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LA CHASTE ADOLESCENCE

LIBRAlRIE ALPHONSIENIllE . SA INTE-ANI-lE-DE-BEA UP RF.
LIBRAlRIE ALPHONSIENIllE
. SA INTE-ANI-lE-DE-BEA UP RF.
Mgr TIHAMER TOTH Professeur à "Université de Budapest Du même auteur et dans la même
Mgr TIHAMER
TOTH
Professeur à "Université de Budapest
Du même auteur et dans la même collection:
A la Jeunesse Catholique
LA
CHASTE
Le caractère du jeune homme.
L'éducation du jeune homme.
,ADOLESCENCE
Dans la belle nature de Dieu.
TRADUIT DU HONGROIS
par l'abbé Marcel GRANDCLAUDON
licencié ès-lettres
QUATR.I~ME ~DITION R.EVUE ET AUGMENT~e
ËDITIONS
SALVATOR
MULHOUSE
(Haut-Rhin)

i-vIHIL OBSTAT :

E. DER'UME, can., /ibr. cens.

IMPRIMATUR

-Tt>Nraci. die :15 Fe"'. 1937.

J.

LECOUVET,

vic. gm.

Imprimé et publié en conformité d'une licence décernée par le Commissaire des brevets sous le régime 'de l'Arrêté exceptionnel sur les brevets, les dessins de fabrique , le droit d'auteur et les marques de cO~lmerce (1939). G, F . M.

Imprimé au Canada

Printed in Canada

AVANT-PROPOS

MON

FILS!

Près de mon bureau viennent souvent s'asseoir de jeunes étudiants. A peine l'année scolaire commencée, commencent aussi pour moi les visites de jeunes gens. Les nouveaux frappent timidement à la porte, les anciens, les con- naissances, frappent avec joie et hardiesse. - Ils s'asseoient près de mon bureau et dans le calme et le reGueilIement de ma chambre s'ouvre le précieux royaume fermé par mille serrures d'une âme de jeune homme. Lorsqu'ils raconterit leurs ennuis, bien petits (mais qu'ils aperçoivent avec un abattement infini), lorsqu ' ils se lamentent sur leurs mill e petites difficultés (mais qu'ils prennent terriblement au sérieux), lorsqu'ils mettent à nu leur jeune âme avec ses grandes tempêtes, ses profonds problèmes et que les yeux grand s ouverts ils disent avec élan: donnez-moi un conseil, que dois-je faire? c'est dans ces moments inspirés <J.ue j'ai appris

à connaître que l'âme du jeune homme est un immense champ de diamants spirituels qui renferme la promesse d'un développem ent futur illimité et po ur nous, les

adultes, c'est non seulement un saint devoir, mais aussi un grand honneur de contribuer à ce développement. " Celui qui ne s'occupe pas de la jeunesse ne soupçonne

AVANT-PROPOS

. pas à combien de questions, de combats, de faux pas et - certainement aussi de naufrages définitifs - est exposé le développement de vos âmes, jeunes gens, ni combien dans les tempêtes du printemps de la vie, la barque de votre âme a besoin d'une main robuste pour gouverner dans la bonne direction. Lorsque j'ai voulu fortifier ceux qui sont en pleine lutte, apaiser les orages de leur âme, les soulager de mes conseils dans leurs doutes, les retirer de la fange d'une main ferme, il m'a semblé que non seulement un jeune étudiant était assis près de moi, mais que des miIIiers de jeunes gens à l'âme attachante, ~uxyeux pénétran·ts, étaient dans tout notre pays aux prises

avec les mêmes graves questions et peut-être ne savaient où trouver réponse, consolation, conseil, éclaircissement et ainsi abandonnés à eux-mêmes étaient obligés de

soutenir

l'adolescence.

une

lutte difficile à l'âge critique de

Telles sont les idées qui ont donné le jour à cette

série d'ouvrages"

A

LA

JEUNESSE

CATHOLIQUE

l)

(1).

Je sais bien que la parole imprimée n'a pas la puis- sance de la parole vivante, mais peut-être ne sera-t-il pas inutile de réunir partiellement en quelques livres les pensées que j'ai coutume d'exposer à mes élèves.

Je

ne sais

pas

comment

tu

t'appelles.

Je

ne sais

pas dans quelle école

 

tu

vas

:

au

collège,

à

l'école

primaire supérieure,

à

l'école

industrielle,

à

l'école

de

commerce,

à

l'école

normale

ou

peut-être

,1

l'Université.

Je

ne

sais

de

toi

qu'une

seule

chose.

C'est que

tu

es

1111 jeune étudiant,

qui

portes

dans

(1) On~.égalcment paru d"

cette sé rie, Le Chrisl et la Jeun esse.

-

. La Re Igl&11

el la JCII11CS S{· . -

SOIS Sobre. -- Fumeras-tu.

Le Came/ère dll Jeulle Homme _

AVANT-PROPOS

7

ton âme le sort futur de la nation, qui

par de graves problème~ auxquels nous avons le très saint devoir de donner des réponses sérieuses. Car il n'y a rien de plus noble en cette vie que d'ouvrir la source de la vérité éternelle aux âmes assoiffées. Fonder des royaumes ne peut pas être un plus grand mérite devant l'humanité, bâtir des églises ne peut pas être plus agréable devant Dieu que préserver de la ruine par ses conseils une seule âme de jeune homme, le principal espoir des états, le « temple vivant », de

Dieu. Chaque lettre de ce livre a été écrite par amour de ton âme et la persuasion que remplir d'un sublime idéal une jeune âme renferme en soi une valeur éter- nelle. Cet amour mérite que tu réfléchisses sérieu- sement sur ce que tu pourras lire dans ce livre. Et la plus grande récompense de mes efforts serait que ces lignes aient pu remettre ou maintenir sur le bon chemin ne fût-ce qu'une âme d'adolescent.

~ préoccupé

L'AUTEUR.

PREFACE DE LA QUATORZIÈME EDITION HONGROISE Ce livre a attemt en 'six semaines sa seconde
PREFACE
DE LA QUATORZIÈME EDITION HONGROISE
Ce livre a attemt en 'six semaines sa seconde édition
et deux mois plus tard sa troisième édition. Succès
extraordinaire pour un ouvrage pédagogique. Marque
du goût de notre jeunesse pour les livres sérieux
d'éducation.
La première édition a été reçue dans tout le pays
avec le plus grand enthousiasme. Le ministre de l'Ins-
truction publique l'a recommandé à l'attention des
Établissements secondaires. La Fédération des Scouts
hongrois l'a recommandé comme lecture scoute. Le
comité des Lectures pour la jeunesse en a recommandé
l'achat aux bibliothèques scolaires. Il a été traduit
en plusieurs langues européennes (1) et même L'Œuvre
de l'éducation des aveugles de la capitale l'a fait trans-
crire en partie en caractères Braille.
Mais l'auteur a trouvé sa plus grande joie dans les
nombreuses lettres de remerciement qu'il a reçues
de jeunes lecteurs inconnus de tout notre pays.
« Que le Bon Dieu vous bénisse, Monseigneur.
autant de fois, écrit un jeune homme à l'auteur, qu'il
(1) Le présent volume a été traduit en allemand, anglais.
italien, espagnol. néerlandais. slovaque. polonais, lithuanien.
slovène et croate.

JO

PRÉFACE

y a-de lettres dans votre livre: non, autant de fois que votre livre a fait pousser de soupirs dans le cœur de la jeunesse. C'est le souhait affectueux d'un jeune homme qui regrette seulement que votre ouvrage ne soit pas venu dix ans plus tôt entre ses mains. » Aujourd'hui que sur le terrain économique, politique et moral le monde entier est ébranlé et menacé de ruine, la ·renaissance de la société ne pourra venir que <le la discipline morale et d'une vie idéale et pure. Et maintenant j'adresse ce livre en quatorzième édition à notre jeunesse hongroise, non pas tant pour éveiller des soupirs dans son cœur que pour faire grandir <lans son âme éprise d'idéal le désir d'une vie pure eti bien trempée.

L'AUTEUR.

LES DEUX LACS

Lorsque j'étais jeune étudiant j'allais souvent me 'promener au bord d'un lac dans la montagne rayo ns du soleil dansaient joy~use.ment sur s~n mlro~r ,cristaliin. Son onde pure laissait apercevOir la VIC -frétillante des êtres qui peuplaient son fond de gravier. D e gais petits poissons nageaient çà et là, pouvant à peine contenir leur joie au contact des chauds rayons .du soleil.

rive, les myosotis aux yeux bleus rêvaient

-ct les nénuph ars montaient gravement la garde avec leurs feuilles en lames de sabre. A la surface de l'eau les saules s'inclinaient avec dignité et d'un air méditatif jouissaient du ci.el souriant et sans ~ua?e qu~ s~ reflétait

' .à la s urface. Un souffle d'air fraiS circulait a t,ravers les branches et les roseaux baissaient la tête à son pas- :sage . L'étang de la montagn e était comme u~e âme ,de jeune homme débordante de vi e, de sounr~, de bonheur, comme un œil d'enfant grand ouvert, bnllant

L~s

Sur

la

:com me une étoile. Dernièrement, après de longues années, mon chemin :m'a ramené jusque-là. C'est avec épouvante que j'ai vu ce qu'était devenu :mon cher lac. Un bourbier fangeux d'un jaune verdâtre. ~Son eau était trouble et sale. Ce qu'il renfermait on ne Je voyait pas à cause des herbes, mais l' ~i r pestil~nti:l 'Alui ~;'c n dégageait trahissait la pournture qUI s y

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J2
LA
CHASTE
ADOLESCENCE
LA
d trouvait, De ' la vas
1
e montait '
es grenoutlles aux yeux à fleur de
e croassement endormi
'
d
'
tAt e e, quan
un
CHASTE ADOLESCEN-CE
voya?eur passait, des
reptiles hideux sautaient é ou-
vantes dans les herbes, et l'eau
p
O'
u e r ,sont les nénuphars Qui
d
f't'd el
montaient fièrementhl
~
gar
1 Où sont disparus les saules de la rive qui balançaient
eur~ couro~nes de feuillage?
?u .es; disparu le ciel bleu qui souriait, qui se réRé-
c h
Issalt a la surface de l'eau?
CHAPITRE
PREMIER
Tout, tout est disparu. C'est en vain que les roseaux
Pouss~nt Sur la rive, ils s'inclinent lâchement devan't
I
LES PLANS DU CRÉATEUR
m0111dre 1 . vent
d eso atlOn .
e
Ce
n'
,
.
est partout que pourriture et
• Et Dieu créa l'homme à son
.Et lm ondcœur ~'estserré: était-ce donc là le beau lac
.
• image; il l'a créé à l'image de
cnsta
l
111 e ma Jeunesse?
• Dieu : il
les a créés homme et
• femme. Et Dieu les bénit et il
• leur dit: Croissez, multipliez-vous
,
• et remplissez la terre .• (GENÈSE l,
,
• 27-28.)
Les yeux des J'eun
.
es gens
~ont aussI .
beaux que les
myosotIs et leur âme est
d
1.
comme un beau lac cristallin
e
a montagne.
Hélas! combien
plus
tard
d
d
Depuis des milliers d'années la terre poursuivait sa
route autour du soleil. Au dedans d'elle bouillonnait
encore la lave brûlante; avec des craquements épou-
eVlennent '
es
maral's
f angeux!
vantables elle brisait la croûte extérieure durcie, mais
le refroidissement progressait sans cesse
, A la surface
\du globe verdoyait déjà la forêt vierge, Le printemps
fleurissait avec un aspect éblouissant; les oiseaux chan-
taient gaîment sur l'aile des vents. C'était partout
C'est pour q'le to
A
.'
l'
~/lsta, mon fils,
Il allie reste toujours pure COJllllle le
que .l'ai. écrit ce lim·e. Car garder SOft
la vie, la force, l'énergie, l'activité
Seulement il
ame pure
et parvemr
am si à
l'âoe
d"
.
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nomme,
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A
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e tache de
la
v ic.
manquait encore quelque chose.
Quelque chose ou plutôt quelqu'un.
,Il n'y avait personne pour écouter le chant du rossi-
gnol. Il n'y avait personne pour respirer le parf\!m
------ G--_

LA CHASTE ADOLESCENCE

des fleurs. Il n'y avait personne pour savourer les fruits. Il manquait ['être intelligent et conscient qui absorberait toute cette beauté immense dans une âme avide' qUI ne seraIt pas seulement une pièce du grand méca- nisme de la nature, mais qui se porterait consciemment vers tous ces chants d'oiseaux, ces murmures de ruisseaux, le parfum des fleurs, le chuchottement des forêts, la dignité sévère des massifs neigeux, le bourdonnement des abeilles, et qui élèverait avec amour vers le Créateur de toutes choses sur les ailes de la reconnaissance une âme enivrée des beautés de la nature.

.

.

~

Le premier homme et la première femme.

C'est alors que Dieu créa le premier couple humain. Un homme et une femme. L'homme et la femme ~ont ~eux êtres complets en eux-mêmes et cependant Ils dOIvent se compléter l'un l'autre. Dans les deux sexes le Créateur a réalisé ensemble complètement l'idée d' « homme ». Chaque sexe a son caractère parti- culier, mais l'homme et la femme en se complétant mutuellement donnent l'idée complète d' « homme ». La marque caractéristique de l'homme c'est le travail créateur qui réclame du courage et de l'activité. Sa volonté est forte, son caractère ferme, persévérant dans ses résolutions. Il est rempli de joie, quand il peut braver victorieusement d'un front dur comme le granit les mille orages du combat de la vie. La femme serait écrasée par la lutte continuelle pour la vie. Le terrain le meilleur pour elle c'est le doux nid de la famille, où avec un amour inépuiiable

LES PLANS DU CRÉATEUR

et un dévouement incessant elle soigne son foyer. ses enfants et déride d'un sourire les traits sévères de son époux rentrant d'un travail pénible. Sa force créatrice n'est pas aussi élevée que celle de l'homme. mais sa patience et sa persévérance sont plus grandes . .Dieu a réalisé pour l'humanité le plus bel idéal en créant deux sexès. Il a fondé le charme inépuisable de la vie familiale, l'amour de l'époux et des enfants et même en partie l'amour du pays sur la différence des sexes. Il faut donc dans le monde l'homme et ljl femme. Il faut la force de l'homme à côté de la tendresse de la femme. Il faut l'énergie ardente de l'homme à côté de l'amour, de la beauté et de la sensibilité plus~ profonde de la femme. Les deux sexes sont msépa-' rablement faits l'un pour l'autre. C'est pourquoi le Créateur a placé la première femme à côté du premier homme et c'est pourquoi Il a fondé dès le commen· cement de l'humanité la première famille.

.

/'

Les plans du Créateur.

Mais en créant les deux sexes, Dieu avait encore des desseins plus profonds et plus saints. Avec l'union des deux sexes Il a donné aussi aux hommes une force créatn'ce. Il v.oulait qu'ils eussent part à son œuvre créatrice et qu'ils remplissent par une génération nouvelle le vide que la mort creuse parmi les hommes. Ce fut le plan infiniment sublime et mystérieux du créateur en fondant, le mariage. Suivant l'intention de Dieu il nous faut regarder le jeune homme et la jeune fille dans la plénitude de leur intégrité et de leur

LA CHASTE ADOLESCENCE

force comme une incorporation de l'idée créatrice divine.

Vous avez tous appris au catéchisme que Dieu a créé Lui-même directement les deux premiers êtres humains, Adam et Ève. Mais tôt ou tard chaque enfant se pose la grande question: Qui donc a créé les autres hommes? Dieu ne lea a pas créés directement, comme les pre- miers hommes, comment sont-ils venus sur la terre'? Et comment suis-je venu moi-même sur terre? Et ,enfin comment viennent au monde les petits enfants? Certainement c'est une question extrêmement grave. Et chaque enfant tôt ou tard est agité du désir de savoir. Je préfère te répondre plutôt que de te laisser questionner les autres. ,Sois donc attentif, mon .cher enfant. Tu sais certainement fort bien que les savants répartissent ]'ensemble des créatures de l'univers en deux grandes

classes: les êtres organiques et:les êtres inorganiques.

Dieu n'a pas seulement créé ~les êtres

la première classe (les plantes, les animaux et l'homme)" mais Il les a pourvus d'une partie de sa propre force créatrice, si bien que ces êtres, grâce à ,cette force génératrice, peuvent donner la vie à de petits êtres vivants semblables à eux. La plante produit une nouvelle plante, l'aniIl!al met au jour son petit ·et l'homme donne naissance à de petits enfants. Aux êtres inorganiques (le soleil, les étoiles, les minéraux, les montagnes, la mer, etc.) Dieu n'a pas donné la force créatrice. Pourquoi? Parce qu'ils ne périssent pas aussi facilement que les êtres vivants ·et qu'ainsi ils n'ont pas besoin d'appeller à l'existence nes petits à leur place. Mais cela est nécessaire pour les êtres organiques. ' Le .poisson et l'oiseau, ( .l'arbre et la plante, l'animal et l'homme ,vieillissent,

appartenant

LES

PLANS

DU

CRÉATEUR

17

périssent, cessent d'exister - et cela par millions année par année. Mais si cela durait continuellement ainsi et qu'il n'yen eût pas de nouveaux à leur place, rapi- dement la vie cesserait sur la terre. C'est vrai, Dieu aurait pu à la place de chaque être vivant disparu en créer Lui-même directement un nouveau. Mais sa sainte, et mystérieuse volonté a réalisé une chose encore plus grandiose : à chaque être vivant Il a donné la force de pouvoir donner lui-~ême la vie à d'autres mais d'une manière si mystérieuse que jusqu'à présen~ les hommes les plus savants du monde n'ont pas réussi à en pénétrer les secrets.

enfant, pendant l'hiver

sur l'arbre endormi le bourgeon à peine visible? Chaque bourgeon est le nid d'une pousse nouvelle, d'u~e fleur nouvelle, d'un nouveau fruit, d'un nouveau petIt arbre. Les bourgeons n'attendent que la caresse d'un rayon du soleil printanier pour se mettre à s'ouvrir à grossir, à fleurir; les fleurs attendent la visite de~

insectes de mai ou d'un vent léger, que lesàiles du vent, les pattes des abeilles apporteqt le pollen mâle et le sèment sur le pistil d'une fleur femelle. Lorsque le pollen a atteint le pistil lès deux fleurs à cet instant sont unies pour ainsi dire par un amour réciproque. Le pistil fécondé commence à croître à grandir. II devient de plus en plus grand, de plu~ en plus développé, jusqu'à ce que finalement - après quelques semaines ou une paire de mois - ,arrivé à maturité, tombe devant nos pieds un fruit milr et dans le fruit une semence nouvelle, germe d'un nouvel arbre, d'une nouvelle vie. C'est ainsi que le Créateur prend soin que la nature se renouvelle continuellement elle-même.

As-tu

déjà

vu,

mon

Cha8te AdolsllOlD08.

18 LA CHASTE ADOLESCENCE

La source de la vie.

C'est de même qu'Il veut veiller aussi au renouvel- lement, à la conservation ' de l'humanité. Il a donné

à l'homme une force créatrice : force mystérieuse,

à proprement parler faculté réellement divine en vertu de laquelle il peut mettre au monde une vie nouvelle, un homme nouveau. Il a placé dans l'homme une force créatrice, une semence vitale, dans la femme un petit germe humain, afin que de la réunion des deux surgisse un nouvel être vivant, un nouvel homme. Cette force génératrice, cette semence de 'lie èt ce germe sommeillent pendant des années dans l'enfant sans que celui ~ci en ait conscience, comme les bourgeons des arbres pendant le froid de l'hiver. Mais le printemps de la vie arrive, quand l'enfant devient un jeune homme, quand la petite fille deviem une jeune fille; le rayon de soleil souriant et vivifiant se met à briller, le jeune homme s'enflamme d'amour pour la jeune fille, il la prend pour épouse et dans le sanctuaire de la vie conjugale véritablement unis l'un à l'autre, ils unissent leurs deux âmes et leurs deux corps. Et cette union corporelle, cet amour qui unit les époux non seulement les remplissent tous deux d'allégresse, mais font agir le germe qui sommeillait 'jusqu'alors dans la femme, à cet instant le petit germe humain a commencé à vivre, le petit bourgeon

croître, à se est assez fort

pour tomber comme un fruit de la coquille, se séparer

humain a commencé à grossir, à développer et après neuf mois il

de l'arbre nourricier maternel et nous disons .:. ~un

LES PLANS DU CRÉATEUR

19

nouvel homme est venu au monde. Un notrirel enfant, un nouveau petit homme qui n'est ni le père ni la mère en petit, mais qui réunit son père et sa mère; un troisième être humain dont la vie cependant est déterminée déjà en bien des points à l'ava~ce par le genre de vie antérieur du père et de la mère, par la vie antérieure honnête ou pécheresse. Mais aussi n'y a-t - il pas plus grand amour au monde que celui des parents pour leurs enfants qui au sens le plus exact du mot sont issus de leur chair et de leur sang.

La mère et le fils.

Écoute cette conversation pleine d'abandon entre un petit garcon et une mère de famille raisonnable qui aime mieux répondre elle-même franchement aux questions de son enfant plutôt que de le laisser demander des explications à des camarades douteux. « Chère maman, demandait à sa mère un petit collégien, comment est-ce que j'étais petit, lorsque j'étais encore tout petit. Lorsque tu étais tout petit? Oh! tu étais comme un point. Plus petit qu'une tête d'épingle. On n"aurait pu te voir qu'avec un verre grossissant. Mon Dieu! dit l'enfant. Mais alors n'importe qui aurait pu m'écraser 1 Certainement, répondit la mère. Tout être vivant est au commencement un tout petit point, un petit germe, une petite semence, qu'il faut cacher, comme la semence sous la terre, afin qu'elle soit protégée, lorsqu'elle commence à se développer. Et vois-tu, le bon Dieu a pris soin de toi afin que tu n'éprouves

20

LA

CHASTE

ADOLESCENCE

.aucun dommage, tant que tu ttais si petit. Et dans mon corps, sous mon cœur, Il a fait une petite place pour toi. Un nid bien chaud, bien doux, bien protégé, pour que tu puisses y pousser et grandir en sécurité. Et je pouvais m'y nourrir, maman? Et respirer?

Je faisais tout cela à ta place. A ce moment-là je mangeais davantage, pour être. plus forte et te faire profiter de ma force. Ce que je mangeais se transformait en sang et le sang coulait en toi et te nourrissait. Maman, est-ce que tu savais que j'étais là dans cette cachette.

je le

Si je le savais? Oh 1 mon petit enfant, comme

'

savais. Parfois tu remuais et chaque fois je me mettais à causer ~vec toi. Bonjour, mon petit. Est-ce que tu ' es réveillé? Et ta maman veillait sur toi et pensait à toi. Grandis et fortifie-toi afin que tu aies bientôt assez de force, que tu sortes de ta cachette et que je puisse

t'apercevoir avec grande joie. Et maintenant tu me regardes avec de grands yeux comme si jusqu'à présent tu ne savais rien de tout cela. Tu le savais pourtant, seulement tu ne le comprenais pas encore. Tu sais bien que chaque jour nous récitons

et Jésus

le fruit de vos entrailles est béni ». Tu vois? De même que la pomme est le fruit du pommier, de même le petit enfant est le fruit de sa maman. Mais le petit enfant a plus de valeur que la pomme et ·c'est pourquoi le bon Dieu a voulu prendre beaucoup mieux soin de lui. C'est pourquoi il reste si longtemps caché dans une

ensemble dans le « Je vous salue, Marie» : «

chaude et douce cachette, sous le cœur de sa maman. Et combien de temps y suis-je resté, ma chère .maman? Mais tu le sais bien. Quand est-ce le jc;>ur de l'Annon-

LES

PLANS

DU

CRÉATEUR

2.1

ciation, cette fête où l'ange salua la Vierge Marie et lui annonça qu'eUe aurait un fils? Le 25 mars n'est-ce pas. Et quand célèbre-t-on la naissance du petit Jésus? Le 25 décembre. Quel est l'intervalle entre ces deux jours? Neuf mois. Tu sais aussi quel est le jour de l'Immaculée Conception de la Vierge Marie. Le 8 décembre. Et le jour de sa naissance? Le 8 sep- tembre. L'intervalle entre ces deux jours est encore de neuf mois. Eh bienl jusqu'à présent tu avais entendU parler de tout cela, mais tu n'y faisais pas attention et je ne t'en parlais pas, tant que tu 'n'étais pas devenu un grand garçon. Maintenant tu le sais, mais, mon cher enfant, n'en parle pas aux autres enfants. Les grandes personnes non plus n'ont pas le droit d'en parler sans motif. Pourquoi? Parce que c'est une chose très sainte et sublime et si on ne fait pas attention aux choses belles et saintes, elles sont vite souillées. Et pendant ces neuf mois j'ai prié beaucoup, car, je voulais que tu devinsses un enfant bien pieux et aimant Dieu. J'étais toujours de bonne huméur et souriante, car je voulais que tu fusses de même. Lorsque tu fus assez fort, un jour la porte ferm,ée s'ouvrit et tu en sortis, tu étais né. Certainement cela me causa d'atroces douleurs, mais qutimporte 1 Car dès. que tu parus au jour, tu poussas de grands cris, tu pleuras, tu te débattis, on te placa dans mes bras

~ t'ai serré contre moi, j'ai pleuré moi ,aussi, mais

de joie et je t'ai embrassé et je t'ai embrassé, 'et main-

tenant tu sais, mon enfant, pourquoi je t'aime tant. Oui, maman, et je sais pourquoi moi aussi j'aime rilieul!: ma maman que n'importe qui au monde - dit l'enfant et avec des larmes de reconnaissance dans les yeux il embrassa sa mère ».

.et

22 LA

CHASTE ADOLESCENCE

Sainte gravité.

Il ~e nous faut que réfléchir un peu pour qu'une emotlOn et une admiration ,immenses s'emparent de nos âmes devant la pensée grandiose de Dieu. Qu'il est sublime le plan divin, de ne pas vouloir créer spécia- lement l'homme dans un état de développement complet comme Adam et Èv~. En effet comme le monde entier serait tout autre, étranger, froid, désert, s'il n'en était pas ainsi! Il ne pourrait être question de famille, car la famille est constituée par le père, la mère et les enfants. Nous n'aurions alors ni père nt mère ni frères ni sœurs ni parents. Chacun serait tout seul au monde. Alors personne n'aimerait son \prochain, personne ne saurait à qui faire partager ses joies, à qui confier ses peines. Il n'y aurait pas de petits enfants dans le monde. Il me vient aussi cette idée singulière : chacun serait grave, adulte, oncle barbu ou tante agÉe et la maison ne retentirait pas des jeux et des rires argentins des enfants. Il n'y aurait pas d'enfants et elles seraient inconnues l'in30uciance et la joie des années d'enfance. Vois comme il est inexprimable l'amour de Pieu dans la manière qu'Il a ch?isie d'assurer la perpétuité de l'humanité. Il n'a créé directement que les deux premiers hommes, un homme et une femme; et à ces deux-là, et par eux à tous les autres, Il a communiqué une part de sa force créatrice, SI bien qu'ils donnent eux-mêmes aux autres hommes la vie du corps.

, Comme il est merveilleux, comme il est saint, comme tl est noble le plan du Créateur. Comme elle est infiniment

LE~ PLANS DU CR~AT~UR

23

digne de vénération Sa volonté qui dans l'œuvre de renaissance continuelle de l'humanité - œuvre réel- lement créatrice - a laissé une part aux hommes. Mais en même temps quelcomm~ndement sévère ct strictement obligatoire que l'organe corporel dont, ;\\ec une sage prévoyance, il a pourvu l'homme soit

prescrit

(que par un amour mutuel de l'homme et de la femme un nouvel homme vienne au monde) et seulement

employé uniquement dans le but saint

qu'Il a

dans

le

cadre

qu'Il

a

établi

des

le

commencement,

l'homme et la femme étant unis dans un mariage indissoluble.

Dans toute la nature la force

plus noble,

la plus,

sa inte est la puissance de donner la vie. L'homme possède 'avec la nature la puissance de donner la vie à de nouveaux petits êtres humains, mais de même que l'âme humaine s'élève à une hauteur à perte de vue au-dessus de tout autre être créé, de même il faut considérer cette faculté cré atrice avec la plus délicat e observation des lois morales, en la tran spor tant de la sp hère matérielle dans le monde spirituel. Nous renon- cerions à notre plus beau privilège, « notre nature raisonnable » s'il y avait en nous une se ule manifesta-

tion de notre vie physique par laquelle nous ne nou s distinguerions pas et ne nous élèverions pas tout à fait au-dessus de l'activité entièrement animale. Donc, mon fils, ne pense toujours qu'avec la plus sa inte gravité à cet organe, n'écoute jamais une con - versation à double sens à ce sujet, n'en parle pas toi- même, ne le regarde pas, ne le touche pas et garde- toi toujours pur. Tes poumons~ ton cerveau, ton cœur, tu ne peux pas les toucher (quand tu pourrais y arriver); de même tu n'as pas le droit

LA

CHASTE

ADOLESCENCE

par jeu, par légèreté de toucher ou d'exciter cet organe. En effet le plan du Créateur est que jusqu'au mariage chacun garde sans exception dans une pureté sans tache son corps et son âme : et si pour un but plus élevé - par exemple le prêtre catholique pour le salut des âmes ou un grand savant dans l'intérêt de son œuvre scientifique - quelqu'un ne se marie pas qu'il vive ainsi dans la pureté jusqu'à la mort. Dieu ne permet donc l'union physique des deux sexes .que sous la forme légale fixée par Lui, l'union indissoluble conclue pour la vie et seulement de manière que puisse en résulter la naissance des enfants. Qui- conque en ce monde utilise cet organe corporel de n'impoite quelle autre manière (soit seul soit avec d'autres) par sensualité et jouissance pèche gravement contre lui-même, contre la société, la nature humaine elle-même et la sainte volonté du Créateur Quelques jeunes gens peuvent se demander : com- ment est-il possible que la vie se1Cuelle soit une cho~e bonne et sainte dans le mariage et que par contre la même chose en dehors du ,mariage soit mauvaise et un grand péché? Comment est-ce possible? - raison- nent-ils. Ou bien c'est toujours un péché ou bien ce n'en est jamais un. 1 Mais on peut facilement trouver la réponse. Oui, Dieu Il créé les organe sexuels, l'instinct sexuel et la vie sexuelle; donc cet instinct est saint et son exercice n'est pas mauvais (ce que Dieu a créé ne peut pas être, mauvais), mais il est mauvais l'homme qui -en fait

usage dans des circonstances où Dieu ne le permet pas.

Or il est plus clair que le soleil que suivant la volonté de- Dieu c'est seulement dans le mariage qu'on ,a le droit de faire usage de. l'instiI.lct sexuel et, mêm~

LES

PLANS

DU

CRÉATEUR

dans le mariage, seulement de manière que des enfants puissent voir le jour. Pourquoi Dieu en a-t-Il disposé ainsi? - pourrait-on encore demander. Pourquoi? Nous pourrions répondre:

Dieu est le Maître absolu; Il ne doit à personne compte de ses lois. Celui qui a construit une machine sait le mieux ce qui lui est nécessaire pour bien fonctionner et ne pas s'abîmer; Dieu a conçu et créé t'homme et Il sait le mieux comment l'humanité doit vivre pour ne pas péril Mais si nous réfléchissons un peu, notre raison nous montrera que la vie sexuelle peut se manifester seulement dans le mariage sans dégrader l'homme et sans le diminuer à ses propres yeux. Ce n'est que dans le mariage que la vie sexuelle est « sainte », car c'est là seulement que n'éprouve aucun dommage la partie- la plus noble de l'homme, l'ârrie. Ce n'est que dans le mariage que l'instinct sexuel ne devient pas une pure recherche de la jouissance, mais un épanouissement de nouveaux germes humains, la mise au jour de nouveaux enfants dont l'éducation ne peut être assur~e que dans le mariage indissoluble. En définitive l'état et la société ne pourraient pas subsister si Dieu n'avait pas lié l'usage de la vi'e sexuelle exclusivement au mariage indissoluble.

Celui qui satisfait

son

instinct sexuel en

dehors

du

mariage, soit en touchant son propre corps pour exciter en soi-même des jouissances impures, soit en ayant des 1. relations avec une femme avant de se l'être associée comme épouse devant l'autel pour toute la vie, est le bourreau de son honneur et de son bonheur pour soi-même et pour les autres.

26

Et pourtant

LA

CHASTE

ADOLESCENCE

Le péché d'impureté.

et pourtant

Il

Y a à peine

un don

de Dieu dont l'homme n'ait pas abus~avec p!us ~'ingra:\ titude et de méchanceté; avec une tnstesse mfime nous pouvons dire que l'humanité n'a peut-être )an: ais détourné un seul plan divin autant de sa destmatlOn originelle que le respect de la pureté d'âme, les véritables relations réciproques de l'homme et de la femme. L'éveil d'une nouvelle vie va partout de palr avec une grande joie. Vois seulement au printemps, au renouveau de la nature, comme le rossignol chante, comme le vent chuchote, comme l'abeille bourdonne, comme le ruisseau murmure, comme tout se réjouit de la vie nouvelle. Le commerce sexuel de l'homme et de la femme d'où doit naître une vie nouvelle, le Créateur l'a uni au plaisir, pour que l'homme prenne sur lui les nombreux sacrifices qui vont de pair avec l'édu-

cation des enfants. Le plan divin est là devant nous parfaitement clair.:

l'union d'un homme et d'une femme dans une Vie conjugale indissoluble dans le but d'assurer à l'humanité de nouveaux successeurs. En revanche le théâtre, le ' cinéma, les tableaux, les photographies, les romans, les articles de journaux, les livres, des milliers et des dizaines de milliers de faux prophètes annoncent à la société que l'homme et la femme ont le droit, même avant le mariage, même à un âge insuffisamment avancé et sans fonder plus tard une famille, soit seuls soit avec d'autres, de se procurer ces plaisirs du corps que suivant la plan du Créateur ils ne devraient connaître

que dans le sanctuaire de la vie famtliale.

LES

PLAN&

DU

CRÉATEUR

27

Mon fils, tu ne peux pas passer comme un sourd <levant ces accents séducteurs. Dès que ton corps, à l'âge de trelze-quatorzeàns, <:!eviendra plus fort et se développera, de Jour en Jour tu sentiras davantage combien de manifestations de notre vle sociale actuelle sont souillées par cette con- -ception lmmorale. Dans les rues, au théâtre, dans les livres, dans la société de tes camarades, partout tu rencontrera le mépris attnstant des plans du Créateur, sans cesse la tentatlOn dresse contre tOI le mons- trueux dragon de l'impureté, de l'impureté de l'âme. De tels livres te tomberont dans les mams, on te conduira dans de pareils théâtres, on t'introdUira -en pareilles sociétés. Et même - j'écns ces lignes le cœur serré - combien d'enfants, dès leur Jeune âge, peut-être déjà.à l'école primaire ont été initiés à ces choses par des camarades corrompus, à ces choses dont l'idée n'aurait dû vemr en eux que quelques années plus tard. Un grand nombre tombe ainsi victime des séductions de leurs compagnons. De tels camarades s'approcheront de tOI, pour te parler avec une bouche impure de l'éveil des Jouissances du corps, de l'origme de la vie, de la naissance de l' enfant, cama~ades qui sont déjà corrompus par une plaie hideuse de notre époque, plaie qui dégrade par le honteux moyen de l'in<:onduite les plans sublimes du Créateur.

Le saint mystère.

Mais tu vois déjà, mon -fils, combien ces infortunés sont à plaindre. Car s'ils connaissaient le saint devoir,

LA -CHASTE ADOLESCENCE

,LES

PLANS

DU

CREATEUR

29

la

noble tâche que Dieu a attachée à cet instinct humain~

toujours un voile. Le papillon se cache dans un cocon,

ils

n'en

parleraient

pas

avec

une

grossièreté

aussi

lorsqu'il change de forme, personne ne le voit. Et qui

effrontée.

Juge

toi-même, mon

fils, quelle vulgaire façon de

penser, quelle dégradation de l'âme il faut pour débiter et déverser des plaisanteries ordurières sUr un des plus saints et des plus nobles privilèges dont le Créateur

a voulu revêtir l'homme. «Ne savez-vous pas que VOu& êtes le Temple du Saint- Esprit qui habite en vous? )) dit la sainte Écriture

(1 0 Corinthiens, VI, 19). Dans un temple chaque place est sainte, dans notre corps tout aussi est saint, car

il vient de Dieu. Mais dans chaque temple il y a une

partie qui est spécialement sainte : le tabernacle où le Seigneur Lui-même habite dans le Très Saint Sacrement et dont on ne doit s'approcher qu'en inclinant la tête, en s'agenouillant avec un profond respect; dans le corps humain allssi il y a un endroit particulièrement secret - ce n'est pas le cœur, ce n'est pas le cerveau - mais l'organe où habite une parcelle de la force créatriCe du Tout-Puissant et auquel on ne doit penser qu'avec le plus grand respect. Plus tu penseras avec le respect convenable à la sainte force créatrice qui s'éveille en toi entre qua- torze et seize ans, plus tu prendras clairement con- science que dans. ton corps, suiv;mt l'admirable volonté de Dieu; sommeillent la vie, le bonheur, et

l'avenir de toute une génération, moins tu t'en moqueras, moins tu en souriras et même t:u n'en parleras pas du tout. En effet la naissance de la vie est dans la nature entière un secret. Secret saint et impressionnant. où commence une nouvelle vie, II? Dieu Créateur jette

a jamais vu la semence germer? Personne. Profon-

-dément cachée dans le sein de la terre, elle surgit à une nouvelle vie. Qui a jamais vu le cristal de l'amé- thyste bleue et du rubis rouge-feu se former dans le silence absolu des profondeurs mystérieuses des rochers? Personne. Le commencement, la naissance, l'origine de la vie sont partout mystérieusement cachés. L'homme recherche vainement le commencement de la vie; le plus grand savant finalement s'aperçoit qu'il

est arrivé devant le seuil d'un sanctuaire fermé. Encore un pas et - c'est Dieu qui se dresse devant lui.

Et voilà que tes camarades parlent de ce sublime secret ·avec une langue impure et cet instinct destiné à assurer

la conservation de la race humaine, et qui est peut-êtire

la pensée la plus sainte, la plus noble du Cré~t'e~i'~, -devient ptJur eux un sujet de jeu frivole, de jàt'i~~ai\'E~ ,et de plaisanteries malpropres l

'

.- .

Mais tu sais déjà maintenant quelle hallte' ,'inission

Tu sais qu'un jour " -:::' s'i "selo'ri

te réserve l'avenir,

les plans divins tu te maries - tu appelleras à ]a vie des germes humains et' tu baiseras sur le front la Belle au bois dormant, Tu sens j'immense

responsabilité qui pèse sur tes épaules et réclame

,que jusqu'à ce saint moment tu gardes les forces ,de ton corps dans une pureté totale et que tu ne

,gaspilles

organisme. Tu sais dehors du mariage

,équivaut à profaner en toi la dignité humaine. Tu :sais que dans tout jeune homme et dans toute jeune

de

pas

les

forces

ton

que satisfaire tes instincts en

:fille sont cachés un père et une mère mais celui qui ne

vivre chaste avant le mariage. ne pourra pas

.11 eut pas

3°

LA

CHASTE

ADOLESCENCE

non plus demeurer fidèle et honnête pendant le mariage Le sort de générations entières dépend de la manièrt> dont tu pourras être un jour avec une pureté totak parmi les ouvriers du Créateur.

Les racines de l'arbre sont cachées dans la silen- cieuse profondeur du sol et elles envoient dans le tronc:

et dans la cime la force vivifiante qui le développe;.

les racines à la lumière du soleil, .

l'arbre séchera. L'âge viril, le développement de l'ins-·

tinct sexuel doivent se produire dans un silence aussi mystérieux, dans une sainte réserve, sans regards ni pensées curieux. Aussi tu ne parleras jamais par· curiosité de ces choses-là avec tes camarades, car ce

que la sagesse divine tient caché devant nous,Ia curiosité

humaine ne doit pas le produire à la lumière

Aussi estimeras-tu l'organe de la génération trop, noble pour que tu le profanes par ta jouissance:

personnelle contrairement aux desseins du Créateur. En effet dans tes jeunes années non seulement tu, bâtis ou tu détruis dans ton propre corps et dans. ton âme, mais aussi pour les générations futures. Tu n'écouteras pas la séduction, même si elle vient sous. le masque de la littérature ou de l'art; car tu sais.

bien : malheur à ces voyageurs que le feu follet. détourne de la route vers le marais fangeux : ils dis- paraîssent irrémédiablement dans la boue. Le développement de cette semence vitale qui. maintenant ne .fait que mûrir en toi peut s'orienter dans une bonne ou une mauvaise direction, suivant. ta conduite et ta manière de vivre dans tes jeunes. années, de sorte que tu seras une bénédiction ou une:

malédiction pour ta future famille. N'oublie pas qu'une troupe innombrable d'enfants névropathes,.

si nous sortons

du jour

LES

PLANS

DU

CRÉATEUR

'3 1

malades, aveugles de naissance, idiots, paralytiques, criminels, fous, maudissent les péchés de jeunesse. les excès de leurs parents. , Ta bonne volonté présente, tes saines idées vont être, malheureusement, mises à l'épreuve par les mille tentations de ta jeunesse et du monde. Livres, gravures, pièces de théâtre, films, annonces, cartes illustrées, feuilles humoristiques, chansons, comédies, vitrines des libraires, articles de journaux, etc. se précipiteront sur toi par milliers et te crieront aux oreilles « ne sois pas une sainte nitouche ))' , « ne sois pas un arriéré, avec la mentalité du moyen âge )), «ne sois pas un enfant)l, n'attends pas jusqu'au '\ mariage ou bien ne sois pas fidèle dans le mariage, .mais procure-toi les jouissances du corps, les plaisirs des sens, autant et partout où c'est possible. Dans le monde entier actuel si bouleversé tu entendras san~ cesse répéter que l'amour et la jouissance sont le but unique de la vie.

Et tu

. es là la tête étourdie au milieu de ce bruit

de foire.

 

Tu

ne

sais

que

faire,

à quoi

t'attacher,

quelle

conduite tenir.

 

,

Tu

arrives

à

la

croisée

des

chemins

va

se

décider ton sort, le

sort de

toute

ta

vie.

Et

pour

toi

se

pose la

question,

l'importante question qui

attend une réponse pressante: Où dois-je me diriger?

(CHAPITRE

II

OU

IRAI-JE?

• Soyez maître d e votre volonté

esclave d e votre conscience . J

(MARIE VO N EB N ER-EsCHENBACH). ,

• Il

se

trompe

celui

qui

croit

qu'cn se montrant faible dans sa .

j euness e il pourra avoir un carac-

tère plus ferme arrivé à l'âge d'homme. »

(J OSEPH ~OTV(9).

Tu connais Thistoire d'Hercule, le plus grand héros du monde légendaire grec? Il était l'idéal per- sonnifié de la force virile et du courage. Son ennemi voulut le faire périr dès le berceau : il plaça deux serpents à côté de lui, mais l'enfant robuste étouffa les serpents. Sa vie est remplie des plus beaux exploits. Il tua l'hydre de Lerne, il dompta le taureau de Crète,

il vainquit les Amazones, il nettoya les écuries d'Augias,

Et pourtant

il ravit la pomme d'or ejes Hespérides

ce héros fabuleux n'échappa pas à l'épreuve que - c'est la vérité - aucun homme ne peut éviter :.

lui aussi arriva un jour à la croisée des chemins où

irrévocablement, il

,où irai-je, quel chemin suivrai-je? r

faut

prendre une déci sion capitale:

ou IRAi-JE?

33

A la croisée des cher.nins.

Cet épisode se passa dans sa jeunesse, lorsque d'enfant il commençait à devenir jeune homme. Un jour qu'il était tout seul, plongé en lui-même, deux

femmes se présentèrent tout à coup devant lui. L'une

se mit à lui parler ainsi:

;

,

Je vois,

Hercule,

que tu te demandes quelle route

tu dois suivre dans ta vie. Si tu me choisis pour com- pagne, je te conduirai sur une route agréable où durant J

toute ton existence tu ne trouveras que du plaisir et :

pas de peine. Tu n'auras d'autre soin que de savoir ce ' que tu mangeras et boiras et comment tu donneras :

Si tu m'appartiens, tu auras ' '

toutes les joies sans travail et sans peine ' Alors Hercule l'interrompit · Femme, quel est ton nom? Mes amis m'appellent « Bonheur » - répondit la femme -, mes ennemis me nomment « Vice ». Entre-temps l'autre femme s'était approchée. Moi, je ne veux pas te tromper --.:. dit-elle. Je t'affirme que les dieux ne donnent ni grandeur ni bien sans travail et sans peine. Si tu me suis, certainement tu 1 auras beaucoup à travailler. Si tu veux que toute la \ Grèce te loue à cause de tes exploits, efforce-toi de faire , du bien à toute la Grèce. Si tu veux que ton champ ' porte des fruits abondants, travaille ton champ. Si t u. veux devenir un ,. guerrier célèbre,apprencls cette SCIence auprès d'hommes capables. Si''tu veux devenir robuste, habitue ton corps à obéir à la raison, àsup- porter le travail pénible et la peine•••

satisfaction à tes sens

l'

,

raison, àsup- porter le travail pénible et la peine••• satisfaction à tes sens l' , Chaste

Chaste Ad oJescence.

34

LA

CHASTE

ADOLESCENCE

Le Vice l'interrompit :

J As-tu entendu, Hercule, sur quel chemin pénible cette femme veut te conduire? Et comme moi je te mène facilement au bonheur. Misérable! - s'écria la Vertu. Quel bonheur peux-tu donner? Peut-il y avoir un bonheur plus misérable que le tien, car tu ne fais rien pour l'acquérir. Tu manges avant d'avoir faim, tu bois avant d'avoir soif. En été tu soupires après la: glace et la neige. Tu désires le sommeil, non pas parce que tu as beaucoup travaillé, mais parce que tu n'as rien fait. Tu pousses à l'amour tes partisans, avant que la nature le réclame et tu souilles la nature par l'abus des deux sexes. Tes fidèles sont habitués à faire des choses honteuses pendant la nuit, et à dormir une bonne partie du jour. Bien \que tu soies immortelle, les dieux t'ont exclue de leur milieu et les hommes de bien te méprisent. Tes jeunes amis ruinent leurs corps et les plus âgés perdent leur' âme. Dans leur jeunesse, ils se sont vautrés dans les jouissances jusqu'au dégoût et maintenant dans un âge avancé ils se traînent en soupirant. Ils ont honte de leurs actions passées et maintenant la fatigue de leur vie gâchée pèse sur leurs épaules. Moi au con- traire j'habite avec les dieux et au milieu des hommes les meilleurs. Sans moi rien de ' noble ne se produit dans le monde. Les dieux et les hommes m'honorent. Les artistes m'aiment comme leur auxiliaire, les pères de famille comme gardienne de leur foyer. Pour ceux qui me suivent, la nourriture et la boisson sont chose agréable, car ils n'en font usage que quand ils en ont .besoin. Le sommeil leur est plus doux qu'aux pares- seux et ils nc lui sacrifient pas un seul de leurs devoirs. Leurs amis l es estiment et leur patrie les honore.

OU

IRAI-JE

35

quand finalement leur dernier moment est arrivé, ils ne descendent pas dans les ténèbres de l'oubli, mais leur souvenir continue à vivre grorieusement sur les lèvres des génér,tions à venir. Hercule, fils d'illustres parents, si tu agis ainsi, tu parviendras à une gloire éternelle

olt

Voilà comme j'ai lu l'histoire d'Hercule rchez un vIeil écrivain grec, Xénophon, au troisième' livre de l'ouvrage intitulé «De Cyri expeditione». Et maintenant je l'ai écrite pour toi, mon fils, car un jour toi aussi tu arriveras certainement à la croisée des chemins lorsque' .tu prendras conscience de cette constatatio~ impérissable de la Sainte ' Écriture : La chair a des désir~ con~r~res à ceux de l'âme )) (Galates V, 17) _ et tOI aUSSI 11 te faudra faire ton choix Fais bien attention!

De l'enfance à l'adolescence.

Depuis

ta

quatorzième

ou

seizième

année

peut-être déjà plus tôt - tu sens en toi-même

_

des

choses nouvelles, extraordinaires. Ton corps et ton âme commencent à se transformer, à fermenter; de nouvelles idées, de nouvelles pensées, de nouveaux

e~o~s, des désirs non encore ressentis auparavant

s ével~l:nt a~ dedans

de toi. Tu es comme le jus

de ralSln qw se met à. fermenter

pour

devenir un

LA CHASTE ADOLESCENCE

vin généreux. La période de transition se lève pour toi : l'enfant inconscient devient le jeune homme qui prend conscience de lui-même. Cette importante transformation est accompagnée de telles manifestations qu'elle ébranle et met en mou- vement les plus petites parties de ton être. Je dirais presque que l'enfant condamné à disparaître lutte

au-dedans de toi avec le jeune homme en train de naître. De même qu'au printemps la force vitale se met en mouvement dans les branches endormies des arbres et que la sève nouvelle fait s'épanouir les bour- geons, de même bouillonne au-dedans de toi le sang ardent du printemps de la vie, il bat dans tes veines, bouleverse tes désirs et tes pensées.

Et toi?

A demi déconcerté, troublé et mcertain tu con-

temples dans ton âme le tourbillon de sensations nouvelles, tu te sens presque étranger à toi-même, devant ton ancien moi. Comme les oiseaux migrateurs, aux premiers rayons du soleil d'automne, une véritable fièvre et l'inquiétude s'emparent de toi.

Dis-moi. n'est-ce pas ainsi?

Ton organisme se développe.

membres

s'allongent. Assurément tu as parfois une allure un peu comique. Tu ne sais plus que faire de tes grands bras - à moins que tu ne mettes tes mains dans tes poches. Comme ton premier pantalon, n'est-ce pas, devient vite trop court? Les VaC!\nces

, Tout

d'abord

ton

corps

grandit.

Tes

OU

IRAI-JE?

37

te' voient grandir de dix centimètres, en deux ou

trois ans tu atteins une

èours plus si vite que les petits, mais tu ne peux pas non plus marcher aussi aisément que les grands. ' Tes poumons se dilatent, tes os deviennent plus forts, ta poitrine s'élargit. Les premiers traits virils et graves se dessinent sur ton visage d'enfant. Ta belle voix

de sop~ano disparaît. Et lorsque personne ne te voit, tu essaies devant une glace si tu peux déjà tourner ta moustache qui commence à pousser. Dis-moi, n'est-ce pas ainsi?

taille démesurée. Tu ne

~out cel~ ','fl0ntre que tu es au printemps de la VIe. Or le prmtemps est un temps infiniment précieux:

il décide de toute la moisson de l'année. Apres un prin- temps malheureux l'été n'a pas de fr?f-it et l'automne est affreux.,

?r ce ?'est pas seulement tori extérieur qui change, malS aussI au dedans de toi se développent des organes plus nobles. Ton cœur, tes poumons, ton cerveau, tout ton système nerveux se développent aussi par un travail intérieur, pour devenir un instrument approprié à ton organisme qui a grandi. , Ce passage de l'enfance à l'adolescence est une véritable tempête,'" une révolution. Parfois tu as des maux de têtes, des vertiges, des saignements de nez;

et. ,t.on cœur se met à battre de manière effrayante. , N ale pas peur, cela va de pair avec le développement de ta nature. Avec une nourriture convenable du ~ommeil,des délassements tu pourras soigner ta s~rtté. ~~ Mais fais bien attention que cette époque, « l'tige

toute ta

mgrat

vie terrestre.

»

est

l'époque

la plus importante de

OU IRAI-JE? 39 LA CHASTE ADOLESCENCE Mais hélas! combien y en a-t-il qui dans leur
OU
IRAI-JE?
39
LA
CHASTE
ADOLESCENCE
Mais hélas! combien y en a-t-il qui dans leur incon-
cience gâchent irrémédiablement cette période si
importante de leur existence!
Lorsqu'Avril est au-dedans de toi.
en haussant les épaules, avec arrogance. En particulier
un grave désir s'empare parfois de la jeunesse : si
seulement j'étais déjà un homme! Que ne donnerais- .
je pas pour être seulement plus âgé de quatre ou cinq
ans! Mais si tu n'es pas encore un homme, tu veux
du moins le paraître. Et - chose merveilleuse - ce
n'est pas leurs vertus et leurs bonnes actions, mais les
choses extérieures de la vie des grandes personnes que
tu imites: leurs vêtements, leur allure, leur coiffure, :
Ton état d'âme sera aussi très variable, capricieux,
. leurs conversations, et évidemment on fume et on
facilement égoïste, entêté, irritable, ne reconnaissant
; boit comme elles.
aucune autorité, te
mettant au -dessus de tout, recher-
.
Celui qui ne comprend pas cette période rit de toi .
chant les honneurs et la considération. Ces change -
ments ont leur place dans ton état d'humeur. C'est
réellement avril qui arrive en toi : le matin le soleil
sourit avec une gaieté féerique et une demi-heure
par manque de tact et se moque de toi,
et
de
ta i
gaucherie. Peut-être ta mère elle-même ne te j
J
comprend-elle pas. Auparavant tu étais si obéissant 1
et elle ne saisit pas pourquoi maintenant tu lui
plus tard tu es trempé jusqu'aux os dans la rue et
réponds,
pourquoi
tu
es susceptible. Les petits
lorsque tu es rentré fort mécontent à la maison,
le
te craignent, les grands sont fâchés après toi et tout
soleil se remet à briller. Tu tombes aussi sous
l'emprise d'impressions passagères. Tantôt tu es d'un
enthousiasme qui te transporte jusqu'au ciel, tantôt
un sentiment d'amertume et de déception te rejette
à terre; mais tu n'en sais pas toi-même la raison nt
le pourquoi. Un désir de voyager s'empare de toi.
Tu soupires après les aventures, la gloire, tu veu\
faire de grandes choses (parfois des jeunes gens
s'enfuient de la maison). C'est dans ces mois, dans
ces années que ton âme est vraiment enrhumée. Le
moindre courant d'air lui fait du mal et tu attrapes
une inflammation. Non pas des bronches, mais de
1 l'âme. Une grosse fièvre s'empare de toi: tu murmures,
cela t'aigrit.
En effet tu
,.
es un mystère pour toi-même et l
il faudrait non pas te mépriser, mais t'aider. '
Oh! qu'il est heureux celui qui à cette époque trouve ·
un guide sage et mûr auquel il peut confier en toute
assurance chacune de ses difficultés! Oh! comme
il est malheureux, celui qui avec ses doutes et ses
problèmes angoissants, se tourne vers les explications
cruelles de camarades corrompus.
Idées nouvelles, désirs inconnus.'
tu es mécontent, aigri. Tu entres en sueur : tu dis
des bêtises, cette grosse fièvre t'empêche presque de
parler - convenablement, tu par1es grossièrement,
Mais
tu
sens,
tu
découvres
encore
autre
chose
en
toi-même.
Dans
ton
âme
-
qui
jusqu'alors ··
CHASTE. ADOLESCENCE peut-être était une âme d'enfant claire, harmonieuse, gaie, insouciante - se prodüisent des

CHASTE. ADOLESCENCE

peut-être était une âme d'enfant claire, harmonieuse, gaie, insouciante - se prodüisent des changements non moins importants. Un trouble étrange l'envahit, comme si un nuage informe s'étendait sur ton âme. Des pensées, des désirs surgissent de profondeurs inconnues dont jusqu'à présent tu n'as pas la moind re idée et qui maintenant que pour la première fois tu les rencontres, te troublent réellement. Avec anxiété tu songes à tes dispositions tranquilles et calmes d'il y a une paire d'années à peine et dans le trouble de ces nouvelles pensées surgit ce pressentiment terrible en toi: qu'est-ce que cela, suis-je moralement corrompu? Mais il n'en est pas ainsi. Je peux te rassurer :

actuellement encore tu n'as aucun motif de t'effrayer. Cependant j'aimerais à te faire une recomman- dation. A savoir que tout ton avenir, toute ta vie morale dépendront de la manière dont tu auras passé çes années, cette période que l'on appelle « l'âge ingrat ». C'est maintenant que l'on se rend compte si l'âme qui est seule appelée à commander en toi peut être la maîtresse de tes bas instincts, si tu seras un chevalier aux nobles sentiments et à l'esp rit élevé ou bien le misérable esclave d'habitudes péche- resses. Ce que j'ai écrit dans les pages qui suivent est destiné aux jeunes gens qui sont arrivés à ce degré de développement physique, à cet ({ âge ingrat» sans avoir' subi la moindre influence nocive du dehors. . Hélas! il Y ~n a tant qui ont été mis au courant de ces choses par des camarades corrompus, alors que le développement de l'organisme et l'ordre de la nature ne devraient être révélés à leur esprit que maintenant, si bien qu'ils ont passé par cette crise plus rapidement, mais non sans dommage.

OU

lRAr-JE?

Une force nouvelle commence à se faire sentir en toi, dont jusqu'à présent tu ne sais pas qu'elle était en toi : c'est ce que l'on appelle « l'instinct sexuel ». Il est merveilleux le magnifique plan de Dieu. Le petit enfant vient au monde impuissant et c'est seu- lement peu à peu, lentement qu'il acquiert les capacités dont il.a besoin par la suite dans l'eristence. D'abord il n'a pas de dents, mais elles ne lui sont pas nécessaires. Mais après la première année il lui faut pour manger pouvoir déjà mâcher et il lui pousse une ou deux dents. Peu à peu viennent d'autres dents, autant qu'elles sont nécessaires à cette époque. Le's germes de toutes les dents se trouvent sans donte déjà au moment de la naissance, mais ils attendaient patiem- ment sous la gencive qu'arrivât le moment où ils seraient nécessaires. L'instinct sexuel de même sommeille tranquillement chez le j~une homme, jusqu'à la quatorzième ou quin- zième année. Jusqu'alors il ne savait. même pas qu'il existât (à ~oins que des camarades corrompus ne lui en eussent parlé en plaisantant). Mais c'estprécisément à cette époque que cette force commence à s'éveiller et à' inquiéter les jeunes gens consciencieux. Cette maturité dure environ de la quatorzième ou quinzième année jusqu'à la vingt-cinquième année, elle est à son maximum entre quinze et dix-huit ans. Mais quelle est cette nouvelle chose que tu com- mences maintenant à ressentir De plus en plus tu constates ce fait (que tu avais toujours constaté jusqu'alors, mais qui ne t'avait pas autant impressionné) que l'humanité se compose de deux sexes.

LA

CHASTE

ADOLESCENCE

Le sexe masculin et le sexe féminin. Tu l'avais bien vu jusqu'ici, mais tu ne t'en souciais pas. beaucoup. Tu ne t'occupais des fillettes peut-être que pour leur tirer les nattes en jouant et t'amuser beaucoup lorsqu'elles se mettaient à crier avec épouvante.

rien

:au monde. Lorsque tu joues ou parles en compagnie de jeunes filles, quelque chose de particulier, une gêne que tu n'avais pas éprouvée jusqu'alors, une ardeur et un plaisir s'emparent de toi. Tu t'efforces de

paraître devant elles d'autant plus beau,

tu leur parles de tes qualités vraies ou imaginaires, de

tes capacités et loin de les tirer par les cheveux,

- Dieu m'en garde -, tu leur offres au contraire généreusement « tes services chevaleresques ) et si tu peux ramasser avec force courbettes un gant tombé par terre, tu nages dans une joie sans limite.

Mais

maintenant

tu

ne

le

ferais

plus

pour

plus intelligent,

Le premier amour.

tes

en une certaine force de volonté t'est nécessaire pour

apprendre la leçon du lendemain. Tu étudies com-

ment il faut élever au carré et comment il faut extraire

.que tout d'un coup

la racine carrée devient des yeux, des oreilles, une

une racine carrée

livres - car tu es

Et

lorsque

tu

es

à

en

la

maison

au

ou

milieu

de

troisième

seconde

-

mais '

voilà

bouche et -

tu ne sais pas toi-même comment -

une jolie jeune fille.

Maintenant,

tu

prends

la

grammaire

hongroise.

ou

IRAI-JE?

43

Tu étudies la leçon de prosodie du lendemain, peut-être serait-il bon d'essayer si je pourrais réaliser en pratique les règles apprises. Tu mordilles l'extré- mité de ton crayon, les strophes passent l'une après l'autre sur le papier et en un tour de main voici tes 'premiers vers, - des vers d'amour. Le professeur de 'prosodie trouverait peut-être que ce (( chef-d'œuvre ') est une survivance de l'âge de pierre, les rimes, le rythme sont cahoteux comme une voiture sur une route {empier~ée mais tu es persuadé que tes vers surpassent les poésies de Petüfi et de Tempa réunis. Et ce n'est encore que le commencement. Petit à petit tu prends conscience que ces pensées ·ct des pensées semblables occupent ton esprit et t'en- vahissent de plus en plus. Il te faut l'avouer: tu es amoureux. Et ta conscience délicate commence à 's'inquiéter et tu ne peux pas te rendre compte toi- même de ce que tu deviens . Une moisson mystérieuse ·commence à lever en toi dont la semence jusqu'à présent sommeillait dans les profondeurs de ton âme, 'sans que tu en aies conscience et que tes yeux d'enfant sans expérience regardent peut-être avec épouvante :

es t-ce du froment ou hien de la nielle?

Ce développement {ait partie du plan divin.

Encore une fois, mon fils, jusqu'à présent il n'y a pas de mal. Tout cela est chose naturelle, qui arrivera

donc à chacun tôt ou tard.

Et même --- pour parler

t

out à fait c1airement-·- ces

émotions

et

ces sensa-

t

ions sex uelles se produisent en loi par lei v olonté de Dieu.

44

LA

CHASTE

ADOLESCENCE

Rappelle-toi seulement ce que je t'ai dit dans le chapitre premier du « plan du Créateur », suivant lequel la vocation de la plupart des hommes est de veiller à la propagation de l'espèce humaine. Tu as lu avec quelle merveilleuse et sainte sagesse Dieu a réglé la continuation de l'humanité. C'est sa sainte volonté que l'amour mutuel du jeune homme et de la jeune fille les réunisse dans le sanctuaire de la vie familiale et que par le fruit de l'union de deux corps et de l'amour ' de deux âmes l'humanité s'accroisse continuellement de nouveaux enfants qui remplacent ceux que la mort

fait disparaître de la terre. Ces sensations nouvelles surgissent donc en toi conformément aux lois de la nature, or les lois de la nature sont saintes et le restent tant que l'homme ne les souille pas d'une main pécheresse.

Notre âme est sainte, si elle vit conformément aux lois de Dieu et notre corps aussi est saint, cette demeure si belle préparée pour potre âme. Voilà donc mon fils, le plan du Créateur. C'est en "conformité avec sa volonté qu'il arrive que dans le jeune homme grandissant s'éveillent l'intérêt, le désir pour les jeunes filles, parmi lesquelles tu rencontreras un jour une compagne pour la vie. L'amour, c'est-à-dire l'attraction mutuelle de deux sexes - à temps et à. lieu - non seulement n'est pas un péché, mais au

contraire est un des pl}ls beaux dons de Dieu. Mais l'amour est ~n même temps aussi une fosse ténébreuse.

ou

IRAI-JE?

45

Pur jusqu'à l'autel, fidèle jusqu'à la tombe.

Conformément à la très sainte et immuable volonté de Dieu, tu ne peux satisfaire ces instincts qui com- mencent maintenant à se manifester en toi pour la première fois et qui ensuite deviendront de plus en plus forts que dans le man"age, c'est-à-dir~ dans l'institution que le créateur a destinée à la conservation de l'espèce humaine. Mais n'est-ce pas, tu es encore loin du mariage. Mais jusqu'à quel point? C'est donc ton plus saint devoir de conservèr ces désirs et ces intincts dans leur pureté et leur intégrité jusqu'au jour où tu conduiras ta blanche fiancée devant l'autel du Seigneur. Avant ton man"age tu n'as jamais le droit de donner satisfaction à ces instincts, sous aucun prétexte, ni seul ni avec d'autres. Tout homme qui n'est pas marié commet un péché grave, si, volontairement et sciemment, il s'adonne à des pensées, des sentiménts, des actions qui ont rapport

à ce que l'on appelle la « vie sexuelle ». Sois donc sur tes gardes et ne donne jamais lieu volontairement, à de ces pensées, regards, paroles, actions. Mais si au cours du développement de ton organisme il te vient à l'imagination de telles pensées, alors - dès que tu t'en rends compte - chasse-les par d'autres pensées et n'oublie pas que, tant que tu n'auras pas prêtéserment avec ta fiancée devant l'autel, tu n'as pas le droit de t'abandonner à ces sensations. Si tu agis ainsi, tu es sur le bon chemin. Il est de la plus grande importance que tu n'oublies pas cette vérité.

LA

CHASTE

ADOLESCENCE

Le grand danger réside particulièrement en ces, années dans ton imagination. A cet âge tout jeune homme est plus ou moins rêveur. Mais prends garde de tomber dans le malheur de tant de jeunes gens qui pendant des semaines, des mois, rêvent à tout autre .chose qu'à leurs leçons, vivent des romans entiers dans leur imagination et se forgent un avenir fantas - .tique, tout en né'gligeant leurs devoirs et leurs travaux et restent en arrière dans tous les domaines. Donc attention que les rêveries sentimentales ne paralysent ; pas ton âme. Je répète ce que j'ai dit. Ces désirs nouveaux, ces rêves, ces instincts s'éveillent dans chaque adolescent, sans exception. Cet instinct sexuel que tu sens en toi est saint, car il est une participation mystérieuse à la :: '. force créatrice de Dieu. Son apparition ne doit donc i; pas t'inquiéter. Ces signes indiquent que tu coinmmces à devenir un homme et que suivant les desseins de Dieu se rassemblent les forces qui te préparent à ton rôle futur de père de famille. Plus cette sensation se mani- feste tard en toi, mieux cela vaut. Les enfants maladifs et nerveux subissent très tôt cette crise (dès douze ou treize ans), ceux qui sont bien portants plus tard (vers ' seize et dix-sept ans). Réjouis-toi donc, si tu es ' enC9re un « enfant )) plus tu pourras te développer tranquillement. Les fruits précoces sont. sans valeur. (' Tu as pu en faire déjà toi-même l'expérience. Tu vas dans un jardin; lé pommier est chargé de fruits. Ils ne sont pas encore .mûrs, mais ici et là il Y a quelques pommes rouges. Tu en prends une avec joie, car elle est s~ belle. Tu mords dedans et tu la jettes; elle est véreuse et mauvaise. Songe au proverbe il faut du

est véreuse et mauvaise. Songe au proverbe il faut du temps aux bonnes choses. , OU

temps aux bonnes choses.

,

OU

IRAr- JE?

47

Mais lorsque ton développement physique arrive à son terme, alors c'est un devoir sacré pour toi de ':

ne pas éveiller cet instinct par des lectures sensuelles,. \ des conversations, des regards, des pensées, des actions, , mais en vue ,du combat que tu dois livrer contre lui, ' puise de la force dans cette conviction que selon les plans de Dieu une sainte tâche t'attend un jour.

Dans le danger, dans la tempête

Voilà, mon fils, que ta croissance t'amène aussi à la croisée des chemins. Le Vice et la Vertu apparaissent devant toi, comme devant Hercule et t'invitent à suivre leur route. Le Vice se tient devant toi, enchanteur, et t'offre àhpleines mains les plaisirs sensuels. Tes instincts dont j'ai parlé plus haut veulent au cours des années (surtout dans tes années d'uni- versité) te commander de manière de plus en plus tyrannique. De même que les cris continuels des hyènes et des, chacals altérés de ,sang font trembler les caravanes du Sahara dans le silence de la nuit, ;de même les attaques de l'instinct sensuel te poursuivront jusqu'au bout de tes années de jeunesse. Le plaisir se montre dev~nt toi sous un vêtement attrayant, la jouissance que te promet la satisfaction immédiate de tes instincts sexuels. Continuellement des tentations t'inviteront à abandonner le chemin de la pureté morale; c'est comme un démon déchaîné en toi qui demande, promet, raille, excite : va .donc, va parmi les plaisirn 'que promettent les désirs sensuels.

LA

CHASTE

ADOLESCENCE

Et dans cette terrible tempête c'est à peine si tu remarqueras le noble visage de la Vertu, c'est à peine si tu entendras sa voix au milieu des exigences des

ne te fie pas au Vice. Garde ton âme

sens : Mon fils,

pure. Ne pèche pas contre la pureté de ton âme même

par une seule pensée. Conserve ton corps et ton âme intacts selon le commandement de Dieu, conserve-les pour ta fiancée f~ture.Crois-moi, c'est seulement ainsi

énergique

. Mais la tempête continue à faire rage. Surtout entre dix-huit et vingt-quatre ans. Et toi, mon jils" il faut

que tu seras un ·et heureux.

jour un homme

honnête,

.que tu restes avec une âme intrépide, sans chanceler, au milieu des vagues écumantes. Pendant des années il te

faudra supporter vaillamment la lutte contre les pas-

sions, ces années sont des années de guerre qui réel- ~

lement « comptent double ». Double, parce que

ton

caractère devient façonné de façon définitive. C'est main- , tenant que se règle la destinée de toute ta vie. Comme ·de grands coups de marteau résonnent ces paroles du

païen Ovide : « Nulla reparahilis arte laesa pudicitia

est : deperit illa sem el » (Ovide Her. V, 103, 104), la pureté l)De fois blessée ne peut pas être remise en état, elle ne meurt qu'une fois. Malheur à toi si tu tombes urie fois, tu t'enfonceras de plus en plus" bas. Seul devient un homme de caractère celui qui dans sa jeu- nesse a su tenir en laisse ses passions. Autant il est facile de tomber, autant il est difficile de revenir en arrière. Actuellement tu ne fait que lutter encore, - 'il n'y a pas de mal. Fais attention de n'être pas obligé un jour de pleurer les joies de l'innocence de ,'ton âme perdue. Mon fils, veux-tu demeurer ferme? As-tu pu cons- ,

OU IRAI-JE?

49

tater que tes désirs qui s'éveillent à l'époque de ta croissance n'ont pas droit à être satisfaits, car ils ne sont actuellement que les signes avant-courèurs de l'œuvre créatrice à laquelle Dieu t'a destiné pour ['avenir? Veux-tu protéger le jardin fleuri de ton âme contre les ravages de la gelée de mai? Veux-tu d'une main robuste maintenir en laisse tes instincts corporels? Veux-tu mettre de l'ordre dans tes pensées? Veux-tu te tenir ferme comme un roc et non pas courir après une lueur trompeuse? Veux-tu enchaîner les bas instincts de ta nature à la noble raison humaine, lorsque brûle dans tes veines le feu dévorànt des passions? Mon fils, mon

cher fils, veux-tu rester pur durant ta jeunesse? l

Il y en a - hélas! il y en a beaucoup - qui ne font pas attention. Qui s'avancent sans prendre garde sur la pente de l'immoralité. Mais malheur à celui qui

avance ·sur cette pente

en fleur est saisie par le gel d'une nuit de mai 1

Malheur à celui dont l'âme

CHAPITRE III

GELÉE D'UNE

NUIT DE MAI

Integritas morum jUfJenenI fade

esse decorum.

« La pureté des mœurs est ta

d" jeune

source

de

l,

beauté

homme"

Un jour tu te trouveras aussi à la .croisée:des chemins. Fais attention, mon fils, ne prends pas le sentier attrayant. Celui qui s'engage sur la pente peu.t diffi- cilement s'arrêter. Envisage seulement le sort de ce malheureux jeune homme qui s'est engagé sur la route glissante de la légèreté des mœurs. En lui comme en tout homme se sont éveillés un jour les nouveaux instincts et les nouveaux désirs dont il a été question dans le chapitre précédent. En lui aussi s'est éveillée une curiosité indéfinissable relative au mystère de l'origine de la vie, le désir de satisfaire ses instincts naissants et il veut d'autant plus entrer en relations avec ceux qui pourraient lui raconter bien des choses sur ce sujet. Lis seulement le cas d'un jeune étudiant. Il avait peut-être quatorze ou quinze ans, lorsqu'il alla un jour au cinéma. On y donnait un drame d'amour stupide; dans une boîte de nuit des hommes et des

GELÉE

D'UNE

NUIT

DE· MAI

. femmes s'amusent, les hommes se vautrent dans les dans les

plaisirs, les femmes sont à peine vêtues, on danse, on

l'âme du malheureux jeune

homme s'agitent des sentiments jusqu'alors inconnus,

sable le champagne

dans

des désirs, des pensées et c'est comme si en même temps au-dedans de lui s'écroulait quelque chose de grand. Qu'est-ce qui ·tombait? Qui le sait? Une forteresse , tout un monde s'est écroulé en lui. Dis donc: si nous essayions \aussi? - lui dit main- tenant à l'oreille son ·voisin, un grand jeune homme au~ yeux enflammés.

lui. « Non 1 JJ crie

aussitôt une autre voix au-dedans de lui. Encore un « oui JJ, encore un « non )J. Mais il n'a rien répondu. Il ne fait que regarder, regarder les yeux fixés sur la toile la scène excitante. Son visage devient rouge, le sang bouillonne dans ses veines, mais lorsque finalement il est sorti dans la rue et que l'air frais le frappe au visage, une tristesse sans nom envahit tout d'un coup son âme : Je viens de faire un péché mortel JJ. Il rentra à la maison. Il voulut étudier la leçon du lendemain. Ce fut en vain. Son esprit ne saisissait rien, son âme était troublée. «Je vais trouver mon con- fesseur )J. Et il ne retrouve le calme que lorsque les douces paroles de son père spirituel ont apaisé son âme inquiète : Dorénavant, soyez plus prudent, mon enfant.

Je le promets, je ne le ferai plus. \ Malhèureusement une paire de mois plus tard il

alla au théâtre

Le titre était si inoffensif : « Le réveil

du printemps JJ. Qui eût pu soupçonner que·dans cette pièce des jeunes gens et des jeunes filles allaient étaler

sur ta scène des choses honteuses. s'iis avaient fait

« Oui 1 JJ crie quelque chose en

52 LA CHASTE ADOLESCENCE

cela dans la rue la police les aurait immédiatement

arrêtés.

n'est plus maître deJui. Les yeux lui sortent presque de la tête, tant il regarde la scène. Son cœur bat très fort. En· revenant à la maison des pensées impures traversent son esprit C'est seulement lorsqu'il veut se mettre au lit et commence sa prière du soir comme d'habitude qu'il·est saisi d'inquiétude: « J'ai encore , fàit un péché ». Toute la nuit ' il ne peut ·pas dormir. Son âme pleure amèrement. «. Demain j'irai me con- fesser », enfin il s'assoupit avec cette résolution vers le matin

Mais lorsqu'il s'est réveillé, il ne veut plus y aller. Et même il essaye de se rassurer. « Enfin. je suis déjà en seconde. Il faut bien que je sache cela. Je ne suis

plus un enfant. En particulier je 'ne m'intéresse à tout cela qu'au point de' vue scientifique », Quelques semaines plus tard un camarade de « pre- mière »le tire à part pendant dix minutes dans le couloir

et lui

voilà du nanan;' c'est plein de photos artistiques )l. n attend avec peine la fin de la classe. Il court à la maison et dévore des yeux ces photos « artistiques ». Dans le calme du soir sa conscience lui parle encore de temps à autre, mais sa voix est déjà de plus ~n plus

faible, sa protestiù:ion est de plus en plus impuissante et finalement elle se tâit .un jour. C'est le calme dans

l'âme dujeùne homme

.Et on représentait cela pour de l'argent. Il

glisse dans la main une petite brochure: « Tiens,

.
.

Le calme

moitel du tombeau

~

: ·.Mais c'est précisément ce qu'il souhaitait; ii voulait que personne ne lui barrât la route, il voulait vivre sa vie. Et le 'jeune homme « vivait sa vie »

vivre sa vie. Et le 'jeune homme « vivait sa vie » GELÉE D'UNE NUIT DE

GELÉE

D'UNE NUIT

DE

MAI

53

Sur la pente.

Il a déjà tant entendu, lu, vu et fait. Peu à peu, ii

est devenu un jeune homme « à la page ll. Dans les

premiers mois il s'est contenté de poésies amoureuses qu'il a composées avec une persévérance inlassable. D'abord il n'a rimaillé qu'à ses moments libres sur un nouveau « soleil » qui était deven~ sa « pâle lune »; mais peu à peu il n'a plus rêvé que d' (~Elle»et même eveiIlé il rêve encore d'Elle. Quand il aurait dû étudier, il se creuse fa tête pour trouver des rimes ou bien il songe à sa promenade du soir sur le boulevard où les jeunes filles seront folles de son pantalon à la dernière mode et de ses manchettes blanches comme

bn~~

,

En fait notre étudiant est continuellement sur le boulevard. Chaque après-midi on peut le voir faire Félégant (tout au moins il le croit) avec ses bottines .vernies, ses gants, sa pochette de soie au veston, bref un cavalier accompli. A côté de lui, le prince de sur le boulevard. Chaque après-midi on peut le voir Galles n'est plus qu'un rustre. Quand son Galles n'est plus qu'un rustre. Quand son professeur passe près de lui il ne peut s'imaginer d'où provient ce nuage parfumé qui envahit la. rue. Comment aUl~si pourrait-il devÎ1,1er que son élève, qui en classe ne peut jamais répondre, est devenu ce rêveur au clair de lune, ce petit maitre amoureux et soupirant. « Comme je .suis chic 1 » pense-t-il de lui~njême. Et il ne pense pas qu'un arbre pourri brille aussi dans l'obscurité. Je vais filire des conquêtes » pense . le . jeune hOmme) ~ polichinelle )j. soupirent les pa$sants sérieux. « Comme je suis élégant! II pensë-t.-i1 .~ lui-même, « voyêZ donc

54

LA

CHASTE

ADOLESCENCE

le beau masque », disent les grandes personnes. Quelle

chance qu'on n'ait pas encore trouvé un instrument pour pouvoir lire dans l'âme humaine. Aïe 1 aïe. Savez-vous ce qu'on y verrait alors? Ohl « Belle tête, mais de cervelle point •.

Avec les copains.

C'est ainsi qu'il déambule dans les rues avec des camarades qui lui ressemblent et leur « conversation édifiante » va son train. Malheur à cette jeune fille que le hasard amène devant la petite troupe! Déjà de loin ils la percent de leurs regards indiscrets et avides; lorsqu'elle passe à côté d'eux, ils' font à haute voix une réflexion sur elle et ils rient de leur trait d'esprit, jusqu'à ce qu'ils rencontrent une nouvelle victime. Entre-temps l'un d'eux raconte que le bouquiniste

a reçu des nouveautés alléchantes; le groupe pousse la porte et demande avidement après les « fa~eux bouquins ». « Vous pouvez nous les donner, patron, car nous ne sommes plus des enfants ». Avec l'argent qu'ils ont subtilisé dans la commode de leur mère ils paient ces ordures, ensuite ils se rendent dans un cabaret des faubourgs. Là ils sont tranquilles, les professeurs n'y viennent pas. « Garcon, deux bou- tentes de bière! » Ils sortent des cigarettes prises dans les poches de leurs pères, et se mettent à lire les brochures obscènes qu'ils viennent d'acheter et tout en trinquant ils entament une çonversation « distinguée », émaillée d'anecdotes graveleuses. Des porcs font rarement

GELÉE

D'UNE

NUIT

DE

MAI

55

jaillir autant de boue en se vautrant dans la fange que ces jeunes gens n'en remuent en une demi-heure avec leur langue. Et lorsqu'ils ont vid,é leur stock de plaisanteries à double sens et qu'ils ont dépensé en boisson tout l'argent pris en cachette, ils rentrent enfin à la maison, parfois même en titubant. Voilà une scène fréquente chez les galopins. D'autres jeunes gens tombent sur une autre route; il y en a qui tombent d'eux-mêmes dans le péché qu'au début ils regardaient comme un jeu innocent. Mais la plupart cependant s'enfoncent dans le chemin du vice sur les conseils et les séductions de camarades déjà corrompus.

La crise.

Mais le soir le sommeil ne vient pas fermer les yeux de notre pauvre jeune homme. Ce qui l'inquiète à présent ce n'est pas sa composition hongroise du len- demain qui n'est pas encore seulement ébauchée. Fina- lement avec un petit mensonge l'affaire sera bientôt expliquée. Mais c'est la conversation de l'après-midi,ce qu'il a entendu dire, par ses camarades sur les plaisirs

que l'on peut éveiller en ·soi-même, qui fermentent dans son imagination et chassent de lui le repos.

Son cerveau est traversé par des pensées dont l'évo; cation lui aurait fait horreur il y a une paire d'années:

Son cœur commence à battre bien fort, son sang bouillonne et entre en ébullition. Il voudrait savoir si ]a jouissance est vraiment aussi grande quand l'homme se sert de son organe génésiaque. Le désir brûle en lui « je suis seul, personne ne me voit» d'essayer la chose;

GELÉE D'UNE NUIT DE MAI LA CHASTE ADOLESCENCE 57 il a commis sur son propre
GELÉE
D'UNE
NUIT
DE
MAI
LA
CHASTE
ADOLESCENCE
57
il a commis sur son propre corps une action honteuse
mille églises sont sans valeur en comparaison du temple'
vivant de Dieu: une âme pure d'adolescent. C'est à cela
qu'il sait bien être un péché contre Dieu, contre son propre
honneur et contre la dignité humaine, mais qui s'inquiete
du péché maintenant que l'instinct exerce son empire;
cet instinct qui pendant tout cet après-midi a été
enflammé par les conversations, les lectures et t'es
chansons
La ruine du temple.
Le premier péché solitaire vient d'être commis.
Le malheureux jeune homme s'est jeté lui-même dans
la fange, - il s'est sali lui-même. Toute la «jouissance Il
a duré peut-être une demi-minute. La première
brèche s'est ouverte dans la muraille
Elle commence
que' pensait saint Paul, lorsqu'il écrivait aux Corin-
thiens : « Ne savez-vous pas que vous êtes un temple
de Dieu et que l'Esprit de Dieu habite en vous? Si
quelqu'un détruit le temple de Dieu, Dièu le détruira.,
Car le temple de Dieu est saint et c'est ce que vous,
êtes vous-mêmes » (1 0 Corinthiens III, '16-17),
1 Mais ces réflexions ne durent qu'une paire de jours.
Bientôt il se 'retrouve dans son ancienne compagnie.
Il apprend de nouveaux événements. Il entend de
nouvelles choses, il rit de nouvelles plaisanteries, au
bout d'une semaine il est retombé dans le péché de
l'autre jour et la semaine suivante encore et ensuite
de plus en plus souvent: sa conscience se défend encore
un peu, comme un tison qui va s,'éteindre, comme
un gibier pris au piège, mais ensuite elle s'épuise
à détremper en ce jeune corps la force, l'ardeur au
travail et l'enthousiasme. La conscience endormie
pousse immédiatement un grand cri. La voilà réveillée.
se
parlerais-je?
Pauvre, pauvre jeune
.elle
tait.
Tu
ne
m'écoutes
pas,
pourquoi
-
L'immense énergie
Elle adresse d'amers reproches aujeune homme, la chose
aussitôt faite. En un instant il se rappelle, comme un
éclair, son âme jusqu'alors si pure et maintenant après
la première ch'lte, son imagination épouvantée lui fait
aperq:voir tant de beaux rêves 'anéantis.
C'est ainsi que Napoléon a dû contempler les bras
croisés Moscou en flammes dans la plaine russe couverte
de neige. C'est ainsi qu'a pleuré Jérémie, le prophète,
sur les ruines de la capitale juive et du Temple. Si à
un· enterrement nous pleurons sur un corps, parce
que l'âme l'a quitté, combien plus devrions-nous
pleurer sur une âme que Dieu a abandonnée! Ah! si
seulement il versait des larmes, des larmes de sang, ce
jeune homme, sur la ruine dll temple de son âme! Car
de tes jeunes années, la force de ta volonté sont là
brisées dans la poussière. Tandis que tu bois le miel
à plein verre, tu ne t'aperçois pas quel poison tu bois
au fond de ce verre. Ah! si à quinze ans tu voyais les
larmes amères que les suites maudites du péché te
feront verser à vingt ans! Ah! si à quinze ans tu voyais
la lourde lave qui va brûler après le péché ton cœur
jusqu'à présent frais et rouge! Ah! si à quinze ans tu
voyais à quel avilissement une paire d'années plus tard
le péché a réduit ton âme pure comme la neige! Ah!
si tu voyais comme tu diras un jour: « Quel malheur
pour moi! ))
Quand aux échecs tu as fait une faute, tu retires,

LA

CHASTE ADOLESCENCE

les

erreurs morales ne peuvent jamais être considérées comme

.non avenues.

ta pièce en disant « cela ne compte

pas

»; mais

Jeunesse en haillons.

Ensuite le caractère! Bravoure, grandeur d'âme, amour de la patrie, respect des parents, noble fierté, ,courtoisie, héroïsme et toutes les autres beautés de l'âme humaine, cèdent la place en un tel jeune homme, cèdent ia place à une indifférence blasée dans l'âme d'un tel adolescent. Peut-on voir quelque chose de ' plus triste qu'un jeune arbre - qui devrait être en pleine floraison - sans boutons, sans feuillage, le tronc tristement courbé, les branches traînant à terre. Ainsi en est-il de l'adolescent qui a perdu son inno- cence sous l'orage des passions déchaînées. L'arbre le plus robuste perd ses feuilles, ses branches se des- sèchent, si nous lui faisons une blessure au tronc ét que la sève s'en échappe. Le péché secret produit les mêmes ravages en celui 'qui en est devenu l'esclave. La pureté de l'âme est semblable à la rosée matinale qui brille comme des diamants sur les pétales des fleurs qui s'éveillent. C'est une simple goutte d'eau qui scintille si féeriquement; mais si un jour quelqu'un par mégarde touche au calice de la fleur, tous les . ,océans du monde ne peuvent la remplacer. Tu as déjà entendu parler, mon fils, de cette femme merveilleusement belle de l'antiquité, Pandore, qui avait donné à son mari comme dot une magnifique boîte en or. Mais quand il eut ouvert la boîte d'or, la misère, la douleur, la maladie se répandirent sur

GELÉE

n'UNE

NUIT

DE

MAI

59

toute la te, re. Mon fils,

les jouissances charnelles défen-

,dues sont semblables à des coffrets en or - du, dehors. Mais malheur aux jeunes gens qui ouvrent étour- ,diment la boîte de Pandore! Tu crois peut-être que - tout au moins au prix ,de la paix de son âme - ce jeune homme est du moins heureux? Pas du tout. Alors il ne se tournerait pas vers de nouveaux plaisirs. Son corps à qui il a permis <léjà plusieurs fois des jouissances défendues devient ,d'une exigence insupportable. Il n'est jamais satisfait, même s'il lui accorde jouissance sur jouissance, même .s'il lui sacrifie entièrement son âme. Oui, la fin d'une vie de jouissance c'est que l'âme devient pour ainsi ,dire chair: égoïste, insensible, impitoyable. L'âme est .sombre, abattue, yide; mais dans son corps les forces démoniaques déchaînées font rage, se pourchassent les unes les autres. QueUe profonde déchéance pour l'homme! l'animal ne se livre pas à l'immoralité, mais .seul l'homme créé à l'image de Dieu, doué de raison ,et d'une volonté libre. Celui' qui a pris sans y faire attention seulement une goutte du poison des jouissances interdites devient ' comme le rat qlli a mangé un appât empoisonné; un feu épouvantable brûle au dedans de loi, dans son ,désespoir il court de' côté et d'autre pour trouver de l'eau; il boit, il avale tout ce qu'il trouve sur son chemin, mais - hélas! - le feu ne s'éteint pas, tant que l'animal ,empoisonné ne s'écroule pas. C'est un pareil feu dévorant qu'a allumé en lui-même le jeune homme par ses actes coupables. « La jouissance amuse, mais ,sa fin fait mal )). Le plaisir, la jouissance jouent avec toi, mais leur fin, c'est la ruine, la misère.

mais ,sa fin fait mal )). Le plaisir, la jouissance jouent avec toi, mais leur fin,

60 LA

CHASTE ADOLESCENCE

Sur le chemin de la perdition.,

Lorsque l'adolescent ~st arrivé jusque-là, il veut connaître encore plus à fond le mystère de la nature humaine. A présent il voudrait déjà savoir tout ce qui concerne la vie sexuelle, l'origine de la vie humaine.

classes supérieures » est déjà asse z:

mûr pour fouiller le monde entier. Pour fouiller les

choses que la sainte volonté du Créateur a cachées dans les profondeurs du sanctuaire familial. Il veut ' dès maintenant, avant le mariage, savoir et pratiquer ces choses. Ses camarades sont déjà initiés. Avec joie ils conduisent le malheureux jeune homme dans les antres du péché, dans ces maisons où des filles encore plus déchues qu'eux l'initient aux secrets qu'il veut con- naître. Et souvent même il n'a pas besoin de camarades. Car dans certaines rues de la capitale un jeune homme ne peut pas circuler le soir, sans que le plus misérable rebut de l'humanité, les filles tombées, ne l'abordent. renveloppent et ne l'attirent dans l'effroyable abîme

Lui, l' « élève des

Le spectacle des ruines est partout déprimant.

Il est triste de vo,ir les ruines que la rafale des combats

a èausées dans une magnifique église. Mais il est

mille fois plus triste, quand cet acte de vandalisme

se produit dans le temple d'une jeune âme où brillait,

il y a encore peu de temps, l'autel de marbre blanc de l'amour de Dieu et où brûlait la sainte flamme de l'enthousiasme pour l'idéal.

Mais à présent il n'y a plus de secrets pour lui. A présent, il a tout entendu, tout vu, tout goûté, tout essayé. A pré$ent. est-il ,heureux?

\

GELÉE D'UNE NUIT

DE MAI

61

Uu bien ne l'est-il pas? Pourquoi cette funèbre tris- tesse dans ses yeux? Quelle est cette ombre lugubre ,qui assombrit ses traits? 'Pourquoi ses regards évitent- ils les regards des gens honnêtes? Pourquoi ses études :sont-elles de plus en plus négligées? Où vagabonde son esprit pendant la classe? Quel serpent enserre 1 de .ses replis cette jeune âme pour l'étouffer? Pourquoi :sesent-il comme un etrariger aU milieu de ses condis- ciples candides? i>ourquoi ne trouve-t~il plus de plaisir .à leurs jeux? Est-ce qu'il ne sait pas « tout? » Oui, il sait tout et c'est pour cela qu'il n'est pas heureux. Car il sait que le bonheur qu'il .a cherché au prix de son innocence, de son caractère, de son honneur, il l'a cherché en vain. Il l'a cherché là ! il n'est pas. Quand nous approchons de notre oreille une coquille marine, il en sort le bruit magnifique de la mer, son ancienne patrie; de même aux heures de 'Solitude de ce jeune homme résonnent les nobles efforts, désirs, souffrances d'une âme torturée. Lorsque le visage en feu et le cœur battant bien fort il cherchait 'avidement le papillon multicolore q'un bonheur imaginaire, le papillon s'envolait plus loin et il ne

.restait plus dans les mains de l'infortuné jeune homme que la poussière grise d'une aile de papillon sans valeur. Mais le papillon a emporté avec lui le repos, l'avenir, le bonheur de l'âme de l'adolescent. Et qu'est-il resté à la place de l'heureux paradis antérieur? Un vide béant, un vide sans espérance, sans joie, sans éclat,

glacial et noir

,corneilles croassent dans c~tte âme d'adolescent où devrait retentir le chant mélodieux du rossignol. Charles IV, roi de Hongrie, lorsqu'il gisait sur son lit de mort dans llîle de Madère, fit cette prière pour

Avec un frôlement de fantôme des

62 LA

CHASTE

ADOLESCENCE

ses sept enfants: « Seigneur, ôtez-leur plutôt la vie. s'ils doivent vous offenser par un péché mortel ». Blanche de Castille, reine de France, disait un jour à son fils le futur saint Louis : « Mon enfant, je vous' aime plus que moi-même. Vous êtes ma seule conso- lation sur la terre; vous êtes l'espoir du royaume et. pourtant - j'aimerais mieux vous voir mort que d:apprendre de vous que vous avez commis volon- tairement un péché mortel ».

Plutôt dans la tombe qu'être en état de péché mortel!'

Ah! comme elles seraient amères les larmes des parents, anxieux, comme le cœur aimant d'une mère serait déchiré sous le poids de la douleur, comme l'âme d'un père serait étranglée par une muette douleur, s'ils, voyaient le péché de leur enfant, s'ils connaissaient la. chute de leur malheureux fils!

tes'

parents qui ont tant travaillé pour toi cette souffrance de l'âme?

Léonidas, un des premiers martyrs chrétiens, embrassait avec vénération la poitrine de son jeune fils endormi, Origène, car il savait que dans ce cœur pur habitait l'Éternel. Et toi, malheureux, tu traînes dans la boue ton âme jadis blanche comme la neige et odoriférante comme un parterre de fleurs au .prtn-, temps, le plus beau temple de Dieu. Cependant ce n'est encore que la première partie de la pente. Nous ne sommes pas encore au fond de:

l'abîme.

Et

toi, fils

cruel, pourquoi n'épargnes-tu pas à

GELÉE

D'UNE

NUIT

DE

MAI

La loi de la pManteur.,

Il Y a une loi de physique suivant laquelle un corps qui tombe ne se précipite avec une vitesse égale vers la terre, mais é'est avec une vitesse accélérée de seconde en seconde qu'il tombe au fond où l'attire une force mY$térieuse. La loi de la pesanteur n'existe pas seulement p.our la nature matérielle, mais aussi pour la vie de l'âme. Au fond de chaque âme sont cachées d'effroyàbles forces démoniaques, qui, une fois qu'elles se sont rendues maîtresses pour notre malheur, entraînent , l'âme avec une force de plus en plus irrésistible dans, les sombres profondeurs du péché. Une seule légèreté, la première chute - et la loi de la pesanteur commence à se réaliser. Partout où passe avec ses ·terribles compagnons le péché d'impureté, le sol se dessèche sous ses pieds, les jeunes têtes qui jusqu'alors se tenaient bien droites s'inclinent, les dos altiers s'affaissent, le rose du visage pâlit, le caractère s'affaiblit. Il n'y a plus qu'un feuiI-· lage desséché là où devraient être des fleurs souriantes~ il n'y a plus que poussière là où elles devraient s'épanouir dans la fraîcheur. Mon fils, des -ehiens affamés, des chacals assoiffés. de sang sont cachés au fond de la nature humaine déchue. Ne donne pas à manger à ces chacals - ils, ont soif de sang, de ton sang frais et jeune. Ne détache pas la chaîne de ces chiens grondants, ils te mordraient et souilleraient la pureté de ton âme.

LA

1

CHASTE ADOLESCENCE

« Quelque péché, écrit saint Paul, qu'un homme commette, ce péché est hors du corps; mais celui qui se livre à l'impureté pèche contre son propre corps » (Jo. Corit}thiens VI, 18).

Dans

(es marais de Mazurie.

Pendant', la grande guerre l'armée russe subit une terrible défaite dans les marais de Mazurie. Le général allemand, Hindenbourg, qui connaissait comme sa poche les plus petites parties de cette région maré- cageuse fit méthodiquement reculer les troupes russes vers les lacs. Dès que le front russe vacilla et

commença à se disloquer, les Allemands se jetèrent sur les Russes avec un élan impétueux. Les Russes n'eurent pas le temps de réfléchir, ils durent précipiter leur màrche. Devant eux les marais infranchissables, derrière eux les Allemands qui les poursuivaient. Mais la poursuite ne dura pas longtemps. L'armée poursuivante s'arrêta tout à coup. Comme si l'armée allemande avait pris racine, toute la troupe s'arrêta devant le spect,acle épouvantable qui s'étalait devant elle. Les Russes qùi avaient perdu la tête en s'enfuyant se précipitèrent sur ce sol verdoyant qui semblait la terre ferme; mais sous l'herbe verte se cachait un marais sans fond et les troupes allemandes lancées à leur poursuite virent, clouées au sol d'épouvante, les Russes disparaître dans une mort effroyable : les pieds, les jambes, le corps. Puis les mains surgirent; des visages décomposés par la terreur

des appels au secours

des hurlements épouvantables

GELtE D'UNE NUIT

DE MAI

qui donnaient le frisson

aider. Et -l'abîme les entraîna, dans son fond.

Pas une âme qui

.

65

pût les

Songe, mon fils, à ce qu'il advient d'un jeune homme qui met le pied sur l~ marais fangeux de l'impureté et s'enfonce dans les profondeurs de l'abîme.

CHAPITRE IV

AU FOND DE L'ABIME

~ Qu'on n'entende même pas

dire qu'il y ait parmi vous de

fornication, d'impureté de quel-

«

que sorte

ainsi qu'il conv.ient·

«

à des saints. Point de paroles

c

déshonnêtes, ni de bouffonneries

c

ni de plaisanteries grossières, tou-

e

tes choses qui sont malséantes. »

(Saint PAUL, tpître aux tphé-

"

siens V, 3 et 4).

u La part des impudiques est

dans l'étang ardent de feu et de

c

souffre.• Saint JEAN, Apocalypse XXI, 8).

11 n'y a pas d'adolescent a ux oreilles duquel ne retentissent tôt ou tard les chants séducteurs ou les paroles exigeantes des désirs sensuels. Sa sàine raison, son âme honnête, son çœur pur, son idéalisme, tout cela le protège, le défend contre la chute; sa consciencè

- comme une c1qche d'alarme - ne cesse de crier dans sa poitrine: « Ne.le fiis pas, ne le fais pas! ) et cependant voilà que se fait entendre devant lui le :chant de sirène captivant, ensorcelant, enchanteur des sens et les désü's sensuels aveuglent la pauvre âme qui lutte avec la joie momentanée des Jouissances qui ,s'offrent. ·Ce qui arrive après cet instant, où tu. t'Cs ~nfo~cé, ce que ,tu as perdu, ce qui t'attend, ce qui '

A:- FOND

DE L'ABlME

ruine ton système ner:veux, salit et affaiblit ton carac- tère, - de tout cela tu n'entends rien, tout cela t'est caché. De même que, au cinéma, nos yeux ~'attachent au film qui passe sur l'écran et qu'à cet mstant nous ne voyons plus rien autour de nous, de même le désir des jouissances sensuelles aveugle ce jeune homme et il ne pense plus à rien, il ne songe plus à rien, il suit aveuglément. Il descend la pente Mais malheur à celui qui descend la pente 1

Le chêne brisé.

Il n'y a pas au monde de .plaisir; de jouissance plus éphimères que les fruits de l'impureté; mais il n'yen a ~as non plus de plus chers, car l'homme les paye au pnx de son corps et de son âme. Sans la moindre exa- gération je veux décrire devant toi en toute vérité le triste sort de ce jeune homme. Peut-être ce tableau te paraîtra-t;.il incroyable. Tu penseras qu'il est exagéré; un seul péché, le péché d'impureté ne peut pourtant pas avoir de si lourdes conséquences; une misère si incommensurable ne peut pourtant pas résulter d'un seul péché! Mon fils, ce que j'écris ici n'es.t même pas un tableau complet de la ruine immense et de la ruine physique et morale que l'impureté amène souvent sur toute une vie humaine, même sur la vie de géné- rations entières en rançon de quelques instants de

. Je ne prétends pas que le péché solitaire amène la ruine de l'organisme physique. Mais quel que soit l'âge de

plaisirs sensuels.

68 'LA CHASTE ADOLESCENCE

~

.,

'l'esclave de ce péché, le système nerveux est ébranlé et plus il est jeune et plus fortement il tombe sous le .triste joùg du péché, plus rapidement est ruinée sa force physique.,

,En, tOut cas la ruine de l'âme est absolument sûre. Mime ,chez le jeune htmtme à l'Organisme physique le piUS' , robuste l'âme souffre indiciblement sous l'effet du péché.

Mon fils, ne te laisse pas abuser par l'apparence robuste :ete telp"écheur. Son visage peut rester rOse, sa force ne paraît pas diminuée; mais la vigueur de son esprit est 'pertainement amoindrie, sa mémoire est affaiblie, ses facultés mtellectuelles sont réduites. L'esprit gémit. sous cet amas de ruines et l'âme appelée à régner languit sous le joug misérable des passions. Ce péché est ,trompeur et traître. Avec un sourire rusé il te promet ciel et terre - tant que tu ne l'as pas commis; 1et .il te dépouille du plus saint joyau de ton âme en te ',laissant 'dans les tortures du désespoir - lorsque tu t'es abaissé à devenir son, esclave. ( Et ce qui est peut-être le pl~s triste de tout, c'est que ce péché est tr~s difficile à guérir. Celui qui l'a

, commis un certain temps voit

son âme devenir si

, insensible à toute influence morale que les paroles suppliantes d'un .père aimant ou celles pleines d'au- torité d'un prêtre glissent sans effet sur lui. La volonté de ce jeune homme est annihilée. Dès le matin il perd "un temps précieux avant de se ,décider à sortir du lit. Quand il se' met au travail, il réfléchit longuement s'il veut commencer, Tout en bâillant il feuillette tantôt un livre, tantô ,t u~ autre,inais il n'étudie pas, il est inca- , pable de' prendre 'ùne résolution'sérieuse. Parfois il soupire avec' franchise :« Ah! .si c'était ainsi! il Il

voud_tai~~ie~êtreautreme!lt~~!s'~,nefait rien ,pour

voud_tai~~ie~êtreautreme!lt~~!s'~,ne fait rien ,pour AU FOND DE L'ABIME cela. Il est comme un soldat sur une

AU FOND

DE L'ABIME

cela. Il est comme un soldat sur une image ; il brandit toujours son épée pour frapper, mais il ne frappe jamais. Parfois, après quelque événement plus grand dans son âme, il s'émeut' subitement Maintenant je vais me reprendre. Dorénavant tout va changer lI. Et puis rien ne change; la fusée est lancée et après l'obscurité est plus grande. Ce jeune htmtme ne peut

être sauvé, parce que lui-même ne 'Veut plus être sauvé.

« Rien qu'une fois? ».

Dans le chapitre précédent tu as vu le jeune homme sur la 'VoÎe du premier péché. Il se peut que seule la curiosité l'ait 'poussé pour la première fois sur cette pente. L'i1liJ~iôn trolllpeuse : « Je le ,ferai une fois )1, rien qu'une fois pour en faire l'expérience. Il ne sait pas que le premier péché est le plus difficile; le suivant arrive plus aisément et 'finalement le chariot descend irrésistiblement la pente. Pourtant ne crois pas que si les tentation,s sont très violentes et t'assiègent presque victorieusement" tu doives finalement le,ur céder pour qu·elles te laissent

tranquille. Il'y a des jeunes gens qui 'croient s'affranchir de la tentation, s'ils commettent le péébé. Quelle terrible illusion! Le premietpéché a'impureté remplit

l~ur imagination d'images, obscènes

qui pénètrent dans

leur mémoire ave~ tant de forée et provoquent si vite de nouveau au. péché qu'i! ne peut plus 'être question de travailler à présent. Le malheureux jeune homme comprend' seulement à présent que les chacals affamés qui surgissaient au dedans' de lui avant le péché étaient

LA CHASTE ADOLESCENCE

néanmoins enchaînés, tandis que le premier péché les a lâchés et a encouragé leurs exigences effrontées. Les petits lionceaux ne sont pas dangereux, tant qu'ils n'ont pas vu de sang; mais si un jour ils goûtent la chair fraîche, eest fini. Ils deviennent des fauves altérés de sang. « Rien qu'une fois, pour que tu saches! » dit la tentation avant le péché. Mais si tu lui obéis, elle ajoute: « Maintenant que tu as commencé, peu importe combien de fois tu le fais ». Sois donc fort dès le premier instant, car « il se trompe celui qui croit que s'il s'est montré lâche dans sa jeunesse, il pourra devenir à l'âge d'homme un caractère trempé ». Le remède arrive trop tard, si tu gémis déjà dans l'esclavage d'une longue habitude. Qui peut dire quand commence l'automne? Tout d'abord quelques feuilles tombent des arbres, puis les branches sont dénudées et voilà que tout d'un coup un vent d'hiver siffle à travers les arbres de la forêt. C'est ainsi que nous avançons dans le péché, presque sans y prendre garde, allant d'un petit à un plus grand. MalheUr à celui qui joue avec le péché solitaire ou les relations sexuelles et veut faire « rien qu'une fois » ce qui n'est permis que dans le mariage! Hélas! combien de jeunes gens à l'âme brisée ont promis-en - pleurant qu'ils voyaient à quelle destinée ils alll1-ient et que dorénavant ils voulaient concentrer toutes leurs forces et ne plus commettre ce péché 1 Leur promesse était sincère; mais une fois laissés à eux-mêmes et la tentation surgie de no~veau, leur volonté est si faible qu'ils retombent pour ainsi dire sans résistance, sans retour.

AU

FOND

DE L'ABlME

7 1

Le premier faux pas.

Comment le malheureux jeune homme en est-il arrivé là? Il n'a pas été assez fort au premier moment. Il ne savait pas que la vie de l'homme est comme le jeu d'échecs où tout faux pas se venge tôt ou tard. Peu à peu ses conversations obscènes, ses lectures et ses actions deviennent de plus en plus fréquentes, presque une habitude quotidienne. Il ne pense plus sérieusement à essayer de s'en affranchir) son âme n'est plus inquiète.

- et même avouons-le - s'il le voulait réellement.

il lui faudrait une force de volonté gigantesque pour

pouvoir secouer la ser'liitude des sens qui exercent sur

lui une véritable tyrannie. L'habitude devient un tyran si terrible que lorsque, sur l'ordre du docteur) il voudrait s'affranchir du péché solitaire, il lui faudr3Ît en quelque sorte se lier les mains, car l'habitude l'amène presque inconsciemment au péèhé. Plus il cède au péché, plus il devient exigeant; la répétition fréquente devient une habitude, et l'habitude un besoin. Le péché est entré une première fois par hasard comme un voyageur -chez lui pendant la nuit; ensuite il est devenu un visiteur; maintenant c'est lui le maître du logis. La légende grecque raconte qu'Antée, lorsqu'il luttait avec Hercule, retrouvait de nouvelles forces, chaque fois que son pied touchait la terre. La passion pécheresse devient aussi d'autant plus forte contre nous que notre âme touche plus fréquemment la boue ,et la fange. Et le malheureux jeune homme, ~orsqt,l'il voudrait se débarrasser de ce fardeau terrible, se débat impuissant sous le poids de cette malédiction.

LA CHASTE ADOLESCENCE i\U FOND DE L'ABIME J ,73 D'après la mythologie grecque, Prométhée déroba
LA CHASTE ADOLESCENCE
i\U FOND DE L'ABIME J
,73
D'après la mythologie grecque, Prométhée déroba
le feu de l'Olympe et en punition les dieux l'attachèrent
sur un rocher du Caucase. Chaque jour un aigle
venait lui dévorer le foie. Le lendemain le foie avait
repoussé, n'lais l'aigle revenait
C'est l'image effrayante
du jeurie homme qui a allumé en lui-même le feu de
l'impureté; ses actes l'ont enchaîné au rocher de la
vie du péché et la « jouissance » pècheresse déchire
chaque jour sa pauvre âme. Plus il accomplit fréquem- ,
ment cette action, plus la passion rugit irrésistiblement
en lui: encore, encore. Ce jeune homme devient comme
un tonneau sans fond; constamment on y verse de
l'eau et il n'est jamais plein. Le péché devient réel-
lement un besoin vital, comme la nicotine, l'alcool,
l'opium deviennent des besoins pour celui qui en fait
usage.
Terrible situation : le péché, ut: besoin vital!
Les explorateurs de l'Mrique du Sud parlent d'une
curieuse espèce de serpents qui par un simple regard
fascinent les oiseaux. Ce serpent regarde simplement
sa victime et le malheureux oiseau saute quelque temps
de branche en branche, mais c'est en vain, il ne peut
hélas 1 résister, il lui faut sans cesse regarder les yeux
du serpent, quelque chose l'attire, l'hypnotise, les
yeux magiques du serpent ont capté sa volonté et il lui
faut se rapprocher du reptile
de plus en plus près,
jusqu'à ce que d'un coup rapide il s'élance et engloutisse
sa proie.
Voilà l'image frappante de l'âme qui se débat une
fois tombée dans les griffes de l'impureté.
Pourtant le malheureux n'a peut-être commencé
que par légèreté ou par ignorance. Chez bien des
jeunes gens ce n'était pas d'abord un péché voulu.
En se tenant à cheval sur une ,perche ou en grimpant
sur un arbre, il a senti poùr la première fois un plaisir
sensuel et il a cru que c'était seulement un jeu agréable.
Et quand il a su que c'était un péché contre nature, il
était déjà trop tard; il ne pouvait plus se libérer de
cette triste habitude poursuivie depuis des . années.
Un autre a appris peut-être encore tout petit par un
camarade déjà vicieux comment il pouvait se procurer
cette «jouissance ». Il a sans doute senti immédiatement
que ce que son camarade lui a appris n'est pas en ordre,
que c'est un péché, car il ne le ferait jamais, à la vue
de son père ou de sa mère. La nature elle-même lui
a insinué que c'est un péché et qu'il faut le dissimuler.
Et il préférerait se couper les mains plutôt que de,
laisser voir à sa mère, à ses frères et sœurs la mauvaise
habitude qu'il a contractée. "
Tu as déjà entendu parler n'est-ce pas de plantes
insectivores. L'insecte sans méfiance vient se poser sur
leurs feuilles velues, mais dès cet instant il est pris et
la feuille se referme avidement. Lorsque quelques ',i
jours après elle se rouvre, du malheureux insecte il ne
reste qu'un triste débris: la plante a sucé toute sa force,
toute sa, vie
De même le péché d'impureté suce la force d'âme'
du jeune homme qui sans méfiance s'est Jeté dans ses
griffes.
C'est pourquoi des changements si visibles appa-
raissent dans son caractère et sa conduite, même souvent
dans sa santé physique, qu'il lui est impossible - bien
qu'il le veuille - de les cacher aux autres. Car l'aigle ne
peut plus voler aussi bien, quand il a trempé ses ailes
dans la boue.

74 LA CHASTE ADOLESCENCE

Descensus averni.

Par ses actions impures le jeune homme a irrémé. diablement diminué ses forces physiques et intellec- tuelles. Forces que dans ses années de jeunesse il devrait employer pour assurer le bonheur de son avenir. Ses maîtres, ses camarades, ses parents voient en lui

ce

grand changement, comment en une année ou deux

ce

jeune homme si vivant, si vigoureux, si intelligent

a

changé à son désavantage. Ils le voient et s'en

étonnent. Ils s'étonnent que lui qui était jusqu'alors un bon, peut-être un excellent élève, décline lentement mais continuellement. Lui qui était autrefois parmi les premiers, maintenant dans les classes supérieures ne rapporte plus de bonnes notes à la maison. Sans doute il se tient tranquille en classe, mais celui qui le regarde dans les yeux voit bien que sa pensée voltige au loin. P endant la leçon ses yeux sont perdus dans le vague.

Il tire des plans de divertissements pour l'après-midi.

S'il est interrogé, il rougit subitement et sursaute. On voit qu'il lui faut ramener de loin ses idées. Le moindre travail intellectuel le fait transpirer. Ensuite il devient plus tiède dans ses relations avec ses bons camarades de jadis. Il répond durement à leurs plaisanteries les plus innocentes. Il n'a qu'un ou deux confidents; ceux qui lui ressemblent. Mais avec,ceux-ci à chaque récréation et sur le chemin de l'école à la maison il tire des plans en grand mystère. Si par hasard un « qui n'est pas au courant» se mêle à leur groupe, ils lui font si mauvais visage qu'il les quitte rapidement.

AU FOND DE L'ABIME

7S

Quoi que dise le professeur, il n'y trouve ph,ls d'in- térêt. Quand il le voudrait, il ne pourrait plus réfléchir assez de temps à un sujet. Le directeur qui le connaît et l'aime depuis des années constate avec étonnement qu'il surprend fréquemment en flagrant délit de mensonge cet élève jadis si franc. Hélas! celui dont l'âme est écrasée par un gros péché ne se soucie plus des petits. Son regard ne se trouble plus, son visage ne rougit plus, lorsqu'il mentI Il sent bien lui-même combien est malpropre sa vie intime; c'est pourquoi il ment, il ment sans cesse, pour que devant les gens il puisse du moins garder les apparences d'une vie honnête. Il ment constamment à ses camarades et à ses maîtres, tout comme à ses parents à là maison. En effet la franchise est la fille de la pureté d'âme et le mensonge est le frère de l'impureté. Mais avec la franchise disparaissent en même ,temps les autres vertus de la jeunesse : la servÎ<lbilité, la candeur, la reconnaissance, l'attachement, l'enthou- siasme pour le beau et le bien. En effet la pierre de touche de la fermeté morale est précisément la pureté de me. Sans elle l'âme va à sa perte. Que vaut une pomme vermeille, si un ver la ronge à l'intérieur? Que vaut un cercueil doré rempli de pourriture? Tout le carac- tère du jeune homme devient grossier, sa finesse d'autre- fois disparaît, comme le parfum de la rose aux feuilles ! brisées par des doigts grossiers. Il végète sans, but ni volonté. Près 'de Rome s'étendaient de vastes marécages jusque ces temps derniers. Leurs émanations empoi~ sonnaient l'air de toute la contrée et rendaient malades les habitants. Ces hommes au teint de cire et aux regards mélancoliques travaillaient avec indifférence

LA CHASTE ADOLESCÈNCE

au-dessus de ces eaux fangeuses; et lorsqu'lm étranger leur demandait amicalement: Come sta? (Comment:

allez-vous?) - dans toute l'Italie on répondrait,: Si Vive (nous vivons), dans-cette triste région on répondait:

Si muore (nous mourons). Si muore, si muore! poutraient dire d'eux~mêmes bien des jeunes gens. Mais c'est naturel. Les chênes n~ poussent pas . sous les tunnels et les roses n'éclosent pas dans des caves obscures. Tout au plus y apparaissent quelqueS. plantes rab9ugries qui languissent au milieu d'insectes hideux. « Celui dqnt l'âme est captive - écrit le <;~)1li~~, Étienne Széchenyidans un chàpitre de son «joumalll'--'. ne voit pas fleurir en lui les vertus morales et chacun' de ses pas laisse l'empreinte d'un plaisir insipide ». C'est pourquoi le visage jadis rieur de l'enfant s'assom-

brit. De là les rides de ce jeune froJ)t. Ah t qu~lletristesse de voir commencer à pâlir le délicieux arc~en,-ciel. Ensuite il n~est plus aussi délicat à l'égard de la pr9priété. Évidemment pour acheter les revues légères, pour aller au "théâtre (ou au cinéma, surtout quand

l'affiche porte : « jeunes gens au-dessous de

non admis ») il faut de l'argent et sa mère se plaint sans cesse qu'aujourd'hui les domestiques sont voleurs" chaque semaine on vole dans les tiroirs. De tels jeunes gens ne peuvent naturellement plus.

trouver de plaisir dans l'étude et les travaux sérieux~ ils so11t incapables de recevoir de nouvelles impressions, intellectuelles (donc d'étudier sérieusement, de faire

seize ans

. des

d'étudier sérieusement, de faire seize ans . des progrès). Leur sensibilité s'émousse, s'aff~blit~

progrès).

Leur

sensibilité s'émousse,

s'aff~blit~

; bientôt fait place à la dureté. Ils sont tout près du,

désespoir. Ils ne connàissent plus

le travail. Leur 'activité est brisée, ils ne peuve:ntplulJ,

~a joie quepro(!U~ê

AU

FOND

DE

L'ABIME

77

concentrer leurs idées sur un but et n'avancent dans aucune carrière. Leur imagination est exclusivement

occupée de représentations obscènes. Ils n'ont plus \

.~ Leur volonté n'est plus qu'une marionnette. Ils devien- ' nent des jeunes gens lâches, menteurs, hypocrites, sournois, sans caractère. Partout où ils passent, on sent derrière eux une gêne. Sur les murs, dans les livres,

dans les W. C., dans les cabines de bain, partout ils laissent des dessins obscènes. Ils sont d'une insup- portable nervosité et leur cerveau est traversé d'idées insensées. Il ne peut en être autrement. Dites à un feu ardent de ne pas brûler; - il ne le peut pas. Dites à une mer impétueuse d'être unie comme un miroir; - elle ne

Je peut pas. Le voleur prend aux autres; mais l'impudique

se vole à lui-même: ses trésors les plus précieux, il se dépouille de sa force d'âme. « Descensus Averni » Il est sur la route de l'enfer

d'intérêt pour autre chose. Leur énergie est

paralysée.

Les élèves (c au courant ».

Mais lorsque le caractère est entièrement ruiné et que les bonnes qualités ont disparu les unes après les autres, arrivent la débâcle morale totale, et même l'incrédulité. Si la chose n'était pas si grave et si funeste. on aurait envie de sourire, en entendant des gamins se moquer· et parler avec des haussements d'épaule de la morale, de la religion, de Dieu ou bien des choses

devant lC$~tlcl[e$ les meilleurs ct les plus émitlents repré-

LA

CHASTE ADOLE&CENCE

sentants de ['humanité se sont toujours inclinés avec le

pltlS grand· respect. Chez les élèves des lycées cela ne suscite plus d'étonnement, si tel ou tel de leurs cama· rades proclame ouvértement que le professeur ne lui

courant », qu'il Cl a

appris bien des choses », qu'il n'y a ni ciel ni damnation ni Pieu ni âme immortelle.

Que .peuvent donc être « ces choses ~ qu'a apprises cet adolescent devenu incrédule et que ne connaissent pa,~ les représentants les plus illustres des sciences naturelles et des ~utres sciences? Car, n'est-ce pas. les chefs intellectuels de l'humanité ont aussi étudié et appris quelque chose. Je me souviens de l'épitaphe que l'illustre inventeur Franklin a composée pour lui-même. La traduction en diminue un peu la grarideur. mais dans ces quelques lignes se trouve une pensée sublime.

« en impose » plus, qu'il est « au

Ci-gît, nourriture des vers, Le corps de Benjamin Franklin. Comme la couverture d'un liwe Dpnt on arracha les pages. Mais ce liwe, il l'espère, Ne s.era pas perdu éternellement. Mais revu et corrigé, En édition nouvelle et plus belle, Il reparaîtra un jour.

Cëlui qui attend inébranlablement après sa mort ùne vie nouvelle, plus b~lle, .n~est pas un incrédule, n'est-il pas vrai. Et puis, un Képler, un Newton, un Boyle, un Linné, un Herschel, un Leverrier,.un Fresnel, un Fraunhofer, un . Foucault; .un Faraday, up Lavoisier, lIn Liebig,

AU

FOND

DE

L'ABIME

79

un Pascal, un Ampère, un Galvani, un Volta, un Pas-

teur, etc. (dont tu as rencontré les noms illustres au cours de tes études secondaires) n'en savent-ils pas peut-être autant que tes camarades de seconde? Comment ces hommes, tous des savants d'une renom- mée mondiale, étaient-ils des croyants à la foi robuste, et même pour quelques uns de fervents catholiques, tandis que ton camarade aurait été amené par la science

à l'incrédulité? Comment Pasteur, par exemple, - pour n'en citer qu'un - pouvait-il dire un jour: « C'est pa.rce que j'ai beaucoup étudié que j'ai la foi d'un paysan breton; et si j'avais étudié davantage, j'aurais la foi de la paysanne bretonne »? Non, n'est-ce pas, ce n'est pas la science qui a con-

duit ton camarade à l'incrédulité. Quelle science .peut-il bien y avoir dans une tête de quinze ans? Mais je sais bien qu'il y a de grands savants qui se sont déclarés incroyants. Je ne le nie pas; il y en

a en effet. Mais je suis curieux d'une chose. Je suis

curieux du jour du jugement dernier qui ôtera le voile de nos pensées les plus cachées. Comme nous serons stupéfaits de reconnaître tant d'esclaves du péché qui, durant leur vie, soutenaient qu'ils ne pouvaient faire concorder les « résultats de la science» avec les ensei- gnements de la foi et .que pour cette raison ~eulement ils étaient devenus incroyants. Non, mon fils, la science elle-même n'est jamais dangereuse, - seuls ceux qui l'enseignent peuvent l'être. La science sérieuse mène ;

"

toujours à Dieu; mais le cœur corrompu en éloigne.

Elles sont si vraies ces paroles de la Sainte Écriture :

« L'homme naturel ne reçoit pas les choses de l'Esprit de Dieu» (1 Corinthiens II, 14)'

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t.A

CHASTE ADOLESCENCE

Pourquoi (c il n'y a pas de Dieu »?

C'est la corruption du cœur qui a mené ton camarade

à l'incrédulité. Cette contradiction continuelle qu'il trouve entre la foi et sa propre vie, le remords perpétuel qu'il ressent dans son âme, l'angoisse incessante à ,cette pensée: s'il y a un Dieu, s'Il me demande compte un jour de mes actes, de mes pensées. Malheur à moi!

Peut- il n'y a

pas de Dieu. Je peux dire en toute certitude que si les lois morales graves et austères découlaient non pas de la religion, -mais de l'algèbre ou de la physique, personne au monde ne serait incro.yant, par contre il y en aurait quelques uns pour douter des principes de l'algèbre et de la physique, au nom du « progrès )). Que l'incrédulité soit la résultante de la déchéance ; morale, c'est une constatation prouvée par le fait que , l'incroyance va de pair avec les années de jeunesse, avec l'âge des passions et qu'elle disparaît avec ces dernières. Le petit enfant n'est pas incroyant; il se sent même si heureux avec Dieu. Le vieillard n'est guère ,incroyant, la religion et la foi sont sa seule espérance. Mais entre-temps c'est l'époque orageuse des passions, à laquelle convient bien cette affirmation de Pascal : (( Le cœur a des raisons que la raison ne <:onnaît pas )J. Oui, le cœur corrompu peut être incroyant, la raison éclairée ne l'est jamais. Personne

ne devient athée, seul celui qui a des raisons pour qu'il n'y ait pas de Dieu.

Comme il serait bon qu'il n'y ait pas de Dieu :

être n'yen a-t-il pas

Oui, il n'yen a pas

Le jeune homme C)ui cl l'âge de son développement

AU

FOND

DE

L'ABIME

physique sait conserver la pureté de son âme, demeure

aussi exempt de doutes contre la foi.

Mais par contre

j'avoue que celui qui mène une vie impure n'a plus de goût pour la prière, trouve gênantes les pratiques ' religieuses, puis la religion dans son ensemble, fina-

lement perd la foi. Infailliblement il doit perdre la foi.

La ruine morale qui se produit au-dedans de lui, sa vie dépravée, il s'efforce de les justifier à l'aide de maximes philosophiques, de livres, de sophismes, de théories scientifiques; il cherche dans les livres par la suite une justificafon théorique de son athéisme, qu'en face du Dieu saint qui demande à chacun de nous la sainteté il pratique déjà depuis longtemps par une vie de péché , La vie pure n'est pas seulement une conséquence, mais aussi une condition de la foi. Pour que la raison ne devienne pas païenne, il est nécessaire que le cœur ne le soit pas déjà auparavant. (( Gardez votre âme en état de désirer l'existence de Dieu et vous ne douterez pas de son existence )J (Rousseau). As-tu entendu cè'que l'on dit de l'autruche? Quand elle est poursuivie, elle cache sa tête dans le sable et comme elle ne voit pas son ennemi, elle croit qu'il n'existe pas. Je ne sais si ces jeunes (( incroyants)) ne cachent pas leur tête devant Dieu : ils n~ voient pas Dieu, ils ne veulent pas Le voir; mais cela ne-veut pas dire qu'en fait il n'y a pas de Dieu. Combien de jeunes gens ne se contraignent-ils pas réellement à l'incroyance, uniquement pour ne pas être obligés de changer de vie? ~~urquoi"le pécheu~.ne veut-il pas penser à, Dieu? y-drce qu Il sent qu Il a contracté de grosses ' dettes ,envers Dieu; chacun évite anxieusement la maIson de l'on créancier.

Chaste Arlo!es<:ence.

82 LA CHASTE .A.DOLESCE:\CE AU FOND DE L'ABIME Par contre le jeune homme à l'âme
82 LA
CHASTE
.A.DOLESCE:\CE
AU
FOND
DE
L'ABIME
Par contre le jeune homme à l'âme pure comme un
lys manifeste une foi ardente, parce qu'il repose sur
la poitrine du Seigneur Jésus. Un grand connaisseur
de l'humanité, La Bntyère, a écrit (Caractères 16) :
« Je voudrais voir un homme sobre, modéré, chaste,
_équitable, prononcer qu'il rry a point de Dieu; il
parlerait du moins sans intérêt: mais cet homme ne se
trouve point ».
Pour combien de jeunes gens s'est renouvelé litté-
ralement ce que le célèbre écrivain, François Coppée,
a écrit, après sa conversion, dans la préface de son livre
-« La bonne souffrance» : « Je fus éle\"é chrétiennement
et, après ma première communion, j'ai accompli mes
devoirs religieux, pendant plusieurs années, avec une
naïve ferveur. Ce furent, je le dis franchement, la
crise de l'adolescence ct la honte de certains aveux
qui me firent renoncer à mes habitudes de piété. Bien
des hommes qui sont dans cc cas conviendraient, s'ils
étaient sincères, que ce qui les éloigna d'abord de la
religion, ce fut la règle sévère qu'elle impose à tous, au
point de vue des sens, et qu'ils n'ont demandé que plus
tard . à la raison ct à la science ~es arguments méta-
physiqu~s qui leur permettent de ne plus se gêner ».
« Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, c~r ils
verront Dieu )) a dit Notre-Seigneur. Et ceux qui ont
le cœur corrompu? Ils ne verront du monde que les
jouissances sensuelles, la pourriture, les saletés, les
débauches, les batailles.
« Messieurs, disait l'illustre écrivain, Chateaubn"and.
dans une société cultivée, mettez la main sur le cœur
et dites-moi sur votre honneur, n'auriez··vous pas le
courage de croire, si vous aviez le courage de vivre
Chaque fois que j'entends parler d'un jeune.incroyant,
de son «jugement éclairé )), je suis obligé de me rappeler
ce mot de saint Augustin: Nemo incredulus, nisi impurus.
Au jeune homme incroyant je puis donner en toute
tranquillité ce conseil de Pascal : « Si vous voulez être
convaincus des vérités éternelles, ne multipliez pas
les preuves, mais extirpez vos passions. « Rompez avec
le péché - et demain vous aurez une foi robuste.
Est-ce la joie? Est-ce le bonheur?
Et maintenant es-tu au moins heureux, mon pauvre
ami? Tu l'as payé bien cher, mais tu as acquis le bonheur.
Dis-moi, est-ce vrai? Dis-moi la vérité, es-tu heureux?
Tu réponds: « Oui. Tout au moins j'ai vu quelque
ch:lstes?
chose de la vie
Doucement, mon fils, doucement. Non, je ne le crois
pas. Tu te leurres toi-même. Tu n'es pas franc envers
toi-même. Car si tu es heureux, pourquoi à certaines
heures un ennui inexprimable envahit-il ton âme?
Des heur~ où tu ne peux trouver de plaisir en rien,
absolument en rien. En rien en ce monde. Pourquoi
es-tu si souvent assis devant tes livres, avec des' yeux
perd\.1s dans le vide? Des doutes n'atteignent-ils pas
ton cœur? Tu passes sur ton front tout pâle une main
lasse et tremblante: Tu voulais mener « joyeuse vie »;
pourquoi es-tu maintenant si triste? Qu'est-ce que
ce vide béant dans ton âme, cette tête ' tristement
-penchée, cette sécheresse inconsolable? Qu'est-ce que
ce s~glot à fendre le cœur qui ressemble au pleur
d'un oiseau. Du cher petit oiseau qui s'appelle fi. vie
)),
.
.
AU FOND DE L'ABIME 8 4. LA .CHASTE ADOLESCENCE pure » et qui, tan~qu'il n'avait
AU
FOND
DE L'ABIME
8 4.
LA .CHASTE ADOLESCENCE
pure » et qui, tan~qu'il n'avait pas été chassé du nie\,:
bien chaud de ton âme, répandait par son doux bal)ll~:
lage la joie sur ta vie. Tu vois bien à certains moments·
que « dans ton passé il n~y a pas de joie ni d'espérançe
dans ton avenir ». Pourquoi en est-il ainsi? Paree que
d'une main l'impureté donne une jouissance d'urt
instant, mais de l'autre nous ravit en échange une ch()se
mille fois plus précieuse.
Et qu'est devenue ton énergie? Ton activité qui te
glissait à l'oreille: « Sois libre? Eh bien! te voilà libre,
affranchi des lois du Créateur, mais esclave de tes
passions. Vois-tu comme tes camarades savent rire
joyeusement! Si tu pouvais une bonne fois 'être franc
envers toi-même! Si tu reconnaissais avec franchise
qu'en cherchant la joie sur des chemins interdits, au lieu
i . tle la joie tu as bu dans ton aveuglement tout le fiel des
1 enfers.
L'arbre ronflé nar Ce -Ve,
, Ce n'est là encore que le premier châtiment 'du
péché d'impureté. La ruine de l'âme qui frappe tout
pécheur, sans exception. Ce châtiment affreux, la «maladie
Vi du manque de caractère.» aucun pécheur ne l'évite.
Mais il peut arriver qu'un autre châtiment frappe le
péché: la punition physlque. « Le salaire du péché,
c'est la mort )) (Romains VI, 23); la mort de l'âme'
toujours, celle du corps aussi parfois. Il y a des jeulles.
gens dont la forte constitution défend leur santé contre
le péché; mais il y en a également qui, après des années,
• en souffrent dans leur corps.
As-tu déjà entendu la légende de l'Atlantide;
contment engloutI par les flots? On dit que, lorsque
l'eau est claire, on peut voir au fond de la mer où est
disparu ce vaste continent. Des to~rs, des coupoles,
des maisons étranges effrayent le navigateur qui
passe au-dessus, et son cœur frissonne en voyant surgir
amsi de l'abîme la mystérieuse beauté d'un monde
englouti.
Dans la vie de combien de jeunes gens cette triste
légende n'est-elle pas une terrible réalité? Combien
de jeunes gens, à l'espérance brisée, pleurent la beauté ·
de leur âme irrémédiablement perdue, engloutie dans
les abîmes du péché.
Je t'ai déjà dit, mon fils, que le péché d'impureté
est un véritable attentat contre les plans du Créateur.
Il dérange ses pla~s. Celui qui commet ce péché, brave
les lois de la nature. Mais celd ne peut se faire impuné-
ment. Il n'est pas possible de transgresser impunément
les lois de la nature.
Cela nous est fréquemment attesté par les consé-
quences physiques qui résultent habituellement d'une
vie d'impureté. Tout péché porte atteinte à notre
dignité d'homme, mais celui-là peut aussi ruiner notre
santé physique. Voilà un péché qui trouve son châtiment
en ce monde et ce châtiment est épouvantable. La justice
humaine n'atteint pas ce péché, mais la nature est
plus sévère que les juges de cette terre. C'est pourquoi
les hommes ont été engloutis par le déluge; c'est pour-
quoi les habitants de Sodome ont été dévorés par le
feu; et c'est pourquoi une foule de jeunes gens d'au- .
jourd'hui sont punis d'une peine plus terrible que
l'eau et le feu: la déchéance physique dès la jeunesse.
Mon fils, si tu sens parfois que la tentation est trop
violente, s'il te semble que !es considérations morales

86

LA

CHASTE

ADOLESCENCE

restent impuissantes devant la tempête furieuse des pa~si?n~, souviens-toi, je t'en prie, de ce que je voudrais VOlr ecnre en lettres de feu dans ta mémoire: la uature

se venge terriblement de celui qui par une vie impure met

en ~ért:llapul'eté,dela l'.ace lzlllTlaill~. La vie impure peut

affaIblIr la sante physlqu,e, la rul11er, et parfois con- ?uire à une fin misérable, mener au tombeau en pleine Je~nesse, entre vingt-quatre et vingt-six ans.

Châtiments physiques.

,Celui qui. a~aisse les dessins de Dieu au rang de regles des JouIssances physiques le paye fort cher. 'ru es maintenant plein de confiance en tes jeunes forces. Maintenant tu bois aveuglément à la coupe des plaisirs et tu ne penses pas que bientôt - peut-être dans quelques mois - tu arriveras au fond, à la lie amère et écœurante. Cela ne te fait rien? Crois-tu que tu peux faire gratis de grandes dépenses? Bientôt tu regarderas avec effroi, lorsque la nature te présentera

~a note. Car

c'e~t un fait médicalement certain qùe les

Jeunes gens qm se marient trop tôt vingt ans par exemple) et satisfont ainsi leurs instincts dans le mariage - donc de manière permise - meurent ordi- nairement de bonne heure, ainsi que leurs enfants. L'organisme a en effet besoin pour son complet déve- .Joppement de la sève que le jeune homme a usée '<l:rns son mariage prématuré

. ,it'.Plus.~m.organismè est délicat, compliqué et déve- lopp,é, plus la .nature a besoin de temps pour le cons- ·trUJrC; le corps humain, cet organisme merveilleusement