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Revue d'histoire de la pharmacie

Le pendule et le mortier. De quelques pharmaciens radiesthésistes


et de Gabriel Lesourd en particulier
Thierry Lefebvre

Abstract
The pendulum and the mortar. Gabriel Lesourd and others pharmacists deviners.
At the beginning of 1930's, french doctors and pharmacists were numerous to practise dowsing. Some adhered to the «
Association des amis de la radiesthésie ». It was in particular the case of Gabriel Lesourd (1890-1976), owner of the famous «
Tisane du Curé de Deuil ».

Résumé
Au début des années 1930, les médecins et pharmaciens français furent nombreux à pratiquer la radiesthésie. Plusieurs
adhérèrent à l'Association des amis de la radiesthésie. Ce fut en particulier le cas de Gabriel Lesourd (1890-1976), propriétaire
de la célèbre Tisane du Curé de Deuil.

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Lefebvre Thierry. Le pendule et le mortier. De quelques pharmaciens radiesthésistes et de Gabriel Lesourd en particulier. In:
Revue d'histoire de la pharmacie, 92ᵉ année, n°344, 2004. pp. 527-544.

doi : 10.3406/pharm.2004.5713

http://www.persee.fr/doc/pharm_0035-2349_2004_num_92_344_5713

Document généré le 07/01/2016


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Le pendule et le mortier

De quelques pharmaciens radiesthésistes É


T
et de Gabriel Lesourd en particulier 1 U
D
par Thierry Lefebvre * E

Longtemps 1' « art du sourcier » s'est uniquement appliqué aux


explorations hydrologiques et minéralogiques. La baguette de coudrier puis le
pendule ont séduit tour à tour les particuliers en quête d'eau potable, puis
les industriels lancés dans la prospection de matières premières.
L'un des premiers, Eugène Chevreul a attribué les girations du pendule à des
mouvements infimes et involontaires du « pendulisant ». Explication qui,
curieusement, sembla satisfaire tant les défenseurs que
les opposants à la méthode. Les « pendulisants »
et autres « baguettisants » s'en trouvèrent
confortés et attribuèrent à leur hypersensibilité les
mouvements réflexes imperceptibles qu'ils
communiquaient ensuite à leurs instruments.
Les premières applications de la « sourcelle-
rie » à la médecine humaine et à l'art vétérinaire
remontent au début du XXe siècle et semblent
avoir été d'abord le fait de religieux. L'abbé
Alexis Mermet (1866-1937), recteur de la
chapel e de Sainte-Madeleine, à Jussy près de Genève,
fut une figure pionnière. Il revendiquait, dans sa
Méthode de radiesthésie, parue dans les années
1930, la paternité du « diagnostic radiesthé-
sique » : « Il y a plus de trente ans, vers 1905-
1906, l'idée me vint un jour qu'il devait être
possible d'utiliser le pendule comme auxiliaire de la Alexis Mermet.

* UF CCI, Université Paris 7, 2 place Jussieu, 75251 Paris cedex 05


REVUE D'HISTOIRE DE LA PHARMACIE, LU, N° 344, 4e TRIM. 2004, 527-544.
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médecine. Je me mis à l'uvre, observant les radiations du corps humain et des


divers organes. Je n'eus pas de peine à m' apercevoir que les organes malades ne
donnaient plus le même chiffre de radiations que les organes sains. J'avais
trouvé, j'avais créé le diagnostic pendulaire ! Et depuis lors, d'observations en
observations, dans des cliniques, dans des infirmeries, comme auxiliaires des
médecins, de vétérinaires, d'herboristes, j'ai pu établir des règles qui sont
devenues le fondement du diagnostic radiesthésique. J'ai enseigné la science du
pendule à des médecins, à des vétérinaires et des pharmaciens, etc., qui se mirent à
pratiquer avec succès. 2 »
Un peu plus loin, l'abbé précisait son mode opératoire :

« Pour examiner un malade, on déplace le pendule tout autour du corps, à une


distance de 15 à 20 centimètres. Dès qu'il passe en face d'un organe malade, il subit
une répulsion, il s'écarte du corps en traçant dans l'air, dans un plan vertical, une
boucle qui vient se fermer sur le point malade ; et cette boucle est d'autant plus
développée que l'organe est plus atteint. Pour localiser le point malade, il faut
établir sa profondeur dans l'organisme. À cet effet, on place l'index de la main
gauche à l'endroit au-dessous duquel se trouve l'organe malade ; puis, on
accorde sa réceptivité en choisissant comme unité de mesure le centimètre ou le
millimètre. Le nombre d'oscillations du pendule correspond à la profondeur du foyer
malade, calculée en centimètres ou en millimètres. Le pendule est en mesure de
rendre au médecin d'autres services encore : il permet de découvrir des maladies
alors qu'elles sont en formation ou qu'elles existent à l'état latent, et cela
longtemps avant que le diagnostic ordinaire puisse en connaître les symptômes.
En outre, il est d'une grande utilité pour la sélection des remèdes. Plaçons le
pendule entre un organe malade et un remède : si le remède est très bon, le pendule
fait des rotations en sens direct ; s'il est bon, il oscille plus ou moins fort entre
l'organe et le remède ; il reste immobile si le remède est neutre, et si le remède
est mauvais, il tourne dans le sens indirect. 3 »

Insistons sur le fait que les notions de « sens direct » ou « indirect » sont tout
à fait subjectives : libre en effet à chaque pendulisant d'opter pour son propre
« sens direct » (soit le sens des aiguilles d'une montre, soit l'inverse).
Une autre figure emblématique fut celle de Benoît Padey (1859-1934), plus
connu sous le nom de Frère Francisque, membre de la confrérie de la Sainte-
Famille de Belley. Sourcier depuis 1902, auteur d'un ouvrage intitulé Les Secrets
de la baguette (aux théories, il faut bien le dire, quelque peu fumeuses), il
s'intéressa également aux « radiations humaines » et se lança dans la phytothérapie.
En 1929, il fît paraître un petit opuscule, Le Médecin du pauvre, du colon, du
missionnaire, où étaient collectées de nombreuses recettes composées avec des
plantes et formulées au moyen des indications de la baguette.
LE PENDULE ET LE MORTIER 529

Autre pionnier de renom : l'abbé Alexis


Timothée Bouly (1865-1958). Cet as de la
baguette allait acquérir une célébrité nationale
et même internationale dans les années 1920-
1930, en réalisant d'innombrables prouesses
qui émerveillèrent ses contemporains. Curé
d'Hardelot-Plage, il était considéré comme un
thaumaturge, et l'arrêt d'autobus qui desservait
son presbytère avait été rebaptisé très signifîca-
tivement « l'arrêt des tisanes » 4...
N'oublions pas également le père franciscain
Jean-Louis Bourdoux
(1876-1963). Ce natif
L'abbé Alexis Timothée Bouly. d'Ussel exerça de
1905 à 1921 dans la
région de Poconé au Mato Grosso. J.-L. Bourdoux fut
l'auteur de Notions pratiques de radiesthésie pour les
missionnaires, plusieurs fois réédité, dans lequel il
exposait le principe de la « syntonisation
thérapeutique ».
Suivons-le dans son raisonnement : « En
mélangeant ces trois plantes, ne vais-je pas avoir une
formule meilleure que chacune d'elles ? Ce n'est pas sûr.
Certaines plantes fortifient leur activité en s'unissant
tandis que d'autres s'affaiblissent ou se neutralisent
complètement, si même elles ne produisent pas un Jean-Louis Bourdoux.
effet contraire. Comment savoir si elles peuvent ou
non s'unir ? Le moyen le plus simple mais non le plus rapide ni le plus
économique serait de faire le mélange et de l'étudier au pendule en le faisant passer
devant les trente photos de malades 5. C'est long, et si, en fin de compte, le
mélange est malheureux, on a perdu son temps et ses plantes. J'imaginai alors
d'établir les relations que les plantes avaient entre elles, si elles s'attiraient ou se
repoussaient, ou si elles étaient indifférentes. J'eus recours au procédé que
voici : je mis deux échantillons sur un même plan et à petite distance l'un de
l'autre. Entre les deux, je fis descendre mon pendule. Selon qu'il oscillait en B
ou en M 6, je comprenais que le mélange des plantes serait bon ou mauvais. 7 »
De retour en France, le père Bourdoux perfectionna ses dilutions
homéopathiques de plantes amazoniennes au moyen de son pendule. La marque Poconéol
fut déposée le 3 juin 1935 au tribunal de commerce d'Albi. Les Poconeols sont
toujours exploités de nos jours par les laboratoires pharmaceutiques « Plantes &
Médecines », filiale du laboratoire Pierre Fabre.
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La radiesthésie, une nouvelle science ?

Mais les serviteurs de Dieu ne furent pas les seuls à s'intéresser à la


radiesthésie médicale. Les médecins et les pharmaciens s'en emparèrent aussi dès le
début des années 1930, séduits par les promesses de ce qui se revendiquait alors
comme une nouvelle science.
Le mot « radiesthésie » ne l'oublions pas était de conception assez
récente. Il semble avoir été prononcé pour la première fois par l'abbé Bouly
durant l'automne 1926 8. Le 29 octobre, revenant d'une prospection autour de la
mine de plomb auro-argentifère de Villevieille dans le Puy-de-Dôme 9, le curé
d'Hardelot fut interviewé par Géo London, le célèbre reporter du quotidien
parisien Le Journal. C'est à cette occasion qu'il prononça pour la première fois ce
mot qu'il aurait imaginé, quelque temps plus tôt, avec le concours du chanoine
Louis Bayard, doyen de la Faculté libre des lettres de Lille 10.
Le choix de ce néologisme à la tournure savante fit verser brutalement l'art du
sourcier dans l'univers scientifique, même si cela n'en concernait que la marge.
« Radiesthésie » n'était d'ailleurs pas sans évoquer le mot « cryptesthésie »,
imaginé quelques années plus tôt par le
prix Nobel Charles Richet n.
En 1929 fut créée l'Association des
amis de la radiesthésie (AAR). Le
comité d'honneur faisait la part belle
aux scientifiques de grand renom :
Edouard Branly, Arsène d'Arsonval,
Foveau de Courmelles, Armand Viré,
Georges Claude, Georges Lakhovsky
et quelques autres, sans oublier bien
sûr les abbés Bouly et Mermet et le
frère Padey. Dès le début des années
1930, l'Association édita un mensuel,
le Bulletin de l'Association des amis de
la radiesthésie, qui s'ouvrait largement
aux communications à teneur
scientifique.
Durant les premières années, des
milliers de personnes adhérèrent à
l'AAR, et parmi elles probablement
plus d'une centaine de médecins et de
pharmaciens. Dès le milieu des années
1930, une « section médicale »,
réunissant essentiellement des Fran-
LE PENDULE ET LE MORTIER 53 1

ciliens, fut même montée au sein de l'association. Elle était composée des
doctoresses M.-L. Vouaux, A. Besson, des docteurs Foveau de Courmelles,
Ch. Vaysse, G. Maynier, Ph. Czaczkes, P. Caillard, Levêque, G. Aveline, des
pharmaciens Batailler, J. Cribier, L. É. Maupy, L. G. Rodillon, G. Lesourd et du
chirurgien-dentiste Couriaux.
Parmi les médecins 12, citons en tout premier lieu le EK Jules Regnault, ancien
professeur à l'Ecole navale de Toulon et directeur de la revue Côte d'Azur médical.
Regnault avait introduit en France les théories originales du médecin américain
Albert Abrams, fondateur de la spondylothérapie (ou réflexotherapie) et promoteur
très contesté du diagnostic électronique du sang et de l'urine (au moyen d'un
appareil baptisé « Oscilloclast »).
Le Dr Albert Leprince, également membre de l'AAR, avait été l'un des
premiers à pratiquer la réflexotherapie en France. Inventeur du « chromodiagnostic »
(ou diagnostic par les couleurs), il signa plusieurs ouvrages consacrés à la
radiesthésie médicale : Pendule et médecins. Sourciers et malades (Paris, Amédée
Legrand, 1933) et Radiesthésie médicale. Applications de l'art du sourcier à la
médecine humaine (Paris, Librairie A. Legrand, 1936). Signalons également le
Dr Alfred Roux, médecin à Vichy : il publia vers 1938 un livre intitulé Autour de
la radiesthésie (Vichy, chez l'auteur, s.d.).
Les pharmaciens furent également nombreux à adhérer à l'AAR. Citons par
exemple : P.-L. Pipault (diplômé en 1892) exerçant à Coulommiers ; Théodore
Olivain (1907) de Louhans ; Gabriel Moreau (1907) de Paris ; Léon Leclère (1894)
de Cormeilles-en-Parisis ; Jean Teynié (1928) de Bordeaux ; Damien Richelmi
(1892) de Puget-Théniers ; Jean A. Fabre (1923) de Port-de-Bouc ; Georges
Guédard (1927) de Montmirail ; F. Saint-Laurens 13 (1898) de Pau ; Dubs (1899)
de Boulogne-sur-Mer ; L. Jousseaume (1904) de Bournezeau ; etc. D'autres noms
sont également apparus au gré de nos lectures : Edouard Kingler (Metz), Jean
Cribier (Orléans), Emile Roux (Paris), L. G. Rodillon (Paris), Legrand (?), Batailler
(« confrère colonial »), J. Raton (?), Canat (?), Laurençon (?), Mercier (?),
Laubuf (?), etc. De plus amples recherches s'imposent à l'évidence.
Quatre pharmaciens nous intéressent tout particulièrement.
Tout d'abord Gédéon Meillère 14, pharmacien des hôpitaux (il exerça à l'Hôpital
du Midi, à Tenon, à Necker, à la Pitié et à Laennec), docteur en médecine et membre
de l'Académie de médecine et de la Société de pharmacie 15. Il s'intéressa tout
particulièrement aux applications de la radiesthésie à la chimie analytique 16.
Autre personnalité notable : Louis Eugène Maupy, diplômé en 1920 et
exerçant 28 rue Vignon, dans le VIIIe arrondissement de Paris. Louis Maupy était
depuis 1928 le pharmacien titulaire de la marque de spécialité « Abbé
Chaupitre » 17. Il était associé dans cette entreprise au Dr Emmanuel Porteu de la
Morandière, dont tout nous porte à croire qu'il était lui aussi non seulement
homéopathe mais aussi radiesthésiste 18.
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Illustration non autorisée à la diffusion

Gabriel Lesourd.
Coll. M.-P. Vellutini (et photographies suivantes de Lesourd)
LE PENDULE ET LE MORTIER 533

Signalons également A. Soulier, pharmacien-biologiste diplômé en 1901,


exerçant au Puy. Il était l'auteur d'un curieux ouvrage intitulé Spécification des
toxines de la tuberculose et du cancer, paru chez Vigot en 1932. Il y proposait,
avec beaucoup de conviction, une technique d'analyse radiesthésique des «
indosés » de l'urine, qui n'était pas sans évoquer, le clinquant électronique en moins,
le diagnostic à l'Oscilloclast du Dr Abrams.

Gabriel Lesourd, pharmacien et radiesthésiste

La personnalité la plus marquante fut néanmoins Gabriel Lesourd (1890-


1976). Né à Villedieu-sur-Indre dans le Berry, diplômé de l'École de pharmacie
de Paris, il s'installa en 1913 à Chauvigny dans la Vienne. Douze ans plus tard,
ayant sans doute accumulé un petit pécule, il reprit la Grande Pharmacie du Nord
d'Achille-Marie Duvergier, située 43 rue Simart dans le XVIIP arrondissement
parisien. Par la même occasion, il devint locataire de plusieurs spécialités
pharmaceutiques, dont la « Tisane du Curé de Deuil » (sur laquelle nous reviendrons
dans un prochain article).
Selon le témoignage de Marcel Trauet
publié en 1976 dans le Bulletin de
l'Association des amis de la radiesthésie,
ses débuts dans la radiesthésie auraient été
accidentels : « Comment était-il venu à la
radiesthésie ? Par plusieurs voies sans
doute. Comme beaucoup d'entre nous, il
fut d'abord sceptique. La première
révélation de ses possibilités eut probablement
lieu au cours d'une soirée, dans un petit
cercle familier où chacun s'exerçait avec
une montre au bout d'une chaîne [...]. Au
bout des doigts de G. Lesourd, le pendule
régissait avec vigueur. 19 »
Dès 1935, ce pharmacien passionné
rentrait au conseil d'administration de
l'AAR.
Gabriel Lesourd publia deux ouvrages
très curieux : Méthode radiesthésique de
recherche des maladies et imprégnations
microbiennes (1934) et Vie, maladies,
radiations (1936).
Dans Méthode radiesthésique [...], que
le Dr Albert Leprince préfaça, il affirmait
534 REVUE D'HISTOIRE DE LA PHARMACIE

haut et fort ses convictions : « Tout, dans la nature, émet des radiations :
lumineuses, nos yeux les discernent ; sonores, nos oreilles les entendent ; odorantes,
nos narines les acceptent avec plaisir ou les repoussent avec dégoût, mais les
sentent ; caloriques, notre peau les emmagasine ; gustatives si je puis m'exprimer
ainsi, notre langue est là pour en tirer profit. [...] Mais ces radiations, en
équilibre ou non, que nos sens connus ont pu saisir, sont-elles les seules existantes ?
Assurément non. [. . .] C'est là toute l'explication préliminaire du don que
possèdent les sourciers. [...] 20 »
Au moyen de son pendule, Lesourd se targuait d'analyser le contenu
pathologique des urines. « Le matériel nécessaire pour l'analyse radiesthésique se réduit
à bien peu de choses puisque les radiations de l'urine se propagent dans
l'espace comme toutes les autres radiations. [...] Un excellent pendule ni trop lourd, ni
trop léger, de préférence en argent pur ou en verre noir. À défaut, n'importe
lequel. Une série de témoins microbiens, par exemple sous forme de vaccins en
tubes scellés à la lampe ; une série de poudres pures d'organes, chacune dans un
tube de verre bouché ; trois ou quatre sachets de mélange absorbant dont on verra
l'utilité aux causes d'erreur ; quelques plans anatomiques ; une série de rubans
colorés ; une série d'écrans colorés transparents (trousse chromo du
Dr Leprince) ; enfin pour les pharmaciens, la série des médicaments. 21 »
Les battements de son pendule lui permettaient de déterminer l'organe atteint
et le type d'affection. « Ce sont les longueurs d'oscillations que je crois bien de
dénommer longueurs d'onde
microbiennes ou longueurs d'onde
des maladies à imprégnation
¦Ui...::.a»ni m. up
microbienne. 22 »
Partant de ces constatations,
:hapj E ST.KÉ S !fe Lesourd s'efforçait de définir les
médicaments efficaces : il
;|^>NllÊDICALE* '"'"/ procédait à cette fin à une confrontation
des organes malades avec les
remèdes susceptibles d'agir. Leur
sélection se faisait donc par «
syntonic 23 ».
Dans ses archives, Mme Marie-
Paule Vellutini, actuelle
propriétaire du laboratoire Lesourd, conserve
un modèle de la feuille type qui
accompagnait les prélèvements
biologiques à analyser (urine, sang
ou autres). L' en-tête spécifiait
« Laboratoire biologique de radies-
LE PENDULE ET LE MORTIER 535

thésie médicale - 91, boulevard Haussmann, Paris (8e) - G. Lesourd,


pharmacien ». Deux emplacements étaient prévus pour le nom du patient et celui du
médecin. Devaient également être précisées les informations suivantes :
- l'heure du prélèvement et une indication de ses
circonstances (« soleil, clair, couvert, pluie, Illustration non autorisée à la diffusion

brouillard, nuit ») ;
- le type de produit examiné ;
- les médicaments absorbés (il était
précisé que « leur contre-indication
[pouvait] amener une cause d'er
reur ») ;
- le « sens sexe » et le « sens
polarisation » ; Illustration non autorisée à la diffusion
- les « imprégnations (champs
magnétiques, longueurs d'onde ou
nodales) » ;
- les organes (« enumeration
simple des organes plus ou moins
déséquilibrés avec chiffre correspon
dant à l'imprégnation qui est fixée sur
lui »).
Illustration non autorisée à la diffusion Gabriel Lesourd
L'existence de tels formulaires et l'emploi croqué par
d'un jargon spécialisé témoignaient Illustration non autorisée à la diffusion
Henry de France.
indirectement de la collaboration active de plusieurs médecins.
Étaient-ils nombreux ? L'afflux de praticiens adhérant à l'Association des amis
de la radiesthésie au début des années 1930 semble le suggérer. On peut citer plus
particulièrement les docteurs Jean Desmier ^ et Georges Maynier 25, qui
semblaient être très directement associés aux activités de Lesourd. S'agissait-il pour
autant d'une forme de compérage ? Rien ne nous permet de l'affirmer.

Des spécialités issues de la radiesthésie

Gabriel Lesourd ne se contentait pas d'analyser les produits biologiques. Il


formulait également des spécialités pharmaceutiques au moyen de son pendule. À ce
propos, il écrivait en 1937 : « Le Laboratoire G. Lesourd a étudié
scientifiquement [...] un grand nombre de plantes, puis de mélanges divers dont il n'a
retenu qu'un certain nombre. L'Abbé Mermet, illustre et combien regretté, lui avait
communiqué quelques-unes des syntonisations récoltées au cours de ses
expériences nombreuses. De l'union de la phytothérapie et de la radiesthésie sont
ainsi sortis quelques mélanges de plantes susceptibles de rétablir l'équilibre
vibratoire et de ramener la santé. 26 »
536 REVUE D'HISTOIRE DE LA PHARMACIE

wm^ps^^ ^ys^mt^ ^t»:-;".^m i ;^ v/^*^.-w1!>


Les Tisanes Lesourd connurent ainsi un certain succès
Lu HAOlïtTtWWII oiMJoal» »H>«««1 et piww :
qn« -- te "wH*
ïlbratojte
«st u»; état harmonieux tfàquiM- (certaines sont d'ailleurs encore exploitées de nos jours). On en
<ja«rorganUium
la. provient ta «MtfaMkr» <fc dénombrait des dizaines, mais certaines semblaient plus
i

FM* rêtaWir la MMt. il tout i**Mlr Mqull» prisées que d'autres. La Tisane Anthylline était constituée de
«die*ti>é»iijuemenl pardelafaçon t«lteentre
que leur» vingt plantes, « à action rafraîchissante et décongestive,
>«lifttfM
«ont t mteie,
«te» aIa>(B<» syntonic
atatrueliee il»etlears
a».
visunsnt, de iNiHIr i-MM4ll»r» vSrabUr., & tonique et dépurative ». La Tisane Lesourd n° 3, ou « Coli-
ramener la sfutî*
Tisane », convenait aux malades souffrant... de l'intestin.
SpéciaUtés É Labwateire LESOURD
a», Wm»Téléption* Duh#»m» : Montmartre
-- ("ARI8
««« «18«> Citons également la Tisane Lesourd n° 19 ou « Pulmo-
Tisane », la Tisane Lesourd n° 62 ou « Arthri-Tisane », la
TMOBition«du «MM
sang, M MM riuruatlan»»».
mauvaise Tisane Lesourd n° 40 ou « Neuro-Tisane », la Tisane Lesourd
,

n° 10 ou « Gastro-Tisane », etc.
11MM<*I jWM M " MWL «p«rt«l. «
eonbaeOlalt^ «tIII,stapWta-
contre D'autres spécialités virent le jour : en tout premier lieu les
L&lwB*întoBta.
: ««r». Capsules Anthelox. « Les vers intestinaux, quels qu'ils soient,
M5^W^m
KIHTIA, granulé jpitrjprfesrer on litre d* vis to«ji. sont la cause d'une foule de malaises particulièrement chez les
enfants, mais aussi chez nombre d'adultes ; il est donc utile de
leur faire une guerre à mort. Les Capsules Anthelox, à base
d'essences naturelles non toxiques en solution dans une huile
FdimaiH.,
.pttmnmt mr&it&i im (w!I* contre boit* : l'aman
W tr*
» 0,*19J38/l«Vi»0/l.«». légèrement laxative, ne se contentent pas de chasser les vers
Mi.8rrOL« sirthritoir», «I», Intestin rHia, suif, intestinaux, elles les tuent. Anthelox est vermicide et non
vaiatai*
i à 4 eutM«jr&»8 t soupe par jourI.e fisçcif : I» fr,:
Composition
extraite é* «tante*. seulement vermifuge. 27 »
lAtGimt Ml MHHl. (1 cuillerée D'autres spécialités témoignaient de l'imagination fertile de
Oteropi
Lesourd : le Fmigol, « cachets (2 à 4 par jour) contre
Me, «ftiteê jftittx «SrâeiSTjplïire» " '
fee (teiletB*. Onction ma frts-Uesti. l'amaigrissement » ; le Bolcitol, composé d'extraits de plantes et
^ââap: «jaçtr«natfn#i<ji»e treg m®*$;
recommandé dans les maladies du foie, des reins et du sang ;
l'Onction Antipar, « contre tous les parasites externes du corps
ongiMtitmni (poux, puces, gale, etc.) » ; le Baume Agruse, « antinévralgique,
non gras, agréable, calme maux de dents, piqûres d'insectes,
toutes douleurs » ; et, bien sûr, la Tisane du Curé de Deuil et ses
quelques variantes, le Dépuratif concentré du Curé de Deuil
(abandonné en 1940) et la Tisane spéciale n° III du Curé de Deuil (« contre toutes
manifestations colibacillaires et staphylococciques ») par exemple.
Lesourd faisait paraître dans les revues de radiesthésie des publicités parfois
ésotériques pour ses spécialités. C'est ainsi que la promotion de l'Anthelox était
accompagnée de la mention « Champ 0/68/136 ». Si l'on se reporte à ses écrits,
cela signifiait que le produit en question (et donc le mélange de plantes le
constituant) émettait un « champ magnétique » sur un rayon de 1,36 m, le milieu du
champ (0,68 m) constituant ce que Lesourd appelait la « longueur d'onde » de
l'Anthelox. Cette « longueur d'onde » était détectée au moyen du pendule, qui se
contentait d'aller et venir, à cet endroit, dans un plan vertical. Ne pratiquant pas
nous-même la radiesthésie, nous n'avons pas vérifié l'authenticité de ces
affirmations !
LE PENDULE ET LE MORTIER 537

À côté de son activité purement pharmaceutique, le laboratoire Gabriel


Lesourd commercialisait également un certain nombre d'« instruments de
précision ». Citons en tout premier lieu le « pendule spécial de verre noir » Lesourd :
« spécialement préparé et moulé sous une forme rappelant - intentionnellement
- celle de certain coquillage, [sa sensibilité] est remarquable et multipliée par la
légère aimantation de l'anneau de suspension. Il servira utilement dans toutes les
recherches entreprises et particulièrement dans l'étude des radiations
biologiques, le chromodiagnostic et les recherches sur plans. Il est nécessaire dans les
analyses et les mesures des champs magnétiques des corps 28 ».
La « règle Lesourd » permettait, quant à elle, de calculer les « champs
magnétiques ». « La composition imprégnant la règle renferme un absorbant empêchant
les radiations de la table ou des objets situés en dessous de parasiter la ou les
radiations étudiées. Elle est à la fois déroulable et lavable. 29 » Des sachets et des
écrans « absorbants » filtraient les « ondes nocives », cauchemars des
radiesthésistes qui les accusaient d'interférer avec leurs mesures. L'« appareil de
diagnostic radiesthésique de G. Lesourd » permettait « de multiplier la sensibilité
dans les recherches [...] sur le corps humain ou celui des animaux [...] tout en
diminuant considérablement les causes d'erreurs par suggestion ». Constitué
d'un manche, d'une pile électrique et d'un ressort, il était censé objectiver les
girations du pendule qui lui était associé.
Gabriel Lesourd fournissait également des trousses de témoins pour
diagnostic, à savoir des tubes de verre remplis d'« imprégnations microbiennes » :
la Trousse Lesourd n° 1 se composait de 50 tubes, étiquetés d'« Albumine »
(n° 1) à « Lèpre » (n° 2), en passant par 7"S»'Wi*j£"
« Cancer » (n° 15) et « Syphilis » (n° 39).
Le pharmacien ne précisait
malheureusement pas le mode de préparation de ces
tubes témoins.

Lesourd éditeur ^.J«#ÛÊ GÉNÉRALE

Non content de développer cette


activité commerciale atypique, Lesourd se
lança également dans l'édition d'une
revue luxueuse dévolue à la radiesthésie.
Nous avons retrouvé, par le plus grand des
hasards, cinq numéros d'une publication
périodique intitulée La Science nouvelle,
revue générale de la radiesthésie et des
sciences psychiques 30. Non référencée à
la Bibliothèque nationale de France ni
538 REVUE D'HISTOIRE DE LA PHARMACIE

dans aucune autre bibliothèque publique à notre connaissance, La Science


nouvelle bénéficiait d'un comité de patronage honorable que nous reproduisons
intégralement : « Président : M. le Pharmacien G. Lesourd ; Membres :
M. l'Abbé Mermet, M. le Gouverneur honoraire Mahé, M. le Commandant de
La Bastide, M. L. Delattre, M. le Docteur Desmier, M. le Docteur Maynier,
M. J. Sursol, M. H. Mellin.31 »
L'administration et la rédaction de la revue étaient domiciliées à Limoges,
6 rue Montalembert, apparemment au domicile de son gérant, Jean Margerit 32.
Dans sa contribution au premier numéro, Lesourd évoqua de manière elliptique
les circonstances de la création de la revue : « Un voyage à Riom. Le hasard
d'une conversation avec un artiste de grand talent [sans doute Jean Margerit].
Une deuxième conversation avec un homme au cerveau puissant au retour de
Riom. Un silence de quelques semaines. Une nouvelle conversation préparée
cette fois à Neuilly-sur-Seine 33. Et La Science nouvelle était née. 34 » De cette
courte et imprécise mise au point, on peut néanmoins conclure au rôle central de
Lesourd, qui semble financer au moins en partie l'opération. En témoignent les
nombreuses pages de publicité vantant ses activités commerciales. La première
page du premier numéro débute ainsi par une colonne consacrée aux spécialités
du Laboratoire Lesourd : « La radiesthésie médicale apprend et prouve : que la
santé est un état harmonieux d'équilibre vibratoire ; que la maladie provient du
déséquilibre de l'organisme. Pour rétablir la santé, il faut rétablir l'équilibre
harmonieux des radiations. Les produits du Laboratoire Lesourd ont été tous étudiés
radiesthésiquement de façon telle que leurs composants sont à même, par la
syntonic entre leurs radiations et celles des maladies auxquelles ils conviennent, de
rétablir l'équilibre vibratoire, et de ramener la santé. » Suit la description rapide
de plusieurs spécialités, parmi lesquelles la Tisane du Curé de Deuil, l'Anthelox,
le Bolcitol et quelques autres. À l' avant-dernière page (p. 31), les « Petites
Annonces » vantent les « accessoires de radiesthésie » de Lesourd. Dans les
quatre autres numéros en notre possession 35, la publicité pour les activités
commerciales du pharmacien demeure aussi omniprésente. Ainsi, la dernière page du
n° 5 est entièrement occupée par un encadré publicitaire pour les Laboratoires
biologiques de radiesthésie médicale G. Lesourd. Sont recensées toutes les
activités alors exercées dans ce lieu mystérieux : « Recherches de toutes sortes sur
urine, sang, salive, excrétas ou sécrétas divers (cheveux, photos), etc. Diagnostic
médical. Médications et doses (pour MM. Les Médecins). Toutes syntonisations.
Recherches biologiques, bactériologiques, parasitaires. Recherches alimentaires
et industrielles. Analyses radiesthésiques des eaux, des produits
pharmaceutiques, etc. Couleurs, parfums, pierres et métaux précieux, etc. Polarisation
humaine (harmonie physique et psychique). Recherche de l'hérédité ou des
imprégnations en vue de la prévention des maladies graves (cancer, tuberculose,
etc.). Préparation de tous complexes radiesthésiques personnels. Recherche des
LE PENDULE ET LE MORTIER 539

prédispositions des facultés physiques, cérébrales, mentales chez les enfants,


visant les possibilités d'une orientation professionnelle future. Recherche de tous
les déséquilibres humains, physiques, nerveux, psychiques, etc.
Téléradiesthésie. »
Le reflux de la grande « mode »
radiesthésique, perceptible dès la seconde moitié
des années 1930, conduisit sans doute
Gabriel Lesourd à mettre quelque peu en
veilleuse son activité de radiesthésiste, ou
tout du moins à la séparer plus nettement
de son activité pharmaceutique. Le spectre
du charlatanisme semblait également le
hanter. En décembre 1934, il adressait par Illustration non autorisée à la diffusion
exemple la lettre suivante à l'AAR :
« Je vous serais reconnaissant de porter à
la connaissance de nos Amis de la
Radiesthésie, et les faits suivants et ma
protestation indignée que tous ils
approuveront, j'en suis sûr. Il paraît, et
l'affirmation m'en a été donnée par un médecin, que
dans certains endroits publics, dans la salle
des Pas-Perdus de la gare Saint-Lazare Gabriel Lesourd.
entre autres, un " pendulisant " interpelle
les gens après leur avoir fait subrepticement un examen et leur dit " votre foie a
ceci ", " votre cur a cela ", " votre rate est grosse ", ou " vos poumons sont en
capilotade ". L'individu qui agit ainsi mérite, ne vous semble-t-il pas, notre
mépris ? Il est possible, m'a-t-on dit, que plainte soit portée contre lui. Vous
devriez affirmer que l'AAR se désolidarise de ceux qui n'agissent pas
loyalement et honnêtement. Voulez- vous le faire, ne serait-ce qu'en publiant cette lettre
et en rappelant ce que j'ai écrit à la fin de Méthode radiesthésique : " Je
n'admets pas le charlatanisme du baguettisant ou du pendulisant qui est heureux de
jouer au savant et au médecin traitant ", ou ce que notre vénéré [...] docteur
Meillère, pharmacien également, écrivait en signalant " le danger que présente,
à l'heure actuelle, la prétention émise par des empiriques d'établir des
diagnostics, des pronostics et des traitements sur de simples constatations
radiesthésiques, in vivo ou sur photographie, sans aucun concours médical ".[...] 36 »
Il est également probable que les contrôles accrus des pouvoirs publics sur la
profession pharmaceutique, à partir du début des années 1940, le contraignirent
à adopter une attitude plus discrète.
Néanmoins, comme nous le rappelle Marie-Paule Vellutini, Lesourd continua
à exercer sa passion jusqu'au terme de son existence. Entré (nous l'avons vu) dès
540 REVUE D'HISTOIRE DE LA PHARMACIE

Illustration non autorisée à la diffusion

Gabriel Lesourd.
Vers 1970.
LE PENDULE ET LE MORTIER 54 1

1935 au conseil d'administration de l'Association des amis de la radiesthésie, il


en prit en charge le Bulletin à sa retraite, en 1953 37. L'année suivante, il
organisait et présidait le Congrès international de radiesthésie, qui se tenait cette année-
là à l'hôtel Lutetia. Plusieurs années s'écoulèrent encore, puis Lesourd se retira
définitivement dans sa propriété de Longpont, à une dizaine de kilomètres de
Villers-Cotterêts. Il y décéda en 1976, dans sa 86e année. Depuis, il repose au
cimetière de Châteauroux.

Autres pistes

Plusieurs autres spécialités pharmaceutiques furent, à l'évidence, conçues


avec le concours de la radiesthésie. Ce fut probablement le cas de l'Urarthone,
élaboré en 1935 par René Lehning 38. Ce fut aussi le cas, comme nous l'avons
vu, de certaines formulations dites de l'Abbé Chaupitre, ainsi que des
Poconeols 39. Les exemples doivent être nombreux, et il serait intéressant de se
pencher sur certains intitulés évocateurs de spécialités.
Dans l'ensemble, la phytothérapie 40, l'homéopathie et la radiesthésie firent
bon ménage dans les années 1920-1930. Ainsi, vers 1935, le laboratoire
Thérapie, situé 93 avenue de Paris à Saint-Mandé, commercialisait les
« Panphutons ». Ces comprimés, « dosés à 0,50 g de la plante totale » et logés
dans d'« élégants tubes d'aluminium », étaient utilisés dans le cadre de la
« syntonisation radiesthésique ». Le Laboratoire normal homéopathique vendait
pour sa part deux trousses de syntonisation : l'une était composée de « tubes-
témoins correspondants aux 154 médicaments de la Pharmacopée
homéopathique synergique », l'autre comprenait « 20 tubes-témoins microbiens ».
A Paris, 26 rue des Petites-Champs, le Laboratoire [Emile] Roux
commercialisait des spécialités pharmaceutiques « très appréciées des Docteurs
radiesthésistes. Demandez échantillons gratuits pour syntonisation [...]».

Voilà décidément un domaine qui nécessiterait des investigations plus


poussées ! Nous espérons que cet article fournira quelques pistes aux historiens des
sciences médicales et pharmaceutiques.

[Remerciements : Frère Teodoro Berzal, responsable des archives de la Sainte-


Famille de Belley ; Bruno Bonnemain ; Jacqueline Douard-Lotillier, membre de
l'Association généalogique du Pas-de-Calais ; François Ferval-Chanut et Bruno
Allione, respectivement secrétaire général et président de l'Association des amis de la
radiesthésie ; Élie Guibert, responsable des laboratoires pharmaceutiques Plantes &
Médecines, Laboratoire Pierre Fabre ; Nicole Huret, mairie de Condette ; Catherine
Masson, département d'histoire de la Faculté libre des lettres & sciences humaines de
Lille ; Robert Montagut ; Cécile Raynal ; et tout particulièrement pour sa sympathique
obligeance, Marie-Poule Vellutini, directrice des Laboratoires Lesourd.]
542 REVUE D'HISTOIRE DE LA PHARMACIE

Notes

1 . Il ne s'agit évidemment pas dans cet article de porter un jugement sur la validité ou la non-
validité de la méthode radiesthésique. Ces considérations sortent de notre propos. Nous nous
contentons d'exposer un fait historique, dont l'importance a été jusqu'alors négligée.
2. Abbé Mermet, Abrégé de ma méthode, Paris, Alsatia, s. d. [vers 1938], p. 40.
3. Ibid., p. 42-43.
4. Jacqueline Drouard-Lotillier, « Alexis Timothée Bouly, premier curé d'Hardelot »,
Généalogie 62 [revue de l'Association généalogique du Pas-de-Calais], n° 64, 4e trimestre 1999,
p. 310-312.
5. Le père Bourdoux pratiquait, comme beaucoup de ses confrères, la téléradiesthésie
(ou radiesthésie à distance), généralement sur photos ou plus rarement sur prélèvements (cheveux,
urine, sang).
6. Par B ou M, il faut entendre « sens direct » ou « sens indirect ».
7. P. [Père] Bourdoux, Notions pratiques de radiesthésie pour les missionnaires, 4e édition
revue et augmentée, Paris, Maison de la radiesthésie, 1946, p. 186-187. Bourdoux débute ainsi
son chapitre VIII [« Les plantes étudiées par le pendule »] : « Ce chapitre-ci sera peut-être une
révélation pour les pharmaciens qui pourront en faire leur profit dans leurs recherches
personnelles. »
8. Léon Delattre, « Les Amis de la radiesthésie », La Science nouvelle, revue générale de la
radiesthésie et des sciences psychiques, n° 1, novembre 1935, p. 9-10.
9. Située sur la commune de la Goutelle, la mine de Villevieille alimenta l'usine de Pongibaud
entre 1892 et 1898.
10. « In Memoriam : Monsieur le Chanoine Louis Bayard », Les Facultés catholiques de Lille,
juillet 1948, p. 36-41.
1 1 . Voir en particulier Charles Richet, Traité de métapsychique, Paris, Alcan, 1922. La partie 2
a pour titre « De la métapsychique subjective (de la cryptesthésie en général, cryptesthésie
expérimentale, baguette divinatoire. . .) ». Le terme « cryptesthésie » peut être traduit plus simplement par
l'expression « sixième sens »,
12. Voilà quelques médecins, adhérents de l'AAR, repérés par nos soins (la liste n'est pas
exhaustive) : Félix Gaudiot (Mirebel), Henriette Jamin (Enval), Louis Delon (Toulouse), Alfonso
Quinones (Paris), Marcel Renauld (Sartrouville), Jean Serbat (Porte-Sainte-Marie), A. Durand
(Nancy), J. Martin (Fournies), Georges Delacombe (Paris), Charles Vaysse (Paris), Caillard (Paris),
Lucien Hahn (Paris), Th. De Lusi (Paris), Julie Chazynska (Paris), J. Tobolowska (Paris),
A. Bondoux (Paris), Madeleine de Larnage (Paris), Germain Sarlaboux (Bordeaux), Aurélien
Daniel (Paris), Georges Maynier (Paris), Pierre Potelune (Paris), Mme Philippe Hamelin
(Appoigny), Georges Verger (Limoges), Henri Maleyx (Suresnes), Théo Roux de Larque (Saint-
Raphaël), Philippe Czackzes (Paris), Paul Jude (La Réole), Louis Prevel (Paris), Théodore Gasiglia
(Nice), René Delloup (Saint-Quentin), Simon de Nabias (Paris), Arnal (Saint-Mathieu-de-
Tréviers), E. Carrère (Tarbes), Emile Pierron (Annecy), L. Marty (Bordeaux), Frédéric Vidal
(Paris), Paul Veil (Lyon), Edmond Alzieu (Château-d'Oléron), Maurice Sourdeau (Le Mans), Louis
Deck (Vierzon), Paul Roussel , etc.
13. F. Saint-Laurent, « Quelles sont les causes des phénomènes de radiesthésie ? Le pendule
explorateur », Bulletin de l'Association des amis de la radiesthésie, n° 27, octobre-novembre 1934,
p. 372-377.
14. « Docteur G. Meillère », Bulletin des amis de la radiesthésie, n° 28, décembre 1934,
p. 460-461.
LE PENDULE ET LE MORTIER 543

15. Michel Hamon, « Necker-Enfants-Malades », in F. Chast, P. Julien (dir.), Cinq siècles de


pharmacie hospitalière, Paris, Hervas, 1995, p. 85.
16. G. Meillère, « Application de la radiesthésie à la chimie analytique. Initiation pratique à
l'art des sourciers. Étude de quelques applications nouvelles », Journal de pharmacie et de chimie,
1934, 2e partie, 8e série, t. 20, p. 249-257. [Document fourni par Bruno Bonnemain.]
17. Cécile Raynal, Thierry Lefebvre, « Mémoire d'un laboratoire. Les livrets promotionnels
des
n° 321,
médicaments
1er trim. 1999,
homéopathiques
p. 49-58 ; Thierry
de l'abbé
Lefebvre,
Chaupitre
Cécile
entreRaynal,
1933 et« 1939
Un pharmacien
», Rev. Hist.au Pharm.,
secours
de l'abbé Chaupitre », Rev. Hist. Pharm., n° 324, 4e trim. 1999, p. 523-524.
18. Dès lors, une hypothèse : l'abbé Jean-Marie- Victor Chaupitre n'était-il pas baguettisant, à
l'instar de plusieurs de ses confrères ?
19. Marcel Trauet, [faire-part de décès et biographie de G. Lesourd], Bulletin des amis de la
radiesthésie, 1976, p. 2. [Document fourni par Marie-Paule Vellutini.]
20. Gabriel Lesourd, Méthode radiesthésique de recherches des maladies et imprégnations
microbiennes. Champs. Longueurs. Couleurs. Causes d'erreurs. Syntonisation. Classification des
drogues (lre partie), Paris, Chez l'auteur, 1934, p. 15-17.
21. Ibid, p. 35-36.
22. Ibid., p. 43.
23. Le terme provenait du vocabulaire de la TSF, « syntonie » signifiant « état de deux
systèmes susceptibles d'émettre des oscillations électriques ayant la même fréquence ».
24. Il soutient à Paris en 1927 une thèse intitulée Contribution à l'étude de l'omentovolvulus
ou torsion du grand epiploon.
25. Il soutient à Paris en 1910 une thèse intitulée Contribution à l'étude du traitement des
fractures diaphysaires compliquées de l'humérus.
26. Gabriel Lesourd, Vie, maladies, radiations, Paris, chez l'auteur, 1937, annexes publicitaires.
27. Ibid.
28. Ibid., p. 371.
29. Id.
30. Le titre se signale par une variante : La Science nouvelle, revue générale de la radiesthésie
dans ses rapports avec les sciences psychiques, la médecine, les lettres, les arts et la vie.
31. La Science nouvelle [...], n° 1, novembre 1935, p. 2.
32. Artiste-peintre, Jean Margerit était le père de l'écrivain Robert Margerit (1910-1988), prix
Renaudot 1951 pour Le Dieu nu et grand prix de l'Académie française 1963 pour sa trilogie
La Révolution. Robert Margerit publiera quelques-uns de ses tout premiers textes dans la revue
financée par Gabriel Lesourd.
33. La publicité de la revue était gérée à l'adresse suivante : 76 bis, rue Perronet, Neuilly-sur-
Seine.
34. Gabriel Lesourd, « La science nouvelle », La Science nouvelle, revue générale [...], n° 1,
novembre 1935, p. 4.
35. N° 2 (janvier 1936) ; n° 3 (février 1936) ; n° 4 (mars 1936) ; n° 5 (avril 1936). Nous ne
savons pas si la publication La Science nouvelle s'est poursuivie au-delà d'avril 1936.
36. « Une lettre de M. Lesourd, pharmacien », Bulletin de l'Association des amis de la
radiesthésie, n° 28, décembre 1934, p. 452-453.
37. En 1953, Gabriel Lesourd céda son laboratoire à une jeune pharmacienne, Marie-Paule
Vellutini. Plus de cinquante années ont passé et Mlle Vellutini continue à veiller à la bonne marche
544 REVUE D'HISTOIRE DE LA PHARMACIE

des Laboratoires Lesourd. Deux produits portent encore le nom de leur inventeur : les Cachets
Lesourd et l' Antinerveux Lesourd.
38. Nous n'avons cependant pas eu de confirmation de la part du laboratoire Lehning.
39. Vers la fin des années 1930, les Laboratoires homéopathiques du Sud-Ouest (35 rue de
Cursol à Bordeaux) mettaient en vente à la Maison de la radiesthésie (16 rue Saint-Roch à Paris)
une trousse de tubes-témoins de Poconeols. [Document fourni par Robert Montagut.]
40. Gabriel Lesourd parlait d'ailleurs de « phytothérapie radiesthésique ».

Résumé

Le pendule et le mortier. De quelques pharmaciens radiesthésistes et de Gabriel Lesourd en


particulier - Au début des années 1930, les médecins et pharmaciens français furent nombreux
à pratiquer la radiesthésie. Plusieurs adhérèrent à l'Association des amis de la radiesthésie. Ce
fut en particulier le cas de Gabriel Lesourd (1890-1976), propriétaire de la célèbre Tisane du
Curé de Deuil.

Summary

The pendulum and the mortar. Gabriel Lesourd and others pharmacists deviners At the
beginning of 1930's, french doctors and pharmacists were numerous to practise dowsing. Some adhered
to the « Association des amis de la radiesthésie ». It was in particular the case of Gabriel Lesourd
(1890-1976), owner of the famous « Tisane du Curé de Deuil ».

Mots-clés

XXe siècle, spécialités pharmaceutiques, radiesthésie, Lesourd (Gabriel), Association des amis de
la radiesthésie.