importante question qui
Le développement de cette semence vitale qui.
attend une réponse pressante: Où dois-je me diriger?
maintenant ne .fait que mûrir en toi peut s'orienter
dans une bonne ou une mauvaise direction, suivant.
ta conduite et ta manière de vivre dans tes jeunes.
années, de sorte que tu seras une bénédiction ou une:
malédiction pour ta future famille. N'oublie pas

qu'une troupe innombrable d'enfants névropathes,.
ou IRAi-JE? 33

A la croisée des cher.nins.

Cet épisode se passa dans sa jeunesse, lorsque


(CHAPITRE II d'enfant il commençait à devenir jeune homme. Un
jour qu'il était tout seul, plongé en lui-même, deux
OU IRAI-JE? femmes se présentèrent tout à coup devant lui. L'une
se mit à lui parler ainsi: ; ,
Je vois, Hercule, que tu te demandes quelle route
• Soyez maître d e votre volonté tu dois suivre dans ta vie. Si tu me choisis pour com-
esclave d e votre conscience . J pagne, je te conduirai sur une route agréable où durant J
(MARIE VO N EB NER-EsCHENBACH). ,
toute ton existence tu ne trouveras que du plaisir et :
• Il se trompe celui qui croit pas de peine. Tu n'auras d'autre soin que de savoir ce '
qu'cn se montrant faible dans sa .
j eunesse il pourra avoir un carac- que tu mangeras et boiras et comment tu donneras :
tère plus ferme arrivé à l'âge satisfaction à tes sens .. . Si tu m'appartiens, tu auras '
d'homme. »
(J OSEPH ~OTV(9) . toutes les joies sans travail et sans peine ... '
' Alors Hercule l'interrompit l'· ,
Femme, quel est ton nom?
Tu connais Thistoire d'Hercule, le plus grand Mes amis m'appellent « Bonheur » - répondit la
héros du monde légendaire grec? Il était l'idéal per- femme - , mes ennemis me nomment « Vice ».
sonnifié de la force virile et du courage. Son ennemi Entre-temps l'autre femme s'était approchée.
voulut le faire périr dès le berceau : il plaça deux Moi, je ne veux pas te tromper --.:. dit-elle. Je t'affirme
serpents à côté de lui, mais l'enfant robuste étouffa que les dieux ne donnent ni grandeur ni bien sans
les serpents. Sa vie est remplie des plus beaux exploits. travail et sans peine. Si tu me suis, certainement tu 1
Il tua l'hydre de Lerne, il dompta le taureau de Crète, auras beaucoup à travailler. Si tu veux que toute la \
il vainquit les Amazones, il nettoya les écuries d'Augias, Grèce te loue à cause de tes exploits, efforce-toi de faire ,
il ravit la pomme d'or ejes Hespérides ... Et pourtant du bien à toute la Grèce. Si tu veux que ton champ '
ce héros fabuleux n'échappa pas à l'épreuve que - porte des fruits abondants, travaille ton champ. Si
c'est la vérité - aucun homme ne peut éviter :. tu. veux devenir un,. guerrier célèbre,apprencls cette
lui aussi arriva un jour à la croisée des chemins où SCIence auprès d'hommes capables. Si''tu veux devenir
irrévocablement, il faut prendre une décision capitale: robuste, habitue ton corps à obéir à la raison, àsup-
,où irai-je, quel chemin suivrai-je? r porter le travail pénible et la peine•••

Chaste AdoJescence.
34 LA CHASTE ADOLESCENCE OU IRAI-JE 35
Le Vice l'interrompit : quand finalement leur dernier moment est arrivé, ils
J As-tu entendu, Hercule, sur quel chemin pénible ne descendent pas dans les ténèbres de l'oubli, mais
cette femme veut te conduire? Et comme moi je te leur souvenir continue à vivre grorieusement sur les
mène facilement au bonheur. lèvres des génér,tions à venir. Hercule, fils d'illustres
Misérable! - s'écria la Vertu. Quel bonheur peux-tu parents, si tu agis ainsi, tu parviendras à une gloire
donner? Peut-il y avoir un bonheur plus misérable éternelle ...
que le tien, car tu ne fais rien pour l'acquérir. Tu
manges avant d'avoir faim, tu bois avant d'avoir soif. ...
• olt
En été tu soupires après la: glace et la neige. Tu désires
le sommeil, non pas parce que tu as beaucoup travaillé,
mais parce que tu n'as rien fait. Tu pousses à l'amour Voilà comme j'ai lu l'histoire d'Hercule rchez un
tes partisans, avant que la nature le réclame et tu vIeil écrivain grec, Xénophon, au troisième' livre de
souilles la nature par l'abus des deux sexes. Tes fidèles l'ouvrage intitulé « De Cyri expeditione». Et maintenant
sont habitués à faire des choses honteuses pendant je l'ai écrite pour toi, mon fils, car un jour toi aussi
la nuit, et à dormir une bonne partie du jour. Bien tu arriveras certainement à la croisée des chemins
\ que tu soies immortelle, les dieux t'ont exclue de leur lorsque' .tu prendras conscience de cette constatatio~
milieu et les hommes de bien te méprisent. Tes jeunes impérissable de la Sainte ' Écriture : La chair a des
amis ruinent leurs corps et les plus âgés perdent leur' désir~ con~r~res à ceux de l'âme )) (Galates V, 17) _
âme. Dans leur jeunesse, ils se sont vautrés dans les et tOI aUSSI 11 te faudra faire ton choix.
jouissances jusqu'au dégoût et maintenant dans un Fais bien attention!
âge avancé ils se traînent en soupirant. Ils ont honte
de leurs actions passées et maintenant la fatigue de
leur vie gâchée pèse sur leurs épaules. Moi au con-
traire j'habite avec les dieux et au milieu des hommes
De l'enfance à l'adolescence.
les meilleurs. Sans moi rien de ' noble ne se produit
dans le monde. Les dieux et les hommes m'honorent. Depuis ta quatorzième ou seizième année _
Les artistes m'aiment comme leur auxiliaire, les pères peut-être déjà plus tôt - tu sens en toi-même des
de famille comme gardienne de leur foyer. Pour ceux choses nouvelles, extraordinaires. Ton corps et ton
qui me suivent, la nourriture et la boisson sont chose âme commencent à se transformer, à fermenter;
agréable, car ils n'en font usage que quand ils en ont de nouvelles idées, de nouvelles pensées, de nouveaux
.besoin. Le sommeil leur est plus doux qu'aux pares- e~o~s, des désirs non encore ressentis auparavant
seux et ils nc lui sacrifient pas un seul de leurs devoirs. s ével~l:nt a~ dedans de toi. Tu es comme le jus
Leurs amis l es estiment et leur patrie les honore. de ralSln qw se met à. fermenter pour devenir un
LA CHASTE ADOLESCENCE OU IRAI-JE?
37
vin généreux. La période de transition se lève pour te' voient grandir de dix centimètres, en deux ou
toi : l'enfant inconscient devient le jeune homme trois ans tu atteins une taille démesurée. Tu ne
qui prend conscience de lui-même. èours plus si vite que les petits, mais tu ne peux
Cette importante transformation est accompagnée pas non plus marcher aussi aisément que les grands. '
de telles manifestations qu'elle ébranle et met en mou- Tes poumons se dilatent, tes os deviennent plus forts,
vement les plus petites parties de ton être. Je dirais ta poitrine s'élargit. Les premiers traits virils et graves
presque que l'enfant condamné à disparaître lutte se dessinent sur ton visage d'enfant. Ta belle voix
au-dedans de toi avec le jeune homme en train de de sop~ano disparaît. Et lorsque personne ne te voit,
naître. De même qu'au printemps la force vitale se tu essaies devant une glace si tu peux déjà tourner
met en mouvement dans les branches endormies des ta moustache qui commence à pousser.
arbres et que la sève nouvelle fait s'épanouir les bour- Dis-moi, n'est-ce pas ainsi?
geons, de même bouillonne au-dedans de toi le sang ~out cel~ ','fl0ntre que tu es au printemps de
ardent du printemps de la vie, il bat dans tes veines, la VIe. Or le prmtemps est un temps infiniment précieux:
bouleverse tes désirs et tes pensées. il décide de toute la moisson de l'année. Apres un prin-
Et toi? temps malheureux l'été n'a pas de fr?f-it et l'automne est
A demi déconcerté, troublé et mcertain tu con- affreux.,
temples dans ton âme le tourbillon de sensations ?r ce ?'est pas seulement tori extérieur qui change,
nouvelles, tu te sens presque étranger à toi-même, malS aussI au dedans de toi se développent des organes
devant ton ancien moi. Comme les oiseaux migrateurs, plus nobles. Ton cœur, tes poumons, ton cerveau,
aux premiers rayons du soleil d'automne, une véritable tout ton système nerveux se développent aussi par
fièvre et l'inquiétude s'emparent de toi. un travail intérieur, pour devenir un instrument
Dis-moi. n'est-ce pas ainsi? approprié à ton organisme qui a grandi. ,
Ce passage de l'enfance à l'adolescence est une
véritable tempête,'" une révolution. Parfois tu as des
maux de têtes, des vertiges, des saignements de nez;
Ton organisme se développe. et. ,t.on cœur se met à battre de manière effrayante.
,N ale pas peur, cela va de pair avec le développement
,.. Tout d'abord ton corps grandit. Tes membres de ta nature. Avec une nourriture convenable du
s'allongent. Assurément tu as parfois une allure ~ommeil, des délassements tu pourras soigner ta s~rtté.
un peu comique. Tu ne sais plus que faire de tes ~~ Mais fais bien attention que cette époque, « l'tige
grands bras - à moins que tu ne mettes tes mains mgrat » est l'époque la plus importante de toute ta
dans tes poches. Comme ton premier pantalon, vie terrestre.
n'est-ce pas, devient vite trop court? Les VaC!\nces
OU IRAI-JE? 39
LA CHASTE ADOLESCENCE

Mais hélas! combien y en a-t-il qui dans leur incon- en haussant les épaules, avec arrogance. En particulier
cience gâchent irrémédiablement cette période si un grave désir s'empare parfois de la jeunesse : si
importante de leur existence! seulement j'étais déjà un homme! Que ne donnerais- .
je pas pour être seulement plus âgé de quatre ou cinq
ans! Mais si tu n'es pas encore un homme, tu veux
du moins le paraître. Et - chose merveilleuse - ce
Lorsqu'Avril est au-dedans de toi. n'est pas leurs vertus et leurs bonnes actions, mais les
choses extérieures de la vie des grandes personnes que
Ton état d'âme sera aussi très variable, capricieux, tu imites: leurs vêtements, leur allure, leur coiffure, :
facilement égoïste, entêté, irritable, ne reconnaissant . leurs conversations, et évidemment on fume et on
aucune autorité, te mettant au -dessus de tout, recher- ; boit comme elles. .
chant les honneurs et la considération. Ces change- Celui qui ne comprend pas cette période rit de toi .
ments ont leur place dans ton état d'humeur. C'est par manque de tact et se moque de toi, et de ta i
réellement avril qui arrive en toi : le matin le soleil gaucherie. Peut-être ta mère elle-même ne te Jj
sourit avec une gaieté féerique et une demi-heure comprend-elle pas. Auparavant tu étais si obéissant 1
plus tard tu es trempé jusqu'aux os dans la rue et et elle ne saisit pas pourquoi maintenant tu lui
lorsque tu es rentré fort mécontent à la maison, le réponds, pourquoi tu es susceptible. Les petits
soleil se remet à briller. Tu tombes aussi sous te craignent, les grands sont fâchés après toi et tout
l'emprise d'impressions passagères. Tantôt tu es d'un cela t'aigrit. ,.
enthousiasme qui te transporte jusqu'au ciel, tantôt En effet tu es un mystère pour toi-même et l

un sentiment d'amertume et de déception te rejette il faudrait non pas te mépriser, mais t'aider. '
à terre; mais tu n'en sais pas toi-même la raison nt Oh! qu'il est heureux celui qui à cette époque trouve ·
le pourquoi. Un désir de voyager s'empare de toi. un guide sage et mûr auquel il peut confier en toute
Tu soupires après les aventures, la gloire, tu veu\ assurance chacune de ses difficultés! Oh! comme
faire de grandes choses (parfois des jeunes gens il est malheureux, celui qui avec ses doutes et ses
s'enfuient de la maison). C'est dans ces mois, dans problèmes angoissants, se tourne vers les explications
ces années que ton âme est vraiment enrhumée. Le cruelles de camarades corrompus.
moindre courant d'air lui fait du mal et tu attrapes
une inflammation. Non pas des bronches, mais de
1 l'âme. Une grosse fièvre s'empare de toi: tu murmures,
Idées nouvelles, désirs inconnus.'
tu es mécontent, aigri. Tu entres en sueur : tu dis
des bêtises, cette grosse fièvre t'empêche presque de Mais tu sens, tu découvres encore autre chose
parler - convenablement, tu par1es grossièrement, en toi-même. Dans ton âme - qui jusqu'alors ·
CHASTE. ADOLESCENCE OU lRAr-JE?

peut-être était une âme d'enfant claire, harmonieuse, Une force nouvelle commence à se faire sentir en
gaie, insouciante - se prodüisent des changements toi, dont jusqu'à présent tu ne sais pas qu'elle
non moins importants. Un trouble étrange l'envahit, était en toi : c'est ce que l'on appelle « l'instinct
comme si un nuage informe s'étendait sur ton sexuel ».
âme. Des pensées, des désirs surgissent de profondeurs Il est merveilleux le magnifique plan de Dieu. Le
inconnues dont jusqu'à présent tu n'as pas la moindre petit enfant vient au monde impuissant et c'est seu-
idée et qui maintenant que pour la première fois tu lement peu à peu, lentement qu'il acquiert les capacités
les rencontres, te troublent réellement. Avec anxiété dont il.a besoin par la suite dans l'eristence. D'abord
tu songes à tes dispositions tranquilles et calmes d'il il n'a pas de dents, mais elles ne lui sont pas nécessaires.
y a une paire d'années à peine et dans le trouble de ces Mais après la première année il lui faut pour manger
nouvelles pensées surgit ce pressentiment terrible en pouvoir déjà mâcher et il lui pousse une ou deux
toi: qu'est-ce que cela, suis-je moralement corrompu? dents. Peu à peu viennent d'autres dents, autant
Mais il n'en est pas ainsi. Je peux te rassurer : qu'elles sont nécessaires à cette époque. Le's germes
actuellement encore tu n'as aucun motif de t'effrayer. de toutes les dents se trouvent sans donte déjà au
Cependant j'aimerais à te faire une recomman- moment de la naissance, mais ils attendaient patiem-
dation. A savoir que tout ton avenir, toute ta vie ment sous la gencive qu'arrivât le moment où ils
morale dépendront de la manière dont tu auras seraient nécessaires.
passé çes années, cette période que l'on appelle « l'âge L'instinct sexuel de même sommeille tranquillement
ingrat ». C'est maintenant que l'on se rend compte chez le j~une homme, jusqu'à la quatorzième ou quin-
si l'âme qui est seule appelée à commander en toi zième année. Jusqu'alors il ne savait. même pas qu'il
peut être la maîtresse de tes bas instincts, si tu existât (à ~oins que des camarades corrompus ne lui
seras un chevalier aux nobles sentiments et à l'esp rit en eussent parlé en plaisantant). Mais c'est précisément
élevé ou bien le misérable esclave d'habitudes péche- à cette époque que cette force commence à s'éveiller
resses. Ce que j'ai écrit dans les pages qui suivent et à' inquiéter les jeunes gens consciencieux. Cette
est destiné aux jeunes gens qui sont arrivés à ce degré maturité dure environ de la quatorzième ou quinzième
de développement physique, à cet ({ âge ingrat» sans année jusqu'à la vingt-cinquième année, elle est à
avoir' subi la moindre influence nocive du dehors. son maximum entre quinze et dix-huit ans .
. Hélas! il Y ~n a tant qui ont été mis au courant de Mais quelle est cette nouvelle chose que tu com-
ces choses par des camarades corrompus, alors que le mences maintenant à ressentir ...
développement de l'organisme et l'ordre de la nature De plus en plus tu constates ce fait (que tu
ne devraient être révélés à leur esprit que maintenant, avais toujours constaté jusqu'alors, mais qui ne
si bien qu'ils ont passé par cette crise plus rapidement, t'avait pas autant impressionné) que l'humanité se
mais non sans dommage. compose de deux sexes.
LA CHASTE ADOLESCENCE ou IRAI-JE? 43
Le sexe masculin et le sexe féminin. Tu étudies la leçon de prosodie du lendemain,
Tu l'avais bien vu jusqu'ici, mais tu ne t'en peut-être serait-il bon d'essayer si je pourrais réaliser
souciais pas. beaucoup. Tu ne t'occupais des fillettes en pratique les règles apprises. Tu mordilles l'extré-
peut-être que pour leur tirer les nattes en jouant et mité de ton crayon, les strophes passent l'une après
t'amuser beaucoup lorsqu'elles se mettaient à crier l'autre sur le papier et en un tour de main voici tes
avec épouvante. 'premiers vers, - des vers d'amour. Le professeur de
Mais maintenant tu ne le ferais plus pour rien 'prosodie trouverait peut-être que ce (( chef-d'œuvre ')
:au monde. Lorsque tu joues ou parles en compagnie est une survivance de l'âge de pierre, les rimes, le
de jeunes filles, quelque chose de particulier, une gêne rythme sont cahoteux comme une voiture sur une route
que tu n'avais pas éprouvée jusqu'alors, une ardeur {empier~ée mais tu es persuadé que tes vers surpassent
et un plaisir s'emparent de toi. Tu t'efforces de les poésies de Petüfi et de Tempa réunis.
paraître devant elles d'autant plus beau, plus intelligent, Et ce n'est encore que le commencement.
tu leur parles de tes qualités vraies ou imaginaires, de Petit à petit tu prends conscience que ces pensées
tes capacités et loin de les tirer par les cheveux, - ·ct des pensées semblables occupent ton esprit et t'en-
Dieu m'en garde - , tu leur offres au contraire vahissent de plus en plus. Il te faut l'avouer: tu es
généreusement « tes services chevaleresques ) et si amoureux. Et ta conscience délicate commence à
tu peux ramasser avec force courbettes un gant tombé 's'inquiéter et tu ne peux pas te rendre compte toi-
par terre, tu nages dans une joie sans limite. même de ce que tu deviens. Une moisson mystérieuse
·commence à lever en toi dont la semence jusqu'à
présent sommeillait dans les profondeurs de ton âme,
Le premier amour. 's ans que tu en aies conscience et que tes yeux d'enfant
sans expérience regardent peut-être avec épouvante :
est-ce du froment ou hien de la nielle?
Et lorsque tu es à la maison au milieu de tes
livres - car tu es en troisième ou en seconde -
une certaine force de volonté t'est nécessaire pour
apprendre la leçon du lendemain. Tu étudies com- Ce développement {ait partie du plan divin.
ment il faut élever au carré et comment il faut extraire
une racine carrée ... mais' ... voilà .. .que tout d'un coup Encore une fois, mon fils, jusqu'à présent il n'y a
la racine carrée devient des yeux, des oreilles, une pas de mal. Tout cela est chose naturelle, qui arrivera
bouche et - tu ne sais pas toi-même comment - donc à chacun tôt ou tard. Et même --- pour parler
une jolie jeune fille. t out à fait c1airement-·- ces émotions et ces sensa-
Maintenant, tu prends la grammaire hongroise. t ions sex uelles se produisent en loi par lei v olonté de Dieu.
44 LA CHASTE ADOLESCENCE
ou IRAI-JE? 45
Rappelle-toi seulement ce que je t'ai dit dans le
chapitre premier du « plan du Créateur », suivant
lequel la vocation de la plupart des hommes est de Pur jusqu'à l'autel, fidèle jusqu'à la tombe.
veiller à la propagation de l'espèce humaine. Tu as lu
avec quelle merveilleuse et sainte sagesse Dieu a réglé
Conformément à la très sainte et immuable volonté
la continuation de l'humanité. C'est sa sainte volonté
de Dieu, tu ne peux satisfaire ces instincts qui com-
que l'amour mutuel du jeune homme et de la jeune
mencent maintenant à se manifester en toi pour la
fille les réunisse dans le sanctuaire de la vie familiale
première fois et qui ensuite deviendront de plus en plus
et que par le fruit de l'union de deux corps et de l'amour
forts que dans le man"age, c'est-à-dir~ dans l'institution
' de deux âmes l'humanité s'accroisse continuellement
que le créateur a destinée à la conservation de l'espèce
de nouveaux enfants qui remplacent ceux que la mort
humaine. Mais n'est-ce pas, tu es encore loin du
fait disparaître de la terre. Ces sensations nouvelles
mariage. Mais jusqu'à quel point?
surgissent donc en toi conformément aux lois de la
C'est donc ton plus saint devoir de conservèr ces
nature, or les lois de la nature sont saintes et le restent
désirs et ces intincts dans leur pureté et leur intégrité
tant que l'homme ne les souille pas d'une main pécheresse.
jusqu'au jour où tu conduiras ta blanche fiancée
Notre âme est sainte, si elle vit conformément aux lois
devant l'autel du Seigneur. Avant ton man"age tu n'as
de Dieu et notre corps aussi est saint, cette demeure
jamais le droit de donner satisfaction à ces instincts,
si belle préparée pour potre âme.
sous aucun prétexte, ni seul ni avec d'autres. Tout
Voilà donc mon fils, le plan du Créateur. C'est en
homme qui n'est pas marié commet un péché grave,
"conformité avec sa volonté qu'il arrive que dans le
si , volontairement et sciemment, il s'adonne à des
jeune homme grandissant s'éveillent l'intérêt, le désir
pensées, des sentiménts, des actions qui ont rapport
pour les jeunes filles, parmi lesquelles tu rencontreras un
à ce que l'on appelle la « vie sexuelle ».
jour une compagne pour la vie. L'amour, c'est-à-dire
Sois donc sur tes gardes et ne donne jamais lieu
l'attraction mutuelle de deux sexes - à temps et à.
volontairement, à de ces pensées, regards, paroles,
lieu - non seulement n'est pas un péché, mais au
actions. Mais si au cours du développement de ton
contraire est un des pl}ls beaux dons de Dieu.
organisme il te vient à l'imagination de telles pensées,
Mais l'amour est ~n même temps aussi une fosse
alors - dès que tu t'en rends compte - chasse-les par
ténébreuse.
d'autres pensées et n'oublie pas que, tant que tu
n'auras pas prêtéserment avec ta fiancée devant l'autel,
tu n'as pas le droit de t'abandonner à ces sensations.
Si tu agis ainsi, tu es sur le bon chemin. Il est de la
plus grande importance que tu n'oublies pas cette
vérité.
LA CHASTE ADOLESCENCE OU IRAr- JE? 47
Le grand danger réside particulièrement en ces, Mais lorsque ton développement physique arrive
années dans ton imagination. A cet âge tout jeune à son terme, alors c'est un devoir sacré pour toi de ':
homme est plus ou moins rêveur. Mais prends garde ne pas éveiller cet instinct par des lectures sensuelles,. \
de tomber dans le malheur de tant de jeunes gens qui des conversations, des regards, des pensées, des actions, ,
pendant des semaines, des mois, rêvent à tout autre mais en vue ,du combat que tu dois livrer contre lui, '
.chose qu'à leurs leçons, vivent des romans entiers puise de la force dans cette conviction que selon les
dans leur imagination et se forgent un avenir fantas- plans de Dieu une sainte tâche t'attend un jour.
.tique, tout en né'gligeant leurs devoirs et leurs travaux
et restent en arrière dans tous les domaines. Donc
attention que les rêveries sentimentales ne paralysent
; pas ton âme. Dans le danger, dans la tempête .
Je répète ce que j'ai dit. Ces désirs nouveaux, ces
rêves, ces instincts s'éveillent dans chaque adolescent, Voilà, mon fils, que ta croissance t'amène aussi à
sans exception. Cet instinct sexuel que tu sens en toi la croisée des chemins. Le Vice et la Vertu apparaissent
est saint, car il est une participation mystérieuse à la devant toi, comme devant Hercule et t'invitent à suivre
: '. force créatrice de Dieu. Son apparition ne doit donc leur route. Le Vice se tient devant toi, enchanteur,
i; pas t'inquiéter. Ces signes indiquent que tu coinmmces et t'offre àhpleines mains les plaisirs sensuels.
à devenir un homme et que suivant les desseins de Dieu Tes instincts dont j'ai parlé plus haut veulent
se rassemblent les forces qui te préparent à ton rôle au cours des années (surtout dans tes années d'uni-
futur de père de famille. Plus cette sensation se mani- versité) te commander de manière de plus en plus
feste tard en toi, mieux cela vaut. Les enfants maladifs tyrannique.
et nerveux subissent très tôt cette crise (dès douze ou De même que les cris continuels des hyènes et des,
treize ans), ceux qui sont bien portants plus tard chacals altérés de ,sang font trembler les caravanes
(vers' seize et dix-sept ans). Réjouis-toi donc, si tu du Sahara dans le silence de la nuit, ;de même les
es 'enC9re un « enfant )) plus tu pourras te développer attaques de l'instinct sensuel te poursuivront jusqu'au
tranquillement. Les fruits précoces sont. sans valeur. (' bout de tes années de jeunesse. Le plaisir se montre
Tu as pu en faire déjà toi-même l'expérience. Tu vas dev~nt toi sous un vêtement attrayant, la jouissance
dans un jardin; lé pommier est chargé de fruits. Ils que te promet la satisfaction immédiate de tes instincts
ne sont pas encore .mûrs, mais ici et là il Y a quelques sexuels. Continuellement des tentations t'inviteront
pommes rouges. Tu en prends une avec joie, car elle à abandonner le chemin de la pureté morale; c'est
est s~ belle. Tu mords dedans et tu la jettes; elle est comme un démon déchaîné en toi qui demande,
véreuse et mauvaise. Songe au proverbe il faut ,...du promet, raille, excite : va .donc, va parmi les plaisirn
temps aux bonnes choses. 'que promettent les désirs sensuels.
LA CHASTE ADOLESCENCE
OU IRAI-JE? 49
tater que tes désirs qui s'éveillent à l'époque de ta
Et dans cette terrible tempête c'est à peine si tu
croissance n'ont pas droit à être satisfaits, car ils ne
remarqueras le noble visage de la Vertu, c'est à peine
sont actuellement que les signes avant-courèurs de
si tu entendras sa voix au milieu des exigences des
l'œuvre créatrice à laquelle Dieu t'a destiné pour
sens : Mon fils, ne te fie pas au Vice. Garde ton âme
[' avenir? Veux-tu protéger le jardin fleuri de ton âme
pure. Ne pèche pas contre la pureté de ton âme même
contre les ravages de la gelée de mai? Veux-tu d'une
par une seule pensée. Conserve ton corps et ton âme
main robuste maintenir en laisse tes instincts corporels?
intacts selon le commandement de Dieu, conserve-les
Veux-tu mettre de l'ordre dans tes pensées? Veux-tu te
pour ta fiancée f~ture. Crois-moi, c'est seulement ainsi
tenir ferme comme un roc et non pas courir après une
que tu seras un jour un homme honnête, énergique
lueur trompeuse? Veux-tu enchaîner les bas instincts de
·et heureux. .
ta nature à la noble raison humaine, lorsque brûle dans
Mais la tempête continue à faire rage. Surtout entre
tes veines le feu dévorànt des passions? Mon fils, mon
dix-huit et vingt-quatre ans. Et toi, mon jils" il faut
cher fils, veux-tu rester pur durant ta jeunesse? l
.que tu restes avec une âme intrépide, sans chanceler, au
Il y en a - hélas! il y en a beaucoup - qui ne font
milieu des vagues écumantes. Pendant des années il te
pas attention. Qui s'avancent sans prendre garde sur
faudra supporter vaillamment la lutte contre les pas-
la pente de l'immoralité. Mais malheur à celui qui
sions, ces années sont des années de guerre qui réel- ~
avance ·sur cette pente ... Malheur à celui dont l'âme
lement « comptent double ». Double, parce que ton
en fleur est saisie par le gel d'une nuit de mai 1
caractère devient façonné de façon définitive. C'est main- ,
tenant que se règle la destinée de toute ta vie. Comme
·de grands coups de marteau résonnent ces paroles du
païen Ovide : « Nulla reparahilis arte laesa pudicitia
est : deperit illa sem el » (Ovide Her. V, 103, 104), la
pureté l)De fois blessée ne peut pas être remise en état,
elle ne meurt qu'une fois. Malheur à toi si tu tombes
urie fois, tu t'enfonceras de plus en plus" bas. Seul

devient un homme de caractère celui qui dans sa jeu-
nesse a su tenir en laisse ses passions. Autant il est
facile de tomber, autant il est difficile de revenir en
arrière. Actuellement tu ne fait que lutter encore, -
'il n'y a pas de mal. Fais attention de n'être pas obligé
un jour de pleurer les joies de l'innocence de ,'ton
âme perdue.
Mon fils, veux-tu demeurer ferme? As-tu pu cons- ,
GELÉE D'UNE NUIT DE· MAI

. femmes s'amusent, les hommes se vautrent dans les


plaisirs, les femmes sont à peine vêtues, on danse, on
sable le champagne ... dans l'âme du malheureux jeune
homme s'agitent des sentiments jusqu'alors inconnus,
CHAPITRE III des désirs, des pensées et c'est comme si en même temps
au-dedans de lui s'écroulait quelque chose de grand.
GELÉE D'UNE NUIT DE MAI Qu'est-ce qui ·tombait? Qui le sait? Une forteresse
, tout un monde s'est écroulé en lui.
Dis donc: si nous essayions \aussi? - lui dit main-
Integritas morum jUfJenenI fade tenant à l'oreille son ·voisin, un grand jeune homme
esse decorum.
au~ yeux enflammés.
« La pureté des mœurs est ta
source de l, beauté d" jeune « Oui 1 JJ crie quelque chose en lui. « Non 1 JJ crie
homme" aussitôt une autre voix au-dedans de lui. Encore un
« oui JJ, encore un « non )J. Mais il n'a rien répondu.
Un jour tu te trouveras aussi à la .croisée:des chemins. Il ne fait que regarder, regarder les yeux fixés sur la
Fais attention, mon fils, ne prends pas le sentier toile la scène excitante. Son visage devient rouge, le
attrayant. Celui qui s'engage sur la pente peu.t diffi- sang bouillonne dans ses veines, mais lorsque finalement
cilement s'arrêter. Envisage seulement le sort de ce il est sorti dans la rue et que l'air frais le frappe au
malheureux jeune homme qui s'est engagé sur la visage, une tristesse sans nom envahit tout d'un coup
route glissante de la légèreté des mœurs. son âme : Je viens de faire un péché mortel JJ.
En lui comme en tout homme se sont éveillés un Il rentra à la maison. Il voulut étudier la leçon du
jour les nouveaux instincts et les nouveaux désirs lendemain. Ce fut en vain. Son esprit ne saisissait
dont il a été question dans le chapitre précédent. En rien, son âme était troublée. « Je vais trouver mon con-
lui aussi s'est éveillée une curiosité indéfinissable fesseur )J. Et il ne retrouve le calme que lorsque les
relative au mystère de l'origine de la vie, le désir de douces paroles de son père spirituel ont apaisé son
satisfaire ses instincts naissants et il veut d'autant plus âme inquiète : Dorénavant, soyez plus prudent, mon
entrer en relations avec ceux qui pourraient lui raconter enfant.
bien des choses sur ce sujet. Je le promets, je ne le ferai plus.
Lis seulement le cas d'un jeune étudiant. \ Malhèureusement une paire de mois plus tard il
Il avait peut-être quatorze ou quinze ans, lorsqu'il alla au théâtre ..Le titre était si inoffensif : « Le réveil
alla un jour au cinéma. On y donnait un drame d'amour du printemps JJ. Qui eût pu soupçonner que·dans cette
stupide; dans une boîte de nuit des hommes et des pièce des jeunes gens et des jeunes filles allaient étaler
sur ta scène des choses honteuses. s'iis avaient fait
52 LA CHASTE ADOLESCENCE GELÉE D'UNE NUIT DE MAI 53
cela dans la rue la police les aurait immédiatement
arrêtés . .Et on représentait cela pour de l'argent. Il Sur la pente.
n'est plus maître deJui. Les yeux lui sortent presque
de la tête, tant il regarde la scène. Son cœur bat très
fort. En· revenant à la maison des pensées impures Il a déjà tant entendu, lu, vu et fait. Peu à peu, ii
traversent son esprit C'est seulement lorsqu'il veut est devenu un jeune homme « à la page ll. Dans les
se mettre au lit et commence sa prière du soir comme premiers mois il s'est contenté de poésies amoureuses
d'habitude qu'il·est saisi d'inquiétude: « J'ai encore , qu'il a composées avec une persévérance inlassable.
fàit un péché ». Toute la nuit 'il ne peut ·pas dormir. D'abord il n'a rimaillé qu'à ses moments libres sur un
Son âme pleure amèrement. «. Demain j'irai me con- nouveau « soleil » qui était deven~ sa « pâle lune »;
fesser », enfin il s'assoupit avec cette résolution vers mais peu à peu il n'a plus rêvé que d' (~Elle » et même
le matin ... eveiIlé il rêve encore d'Elle. Quand il aurait dû étudier,
Mais lorsqu'il s'est réveillé, il ne veut plus y aller. il se creuse fa tête pour trouver des rimes ou bien il
Et même il essaye de se rassurer. « Enfin. je suis déjà songe à sa promenade du soir sur le boulevard où
en seconde. Il faut bien que je sache cela. Je ne suis les jeunes filles seront folles de son pantalon à la
plus un enfant. En particulier je 'ne m'intéresse à tout dernière mode et de ses manchettes blanches comme
cela qu'au point de' vue scientifique », bn~~ ,
Quelques semaines plus tard un camarade de « pre- En fait notre étudiant est continuellement sur le
mière » le tire à part pendant dix minutes dans le couloir boulevard. Chaque après-midi on peut le voir faire
et lui glisse dans la main une petite brochure: « Tiens, Félégant (tout au moins il le croit) avec ses bottines
voilà du nanan;' c'est plein de photos artistiques )l. .vernies, ses gants, sa pochette de soie au veston,
n attend avec peine la fin de la classe. Il court à la bref un cavalier accompli. A côté de lui, le prince de
maison et dévore des yeux ces photos « artistiques ». Galles n'est plus qu'un rustre. Quand son professeur
Dans le calme du soir sa conscience lui parle encore passe près de lui il ne peut s'imaginer d'où provient ce
de temps à autre, mais sa voix est déjà de plus ~n plus nuage parfumé qui envahit la. rue. Comment aUl~si
faible, sa protestiù:ion est de plus en plus impuissante pourrait-il devÎ1,1er que son élève, qui en classe ne peut
et finalement elle se tâit .un jour. C'est le calme dans jamais répondre, est devenu ce rêveur au clair de lune, ce
. l'âme dujeùne homme ... Le calme moitel du tombeau .. ~ petit maitre amoureux et soupirant. « Comme je .suis
: ·.Mais c'est précisément ce qu'il souhaitait; ii voulait chic 1 » pense-t-il de lui~njême. Et il ne pense pas
que personne ne lui barrât la route, il voulait vivre sa vie. qu'un arbre pourri brille aussi dans l'obscurité. ,« Je
Et le 'jeune homme « vivait sa vie »... vais filire des conquêtes » pense . le . jeune hOmme)
~ polichinelle )j.soupirent les pa$sants sérieux. « Comme
je suis élégant! II pensë-t.-i1 .~ lui-même, « voyêZ donc
54 LA CHASTE ADOLESCENCE GELÉE D'UNE NUIT DE MAI 55
le beau masque », disent les grandes personnes. Quelle jaillir autant de boue en se vautrant dans la fange
chance qu'on n'ait pas encore trouvé un instrument que ces jeunes gens n'en remuent en une demi-heure
pour pouvoir lire dans l'âme humaine. Aïe 1 aïe. avec leur langue. Et lorsqu'ils ont vid,é leur stock de
Savez-vous ce qu'on y verrait alors? Ohl « Belle plaisanteries à double sens et qu'ils ont dépensé
tête, mais de cervelle point •. en boisson tout l'argent pris en cachette, ils rentrent
enfin à la maison, parfois même en titubant.
Avec les copains. Voilà une scène fréquente chez les galopins. D'autres
jeunes gens tombent sur une autre route; il y en a qui
tombent d'eux-mêmes dans le péché qu'au début ils
C'est ainsi qu'il déambule dans les rues avec des regardaient comme un jeu innocent. Mais la plupart
camarades qui lui ressemblent et leur « conversation cependant s'enfoncent dans le chemin du vice sur les
édifiante » va son train. Malheur à cette jeune fille conseils et les séductions de camarades déjà corrompus.
que le hasard amène devant la petite troupe! Déjà
de loin ils la percent de leurs regards indiscrets et
avides; lorsqu'elle passe à côté d'eux, ils' font à haute
La crise.
voix une réflexion sur elle et ils rient de leur trait
d'esprit, jusqu'à ce qu'ils rencontrent une nouvelle
victime. Mais le soir le sommeil ne vient pas fermer les yeux
Entre-temps l'un d'eux raconte que le bouquiniste de notre pauvre jeune homme. Ce qui l'inquiète à
a reçu des nouveautés alléchantes; le groupe pousse présent ce n'est pas sa composition hongroise du len-
la porte et demande avidement après les « fa~eux demain qui n'est pas encore seulement ébauchée. Fina-
bouquins ». « Vous pouvez nous les donner, patron, lement avec un petit mensonge l'affaire sera bientôt
car nous ne sommes plus des enfants ». Avec l'argent expliquée. Mais c'est la conversation de l'après-midi,ce
qu'ils ont subtilisé dans la commode de leur mère qu'il a entendu dire, par ses camarades sur les plaisirs
ils paient ces ordures, ensuite ils se rendent dans un que l'on peut éveiller en · soi-même, qui fermentent
cabaret des faubourgs. Là ils sont tranquilles, les dans son imagination et chassent de lui le repos.
professeurs n'y viennent pas. « Garcon, deux bou- Son cerveau est traversé par des pensées dont l'évo;
tentes de bière! » cation lui aurait fait horreur il y a une paire d'années:
Ils sortent des cigarettes prises dans les poches de Son cœur commence à battre bien fort, son sang
leurs pères, et se mettent à lire les brochures obscènes bouillonne et entre en ébullition. Il voudrait savoir si
qu'ils viennent d'acheter et tout en trinquant ils ]a jouissance est vraiment aussi grande quand l'homme
entament une çonversation « distinguée », émaillée se sert de son organe génésiaque. Le désir brûle en lui
d'anecdotes graveleuses. Des porcs font rarement « je suis seul, personne ne me voit» d'essayer la chose;
LA CHASTE ADOLESCENCE GELÉE D'UNE NUIT DE MAI 57

il a commis sur son propre corps une action honteuse mille églises sont sans valeur en comparaison du temple'
qu'il sait bien être un péché contre Dieu, contre son propre vivant de Dieu: une âme pure d'adolescent. C'est à cela
honneur et contre la dignité humaine, mais qui s'inquiete que' pensait saint Paul, lorsqu'il écrivait aux Corin-
du péché maintenant que l'instinct exerce son empire; thiens : « Ne savez-vous pas que vous êtes un temple
cet instinct qui pendant tout cet après-midi a été de Dieu et que l'Esprit de Dieu habite en vous? Si
enflammé par les conversations, les lectures et t'es quelqu'un détruit le temple de Dieu, Dièu le détruira.,
chansons ... Car le temple de Dieu est saint et c'est ce que vous,
êtes vous-mêmes » (10 Corinthiens III, '16-17),
1 Mais ces réflexions ne durent qu'une paire de jours.
La ruine du temple. Bientôt il se 'retrouve dans son ancienne compagnie.
Il apprend de nouveaux événements. Il entend de
Le premier péché solitaire vient d'être commis. nouvelles choses, il rit de nouvelles plaisanteries, au
Le malheureux jeune homme s'est jeté lui-même dans bout d'une semaine il est retombé dans le péché de
la fange, - il s'est sali lui-même. Toute la «jouissance Il l'autre jour et la semaine suivante encore et ensuite
a duré peut-être une demi-minute. La première de plus en plus souvent: sa conscience se défend encore
brèche s'est ouverte dans la muraille ... Elle commence un peu, comme un tison qui va s,'éteindre, comme
à détremper en ce jeune corps la force, l'ardeur au un gibier pris au piège, mais ensuite elle s'épuise
travail et l'enthousiasme. La conscience endormie .. .elle se tait. Tu ne m'écoutes pas, pourquoi
pousse immédiatement un grand cri. La voilà réveillée. parlerais-je? -
Elle adresse d'amers reproches aujeune homme, la chose Pauvre, pauvre jeune homme!. .. L'immense énergie
aussitôt faite. En un instant il se rappelle, comme un de tes jeunes années, la force de ta volonté sont là
éclair, son âme jusqu'alors si pure et maintenant après brisées dans la poussière. Tandis que tu bois le miel
la première ch'lte, son imagination épouvantée lui fait à plein verre, tu ne t'aperçois pas quel poison tu bois
aperq:voir tant de beaux rêves 'anéantis. au fond de ce verre. Ah! si à quinze ans tu voyais les
C'est ainsi que Napoléon a dû contempler les bras larmes amères que les suites maudites du péché te
croisés Moscou en flammes dans la plaine russe couverte feront verser à vingt ans! Ah! si à quinze ans tu voyais
de neige. C'est ainsi qu'a pleuré Jérémie, le prophète, la lourde lave qui va brûler après le péché ton cœur
sur les ruines de la capitale juive et du Temple. Si à jusqu'à présent frais et rouge! Ah! si à quinze ans tu
un· enterrement nous pleurons sur un corps, parce voyais à quel avilissement une paire d'années plus tard
que l'âme l'a quitté, combien plus devrions-nous le péché a réduit ton âme pure comme la neige! Ah!
pleurer sur une âme que Dieu a abandonnée! Ah! si si tu voyais comme tu diras un jour: « Quel malheur
seulement il versait des larmes, des larmes de sang, ce pour moi! ))
jeune homme, sur la ruine dll temple de son âme! Car Quand aux échecs tu as fait une faute, tu retires,
LA CHASTE ADOLESCENCE GELÉE n'UNE NUIT DE MAI 59
ta pièce en disant « cela ne compte pas »; mais les toute la te, re. Mon fils, les jouissances charnelles défen-
erreurs morales ne peuvent jamais être considérées comme ,dues sont semblables à des coffrets en or - du, dehors.
.non avenues. Mais malheur aux jeunes gens qui ouvrent étour-
,diment la boîte de Pandore!
Tu crois peut-être que - tout au moins au prix
Jeunesse en haillons. ,de la paix de son âme - ce jeune homme est du moins
heureux? Pas du tout. Alors il ne se tournerait pas
Ensuite le caractère! Bravoure, grandeur d'âme, vers de nouveaux plaisirs. Son corps à qui il a permis
amour de la patrie, respect des parents, noble fierté, <léjà plusieurs fois des jouissances défendues devient
,courtoisie, héroïsme et toutes les autres beautés de ,d'une exigence insupportable. Il n'est jamais satisfait,
l'âme humaine, cèdent la place en un tel jeune homme, même s'il lui accorde jouissance sur jouissance, même
cèdent ia place à une indifférence blasée dans l'âme .s'il lui sacrifie entièrement son âme. Oui, la fin d'une
d'un tel adolescent. Peut-on voir quelque chose de ' vie de jouissance c'est que l'âme devient pour ainsi
plus triste qu'un jeune arbre - qui devrait être en ,dire chair: égoïste, insensible, impitoyable. L'âme est
pleine floraison - sans boutons, sans feuillage, le .sombre, abattue, yide; mais dans son corps les forces
tronc tristement courbé, les branches traînant à terre. démoniaques déchaînées font rage, se pourchassent
Ainsi en est-il de l'adolescent qui a perdu son inno- les unes les autres. QueUe profonde déchéance pour
cence sous l'orage des passions déchaînées. L'arbre l'homme! l'animal ne se livre pas à l'immoralité, mais
le plus robuste perd ses feuilles, ses branches se des- .seul l'homme créé à l'image de Dieu, doué de raison
sèchent, si nous lui faisons une blessure au tronc ,et d'une volonté libre.
ét que la sève s'en échappe. Le péché secret produit Celui' qui a pris sans y faire attention seulement
les mêmes ravages en celui 'qui en est devenu l'esclave. une goutte du poison des jouissances interdites devient '
La pureté de l'âme est semblable à la rosée matinale comme le rat qlli a mangé un appât empoisonné; un
qui brille comme des diamants sur les pétales des feu épouvantable brûle au dedans de loi, dans son
fleurs qui s'éveillent. C'est une simple goutte d'eau ,désespoir il court de' côté et d'autre pour trouver de
qui scintille si féeriquement; mais si un jour quelqu'un l'eau; il boit, il avale tout ce qu'il trouve sur son chemin,
par mégarde touche au calice de la fleur, tous les mais - hélas! - le feu ne s'éteint pas, tant que l'animal
. ,océans du monde ne peuvent la remplacer. ,empoisonné ne s'écroule pas. C'est un pareil feu
Tu as déjà entendu parler, mon fils, de cette femme dévorant qu'a allumé en lui-même le jeune homme
merveilleusement belle de l'antiquité, Pandore, qui par ses actes coupables. « La jouissance amuse, mais
avait donné à son mari comme dot une magnifique ,sa fin fait mal )). Le plaisir, la jouissance jouent avec
boîte en or. Mais quand il eut ouvert la boîte d'or, toi, mais leur fin, c'est la ruine, la misère.
la misère, la douleur, la maladie se répandirent sur
60 LA CHASTE ADOLESCENCE GELÉE D'UNE NUIT DE MAI 61
Uu bien ne l'est-il pas? Pourquoi cette funèbre tris-
tesse dans ses yeux? Quelle est cette ombre lugubre
Sur le chemin de la perdition.,
,qui assombrit ses traits? 'Pourquoi ses regards évitent-
ils les regards des gens honnêtes? Pourquoi ses études
Lorsque l'adolescent ~st arrivé jusque-là, il veut :sont-elles de plus en plus négligées? Où vagabonde
connaître encore plus à fond le mystère de la nature son esprit pendant la classe? Quel serpent enserre de1

humaine. A présent il voudrait déjà savoir tout ce qui .ses replis cette jeune âme pour l'étouffer? Pourquoi
concerne la vie sexuelle, l'origine de la vie humaine. :sesent-il comme un etrariger aU milieu de ses condis-
Lui, l' « élève des classes supérieures » est déjà assez: ciples candides? i>ourquoi ne trouve-t~il plus de plaisir
mûr pour fouiller le monde entier. Pour fouiller les .à leurs jeux? Est-ce qu'il ne sait pas « tout? »
, choses que la sainte volonté du Créateur a cachées dans Oui, il sait tout et c'est pour cela qu'il n'est pas
les profondeurs du sanctuaire familial. Il veut ' dès heureux. Car il sait que le bonheur qu'il .a cherché
maintenant, avant le mariage, savoir et pratiquer ces au prix de son innocence, de son caractère, de son
choses. Ses camarades sont déjà initiés. Avec joie ils honneur, il l'a cherché en vain. Il l'a cherché là où !

conduisent le malheureux jeune homme dans les antres il n'est pas. Quand nous approchons de notre oreille
du péché, dans ces maisons où des filles encore plus une coquille marine, il en sort le bruit magnifique
déchues qu'eux l'initient aux secrets qu'il veut con- de la mer, son ancienne patrie; de même aux heures de
naître. Et souvent même il n'a pas besoin de camarades. 'Solitude de ce jeune homme résonnent les nobles
Car dans certaines rues de la capitale un jeune homme efforts, désirs, souffrances d'une âme torturée. Lorsque
ne peut pas circuler le soir, sans que le plus misérable le visage en feu et le cœur battant bien fort il cherchait
rebut de l'humanité, les filles tombées, ne l'abordent. 'avidement le papillon multicolore q'un bonheur
renveloppent et ne l'attirent dans l'effroyable abîme ... imaginaire, le papillon s'envolait plus loin et il ne
Le spectacle des ruines est partout déprimant. .restait plus dans les mains de l'infortuné jeune homme
Il est triste de vo,ir les ruines que la rafale des combats que la poussière grise d'une aile de papillon sans valeur.
a èausées dans une magnifique église. Mais il est Mais le papillon a emporté avec lui le repos, l'avenir,
mille fois plus triste, quand cet acte de vandalisme le bonheur de l'âme de l'adolescent. Et qu'est-il resté
se produit dans le temple d'une jeune âme où brillait, à la place de l'heureux paradis antérieur? Un vide
il y a encore peu de temps, l'autel de marbre blanc de béant, un vide sans espérance, sans joie, sans éclat,
l'amour de Dieu et où brûlait la sainte flamme de glacial et noir ... Avec un frôlement de fantôme des
l'enthousiasme pour l'idéal. ,corneilles croassent dans c~tte âme d'adolescent où
Mais à présent il n'y a plus de secrets pour lui. A devrait retentir le chant mélodieux du rossignol.
présent, il a tout entendu, tout vu, tout goûté, tout Charles IV, roi de Hongrie, lorsqu'il gisait sur son
essayé. A pré$ent. est-il ,heureux? lit de mort dans llîle de Madère, fit cette prière pour
\
62 LA CHASTE ADOLESCENCE GELÉE D'UNE NUIT DE MAI

ses sept enfants: « Seigneur, ôtez-leur plutôt la vie.


s'ils doivent vous offenser par un péché mortel ».
Blanche de Castille, reine de France, disait un jour La loi de la pManteur.,
à son fils le futur saint Louis : « Mon enfant, je vous'
aime plus que moi-même. Vous êtes ma seule conso-
lation sur la terre; vous êtes l'espoir du royaume et. Il Y a une loi de physique suivant laquelle un corps
pourtant - j'aimerais mieux vous voir mort que qui tombe ne se précipite avec une vitesse égale vers
d:apprendre de vous que vous avez commis volon- la terre, mais é'est avec une vitesse accélérée de seconde
tairement un péché mortel ». en seconde qu'il tombe au fond où l'attire une force
Plutôt dans la tombe qu'être en état de péché mortel!' mY$térieuse.
Ah! comme elles seraient amères les larmes des parents, La loi de la pesanteur n'existe pas seulement p.our
anxieux, comme le cœur aimant d'une mère serait la nature matérielle, mais aussi pour la vie de l'âme.
déchiré sous le poids de la douleur, comme l'âme d'un Au fond de chaque âme sont cachées d'effroyàbles
père serait étranglée par une muette douleur, s'ils, forces démoniaques, qui, une fois qu'elles se sont
voyaient le péché de leur enfant, s'ils connaissaient la. rendues maîtresses pour notre malheur, entraînent ,
chute de leur malheureux fils! l'âme avec une force de plus en plus irrésistible dans,
Et toi, fils cruel, pourquoi n'épargnes-tu pas à tes' les sombres profondeurs du péché. Une seule légèreté,
parents qui ont tant travaillé pour toi cette souffrance la première chute - et la loi de la pesanteur commence
de l'âme? à se réaliser.
Léonidas, un des premiers martyrs chrétiens, Partout où passe avec ses ·terribles compagnons le
embrassait avec vénération la poitrine de son jeune péché d'impureté, le sol se dessèche sous ses pieds,
fils endormi, Origène, car il savait que dans ce cœur les jeunes têtes qui jusqu'alors se tenaient bien droites
pur habitait l'Éternel. Et toi, malheureux, tu traînes s'inclinent, les dos altiers s'affaissent, le rose du visage
dans la boue ton âme jadis blanche comme la neige pâlit, le caractère s'affaiblit. Il n'y a plus qu'un feuiI-·
et odoriférante comme un parterre de fleurs au .prtn-, lage desséché là où devraient être des fleurs souriantes~
temps, le plus beau temple de Dieu. il n'y a plus que poussière là où elles devraient s'épanouir
Cependant ce n'est encore que la première partie dans la fraîcheur.
de la pente. Nous ne sommes pas encore au fond de: Mon fils, des -ehiens affamés, des chacals assoiffés.
l'abîme. de sang sont cachés au fond de la nature humaine
déchue. Ne donne pas à manger à ces chacals - ils,
ont soif de sang, de ton sang frais et jeune. Ne détache
pas la chaîne de ces chiens grondants, ils te mordraient
et souilleraient la pureté de ton âme.
1

LA CHASTE ADOLESCENCE GELtE D'UNE NUIT DE MAI 65


« Quelque péché, écrit saint Paul, qu'un homme qui donnaient le frisson... Pas une âme qui pût les
commette, ce péché est hors du corps; mais celui qui aider. Et -l'abîme les entraîna, dans son fond.
se livre à l'impureté pèche contre son propre corps »
(Jo. Corit}thiens VI, 18).
. ... ...

Dans (es marais de Mazurie. Songe, mon fils, à ce qu'il advient d'un jeune homme
qui met le pied sur l~ marais fangeux de l'impureté
Pendant', la grande guerre l'armée russe subit une et s'enfonce dans les profondeurs de l'abîme.
terrible défaite dans les marais de Mazurie. Le général
allemand, Hindenbourg, qui connaissait comme sa
poche les plus petites parties de cette région maré-
cageuse fit méthodiquement reculer les troupes russes
vers les lacs. Dès que le front russe vacilla et
commença à se disloquer, les Allemands se jetèrent
sur les Russes avec un élan impétueux. Les Russes
n'eurent pas le temps de réfléchir, ils durent précipiter
leur màrche. Devant eux les marais infranchissables,
derrière eux les Allemands qui les poursuivaient.
Mais la poursuite ne dura pas longtemps.

L'armée poursuivante s'arrêta tout à coup.
Comme si l'armée allemande avait pris racine,
toute la troupe s'arrêta devant le spect,acle épouvantable
qui s'étalait devant elle. Les Russes qùi avaient perdu
la tête en s'enfuyant se précipitèrent sur ce sol
verdoyant qui semblait la terre ferme; mais sous l'herbe
verte se cachait un marais sans fond et les troupes
allemandes lancées à leur poursuite virent, clouées au
sol d'épouvante, les Russes disparaître dans une mort
effroyable : les pieds, les jambes, le corps. Puis les
mains surgirent; des visages décomposés par la terreur ...
des hurlements épouvantables ... des appels au secours
A:- FOND DE L'ABlME

ruine ton système ner:veux, salit et affaiblit ton carac-


tère, - de tout cela tu n'entends rien, tout cela
t'est caché. De même que, au cinéma, nos yeux
~'attachent au film qui passe sur l'écran et qu'à cet
CHAPITRE IV mstant nous ne voyons plus rien autour de nous, de
même le désir des jouissances sensuelles aveugle ce
AU FOND DE L'ABIME jeune homme et il ne pense plus à rien, il ne songe
plus à rien, il suit aveuglément.
Il descend la pente ...
~ Qu'on n'entende même pas Mais malheur à celui qui descend la pente 1
• dire qu'il y ait parmi vous de
• fornication, d'impureté de quel-
« que sorte.. ainsi qu'il conv.ient·
« à des saints. Point de paroles
c déshonnêtes, ni de bouffonneries
c ni de plaisanteries grossières, tou- Le chêne brisé.
e tes choses qui sont malséantes. »
(Saint PAUL, tpître aux tphé-
" siens V, 3 et 4). Il n'y a pas au monde de .plaisir; de jouissance plus
u La part des impudiques est éphimères que les fruits de l'impureté; mais il n'yen
• dans l'étang ardent de feu et de a ~as non plus de plus chers, car l'homme les paye au
c souffre .•
Saint JEAN, Apocalypse XXI, 8). pnx de son corps et de son âme. Sans la moindre exa-
gération je veux décrire devant toi en toute vérité le
triste sort de ce jeune homme. Peut-être ce tableau
11 n'y a pas d'adolescent aux oreilles duquel ne
te paraîtra-t;.il incroyable. Tu penseras qu'il est exagéré;
retentissent tôt ou tard les chants séducteurs ou les
un seul péché, le péché d'impureté ne peut pourtant
paroles exigeantes des désirs sensuels. Sa sàine raison,
pas avoir de si lourdes conséquences; une misère
son âme honnête, son çœur pur, son idéalisme, tout
si incommensurable ne peut pourtant pas résulter
cela le protège, le défend contre la chute; sa consciencè
d'un seul péché! Mon fils, ce que j'écris ici n'es.t même
- comme une c1qche d'alarme - ne cesse de crier
pas un tableau complet de la ruine immense et de la
dans sa poitrine: « Ne.le fiis pas, ne le fais pas! )
ruine physique et morale que l'impureté amène souvent
et cependant voilà que se fait entendre devant lui le
sur toute une vie humaine, même sur la vie de géné-
:chant de sirène captivant, ensorcelant, enchanteur des
rations entières en rançon de quelques instants de
sens et les désü's sensuels aveuglent la pauvre âme plaisirs sensuels. .
qui lutte avec la joie momentanée des Jouissances qui
Je ne prétends pas que le péché solitaire amène la ruine
,s'offrent. ·Ce qui arrive après cet instant, où tu. t'Cs
de l'organisme physique. Mais quel que soit l'âge de
~nfo~cé, ce que ,t u as perdu, ce qui t'attend, ce qui '
68
~ .,

'LA CHASTE ADOLESCENCE AU FOND DE L'ABIME

'l'esclave de ce péché, le système nerveux est ébranlé et cela. Il est comme un soldat sur une image ; il brandit
plus il est jeune et plus fortement il tombe sous le toujours son épée pour frapper, mais il ne frappe
.triste joùg du péché, plus rapidement est ruinée sa jamais. Parfois, après quelque événement plus grand
force physique., dans son âme, il s'émeut' subitement ;« Maintenant
,En, tOut cas la ruine de l'âme est absolument sûre. Mime je vais me reprendre. Dorénavant tout va changer lI.
,chez le jeune htmtme à l'Organisme physique le piUS' Et puis rien ne change; la fusée est lancée et après
, robuste l'âme souffre indiciblement sous l'effet du péché. l'obscurité est plus grande. Ce jeune htmtme ne peut
Mon fils, ne te laisse pas abuser par l'apparence robuste être sauvé, parce que lui-même ne 'Veut plus être sauvé.
:ete telp"écheur. Son visage peut rester rOse, sa force ne
paraît pas diminuée; mais la vigueur de son esprit est
'pertainement amoindrie, sa mémoire est affaiblie, « Rien qu'une fois? ».
ses facultés mtellectuelles sont réduites. L'esprit
gémit. sous cet amas de ruines et l'âme appelée à régner
languit sous le joug misérable des passions. Ce péché Dans le chapitre précédent tu as vu le jeune homme
est ,trompeur et traître. Avec un sourire rusé il te sur la 'VoÎe du premier péché. Il se peut que seule la
promet ciel et terre - tant que tu ne l'as pas commis; curiosité l'ait 'poussé pour la première fois sur cette
1et .il te dépouille du plus saint joyau de ton âme en te pente. L'i1liJ~iôn trolllpeuse : « Je le ,ferai une fois )1,
',laissant 'dans les tortures du désespoir - lorsque tu rien qu'une fois pour en faire l'expérience. Il ne sait
t'es abaissé à devenir son, esclave. ( pas que le premier péché est le plus difficile; le suivant
Et ce qui est peut-être le pl~s triste de tout, c'est arrive plus aisément et 'finalement le chariot descend
que ce péché est tr~s difficile à guérir. Celui qui l'a irrésistiblement la pente.
, commis un certain temps voit son âme devenir si Pourtant ne crois pas que si les tentation,s sont très
, insensible à toute influence morale que les paroles violentes et t'assiègent presque victorieusement" tu
suppliantes d'un .père aimant ou celles pleines d'au- doives finalement le,ur céder pour qu·elles te laissent
torité d'un prêtre glissent sans effet sur lui. La volonté tranquille. Il'y a des jeunes gens qui 'croient s'affranchir
de ce jeune homme est annihilée. Dès le matin il perd de la tentation, s'ils commettent le péébé. Quelle
"un temps précieux avant de se ,décider à sortir du lit. terrible illusion! Le premietpéché a'impureté remplit
Quand il se' met au travail, il réfléchit longuement s'il l~ur imagination d'images, obscènes qui pénètrent dans
veut commencer, Tout en bâillant il feuillette tantôt un leur mémoire ave~ tant de forée et provoquent si vite
livre, tantô,t u~ autre,inais il n'étudie pas, il est inca- de nouveau au. péché qu'i! ne peut plus 'être question
, pable de' prendre 'ùne résolution 'sérieuse. Parfois il de travailler à présent. Le malheureux jeune homme
soupire avec' franchise :« Ah! .si c'était ainsi! il Il comprend' seulement à présent que les chacals affamés
voud_tai~~ie~être autreme!lt~ ~!s'~,ne fait rien ,pour qui surgissaient au dedans' de lui avant le péché étaient
AU FOND DE L'ABlME 71
LA CHASTE ADOLESCENCE

néanmoins enchaînés, tandis que le premier péché


les a lâchés et a encouragé leurs exigences effrontées. Le premier faux pas.
Les petits lionceaux ne sont pas dangereux, tant qu'ils
n'ont pas vu de sang; mais si un jour ils goûtent la
chair fraîche, eest fini. Ils deviennent des fauves Comment le malheureux jeune homme en est-il
altérés de sang. arrivé là? Il n'a pas été assez fort au premier moment.
« Rien qu'une fois, pour que tu saches! » dit la Il ne savait pas que la vie de l'homme est comme le
tentation avant le péché. Mais si tu lui obéis, elle jeu d'échecs où tout faux pas se venge tôt ou tard.
ajoute: « Maintenant que tu as commencé, peu importe Peu à peu ses conversations obscènes, ses lectures et ses
combien de fois tu le fais ». actions deviennent de plus en plus fréquentes, presque
Sois donc fort dès le premier instant, car « il se une habitude quotidienne. Il ne pense plus sérieusement
trompe celui qui croit que s'il s'est montré lâche dans à essayer de s'en affranchir) son âme n'est plus inquiète.
sa jeunesse, il pourra devenir à l'âge d'homme un - et même avouons-le - s'il le voulait réellement.
caractère trempé ». il lui faudrait une force de volonté gigantesque pour
Le remède arrive trop tard, si tu gémis déjà dans pouvoir secouer la ser'liitude des sens qui exercent sur
l'esclavage d'une longue habitude. lui une véritable tyrannie. L'habitude devient un tyran
Qui peut dire quand commence l'automne? Tout si terrible que lorsque, sur l'ordre du docteur) il
d'abord quelques feuilles tombent des arbres, puis les voudrait s'affranchir du péché solitaire, il lui faudr3Ît
branches sont dénudées et voilà que tout d'un coup en quelque sorte se lier les mains, car l'habitude
un vent d'hiver siffle à travers les arbres de la forêt. l'amène presque inconsciemment au péèhé. Plus il
C'est ainsi que nous avançons dans le péché, presque cède au péché, plus il devient exigeant; la répétition
sans y prendre garde, allant d'un petit à un plus fréquente devient une habitude, et l'habitude un besoin. f
grand. MalheUr à celui qui joue avec le péché solitaire Le péché est entré une première fois par hasard comme
ou les relations sexuelles et veut faire « rien qu'une un voyageur -chez lui pendant la nuit; ensuite il est
fois » ce qui n'est permis que dans le mariage! Hélas! devenu un visiteur; maintenant c'est lui le maître du
combien de jeunes gens à l'âme brisée ont promis-en - logis. La légende grecque raconte qu'Antée, lorsqu'il
pleurant qu'ils voyaient à quelle destinée ils alll1-ient luttait avec Hercule, retrouvait de nouvelles forces,
et que dorénavant ils voulaient concentrer toutes leurs chaque fois que son pied touchait la terre. La passion
forces et ne plus commettre ce péché 1 Leur promesse pécheresse devient aussi d'autant plus forte contre
était sincère; mais une fois laissés à eux-mêmes et la nous que notre âme touche plus fréquemment la
tentation surgie de no~veau, leur volonté est si faible boue ,e t la fange. Et le malheureux jeune homme,
qu'ils retombent pour ainsi dire sans résistance, sans ~orsqt,l'il voudrait se débarrasser de ce fardeau terrible,
retour. se débat impuissant sous le poids de cette malédiction.
LA CHASTE ADOLESCENCE i\U FOND DE L'ABIME J ,73
D'après la mythologie grecque, Prométhée déroba En se tenant à cheval sur une ,perche ou en grimpant
le feu de l'Olympe et en punition les dieux l'attachèrent sur un arbre, il a senti poùr la première fois un plaisir
sur un rocher du Caucase. Chaque jour un aigle sensuel et il a cru que c'était seulement un jeu agréable.
venait lui dévorer le foie. Le lendemain le foie avait Et quand il a su que c'était un péché contre nature, il
repoussé, n'lais l'aigle revenait ... C'est l'image effrayante était déjà trop tard; il ne pouvait plus se libérer de
du jeurie homme qui a allumé en lui-même le feu de cette triste habitude poursuivie depuis des . années.
l'impureté; ses actes l'ont enchaîné au rocher de la Un autre a appris peut-être encore tout petit par un
vie du péché et la « jouissance » pècheresse déchire camarade déjà vicieux comment il pouvait se procurer
chaque jour sa pauvre âme. Plus il accomplit fréquem- , cette «jouissance ». Il a sans doute senti immédiatement
ment cette action, plus la passion rugit irrésistiblement que ce que son camarade lui a appris n'est pas en ordre,
en lui: encore, encore. Ce jeune homme devient comme que c'est un péché, car il ne le ferait jamais, à la vue
un tonneau sans fond; constamment on y verse de de son père ou de sa mère. La nature elle-même lui
l'eau et il n'est jamais plein. Le péché devient réel- a insinué que c'est un péché et qu'il faut le dissimuler.
lement un besoin vital, comme la nicotine, l'alcool, Et il préférerait se couper les mains plutôt que de,
l'opium deviennent des besoins pour celui qui en fait laisser voir à sa mère, à ses frères et sœurs la mauvaise
usage. habitude qu'il a contractée. "
Terrible situation : le péché, ut: besoin vital! Tu as déjà entendu parler n'est-ce pas de plantes
Les explorateurs de l' Mrique du Sud parlent d'une insectivores. L'insecte sans méfiance vient se poser sur
curieuse espèce de serpents qui par un simple regard leurs feuilles velues, mais dès cet instant il est pris et
fascinent les oiseaux. Ce serpent regarde simplement la feuille se referme avidement. Lorsque quelques ',i
sa victime et le malheureux oiseau saute quelque temps jours après elle se rouvre, du malheureux insecte il ne
de branche en branche, mais c'est en vain, il ne peut reste qu'un triste débris: la plante a sucé toute sa force,
hélas 1 résister, il lui faut sans cesse regarder les yeux toute sa, vie ...
du serpent, quelque chose l'attire, l'hypnotise, les De même le péché d'impureté suce la force d'âme'
yeux magiques du serpent ont capté sa volonté et il lui du jeune homme qui sans méfiance s'est Jeté dans ses
faut se rapprocher du reptile ... de plus en plus près, griffes.
jusqu'à ce que d'un coup rapide il s'élance et engloutisse C'est pourquoi des changements si visibles appa-
sa proie. raissent dans son caractère et sa conduite, même souvent
Voilà l'image frappante de l'âme qui se débat une dans sa santé physique, qu'il lui est impossible - bien
fois tombée dans les griffes de l'impureté. qu'il le veuille - de les cacher aux autres. Car l'aigle ne
Pourtant le malheureux n'a peut-être commencé peut plus voler aussi bien, quand il a trempé ses ailes
que par légèreté ou par ignorance. Chez bien des dans la boue.
jeunes gens ce n'était pas d'abord un péché voulu.
74 LA CHASTE ADOLESCENCE
AU FOND DE L'ABIME 7S
Quoi que dise le professeur, il n'y trouve ph,ls d'in-
Descensus averni. térêt. Quand il le voudrait, il ne pourrait plus réfléchir
assez de temps à un sujet. Le directeur qui le connaît
et l'aime depuis des années constate avec étonnement
Par ses actions impures le jeune homme a irrémé. qu'il surprend fréquemment en flagrant délit de
diablement diminué ses forces physiques et intellec- mensonge cet élève jadis si franc. Hélas! celui dont
tuelles. Forces que dans ses années de jeunesse il l'âme est écrasée par un gros péché ne se soucie plus
devrait employer pour assurer le bonheur de son avenir. des petits. Son regard ne se trouble plus, son visage
Ses maîtres, ses camarades, ses parents voient en lui ne rougit plus, lorsqu'il mentI Il sent bien lui-même
ce grand changement, comment en une année ou deux combien est malpropre sa vie intime; c'est pourquoi
ce jeune homme si vivant, si vigoureux, si intelligent il ment, il ment sans cesse, pour que devant les gens
a changé à son désavantage. Ils le voient et s'en il puisse du moins garder les apparences d'une vie
étonnent. honnête. Il ment constamment à ses camarades et à
Ils s'étonnent que lui qui était jusqu'alors un bon, ses maîtres, tout comme à ses parents à là maison.
peut-être un excellent élève, décline lentement mais En effet la franchise est la fille de la pureté d'âme et
continuellement. Lui qui était autrefois parmi les le mensonge est le frère de l'impureté.
premiers, maintenant dans les classes supérieures ne Mais avec la franchise disparaissent en même ,temps
rapporte plus de bonnes notes à la maison. Sans doute les autres vertus de la jeunesse : la servÎ<lbilité, la
il se tient tranquille en classe, mais celui qui le regarde candeur, la reconnaissance, l'attachement, l'enthou-
dans les yeux voit bien que sa pensée voltige au loin. siasme pour le beau et le bien. En effet la pierre de
P endant la leçon ses yeux sont perdus dans le vague. touche de la fermeté morale est précisément la pureté de
Il tire des plans de divertissements pour l'après-midi. me. Sans elle l'âme va à sa perte. Que vaut une pomme
S'il est interrogé, il rougit subitement et sursaute. vermeille, si un ver la ronge à l'intérieur? Que vaut
On voit qu'il lui faut ramener de loin ses idées. Le un cercueil doré rempli de pourriture? Tout le carac-
moindre travail intellectuel le fait transpirer. tère du jeune homme devient grossier, sa finesse d'autre-
Ensuite il devient plus tiède dans ses relations avec fois disparaît, comme le parfum de la rose aux feuilles !
ses bons camarades de jadis. Il répond durement à leurs brisées par des doigts grossiers.
plaisanteries les plus innocentes. Il n'a qu'un ou deux
Il végète sans, but ni volonté.
confidents; ceux qui lui ressemblent. Mais avec,ceux-ci
Près 'de Rome s'étendaient de vastes marécages
à chaque récréation et sur le chemin de l'école à la jusque ces temps derniers. Leurs émanations empoi~
maison il tire des plans en grand mystère. Si par hasard
sonnaient l'air de toute la contrée et rendaient malades
un « qui n'est pas au courant» se mêle à leur groupe,
les habitants. Ces hommes au teint de cire et aux
ils lui font si mauvais visage qu'il les quitte rapidement.
regards mélancoliques travaillaient avec indifférence
LA CHASTE ADOLESCÈNCE
AU FOND DE L'ABIME 77
au-dessus de ces eaux fangeuses; et lorsqu'lm étranger
concentrer leurs idées sur un but et n'avancent dans
leur demandait amicalement: Come sta? (Comment:
aucune carrière. Leur imagination est exclusivement
allez-vous?) - dans toute l'Italie on répondrait,: Si
occupée de représentations obscènes. Ils n'ont plus \
Vive (nous vivons), dans-cette triste région on répondait:
d'intérêt pour autre chose. Leur énergie est paralysée . .~
Si muore (nous mourons).
Leur volonté n'est plus qu'une marionnette. Ils devien- '
Si muore, si muore! poutraient dire d'eux~mêmes bien
nent des jeunes gens lâches, menteurs, hypocrites,
des jeunes gens.
sournois, sans caractère. Partout où ils passent, on sent
Mais c'est naturel. Les chênes n~ poussent pas .
derrière eux une gêne. Sur les murs, dans les livres,
sous les tunnels et les roses n'éclosent pas dans des
dans les W. C., dans les cabines de bain, partout ils
caves obscures. Tout au plus y apparaissent quelqueS.
laissent des dessins obscènes. Ils sont d'une insup-
plantes rab9ugries qui languissent au milieu d'insectes
portable nervosité et leur cerveau est traversé d'idées
hideux. « Celui dqnt l'âme est captive - écrit le <;~)1li~~ ,
insensées.
Étienne Széchenyidans un chàpitre de son «joumalll'--'.
Il ne peut en être autrement. Dites à un feu ardent
ne voit pas fleurir en lui les vertus morales et chacun'
de ne pas brûler; - il ne le peut pas. Dites à une mer
de ses pas laisse l'empreinte d'un plaisir insipide ». impétueuse d'être unie comme un miroir; - elle ne
C'est pourquoi le visage jadis rieur de l'enfant s'assom- Je peut pas. Le voleur prend aux autres; mais l'impudique
brit. De là les rides de ce jeune froJ)t. Ah t qu~lle tristesse se vole à lui-même: ses trésors les plus précieux, il se
de voir commencer à pâlir le délicieux arc~en,-ciel. dépouille de sa force d'âme. « Descensus Averni... »
Ensuite il n~est plus aussi délicat à l'égard de la Il est sur la route de l'enfer ...
pr9priété. Évidemment pour acheter les revues légères,
pour aller au "théâtre (ou au cinéma, surtout quand
l'affiche porte : « jeunes gens au-dessous de seize ans
non admis ») il faut de l'argent et sa mère se plaint Les élèves (c au courant ».
sans cesse qu'aujourd'hui les domestiques sont voleurs"
chaque semaine on vole dans les tiroirs. Mais lorsque le caractère est entièrement ruiné et
De tels jeunes gens ne peuvent naturellement plus. que les bonnes qualités ont disparu les unes après les
trouver de plaisir dans l'étude et les travaux sérieux~ autres, arrivent la débâcle morale totale, et même
ils so11t incapables de recevoir de nouvelles impressions, l'incrédulité.
intellectuelles (donc d'étudier sérieusement, de faire Si la chose n'était pas si grave et si funeste. on
. des progrès). Leur sensibilité s'émousse, s'aff~blit~ aurait envie de sourire, en entendant des gamins se
; bientôt fait place à la dureté. Ils sont tout près du, moquer· et parler avec des haussements d'épaule de
désespoir. Ils ne connàissent plus ~a joie quepro(!U~ê la morale, de la religion, de Dieu ou bien des choses
le travail. Leur 'activité est brisée, ils ne peuve:ntplulJ, devant lC$~tlcl[e$ les meilleurs ct les plus émitlents repré-
LA CHASTE ADOLE&CENCE AU FOND DE L'ABIME 79
sentants de ['humanité se sont toujours inclinés avec le un Pascal, un Ampère, un Galvani, un Volta, un Pas-
pltlS grand· respect. Chez les élèves des lycées cela ne teur, etc. (dont tu as rencontré les noms illustres au
suscite plus d'étonnement, si tel ou tel de leurs cama· cours de tes études secondaires) n'en savent-ils pas
rades proclame ouvértement que le professeur ne lui peut-être autant que tes camarades de seconde?
« en impose » plus, qu'il est « au courant », qu'il Cl a Comment ces hommes, tous des savants d'une renom-
appris bien des choses », qu'il n'y a ni ciel ni damnation mée mondiale, étaient-ils des croyants à la foi robuste,
ni Pieu ni âme immortelle. et même pour quelques uns de fervents catholiques,
Que .peuvent donc être « ces choses ~ qu'a apprises tandis que ton camarade aurait été amené par la science
cet adolescent devenu incrédule et que ne connaissent à l'incrédulité?
pa,~ les représentants les plus illustres des sciences Comment Pasteur, par exemple, - pour n'en citer
naturelles et des ~utres sciences? Car, n'est-ce pas. qu'un - pouvait-il dire un jour: « C'est pa.rce que
les chefs intellectuels de l'humanité ont aussi étudié j'ai beaucoup étudié que j'ai la foi d'un paysan breton;
et appris quelque chose. et si j'avais étudié davantage, j'aurais la foi de la
Je me souviens de l'épitaphe que l'illustre inventeur paysanne bretonne »?
Franklin a composée pour lui-même. La traduction Non, n'est-ce pas, ce n'est pas la science qui a con-
en diminue un peu la grarideur. mais dans ces quelques duit ton camarade à l'incrédulité. Quelle science .peut-il
lignes se trouve une pensée sublime. bien y avoir dans une tête de quinze ans?
Ci-gît, nourriture des vers, Mais je sais bien qu'il y a de grands savants qui
Le corps de Benjamin Franklin. se sont déclarés incroyants. Je ne le nie pas; il y en
Comme la couverture d'un liwe a en effet. Mais je suis curieux d'une chose. Je suis
Dpnt on arracha les pages. curieux du jour du jugement dernier qui ôtera le voile
Mais ce liwe, il l'espère, de nos pensées les plus cachées. Comme nous serons
Ne s.era pas perdu éternellement. stupéfaits de reconnaître tant d'esclaves du péché qui,
Mais revu et corrigé, durant leur vie, soutenaient qu'ils ne pouvaient faire
En édition nouvelle et plus belle, concorder les « résultats de la science» avec les ensei-
Il reparaîtra un jour. gnements de la foi et .que pour cette raison ~eulement
ils étaient devenus incroyants. Non, mon fils, la science
Cëlui qui attend inébranlablement après sa mort elle-même n'est jamais dangereuse, - seuls ceux qui
ùne vie nouvelle, plus b~lle, .n~est pas un incrédule, l'enseignent peuvent l'être. La science sérieuse mène ;
n'est-il pas vrai. toujours à Dieu; mais le cœur corrompu en éloigne. "
Et puis, un Képler, un Newton, un Boyle, un Linné, Elles sont si vraies ces paroles de la Sainte Écriture :
un Herschel, un Leverrier,. un Fresnel, un Fraunhofer, « L'homme naturel ne reçoit pas les choses de
un . Foucault; . un Faraday, up Lavoisier, lIn Liebig, l'Esprit de Dieu» (1 Corinthiens II, 14)'
:80 t.A CHASTE ADOLESCENCE AU FOND DE L'ABIME

physique sait conserver la pureté de son âme, demeure


Pourquoi (c il n'y a pas de Dieu »? aussi exempt de doutes contre la foi. Mais par contre
j'avoue que celui qui mène une vie impure n'a plus
C'est la corruption du cœur qui a mené ton camarade de goût pour la prière, trouve gênantes les pratiques '
à l'incrédulité. Cette contradiction continuelle qu'il religieuses, puis la religion dans son ensemble, fina-
trouve entre la foi et sa propre vie, le remords perpétuel lement perd la foi. Infailliblement il doit perdre la foi.
qu'il ressent dans son âme, l'angoisse incessante à La ruine morale qui se produit au-dedans de lui, sa vie
,cette pensée: s'il y a un Dieu, s'Il me demande compte dépravée, il s'efforce de les justifier à l'aide de maximes
un jour de mes actes, de mes pensées. Malheur à moi! philosophiques, de livres, de sophismes, de théories
Comme il serait bon qu'il n'y ait pas de Dieu: .. Peut- scientifiques; il cherche dans les livres par la suite
être n'yen a-t-il pas ... Oui, il n'yen a pas ... il n'y a une justificafon théorique de son athéisme, qu'en
pas de Dieu. face du Dieu saint qui demande à chacun de nous
Je peux dire en toute certitude que si les lois morales la sainteté il pratique déjà depuis longtemps par une
graves et austères découlaient non pas de la religion, vie de péché,
-mais de l'algèbre ou de la physique, personne au monde La vie pure n'est pas seulement une conséquence,
ne serait incro.yant, par contre il y en aurait quelques mais aussi une condition de la foi. Pour que la raison
uns pour douter des principes de l'algèbre et de la ne devienne pas païenne, il est nécessaire que le cœur
physique, au nom du « progrès )). ne le soit pas déjà auparavant. (( Gardez votre âme en
Que l'incrédulité soit la résultante de la déchéance état de désirer l'existence de Dieu et vous ne douterez
; morale, c'est une constatation prouvée par le fait que pas de son existence )J (Rousseau).
, l'incroyance va de pair avec les années de jeunesse, As-tu entendu cè'que l'on dit de l'autruche? Quand
avec l'âge des passions et qu'elle disparaît avec ces elle est poursuivie, elle cache sa tête dans le sable et
dernières. Le petit enfant n'est pas incroyant; il se comme elle ne voit pas son ennemi, elle croit qu'il
sent même si heureux avec Dieu. Le vieillard n'est n'existe pas. Je ne sais si ces jeunes (( incroyants)) ne
guère ,incroyant, la religion et la foi sont sa seule cachent pas leur tête devant Dieu : ils n~ voient pas
espérance. Mais entre-temps c'est l'époque orageuse Dieu, ils ne veulent pas Le voir; mais cela ne-veut pas
des passions, à laquelle convient bien cette affirmation dire qu'en fait il n'y a pas de Dieu. Combien de jeunes
de Pascal : (( Le cœur a des raisons que la raison ne gens ne se contraignent-ils pas réellement à l'incroyance,
<:onnaît pas )J. Oui, le cœur corrompu peut être uniquement pour ne pas être obligés de changer de vie?
incroyant, la raison éclairée ne l'est jamais. Personne ~~urquoi"le pécheu~. ne veut-il pas penser à, Dieu?
ne devient athée, seul celui qui a des raisons pour qu'il y-drce qu Il sent qu Il a contracté de grosses ' dettes
n'y ait pas de Dieu. ,envers Dieu; chacun évite anxieusement la maIson de
Le jeune homme C)ui cl l'âge de son développement l'on créancier.

Chaste Arlo!es<:ence.
82 LA CHASTE .A.DOLESCE:\CE AU FOND DE L'ABIME

Par contre le jeune homme à l'âme pure comme un Chaque fois que j'entends parler d'un jeune.incroyant,
lys manifeste une foi ardente, parce qu'il repose sur de son «jugement éclairé )), je suis obligé de me rappeler
la poitrine du Seigneur Jésus. Un grand connaisseur ce mot de saint Augustin: Nemo incredulus, nisi impurus.
de l'humanité, La Bntyère, a écrit (Caractères 16) : Au jeune homme incroyant je puis donner en toute
« Je voudrais voir un homme sobre, modéré, chaste, tranquillité ce conseil de Pascal : « Si vous voulez être
_équitable, prononcer qu'il rry a point de Dieu; il convaincus des vérités éternelles, ne multipliez pas
parlerait du moins sans intérêt: mais cet homme ne se les preuves, mais extirpez vos passions. « Rompez avec
trouve point ». le péché - et demain vous aurez une foi robuste.
Pour combien de jeunes gens s'est renouvelé litté-
ralement ce que le célèbre écrivain, François Coppée,
a écrit, après sa conversion, dans la préface de son livre
Est-ce la joie? Est-ce le bonheur?
-« La bonne souffrance» : « Je fus éle\"é chrétiennement
et, après ma première communion, j'ai accompli mes
devoirs religieux, pendant plusieurs années, avec une Et maintenant es-tu au moins heureux, mon pauvre
naïve ferveur. Ce furent, je le dis franchement, la ami? Tu l'as payé bien cher, mais tu as acquis le bonheur.
crise de l'adolescence ct la honte de certains aveux Dis-moi, est-ce vrai? Dis-moi la vérité, es-tu heureux?
qui me firent renoncer à mes habitudes de piété. Bien Tu réponds: « Oui. Tout au moins j'ai vu quelque
des hommes qui sont dans cc cas conviendraient, s'ils chose de la vie )),
étaient sincères, que ce qui les éloigna d'abord de la Doucement, mon fils, doucement. Non, je ne le crois
religion, ce fut la règle sévère qu'elle impose à tous, au pas. Tu te leurres toi-même. Tu n'es pas franc envers
point de vue des sens, et qu'ils n'ont demandé que plus toi-même. Car si tu es heureux, pourquoi à certaines
tard . à la raison ct à la science ~es arguments méta- heures un ennui inexprimable envahit-il ton âme?
physiqu~s qui leur permettent de ne plus se gêner ». Des heur~ où tu ne peux trouver de plaisir en rien,
« Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, c~r ils absolument en rien. En rien en ce monde. Pourquoi
verront Dieu )) a dit Notre-Seigneur. Et ceux qui ont es-tu si souvent assis devant tes livres, avec des' yeux
le cœur corrompu? Ils ne verront du monde que les perd\.1s dans le vide? Des doutes n'atteignent-ils pas
jouissances sensuelles, la pourriture, les saletés, les ton cœur? Tu passes sur ton front tout pâle une main
débauches, les batailles. lasse et tremblante: Tu voulais mener « joyeuse vie »;
« Messieurs, disait l'illustre écrivain, Chateaubn"and. pourquoi es-tu maintenant si triste? Qu'est-ce que
dans une société cultivée, mettez la main sur le cœur ce vide béant dans ton âme, cette tête ' tristement
et dites-moi sur votre honneur, n'auriez··vous pas le -penchée, cette sécheresse inconsolable? Qu'est-ce que
courage de croire, si vous aviez le courage de vivre ce s~glot à fendre le cœur qui ressemble au pleur
ch:lstes? . . d'un oiseau. Du cher petit oiseau qui s'appelle fi. vie
AU FOND DE L'ABIME
84. LA . CHASTE ADOLESCENCE

pure » et qui, tan~ qu'il n'avait pas été chassé du nie\,: contment engloutI par les flots? On dit que, lorsque
bien chaud de ton âme, répandait par son doux bal)ll~: l'eau est claire, on peut voir au fond de la mer où est
lage la joie sur ta vie. Tu vois bien à certains moments· disparu ce vaste continent. Des to~rs, des coupoles,
que « dans ton passé il n~y a pas de joie ni d'espérançe des maisons étranges effrayent le navigateur qui
dans ton avenir ». Pourquoi en est-il ainsi? Paree que passe au-dessus, et son cœur frissonne en voyant surgir
d'une main l'impureté donne une jouissance d'urt amsi de l'abîme la mystérieuse beauté d'un monde
instant, mais de l'autre nous ravit en échange une ch()se englouti.
mille fois plus précieuse. Dans la vie de combien de jeunes gens cette triste
Et qu'est devenue ton énergie? Ton activité qui te légende n'est-elle pas une terrible réalité? Combien
glissait à l'oreille: « Sois libre? Eh bien! te voilà libre, de jeunes gens, à l'espérance brisée, pleurent la beauté ·
affranchi des lois du Créateur, mais esclave de tes de leur âme irrémédiablement perdue, engloutie dans
passions. Vois-tu comme tes camarades savent rire les abîmes du péché.
joyeusement! Si tu pouvais une bonne fois ' être franc Je t'ai déjà dit, mon fils, que le péché d'impureté
envers toi-même! Si tu reconnaissais avec franchise est un véritable attentat contre les plans du Créateur.
qu'en cherchant la joie sur des chemins interdits, au lieu Il dérange ses pla~s. Celui qui commet ce péché, brave
i . tle la joie tu as bu dans ton aveuglement tout le fiel des
les lois de la nature. Mais celd ne peut se faire impuné-
1 enfers. ment. Il n'est pas possible de transgresser impunément
les lois de la nature.
Cela nous est fréquemment attesté par les consé-
L'arbre ronflé nar Ce -Ve,.. quences physiques qui résultent habituellement d'une
vie d'impureté. Tout péché porte atteinte à notre
, Ce n'est là encore que le premier châtiment 'du dignité d'homme, mais celui-là peut aussi ruiner notre
péché d'impureté. La ruine de l'âme qui frappe tout santé physique. Voilà un péché qui trouve son châtiment
pécheur, sans exception. Ce châtiment affreux, la « maladie en ce monde et ce châtiment est épouvantable. La justice
Vi du manque de caractère.» aucun pécheur ne l'évite.
humaine n'atteint pas ce péché, mais la nature est
Mais il peut arriver qu'un autre châtiment frappe le plus sévère que les juges de cette terre. C'est pourquoi
péché: la punition physlque. « Le salaire du péché, les hommes ont été engloutis par le déluge; c'est pour-
c'est la mort )) (Romains VI, 23); la mort de l'âme' quoi les habitants de Sodome ont été dévorés par le
toujours, celle du corps aussi parfois. Il y a des jeulles. feu; et c'est pourquoi une foule de jeunes gens d'au- .
gens dont la forte constitution défend leur santé contre jourd'hui sont punis d'une peine plus terrible que
le péché; mais il y en a également qui, après des années, l'eau et le feu: la déchéance physique dès la jeunesse.
• en souffrent dans leur corps. Mon fils, si tu sens parfois que la tentation est trop
As-tu déjà entendu la légende de l'Atlantide; violente, s'il te semble que !es considérations morales
86 LA CHASTE ADOLESCENCE AU liOND DE L'ABIME

restent impuissantes devant la tempête furieuse des délicat, a besoin de plus de vingt ans pour son parfait
pa~si?n~, souviens-toi, je t'en prie, de ce que je voudrais développement.' Pendant plus de vingt ans, la nature
VOlr ecnre en lettres de feu dans ta mémoire: la uature travaille jour et nuit en silence à ce chef-d'œuvre;
se venge terriblement de celui qui par une vie impure met et le plus important c'est que l'organe qui doit servir
en ~ért:llapul'eté,de la l'.ace lzlllTlaill~. La vie impure peut à perpétuer l'humatiité 'puisse se développer sans trouble,
affaIblIr la sante physlqu,e, la rul11er, et parfois con- paisiblement.
?uire à une fin misérable, mener au tombeau en pleine Si Un jeune homme coupait chaque semaine un
Je~nesse, entre vingt-quatre et vingt-six ans. petit morceau de ses poumons, dis-moi, qu'arriverait-il
de lui dans un an ou deux? Pense donc, mon fils, à
l'effet désastreux produit sur l'organisme, quand un
jeune homme excite, martyrise l'organe qui devrait
Châtiments physiques. se développer dans le plus grand calme et un repos
absolu, et qu'à l'âge de quatorze-seize ans il gaspille
,Celui qui. a~aisse les dessins de Dieu au rang de les jeunes forces que la nature rassemblait en lui pour
regles des JouIssances physiques le paye fort cher. vingt-quatre ou vingt-cinq ans en vue du mariage.
'ru es maintenant plein de confiance en tes jeunes forces. Songe que la sève gaspillée dans une vie pécheresse
Maintenant tu bois aveuglément à la coupe des plaisirs était nécessaire à la nourriture de la moelle épinière
et tu ne penses pas que bientôt - peut-être dans et des nerfs; songe que l'excitation violente enflammée
quelques mois - tu arriveras au fond, à la lie amère par le péché dans le jeune organisme et l'état convulsif
et écœurante. Cela ne te fait rien? Crois-tu que tu dans lequel se trouvent les nerfs après le péché exercent
peux faire gratis de grandes dépenses? Bientôt tu une répercussion préjudiciable à tout le système
regarderas avec effroi, lorsque la nature te présentera nerveux, et alors tu comprends pourquoi on voit si
~a note. Car c'e~t un fait médicalement certain qùe les souvent aujourd'hui des jeunes gens au teint pâle,
Jeunes gens qm se marient trop tôt (à vingt ans par aux joues creuses, aux yeux vitreux, aux regards
exemple) et satisfont ainsi leurs instincts dans le fuyants, aux mains tremblantes, au dos courbé, des
mariage - donc de manière permise - meurent ordi- jeunes gens dont le regard a perdu sa fraîcheur, signe
nairement de bonne heure, ainsi que leurs enfants. extérieur de l'âme candide, sur le visage desquels on
L'organisme a en effet besoin pour son complet déve- trouve à peine un trait viril, bien que la rougeur de la
.Joppement de la sève que le jeune homme a usée jeunesse en soit disparue; des jeunes gens dont les
'<l:rns son mariage prématuré.. . muscles sont paralysés, qui sont sans cesse fatigués,
,it'.Plus.~m .organismè est délicat, compliqué et déve- dont le système nerveux est entièrement ruiné et qui
lopp,é, plus la .nature a besoin de temps pour le cons- sont. menacés de folie.
·trUJrC; le corps humain, cet organisme merveilleusement .lls portent sur eux-mêmes la marque publique de leur
88 LA CHASTE ADOLESCENCE AU FOND DE L'ABIME

tmpureté secrète. « C'est justice sur la terre que les esprits plus qu'aux dépens de l'orgamsme. En effet aucune
deviennent des visages )) a dit Gœthe et jamais parole~ fonction de notre organisme ne réagit autant sur le
ne sont plus vraies qu'à propos des forces destructrices système nerveux que le fonctionnement des organes.
de l'acte impur. sexuels.
Rien n'amène autant à la phtisie l'organisme, que ce
péché. Comme une sangsue insatiable, il ôte du cœur
Pourriture vivante.
la bonne humeur, il arrache du visage les roses de la
jeunesse, il éteint la flamme dans les yeux.
En effet cette perte de matière, gaspillée par le La fréquentation impure des filles perdues entraîne
pécheur, cause dans l'organisme un affaiblissement des maladies extrêmement graves. Mon fils, ~a plume
équivalant à la perte de vingt fois autant de sang; cette tremble dans ma main, en les décrivant, car il me faut
matière est réellement la force vitale elle-même, qui te parler de la tragédie finale de tant de jeunes vies,
- d'après la science médicale - est absolument néces- peut-être n'en as-tu pas encore entendu parler, mais,
saire pour le développement interne et externe de je suis obligé d'en faire mention, pour que tu voies
l'organisme, la souplesse des muscles, la force des QS, où peut te conduire un seul acte imprudent. Pour que
l'éclat des yeux, l'acuité et la faculté de concevoir tu ne sois pas - comme des milliers déjà - obligé
de la raison. Voilà pourquoi ces jeunes gens demeurent de maudire l'instant où tu es allé chercher une jouis-
peu à peu en arrière dans tout; tout comme se ralentit .sance pécheresse, dans l'antre du vice, au milieu de
la marche d'une locomotive dont le chauffeur jette le filles perdues.
charbon sur le bord de la voie et non pas dans la Sais-tu, mon fils, que par les relations sexuelles
chaudière. avec ces filles perdues tu peux contracter une maladie -
D'après les dernières constatations médicales, l'état de et une seule occasion suffit - qui durant des années
l'âme peut influer ·sur celui du corps. Une nouvelle exercera ses ravages dans ton corps, qui sera i1lCUrable'
méthode thérapeutique, la psychothérapie, tente préci- toute ta vie, qui réellement infectera ton sang et - si un
sément sur cette base la guérison de l'organisme. Il jour tu fondes un foyer - passera comme un héritage
est maintenant évident que l'humeur constamment maudit à ton épouse, à tes enfants, à tes petits-enfants,
chagrine de ces malheureux jeunes gens réagit aussi à toute ta descendance. Ils la contracteront et maudiront
sur leur système nerveux. la mémoire de leur père dont les débauches de
La tension continuelle des nerfs et le gaspillage jeunesse leur ont laissé un si triste héritage.'
pendant des années de la force vitale ne peuvent pas Et sais-tu, mon fils, comment ce mal se répand parmi
rester sans lourdes conséquences. Pendant un certain les hommes ? Celui qui pèche avec une de ces femmes
temps, l'organisme tâche de remplacer la matière perdues est, d'après les constatations médicales, presque
~t:rdue, mais peu à peu ce remplacement ne se fait sûr de contracte! l'une ou l'autre variété des maladie~
LA CHASTE ADOLESCENCE
AU FOND DE L'ABIME

vénériennes. Sais-tu que la société honnête actuelle tement délivre de son mal. Le médecin aussi le croIt.'
terrifiée cherche le moyen de se protéger contre la Et tout à coup - plusieurs' années après - alors qu'il
·contagion et a déjà songé à faire examiner médica: ne songe plus peut-être à--sa maladie d'autrefoi$~
lement les habitants du pays et à marquer ceux qUl dIe reprend de nouveau avec une violence incroyable;,
sont atteints de cette maladie, pour protéger les hommes çar les bacilles qui se trouvent dans l'organisme qü't·
.honnêtes et leur donner cet avertissement : fuyez ceux repris une vie nouvelle. Consomption dorsale, folie,
qui sont marqués de ce signe! Il y a trois sortes de m~ladies paralysie, cécité arrivent ensuite. Il .est .impossible do
vénériennes. Et sais-tu qu'une de ces maladIes, la parler d'une guérison sûre et complète de. cette maladie.
syphilis, fait à elle seule plus de victimes parmi les Et l'homme qui dans sa jeunesse autorisa,it peut-ctrç·'
hommes que la peste, le choléra et la fièvre jaune tous les plus belles espérances, périt misérablement, c<,?m!Uc
,ensemble. Pourtant, n'est-ce pas, avec quel effroi ne un rebut de l'humanité et de sa famille.,
pensons-nous pas à la peste et au chol~ra 1 . Je ne veux pas parler davantage des souffrances.
Celui qui a précisément cette maladIe abrège sa VIe atroces qui accompagnent la consomption dorsale
·d'au moins dix ans, selon les statistiques des compagnies ni du progrès hallucinant que fait ,chaque jour la
·d'assurances sur la vie, même s'il se guérit. paralysie jusqu'à ce que finalement surdenne la folie.
La syphilis - arrivée à son troisième stade ~ Ah! si seulement chaque adolescent voyait lui-tnème
couvre le corps d'ulcères, donne la fièvre, endolont
<Cette terrible tragédie, avant de vouloir pour la 'première
les os, ir"ite les muscles, provoque d'atroces migraines, fois « se procurer cette jouissance ))! Une « jouissance II
cause des maladies de peau, des paupières, des
de quelques instants en échange de la consomption dorsale
muqueuses, des intestins; on se sent las, on voudrait
ct de la folie ... Vraiment, ce n'est pas une bonne affaire.
dormir et pourtant on est torturé par l'insomnie.
Et ne crois pas que j'exagère et que je veux seufement
Les maladies les plus diverses jouent véritablement
te faire peur. Ne dis pas que si cette maladie avait des
:avec toi, tu n'as plus la moindre force de résistance.
effets aussi pernicieux, on devrait entendre dire plus
Si le mal continue à progresser, le palais est perforé
souvent que tel ou tel est mort. Car il est tout natu~cl
par les ulcères, souvent l'os nasal pourrit et le visage
que celui qui souffre de ce malle cache à tout. le monde.
du malade ressemble à un spectre affreux. Les os
Mais cette maladie emporte ses victimes souvent·
:aussi s'amollissent.
sous un tout autre nom; seuls les médecihs sont témoins
Le mal empire, lorsque le cœur fàiblit et que les
de cette terrible tragédie qui se dé:oule parmi les
artères sont prises; si la maladie attaque l'aorte, elle
hommes; seuls ils peuvent dire combien de tubercu-
ne peut plus résister à la pression du sang, elle gonfle
loses, de maladies de foie, d'artério-scléroses, de
jusqu'à ce que finalement elle se rompe., E~ le pauv~e
maladie du cerveau et des os ont eu réellement la
malade cherche secours de tous les côtes, Il voudraIt
syphilis pour cause.
guérir. Il semble même fréquemment qu'il soit parf~i-
- Les vieilles légendes grecques parlent d'un monstre
LA CHASTE ADOLESCENCE AU FOND DE L'ABlME 93'
à la tête de taureau et au corps d'homme que le rOl passèrent, deux ans s'étaient déjà écoulés et Lé~nar<l
Minos tenait enfermé dans un labyrinthe de l'île de 'parcourait les rues de mauvaise humeur, car il ne
Crète et auquel on jetait chaque semaine en nourriture trouvait pas de modèle convenable pour Judas. Il
sept jeunes gens et sept jeunes filles d'Athènes. Ce ~herchait quelqu'un sur la figure de qui on put lire
n'est qu'une légende. Mais tous le,s ravages causés 'la scélératesse sous laquelle on représente d'habitude
par ce monstre fabuleux ne sont rien à côté des ruines Juda~. Finalement il trouva un jeune homme dont la
provoquées par le péché d'impureté parmI la jeunesse figure prématurément vieillie révélait la ruine de l'âme.
actuelle. Mais lorsque cet homme fut mis en présence de « La
Un médecin français, un des plus grands spécialistes dernière Cène» et que l'artiste COmmenca à peindre le
en maladies vénériennes, disait; «Que celui qui ne craint visage de Judas, il se mit à pleurer de toute son âme.
pas Dieu craigne la syphilis n, et que la syphilis soit vrai- L'étranger n'était autre que Pietro Bandinelli; il 's'était
ment un fléau, ils le savent les malheureux qui l'ont livré à une vie de débauche et en deux années d~ cette
contractée, ils le savent encore mieux les médecins ,existence pécheresse" son visage de Christ avait fait
qui dans des centaines de cas et près de centaines de place aux traits de Judas. Et s'il ne s'était agi que
malades ont vu les tristes et déplorables suites de la d'un changement physique! Mais il s'agissait aussi
syphilis. de son âme!
Nous connaissons des cas où la syphilis héréditaire Ah! si. les tombes silencieuses des czmetiêres pouvaient
est demeurée comme endormie pendant 30 à 40 ans, parler! Ces pierres muettes sous lesquelles lepécM d'im-
puis s'est révélée sous forme de consomption dorsale pureté a enfermé prématurément tant de jeunes vies qUi
ou de paralysie. promettaient de si belles espérances.
Certainement tu as déjà entendu le nom d'un des Ferme un instant ce livre, mon fils et songe, en
plus illustres peintres du monde, lionard de Vinci. priant, aux paroles éternellement vraies de la Sainte.
Certainement tu as déjà vu une reproduction d'un Écriture : « Si quelqu'un détruit le temple de Dieu,
de ses tableaux les plus renommés, «la dernière Cène)). Dieu le détruira. Car le temple de Dieu est saint, 'ët
Mais probablement tu n'as pas entendu parler de c'est ce que vous êtes vous-mêmes! (10 Corinthiens III, 17).
l'événement affreux qui se rattache à cette peinture.
L'artiste se préoccupait de trouver un modèle pour
peindre le sublime visage de Notre Seigneur, lorsque
à sa grande joie dans une église il remarqua, parmi Terrible responsabiUté.
les chantres, un jeune homme d'une merveilleuse
beauté. Pietro Bandinelli - c'était le nom du jeune Si encore tu ne perdais que toi 1Mais de même qu'un
homme - accepta joyeusement de servir de modèle seul plaisir défendu suffit pour que'.le bacille de cette
pour la figure du Christ. Les semaines et les mois terrible maladie s'introduise en toi, de même des
94 LA CHASTE ADOLESCENCE AU fOND DE L'ABIME

milliers de dangers menacent également les membres.


de ton entourage, en tant qu'eux, les innocents, reçoi- -Tes pauvres enfants!
vent de toi, le coupable, les germes de cette maladie
contagieuse. En mettant ta main contaminée sur la Et SI tu oses avec pareille maladie fonder une;
poignée d'une porte, ou peut-être en serrant la main. famille! Le rouge ne te monte-t-il pas au visage,
de ton meilleur ami, en mettant ton crayon dans ta. en pensant qu'avec cette triste maladie tu t'attaches
bouche et qu'un àutre l'ait après entre les mains, le pour toujours une jeune fille innocente? Une jeune fille
coiffeur en coupant tes cheveux ou en te rasant, s'il a qui durant toute sa jeunesse songeait avec une sainte
auparavant touché un syphilitique, ta cuiller, ton. pudeur à son futur chevalier, à l'âme blanche, à l'époux
ver~e, ta brosse à dents, ton essuie-main, tout cela idéal, au caractère viril. Et toi, épave humaine, suppôt
peut transmettre la maladie. Perpétuellement tu es un d'enfer, tu t'attaches pour toujours par le mariage
danger redoutable pour ton prochain innocent avec: cette innocente jeune fille et tu la contamines pour
lequel l'existence te met en relations. toute sa vie, e1ie dont l'âme pure aurait mérité un
Chez un collégien de quinze ans la syphilis perfora jeune homme pareillement pur.
le palais et ronga les chairs entre la cavité bu<:cale et La vie nous en présente des cas épouvantables. Il
le nez. Pourtant le malheureux était pur, seulement y a des jeunes filles à l'âme délicate et pure qui con-
pendant les vacances il avait bu dans un verre dont tractent quelques semaines après leur mariage cette
s'étaient servis des maçons qui étaient atteints de ce hideuse maladie et pendant des années, des dizain~s
mal. d'années, souffrent et dépérissent, traînant la plus
S'il y avait encore en toi un soupçon d'honnêteté,. belle période de leur vie dans la maladie qu'elles ont
tu devrais repousser ta mère et lui crier : Maman, prise auprès de leur époux qui a vécu dans le péché
écarte-toi et ne m'embrasse pas, j'ai l'enfer au-dedans. avant le mariage.
de moi. « Et lorsque peut-être après ton baccalauréat Et bientôt tu as des enfants. Pauvres créatures
tu rentres à la maison et que ta mère tout heureuse innocentes, si seulement elles n'étaient jamais nées!
te serre dans ses bras, en l'embrassant tu donnes à ta Au second ou au troisième mois de leur existence,.
mère chérie le bacille de cette honteuse maladie. Et ce apparaissent déjà les symptômes de la syphilis héré-
qui rend la chose encore plus dangereuse, c'est qu'au ditaire et pour la plupart ils meurent à six mois. Ou
début la maladie passe inaperçue; on ne ressent aucune bien, s'ils restent en vie, les conséquences de la maladie
douleur, ce n'est souvent que par hasard que .l'on se manifestent plus tard entre la dixième et la vingtième
s'aperçoit que quelque chose ne va p~s. Sens-tu la année, ils seront maigres, faibles, avec les yeux malades
responsabiliti qui pèse sur ton âme? Ah! la maudite et et leurs enfants aussi recueilleront ce triste héritage et
mi~érable première nuit pécheresse! la sanglante malédiction de ta vie Pécheresse pèsera encore
sur tes petits-enja1tfs.
LA CHASTE ADOLESCENCE AU FOND DE L'ABIME 97
Une autre maladie vénérienne, la blennorragie, entre Mon fils, un plaisir physique d'un instant vaut-.i,l un
autres conséquences maudites, prive une foule d'hom- tel prix? Comme il avait raison le païen Démosthène
.mes du plus grand trésor, la vue. Si son bacille, le de répondre à l'invitation séductrice d'une fille perdue:
gonocoque, entre dans l'œil, une forte inflammation C(Tanti paenitere non emo ». Non, je n'achète pas un
s'y déclare et bientôt après l'individu est aveugle chagrin aussi énorme pour un plaisir d'un instant.
.(blennorrhoea neonatorum). Dans l'institut des aveugles _ Il est littéralement vrai que les péchés du père
l~e Munich, 73,8 % des cas proviennent d'une infection passent à ses enfants jusqu'à la troisième et même la
blennorragique. Je connais une famille où le premier quatrième génération .. Mais en revanche, celui qui a
enfant devint aveugle bientôt après sa naissance. conservé pur son sang, celui qui pa~ une vie chaste
Lorsqu'un second enfant naquit, il devint aussi aveugle avant son mariage a évité toute contagion laisse par
,d u jour au lendeinain. Le troisième également. Les cela seul à ses enfants un héritage plus grand que s'il
parents au désespoir ignoraient ce qui pouvait bien leur léguait des millions. « Lorsque mon fils me regarde
en être la' cause. Mais quand le père - qui avait oublié de ses yeux clairs - m'écrit un père de famille -
ses péchés de jeunesse - se rendit compte qu'il avait lorsque mon cœur se remplit de joie à la vue de son
la blennorragie, il fut frappé de folie à la pensée que corps robuste et de sa souplesse, lorsque se déversent
ses péchés de jeunesse avaient privé pour toujours ses sur moi sa grâce et sa fraîcheur enfantines, alors je ne
trois enfants de la clarté du soleil du bon Dieù regrette pas un instant · d'avoir lutté pendant des
Assez souvent j'ai visité l'institut des aveugles années, car je sais que ce n'était pas seulement pour
Joseph Nador à Budapest, dans la rue Saint-Étienne; mon propre avantage, mais aussi pour la génération
mais chaque fois que je me suis promené au milieu suivante que j'ai fait ce qui était digne de mes peines
.des deux cents enfants aveugles qui cherchent à tâtons et de mes sueurs »•
leu~ 'Chemin avec leurs prunelles brûlées et vides,
je pense toujours avec effroi : Mon Dieu! La plus Espérances brisées_
grande partie de ces malheureux enfants ne serait pas
aveugle, si leurs parents avaient mené une vie pure Un matin je contemplais la Tisza; un flot d'eau
pendant leur jeunesse 1 fangeuse coulait le long de ses rives. D'où vient cette
La foule horrible des habitants des asiles d'aliénés, masse de boue? - me demandai-je. Il n'avait pas plu
d'enfants idiots, chétifs, estropiés donne la triste chez nous ni nulle part dans la région depuis plusieurs
<:ertitude des ravages causés par les péchés d'une jeu- jours. Ce fut seulement le lendemain que je lus dans
nesse tombée dans l'antre du vice. le journal que bien loin de nous, à la source de la Tisza
Et toute cette immense misère, cette détresse d'une avait eu lieu un violent orage et le fleuve roulait avec
multitude de familles, cette destruction du bonheur lui la boue et la vase qu'il avait trouvées bien loin
. familial, à came· peut-être d'un rapport sexuel interdit! là-bas, « dans sa jeunesse », alors. qu'il n'était encore

Chaste Adolescence.,
LA CHASTE ADOLESCENCE AU FOND DEL' ABIME 99
qu'un petit ruisselet insignifiant. Et il n'avait servi de vais peut-être m'expliquer un peu longuement mais
rien que dans son éours moyen et inférieur il n'e\it si vous tp'écoutez, vous rendrez le bonheur et
reçu aucune boue nouvelle. Et il n'avait pas pu retrouver l'espoir à une âme brisée.
sa pureté, malgré les eaux claires de ses affluents. J'étais l'espoir de ma mère qui est veuve. Lorsque
Mon fils, voilà une image infiniment grave de la vie je quittai la maison, il y a deux ans, elle m'embrassa
sbuilléepar le péché dans les années de jeunesse et don~ et demanda au bon Dieu de me prendre sous sa protec-
l'hommem\ir ne peut plus effacer la tache. Je t'en tion. Et le bon Dieu est venu à mon secours. Il y a
prie, gardes-en le souvenir; il est beaucoup plus facile trois ans mes flotes étaien. excellentes. Et cette année?
de conserver son âme pure que de laver pour la rendre Mon Dieu, j'ai échoué dans trois matières"Et pourquoi?
blanche comme la neige une vie jadis souillée. Je ' suis tombé au 'pouvoir d'un péché, d'une malé-
Depuis que les premières éditions de mon livre diction dont je ne sais comment dire le nom si ' triste.
se sont répandues chez les étudiants dans tout le pays, 1 J'en suis devenu l'esclave. Il s'est emparé de mes
la poste n'a pas cessé d'apporter à mon adresse des forces, de tout mon être. Pendant les vacances de Noël,
lettres de mes jeunes lecteurs. Après lecture de cer- j'ai vu chez un ami - que le bon Dieu le bénisse -
taInes d'entre elles, elles me sont presque tombées des votre livre, « La Chaste Adolescence ». Je l'ai lu .
. mains et je n'ai eu que la force de regarder le Christ Monseigneur, qu'ai-je ressenti? Mon âme était en
qui ,est là sur ma table de travail : effervescence. Et sous l'influence de ce livre j'ai pris
« Seigneur Jésus, venez au secours de ces pauvres une sainte résolution. Cette troupe à la blancheur de
âmes au désespoir 1 » , lis m'accueillera peut-être aussi, tout indigne que je
QueUes misère.,1 Quel~es luttes 1 QueUes tragédies 1 sois, parmi ses membres. Et j'en ai eu la force; nous
Que d'espérances bri~ées! Et la plupart pleurent leur sommes déjà en avril et je n'ai plus péché une seule
premier faux pas. Les premiers mois où ils ont appris fois, depuis que j'ai eu votre livre en main et je l'ai
à connaître le peché et où il n'y avait personne auprès encore aujourd'hui.
d'eux pour les retenir sur la pente. .) Nous avons ici une vie bien triste. Beaucoup de
Voici sans changement quelques-unes de ces lettres, jeunes gens scrutent les plus profonds mystères de la
j'ai seulement supprimé les noms de leurs auteurs. J nature. Plusieurs ont déjà lu votre livre et nous avons

Fasse le Ciel, mon fils, que tu ne soies jamais obligé d'en pris cette sainte résolution; non, non, jamais 1
écrire de pareilles. Monse:gneur, écrivez moi. Ma lettre est dé COl: sue,
mais men état d'âme est pareil. Écrivez même
MONSEIGNEUR, se Jlement quelques mots. Vous ferez le bonheur
d'une âme.
Je ne sais par où co~mencer. Une force irrésistible
me pousse à écrire. Monseigneur, écoutez-mOl. Je
100 LA CHASTE' ADOLESCENCE 'AU FOND DE L'AnIME 101

La lettre suivante est d'un ancien élève qui av~it autrui les souillures de mon âme. Pourtant je savais
oublié mes leçons : bien que vous me montreriez avec amour la route qui
conduit à une vie nouvelle. Mais je n'en avais plus la
MONSEIGNEUR, force. De plus en plus je m'étais mis à maudire les
hommes, l'air, la lumière. J'allais comme quelqu'un
Au-dehors le vent du Nord siffle dans les branches qui voyant des fleurs dans un marécage s'avance pour
dénudées, au-dedans le feu pétille, et moi les yeux les cueillir et peu à peu se sent enfoncer lentement
fiévreux je fouille dans mon passé. Je recherche ma dans l'abîme.
bonne humeur d'autrefois, je recherche mon ancien Ah! si quelqu'un m'avait saisi d'une main ferme et
. timbre de voix, l'image souriante de mes camarades, m'avait conduit à la piscine de Siloé, afin que j'aperçoive
je recherche le printemps fleuri de ma vie. la route qui mène au bonheur! Mais non, il n'y avait
Comme cela est loin! Depuis, des taches grises personne. Toute ma vie je suis resté seul. Il est vrai
et sales sont venues ternir le bleu d'azur, de ma vie, que dans mon orgueil insensé je n'ai demandp. l'aide
mon visage flétri a vieilli prématurement, ma voix de personne; je voulais m'affranchir moi-même. Je
cristalline s'est brisée et hélas! les blanches fleurs du voulais, hélas! que de fois j'ai voulu! Mais la fumée du
printemps sont tombées dans la boue. sacrifice de ma volonté n'est jamais arrivée jusqu'au
J'aime à m'arracher quelquefois à cette grande ciel. Quelque obstacle la rejetait toujours dans la boue.
désolation qui m'étouffe presque avec ses bras glacés Avec la confiance d'un ancien élève je me tourne
et à marcher dans les prés fleuris du passé. C'est vers vous, Monseigneur, pour vous demander conseil!
comm<? si c'était hier... Et je me sens déjà vieux, Je ne vous demande que quelques lignes, mais ces
bien vieux à vingt-deux ans. quelques lignes - je le crois - me donneront une
. De~ mon coffret de lettres je sens sortir comme un force nouvelle, comme un verre d'eau fraîche à un
souffle du temps passé. Comme les fragments en cou- voyageur altéré.
leur d'un kaléidoscope défilent devant moi en une
fantastique variété mes rêves et mes projets d'avenir,
maintenant tous disparus. Le vent du ~ord a passé Voici une troisième lettre :
depuis sur lé champ ensemencé de ma jeunesse et a
tout emporté.
MONSEIGNEUR,
, Une lettre de. vous, Monseignefir, s'y trouve. Et
c'est cette lettre qui me fait prendre la plume. Je ne Je ne sais comment exprimer mes sentiments après
puis résister au désir de vous écrire quelque chose avoir lu l'ouvrage intitulé « La Chaste Adolescence Il
au sujet de mon immense détresse. Si seulement je et réfléchi sur ce qui y est dit. Bien .plus, j'ose écrire
l'avais fait plus tôt t Mais je n'osais pas dévoiler à cette lettre d'une écriture agitée. Pouvoir parler!
102 LA CHASTE ADOLESCENCE AU FOND DE L'ABlME 1°3
Quel bonheur 1 Un livre qui mène au repentir et à la milieu. L'obscurité a envahi le ciel de ma vie. Ah 1
conversion. Vous savez, n'est-ce pas, ce que je veux si seulement cette obscurité avait été totale! Ah! si
dire par là ?... « Ah 1 combien de jeunes gens ont san- seulement le chêne avait été cassé en deux tronçons,
_ gloté désespérément dans le silenç:e de la nuit, parce peut-être n'y aurait.:il pas eu autant d'amertume,
que personne ne les avait avertis des suites terribles autant de larmes. Mais ce ne sont que de continuels
de ce péché ... » Oh 1 comme c'est vrai! Moi aussi j'ai craquements. Depuis si longtemps... voir le ciel de
souffert. Je gémissais sous le joug de cette funeste ma vie s'assombrir!
habitude qu'un malheureux m'avait apprise. Mais, le plus triste, c'est que je savais ce que c'est
Ah! Monseigneur, donnez un conseil à un pauvre que le péché. Je savais qu'il y a quelqu'un qui pouvait
jeune homme qui depuis longtemps cherchait' le chemin me secourir, que Notre-Seigneur Jésus-Christ m'offrait
du salut et l'a trouvé grâce à votre livre! le salut. Mais hélas! je n'ai pas pu le saisir, pourtant
J'ai honte, Monseigneur, moi qui jadis apprenai5, il n'y a pas eu une seule chute qui ne m'ait aussitôt
travaillais si bien, d'avoir pu pour un plaisir d'un inquiété, à la première déjà je disais : c'est- « la der-
instant abandonner ma belle tâche.:. Mais là où là nière ». Mais hélas! hélas! je n'ai pas eu la force.
passion fait rage, la raison se tait, n'est-ce pas, Ah! mon -Père! Mon Père spirituel! Ne dédaignez
Monseigneur ? pas, si je vous donne ce nom, celui à qui vous avez
Dans l'espérance d'ùne réponse, etc ... déjà jeté maintes fois la ceinture de sauvetage et
qui, perdu en apparence, se débat dans un gouffre
épôuvantable.
Encore une autre lettre :
Ma plaie brûlante s'adoucit déjà à la pensée que j'ai
pu en faire l'aveu en quelques mots hachés (ce que je
MON CHER PÈRE SPIRITU,EL, n'avais encore fait à personne jusqu'ici).
Depuis que j'ai commis cet épouvantable péché,
Ma chambre _retentit encore de mes sanglots; les à l'instant même, je n'ai plus pu être franc envers
pages de votre livre béni sont encore mouillées de personne ... j'ai évité la société des honnêtes gens,
mes larmes, ma plume refuse encore d'obéir à mes je ne me sentais pas à l'aise avec; dans mes études, je
doigts, je respire encore avec peine, maintenant que n'avançais ·pour ainsi dire pas d'un pas; je n'étais
j'essaie de tracer ces quelques lignes, mais si vous les content de rien, ma vie n'était plüs qu'une lutte ter-
en ju!!,p.z dignes, lisez-les... écoutez-moi. rible, si je ne me suis pas pendu, si je n'ai pas mis le
Ah! mon Père, comment dirai-je, il y a 'cinq ans point final, c'est parce que bien loin, dans ma chère
qu'il y a eu dans ma vie un instant maudit. La corde Transylvanie, une mère aimante prie les mains jointes
mélodieuse de mon violon s'est rompue. Le chêne chaque jour le bon Dieu de bénir son fils, de le guider
élancé qui promettait tant dé choses s'est brisé au dans le .bon chemin (ah! si elle savait 1), mais il est bon
LA CHASTE ADOLESCENCE AU FOND DE L'ABIME

qu'elle ne le sache pas, son cœur pourrait se fendre, car moi-même je rte me rends plus compte de mon état
alors que je lui écds que je vais bien .. d'âme, tous mes sentiments sont émoussés.
Je suis devenu scout, dans l'espoir de me tirer Je ne suis pas venu, parce que j'ai renoncé défini-
d'affaire, mais non, je ne me sentais pas à mon aise tivement à me convertir et je confie les suites ultérieures
au milieu de ces figures encore rayonnantes. Je n'osais à la loi naturelle de l'oubli. Je peux déjà facilement
pas rentrer au foyer paternel... je ne me sentais bien compter mes jours, je ne puis plus tout au moins
nulle part et maintenant, maintenant loin de mon pays, compter sur une amélioration même spirituelle. Je
de mon cher pays, je me prosterne devant Dieu et je vois que c'est déjà la damnation éternelle qui commence
balbutie avee reconnaissance les louanges de son saint sur la terre, car il faut que je sois prêt à la mort non
nom, parce que par l'entremise de votre main et de seulement du corps, mais aussi de l'f!me. Je voudrais
votre plume Il veut me sauver. Car vous daignez me repentir, mais je n'ai plus la force ni la foi. Pendant
m'écrire: il y a un retour .. ce n'est pas encore le fond deux mois j'ai gravi le calvaire de la souffrance, mais
de l'abîme ... ~ujourd'hui encore je puis commencer je n'ai pu me convertir . . ~_
une ({ vie nouvelle )J, si je veux. Ah! mon Père, autrement J'ai montré un petit changement dans ma vie spiri-
je n'aurais pas la force, seulement je mets ma main tuelle, mais c'était seulement par crainte. A présent
tremblante dans votre main et avec confiance je vous le monde m'est complètement indifférent et j'attends,
regarde dans les yeux en murmurant: avec l'aide de la chute du rideau.
Dieu je veux ... je veux .. de nouveau, si j'en suis encore Ne t'inquiète plus de moi, s~ul Dieu peut me venIr
digne, me mettre au dernier rang dans la troupe à en aide,
. la blancheur du lys... Seigneur Jésus, aidez-moi, je Ton ami (si tu me tiens encore pour te)
veux être chaste. Quelques mois après le jeun:e homme était mort.

Je ne veux pas continuer Cependant encore une


lettre. C'est un jeune homme qui écrit àun camarade
qui avait conseillé à ce pauvre jeune homme tombé
Suicides d'étudiants.
dans le péché de s'adresser à moi, SI je pouvais lui
venir en aide. Voici la réponse consternante : : Voici devant toi une magnifique vocatiôn - écroulée
dans la poussière; un aigle créé pour voler dans les
hauteurs - se débat dans un marais lés ailes brisées;
MON CHER AMI, un caractère viril - brisé en deux morceaux; une
\jeune vie - écroulée, brisée. Voilà un adolescent qui
Je sais que tu m'as attendu et je ne suis pas vehU. dans sa jeune imagination rêvait peut-être de sauver
Ne m'en veux pas, si peut-être je t'ai fait attendre, le monde, maintenant en train de se débattre dans
106 LA CHASTE ADOLESCENCE AU FOND DE L'ABIME 1°7

les chaînes de l'esclavage, dans une misère incurable. mais l'aveu n'est pas arrivé jusqu'à mes lèvres. Mais
Cette âme qui autrefois brûlait d'idéal où bouillon- à présent écoute-moi et - méprise-moi. Mon Dieu,
naient tant de plans d'avenir, - est maintenant courbée, comment dois-je l'écrire! Tandis que chacun me
lasse et désespérée, sous le poids d'une malédiction, ,comblait d'éloges et m'entourait d'affection, je me
parce qu'elle n'a pas préservé des gelées de mai s ouillais en secret par l'habitude d'un péché infâme.
les tendres bourgeons d'un printemps plein d'espérance. C'est là, vois-tu, ma maladie. La plus sombre mélan-
Il s'y ajoute les reproches qui surgissent tôt ou tard ,colie me torture, je supporterais comme expiation
de la conscience, la crainte des conséquences physiques toutes les souffrances physiques, mais le bouleversement
et morales de ses actions et l'on comprend dès ' lors de mon âme, voilà le plus épouvantable. Je ne peux
que la mélancolie et le désespoir planent comme des même plus penser. Le travail scientifique est un martyre,
oiseaux noirs sur cette âme. Et ce pauvre jeune homme, mes idées errent à l'aventure, mon imagination divague
brisé de corps et d'âme, a à peine vécu encore dix-huit -et je suis torturé par des images affreuses qui ne me
ou vingt ans ... Ah! c'est déjà ici-bas sur la terre que laissent pas de repos, bien que je crie, je gémisse, je
se réalise ce que la Sainte Écriture dit à proprement m'insurge contre clles.Où suis-je tombé! Certainement
parler uniquement des châtiments de l'autre monde: tu me diras de prier, je le ferais volontiers, mais je ne
« La part des impudiques sera dans l'étang ardent de peux pas. On ne peut plus me secourir. Bien des fois
feu et de soun"re )) (Apocalypse XXI, 8). déjà j'ai fixé le jour, l'heure et le lieu où je me ferai
Il y a des jeunes gens qui, lorsqu'ils subissent les sauter la cervelle; mais alors apparaît dev;mt mon
tristes conséquences de leur maudite habitude, ont âme l'image de mes parents. Mes chers parents, mes
déjà gaspillé leur force de volonté au point que leurs frères et sœurs ne se doutent pas à quel indigne ils
bonnes résolutions les plus fortes sont emportées tout ( mt donné leur amour. Vais-je les jeter dans ce chagrin
comme un bout de papier par l'ouragan de leur habitude indicible de voir leur fils se suicider? C'est ce qui
pécheresse. Lorsque, après chaque résolution, le péché me retient. Viens me voir au plus tôt - non, ne viens
est commis · de nouveau, une amertume sans nOm pas, je ne le mérite pas. Prie pour moi, que Dieu ait
s'empare de leur âme, véritablement ils méttraient pitié de moi, s'il y a encore de la pitié pour moi ... ))
en 'pièces ce qui leur ~ombe sous la main, - mais c'est Tu as déjà lu , n'est-ce pas, qu'ici et là des jeunes
en vain, en vaio, ils ne peuvent pas s'affranchir. gens de seize à dix-huit ans se sont suicidés « par
Lis cette lettre effrayante qu'un étudiant écrit à un dégoût de la vie ))? A seize ans, dégoûtés de la vie!
de ses camarades : Songe un peu à cela! Un jeune homme qui en vérité
« ... Dans ma grande tristesse tu as toujours été connaît à peine quelque chose de la vie et qu'attendent
aimable envers moi et tu ,t'étonnes que je sois incon- seulement maintenant les graves devoirs di gnes d'un
solable. Mais tu ne connais pas la phase la 'plus terrible homme - dégoûté de la vie! L'explication de la plupart
qui est en moi. J'ai voulu quelquefois t'en parler, des suicides des jeunes gens, c'est la chute morale.
108 LA CHASTE ADOLESCEKCE AU FOND DE L'ABIME

La balle qui sort de l'arme du jeune suicidé met une

• ••
triste fin à une vie manquée.

Écoute ce cas qui s'est passé dernièrement. Un


jeune homme était l'unique soutien et le gagne-pain Le jeune chêne qui s'élançait vers le ciel .~ brisé
d'une pauvre veuve. C'était un jeune homme sérieux au milieu; l'arc-en-ciel qui s'étendait bien haut dans
et de caractère. Le prestige de sa gravité morale écartait le ciel - tombé dans la boue; la beauté d'un avenir
les fréquentes sollicitations de ses camarades, lorsqu'ils plein d'espérances - voilée pour toujours ...
cherchaient à l'entraîner dans un antre du vice. Les Maintenant nous sommes au fond de l'abîme.
exhortations qe l'aumônier et les paroles du Dieu Triste sort, triste fin.
vivant étaient son bouclier. Mais ses compagnons ne
le laissaient pas tranquille. C'est tout naturel: celui qui
est dans le péché est sans cesse poussé par sa mauvaise
conscience à entraîner dans la fange celui qui est encore
innocent. A chaque instant ses camarades le sollici-
taient ... le raillaient ... l'encourageaient ... finalement il
céda. Cela ne dura pas longtemps et la sombre maladie
marqua de son horrible empreinte l'âme et le corps
jadis pleins de forces de ce jeune homme. Il ne put
supporter longtemps ce fardeau épouvantable et s'ôta •
la vie. Près de son cadavre se trouvait ce billet - seul
héritage laissé à sa pauvre mère : - (( Maman, par-
donne-moi et prie pour moi ».

Les gens plaignirent ce malheureux, mais tu saiS.


qu'il fut lUi-même la cause de sa ruine: il voulut cueillir
des roses défendues et à la place le lierre hideux de
l'enfer enlaça son âme d'une étreinte mortelle. IL
s'était insurgé audacieusement contre les lois que le
Créateur a écrites Lui-même dans l'âme humaine et
contre lesquelles personne ne peut s'insurger impunément;
contre le commandement du Crfateur : Luxurieux point
ne seras ...
LA LUTTE CONTRE LE DRAGON A SEPT T~TES 111

une menace perpétuelle d'infection pour ton prochain


sain de corps et d'âme? Tu ne veux pas traîner à tra-
vers la vie ton jeune corps- ruiné par une honteuse
débauche? Tu ne veux pas t'abaisser jusqu'à devenir
CHAPITRE V une loque, un chiffon? Tu ne veux pas perdre ta santé,
ton caractère, ton honneur? Non, c'est ce que tu ne veux
LA LUTTE CONTRE LE DRAGON pas! Je le lis dans tes yeux.
A SEPT TtTES Mon cher fils, ne crains pas. Si en toi la volonté est
aussi forte que ta sainte résolution de maintenant -
tu n'iras pas jusque-là. '

Mon fils, regarde-moi que je puisse lire dans tès


yeux. Bien ... Tu vois, c'est ce que j'attendais. Un Retour possible.
ferme courage brille dans tes yeux. Ton cœur bat de
graves et saintes résolutions. Tes lèvres muettes trem- Mais peut-être est-ce autre chose que je lis dans
blent sous le poids de lourdes décisions. Ton regard tes yeux. J'y vois une ombre - de la tristesse, de la
enflammé et ton cœur brûlant me confient, à la place douleur. J'y vois un souvenir, - effrayant, déprimant.
: de tes lèvres muettes, les saintes résolutions conçues Le souvenir maudit d'un péché commis dans l'igno-
. maintenant au fond de ton âme : « Eh bien 1 si Dieu rance et la puissance de l'habitude du péché te retien-
le veut; je n'en arriverai pas là. Si le monde s'écroulait. nent par des milliers de liens. Une tristesse sans nom
si la terre vacillait sous mes pieds, si les étoiles tom- pleure dans ton âme; ah! pourquoi n'ai-je pas lu ce
baient sur moi. jusque-là non 1 Non! non! jamais!... livre, il y a deux ou trois ans? Je vois tout cela, je
Malo mori quam foedari. J'aime mieux mourir que me vois ta lutte désespérée, je vois tes hésitations, je vois
souiller 1 » ton abattement, ton abdication, ta tristesse.
Bien, mon fils, c'est ce que j'attendais de toi. C'est Grâce au chapitre précédent, une nouvelle lumière
pourquoi je redis : regarde-moi. Tu ne veux pas aller a brillé dans ton ' âme qui t'a peut-être fait souvenir
jusque-là? Tu ne veux pas .tomber prématurément que déjà dans ton enfance, peut-être à l'école primaire,
comme un fruit véreux de l'arbre de l'humanité? Tu en compagnie de mauvais camarades, tu as fait quelque
ne vëùx pas écraser avec des souliers ferrés le jardin chose dont tu ne devinais pas alors la malice et dont
fleuri de ton âme? Tu ne veux pas fuir, le regard ( la laideur apparaît seulement maintenant devant toi.
hésitant, les yeux interrogateurs de ta mère et de ta Peut-être que surgit brusquement dans ton cerveau
sœur? Tu ne veux pas devenir le triste éleveur des cette décourageante pensée : Alors il y a longtemps
bacilles qui détruisent la vie? Tu ne veux pas devenir que je 5ui:s perdu! Alors il y a longtemps que le temple
112 LA CHASTE ADOLESCENCE LA LUn:~ CONTRE LÉ DRACQN A SEPT TtrE$. HJ
1

<le mon âme est tombé en ruines t... Non, mon cher une volonté ferme, une résolution inébranlable. En
fils, il ne faut pas perdre courage. On n'est responsable . effe~ I~ bourbier le retenait, les herbes du marécage
<le ses actes qu'autant qu'on avait conscience de leur le tJralent, le gardaient~ la puissance de l'habitude
malice à l'époque où ils ont été commis. Seul le Tout- pe~t comme un poids énorme; mais il s'est dégagé
Puissant sait si les faux-pas de ton enfance peuvent de ce marais infect, il s'est redressé (mais qui sait
être, et dans quelle mesure, regardés comme des après combien d'efforts) et avec une résolution inê...
péchés. Mais à présent ne te lamente pas sur tes chutes branlable, avec une persévérance inlassable, appuyé
inconscientes d'autrefois, mais prépare-toi à une vie sur l'espérance d'un avenir plus pur, il se mit en
nouvelle idéale. Ne te tourmente pas sur ce qui s'est marche vers la maison - vers la maison paternelle.
passé jusqu'ici, mais réjouis-toi de la vie pure qui va Dans tout homme - même le plus déchu - brûle
.suivre. Tu n'es pas un adolescent tombé définitivement encore une faible étincelle de bien, mais seul s'en
et le temple de ton âme n'est pas définitivement ruiné. rend compte celui qui l'aime et a confiance en iui.
Seulement ne prononce pas le mot qui apparaît presque Mon fils, qùelles que soient tes chutes, si souvent que
sur tes lèvres: Non je ne le permets pas. tu aies déchiré ton âme, quand la place de l'ancien
Un tel mot n'existe pas. Du moins il n'existe pas temple serait un amas de ruines, je te demanderai
pour un jeune homme. Ne prononce jamais ce mot d'abord: aie confiance en toi 1 Une confiance inébran-
terrible « trop tard », « il est trop tard pour moi ". Je sais lable! Que cette parole du philosophe Sénèque fOltifie
ce que tu entends par là, mais ce n'est pas vrai, il n'est ta confiance: « Pars sànitatis velle sanari fuit )l, celui
pas trop tard. Tu es un peu en retard, raison de plus qui veut guérir est déjà en partie guéri. --
de te hâter.
Tu connais la parabole qe Notre-Seigneur sur l'En-
fant prodigue? On y parle d'un père de famille dont
le plus jeune fils réclama sa part d'héritage, quitta Encouragement à la lutte.
la maison, gaspilla son argent, .fut forcé par la faim
de devenir porcher, en vint jusqu'à envier la nour- Laisse-moi adresser quelques mots d'encouragement
riture de ses bêtes ... et alors dans la détresse de son à ceux à qui mon livre - malheureusement _ est
immense abaissement passa dans son cerveau une parvenu trop tard, qui, enfants irréfléchis ou séduits
·dernière espérance: « Je me lèverai. J'irai vers mon par des
, camarades pervertis, sont devenus faibles , sont
père, peut-être aura-t-il pitié de moi ll. . tombes, peut-être même souvent, mais maintenant-
Et tu vois, le père lâchement abandonné le reçut veulent enfin se relever et veulent soutenir victorieu-
,dans ses bras, pressant sur son cœur l'enfant prodigue sement la lutte d'une vie pure.
,de retour. Ceux qui ont succombé souvent voient combien
Il fallut à l'enfant prodigue pour cette démarche il est difficile de renoncer à un péché d'habitude.
Chute .A.dolesoencQ.
II4, LA CHASTE ADOLESCENCE LA LUTTE CONTRE LE DRAGON A SEPT TETES II ç

Ils luttent ·parfois pendant des années avec un courage ~rganisme jeune se remet d'autant plus vite de ces
héroïque et cependant ils retombent continuellement. . effets nocifs que la conversion a lieu plus tôt. « Un
Je voudrais encourager ces héroïques lutteurs. acte irréfléchi suffit à ruiner définitivement notre
Mon fils, si tu succombes de temps en temps, ce bonheur, - écrit dans son journal le comte Étienne
n'est pas un péché de plus, comme jadis. Notre-Sei- Széchenyi. Mais il ajoute aussitôt en guise d'encou-
gneur sait qu'à présent tu ne le voulais plus (comme ragement : « Un homme ne tombe jamais si bas qu'il
jadis tu le voulais) que c'est seulement une ancienne ne puisse jamais plus s'améliorer. Tout pécheur peut
et triste habitude qui décide là et dont de toutes tes se relever )).
forces, de toute ta volonté et de toute la résolution
de ton âme tu voudrais te débarrasser. Ne crains pas,
ne t'exaspère pas, parce que tu retombes. Seulement L'aigle délivré.
continue à lutter courageusement, seulement hâte
la victoire ,finale après laquelle il n'y aura plus une J'ai lu quelque part une fable émouvante à propos
seule rechute. d'un aigle. Étant encore petit, il tomba entre les mains
Je connais moi-m&me bién des jeunes gens, dans d'un méchant gamin qui lui mit une chaînette à la
les classes supérieures des collèges et à l'université, patte et l'attacha à un roc. Que de coups d'ailes, que
auxquels dans leur jeune âge des camarades vicieux d'efforts, que de tentatives de la part du pauvre
ont enseigné le péché. Les malheureux au début oiseau pour se délivrer, mais en vain! A la fin il se
croyaient que ce n'était qu'un jeu innocent et lorsqu'ils lassa de cette lutte désespérée qui durait depuis un
ont eu une claire connaissance de l'horreur de leurs an et le sentiment de son affreuse captivité s'empara
actes, la puissance immense de l'habitude s'était déjà totalement de lui. Un jour un anneau de sa chaîne se
étendue sur eux. Mais qu'importe! Ils se sont lancés brisa, mais le pauvre aigle ne s'en rendit pas compte.
dans cette lutte difficile. Ils ont combattu longtemps. Il resta encore durant des semaines sans bouger, les
Ils sont retombés. Et maintenant, à quinze, dix-huit yeux clos : devant lui le vaste ciel, dans son cœur le
ou vingt ans, après une lutte héroïque sans doute, désir ardent de la liberté, dans ses ailes la force -
mais après une victoire tdomphale, ils mènent une vic mais en vain, car il n'en savait rien. Ah! s'il avait
/ pure, pour réparer ce qu'ils ont fait dans leur ignorance fait seulement un pas en avant! Si à présent il avait
d'enfants. Et quelle joie inconcevable transporte cette fait une seule tentative. S'il avait donné seulement
âme convertie! « Je ne donnerais pas un jour de ma vie un coup d'aile!
présente pour tout mon passé )), - m'écrit un jeune Vois-tu, mon fils, je C!'ois fermement que si jusqu'ici
homme aptès sa conversion. Celui qui revient à temps tu as été aussi un fils de roi enchaîné au péché, lorsque
au lys immaculé, à la pureté de vie, ne doit pas craindre tu auras achevé ce livre, les mailles de ta chaîne d'escla-
les conséquences nuisibles de son incontinence :' un vage se détacheront.
116 LA CHASTE ADOLESCE?'\CE LA LUTTE CONTRE LE DRAGON A SEPT TÊTES 117
c ~
Mais maintenant en avant! A moi les hauteurs de IJe suis tombé de nouveau, pourtant j'ai promis combien
la pureté! de fois que cela n'arriverait jamais plus ...
Puis-je me corriger, moi aussi? - Oui. 1 j Dans . les dernières dizaines d'années des hommes
Est-ce que je veux me corriger? - Oh! oui. courageux se sont de plus en plus voués à l'exploration
Alors je commence! du pôle nord ou du pôle sud et au prix de privations
Quand? Plus tard? Non, pas plus tard! Aujourd'hui surhumaines ils ont traversé des étendues incom-
même! mensurables de neiges et de glaces et ~ aucun n'a
As-tu entendu parler de ce héros grec, Achille, atteint le but. Et toujours de nouveaux explorateurs
que sa mère, dans sa crainte, avait habillé en fille et se mettent en route. Pourtant quand le but serait
fait élever au milieu de jeunes filles, pour qu'il ne atteint, quelle utilité en résulterait-il pour l'humanité?
soit pas obligé d'aller à la guerre. Mais quand Ulysse :A peine autre chose que la sensation d'avoir posé le
fit retentir la trompette guerrière devant le palais et i pied là où personne n'était encore allé. Et pour une '
que les véritables jeunes filles s'enfuirent épouvantées, 1 sensation si insignifiante on ne craint pas d'affronter

la nature virile intrépide apparut dans Achille et il 1maintes fois la mort. Alors as-tu le droit dans cette
prit les armes. Tu vois, mon fils, lorsque tes instincts : lutte perpétuelle contre les sens de perdre courage, ;
sensuels t'attaqueront encore, ne fuis pas lâchemen t 1dans cette lutte que tu mènes non pas pour la conquête

devant eux, ne te rends pas à eux, mais regarde-lest :d'un pôle nord couvert de neige, mais celle de la paix
virilement, hardiment clans les yeux et engage avec 'de l'âme, la conquête d'une vit: pure, blanche comme
eux le combat. Même si depuis longtemps tu te débats la neige?
entre les tentacules de la sensualité pécheresse, frappe Oui, mon fils, une lutte pénible t'attend, mais je le '
d'un poing énergique en disant : Ce n'est pas 'i.:raÎ. répète: Ne perds pas courage. Si tu veux, tu peux
Il n'est pas trop tard. Je me tive, je retozmle à la maison ... redêvenir pur. Toutes les puissances de l'enfer ne
à la vie pure, à la jeunesse chaste, à lin avenir plus beall, peuvent t'amener au péché, si tu ne le veux pas, et tu
plein de promesses. _ triompheras, si tu ne te décourages pas, si tu as au-
Tu sais bien, et je puis le dire d'avance, que si tu 'dedans de toi le désir de vaincre et l'énergie qui sur-
es depuis assez longtemps esclave de cc péché, ta monte tout. Réussis seulement à passer sans péché
délivrance sera difficile, très difficile peut-être. Que de 'quelques semaines, un ou deux mois. Alors ta cause est
fois le désespoir pèsera sur ton âme, quand tu remar- gagnée. Car tu es convaincu que tu as encore une
queras avec amertume que ton désir de te corriger volonté et que tu peux prendre de nouveau des réso-
et que tes résolutiOns sorties du fond de ton âme sont Jûtions solides comme l'acier.
constamment sans effet! C'est presque avec désespoir '5 Mon cher fils, si ton âme est encore intacte, remercie ,
que tu seras désemparé entre ton désir du bien et à' genoux le Créat~ur et garde d'une âme forte ton
l'habitude qui pèse sur toi avec une force gigante,squc. précieux trésor; mais si _ t.u _:~éjà__to~bé, mon filsl je
LA CHASTE ADOLESCENCE LA LUTTE CONTRE LE DRAGON A SEPT TÊTES 119

' t'en supplie les mains jointes, engage la lutte contre le en peu de temps. Il en est de mëme pou; des peuples Il
dragon à sept têtes de l'impureté. C'est de toi que dépen- entiers dont la ruine, à cause de leur immoralité gran- f
dent pareillement l'avenir de notre chère patrie et le dissante, ne peut être enrayée par aucune mesure f
salut de ton âme. Je ne puis, n'est-ce pas, te dire de légale» (Hilty). -- 1
plus grandes chose~ Lis seulement ce que 'l'acite écrit sur la tombe de
l'orgueilleux peuple romain qui · jadis avait conquis
tout le monde connu: Lis seulemènt cornaient sur cette,
Pour:Tavenir de notre patrie. tombe où leur genre immoral de vie a jeté les Romains,
retentit victorieusement l'éloge de la vie pure des
Tu es, mon fils, un enfant fidèle de ta patrie, fier de Germains païens : . ." '
ta race. Cela me plaît. Mais sais-tu que la jeunesse qui « Saepta pudicitia agunt, nullis spectaculorum
rejette la pureté de son âme commet une honteuse inlecebris, nullis conviviorum irritationibus corruptae ... ,
trahison envers l'avenir de sa patrie? Sais-tu que la Paucissima in tam numerosa gente adulteria, quorum
:force vitale future de notre race dépend pour une poe na praesens et maritis permissa, abscisis crinibus
.bonne part du choix que notre jeunesse actuelle fera nudatam coram propinquis expellit domo maritus
entre une vie rénovée ,et la glissade sur la pente de ac per omnem vicum verbere agit; publicatae enim
l'impureté dans cette chute inévitable où les propa- pudicitiae nulla venia; non forma, non aetate, non
gandistes (ennemis d~ notre peuple) d'images, de opibus maritum invenerit. Nemo enim illic vitia ridet,
publications, de livres immoraux veulent entraîner nec corrumpere et corrumpi saeculum vocatur ».
dans un but bien défini la jeunesse hongroise entamé, (Tacite, Germania XIX). « La femme y vit sous la
dans son intégrité physique et morale? Réellement un protection de mœurs pures et n'y est pas corrompue
travail souterrain s'opère dans la société tout entière, par des spectacles excitants ou des repas voluptueux., . .
dans les théâtres, les cinémas, les livres et les journaux L'adultère est très rare chez ce peuple, le châtiment '
,contre la pureté de vie de la race hongroise et ceux qui en est réservé à l'époux qui l'applique immédiatement: . j

entreprennent ces machinations savent bien que si un en présence de ses proches la femme coupabl~ est
. jour ils arrivent à corrompre moralement - et ce qui
va de pair - physiquement la race hongroise, ils
pourront sans résistance partager entre de nouveaux
.
chassée de sa maison, après avoir eu les cheveux'
coupés et avoir été dépouillée de ses vêtements, elle
est ensuite conduite à coups de fouets à travers le
'

habitants notre pays. La jeunesse actuelle est l'avenir village; celle qui a perdu sa virginité n'est pas pardonnée;
:de notre pays. ni la beauté ni la jeunesse ni la fortune ne peuvent lui
, « C'est une constatation quotidienne que les enfants procurer un époux. En effet personne ne rit de ces
et les petits-enfants des riches qui n'ont eu en héritage crimes, et l'on n'appelle pas esprit du siècle corrompre
que .1a fortune et non pas une ' vie morale se ruinent et se laisser corrompre ».
120 LA CHASTE ADOLESCENCE LA LUTTE CONTRE LE DRAGON A SEPT TÊTES 12 r

On peut · à peine croire que. iès Germains'- païens trouvez devant de grands devoirs, - c'est pourquoi je'
aient été soumis à une aussi austère conception morale. t'estime. Mais de graves dangers tourbillonnent devant
Mais en tout cas, il convient que nous, chr~tiens, toi - c'est pourquoi je crains pour toi. çette
peuple civilisé, nous rougissions de honte en v,!yant estime et cette crainte me suggèrent ensemble cette
parmi noUs un~ si grande immoralité, à côté d'une si pensée : Mon fils, respecte la flamme di'v·ine qui brûle
noble façon de penser d'un écrivain païen. en tOl : ton âmr:. La formation de ton âme est une
~ r. Mon fils, si tu aimes notre patrie, si tu t't'nquiètes tâche plus grande que n'importe quel art, car les artistes
Il! du sort futur de notre nation, aie en estime le ' ne travaillent qu'avec un pinceau, des couleurs, ' un ,
~ sang pur qui coule au-dedans de toi, ta jeunesse' . ciseau, et toi avec une âme vivante. '
i immaculée et ne prends pas en maintes prOductions
d'auteurs ni chrétiens ni hongrois (bien qu'ils écrivent
en hongrois), ces ouvrages immoraux qui visent à
Pour l' 'ltégrité du lis.,
l'affaiblissement de la race hongroise. « La base et la
1 pierre aJ,lgulaire de tout pays en sont le~ bonnes mœurs;
!~ lorsqu'elles disparurent, Rome tomba et 'fut réduitè Jeune homme, sois dOliC ficr et il/trépide! A tout péché,.
ff en esclavage ». Sur l'autel du patriotisme seul est à toute bassesse réponds : Ad majora natus SUin. Ne
agréable le sacrifice des braves qui se sont vaincus supporte pas davantage que la jeunesse hongroise vive
eux-mêmes. " ., dans le péché à l'âge de quinze ans, qu'elle soit vieillie
Satan passait un jour en revue ses troupes -ai-je à dix-huit ans ct paralysée à vingt et un ans. Car s'il
lu dans ~ne poésie. Chac\ln vantait sa puissance. Lés. en était ainsi, le drapeau hongrois serait déshonoré.
démons de la colère, de l'envie, de l'ivrognerie,. du' Je veux qu'on puisse dire de vous tous: vous êtes
jeu et autres mauvais esprits se disputaient la première pleins d'espérances, de fraîcheur, votre vie n'est pas
'! place dans l'art de nuire à l'humanité. Finalement brisée. Vous êtes poussés à un travail créateur par
, 'Satan décerna la première place au démon de l'iIPpu- l' « inexhausta pubertas )) (Tacite), la force virile non
.~. reté en disant: « C'est lui qui a l'épée la plus tranchante gaspillée. Vos muscles sont encore élastiques, votre
l.
.' et le poison le plus mortel, car il a le pouvoir de ruiner front encore lisse, l'éclat de vos yeux encore étincelant;
fi des nations entières ». , la Hongrie repose sur vous ses yeux baignés de larmes.
-- Faut-il donc que tu ,sois triste ?Pas du tout: Cèlui ~ Apprenez à être appliqués au travail, enthousiastes
qui est dans son printemps doit avoir l'âme' pl~ne :d~ : pour la vertu et patients dans la lutte. Le sort de la
Il fraîcheur. Je veux qll.e dans ton cœur impatient batte \ Hongrie dépend de vous - et nous n'avons qu'une
I~ l'énergie de la grande vocation qui t'attend. jeyet.nc iHongrie. ,
Il que tu deviennes un homme. Je regarde toujours avec Au-de~sus des lois de l'esthétique il y a les lois de 1\
respect vets la jeunesse. « Res sancta 'puer Il. Tu te' la morale. Tout ce qui favorise la force morale de \
122 LA CHASTE ADOLESCENCE: , LA LUTTE CONTRE LE DRAGON A SEPT, TÊTES 123

l'homme est un acte patriotique; tout ce qui l'attaque la Hongrie ne sera regagnçe que par une jeunesse qui
est une infâme trahison. Le sixième commandement :saura être forte et combattre pour la beautè de son
est un bouclier pour les forces d'une nation. Pour nous âme, pour l'intégrité du lis.
aussi se vérifie ce que Salvien a dit de l'empire romain:
Ses ennemis n'ont pas pu le vaincre, seul le péché l'a
pu. Nous avons perdu beaucoup de sang pendant la Le glaive flamboyant de la nature.
guerre; mais l'empoisonnement du sang est cent fois
pire. Au festin de Balthazar à Babylone, où l'on pro- La nature peut se venger terriblement avec un
fanait les choses saintes, une écriture terrifiante apparut. glaive de feu. Déjà Tacite indiquait comme la source
Cette main aujourd'hui encore écrit l'histoire du monde. la plus puissante de la force germaine l' « inexhausta
Lis seulement avec quelle sainte gravité le Guide .pubertas » la jeunesse intacte. Le salut et le bonheur de
des Scouts hongrois commente le dixième commande- toute la génération future dépendent du fait que l'homme
ment de la loi scoute «( Le scout est pur de corps et ,e t la f emme se tiendront désormais réciproquement en
d'âme ») : « La pureté du sang est la base de la force ,plus sainte estime ou bien continueront à descendre la
et de la grandeur d'une nation. L'impureté souille pente effrayante où une littérature et une opinion ni hon-
: dans l'homme l'image de Dieu, ruine le ,corps, salit ,groises ni chrétiennes entraînent le peuple hongrois, surto,u t
l'imagination, émousse la mémoire, tue le caractère la classe intellectuelle hongroise. _
et pourrit la nation. Avec un saint amour-propre garde Mon fils, ne vois"tu pas qu'aujourd'hui la patrie
la pureté de ton âme. Que rien d'impur ne t'en impose: hongroise si éprouvée a besoin de tous ses fils, de
si brillant qu'en soit l'extérieur, il cache à l'intérieur ' toutes les forces physiques et morales de chacun de
saleté et pourriture. Évite avec mépris la société des oses fils? L'amiral anglais, Nelson, donna , avant le
gens corrompus, les conversations malpropres ou à -combat de Trafalgar cet ordre du jour à la flotte :
double sens, les livres, les représentations, bref tout ,« England expects every man to do his duty ». (L'Angle-
ce qui mène à l'impureté. Recherche ce qui donne la terre attend de chacun de ses fils qu'il fasse son devoir).
force, la sobrié-té, un travail sérieux, des distractions La malheureuse patrie hongroise peut donc attendre
convenables, un renoncement viril, une amitié réelle : .de chacun de ses fils qu'il garde sa jeune âme dans
tout cela est une aide efficace ». la pureté, ses jeunes forces dans leur intégrité. Le feu
Mes fils, aujourd'hui la Hongrie, c'est 'lJOUS. La Hon - sacré, gage de l'existence de Rome, était confié à la
grie n'est pas une carte géographique, la Hongrie 'g arde des Vestales; mais notre pauvre patrie attend
n'est pas une montagne, une plaine. La semence de de la flamme qui brûle dans ton âme pure des milliers
l'avenir hongrois bat dans votre sang, s'élève vers la vie, d'années nouvelles.
devient réellement vivante ou bien va à la ruine à Il faudrait que chaque adolescent devint un arbre
côté de vos jeunes forces gaspillées. L'intégrité de ;aux fruits abondants; mais ont-ils des fruits les arhrp~
12 4 LA CHASTE ADOLESCENCE LA LUTTE CO!'<TRE LE DRAGO:-< :\ SEPT TÊTES 125

où il n'y a pas de fleurs? .. l(eventr au combat le corp~ 11 Qu'importe à Dieu que tu sois juste - dit la Sainte
blessé est un sacrifice devant Dieu et un mérite devant Écriture - que gagne-t-il, si tu es intègre dans tes
notre patrie; mais être ruiné moralement et physiquement voies? » (Job XXII, 3)' Certainement rien. Que tu
par une vie impure est un Péché infâme contre Dieu et notre observes ou non le sixième commandement, Dieu,
patrie. mon fils, n'cn tire ni profit ni dommage. Ses desseins
« Il faut que la jeunesse qui aime sa patrie et est douée éternels seront néanmoins réalisés. Même sans toi.
d'intelligence - écrit le Dr. Louis Nékam, professeur Même contre toi. Mais par contre il est pOlir toi d'une l
de médecine à l'université de Budapest - pense ainsi: ~xtrême importance que tu vives selon ses lois , car ta viel,!
1, J' emplOleral
' . toutes mes f orees à devemr . un membre sur cette terre et ta vie future en dépendent. Le sort de ;
utile physiquement et intellectuellement à la société. ton âme, le développement harmonieux de ta vie à)'
Pour pouvoir y arriver et ne pas devenir prématurément l'avenir dépendent de la lutte que tu mèneras contre ,
1}n dégénéré, à l'époque de ma croissance je pratiquerai le dragon de l'impureté . .En effet qui peut attendre \
une continence totale et j'endurcirai mon corps, je forti • . .une maturité sérieuse d'un jeune homme qui a passé
fierai ma volonté, je multiplierai mes connaissances. ; 'Sa jeunesse dans le péché? « Qui 710n assuescit 'l:irtuti,
Ensuite je m'efforcenii, si je suis appelé à fonder un ' dum juvenescit, a vitiis ncscit desciscere, quando senescit )l.
foyer, d'élever des citoyens courageux et utiles à notre Je te connais bien, mon fils. Tu as pour idéal le
patrie et je pourrai mener avec ma famille une vie ·saine ,caractère viril; tu veu;.,: devenir un véritable chevalier,
et heureuse Il. !f. un homme « complet ». Mais c'est précisément pourquoi
~ Sais-tu, mon fils, ce que veut dire cette maxime : je te demande de bien considérer que pour arriver à
« Un étudiant n'est rien et il peut tout? » Cela veut un caractère parfaitement viril il faut une forte volonté,
dire que toi, mon fils, tu es l'avenir de la patrie; toi . une force de volonté qui soit capable de toujours sou-
qui lis ce livre; toi qui actuellement n'es qu'un i mettre nos bas instincts à h meilleure partie de notre
étudiant, mais qui demain seras un guide de la 1 nature, nos facultés intellectuelles. Tu sais que l'instinct
nation; toi qui par ton activité bonne ou mauvaise 1 sexuel se manifeste vite, même bien avant le mariage
t sèmes et moissonnes le bonheur ou le malheur. Tu es :
mais ce n'est pas pour que tu le satisfasses. II n'a pas le
présentement le germe de la lIongrie future et tu seras ' droit de l'exiger.
le héros ou le fossoyeur du nouvel avenir hongrois. Si tu veux atteindre un jour ce caractère viril qui
:aujourd'hui n'est encore en toi qu'une image idéale,
remarque bien qu'il faudra le mériter par un pénible
Pour le bonheur de ton âme. ' travail. C'est pour ce très beau mot d'ordre: « être un
homme de caractère» qu'il te faut travailler. Le caractère
De tristes .expériences ont appris à l'humanité que n'est pas un cadeau de fête déposé tout prêt sur la table,
les plans du Créateur sont encore les meilleures. ' mais un joyau créé par un travail volontaire.
LA CHASTE ADOLESCENCE LA LUTTE CONTRE LE DRAGON A SEPT TÊTES I27

Quand tu gravis une haute montagne, tu ~s en sueur,. soutiendrai victorieusement ce combat qui décidera
avant d'atteindre la cime. Plus est élevé le but auquel du sort de mes jeunes années.
on aspire, plus il faut d'efforts pour l'atteindre. Mais C'est bien, mon fils, c'est ce que j'aime en toi. Dans
un jeune homme ne peut se proposer un but plus, le chapitre suivant tu pourras en lire davantage à ce
élevé que la formation d'un caractère sans tache. sujet. Seulement je voudrais encore insister sur ce point:
Pour atteindre cet idéal il te faut engager une lutte· ne perds pas courage, si après des milliers d'épreuves
à la vie et à la mort. tu sens que le combat est toujours aussi pénible et
que malgré des milliers de victoires il te faut toujours
A la vie à la mort!' soutenir une lutte violente.
Remarque bien qu'un dragen à sept têtes, au sens :
littéral du mot, assaille la pureté de ton âme et tant
C'est une lutte àla vie ou à la mort. La grave question
qu'un sang plein de jeunesse coulera dans tes veines,
qui se pose à chaque adolescent est celle-ci : Permet-
tu ne pourras pas le faire disparaître. Quand tu lùi
tras-tu que ton corps conduise ton âme à la mort ou
coupes une tête, une autre pousse à la place. Si aujour-
bien que ton âme dompte ton corps? Permettras-tu
d'hui tu as remporté la victoire, tu ne sais pas de quel
que tes bas instincts te poussent à la ruine comme un
côté tu seras attaqué demain. Entre seize et vingt-
navire sans gouvernail ou bien d'une main vigoureuse
quatre ans tu seras presque sans trêve à la bataille. "
et maîtresse d'elle-même saisiras-tu le gouvernail et
Plus tard la tentation sera moins fréquente, mais elle
conduiras-tu ton navire au milieu des chants séducteurs,
ne cessera jamais entièrement et lorsque le sérieux de
des sirènes? Ou bien ton âme réussira à conduire saine
l'âge mûr aura refroidi l'ardeur de ton sang, il te
et sauve ta jeunesse au milieu des mille écueils des:
fa1,ldra encore te tenir sur tes gardes pour conserver
violentes tentations et alors par-delà èette vie austère:
ton précieux trésor. Mais aie toujours devant toi cette
de ta jeunesse une sublime vocation t'attendra; ou
sainte conviction qu'au plaisir d'un instant que procure
bien tu feras naufrage dans les bonnes mœurs sur la
le péché, il est mille fois préférable de posséder, en
mer orageuse de la jeunesse et alors tu traîneras avec:
remportant la victoire sur le mal, l'estime de soi-même
toi toute ta vie les suites funestes d'une adolescence
et la paix de sa conscience.
gaspillée.
Mais du reste j'ai tort de te poser ces questions_ Souviens-toi des trois jeunes ' gens que le roi de
En effet, maintenant que je te regarde dans les yeux,_ Babylone avait fait jeter dans la fournaise à cause de
j'y vois la résolution sérieuse, la force de volonté qui, leur fidélité à leur religion. Un feu d'enfer brCilait
promet la victoire. J'entends pour ainsi dire ta réponse; autour d'eux, et ces jeunes héros allaient et venaient
Je suis résolu à accepter cette lutte ardente. Seulement sans aucun dommage au milieu de cette mer de flammes
je voudrais connaître les armes avec lesquelles je et un hymne de victoire sortait de leurs lèvres. Songe
LA CHASTE ADOLESCENCE LA LUTTE CONTRE LE DRAGON A SEPT TÊTES 129

toujours à la victoire, lorsquè le feu des tentations . Ils s'apercevront que tes conceptions morales com-.
·chamelles flambe dans tes veines. mencent à être différentes des leurs; que tu veux
Tu te plains d'être obligé de livrer tant de comoats rompre avec ta manière dé vivre d'autrefois, que tu ne
pour la pureté de ton âme? Mais, ne vois-tu pas que veux plus te vautrer avec eux dans 'la boue. Ils s'en '
la vie entière, autour de nous, n'est qu'une lutte perpé- apercevront vite et - maintenant va commencer contre I!
tuelle? Ce qui ne lutte pas, ce qui veut demeurer toi la ~lus forte offe~sive. Ils te fero?t une véritable /
tranquille, ce qui ne bouge pas, se rouille, moisit et chasse a courre. Ils t msulteront, te rallIeront, te pour- .]
disparaît. Si nous combatton& pour chaque chose, suivront pas à pas.
trouverons-nous excessif de lutter pour la pureté de Vois-tu, si je t'en parle avec plus de détails, c'est
notre âme? - parce que bien des généreuses résolutions ont fait
Fortifie-toI toujours à la pensee que sans doute tu naufrage sur ce point, lorsque le jeune homme s'est
-auras des tentations durant toute ta vie, mais que per- vu exposé au feu de la raillerie et que le respect humain
sonne ne peut te contraindre à rendre les armes, si tu ne l'a emporté en lui sur les meilleures résolutions.
,le veux pas toi-même. (( Je ne savais pas que tu étais aussi bigot, que tu
Reprends des forces dans cette conviction que la étais aussi froussard» - te dira un railleur. « Regarde,
lutte n'est jamais désespérée. Si ton âme est encore quel petit enfant! Il n'a encore jamais essayé d'être
intacte et pure, tu peux en conserver la pureté, mais, un homme. Bon, que celui qui a peur ne vienne pas
il est vrai, ce ne sera pas sans combat; si déjà tu as dû avec nous ». - « Quoi? Moi un bigot, un bébé, un.
verser des larmes sur de graves écarts, et même si tu fro~ssard! - le sang bouillonne dans tes veines. J'y
• • • l; '

es tombé dans la boue - il est vrai que tu auras valS, mOI aussI ».
besoin de tendre toute ta force de volonté - tu pourras Ah! combien de bonnes résolutions · ont été ainsi
redresser victorieusement la tête et redonner une vie brisées! Combien de jeunes gens sont tombés pOur la
nouvelle à ton âme humiliée, mais purifiée. première fois dans les bras · d1,l péché, uniquement
! Combattre contre soi-même est la plus Pénible des lutteJ, parce que « des camarades » les y avaient poussés!.
Mais la seconde, la troisième ,. fois ils n'avaient plus
~ mais triompher de soi-même est la plus glorieuse des
1 victoires. besoin d'être encouragés.
Le danger e,st particulièrement grave, quand les
conditions de l'existence t'obligent à habiter avec des
Résiste! camarades dont la moralité est inférieure à tes nobles
inspirations (par exemple dans les internats, à l~
Tes (( camarades » remarqueront vite ton ferme caserne). Car être bon au milieu des bons, cela va encore.
propos, engloutis peut-être depuis déjà longtemps Mais rester propre au milieu de la bOlle, être un lis dam J'
<lans. la fange, ils ne pensent même plus à en sortir. un' marais - Ü faut pour cela avoir un caractèrebim
LA CHASTE ADOLESCENCE LA LUTTE CONTRE LE DRAGON A SEPT TÊTES . nI
13°
trempé et une volonté virile. Et bien des jeunes gens - côté et d'autre comme la fumée d'un vapeur sur l'océan.
' qui pourtant avaient su avec un héroïsme admirable Sois un homme et non pas - une marionnette.
'conserver leur pureté physique et morale durant toutes Qui .en imposera davantage même aux grandes pcr-
, leurs années de collège - sont tombés dans le péché spnnes que le jeune homme bien trempé qui ne se laisse
à l'occasion du banquet d'adieu, à l'époque du service pas effrayer par les railleries et les moqueries de ses
; militaire ou bien à leur arrivée à l'université, devant camarades et qui avec une volonté inébran/Ç1ble suit le
. les railleries de leurs camarades. En effet ils ne voul~ient chemin qu'il a choisi après mûre réflexioJ/? Devant un
pas passer pour des « froussards » devant les autres. tel adolescent je me découvre et je lui applique ce
Pourtant... pourtant. Si tu réfléchissais seulement magnifique éloge de la Sainte Écriture : « Feeit enim
un instant : où est le véritable courage et où est la mirabilia in vita sua ». (Ecclésiastique XXI, 9) ' «( car
vraie lâcheté? il a fait des merveilles dans sa vie », lorsque d'un geste
. intrépide il a écarté de lui la tentation d'un camarade
corrompu.
Qui est le lâche?
Et quand tous mes camarades tomberaient dans
ce péché, - moi pas, et même rien qu'à callse de cela.
-' Donc, tu es un lâche, tu es un poltron! Soit, soit! Mon âme souffre quand je vois des jeunes gens se
C'est bien, je suig un lâche. Je suis un niais, un petit laisser conduire, comme des moutons, au péché par de
garçon, un hypocrite - mais tu ne me feras pas perdre grands parleurs. Pourtant tout imiter - c'est le privi-
la tête. Songe seulement où il faut le plus de couragel lè.ge des singes; seul est un jeune homme de caractère i
et de volonté: pour résister inébranlablement au plus celui qui est assez courageux pour nager contre le .
violent des instincts, à l'instinct sexuel ou bien r our courant. Change de chemise fréquemment, mais de carac- '.
s'incliner de tous côtés comme un roseau sous le tère - jamais!
soufRe des désirs les plus bas? Quel est le meilleur Et pourquoi laisserais-tu tes nobles idées subir
cavalier: celui qui d'une main de fer c~nduit son l'influence de pareils jeunes gens? Quelle est leur
cheval là où il veut ou bien celui qui se laisse mener par valeur morale? Zéro.
les fantaisies de sa monture et finalement tombe dans . Ne te rappelles-tu pas comment dans une fable les
la boue du fossé? Or tu sais bien qu'une vie animaux se moquaient de l'homme, parce qu'il marche
impure est plus fangeuse que le fossé ' de la route. la tête haute et non pas penché vers le sol, comme eux?
On te fera ce reproche ':. quel poltron tu es de « ne Car pour eux c'est une chose ridicule que quelqu'un
pas oser cela! » Est-ce que je suis vraiment un enfant? . marche droit. Et n'as-tu pas entendu dire qu'à l'asile
En effet, virilité veut dire maîtrise de soi et volonté forte. . des aliénés les malades crient derrière le médecin?
Et par contre n'est-il pas un faible celui dont l'âme : Et crois-tu que le médecin s'en préoccupe? Ne crois
est le jouet des instincts charnels qui la ballottent de \donc pas que tu es un lâche, parce que tù fuis les plaisirs
~ . ..
132 LA CHASTE ADOLESCENCI! LA. ~UTTE CONTRE. LE DRAGON A SEPT ThES 133

· des débauches? Est-elle lâche l'humanité, lorsqu'elle'


! redoute et fuit les bacilles du choléra? Est-il un
l brave ton camarade qui, s'il aperçoit une flaque d'eau
Laisse-les!
· sale et corrompue, se met à y tremper « courageusement »
· sa langue et ses yeux? Lis seulement ce que disait un .11' peut se 'faire qu'il ne te reste pas d'autre alter-.
philosophe païen : « Si tu fais une chose dont tu es :native que de briser définitivement avec tes anciens
1
i fermement persuadé qu'il faut la faire, ne crains pas camarades. Dans quelques occasions il suffit que tu ,
de la faire ouvertement, même si la foule pense autre- n'aies pas souri à leurs plaisanteries et traits d'esprit. {
1ment à son sujet. Si tu fais mal, alors aie honte de tes

actes; mais si tu fais bien, pourquoi crains-tu ceux qui


l Si « spirituelle » que soit leur conversation, ton visage
1impassible et froid leur fera comprendre que tes con- f,
\ te blâment injustement? II (Épictète). . victions te font regarder un tas de fumier comme un il
Dis-moi, quel est le plu$ facile: résister avec fermeti' ; tas de fumier, quand bien même il serait aspergé de
· de caractère aux attaques aveugles de l'instinct ou parfums et que tu n'as aucune envie d'y fouiller.
,bien leur céder? Mais l'esprit et le corps livrent préci- Parfois tu' peux dire ouverterrient à ton ami qu'il blesse
sément leur plus dur combat sur le terrain de la moralité. tes convictions morales et que pour toi tu regardes
;Celui qui y est resté victorieux, seul pèut dire de lui- comme une honte que ton ami veuille parler avec toi
\même qu'il a véritablement' un caractère viril. Malheu- de pareilles choses. Car c'est réellement une offense
r reusement une partie de la jeunesse ne peut pas à ton égard, qu'il suppose que tu prennes plaisir à de
rmarcher sur ses propres jambes; elle ne pense jamais tels propos. Le comte Étienne Széchenyi, nOIr pas à
i à la direction de sa vie et comme des feuilles mortes propos d'une conversion malpropre, mais à propos d'une
l elle est emportée par le tourbillon des opinions de légère incorrection s'exprimait ainsi: « C'est une fai-
camarades corrompus. blesse, un défaut inévitable pour un mortel, mais à
. , ,Un jour, Alexandre le Grand dit à Diogène parler ainsi on est sur la pente de la ruine la plus pro-
! « Je suis le maître du monde », fonde». Alexandre le Grand, à l'époque où il accomplit
: Le philosophe cynique lui répondit '; ses plus beaux exploits, était un modèle de pureté
' « Voire, tu es l'esclave ,de mes esclaves, car moi d'âme. Pendant sa campagne d'Asie quelqu'un lui
je suis le maître de toutes les passions dont tu es écrivit dans une lettre des mots à double sens, le jeune
l'esclave ll. prince s'écria avec indignation: « Quelle chose honteuse
' Eh bien! moi je ne veux pas hurler avec les loups. peut-il savoir de moi, pour oser m'écrire pareillement? »
:Moi je ne veux pas nager avec le courant. Moi, je ne Tu regarderas comme une insulte en pleine face que
veux pas être un homme. quelconque. Je suis né pour de: quelqu'un veuille tenir pareils propos devant toi.
Iplus gra.ndes choses . ., ' ..... . ..... Seulement affirme courageusement que cette conver-
1... _ ... .--. ., - -. . . -

sation blesse ta délicatesse et tes convictions. En effet

J
134 LA CHASTE ADOLESCENCE LA LUTTE CONTRE LE DRAGON A SEPT TÊTES 135

le domaine de l'esprit est si étendu et il offre tant de l'estomac et se met à vomir, un homme à l'esprit
sujets de conversation et tu es disposé à parler de normal n'y voit pas de quoi se réjouir. Et si un jeune
n'importe quoi, sauf d'une chose, d'une seule chose homme à l'âme malade se met à vomir dans sa conver-
que tu exclus de tes conversations. sation une foule de saletés qui pourrissent les âmes,
S'il n'écoute pas ton sérieux avertissement, alors un homme honnête ne peut pas l'écouter. Le médecin
considère qu'un prince vêtu de blanc des pieds à la regarde la langue du malade et voit immédiatement
tête n'a rien à faire au milieu dé valets qui portent ce qu'il y a; toi aussi tu peux sentir immédiatement
du fumier et si ancienne que soit l'amitié qui t'attache par son langage et sa conversation si ton camarade est
à lui, romps avec lui. malade dans son âme.
Songe à ces paroles sévères de Notre-Seigneur : Le païen Plutarque, dans un de ses ouvrages, parle
« Si ton œil te scandalise, arrache-le et jette-le loin d'un philosophe qui demanda à un jeune homme qui
de toi; il vaut mieux pour toi entrer dans la vie avec se dépêchait dans la rue: « De qui te sauves-tu? D'un
i un seul œil, que d'être jeté, avec deux y'eux, dans la homme qui veut me conduire au mal. Aie honte,
.: géhenne du feu II (Saint Matthieu XVIII, 9). Si ton répliqua le philosophe, que ce ne soit pas lui qui s'enfuit
1 ami te scandalise, laisse-le, car il vaut mieux pour toi devant toi )l. Lorsque la petite troupe d'Alexandre le
, arriver seul au bonheur éternel, que d'être damné Grand se mit à trembler devant l'immense armée
éternellement avec lui. Je sais, cela -te fera de la peine. perse, sais-tu comment le conquérant les encouragea? !
Mais considère que celui qui n'estime pas assez tes «Pourquoi craignez-vous? Sans doute voilà beaucoup ,
convictions les plus saintes et tes idées les plus nobles d'ennemis, mais peu de soldats ". Qu'est-ce qui l'auto-
pour ne pas les insulter sans cesse avec sa bouche risait à dire cela? C'est qu'il savait que les Perses ,
impure n'est pas digne que ''tu l'appelles « ton ami ". menaient une vie de débauches. Si donc de mauvais
Upeut être ton « conpagnon », mais non pas ton ami, camarades viennent l' « expliquer II les choses, tiens
comme les membres d'une bande de voleurs ne sont bon courageusement. Oui, mon fils, du courage!
pas des amis les uns pour les autres, mais seulement Parfois un regard sévère suffit pour fermer la bouche
des compagnons. à ceux qui se vautraient dans la fange de l'immoralité
) ttre homme veut dire tenir enchaîné l'animal féroce et que le païen Horace gratifiait de cette épithète :
qui est en nous. ttre jeune homme veut dire faire briller « amica luto sus II (Épîtres 1, 2). Donc n'aie pas peur
dans ses yeux la joie aveuglante du printemps de la vie d'eux. .
humaine. ttre un homme, au sens viril du mot, veut ·
dire commander d'une main de fer à tous ses bas ' A moi cela ne fait pas de mal!
instincts et , être plus sévère envers soi-même que
le chirurgien pour le membre malade. Permets une Ne te leurre pas toi-même avec ' cette fréquente
i comparaison un peu bizarre : si quelqu'un se gâte échappatoire que tel et teI mauvais livre, telle gravure
LA CHASTE ADOLESCENCR LA LUTTE CONTRE LE DRAGON A SEPT TftTE 137

indécente, telle comédie immorale, tel mauvais cama~" yI


vend des remèdes certains contre la contagion et que
rade ne te font pas de mal. Lamentable erreur. Si tu 1 même si tu attrapais du mal il y a quantité de médecins.
parles ainsi, tu ne connais pas la force de l'esprit qui guérissent « slîrement » les maladies secrètes.
d'imitation chez l'homme. Il y a des tourbillons que Je crois, mon fils, que ce n'est pas en premier lieu
le meilleur rameur s'efforce d'éviter, mais personne la crainte de la maladie, mais tes convictions morales
ne dit pour cela qu'il est un lâche. qui t'écarteront de ces péchés, cependant il est bon
Quoi que nous fassions, inconsciemment nous que tu saches que, selon le témoignage des, médecins
nous demandons si un autre agirait de même. Per- sérieux, il n'y a pas encore jusqu'à présent un seul rem Me'
sonne ne peut se soustraire complètement à la loi de sûr contre cette contagion et tes camarades ne parlent
l'imitation. Lorsqu'un gavroche mâche un citron ainsi que pour se tromper eux-mêmes comme l'enfant
devant une musique militaire, formée seulement de peureux qui se met à siffler dans une chambre obscure:
trompettes, involontairement chacun sent la salive pour se donner du courage. Seules les réclames des.
lui monter à la bouche et tout à coup la musique journaux connaissent·des remèdes sûrs contre ce mal
s'arrête - de même nos lectures, nos regards" nos - mais la science n'en connaît pas. Un long et doulou-
conversations, nos amitiés exercent une influence irré- reux traitement au mercure, à l'iode, au salvarsan peut
sistible et inévitable sur notre vie morale. ,Nul homme soulager le malade; mais « le succès certain» avec lequel
au monde ne peut s'affranchir parfaitement de l'in- tes camarades t'encouragent au péché signifie rarement
fluence de son entourage. A côté du feu tout bois guérison complète et le plus souvent seuls les symptômes
brûle. Et tu prétends que l'exemple de tes mauvais de la maladie disparaissent; mais la maladie elle-même
camarades n'a pas de prise sur toi. Est-ce que le meunier continue à se dissimuler dans l'organisme. Est-ce la
qui moud toute la jour.née dans son moulin peu~ dire qu'il guérison, si j'étouffe la fièvre, mais si les bacilles
n'est pas enfariné? Et peux-tu admettre qu'un ramoneur continuent à vivre en moi et poursuivent leur action
ne soit pas couvert de suie? Donc ne te fie pas à toi-même. nuisible?
Il est bien vrai ce vieux proverbe : Il est fort celui qui Lis seulement ce qu'écrit un médecin à ce sujet :
sait qu'il est faible. « Fortis est qui se negat esse fortem )). « On ne peut nier que dans bien des. cas la guérison
n'est qu'apparente. Malgré des soins minutieux, après.
des mois et même des années les symptômes réappa-
raissent, preuve que le poison de la syphilis était resté
L:e seul remède : évite le péché. dans le corps, où il se trouvait « latens » suivant la
terminologie médicale. Si le médecin intervient aussitôt,
Il Y a peut-être parmi tes camarades quelques-uns on peut de nouveau faire disparaître ces symptômes.
Clui t'm'literont au péché en disant qu'aujourd'hui il ,,'1) pendant un certain temps, la syphilis redevient « latens »,

"'e faut plus craindre aucune sorte de maladie, car on mais fréquemment seulement avec autant de résultat
LA CHASTE ADOLESCENCE LA LUTTE CONTRE LE DRAGON A SEPT TÊTES 139

que la première fois » (Dr. H. Pauli « RaIte deine .L 'infortuné abandonna sa position, rompit ses fiançailles
Jugend rein» p. 29)' , et quitta son pays.
Et même si on réussit à guérir, l'organisme est si Moi aussi, je dis à tous ceux qui découvrent en eux
affaibli tant par la maladie elle-même que par les le signe de cette maladie d'aller chez un médecin
remèdes, que celui qui est guéri de la syphilis reste ,consciencieux. Car non seulement ceux qui ont commis
davantage exposé à d'autres maladies. Le célèbre l'action impure, mais des innocents peuvent par con-
médecin de Munich, Gruber, a constaté que dans les tagiq~ être victimes de ce mali la honte, la dissimul~tion
grandes villes parmi les hommes entre vingt-six et <lu mal devant le médecin ne pourraient qu'aggraver
soixante ans le pourcentage des décès était beaucoup la maladie. Et il est vrai qu'un traitement médical
plus grand qu'à la campagne. D'abord on ne put donner . ,commencé à temps peut empêcher un développement
aucune cause à ce fait curieux, car dans une grande ville funeste de la maladie. Mais suivant les constatations
on ne découvrit aucune épidémie spéciale pour y avoir .scientifiques il n'y a qU'un remède sûr contre la maladie . ..
fait des ravages. Mais subitement tout s'éclaira: ces Rien qu'un! Faut-il te le dire? Le préservatif parfait,
hommes de la ville qui mouraient à la- fleur de l'âge, la vie pure, - voilà le seul remède sûr.
étaient syphIlitique dans leur jeunesse. Sans doute ils Comme l'écrit' clairement un médecin allemand
avaient été guéris, mais ils n'avaient pas récupéré leur {( le jeune homme ne peut éviter sûrement les maladies
force 'vitale d'autrefois. vénériennes que par une chasteté absolue et totale )) 1
Un jeune homme distingué avait trouvé à l'âg~ de (Dr H. Pauli).
trente ans une belle situation et voulut se marier.
Mais juste avant le mariage tout à CO\lP une maladie
Un coup de balai, s'il vous plait!
terrible s'abattit sur lui. Il n'en connaissait pas la cause
et le médecin lui aussi ne comprenait rien à cette
maladie qui ruinait physiquement et moralement ce Mais, mon fils, tu pourrais toi aussi faire quelque
jeune homme rob,uste et qui paraissait plein de santé. -chose contre les progrès de la corruption morale.
Finalement le médecin lui dit que les symptômes Sais-tu ce que c'est que le boycottage? Crois-tu qu'elle
indiquaient une maladie qui était une conséquence resterait sans résultat- surtout dans les petites villes où
. d'une action impure. Le malheureux jeune homme il y a peu de librairies-l'action concertée d'un groupe
fondit en larmes et reconnut en sanglotant que seize de jeunes gens honnêtes et énergiques qui prendraient
ans auparavant la seule fois de--toute sa vie il était tombé pour mot d'ordre « un coup de balai, s'il VOliS plaît? ))
dans le péché, mais jamais depuis et le médecin constata l\1ais par là nous ne pensons pas seulement aux
que le terrible bacille s'était introduit à cette occasion balayures, aux épluchures, aux bouts de cigares, aux
dans son organisme, s'y était développé et maintenant, bacilles. Nous demandons la propreté des rues, en
seize ans après, comm en~'a it son travaii _destructeur. ce sens que nous voulons débarrasser les kiosques, les
LA CHASTE ADOLESCENCE LA LUTTE CONTRE LE DRAGON A SEPT TÊTES 141

librairies, les marchands de journaux de cette masse <le « cartes artistiques! » Police et balayage des rues.
de saletés qui sous prétexte d' « art » sont offertes aux Et boycottage par la société moralement saine. Si tu
passants. Quand là peste se répand quelque part, vois à l'étalage d'un bureau çle tabac des cartes obscènes,
sais-tu comment on s'en défend? On commènce par dit au marchand que tu ne lui achèteras plus rien. Si
exterminer les rats, car ce sont eux qui propagent le tu trouves un livre obscène chez un libraire, dis-lui
mal. Il faudrait donc exterminer aussi les rats de la. que tu ne mettras plus les pieds dans son magasin.
, peste morale. Mon fils, ne va pas acheter dans une boutique où l'on
Ce serait un signe de faiblesse et de lâcheté que vend du poison pour l'âme et les mœurs! Car si je trempais
de laisser sans mot dire spéculer sur les bas instincts. ma plume dans le feu de hi plus grande indignation,
du public des étalages aux romans d'amour, aux. elle ne pourrait pas décrite même approximativement
histoires perverses. J'ajouterai même que les œuvres. l'océan de misère morale dans lequel ces livres et ces
classiques des grands peintres peuvent devenir des gravures on(:déjà plongé la jeunesse.
occasions de péché, quand elles sont exposées là où
leurs auteurs ne les avaient pas placées. Pourquoi
n'avons-nous pas le courage de recourir à ce moyen
de légitime défense, au boycottage contre ces pirates. Contre lecourcmf.
de la rue dont les vitrines sont autant d'insultes à la.
moralité publique. Il est possible que': tu sois fréquemment obligé à
C'est vraiment dommage que le péché s'exhibe Cause de tes convictions de nager contre le courant;
toujours avec plus d'audace que la vertu. En définitive mais il est certain que celui qui nage avec le courant
nous aussi nous avons des droits dans la rue. La loi - est empOrté par lui. Résiste à l'opinion - hélas! si
dans un autre sens il est vrai - nous reconnaît ces· fréquente' dans la société actuelle - qui ne voit rien
droits dans la rue et veille à ce que personne ne nous de condamnable dans l'avilissement de la femme.
y attaque. Mais j'ai aussi le droit d'y exiger de chacun Je sais qu'il faudrait une révolution pour changer
une attitude convenable. Et si quelqu'un se tenait dans, ... l'opinion frivole actuelle et je sais que celui qui voudra
la rue même approximativement comme on le voit 1 opérer ce changement aura besoin de plus de courage
dans les livres et les images des vitrines, la police inter- 1 que pour monter sur des barricades. Mais espérons
viendrait immédiatement. Mais pourquoi faut-il alors .que viendra une époque où prendra fin l'inconséquence
que tant de jeunes gens, de jeunes filles, de femmes. criante en vigueur dans l'opinion publique moderne
honnêtès, d'hommes sérieux soient obligés de se q~i méprise et écarte celui qui a commis le plus petit
détourner des vitrines de mercantis sans conscience, détournement ou le moindre larcin, mais par contre
pour ne pas avoir à rougir des ordures qui foulent .. tolère ou même célèbre: comme un héros celui qui a
aux pieds les lois morales et sont étalées sous le nom ravi l'honneur d'une femme. Travaille parton propre _
LA CHASTE ADOLESCENCE LA LUTTE CONTRE LE DRAGON A SEPT TÊTES 143 ,

exemple à l'avènement de cette époque où la daicatesse disent - mais une valeur ~ inca1culable;- une arme
d'âme donnera le ton et non pas la grossièreté et ·reçue de la nature qui défend presque sans que nous
l'obscénité. Sois un vrai « gentleman » c'est-à-dire un nous en rendions compte la partie la plus noble de
« jeune homme chevaleresque )), un jeune homme aux : notre personne contre les mauvaises pensées. Pour
nobles pensées qui voit tille dégradation dalls la moindre le jeune homme, la pudeur, qui défe,n d presque instinc-
parole légère, une plaisanterie piquante et la moindre 'tivement son âme délicate contre l'impureté est un
f l'.\prcssion à double sens. Sois « noble » dans tes pensées, précieux trésor. Elle est une digue puissante contre r
c'est-à-dire irréprochable. les vagues de l'immoralité qui de tous les côtés déferlent
Moi aussi je crois ce qu'écrit un des plus célèbres. contre notre âme. Même le poète païen Plaute sentait
pédagogues de notre époque, Foerster : « Les actes qu' « il est perdu celui qui n'a plus de pudeur )). « Ego
sexuels de beaucoup de jeunes gens modernes ne res- illum periisse duco, écrit-il, cui periit pudor )). PréJere
semblent-ils pas réellement à la manière de [airé d'une , donc te laisser traiter de bigot, de sot par tes camarades,
bande de tziganes qui vagabondent et couchent en plein \ plutôt que de chercher à gagner leur estime au prix de la
air au milieu d'un monde civilisé? Un temps viendra pureté de ton âme. Rappelle-toi cette belle maxime de ',
où l'ordre et la pureté, dans ce domaine ~ussi, appar- ,saint Augustin : « Ne hais point les hommes à cause '
tiendront à la définition d'un ' homme comme il faut, · de leurs erreurs et de leurs fautes, mais n'aime pas
comme l'honnêteté dans les questions d'argent; et · non plus les fautes et les erreurs à cause des hommes )).
1 Il est un lâehe, celui qui ne sait pas supporter pour
où un médecin ne conseillera pas plus. à un jeune
homme des rapports sexuels en dehors du manage ses convictions quelques contrariétés, alors que de
pour raison d' « hygiène» qu'il ne conseillerait à un faibles enfants ont enduré, sans mot dire, par amour
ouvrier de voler des aliments pour s'assure~ une du Christ, d'être déchirés par les bêtes féroces. A
meilleure nourriture» (Erziehung und Selbs~erziehung· quatorze ans, saint Vit souriait, quand on le plongeait
IZurich, 1917, p. 230). dans l'huile bouillante - à cause du Christ; et à treize
ans Pélage pouvait supporter que pendant six heures
on lui arrachât les membres, l'un après l'autre - à '
Sous le feu de la raillerie ~'. cause du Christ.
Les railleries et les moqueries de tes camarades
Peut-être .se moquera-t-on de ton attitude réservée, se comprennent très bien. Ta vue est une offense
de ce que tu te sentiras mal à l'aise parmi des conver- pour ceux qui se vautrent dans la boue. Et comme 1
sations indécentes et que tu rougiras dès la première ils regardent avec rage l'homme qui ne \"Cut pas se
parole déplacée. Mon fils, sois-en fier! Sois fier de pouvoir coucher à côté d'eux dans la fange! La grenouille,
rougir! La pudeur en nous n'est pas de l' « enfantillage », même si elle était assise sur un trône, sauterait de
de la « bigoterie », de l' « hypocrisie» - comme ils t nouveau dans le marais, car c'est là seulement qu'elle
LA CHASTE ADOLESCENCE 1 LA LUTTE CONTRE LE DRAGON A SEPT TÊTES 145

se sent à son aise. Tu connais peut-être cette vieille brave celui qui se dompte lui-même ». Ta moustache
maxim~ : « Sunt, a quibus v'ituperari laudari est »; pousse d'elle-même, tes jambes grandissent d'elles-
f· il Ya des gens dont le blâme est pour nous la plus grande mêmes, mais un véritable caractère viril ne se déve- J
louange. Et crois bien que si l'âne injurie la rose, loppe pas de lui-même. Aussi te faut-il lutter et arracher
·è'est parce qu'elle ne porte pas de chardons. Car cc chaque jour un morceau à notre faiblesse innée par une
:sont ceux-ci qui lui . plaisent. sérieuse abnégation.. et un travail conscient.
J'ai toujours été très étonné qu'on pût attacher de
l'importance au jugement de ces âmes dévoyées.
Certainement tu as déjà entendu dire qu'à Pise, dans
Ce n'est pas vrai! Mille fois non!.
la Haute-Italie, la tour de la cathédrale est penchée.
Mais si cette tour penchée de Pise pouvait penser,
-certainement elle mépriserait toutes les autres tours Qu'est-ce qui n'est pas vrai? Ce que tes camarades
du monde: « Comme c'est drôle, de toutes les tours, veulent encore dire pour ébranler ta ferme résolution,
je suis seule pour me tenir droite 1 » lorsqu'ils voient qu'aucun de leurs efforts n'a pu te
N'as-tu pas entendu raconter ce qui atriva dans un faire renoncer à la vie chaste et à la continence. S'ap-
pauvre petit village caché dans la montagne, où les puyant sur leur propre expérience et l'enseignement
:gens étaient toujours goitreux à cause de la mauvaise de quelques médecins ils te chuchotent à l'oreille,
eau et de leur genre de vie? Un jour ,des touristes jusqu'à ce que tu en sois étourdi: « Bigot, hypocrite,
passèrent dans le village. Ils avaient une figure pleine gnangnan, c'est en vain que tu 't'efforces de rester chaste '
de santé; mais les goitreux coururent derrière eux à jusqu'au mariage, c'est absurde, c'est impossible! Tu 1
grand tapage, riant ct sc moquant d'eux en criant : veux l'impossible. Il faut que jeunesse se passe. C'est '
.« Regardez 1 Des gens _ . qui n'ont pas de goitre! )) dans ses jeunes années qu'on doit s'amuser. Seules
Dans toutes les luttes, fortifie en toi cette sainte des idées rétrogrades peuvent exiger une jeunesse
résolution : Celui qui veut perdre son caractère et la chaste. Un corps jeune, bien développé, débordant il
dignité de sa personne et devenir l'esclave de ses de force en est incapable. Le désir sexuel est comme la f
instincts, qu'il s'abandonne aux plaisirs dHendus. respiration, le battement du cœur. Il vient de lui- '
.1 Mais celui qui attache de l'import.1nce au caractère même, tu n'y peux rien. Ce à quoi pousse la nature
1 ·et veut développer harmonieusement sa personnalité, ne peut être dommageable et il n'est pas permis d'y
qu'il veille, comme Sur un tr{sor, sur son intégrité résister. Pourquoi te faire violence? Tu tomberas
phy:;;iquc ct morak jusqu'au S.lCrement de mariage malade! Tu deviendras nerveux! Tu deviendras ané- '1

que Dieu a institu{~ pour lui. « Il est brave celui qui mique, si tu étouffes les exigences de tes instincts, si i
triomphe d'un lion -- écrit Herder - il est brave tu attends jusqu'à ce que tu sois marié. Vois-tu, Jean
,celui qui dompte le monde, mais il est encore plus et Paul sont allés chez le médecin et il. l.eur a reçom-
LA CHASrE ADOLESCENCE LA LUTTE CONTRE LE DRAGON A SEPT TÊTES 147

mandé d'y aller hardiment, mais raisonnablement et Au musée national de Berlin se trouve un tablean
prudemment. ' émouvant; on ne peut s'arrêter devant lui sans être
C'est cela qui n'est pas vrai. Il n'est pas vrai que tu saisi de tristesse. Au fond d'une gorge d'une profondeur
doives passer ta jeunesse d~ la manière que tes cama- effrayante mugit un torrent impétueux; un pont tra-
rades l'entendent. En effet l'Église catholique exige~ verse le gouffre, mais ce pont devient de plus en plus
de ses prêtres la continence durant toute leur .vie et étroit si bien qu'au milieu il ne c<:msiste plus qu'en
ils n'en sont pas malades (ils vivent même en mgyenne une seule planche, - et sur ce pont s'avance un jeune
plus longtemps que les autres hommes). Est-ce qu'il cavalier aux joues enflammées, a~x yeux étincelants.
te serait impossible alors, impossible de garder la Il ne voit pas l'abîme ni la passerelle étroite, il ne
chasteté, non pas même toute ta vie, mais seulement voit qu'une chose: la fée enchanteresse des jouissances
jusqu'au mariage? Je te dis que ce n'est pas vrai. Il sensuelles qui lui fait signe là-bas près d'un rocher
n'est pas vrai qu'un jeune corps bien développé ne soit de l'autre côté. Il ne voit qu'elle et poursuit sa route
pas capable de garder la continence. Et il n'est pas vrai avec un sinistre aveuglement - et à côté de lui s'avance
non plus qu'une vie chaste ait pour conséquence une maladie la mort grimaçante avec le sablier dans sa main déchar-
quelco,nque. ' née. Les grains de sable ont descendu peu à peu, le
Qu" est-ce qui est' donc vrai? jeune cavalier touche presque l'étroite planche, il
tombe ... et en bas les flots écumants .. . la gueule béante
de l'enfer.
Ne joue pas avec lé feu. Oui: celui qui s'engage sur la pente de l'impureté
peut à peine s'arrêter - voilà ce qui est vrai.
Ce qui est vrai, c'est que celui qui est ae paille doit Les anciens parlent souvent d'une montagne douée
s'éloigner du feu. Ce qui est vrai c'est que le canon d'une force magnétique effrayante, qui se dressait
d'une carabine Flaubert du calibre six explose, si on quelque part au milieu de la mer. Quand un navire
y tire une balle de neuf Ce qui est vrai, c'est que le fil poussé par la tempête s'en approchait, cette montagne
électrique fond, quand la foudre tombe dessus. Ce l'attirait avec une force irrésistible, il s'y brisait et
qui est vrai, c'est que le tuyau de l'orgue se fend, sombrait. Ils parlent beaucoup aussi des Sirènes aux
si on y chasse trop d'air. Ce qui est vrai, c'est que le chants séducteurs qui attiraient vers leur île le voyageur
cheval le plus paisible s'emballe, si on lui met de captivé par leur charme et le tuait impitoyablement.
l'amadou enflammé dans l'oreille; et il est encore vrai Sans doute ni cette montagne magnétique ni lés Sirènes
que tes camarades qui parlent ainsi ont, depuis long- n'existent réellement; mais il 'court un danger plus
temps peut-être, par suite de leur habitude du péché, terrible que celui de la montagne légendaire et des
tellement ruiné leur force de volonté que maintenant chants des Sirènes celui qui se met à jouer aveèles
une vie chaste leur semble impossible. séductions .de la vie impure, - voilà ce qui est vrai.
LA CHASTE ADOLESCENCE LA LUTTE CONTRE LE DRAGON A SEPT T~TES 149

Ce qui est encore vral, c'est qu~ si tes camarades, de l'instinct sexuel; un autre but, c'est que sa postérité
dès la première tentation, s'étaient montrés plus sévères se développe sainement et que l'individu, en tant que
pour leurs mauvais désirs, aujourd 1hui leur volonté son créateur direct, conserve son intégrité et sa santé.
n'oscillerait pas à la moindre tentation comme une Mais comme la satisfaction de cet instinct sexuel
loque sans valeur. Au commencement ces désirs sont qui sert à la propagation de l'espèce pourrait facilement
encore timides et moins violents; 'c'est alors qu'il devenir nuisible à l'autre but, nous 'Sommes doués d'un
leur eût fallu montrer de la force d'âme et à présent autre instinct qui règle le premier et que nous,pourrions
ils ne seraient pas obligés de déguiser leurs fautes sous appeler instinct de réflexion.
de vaines excuses. Car tu sais qu'on peut dresser Les instincts se révèlent du re~te assez fréquemment
même les bêtes les plus sauvages; le dompteur ose -trompeurs.
même mettre sa tête dans la gueule du lion et il n'est Après une fièvre typhoïde le convalescent a toujours
pas blessé. Pourquoi ne pourrions-nous pas commander faim, de sorte qu'il pleure et supplie pour un morceau
à nos passions? . -' - de nourriture. Jamais peut-être l'instinct de se nourrir.
L'instinct lui-même n'est pas invincible,' mais une ne se marlifeste aussi fortement qu'alors. Et pourtant'
, volonté affaiblie ne domine plus l'instinct artificiellement qu'arrive-t-il si par compassion on cède à ses suppli-
'l excité. cations et qu'on lui donne ce qu'il réclame? On l'expose
Tu ne veux pas devenir malade? Alors pourquoi au plus grand des dangers. Avec ses plaies à peine cica~
introduis-tu en toi-même des bacilles? Tu ne veux trisées, le malade, ~n réclamant de la nourriture n'est
pas avoir le typhus? Alors pourquoi bois-tu de l'eau pas en état de la supporter, les plaies .se rouvrent et
malpropre? lorsque l'un de ces tpalheureux arrive sur la table
« Pourtant si c'est la nature elle-même qui pousse d'opérations, on voit que cette nourriture tant désirée.
à la vie sexuelle, on ne peut étouffer cet instinct? )) l'a tué et qu'il est intérieurement criblé de trous.
Lis seulement la réponse du professeur de médecine Qu'est-ce. qui n'a pas été poussé par son instinct
de l'université de Budapest, Léon Liebermann : à boire un verre d'eau froide ou a prendre un bain
« Répondons à présent à ceux qui, se fiant sans froid, lorsqu'il est échauffé et près de suffoquer'?
réserve aux instincts mis en nous par la nature, sou- Mais tout le monde sait quelle conséquences dange-
tiennent que satisfaire n'importe quel instinct de la reuses. peut avoir cette action irréfléchie et c'est pour-
nature ne peut être nuisible. quoi on s'en abstient. Chacun voit donc la justesse de
Nous leur répondons que la nature a doté l'homme notre affirmation que l'instinct peut se tromper et a
de divers instincts; chacun d'eux répond à tel ou tel besoin d'être freiné » (Lieberm~ « Aux élèves de
but, car un seul instinct ne suffirait pas aux différents l'université et des lycées )). Budapest, 1912,' p. u-u).
buts de la nature. Un des buts de la nature, c'est que Oui, l'animal n'agit que d'après son instinct, et
l'homme se perpétue, c'est pourqùoi elle l'a pourvu l'instinct ne l'entraîne jamais dans un faux chemin.
LA CHASTE ADOLESCENCE LA LUTTE CONTRE LE DRAGON A SEPT TÊTES t 51

Mais chez l'homme, la raison contrôle l'instinct; et foule pas aux pieds les lois morales. Sois libre, mais
souvent la raison contredit les exigences de l'instinct. par la noblesse de ta vie mets le sceau à la volonté du
Créateur.
« MaIS en étouffant ainsi nos instincts, en contrariant

Profite de la jeunesse. nos dispositions, en extirpant nos mauvais penchants, \


nous agissons contre nature » te souffie-t-on à l'oreille.
Oui, il faut profiter de sa jeunesse, il faut en tirer Corotre natu're ? Les ordres religieux du moyen âge ont
p~rti. Mais sans lâcher les rênes des instincts; mais de défriché les forêts vierges, fruits de la nature, mais
telle m~nière que - ayant conscience de l'importance seulement pour créer à leur place la civilisation.
de ses Jeunes années - on travaille avec une sainte « Vis donc ta vie! Amuse-toi » entends-tu de tous

gravité à former en soi un caractère viril. Si tes jeunes les côtés. Bien. Notre-Seigneur ne le défend pas. Il
forc~s se tendent en toi jusqu'à éclater, si un sang ne te demande pas de te comprimer, de ne pas vivre
~. bOUIllonnant bat dans tes veines, alors élance-toi au ta vie. Seulement il exige une chose: Vis ta vie, mais
(1 travail et utilis~ cette éner!J.ie pour accomplir le plus ne reste pas dans la boue, ne descends pas, au contraire
exactem~nt posstble tes devotrs de chaque jour. Puisse monte, toujours plus haut. Regarde ce rosier qui a
la p~rtte la ?lus noble de notre personne, notre esprit, poussé librement dans sa jeunesse (c'est-à-dire que
fl~u.rIr et arrIver au' rôle de guide et apprendre à nos le jardinier lui a laissé complaisamment toutes ses
deslrs sensuels la soumission et l'obéissance. pousses), aura-t-il jamais la force de porter des fleurs?
Tu es libre 1- te dit-0Il:; « liberté », « indépendance» Jamais. Car les forces les plus précieuses de 'sa jeu-
paroles enchanteresses pour la, jeunesse. Sois libre et nesse ont été gaspillées dans ses pousses sauvages.
f indépendant, mais sois en même temps prudent et Mon jils, c'est tOl qui es le jardinier responsable du rosier
,1 raisonnable. Comme dans la nature, de même dans le de ton âme.
monde ~or~ il y a des lois à ,observer et on ne peut Ah! combien de jeunes gens ont déjà versé des larmes
les néglIger Impunément. Quand tu fais une excursion de désespoir dans le silence de la nuit : pourquoi per-
sur une haute montagne et que tu trouves une barrière sonne ne m'a averti à temps des suites terribles de ce ,
le 101lg d'un sentier dallgereux, - bien que tu sois libre péché! Du premier péché! Du premier!
" et indépendant - tu n'iras pas la renyerser, sous
prétexte que « c'est 'Un obstacle à ta liberté». Ou bien
si tula-renverses, tu tomberas irrémédiablement dans Chasteté et santé.
l'abîme. Les lois morales sont de même des barrières
'~uidansla jeunesse peuvent te paraître des entraves
Insupportables, mais qui en réalité . t'empêchent de Mais il me faut dire un mot des camarades à la
tomber dans l'abîme. Donc, profite de la vie, mais ne conscience large, et même d_es médecins qui, par légèreté
LA CHASTE ADOLESCENCE LA LUTTE CONTRE LE ORAGON A SEPT TÊTES 153

- je n'ose pas écrire esprit de lucre - t'affirment que puisse dire d'une seule maladie qu'elle est la consé-
« la chasteté est nuisible ". Naturellement de telles quence de la chasteté. Vous n'en trouverez nulle part
affirmations font plaisir aux jeunes gens, car ils y dans le monde entier. Par contre il y a des milliers de '
, trouvent une excuse à leurs péchés. Qu'il y ait de ces livres qui s'occupent des terribles ravages de l'impureté.
médecins, je le crois; mais les médecins sérieux les Sans doute il y a de ces « médecins » qui favorisent les
traitent de charlatans. « Tout médecin qui donne de penchants sexuels de la jeunesse - cela fait marcher
f
tels conseils commet une infamie II dit le professeur le commerce! - et approuvent dans des conversations
Ziemssen. ~ privées la violation de la morale; mais ceux qui sont
l Il est presque incroyable - que d'éxcellents jeunes des spécialistes dans ce domaine, les premieres autorités"
gens se laissent déc6ncerter par ces affirmations en se prononcent tout autrement.
l'air que celui qui pratique la chasteté devient malade.
et souffre du système nerveux. Des camarades déjà
corrompus t'en 'parlent tant qu'inconsciemment tu Ce que dit la science médicale.
commences à être ébranlé dans tes convictions; et si
une nuit tu te réveilles, parce que tu as mal à la tête
ou bien que ton cœur bat plus vite, ou bien si la tête Le frère d'un élève de seconde, étudiant à l'université
te tourne un peu ou si ton visage a quelques boutons, lui disait, après avoir lu mon livre: « C'est bien. Mais
immédiatement surgit cette pensée: « C'est cela! Oui. la chose n'est pas aussi grave. C'est très beau ce .qu'il y
c'est vrai! Je souffre du système nerveux ". a dans ce livre. Mais seuls les prêtres disent cela.
1 Mon cher fils, ne crois pas à ces sottises! Mais même C'est vrai 'qu'il ne faut pas commencer la chose trop,
si c'était vrai! Ce n'est pas la santé qui est le plus grand tôt. Mais une fois qu'on a vingt ans "...
trésor sur la terre. Le caractère, l'honneur, la pureté C'est cela, mon fils? « Ce sont les prêtres qui le
de l'âme lui sont supérieurs. Et même si tu devais disent? »
endurer réellement un petit mal de tête, quelques Si cela ne t'ennuie pas, lis les quelques déclarations
étourdissements, même alors te serait-il permis pour suivantes, non pas de prêtres, mais de médecins d.'une
pareille bagatelle de déchirer comme un chiffon la purete réputation mondiale.
de tajeune âme? Te serait-il permis de fouler aux pieds Selon Krafft-Ebing tout homme normalement Idéve- "
1 les droits de l'âme pour éviter un petit malaise? lopp~ peut vivre chaste sans que sa santé su~isse la 1
,1: Mais ce n'est pas vrai. Il n'est pas vrai qù'une vie moindre altération à la suite de sa continencè (Psy- ~
chaste cause le moindre tort à la santé. Montrez-moi chopathia sexualis, 1876, p. 104).
un seul ouvrage médical sérieux dont l'auteur soit Farel, le célèbre neurologue de Zurich, écrit dans
prêt à prouver ce qu'il affirme, montrez-moi un seul son livre « Die sexuelle Frage l) ,: « Dans des circons-
médecin comprenant sérieusement sa profession qui tances normales, pour un jeune homme normaL 'qui
154 LA CHASTE ADOLESCENCE : LA LUTTE CONTRE I,.E DRAGON A SEPT ThES I .~5

travaille · sérieusement, intellectuellement et ' su'rtout :a fait la déclaration suivante : .« Ces temps derniers
physiquement et qui s'abstient des narcotiques quI il a été affirmé par les journaux et même dans des
paralysent la volonté et la mémoire ainsi que des bois- ,congrès que la vie morale et' la continence sexuelle
sons alcooliques, la continence n'est nullement- :sont nuisibles à la santé, or c'est là une affirmation
impossible. ·entièrement fausse. Nous ne connaissons aucune
.. Sa santé n'en souffre pas,,; Je n'ai encore jamais maladie ni aucune faiblesse qu'il 'soit permis ou possible
rencon~ré une maladie nerveuse qui fût la suite de la <l'attribuer à une continence parfaite et à une vie
continence, mais beaucoup qui ont été causées par la morale. Ont signé: J. Nikolayson, E. Winge, Jok-
' syphilis et d'autres débordements. Du reste nous tenons mann, J. Heiberg, J. Ijort, J. Wann, Müller, E. Schon-
/ que pour des jeunes gens la chasteté jusqu'au mariage berg, professeurs à la Faculté de médecine de l'Uni- .
! ,est non seulement moralement et esthétiquement, versité de Kristiana. --
f mais aussi hygiéniquement la meilleure façon de vivre. Mantegazza, physiologue italien, écrit également :
Le Docteur Rossier écrit : « Moi aussi je me sens .« Tous les hommes, et surtout la jeunesse, peuvent f
heureux de pouvoir être compté parmi ceux qui ont faire sur eux-mêmes l'expérience des bienfaits de la 1
le courage d'affirmer que la chasteté ne nuit en aucun ,chasteté. La mémoire est docile et solide, la pensée ~
cas à la santé du jeune homme. J'aimerais à dire à viye et féconde, la volonté robuste et le caractère atteint "
·chacun en particulier :. Ne croyez pas les .médecins .à une énergie que ne connaissent pas les débauchés.
qui voys déconseillent de vivre chastes avant le mariage, Rien ne nous montre ce qui nous entoure sous des
car cet avis est erroné et nuisible ». .'couleurs aussi célestes comme le prisme de la chasteté
Au second Congrès international de prophylaxie qui projette son arc-en-ciel sur toutes les choses du
sanitaire qui s'est tenu à Bruxelles du 1 er au 6 septem- monde et dispense une félicité sans ombre ,). (Foerster :
bre 1902, on a adopté la résolution suivante: « Il faut Jugendlehre, 1913, p. 625).
surtout enseigner à la jeunesse que la chasteté n'est Eulenburg, professeur de psychiatrie à l'Université
pas le moins du monde nuisible à la santé, mais même de Berlin, écrit: « Je doute que quelqu'un soit jamais
est .à recommander au point de vue médical ». devenu malade, et surtout neurasthénique~ uniquement
Dr. Surbled : « Vivre chaste est possible et jamais par suite de la continence, jointe à une vie raison-
.dangereux. La débauche peut causer bien des maux; J nable. Je tiens cette affirmation souvent répétée pour
mais la chasteté jamais. Ce qui le prouve, c'est que de un verbiage vide et insignifiant » (Foerster, ibid.).
nombreux ouvrages traitent des maladies qui résultent Oesterlen dans son .ouvrage intitulé « Handbuch det
des excès sexuels, tandis que les maladies, qui seraient Hygien~ » affirme: « Que le jeune homme, et de même
causées par la continence, attendent encore leur la jeune fille, pratique la continenc.e jusqu'à ce que
histoden ». . l'épo,que arrive. Cela Jle leur serà pas ' difficile, s'ils:.
La Faculté de médecine de L' Université de Christiana ré,fléchissent que tout leur avenir~ surtout leur bonheur.
LA CHASTE ADOLESCENCE LA LUT)'E CONTRE LE DRAGON A SEPT TÊTES 157

dans le mariage, dépend de leur manière de vivre dans s'ils le peuvent - un seul hôpital où l'on traite
1 la jeunesse. Il faut- que la jeunesse sache qu'une santé ceux qui seraient devenus malades à la suite de leur
J florissante, l'énergie et une conscience virile sont les .continence. Qu'ils t'en montrent seulement un!
) riches et beaux fruits ,de la continence juvénile ». Et ce que nous voyons chez les individus se, manifeste
« La continence est possible - écrit la doctoresse <le même chez les peuples. L'histoire parle de grands
Emanuele Meyer - elle est possible sans nuire à la santé, peuples qui ont. disparu à cause de leur vie dissolue,
des centaines de mille l'ont démontré» (E. Meyer : mais elle n'en connaît aucun qui ait été conduit i la
Vom Madchen zur Frau. Stuttgart, 1917, p. 121). ruine par sa vie pure.
« Les médecins qui conseillent aux jeunes gens de
chercher en dehors du mariage la satisfaction de
l'instinct sexuel se rendent coupables d'une légèreté Dieu et la nature.
inexcusable. Quand un jeune homme se plaint de
douleurs de tête, de battements de cœur, il faut le
soumettre à un examen minutieux pour savoir si le Mais en effet il ne peut en être autrement. Tu as vu
jeune homme en question ne s'adonne pas trop à que les saintes lois du Créateur réclament la continence
l'alcool, au thé, au café ou au tabac. Il faut aussi parfaite avant le mariage. Mais j'affirme tranquillement: ,
rechercher s'il mène une vie régulière ou s'il y a un 'si Dieu n'avait donné que des lois, sans avoir veillé II
autre motif à son malaise. Mais un conseil si dénué en même temps à ce que ceux qui les observeraient i'
de scrupule ne doit pas être donné» (Hersen, professeur ne subissent aucun dommage dans leur santé, alors
de médecine à Lausanne). Dieu serait en contradiction avec lui-même - ce qui ~
'1
Voilà un ensemble d'affirmations de médecins est impossible. Les philologues ont fait une consta-
sérieux. Je le répète : ce ne sont pas des prêtres qui tation intéressante, lorsqu'ils ont découvert que dans
parlent ainsi, mais des médecins éminents. Ajoute à 1es langues germaniques les mots « sain» et « saint» ont
cela la foule de misères, de ruines et de maladies qui la même racine; c'est-à-dire que celui qui agit selon la
vont de pair avec l'impureté; ce fait que, conséquence- volonté de Dieu ne .peut pas nuire à sa vie physique.
d'une seule nuit, des milliers et des milliers sont écrasés Et si la vie chaste était nuisible, pourquoi la nature
sous le poids d'une maladie honteuse pour des années J punirait-elle de maladies si terribles précisément la vie
ou même sont complètement ruinés de corps et' d'âme" immorale? La nature n'est jamais en contradiction
- et répète.-"le à tes camarades qui viennent te parter avec elle-même. Ce n'est pas un hasard, mais un signe
des conséquences nuisibles et de l'impoS8ibilit~ ·qe ·la manifeste de la nature que chez les animaux il n'y ait
chasteté. Montre-leur cette foule d'hôpitaux et d'asiles pas trace de maladies vénériennes, parce qu'ils sont
où s'agitent par milliers les malheureuses victimes de incapables de tout désordre sexuel - c'est le triste
l'impureté; et par contre de~ande-Ieur ,de te montrer ,privilège de la seule volonté humaine.
LA CHASTE ADOLESCENCE LA LUTTE CONniE LE DRAGON A SEPT TÊTES 159

Nous autres hommes, nous nous efforçons en tout ses lois. Et ce n'est pas un hasard, mais un signe
. d'être plus distingués que les animaux : nous ne manifeste de la nature que seule la continence absolue
dévorons pas, mais nous mangeons; nous ~e mugissons. ou seul le mariage monogame sont une assurance
pas, mais nous causons, nous n'avons pas de museau, parfaite contre ces maladies.
mais un visage - c'est seulement sur un point, dans.
le domaine sexuel, que nous pouvons descendre plus.
bas même que les animaux. 9ui ne peut rester pur?
A aucun des êtres créés Dieu n'a donné des instru-
ments aussi magnifiques que la main de l'homme.
Si notre main n'~tait pas un outil aussi merveilleux, Je soutiens que celui qui ne voudrait s'éçarter que 1
c'est à peine si nous pourrions l'emporter sur les. des actes immoraux externes, mais par la pensée s'aban- li
animaux. C'est avec notre main que nous préparons la donne aux désirs impurs, tôt ou tard passera aussi à Il
nourriture, que nous sculptons des statues, que nous l'acte. Car sur ce terrain en pente on ne peut s'arrêter. ~I
·nous habillons, que nous préparons des médicaments, L'âme et le corps agissent l'un sur l'autre et l'infection
que nous écrivons des livres, que nous gouvernons les. de l'âme affaiblit le corps.
navires, que nous conduisons les rapides - toutes- Ici on ne peut pas être indulè,ent; ici on ne peut pas
choses dont l'animal est incapable. La main parle de marchander. Ici on ne peut pas se tranquilliser en
la grande confiance de Dieu envers nous. Ne faudrait-il disant: « Je n'irai par la pensée que juste où commence
pas que l'homme s'en serv:t p(;>ur s'élever au-dessus. le péché, pas un pas de plus ». C'est en vain. Celui qui 1
de l'animal? Et par ses actions pécheresses et ses. est volontairement impur dans ses pe?sées, c'est con;m.e
turpitudes il se ravale profondément au-dessous de b s'il avait commis le péché par act1On. Comme ecnt )
bête. .Juvénal dans une de ses satires (XIII, 209) :. « 1'!am
Et ne voit-on pas, clair comme le jour, que c'est un scelus intra se tacitum qui cogitat ullum, lactt crzmen
châtiment divin que précisement cette force créatrice habet ».
qui ":- en l'utilisant selon la volonté de Dieu - devrait Aussi est-il important d'être chaste déjà dans ses
être une source de vie nouvelle, devient à cause de pensées. La pensée coupable peut déjà mettre en effer-
:cet usage pécheur la ruine d'une foule d'hommes? vescence tout notre organisme; car l'excitation céré-
La . nature peut-elle protester plus fortement contre brale passe automatiquement 'à la moelle épinière .et
les relations sexuelles en dehors du mariage qu'en de là aux organes des instincts. Mais l'instinct eXCIté
frappant, de maladies aussi terribles, la vle-immorale? pousse à l'action pécheresse. Que tu ne puisses plus i~
La . nature se défend elle-même, elle défend ses lois arrêter ce feu dévorant, jè le crois; mais n'est-ce pas ';
saintes comme elle peut: avec une armée de millions toi qui as allumé la première flamme? 1

de bacilles destructêurs elle se jette sur ceux qui violent Lis seulement ce que pense à ce sujet le célèbre
160 LA CHAS1'E ADOLESCENCE

\professeur de médecine de l'Université de Budapest~


',Je Dr. Liebermann
Celui qui a une vie-S~hre, qui travaille sérieusement
i et évite les sociétés légères, les lectures grivoises, les
il treprésentations choquantes, etc., tout ce qui excite
1 les passions, celui qui ne néglige pas les exercices
CHAPITRE VI
.l physiques, souffrira fort peu des excitations de l'instinct
.et triomphera aisément avec un' peu de force de volonté ».
(Liebermann : « Aux élèves des lycée et aux étudiants ». LUTTE ET AIE CONFIANCE
Budapest, 1912, p. II).
' Tu savais qu'une bête féroce sommeillait au-dedans Fortior est, qui sc, quom qui
fortissimo tI1'ncit moenia, nec
de toi, pourquoi l'as-tu réveillée? vittus altius iri potest.
k Tu savais que tu es d'une nature inflammable,
« Celui qui l'emporte sur lui-
pourquoi as-tu joué avec le feu? même est plus I;>rave que celui
Tu savais bien qu~on ne doit pas faire un feu d'artifice ; q}Ù enlève les plus forts rem-
parts; et la bravoure ne peut
près d'une poudrière. pas aller plus haut .•
Celui qui dans ses pensées, ses conversations, ses
lectures, la fréquentation des théâtres et des cinémas
'pèche contre la pureté et endure que des pensées Je répète ce que je disais dans le chapitre précédent :
désordonnées le dominent, je crois qu'il ne peut pas , Mon fils, quand tu aurais une nature de feu, quand tU l
mener une vie ' chaste aussi dans ses actes. Mais que .. sent.itais au-dedans de t~i les. exig~nces de t~s bas 1
le jeune' homme pur dans ses pensées et toute sa con- instmcts et quand ceUX-Cl se Jetteralent sur t01 avec f
ception de la vie soit exposé à souffrir dans sa santé l'impét~osité de l'auroch et la rage du ~oup, ils ne te ~\
même fort peu de cette vie chaste, je le nie - ce n'est vaincront pas, si tu ne' veux pas devemr leur esclave. l
pas vraz,. ml'lle J+"OlS non ....
, Si tu as un caractère robuste, si tu as une volonté '
ferme, Tu le sais : on peut faire avancer sa barque j
contre le vent, si le courant est fort. En effet, toutes î'
ces misères que tu as l,ues dans les chapitres précédents, "
• je ne les ai décrites que dans un seul but : pour que ;
tu frémisses et que tu t'élances - vers un plus bel
avenir.
Mais, demandes-tu : que dois~je donc faire?
Tu sais, n'est~ce pas, que si on garde un grand trésor,

! Chn~t~ ,~i!(l1~8C, 11
LUTTE ET AIE CONFIANCE
162 LUTTE ET AIE CONFIANCE
, par tes pensées. Non seulement dans tes conversatIOn:. ,
on met une forte serrure à la porte. Et plus est grand
non seulement dans tes actions, mais dans toutes
le trésor que nous gardons, plus nous verrouillons
tes pensées garde la pureté, car celui qui pèche contre
fortement la porte contre les voleurs. Ton plus grand
elle, même seulement en pensée sape l'édifice qui abrite
trésor est la pureté de ton dme; garde donc avec une
le trésor de l'âme etce n'est qu'une question de temps '
persévérance inlassable les portes, par lesquelles l'en-
pour la ruine totale et irrémédiable. « Bienheureux
'. nemi pourrait entrer , pour te ravir ton âme. Veille
ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu »
sur tes sens.
(S. Mathieu, v, 8). La pureté de l'âme est aussi fragile
Fais attention à tes pensées, à chacune de tes paroles,
qu'un vase de cristal que le moindre' choc réduit en
à tes regards, à tes actions, et surtout prends bien garde
poussière. Tu dois être totalement pur - même dans
au premier faux-pas, car la première chute morale
tes pensées - ou bien tu succomberas. Il n'y a pas de
, est très facilement suivie de dix autres. Je sais bien
! que précisément dans cette période d'effervescence
moyen terme dans ce domaine. On ne peut pas plus
marchander avec la pureté qu'avec l'honneur; on ne
:: dont la flamme s'élance comme un volcan dans tes
peut pas être honnête à moitié, on ne peut pas non plus
~' veines, il faut que tu te tiennes perpétuellement sur
être pur à moitié. Et même l'impureté de pensée et '
tes gardes, si tu veux conserver l'équilibre de ton âme.
d'imagination est souvent plus dangereuse pour la
Mais tu sais maintenant que c'est tout ton avenir qui
santé que tel ou tel acte. « Garde ton cœur avec soin ,
est en jeu; et les quelques années de lutte durant
car c'est de lui que jaillit la vie)) (Proverbes, IV', 23).
lesquelles il faut te montrer courageux trouveront
Saint Augustin qui, dans sa jeunesse, avant sa con-
leur récompense en t'assurant ce grand trésor : la
version, avait été en butte à de grandes tentations
~' formation d'un caractère viril.
charnelles et était tombé bien bas, explique ainsi
cette triste situation . : Lorsque le pr~mier couple
humain n'avait pas encore commis le 'péché de déso-
Vie pure! Ame pure! béissance, il était parfaitement maître de l'instinct
sexuel, tout comme actuellement nous sommes maîtres,
Je le sais, tu es résol~ à combattre, seulement garde par exemple, de nos doigts. L'homme meut ses doigts
intacte la pureté de ton âme. Car de même que la comme et quand il veut. Sans sa volonté ils ne bougent
propreté est nécessaire à la vie du corps - il faut de pas. Mais dans les choses sexuelles - hélas! - il n'en
la propreté dans l'habitation, l'air, l'habillement, la 'va pas de même. Les pensées, les sensations, les désirs,
nourriture - de même l'âme exige comme première les émotions surgissent en nous-même quand nous
condition une -vie morale pure. ne voulons pas et ne disparaissent pas, même si nous
Quand on lave un escalier, il faut commencer par le voulons. Et quoi que je fasse pour les chasser de ma
le haut; si tu veux mener une vie pure, il faut commencer tête, je ne peux les . faire obéir. Les hommes ~ écrit
;,

LUTTE ET AIE CONFIANCE


LUTTE ET AIE COM'IANCE

saint Augustin - ont été assez sots dans le paradis souvenf la constatation que tout à coup pendant
terrestre pour ne pas obéir au Seigneur. Maintenant l'étude, en jouant, en lisant, en priant - surgiront
Dieu les punit par où ils ont péché : une partie de dans ton esprit des pensées qui se· rapportent au
leur être -l'instinct sexuel - n'obéit plus à l'homme, péché et ta conscience délicate se dem.andera avec
mais suit son chemin contre la raison et l'intelligence inquiétude si elles n' ont pa~ blessé la pureté de ton
de l'homme. 1 âme. Sois tranquille. Tant que tu n'y as pas songé,
Et maintenant qu'en résulte~t-il ? C'est que tu n'QS tu n'en es pas responsable. Nou'S ne pouvons pas
pas le droit de provoquer volontairement en toi ce flot empêcher les moineaux de voltiger au-dessus ,de
dévastateur, et 's'il s'élance de lui-même, tu n'as pas . , mais bien de construire leur nid au sommet
notre tête
le droit de le laisser devenir ton maître. Au début il ne de notre tête. C'est seulement à présent, à cet instant,
fait que s'ébranler, tù peux encore le contenir, détourner que tu peux être fort et immédiatement - sans attendre
de lui ton attention - et, tu es sauvé. Mais si tu cèdes une minute saisis d'une m~n ferme tes pensées et expulse
à la première pensée, la force s'éch~pe de tes mains de ta tête ces hôtes indésirables.
et tu ne peux plus prévoir comment l~ chose finira. Mais comment faire? Tâche de t'occuper de n'im-
porte quelle manière, pour qu'à la place de tes mau-
vaises pensées en arrivent d'autres inoffensives. Prends
Sans la volonté, il JI 'y a pas de piché. en main une lecture intéressante, va jouer, travaille,
fatigue-toi, étudie, prie, seulement change d'occupation,
jusqu'à ce que ton imagination soit nettoyée de ces
Ce sont peut-être ' tes pçnsées qui surgissent à pensées choquantes. Mais tout cela posément, sans
.l'improviste .et tes désirs gênants qui te donneront avoir peur, sans t'énerver. ,Tu verras que ces pensées
le plus cl'inquiétude, car nous n'en sommes pas les sont comme des mouches .importunes et hardies.
milÎtres, Mais je veux précisément te rassurer sur ce On ne se débarrasse pas des mouches en s'agitant,!
point, afin de te préserver d'inquiétudes superflues. car elles reviennent de plus belle. Mais il faut bien
Le penchant au mal qui existe dans l'homme n'est ajuster son coup, pour les tuer. N'entre pas en lutte
pas lui-même un péché. Il est du ressort de ta volonté; directe avec ces pensées; dès que tu te tournes contre
si tu en deviens maître, il démontre ta force de carac- elles - même en vue de lutter - elles deviennent plus
tère; si tu te laisses dominer par lui, il deviendra une fortes. Le mieux est de s'en détourner, de les laisser
passiQn. de côté. Elles frappent, elles font du bruit, elles gron-
Nous ne sommes responsables de nos pensées que dent à la porte de ton âme? Ne t'en occupe pas.
dès, l'instant où elles sont parfaitement conscientes en Répète en toi-même: elles n'entreront pas. Chasse-les
nous. Pas avant . dès leur première apparition, car si tu discutes avec
.Cependant dans ta période de croissance tu feras elles, elles deviendront hardi~s. Ne les crains pas et
LUTTE ET AIE CONFIANCE
166 LUTtÊ- ET AIE CONFIANCE
tu t daIS oubllè -a une telle pensée, tout dépend de 1:1
continue tranquillement ton chemin. Les chiens aboyent 'l'olonté; et si je ne veux pas souiller mon âme ~- 01' Je
d'autant plus après le passant que celui-ci s'occupe lie le ~ 'eux pas - et si je veux ~ar~er pure mon,ame .._-
d'eux davantage. Mais s'il passe avec calme et indif- or je le ~'eux - alors je sortiraI vamqueur de n J~porte
férence, ils baissent leur queue et retournent dans quelle lutte. Non /lacet sensus, si deest consens,lIs (~. ~~e~~
leur coin. Montre ce dédain en face des mauvaises nard). Tant que tu luttes, il n'y a pas de péche. Le T'le
pensées: « Que faites-vous dans ma tête? Car il est commence là où la ,'olonté abandollne la lutte . Je ne
impossible que je pense de propos délibéré à un péché suis pas responsable de ce qui arrive en dehors de ma
quelconque ». \'olonté ou sans que je m'en rende compte, donc ce
Ne désespère pas, même s'i! te fallait lutter dix fois n'est pas un péché Par exemple, je ne suis pas .respon-
par jour ou par heure contre ces pensées et ces désirs. sable de Ci! qui m'arrive pendant mon ~omme~l ou en
La jeunesse à la conscience délicate gaspille beaucoup rêve (si je n'ai pas du moins provoque ces reves par
d'énergie et tombe dans la mélancolie dans une lutte une conduite légère le jour précéden~). " .
spirituelle mal dirigée. La maturité sexuelle en toi Donc s'écarter de la route si un chIen enr~ge arnve.
est conforme à la sainte volonté de Dieu; donc si ' Ne pas 'faire attention à tes désirs, diriger aIlleurs tes
pareilles pensées surgissent en toi, c'est une consé- pensées. Pourquoi? Est-ce qu'il s'~git. d'~ne c~ose
quence toute naturelle de ton développement, ce exécrable, méprisable? Mais non. Il s agIt d un~ s~mtc
n'est pas un péché ni même une tentation. Mais pour pensée du Dieu créateu:, que tu préserves amsl de
qu'elles ne deviennent pas des péchés, n'y pense pas • . la profanation, de la SOUIllure.
Ne te tr~casse pas, en te débattant des pieds et des
mains contre elles (car ainsi elles ne feraient que Justifie-toi toi-même.
s'incruster davantage), mais répète doucement :
cc Seigneur Jésus, secourez-moi ! » Ne te demande pas
avec inquiétude : cc Hélas ! j'ai peut-être consenti à de l'Afrique vit le petit peuple des Boers .
A il su d . '1
cette pensée ». E~ ne te décourage pas, si de temps en Pendant longtemps on ne sut presque r,len. a ,eur
temps tu t'aperçois que tes efforts sont vains et que sujet, mais il y a quelques diz~ines d'annees Ils s ac-
t'u n'as pas réussi à chasser de ta tête ces pensées. quirent une renommée mondJale par leur bravoure
Une tentation qui se répète ne signifie pas que tu as dans la guerre anglo-bocr. La cause de cette guerre
· pour s'parer
fut la tentative faite par les A'ng1aIs em .
commis le péché, mais plutôt la résistance de ton âme;
'en effet, l'ennemi attaque sans cesse de , nouveau la tics terrains diamantifères des Boers. CCUX-CI ne
forteresse, tant qu'elle demeure intacte. Le soldat . ' t même pas d'abord quelles richesses naturelles
S3\ alen .
assailli par l'ennemi ne doit pas/ en avoir hont~, mais iis possédaient. Un voyageur anglais ~valt vu avec
seulement celui qui cède lâchement devant l'attaque. étonnement 'es petits enfants boers Jouer dans la
Prends courage dans la conviction que, si par ~hasard
168 LUTTE ET AIE CONFIANCE LUTTE lIT AIE CONFIANCE

p,oüssiètë de la route avec des diamants. Mais ce dan~ ces cho~es-là, le- brave est celui qui sait s'enfuir.
I;>euple 'intrépide, dès qu'il connut ses richesses, se En résumé, ne tolere jamais volontairement un seul
leva avec héroïsme Contre l'hégémonie anglaise. instant des pensées impures dans ta tête. Dans toute
, '.Une ~ne de diar;nants aussi précieuse - ou plutôt autre affaire pour réussir il faut y penser, ici le succès.
mIlle fOlS plus préCIeuse - est 'cachée dans l'âme de a pour condition de savoir ne plus penser à ces choses,
~out adolesce?t, mais le ~alhe?_r est que beaucoup de Quand tu te promènes dans un jardin et qu'une,
Jeunes gens n en savent nen et Jouent dans la poussière hideuse chenille te tombe sur la main, tu n'as pas.
de la .route avec ce trésor infiniment précieux de leur besoin de réfléchir longtemps pour l'écraser, avant
â~e. Combi~n. traînent dans la fange 'leur âme jadis qu'elle ne te salisse. Si une étincelle tombe sur tes
SI ~ure, et blanehe comme la neige' Combien l'exposent habits,_tu ne la regardes pas tranquillement jusqu'à
facdement aUi' danger 1 Combien perdent leur trésor ce que la brûlure s'étende de plus en plus. mais , t,u
en jouantl! l'éteins, car autrement ton vêtement prendrait feu.
Dans les- grandes villes il y a entre deux rues un Chasse de ta tête et étouffe tes pensées tentatrices.
passage souterrain. Ces passages raccourcissent le , J'attire encore ton attention sur une chose qui peut
trajet d'u~e rue à l'autre. Mais dans ces passages on causer des inquiétudes inutiles à un jeune homme
ne peut assurer la propreté de la chaussée. Les gens consciencieux - s'il n'en a pas entendu parler. Avec
~ui y circulent laissent trop de boue. Que d'âmes de le temps, vers seize ou dix-sept ans, ton développement
Jeunes gens ressbnblent à ces passages 1 Pensées désirs physique arrive à un degré où ton organisme -
paroles, regards entrent et sortent, à leur gré. Mai~ généralement pendant le sommeil - sécrète un certain,
est-il surprenant que tant de saleté s'y amasse? ' liquide et provoque en même temps en toi une exci-
Un sage adolescent ,garde sa maison. Devant la tation des sens. Ne te trouble pas. - Si cela n'arrive
porte. il place .une sentinelle (une voloRté disciplinée) pas trop souvent (plus fréquemment que chaque
et eXIge un laIssez-passer avant d'entrer. Il passe par semaine) - ce n'est ni une maladie ni un péché.
~~e~ple. d~ns !a rue d~vant un étalage. La curiosité mais le signe du développement de ton organisme.
~ lI~Vlte a s arreter. MalS tout à coup il aperçoit 4ne Même si cela arrive assez souvent, ce n'est pas un,
Image obscène. Et la sentinelle lui .crie : « Elle n'a pas signe de maladie, mais de faiblesse des . nerfs ou de
le droit d'entrer dans ma maison Il. Et il se détourne de fatigue excessive (au moment d'un examen) ou encore
cette image. Exige ainsi un laissez-passer de toute de quelque trouble moral. Cet écoulement ne dépend
pensée, conversation, pièce de théâtre, lecture, avant pas de toi, pas plus que le battement du cœur ou la
d~ leur permettre d'entrer dans le temple de ton âme. respiration, c'est donc une chose toute naturelle.
SI tu es consciencieux, tu n'as rien à craindre : C'est la sagesse grandiose du Créateur qui a réglé que
tu es un héros à l'âme pure, même s'il te fallait cent ce qu'il y a de superflu dans l'organisme (superflu
fois par jour fuir devant les mauvaises pensées. Car actuellement, car le sperme, qui est expulsé avec
17 0 ; LUTTE ET AIE CONFIANCE
LUTTE 'ET AIE C,ONFIANCE 171
l'humeur est encore trop faible et ne donnerait la vie
qu'à des enfants infirmes) s'évacuerait de soi-même. ton regard, ~ur ~ii autretàbleau et situ;hasses rl,e t,a
Mais la sensation, la jouissance qui l'accompagne, tête le souvenir dutableau précéd~nt, tu n as pas pec~e.
n'est-elle pas un péché? Non, car tu n'as pas excité Pour un péché,' il faut' toujours 'Volonté. et pletne
en toi cette jouissance, elle est seulement la suite connaissance.
naturelle de l'écoulement. Mais fais attention, elle peut
facilement devenir un péché, si tu y trouves volon- ~, LE cf!!Itagionde l'immorlditè.
tairement du plaisir ou si, d'une manière quelconque:
tu ,provoques de propos délibéré cette manifestation. L'imagination est le champ de bataille où généra~
Si tu te réveilles alors, élève ton âme vers Dieu par lement se livre le combat décisif pour la pureté de
la prière, pense à autre chose et reste tranquille, jusqu'à l'âme. Elle est le verre grossissant qui habi~uelleme~t
ce que tu t'endormes de nouveau, ton âme ainsi est enflamme le premier feu; le mot et l'actIon repre-
demeurée saine et sauve. sentent un ruisseau dont la source jaillit des profondeurs
A l'époque de la croissance, il t'arrivera fréquem- de la pensée. Celui qui veut être maître de sa propre
ment que l'organe sexuel soit excité durant la journée et maison, de ses pensées, fera bien att~ntion q~e d'~utres
sans raisons spéciales. Si cela arrive tout seul, ne t'en ne viennent abîmer son jardin fleUrI. Car ,n ou~ltc pas
inquiète aucunement, car cela va de pair avec ton déve- que la contagion morale se propage plusvlte ~ue
loppement; évite seulement de porter des sous-vêtements la peste la plus dangereuse ou le cholé.ra. Il faut s en
trop étroits et trop chauds, le pantalon collant, derester garantir comme des maladies contagIeuses dont le
trop longtemps assis, des mouvements étourdis, des meilleur préservatif - tu le sais - est la ~ropre~é.
attouchements inutiles, de grimper, glisser; ne pro- Où le choléra dresse la tête, dès le lendemam appa-
~oque pas artificiellement cette excitation, car l'exci- raissent des affiches avertissant toute la populatiOn
tation sensuelle cherchée à dessein est un péché grave. de veiller à la plus stricte propreté. Ne pas to~cher sa
Je répète ce que j'ai dit: tout dépend de la volonté, bouche avec la main, ne pas manger de fruits non
du consentement. !\Tais il· y a dans l'homme une encore mûrs, se laver souvent les mains, ve!ller à ne
volonté dite physique à laquelle notre volonté spirituelle pas laisser les mouches tomber dans la nournture, etc
ne peut pas toujours commander. Tu visites par exemple Je voudrais de même graver en lettres de feu dans
une galerie . de tableaux et tout à fait par hasard tes l'âme de chaque adolescent: Mon fils, prends g~rde
regards tombent Sur une peinture immorale. La , aux bacilles de l'impureté. Ils rôdent de tous les cotés.
volonté physique s'éveille à cet instant, te trouble et .on peut arrêter une armée avec des fils de fer bar?elés,
te pousse au péché. Ce n'est pas encore un acte voulu, ' Dn peut empêcher une inondation avec des dlgues,
donc tu n'en es pas responsable. Mais ton âme s'aperçoit mais la contagion de l'immoralité est plus forte que
vite de ce qui sc prépare contre toi et si tu détournes ,des armées, plus dangereuse qu'une inondation
destructrice.
LUTTE ET AIE CONFIANCE LUTTE ET AIE CONFIANCE 173
« Oui, je ferai attention. Mais ne savez-vous pas; encore il Y a - plus que tu ne le penses - des jeunes
~ q~el ~onde pécheur et déséquilibré nous vivons, gens qui mènent une vie pure et qui sont obligés de
aUJourd hUi? » - me demande un excellent jeune combattre comme toi, mais montrent par là leur
ho~me ..« Faire atteqtion à garder mon âme pure?' courage et leur forGe. Prends-les pour amis, ces âmes
OUI, maI~ tout ~utour de moi écument des milliers- héroïques.
de tentatIOns qUI à chaque pas menacent d'engloutir Bien des étudiants se lamentent devant moi : « Que
la blancheur de mon âme ». de malheurs ne cause pas en moi l'instinct qui s'éveille 1
. ~'es.t avec émotion que j'écoute cette terrible plainte Que de. tentations jettent le trouble dans mes années
SI JustIfiée qui jaillit des lèvres de tant d'adolescents de jeunesse 1 Pourq\loi ces désirs ne s'éveillent-ils
au noble caractère contre la vie pècheresse actuelle. pas plus tard en nous? Pourquoi surgissent-ils avec
Je sens; ,n:onfils, que tu as raison et cependant il faut: une si grande force, alors que je ne puis pas encore
que tu reSlstes, il !a~t que tu conserves la pureté de ton songer au mariage? Ces jeunes gens ne pensent même
âme. .Dans les mIllIers de tentations de la vI'e .~ 0 UI.~
P pas combien ils ont raison de . parler ainsi. De fait, \
arroI c:tte foule d'occasions de péché? Oui. l'instant sexuel s'éveille aujourd'hui chez les jeunes
Il IyIals .on représente aujourd'hui tant de saletés,
gens plus tôt que le développement naturelle cOIJlp<;>rte.
dans les cmér,nas! Tant d'obscénités s'étalent Sur les La raison en est que toute la manière de vivre moderne
scènes des theâtres! l) - Mais qui t'oblige d'aller les, s'est beaucoup éloignée de la p.ature. Les théAtres
regarder?
et les cinémas, les lectures et les affiches excitantes,
« Mais dans le~ music-halls on fait rire les gens. les amusements, la vie sédentaire, le manque d'exercice
avec tant de grOSSIèretés ! )) - Qui te force à aller les, physique, l'alimentation trop.. épicée, etc. éveillent
entendre?
dans le corps affaibli et ruine de l'étudiant des villes
« Mais il y a tant de n~dités SUr les colonnes d'af-. beaucoup plus tôt et plus fortement tes désirs que
.fiches,. tant d'images obscènes aux devantures! l).. chez le jeune homme de la campagne qui se fatigue
- QUI te force à les contempler? ,
par le travail du corps et mène une vie plus naturelle
Q Mais dans les rues les filles perdues vous entourent
et plus simple. L'étudiant occupé à un travail intel-
~t vous invitent au péché 1 ») - Qui te force à les" lectuel a bien plus de tentations que le. jeune homme
ecouter. ou à passer justement dans ces rues-là? .
à la campagne.
- -
« MalS ~u collège mes camarades plus âgés parlent
Mais il découle de cela qu'il te 'flUt d'autant plus
à chaque mstant de cochonneries! ») _ Qui t'oblige à.
fuir toutes les occasions qui exciteraient tes instincts.
prendre part à leurs conversations ou même seulement
à les écouter.
Si nombreu~ que soient les jeunes gens corromp~s.
que tu connaIsses, crois-moi, mon fils, aujourd'hui.
LUTTE ET AIE CONFIANCE
LUTTE ET AIE CONFIANCE 175
vent, enseignent et publient perfid~m:nt les « beautés »,
Tes Lectures. les « joies », les « plaisirs» d'une VIe mUD?rale. Ils sont
d'autant plus dangereux, car, par la pUIssance de la
Fais attention aussi à tes yeux! Ne permets jamais.. plume, ils entraînent aussi l'âme de leurs lecteurs dans
sous aucun prétexte qu'ils regardent quelque chose leur propre déchéance morale. « Beaucoup de talent
qui nuirait même très peu à la pureté de ton âme. et peu de caractère » pourrait-on écrire en tête des
A
N'oublie pas, mon fils, que dans le monde actuel une livres de ces écrivains, car s'ils se regardent eux-~emes
foule d'ennemis te guettent de toutes parts. Dàns les comme des demi-dieux, ils sont plut.ôt ?e vén:ables
journaux, les livres, les rues, les théâtres, les cinémas, porcs. Si artistement que soit fabnque le pIstolet
à chaque pas tu peux voir ou lire des choses qui cachent que tu as en main, tu ne t'envoies pas pour ~ela une
en elles par centaines les bacilles contagieux. Sois. balle dans la tête, n'est-ce pas? Fais donc pareIllement
donc partout sur tes gardes et circonspect dans tes attention à ne / pas introduire la mo.rt dans ton âm:
lectures. avec ces « chefs-d'œuvre ». PourqUOI se vautrer da~s
D'abord quelques mots Sur tes lectures. Combien ces tas d'immondices (même s'il s'y trouve des patl~
de livres qui sont une honte non seulemènt pour la lettes d'or), alors que dans notre littératu~e - grâce a
morale, mais souvent aussi pour le style. Si je te · - tu peux trouver de véritables diamants.
D leu . 1 l' •
conseille de lire beaucoup (car c'est nécessaire pour Il est triste d'être obligé de constater que a Itterature
une formation solide), je t'engage avec insistance à « moderne » actuelle en grande partie exalte les ~bus
ne pas tolérer parmi tes lectures un seul livre qui ' se de l'amour, les aberrations de la vie sexuelle. SI les
moque de la morale et, soit ouvertement, soit par des élucubrations de nos romanciers et de nos poètes
termes à double sens, enseigne la légèreté ou la licence étaient vraies, il nous faudrait admettre que l'.homme
des mœurs. Ces livres sont généralement, même au doit être fier, non pas de ses pensées élevées ~ d~ ses
point de vue du style, les résidus de la littérature, et aspirations idéales, mais uniquement de ses mstm~
pour cette raison déjà ce serait dommage de perdre ton physiques, de ses désir~ ~ensuels, par lesquels Il
temps avec eux. Une telle « littérature » n'est pas un ressemble entièrement à 1 ammal.
terrain favorable à ta culture, mais un cimetière sous Sois donc sur tes gardes et circonspect dans tes
les tombes duquel sont ensevelis l'espoir des parents lectures. Avec quelle tristesse m'écrit un jeune ~~mme :
et le noble idéal de la jeunesse. « J'ai cherché d'abord dans les romans le plalsl: sen-
Mais malheureusement, même parmi les maîtres suel, et ensuite dans la réalité ». N'imite pas ces Jeu~es
ou style et de la nouvelle, il s'en trouve qui n'ont pas gens qui lisent tout ce ~ui leur tombe sous ,~a mam.
honte de tremper la plume talentueuse qu'ils ont Celui, n'est-il pas vrai, qui mange tout ce qu Il trouve
reçue de Dieu, dans la fange de l'immoralité et décri- devant lui, ruine son estomac.
LUTTE ET AIE CONFIANCE
LUTTE ET AIE CONFIANCE

l'ârrie du lecteur un poison plus violent que l'arsenic.


Certains hommes sont incompréhensibles : s'ils
Livres (rouvent un , cheveu dans le' potage, ils ' ne peuvent
] e ne pense pas ici en r . . plus manger; si l'air dans une chambre est vicié, ils
Fantomas, et autres p eml~~ heu à Nick Carter, ne peuvent plus y réSister; - mais ils dévorent et
d.e les lire. Ils surex~~:~n::ol~clers: C:est dommage absorbent .sans mot dire les livres les plus infects.
'ClSSent l'esprit d"d ' n ImagInatIOn et te far- Que ta conscience délicate soit donc toujours le
1 ees romanesqu l '
,de bons livres attende t es, a o~s qu une foule meilleur guide de tes lectures. Quel que soit le livre
véritable folie de pe d n que tu les lIses, c'est une que tu prennes en main (quand bien même ce serait
M aIs · . r re ton temps 'd Il . un livre réputé pour un chef-d'œuvre), si tu trouves
Je pense bien 1 à a e te cs lI1eptics.
ces feuilles hum . ? us
onstlques à
cette basse littérature à
1" '
un passage qui blesse, même dans la moindre mesure, la
livres que tes c d ' ces Ivralsons et à ces pureté de ton âme, aie assez de volonté pour tourner la.
amara es dé 'à ' .
un coin du parc 0 .' 1 . .J pervertis lIsent dans page sans la lire, et si de pareils passages se présentent
u a a maIson le b'
en eux, le cœur bat-ta n t 1" : .sang ouIllonnant assez fréquemment dans ce livre, ferme-le et cesses-en
lectures font autant d ' . IlmagInatlOn en fièvre. Ces la lecture. _ .
e ma - ou m~ e l
système nerveux que l'alcool 1 . c:n p us - au ,Si tu es déjà dans les classes supérieures, outre
Je sais que tu refuse' ' . a ntcotll1e, la caféine Jules Vèrne et Karl Mayet tant de romans et livres
raIs avec md' '. '
camarade te p r o ' . IgnatlOn, SI quelque scientifiques, il est absolument nécessaire qu~ tu
,. . . posaIt pareIlle 1 t
t InItIer aux mystères d l' ec ure et voulait lises aussi quelques livres sérieux qui forment le caractere
T 1 e ces Ivres
e et tel jeunes gens ont cl' 't . et la volonté; c'est-à-dire qu'il s'agit moins de les lire
dans ce domaIne . Il l ' e ranaes
b
ra Isonnemcnts d'un trait (comme un roman) que de les lire en réflé-
. s Isent tout . 1
sous la main même q d '1 ce qUI eUr tombe chissant et .en méditant. Tu verras quelle bienfaisante
..'
1a relIgIOn uan Issaventq Il'
ou la m 1 ue e IVre blesse influence ces -livres exerceront sur ta volonté. Natu-
, ora e. cc Je veux 1
ce qu écrivent ceux qu' d' seu ement savoir rellement seuls les meilleurs livres répondent vraiment
1 Sont une al t ' .
ne me fera pas de mal je ne 1 l' ,Ire opInIOn, cda à ce but.
Intention ). Je veu .' b' e ~s pas dans une mauvaise A titre d'exemple: le Nouveau Testament, princi-
. x len crOIre q "1 '
une mauvaise intention _ . 1 u 1 ne lit pas dans palement les évangiles; l' « Imitation » de Thomas a
mais je ne crois pas t eu
ement par curiosité -~
Crois-tu que J'e rc t que cc a n.e leur fera pas de mal.
Kempis; (C L'Introduction à la vie dévote» de saint Fran-
çois de Sales; « La vie de Jésus» de WiLLam; C( Pour
S cralS en VIC " ., 11 .
P h armacie y gOllte r d e tous les ' .SI J a aIs d:ms une devenir des hommes » de l'Abbé Guillaume et mes
mauva'ise intention . ' pOIsons cc non p:lS par volumes CI. A la Jeunesse catholique )l.
»), malS cc pOur c '
1éurs ciTets li 0 ' onnaltre seulement Je ne veux pas te tromper; ce n'est pas une lecture
. r, mon fils , certam3 . ll\rres
' sont pour
. facile, car ils renferment une masse de pensées sérieuses.

ChMte Adoleec. 12
LUTTE ET AlE CONFIANCE LUTTE ET AlE CONFIANCE 179
Mais si chaque jour tu peux consacrer à l'un ou ft et des romans. En effet, à quoi bon fuir devant un
l'autre ne fût-ce que dix ou quinze minutes, tu rem- serpent, alors qu'il t'a déjà mordu?
pliras bientôt la tâche avec une ardeur et une énergie
nouvelles. Ce serait aussi une belle habitude de lire . TClbleaux.
chaque jour après ta prière du soir quelques versets
de l'évangile et de les méditer. Essaie, et t~ verras quels . ' i Sois circonspect à regard de n'importe quel tableau.

effets salutaires elle aura sur ton âme. Peintures, sculptures ou tout autre spectacle ne sont
dignes de tes regards que si elles éveillent de nobles
JQurnaux. pensées en ton âme. Si ton âme est blessée, mêm.e fort
peu,-quand il s'agirait de la fameuse Vénus de Mllo,-
tu connais ton devoir, tu dois porter tes yeux sur
Choisis bien aussi ton journal. Ta Ïormation intel- autre chose. Que dire alors des cartes postales dites
lectuelle ne souffrirait certainement pas, si durant tes « artistiques » que les étudiants se passent les uns aux
études secondaires tu ne lisais pas du tout le journal. autres sous prétexte d' « étudier l'histoire de l'art »!
Tu en auras le temps plus tard. Mais actuellement Certai~ement elles poussent fréquemment au péché
la lecture des journaux est si répandue que toi aussi infâme.
peut-être tu t'intéresse~ habituellement aux événements Les artistes de l'antiquité ou du moyen âge repré-
du jour: sentent sans doute le corps humain dans sa nudité,
Enfin, si tu en as le temps, tu peux le faire; seulement mais ces images n'excitent pa& la sensualité comme
sois circonspect à l'égard des journaux. les nudités actuelles; au contraire, elles font rayonner
Le plus grand nombre des journaux est aux mains la puissance de l'esprit qui domine le corps de l'homme.
d'éditeurs qui pensent tout d'abord au plus grand profit Ces nudités sont idéalisées et l'expression grave du
matériel possible, mais par contre songent fort peu visage étouffe toute sensualité.
si la partie littéraire de leur feuille est d'accord avec la Il peut se faire que ces anciennes statues trouble~t
morale. Les feuilletons, les contes des journaux (sans ton âme délicate - alors ne les regarde pas. MalS
parler des correspondances des « petites annonces ») il est sûr que la plupart des artistes modernes avec
sont pleins d'histoires d'amour qui, de façon ouverte leurs nudités veulent exciter les passions, et même
ou voilée, prêchent et favorisent l'hnqtoralité. Mon certains peintres font usage du nu uniquement pour
fils, tu connais ton devoir à leur égard. Il y a des dissimuler leur manque de talent.
journaux et des revues de premier ordre dont tu peux Ne te fie pas à ce que disent certains pour excuser
lire la paltie littéraire en toute tranquillité; mais si leur culpabilité : « Le corps de l'homme a été créé
tu étais obligé de lire pour une raison quelconque par Dieu; il ne peut donc rien comporter d'inconvenant
d'autres journaux, sois circonspect à l'égard de.s contes qu'on n'aurait pas le droit de regarder )J. Sans doute,
180 LUTTE ET AIE CONFIANCE LUTTE ET AIE CONFIANCE 181

mais sois ·très sévère dans tes regards sur toi-même' avec elles les nus modernes sont à peine autre chose
(par exemple quand tu prends un bain) et ne con- qu'une i~vitation voulue à, des pensées et des désirs
temple pas ce qui pourrait troubler ton âme. Assu- impurs.
rément c'est Dieu qui a créé le corps de l'homme et As-tu donc le droit de regarder un tableau, une
même le corps humain est un véritable chef-d'œuvre. statue Sl)ns voile? La réponse dépend de deu'Ç circon-
C'est dans le corps humain qu'on aperçoit la sagesse stances: '1) Quel était le but de l'artiste, en représentant
admirable et aimante du Créateur plus que dans n'im- dans sa nudit~ le corps humain? 2) Quel est ton tem-
porte quelle autre créature au monde. Ce n'est pas pérament? Si l'artiste a eu pour but d'éveiller les
dans le corps humain qu'est la faute, mais dans la faiblesse passions impures et les désirs charnels (hélas! c'est
de notre âme. Il faut que l'artiste en toi en tienne compte. le cas de la plupart des nus modernes), passe avec
Quelle que soit la valeur artistique d'un tableau, d'une dégolit devant ce tableau. Mais si le corps est repr.ésenté
statue, d'un film, s'ils poussent au péché, ils ne peuvent nu pour exprimer plus fortement un mouvement, de
être de véritables œuvres d'art. Car le véritable chef- l'âme (songe, par exemple, au fameux grou]?e du
d'œuvre doit pouvoir être contemplé, sans risque Laocoon), alors tu peux le regarder. Mais ici, fais aus~i
d'excitation coupable. La tranquillité de l'âme appartient attention à l'autre circonstance: quel est ton tempe-
sans conteste à la jouissance esthétique. rament? Il Y i des natures plus froides ou des jeunes
Oui, le corps humain est saint pour nous et peut genS' qui à force de volonté se dominent assez pour
être pour nous un objet d'intérêt, mais seulement ne pas être troublés par des spectacles de ce genre;
en tant qu'instrument de l'âme et à condition qu'il ils peuvent regarder sans. dommage pour leur âme.
révèle les sentiments et les volontés de l'âme. Maîs (Le roieux serait que toùs les jeunes , gens pussent
dès que l'artiste représente le corps pour lui-même, arriver à une teUe insensibilité). D'autres au commen-
il réduit l'âme au rôle d'esclave et éveille en nous les cement ne pensent pas à mal, mais seulement un
bas instincts. peu plus tard; dès que ces pensées leur viennent,
Non seulement les lois de la morale, mais 'aussi ils doivent détourner leurs regards de ces tableaux ou
celles de l'esthétique demandent que la nudité ne soit de ces statues. Enfin il y en a de tempérament si
représentée que pour exprimer les qualités de l'âme, sensuel qu'ils ne peuvent même pas regarder un chef-
mais jamais pour elle-même. C'est une honte pour ({'œuvre sans mauvaise pensée - ceux-là n'ont pas
l'humanité que les sculpteurs païens grecs et romains 1
le droit de regarder. _
aient été bien plus consciencieux sur ce point que les QueUe est donc la règle à suivre? Ne jamais regarder
peintres et les sculpteurs de no'tre époque chrétienne. ce qui amène en toi des mauvaises pensées dont tu ne
Les statues anciennes - même mies - produisent peux te rendre maître immédiatement. N'oublie pas
la plupart pu temps une impression ,si spirituelle et une chose : n y a des tableaux et des statues qui
délicate qu'elles ne scandalisent pas. En comparaison choquent tout honnête homme.
LUTTE ET AIE CONFIANCE
LUTTE ET AIE CONFIANCE

Théatre et cinéma. C'est là que les spectateurs apprennent que le but


le plus important de la vie est l'amour. Or, n'est-ce
Il faut aussi que je t'avertisse des dangers du théâtre pas, quel mensonge! En effet, l'amour n'occupe que
et .du cinéma. La critique dramatique des journaux, quelques années dans la vie d'un homme et encore !
qUI pour la plus grande partie est largement payée n'est-il qu'une seule des nombreuses choses impor-
par les auteurs ou les directeurs de théâtre, élève tantes dont l'homme doit s'occuper.
actuellement jusqu'au ciel chaque pièce, si bien qu'il Oui, autrefois le théâtre était un moyen de culture
t'est pour ainsi dire impossible de savoir si pour ton oil les hommes allaient se purifier de leurs passions.
arg~nt ton âme ne sera pas durant trois heures abreuvée Aujourd'hui, c'est totalement un lieu de divertissement
de grossièretés. ' - -
qui ne fait qu'attiser plus violemment les passions
Des critiques illustres et impartiaux ont constaté humaines. En effet, les affiches criardes de certains'
que le théâtre actuel n'a presque plus rien de commun films, le titre de certaines pièces sont déjà une provo-
avec l'art. cation au mal. -._.. ,-
Du reste, toi aussi tu as pu le constater. En effet, Caton l' Ancien ~~--'supportait pas de théâtre per-
regarde seulement autour de toi : dans quel théâtre manent, parce qu'il portait le peuple à l'oisiveté. Et
joue-t-on actuellement les pièces des grands auteurs Sénèque, se basant sur l'expérience, écrit: « Il n'y a
dramatiques? Les pièces classiques célèbres? Nulle rien de plus nuisible pour les mœurs que la fréquen-
part ou seulement très rarement. tation des théâtres. Là les péchés sous le voile du plaisir
. Par contre on joue tous les jours les pièces nous attaquent d'autant plus facilement. Quand je
,< modernes» avec leurs grossièretés, leurs adultères. sors du théâtre, je suis plus cupide, plus orgueilleux,
les séductions de jeunes filles, leurs perpétuelles plus sensuel, et même plus cruel, plus inhumain »
a~o~rs cachées. Elles plaisent mieux à la foule aujour- (D5llinger. Heidentum und ]udentum, p. 727). Hélas!
d hU! et rapportent plus d'argent, - je le reconnais; nous ne pouvons rien retrancher à ce jugement
mais alors qu'on ne prononce pas .le mot sacré d' « art » sévère d'auteurs païens, lorsque nous ~?nsidérons les
à propos de ces pièces de théâtre. théâtres actuels.
En effet, si on pouvait croire les auteurs dramatiques . Cependant je ne veux pas dire par là 'que la litté-
et les romanciers actuellement en vogue, il faudrait rature dramatique actuelle ne produit rien de valeur.
reconnaître avec épouvante que le but le plus élevé Seulement il est regrettable que les productions
et le plus noble qui puisse être proposé à la vie humaine littéraires sérieuses soient comme étouffées par suite
c'est la satisfaction de ses plus bas instincts. du manque d'une critique compétente, à côté de
Où . y a-t-il aujourd'hui de pièces sans histoire livres et de pièces sans valeur qui font l'objet d'une
d'amour ou sans situation directement pécheresse? réclame insensée et bruyimte. Si, par conséquent, tu
~ssistes à une pièce « moderne », si tu lis la littérature
LUTTE ET AIE CONFIANCE . LUTTE ET AIE CONFIANCE

a moderne et si tu entends dire constamment que


» Eh bien 1 attends seulement un peu.
tout cela appartient à la culture « moderne )), n'oublie Il est sûr que la folie de la danse qui fait l'age dans
pas une minute que l~asservissement du pur idéal de la société actuelle ne convient pas du tout à des gens
l' homme à la sensualité ~ même par des procédés artis- posés. et pensant sérieusement. Il y a ~eaucoup .de
tiques - n'est ni de la culture ni de l'art, mais un iniuste vérité dans l'appréciation sévère des anCIens Romams
attentat contre le niveau moral de l'humanité. qui rangeaient la danse parmi les choses qui ne con-
Ces écrivains, sou::; le nom -de l'art, ne font que venaient pas à un homme libre. Et beaucoup de
dissimuler l'immo~alité qu'ils n'osent pas encore Jeunes gens qui souffrent de la malad~e de la danse
vendre ouvertement aujourd'hui. Ne crains donc pas feraient bien de lire ces paroles de etc/ron avec les-
de rester en arrière dans· le domaine de l'art et de la quelles il défendait le consul Murena, qu'on accusait
culture,:si tu fàis uricn'Oix sévère entre les pièces de d'avoir dansé: « On n'a.pas le droit de porter à la légère
théâtre ou les films que tu veux voir et les livres une telle accusation contre un consul romain; quel
modernes que tu veux lire. Souvent le titre même crime a-t~il jamais commis pour qu'on puisse croire
t'avertira que tu tomberais dans des cochonneries. de lui pareille chose? En effet, personne ne danse sans
Je sais que tu n'iras pas. être ivre ou fou)) (Pro Murena, VI, 13)'
Mais que faire, si, par hasard et de bonne foi, tu Bien qu'agiter les jambes durant des heures dal:s
tombes sur une pièce pareille? Tu ne peux pas quitter une salle de bal surchauffée et une atmosphère remplie
la représentation sans esclandre; mais tu peux sans de poussière, ne soit pas la plus .sain~ des dis~ractions,
esclandre - et fals-le - fermer les yeux jusqu'à ce pourtant - n'aie pas peur - Je SUlS plus mdulgent
que soit finie la scène ou bien jusqu'à ce que soit que Cicéron et je ne condamnerai pas total~ment. la
passée la partie inconvenante du film. Tu te préserveras danse. A temps et à lieu elle 'peut être une dlstractlOn
de maintes tentations superflues, si tu ne fais pas la honnête pour les jeunes gens de caractere.
sourde oreille à ce conseil et si tu sais vaincre la curio- Tu vas peut-être demander: avec étonnement p~ur­
sité qui s'éveille alors. Quand il s'agit de défendre la quoi mettre le caractère et la danse sous le meme
pureté de ton âme, aie en général pour prinGipe. GJ1î"il bonnet? Or c'est dans la danse que se révèle le caractère
est préférable d'itre prudent que d'itre aucJacir:ux. viril ou la faiblesse voluptueuse de chacun. Nulle part
peut-être plus facilement que là. La ,dans~ ~st la véri-
table pierre de touche d'un caractere vml. Chaque
La danse. mouvement, chaque regard, chaque parole montrent
ce que tu vaux à l'intérieur. Un caractère faible profite
Après le théâtreet.1e ~inéma, j'ai à te dire quelques de cette occasion pour satisfaire ses bas instincts et
mots sur la danse. Tu penses sans doute avec effroi que sa légèreté. Un jeune homme de caractère n;oublie
je vais certainement te l'interdire. pas un seul instant qu'il est le « chevalier» de la jeune·
186 LUTTE ET AIE CONFIANCE LUTTE ET "li CONFIANCE

fille, or le chevalier non seulement défend sa dame je n'ai pas besoin de dire que je ne permets que les
contre les attaques des autres, mais en tout premier danses cQnvenables. Car il y a des danses qu'il faut
lieu contre les pensées ou les désirs les moins nobles' de boycotter impitoyablement et lai,sser aux singes, aux
sa nature et de ses propres instincts. chèvres et aux « hommes )l qui depuis longtemps ont
Le jeune homme de caractère qui défend sa parte- 'Jranchi la ligne de' démarcation d'une conduite honn'ête.
naire non seulement contre les courants d'air, mais
aussi contre la chaleur excessive de son tempérament,
qui\ fait attention non seulement à danser en mesure , Sois cheIJaleresque ..
mais à la tenue de la conversation, n'a pas à craindre
de glisser sur le parquet ciré, ni de terminer son plaisir
par une chute morale. Par contre le caractère faible Comme l'histoire' des héros t'en impose, n'est-il
fait seulement attention à ne pas tomber sur le parque~ pas'vrai, mon fils? Un Annibal l un Alexandre le Grand,
ct ne sait pas qu'il faudrait en même temps se préserver un jules César, un Napoléon. Pourtant, il n'y ~ pas
doublement de la chute morale. au .monde- de héros plus grand, de plus grand vainqueur,
Je peux affirmer hardiment que l'attitude d'un jeune .~e celui qui' sait soumettre ses bas instincts aux lois
homme pendant la danse est l'une des meilleures pierres de sa raison; de même, par contre, n'y a-t-il pas de plus
de touche de sa fermeté de caractère et de son esprit vil esclavage pour l'homme appelé à la domination
chevaleresque . intellectuelle que de gémir dans les liens des passions
Toutefois il reste vrai le proverbe allemand : « Au aveugles. Essaye d'y penser dans les moments difficiles
bal c'est le diable qui joue du violon )J. Il est vrai que où il, ,te faut de nouveau soutenir la . lutte contre tes
la danse reste toujours une occasion dangereuse pour bas inst:rtcts.
l'âme du jeune homme. Donc ne te livre jamais au Aie soin de toujours manifester un esprit vraimen
plaisir de la danse, sans avoir demandé à Dieu dans une chevaltresque à l'égard des femmes. Ne le montre
rapide prière qu'Il protège la blancheur de ton âme pas seulement, mais ressens-le en fait.
de toute souillure. Après avoir pesé le pour et le contre, Je ne songe pas ici aux manières affectées, à ces
tu verras si tu peux raisonnablement prendre part à perpétuels compliments que les freluquets actuels
la danse. appellent unecondtiite ,chevaleresque, mais je pense
J Un élève de première, après avoir lu ce chapitre
:aux véritables chevaliers du moyen âge dont l'épée
dans une précédente édition de mon livre, m'a écrit était toujours- prête à protéger les , faibles et dont Je
sur un ton de' reproche que je devrais condamner cœurétai't toujours prêt à défendre l'honneur des
absolument la manière de danser « actuelle )J, car la femlllés. Le véritable chevalier est celui qui protège
danse « moderne » n'est pas autre chose qu'une provo- Jo, femme en tout premier lieu contre les convoitises
<:ation volontaire aux instincts sensuels. Évidemment déréglées de son propre corps et contre un jeu frivole.
188 LUTTE ET AIE CONFIANCE LUTIE ET AIE CONFIANCE

L: chevalier p.st .celui qui découvre en chaque femme~ Les tendresses perpétuelles, les embrassades, les
meme dans lesn;J.alheureuses les plus déchues, l'image ~entilIesses les mignardises, passe encore chez les
de sa mère et de ses sœurs et qui évite de s'approcher femmes! mais dans les veines d'un jeune homme doit
d'elles avec des désirs impurs, de la mêm~ manière couler un sang viril et non pas du sang de navet ou de
qu'il ne _tolèrera~t pas que d'autres s'approchass~nt hi limonade. « Les rêveurs gâchent leur vie ». Certains
de sa mère ou de sa sœur avec des intentions déshon- jeunes gens, qans leu'r adolescence, rêvent pendant
nê~~s. Respe.cte la femme, comme on respecte la fleur toute une semaine à un personnage de roman, font
qu il faut éVIter de flétrir, pour qu'elle puisse donner ,d'immenses projets d'avenir et ne s'aperçoivent même '
des fruits. pas lorsque cette sentimentalité s'est transformée en
:sensualité.
En compagnie des lemmes: Tu peux dès lors comprendre mon désir que le
jeune homme, tant qu'il ne peut pas sérieusement
Si tu penses ainsi à l'égard des femmes, cela se penser au mariage, ne soit pas fréquemment dans la
remarquera dans tes conversations. Du reste actuel-
. . tu ne rechercheras pas la société des femmes
lement
malS SI tu te rencontres avec, n'en sois pas troublé.
. .société des femmes. Car il s'efféminerait. Son carac-
tère, en se développant dans ces conditions, perdrait \
tout signe de v.irilité. L'amour n'est pas un jeu d'enfant
Tes nobles sentiments seront la garantie de ta con- et les années de jeunesse ne sont pas pour les aventures
duite im~~rochable. Dans tes paroles, dans tes regards, .frivoles.
dans les Jeux, etc., tu ne perdras jamais de vue tes Une connaissance plus intime avec une femme est
d~voi~s chevaleresques. Et ne te permets jamais à :~eulement permise, quand tu peux penser sérieusement
tOl-meme devant une jeune fille ce que tu n'aimerais au mariage. Toute autre amourette est un jeu frivole
~as qu'un autre jeune. homme fît devant ta sœur. Et avec la pureté et l'honnêteté.
SI tu sens' que, par exemple, les jeux auxquels tu te livres
en ~e mo~ent ne sont plus seulement des passe-temps, Ta blanche fiancée.
malS aussI des occasions de péché (par exemple R'i] faut
racheter un gage par un baiser, etc.), ' sois assez habile Tu seras préservé de bien des faux-pas si, à l'âge
pour passer à un autre jeu: .ingrat, tu songes quelquefois à l'innocente jeune fille
. Veille surtout à ce que ton caractere viril ne s'amol- .à laquelle, selon les plans de. Dieu, tu jureras un jour
hsse pas, . sous l'effet des caresses, des gentillesses fidélité perpétuelle et qui actuellement prie anxieu-
des câlineries féminines, même de tes parentes ou d~ sementpour que pas une tache morale ne vierine
tes sœurs. 'souiller son voile blanc de fiancée, et qui - èn quelque
Une volonté de fer, un caractère inflexible une .lieu inconnu - garde avec un soin pudique son inno,.
énergie virile - voilà ce qui doit t'en imposer. ' ·cence virginale pour son futur chevalier.
, 190 LUTTE ET AIE CONFIANCE LUTTE ET AIE CONFIANCE

C'est toi qui es ce chevalier, mon fils. du robinet jusqu'à la ceinture. L'ordre extérieur aide
Ton âme est-elle réellement aussi candide? beaucoup à l'ordre dans l'âme. Je ne veux pas dire
Tes pensées sont-elles réellement aussi pures? que l'âme de tout jeune homme élégamment vêtu
Conserve toutes tes for~es, tous tes projets, toutes. est en ordre. Hélas non! Mais, par contre, c'est un fait
tes pensées pour le grand et unique amour qui doit que l'extérieur réagit sur l'âme et qu'un adolescent
t'unir jusqu'à la tombe ta fiancée future. aux cheveux hirsutes, aux habits 'malpropres. au
Que l'image de ta future fiancée flotte devant toi visage barbouillé, aux ongles en deuil est plus facile-
comme un ange gardien et protège ton trésor, la pureté ment porté aux pensées, aux conversations malsaines
de ton âme d'où doit sortir un jour la fleur de ton et même 'à des actes aux graves conséquences. En
amour et jaillir le bonheur de ta vie familiale. Ta vie revanche, la propreté extérieure est souvent 'le gage
actuel~e immaculée et pure aura pour récompense: de la propreté intérieure: elle augmente notre tendance
les baIsers d'une épouse virginale. vers tout ce qui est pur, et nous met en garde contre
Car la do~ la plus précieuse c'est un corps chaste ce qui pourrait souiller notre âme. Chose remarquable •.
et une âme Immaculée, et un homme digne de ce nom celui qui prend souvent un bain demeure aussi plus
ne veut conquérir qu'une seule femme - sa future facilement pur dans son âme, comme si son corps
compagne. ... -
bien 'propre allait protester contre toute souillure de
Tu sais .que ta vie familiale ne pourra pas être son âme.
heureuse, SI, ava~t ton mariage, ta vie de célibataire
n'a Pas~té pure. Mais il en résulte, n'est-ce pas, que
la connaIssance et la fréquentation d'une jeune fille Meurs et ressuscite, t
ne peuvent être honnêtes, bonnes et permise~ qu'~
un âge convenable et en vue du mariage; toute autre Je ne veux pas te tromper, mon fils, et je te le dis
amourette est un jeu frivole et une légèreté témoignant franchement : l'éducation parfaite de la volonté, de
du manque de caractère. manière qu'elle obéisse à chacune de nos pensée$
comme un agneau, est certainement difficile. Il te fa,ut
donc recourir volontiers à tous les moyens qui ùlideront
Aime la propreté.. ·à atteindre ce but. Un des moyens les plus efficaces
dans ce domaine, c'est la mortification.
A côté des avis qui précèdent laisse-moi te donner La mortification? - Brrr! - s'écrient bien des
cnco.re quelques conseils éminemment pratiques. Aime jeunes gens en entendant ce mot. Quel obscurantisme
aussI la propreté. Lave-toi plusieurs fois par jour et moyenâgeux !Aujourd'hui on vit à une époque .de
prend~ un bain aussi souvent que tu le peux (au moins', u positivisme »,aujourd'hui on ne peut parler que
une fOIS par semaine). Le matin lave-toi à l'eau fraîche!. d' « une vie de progrès ». Aujourd'hui chacun veut
- . ~
LUTTE ET A I E CONFrANCE
LUTTE ET AIE CONFIANCE 193
« VIvre » sa vie et non pas I~amoindrir, la diminuer,
la sacrifier. position à la vraie joie et ruinent leur propre volo?té,
Attends un peu! Qu'est-ce que la mortification? leur caractère et leur santé, ainsi que la cultur~ humam::
Elle est un moyen d'acquérir la volonté forte dont « Il faut que nous marchions d~s le progrès ,
nous avons absolument besoin, si nous voulons acquérir très bien, mais, le progrès ne C?nSlste pas à cé~e~
A

la noblesse du caractère. La mortification est l'étouf- aux exigences de nos instincts, malS plutot à ,les m~m
fement des désirs et des penchants désordonnés et tenir d'une main ferme. De mêm~ que ~ eau s~~:
déréglés du corps. Donc - comprends-moi bien _ une forte pression arrive à une pUIssance mcroya
I~ mortification n'écrase pas notre nature, ne fait pas et dans la presse hydraulique soulève comme u~e
vlOlenceà notre nature, ni à nos facultés natureUes plume des fardeaux considér~~l:.s, d\~ême la mortI-
(ca: sans ces dernières nous n'aurions aucune valeur), fication soulève la naturehumame déchue. d
ma.ls seulement à nos désirs désordonnés et exagérés Tel est le sens de cette phrase bien co~nue e
qUI sont dangereux pour notre existence. Goethe: Stirb 'und werde 1 Meurs et reSSUSCIte 1
- Nous sommes tous , pleins de défauts, donc nous
avons tous besoin de la mortification. La mortification
donne la maîtrise de soi; mais il est perdu -le jeune
Le rachitisme de l'âme.
homme en qui les passions l'emportent parce qu'il
manque de la maîtrise de soi. La mortification nous
donne la patience envers nous-mêmes et envers notre As-tu déjà vu des enfants au visage .blême, dont
prochain; sans eHe nous ne pOUvons pas nous tirer les jambes, ou le cou, ou le, dos, so~t mamtenus dans
d'affaires en société. La mortification donne la victoire appareil et qui se traînent si tnstement courbés?
sur soi-même, sans laquelle ne peuvent exister ni ~~s gens les regardent avec piti~
: « Malheureux
i~éal noble et élevé, ni personnalité, ni caractère, petits rachitiques 1 » , •
ni culture, ni civilisation, ni progrès. Eh bien! si nous avions une lampe, comme 1 Aladm
) Tout cela ne peut se réaliser qu'en employant la de la fable, avec laquelle nous puissions regarder d~ns
violence contre nos mauvais instincts. Cette violence, l'âme humaine, alors nous ne ferio~s. que nous éCrIer
q~e nous appelons mortification, n'est pas un but en 1 à chaque pas : « Pal,lvres âmes raChitIques 1 »
SOl; eUe est seulement un moyen, un instrument de Qu'est-ce que ces âmes rachitiques? .
passage vers la victoire, vers la joie qui remplit une Ce sont des âmes ,que les milliers de commodItés
jeune vie formée par urie main heureuse. Par contre, de la vie civilisée et la paresse enracinée dans ~otre
ceux qui parlent du « droit de vivre de l'instinct », nature ont rendues molles et lâches~ des âmes qUI ont
de « vivre sa vie », et s'inclinent avec lâcheté devant 'h orreur de tout
, effort, des âmes qui frissonnent
. d dès A

-chacun de leurs désirs , déréglé~, perdent la prédis,. qu'elles entendent parler de travail, de deVOIr, e mal-
trise de soi, de mortification. De telles âmes peuvent

Ch aste Adolc~c. 13
H}.~ LUTTE ET AIE CO;';FIANCF LUTTE ET AIE CONFIANCE. 195

sc dé\dopper, leur intelligence peut sc cultiver, m:lIS


leur volonté - qui leur :,era constamment nécessaire Fortifie ta volonté
~ur'l.I~t leur vÎ\: - reste chétive, malingre, anémique,
mutillsable.
P~U\ res âmes rachitiques! l\Ion fils, voux-t~ to Dans le domaine moral tombent le plus tôt ceux
au:,sl rester ainsi? qui se conduisent passivement à l'égard de leurs désirs
Rester? - demandes-tu. Est-cc que je SUIS de ces sensuels et ne sont plus que le jouet impuissant de
âmes en ce moment? leurs instincts. Et je veux attirer ton attention sur ce
.Oui,. tu en es. Le ra~hitisme physique - grâce à point. Habitue ton corps à de petites mortifications.
DI~u . - est une maladIe ass.ez rare chez les enfants; Essaye parfois de renoncer à quelque chose qui plairait
mais .le rachitisme de l'âme- - justement à cause de à tes sens et qui ne te serait pas interdit.
la faIblesse de notre volonté - est né avec chacun Pas souvent, mais de temps en temps, pour essayer
de nous et il faut que nous nous en guérissions, que nous si tu tiens bien cn main ton âme;' essaye, par exemple,
nous en débarrassions. durant un quart d'heure de ne pas boire, alors que tu
As-tu un petit frtee de quatre ans? Eh bIen ! obser~e rentres à la maison mourant de soif après une excursion.
sa conduite, comme la vic physiq~e le domme. SI Lorsque tu trouves à ton déjeûner ton gâteau préféré,
ton gât e~u, à ton goûter, est d'un centimètre plus gros laisses-en un mOl:ccau, ct si un plat est parfois brûlé,
que le Sien, comme il pleure, comme il se lamente r mange sans mot dire. Et si tu rentres à une heure du
Comme Il est Incapable de résister à aucun de ses collège affamé, ne casse pas les oreilles de ta mère
désirs et de se commander à lw-même! Sa volonté par tes gémissements, sous prétexte que tu mourras
est encore rachitique. de faim, si le déjeûner n'est pas prêt immédiatement.
Eh bieQ 1 tu as vu; une volonté forte sommeille en Et quand le potage est servi, quelle que soit ta faim,
chacun de nous, mais cette faculté il nous faut la ne l'avale pas avec une gloutonnerie animale, mais
r~~eiller par un travail conscient, persévérant et quo - commande à ton estomac affamé. Si tu passes devant
tidIen. Commence dès aUJourd'hUI l'éducation de ta une confiserie dont l'étalage alléchant fait sortir ton
volonté. Plus tôt tu commenceras, mieux cela vaudra. argent de ta poche, sache quelquefois dire non. Si
Lorsque tu seras déjà plus grand, ta volonté sera en te lavant le savon glisse de tes mains, ne te fâche
revêche et dure comme un vieil arbre. A peine y a-t-il pas, mais souris en le ramassant. Si ton lacet se casse, .
un a~olescent qui veuille tomber dans le péché. Pour- lorsque tu te dépêches le plus de t'habiller, ne jette
tant 11 y en a beaucoup qui y tombent contre leur pas ton soulier par terre, mais sifflote un air joyeux,
volonté. Pourquoi? Parce que leur volonté est faible. en nouant le lacet. Si tout ton paquet de livres de classe
Par conséquent, il est d'une extrême importance mon glisse sous ton bras, ne fulmine pas, mais baisse-toi
conseil de fortifier ta volonté par des exercices répétés. avec bonne humeur pour les ramass~r et fredonne
LUITE ET AlE CONFIANCE
LUTTE ET AIE CONFIANCE 1,97
gaîment. Si tu ne peux pas défaire une ficelle -n~
pre~ds pas immédiatement un couteau, mais efforc~-toi peux-tu rester assis tranquillement et ne pas t'agiter?
patIemment de dénouer sans glaive le nœud gordien. Et te tenir toujours droît, même quand tù es fatigué?
Et lorsque le soleil de mai brille tout resplendissant Et ainsi de suite ...
peux-tu étudier traqquillement près de tes livres e~ Tu vas dire: ce sont des détails. C'est vrai. Mais i
non pas . aller jouer au lieu d'étudier? Et le matin ne sais-tu pas que les grandes choses sont faites de
quand 'il est temps de te lever, peux-tu sauter de to~ détails et que les gratte-ciel de New-York à cinquante
lit. t'mmédia~e:n:ent avec bo~e humeur et non pas étages sont construits avec de petites briques? Ce
bâIller et t etlrer dans le ht, malgré l'attrait d'une sont ces petites victoires quotidiennes qui augmenteront
chaude couverture et d'un mol oreiller? Et si après ta confiance en toi-même et alors tu ne reculeras pas
une grande promenade tes genoux sont pour ains'i si facilement devant les difficultés que tu rencoI)tres
d~r.~ brisés de fatigue, peux-tu te raidir pour marcher dans l'existènce. Car celui qui a remporté la plus
drOIt? Et devant une vitrine qui excite ta curiosité, difficile des victoires : la victoire SUT soi-même, pourra
~eux-tune. pas .Ia regarder? Avec un condisciple qui l'emporter dans toutes les luttes de la vie. On dit de
test « antIpathIque )) peux-tu te montrer aimable? lui qu'il est « un homme de caractère ». La moindre
Q~a~d on te donne un ordre, peux-tu - si désagréable mortification par laquelle tu habitues ton corps à obéir à
SOit-Il - J'exécuter immédiatement sans mot dire? ton dme, est UM source inappréciable d'énergie pour le
, Si tu ne trouves pas immédiatement tes affaires temps des. tentations qui réclament une sérieuse résolution,
es-tu capable de ne pas t'énerver; si on te chicane, d~ tout conpne on peut avec de petites étincelles élec-
ne pas répondre par des railleries; si la porte s'ouvre, triques réunir de grandes forces électriques dans des
de ne pas regarder immédiatement, et quand tu reçois accumulateurs. Ce sont ces détails qui te démontreront
~ne lettre, de ne pas la déca<:heter? Et si quelqu'un que seul l'esprit est capable de dominer la matière.
t a offensé, es-tu capable de contenir ta colère qui te Une jeunesse conservée pure est un noble et sublime
brûle comme la fièvre? Et si quelque nouvelle te ronge, idéal. Mais c'est seulement par des progrès continuels
peux-tu la garder secrète pendant une journée? Es-tu et des efforts répétés qu'on peut parvenir sur les
capable, lorsque tu te mets à étudier après ton déjeuner sommets. Rome n'a p2S été bâtie en un Jour et le carac-
de déposer sur la table deux ou trois bonbons d~ tère n'est pas un gros lot qui nous échoit au hasard.
~hoc0.tat et .de les laisser là devant toi sans y toucher
J~squ au SOIr, malgré les soubresauts de la gourman-
dise? Et quand tu lis quelque chose de très intéressant •
es-t~ capable de fermer le livre au passage le plu~ La joie de la victoire
palpitant et de ne continuer que le lendemain? A
table pendant le déjeuner, en classe sur ton banc ,
,
En général tu réussiras le mieux à te fortifier contre
les attaques des passions sensuelles, non pas en enga-
LUnE ET AIE CONFIANCE lq<)
LUITE ET AIE CONFIANCB
sévère, il repoussera les instincts les plus exigeants
g~a~t ?irectement la lutte contre elles, mais -.;. pour comme des jeunes chiens furieux. Celui qui à dix ans
amSI dIre - en faisant un détour par derrière. C'est-à- peut se priver volontairement d'un morceau de gâteau,
dire, ne réfléchis pas longuement sur ces cho~es, mais pourra à seize ans résister vaillamment aux tentations
chasse-les le plus possible du domaine de ton attention'
en revanche, engage la lutte contre tes habitudes chéri:S des sens.
Sans doute, 'il faudra lutter; mais la lutte elle-même
et contre tes faiblesses. Autant tu pourras remporter s'accompagne de joie. En effet, ce sont précisément les
de s~~cès d~s ta lutte contre tes penchants à la pares~e jeunes gens qui aiment le plus à lutter entre eux et à
et à ~ mexactltude, autant tu t'habitueras aux privations, faire étalage de leurs forces. Même parmi les jeux,
au sIlence, à la patience, etc., et tu seras d'autant plus on préfère ceux où l'on peut montrer son adresse et
fort contre les exigences illégitimes de tes instincts sa ·force. Eh bien 1 voilà l'occasion de montrer ta force
naturels. Celui qùi ne s'est jamais refusé une chose de volonté ou bien de J1accrûÎtre, de la fortifier. Essaye
per~ise, tu ne peux pas attendre de lui qu'il évite
seulement sérieusement ces petites expériences dé
aussI tout ce qUI est défendu. Il ne faut pas d'effort volonté que j'ai énumérées ci-dessus. Non pas seu-
pour pécher, nous tombons; mais il n'y a pas de lement aujourd'hui ou demam, mais continuellement.
caractère sans une volonté forte. Je suis sûr qu'elles ' te platront. Déjà cette lutte elle-
Tu pourras d'autant mieux fortifier ta volonté même, cette épreuve de ta force, te rempliront de joie;
co.ntre tes instincts charnels, si sur un autre terrain et si un jour, s'allume en toi une énergie capable
tu t'es entraîné à te vaincre et à te priver. Plus nous de triompher de tous les obstacles, quelle sensation
entraînons nos muscles, plus ils deviennent forts et bienfaisante de victoire et quellc doucc JOlC après
plu~ nous entraînons notre volonté, plus nous en d:ve- 1~ première petite victoire remportée sur ta volonté
nons le maître et plus nous seront faciles les bonnes rebelle, tes caprices, les exigences de ton corps!
actions; et une joie indescriptible nous remplira sous La joie du triomphe poosse à la persévérance. AU SSI
l'impression de la vie spirituelle qui s'épanouira en _ SI tu dois lutter contre un péché d'habitude déj,l
nous. Celui qui, comme enfant, adolescent, jeune enraciné - tu agiras très sagement en ne prenant ta
homme, a su, dans des petites choses insignifiantes résolution au début que pour peu de temps, mettons
e~ apparence, triompher de la curiosité, de la gourman· quatre' ou cinq JOurs: Je pourrai bien rester sans péché
dIse, de la paresse; celui qui, les dents serrées et la tête pendant cc tcmp:::. Après le Cinquième jour tu vois que
haute, la poitrine bombée et les yeux luisants sait tu as réu ssi ...( Mon Dieu, f a1 donc cncore un peu de
supporter le froid et le chaud, la faim et la soif' 'celui
.. . '
qUi ~alt ~e taIre et qui sait commander à ses regards;
volonté. La sem:-IIne prochaine, 11 LlUt que JC tnomphe
encore )). Si tu réussis encore, alors tu as déjà deux
celUi q.UI étouffe,.la colère qui le brûle; - celui-là je semaines de victoire derrièrc tOI, ct cela t'encourage
~e ~rols pas qu xl cède devant les exigences de ses
à poursuivre la lutte.
mstmcts .. Car à l'instant décisif, sur un ordre impératif
200 LUTTE ET AIE CONFIANCE LUTTE ET AIE CONFIANCE 201

Panni les naturels des îles Sandwich, règne cette Et en pense pas que, si tu dois touJ o'urs être prêt,
croyance que quand ils tuent quelqu'un la force de ta vie sera pleine d'amertume et que la maîtrise de'
ce dernier passe en eux. C'est de la superstition. Mais soi et le renoncement seront une charge sur tes épaules.
ce n'est plus de la ,superstition, c'est la pure vérité, Une charge, sans doute, mais une charge qui conduit
que chaque fois que tu triomphes des exigences de vers les hauteurs. Les ailes aussi sont une charge pour
tes instincts, ta volonté devient plus forte. En effet l'oiseau, mais si tu les lui ôtes, est-ce qu'il pourra alors
celui qui a goûté un jour cette joie sent en lui-mêm~ s'envoler? Dans toute lutte - aussi dans les luttes
une énergie qui le pousse vers de plus grandes victoires, de l'âme - l'attaque est la meilleure défense. Du fait
et très .certainement il deviendra bien plus heureux que tu auras déjà trempé ta volonté, avant que les
que celui qui s'incline sans force devant les désirs bas instincts t'aient même attaqué, tu t'en seras déjà
charnels comme un frêle roseau agité par le vent. préservé d'avance. _
~is seulement, mon fils, la lettre suivante que m'a En effet, l'aguerrissement voulu de la voJonté aura
écnte un élève de première. avec le temps une récompense particulière. Celui qui
porte en lui-même une volonté faible, celui qui est
obligé à chaque pas de veiller en tremblant, sur ses
MONSEIGNEUR, paroles, ses regards, celui-là a une ~ie réellement
pénible; mais toi, par une gymnastique continuelle
« ... Enfin j'ai trouvé une table d'orientation. Elle de ta volonté, tu arriveras à ce que ta volonté obéisse
s'appelle « La chaste adolescence 1>. comme un docile agneau au premier signe et se mette
« Toutes les lettres de ce livre bouillonnent en moi. en garde contre toute pensée ou désir impur, déjà
Elles élèvent une forteresse dans mon âme, la forteress~ d'elle-même, par une sorte de réflexe, comme un bouclier
imprenable de mes r~olutions. Je vous regarde dans solide comme du granit. Lorsque la poussière de la rue
les yeux et je vous dis; Men Père, je veux. Je veux veut pénétrer dans tes yeux, tes cils, n'est-ce pas,
à cause de la patrie, à cause de moi-même ... Je veux se contractent instinctivement pour l'empêcher. Et
être compté parmi ceux qui veulent, ceux qui s'élèvent ce' sera la plus belle récompense de ton travail que
« Recevez, Monseigneur, l'expression de ma recon- ta volonté forte défendra même sans s'en apercevoir,
naissance. Toujours je redirai Que Dieu vous comme une cuirasse invisible et invulnérable, ton
bénissel " précieux trésor, la pureté de ton âme.

Lorsque je lus cette lettre, je me rappelai cette


magnifique vérité du païen Boèce: « Superata tellus
Giflera donat » - Triomphe de la terre et tu gagneras les
étoiles dans le ciel.
202 LUTTE ET AIE CONFIANCE
LUTTE ET AIE CONFIANCE

Bi~ que le monde entier autour de moi soft dans la fan?e,


Sur la le1're, mais non de la terre. moi je ne le.serai pas. Quand tous vivratent dans le ~e,
moi je ne le ferai pas.. Plutôt périr, plutôt être brISé,
Je le sais bien, tu penses avec -effrOî' : Aujourd'hui plutôt être écrasé, - mai~ à. aucun ·prix céder quelque
on ne peut plus réaliser ce bel idéal. Je ne dis pas, chose de ses nobles con~ctions.
si quelqu'un allait se retirer dans les grottes du Bakony
G Justum ac tenacem propositivirum
. et y vivait à l'écart du monde en travaillant au perfec-
tionnement de son âme et à la formation de son carac- Si fractus illabatur otbis,
tère - alors peut-être la chose réussirait-elle. Mais Impavidum ferient tuinae J.
vivre dans ce monde en effervescence, aller en classe
et fréquenter une foule de camaraQes (qui ont peut-être ., -" Dans les froids après-midi de' l'hiver,}e P?uvais
de tout autres idées), aller au théâtre, au cinéma, regarder sur la margelle d'un puits, un petit ~omea~.
demeurer dans le tumulte des rues, dans la vie étour- Il fait froid il neige, le monde grelotte par dIX degres
dissante de la grande ville moderne, et n'avoir pas le de froid et' voilà le petit oiseau quî rit de ce temps
vertige - qui peut le faIre? affreux. Vent, tu peux souffler; neige, tu peux tomber-
Vois-tu, mon fils, Je ne veux pas te chasser dans la j'entends pour ainsi dire ses p~roles -: quand le ~onde
~olitude et cependant je me contente de redire que entier serait gelé, j'ai en mOl un petIt monde VIvant,
J'attends de tOI tout ce que je viens d'écrire. Ne va un petit cœur bien chaud; personne n'y entre.
pas dans le Bakony pour y vivre en ermite devant Dieu,
mais reste plutôt ici parmi nous, dans cette foule
bruyante de tentations, mais, comme un raSter, répands
Celui qui ne sait pas mentir.'
la bonne odeur du caractère viril et des mœurs chrétzennes.
As-tu regardé le rosier? Ses racmes sont dans le
terreau, dans le froid, dans les ténèbres, et pourtant L'amour inébranlable de la vérité peut aussi t'aI~er
comme ses pétales veloutés sont purs comme la rosée. ·dans tes luttes. Je ne te dirai pas à présent comb.Ien
Tiens-toi dans la fange, mais ne SOIS pas toi-même il est indispensable à la formation de. ton caract~re
fan geux; sors de la poussière, mais ne SOIS pas couvert 'que tu dises toujours et sans réserve la vérIté, et combIen
de pouss Ière. Toi aussi marche sur la terre , malS que ,est incomplet l'honneur de celui à la parole duquel
ton ;îme ne sente pas la terre; que les rayons de soleil on ne peut pas croire aveuglém:nt. ~e veux seule~ent
de ton Idéal moral réchauffent ton âme et y fassent rappeler que celui qui ne ment)amat.S tombe au:St plus
fleunr les roses surnaturd1es d'un caractère inébran- difficilement dans le marais de l'impureté. ~. VOle d~ la
hb~è. RICn que tu sois fait de boue, reste prorre. conscience pùre et de la vérité est touJours drOIte,
ouverte, claire;.la ruse, la dissimulation et le mensonge
Ll:TTE ET AIE CO:-lFlANCF 2°5
204 LUTTE ET ~IE CONllIANCE
parce que l'on est encore éveillé. Fais du sport, non
comme.ncent, lorsque l'on a des pensées à cacher et pJS seulement p,)ur fortifier tes muscles, encore moins
des actIOns dont on a honte. Celui qui ment déshonore puur de\entr un JthlC::te nt pour écraser les autres,
sa personne, ,son caractère, son âme et ne craindra. m,us dans la conviction qu'urt curps sain, bien développé,
pas ~e ~rofaner son çorps par l'impureté. Par contre, ('st un tIlstrwnent bCQucoupplus apte à réaliser les des-
CelUl qUl Se respecte assez pour se dresser contre le st'lIlS subLlIiu:s de l'âmt? qu'un curps malade, chétif, et que
mensonge et ne pas le tolérer, aura plus facile aussi CelUI qUI donne alOSI à son corps des occupations
p~ur se d~fendre contre les instincts charnels. Habitue- régulle re~ aura bien rnoms de difficultés avec ies désirs
tOI ~onc à ?e jam~is dire le plus petit mensonge, de déréglés. Un corps Jeune, robuste, habitué aux pri-
mamère qu on pUlsse en toute circonstance croire à. vJtions, endurCI est certainement un excellent préser-
tes par~les, comme à la Sainte Écriture. Entraîne-toi vatif naturd contre le péché de mollesse. Ne faiS donc
il devemr r&:llement i~pable de mentir. Quel magni- pas du sport en vue du gain ou de la gloire, mais
?que. éloge ~l tu pOUVaiS dire avec justice de toi-même :: uOiquement dans ce but arriver à soumettre chaque
Je S~lS u~ Jeune. homme qui ne sait pas mentir 1 Mais, partie de m OIl corps à ma volonté.
~~IUl qUl ne salt pas me~tir ne peut s'abîmer dans. Ne SOIS p:lS trop délicat au sUjet de tes vêtements.
1 Impureté, parce ~u:il s.e gardera de toute pensée et Quand Je \015 des jeunes gens qui chaque JOur s'in-
de toute action qUl 1 obhgeraient à mentir. qUIètent du thermomètre, du vent, de la pluie, de la
neige, du solul 'Jujùurd'hui je mettrai mon par-
dessus, et pUI::> un cache-nez, car il fait du vent, et
Fortifie ton corps. pUl~ mes cauutchoucs, et un manteau, etc. - quand je
vois celu, Je ne puis m'empêcher d'avoir peur pour
leur pureté morale. Un corps jeune endurci tient plus
.Ensuite fortifie aussi ton corps. La gymnastique: chaud que le manteau fuurré le plus cher; mais celui
ralSonnable peut aussi fortifier ton âme, comme aussi qUi gaspille ses jeunes forces par l'impureté ne doit
par contre la négligence des soins corporels peut être' pas s'étonner que ses nerfs, son épiderme, se~ artères,
s~uvent cause de la chute morale (par exemple, se: ne fonctionnent pas régulièrement, que tout courant
laisser da~s la saleté, un lit trop doux ou trop chaud,. d'air lui soit nuisible, qu'il soit rapidement la proie
une nournt~re trop abondante, affaiblissent le système- des maladies contagieuses et qu'il grelotte encore
nerveux). Aime les sports qui n'offrent pas de danger' même sous son manteau de fourrure.
,
po~r ta sa~té, N~ reste pas trop longtemps assis, cela. Nous admirons les héros antiques Comment ont-ils
nUl~ à la circulatIOn du sang. Aie pour maxime : Bien pu venir à bout de pareils exploits? D'où provenait
fatIguer son corps tous les jours. Aie toujours soi~ d'aller leur force? De ce qu'ils ne l'avaient pas gaspillée dans,
te coucher bien fatigué, pour que tu puisses t'endormir leur jeunesse. Sais-tu quel ' est l'adolescent qui devient
J d'autant plus vite. Bien des péchés arrivent au lit
LUTTE ET AIE CONFIANCE
LUTTE ET AIE CONFIANCE 2°7
un grand homme? C'est uniquement celui qui
suivant la maxime du vieil Horace - supporte, agit" même pas dans mon bras, c'est dans mon sang. Il, ,

sue, travaille et évite l'impureté : Dans un sang pur e~ sain, qui n'a pas été contammé
par l'impureté. . .
Multa tuIit fecitque puer, sudavit et alsit, Qu'il soit donc ton idéal Godefroid de Br:wllo~.
Abstinult Venere et vino ... l'illustre chevalier chrétien qui ayant fendu Jusqu à
la 'ceinture son adversaire d'un seulc~up, ~'épé~,
Un orage imprévu surprit up:} jout~ un groupe leva la main en haut et s'écria: Cette mam n a Jamais
1(

joyeux d'étudiants sur une barque au 'milieu du lac ëté 8o~illée par un péché d'impureté ».
Balaton.
Les jeunes gens désemparés se regardaient avec
~pouvante ... les uns étaient pâles d'effroi, les autres. L'endurance dans la douleur.
étaient affolés. Je ne connais qu'un seul de ces jeunes.
gens, c'est un de mes élèves, Joseph, un élève de pre-
mière, à l'âme blanche comme la neige. Il retrouva le Apprends aussi à supporter d'une .âme forte la
premier sa présence d'eJprit. Les autres étaient encore douleur physique et morale. Il ne conVient pas à un
affolés. Joseph bondit au gouvernail, et d'une voix caractère viril de çémir en grinçant des d~nts dans
qui dominait la tempête cria cet ordre : « Allons, les les plus ou moiI).8 grandes adversités de l'eXistence ,ou
JOUS les coups du sort, et de les supporter bon gré
amis, que chacun fasse ce que je dirai, sinon nous
sommes perdus ». Et tous obéissent, tandis que Joseph mal ' gré, mais il faut les utiliser et employe.r nos forces
i
tient le gouvernail des deux mains. Enfin la barque à la construction harmonieuse de notre Idéal moral.
atteint la rive et les je4nes gens poussent un soupir de' Si tu as mal aux dents, si tu es malade, si quelque
délivrance. chose ne réussit pas à ton gré, si tu es .victime d'~ne
Quel avait été le plus courageux de tout ce groupe injustice, d'une réprimande non méntée,. - n e~
d'étudiants? Mon élève à l'âme pure. Et qui n'attrapa. sois pas découragé ni attristé. Le ·païen Éptctète avaIt
même pas un rhume le lendemain? Encore mon élève déjà découvert que la morti·fication et la souffranc.e
à l'âme pure qu'avaient réchauffé sous l'averse glaciale sont le chemin de la vertu. Il. Abstine, sustt'ne » était
les forces vitales qu'il n'avait pas gaspillées dans le sa devise. En effet, il tombe t'rès facilement dans. le
péché. péché, celui qui manifeste une indifférence, passlv.e
« Rends ton épée! » ordonnait~on à Sk a1Jdqbeg devant les instincts et les forces qui sont caches en lUi.
vaincu (par les Turcs) •. « Je .rends mon épée - répon- Zfforce-toi· donc d'intervenir activement dans to~tes
dÎt:-il - mais ce n'est pas 'dans~e~te · épée, c.'est dans ies circonstances de ta vie; si tu as des ennemis, 51 tu
mon bras que se t~ouve le secret de ma '{orce, ce n'e'st ..., malade si tu es oublié, si on te tracasse, n'en ressens
... 0 , ,

. pas 'd'amertume, ne te mords pas les levres, ne serre pas


LUTTE ET AIE CONFIANCE
LUTTE ET AIE CONFIANCE
les poings, mais efforce-toi de tirer profit de tout cela.
, . . ne sait rien refuser aux
Du profit? Comment? En utilisant ta tristesse pOur ou de friandIses, celUl qU~oit tout naturellement son
-éduquer ton âme. Lorsque le lourd marteau frappe exigences de son esto.mac'd âme Dis-moi, mon
le fer rougi au feu, il en fait de l'acier; et lorsque les d . le maitre e s o n . .
corps evemr " b e a u jour tu sortaIS
·coups de la vie te frappent brutalement, ne les endure fils, qu'est-ce que tu diraIS, SI, Ut nnnement les cochers
pas avec un sentiment douloureux d'impuissance et t oyais avec e 0 ~
dans la rue e v vaux assis sur le siège.
.d'abdication, mais relève ton front et utilise ces miseres attelés à la voiture et les ç~e r le trône au-dedans
pOur donner une formation idéale à ton caractère. d de faire asseOIr su 1
Prends gar e , 'Il dont l'obéissance est a
Celui qui apprend ainsi à faire profiter Son âme des de toi cette nature mater;e.e l'âme qui est appelée
événements de sa vie physique ne trahira jamais son règle et ne mets pas sous e Joug
âme pOur ses penchants charnels, à commander.
Efforce-toi de bIen faire ce qui t'est demandé.
« Age quod agzs ». Si un jour la vie t'est amere et pénible, Un genre de vie hygiénique.
<lu moins ne supporte pas avec amertume l'épreuve
(qu'Il t'est impossible d'éviter), mais avec une grandeur
<l'âme que rien ne peut briser ' - utant que ce1a d epen , d de toi-
, .
Tu feras bIel)l a , ime alimentaIre.
Ne crois pas que par l'utilisation voulue de la force de régler raisonnablemenlt ton r~ngsolent et délicat;
, nd e corps 1
éducatrice de la douleur tu gâtes les joies de tes années Trop de nournture re
e sage
'~nce tu obtiendras que
temp,- ra .
<le jeunesse. Au contraire, tu te forges une cuirasse Par contre, par un t . de moins en mOInS
·d'acier pour l'avenir. 1 f mulent en 01
les désirs charne s or, , ., excite les nerfs;
Apprends' - Surtout à l'âge ingrat si porté à l'entê- - , L nournture eplcee . N
d'eXIgences. a" 'béissent pas facilement. e
tement - à plier devant la volonté des autres, si or, des nerfs eXCItes n 0 f ant beaucoup d'albu-
pénible que cela soit pour ta nature . obstinée. d' r ents ren erm ,
mange pas'b coup a lm d e Vlan' de , surtout le soir. Prefère ,
Respecte ton corps, mais ne le gâte pas. Rappelle-toi
mine, m eau ' 1 pâtes Surtout SOIS
au SUjet de ton corps la parole profondément vraie ' rts les frUlts, es . d
les legumes ve, 'Celui qui est sobre ans
de saInt FrançOIS d'AssIse, qui appelait le corps cc frére oIr
très sobre au repas du sd : r lui-même « modicus
le mange~ est ~~ on as te coucher aussitôt ap~es
.âne ,). Donc un frere 'J, non pas un ennemi; il est un
I( b mé eCIn pou ,
compagnon sur la route de la VIC, un précieux trésor, cibi, medzcus szbz », Ne va p r mais après au mOInS '
tout Comme l'ünc est un compagnon précieux pour le le souper avec un estomac remp \oute étude sérieuse
voyageur It<llkn; mais t1 n'cst pOurt::ll1t qu'un cc âne », deux ou trois heures, et cesse
donc non pas un m,tÎtn:, c'est un scrviteur, fait non pas t de te coucher. . d
une heure avan. rès prends le mOInS e
pOur commander, m:!lS pOur ob(ir. Cdui qUl soigne Au repas du sOir ou aP 'te coucher prends tes
"trop bi('n son '::0rps, k bourre sans cesse de nourriture 'bl et avant d e .
liquide pOSSI e, . , . des interValles de trOIS
précautions; dans la Journee, a
210 LUTTE ET AIE CONFIANCE LUTTE ET I\mCONFIANCE 211

à six heures. ~l importe que tu ailles à la selle régu- luxure et l'ivresse pousse au tumulte; quiconque s'y
lièrement. Le corps humain est comme un poêle : adonne n'est pas sage» (Proverbes, xx, 1). Les Romains
il faut l'alimenter, pour qu'il chauffe. On alimente déjà savaient que là où Bachus. le dieu du vin, fait son
le poêle avec du charbon et notre corps avec de la entrée, Vénus, la déesse de l'impureté, ne tarde pas à
nourriture. Le charbon se consume vite dans le four- paraître. Et combien de jeunes: gens qui, durant des
neau, la nourriture se consume lentement dans le corps. années, avaient su par un labeur héroïque garder l'inno-
Une petite partie des produits brûlés part comme cence de leur âme, l'ont perdue, lorsque, échauffés
fumée dans la cheminée, mais la plus grande par le vin, leurs instincts ont donné l'assaut à leur
partie reste comme cendre sur la grille du fourneau, volonté affaiblie par le vin!
et chaque jour il faut l'enlever, sinon la grille s'en- Bien des jeunes gens ont perdu la raison par la
gorge et le feu s'éteint. Dans notre corps aussi se boisson et ensuite la même nuit aussi la pureté de
trouvent beaucoup de matières consumées. Une leur âme.
petite partie de celles-ci s'en va par les pores de.la peau Hélas! qu'elle est terriblement vraie cette phrase
comme sueur (c'est pourquoi il faut nettoyer les pores de la Sainte Écriture : « Fornicatio et vinum et ebrietas
par des bains fréquents, c'est-à-dire les tenir ouverts). auferunt con) (OséerIv, II), la luxure, le vin et l'ivresse
Mais la plus grande partie des matières inutilisables - font perdre la raison.
ce que le corps ne peut pas s'assimiler - reste en nous D'une façon générale, n'oublie pas que le soin
comme la cendre. Il faut sans faute nous en débarrasser exagéré et la suralimentation de notre corps excitent
chaque jour (de préférence chaque matin), car autre- fortement en nous les bas instincts. L'animal se révolte
ment cela pourrait être une cause de troubles, de maux en l'homme, lorsqu'il est trop choyé.
de tête 'ct même de maladies plus graves. En cela aussi Que tes pantalons ne soient pas trop étroits, pour
fais preuve de régularité. Si tu vas régulièrement qu'ils ne te serrent pas, car cela pourrait être une
à la selle et n'y manques pas un seul jour, tu contribueras cause d'excitation. Croiser les jambes en étant assis,
beaucoup au développement de ta santé. mettre les mains dans ses poches de pantalon, rester
Bien des jeunes gens sont fort insouciants à ce sujet, longtemps assis (surtout sur un siège bien moelleux),
parce que personne n'a attiré dessus leur attention. tout cela est aussi une source d'excitation. Le soir, ne
Ne bois jamais dans ta jeunesse de boissons alcooliques. va pas te coucher tant que tu n'es pas las, et le matin,
La plus grande partie des actes immoraux sont commis dès que tu es réveillé, ne reste pas au lit. Que ta chemise
par suite d'abus des boissons alcooliques. Ce n'est de nuit soit plutôt assez rude (donc ni trop souple ni
pas sans raison que la Sainte Écriture nous avertit: trop chaude, pas en laine) et aussi longue que possible;
« Nolite inebriari vino, in quo est luxuria » (Éphésiens, v, qu'elle arrive au-dessous des genoux. Ne porte pas
18), ne vous enivrez pas, car l'ivresse mène à l'impu- de sous-vêtements en laine, leur chaleur exagérée est
reté. Et dans un autre passage : « Le vin mène ~. la une cause d'excitation. Porte des bretelles et non pas
LUTTE ET AIE CONFIANCE 213
212 LUTTE ET AIE CONFIANCE

une ceinture qui gênerait la circulation. Que ton lit Le diable est un grand seigneur, il se lève tard :-
soit plutôt dur que doux, plutôt frais que chaud. disait un prédicateur. Lorsqu'il commenc~ sa tournee,
Fais-en seulement l'essai; plus le lit est dur, plus faci- les hommes actifs sont déjà au travail depUIS longtemps,
. lement tu tiendras ton corps en bride. Le but des cou- il ne peut pas leur nuire. Mais ma:heur ~ux 'pa~esse~~
vertures est de conserver au corps la chaleur que qu'il trouve au lit! Il les trompe, Il les sedUIt, Jusqu a
pendant la journée entretiennent les mouvements et ce qu'ils soient devenus ses esclaves. ,
les habits. Si tu lui donnes plus de chaleur que celle Le sommeil du matin n'est plus qu'un assouplS-
qu'il avait dans la journée, cet excès de chaleur donne sement, où la volonté est comme du beurre f~n~~,
aux nerfs une excitation fébrile et éveille de fortes sans résistance elle tombe au pouvoir de la besttahte.
tentations. Le lit trop chaud et trop doux est une Celui qui reste au lit une fois éveill~, repose sur l'oreille~.
source d'excitation des désirs sexuels. Mets tes mains du diable. Si tu n'as rien de pressant, dors aUSSI
sur la couverture, si tu n'en as qu'une; l'hiver, quand longtemps que tu pe'Jx; mais si tu es éveillé, descends
tu te sers de deux couvertures, mets-les entre les deux. vite du lit. C'est là une règle importante, même pend~nt
Prends soin de dormir dans un air pur. Si tu le peux, les vacances, même si rien d'extraorpinaire ne t'obhge
,avec les fenêtres ouvertes; l'air frais est un bain pour à te dépêcher. Lave-toi à l'eau froide. N.e crains pas
les poumons,. comme l'eau pure pour le corps. Comme l'eau froide. Si tu le peux, fais chaque matm, la, f:netre
il se réveille, électrisé d'une force nouvelle, celui ouverte, un quart d'heure d'exercices. physlques;
qui dort dans un air pur (surtout en plein air) ensuite, lave-toi tout le corps à l'eau frOlde,!u tou:
à la différence de celui qu'il faut secouer le matin de au moins le haut du corps,et après t'être séché frotte-toI
sa torpeur dans un dortoir embué. Couche-toi toujours énergiquement avec la main. Cette gymn~stique
sur le côté droit. Non pas sur le dos, parce que la cha- matinale et ces ablutions froides fortifieront beaucoup
leur de la colonne vertébrale excite le système nerveux; ton système nerveux.
non pas sur le côté gauche, parce que tu comprimerais Fais particulièrement attention,. mon cher ,fils,
le cœur. Le matin, après ton réveil, ne reste pas au lit. si la maladie t'obligeait à rester au ht quelques JOurs.
Je puis affirmer comme une règle presque sans exception, Durant ta maladie, occupe-toi avec quelque chose ·de
que celui qui reste quelque temps au lit après son facile (en priant, en lisant); car c'est un fait bién triste
réveil commet pour ainsi dire inévitablement le péché que beaucoup de jeunes gens co~mette~t ~ans leur
solitaire. Déjà le païen Horace posait cette question: lit de malade. des péchés de pensee ou d actlOn, alor~
Les brigands se lèvent la nuit pour tuer les hommes, qu'ils attendent de la bonté de Dieu justement la sante
et toi, tu ne pourrais pas te lever pour te sauver? du corps.
« Ut jugulent homines, surgent de nocte latrones,
Ut te ipsum serves, non expergiscaris? Il
(HORACE, Epître, l, 3).
LUTTE ET AIE CONFIANCE
LUTTE ET AIE CONFIANCE 21 5

Lorsqu'une très forte tentation t'assaille et que


Ne sois jamais oisif! tu crains de ne pas pouvoir résister au péché, ne reste
pas seul. Lève-toi immédiatement, quitte ta chambre
et va près des hommes, près de tes pa~ents, .près de
Ce n'est pas sans raison qu'on appelle l'oisivetê
l'oreiller du diable. Je ne puis assez te donner cet tes frères. C'est ce que recommandaIt Ovzde, pa~
ailleurs assez frivole :
avertissement: ne sois jamais inactif. Même en vacances.
Quand je me promène en montagne, je m'arrête « Quisquis amas, loca sola nocent, Joca sola c.:avete 1
toujours avec émotion pour rêver au bord d'un de
Quo fugis ? In populo tutior esse potes. »
ces ruisseaux qui descendent en serpentant. Quel
travail réalisent ces filets d'eau! Comme ils creusent
sous terre! Comme ils percent le roc, comme ils se Un autre distique fait la même recommandation :
frayent leur lit! Ils n'ont pas de repos, pas un instant Si tu te trouves en présence de Vénus (l'immoralité)
d'arrêt. Et bien qu'ils sortent d'un sol boueux et char- que faire? Ne reste pas assis, mais va-t-en, pour ne
r.ient. des débris de roches, leur eau est cependant pas périr à cause d'elle.
lJmpIde comme du cristal. Mais lorsqu'ils arrivent
«Quid faci es, facies si Veneris veneris ante?
dans la plaine où tout va de soi-même, Où il n'y a
~Ius « tant d~ ttavail )J, ils deviennent paresseux,
Ne sedeas, sed eas; ne per eas pereas! »

s étalent et deVIennent marécageux. Mais il vaut mieux


ne pas dire quelle flaque fangeuse, fétide devient le Ou bien la meule broie du bon grain, ou bien si ~lle
ruisseau le plus pur, quand ses eaux s'arrêtent dans n'a pas de grain, elle se broie elle-même; l'âme humame
les profondeurs d'un étang. aussi se gâte eI~e-même, si elle n'est pas employée
L'inaction, l'immobilité sont des signes de mort à un travail utile. Sois donc particulièJ;ement sur tes
dans la nature et des promoteurs de ruine dans la vie gardes, pendant les grandes vacanç~s, où tant de
de l'âme. Tant que le jeune homme par un travail sérieux jeunes gens non seukment font brumr leur ?eau p~r
perce et brise les rochers qui se dressent sur le chemin le soleil (ce n'est pas un mal, c'est très sam), maIS .
?e la vie, tant que par un travail plein de sacrifices noircissent leur âme dans la boue de l'immoralité;
11 se fra~e une route vers un bel avenir, son âme peut La perdition de beaucoup de jeunes gens a com~enc~
plus facIlement rester pure. Mais le danger de tomber par l'oisiveté durant les grandes vacance.s. CelUI. qUI
est proche, lorsque cette jeune force âu lieu de travailler ne fait rien apprend à mal faire; et la Samte Écnture
sérieusement, s'arrête dans l'indolence et la paresse. dit fort justement : « L'oisiveté enseign~ .b.eau;oup
Ce n'est pas sans raison qu'Ovide constatait: « Venus de mal » (Ecclésiastique, XXXIII, 29). L OISIvete est
otia amat », la fainéantise entretient l'immoralité. \ particulièrement dangereuse pe~dant le, repos. apr~s
Je repas de midi, car après aVOIr mange on est plus
216
LUTTE ET AIE CONFIANCE
'LUUEET AIE CONFIANCE
facilement porté au éché D
sauf si tu es maladeP _ . ~, meme prends garde -
A

~ un travail precieux 'cet' excédep.t , d'energie~ Plus tu,


éveillé, car la chal eu d~ t etendre sur un lit étant dois lutter fortement contre tes instmcts, plus tu te
, r excIte la colo ',
par eUe les bas . t' nne vertebrale et liVreras avec ar4eur au travail; noie réellement dans' le
, ms mcts. Ce n'est .
qu un proverbe dit : (( le diabl pas sans raIson travail ta surabondance de forces vitales. Car c'est par
du travail à ceux quO r c: se charge de donner 'là que tu te prépareras le meilleur avertir.
1 ne lOnt rIen L'â h .
veut constamment une .». me umalne
en activité et si . OCC?atlOn, eUe est sans cesse
d'ordinair~ des ~~ ~eune o~me ne fait rien, il fait Aime la nature.
à l' '. é P es, car la Joie de vivre condamn'
OISIvet percera comme un abcès dan 1" • e,e
La pensée mène au d" 1 dé s ImmoralIte. Je vais encore te poser une questioh': Aimes-tu
. eSlr e sir à l' l'
rume, à ,la perdition (( L' . acte, acte à la la nature?
qoi préserve de la co~ru t~ travaIl est le sel de la vie Tout homme peut trouver une Joie inépuisable, dan,s
par le travail les eXI' p tOnd» (Tompa). Étouffe donc les beautés de, la nature; mais personne ne peut ' s,e
gences e t ' .
penchants F' · ,. es mstmcts et de tes sentir l'âme inondée de Joies plus pures à Iawe des
, aIS n Importe quoi '.
occupé! - malS SOIS toujours isplendëurs de la nature en fleur que, la jeunesse.
Que chaque adoles t ' ,Aimes-tu à respirer à pleins poumons l'ait pur et 'sain ,
,qui lui procure, le I~en aIt S?~ occupation préférée des forêts? Aimes..tu écouter le bruissement de l"insecte
utilise son excédent Pd ~ de pl,alsIr et dans laquelle il au bord du ruisseau silencieux qui chemine dans la
e lorce vItale L' ,
pour Son herbier ' un est passtOnné plaine déserte? Aimes-tu 't\étendre sur ,le vert et mol .
, un autre pour 1 d '
troisième s'adonne à d ' . e ecoupage, un gazon et recevoir le sourire, care.ssant des rayons du"
à la photographie. Un :~t~:p~~~nces de, physique ou soleil? Aimes-tu, rêvant au pied d'un b\lisson, écoutèt
lapins, tel au'tre coll t' e des pIgeons ou des le chant du rossignol, les trilles de l'alouette? Aimes-tu
, ec tOnne des .
fait du J'ardinage D' , pIerres, un autre à plonger inlassablement tes yeux dans les profondeurs':
, autres s adonn t ' 1"
langues étrangères 0 b' r en a etude des cristallines d'un lac de montagne en te disant .: le$.
, u len lont de l '
la reliure ou simplement d 1 d' a musIque, de profondeurs de m:n âine peuvent a.ussi être purè.s
En e a ra tO, etc,
tout adolescent bien '1 ' comme le cristal? Aimes,- tu à bercer ton âme ati rythme
excédent de r orce C portant, 1 y a certainement
li s, eux qu'e t A 1 du murmure d'un ruisseau? Aimes-tu à chanter dans.
monde gaspillent le r n rame e courant du le vent qui emporte doucement ta chanson? Ainî,es-tu-
. urs lorces dans le é h' C
,qUI au contraire réf!' h' P c e. eux ;\ grimper le visage enflammé sur les montagnes et-à
d'actif qui apparaît dec Issen~ savent que ,l'excédent épancher en chants joyeux lè bonheur qui surabonde
dilapidé, mais qu'il es:n~S~~le ~dget n~ dOIt pas être dans ton âme? Aimes-tu la nature? Ou bien préfères-tu
une autre rubrique p d' e le faIre passer dans piétiner chaque jour l'asphalte des trottoirs et respirer
,en autres termes d'employer
l'air vicié des rues?
2y8
LUTTE ET AIE CONFIANCE
L'U'lTEET AlE CONFIANCE 219
La vie d'étudJant est évidemment sédentaire. Mais
ce confinement continuel affaiblit l'âme. Aussi quand
Quelques conseils médicaux.
tu en trouves l'occasion, sors de ta chambre et va dans
les bois, dans les montagnes. Un jeune homme bien
portant ne peut pas rester tranquillement dans une En 1932; s'est tenue à Budapest une expositi?n
vallée, lorsqu'il voit la montagne devant lui. id'hygiène sociale, L'association médicale hongrOIse
En effet tu constateras que quand tu as baigné dans !d'éthique sexuelle y affichait entre autres choses deux
le flot d'air pur de la forêt tes poumons, ton cœur, tableaux dont tous les mots sont dignes d'un esprit
tes nerfs, pendant une paire de jours, l'étude te devient médical sérieusement chrétien.
plus facile .. Tu n'as pas fortifié seulement ta santé Sur le premier tableau on pouvait lire :
physique, mais ton énergie morale est devenue plus
souple et plus résistante. LéS · dix commandements de la continence
. L'adolescent qui ne sait pas prendre part aux jeux J: Ne mange' pas trop à la fois. Soupe trois heures
Joyeux de ses camarades, mais reste maussade et rêveur avant ton coucher; prends à ton souper des aliments
à l'écart, qu'il aille voir le médecin, car il est malade
-légers et faciles à digérer.
ou plutôt qu'il aille trouver son directeur spirituel, 2. Ne bois pas de liqueurs fortes, ni trop de thé ou
car son âme est malade. Il est ridicule qu'un homme
de café fort; ne mange pas d~ mets fortement épicés
mûr se conduise comme un enfant, mais il est bien ni beaucoup de viande.
p1us ridicule qu'un jeune homme se donne un air
3. Va régulièrement à la selle tous les jours, car
important et prenne une mine vieillotte.
:ta constipation empoisonne le sang. 1.
Les jeu'nes gens, qui par leur ardeur au jeu ~eurs 4. Dors dans une chambre fraîche, sur un matelas
chants joyeux brisent le calme des forêts, me sont
cent fois plus chers que ceux qui se traînent dans les
<lur, sur le côté droit, avec une couverture légère; .
ne te sers pas d'une couverture trop chaude et jamaIs
rues ou restent assis tristes et moroses derrière leurs d'édredon.
fenêtres, les reins et l'âme brisés, et qui sait ce qui se
passe dans leur tête. 5. Évite de rester au lit le matin; lève-toi, dès que
tu es éveillé; prends garde à la mollesse.
Mon idéal, c'est l'adolescent bien portant gai ·6. Veille particulièrement à la propreté de la peau,
déb~rdant de force, au cœur ardent, à l'âme vib~ante: lave-toi au moins le haut du corps, baigne-toi le plus
qui sait rire de tout son cœur, l'étudiant au sens ·souvent possible. Un bain tiède le soir procure un
moral délicat, qui a confiance en lui, mais sans présomption sommeil paisible.
7. Donne-toi beaucoup de mouvement, aime la
nature, pratique un sport sans danger, fais chaque
jour au moins une heure de marche.
.2 20 LUTTE ET AIE CONFIANCE LUTTE ÈT AIE CONFIANCE 221

8. Fuis les livres, les revues, les tableaux obscènes 'ùne grande fortune. Tu baseras ta vie matérielle sur
les compagnies aux propos immoraux, les lieux d: Je travail et l'économie.
divertissements et les danses immorales. 7. Que les avantages physiques ne soient pas pour
9· Efforce-toi de créer en toi et autour de toi une toi le principal, car la beauté se fane et même quand
atn:osphère de pureté morale, c'est le plus Sûr préser- ,elle existe, c'est un trésor d'une valeur doùteuse, car
vatIf des tentations:
·dle va de pair avec bien des tentations.
10. Demande à Dieu de Lui être intimement uni 8. Dans ta compagne cherche les qualités morales,
p~ends des résolutions, compte sur la grâce Divine: la fidélité, l'amour du travail, l'économie, la tendresse,
VIS dans la conviction de la présence de Dieu. la patience, la pureté - et aie toi-même les mêmes
L'autre tableau était ainsi conçu: ·vertus.
9. Aussi ne te précipite pas pour choisir ta com-
Les dix commandements du mariage. pagne, apprends à connaître à fond celle que tu as
choisie dans la vie journalière et ne prends pas ta
1. Dès que ton corps est suffisamment développé ·décision sur une impression d'un moment.
/et ~ue tu es dans les conditions matérielles pour entre- 10. Que la durée de tes fiançailles ne soit pas trop
tenIr modestement une famille, marie-toi le plus tôt ' longue, évite les fréquentations impures, prépare-toi
possible.
.avec une sainte gravité à la grande tâche qui t'attend.
2. Emploie tes années de jeunesse de manière à L'union harmonieuse de deux âmes qui croient en
.être le mieux préparé possible aux grandes luttes Dieu.
de l'existence.
Tu peux voir que la science médicale sérieuse
3· Avant le mariage, dépense le moins possible en prescrit et réclame tout ce que la morale chrétienne
amusements et mets de côté l'argent ainsi épargné ,t'impose pour la tranquillité de ta conscience et le
pour fonder ta famille. Ne bois pas de liqueurs fortes, ,développement de ton caractère.
ne fume pas.
Le dixième article de chacun de ces tableaux soulève
4· N'envisàge pas le mariage comme une source une pensée sublime dont j'aimerais maintenant parler
de joui~sances: où tout est permis, car la vie conjugale avec toi plus en détail: c'est le rapport entre la religion
a ses dlfficuItes, ses tentations, ses luttes. ·et la pureté.
5· Le ~ariage entraîne de graves obligations pour
tout~ la VIe, une foule de devoirs, c'est un champ de
bataIlle pour un caractère viril. i Un père et un ami,
6. Ne choisis pas la compagne de ta vie à cause
,des avantàges matériels, car une mauvaise admiilis. Cherche-toi un père spirituel. Ne discute jamais
tration ou la malchance peuvent faire perdre même ,des choses sexuelles, jamais avec tes camarades. Si
223
LUTTE ET AlE CONFIANCE
222 . LUTTf. ET AIE CONFIANCE
Cependant je te recommande de ~e p~s rester seul
un aveugle conduit un aveugle, ils tombent tous les, avec tes doutes. « Malheur à <:eIUl qm est seul -
deux dans le foss·é. Comment pourrait-il te donner' lisons-nous dans la Sainte Écriture - car s'il tombe,
de.s é~laircis,se~ents sur ·ce grand problème celui qui il n'y a persoi1Ile pour le relever » (Ecclésiaste, IV, la).
lUl-m~me gemlt sous le poids de questions semblables. A qui donc demanderas-tu des éclaircissemen:s,
et qUl probablement a puisé ses connaissances à des si des doutes sérieux t'envahissent? En tout premier
sources . s\.lspecte~, dans · une littérature de bas étage lieu tu interrogeras ton père ou ta mère ou ton pro-
et des conversations du même genre. Ces camarades. fesseur de religion ... Si tes parents n'ont pas le temps
« au courant » parlent ordinairement si brutalement .ou si tu crains de ne pas être tout à fait franc avec eux,
• ." t,
SI. grosslerement et si légèrement de ces choses infi- tu peux ' toujours t'adresser en pleine françhise .à. un
mment sérieuses, qu'après leurs conversations ton prêtre quelconque ou à ton prof~sseur de ~e1lg~on.
âme e~t encore plus inquiète, ton imag'ination plus: Mais sois tout à fait franc avec lm et tu sentiras que
troubl:e et, davantage remplie d'images excitantes. rien qu'en lui disant tes luttes, tes doutes, ton âme
La Samte Ecriture dit fort justement: « Ne consulte, est déjà soulagée ~t à moitié victorieuse. Ne pense
pas un ~o~me sans religion sur les choses saintes, un pas qu'il abusera de ta confiance, en ouvrant toute
homme mJuste sur la justice, un lâche sur la guerre, grande ton âme en effervescence devant lui. ~l n~ te
un homme malhonnête sur l'honnêteté, un esclave méprisera pas à cause de tes luttes, au contraIre Il se
,paresseux sur une grosse besogne; ne les écoute pas. sentira honoré que tu lui exposes si ouverte~ent t?n
pour aucun conseil. Mais interroge fréquemment un état d'âme. 11.sait que s'il ne répond pas à tes dtflicultes,
ho~e pieux, celui que tu connais pour marcher dans.
tu te procureras ailleurs une réponse" dont ~~ n: seras
la cramte de Dieu » (Ecclésiastique, XXXVII, 12-15). pas satisfait. Il sait que dans les luttes de 1 age Ingrat,
. ~e ch:rche pas la réponse à tes doutes dans les. tu erres à l'aventure C9mrne un voyageur égaré sur
dlctlOnnalres et les soi-disant livres de médecine. la route par une nuit· sans étoiles. ~ais ~e q~e tu
Ceux que l'on vend sous ce titre sont généralement IJlent
apprendras de lui, ne le colporte pas lllcons:dére
des brochures qui ne veulent pas fournir un ensei- à tes camarades; ,rappelle-toi que cette conn~lssanc~ est
~ne~ent. sérieux, mais excitent plutôt les jeunes. . un trésor sacré qu'il serait peut-être premature de
ImagmatlOns déjà si inflammables. Sur ce terrain révéler aux autres; que tu as un couteau bien tranchant
cox:nm~ j~ l'ai rappelé maintes fois, ce n'est pas la scienc;; qUi .ne te blesse pas, mais qui peut être dangereux
qUl de:lde de l'issue du ' combat, mais la volonté.
~uelqu un p~ut connaître le fonctionnement de l'orga-
'pour tes··èamarades.
msme hum~m et les dangers qui attendent ceux qui
e~ abus~nt J~sque dans les derniers détails, il pourra
neanmoms s abandonner à une vie immorale, s'il n'a
pas une volonté forte formée et avertie.
LUTTE ET AIE CONFIANCE
LUTTE ET AIE CONFIANCE 225

de se tromper, mais reëonnaître son erreur avec la


Aux sources d'une vie nouvelle. volonté, de se corriger est une marque de courage viril.
Quelles précieuses sources de forces jaillissent dans
Mais tout d'ab d t · ton âme, lorsque tu t'agenouilles au confessionnal et
cl or u as un mappréciable secours
ans. les luttes de ta jeunesse: la confession et la com- que tu ouvres ton âme palpitante. Tu découvres les
munIOn. Je ne
ces ' '" veux pas te parler plus en d e'tal'1 Sur manifestations les plus secrètes de tes passions, l'action
. p~ls"ants moyens d'éducation et de contrôle de destructrice commènçante de tes péchés, la tempête
SOI-meme de f d l'
.' orce, e re evement et de protection furieuse de tes tentations, les plaies vives de ton âme,
Le petIt e~fant a peur de l'eau; l'enfant s iritu 1 . devant ton confesseur qui, non seulement avec la
peur du bam de l'âme. Ceux ui ne sont p e a mansuétude du Christ et la force guérissante de l'amour,
spirituellement déve10 ' f ' q pas encore
ppes nssonnent avec épouvante non seulement avec une véritable compassion, avec
'd evant 1a confe " '.
, . SSIOn, maIs Je suppose que toi, tu sàis charité et expérience, mais avec une force curative
appreCler la force profondément éducat' d 1 émanant d'une sublime mission divine, touchera tes
f ' N Ive e a con-
f e~sIOn. on seulement tu l'apprécies, mais tu en
, aIS usage' de t ' ,
plaies.
Un cor '. . ol-~eme et non pas par -contraintè, « Voilà, mon père, contre quoi j'ai péché, j'ai tombé
t ps mtoxlque ne peut trouver de tranquillité tant de fois; j'ai fait tel et tel effort. Que faire pour
a~t que le poison n'en a pas été chassé; Ou bien si 1~ devenir plus fort? Que faire, car moi aussi je veux
pOIson y reste, le corps dépérit Elle ,. d ' m'affranchir du péché? » Et alors tu écouteras les avis
l'â . . penra e meme
~e, qUI gar?e en elle-même les matières empoisonnées d'un guide spirituel expérimenté, et quand tu sortiras
qUI s y sont ,mtroduites, c'est-à-dire le péche' PI du confessionnal, ton visage brillera comme les cierges
lutt . 1 . us tes
es sont VIO entes, plus tu dois te confesser souvent à la messe de Minuit, tu respireras longuement, un
autant que POSSI'bl e toujours auprès du A
' ,poids immense est tombé de ton âme. Maintenant,
confesseur, ' meme
grâce à Dieu, je vais commencer une vie nouvelle.
Mais confesse-toi avec sincérité _ t l -f ' Je ne retomberai plus dans mon ancien péché. Non,
1 rd' " e a J erme reso-
u zan e t ame/zorer, Dès l'instant ou' tu non! Jamais!
lutt d , exposes tes
es evant
, ton '" f aIt
,. pere spirituel tu as d eJa ' un grand Qui pourrait énumérer tous ceux que la confession
pas vers 1 amellOration, car tu as triomphé des ré u- et la communion qui l'a suivie ont sauvés d'un terrible
gnan ~es de ta nature par une démarche dont elle pne esclavage? J'aimerais beaucoup, mon cher fils, que
vou laIt pas Tu t . tu fasses ton' profit du conseil suivant : Celui qui, dès
l'"epme T' Y rouves une mam paternelle qui ôte
T . u y trouves un baume qui g~érit ta blessure sa jeunesse, dans son adolescence et toute sa vie,garde la
"'''~ y tro,u~es un père!?dulgent qui presse aVec joi~ belle habitude de se confesser tous les mois volontairement
c sa pOltnne le fils qu Il croyait perdu. II est humain et at'eC joie, celui-là, je ne suis pas inquiet pour son iÎme.
J) est possible qu'il trébuche quelquefois) il est possîble
LUTTE ET AIE CONFIANCE LUTTE ET AIE CONFIANCE 227

même 'qu'il tombe, - mais il se relèvera et ne restera dans un panier. Prends donc le plus souvent possible
pas dans son péché. « le pain des anges )l, « le pain des forts
)l, Notre .Seigneur

Jésus-Christ dans la sainte communion. ReçOiS le plus


souvent 'possible le Seigneur dans ton âme, dans ta
Le Seigneur est avec moi.
barque, et quelle que soit la violence de la tempête,
"' ~~'.,
prie comme les apôtres dans leur barque chassée par
L'organisme peut vaincrè les bacilles de la maladie, la tempête: cc Domine, salva nos, perimus! - Seigneur,
si un sang nouveau et chaud passe dans tout le corps sauvez-nous, nous périssons. )l (S. Mathieu, VIII, 25)'
et vivifie jusqu'aux plus petites cellules. De même Les convictions religieuses sincères sont du reste le
les bacilles des malaéiies morales disparaissent de ton meilleur appui dans nos luttes continuelles pour la
âme, lorsque, après la sainte communion, le sang sacré pureté de notre âme. Devant tout le m~n~e se dr~sse
de Notre Seigneur Jésus-Christ circule en toi et que cette question : « Pourquoi donc ne SUiS-Je pas lIbre
le front caché dans tes mains tu adresses au Christ de faire ce que la nature me demande si souvent et
qui vit en tOI cette délicieuse prière: « Ame du Christ, si instamment? » Et seul peut y donner une réponse
sanctifiez-moi. Corps du Christ, sauvez-moi. Sang satisfaisante et encourageante celui qui comprend
du Chri~t, enivrez ~ moi. Eau du côté du Christ, lavez- qu'au-dessus de la nature, il y a l'ordre surnaturel et
moi. Passion du Christ, fortifiez-moi. 0 bon Jésus, que le devoir le plus sublime de la vie de l'homme est
exaucez-moi. Dans vos plaies cachez-moi. Ne permettez d'y parvenir.
pas que je me sépare de Vous. De l'èspritdu mal De même que du centre d'un cercle, un chemin
défendez-moi. A l'heure de la mort, appelez-moi. tracé dans toutes les directions imaginables conduit
Commandez que je vienne à Vous, afin qu'avec vos à sa circonférence, de même toutes les manifestations,
saints je Vous-·loue dans les siècles des siècles ». tous les événements de ta vie, te mènent au grand centre
Sainte Thérèse voulait bâtir un cloître, mais elle du monde, à Dieu. Efforce-toi donc, mon fils, de
n'avait que trois sous. Elle dit: trois sous et Thérèse, nouer avec Notre Seigneur Jésus-Christ une amitié
- c'est peu. Mais trois sous, Thérèse et le bon Dieu, aussi intime, aussi profonde que possible. En toutes
- c'est bien trop. Et le couvent fut construit. choses, tourne-toi vers Lui avec un amour sincère et
. Toi aussi, tu veux élever dans ton âme le temple vivant. La personne du Christ n'est pas une image
le plus beau à Dieu. Peut-être as-tu déjà souvent essayé, quelconque du passé, mais Il est aujourd'hui encore
mais cela n'a pas été. Tout seul, j'en suis incapable. et Il sera éternellement ton Sauveur qui fait rayonner
Mais avec ma bonne volonté et l'aide de la grâce de la vie, aime et fortifie ton âme. Donc, n'oublie pas qu'Il
Dieu - je réussirai. Ce n'est pas sans raison qu'un n'est pas devant toi comme une image effacée, mais
vieux proverbe dît: cc Dea favente navigas vel vimine )l; qu'Il est la Vérité vivante, avec laquelle tu dois discuter
si Dieu gonfle la voile, tu travers~ras l'océan, même chacun de tes projets, vers laquelle tu dois tourner
228 LUTTE ET AIE CONFIANCE
LUTTE ET AIE CONFIANCE 229\

toutes tes espérances et dont tu sais qu'Il se réjouit


Un homme désirait entre~ dans un ordre religieux
avec ,toi de toutes tes victoires et qu'Il s'attriste de tes
chutes éventuelles. très sévère. Mais avant de l'admettre, on voulut .
i éprouver s'il avait la vocation. On le conduisit à la
,J Tout adolescent désire une amitié idéale; c'es~ d'elle
i chapelle où il devait veiller la nuit pendant des heures.
que naît aussi le' premier amour. Si je puis m'exprimer
1 On lui montra le réfectoire où il devrait plus jeûner ,
ainsi, que le Christ soit ton premier amour; c'est en
~ que manger. Il essaya le lit bien dur où il lui faudrait :
vain que tu chercherais au monde un idéal plus noble,
un ami plus sûr, un protecteur plus puissant que Lui.
~ plutôt rester sans dormir que passer la nuit paisible- j
!ment A la fin on lui demanda: Eh bien 1qu'en pensez- .
Habitue-toi à cette pensée que Notre-Seigneur est
partout et toujours avec toi. Du grand matin au soir"
~ vous? Avez-vous encore envie d'entrer? supporterez- il
'vous tout cela? Cet homme se contenta de demander:
Il t'accompagne partout : dans la rue, en classe, au '
jeu, au cinéma, quand tu étudies, quand tu es seul, iY aura-t-il .un cruci~ da?s ma ~llule.? .- ~ui. - 1
,Alors je crois que tout ua bIen -- repondIt-d, et Il entra ,
quand tu t'amuses, et lorsque le soir tu vas te cou- iau couvent. '.' . ·~.I.... ,~~, - '--' • .. .

cher, II s'assied au pied de ton lit, te regarde avec


amour et te félicite; Mon fils, aujourd'hui tu as bien Mon fils, -est-ce ' que tu peux aimer ainsi Notre-
rSeigneur? De sorte que quelles que soient les tentations
_ #

combattu.
Apprends à prier dans cet état d'esprit. Dis-moi, -qui eassaillent, tu puisses penser à Lui en disant :
mon fils, as-tu l'habitude de prier régulièrement? Tout ira bien.
Régulièrement! C'est-à-dire matin et soir, mais de bien Sans le .secours de la religion, il n'est presque pas pos- ',
prier; avec piété, avec amour, de tout cœur, de toute sible de rester.pur dans sa jeunesse. Celui qui voudrait ,
ton âme. Si tu n'arroses pas les fleurs, ellcs sèchent; mener une vie pure sans la. religion, ferait comme :
les fleurs de ta vie morale se dessécheront aussi, si celui qui voudrait voler sans ailes, tirer de l'eau d'un :
tu ne les arroses pas régulièrement avec l'eau pure rocher, creuser un puits avec ses mains. Le sage roi :
de la prière. C'est en priant ainsi que tu sentiras la Salomon faisait déjà cet aveu : « J'étais un enfant :
réalité de l'éternité, c'est en priant ainsi que tu t'age- d'un bon naturel et j'avais, reçu en partage une âme !
nouilleras devant le trône du Tout-Puissant où s'apaise bonne, mais dès que j'ai su que je ne pourrais avoir
toute tempête, où se défont les rides de l'âme tourmentée la sagesse que si Dieu me la donnait, je me suis adressé
ou tout au moins où reprend courage celui qui lutte au Seigneur et je l'ai prié » (Sagesse, VIII, 12-21).
Dis-moi, mon fils, sais-tu prier ainsi? Ne l'as-tu ,Saint Augustin aussi constatait avec justesse que 1
encore jamais su? Alors apprends! En as-tu perdu 'c'est l'amour de,Dieu qui règne ~ans ~o.tre âm~ oUl
l'habitude depuis longtemps? Recommence. Mais bien la sensualité: « Regnat carnalts cuptdttas, ubt nO~J
: pas demain! Aujourd'hui même. Aujourd'hui soir. est Dei caritas ». . --
Et ensuite - toujours.
On ne peut pas , mener une VIe pure, sinon avec '
23° LUTTE ET AIE CONFIANCE
LUTTE ET AIE CONFIANCE 23 1
l'aide de Notre Seigneur Jésus-Christ ... per Dominum
nostrum Jesum Christum. Pourquoi je suis joyeux ? Je viens de parler à mon
père et il m'a permis de deven~r avocat. ,- .Très bien~
Regarde en face Jésus crucifié, comme le petit oiseau }
tu deviendras avocat. Et après r - Apres, Je gagneral
regarde sa mère qui vole au-dessus de lui. Sois le
. b~aucoup d'argent. - Soit, tu gagneras beaucoup
petit oiseau de la Pureté éternelle, sois son adorateur,
d'argent. Et après? - Après? répondit le jeune
porte toujours le Christ dans ton âme, et tu sentiras
homme, quand j'aurai beaucoup d'argent,. j'aurai
avec joie qu'avec Lui la pureté n'est pas impossible.
tout ce qu'il me faudra pour vivre tranqUIllement
Mon cher fils, quelquefois les tentations charnelles
dans ma vieillesse. - Et après? JJ demanda le
se jetteront sur toi comme un feu dévorant, comme
' . 1 saint. - Le jeune homme devint triste: « Après? répon-
une mer ecumante qUI veut tout engloutir; des minutes
dit-il lentement, après, il me faudra certainement
arriveront où tu croiras que toute autre pensée, tout
mourir. - Et après? demanda une dernière fois
noble enthousiasme, toute ambition sont morts en
le saint. Que t'arrivera-t-il après ta mort? » - Et dès
toi, que seule la vie animale · commande en toi et te
lors François Spazzara (c'était le nom du jeune homme)
mène à coups de fouet : à ces moments-là, seule la
vécut durant toute sa vie dans l'honnêteté et la vertu,
main puissante du Sauveur peut te tirer sain et sauf
du danger. car il n'oublia jamais plus qu'un jour il lui faudrait
rendre compte à Dieu de toute sa vie.
Je ne puis donc te donner un meilleur conseil que
Mon cher enfant, si rien d'autre ne peut te détourner
celui de sainte Catherine de Gênes à son filleul : « Que
de tes habitudes pécheresses déjà anciennes, réfléchis
Jésus soit dans ton cœur, l'éternité dans ton esprit,
à cette question infiniment grave : Et après? Que
le monde sous tes pieds, la volonté de Dieu dans tes
t'arrivera-t-il après? Lorsque tu auras à rendre compte
actes, et que par-dessus tout son amour brille en toi )J.
devant le Dieu juste qui sait tout et qui voit tout?
« Songe à tes fin dernières et tu ne pécheras jamais »,
dit la Sainte Écriture (Ecclésiastique, VII, 40). « Pour
cc Et après? 1).
·vivre dans la mort, il a vécu comme quelqu'un qui
devait mourir » - est-il écrit sur une vieille pierre
tombale : « Ut moriens viveret, vixit ut moriturus ».
Et si tout ce que je viens de dire n'a pas pu faire
Quelle profonde sagesse dans ces quelques mots.
sur ton âme assez d'impression pour te faire rompre
Souviens-toi que Dieu un jour te demandera compte
définitivement avec le péché, lis du moins cette petite
histoire, puis ferme le livre et réfléchis. non seulement de tes actions, mais de chacune de tes
moindres paroles, et même de te~ plus secrètes pensé~s.
Un jour, un jeune homme se précipitaavéc enthou-
Et ce Dieu t'a vu, alors que personne ne te voyaIt;
siasme chez saint Philippe de Néri. « Qu'y a-t-il donc
Il t'a vu dans l'obscurité de ta chambre à coucher;
que tu sois si joyeux? lui demanda le saint. _
Il t'a vu sous ta couverture; Il t'a vu dans ta cachette
232
LUTTE ET AlE CONFIANCE

du jardin· Il a t cl
II a pe,' . en, eu u tes conversations secrètes.
rce tes pensees Mon fil '
souillé de Cor 'A· . s, veux-tu te présenter
comptes? 1>$ et dame au JOllr du grand règlement de
Non, n'est-ce pas?
Tu veux, n'est-ce pas,
pure! rester un jeune homme à l'âme

CHAPITRE VII
L'AME SOURIANTE.
LES YEUX ÉTINCELANTS

« Une conscience pure est une


sensation céleste; sans elle le trÔne
royal est un désert, avec elle,
même le chevalet et le gibet ne
sont pas terrifiants . •
(Comte Etienne SZÉCHENYI) .


Le Seigneur nous a laissé trois souvenirs du paradis
terrestre : l'éclat des étoiles, la beauté des fleurs et
les yeux étincelants d'un jeune homme à l'âme pure;
Et des trois, c'est le dernier le plus beau. Car le jeune
homme à l'âme pure est un héros. Un véritable héros
dont les luttes sont plus rudes que les batailles les
plus violentes, mais dont les lauriers ne sont pas souillés
par le sang de l'ennemi, mais dorés par le rayonnement ·
de l'âme humaine triomphante. Ce pur rayonnement, .
c'est la splendeur d'une conscience en paix. A la suite ··
de l'union intime qui existe entre notre corps et notre :
âme, la sérénité de l'âme se reflète dans notre corps, .
dans nos regards: l'âme sour~ante allume une flamme
dans les yeux.
234 L'AME SOURIANTE. - LES YEUX ÉTINCELANTS
L'AME SOURIANTE. - LES YEUX ETINCELANTS 235

Même le négateur cynique des valeurs morales ne


La plus grande victoire. p eut se soustraire au pouvoir de la supériorité morale,
·q ui émane d'un jeune homme chaste. En effet, sur la
·terre entière on ne trouve une valeur plus grande
La plus grande victoire, c'est de pouvozr nous vaincre ,qu'un caractère viril d'une moralité parfaite. Le plus
nous-mêmes. C'est dans cette conviction que le paga- beau joyau de la couronne de l'humanité, c'est le jeune
nisme déjà comblait d'honneurs ceux qui pouvaient :homme chaste qui a remporté la victoire sur lui-même.
soumettre à leur volonté le plus fort des instincts, Il est le plus robuste pilier de la société, car avec la
l'instinct sexuel. Et si loin que remontent les monu- j eunesse moralement déchue la société elle-même va à
ments écrits, on rencontre partout chez les anciens la ruine; il est le gage, la lueur d'espérance d'un plus
le respect de la chasteté. Cicéron écrit : « Nihil est ibel avenir pour l'humanité.
v irtute amabilius n, rien n'est plus aimable que la vertu .
A Rome était érigé un temple à la Pudicitia, la déesse
de la pureté, et Tibulle proclame fièrement : « Casta
placent superis n, la chasteté est agréable aux dieux. Ah! quelle est belle la génération des chastes!
Devant les Vestales romaines marchaient - signe d'un
grand honneur - des licteurs, comme devant les On parle énormément, de nos jours, de la beauté
consuls. Et si une Vestale rencontrait par hasard un ,d u corps humain. C'est vrai, l'homme est le couron-
condamné à mort, il était grâcié. De même qu'-à Rome .nement de la création, mais non pas tant par la beauté
les Vestales, de même les druides en Gaule et les ·du corps que par la noblesse de l'âme. En effet, qu'est-ce
prêtres du Nil en Égypte étaient entourés de grands 'que la charmante tête blonde d'un enfant, qu'est-ce
honneurs à cause de leur chasteté. Le Sage de l'Ancien .que l'éclat de ses yeux grands ouverts, qu'est-ce que
Testament s'écrie avec étonnement ' :_ « Il y a trois s es lèvres rouges qui babillent sans cesse, - qu'est-ce
choses que je ne comprends pas et yne quatrième qui 'q ue tout cela, si nous considérons que le temple de
me dépasse complètement : comment l'aigle vole à Dieu est construit dans le corps humain immaculé
travers les cieux, comment le serpent se glisse à travers -et que derrière les yeux souriants et candides de ces
les rochers, .comment le navire flotte sur la mer - et hommes se dresse un autel où l'Éternel a établi sa demeure.
comment l'homme traverse sain et sauf les routes dange- Un vieux proverbe assure que les yeux sont le miroir
reuses de la jeunesse n (Proverbes, XXX, 18':19). .de l'âme Or, aucune autre beauté de l'âme ne peut se
Aujourd'hui encore, même l'homme qui a glissé refléter plus triomphalement dans l'œil de l'homme que
sur la pente de 1'impureté, éprouve involontairement lu pureté dans k visage d'un jeune homme. « Bien-
une certaine émotion et un ' certain respect devant ceux . heureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu'ils verront
qui ont remporté la victoire . de la chasteté. Dieu n.
23 0 L'AME SOURIANTE._ LES YEUX ÉTINCELANTS
L'AME SOURIANTE. - LES YEUX ÉTINCELANTS 237
':Ilr
,~ue
a une idée profonde et intéressante dans le fait
Ion donne le nom de . « vierge » à toute beauté de
sur les ruines de leur âme leur vie trop tôt brisée.
son cœur bat de joie, ses yeux bleus brillent comme
,atnatu~e ?emeurée dans son intégrité et sa fraîcheur.
un myosotis poussé dans un monde supérieur et ses
C, est amSI que nous parIons de « forêts vierges ». Cette
forces se tendent sous le poids des résolutions qui le
dO'!lce, pieuse et sainte émotion qui surgit dans notre
poussent aux grandes tâches. Les excès sexuels ruinent
âme à la vue des beautés virginales de la nature est
l'esprit et l'organisme, la continence leur donne for~e
encore accrue dans ,l'homme à la vue d'un adoles~ent
à.l'âm.~ « virginale ». C'est comme si une voix mysté- et fraîcheur. Pour un tel adolescent il n'y a pas de deVOIr
plus aisé que l'observatfon du grand ~ommandement
rleusechuchotait alors : « Ote te$ chaussures et ne
p~rle qu'avec respect, car cette âme est une terre: divin: « Tu aimeras le Seigneur, ton DIeu, de tout ton
,sainte ». cœur de toute ton âme et de toutes tes forces ».
' . Re~arde cette joie de vivre, cette énergie prompte
A;ec une puissance sauvage, le ruisseau de la mon-
tagne mugit à travers les roch~rs.,. S'il ~vait sa libe~té,
a ,1'ac~lOn, cett~ ?~ie.té perpétuelle, cc printemps plein
il ferait de terribles ravages. MalS 1 mtel!tgence humame
desperance qUI Jallhssent de ces yeux étincelants _
le maintient entre des digues puissantes, le dirige
comme une voile gonflée par une brise fraîche, comme
avec des tuyaux d'a~er vers des turbines et voilà
l'annonce de l'aurore, comme un hymne 'céleste.
cette force sauvage transformée en lumière et en
Dans ces jeunes années pleines de promesses naissent
énergie électriques, L'instinct sexuel che~ l'hox:nme
de jour en jour des forces nouvelles, se révèlent des.
est aussi une force naturelle aux sauvages ImpulslOns.
énergies cachées, et l'âme frémit dan s une sainte attente.
Si tu le laisse~ libre, il causera des ravage.seffroyables
En effet, la puissance génitale conservée intacte reCOIl-
,quise et transportée sur un autre terrain le ) terrain dans ton idéalisme, tes travaux, ton corps et ton âme;
spirituel, 'devient la Source de ces œuvre; créat rices mais si tu le maintiens dans le tuyau d'acier de la
continence) j~squ'au moment où tu pourras l'utiliser
~~i exigent de l'homme la plus grande énergie, Cette
conformément aux desseins sublimes du Dieu Créateur
JOIe débordante de vivre, ces plans et ces désirs enflam-.
~és ~o~t la preuve - chose confirmée du reste par dans le sacrement de mariage, alors il deviendra la
source d'une vie familiale rayonnante de bonheur .
.J expenence , des hommes qui ont conçu ct exécuté
La 'pureté de l'âme donne à la volonté humain~
de grandes œuvres - que la continence a une influence
my.st~rie~se et blenfaisante Sur les progrès de notre une force victorieuse contre toutes les bassesses; aUSSI
actlvlté Intellectuelle. Le printemps chante. en lui le la pureté est-elle le véritable fondement d'~~ .c~ractère.
charme, la joie, les , espérances, les ambitions de la ferme. La pureté est la créatrice de la vmltte. Cebu
j?-unesse,~t tandis ~Iue ses malheureux camarades égarés 'lui sait se vaincre, Pi3rsonne ne peut le. v~i~cr~, ~es
héroïques martyrs du christianisme pn~Itif etaIent
ont délapl~é)a mel1!eure partie de leurs forces spiri-
tuelles et Viriles dans l'imQureté et maintenan~ pleurent le plus souvent, et ce n'est pas un hasard, vtel'ges, et ont ,
reçn ce titre magnifique: Virgo et martyr,
23 8 L'AME SOURIANTE. - LES YEUX ÉTINCELANTS L'AME SOURIANTE. - LES YEUX ÉTINCELANTS 239
A Lucerne, se dresse un magnifique monument ,:elui que les instincts aveugles du corps, le péch(
(œ~vre de !horwaldsen) en l'honneur des sept cents. l'impureté, ont jeté dans les chaînes du' plus pénible
SUIsses qUI moururent en défendant Louis XVI ' !sclavage. En effet, n'est pas un homme libre, cel~i
un lion expirant défend de sa patte droite le lis, emblèm~ :J.ui fait ce qu'il veut, mais bien celui qui peut voulO1r
des Bourbons; au-dessous il y a cette inscription : :e qu'il doit faire, celui qui peut se commander à
« Helvetiorum fidei et virtuti )), à la fidélité et au courage lui-même et ensuite peut obéir à ses comm.andements.
des Suisses.
Vivre dans l'immoralité - est-ce la liberté? Sais-tu
Mon cher fils, dans ton âme aussi fleurit le lis de' alors quel est le peuple le plus libre? Un troupeau de
la pureté, si tu le gardes, ce n'est pas Thorwaldsen porcs dans une mare.
qui t'élèvera un monument, mais tu recevras en Combien de jeunes gens répètent : « liberté, liberté
récompense une vie de concorde et de bonheur. chérie )l, mais seul l'adolescent à la vie pure peut
Magnifique épanouissement d'une jeune vie pleine' apprécier et comprendre la vraie liberté, car la vraie
d'espérance! Espérances, désirs, aspirations célestes d'une -liberté consiste dans la liberté de ['âme.
âme humaine née pour l'éternité! Ah! qu'elle est belle la Ah! mon cher fils, si tu pouvais toujours conserver
génération des chastes! « Aucune compensation _ ton âme pure! Si tu pouvais toujours rester le guerrier
s'écrie la Sainte Écriture - n'est digne de l'âme victorieux de ces luttes pour la liberté de ton âme 1
chaste » (Ecclésiastique, XXVI, 20). « La pureté est la Garde bien ce livre pour plus tard aussi. Lorsque
source de toute beauté )) (Comte Étienne Széchenyi. tu seras à l'université ou que tu auras acquis une situa-
Mémoires 36).
tion, prends-le avec toi et si les tentations t'entourent,
Ah! si les jeunes gens savaient quelle SOurce merveil. relis-le. Bien des jeunes gens y ont puisé force, courage
leu se de forces est la chasteté conservée intacte comme' et persévérance pour rester purs.
ils ne la rejetteraient pas si légèrement! '
Et puisses-tu aussi te faire au milieu des autres le
propagandiste de ces magnifiques sentiments! Regarde,
mon fils, combien il y en a pour se débattre, s'enfoncer
Liberté, liberté chérie! et étouffer dans ce triste péché. Peut-être en connais-tu
parmi tes camarades. Ah 1sois leur ange gardien 1 Mets
ce livre entre les mains du plus grqnd nombre possible
La liberté fait impreSSIOn sur les j~unes gens. C'est
de grands jeunes gens. Qui sait combien tù en sauveras
bien, c'est aussi ce qui leur convient. Mais y a-t-il
ainsi de la perdition! Lorsque un jour tu remarqueras,
homme plus libre que celui qui sait avec une puissance
au cours de ta vie, la foule immense des propagan,distes,
supérieure mettre de l'ordre dans le sanctuaire de
des compagnons, des auxiliaires du péché, de l'ordure,
son âme et garder son âme des mouvements inférieurs?
de l'impudicité; lorsque un jour tu verras la foule des
Et y a-t-il un esclave plus mi~~rabIe au monde que
corrupteurs des âmes ,e t des apôtres de l'im~10ralitél.
240 L'AME SOURIANTE. - LES YEUX ÉTINCELANTS L'AME SOURIANTE. - LES YEUX ETI NCELANTS 241

que s'enflamment en toi une sainte indignation et une une rosée rafraîchissante sur les bourgeons naissants
énergique résolution: « Si d'autres peuvent corrompre de l'humanité. Oui, sur le visage d'un adolescent à
les âmes, moi, j'essaierai de les rendre meilleures. Si l'âme pure, à la vie pure, se reflète la beauté du ciel;
·d'autres peuvent perdre .les âmes, moi, j'essaierai de et le païen Platon écrivait déjà : « Que nous faut-il
les sauver ». Quelquefois des jeunes gens font à cet pour voir Dieu? La pureté et ·la mort ». Le ciel sans
égard davantage que n'importe quelle autre personne. nuage n'a pas le même sourire au point du jour; les
Pàrce que tu es encore jeune, les autres jeunes gens étoiles n'ont pas le même éclat dans la nuit; les pales
ouvrent plus aisément devant toi leur âme. Dès qu'on de la rosée matinale n'ont pas la même splendeur; le
-commence à te parler pour la première fois de choses ruisseau de la montagne n'a pas la même pureté de cristal
immorales ou même si on y fait seulement allusion, - peut-être le regard des anges serait-il pareil, s'ils
toi, d'un ton infiniment grave, avec une sainte émo- avaient un corps. L'âme d'un ange couverte des fleurs
tion, mais aussi avec fermeté, tu l'avertiras; peut-être du printemps apparaît dans ces yeux; la sérénité d'une
préserveras-tu ainsi ton camarade de la première âme pure, que ne ternit pas la poussière, brille dans ces
<:hute. Et quelle joie plus noble puisse s'épanouir dans yeux candides. Et si le reflet de l'innocence naturelle
ton cœur, quand le soir tu pourras remercier Dieu involontaire et de la pureté de l'âme sur un visage
,dans ta prière: « Je Vous remercie, Seigneur, d'avoir de petit enfant est si beau, combien plus émouvant
pu sauver Une âme aujourd'hui ». Parle à tes camarades est-il dans un jeune homme dont la vertu a dû être
.avec une chaleureuse conviction, mais surtout parle- achetée au prix de rudes combats soutenus virilement.
leur par l'exemple de ta pureté de vie. Et qu'une Tu connais ces graves paroles de Gœthe: Il De grandes
grande joie inonde ton âme à la pensée que, par tes pensées et un cœur pur, voilà ce que nous devrions
paroles, tes exemples ou le prêt de « La chaste ado- demander à Dieu » (Wilhelm Meisters Wanderjahre,I
lescence », tu peux conserver un membre utile à la patrie 10). La vie chaste crée l'harmonie entre la partie
'e t une âme immortelle à la vie de la grâce. inférieure et la partie supérieure de l'homme. L'âme
pure est le plus précieux trésor de Fhomme, la base
d'une vie héroïque, une étincelle, et la plus belle mani-
festation de la ressemblance avec Dieu.
Volonté. - Force. - Victoire. A peine y a-t-il au monde une chose plus sainte qu'un
jeune cŒJlr préservé du péché.
La noblesse et la liberté d'âme donnent aux regards
de l'enfant innocent un charme tel que les plus grands « Reste éveillé ».
peintres du monde, lorsqu'ils veulent représenter les
anges - donc une beauté surnaturelle - leur ont Il est possible, mon fils, que tu reviennes de loin
,dQnné des visages d'enfants~ Ces traits souriants s0nt et que le spectre des années passées dans le péché

Chaste Adolesc. 16
242 L'AME SOURIANTE. -:- LES YEUX ÉTINCELANTS L'AME SOURIANTE. - LES YEUX ÉTINCELANTS 243

t'épouvante. N'importe. Si un jour tu as retrouvé le penséeJ le Très Saint Sacrement. Et après, c'est comme
Seigneur, reste toujours avec Lui. Si tu t'es réveilh si ma 'poitriqe a11ait se briser, et p.rosterné je répète:
d'un rêve affreux, demeure éveillé. Lis seulement Seigneur, qu'il fait bon ici ... Je voudrais déverser
cette lettre débordante d'une joie immense que m'a mon âme dans la tienne, frère infortuné. Est-ce que
écrite un jeune soldat, lorsque, après des années de ie monde t'a déjà donné de pareilles joies? C'est en
chutes morales, il eut retrouvé le Seigneur Jésus : vain que tu me dis qu'il- te les a données. Moi aussi
« .•. Je tombais toujours de plus en plus bas. J'entrai j'ai passé par le même calvaire, c'est-à-dire le péché,
une première fois à l'hôpital; ce ne fut pas suffisant; c'est-à-dire la fange, que toi (Mon Dieu, si seulement
j'y retournai une seconde fois, ce ne fut pas encore je ne pouvais pas dire cela de moi t), mais après ces
suffisant; j'y rentrai une troisième fois... Alors je me instants dè jouissances, je regardais, les yeux fixes,
dis : Ce sera la dernière fois. - vers l'aven1r, et je cherchais où se trouvait un bonheur
Lorsque je sortis de l'hôpital, je me rendis aJ.! con- plus long, plus durable ... Maintenant le triste passé
fessionnal. Ce fut ma résurrection. Mon Dieu, queUe ne me semble plus qu'un lllauvais rêve; dans ce rêve,
confession! Tout le bonheur de cette terre, des milliers mon sourire, ma gaieté avaient disparu et mon visage
d'années de jouissances ne peuvent procurer autant était plein de tristesse, mais cette douleur n'était
de bonheur que celui que je ressentis après la sainte pas comme celle d'autrefois; c'est la douleur d'avoir
communion. Je menai jusqu'au bout ma pénible tâche; jadis commis tant de péchés. Je suis comme un homme
trois fois, je retournai au confessionnal; mais je voulais qui s'éveille d'un mauvais rêve et' je dis: Mon Dieu,
réussir, il le fallait. Je suis un soldat au cœur r!lde, et il est bon que je me sois réveillé ... Mon frère, reste
pourtant, devant l'autel, je me suis mis à pleurer. J'ai éveillé! »
pleuré comme un petit enfant. Tant que je 'n'avais Reste éveillé et sois heureux, gai, de bonne humeur 1
pas été à l'hôpital, je cherchais le bonheur dans · le La joie pure et véritable est un excellent auxiliaire
péché; et quand j'avais durant quelques instants (' . dans nos hitte!; contre l'impureté. Où ne brillent pas
que je croyais être le bonheur, je me retrouvais aprè~ les rayons du soleil, apparaît la moisissure, l'atmosphère
cent fois plus malheureux. Il me manquait ' quel qUi! est chargée de miasmes, et des bandes de cl~portes
! chose et je le cherchai là où je ne le trouverais jamais. et autres insectes fourmillent à fois.oh. La moisissure
Maintenant j'ai trouvé un bonheur durable. Et du péché, l'air empesté de la débauche, les cloportes
mon bonheur, je voudrais le faire sentir à chacun de de l'impureté, surprennent plus aisément l'âme triste
mes jeunes camarades égarés, la verser dans son âme, et morose. Plus ton âme est pure, plus la bonne humeur
pour qu'il voit quel bonheur il échange pour un vil doit se · traduire en un rire argentin sur tes lèvres.
plaisir d'un. instant. Mon frère, il est ind"escriptible Gar qui poùrrait être de mei1leu~e humeur qu'un
le bonheur que j'éprouve. Les jours avant la sainte jeune homme à l'âme pure, aux pensées tournées
communion je suis impatient, et je n'ai plus qu'une vers l'idéa!et aimant Dieu! Jelines gens, démentissez
L'Al\J!E SOURIANTE. - LES YEUX ÉTINCELANTS 245
244 L'AME SOURIANTE. - LES YEUX ETINCELANTS
tes difficultés de l'adolescence, un autre ne le fait
~ette idée erroné.e que le péché donne la joie et qu'un qu'avec de rudes combats. Tes instincts déferleront
Jeune homme dOIt recourir au péché, s'il veut du plaisir. peut-être contre toi avec une fureur telle que tu seras
Ah 1 mon cher enfant, essaye seulement, et tu consta- presque paralysé d'épouvante : impossible de garder
teras que tous les plaisirs promis par le péché et ses la pureté de mon âme. Non, mon fils, ne pa~le ~as
appâts trompeurs ne sont rien à côté de la douceur ainsi. Car tu sais bien que tu peux remporter la VIctOIre,
~e la joie, de la paix, qui se répandent dans l'âme d'un
que tu peux arriver à l'autel de ton mariage, pur de
Jeune homme chaste. D'un jeune homme qui l'âme corps et d'âme. Tu le peux - mais au prix d'un dur
tranquille, ose regarder :Jans les yeux Notre S~igneur travail. Au prix de" généreux sacrifices, d'une vigilance
Jésus-Christ. perpétuelle, d'une persévérance inlassable. Prends
pour devise celle que la province néerland~ise ~e
Tu le feras, n'est~ce pas? Zélande, en lutte perpétuelle avec les flots, a mscnte
dans ses armes : « Lucto1- et emergo ll, je lutte, mais
toujours j'élève victorieusemen la tête au-dessus des
Le dernier mot que je veux t'adresser dans ce livre
m?n fils, ne pe~t être que celui-ci : garde ton précie~ "lagues.
Ce livre t'a parlé en toute franchise: tu peux vi~re
tresor, la purete de ton âme juvénile. Si daris le passé chaste, tu dois vivre chaste, mais ce n'est pas chose facde.
tu a~ été obligé .de déplorer des chutes, commence dès Il est préférable que tu saches d'avance ' que l'homme
à present une vIe nouvelle. N'oublie pas mes paroles: n'est pas né chaste, mais qu'il le devient au prix de durs .
~er~onne ?'est perdu sans remède, sauf celui qui combats, c'est-à-dire que dans le monde actuel seule
abdIque. SI profondément que tu sois tombé mon fils une lutte héroïque peut lui permettre de garder la
il est possible de revenir. Car si nous pouvons c~mmande; chasteté totale jusqu'au mariage. Ta raison te dit bien:
aux o~des électriques, nous pouvons incontestablement reste pur; la religion te dit: reste pur; mais le monde
soumettre à nos ordres les vagues de nos passions. actuel, les idées frivoles actuelles, les milliers de tenta-
?~rde ton âme pure, comme ton bijou le plus tions actuelles, les instincts de ta nature portée au
precIeux. Les perles et les pierres précieuses l'émeraude
1e sap h'.lr, le. rubis, sont extrêmement délicates;
, . péché te chuchotent à l'oreille :~ne le reste pas, ne le
si on
les porte souvent, si on les touche, si on les expose aux reste pas. .
Et pourtant, il faut que tu restes pur, car la récom-
rayons du soleil - elles perdent leur éclat et leur pense qui t'attend est digne des plus grands combats
couleur. Aussi les garde-t-on enfermées dans un La plus belle récompense du courage, l'ordre de
~euble spécial. La pureté de ton âme se ternira aussi, Marie-Thérèse, ne peut être gagnée qu'à la bataille.
SI tu. ne la gardes pas. Tous, durant leur jeunesse, Le chemin qui conduit vers les cimes, vers les hauteurs
sont Jetés dans les combats par la nature qui se déve- de l'âme, Sénèque déjà reconnaissait qu'il n'était pas
loppe en eu'X. Un jeune' homme traverse assez faCilement
246 L'AME SOURIANTE. - LES YEUX ÉTINCELANTS
L'AME SOURIANTE. - LES YEUX ÉTINCELANTS 247
facile : « Non est ad as/ra mollis é terris via ». Mais la un don de Dieu, ce ne peut donc pas être un péché,
force morale que tu auras acquise pendant ta jeunesse mais seulement une chose sainte. Et ta vigilance et
auréolera de joie et de bonheur ton âge mûr.
tes luttes perpétuelles durant ta jeunesse ne sont pas
Que dans les tentations les plus violentes tu puises dirigées contre les choses sexuelles comme telles, mais
ta force de résis,tance dans cette pensée. En ce moment, pour les èonserver pures et sans taches, jusqu'au
ce ~'est pas seulement pour moi que je lutte, mais , moment où conformément à la volonté de Dieu tu
aUSSI pOI.lr mes descendants. Ah! quelle grande joi~' auras le droit de t'en servir, jusqu'au mariage
pour mOl, quand, vingt-cinq ou trente ans plus 'tard Et si maintenant tu suis les conseils de ce livre,
mon fils dans l'adolescence pourra me dire: '
plus'tard, l~rsque ton sang si ardent se sera refroidi
« Je te remercie, père chéri, d'avoir lutté si durement à la suite de l'expérience de l'âge mûr, tu penseras
pendant ta jeunesse, contre les tentations impures' avec reconnaissance qu'autrefois, dans ta jeunesse,
et de m'avoir ainsi rendu la lutte plus facile. '
tu as lu un livre, dont tu ne te rappelleras plus l'auteur,
Je te remercie d'avoir conservé jalousement ta dont tu ne sauras plus le titre, mais qui t'a préservé
pureté juvénile et d'avoir ainsi nourri en moi la sainte de graves erreurs et de la ruine morale.
flamme du désir d'une vie chaste.
Mon cher fils, j'ai passé des années parmi.Ia jeunesse.
Je te remercie d'~voir veillé sur la blancheur de ton J'ai vu bien des jeunes gens se développer comme
âme et c'est à tes luttes victorieuses que je dois mes des bourgeons débordant de sève; j'ai vu des jeunes
yeux souriants.
gens s'élancer, vers les cimes comme de jeunes chênes
Je te remercie d'avoir tenu d'une main ferme tes pleins çle promesses; mais j'ai vu tant de ces belles
instincts pendant ta jeunesse' et c'est à toi que je dois promesses ' réduites en poussière, hélas! j'ai vu ces
mes , muscles d'acier, mes nerfs soli 'fries , ma bonne
sante ». bourgeons vigoureux, ces chênes élancés, rongés .par ,
un ver mystérieux. Or, beaucoup d'entre ' eux n'avalent
Les journaux sont pleins de réclames de fortifiants fait leurs premiers pas sur la route du péché que par
et de dépuratifs: « Prenez de la bioforine, de l'hémo-
ignorance et par légèreté, parce qu'il n'y avait eu
globine, etc... et vous vivrez longtemps ». Sais-tù
personne pour les avertir à temps. Mais je crois ferme-
quelle est la meilleure garantie d'une bonne santé et
ment q~'il y aura des jeunes gens, dans la vie desquels
d'une longue vie? C'est une jeunesse chaste et que n'a
pas flétrie l'impureté. ' , les pages sérieuses de ce livre marqueront un tournant
àécisif, la rupture avec le péché et une vie nouvelle :
Je pense que tu as pu le voir assez clairement dans 'la vie idéalement belle de« la chaste adolescence ».
mon livre : la vie sexuelle n'est pas une invention
diabolique, ni une chose honteuse, mais au contraire
un don noble et saCré du Dieu Créateur, une marque'
de grande confiance à l'égard de l'homme. Si. c'est
(24 8 L'AME SOURIANTE. - LES YF.UX ÉTINCELANTS
L) AME SOURIANTE. - LES YEUX ÉTINCELANTS 249' ·

Oui, ces jeunes gens deviendront de plus en plus


Une génération no~velle. nombreux; cette sainte flamme jadis timide s'étend de
\ plus en plus; la bonne odeur du Christ se fait de. plus
! én plus sentir; oui, la chaste adolescence est aujourd'hui
lfne épo.que touche à son déclin. L'époque qui déjà une ravissante, une grande, une sainte réalité. Il
avaIt orgueIlleusement gravé sur son front les mots dépend de toi, mon fils, que le nombre de ces héros,
cc sci:nce » et « industrie ». Elle avait pour maxime:
devienne encore plus grand.
la SCIence et la science seule. Mais cette science a brisé 0, pureté morale, la plus belle parure de l'âme
beaucoup de nos valeurs. - -
humaine! Triomphe des milliers de pièges des plaisirs
Que vienne maintenant une génération nouvclle f sensuels et mets sous ton joug suave notre plus pré-
Une générati?n jeune qui porte sur .son front le signe cieux trésor, cette jeunesse au corps robuste, à l'âme'
de la beauté d âme et dont les yeux brillent de la flamme d'une beauté idéale. Mes amis, debout sous l'étendard
de. la. pureté morale. Qu'elle vienne cette jeunesse, et du lis de la pureté - pour votre bonheur physique
pUISSIOns-nous saluer son triomphe! .
et moral, pour votre avenir, pour notre génération"
Peut-être des camarades pervertis viendront-il; pour notre patrie 1
s~ayer de te décourager: « ce n'est pas la peine de
faIr: tant d'efforts, ce n'est pas la peine ... Il n'y a pas
de Jeunesse chaste au monde ... L'un tombe ,dès le La sainte volonté.
collège, l'autre à l'université ... mais aujourd'hui per- "
sonne ne reste plus chaste jusqu'au' mariage... Il Mon ' Lorsqu'en Chine une jeune fille meurt · vierge~
fils, croi~-bien ce que j'écris en ce moment: Oui, il . ses parents ont le droit d'élever en son honneur un arc
y. a des Jeunes gens au collège, à l'université, et des , de triomphe avec cette inscription : « Schoeng Dsche )l,
Jeunes gens qui ont conquis leurs diplômes, qui d'un c'est-à-dire cc la sainte 'l.'olonté )J. Cét arc de triomphe
front vainqueur livrent chaque jour sans défaillance signifie que la sainte volonté a conduit cette jeune
la lutte pour leur chasteté. Oui, il y en a - et, leur enfant saine et sauve à travers la vie. Cette forte el
nombre croît ?'année en année - qui savent passer sainte volonté est le bon génie de tout adolescent qui IL

avec une âme Immaculée à travers les mille tentations veut conserver une pureté inaltérable dans les luttes
du ~onde actuel 'et qui apporteront le jour de leur de sa jeunesse. Il mérite bien qu'on lui élève un arc
manage à leur blanche fiancée, non pas un corps ruiné de triomphe, lorsqu'il entrera avec son âme immaculée
ni un ~an? gâté ni une âme flétrie, mais la couronne dans la patrie de l'éternelle pureté.
de. l~ VIctoIre, remportée triomphalement dans les luttes As-tu, mon fils, cette « sainte volonté Il? La sainte
spmtuelles : un corps jeune et robuste, une santé-de volonté de combattre avec une persévérance inébran-
fer, un cœur ardent, une âme pleine d'idéal. lable, un courage indomptable, dans les rangs de cette
250 L'AME SOURIANTE. - .LES YEUX ÉTINCELANTS L'AME SOURIANTE. - LES YEUX ÉTINCELANTS 251

.chaste jeunesse qui, le visage enflammé par la victoire, Maintenant dortne-moi la main .. . Regardt'l-moi dans
brandit contre toute impureté et toute légère~é morales, les yeux ... longuement, fermement .. . c'est bien.
l'étendard blanc comme la neige d'une pureté sans Et dis:
tache; ou bien combats-tu dans l'autre camp, parmi
ceux qui sont revenus et qui veulent se corriger, qui, Je continuerai à rester sur le chemin de la pureté.
au prix de leurs tristes chutes, savent à présent aimer Ou bien - si peut-être il faut que tu parles ainsi --
plus que toute autre chose le. bonheur sans exemple ,dis ceci:
de la vie chaste. As-tu cette sainte volonté? Ou bien,
si tu l'as perdue, tu la retrouveras, 'n'est-ce pas? .'le rentrerai dans l'armée des lis .. .
J Tu seras fort, mon fils. Tu veilleras sur la pureté
de ton âme. Oui, n'est-ce pas?
Vois-tu: la vie pure, c'est la force; la vie pure, c'est JE VEUX •. • JE VEUX ... ~TRE CHASTE.

la joie; la vie pure, c'est la noblesse; la vie pure, c'est


la liberté; la vie pure, c'est la beauté; - cela vaut donc
la peine de lutter pour elle.
Lorsque je t'imagine ainsi devant moi, et que, en
signe d'adieu, je te regarde encbre une fois profon-
dément dans les yeux, et que je te vois comme une voile
poussée par le vent, comme la promesse d'une belle
aurore, mais que je prévois les grandes tempêtes
morales, les épreuves et les tentations qui fonderont
sur toi au cours de ta jeunesse, de mon cœur surgit
-cette fervente prière :

« Tu es pur, beau, intact,


Comme la rose;
Quand je te regarde, mon âme pleure
Et mes yeux sont pleins de larmes.
Je mets ma main 'sur ta tête, et prie
Le Père céleste /

De garder pur et blanc comme neige


Le lis de ton cœur. »
Mon fils, j'ai confiance en toi. Une grande confi~"ce.'
TABLE DES MATIERES

AVANT-PROPOS..................................... ............... 5
PRÉFACE DE LA QUATORZIÈMB ÉDITION........ . ............... 9
Les deux lacs............ ... ........... ............... . ............ II

CHAPITRE PREMIER
LES PLAN DU CRÉATEUR

Le premier homme et la première femme ...... .. ....... 14


Les plans du Créateur..... .. ................................... 15
·L a source de la vie ...................... .... ............... .... 18
La mère et le fils .... .. .. .. ......... .... .. ....... ,............ . .. 19
Sainte gravité ...................... .. .... ... ........ .. ,.... .. ...... 22
.L e péché d'impureté. .. ... .... .. . ... .. ..... .... .. ......... .. ... .. 26
Le saint mystère... . ............. . .. .. . .... .. .. ... ...... . ... .. ... . 27

CHAPITRE II
OU IRAI-JE

A la croisée des chemins.......... . .. .. .. . . ... . ... ............. 33


De l'enfance à l'adolescence.~.................... ............. 3S
'Ton organisme se développe ....... .... .. .... .. .. .... .. ...... 36
Lorqu'avril est au-dedans de toi....... ............. .. .. ...... 38
Idées nouvelles, désirs inconnus ........ .... . .............. 39
Le premier amour .................................. ....... .. ..... 42
,Ce développement fait partie du plan divin ............ 43
Pur jusqu'à l'autel, fidèle jusqu'à la tomQe.......... .. ... 4S
Dans le danger, dans la tem~ète ............ . .... . .. ....... 47
254 TABLE DES MATIÈRPS TABLE DES MATIÈRES

Pour l'intégrité du lis .... ..... ....... ...... ... .... .... ...... .. . 121
CHAPITRE III Le glaive flamboyant de la nature .. ...................... . .. 123
Pour le bonheur de ton âme ........ ..... · .................. .. 124-
GELÉE D'UNE NUIT DE MAI· A la vie - à la mort ........ ........ .... ....... .. .... ... ..... . 126
Résiste! ................ ...... ........... .... . .......... .......... . . 128
Qui est le lâche? .............................................. .. 13°
Sür 1a pente .................................................... ..
Laisse-les 1 ........................................................ . 133
Avec les copains .... .. ..... .... ....•..........• ; •...•.... ~ •.... ; ..• A moi cela ne fait pas de mal ............................ .. 135
La .crise ••••...... . .... .. .............•..... ••. ••. •• .•••....••...•.•.• Le seul remède : éviter le péché ............. .. ......... · .. 13 6
La ruine du temple ............................................. .
Un coup de balai, s'il vous plait! ...................... .. 139
Jeunesse en haillons ......................................: ...... .
Contre le couront ............................................... . 14 1
Sur le chemin de la perdition .............................. :
Sous la feu de la raillerie ...................................... . 14 2
La loi de la pesanteur ......................................... .
Ce n'est pas vrai 1 Mille fois non 1 ......................... .. 145
Dans les màrais de Mazurie ......... .. ................ ....... .
Ne joue pas avec le feu .............. · ........ · ............ · .. 146
Profite de la jeunesse ........................................ .. IS°
Chasteté ' et santé .............................................. .. 15 1
CHAPITRE IV Ce que dit la science médicale ........................... · .. 153
AU FOND DE L'ABIME Dieu et la nature ......................... ........... .. ......... .. 157
Qui ne peut rester pur ..................................... .. 159
Le chêne brisé ................................................... 67
« Rien qu'une fois? II .................................... :...... 7l CHAPITRE VI
Le premier faux pas ................................................ 7C
Descensus averni ............................................... :. 74 LUTTE ET AIE CONFIANCE
Les élèves « au courant)) .............................. ;..... 77
Pourquoi « il n'y a pas de· Dieu ll?.........................
8C)
Vie pure! Ame pure! ........................................ .. 162
Est-ce la joie? Est-ce le bonheur? ...... ........... ....... 83
L'arbre rongé par le ver ........ .............. ..... ......... ........ 84 Sans la volonté il n'y a pas de péché .................... · 164-
Châtiments physiques .......................................... 86 Justifie-toi toi-même ................ · .................. ......... . 167
Pourriture vivante ....... ;... ........................................ 89' La contagion de l'immoralité ................... · ........ · .. .. 17 1
174-
Terrible responsabilité......... .............. ............. ......... 93 Tes lectures .... . ...... ... ······· ···· ······ ················ ······ ····
Tes pauvres enfantsl ..·........... , .................................. .. '95 Livres ........................................ . ........ ............ .. 176
Journaux ......... ... ..... ··· .. · .......... ·· .. ·· .. ···· .. ·· ...... · .. ··· 17
8
Espérances brisées·; ......-............................................ ,97- 179
Suicides d'étudiants ..................................... .......... t·oS Tableaux ........................................................... .
Théâtre, cinéma ... ..... ..... · .. ·· .. ··· .... ··· .. · ...... ·· ........ .. 182
Danse .............................................................. . 184
187
CHAPITRE V Sois chevaleresque .............. ····· ···· ·············· .... ·······
En compagnie des femmes ...... ....... ·· .. · ...... ·· .. · .. · .. .. 188
·L A LUTTE CONTRE LE DRAGON A SEPT TitTES Ta blanche fiancée ........ ................. ..... .... ........ .. , 1 89
, Aime 'la qropreté .............................................. .. 19 0
Meurs et ressuscite ................................ ........... .. 1.9 1
Ret.our possible ... , ................................................ I I I, Le rachitisme de l'âme .... ... .... .... ..... .... ................. . 193
Encouragement à la lutte .......... ............. ................ 113.
L'aigle délivré ................................................... 1.1$ Fortifie ta volonté .. ... ........ .... ··························· .. ·· 195
Joi" de la victoire .............. : .... ·· .... · .. ·· .. · .. .. · .. · ...... · 197
Pour l'àvenir de ,notre patrie .......................... : ..... . : Us.·
TABLE DES MATIÈRES

Sur la terre, mais non pas de la terre ..................... 202


Celui qui ne sais pas mentir ................................ '. 203
Fortifie ton corps ................................................ 204
L'endurance dans la douleur ................................. 207
Un g~nr~ de. vie. ~ygiénique ................................. 209
Ne SOIS JamaIs oIsif .........,.................................... 214
Aime la nature ................................................... 217
Quelques conseils médicaux , ................................. 219
Un père et un aIl1i ............................................. 221
Aux sources d'une vie nouvelle .............................. 224-
Le Seigneur est avec moi .................................... 226
c Et après? » ...................................................... 230

CHAPITRE VII

. . L'AME SOURIANTE - LES YEUX ÉTINCELANTS

La plus grande victoire .................................. ' ...... 234


Ah, quelle est belle la génération des chastes 1 ......... 235
Liberté, liberté chérie l.. .................................... ,... 239
Volonté - force - victoire ................................ 240
« Reste éveillé »................... ....... ,...................... 241
Tu le feras, n'est-ce pas? ...... ........ .. .............. 244
Une génération nouvelle ....................................... 248
La sainte volonté ;...... .......... .... .. ................. 249

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