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AUX.

DU

M1tME

AUTEUR

BDITIONS SALVATOR J,

MULllOUSB

Le Symbole des Apôtres:

INTRODUCTION :

La Foi

-

l'ExlsUtlCt d,

nielt.

PREMIÈRE PARTIE :

Dieu -

La Providence.

DEUXIÈME PARTIE:

JéSlls-Christ -

Le Fils de Dieu -

' Le Divi"

Maftre.

TROISIÈME PARTIE: Les

Souffrances

du Christ

-

La Passion

de Jésus.

QUATRIÈME PARTIE: La

Résurrection

-

L'Ascension

-

La

Vierge Marie.

CINQUIÈME PARTIE: Le Saint-Esprit -

lique.

SIXIÈME PARTIE:

La Sainte &glise Catho-

La Rémission

La Communioll des Saillts - La Vie éternelle.

des péchés -

Le Christ et les Problèmes de notre Temps.

OUVRAGES

P&DAGOGIQUES

La Chaste Adolescence.

L'Éducation du

La ReHglon et la Jeunesse.

Le Elaractère du

Dans la belle nature de Dieu.

Jeune Homme.

Jeune Homme.

Autres -ouvrages de

PrédicatIon.

COLLECTION « LA PRÉDICATION NOUVELLE»

Insta

l'année, par le chanoine J. ENGEL. Gaudeamus omnes in Domino. Sermons pour les fêtes de '

Sous le Volle des Sacrements. Prix Tihamer Toth 1949. Sermons sur his Sacrements, par Jean d'Avignon du Clergé d'Orléans. !

Opportune. Sermons

pour

tous

les

dimanches

de

l'année, par le chanoine J. ENGEL.

les dimanches de l'année, par le chanoine J. ENGEL. COLLIlCTION «LE PRÉIJJd TEUR DES ENFANTS. ln

COLLIlCTION «LE PRÉIJJd

TEUR DES ENFANTS.

ln

Terram Bonam, Ire partie. Sermon pour les enfants par l'abbé L. RUGI!R.

ln Terram

Bonam, 2 e partie.

par l'abb~ L. RUQIlR.

Sermons pour les tinfants,

par l'abb~ L. RUQIlR. Sermons pour les tinfants, LE SYMBOLE DES APOTRES INTRODUCTION 'LA FOI

LE SYMBOLE DES APOTRES

INTRODUCTION

'LA FOI L'EXISTENCE DE DIEU

SERMONS

prononcés dans l'église .de l'Université de Budapest

par Mgr TIHAMER TOTH '

Évêque

de

Veszprém

Traduits par l'Abbé Marcel GRANDCLAUDON

s·, 'DITION

Licencié

l'Abbé Marcel GRANDCLAUDON s·, 'DITION Licencié è. Lettres ËDITIONS SALVATOR Mulhouse (Haut-RhIn) 1 950 O

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ËDITIONS SALVATOR

Mulhouse (Haut-RhIn)

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NIHlL

OBSTAT!

F. MAINIL, libr. cet/s.

IMPRiMATUR 1

T-ornaci, die :zs februarii 1939. J. LECOUVET, 'Bic. gon.

die :zs februarii 1939. J. LECOUVET, 'Bic. gon. 1 LA FOI DE NOS PÈRE:), MIlS FR1!RllS,
die :zs februarii 1939. J. LECOUVET, 'Bic. gon. 1 LA FOI DE NOS PÈRE:), MIlS FR1!RllS,

1

LA FOI DE NOS PÈRE:),

MIlS

FR1!RllS,

Que le premier mot qui tombe ·de cette chaire, en cette nouvelle année universitaire, soit un cri de louange à notre Père céleste, notre Dieu. Courbons le front devant Lui et faisons monter vers Lui nos ferventes prières. C'est de Vous, Père céleste, que je voudrais parler cette année à mes chers auditeurs. Soyez avec nous par votre amour, lorsque, d'une âme très humble, nous méditerons sur votre très sainte Majesté. Soyez près de nous avec votre lumière, lorsque nous étudierons les dogm~s de notre foi, pour les mieux connaître et les aimer davantage. Aidez-nous de votre grâce, afin que, fortifiés dans notre foi chrétienne, nous réalisions vos desseins sacrés pour le grand moment où, à la fin des luttes de notre vie terrestre, nous pourrons arriver jusqu'à Vous: notre bon Père du ciel pour l'étemité.

6 LE SYMBOLE DES APÔTHES

Quel sera donc, mes frères, le sujet des sermons de cette année? Avec le dernier sermon de l'année universitaire qui venait de prendre fin, j'ai achevé le cycle de prédications sur les Commandements de Dieu. Aujourd'hui je commence un nouveau sujet d'instructions qui con- stituera également un cours suivi de prédications. Et s'il a été nécessaire de parler en détail des commande- ments de Dieu, peut-être devons-nous estimer plus importante encore cette nouvelle série de sermons qui va traiter de notre foi chrétienne, du Symbole des Apôtres. En effet comment observerait-il les comman- dements de Dieu celui qui ne connaît pas Dieu, n'estime pas sa foi et n'y est pas attaché avec un amour prêt à tous les sacrifices? C'est donc du Credo, du Symbole des Apôtres, des

vérités f01zdam entales de notre sainte

que je vais parler pendant des années. Et afin que vous, mes frères, vous puissiez continuer à m'écouter avec la même flatteuse attention et la même ferveur ,que

vous avez apportées au cycle des commandements de

religion catholique

" 1Dieu,

je- consacrerai

mes premiers sermons aux ques-

tions fondamentales d'introduction, qui montreront l'importance du sujet que nous abordons maintenant. Dans l'instruction de ce jour par exemple, je voudrais

expliquer seulement ce point: Pourquoi ai-je prédsément choisi ce sujet : l'étud,e du Credo, de la foi de nos pères? Et ma t:.éponse à cette question sera double: 1. Il faut en parler jJarce qu'elle est trop peu connue. II. Il est d'une importance capitale que nous la connaissions mieux.

)

importance capitale que nous la connaissions mieux. ) LA FOI DE NOS PÈRES l,A FOI 1

LA

FOI

DE

NOS

PÈRES

l,A

FOI

1

INCONNUE.

7

Tout d'abord j'ai choisi ce sujet, parce que l'ignorance religieuse "est effrayante non seulement en pays païen, mais aussi chez les peuples chrétiens. Ne pourrait-on pas rencontrer aussi n'importe où ce qui est arrivé dans un faubourg de Paris à un prêtre qui demandait à un enfant déjà grand:

Il Mon ami, sais-tu ce que c'est que la Trinité?

- Si, je le sais, c'est une station du Métro.

- C'est vrai, il y a une station de ce nom. Mais ne sais-tu rien d'autre sur la Sainte Trinité?

-

Non)l.

C'est tout ce que savait de la Très Sainte Trinité ce garçon qui grandissait en pays chrétien. Et cette misérable réponse nous consterne dans sa terrible réalité. Deux catégories différentes d'hommes, deux mondes différents vivent aujourd'hui autour de nous, les uns près des autres : deux mondes entre lesquels la tension est si grande, les contrastes si vifs qu'ils pénètrent même à travers les portes de la famille et dressent un mur de séparation entre ceux qui se haïssent et engendrent des différends et des heurts

même entre les meilleurs amis.

l'existence

côte à côte de ces deux mondes différents, du monde de la foi et du monde de"l'incroyance. L'époux se moque

Il

y

a

quelque

chose d'effroyable

dans

8 LE SYMBOLÈ DES APôTRES

de ce qui est sacré pour son épouse. Les parents sont ' opposés à ce que pratiquent les enfants. La nouvelle génération appelle préjugé suranné ce que l'ancienne génération regardait comme une sainte vérité. Ce qu'un groupe considère comme un fondement de la civilisation humaine, l'autre groupe le juge un fardeau inutile.

une partie

des gens se hâte vers l'église et prie à genoux Notre-

Seigneur Jésus-Christ, le Rédempteur; mais l'autre

partie hoche la tête sans comprendre : Peut-il y avoir

'Les cloches

du

dimanche

résonnent

aujourd'hui

encore des hommes aussi arriérés dans

le monde?

Mes frères, c'est nous qui sommes ces « arriérés ». Nous qui, aujourd'hui encore, suivons la foi de nos pères. Nous qui, aujourd'hui encore, récitons le Credo. N'avons- nous pas un besoin pressant de rendre compte de notre foi devant tous les hommes? Voilà pourquoi j'ai choisi pour mon nouveau cycle de prédiCations l'explication des dogmes fondamentaux de la foi catholique. Nous sommes tous chrétiens; nous récitons chaque

jour le « Je crois en Dieu », mais

naissons-nous foncièrement notre foi et l'aimons-nous?

Savons-nous combien notre foi est belle? Comme elle

est belle' Si belle que nous devrions nQUS écrier : si seulement tout était aussi beau'

Savons-nous aussi combien notre foi est vraie? Comme

elle est vraie! Si vrai~,que nous pouvons tranquillement incliner notre tête sous son joug très doux.

de quelle âme? Con-

1. La vérité de notre foi et 2. la beauté de notre foi -

voilà ce dont je vais parler durant des années. J. Notre foi est vraie. Nous allons passer en reV'Ue

J. Notre foi est vraie. Nous allons passer en reV'Ue J,A FOI DE NOS PÈRES 9

J,A

FOI

DE

NOS

PÈRES

9

les dogmes de notre sainte' religion catholique; nous verrons les raisons qui parlent en leur faveur, les problèmes qu'ils soulèvent et nous poserons cette

question : pouvons-nous, aujourd'hui - encore,

tenir tranquillement aux côtés de notre vieux Credo, aux côtés de la foi catholique de nos pères? Jetons un regard en arrière sur la foi de nos pères, il y a deux mille ans et nous constaterons avec fierté

que nous n'avons pas à en rougir. Notre religion a sauvé

les précieux trésors de la civilisation antique en train de disparaître. Notre religion a mis au service de la

culture intellectuelle la force vive des jeunes peuples barbàres. C'est de notre religion qu'ont jailli la profonde philosophie et l'art incomparable du moyen âge. Notre religion a fécondé l'imagination artistique de Raphaël et de Michel-Ange, le génie poétique de Dante. C'est notre religion qui a envoyé ses missionnaires

tout

au Vénézuéla, au Pérou, en Bolivie, au Chili

comme elle a envoyé par dizaines' de mille les sœurs de charité dans les hôpitaux, les orphelinats, les hospiGes et les maisons d'éducation. En vérité, on n'a pas à

rougir d'un Credo qui, depuis deux mille ans, a fait couler sur l'humanité un fle uve de bienfaits moraux et matériels.

Nous n'avons pas à rougir de la foi de nos pètes. Nous aussi, nous devons être convaincus de la vérité du témoignage rendu pal' les dirigeants intellectuels

nous

anciens et modernes, que le Credo chr tien est e dernier mot dans les questions religieuse~,qùe la morale chrétienne est le plus pur embellissement de Pâme

hu~ine et que l'humanité ne pourra jamais dépasser ' les sommets de la civilisation chrétienne.

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é .

1

1

10 LE SYl'vffiOLE DES Al\

\TRES

Et plus on aperçoit l'effet désastreux du ch!!os intellectuel et moral dans lequel s'enfonce l'humanité

actuelle qui s'est détachée des idées chrétiennes, .plus nous devons regarder avec vénération le bloc de granit des dogmes de notre Credo. Un jour que le poète allemand Henri Heine contemplait, avec ravissement, la magnifique cathédrale de Cologne, il lui échappa

des lèvres cette 'phrase qui

a été beaucoup répétée

depuis : Les anciens pouvaient bâtir, parce qu'ils

avaient des dogmes, mais nous, nous n'avons que des

opinions, avec lesquelles on ne peut pas bâtir

« On

ne bâtit pas des cathédrales avec des opinions ». Et cette sainte force qui jaillit de notre Symbole est encore aujourd'hui une réalité vivante. Aujourd'hui, il n'y a ni organisation, ni fabrique, ni entreprise, ni trust il n'y a rien au monde pour pouvoir, même de loin, atteindre au niveau du christianisme, dans son œuvre bénie de culture spirituelle. De même que, dans le passé, il a été pour des centaines de peuples et des milliards d'individus un guide vers les hauteurs de la culture spirituelle, de même, aujourd'hui encore, il construit, ' sur les ruines et les tombes des nations, leur avenir futur et la vie harmonieuse des individus. C'est le aéveloppement de 'ces idées qui donne la note dominante de ma nouvelle série de sermons :

notre foi eSt vraie.

2. Mais je ne parlerai pas seulement de la vérité de notre foi. Je montrerai fréquemment aussi les beautés de noire sainte religion. Oui, elle est belle la religion chrétienne 1 1

1. Oui, nous l'avons é'P"ouvé nous-mêmes bien desfois~'

é'P"ouvé nous-mêmes bien desfois~' LA FOI DB NOS PÈRES I I direz-vous. Lorsque, le soir, je

LA

FOI

DB

NOS

PÈRES

II

direz-vous. Lorsque, le soir, je quitte la rue bruyante et animée de la capitale pour pénétrer entre les murs silencieux d'une de nos églises, où prient, le front entre leurs mains, à la douce ,lueur de la lampe du Saint- Sacrement, des hommes qui traînent le fardeau de la

vie

et que, dans ce silence, on entend de temps en

temps un soupir échappé d'un cœur bien lourd

qu'arrive une petite fille avec un bouquet de fleur$

qu'elle dépose devant l'autel du Saint-Sacrement alors en ces instants si calmes nous sommes envahis

par cette pensée: comme elle est belle notre sainte religion! Et lorsque le son des cloches nous appelle à l'office du mois de Marie et que les âmes assoiffées dans le désert de la vie se hâtent d'aller s'agenouiller aux pieds de la Bienheureuse Vierge dont la beauté attire irrésis- tiblement même des hommes étrangers à notre foi et que ceux-ci viennent avec nous vénérer la Mère de

Dieu

ohl comme elle est belle notre sainte religionl

et

Elle est belle, lorsque le prêtre aux ornements dorés élève à la consécration la Sainte Hostie au-dessus des fidèles agenouillés en silence. Elle est belle, lorsque les petites bougies de coul~ur de l'arbre de Noël s'allument et que dans la nuit de décembre on entend le Gloria des anges, le chant des bergers, l'aboiement

des chiens, le bêlement des moutons quelle ,beauté dans notre sainte religion 1

2. E~ maintenant, mes frères,vous allez me regarder

avec de 'grands yeux : je ne pense pas à tout cela et je n'en parlerai pas en premier lieu, car ce n'est pas là que je vois la véritable beauté de notre religion. Savez- vous ce qui est véritablement beau dans notre foi? C'est

quelle poésie,

12 LB SYMBOLE DES APÔTRES

le fait qu'elle apporte la solution de tous les mystères de la vie et nous donne la force dans toutes nos diffi-

cultés. Je dirai donc qu'il y a un Dieu au-dessus de nous, un ~tyIaître tout-puissant, mais .que çe Dieu tout- puissant - et c'est la véritable beauté de notre foi - est aussi un Père au cœur le plus tendre. Je dirai que le péché est un malheur effroyable et que Dieu est un Juge sévère, mais aussi - et c'est la véritable beauté de notre foi - qu'il n'y a pas de péché, si épouvantable soit-il, que Dieu ne pardonne pas au pécheur pénitent. Je dirai que la damnation éternelle est épouvantable, mais aussi que personne n'y tombe sans l'avoir voulu

dans. sa dépravation. Je dirai

quelle paix merveilleuse,

quel bonheur harmonieux remplissent l'âme de celui qui règle sa vie selon les prescriptions de notre sainte religion, et remet à sa dernière heure sa vie terrestre entre les mains miséricordieuses du Père céleste. Voilà la véritable beauté de notre foi et c'est de cela qtie je veux parler bien souvent.

DE

II

POURQUOI

EST-Il.

NÉCESSAIRB

MlllUX

CONNAÎTRE

NOTRE

FOIl

Pourquoi donc est-il si important, que je connaisse mieux ma religion? -,- pourrait dire quelqu'un. N'est- il pas dangereux de fouiller et de discuter notre foi? « Ma foi' Je luis catholique, comme l'étaient mes

« Ma foi' Je luis catholique, comme l'étaient mes LA FOI DE NOS PÈRES ancêtres. C'est

LA

FOI

DE

NOS

PÈRES

ancêtres. C'est ma grand-mère qui m'a appris le « Je crois en Dieu » et depuis je le garde avec un pieU'X àmour comme le précieux héritage de mes parents.

Je le récite de temps en temps, je ne nie aucun de ses

articles

ne pas entrer dans les détails

qu'il ne s'effondre tout entier, si j'en étudie sérieuse '

ment, en détail et à fond, chacun de ses dogmes. Les vieux meubles légués par les aïeux sont faits pour être. rangés dans un coin de la chambre et conservés avec piété, mais il ne serait pas prudent de s'y asseoir Je crois que cette idée est venue à un certain nombre de mes auditeurs, surtout aux plus jeunes, en entendant déclarer que durant des années nous allons nous occuper du Symbole des ApÔtres. Leur crainte n'est certaine- ment pas à dédaigner, mais - ne vous étonnez pas de mes paroles - personne n'a autant besoin de ces! sermons que précisément ce genre d'auditeurs. Pourquoi .est-il nécessaire que nous connaissiorul mieux notre religion? A) Tout d'abord, paree que nous ne devons pas considérer notre foi comme un meuble vénérable hérité de nos ancêtres, un meuble sans âme et que Reus

traînons avec nous

d'hommes la foi n'est pas davantage

bien que nous l'ayons reçue en héritage de nos ancêtres

- nous devons par notre propre travail intellectuel flliJifl de notre foi un bien personnel et conscient. Je ne suis ~ '

catholique seulement parce que mon ,père r~trit a~; et parce que depuis des siècles mes aieux l'étaient, également, mais je le suis aussi parce que je connais

mais pourtant

il vaudrait peut-être mieuX'

J'ai peur. J'ai pew:

»

Malheureusement, pour beaucoup

Mais nous, -

LE SYMBOLE DES APÔTRES LA FOI DE NOS PÈRES I S les principes de ma

LE SYMBOLE DES APÔTRES

LA

FOI

DE

NOS

PÈRES

IS

les principes de ma religion, parce que je sais qu'au- jourd'hui encore ils sont d'une vérité et d'une beauté inébranlables et je suis fier de pouvoir être moi aussi catholique. Mais pouvons-nous aujourd'hui encore nous dresser aussi fièrement à côté de notre vieux Credo? Le {emps ' n'a-t-il pas passé par-dessus lui? N'a-t-il pas besoin d'être revisé? N'est-il pas menacé de ruine?

De telles pensées peuvent naître chez tout homme instruit qui suit les yeux ouverts la route de l'humanité,

signe de croix en partant pour un long voyage, aujour- d'hui il y a des pilotes qui font le même geste avant de s'envoler. Il y a des directeurs d'usine qui assistent aussi ponctuellement à la sainte messe que leurs grands- parents, sauf que ceux-ci y allaient à pied et ceux-là en auto. Il y a des auteurs dramatiques. qui veulent être ensevelis avec la robe de saint François (comme il n'y a pas bien longtemps Hugo von Hofmannsthal). .Il y a des ouvriers qui demeurent fidèles à leur foi, même au milieu des vagues les plus rouges. Mais, n'est-ce pas, il faut que nous le sachions tous et que nous menions dans cette conviction une vie réellement chrétienne. Notre époque réclame des chrétiens animés de telles convictions, comme l'était le comte Étienne Széchenyi qui écrivait à son fils Adalbert les lignes suivantes : « J'ai observé strictement toutes les pratiques de la religion catholique, non pas pour donner le bon exemple aux paysans, - oh non 1 ce serait une sorte d'hypocrisie. Je vais à la messe, je vais _ me confesser, etc. parce que je suis catholique )J. B) Si vous demandez pourquoi il me faut si bien connaître ma religion, voici la .réponse : Ma foi n'est pas un meuble vénérable que l'on ose à peine toucher, parce qu'il se briserait. Il me faut étudier à fond ma foi de très près; il ne doit subsister dans la réponse aucun doute, aucun « si )J, aucun « peut-être )J; ma foi doit br~ver comme un roc toutes les critiques, -

parce que ma foi 'èxige de moi

de

nombreux et immenses sacrifices. Elle exige que j'incline

ma raison devant les vérités divines, elle exige que je .courbe ma volonté devant les commandements de

- et on n'a pas le droit de laisser ces épines enfoncées dans son âme.

j La question se pose donc : pouvons-nous encore Itre

'chrétiens? et la réponse nous est donnée par la vie.

Vous demandez : peut-on encore être chrétien ? Non seulement on le peut : il faut l'être. Ou bien p.ous . serons des chrétiens - non pas seulement par la religion ' et en paroles, mais aussi par notre vie - ou bien nous cesseron~ d'être des hommes. Ou le christianisme - ou un combat sanglant et bestial. Ou le christianisme

- ou l'asile d'aliénés. Ou le christianisme - ou bien les femmes se débarrasseront de leurs maris avec de

l'arsenic~ raclé sur du papier tue-mouches. Ou

christianisme - ou bien l'immoralité ouverte. Ou le christianisme - ou bien les enfants lèveront des mains meurtrières sur leurs parents.

Devons-nous changer la foi de nos pères? Non. Le christianisme est aujourd'hui encore capable de satis- faire tous les besoins intellectuels de l'homme. Nos

le

vivre ont changé, mais l'âme

humaine n'a pas changé. Jadis les gens faisaient un

mani~res extérieures de

~ LE SYMBOLE DBS APÔTRES

E>ieu. Or, je n'en suis capable que si je sais que chaque phrase, chaque mot du Credo sont une sainte vérité. Notre religion ne se contente pas de nous faire réciter le u Je crois en Dieu », mais elle dégage de cette formule de graves conséquences pour nous. Notre foi intervient dans notre vie de chaque jour, elle intervient. dans nos travaux journaliers et par ses commandements

- souvent pénibles et qui tranchent dans le vif -

elle règle tout dans notre existence. Ma foi n'est pas seulement avec moi dans l'église, lorsque je prie dans le silence; mais eUe m'accompagne à ma table de travail, au magasin à côté de mon livre de comptes, elle me suit à la cuisine, dans mes conversations et mes distractions, elle pénètre dans le sanctuaire le plus intime de la famille et partout dit son mot et règle tout. Mais qui pourrait observer ses sévères commande- ments, si auparavant on n'était pas persuadé de sa totale vérité? Si je ne voyais pas que ma foi a réellement le droit d'exiger tout cela de moi. Avec une foi timide, envahie par le doute, craintive, on ne peut pas répondre aux sévères exigences de la morale chrétienne. Savez-vous de quelle foi nous avons besoin? D'une foi pareille à celle qui anime ~ pour prendre un exemple très moderne - l'illustre écrivain français Paul Claudel;· durant sa jeunesse il fut totalement incrédule et mena une vie facile; mais l;'épondant à l'invitation de la grâce divine, il se convertit et mainte- nant il a écrit de lui-même les paroles suivantes: « Je suis mille fois plus sûr de la vérité de la foi catholique

mille fois plus sûr de la vérité de la foi catholique LA FOI DE NOS PÈRES
mille fois plus sûr de la vérité de la foi catholique LA FOI DE NOS PÈRES

LA

FOI

DE

NOS

PÈRES

que de l'existence du soleil qui brille au-dessus de moi»

(Les Témoins du renouveau çatholique).

Et c'est sur cette confession de l'illustre écrivain que · je termine le sermon d'aujourd'hui. Puissent sans cesse retentir à nos oreilles ces paroles pleines de foi de cet auteur moderne si cultivé : Je suis davantage persuadé

de la vérité de ma foi que de l'existence du soleil quiluit au-dessus de moi.

n est vrai qu'on peut se lamenter sur le monde actuel, mais on a aussi le droit de s'en réjouir. On peut se lamenter de ce que, durant tout le siècle dernier, tant d'hommes ont perdu le contact avec la foi de leurs pères; mais on peut aussi se réjouir de ce que, pendant les dernières dizaines d'années, il y en a beaucoup qui ont appris à connaître et à aimer de nouveau la foi de leurs pères. On peut s'attrister au sujet de ces païens modernes pour lesquels ne brille plus le soleil du chris~ tianisme, mais on peut se réjouir avec fierte de ce que la foi chrétienne - avec sa valeur moralisatrice, éducative et civilisatrice - aujourd'hui encore reste sans rivale et que cette foi a sauvé pour l'humanité des trésors inestimables qui, sans le christianisme, auraient été irrémédiablement perdus, comme par exemple, le mariage, la famille, la propriété privée, le principe d'autorité, l'honnêteté, la ·discipline.

chrétienne que traiteront

C'est donc

de cette foi

nos prédications. Heureux celui qui vit dans cette sainte foi chrétienne. Celui-là ne peut pas sourire, sans se dire qu'un jour il sourira éternellement; et il ne peut pas pleurer, sans penser qu'un temps viendra où il ne pleurera jamais plus.

8ymb. d. Ap.

(Intl'od.).

11

r8

LE SYMBOLE DES APÔTRES

Donc, bien que le monde actuel soit tout autre qu'au temps de mes aïeux, je persévère dans la foi de mes · pères.

L'avion fait

entendre son vromblssement

corne, la ra1io ses appels

moi,

-

l

"1

vromblssement corne, la ra1io ses appels moi, - • l "1 l'auto sa le monde change

l'auto sa

le monde change autour de .

et moi je let'e la tête et je m'écrie: Credo! Je Am

.

,

en.

cnns. Je crots.

II

HEUREUX CELUI QUI A LA FOI 1

MES FRÈRHS,

Je commence mon sermon d'aujourd'hui par l'idée qui terminait mon dernier sermon. C'est pourquoi je répète cette idée, car elle renferme en elle-même tout le sujet de nos réflexions d'aujourd'hui. A la fin de mon instruction de dimanche dernier, parlant de la foi chrétienne, j'ai insisté sur cetteaffir- mation : Heureuxl'homme qui a la foi, car il ne peut pas sourire, sans penser qu'un jour il sourira éternel- lement et il ne peut pas pleurer, sans se dire qu'uri jour il ne pleurera plus jamais. Cette idée, jetée simplement en passant, semble être une formule creuse et sonore; je sens donc la nécessité d'en démontrer la vérité. Je voudrais consacrer le sermon d'aujourd'hui à la démonstration de l'idée évoquée' dimanche dernier, et dimanche prochain je le consacrerai à l'étude de la proposition contraire.

. 20 LE SYMBOLE DES APÔTRHS Heureux celui qui a la foi! - voici le

.

20 LE SYMBOLE DES APÔTRHS

Heureux celui qui a la foi! - voici le sujet de l'in- struction de ce jour. Malheureux celui qui n'a pas la foi!

-

voilà ce dont je parlerai dimanche prochain. 1. Heureux l'homme qui a la foi! et II. heureux le -

c'est autour de ces deux idées

peuple qui a la foi!

que je vals grouper ce que je veux dire.

1

L'HOMME

HEUREUX

QUI

A

LA

FOI!

La première thèse dont je voudrais prouver la vérité est donc celle-ci: Heureux l'homme qui a lafoi! Pourquoi est-il heureux? A) Il est heureux, parce qu'il ne pose pas de question sans réponse et B) Il est heureux, parce qu'il ne souffre pas sans consolation. A) Celut: qui a la foi possède la réponse aux questions les plus angoissantes, les plus énervantes et les plus importantes qui ont toujours intéressé et intéressent aujourd'hui encore l'homme qui pense, questions auxquelles personne au monde ne peut donner de réponse satisfaisante, sinon la foi. Par contre la foi . donne une réponse telle que la douce sérénité d'une joie vivifiante et apaisante se répand .dans les âmes. 1. Quelles sont .ces importantes et décisives questions? Ce sont les questions appelées vitales, les questions fondamentales de la vie humaine. Lorsque l'homme passe de la petite enfance insouciante à l'âge adulte, s'allume en lui comme un éClair cette

adulte, s'allume en lui comme un éClair cette HEUREUX CELUI QUI A LA FOI! 21 grande

HEUREUX CELUI

QUI

A

LA

FOI!

21

grande question qui attend une réponse: Que cherches-tu ici-bas sur la terre? Comment y es-tu venu? D'où viens-tu?

pourquoi es-tu ici? Et où vas- tu? Questions inquiétantes et brûlantes t Ici-bas vbus gravissez le dur calvaire de la vie, mais pourquoi, comment cela finira-t-il et qu'est-ce qui flOUS attend après ? Vous êtes employé; chaque matin vous vous asseyez à votre bureau et vous faites des

écritures, puis vous rentrez fatigué à la maison et le lendemain vous recommencez et l'année suivante durant des dizaines d'années vous recommencez votre corvée : mais pourquoi et comment cela finira-t-il? Vous êtes ouvrier; chaque matin vous prenez place à côté d'une machine qui grince et vibre, chaque soir bien fatigué, vous lavez vos mains tachées d'huile et . de charbon et le lendemain vous recommencez : mais pourquoi et qu'est-ce qui vous attend après? Vous êtes mère de famille; chaque jour à l'aube vous êtes la première sur pieds et jusque bien tard le soir vous n'arrêtez pas au milieu des mille soucis domestiques, ;du soin de vos enfants et de votre mari : mais pourquoi . et comment cela finira-t-il?

Voilà les questions angpissantes et torturantes de la vie. Demandez une réponse aux systèmes philoso- phiques - silence. Demandez une réponse aux arts

Demandez une réponse à

et à la littérature -

silence

n'importe qui -

et voici la

réponse : Homme, tu viens de Dieu et tu retournes vers Dieu. Dieu t'a donné une âme immortelle dans un corps terrestre et après quelques dizaines d'années

silence.

Mais demandez une réponse à la foi -

ij t.

1,

i j t. 1, 2 2 LE SYMBOLE DES APÔTRES d'une vie terrestre honnête, sérieuse, consciencieuse,

22 LE SYMBOLE DES APÔTRES

d'une vie terrestre honnête, sérieuse, consciencieuse, ton âme retournera chez elle, c'est-à-dire entre les m~ins de Celui qui l'a créée. .Dites:~o~, est-ce qu'Étienne Széchenyi n'avait pas rruson d ~crIre.: « L~.s.hommes les meilleurs et les plus sages qUi ont Jusqu lCl vécu sur la terre reconnaissent t~us~u'a~cunereligion n'a éclairé davantage l'humànité m. frut ~.leux connaître les buts de l'existence que la fOl chrettenne » (SZÉCHENYI: Nagy Magyar Szatira,

p.

379)·

HEUREUX

CELUI

QUI

A

LA

1"011

débarrasser par le travail et les distractions des doutes qui les assiègent; mais il arrive que précisément après ces moments consacrés au labeur ou au plaisir arrive un instant où sur leur pauvre âme torturée se déverse tout le vide de la vie terrestre. Otez de son nid un petit oiseau et il criera plaintive- ment après sa mère, - Dieu est le nid bien chaud de mon âme. Détournez du soleil le calice de la fleur et dès que vous la laissez, elI~ se retourne vers lui, - Dieu est pour mon âme les rayons du soleil. Otez de la mer le poisson, dès que vous le lâchez il s'y replonge, - Dieu est pour mon âme l'océan éternel. Plongez un bateau sous les eaux, dès que vous le lâchez, il remonte à la surface, ' car il a une autre destination; le bateau qui reste sous les eaux n'est plus qu'une épave, l'âme qui peut s'enfoncer dans l'océan du monde et ne pas sentir que sa destinée la pousse vers le haut n'est aussi qu'une épave, un bateau naufragé. L'âme humaine ne peut trouver de repos en dehors de Dieu. Tout ce qui existe dans le monde suit sa propre nature. L'étoile ne peut rester immobile; la force de la gravitation la met en mouvement. L'oxygène et l'hydrogène ne peuvent pas s'associer autrement que suivant des lois déterminées. Le feu ne peut brûler que vers le haut. La pierre ne peut tomber que vers le bas. Essayez de verser de l'huile au fond de l'eau, c'est en vain - l'huile surnagera. Essayez de verser de l'eau au-dessti's de l'huile, ce sera en vain -~ l'eau descendra au fond. Tout est réglé par sa nature: chaque chose cherche sa place; lorsqu'elle a trouvé cette place, elle reste tranquille. Mais essayez de séparer l 'âme de

Est-il étonnant que la religion qui donne une tell

s'il

réponse .soit devenue pour l'homme un trésor qu'i~

saura mieux défendre que sa vie terrestre -

conn~ît bien. e.t s'il .l'aime? Est-il étonnant que les

premiers chrettens aient su mourir même au

milieu

des plus atroces supplices pour la foi qui leur assurait le seul bonheur? Mais est-il étonnant que le gouver- nement des Soviets - comme l'écrivaient dernièrement les journaux - n'ait pas encore pu ouvrir l'université fondée pour propager l'athéisme, parce que, après des années de la plus effrénée persécution religieuse il ne

,

t

'

1

'

S es

monstrueuse école?

pas presente suffisamment d'auditeurs pour cette

contraindre

,

l'homme

l"

.2. Pourquoi ne peut-on pas

UT

él"

19wn; 'a,

'l' .

zncroyance? C'est parce qu'on ne. peut '

pa~changer 1âme et la nature humaine. Il y a des gens qUl. v~ule?t écarter la pensée de Dieu et de l'éternité, ' ~als ds s en trou~ent mal. Comme une ombre mysté- rIeuse, les poursUlt le problème qu'ils ne veulent pas ré.soudr~. Leur esprit est vide, désert; un 'gouffre beant s ouvre dans leur cœur. Ils s'efforcent de se

ré.soudr~. Leur esprit est vide, désert; un 'gouffre beant s ouvre dans leur cœur. Ils s'efforcent

!,

1

LE SYMBOLE DES APôTRES HEUREUX CELUI QUI A LA FOI 1 Dieu, elle sera inquiète,
LE SYMBOLE DES APôTRES
HEUREUX
CELUI
QUI
A LA
FOI 1
Dieu, elle sera inquiète, s'agitera, pleu,rera, cherchera, _
tant qu'elle n'aura pas retrouvé Dieu.
.Le poète Lenau, lorsqu'il eut perdu la foi, trouva
à peine ses mots pour décrire le vide et la désolation
de l'âme qui s'est détournée de Dieu. Le monde lui
semble une ville morte avec ses longues rues sombres
où elle doit circuler. De chaque fenêtre la mort et la
ruine ricanent en la voyant. « Depuis que j'ai quitté
la route sûre de la foi, j'ai perdu la noble joie de mon
cœur ».
Celui qui possède Dieu a de tout autres oreilles et
de tout autres yeux.
Mais celui qui ne possède pas Dieu, qu'entendra-t-il
dans le monde? Le grincement des roues des machines
les cris de douleur de la misère. Et celui qui possèd~
Dieu qu'entendra-t-il? Devant lui les montagnes, les
forêts, les épines, les buissons, les ruisseaux, les
B) Mais l'homme qui a la foi est heureux encore,
parce qu'il ne souffre pas sans consolation.
Il n'existe pas de vie humaine sans souffrance, sans
épreuve, sans malheur. Vivre c'est souffrir.
Mais où trouve-t-on une explication à la souffrance
et - surtout - où trouve-t -on consolation dans la
souffrance?
Dans la souffrance, celui qui n'a pas la foi ou bien
s'effondre ou bien serre les poings dans' une
rage
impuissante; mais celui qui a la foi a aussi des ailes
avec lesquelles il peut s'élever au-dessus du mécanisme
pesant de ce
monde. Si je n'ai pas la foi, je ne suis
fabriques,
les
hommes
se mettent à chanter une
hymne sublime.
Celui qui possède Dieu voit aussi tout différemment.
Celui qui ne possède pas Dieu, que voit-il dans ' le
monde? Il n'y voit que des points d'interrogation, des
problème~.sans solution et angoissants. Et celui qui
possède DIeu, que voit-il? Ses yeux n'absorbent pas
seulement la lumière, mais ils rayonnent aussi et percent
de leur éclat les ténèbres du monde et là où un autre
ne voit que des nuages, il aperçoit le soleil à travers
ces nuages, là où un autre ne voit que des ténèbres
il voit aussi les étoiles.
'
Ah 1qu'il est heureux, celui qui a la foi;
pas de question sans réponse'
car il ne pose
qu'un rouage insignifiant dans la monstrueuse machine
du monde, je ne suis qu'une pièce parmi les milliards
de pièces dont se compose l'univers et dès que mes
affaires vont mal, je tombe dans le désespoir. Mais
si j'ai la foi, je me dresse au- dessus de tout ce monde
matériel et je ne le regarde plus avec des yeux sombres
et déçus, même lorsque le ciel étoilé se couvre au-dessus
de moi. Ici-bas, durant notre vie terrestre, nous ne
voyons peut-être jamais plus clairement que préd-
sément les jours où nous souffrons, la valeur bienfai-
sante de la religion.
Plus l'effrayant néant de toute l'existence terrestre,
de notre vie à nous, de notre insignifiance pèse lourde-
ment sur nous, plus une paix merveilleuse descend
dans notre âme, quand nous pensons à l'éternité. La
religion - et elle seule - peut donner une explication
à toutes les questions de la vie. Car si la vie n'est qu'une
période de préparation dont le but n'est pas de nous
laisser nous plonger jusqu'au cou dans les plaisirs,

LE SYMBOLE DEi APôTRES

mais de façonner notre âme et de la mûrir en vue de sa grandiose et éternelle destinée, si notre vie terrestre n'est que la préface d'un livre qui « sortira des presses» seulement lorsqut prendra fin riotre existence terrestre, alors - mais alors seulement - nous supportons lei luttes et les tentations de cette vie Vous connaissez, n'est-ce pas, le Faust de Gœthe. C'est la personnification du combat perpétuel de l'homme contre le mal et de ses efforts vers le bien. Le poète fait tous les essais avec son héros, mais il ne trouve nulle part de solution satIsfaisante, sauf dans la foi en un Dieu qui récompense ou châtie et en l'éternité. Et la Divine Comédie de Dante, et la Messe Solennelle de Beeth9ven, et le Requiem de Mozart, et la Création de Haydn, et le Parsifal de Wagner, et les œuvres de Bach, Liszt, Brahms, etc., dans lesquelles se répand en sanglots la soif ardente de l'âme à la recherche de Dieu, tous èes chefs-d'œuvre ne font que confirmer la constatation d'un écrivain ecclésias- tique du me siècle, Tertullien, que « l'âme humaine est naturellement chrétienne » (<< anima naturaliter christiana »). Oui, c'est en vain que vous 'cherchez à étouffer avec de la terre cette flamme. « nc5.V'TEi> S~ OEWV xaTÉoua' avOpwno,», disait déjà Homère dans l'Odyssée, « tout homme a faim de Dieu Il, - surtout l'homme qui souffre. Heureux celui qui a la foi 1Car ce n'est pas seulement avec les yeux qu'il regarde le monde, mais aussi avec son âme. Lui aussi est assailli par les mille impressions chaotiques de la vie, mais sa foi lui fait voir sous de

chaotiques de la vie, mais sa foi lui fait voir sous de HEUREUX CELUI QUI A

HEUREUX

CELUI

QUI

A

LA

FOII

brillante'Jcouleurs et lui fait comprendre ce qui demeure confus pour l'incroyant. Heureux celui qui a la foil Lui aussi sent s'abattre sur lui les coups de la vie, mais ils le rendent plus résistant, plus fort, plus beau, tout comme les co~ps de marteau rendent plus solide le fer rouge sur 1en- clume et le ciseau du sculpteur embellit le marbre

qu'il travaille. Heureux celui qui a la fOlI LUl aUSSI dOlt chemlller

sur la terre au milieu d'ombres épaisses et effrayantes,

mais il s'avancera au milieu

enfant traverse le cœur battant une chambre obscure, parce qu'il sait que de l'autre côté, dans une grande chambre pleine de lumière, son père l'attend, les bras

d'elles, comme le petit

ouverts. Heureux celui qui a la foi 1 Lui aussi sent s'abattre

sur lui les incompréhensions et les obscurités de la vie:

mais au dedans de son âme brûle la clarté de la fOl qui fait rayonner ses yeux comme deux fenêtres qui laissent entrer la lumière dans une chambre obscure. Mes frères, répondez-moi: avez-vous ces yeux brillants, ces yeux pleins d'espérance, ces deux étoiles qui .vous

vous et beaucoup d'autres, en prOIe au

éclaireront

doute.

. Oui, mes frères, heureux l'homme qUl a la fOl.

. t

HIlURRUX CBLUI QUI A LA 1'011 LE SYMBOLE DES APÔTRES II HEUREUX LE PEUPLE QUI
HIlURRUX
CBLUI
QUI
A
LA
1'011
LE SYMBOLE DES APÔTRES
II
HEUREUX
LE
PEUPLE
QUI
A LA
FOI 1
Mais je vais plus loin et j'affirme: Heureux le peuple
qui a
la foi!
.
.A) Qu'~st-ce que la foi donne à un peuple? Moralité,
JOIe
de
VIvre,
force
de résistance,
confiance en soi
esprit d'entreprise.
'
Citerai-je un ancien exemple? La France conserve
?ieusem,ent l~,souve~i~' de sainte Jeanne d'Arc qui,
11 y a cmq slecles, dehv r a au nom du ciel, la France
occupée alors par les Anglais. Représentons-nous la
situation : une jeune fille de 17 ans qui n'avait jamais
porté. une arme se revêt d'une cuirasse et avec quelques
cavaliers se met en marche contre qui? Contre la
puissance militaire la plus grande de cette époque avec
laquelle aucune armée n'osait plus se mesurer ouverte-
~en~
La che."alerie française était déjà anéantie,
1h~nt1e~ du tr?ne demeurait dans son palais, craintif
et mact~f, tandis que les Anglais assiégeaient Orléans,
sa dermère place forte . Et cette jeune fille de 17 ans
- par ~a _~onfiance en Dieu - réalise l'impossible.
Elle ramme le peuple entier et la nation qui a repris
courage remporte la victoire.
Voilà ce qu'a fait pour SOI1 pays une faible femme
en qui vivait la foi divine.
Exami~o~s encore ce que signifient pour un peuple,
ce que slg111fient pour la patrie, des citoyens généreux
jusqu'au sacrifice, honnêtes, aux mœurs pures, animés
de l'esprit du devoir, dès citoyens religieux. Si les
:citoyens remplissent leur devoir d'état de toutes leurs
forces là où le sort les a placés, s'ils font leur devoir,
parce que la foi leur dit : c'est par là que vous obtiendrez
droit à la vie éternelle. Si les citoyens mènent une vie
de famille pure, ont des mœurs pures, des mains pures
parce que la foi leur dit: c'est ainsi que vous rendrez
digne de Dieu votre âme immortelle. Si les citoyens,
malgré les soucis, les travaux et les chagrins qui pèsent
sur eux, supportent avec le sourire le fardeau de la vie
quotidienne et deviennent ainsi les colonnes inébran-
lables de la vie sociale, comme l'étaient les cariatides
pour les anciens temples grecs.
Qu'est-ce que ces cariatides?
Dans les anciens temples grecs on voit souvent de
magnifiques statues de femmes, que l'on nomme '
cariatides;- dont la t ête relevée bien haut supporte le
toit du sanctuaire. Une charge énorme pèse sur elles
et cependant leur front, leurs yeux, toute leur attitude
. parle d'autre chose; une sorte de fierté confiante en
elles-mêmes les anime, comme si elles ne sentaient
rien de la charge écrasante qui pèse sur elles, car
elles portent un temple au-dessus d'elles. C'est &. insi
que les bras musclés et les âmes robustes des citoyens
croyants et religieux soutiennent le lourd édifice de
la vie nationale.
Il avait donc raison Benjamin Franklin, lorsqu'il fit,
en 1787, cette mémorable déclaration. En effet, en
1787, Washington, un des fondateurs des États-Unis,
délibérait avec 5S compagnons sur le sort futur de

3 0

LE SYMBOLE DES APÔTRES

cet État. Tout à coup le vi~ux Franklin se leva et dit:

« Messieurs, prions! Je suis arrivé à un âge avancé et plus j'ai vécu, plus j'ai constaté clairement que c'est Dieu qui dirige les affaires humaines. Si un moineau ne tombe pas à terre sans sa volonté, comment un état pourrait-il être construit sans son secours? » Que signifient ces paroles, sinon ]a vérité de ,notre affirmation: Heureux le peuple qui a la foi, qui a ~ne religion! B) Pourtant, mes frères, avant de terminer le sermon d'aujourd'hui, je sens qu'il me faut répondre à une objection qu'on pourrait soulever.

- Heureux le peuple qui a la foi et de la religion, nous l'avons déjà entendu dire. cc Mais - pourrait dire quelqu'un - il n'y a pas, sur la terre, un seul peuple sans foi ni religion. Alors pourquoi insister' spécialement sur ce point? » Eh bien! parce que, lorsque je parle de la foi, j'entends toujours la foi vivante, or, malheureusement, elle n'est pas le bien commun de tous les hommes. En qu~i consiste en effet cette foi vivante? _En ce que nous sommes si convaincus de la vérité de notre foi, que l'esprit de foi pénètre instinctivement nos actes, nos pensées, nos paroles, comme notre res- piration que nous ne remarquons pas, comme les battements de notre cœur auxquels nous ne prêtons pas attention. Saint Paul a écrit: cc Le juste vit de la foi » (Hébreux, x, 38). cc Vit », la foi règle non pas seulement telle ou telle de ses actions, mais toute sa vie. L'esprit de Notre- Seigneur Jésus-Christ circule en lui, comme son sang;

Seigneur Jésus-Christ circule en lui, comme son sang; HEUREUX CELUI QUI A LA FOI! il le

HEUREUX CELUI QUI

A LA FOI!

il le pénètre et l'imprègne, comme l'eau imbibe l'éponge, et marque chacun de ses actes.

, Tout chrétien croit en la vie éternelle -

c'est tout

naturel - mais comme il y en a peu pour se demander avant d'agir: cc A quoi cela servira-t-il pour l'éternité? »

Or vivre selon la foi signifie considérer toute chose précisément de ce point de vue: « A quoi cela servira-t-il pour l'éternité? » Mes frères, avant de sacrifier votre honneur à votre carrière, posez-vous cette question :

Agirais-je ainsi, à mon dernier instant? A quoi cela servira-t-il pour l'éternité? Avant de céder aux séduc- tions d'une. ambition malhonnête, demandez-vous toujours : A quoi cela servira-t-il pour l'éternité? Voilà ce que c'est qu'une foi vivante, « vivre

de

la

foi

».

Peut-être direz-vous : Si je n'avais pas la foi, je ne

me soucierais aucunement de

mais je vous pose la question : Si vous aviez une foi vivante, est-ce que vous vous en soucieriez si peu? Vous dites: Si je n'avais pas la foi, je ne prierais pas. C'est vrai, mais si vous aviez une foi vivante, est-ce que vous prieriez avec tant de distractions? Je n'irais

pas me confesser. C'est vrai, mais est-ce que vous iriez si rarement? Je n'irais pas communier. C'est vrai, mais est-ce que vous communieriez avec tant de froideur? Voilà, mes frères, notre grand défaut, la plaie fonda- , mentale des pays chrétiens. Nous sommes chrétiens, oui nous le sommes, - mais seulement en paroles, des lèvres et non pas par les œuvres, par notre vie. Des chrétiens en paroles - des païens dans notre vie. Des

mon âme. C'est vrai,

3 2

LI SYMBOLl!: DIlS AFÔTRRS

chrétiens en paroles - des païens par nos actes. Nous

croyons en paroles - ,par nos actes.

Des voyageurs japonais, chinois, indous viennent dans nos grandes villes et il faut se réjouir qu'ils voient

si peu de chose de nos villes dites chrétiennes. Car ils

rentreraient chez eux et se jetteraient à genoux devant

leurs idoles en faisant cette prière : « Tout le christia~ nisme n'est qu'un masque - il n'y a rien au dedans. Nous sommes heure\:lx de Ii'être pas chrétiens 1 » Lorsque j'affirme donc: Heureux celui qui a la foi,

je pense à la foi vivante et vivifiante. A la foi q~i n'est

pas seulement une profession verbale, mais aussi une

vie réglée selon la foi. A \:Ine foi qui est un rythme.

A une foi qui fait battre le cœur. A une foi qui est une

forme de vie. A une foi qui est une force directrice de l'existence.

Un croyant - c'est un homme à l'âme pure. Un croyant - c'est un homme aux mains pures. Un croyant

- c'est un homme aux yeux, aux désirs, aux pensées purs. Un peuple croyant - c'est un peuple respec- tueux de la morale, laborieux et énergique. Ma foi n'est pas seulement un mot, n'est pas seule~

ment un dogme, elle est aussi un geste, une activité,

frères dans la foi ne

une force agissante. Ah 1 mes

nous demeurons des incroyants

l'oubliez pas: Nous vivons parmi les païens et il faut que par notre vie nous soyons devant eux comme des . flambeaux . Qùê notre vie soit pure et traIi.sparente deva.nt eux, c?mme la vie d'un poisson pour le public demère les vItres de l'aquarium.~Afin que les païens, à la vue de notre vie, louent le Père qui est dans les cieux

,

vue de notre vie, louent le Père qui est dans les cieux , HEUREUX CELUI QUI

HEUREUX

CELUI

QUI

A LA

FOI 1

33

et Le remercient d'avoir envoyé des chrétiens sur la

terre (le S. Pierre,

l,

12).

Mes frères, le fait s'est passé le 19 août 1083 à Albe Royale. Près du tombeau de saint Étienne, un autre roi était en prières, saint Ladislas et avec lui l'élite de tout le royaume. Il y avait là aussi un petit enfant de sept ans, estropié des mains et des pieds depuis sa naissance. Ses parents le déposèrent en priant et pleurant, sur le tombeau, et voilà que tout à coup sous

les yeux de tous les assistants les muscles s'allongèr~nt, les genoux se plièrent et l'enfant se mit à se mouvoir età se tenir sur ses jambes. «Le roi Ladislas fut témoin lui-même de ce miracle et des larmes de joie jaillirent des yeux de ce puissant monarque, il prit l'enfant dans ses bras et le porta vers l'autel et remercia Dieu de ce prodige de façon solennelle» (Jean Karacsonyi). Pourquoi ce récit à la fin de mon sermon? Parce que dans notre Europe, il n'y a pas bien longtemps, a retenti ce cri effrayant : Hommes, faites attention 1 La civilisation européenne est en décadence et va vers la tombe, le cœur autrefois si robuste de l'Europe chrétienne est paralysé. Les yeux des nations européennes se tournent avec anxiété vers l'Orient, où les contours d'un monde nouveau grandissent de plus en plus à l'ombre du soleil qui descend. Qui pourrait nier qu'au-dessus de la culture morale de l'Europe s'étendent réellement les

~

Symb. d. Ap. (Iutrod.l.

S

3 4 LE SYMBOLE DF 8 APÔTRES nuages du crépuscule dont la vue ~oit faire

34 LE SYMBOLE DF

8

APÔTRES

nuages du crépuscule dont la vue ~oit faire sortir de nos âmes le cri des disciples d'Emmaüs: « Seigneur, restez avec nous, car il se fait tard, et déjà le jour baisse» (S. Luc, ,XXIV, 29)'

la santé, lorsqu'il

toucha le tombeau de saint Étienne et la civilisation

L'enfant

paralytique

retrouva

européenne qui vieillit et descend vers la tombe ne retrou- . vera aussi sa jeunesse que si de nouveau elle retrouve If contact avec Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Avec l'apôtre saint Pierre je vous en prie, mes frères, restez attachés à notre foi chrétienne, à Notre- Seigneur Jésus-Christ, « que vous aimez, sans l'avoir jamais vu, en qui vous croyez, bien que vous ne le voyez pas; mais parce que vou's croyez, vous tressaillez d'une joie ineffable et pleine de gloire, sûrs que vous êtes d'atteindre le but de votre foi, le salut de vos

âmes» (le S. Pierre, l, 8-9). Heureux l'homme qui a la foi et heureux le peuple qui (l la foi. Amen.

qui a la foi et heureux le peuple qui (l la foi. Amen. III MALHEUREUX CELUI

III

MALHEUREUX CELUI QUI N'A PAS LA FOI!

MES FRÈRES,

Dans un drame, intitulé « Asile de nuit », du poète russe Maxime Gorkij se trouve une scène émouvante, lorsque les misérables de l'asile, ces déshérités de la vie, se réveillent le matin dans une atmosphère embuée et fétide et recommencent leur existence sans but, incertaine et malheureuse. Un homme en haillons, . un musulman, se lève et tourné vers l'orient récite sa prière du matin. Les autres misérables le regardent, les uns avec curiosité, les autres d'un air moqueur, tandis qu'il se prosterne dans un geste solennel devant Allah et ils ne peuvent pas comprendre que dans l'abandon affreux de cet asile de misère on puisse encore croire en Dieu'\ Cependant survleur visagp. ce n'est pas seulement un regard superficiel de dédain qui apparaît, mais aussi une douloureuse nostalgie, un désir sans ' nom, - le désir d'un royaume depuis

LB SYMBOLE DES APÔTRES

longtemps disparu dont la foi ouvre la porte devant les hommes Mes frères, ce n'est pas seulement dans les asiles de nuit que cette singulière nostalgie prend les hommes- à la gorge. Dans les salons les plus élégamment meublés, dans les wagons restaurants splendidement illuminés des grands rapides, dans l'atmosphère fiévreuse des bureaux d'affaires s'exhale une soif ardente du bonheur de ceux qui peuvent croire. L'homme d'aujourd'hui

sent de plus en plus ce qu'il a perdu en perdant la foi, et ce qui lui ' manque quand lui manque Dieu.

telle sera la pensée

directrice de mon sermon d'aujourd'hui. Est-ce bien vrai? Ne me suffit-il pas d'avoir un appartement commode? Ne me suffit-il pas d'avoir un bon compte en banque? Ne me suffit-il pas d'avoir des terres, une usine? Ne me suffit-il pas d'avoir une épouse aimable qui me comprend, des enfants joyeux et bien portants? Avec tout cela pourrais-je être malheureux? Oui, mes frères, avec tout cela vous pouvez

Où Dieu manque, tout manque! -

être malheureux. Car il est malheureux celui qui n'a pas la foi.

Dimanche dernier, j'ai parlé du bonheur de l'homme qui a la foi, du bonheur du peuple qui a la foi. Voyons donc dans l'instruction d'aujourd'hui le revers de la

question : 1. Il est malheureux l'homme qui n'a pas la foi et II. il est malheureux le peuple qui n'a pas la foi.

La première partie de notre thèse se formule donc ainsi

La première partie de notre thèse se formule donc ainsi MALHEUREUX CELUI QUI N'A PAS LA

MALHEUREUX

CELUI

QUI

N'A

PAS

LA

1'011

37

IL

EST MALHEUREUX

1

L'HOMME QUI N'A PAS LA FOI.

Si dans mon dernier sermon j'ai affirmé qu'il est heureux celui qui a la foi, parce qu'il ne pose pas de

question

sans

consolation, il me faut déclarer aujourd'hui : il est

malheure'ux celui qui n'a pas la foi,

sans

réponse

et

qu'il ne

souffre

pas

car il pose

des

questions et ne refoit pas de réponse, il souffre et ne trouve

pas de consolation. 1. L'homme qui n'a pas la foi pose les mêmes questions

mais il ne refoit pas de réponse; ou

que le croyant, -

plutôt il reçoit une

l'accable et l'anéantit.

Que demande-t-il? La question que tout homme se pose un jour sur lui-même, sur la vie, sur les systèmes philos.ophiques :

les grandes questions de l'existence. Que faut-il penser de ce monde? Que faut-il penser de l'homme? Qu'est-ce que l'homme? Quelle est la valeur de l'existence? D'où l'homme est-il venu sur la terre? Quel est son but en ce monde? Qu'est-ce qui l'attend après la mort? Questions terriblement importantes 1

a) Qu'est-ce que le monde? Quelle idée avez-vous du

Pouvez-vous vous dérober à ces questions?

. Parfois de 'grandes épidémies s'abattent sur l'huma-

De même dans

la vie intellectuelle il y a aussi des épidémies qui

réponse,

mais

une

réponse qui

monde?

nité : le choléra, la peste, l'influenza

LE SVMBOLE DES APôTRES

ravagent des nations entières, des pays, des siècles. La négation de la nécessité d'une philosophie du monde, le mépris de la religion, le doute et l'athéisme ont bien des fois déjà levé la tête au milieu de l'humanité, mais

touiours l'homme s'en est mal trouvé. Car l'homme qui

réfléchit reste toujours inquiet devant une question

sans réponse et il ne peut pas

cacher sa tête dans le

sable à la manière de l'autruche. Dans l'église Saint-Paul de Londres se trouvent les tombeaux de nombreux Anglais distingués. Sur une

plaque de marbre on peut lire cette triste inscription :

« Dubius vixi, incertus morior, quo eam nescio » « j'ai vécu dans le doute, je meurs dans l'incertitude'

'

.

Je

ne

saIS pas où je

.

vais ».

Peut-il y avoir une voie plus tragique pour une âme

quoi lui sert-il de

tout savoir, mais d'ignorer cette seule clwse? C'est en

vain que je sais calculer le cours des astres, le nombre ?es c.hromosomes dans une cellule, c'est en vain que Je pUIS mesurer les vibrations de l'éther dansles rayons ultra-violets, oui c'est en vain que je sais tout cela si

qui réfléchit et a soif de clarté? A

'

Je . ne saIS pas répondre à ces questions : Qu'est-ce que le monde? Qu'est-ce que l'homme? Qu'est-ce qui attend l'homme après sa mort? Philosophie du monde 1 Oh! oui, l'incroyant aussi

a une philosophie

un autre la « philosophie de l'argent », un troisième

la (( ~hilosop~ie ~e l'ambition », un quatrième la (( philo-

sophIe

mais la vie humaine s'en

contente-t-elle ? Un jour quelqu'un demandait à un Chinois: Quelle

.

l'un a «la philosophie de l'estomac»,

des

mstmcts

»

a « la philosophie de l'estomac», des mstmcts » MALHEUREUX CELUI QUI N'A PAS LA FOII
a « la philosophie de l'estomac», des mstmcts » MALHEUREUX CELUI QUI N'A PAS LA FOII

MALHEUREUX

CELUI

QUI

N'A

PAS

LA

FOII

39

est ta religion? Il répondit : (( Ma religion, c'est bien manger, bien boire, bien dormir et bien digérer . ». :Ah 1 mes frères, vous ne sauriez croire combien il y a de Chinois à Budapest! D'hommes qui - comme le faisait ce Chinois - ont essayé de vivre au jour le jour, en végétant, sans idée sur le monde. C'est avec intention que j'ai dit (( en végétant », car sans idée sur le monde on ne peut que végéter, et non pas mener une existence digne de l'homme. Réfléchir sur les phénomènes de la nature et chercher le but dernier des événements du monde - voilà un de nos traits les plus humains. Le monde n'est pas pour moi un amoncellement de choses sans lien entre elles ni un chaos, mais un cosmos, c'est-à-dire une beauté bien ordonnée où chaque peuple, chaque individu, chaque feuille et chaque événement ont leur place

si j'ai la foi. Et le tout n'est qu'un

chaos effrayant, un hasard épouvantable, si je · n'ai

pas la foi.

Si je n'ai pas la foi, alors il n'y a pas de réponse satisfaisante à la question: qu'est-ce que le monde? b) Et voici l'autre grande question à laquelle l'in- croyant ne peut donner de réponse : Qu'est-ce que

et leur but, - si

l' homme et quelle est la valeur de la vie?

Si j'ai la foi, j'ai aussi la réponse sur la valeur de la vie; le but de ma vie terrestre est de reproduire Dieu dans mon âme, de le reproduire par une vie conforme _aux commandements de Dieu, honnête et laborieuse. Si j'ai la foi, j'ai aussi une âme, une âme appelée à la vie éternelle et alors la vie humaine vaut plus que tous les trésors du monde. Si je n'ai pas la foi,

LE

SYMBOLE

DES

APÔTRES

je n'ai pas d'âme et alors la vie humaine ne vaut même pas un dollar.

seulement

98 cents. C'est un savant américain qui l'a calculé de façon précise. Il dit: Le corps humain renferme assez d'eau pour laver une nappe. Avec le fer des globules .rouges on pourrait obtenir sept clous de fer à cheval. Avec sa chaux on pourrait blanchir un des murs d'une petite chambre. Transformé en graphite il donnerait so!xante-cinq crayons. Avec son phosphore on pourrait faIre une boîte d'allumettes. On pourrait encore en tirer quelques cuillers à café de sel. Tout cela - dit le savant

américain - ne vaut pas plus de 98 cents, c'est-à-dire pas même une pièce de cinq francs d'avant-guerre. Cel.ui qui n'a pas la foi n'obtient pas de réponse aux questIOns les plus brûlantes ou bien seulement une réponse de ce genre. Pauvre orphelin, pauvre incroyant abandonné! ~. Mais voici l'autre partie de notre thèse : Celui qut n'a pas la foi, n'a pas de consolation; a) ni dans la souffrance, b) ni dans la mort.

.a) :Ëtes-vous vraiment incroyants, frères malheureux? DItes-moi - mais sincèrement - n'y a-t-il jamais dans votre vie des instants où des profondeurs les plus secrètes de votre âme gémit une voix qui pleure la foi perdue, de votre enfance?

sii

vous ne viviez pas dans une vallée de larmes, pourriez-

vo~s peut-être tenir sans la foi. Mais en fait? Sans

Dt~u nous ne p~~v~s pas tenir,

- qUI se figure qu 11 tIent. Quelle que soit votre science,

Oui,

elle ne

vaut

pas

un

dollar, mais

. Peut-être'

si vous ne viviez pas sur

la

terre

celui-là non plus

si vous ne viviez pas sur la terre celui-là non plus MALHEUREUX CELUI QUI N'A PAS
si vous ne viviez pas sur la terre celui-là non plus MALHEUREUX CELUI QUI N'A PAS

MALHEUREUX CELUI

QUI

N'A

PAS

LA

FOI t

quelle que soit votre fortune, quelles que soient vos

jouissances

éclate. Quels instants? Instants d'impuissance, ·de sensation du néant et de souffrance. C'est d'un de ces instants que parle )un philologue

anglais. Au cours d'une promenade dans un misérable quartier de Dublin, il trouva une femme à l'agonie couchée par terre sur de la paille, à côté d'elle était étendu mort un petit enfant. La femme lui dit douce- ment .: « C'est vous le docteur? » - « Non, répondit le philologue, mais il ne va pas tarder ». - « Priez, dit de nouveau la femme, pour que Dieu ne prenne pas mon âme en état de péché ». Le philologue se mit à genoux et pria à côté de la femme, jusqu'à l'arrivée du médecin et aussi d'un prêtre. « Dieu vous le rende, balbutia la femme, maintenant je suis tranquille ». Imaginez, racontait par la suite le philologue, que j'ai dit à la mourante tout ce que je savais sur les philo- sophes et écrivains grecs et ce que j'avais découvert dans le labyrinthe de la philosophie, à quoi tout cela lui aurait-il servi? Vous allez dire: sans doute cela ne lui aurait pas servi, parce que c'était une pauvre femme sans instruction. Supposons donc qu'elle ait appartenu à une classe supérieure cultivée, est-ce que cela lui aurait servi? La philosophie, l'instruction sont de bonnes choses, mais uniquement comme parure : sur; un sofa, dans un salon, près d'une tasse de thé cela peut aller (PROHASZKA : Méditations. Albe Royale 1908,

il

y

a

des

instants

la soif de

l'âme

p.206).

Comment cette femme disait-elle? « Priez, pour que

-

LE SYMBOLE DES APÔTlŒS

Dieu n'emporte pas mon âme en état de péché ». Ah, quel terrible sentiment, mes frères!

Vous n'avez pas la foi, vous ne croyez pas en Dieu?

Soit 1 Mais avez-vous des péchés - vous ne pouvez pas épiloguer sur ce sujet - et qu'en résulte-t-il? Vous n'avez pas de Christ pour vous racheter - et alors le péché pèse sur vous comme une pierre tombale. L'homme cherche le bonheur dans la science - et ne

le trouve pas. Si vous êtes sceptique, est-ce que vous êtes heureux? Si vous êtes blasé, avez-vous le bonheur? Si

vous êtes un indifférent, êtes-vous heureux? Cela vous donne-t-il de la/orce quand vous êtes abattu? Du courage, quand vous hésitez? De la consolation quand vous êtes malade? Une réponse dans les minutes de souffrance?

Non, aucune réponse. Pauvre orphelin, malheureux incroyant abandonné 1 Comme il est malheureux celui qui n'a pas la foi,

car il n'a pas de consolation dans ses souffrances!

. \

b) Ni de consolation non plus dans la mort!

Voùs ne croyez donc en rien? Mais dites-moi: v,ous sentez-vous bien dans ce désert glacé? Les petites bougies multicolores flambent dans le sapin de Noël, vos enfants sautent, les yeux brillant de joie, autour de

l'arbre, - vous seul, vous tenez. à l'écart, l'âme vide, les yeux dans le vague; dites-moi : pouvez-vous tenir? Les cloches de Pâques chantent l'alleluia, - et tout

cela ne signifie rien pour vous; dites-moi: pouvez-vous 1

le supporter? Mais

votre - épomle et une pensée terrible traverse

esprit : un jour aussi il ne restera de moi que cendre et poussière. Pouvez-vous supporter pareille chose?

vous voici devant la tombe de

votre

pareille chose? vous voici devant la tombe de votre MALHEUREUX CELUI QUI N'A PAS LA FOI!

MALHEUREUX

CELUI

QUI

N'A

PAS

LA

FOI!

Cendre et poussière? C'est tout ce qui reste. Oui,

tout. Cette question surgit en vous et vous voudriez vous en débarrasser, mais vous ne pouvez p as . « Oui, c'est tout. A la fin, un grand rien, essayez-vous de vous dire à vous-même'. Mais à l'instant suivant, l'inquiétude vous reprend : Le monde tout entier est une machine si bien organisée, si bien adaptée à sa fin, la vie tout entière est si pénétrée du désir de l'éternité qu'il n'est pas possible qu'elle se termine par le néant. Mon cerveau peut tomber en poussière, mais mes pensées , mes volontés, mes sentiments et les nobles ambitions de mon cœur, mes envolées vers l'idéal qui n'étaient pas des produits de mon corps, ne peuvent pas être réduits en poussière». « Par la mort, la vie n'est que transformée et non pas changée », « vita mutatur, non tollitur »' , dit la préface de la messe des défunts pour la grande consolation de celui qui a la foi. Mais celui qui ne l'a pas?

la

heureuse même devant la mort, elle devient une des beautés les plus saisissantes du monde. Pourtant le Créateur a semé à travers le monde bien des beau~és, Elles sont belles les cimes des montagnes couvertes de neige, elles sont belles les prairies en fleurs au mois de mai, ils sont beaux les tableaux des grands maîtres, . elles sont belles les statues en marbre de Carrare, - mais l'âme du croyant qui se dispose à aller vers Dieu est beaucoup plus .belle. Car la plus belle statue de marbre peut être réduite en chaux, la plus belle peinture de Murillo sous la dent des années peut

L'âme

de

celui

qui

a

foi

est rendue paisible,

4 4 LE SYMBOLE DES APÔTRES MALHEUREUX CELUI QUI N'A PAS LA FOII + s

44 LE SYMBOLE DES APÔTRES

MALHEUREUX CELUI

QUI

N'A

PAS

LA FOII

+s

devenir une simple toile poussiéreuse, mais l'âme

formée à l'image de Dieu -

Maman,

maman 1 » Ce furent ses dernières paroles. Comme il '

'est malheureux l'homme qui n'a pas la

Regardez la fleur arrachée de sa tige par le vent, - que devient-elle?

Regardez le ruisseau qui a quitté son lit, que devient-il ? Regardez l'oiseau qui est tombé du nid, que devient-il? Regardez le rayon qui se sépare du soleil, que devient-il?

que

Regardez l'étoile . qui s'écarte de devient-elle?

Regardez l'homme qui s'est séparé -de Dieu, - que devient-il?

Pauvre orphelin, malheureux incroyant abandonné!

est là, elle vient tout doucement

La voici

foi l

comme l'enseigne la foi '

- vivra éternellement.

Lorsqu'arrivera l'instant le plus grave de ma vie, la mort, lorsque ma tête lasse s'inclinera dans les bras

de mes êtres chers et que je ne serai déjà plus

mon âme sortira de mes lèvres, se demandant indécise :

A présent où irai-je?

qui a la foi et à qui le Seigneur dira alors: « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués 1 » Dans la mort, seul est heureux celui qui a la foi. Et celui qui ne l'a pas? Eh bien 1 regardez la mort d'un athée.

oh! comme il sera bien celui

Lorsque la mort arriva pour un des fameux person-

nages de la Révolution française, Mirabeau, que le . doute torturait, que fit le malheureux avant de rendre l'âme? Sur son lit de mort, il se lava avec de l'eau ' parfumée, se fit mettre sur la tête une couronne de fleurs et fit venir des musiciens, afin de pouvoir s'en- dormir paisiblement de l'éternel sommeil. Mais tout cela ne lui servit de rien : ses souffrances grandirent

de

qui

de

médecin ne voulut pas. Enfin il mourut dans d'affreuses souffrances,

minute en minute, et davantage encore les doutes

torturaient son âme. Alors il demanda à son médecin

lui donner quelque chose pour hâter sa fin, mais le

Pascal a fait

cette

effrayante constatation : « Tu :

mourras seul ». Comme il est délaissé à la mort, l'homme qui n'a pas la foi! Ah 1 comme il le sentit à ses derniers instants, Anatole France, « le pape de l'incroyance »

qui tlU moment de mourir appelait sa mère. « La mort

sa route,

TI

IL EST MALHEUREUX LE PEUPLE QUI N'A PAS LA FOI.

Passons à une autre pensée : Comme il est malheureux le peuple incroyant! Que devient le peuple qui a perdu la foi, que devient l'humanité sans la foi? Celui qui veut une réponse complète à cette question ' n'a qu'à lire l'histoire de la Révolution française. Qu'il lise jusqu'au bout -.! si ses nerfs le lui permettent - où est tombé un peuple auquel on a ôté Dieu. Le cùlte de la raison fut proclamé en 1793. On voulut

permettent - où est tombé un peuple auquel on a ôté Dieu. Le cùlte de la

LE SYMBOLE DES APÔTRFS

LE SYMBOLE DES APÔTRFS d'abord le célébrer dans un théâtre, puis on eut l'idée diabolique de

d'abord le célébrer dans un théâtre, puis on eut l'idée diabolique de le faire à Notre-Dame. Une danseuse de l'Opéra en !.irobe blanche et en manteau bleu-ciel fut assise sur un trône dans le chœur et des jeunes filles portant des couronnes de chêne et en robes blanches · chantèrent un hymne de Chénier en l'honneur du nouveau culte. On chargea les trésors de l'église sur un âne, on lui mit une mitre sur la tête, un~ chasuble sur le dos et on se mit à danser. On brûla les reliques, on but de l'eau de vie dans les calices, on mangea des

harengs sur les patènes; la populace revêtit les ornements sacerdotaux et parcourut les rues de la ville.

A l'église Saint-Eustache on transforma le chœur

en prairie artificielle avec des buissons et des cabanes.

On dressa une grande table chargée de nourriture et de boissons. La déesse servait les «fidèles» qui venaient à elle. Les enfants eurent l'avantage de boire à leur guise. Et les « pieux fidèles » s'amusaient beaucoup de voir les enfants s'enivrer. La déesse en manteau bleu, un bonnet phrygien sur la tête, s'assit sur l'autel et les hommes, la pipe à la bouche, lui servirent un rafraîchissement.

Et comment tout cela finit-il?

La guillotine était dressée du matin au soir et les têtes ne cessaie5tpas de tomber. Les bourreaux étaient las de tant de meurtres. A Nantes on inventa un bateau dont le fond pouvait s'ouvrir; tous les soirs on y entassait des prisonniers et durant la nuit on les noyait dans la Loire. On ne sait pas combien de gens périrent ainsi. Dans une seule noyade 1.300 personnes furent jetées à l'eau. Il y eut, dit-on, 23 noyades et 600 enfants furent

MALHEUREUX

CELUI

QUI

N'A

PAS

LA

FOI!

47

parmi les victimes. Des bandits se tenaient sur le bord du fleuve et quand un malheureux essayait de sortir de l'eau, ils lui coupaient les mains et le rejetaient dans le fleuve. Dans les derniers mois de 1793 et leS premiers mois de 1794 on comptait dans la région de Nantes au-moins 15.000 personnes décapitées, fusillées

ou noyées

comtes, des barons tombaient comme la grêle », écrivait Lebon, commissaire de la Convention pour le Nord de la France, en avril 1794 Faut-il expliquer davant age ce que devz'ent un peuple sans la foi?

Il y a des pays du nord où le soleil se lève à peine pendant la moitié de l'année. La vie se passe tristement dans une demi-obscurité. Il lui manque le soleil qui vivifie tout. Le soleil vivifiant de l'humanité, c'est la foi en Dieu. Enlevez-lui Dieu, que devient-elle? Il n'y a pas de Dieu, - mais alors il n'y a pas non plus d'église ni d'autel d'où jaillisse la force du sacri-

fice.

la Vierge des douleurs, ni confession, ni communion, ni prière où l'on puisse décharger son cœur et sécher ses larmes. Il n'y a pas de Dieu, - mais alors il n'y a personne qui puisse imposer des lois aux instincts aveugles de l'homme et le monde n'est plus qu'une caverne de brigands. Il n'y a pas de Dieu, - mais alors il n'y a pas de différence entre le bien et le mal, alors c'est le déchaî- nement de toutes les passions. Il n'y a: pas de Dieu, - mais alors tout hOlùm e loyal,

Il n'y a pas non plus de crucifix, ni d'image de

« Les têtes des ducs, des marquis, des

'- les rails, LI! SYMBOLE DES APÔTRES tout homme bienfaisant, compatissant, charitable n'est qu'un fou.

'-

les rails,

'- les rails, LI! SYMBOLE DES APÔTRES tout homme bienfaisant, compatissant, charitable n'est qu'un fou. «

LI! SYMBOLE DES APÔTRES

tout homme bienfaisant, compatissant, charitable n'est

qu'un fou. « On ne peut pas construire de lignes de chemin de fer avec de l'eau bénite» - disent parfois des lèvres impies. Machiavel aussi a dit quelque chose de pareil :

On ne peut pas construire l'État avec un chapelet et de la douceur. Eh bien! écoutez 1- Si l'histoire ne pouvait rien prouver d'autre, elle prouverait cependant avec certitude que la base, les colonnes et les joints de l'État sont les bonnes mœurs. Essayez donc de

construire une voie ferrée s ans boulonner

de bâtir une maison sans fondations. C'est en vain qu'un peuple est victorieu~ dans la guerre, le commerce et l'industrie, s'il ne triomphe pas aussi dans la vie morale. Car un peuple victorieux au combat, mais frivole dans sa vie, mérite qu'on lui applique ce que Sénèque, avec une concision classique,

a dit d'Annibal : « Armis vicit, vitiis victus est». «n a

vaincu par les armes, mais il a été vaincu par ses vices II

(Lettres, v, II).

Oui, il est malheureux le peuple qui n'a pas la foi.

a

quatre-vingts ans aujourd'hui que les héros d'Arad moururent glorieusement. L'un d'eux, le général Joseph Schweidel; avait été gouverneur de Buda; à la dernière minute avant l'exécution, après lecture dei

la sentence, il s'approcha de l'aumônier et lui dit:

Mes frères,

c'est aujourd'hui le 6 octobre; il y

MALHJSUR-IUX

ClU.UI

QUI

N'A

PAS

L4

FOII

49

« Mon Père, voici la croix que j'avais reçue en héritage de mon père. Je l'ai toujours portée sur moi, même au combat. Je vous prie de la donner à mon fils Il. Puis tout d'un coup comme si une idée lui avait traversé l'esprit, il la reprit en disant:

- « Je veux la tenir dans mes mains et mourir avec. Après ma mort, ne craignez pas de la retirer_de mes mains et de la donner à mon fils ». Les fusils crépitèrent et le général tomba. Mais il ne peut pas périr, mes frères, le peuple où les pères enseignent à leurs fils l'amour du Christ et la foi au

Christ. Pères et mères de famille, laissez à vos enfants un pareil héritage, une foi inébranlable au Christ.

Voyez : nous sommes pauvres, mais il est riche celui en qui habite Dieu. Voyez: nous sommes infirmes, mais il est fort celui qui s'accroche au bras de Dieu. Voyez :

nous avons énormément perdu, mais nous avons la foi et ainsi nous n'avons pas tout perdu.

a beaucoup perdu;

celui qui a perdu un bras a encore perdu davantage;

celui qui

a tout perdu. aidez votre peuple si éprou·vé,

Celui

qui

a perdu

sa

fortune

a perdu la foi,

-

aidez-nous,

Seigneur,

afin que nous ne perdions pas tout. Amen.

Symb. d. Ap. (Illtrod.l.

IV LE CHEMIN DE L'INCROYANCE (1. LA SCIENCE?) MES FRhES, Comme il est heureux l'homme
IV LE CHEMIN DE L'INCROYANCE (1. LA SCIENCE?) MES FRhES, Comme il est heureux l'homme

IV

LE CHEMIN DE L'INCROYANCE

(1. LA SCIENCE?)

MES FRhES,

Comme il est heureux l'homme et comme il est heureux le peuple qui a la foi, qui a une religion et comme ils sont malheureux l'homme et le peuple sans la foi 1 tels sont ·les deux thèmes qui nous ont occupés dans les deux derniers sermons. Nous avons vu que la foi est d'une nécessité élémentaire pour les individus et pour les peuples, on pourrait presque dire, pour leU!:

santé. Ni l'homme ni le peuple ne peuvent être en bonne santé, s'ils perdent leur foi en Dieu, source de tout essor;- de toute force au travail, de toute persévé- rance et de toute joie de vivre et de toute consolation. Nous sommes arrivés à cette constatation au cours de ' nos précédentes investigations. Mais ici il faut nous arrêter; il' nous faudra nous arrêter deux dimallch~s pou~ pouvoir regarder en face un fait angoissant.

LB CHEMIN

DE

L'INCROYANCE (1)

SI

Comme il est malheureux celui qui n'a pas la foi! - avons-nous dit dimanche dernier. Or dans la vie nous rencontrons à chaque pas de ces malheureux qui ont perdu la foi, de ces âmes glacées, séparées de Dieu. Il est malheureux celui qui n'a pas la foi 1 - telle est la vérité théorique. Mais la pratique de la vie montre autour de nous bien des gens qui ont fait naufrage

dans la foi

Que leur dirons-nous? N'avons-nous

rien à leur .dire? Nous à qui Dieu a fait la grande grâce d'avoir la foi, la sainte foi chrétienne, est-ce que nous

pourrions passer avec indifférence devant ces âmes qui chancellent dans leur foi, sont en proie au doute ou bien ont fait totalement naufrage? Non. Ce ne serait pas conforme à l'esprit du Christ. Attachons-nous avec un cœur compatissant et résolu à venir à leur aide et demandons-leur : Frères, dites-

nous comment vous êtes arrivés sur ce désert glacial de l'incroyance? Qu'est-ce qui vous a conduits jusque-là? Quelles sont les raisons de votre incroyance?

Écoutons donc la réponse que nous recevrons à notre question et essayons de résoudre le problème. Dans le sermon d'aujourd'hui je veux m'occuper d'une difficulté que l'on entend le plus souvènt parmi

pourtant

les excuses de ceux qui ont perdu la foi,

c'est elle qui conduit le moins l'homme à l'incroyance.

Dimanche prochain nous montrerons les raisons qui réellement peuvent rendre incroyant l'homme et qu'il n'a pas l'habitude de mettre en avant dans ses explications. Le plus souve'nt on met en avant une seule raison, parce qu'elle en impose aux hommes aujourd'hui, au

;

LE SYMBOLE DES APôTRES « siècle de la science ». Ce sont, disent-ils, les résultats
LE SYMBOLE DES APôTRES « siècle de la science ». Ce sont, disent-ils, les résultats

LE SYMBOLE DES APôTRES

« siècle de la science ». Ce sont, disent-ils, les résultats des recherches scientifiques qui les ont obligés à l'incroyance. La science leur a ôté, une fois arrivés à l'âge mûr, la foi qu'ils avaient, quand ils étaient encore des enfants ignorànts. Ce serait infiniment tragique, s'il en était ainsi. Si le chemin de la science, du travail scientifique de l'esprit humain croisait le chemin qui conduit vers Dieu et ne courait pas parallèlement avec lui. Quelle- tragédie, si l'on ne pouvait réaliser qu'au prix de la perte de la foi le mandat grandiose que Dieu - selon la Sainte 'Écriture - a donné à la recherche scientifique humaine

(Ecclésiaste, III,

Il).

Est-il vrai que la science rend incroyant? -

tel est

le thème difficile et important de mon sermon d'aujourd'hui. Thème difficile, car il exige des auditeurs plus de réflexion philosophique, d'attention et de raisonnement que d'autres thèmes; mais en revanche il est d'une telle importance pour l'affermissement de notre foi que l'on n'a pas le droit de passer à côté, à cause de ses parties difficiles. Pour pouvoir répondre à la question, il est nécessaire en premier lieu de recourir à un petit raisonnement philosophique et il nous faut voir dans quelles relations se trouvent réciproquement les deux trésors de l'huma- nité : la science et la foi.

L E CHEMIN

DE

L'INCROYANCE (1)

53

1

SCIENCE ET

LA

LA

,",oi

TI sera peut - être utile de commencer immédiatement

par une constatation fondamentale. Entre la science et la foi existent les mêmes relations qu'entre l'œil humain

et le télescope. Quelle que soit ma science, je n'ai que deux yeux; mais si, outre la science, j'ai aussi la foi, alors j'ai devant mes deux yeux un télescope.

La foi fortifie donc et aiguise les yeux de notre âme

comme le télescope et le microscope les yeux de notre corps. Celui qui a un puissa,nt microscope voit même dans une goutte d'eau une vie grouillante et frémissante

qui, à l'œil nu, semble silencieuse, calme, morte; celui qui a un bon télescope découvre des milliers d'étoiles dans le ciel à des endroits où l'œil nu ne voit qu'une tache vide et sombre; de même celui qui a la foi trouve une réponse à une foule de quéstions devant lesquelles la raison pure demeure dans une obscurité impuissante et ignorante.

A Munich, sur la tombe du grand astronome

Fraunhofer, on peut lire cette inscription : « Sidera approximavit », « Il a rapproché les étoiles ». C'est ainsi que la foi rapproche notre raison des saintes réalités de l'éternité, que la raison pure soupçonne sans doute et désire, mais que, sans la foi, elle est incapable d'atteindre. Tl me vient à l' es prit un épisode captivant d e l ' Qistoirc.

Ll! 54 LÉ SYMBOLE DES APÔTRES de la civilisation humaine: le jeune Colomb est debout

Ll!

54 LÉ SYMBOLE DES APÔTRES de la civilisation humaine: le jeune Colomb est debout sur
54
LÉ SYMBOLE DES APÔTRES
de la civilisation humaine: le jeune Colomb est debout
sur un rivage espagnol au bord de l'océan. Des plantes
inconnues, des algues tourbillonnent devant lui sur
les flots et ses yeux fouillent dans le lointain vers les
contrées d'où elles ont dû venir. Avec les yeux de son
corps il ne voit rien que de l'eau, mais devant les yeux
de son âme s'ouvre un immense co~tinent inconnu '
qui doit exister, malgré les rires et les moqueries de
ceux qui raillent son idée fixe. C'est ainsi que l'âme
croyante se tient sur le rivage de la vic terrestre, mais
ses yeux fouillent par delà les mers, par delà la tombe,
là où - en dépit de toutes les railleries - doit se trouver
un ~ouveau'monde immensè.
N'ai-je pas raison, mes frères, de dire que, en
dernière analyse, nous n'avons pas besoin de la science
mais de la vérité. Le principal, c'est la vérité : qu~
j'entre dans un laboratoire de chimie ou que j'entre
dans une salle de catéchisme. Opposer la science et la
foi est donc un geste déplacé. Le domaine de la science
est aussi vaste que le monde, mais il est aussi limité
que le monde. Il s'agit donc seulement de savoir si
l'on doit éteindre le flambeau de la recherche de la
' vérité aux limites de la nature visible avec ' un « igno-
ramus » résigné ou bien si l'on
peut saiBir la main que
nous tend la foi pour nous guider dans le monde
surnaturel, comme Béatrice a guidé Dante dans l'autre
monde.
La foi est une lumière et tout comme la lumière
éclaire les ténèbres, de même la foi 'éclaire les .grands
points d'interrogation de la vie. Saint Thomas de
Vi!ltmeuve emploie cette comparaison : la foi et la

CHEMIN

DE

L'INCROYANCE

(1)

55

raison sont en relations comme un maître avec son

serviteur; ils vont ensemble dans la rue, ils entrent ensemble dans le palais, ils montent ensemble l'escalier, mais le maître entre seul dans la chambre. La foi et la raison vont ensemble aussi dans les choses visibles du monde extérieur, elles montent ensemble les marches de la création. Dieu est tout-puissant - dit la foi. Moi aussi, je vois les traces d'une main puissante dans le monde - dit la raison. Dieu est infiniment sage - dit la foi. Moi aussi, je vois partout les traces de sa sagesse - dit la raison. C'est ainsi qu'elles vont .ensemble jusqu'à la chambre; mais seule la foi pénètre à l'intérieur du sanctuaire, seule la foi arrive à la contemplation de l'essence et de la majesté divines.

La raison, la science, la philosophie ne peuvent donc pas être autre chose que la préface humaine de l'Évangile divin.

Dieu donne à l'homme la foi et la raison. Comment serait-il alors possible que la raison affaiblisse la foi, contredise la foi? En aucune manière. Qu'un homme

ou un siècle croit que ses convictions scientifiques lui rendent impossible la foi, cela prouve seulement qu'il ne connaît pas à fond 'ou bien la foi ou bien la science.

Il

REND-ELLE

LA SCIENCE

INCROYANT?

11 semble cependant, mes frères, que la science moderne, surtout les sciences naturelles, soient hostiles

LE SYMBOLE DES APÔTIŒS

à la foi, à la religion. Du moins ceux qui ont perdu la foi prétextent pour la plupart que la foi de leur enfance a commencé à faiblir en eux, quand ils ont ' étudié beaucoup, quand se sont ouvertes devant eux les questions de détail de telle ou ' telle science particulière. A) Répondons donc franchement à cette question :

Est-il possible que la science affaiblisse la foi ou même la '

détruise entièrement?

.

Dans certains cas infortunés c'est possible. L'optique parle des lois d'interférence de la lumière. Elles con- sistent essentiellement dans ce fait que deux rayons lumineux se rencontrent parfois d'une-façon si curieuse et réagissent de telle manière l'un sur l'autre que non seulement ils ne donnent pas davantage de luminosité, mais au contraire s'affaiblissent mutuellement et se détruisent. La foi et la raison sont aussi deux rayons de soleil; mais elles peuvent se rencontrer dans une interférence si malheuretise que l'une affaiblit l'autre. Il fut un temps où la science rendit réellement incroyants

bien des hommes. Ce fut au début des recherches scienti-

fiques. Lorsque des inventions nouvelles se succédant jour pour jour assaillirent pour ainsi dire la raison humaine. La . pierre tombe des hauteurs suivant les mêmes lois qui font marcher les planètes, - a-t-on découvert. On peut prédire avec une précision d'une seconde l'éclipse de lune la plus prochaine. Les éléments s'associent suivant des lois rigoureuses et le nombre des chromosomes dans les cellules des individus de mêlllt! nature est toujours le même et ainsi de suite

nature est toujours le même et ainsi de suite LE CHEMIN DE L'INCROYANCE (1) 5 7

LE

CHEMIN

DE

L'INCROYANCE (1)

57

tout dans

rigoureuses. Et l'homme, en se livrant à ces recherches, a été

ébloui et une idée lui a traversé la tête comme un éclair: Ne pourrait-on pas expliquer ainsi toute la vie? Toute la vie intellectuelle a ses analogies dans la physique et la chimie. Et c'est vrai, le monde entier est là devant nous tout simplement : éclipse de lune, cours des astres, vie humaine, libre arbitre, manifes-

tout cela suit une route déter-

le

monde est 'régi par des lois et des

lois

tations de la pensée

minée d'après les lois rigoureuses

mouvement électrique, « l'âme » aussi, « la pensée D

aUSSi.

Ah 1 quel pessimisme glacial surgit de cette théorie 1 Si tout n'est que loi naturelle, matérielle, alors tout finira avec le refroidissement du soleil : le monde spirituel aussi, et alors tout effort, tout travail, toute espéranc€, tout amour, tout n'est que vaine illusion. Il fut un temps où l'homme cultivé croyait que seule lui convenait cette conception glaciale du monde.

menacèrent

la foi, lorsqu'elles firent leur premier pas sur la route

tout n'est que

C'est ainsi que les sciences naturelles

triomphale du monde moderne. B) Et savez-vous ce qui a fait fondre la glace de

ce

froid pessimisme? La même raison humaine, la

même

intelligence humaine à la suite d'une double constatation . a) D'abord on reconnut que,si nous savons beaucoup

de choses, la science ne rend cependant pas laloi superflue.

Nous savons béaucoup de choses, mais il y en a encore bien plus que nous ne savons pas et les sciences natu- relles, malgré leur immense développement, sont

LE SYMBOLE DES APÔTRES incapables de répondre précisémeht aux questions les plus importantes. Les sciences

LE SYMBOLE DES APÔTRES

incapables de répondre précisémeht aux questions les plus importantes. Les sciences naturelles ont fait réeHement de grands progrès. Elles ont totalement transformé nos idées sur le monde et notre vie journalière, elles ont détruit beaucoup. d'idées naïves de nos ancêtres. Mais si elles ont élargI le cercle de nos connaissances, el/es n'ont

pas pu rendre superflues les choses SltrtlatuTelles. Ce n'est

pas de leur compétence. Elles ont pour tâche l'étude d~s phénomènes naturels. En d'autres termes, I~s SCIences natur~lles sont des sciences physiques et non pas métaphysIques, c'est-à-dire qu'eItes ne doivent

pas

dépasser

le

terrain

des

phénomènes

visibles

~'e~plication de leur entité et de · leurs connexion~

m~Imes. Car où

cesse

la

nature,

cessent

aussi

les

SCIences exactes. Si l'on va plus loin, alors ce ne sont

plus les sciences exactes si souvent exaltées. Et si le sa~an.t constr~it un pur système philos'ophique, une theo;Ie sur DIeU, alors il devient métaphysicien. Mais ce .n est pas comme savant qu'il a un système philos o- phIque, . c'est comme homme et comme · philosophe. La SCIence rend-elle donc la foi superflue? On. doit s'inc.liner devant le travail imposant que la raIson humame a fourni et fournit encore dans l'~tudedes forces de la nature. L'homme d'aujourd'hui salt une foule de choses; mais il en ignore encore bien da.vantage. Quelle est donc la question à laquelle la s,cIence ,-,nt peut pas donner de réponse, alors que 1 homme en veut une absolument? C'est celle-ci'

d'~û,'l-'i~ntl' univers avec son activité perpétuelle et fébrile? D ou vzent la matihe primitive d'où le monde serait sorti?

vzent la matihe primitive d'où le monde serait sorti? LE CHEMIN DE L'INCROYANCE (1) 5 9

LE

CHEMIN

DE

L'INCROYANCE

(1)

59

D'où mennent les innombrables milliards d'électrons qui

- suivant les plus récentes tout le monde matériel?

Une de nos découvertes a donc été celle-ci que sur les questions décisiyes la science la plus avancée est

incapable, sans la ·foi,

b) Mais nous avons encore fait une autre constatation intéressante. Au début nous avons été éblouis par l'idée que dans l'univers entier il n'y avait pas autre chose ,que des forces naturelles aveugles et rigides, des lois d'une rigueur intangible. Mais ensuite nous avons remarqué combien nous avions eu une conception erronée de la question. Nous sommes arrivés à cette

constitueraient

théories -

de donner une réponse.

sublime vérité : l'homme est SUPérieur à la nature. -

Il lui est supérieur, parce que continuellement, grâce à sa technique, il brise la puissance apparemment inébranlable des lois naturelles. Les lois de la nature n'ont jamais produit une seule montre, pas même un pignon. -Sans doute, c'est en tenant compte des lois de la nature que tout cela - comme toute œuvre technique

-, -- a été produit, mais ce ne sont pas seulement les lois de

la nature qui les ont créés, c'est aussi une idée, la pensée qui a sans doute utilisé comme pierres de construction les lois de la nature, mais sans laquelle ces choses n'auraient jamais été mises au jour par la seule nature. L'âme est une force électrique? La pensée est un fluide électrique? Alors, pourqUoi le courant électrique qui passe dans la lampe au-dessus de cette chaire ne pense-t-il pas?

L'homme est supérieur à la nature. Depuis qu'il y a

des hommes sur la terre, ils ont toujours rêvé de voler

6 0 LE SYMBOLE DES APôTRES dans 'h les airs - , rappelez-vous . Dédale

60 LE SYMBOLE DES APôTRES

dans 'h les airs -

,

rappelez-vous . Dédale et Icare _

, maIS

omme n auraIt Jamais pns son vol, s'il n'était que p~re nature et pas davantage; car voler dans les airs n est pas dans la nature de l'homme.

l

.

Quelle est donc la vérité? C'est que Dieu a rem pl r

e mystereset ensuite y a lâché l'homme.

1

.

d

e

d

e mon

N~us sommes tous de grands enfants résolvant des é~lgmeset nous bondissons de joie, quand nous réus- sissons à résoudre telle ou telle énigme.

nI

Ln

DEMI-SAVOIR

REND

INCROYANT.

AP:ès cela nous pouvons donner une réponse à cette qu:~tlOn : Est-ce que la science et la raison conduisent à 1mcroyance ?

-

La ~aisonne conduit pas à l'inc!oyance, mais seulement

~ rauon .qui réfléchit superfidellement.

V. uc

zn altum! -

Notre foi n'a

nen ~ crall1dre de l~ raison qui scrute profondément.

dit un jour Notre-S eigneur à saint

PIerre, « Pousse au large il. Si nous descendons dans les pr~f?ndeursde la science, il n'en résultera aucun mal.

Et ICI, mes frères, je ne puis résister à la tentation de conduire les réflexions de mes auditeurs dans les

profo~deurs de q~elquesbranches de la science. Bien que,

peut-etre, . le rapide coup d'œil que je vais maintena~t d~nnersur ces branches de la science dépasse le cercle- d mtérêt de mes auditeurs, je ne veux cependant pas

LIt

OHEMIN

rm L'INCROYANClI (1)

61

laisser passer l'occasion de vous démontrer comment les profondeurs de la science chantent réellement la gloire de Dieu.

a) Voici par exemple la géologie. C'est elle surtout

qu'on croirait hostile à la religion. Or ' toutes ses recherches par lesquelles elle a découvert et démontré que l'homme n'est apparu qu'en dernier lieu sur la terre, ne sont pas autre chose qu'une longue chaîne

de preuves en faveur du récit biblique de la création. Suivons la géologie dans ses fouilles de plus en plùs profondes . et dans ses découvertes continuelles de nouveaux êtres vivants, jusqu'à la découverte finale d'un fossile dont l'organisme se distingue à peine de

jusqu'à ce qu'elle arrive

enfin dans des régions où il n'y a plus que la matière

celui d'un être anorganique

brute, morte, où il n'y a plus d'organisme. Quel vaste domaine pour l'idée religieuse! Une foule d'animaux, alors que leur chef, l'homme, n'était pas encore créé des , millions d'années, avant que la terre fut prête à

recevoir l'homme

époques antérieures à l'apparition de l'homme sur la

terre

d'horribles catastrophes aux

les époques préhistoriques avec leur silence

sépulcral; tout cela chante la gloire de Dieu. La géologie, en nous plongeant dans l'étonnement par ses décou- vertes, ne projette qu'une petite lueur sur l'éternité qui existait avant toute création; sur Dieu éternel.

b) Ce qu'est la géologie dans le temps':~l'astronomie

l'est dans l'espace'. Elle élargit nos idées sur Dieu, comme le ciel constellé d'étoiles élargit sensiblement notre âme. Si nous parlons des lois de rotation de la terre, si nous étudions les phases de la lune ou telle

LE SYMBOLE DES APÔTRES

ou telle planète ou bien si nous envisageons tout le , système stellaire, si nous observons les étoiles fixes, les étoiles doubles, les astérismes ou bien les dimensions vertigineuses des nébuleuses elliptiques d'où peut-être dans des millions d'années naîtra un nouveau système solaire; partout nous sentons l'empreinte des mains divines, .mais nulle part nous ne rencontrons une loi si petite soit-elle, qui soit inconciliable avec les conclu~ sions de la Sainte Écriture ou les dogmes de notre foi. n n'y a pas de science qui inflige un démenti à cette affirmation de Schiller: II. L'univers est une idée divine ))

(Klein. phil. Schriften, XII, 9).

Mettez-vous en marche sur la route de l'infini. Par une belle nuit d'été placez-vous à la lisière d'un bois:

La terre est plongée dans le sommeil

avec vous, il n'y a que le ciel, la nuit, le silence

Parcourez des yeux l'océan des étoiles: c'est comme \lne immense flotte aérienne. Notre terre, la lune,

Mercure, Vénus ne sont que de petites barques vacil-

lantes

où va-t-elle? Eh bien! répondez : d'où vient-elle et où va-t-elle? « Le sentiment du néant surgit de toute part ». Un sentiment mystérieux m'envahit, le souffie de l'infini me frôle. Les matelots de Christophe Colomb s'écrièrent à la vue de la première île qu'ils aperçurent:

Terre! Terre! Moi aussi je m'écrie: Ciel, ciel, D,'eu! Le

mécanisme céleste exige un mécanicien. c) Et cette autre science orgueilleuse de notre époque, la physique; est-ce qu'elle conduit à l'athéisme? « Si quelqu'un affirme l'existence d'un ordre surna- tùrel comme une réalité, les sr.Îences naturelles ne

il n'y a personne

l'escadre des astres passe fièrement. Mais

a personne l'escadre des astres passe fièrement. Mais LE CHEMIN DE L'INCROYANCE (1) peuvent le contredire

LE

CHEMIN

DE

L'INCROYANCE

(1)

peuvent le contredire », écrit Frédéric Dessauer, un des plus éminents physiciens de notre temps (Leben, Natur, Religion, p. 62). Et dans un autre passage il déclare : Nous percevons le monde physique au moyen de nos sens, des couieurs, des formes et du toucher; mais le chemin des forces est bien plus compliqué. Nous concluons à leur existence de leurs manifestations visibles. La pierre tombe, nous en concluons à la force de la pesanteur. L'aiguille de la boussole - quels que soient les mouvements que je lui imprime - n'a pas de repos, tant qu'elle n'est pas tournée vers le champ magnétique. Le champ magnétique n'est pas une chose comme une table ou une chaise que l'on voit, que l'on touche et cependant personne ne peut mettre en doute la réalité de la force magnétique terrestre.

Elle n'est pas une chose matérielle et pourtant elle existe;

elle est même d'un genre plus parfait que la table, la chaise, la maison ou la ville, car elle existait avant qu'il y ait des montagnes sur la terre et vraisembla- blement existera encore, quand nos grandes villes auront fait place à des forêts. Mais que devons-nous conclure de ce fait que ces forces invisibles existent d'une manière plus parfaite que les choses visibles? - demande encore Dessauer. Eh bien! que les concepts d'espace et de temps ne sont pas 'aussi limités que les choses matérielles. On peut dire exactement des choses matérielles quelle place elles occupent dans l'espace. Mais on ne peut pas toujours localiser les sources de forces ;' Partout où nous plaçons à la surface du sol l'aiguille de ia boussole, la force du champ magnétique la mettra

LB IlYMBOLl! DM APÔTRmi dans la direction Nord-Sud; mais si nous suivons la direction de
LB IlYMBOLl! DM APÔTRmi dans la direction Nord-Sud; mais si nous suivons la direction de

LB IlYMBOLl! DM APÔTRmi

dans la direction Nord-Sud; mais si nous suivons la direction de l'aiguille, nous n'arrivons jamais à un endroit dont on pourrait dire: c'est ici la source de

cette force. Nous ne connaissons pas le siège 'de cette force, nous ne la 'Voyons pas non plus, et pourtant elle existe.

A l'aide de ces réflexions n'est-il pas plus facile de comprendre Dieu présent partout, pénétrant tout et cependant invisible? Qu'est-ce ,qui saisit et conduit notre âme? La force magnétique saisit l'aiguille :

c'est là. Dieu saisit l'âme: c'est là. Le bien, le beau, le noble saisissent l'âme. « Je me crois autorisé - écrit littéralement Dessauer - à tirer une conclusion analogue à celle que le physicien tire de la boussole relativement à la réalité, la direction et la grandeur du champ magnétique terrestre : cette conclusion qu'il y a une réalité, en dehors de nous et indépendamment

de notre existence, qui dirige la boussole de notre âme et traverse le monde spirituel)} (SIEBERTZ, Merveilles

1e l'univers,

Voilà

II,

comment

140).

s'exprime

un

éminent

physicien

. Mais je n'ose pas entraîner davantage mes chers auditeurs dans cette voie; je crains de les avoir déjà trop fatigués. Pourtant que de choses on pourrait encore dire' sur ce sujet 1 On pourrait- montrer l'évolution de la médecine qui, il y a peu cle temps, ne voyait dans l'homme que matière, organes, chair, muscles, nerfs, jusqu'à ce qu'elle eut découvert que derrière tout cela il devait y avoir quelque chose dont l'influence sur la guérison

de notre époque.

LE CHEMIN

DE L'INCROYANCE

lI)

était appréciable : l'âme, la psyché. Et actuellement on parle de psychoses, c'est-à-dire de maladies causées dans le corps par l'âme malade et de psychothérapie c'est-à-dire du rôle de l'âme dans la guérison du corps. Je pourrais encore en appeler à la botanique où chaque brin d'herbe, chaque fleur, chaque cellule chante un Te Deum à Celui qui a planté le premier jardin, Dieu. Mais tout ce que nous venons d'entendre suffit peut-être à la démonstration de notre thèse : Il n'y a

pas de science dont un seul principe démontré soit contre la foi.

Quand on regarde le Vatican, on aperçoit trois coupoles qui se dressent vers le ciel : la première est la coupole de Saint-Pierre, les deux autres sont les coupoles de l'observatoire que Pie X a fait restaurer. Quel signe éloquent des relations fraternelles entre la foi et la science 1 Notre religion n'exige pas une foi qui condamne la science; fasse le ciel qu'il n'y ait pas de savant pour attaquer la foi 1 Que la foi et la science donnent raison au poète allemand :

La science est l'étoile

La piété est le noyau de toute science.

de

la foi.

La science convient au croyant, mais la grâce aussi convient au savant.

S'il existe donc des hommes qui ont perdu la foi, ce n'est pas la science qui leur a ravi ce grand trésor. Dans

le prochain sermon nous verrons ce qui réellement leur'

a dérobé la foi.

8ymb. d. Ap. (Introd.).

6 6 LE SYMBOLE DES APÔTRES Mes frères, lorsque le premier câble entre l'Europe et
6 6 LE SYMBOLE DES APÔTRES Mes frères, lorsque le premier câble entre l'Europe et

66 LE SYMBOLE DES APÔTRES

Mes frères, lorsque le premier câble entre l'Europe et l'Amérique fut mis en place, on se demanda long- temps quelle serait la teneur du premier télégramme qui serait envoyé à travers les profondeurs de la mer au Nouveau Monde. Finalement on en vint à l'idée

magnifique de câbler les premiers mots du cantique des anges dans la nuit de Noël : « Gloria in altissimzs Deo )), ce qui signifie non seulement « Gloire à Dieu

à Dieu

dans les profondeurs )). Hauteurs et profondeurs, montagnes et vallées,

tout dans

le monde est une louange divine pour celui qui sait descendre avec une âme sans préjugé au fond des choses. Regardons parmi les esprits les plus éminents de la science humaine, lisons les affirmations des savants les plus distingués dans n'importe quelle branche des sciences naturelles, à peine rencontrons- nous parmi eux des incroyants, mais combien davantage

d'âmes profondément religieuses. Plus s'ouvrent de merveilleuses perspectives devant le télescope, plus le microscope nous fait apercevoir les merveilles des infiniment petits, plus s'élève fortement au dedans de nous cette exclamation du grand savant Baer : « Il me semblait avoir entendu une prédication puissante; je ne savais moi-même pas pourquoi, mais je me découvris et je sentis que je devais chanter comme un Alleluia )). Alleluia! Louez le Seigneur, mes frères. Amen.

rayons de soleil et ouragans, vie et mort

au plus haut des cieux )), mais aussi « Gloire

v

LE CHEMIN DE L'INCROYANCE

(II. LES MALENTENDUS, LA

MES

FRÈRES,

VIE, LE CŒUR)

Le prophète Daniel décrit dans son Livre l'orgueil immense éprouvé par le roi de Babylone un jour que, du faîte de son palais, il promenait ses regards sur sa capitale. Les grandioses édifices, .les temples, les tours, les jardins suspendus, toutes choses que sa parole puissante avait fait sortir des sables du désert

A

la vue de ces splendeurs, son cœur s'enfla d'orgueil

et

il s'écria vers le ciel avec

une ' grande confiance en

lui-même: « N'est-ce pas là Babylone la grande, que j'ai bâtie comme résidence royale, par la puissance de ma force et pour la gloire de ma majesté? )) (Daniel,

IV, 27).

,

;

Mais à la même heure une maladie inconnue frappa

le souverain si fier ,de sa puissance: il s'écarta des

hommes, s'enfuit dans la solitude et se mit à manger

de l'herbe dans les champs à la façon d'une bête.••

68 LE SYMBOLE DES APÔTRES

Et la Sainte Écriture dit de ce roi jadis si orgueilleux

de

plumes des aigles et ses ongles comme les griffes des

oiseaux» (Daniel, IV, 30). Voilà ce qu'était devenu

l'orgueilleux et puissant roi de Babylone.

Mes frères, est-ce que certains incroyants orgueilleux d'aujourd'hui ne ressemblent pas à ce roi de Babylone? Ces hommes que la science et les magnifiques progrès de la technique ont éblouis et qui proclament en relevant la tête: Je suis le roi de Babylone. La science

est à moi. Moi, l'homme, je suis le roi de l'univers. Je bâtis les navires à vapeur, je construis des avions, je

mesure la marche des astres

n'ai pas besoin de Dieu ni de religion, la science me suffit. La science et la foi! - tel était le thème du sermon de dimanche dernier. Nous avons soulevé cette grande question : Est-il vrai que la science soit ennemie de la foi? Est-il vrai qu'actuellement seul l'ignorant puisse être un croyant? Est-il vrai que celui qui étudie beau- coup perd la foi? Et notre réponse a été celle-ci :

Non!

la

sa puissance : « Ses cheveux

poussèrent comme les

je suis la force et je

le

demi-savoir peut

éloigner

de

Dieu,

mais

vraie science ramène à Dieu. Il

y

a des

hommes qui

dès qu'ils ont un peu goûté à la science, sont aussitô~ éblouis; mais celui qui descend dans les profondeurs

de la science entend retentir à ses oreilles les sublimes accents d'un Te Deum à la gloire du Créateur. Notre foi n'a rien à craindre de la raison, de la raison se

a été la

constatation finale de notre instruction de dimanche

dernier.

livrant à de sérieuses recherches, - telle

LE

CHEMIN

DE

L'INCROYANCE (Il)

. Cependant vivent autour de nous des âmes glacées qui ont fait naufrage dans la foi. Qu'est-ce qui les a conduites dans les champs glacés de l'incroyance? Ce n'est pas la science - avons-nous constaté dans notre dernier sermon. Qu'est-ce donc alors? Qu'est-ce' qui rend .l'homme incroyant? «Qu'il est heureux celui qui a la foi 1»- c'est de cela, vous vous le rappelez, qu'il a été question dans une de nos instmctions. « Qu'il est malheureux celui qui n'a pas la foi 1 » - avons-nous dit dans une autre. Eh bien 1où se cachent donc les brigands qui voudraient nous ravir notre foi, ce trésor qui nous rend heureux?

telle est la

question soulevée dans mon sermon d'aujourd'hui. Et j'y répondrai par ces trois mots : 1. Le malentendu, 2. la vie, 3. le cœur. Voilà les trois sources de l'incroyance. Examinons-les toutes trois l'une après

l'autre.

1

Qu'est-ce qui rend l'homme incroyant? -

MALENTENDUS.

A

quoi

pensé-je

donc,

en

affirmant

qu'une

des

sources

de

l'incroyance,

de

l'ébranlement

de

la

foi

est le malentendu? a) Tout d'abord au fait

- lorsqu'~n se plaint de ne pouvoir faire accorder tel ou tel de nos dogmes de foi avec les affirmations de la

que

dans

bien des cas

science - il apparaît que le dogme c.ontesté a été tout àfait mal compris.

LE SYMBOLE DES APôTRES

Bien souvent nous voyons des gens hocher la tête à propos de l'infaillibilité du pape. Il est inadmissible ,- disent-ils - que le pape ne puisse se tromper en faisant un calcul ou ne puisse être trompé s'il faisait des achats dans un magasin. Mais quand a-t-on jamais enseigné pareille chose? . D'autres mettent en doute l'Immaculée Conception de la Vierge Marie. « Comment l'Église peut- elle enseigner que la Vierge Marie n'a pas eu de père? » Mais quahd a-t-on jamais enseigné pareille chose? Car nous célébrons une fête spéciale en l'honneur de saint Joachim et une autre eil1'honneur de sainte Anne, les parents de la Bienheureuse Vierge. D'autres encore · ne peuvent tolérer ce dogme :

« Hors de l'Église point de salut ». Comment? Tous les bouddhistes, les musulmans, les païens, quelle que

soit leur

cruel 1 » - s'exclament~ils avec indignation. Et je suis d'accord avec eux: Oui, ce serait un dogme cruel, si l'Église l'avait jamais enseigné. Mais lorsque j'arri- verai à l'explication de ce dogme, je montrerai que ce dogme doit être compris tout autrement. Mes frères, une des merveilles des cathédrales du

moyen âge ce sont les magnifiques vitraux de leurs fenêtres. Vus du dehors, cer vitraux semblent un mélange de couleurs jetées au hasard et celui qui ne les regarde que du dehors les critique facilement. Il faut ent,."" dans la cathédrale, il faut contempler du dedans et à fond les fenêtres et devant leur beauté on aura honte de ses critiques précipitées, - tout comme doit avoir honte de ses objections superficielles

bonne volonté, sont damnés? « Quel dogme

superficielles bonne volonté, sont damnés? « Quel dogme LE CHEMIN DE L'INCROYANCE (n) celui qui ne
superficielles bonne volonté, sont damnés? « Quel dogme LE CHEMIN DE L'INCROYANCE (n) celui qui ne

LE CHEMIN

DE

L'INCROYANCE

(n)

celui qui ne connaît pas sa foi plus à fond, de plus près, « du dedans ». b) Il Y en a d'autres dont la foi est obscurcie par les pages l'ombres de ['histoire de l'Église et est ébranlée par les imperfections humaines qui apparaissent ici et là dans la vie de l'Église. Combien de malentendus seraient dissipés, si l'on n'oubliait pas que l'Église a non seulement un côté divin, mais aussi un côté humain, que c'est Dieu qui a fondé l'Église, mais qu'il l'a confiée à des hommes, or qui ne sait que le travail de l'homme n'est jamais un travail parfait? Quand un médecin lui-même tombe malade, vais-je dire que j'ai perdu confiance dans la médecine? Et si au cours de deux mille ans notre Église a eu quelques maladies, puis-je dirè que j'ai perdu la foi en l'Église? Il est vrai que l'Histoire de l'Église a ses pages sombres, - mais que sont-elles à côté des volumes entiers de pages resplendissantes? Et celui qui parle avec une joie maligne du pape Alexandre VI, je lui demande de mettre dans l'autre plateau de la balance n'importe lequel des grands papes : Léon l, Gré- .

goire VII, Innocent III

penche la balance. Seul peut se scandaliser des quelques pages sombres de l'histoire millénaire de l'Église, celui qui oublie que dans tous les autres domaines de l'existence l'idéal reste encore bien plus loin de la

et il verra de quel côté

réalité et que c'est uJle tâche surhumaine que d'élever même d'un degré vers le bien moral la nature humaine infectée par le péché originel. c) En avons-nous fini avec les malentendus?

LE SYMBOLE DFS APÔTRES

Non 1 Il Y a encore une autre source récente et abon- dante : la critique superficielle. Lorsque paraît une prescription ou une loi de notre sainte religion, - comme l'homme moderne se révolte facilement, comme il la critique à la légère et affaiblit ainsi sa foi et sa vie religieuse 1 Je me contenterai d'évoquer un cas typique. Dans ces dernières années, les chefs de notre religion catholique, les . évêques, aperçurent partout dans le monde la nécessité d'avertir les fidèles du danger mortel des bains de plage pris en commun. Bien entendu, ils n'avaient élevé aucune objection contre l'usage hygié- nique, rafraîchissant et nécessaire du soleil et de l'eau~ Je n'ai pas besoin d'insister spécialement sur ce point. Mais ils ne pouvaient laisser passer sans mot dire tout ce qui se passe, sous prétexte de bains de soleil et de cure, au cours de ces baignades entre hommes et femmes entassés dans un petit bassin de quelques mètres - non, ils ne pouvaient laisser passer cela, Bans mot dire

indignation 1 « Comme la religion

catholique est retardataire 1 Comme elle soupçonne les hommes de péché 1 Ce n'est pas pour faire des péchés, ce n'est pas pour flirter, ce n'est pas par frivolité que nous allons sur les plages. Nous avons

besoin de soleil, d'~r et d'eau pure, et si la religion

D - c'est encore beau qu'ils

s'en occupe, alors

n'aient pas quitté le catholicisme à cause de cela. Oui, c'est ainsi que certains s'indignent et se révoltent. Mais que se passa-t-il l'été dernier? .

Mais alors quelle

Il se passa qu'à Beuel, une plage des bords du Rhin,

Il se passa qu'à Beuel, une plage des bords du Rhin, LE CHEMIN DE L'INCROYANCE (II)
Il se passa qu'à Beuel, une plage des bords du Rhin, LE CHEMIN DE L'INCROYANCE (II)

LE CHEMIN

DE L'INCROYANCE (II)

73

où chaque jour se baignaient un millier de baigneurs, la municipalité fit installer un bain spécial pour les hommes et un autre pour les femmes. Ceci se passait à la tin de juillet. Or en septerpbre le maire put faire la constatation suivante : depuis la fin de juillet, c'est-à-dire depuis la promulgation de cette ordon- nance, jusqu'au début de septembre, les taxes sur les baigneurs furent de 600 marks, c'est-à-dire autant que l'on percevait en un seul jour avant l'ordonnance sur les bains. Et pourquoi? Parce que le nombre des baigneurs s'élevait à mille par jour à l'époque des bains de plage en commun, tandis qu'après l'ordonnance il n'était plus que de vingt-sept par jour, il y eut même des journées où il n'y avait que dix baigneurs, or - et maintenant on voit combien les évêques avaient raison - c'étaient justement les jours les plus 'chauds, les jours où l'air était aussi sain, les bains de soleil aussi hygiéniques et l'eau aussi attrayante qu'auparavant. Mes frères, qui a raison? Que de fois se produisent des cas semblables 1 Que de fois des préjugés, des malentendus viennent troubler la foi des gens, le calme de leur vie chrétienne 1 Comme si la plante précieuse de la foi n'avait pas

les malentendus,

déjà assez d'ennemis 1 Les préjugés,

les jugements hâtifs ne peuvent être évités que par la bonne volonté, mais l'effet déprimant, nuisible des expériences de la vie sur la foi n'est pas aussi facile

à faire disparaître et à empêcher.

74 LE SYMBOLE DES APÔTRES

II

7 4 LE SYMBOLE DES APÔTRES II LA VIE. Et nous arrivons à la seconde source

LA VIE.

Et nous arrivons à la seconde source de dangers qUi menace notre foi. C'est la vie actuelle, la vie moderne destructrice de l'idéal, la vie moderne avec ses luttes pour le pain quotidien qui fait courber la tête vers la terre et apprend à serrer les poings. Nous arrivons maintenant à l'une des causes principales de l'in- croyance, ou plutôt de la perte de la foi. Quelle est-elle

donc?

Dites-moi, mes frères, n'est-elle pas exacte la consta- tation que je fais maintenant: Une grande partie de ceux que l'on nomme incroyants ne sont pas des « incroyants » (au sens qu'ils ont renié leur religion);

mais ils n'ont pas le temps d'avoir la foi, d'avoir de la

religion, d'avoir des aspirations spirituelles élevées, car leur profession, l'usine, le bureau, le magasin, .l'atelier, le souci du pain quotidien ont étouffé en eux toute envolée, tout effort vers une vie spirituelle plus haute. Notre-Seigneur Jésus-Christ circllie aujourd'hui encore parmi nous, mais - malheureusement - beaucoup d'hommes n'ont pas le temps d'écouter sa voix. Le Seigneur parle dans les familles, mais l~homme s'esquive : .« Je vous en prie, laissez-moi tranquille, j'ai déjà tan't de soucis ». Et la femme déclare de son côté: « Je n'ai pas le temps, j'ai beaucoup' d'ouvrage ». .Il parle à la foule qui envahit les rues ct chacun Le

La pénible

lutte

pour

la

vie

de

chaque

jour.

ct chacun Le La pénible lutte pour la vie de chaque jour. LE CHEMIN DE L'INCROYANCE

LE

CHEMIN

DE

L'INCROYANCE (II)

75

repousse: Je n'ai pas le temps. Le Christ veut parler dans les- parlements, mais les députés lui refusent la parole: Nous avons tant à faire. Qu'il se présente dans les palais ou dans les taudis, dans les dancings ou dans les quartiers pauvres, nulle part on ne l'écoute: chez les uns à cause du misérable pain quotidien, chez les autres à cauSe de la soif des jouissances. Nous avons tant à faire. 'Et tandis que l'âme souffre de plus en plus de la . faim au milieu des plaisirs, la foi faiblit de plus en plus; d'un autre côté dans la société notre foi est exposée constamment à des c::oups d'épingle plus ou moins profonds, peut-on alors s'étonner si chez l'homme moderne la foi vivante de son enfance finit facilement par s'atrophier? Voyez seulement les ravages que la société actuelle à l'âme glacée cause dans le jardin fleuri d'une jeune

âme, lorsque l'adolescent entre dans le monde des grandes personnes.

Quel passage vertigineux doit franchir une jeune âme entre le collège et l'université 1 Les yeux du petit collégien sont le plus souvent dirigés vers le ciel, ceux de l'étudiant sont glissés vers la terre et finalement y restent attachés. Le collégien rêve, l'étudiant observe. Le collégien vit dans l'idéal, l'étudiant critique. Il mord à belles dents dans le fruit de l'arbre de la science, mais dans une seule direction; il se spécialise dans les questions médicinales, scienti- fiques, .philologiques ou juridiques, - mais sur le terrain religieux il reste ce qu'il était en première. Si du moins il en restait là 1 Mais il n'y reste pas : il

LE SYMBOLE DES APÔTRES

commence à dépérir. Derrière ses principes religieux et ce qui en dépend, derrière les idées morales - où auparavant de sérieux points d'exclamation se dressaient vers le ciel avec une solidité imposante - maintenant de plus en plus souvent d'opportunistes points d'inter- rogation courbent son dos. Et déçu au sujet des hommes, des institutions et du monde, il devient un froid « politicien réaliste ».

Et au dedans

de lui surgit cette question : .Qui a

raison? Est-ce la foi que j'ai gardée jusqu;à présent avec un tel respect en moi-même, mais à l'égard de laquelle - comme je le vois - les grandes personnes sont devenues infidèles? Est-ce mon père qui a raison, lui qui aujourd'hui encore du matin au soir par un travail opiniâtre remplit son devoir? Est-ce ma mère qui est restée désuète, alors que le monde a changé autour d'elle? Ont-ils raison mes camarades qui ne sont pas aux prises avec des soucis de conscience, mais jouissent de la vie? A-t-elle raison mon Église qui ose aujourd'hui encore prêcher le vieil évangile? Ont-ils raison les idéalistes qui voudraient briser l'enfer? Ou bien les réalistes pour qui le monde entier n'est que calorie, cheval-vapeur, ampère, volt, record et instinct? Ont-ils raison les doutes qui me rongent? Les démons qui au dedans de moi ouvrent leurs gueules affamées? Ah 1mes frères, dans quelles tempêtes se trouve cette

pauvre jeune âmell Combien pourraient écrire ce que m'écrivait dernière- ment un de mes auditeurs :

« C'est l'âme grande ouverte que j'écoute vos paroles, moi un de ceux qui ne doutent pas des vérités de foi

moi un de ceux qui ne doutent pas des vérités de foi LB CHEMIN DE L'INCROYANCE
moi un de ceux qui ne doutent pas des vérités de foi LB CHEMIN DE L'INCROYANCE

LB

CHEMIN

DE

L'INCROYANCE

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,de notre sainte Mère l'Église, un de ceux qui, épuisés par les luttes de la vie, se fatiguent à résoudre les problèmes qui doivent libérer leur âme, pour que l'existence ne soit pas si pénible et que dans tous les combats de la vie ils tiennent leur place avec une conviction réconfortante grâce à ce mot : Je' crois. J'ai grandi en enfant fidèle de l'Église catholique romaine et je connais et je garde anxieusement dans mon âme les trésors de ma religion, mais sont venus les combats de l'âge adulte, les sourires de ceux qui doutent, les coups d'épingles du dehors, la vue de bien des choses superficielles dans l'âme de mes camarades qui ont rempli parfois mon âme de senti- ments tristes et de lassitude. Mais je n'ai jamais voulu perdre courage et ne le veux pas maintenant non plus ». Quelle douleur, quel combat honorable dans ces lignes 1 Tel est donc le second ennemi de la foi : les soucis et les expériences de la vie. Mais l'orage devient un ouragan, le danger devient un péril mortel, quand, à côté de ces ennemis de la foi, à côté des malentendus et des problèmes de la vie vient prendre place le troisième et le plus dangereux ennemi de la foi : le monde indompté des passions et des instincts: le cœur.

LE

III

CŒUR.

S'il Y a dans une place forte des traîtres qui pactisent avec les assaillants, cette place forte tombera facilement.

LE SYMBOLE DES APÔTRES Les doutes contre la foi s'emparent facilement de la raison humaine,
LE SYMBOLE DES APÔTRES Les doutes contre la foi s'emparent facilement de la raison humaine,

LE SYMBOLE DES APÔTRES

Les doutes contre la foi s'emparent facilement de la raison humaine, parce qu'ils trouvent de puissants auxiliaires à l'intérieur de la place. Quels sont ces auxiliaires félons? Les passiOns Rappelez-vous une scène émouvante de la vie de Notre-Seigneur: sa tentation par le démon. Celui-ci conduit Jésus sur une haute montagne et fait défiler devant ses yeux toutes les richesses et magnificences du monde et en échange ne lui demande qu'une seule chose: {( ' Je te donnerai tout cela, si, tombant à mes pieds, tu m'adores » (Saint Matthieu, IV, 8). Et depuis ce jour où le démon voulut amener Notre-Seigneur au péché, que de fois a retenti à l'oreille de l'homme la même parole séductrice 1 « Il lui montra tous les royaumes du monde, 'avec leur gloire )J. Regarde:

que de plaisirs! Regarde : que de distractions 1 Toutes les joies et toutes les délices du monde sont à toi et à un seul prix: tombe à mes pieds, éloigne-toi de Dieu, de ta re.1igion, de ta .foi. Hélas! quelle blessure brûlante nous touchons à . présent chez l'homme qui n'a pas la foi. Chez les hommes qui ont été amenés à l'incroyance - non pas par la science ni par la raison - mais par leur cœur, leur vie immorale. Qui ont été amenés à l'incroyance par cé funeste et démoniaque mensonge : Tous les plaisirs du monde seront à toi. Quel mensonge 1 quelle déception 1 Infâme séducteur, pourquoi n'en dis-tu pas davan- tage? Car si tu voulais dire la vérité, tu serais obligé d'ajouter: Toutes les jouissances du monde seront. à toi, - mais aussi la sécheresse du cœur. Toutes les

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voluptés de la nuit ~eront à toi, - mais aussi un. orga- nisme ruiné. Tous les jardins de roses seront à toi, -

et vicié. Le monde sera

à toi, -.: mais ton âme pleurera dans le silence de la nuit. Que sert à l'homme de gagner l'univers, s'il vient à '

perdre son âme? Maintenant nous sommes à la source véritable et féconde de l'incroyance. Si une passion pécheresse obscurcit votre âme, ne vous plaignez pas de ne pas apercevoir Dieu. Cela n'est pas possible. Dans une glace ternie vous ne verriez pas non plus votre visage. Si un marais infect s'est installé dans votre cœur, ne vous plaignez pas que votre foi soit étouffée: car des exhalaisons méphi- tiques montent sans cesse de votre cœur bourbeux jusqu'à votre raison. VOl,lS avez perdu la foi, vous êtes incroyant? Dites- moi, quelle est votre vie'? Car personne ne renie Dieu, sinon celui qui a intérêt à ce qu'il n'y ait pas de Dieu. Personne ne nie les principes les plus difficiles de la ,physique. Pourtant il y a dans la physique moderne une foule de principes 'inconcevables, incompréhen- sibles qui dépassent notre imagination. Et personne ne 'les nie, bien qu'on ne les comprenne pas. On ne les nie pas, parce qu'ils ne gênent personne, parce qu'ils ne touchent que la raison et non pas le cœur, les senti- mentset l'existence. Bien des hommes accepteraient aussi volontiers et aisément les dogmes chrétiens, s'il n'y était question que de la nuit de Noël, de Bethléem, des anges, de poésie, de charme et d'attendrissement. Mais quand

mais aussi un . sang corrompu

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ils entendent aussi parler des sérieuses obligations de la vie morale, ils font comme le gouverneur l'ornaiT). Félix avec saint Paul dont il avait jusqu'alors écouté volontiers les prédications. « Mais saint Paul, en étant venu à parler de justice, de pureté et du jugement à venir, Félix effrayé lui dit: Pour le moment, retire-toi; je te rappellerai à la première occasion Il (Actes, XXIV, 25). Mais il ne le rappela jamais. Oui, regardez cette dame du monde: elle ne s'est jamais livrée à un travail sérieux, son livre de prières, c'est la revue théâtrale illustrée de chaque semaine, son église, c'est l'établissement de plaisirs, elle ne sait que flirter, faire des visites, prendre le thé, donner des rendez-vous, - la foi peut-elle exister dans ces condi- tions de vie? Voyez cet homme dont l'argent sort de ses dix doigts, mais dont les mains ne sont plus pures et qui a depuis longtemps franchi les limites de l'hon- nêteté, - la foi peut-elle exister dans une vie pareille? Regardez ce jeune homme qui l'ourt de lieu de plaisirs en lieu de plaisirs et gaspille ses années de jeunesse,

- la foi peut-elle exister avec une vie pareille? Certainement, mes frères, c'est notre cœur qui tue

en nous la foi et non pas notre intelligence. L'incroyant n'est pas malade de la tête, mais du cœur. Ne pourrait-il pas arriver aujourd'hui encore pour bien des hommes ce qui arriva à Chateaubriand, dans le salon d'un des

du siècle dernier? Les

invités étaient en grande partie des savants et des

plus grands'· écrivains français

artistes incroyants

comme c'est très souvent le cas chez les incroyants -

et on affirma qu'actuellement un homme cultivé ne

on en vint à parle! de religion -

un homme cultivé ne on en vint à parle! de religion - LE CHEMIN DE L'INCROYANCE
un homme cultivé ne on en vint à parle! de religion - LE CHEMIN DE L'INCROYANCE

LE

CHEMIN

DE

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pouvait pas être croyant. Alors Chateaubriand se leva et dit : « Messieurs, la main sur la conscience, ne 'seriez-vous pas croyants, si vous pouviez mener une vie chaste? » Combien d'incroyants pourraient aujourd'hui encore poser cette question! Et combien d'incroyants - s'ils voulaient parler avec sincérité - pourraient répéter ce qu'un Indien disait à un missionnaire: « Tu nous parles sans cesse d'un Dieu qui voit tout; mais nous n'avons pas besoin d'un pareil Dieu Il. Que d'incroyants n'ont pas la foi, parce qu' «ils n'ont pas besoin» d'un Dieu qui connaît les coins secrets de leur cœur.

" Aussi quand j'entends les objections et les critiques

d'hommes à la foi chancelante: « Sans doute, il faut de la religion, il faut la foi, mais le christianisme est si arriéré, retardataire, désuet, ses lois auraient besoin d'être réformées 1) - je ne puis m'empêcher de me rappeler Je cas d'un petit épicier.

Il s'agit d'un petit épicier et aubergiste de village

à qui tout à coup le vin fit défaut. temps de changer de vêtement, il

voiture avec ses habits de tous les jours sales et graisseux et se rendit chez le premier marchand de vin de la ville

voisine, pour acheter une nouvelle provision. Il se mit à goûter les vins qu'on lui présenta - mais ne fut satisfait d'aucun.

un

Sans prendre le monta dans sa

- Le vin est bon

oui

il

est bon

mais il

a

goût. Il a un goût singulier. Le grand négociant lui donna finalement de son , vin le plus fin. Mais en vain. La réponse était toujours:

« Sans doute, le vin est bon

mais il a un certain goût