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DU M~ME AUTEUR LE SYMBOLE DES APOTRES

AUX « ÉDITIONS SAL VATOR ». MULl10USB


QUATRIÈME PARTIE
Le Symbole des Apôtres:
INTRODUCTION : La Foi - l'Existence dE Dieu.
PREMIÈRE PARTIE: Dieu - La Providence.
DIlUxrÈME PARTIE: J ésus-Christ - Le Fils de Dieu - Le Divin
LA RÉSURRECTION
Maître.
TROISIÈME PARTIE : Les S ouffrances du Christ -
de Jùus .
La Passion
L' ASC ENS ION
QUATRIÈME PARTIE : La Résurrection - L'Ascension - La
Vierge Marie.
CINQUIÈME PARTIE: Le Saint-Esprit - La Sainte Église Catho-
lique. '
LA VIERGE MARIE
SIXIÈME PARTIE: La Communion des Saints - La Rémission
des péchés - - La Vie éternelle.

Le Christ et les Problèmes de notre Temps.


SERMONS
prononcés dans l'église de l'Université de Budapest '
OUVRAGES PÉDAGOGIQUES
par Mgr TIHAMER TOTH
La Chaste Adolescence. EvêQue de Ve.szprém
L'Éducation du Jeune Homme.
La Religion et la Jeunesse. Traduits du hongrois par l'abbé Marcel GRANDCLAUDON
Le Caractère du Jeune Homme. Licencié ès Lettres
Dans hi belle nature de Dieu.

Autrés ouvrages ,de Prédication.


COLLECTION« LA PRÉDICATION NOUVELLE»
Insta Opportune. Sermons pour tous les dimanches de' 12 m • MILLE
l'année, par le chanoine J. ENGEL.
Gaudeamus Olnnes in Domino. SelIDons pour les fêtes de
l'année, par le chanoine J. ENGEL.
Sous le Voile des Sacrements. Prix Tihamer Toth 1949.
Sermons sur les Sacrements, par Jean d'Avignon du
Clergé d'Orléans.

COLLECTION « LE PRÉDICATEUR DES ENFANTS.


ËDITIONS SALVATOR
In Terram Bonam, I ro partie. Sermon pour les enfants, \,
par l'abbé L. RUGER. Mulhouse (Haut-Rhin)
In Terram Bonam, 2e partie. Sermons pour les enfants, 1 9 50
par l'abbé L. RUGER.
l

N UU L OBSTAT IL EST RESSUSCITÉ

R. MI CHEL, can., libr. tet l>'.

M ES F RÈRES,

IMPRIMATUR Si notre Symbole se terminait au point où nous


sommes parvenus dans le commentaire que nous en
TornacJ, II Julü I936.
avons donné dans les sermons que vous. avez entendus,
J. LIlCOU VIl1', vic. getl.
alors la foi chrétienne - malgré son incomparable
beauté - demeurerait un système philosophique in-
achevé, incomplet et impuissant.
Si le « Credo » prenait fin là où j'en suis resté dans
ma dernière instruction « a souffert sous Ponce-Pilate,
a été crucifié, est mort et a été enseveli n, alors la carrière
terrestle .de Notre-Seigneur Jésus-Christ s'arrêterait
sur une note tragique, alors tout le christianisme
s'effondrerait comme un sac vide, comme un bâtiment
sans charpente, comme une maison sans fondations.
Assurément le christianisme serait encore ainsi un
magnifique système philosophique, la ~octrine du
Christ demeurerait encore un ensemble de subitmes
vérités morales; mais qui pourrait observer encore au
6 LE SYMBOLE DES APQTRES
IL EST RESSUSCITÉ 7

prix de nombreux sacrifices les difficiles comman~ Mais s'Il est l'essuscité? ... Oui, s'Il est ressuscité?
dements du Christ, qui pourrait aimer sa~s défaillance S'Il m'en impose non seulement par une vie de vertu,
jusqu'à son dernier soupir la Joi chrétienne, si son par des paroles de bénédiction, par l'idéalisme de son
Fondateur n'était qu'un homme ~ un homme vertueux, caractère, par ses miracles, mais s'Il a encore marqué
un sage, u?, saint: mais seulement un homme - que finalement sa vie incomparable et ses paroles qui pro-
ses ennemIS ont msulté, foulé aux pieds, mis à mort? clament sa consc;ience divine du sceau le plus grand,
Oui, si notre Symbole en restait là 1 le plus extraordinaire, le plus inouï : s'Il est sorti par sa
Mais il ne s'arrête pas là. Il y a une suite. Et cette propre puissance du tombeàu ?
suite proclame une chose particulièrement saisissante Et si je vois que des milliers et des millions ont
inouïe, incroyable, qui ne s'est jamais produite ; accepté le martyre pour cette foi au Ressuscité; si
« Il est ressuscité des morts le trO'isième jour )J. Saint Paul
je vois que sur les traces du RessusCité ont fleuri les
déjà l'avait compris et il dit expressément que toute vertus les plus héroïques et les plus belles? Alors?
la foi chrétienne tourne autour de cette question : le Alors?
Christ est-Il ressuscité ou non? En effet « si le Christ Alors, il n'y a plus qu'à le reconnaître: Le Christ
n'es~ pas ressuscité, notre prédication est vaine, vaine
ne peut pas avoir été un homme comme moi, comme
aUSSI est votre foi » (le Corinthiens, xv, 14). vous, comme un autre ... le Christ était Dieu. S'incliner
devant Lui c'est faire preuve de sagesse, s'insurger
,~'est vrai 1 Si. le Christ n'est pas ressuscité, que
m Importe à mOl, homme du xxe siècle, qu'ait vécu contre Lui est une pure folie.
Oui, c'est bien cela, si le Christ est ressuscité.
jadis, il y a 1900 ans, sur la terre un homme extrême-
Aussi est-il compréhensible que depuis 19 siècles
ment bon, extrêmement sage, extrêmement aimable
qui était plein d'amour pour les hommes, qui guérissai~
les ennemis du christianisme aient tout essayé pour
anéantir cette foi à la résurrection. En effet ils le savent
les malades, qui pardonnait aux pécheurs ... que
fort bien : si le Christ est vraiment ressuscité, c'est
m'importe, s'il est mort aussi, s'il a été aussi enseveli
une marque' si inouïe, si saisissante de sa divinité que
et s'il est aussi tombé en poussière ... ? Peut-être
ce serait une folie de faire quelque chose contre Lui
l'admirerais-je comme on admire un grand homme,
et de combattre encore plus longtemps le christianisme.
peut-être l'honorerais-je comme on honore un homme
Il importe donc à nous, chrétiens fidèles, d'apprendre
de bien, ' - mais l'aimer, l'adorer, observer ses com-
à connaître~.nettement et clairement ce dogme fonda·
mandements par une vie de sacrifices, lui rester fidèle
mental de notre foi. 1. Comment, ~avons-nous . que le
toute sa vie? .. Qui sacrifierait sa vie pour un cadavre
Ch"ist est vraiment ressuscité? nous demanderons-nous
tombé en poussière? Qui? si le Christ 'n'est pas
dans la première partie du sermon d'aujourd'hui,
ressuscité ...
8 LE SYMBOLE DES APôTRES IL EST RESSUSCITÉ 9
Ensuite II. nous regarderons nettement en face les exPé- de saint Mathieu, le chapitre XVI de saint Marc,
dients par lesquels les ennemis du Christ veulent nier le chapitre ~XIV de saint Luc et le chapitre XX de
sa résurrection. . saint Jean.
Tous affirment unanimement : le Christ est mort
l sur la croix, puis Il a été enseveli, une grosse pierre
a été roulée devant le tombeau... et ce Christ bien
COMMENT SAVONS-NOUS QUE LE CHRIST EST RESSUSCITÉ?
mort est ressuscité au matin de Pâques.
b) Mais ce ne sont pas seulement les évangélistes qui
affirment et proclament la résurrection du Christ, ce
La résurrection du Christ au jour de Pâques n'est · sont aussi les autres apôtres.
pas une légende, mais un fait historique. Tout au Saint Pierre, le premier, l'affirme dans son sermon
moins un fait aussi certain et garanti par autant de de la Pentecôte, donc 50 jours déjà après la résurrection.
témoignages oculaires et auriculaires que tout autre Pierre commence ainsi à prêcher devant le peuple
événement de l'histoire du monde. C'est un fait histo- rassemblé sur la place.
rique que Notre-Seigneur est réellement mort et a été Avez-vous vu Jésus sur la croix? lui demande-t-il.
enseveli. C'est un fait historique que le jour de Pâques Nous l'avons vu, répond-on.
les amis et les ennemis du ,Christ se rendirent à son L'avez-vous vu, mort?
tombeau et le trouvèrent vide. Enfin c'est un fait Nous l'avons vu.
historique que Notre-Seigneur, après Pâques, est Avez-vous vu comme le sang et l'eau ont coulé de
apparu assez fréquemment à de nombreuses personnes son cœur ouvert pat la lance? .
et a pàrlé avec elles; donc Il vivait. Nous l'avons vu.
C'est vrai, il y a longtemps que le Christ est ressuscité, Eh bien! moi et avec moi ses apôtres et ses disciples,
ily a 19 siècles déjà. Mais A) les témoignages de la nous L'avons vu vivant après sa mort, nous L'avons vu
_ Sainte Écriture et B) les changements survenus dans ressuscité. « C'est ce Jésus que Dieu a ressuscité; nous
l'âme des disciples rendent pour le moins autant croyable en sommes tous témoins» (Actes, II, 32).
- et même bien plus croyable - cet événement que
1
Que le Christ soit ressuscité, saint Pierre présente la
tout autre épisode de l'histoire ancienne. chose comme un fait connu qui n'a pas besoin de preuve.
A) La Sainte _,Écriture est en premier lieu témoin Il 'en parle aussi }laturellement et paisiblement que
de la résurrection 'du Chrùt. quelqu'un qui sait que chacun est au courant à Jéru-
a) Vous n'avez besoin, mes frères, que de prendre salem, et que personne ne peut soulever d'objection
les évangiles et de lire attenüvt:mçnt le chapitre XXVIII . contre . ce · fait bien connu. Et de ce gigantesque
(, 1 .

la LE SYMBOLE DES APôTRES IL EST RESSUSCITÉ II

auditoire 3000 hommes se convertirent ce jour-là. apparu en une seule fois à plus de cinq cents frères .•.
(Actes, II, 4x). . . Ensuite Il est apparu à Jacques, puis à tous les apôtres.
Saint Pierre parle de même encore de la résurrection Après eux tous, Il m'est aussi apparu à moi » (le Corin-
du Christ à la porte du Temple de Jérusalem, après thiens, XV, 3-8).
la guérison du paralytique (Actes, III, 15). Il ne prouve B) Mais outre ce témoignage patent de la Sainte
pas la résurrection du Christ, mais il l'invoque simple- Écriture, la transformation spirituelle des apôtres est aussi
ment comme un fait bien connu dans tout Jérusalem. 1
un témoignage éloquent de la réalité de la résurrection.
Mais en dehors de Jérusalem il lui fallut la prouver, '., Nous connaissons tous l'effondrement moral que la
car tout l~ monde ne savait pas ce qui s'était passé dans mort de Notre-Seigneur avait produit chez les apôtres.
la capitale. Aussi dans la maison de Corneille à Césarée, Pas un orage de grêle ne peut anéantir la moisson comme
saint Pierre parla ainsi : « Pour nous, nous sommes la fin lamentable du Sauveur brisa l'âme des apôtres.
témoins de tout ce qu'il a fait dans les campagnes de Écoutez seulement avec quel morne désespoir parlent
la Judée et à Jérusalem., Ensuite ils L'ont fait mourir . les disciples d'Emmaüs : « Nous espérions que ce
en L'attachant à la croix. Mais Dieu L'a ressuscité le serait Lui qui délivrerait Israël » (S. Luc, XXIV, 21).
troisième jour et Lui a donné de se faire voir ... à Même lorsque, au matin de Pâques, les saintes femmes
nous qui avons mangé et bu avec Lui, après sa résur- vinrent en hâte et avec joie annoncer que le tombeau
rection d'entre les morts» (Actes, x, 39-41). du Christ était vide, ils restèrent sans comprendre
A côté de saint Pierre, saint Paul prêche aussi la (S~ Luc: XXIV, 22) et au soir de Pâques encore. ils
résurrection de Notre-Seigneur; A Antioche, il parle verrouillèrent soigneusement les portes par cramte
ainsi aux Juifs: « Quand ils eurent accompli tout ce qui des Juifs.
est écrit de Lui, ils Le descendirent de la croix et Le Et c'est dans ces âmes lâches, tremblantes, déprimées,
déposèrent dans un sépulcre. Mais Dieu L'a ressuscité que s'allume tout à coup la flamme du courage des
des morts. Pendant plusieurs jours de suite Il s'est martyrs. Ceux qui venaient de verrouiller les por~es
montré à ceux qui étaient montés avec Lui de la Galilée ·1. derrièr~ eux viennent maintenant prêcher en pleme
à Jérusalem, et qui sont maintenant ses témoins auprès place publique et bravent intrépidement la défense
du peuple» (Actes, XIII, 29-31). des grands prêtres.
Une autre fois encore il rend témoignage par ces Qui comprendrait cette attitude, si le Christ n'est
paroles : « Le Christ est mort pour nos péchés, confor- pas ressuscité? Est-èe qu'un mort serait capable de
mément aux Écritures Il a été enseveli et Il est ressuscité la produire? Il n'y a pas d'effet sans cause. Or, c'est un
le troisième jour, conformément aux Écritures; et Il est fait incontestable que les apôtres, ces simples pêcheurs,
apparu à Céphas puis aux Douze. Après cela Il ,est ont introduit dans le monde, sur le terrain religieux,
12 LE SYMBOLE DES APÔTRES IL EST RESSUSCITÉ 13
. moral, social et intellectuel, un changement, on pourrait de la résurrection, s'ils avaient pu montrer le cadavre
dire une 'révolution, tel que l'histoire ne peut présenter du Christ.
de phénomène approchant. Le tombeau était donc incontestablement vide.
Qui peut en donner l'explication, si le Christ n'est Mais comment est-il devenu vide? Où est passé le
pas ressuscité? En vérité nous pouvons dire que si l'on corps? .
met en doute la réalité de la résurrection du Christ, a) Il a été volé, - c'est l'idée qui pouvait venir la
alors il n'y a absolument plus aucun fait historique première à l'esprit. Les grands prêtres juifs s'avisèrent
dans le monde. aussitôt de cette échappatoire et offrirent de l'argent
aux soldats qui gardaient le tombeau pour qu'ils annon-
TI çassent .de tous côtés : Tandis que nous dormions, les
disciples de Jésus sont venus et ont volé le corps.
EXPÉDIENTS CONTRE LE FAIT DE LA RÉSURRECTION
Quelle contradiction et quelle impossibilité psycho-
DU CHRIST logique dans cette affirmation 1 Les disciples craintifs
et dispersés seraient tout d'un coup devenus assez
courageux pour oser s'approcher du tombeau gardé
Si nous examinons à fond ces preuves qui affermissent par des soldats! Les sôld~ts . prétendent av~ir dormi: -
notre foi en la résurrection du Christ, elles nous appa- mais alors comment ont-ds vu que les apotres volalent
raissent comme ~es efforts bien misérables les tentatives le corps? Et s'ils ne dormaient pas, pourquoi ont-ils .
par lesquelles les ennemis du Christ veulent esquiver regardé le vol sans agir? Et si les soldats romains qui
la force péremptoire du fait de la résurrection. appartenaient à l'armée la plus disciplinée du monde,
A) Tout d'abord ils ne savent que faire du tombeau ont dormi durant leur garde, seraient-ils restés sans
vide du Christ.
être châtiés? Or, au lieu d'une punition, nous lisons
Les saintes femmes qui voulaient au matin de Pâques qu'ils reçurent de l'argent, beaucoup d'argent.
rendre les derniers honneurs au corps de Jésus, trou- b) Les négateurs de la résurrection ont compris la
vèrent le tombeau vide. Effrayées, elles informèrent les gravité de ces difficultés, aussi ont-ils tenté une autre
apôtres. Saint Pierre et saint Jean se rendirent aussitôt explication : le Christ n'était mort qu'en apparence,
au sépulcre et le trouvèrent vide, eux au~si. (S. Jean, Il revint à Lui par la fraîcheur du tombeau et en sortit.
xx, 8). Que réellement le corps de Jésus n'était plus Cette ' tentative d'explication est peut-être encore
dans le tombeau, c'est ce que démontre aussi le désarroi plus lamentable que la précédente. .
épouvanté des grands prêtres juifs; en effet, ils auraient En effet, un fait certain, c'est que le Christ était réelle-
pu démentir sur-le-champ la nouvelle qui se répandait ment mort et non pas seulement en léthargie.
LE SYMBOLE DES APÔTRES IL EST RESSUSCITÉ 15
Le Christ était-Il mort? Je pourrais presque Qui a des visions et est sujet aux hallucinations?
répondre: jamais la mort d'un homme n'a été plus Celui n'est-ce pas qui attend quelque chose impatiem-
foncièrement certaine que celle du Christ. Déjà sur le ment , fiévreusement. Lorsque un hôte annoncé doit
,

chemin de la croix, Il n'était plus qu'une ombre chan- arriver, alors on l'entend déjà avancer ~pas à pas,
celante, un homme à moitié mort, versant son sang par pourtant il ,ne vient pas. Mais les apôtres n'attendaient
mille blessures. Et ensuite : sur la croix on Lui fait nullement la résurrection du Christ. Et même lorsque
quatre grandes blessures aux mains et aux' pieds .. . les ~aintes femmes leur apportent les premières cette
la lance d'un soldat Lui en fait une cinquième au cœur .. . nouvelle, ils ne la croient pas. Les disciples d'Emmaüs
Enfin : le tombeau scellé est gardé par des soldats .. . disent encore dans la soirée que « les femmes les ont
En vérité les hommes ont tout essayé à cette heure-là effrayés )J. Et saint Thomas ne croit pas, alors que les
pour écarter de leur route le prophète importun. autres apôtres ont déjà vu le Ressuscité.
Imaginons du reste que le Christ à demi-mort soit Ils étaient si peu prédisposés à des visions qu'ils ne
sorti du tombeau et se soit rendu chez ses disciples 'reconnurent même pas le Sauveur à son apparition.
qui Le pansent et Le soignent et que finalement Il ait Madeleine le prit pour un jardinier, les disciples
succombé à ses blessure~, - peut-on imaginer psycho- d'Emmaüs pour un étranger.
logiquement que, cette fin misérable ait pu produire Du reste ce sont les hommes nerveux qui sont sujets
dans des âmes abattues cet effet sans exemple dont aux hallucinations et non pas des pêcheurs endurcis
j'ai précisément parlé précédemment? par la vie au grand air.
B) Mais toute cette foi des apôtres à la résurrection c) Si le Christ ressuscité n'était apparu qu'une ou
n'est-elle , pas pure fantaisie, un produit de l'imagina- ,deux fois, peut-être pourrait-on encore admettre que
tion, une vision; une hallucination? Ceux qui veulent c'était seulement une imagination, une vision, un
échappei-à tout prix à l'immense force probante de la fantôme. Mais Il est apparu souvent durant quarante
résurrection ont aussi essayé cette échappatoire. ;ours. Saint Pierre L'a rencontré. Marie Madeleine
a) Mais qui pourrait prendre au sérieux cette expli- L'a rencontré. Les saintes femmes L'ont rencontré.,
cation? Le tombeau de Jérusalem n'aurait-il pas brisé 'Les dix apÔtres -.C::l à l'exception de saint Thomas -:-
toute vision et hallucination avec la main brutale de L'ont rencontré. Ensuite tous les apôtres - y compns
la rude réalité? Si ce tombeau n'est pas vide, si une saint Thomas - L'ont rencontré ... et ainsi de suite.
grosse pierre le recouvre et s'il y a dessous le Christ Et lorsque saint Paul écrit aux Corinthiens, il invoque
mort, alors toute vision est impossible. le fait que vit encore parmi eux un grand nombre
b) Mais de plus, chez les apôtres, font défaut les d'hommes qui ont vu de leurs propres yeux le Sauveur
conditions les plus élémentaires pour une hallucination. ressuscité (Te Corinthiens, xv, 6). Est-ce qu'un événe-,
J6 IL EST RESSUSCITÉ
LE SYMBOLE DES APÔTRES

ment historique peut être mieux prouvé? Un homme est roi d'Israël, qu'Il descende maintenant de la croix
isol.é p~ut être parfois victime d'une vision trompeuse, et nous croirons en Lui» (S. M atthieu, XXVII, 42).
malS cmq cents hommes ensemble virent le Christ _ A présent le Christ a donc donné une preuve encore
est-ce que tous ces cinq cents ont vu un fantôme? Et . plus grande de sa divinité. Ce n'est pas de sa croix
d'autre part, lè quarantième jour, jour de l'ascension qu'Il est descendu, mais~ c'est du tombeau scellé qu'Il
du Chri~t, les apparitions cessèrent tout d'un coup. est sorti vivant.
PourquoI? Pourtant les bases psychologiques étaient Nous comprenons à présent pourquoi Pâques est
restées les mêmes par la suite. la plus grande fête du christianisme. C'est parce que
La résurrection du Christ est donc un fait historique. la résurrection du Christ est la base de notre foi, le
Nous en avons pour témoins les saintes femmes qui triomphe de la vérité, un encouragement dans notre vie
se rendant au tombeau s'attendaient à toute autre chose riche en luttes et le signe de notre propre résurrection.
qu'à .la résurrection du Christ. Nous en avons pour
témomsles apôtres qui n'accueillirent au début la
nouvelle qu'avec hésitation; mais quand ils furent
convaincus par leurs yeux, leurs oreilles et leurs mains
de sa réalité, ils donnèrent leur vie pour elle. Nous en Mes frères, c'est le soir de Pâques. Les apôtres sont
avons pour témoin la foule des premiers chrétiens réunis, il eh manque deux seulement, Judas le traître
auxquels le Sauveur apparut après sa résurrection. et Thom'ls. Où était Thomas, nous ne le savons pas. Les
esprits sont déprimés, pleins d'angoisse. Le corps du
~ous en avons pour témoin toute la vie de l'Église
dIx-neuf fois centenaire. En effet, devant le courage des Christ a disparu, les grands prêtres ont fait publier dans
la ville que les disciples l'ont dérobé. Dès lors il n'est
martyrs, la hauteur morale et l'intrépidité qui résultent
pas prudent d'aller dans les rues. Ils sont même si
de la foi en la résurrection, nous pouvons à bon droit
inquiets qu'ils ont soigneusement verrouillé la porte.
nous demander : Si le Christ n~est pas ressuscité
Que va-t-il arriver? Que vont devenir les desseins
mais est demeuré dans la poussière du tombeau, qui
du Christ? Comment ces pêcheurs craintifs entrepren-
peut comprendre tout cela? qui peut croire qu'un mort
ait pu réaliser tout cela? dront-ils la conquête du monde? ..
Et alors.:. alors ... tout d'un coup le Christ se trouve
La résurr~tion .du Christ est le couronnement de
au milieu d'eux. Les portes sont encore fermées, mais
son œuvre, la' preuve suprême qu'Il est réellement le
le Christ est au milieu d'eux. « C'est moi, ne craignez
Fils de Dieu. Lorsque le Christ était attaché à la croix
pas! » C'est comme s'Il avait dit: Maintenant il faut en'
ses ennemis l'insultaient par ces paroles : « Il a sauvé
finir avec ce pessimisme craintif. Voyez, j'ai tenu ma
les autres, et Il ne 'peut pas se sauver Lui-même; s'Il

1 Symb. des Ap. - T.IV


18 LE SYMBOLE DES APôTRES

,1 parole. C'est moi, je vis. Mais à présent il me faut des


soldats, il me faut des martyrs qui me rendent témoi-
gnage devant le monde.
,: 1
" Et «les disciples se réjouirent à la vue de leur Maître n,
di~ la Sainte Écriture, et une force nouvelle remplit
leurs âmes abattues. Et depuis la sublime figure du II
Christ ressuscité est devenue pour eux une source
d'énergie nouvelle. Chaque jour elle passe joyeusement
sur des millions de lèvres: (c Il est ressuscité des morts NOUS RESSUSCITERONS !
le troisième jour n.
Oui, le Christ vit. Le Christ est une réalité vwante.
Ce n'est pas une légende, ni un mythe ni un symbole. Le MES FRÈRES,
Christ qui passait sur les routes de Palestine passe
aujourd'hui sur les routes du monde. Le Christ qui
parlait il y a dix-neuf siècles aux habitants de la Terre Vous connaissez le bel hymne de Pâques cc 0 filii et
Sainte nous fait signe aujourd'hui encore comme filiae ». cc Morte surrexit hodie. Alleluia ». '
vainqueur de la mort avec la palme 'de la victoire, Pourquoi devons-nous nous réjouir et chanter :
aujourd'hui encore Il nous parle, nous console, nous alleluia?
fortifie, nous éclaire, nous aide et nous attend ... nous Est-ce parce que le Christ a vaincu ses ennemis?
attend dans l'éternelle patrie. Est-ce parce que la vérité opprimée s'est éveillée
Mes frères, vivons donc avec la grdce de Dieu de fayon triomphalement à la vie? Est-ce parce que le Christ
que là où est la tête soient aussi les membres. Vivons de a accompli son plus grand miracle et manifesté claire-
manière que là où notre Frère glorieux nous a précédés ment sa puissance divine? Oui, c'est pour cela que nous
nous arrivions nous aussi et que par sa passion et sa croix nous réjouissons tous, que nous sommes tous dans
nous parvenions aussi à la gloire de la résurrection, par l'allégresse, lorsque nous pensons à la résurrection du
Jésus-Christ Notre-Seigneur. Amen. Christ.
Mais il y a encore au dedans de nous une"grande joie
dont la force bouillonnante se déverse du tombeau
vide du Christ sur l'humanité, il y a dans la résurrection
du Christ encore,un grandiose témoignage que l'Apôtre
exprime en ces termes: cc Dieu qui a ressuscité le Christ

,1
20 LE SYMBOLE DES APÔTRES NOUS RESSUSCITERONS 1

nous ressuscitera aussi par sa puissance» (Romains, IV, ressuscité, nous aussi nous ressusciterons, c'est-à-dire
17)· Voilà la grande, consolante et sublime pensée '.noUS retrouverons un jour la vie perdue à la mort.
qui émane du tombeau glorieux de Pâques: Si le Christ Mais ressusciterons-nous vraiment? - nous deman-
est ressuscité, alors nous aussi nous ressusciterons. dons-nous avec anxiété. C'est une promesse si inouïe,
Quel~e étonnante doctrine de notre sainte religion 1 qu'on ose à peine y croire. ,., .
On dIt souvent de notre religion: « Religion difficile 1): Examinons donc dans le sermon d aUJourd hUi ces
Et c:est la vérité. Quelle que soit la religion que l'on trois questions :
consl~ère, chacune est beaucoup plus indulgente pour J. Quelles sont les preuves en faveur de la croyance à
les faIblesses, les défauts, les plaisirs corporels de la résurrection. II. Quelles sont les objections contre la
l'homme que la nôtre. cc Je suis venu apporter non pas croyance en la résurrection et III. Que donne la foi en
la paix, mais le glaive» (S. Matthieu, x, 34) a dit Notre la résurrection.
Sauveur et certainement avec ce glaive il tranche
profondément dans la chair vive. 1
La prière ne me suffit pas, il ne me suffit pas que vous
alliez à l'église, il ne me suffit pas que vous fassiez
PREUVES EN FAVEUR DE L~ FOI EN LA RÉsURRECTION
l'aumône, - il me faut toute votre vie: vos pensées, vos
paroles, vos actions. Je vous interdis toute jouissance
pécheresse, même la simple pensée. Vous aimeriez La foi en la résurrection est en réalité si sublime
:r ous rassasier, - mais aujourd'hui c'est jour de jeûne: que sans l'enseignement formel et l'exemple de Notre-
Je ne le permets pas. Vous aimeriez vous reposer _ Seigneur Jésus-Christ la raison humaine n'aurait
mais c'est aujourd'hui dimanche : allez à la me~se! même pas osé affirmer une telle chose.
Le péché vous attire, le péché vous séduit, le péché A) Mais Notre-Seigneur a enseigné en termes si clairs
vous menace, - qu'importe, je ne le permets pas. la foi en la résurrection que le moindre doute ne peut
Je ne permets pas que vous me reniiez. plus subsister sur le sens de ses paroles.
. 1 •• Certainement, une religion sévère. Il y a peu de vérités qu'Il ait si souvent répétées et
Mais voyez, mes frères, cette même religion qui sur lesquelles Il ait autant insisté que sur celle-là. Et
demandp: que nous refrénions notre corps, que nous certainement parce qu'il s'agissait d'une chose aussi
dominions nos désirs désordOJ;més et que pour le .contraire à l'expérience quotidienne.
Christ nous sacrifiions même notre vie, - cette même a) Ecoùtez par exemple saint Jean dire formelle-
religion nous promet aussi quelque chose que personne ment dans son évangile : cc L'heure vient où tous ceux
ni riel~ en ce monde ne nous promet : ii le Christ est qui sont dans les sépulcres entendront sa voix. Et ils
l'i[
l'i '
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'1

,1 22 LE SYMBOLE DES APÔTRES NOUS RESSUSCITERONS 1 23

e? sortir?ntj ceu.x qui auront fait le bien pour une , point de femme et n'ont point de mari. Aussi bien ne
resurr,ectlOn ~e VIe et ceux qui auront fait le mal pour , peuvent-ils plus mourir, puisqu'ils sont comme les
une resurrectlOn de condamnation» (S. Jean~1 v, 28- anges et qu'ils sont fils de Dieu, étant fils de la résur-
29)· Le.même saint Jean rapporte les paroles suivantes rection» (S. Luc, XX, 34-36).
du C~rtst : « ~'est la volonté de mon Père qui m'a
e?vo!e, que qUIconque voit le Fils et croit en Lui ait la Voilà le fait indéniable: Notre-Seigneur Jésus-Christ
,VIe eternelle e~ je .le ressusciterai au dernier jour » a enseigné souvent et clairement que les morts ressus-
(VI, 4~). « CelUI qUI mange ma chair et boit mon sang
citeront un jour.
a la VIe éternelle et je le ressusciterai au dernier jour»
(VI, 54): B) Mais le Christ n'a pas seulement enseigné la foi
b) ~t .combien cette croyance était répandue parmi en la résurrection, il a encore démontré par des exemples
les dIsciples de Notre-Seigneur, c'est ce q'ue nous que la résurrection aurait li~u .
appren~ la réponse de Marthe après la mort de Lazare. Et ici nous ne pensons pas seulement aux trois morts
~e Chnst console la- sœur désolée du défunt en lui dont nous parle la Sainte Écriture et que Notre-
dIsant que son frère ressuscitera. Et comme Marthe Seigneur a ressuscités.
répond naturellement : « Je sais qu'il ressuscitera lors Mais nous pensons en premier lieu au plus grand
de la résurrection au dernier jôur » (S. Jean XI 2 ) ' miracle du Christ : à sa propre résurrection.
1 Jé ' ,,4,
a or~ _sus pro:lame de nouveau le dogme de la rés ur- Lorsque les saintes femmes au matin de Pâques
rec~lOn : « J.e SUIS la Résurrection et la Viejcelui qui vinrent au tombeau du Christ pour embaumer , de
crOIt en ~OI, fût-il mort, vivra » (S. Jean, XI, 25). parfums suaves ses précieux restes, elles se posèrent
c) Un. JOur les Saducéens, les négateurs d'alors de la mutuellement cette question : Qui nous ôtera du
.- .(
résurrectzon, ~oulurent, par des questions captieuses tombeau la grosse et lourde pierre?
mettre le Chnst dans 1 embarras. Vous dites que nous Avant la résurrection de Notre-Seigneur une lourde
ressu~citerons, dirent-ils au Sauveur. Eh bien 1 il Y a pierre pesait pareillement sur le tombeau de chaque
parmI nous un homme qui a eu sept femmes, laquelle homme: la lourde pierre du désespoir. Quelle butte
des sept sera son épouse à la résurrection? insignifiante, cl quelle petite colline qu'un tombeau
Quelle ( ,question astucieuse apparemment 1 humain, et pourtant de quel poids immense elle pèse
Écoutez seulement ce que répond Notre-Seigneur: sur l'âme de l'homme qui voit dans ce petit tombeau le
« L~s enfant~ de ce siècle se marient et sont donnés en station finale d'une vie humaine qui pense, désire, aima
~anagej ~aIs ceux ~ui ont été trouvés dignes de parti- et souffre.
cIper au slècle à vemr et à la résurrection ne prennent Ah 1 Serait-ce donc la fin de l'homme?

,1
LE SYMBOLE DES APÔTRES NOUS RESSUSCITERONS 1
l '
, Mais le Christ ressuscité a résolu le mystère angoissant L'homme n'est homme qu'en tant qu'uni à un corps.
, ,1 des tombeaux et renversé la lourde pierre. .En nous, toute manifestation spirituelle, si petite soit-
Je viens de citer ces paroles majestueuses de Notre- elle, est en connexion avec notre co!,ps; notre âme est
Seigneur: « Je suis la Résurrection et la Vie. Celui qui l'aigle, notre corps en est les ailes: 'Si notre âme est
,
J'"
croit en moi, fût-il mort, vivra» (S. Jean, XI, 25). triste, les larmes nous sortent des yeux; si elle est dans
N'est-ce pas une exagération? N'est-ce pas une affir- la joie, notre visage sourit. L'homme n'est donc totale-
mation téméraire? ment homme que si le corps et ·l'âme sont réunis. Le
Voici la réponse: Le Christ est ressuscité. Le Christ développement intégral de la vie humaine a besoin
est ressuscité, maintenant nous croyons que ce n'est pas que le corps et l'âme, provisoirement séparés par la
de l'exagération. Maintenant nous aussi nous proda.: mort, se réunissent de nouveau.
mons avec sa:C\t Paul: « Si l'on prêche que le Christ b) La résurrection est exigée par la grandeur de Dieu.
est ressuscité des morts, comment certains peuvent-ils Il faut une grande et décisive confrontation où chaque
soutenir qu'il n'y a point de résurrection des morts? » péché s~ra dévoilé, où chaque s~i- disant grandeur sera
(le Corinthiens, xv, 12).
rabaissée, où sera distribué bénédiction ou malédiction,
Depuis que Notre-Seigneur a reposé dans le tom- récompense, ou châtiment, selon la justice qui sait tout
.beau, chaque tombeau est saint pour nous ' depuis du Juge éternel. C'est là que sera révélé qu'on ne peut
qu'II y a reposé et attendu le matin de Pâques: chacun pas fouler aux pieds impunément les commandements .
de nos morts attend le grand jour de Pâques la de Dieu.
résurrection. '
Il faut cet hommage final devant le Créateur du
.
Avant Jésus-Christ les hommes mouraient, ils monde, lorsque tous les genoux fléchiront devant Lui
meurent aUSSI après. Mais aVant Lui on écrivait SUr les - qu'ils le veuillent ou non - et que résonnera dans la
tombes: « Ici repose dans les ténèbres »; « ici repose bouche de chaque homme, de ceux aussi qui ne l'ont
dans le désespoir ». Depuis le Christ on écrit : « Ici jamais prononcée durant leur vie terrestre la grande
repose dans l'espérance de la bienheureuse résur- profession de foi : Dieu unique, renié, blasphémé,
.i "
'rection ». Oui, nous '..troyons que nous ressusciterons éternel, c'est Vous cependant qui étiez et êtes encore le
car le Christ l'a enseigné et l'a démontré. . ' centre de l'humanité et du monde.
C) Oui, ce grand enseignement du Christ, la vérité c) Mais la résurrection est encore réclamée par la
.' , de notre résurrection future, est confirmé en nous par justice de Dieu. . .
" l'idée de Dieu.
Si j'ai pratiqué le renoncement à cause du Chnst, SI
a) La résurrection est exigée par te plan créateur mon corps a souvent enduré des privations à cause
de Dieu.
du Christ, sij'ai tenu mon corps en bride en face du

~ l ' 1

l'
'l ·li:1
".

...
1. ,: ..[.
., .
26 LE SYMBOLE DES APÔTRES NOUS RESSUSCITERONS! 2']

péché séducteur à cause du Christ, alors il est juste que .' au dedans de nous, contre la foi àla résurre:tion.
. ce corps aussi ait part à la récompense du Christ. . A) Il Y en a qui sont inquiets devant ces questlOns :
La chose est claire devant moi : s'il y a un Dieu, Qu'adviendra-t-il de 'Ceux qu'aura fracassés un ~(u!et
' . ,:' il y a aussi une résurrection. La vie de l'homme sur la de canon, qui sont engloutis au fond de la mer, qUt sont
terre est une lutte incessante pour la liberté : sacrifice, disparus sans laisser de traces, sur les ~ombeau~ desque,ls
renoncement, discipline. La justice élémentaire exige des villes ont été construites, - ceux-la ressusctteront-zls
que celui qui a péché dans son corps expie aussi dans aussi? Est-ce donc possible?
son corps et que celui qui a triomphé dans son corps Mais ~ je le demande ~ tout cela peut-il êtr.e u~
obtienne la récompense dans son corps. obstacle pour la toute-puissance de Dieu? Cel~l qUl
Ce grand jour de la résurrection sera une grande a créé la vie qui n'existait pas encore ne pourralt. pas
revue, une grande revue sur le champ de bataille. Quel ressusciter la vie morte qui a déjà existé? Seralt-,ce
champ de bataille? La vie est un grand champ de bataille plus difficile pour Dieu de fair~ re,vivr,e ce corps. qUl ,a
sur lequel j'ai tant lutté pour mon âme. Celui qui a déjà vécu que de créer ce qUl n aVait ~ncore Jama~s 1

vécu avec le Christ, qui a été uni au Christ, qui a .agi vécu? Celui qui par sa volonté créatnce a prodUlt
,, ' en union avec le Christ, qui est mort avec le Christ, - l'unive-rs ne serait-il pas assez puissant pour nous
celui-là ressuscitera et triomphera avec le Christ. arracher à la corruption?
Voilà ce que je crois. Voilà ce qu'a enseigné le Christ. A saint Paul aussi on posait déjà la question: « Com-
Voilà ce qu'enseigne sa propre résurrection. Voilà ce ment les morts ressuscitent-ils? Avec quel corps
qu'enseigne aussi le raisonnement humain. reviennent-ils? » (le Corinthiens, xv, 35). Or, que
répond-il? « Insipiens! », - « Insensé! ».
En vérité, qu'aurait-il pu répondre d'autre? Celui
II qui le premier a donné la vie rie pourrait pas la donne.r
une seconde fois? - Insensé! Quelque chose peut.ll
DIFFICULTÉS CONTRE LA FOI ' A LA RÉSURRECTION
se corrompre de telle sorte que la main du Créateur
·1.,
ne puisse le rappeler à la vie? - Insensé} Le boul~t
de canon peut-il broyer le corps et le me1~nger à .a
Évidemment nous savons tous que la résurrection terre au point que le Tout-Puissant ne pUlsse pas le
ne peut être que le résultat de la volonté toute-puissante rappeler à la vie? - Insensé! La larve s: change en
de Die.u créateur.
1'" ch rysal1'd e" puis meurt· et après? Apres, elle, SlOt
" La volonté toute-puissante de Dieu créateur est la papillon multicolore de son tombeau. - Insense!
réponse aux difficultés et aux doutes qui pourraient surgir, B) D'autres sont saisis_parce doute : « Tout. est

•.1::
. 1 .
l,'·

LE SYMBOLE DES APÔTRES NOUS RESSUSCITERONS 1

immobile dans la tombe: y aura-t-il encore de la vie? Dieu essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne
Tout y retourne en poussière et corruption: y aura-t-il sera plus, et il n'y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur»
en~~~? " (Apocalypse, XXI, 4)'
Oui, il yen aura encore. Car les morts « entendront la Oui, il y aura une résurrection.
voix du Fils de l'homme ».
Cett~ (' voix. est-elle donc vraiment si puissante.?
~h o.~II Le Jeune homme de Naïm était porté au III
Clmetlere et cette voix retentit: « Jeune homme je te
1:. dis, lève-toi 1» (S. Luc, VII, I4), et le mort r~ssus­
Clt? La filI~ de J aïre était étendue sur son lit et cette QUE NOUS DONNE LA FOI A LA RÉSURRECTION

VOIX retentIt.: « lève-toi 1 » (S. Marc, v, 4 1 ), et la


"1
morte ressuscIta. Lazare était depuis quatre jours dans Non seulement je crois à tout cela, mais je vis en
le tombeau et cette voix retentit; et Lazare ressuscita. conséquence. .
Et lorsque ~lus tard cette voix retentira une fois encore, De ce dogme sublime, en effet, découlent pour mOl
'",1 alors aura heu la résurrection des morts.
.. il un grand avertissement dans la vie, une force dans la
1
, Die.u, le Dieu de la vie, a imprimé sur ce monde tentation et une consolation dans la mort.
1
m~ténel, SUr la nature, la marque de la victoire. A la . A) Un avertissement : Préparez-vous à ce jour 1 ce
'1
~Ult s~ccèdeyaur~re, après l'hiver vient le printemps, sera le jour le pius grand dans l'histoire du monde.
1eau evaporet; reVIent sous forme de rosée, un germe Un seulemént lui a ressemblé: le premier jour, où se
nouveau sort de la semence; la semence humaine firent entendre ces paroles du Créateur: « Que la
dispar.aîtrait-~lIe donc seule sans laisser de ' trace, elle lumière soit! » Maintenant on entendra sur les lèvres
en qUI le Createur a pourtant renfermé toute la valeur du même Dieu : Que les ténèbres soient, que la vie
de l'univers? terrestrp. prenne fin. Et la terre sera ébranlée ... et les
y
Oui, il aura une résurrection. II y en aura une car morts ~e lèveront,.. . par millions, par milliards ...
c'est par la résurrection que sera achevée l'œuvr~ de des tombes et des sépulcres, des profondeurs de la mer,
l~ R.édemption. Alors le Rédempteur célébrera sa du sein de la terre, ceux qui étaient oubliés, -ceux dont
v1ctolre finale sur la. mort (le Corinthiens, XV, 26). Alors personne ne savait plus rien, ceux qui ont beaucoup
no~s rec.evrons l~ VIe dont le Christ a dit : « Celui qui souffert dans leur vie, ceux qui sont restés attachés
V?It l~ FIls et crOIt en lui a la vie éternelle et je le ressus- au Christ, ceux qui ont renié le Christ ... , et ils verront
c~teraI au ~ernier jour » (S. Jean, VI, 40 ). Alors le Fils de l'homme venir avec une grande puissance et
VIendra le Jour dont la Sainte Écriture nous dit : « Et maj esté.
',',

LE SYMBOLE DES APÔTRES NOUS RESSUSCITERONS! 31


Préparons-nous à ce jour 1 C) Mais la foi à la résurrection est aussi une grande
Si je dois ressusciter un jour, je suis inexcusable de consolation dans la mort.
n'avoir- 'pas mieux servi Dieu. Si tout n'est pas fini Avez-vous déjà,Yu une éclipse de soleil? Nous
au tombeau, je suis inexcusable de ne m'être pas préparé autres Européens, 'nous avons, n'est-ce pas, l'habitude
à la vie après la tombe. J'avais soif de la vie éternelle. de la contempler tranquillement? Mais au Pérou les
Mais la vie éternelle ne peut pas s'épanouir après une peuplades sauvages, lorsque il y a une éclipse,
vie terrestre vid~ ; d'un grain vide ne peut pas pousser que la lumière commence à diminuer et le soleil à
un chêne. Voilà le premier avertissement de la foi à la s'assombrir, sont prises d'une immense panique. Les
résurrection : Mes frères, préparez-vous à la résur- femmes se mettent à pleurer avec des cris inarticulés,
rection! Vivez de manière que ne soit pas semé un à gémir, à déchirer leurs vêtements, à s'arracher les
grain vide dans le tombeau, mais une vie pleine de vertu cheveux, à se griffer le visage, elles s'ouvrent les veines
et d'honneur. avec des arêtes : elles sont dans le désespoir, parce
B) Et la deuxième leçon? Ce sont ces paroles de qu'elles croient qu'il n'y aura plus de soleil.
saint Paul : « Si vous êtes ressuscités avec le Christ,
"
Voyons donc maintenant quelle consolation nous
recherchez donc les choses d'en haut! » (Colossiens, apporte à la mort la sainte fête de Pâques. Depuis
III, 1). Pâques nous savons que l'éclipse, les ténèbres, la dispa-
Quelle force dans la tentation que la foi en la résur- rition de la vie dans la mort ne dureront qu'un court
rection 1 Je tiendrai bon, je resterai fidèle au Christ. instant. Nous aussi nous pleurons sur la tombe de ceux
Quelle que soit la durée de l'attente, le grand jour que nous aimons, nous aussi nous so.mmes dans la
viendra certainement. Si sombre que soit ma vie, l'aube . . ", . ,
tnstesse, malS non pas comme ceux « q1:11 n ont pas
viendra certainement un jour. d'espérance» (le Thessaloniciens, IV, 12) mais commè
Combien de temps faudra-t-il attendre, je ne sai~ pas. ceux qui savent que si le Christ est ressuscité, alors nous
Mais ai-je le droit de m'abandonner à l'impatience dès aussi nous pouvons regarder courageusement en face la
cette vie. Ai-je le droit de vouloir vendanger dès le disparition, la destruction, la mort. Nous savons que
,i" mois d'août, de vouloir couper et manger les raisins si la semence est exposée à la pluie, si la semence est
,,. '1

l, avant leure maturité? Ai-je le droit de" murmurer exposée au vent, si la semence est soumise à la gelée,
quand je souffre, alors que je sais que chaque souffrance si la semence se corrompt dans la boue, cependant elle
devient un diamant étincelant, comme les cinq plaies germera un jour, )elle fleurira et s'ouvrira à une vie:
du Christ ressusCité. Du tombeau de Pâques du Christ nouvelle. Nous savons que « Celui qui a ressuscité le
souffie uri. avant-goût de l'immortalité et il me fortifie Seigneur Jésus nous ressuscitera aussi avec Jésus »
dans toutes mes luttes. (Ile Çornithiens, IV, If). Noùs savons que le soleil
,
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!, '

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"!
LE SY,MBOLE DES APôTRES
NOUS RESSUSCITERONS 1 33
se couche le soir, mais aussi qu'il se lèvera le lendemain.
voir une tombe dont la pierre a été ôtée et de ce tom-
! No~s savons que l'étoile disparaît, mais aussi qu'elle
beau, comme une étoile invisible, rayonne sur leur tête
·i · rev~ent de nouveau. Nous savons qu'en automne les
femlles tombent, mais aussi qu'all,printemps elles la foi en la vie éternelle.
pousseront. de nouveau. Nous savons que le corps Lè*Christ ressuscité agite dans samain la palme de
meurt, malS .le grand printemps du corps viendra: la vie éternelle et cette palme signifie un printemps qui
nous, ressus<:lterons. Nous savons que le Christ est vivifie l'âme et la dilate. Le Christ ressuscité a accru
nos besoins, le Christ ressuscité nous remplit de
la ~e:ur~ectIOn et la Vie et que quiconque croït en
Lm, fut-Il mort, vivra éternellement. courage; ce Christ triomphant - dois-je le dire? -
C'est cette foi qui nous donne la force dans les a révolutionné l'humanité, de sorte qu'elle ne se con-
ténèbres de la vie: je m'attacherai à cette vie éternelle tente plus à moins. Nous ne nous contentons plus
plus l'~orizon de la vie terrestre s'obscurcira au-dessu~ de moins que de la vie, une vie sans limite, une vie
de mOl,. comme une fleur qui tend avec persévérance qui s'étend vers l'éternité.
son calIce pâle et anémique de l'obscurité d'une o saint tombeau qui rayonne vers nous. 0 tombeau
cave . v~rs la lumiè.re vivifiante. 0 foi triomphante! béni de Pâques quelle lumière vous projetéz sur nos
?
! ,,"

fOl a la résurrectzon! 0 foi sainte et bénie en la vie allées et venues terrestres 1 0 Christ ressuscité et
eternelle! triomphant qui vous tenez aujourd'hui devant nous en
vainqueur et gravez dans notre cœur le grand encou-
ragement que ... que par delà les luttes, par delà la
souffrance, par delà les épreuves, par delà le chemin de la
."
" Mes frèr~s, dans le ' célèbre cimetière parisien du . croix de cette terre, par delà la mort, par delà la tombe,
~ère-L~cha1se se dresse un monument aux morts bien par delà la disparition, la dissolution, la décomposition,
ImpressIOnnant. On y voit la porte de la mort s'ouvrir lWUS attcl1d une couronne de victoire et de bonheur, la

~om~~ une porte sombre derrière laquelle une for~e vie éternelle.
Irré~lstlble attire à elle des hommes qui se tiennent à Le Christ est ressuscité. Alleluia 1 pour que les
drOIte ;~ à gauche. Quelques-uns se laissent entraîner hommes se réjouissent. Alleluia! pour que devant la
sans reslstanCt; vers la porte sombre;" d'autres gisent tombe de ceux qui leur sont chers ils puissent dire cette
l, " prière consolante: Je crois à la résurrection de la chaîr,
·j,l,
"1 s~r le, s?l sans connaissance, d'autres se défendent
d~sesperement. Mais deux homme;, la tête haute, le je crois que nous ressusciterons. Alleluia/ Alleluia!
VIsage tranquille, entrent sous la porte. D'où vient ce
,1; , calme? Ah oui 1 C'est que sous leurs pieds on peut
' ,I!.
,1 f' l
·1·
8 ymb, des Ap. - T. IV 8
Il Il' '
1 ..
II' ,

1. ·· ·"
H' 1

LA ~SURREc'froN DU CHRIST 35
que cette petite tombe. C'est ici qu'il se décompose
dans cette fosse oQscure, car toute sa richesse n'était
pas suffisante pour qu'il pût s'échapper de ce lieu.
Les mottes de terre jetées sur son cercueil l'ont enterré
lui et sa puissance; son tombeau a été bientôt oublié
III ainsi que son cadavre qui se réduit en poussière, et
maintenant les feuilles qui tombent des arbres sur
," , ". sa tombe lui tressent une couronne et le vent du soir
LA RÉSUR.RECT.IDN DU CHRIS'f joue moqueur avec la poussière de l'orgueilleux monu-
NOTRE CONSOLATION ment. Ici repose, ici repose ...
En revanche, mettons-nous au matin de Pâques
près du tombeau de Jésus, de Jésus qui a été pauvre
MES FRÈRES, durant sa vie, de Jésus dont toute la puissance acom-
mencé avec ce tombeau, que la terre a renfermé à peine
une paire d'heures dans la froide tombe, pour ensuite
Au matin de Pâques les saintes f~mmes se rendirent sortir du tombeau auréolé de gloire, vainqueur, le troi-
en hâte au tombeau du Christ pour embaumer son sième jour et s'assurer entre les bras de la mort la vie
corps sacré. Mais le tombeau est vide, un ange est assis éternelle. Une vie glorieuse qui ne finira jamais.
sur la pierre et dit aux saintes femmes: (( Vous cherchez Et depuis, la fête du Christ ressuscité est la plus
Jé~~s de. Nazareth; Il est ressuscité, Il n'est pas ici; grande et la plus émouvante fête du christianisme.
voda le heu où on L'avait mis » (S. Marc, XVI, 6). Une fête d'une joie débordante, d'une félicité
.Avez-:,ous ja~ais vu déjà pareille inscription funé- débordante.
raIre? .DI,tes-mOl : en avez-vous vu? Comme ces paroles Lorsque Vienne en 1683 fut délivrée du péril turc,
sont dIfferentes de ces inscriptions funéraires par les- sans se connaître les gens s'embrassaient en pleine rue
quelles la piété des survivants a coutumè de louanger dans leur joie et pariaient sans cesse de victoire: Nous
le mal.heureux pèlerin entré dans le repos éternel. sommes délivrés, réellement nous sommes délivrés ...
0
1,;' (( ICI_repose » tel ou tel illustre savant, tel titulaire de Cette ardente félicité se répandait sur les chrétiens des
hauteg" dignités, tel chef d'armées victorieux tel , premiers siècles le jour de Pâques, lorsqu'ils se saluaient
souverain, un homme honoré par le monde; fa~orisé ' ainsi réciproquement : Le Christ est ressuscité. Et la
par la chance, comblé par la fortune et couvert de réponse était : En vérité, Il est ressuscité.
'l '
briIl~~t~s. Qistinctions, et il n'en reste pas autre chose -Le soir du Samedi saint c'est comme si la ville
1

LA RÉSURRECTION DU CHRIST
LE SYMBOLE DES APÔTRES
1 37
entière est sur pied : on peut à peine se mouvoir dans comme l'ange ». On peut dire que notre organisme
les rues à cause des flots de la foule. II est difficile physique est un inonde en miniatu~e. Aussi n'y a-t-il
alors de rester à la maison dans une chambre paisible.
La force électrique d'une joie jamais ressentie parcourt
r rien d'étonnant que nous sentions 'avec la nature et
qu'une mystérieuse tristesse s'empare de nous, lorsque,
l:s nerfs de l'homme et le pousse dans les rues, en plein aux jours brumeux de la fin d'octobre, les feuilles
alr. La terre entière se réjouit et les habitants de la terre jaunies qui tombent tissent un linceul à la nature
se réjouissent, car c'est la veiIIe de Pâques, et à ce expirante, mais que par contre une 'source de vie bat
moment les bourgeons s'ouvrent sur les arbres, à ce au dedans de nous, lorsque, a~ printemps, des millions
moment s'ouvrent les calices des fleurs, à ce moment de bourgeons s'ouvrent autour de nous et que la couleur
s'épanouissent aussi les bourgeons d'une joie vraie et vivifiante des forêts verdoyantes remplace le sommeil
profonde dans l'âme humaine. figé de l'hiver.
,.Ch.acun se, réjouit, mais chacun sait-il pourquoi il se
re}ouzt ? - c est la question que je pose à présent. .
j Notre corps a été tiré de la terre et un jour retournera
à elle, il n'est donc pas étonnant qu'il soit uni étroitement
De quoi nous réjouissons-nous? En quoi consiste la au sort de notre vieux globe, que son agonie automnale
consolation que nous apporte le Chrzst ressuscité? le remplisse de tristesse et que sa résurrection au prin-

Tout d'abord l'homme se réjouit du renouveau


t temps le comble de joie. Lorsque la vie nouvelle ressus-
citée au printtmps fait entendre sa chanson dans le
monde, il est naturel que la joie retentisse dans notre
petit monde, dans notre âme, comme, quand nous
frappons la corde d'une harpe, la corde d'un autre
instrument placé à côté résonne, elle a'ussi, si elle est
de La nature. 1 accordée sur la même note. Au printemps la joie d'une
L:univers entier se manifeste en petit dans l'homme, vie nouvelle circule en nous. Jamais on ne se réjouit
1 mieux de la beauté de la vie que précisément au prin-
aUSSI a-t-on .coutume d'appeler l'homme un micro-
1
cosme, un petit monde. temps, à la résurrection de la vie qui reposait morte dans
Notre corps consiste en un mélange de substances le tombeau de l'hiver.
minérales, végétales et animales, et le tout est maintenu
et vivifié par l'âme spirituelle. Un philosophe du
deuxième siècle, Athénagore, a exprimé ainsi cette
idée : « L'homme est comme une pierre; il grandit
comme la plante; il sent comme l'animal; et il pense
\
LE SYMBOLE DES APÔTRES 1 LA RÉSURRECTION DU CHRIST 39
i
;'
]1
triomphants a pesé sur Notre-Seigneur Jésus-Christ
1... mais le matin du troisième jour, la fermeture du
II 'tombeau s'est ouverte et depuis on ne peut plus vaincre
\ le Christ vainqueur de la mort ... Depuis: le Christ vit,
Mais du mystère de Pâques découle encore une autre 1 le Christ triomphe, le Christ règne.
leçon: encouragement et force relativement à la destinée Cette résûrrection annuelle de la nature soulève en
de la société et des peuples. nous cette question: Y a-t-il aussi pour les peuples une
Dans la Rome païenne, au centre du cirque de Néron résurrection?
se ?ressait ~n gi~antesque obélisque que l'empereu; Si un peuple est infidèle à l'idéal et aux lois morales
Cahgula. avaIt, faIt .apporter d'Héliopolis. A présent qui ont fait sa grandeur, alors il va à la ruine et n'a
cet obéhsque egyptIen, de près de 30 mètres de haut pas à attendre de résurrection. Si viennent à chanceler
et .d'un~ seule pièrre, se dresse au milieu de la place au dedans de lui les colonnes delamoraleetde la charité,
Samt-Plerre et les millions de pèlerins qui viennent les colonnes de la justice sociale et économique, alors la
~e toutes les contrées du monde y lisent cette inscrip- maison aussi s'écroulera. Écoutons donc l'avertissement
tIOn : « Le Christ vit, le Christ triomphe le Christ des cloches de Pâques qui nous invitent tous, les indi-
,
regne ». ' vidus et la société, à rentrer en nous-mêmes et à
Jamais on ne voit aussi clairement la vérité de ces réfléchir. Si les citoyens d'une nation croient au
mots comme à la veille de Pâques. Des millions de mystère de Pâques, à la vie future et s'attendent
bourgeons s'o~vrent en ce crépuscule de printemps, véritablement à la vie éternelle, alors ces citoyens seront
le vert des feUIlles fraîches nous ravit, les calices des honnêtes, travailleurs, pleins d'estime pour leur
fleurs s'entr'ouvrent ... la nature qui renaît chante prochain, prêts au sacrifice, - c'est-à-dire ils seront
l'hymne de la vie nouvelle ... et pourtant il n'y a pas les véritables soutiens de la nation et les promoteurs
lon~t~mps .nous ~ti~ns transis de froid. Peut-être y en de sa résurrection future.
avaI~-tl qUI se dIsaIent avec désespoir : le printemps
ne vIendra pas. '
III
Mais le printemps ne peut être que retardé, et non pas
supprimé. Les ténèbres peuvent lutter contre la lumière
non pas la vaincre définitivement. Le triomphe du mai Et maintenant nous arrivons à la plus hli.ute con- ,
est seulement passager, mais tôt ou tard l'honnêteté solation que nous apporte la résurrection du Christ.
~t la bonté font leur entrée triomphale. Pendant trois En effet, qui ne sentirait que jusqu'à présent la
Jours seulement la pierre sépulcrale de ses ennemis l ' réponse est encore loin d'être complète, qu'elle;

T
40 _ LE SYMBOLE DES APÔTRES

n'explique toujours pas cette joie ardente qui au matin


Ide Pâques inonde l'âme humaine? Pourquoi cette joie?
Quelle en est la source? Nous réjouissons-nous peut-
l
'.
LA RÉSURRECTION DU CHRIST

réalité, nous en avons pour gage le tombeau glorieux


et vide de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Avec la tombe
la vie se couvre de ténèbres, et être dans les ténèbres
être seulement des arbres verdoyants, seulement des est si angoissant et si inquiétant. Mais tout comme
fleurs -qui s'ouvrent, seulement des fleurs odorantes? les premiers rayons du soleil levant dissipent la nuit
Pas du tout. Notre joie est une joie qui vibre comme la sombre, ~ de même les rayons du matin de Pâques
corde d'une narpe sous les doigts de l'artiste. Ce qui descendant sur le tombeau glorieux du Christ chassent
veut dire que nous nous réjouissons de cette -résur- de nos âmes le poids écrasant de la disparition et de la
rection de la mort hivernale, parce que, au fond de mort définitives. Les cloches de Pâques font entendre
notre nature, nous sommes destinés nous aussi à la vie dans les tombeaux ce son joyeux : La mort n~est pas
et non pas à la mort. La résurrection de la nature vibre la-fin car il y a quelqu'un qui l'a vaincue et lui a ôté
en nous avec une telle force, parce que nous savons, son aiguillon.
depuis le premier jour de Pâques, que nous aussi Et sur nos lèvres passent les paroles du psaume XVe :
nous sortirons des tombes du cimetière pour une « Je prenais soin d'avoir toujours le Seigneur sous les ,
vie nouvelle ressuscitée. yeux.
Lorsque au printemps le monde entier devient un ~. Il est à ma droite pour que je ne sois pas ébranlé.
unique jardin de fleurs odorantes, le cœur de r C'est pourquoi mon cœur s'est réjoui, ma langue a
l'homme aussi bat fortement dans la lumière, la couleur été dans l'allégresse.
et les parfums : le désir ardent d'un Grand Printemps 1 Ma chair elle-même se reposera dans l'espérance.
qui viendra un jour et fera naître à une vie nouvelle Car Vous n'abandonnerez pas mon âm~ dans l'enfer,
Vous ne laisserez pas votre saint voir la corruption.
la vie ensevelie dans chaque tombe. \ Vous m'avez enseigné les voies de la vie,
Le problème , humain le plus angoissant et le plus
ancien est de savoir ce que nous deviendrons après la Vous me remplirez de joie par votre visage
mort. Est-ce que la tombe engloutira définitivement 1 Et à jamais des délices qui sont dans votre droite ».
notre vie d'éphémères ou bien la vie terrestre a-t-elle \ Comme il est réconfortant de réfléchir à fond sur ce
une suite par delà la tombe? 1 dogme de foi 1
Si seulement aU-dessus de l'hiver glacial des tombes Non seulement il veut dire que notre âme vit éternel-
-j lement. L'humanité le savait même avant le christia-
se levait aussi un printemps qui éveille la vie, tel fut l'
k désir 1ecret et mystérieux de l'homme d'autrefois nisme sous une forme quelconque. Que la, mort ne soit
êherchant le bonheur, mais que ce désir ne reste pas pas le dernier mot, que la tombe ne nous enferme pas
un simple désir, qu'il devienne un jour ia plus haute
~
1 tout entier, que quelque chose de nous continue à

-\

1:
LE SYMBOLE DES APôTRES LA RÉSURRECTION DU CHRIST 43

vivre dans un autre royaume de Dieu, l'humanité l'a printemps succède à ['hiver, de même le réveil à la vie
cru toujours et partout. éternelle suit le repos de la tombe. La mort n'est devant
Mais actuellement il n'est pas seulement question de noUs que la transformation de forl!1 es extérieures
cela. Il est question de ce fait que cette âme qui continue et non p~s l'anéantissement de la vie. 'Ne disons pas
à vivre recevra de nouveau un C01PS après un certain d'êtres chéris qu'ils sont morts, mais qu'ils se sont
temps, - non pas sans doute un corps pesant, terrestre, éloignés. La vie est une force, or la force ne travaille
mais un corps spirituel non soumis aux lois de la pas seulement sous cette forme qui est attachée au corps
matière. matériel, elle se déploiera plus tard entièrement,
Cette vie sera un domaine complet de l'âme sur le justement après avoir déposé la matière sous la forme
corps, les meilleurs des hommes soupirent déjà préci- transfigurée qui l'attend.
sément après elle durant leur vie terrestre, mais ils ne Et c'est en cela précisément que consiste la plus
peuvent pas l'atteindre. grande consolation de la résurrection du Christ : Le
Dans notre vie présente nous sommes gênés par de~ Christ ressuscité des morts garantit que notre corps jeté
barrières: par notre faibless e, notre impuissance et les dans la profondeur du tombe~u germera un jour et
difficultés. Tout cela disparaît dans un corps ressuscité. s'épanouira pour la vie éternelle, comme la semence
Regardons seulement le Christ ressuscité. Il apparaît - jetée dans la tombe du sillon germe au prifttemps pour
les portes fermées -, il n'y a plus pour lui d'obstacles une vie nouvelle et verdit dans le bourgeon qui en sort.
matériels. Tantôt il est à Jérusalem tantôt en Galilée L'homme qui est mort au péché par le Christ et qui par
ou ailleurs, - il n'y a plus d'espace pour Lui. En ce la grâce du Christ s'est levé pour une vie nouvelle plus
moment ses disciples Le voient, à la minute suivante pure, plus belle, n'est pas seulement un microcosme
Il redescend dans les profondeurs invisibles, - il n'y a qui porte en lui même une petite image de l'univers,
plus pour Lui de barrières ni de frontières. mais aussi un microtheos, qui porte en lui le Dieu
Ce que signifie pour nous l'éclat du tombeau glorieux très haut.
du Christ, celui-là seul peut le dire qui a des tombes Du fait pascal que le Christ est ressuscité des morts
bien ch~res, des tombeaux qui ont englouti un époux découle le dogme le plus consolant de notre religion,
aimant, une mère attentive, des enfants· chéris et dont celui de notre résurrection future.
rien d'autre ne peut dissiper les ténèbres que la lumière Cependant il est vrai que, nulle part ailleurs que dans
réconfortante du tombeau de Pâques qui · a triomphé la foi au Christ ressuscité, on ne sent de façon aussi
de la mort. Le paisible printemps et le glorieux tombeau saisissante que deux sortes d' hommes, différents les uns
du Christ proclament ensemble que la mort n'est pas des autres dans leurs plans, dans leurs désirs et dans
le dernier mot dans la nature. Et de même que le leur but final, vivent sur la terre à côté les uns des
1
T
LE SYMBOLE DES APÔTRES
LA RlfSURRECTION DU CHRIST
+s
autres, mêlés l~s uns aux autres et en relations les uns
l'âme dans notr~ corps terrestre et en aidant déjà
avec les autres. Ceux qui croient à la résurrection du
maintenant les besoins de notre âme à triompher des
Christ et aussi à leur propre résurrection, - et ceux
qui ne croient ni à la première ni à la seconde. instincts du corps; en nous frayant avec une volonté
Deux sortes d'hommes. bien disciplinée une voie droite dans le marais des forces
Notre vêtement est le même, notre nourriture est qui descendent . dans la boue. ,vivre sel?n l'âme c:est
la même, nous payons pareillement les impôts, nous vivre selon la pensée de Dieu, Vivre en umon avec DIeu.
sommes pareiltement malades et nous mourons pareil- L'âme est précieuse, si la force et l'amour de Dieu
vibrent en elle. .
lement, - et pourtant il y a une immense différence
entre nous. Nous qui croyons à la résurrection du Christ Extérieurement on ne peut pas s'en apercevoir.
et à notre propre résurrection, nous' suivons les routes Devant moi dans cette chaire se trouve un petit micro-
de la vie terrestre, le cœur rempli de la pensée de la phone d'où actuellement un courant électrique porte
demeure éternelle, les yeux tournés vers la vie éternelle. chacune de mes paroles dans le monde entier. Mais
Et les autres? Les yeux et les regards des autres ne si le courant est coupé, alors je n'ai devant moi
connaissent et ne cherchent que cette terre et à la fin qu'un métal inerte, sans vie, inutile et au dehors de
de leurs luttes pénibles ils ne savent pas pourquoi l'église personne n'entend plus ma voix. Pourtant on
ils ont v6cu. n'aperçoit pas extérieurement le changement, tout est
comme il était auparavant, - seulement il n'y a plus
IV de courant et c'est pourquoi il est devenu un instrument
inutile. C'est ainsi qu'il arrive à l'homme qui a coupé le
contact avec le courant vivant de la force divine. Il ne
Nous tous qui gravissons le calvaire de la vie, regar-
peut plus s'élever au dessus de lui-mêm:, sortir de 'sa
dons vers le Christ ressuscité, dans les yeux duquel
nature. Une vie divine ne peut plus mounr, rassemblez
luit clairement la vie triomphante. Mes frères, vous pour
donc en vous cette vie immortelle, - voilà la grande
qui le triste silence du tombeau paraît si sombre,
regardez; notre frère revenu à la vie, le Christ sorti leçon du tombeau de Pâques.
« Comme le Christ est ressuscité des morts par la
triomphalement du tombeau. Mes frères èn qui
s'ouvrent aujourd'hui les bourgeons du désir de la vie gloire du Père, ainsi nous aussi nous devons marc~er
dans une vIe nouvelle» (Romains, VI, 4), nous conseIlle
éternelle, de la glorieuse immortalité, attachons-nous à
ce que ce désir du bonheur éternel devienne une heureuse l'apôtre saint Paul. ~l faut que je vive d'une vie ~ou­
réalité. velle 1 Qu'est-ce que cela veut dire? Cela veut dIre :
il faut que je vive de Dieu; Que je vive sur la terre,
Comment y réussirons-nous? En vivant déjà selon
mais que je ne prenne pas l'odeur de la terre. Il faut que
LE SYMBOLE DES APÔTRES LA RÉSURRECTION DU CHRIST 47
je vive dans un monde de péché, mais je n'ai pas le Seul l~ Christ, le Christ ressuscité, nous y a aidés.
droit de commettre le péché. Parfois je me sens si .0 saint tombeau, ô tombeau vide de Pâques, ô Christ
abandonné, si seul et je n'ai pas le .droit d'être aigri. glorieusement ressuscité, Vous seul êtes notre garantie
Il faut que je sente que le Père céleste est avec moi. contre les lois de fer de la caducité, Vous seul faites
Parfois les hommes sont si insupportables, si ingrats, - sortir des couronnes qui se flétrissent sur les tombes
et je n'ai pas le droit d'en être écœuré. Parfois la vie l'espérance de la vie éternelle.
frappe, flagelle, couronne d'épines et me charge d'une Ce tombeau glorieux me parle, il parle, fortifie, '
croix, et je dois porter la croix d'une âme victorieuse encourage, console: Mes frères, qui souffrez, qui luttez,
comme le Christ l'a portée. Voilà comment le Christ ne vous effondrez pas, ne désespérez pas 1 Aujourd'hui
ressuscité veut nous attirer à Lui, nous élever sur les le tombeau du Christ resplendit triomphant, mais le
hauteurs de la vie divine. chemin passe devant la station du Golgotha. Aujour-
Voulez-vous arriver au bonheur de la vie éternelle? d'hui l'aube de Pâques est ensoleillée, mais comme
Soyez plein de bonté déjà en la vie présente. D'une vie elle était sombre la nuit sans étoile du Vendredi saint 1
vide, insignifiante, souillée ne sort pas une vie éternelle Il est beau l'arc-en-ciel rayonnant, mais il n'est en
heureuse, pas plus que d'un nid vide ne sortira un petit réalité pas autre chose qu'un rayon de soleil brisé dans
oiseau ni un chêne d'un gland vide. les larmes. La rose fleurie a une odeur suave, mais elle
Celui dont l'âme sent le souffle de vie qui sort du ne s'ouvre que parmi les épines. On entoure d'une
tombeau vide du Christ, . celui-là fixe l'axe de sa vie couronne le front du vainqueur, mais c'est seulement
terrestre au pôle de l'éternité, dès sa vie terrestre après un combat soutenu vaillamment. Il vaincra
. il agit et calcule, il lutte et accepte, veut et pense, seulement avec le Cht-ist de Pâques celui qui ne craint pas
se réjouit et souffre conformément à la pensée de l'éter- de L'accompagner aussi sur le Calvatre. '
nité et cette vie terrestre devient déjà un prélude de la
bienheureuse immortalité.
Et dans cette sainte croyance s'épanouissent non
seulement les bourgeons de .Pâques, mais une complète
efflorescence et1naturité. Depuis que la terre existe, ·Mes frères, tous célèbrent la fête de Pâques. M ême
il y a toujours eu un printemps, mais le printemps ceux qui ne croient pas à la résurrection du Christ;
n'avait pas ouvert dans l'homme une espérance immor- ils célèbrent la résurrection de la nature morte, la,
telle. Il y a eu des poètes, des chants, des mythes, des victoire du soleil printanier sur la nuit hivernale. Ah!
romans, mais personne n'avait jamais pu enflammer quelle 6:st immense la différence entre ces deux fêtes!
l'espérance de la vie éternelle. ,Les malheureux se contentent de se réjouir des fleurs
LE SYMBOLE DES APÔTRES

qui s'ouvrent avec le printemps; pourtant sous le bour-


donnement de la vie printanière on perçoit un son qui
gâte la joie, celui de l'hiver qui flétrit tout. Mais nous,
nous célébrons dans le Christ ressuscité la victoire défi-
nitive de la vie sur la mort, le triomphe d'une vie qui
ne passera pas. IV
Le Christ ressuscité est pour nous le gage que nous
ne resterons pas définitivement dans le tombeau. Le
LES MESSAGES DU CHRIST RESSUSCITl1
gàge que l'inscription aux portes de nos cimetières -
« N.ous ressusciterons» - n'est pas une vaine espérance,
malS une promesse garantie par la résurrection du
Christ. Un gage que la.porte Je la mor. n'est pas le joug MES FRÈRES,
des désespérés, mais la porte triomphale du vainqueur
qui entre dans la vie éternelle. C'est-à-dire: la mort '
est une nouvelle vie et la fin de la vie terrestre est le Je rte sais pas si vous avez déjà assisté à la messe du
commencement d'une vie éternelle. Samedi saint. Une joie aussi bruyante, une jubilation
Je puis être laid ici-bas, - mais ma beauté se aussi triomphante ne se manifestent jamais dans un
revélera dans le ciel. Je puis être malade ici-bas, _ office liturgique comme au Gloria de cette messe.
ma force se révélera dans le ciel. Je puis être pauvre De grand matin a eu lieu la bénédiction du feu
ici-bas - ma richesse se révélera dans le ciel. Ici-bas nouveau et des fonts baptismaux, on a chanté les
je suis comme un coquillage qui fait mûrir des perles litanies des Saints, on a récité les prophéties... puis
pour le ciel. Ici-bas je suis une larve d'où s'élancera vient la messe .
.un jour un magnifique papillon vers le ciel. Ici-bas je Le prêtre qui célèbre s'est prosterné à genoux sur
suis un-commencement dont la fin sera dans le ciel. le sol comme un mort qui attend la résurrection; mais
Ici-bas je suis une semence dont sortira - Dieu fasse à présent il s'avance à l'autel revêtu des ornements
iqu'il en soit ainsi I-une fleur aux couleurs magnifiques blancs de la joie. Se préparant au matin de Pâques, le
et éternelles dans le ciel. soleil projette ses rayons sur l'autel et tandis que la
Voilà la plus magnifique consolation de la'résurrection ' fumée de l'encens se répand au-dessus des têtes des
du Christ : Pendant la vie, pensez J la mort et votre vie fidèles émus et attendant en silence, on peut comme
sera bonne; mais à la mort pensez à la vie éternelle et sentir l'émotion étouffée et contenue d'une joie prête'
'votre mort aussi sera bonne. Amen. à éclater,

Symll, des Ap. - T. IV


50 LE SYMBOLE DES APôTRES LES MESSAGES DU CHRIST

Et maintenant... tout d'un coup ... dans le grand Mais ... qu'est-ce que cela?... qu'est-il arrivé?
silence s'élève le chant d'allégresse du célébrant : Déjà de loin on peut facilement s'apercevoir que la
« Gloria in excelsis Deo ! Gloire à Dieu au plus haut des pierre n'est plus à l'entrée du tombeau, mais a été
cieux 1 » Et l'orgue mugit, la petite clochette retentit arrachée et' gît par terre. Qu'est-il arrivé? Elles se
dans l'église, les cloches se réveillent de leur profond précipitent vers le tombeau ... elles regardent à l'inté-
sommeil depuis le Jeudi saint et s'unissant aux accents rieur... Le tombeau est vide. Mais un ange est assis
joyeux des fidèles et à la voix du prêtre elles chantent sur la pierre renversée etles salue d'une voix joyeuse :
le Gloria, elles chantent l'Alleluia. « Ne craignez pas; car je sais que vous cherchez Jésus
Avec raison. Car celui qui réfléchit sur le mystère qui a été crucifié; Ii n'est pas ici; il est ressuscité comme
de Pâques et comprend le message du Christ ressuscité, il l'avait dit. Venez, voyez l'endroit où le Seigneur
celui-là a tout motif de se réjouir. Le jour de Pâques, le avait été mis» (S. Matthieu, XXVIII, 5-7)·
Christ ressuscité s'est révélé de multiple manière, Il a . Entendez-vous, mes frères, le premier message du
adressé aux hommes un muÎtiple message. Et pour que Christ ressuscité qu'il fit transmettre par son ange aux
nous puissions nous livrer complètement au sentiment saintes femmes - et à nous aussi? Les pieuses femmes
de la joie paséale, examinons successivement aujourd'hui voulaient rendre des soins .au corps du Christ. Et
les messages du Christ ressuscité. Quels avertissements, Notre-Seigneur qui ne laisse pas sans récompense le
quelles leçons, quelles assurances et quelles consolations plus petit service qu'on lui rend, les a récompensées en
y sont renfermés 1 leur faisant connaître les premières la nouvelle de cet
événement inouï de l'histoire du monde.
1 Or elles voulaient seulement prendre soin du cadavre
du Christ. Combien le Christ me sera reconnaissant
LE MESSAGE AUX SAINTES FEMMES si je prends soin de son corps vivant, si je garde et édifie
son temple vivant dans mon âme et dans les autres, dans
Le premier message du Christ ressuscité a été reçu ceux que les péchés de la vie ont ruinés, mais que
par les saintes femmes qui, aux premières lueurs du . mes paroles et mes exemples ont ramenés à Dieu!
matin de Pâques, tandis que tous dormaient encore Comme le Christ sera reconnaissant pour mon plus
dans Jérusalem, s'étaient rendues en hâte au tombeau petit apostolat 1
du Christ, apportant des parfums précieux dont elles
voulaient oindre son corps sacré. Sur leur âme aimante '
pesait une tristesse aussi lourde que la grosse pierre sur
le tombeau du Christ ...
LB SYMBOLE DES APÔTRES LES MESSAGES DU CHRIST S3
Pâques dans ce mess~ge du ~~rist ? En vérit~ le Seig,neur
blie le triste passe du pemtent, quand Il retourne à
ou . 1 .
II Lui. Est-ce qu'au confessionnal un baume aussI sa utalre
ne découle pas sur tout péché do~t. on se re~end?
LE MESSAGE A PJERRE QUI L'A RENm o message de pardon du Christ bem comme Il me
rani'me , comme il me fortifie' comme
. , il me console
.
devant les nombreux péchés de ma vie passee 1 Pierre,
. Le sec~nd mes~age du Sauveur ressuscité fut reçu par avez-vouS entendu? Le Seigneur vous salue•
Pierre, Pierre qUI L'avait renié.
L'ange, en effet, dit encore aux saintes femmes: « Il
est ressuscité, il n'est point ici; voici le lieu où on l'avait
mis. Mais allez dire à ses disciples et à Pierre qu'il vous
III
précède en Galilée» (S. Marc, XVI, 6-7).
« Dites à Pie~re 1» Pauvre Pierre! Comment l'a trouvé LE MESSAGE A MARIE MADET_ElNE
le matin de, Pâques ? Vraisemblablement il était assis '
l'âme .brisée avec les apôtres dans . une chambre bien Et pour que nous croyons encore mieux, pour que
fermée. Sur son âme pesait le souvenir de son malheu- nous pénétrions encore mieux dans les profondeurs
reuxreniement, sur celle de ~aint Jean le dernier regard de miséricorde et de pardon du Cœur de Jésus, voici
du Christ eXpirant, sur celles des autres apôtres le que le troisième message de Pâques s'adresse encore à
problème angoissant de l'avenir incertain. Ils sont assis une pénitente: Marie-Madeleine.
e~ silence, sans mot dire ... Tout à coup on frappe A) Le soleil de Pâques luit déjà de tout son éclat,
VIOlemment à la porte ... puis encore une fois ... et des mais près du tombeau s~nglote ~vec ~é~espoir ~n~
voix de femmes émues crient : Pierre 1 Venez vite 1 âme brisée, Marie- Madeleme. Sa vie anteneure a laisse
Pierre 1 Le Seigneur est ressuscité. Il vit et vous salue des taches sombres sur son âme, mais elle s'est con-
~i.~rre 1entendez-vous? II vous salue. Vous qui L'ave~ vertie mais elle fait pénitence de tout cela, mais elle suit
reme. Vous qUI avez juré que vous ne Le connaissiez la ro~te sanglante de l'imitation du Christ, - et le
même pas. Vous L'avez renié, mais vous vous êtes Seigneur La juge digne, elle aussi, d'~n messag~ de :~ques.
repenti; ~ous L'avez renié, mais vous avez fait pénitence, Marie-Madeleine sanglote amerement a cote du
:- et mamtenant II ne pense même plus à votre chute tombeau vide du Christ: « Ils ont emporté mon Seigneur
Il vous salue... . ,
<.
et je ne sais pas où ils L'ont mis )) (S. Jean, .~x. 14)·
N'entendons-nous pas retentir l'alleluia de la joie de C'est alors que subitement Jésus apparaît dernere elle,
54 LE SYMBOLE DES APÔTRES LES MESSAGES DU CHRIST 55
mais Madeleine ne Le reconnaît pas encore. Jésus . lissement viendra seulement lorsque le temps ne se
lui demande : « Pourquoi pleurez-vous? Qui cherchez- ~esurera plus d'après le soleil et la lune, lorsque le
vous? » Madeleine croit qu'elle parle au jardinier et Christ reviendra plus tard.
lui répond: « Seigneur, si c'est vous qui ~'avez enlevé, Les anges, quarante jours après, dirent aussi la m~me
dites-moi où vous L'avez mis? » Alors le Seigneur chose aux apôtres, lorsque ceux-ci, le cœu~ tnste,
lui dit avec sa voix bien connue d'autrefois: « Marie ». ardent le Christ montant au ciel : « PourquOl restez·
Ah! Que s'est-il passé en cet instant dans l'âme de reg .d '1'
vous là à regarder vers le ciel? Ce Jésus qUI u ml leu
Madeleine! Elle est donc arrivée à présent cette heure de vous a été enlevé au ciel en viendra de la même
dont Notre-Seigneur avait dit: « Lorsque je m'en serai manière que vous l'avez vu y monter » (Actes, l, II).
allé et que je vous aurai préparé une place, je reviendrai Oui il reviendra. Mais en attendant, la terre nous
et je vous prendrai avec moi» (S. Jean, XIV, 3). C'est attend' elle attend la semence de nos mains : « Allez
maintenant qu'il est passé ce « peu de temps, pendant dans l~ monde entier; prêchez l'évangile à toutes les
lequel vous ne me verrez plus» et c'est le moment créatures» (S. Marc, XVI, 15).
de l'autre promesse. «Encore un peu de temps et vous Le Seigneur a donc indiqué avec netteté et s~n~
me verrez » (S. Jean, XVI, 16). Certainement c'est ce détour la différence qui existe entre son corps glonfie
qui est venu à l'esprit de Madeleine. Certainement et notre corps terrestre; mais pour que nous n'en soyons
elle a cru qu'était arrivé J'accomplissement du royaume pas attristés, Il nous. console dan~ !a même. ph.rase.
du Christ. En effet il dit immédiatement aU::;SI a Madeleme . « Je
B) Mais Notre-Seigneur prend la parole et ce qu'Il monte v~rs mon Père et votre Père, vers mon Dieu et
dit est un avertissement étrange : « Ne me touche votre Dieu » (S. Jean, XX, 17). C'est-à-dire je retourne
pas, car je ne suis pas encore remonté vers mon Pere » au ciel comme la tête de ce corps dont vous êtes.les
(S. Jean, xx, 17). memb:es. Je retourne comme premier possesseur de
Il'n'est'pas encore remonté vers son Père, pour venir cette glorification qui vous attend aussi.
de nouveau et nous introduire ensuite. C'est-à-dire Le Christ rentre au ciel, pour préparer une place à
que le royaume de Dieu n'est toujours pas encore tous ceux « qui croient en son nom» (S. Jean, l, 12).
achevé. Depuis que le Fils de Dieu est venu parmi « Que votre cœur ne se trouble point... Il y a beaucoup
nous, le royaume de · Dieu est au milieu de nous, mais de demeures dans la maison de mon Père ... Et lorsque
seulement comme une semence. Le Fils de Dieu a je m'en serai allé et que je vous au~ai prépar~ une
brisé le péché, a déchiré la reconnaissance de notre place, je reviendrai et je vous p:endral avec mOl, afin
dette, a vaincu la mort; tout cela est un développement, que là oùje suis, vous soyez aUSSI» (S. Jean, XIV, 1 - 3)·
une progression du royaume de Dieu, - mais l'accom- Donc soyons sur nos gar~es : Promenons nos
LB SYMBOLE DES APÔTRES LES MEsSAGES DU CHRIST 57
re~ards sur l~ monde : il est comme un grand tombeau. Il dort Pilate dont la lâcheté a livré Notre-Seigneur
Helas, combIen de morts y vivent au milieu de nous 1 , une mort cruelle. Ils dorment les grands prêtres
De~ morts qui sans doute se meuvent, courent, font des Juifs; ils se reposent dans une heureuse tranquillité
proJet~, mangent, dorment, :s'amusent, mais pourtant enfin ils .~ont débarrassés de ce prophète dadngCerhe~x.
sont bIen morts: car ils n'ont pas d'âme. Des passions Il dort ce' peuple révolté qui a appelé le sang u nst
sau;ag:s l.es dé.vo~ent, toute leur vie n'est que sang, sur ses propres enfants. ' .
chatr, mstmct, JOUIssance, plaisir, mais tout cela n'est Mais voici que des soldats romams pâles comme la
pas autre chose qu'une poignée de cendres et un mort cherchent le grand prêtre... Le Christ mort
d~périssement semblable à la mort; en effet, que reste- n'est plus dans le tombeau.
t~d de tout cela, pour une vie véritable, pour la seule Cette nouvelle fait l'effet d'un coup de tonnerre.
VIe, pour la vie éternelle? Ah 1il faut alors faire quelque chose. Si tout est inutile,
É?outons d?nc l'encouragement du message du alors un mensonge. , Un gros mensonge. Le peuple
ChrIst ressuscIté : qu~l1es que soient vos épreuves, croira sans plus. .
vos luttes et vos tentatIOns, faites grandir dans votre Que de fois nous rencontrons aujourd'hui encore
âme le royaume de Dieu, demeurez mes enfants fidèles une réédition moderne de ces . grands prêtres juifs
, érez auprès de moi, jusqu'à ce que « je revienne'
persev trompant le peuple! Mentez seulement au peuple sur .
et vous prenne avec moi ». le Christ, l'Église, la religion, il le croira sans plus.
Depuis le premier ve~dredi saint, qu~ de fois la f?ul~
fanatisée pousse des CrIS contre 1 ÉglIse du ChrIst .
IV Crucifiez-la! Crucifiez-la. Que son sang retombe sur
nous et sur nos enfants.
La Sainte Église Catholique est le Christ continuant
LE MESSAGE A SES ENNEMIS
à vivre parmi nous. Que de fois ce Christ mystique
a dû aussi ' suivre le chemin du Calvaire! Que de fois
~ais l~ résurrection du Christ n'a pas seulement déjà ses ennemis se sont reposés dans cette assurance:
éte un e~couragement et une consolation, mais encore Enfin, enfin nous en sommes complètement débarrassés.
un avertIssement : un avertissement pour ceux qui Et pourtant le matin de Pâques s'est toujours levé.
veulent encore demeurer ses ennemis. Ses ennemis voulaient anéantir le Christ par un!
C'est la nuit entre le Samedi saint et Pâques. Passons instru~ent de honte, par la croix, et depuis cet instant
en revue ce qui arriva en cette nuit mO
uette. II a commencé à régner du haut de la croix. « Et moi
Tout Jérusalem est endormi. quand j'aurai été élevé de terre, j'attirerai tout à moi II
1 -

LE SYMBOLE DES APÔTRES LES MESSAGES DU CHRIST 59


(S. Jean, XII, 32). Les princes et les puissants de la sorte de choses. Tantôt les apôtres ont peur, tantôt ils '
terre se ~ont ligués contre lui, mais Celui qui règne reprennent espoir ... '
d:ns.les .cleu~ se ~oque d'eu'S.-cPsaumes,II, 4). L~s juifs Mais... que se passe-t-il? ... qu'est-ce que cette
"
," flechlssatent lrolllquement le genou devant la croix' clarté? C'est le Sèigneur. Les yeux humides, les mains
d~p~is longt~~ps ils s?nt allés à leur perte et aujour~ tremblantes, ils touchent la frange de son vêtement.
. d hu~ ~es nu~1tons crole~t à ces paroles de l'Eglise : . Notre-Seigneur, notre bon Maître 1
« VOIla le bOlS de la crOIX sur lequel a été suspendu Et le Seigneur prend la parole : (( La paix soit avec
le Rédempteùr du monde, venez, adorons-Le ». Le vous! C'est moi, ne craignez pas 1 )) C'est comme s'Il
cœur plein de haine, ils criaient au pied de la croix . disait: Maintenant mettez fin à votre tristesse! Vous
~ous ne l~i rendro~s pas hommage, nous n'avons pa~ voyez, j'ai remporté la victoire. J'ai triomphé du péché
d autre rOI que Cesar. Et aujourd'hui leur voix est et de la mort.
l,
éteinte; un autre chant retentit: (( Nous Vous adorons Voilà le dernier grand message du Sauveur.
ô Christ, ~t nous Vous bénissons, parce que Vou~ A) Le Christ a triomphé du péché.
avez rachete le monde par votre sainte croix ». Saint Ambroise dit que dans le Christ (( sont ressus-
Voilàkmessage du Christ ressuscité à ses ennemis: cités le monde, le ciel èt la terre )). Le monde est ressus-
venez à moi ou bien vous périssez. . cité en ce sens que le grand désordre introduit dans la
machine du monde, le péché, a été guéri de fond en
comble. D'Adam est issue une génération d'hommes
qui es~ unie à la mort. Du. Christ ,est issue une ~é~é­
v ration nouvelle qui par la fOl au Chnst et par les mentes'
de la mort du Christ a obtenu la garantie du royaume
MESSAGE A SES FIDÈLES de vie.
Quel fut le premier mot du Christ ressuscité? (( La
paix soit avec VOUS)) (S. Jean,' xx, 19). Et en disant
Enfin le Christ de Pâques a encore donné Un message cela Il leur insuffla le Saint-Esprit et leur donna le
et il l'a adressé à ses fidèles. pouvoir de remettre les péchés.
Il commence à faire nuit. Les lampes dans les maisons Comme Notre-Seigneur connaissait profondément
sont allumées. Les apôtres sont assis tristement dans le l'âme humaine! Comme Il savait qu'elle a soif de paix,
cénacle derrière les portes fermées. Constamment ils mais que le péché et la paix s'excluent mutuellement.
parlent du Christ. Pierre et Jean sont allés au tombeau' . Pour que nous puissions donc obtenir la paix, Il nous
il est vide. Les sairites femmes aussi parlent de tout~ a donné la rémission des péchés.
60 LE SYMBOLE Dl~S APÔTRES LES MESSAGES DU CHR:IS1' 61
Une âme pécheresse ne peut avoir la paix. Pourquoi? sur nous est la mort. La mort n'est pas un être de chair
Parce que l'âme humaine est un soufRe de Dieu qui ne et d'os qui nous est étranger, elle n'est pas une marque
peut être en paix, si elle a perdu sa ressemblance avec qui coupe le fil de notre vie. La mort est au ~edans de
'1 .
Dieu. Celui qui n'est pas en paix avec Dieu, comment notre vie. Dès que nous co~mençons de VIvre, nous
le serait-il avec lui-même? Ohl comme elle est bénie commencons aussi à mourir et plus nous avançons .dans
cette confession qui assure la paix 1 Sans confession la vie, plus nous nous rapprochons de la mor.t. La v~e est
pascale il n'y a pas de paix pascale ..
une grande énigme, la mort eri est une aussI. La VIe e~t
« Toujours la confession, toujours la confession 1 li un grand point d'interrogation, la mort en est un aUSSI.
entend-on sur les lèvres de bien des gens.
La mort est la souveraine du monde; la ~lus ,~rande
C'est comme si ' des enfants disaient: « Toujours souveraine sur la terre, car tout le monde IUl.obel~.
se laver, constamment se laver 1 »
1"
Mais voyez, il y a quelqu'un sur la terre quz a tnom~hé
B) Mais le Christ a aussi triomphé de la mort. de cette grande dominatrice. Écoutez encore c~s soupIrs
, Sans' ~oute l'ho~e meUrt encore, même après la de saint Paul : « Lorsque ce corps corruptIble aura
resurrect~on du Chnst, mais ce n'est plus la mort qui
revêtu l'incorruptibilité, et que ce corps mortel aur~
a le dermer mot. Car du fait que nous sommes greffés
revêtu l'immortalité, alors s'accomplira ~a p.aro1e qUi
SUr le Christ ressuscité, la semenCe de la. vie éternelle 'est écrite: La mort a été engloutie par la VI.cto~re. Mort!
est encore en nous. Sans doute actuellement cette vie où est ta victoire? mort, où est ton alg~lllon? Or
n' es t encore qu "en esperance. « Vous êtes morts et votre
l'aiguillon de la mort, c'est le péc~é, et la pUissance. du
v~e e,st cAachée a~ec le Chr~st en Dieu» (Colossiens, III, 3), hé, C'est la loi. Mais grâces SOIent rendues à DIeu,
dIt 1 apotre; malS cette vIe germe déjà et s'épanouira à pé c . J'
ui nous a donné la victoire par Notre-SeIgneur es us-
la résurrection (le Corinthiens,xv, 13, 14, 18,20,54-57).
« Quand le Christ, votre vie, apparaîtra, alors vous
~hrist )) (le Corinthiens, xv, 54-57)· .
Platon enseigne que pendant notre v~e terrestre
a?paraîtrez vous aussi avec Lui dans la gloire» (Colos- nous sommes com'me dans une prison, malS un genre
lSiens, III, 4). .
de vie plus noble est la suite de la vie terrestre vertueuse
.Par ~a résurrection le Christ a donc triomphé d'une dans un monde plus haut où l'homme entre en co~tact
101 umverselle : la mort. Écoutez seulement comme avec les dieux et devient dieu lui-même. Kant enseigne
cette joie, pareille à un hymne de victoire, retentit dans que l'immortalité personnelle est une conséquence ~e
l'âme de saint Paul: « Souvenez-vous que Jésus-Christ la raison pratique. Leibniz enseigne \ que, des conSI-
de la race de David est ressuscité d'entre les morts» dérations morales l'exigent. Goethe enseigne que .le
(Ile Timothée, II, 5).
concept d'activité le réclame: l'homme jusqu'au d~rmer
La loi universelle, la loi inévi,table que le péché a posée - moment est actif, si donc la forme terrestre presente
".
1 ,1

.,
.·'1
ITII -
J li,

l'

LE SYMBOLE DES APÔTRES LES MESSAGES DU CHRIST

n'e~t ,Plus capable


1 de supporter l'esprit, la nature est de Dieu n'est pas un brouillard se dissipant dans l'air,
obl.I~e~ de ,d.onner Une autre forme appropriée à une mais une semence germant dans une valeur éternelle; et
actIvIte ulterIeure ... Et ainsi de suite. Les plus grand la mort n'est pas la station dernière, mais seulement la
d l'h . , s
.e .. umamt.e so~pçonnaient qu'il fallait qu'il en fût porte par laquelle il nous faut passer et derrière laquel1e
t
aInSI, - mats qU'il en est réellement ainsi, que ce n'est nous attend une vie incomparablement plus éclatante,
pas ~eulemen~ un concept de la raison philosophiqùe, mais plus activ.e : la vie éternelle. .
aussz u~e saznte réalité, c'est ce que le Christ a marqué Voilà le message le plus sublime du Christ ressuscité.
a~thenttquement du sceau de sa résurnfction. Cette foi que
les grands penseurs et l'opinion générale de l'humanité
,P ont adoptée unanimement est devenue une certitude
ferme co.m~e. le roc dans la résurrection du Christ.
1.' .
Le C?rIstlamsme est la religion de l'évangile. Évângile « Alleluia, alleluia, alleluia! » - c'est le chant de
veut dIre « bonne nouvelle» . Et le ch rIS . t'Iamsme
.
..
!
' devenu .la bo~ne n?uvelle surtout en prêchant la mort
est victoire que l'Église lance dans le monde à la messe du
samedi saint, - et à bon droit. En effet, le doute et la
d~ ChrIs.t qUI a trIomphé pour nous du péché, et la négation les plus rebelles gardent un silence impuissant
resurrect~on. du Christ qui a triomphé pour nous de la devant la victoire du Christ ressuscité.
m?rt. DechIffrons les nombrèuses inscriptions funé- La résurrection du Christ est le dogme fondamental
r;!,IreS d? l'époqu~ antérieure au Christ: avec quel muet et central du christianisme, au point qu'il a renouvelé la
desespolr elles se taisent sur le sort futur de leurs chers face de la terre. C'est de lui qu'est sorti le zèle enflammé
défunts! Mais lisons les inscriptions funéraires des des apôtr~s, c'est de lui que sont sortis le courage et le
premiers chrétiens et 'comme une consolation encou- mépris de la mort des martyrs, c'est de lui qu'est
rage~nte, fortifiante bat au dedans de nous: l'espérance sortie la foi généreuse des saints, c'est de lui que sont
. certaIne de la résurrection.
sortis toute la grandeur d'âme, la force encourageante,
Le ~hr~~t a. enduré la mort la plus ignominieuse, mais la consolation, les saints efforts et la vie idéale qui
celle-Cl n etaIt que le degré' par lequel il Lui fallait depuis dix neuf siècles fleurit du sein du christianisme.
s'élever vers la gloire la plus haute. Et depuis, Pâques Le tombeau vide du Christ a enflammé l'imagination
proclame de nouvel1es vérités: Nous vivons sans doute des poètes, mis en mouvement le pinceau des peintres,
p~ur m.0urir, mais nous mourons pour vivre ensuite dirigé le ciseau des sculpteu~s. Ce que la peinture, la
, '~. d. une VI~ plus parfaite. « La vallée de larmes» où nous sculpture,..la musique et l'architecture ont'-créé de
v~vons n est que le vestibule de l'édifice éternel où nous grand et de subl~J:ne depuis dix-neuf siècles sur la terre
VIvrons plus tard. La vie terrestre remplissant la volonté montre dans ses tons ou ses couleurs ou ses traits

fIl
:' 1:
"
'II:! -
il.

LE SYMIlOLR DES APÔTRES

fondamentaux l'état d'esprit triomphant du tombeau


'vide du Christ, le message vivifiant du Christ ressuscité.
( ,
Comprenons donc chaque message du Sauveur 1
Le message qu'Il a adressé aux saintes femmes et par
lequel Il nous pousse à l'apostolat. Le message qu'Il a
adressé à Pierre et par lequel Il console notre âme v
pénitente. Le message qu'Il a adressé à Màrie-Madeleine
/
et par It!quel Il favorise notre maturité d'âme. Et le '
« ' EST MONTÉ AUX CIEUX»
message qu'Il a adressé à ,ses fidèles et qui parle de la
victoire finale de ceux qui sont attachés au Christ.
Celui qui comprend le message du Christ ressuscité,
l ,·,
récitera souvent cette petite prière: « Faites, Seigneur, MES FRÈRES,
que je Vous soz's fidèle pendant ma vie, que lorsque
mon bras raidi dans la mort se remettra en mouvement
au jour de la victoire définitive, je puisse Vous embrasser Le dernier instant du séjour de Notre-Seigne~r sur
éternellem.ent,· que lorsque dans mes yeux vitreux brillera la terre est arrivé. Pour la dernière fois Il réumt ses
de nouveau la lumière de la vie je puisse Vous regal'der dis ci les autour de Lui, pour la dernière fois Il s'adres.se
éternellement,' que lorsque sur mes lèvres figées résonnera a• eux:p « Toute puissance m'a été donnée dans le. Clel
de nouveau la parole, je puisse Vous louer éternellement et sur 1a llez donc
terre A. , enseignez toutes les natiOns,
S .
et que lorsque mon ' cœur glacé ,1'ecommencera à battre je les baptisant au nom du Père et du Fils et ~u am~~
, puisse être heureux éternellement près de votre Cœur Sacré Esprit, leur apprenant à garder tout ce q~e Je ~ous n
- ô vainqueur du péché et de la mort, aimable Sauveur commandé; et voici que je suis avec vous Jusqu a la ?
ressuscitél » Amen. du monde» (S. Matthieu, XXVIII, 18-20). EnsUl,te
sous leurs yeux, Il s'élève majestueusement et dès qu Il
s'est éloigné de terre un nuage passe au-dessous et Le
dérobe aux yeux des apôtres qui regardent avec une
doulourelJ.se émotion.
Mettons-nous aussi au milieu des apôtres et re~ard~ns
le Christ montant dans le ciel. Voilà que nous dit adle~
Quelqu'un qui n'a jamais fait de mal , à person~e, qu~
est même venu pour adoucir la douleur, Quel~u un qu
n, . . verse, le , s~ng
a Jamais n
d'autrui pour devemr grand,
Symb. des Ap, t. IV 5

1
l.
M '1 /
I! [I"
1 !'
!'

« EST MONTÉ AUX CIEUX »


"
66 LE SYMBOLE DES APÔTRES

'" mais seulement le sien. Quelqu'un qui dans sa vie n'a


jamais opprimé personne, mais a relevé tous ceux qu'Il 1
n'a fait que regarder. Qui jamais n'a recherché les éloges
et dont le nom aujourd'hui encore rejette dans l'ombre LE COMMANDEMENT DU CHRIST MONTANT AU CIEL
toute gloire et toute puissance humaines'.- Qui pendant
Après s~ résurrection, Notre-Sei~n~ur est resté
toute sa vie terrestre a été doux et humble et s'est tenu
à l'écart, et aujourd'hui pourtant un homme n'est grand
encore 40 jours au milieu de ses dISCIpleS po.u: les
n ,es~ un caractè ' commande le respect qu'autant'
re qUI
instruire. Mais le quarantième jour Ules condUISIt sur
qU'il. peut reproduire, dans sa propre vie, la vie, la le mont des Oliviers pour retourner sous leur~ yeux
doctnne et les commandements du Christ. vers son Père du ciel. Ce n'est pas dans le sllenc:,
," Une magnifique statue du Christ du sculpteur Thor- inaperçu, qu'Il a voulu terminer sa vie terrestre, ma.ls
waldsen se trouve dans une église de Copenhague. Un
l" . avec la plus grande solennité, ouvertement, en plem
voyageur regardait avec étonnement cette statue : il ne
jour, sous les yeux de ses disciples. . .
comprenait pas où pouvait se trouver sa beauté réputée.
A) Essayons de nous pénétrer des senttments qUI
Quelqu'un lui. dit alors : « Mettez-vous à genoux et
remplissaient l'âme du Christ se ~r~parant à monter
regardez par-:dessous le visage du Christ », le visiteur
au ciel : sentiments de joie et de solhcItude. .
s'agenouilla et ainsi découvrit toute la beauté de ce ' a) S'il pensait à lui-même, une douce j.oie se rép-andazt
magnifique chef-d'œuvre.
sur son âme, à cause de sa tâche bien remplte. C'es~ com:n~
Nous voulons donc nous aussi dans le sermon
s'il disait de nouveau à son Père: « Je vous , al glonfie
d '
d'~ujourd'hui nous agenouiller aux pieds de Notre-
sur la terre, j'ai achevé l'œuvre que vous mavez o~ne
à faire» (S. Jean, XVII, 4)' Quelle félicité bien ~é.~ltée
SeIgneur Jésus-Christ faisant ses adieux et' montant
au ciel. Nous ouvrirons largement nos c'œ urs pour 1
, que ce témoignage au soir d'une vie terrestre penIble
ecouter une f OIS
. encore ses dernières instructions'
' nous
Comme il est heureux celui qui peut dire de même au
ouvrirons largement nos âmes pour pouvoir nou~ assi- term~ de sa propre vie! Quoi donc? Qu'il a eu une
mi~er. une fois ~ncore ses consolations. Pour que nous
grande fortune,de l'argent, une auto ? Qu'il a e~ un no~
pUisslOns, tandIs que silencieusement Il s'élève devant célèbre dans le monde, la puissance et l'empIre? Qu 11
nous et disparaît dans ) sa forme visibl~, contempler
a pu atteindre 90 ans après av?ir t~u}o~rs. è,U ,toutes
avec la promesse reconnaissante d'une éternelle fidélité ses aises? Non, mais: « Mon Perè, J al reahse 1 œuvre
le Sauveur montant au ciel. Écoutons donc, meS frères,
1. , le Commandement du Christ qui s'en va et II. la qui m'a été confiée ». .., , .
b) Le second sentiment qUI dommalt 1 âme du Chnst
consolation qu'Il nous laisse.
", <,1
" 68
LE SYMBOLE DES APÔTRES « EST MONTÉ AUX CIEUX »

'" quittant cette terre fiut le 'd 1 Douze simples ouvriers se dressent en face de la
l 'œUVI'e commencée II a . t'SOUel
1 e la continuai'
zan ue
À

sort ultérieur à . ) ,Je e a semence et confié son puissance et de la ruse d'un ~onde rafiné. Au jardin
I, i: , J' ses apotres. (c Vous serez mes tém ' des Oliviers un peloton de soldats a suffi pour arrêter
.a erusalem et dans toute 1a J u d'ee en -Sa
, '1 -,
' OIns leur Maître; eh bien 1 en un tour de main on viendra
~usqu'aux extrémités de la terre » (Ac'tes 1 8~ar:1I et aussi à bout de ses disciples.
ans le monde entier, prêchez l'évan 'l'.' . « ez Mais que voyons-nous? Ces 'apôtres qui ont pris
créatures» (S . Marc, XVI, 15). gi e a toutes les
lâchement la fuite, à côté du Christ visible, s'en vont
Quel autre comm d maintenant résolument à la conquête du monde et il n'y
d Ch' . . an ement nous aurions attendu
U . nst vlctoneux de ses ennemis ~ AlI . a pas de péril qui les sépare du Christ bien loin d'eux.
PUlllssez ceux qui m'ont l' .: ez,. vengez~mOI!
' . supp ICIe et mIS à m t , « L e Christ est-il définitivement mort? ») Tout cela
N .ous atIrIons attendu 1 h or '" .
1 •.,
. aurait-il été possible, si le Christ était resté dans la
'. "

-" M aIS ce n'est pas ce qu'Il que


que
d
c ose de ce
genre.
'! or onne tombe? Eût-il été possible que Pierre, qui à la parole
'",
Allez, prêchez cette joie infi : d'une servante avait renié.le Christ vivant, se montrât
affranchis de l'esclavage' AlI . Jn le que vous êtes
. . ez, pard onnez les 'hé avec un courage défiant la mort en pleine Rome impé- 1
ad OUCIssez la détresse d â pec s,
fermez l'enfer ouvrez l es mes, consolez, fortifiez, riale et proclamât que toutes les statues des divinités
B) C ' e royaume des cieux 1 du paganisme étaient de la folie et que c'était une erreur
i! , du Chr~s~~:U:~~:n:é:~nnc~nlt simplement les paroles ce qu'ils regardaient comme une religion depuis des
, , le et pourtant cam Il siècles. Et les paroles de ce pauvre pêcheur étranger et
sont SUlVzes d'un résultat mer 'Il '.. me e es
.
Et s I l ' -, ' vez eux, mou·•., inconnu ont éveillé un écho, semblable à un roulement
. que, qu un mettait en doute la divinité de N t de tonnerre, dans les âmes romaines si orgueilleuses.
S elgneur J esus~Ch . t ' " 0 re-
avec angoisse si I;IsC~:i;~el~u Un aussi se demandait
Est-ce explicable, si lB Christ est resté dans la tombe?
tombeau' s'il n' n est pas resté dans le Un mort est-il capable de produire pareils résultats?
, y est pas tombé en poussi' ' "1 'Imaginons seulement que non pas un simple pêcheur,
vraiment ressuscité si 1 Ch" ere, SIest
, e nst vit - qu'il 'ft' h' mais le puissant empereur romain ait voulu réPandre
aux conséquences d' . ' re ec Isse
, 1 une Importance mondiale . une nouvelle doctrine renversant toutes les vieilles idées
resu tent de ces parofes du Ch' . . qUi religieuses, - quel immense appareil aurait-il mis en
toutes les nations'. ) nst . « Allez, enseIgnez
mouvement, quelle sanglante terreur aurait-il ,exercée,
. a) Les apôtres partent dans le m d Il qu e de peuples auraient été décimés, pour que fût
rzen qui puisse leur ' on e. s ne possedent
li conferer de l' t " acceptée cette doctrine aussi étrange que nouvelle?
monde Let '. au Ortte devant le
, Ir ongllle leu f '11 Par contre les apôtres n'avaient ni armes ni légions, ils
éd' , rs amI es sont simples leur
UcatlOn est campagnarde ' 1 ' , ne tuent personne pour ' que soit adopté leur ensei-
" 1 S n ont pas d'argent.
LE SYMBOLE DES APÔTRES
« EST MONTÉ AUX CIEUX »
gnement au Ct ' · '1 '
' on raire i s se laissent eux-m A
elle rayonne depuis déjà dix-neuf siècles et cette force
'" L e monde a f . erues tuer.
q u'à la b eaute~ terrestre
ique toutentter, qui ne rendait hommage
et à 1 r ' ne s'est pas affaiblie d'une nuance.
force ' s'incline à p , d a sensua ite et adorait la Mais n'est-ce pas une exagération d"affirmer que
, resent evant la do t '
.i mposant le renoncement d' h c nne austère et dans la floctrine du Christ on trouve une réponse à toutes
Dans cette R ' un om~e supplicié. les questions de l'âme, un baume pour chaque blessure,
u
diant ~'aurait r~mÇue :n avan~ le Chnst jamais un men- un remède po~;- chaque péché? L'évangile avec ses
centime mainten t 'h quelques pages offre en vérité la réponse aux mille
nobles à la parole du Ch ' " " an nc es et
b' nst SUpphcie partagent 1 questions de la vie moderne incrédule et corrompue.
iens aux pauvres U . eurs
pareil résultat? ' n mort est-Il capable d'obtenir Oui, on y trouve réponse et remède, car c'est le
,f' t'
Pour la haute fonction de V ' Maître des maîtres et le Médecin des médecins qui y
l,,: était réservée aux pl bl s estales rom ailles qui parle; il n'a cependant pas résolu les questions de détail
, us no es famiIl ' et n'a pas guérUes manifestations de la maladie, mais
avait pas assez de 'eun es, souvent 11 n'y
d
obligées à garder ch es fi~les, pourtant elles n'étaient
astete que pendant t
il a traité la racine de tous les maux et de toutes les
et maintenant l ' rente ans, - misères, la source de nos passions mauvaises, Car depuis
es Jeunes filles d f 'II
distinguées se présentent en f I e s ,a~l1 es les plus que le Christ a passé parmi nous; l'homme ne peut
et pour le Ch"ist su l'" ou eaux eveques chrétiens plus penser ni ne peut plus vivre comme auparavant.
. ,pp iCie s'enga à
perpétuelle. Un mo t '1 ge?t une chasteté Maintenant nous savons quelque chose que nous ne
r; , b) Le ciel et l t r peut-i obtell1r pareille chose? savions pas auparavant : nous connaissons la valeur de
a erre passeront m '
passeront pas» a dit ' l ' ms mes paroles ne notre âme, nous savons comment nous devons vivre et si
nous voyons ~ombi'enun Jour ,e Sauveur. Atljourd'hui nous tombons dans le péché, nous sentons que nous sommes
< est vraie tt
?octririe il ne nous reste ue ce e parole, De sa devenus des traîtres, Car il y a eu jadis parmi nous
imprimer n'importe quel ~vanq~~I~es pages; on peut Quelqu'un qui a vécu devant nous de la vie la plus
de quelques a ' gi e a~s une brochure parfaite, et cet exemple idéal ne nous laisse plus de
ont eu et o~ ~~sc:- et pourtant quel effet sur le monde repos, il nous excite, nous entraîne: regardez le Christ,
e l es paroles du Ch 't' N comme vous êtes encore loin de Lui : donc courage, en
œuvres complètes en 20 1 . ns ' -,« • N,
'
les bibliothèques vo Urnes» - voy d avant 1
D I o n s - n o u s ans
' e gros vo Urnes 1 M ' ,l '
L es paroles réunies du Ch ' , aiS qUi es lit? En vérité, mes frères, si le Christ n'est qu'un homme
" nst tiennent en 1 mis à mort et réduit en poussière dans le tombeàu, alors
ÎI '
pages, m ais de chacune d que ques
" force qui transforme le de seCs paroles rayonne une ' l'histoire et la · vie du christianisme sont un non-sens et
, mon e, omme d' , ,
ra diUm la vie rayonne d l ' un mysteneux une impossibilité. Si le Christ n'était pas ressuscité.
es paro es du Christ glorieux : le monde continuerait sa route habituelle. Car sans la
..1, •
'Ill
1:..,
Il'
1

III'
,
" :
LE SYMBOLE DES APÔTRES ({ EST MONTÉ AUX CIEUX » 73
foi au Christ ressuscité et vivaTlt les apôtres n'auraient le Christ se rend pour y faire rayonner sa gloire
p~s ~u la. force. Saint Paul n'aurait pas entrepris ses éternelle.
mI.sslOns, Il n'y aurait eu ni martyrs, ni papes, · ni le De cet endroit où le Christ avait souffert il est parti
t,l '; pel11tre Raphaël, ni l'architecte Michel-Ange ni le vers le ciel. C'est une grande consolation pour nous,
i, .,' , D ante, ni la basilique Saint-Pierre, ni la' cathé-
poete car tout ce qui est arrivé au Christ règle aussi notre
drale de Cologne, ni de civilisation chrétienne soulevant sort, l'accomplissement de notre espérance et de nos
le monde de ses gonds... Oui, il n'y aurait rien de désirs.
tout cela, si le Christ n'est pas ressuscité et n'a pas Au milieu de tous nos malheurs et de toutes nos
donné en partant ce grand commandement : c, Allez souffrances nous comprendrons donc le grand avertis-
dans le monde entier et prêchez l'évangile à toutes sement du Seigneur: cc Ne fallait-il pa~ que le Christ
. t'
les créatures » • souffrît toutes ces choses pour entrer dans sa gloire? »
(S. Luc, XXIV, 25). Nous comprendrons aussi l'aver-
II tissement de saint Paul: cc Recherchez les choses d'en
haut, où le Christ est assis à la droite de Dieu. Affection-
nez-vous aux choses d'en haut et non à celles de la
LA CONSOLATION DU DÉPART DU CHRJST
terre» (Colossiens, III, 1-2).
Prenons à cœur la prière que l'Église récite à la
l, « Après ~eur a~oir .ainsi parlé, le Seigneur Jésus fut messe le jour de l'Ascension. cc A nous qui croyons que
enleve au CIel et .s aSSIt à la
. droite de Dieu » (S . M arc, votre Fils unique, notre Rédempteur, est aujourd'hui
XVI, 19)· Et d~ns cett~ phrase nous ne lisons plus un monté au ciel, accordez-nous, Dieu tout-puissant, dt
ordre du Chnst, malS une consolation. vivre nous mêmes en esprit dans les régions célestes ».
,-:4-) Quelle i~structive image et quelle consolation Après les souffrances de la vie de cette terre nous
deJà dan~ le faIt que le Christ a voulu monter dans les attend la gloire de la vie éternelle, - c'est la première
splendeurs' 'du ciel précisément sur le mont des 01"zvzers., consolation que nous donne le Christ montant au ciel.
D .
ans ce Jardin qui gardait pour ainsi dire encore les B) Et pour que nous arrivions là un jour réellement,
trace~ sangl.ante.s d: la sueur versée dans son agonie de Il est assis à la droite de Dieu et Il intervient pour nous
la nUlt ~u JeudI samt . ..,Dans ce jardin où retentissait auprès -du Père.
enc?re .pour ainsi dire le cri que son cœur angoissé cc Est assis à la droite de Dieu »... Dois-je dire que
avaIt fait monter vers son Père, où se trouvaient presque c'est seulement une expression figurée, symbolique?
encore dans la poussière les traces du traître Judas et Dieu n'a ni droite ni gauche, car Il n'a pas de corps et
des soldats. Là où le soleil s'est couché dans son sang, Il est présent partout. Mais nous autres hommes, pour
74 LE SYMBOLE DES APôTRES « EST MONTÉ AUX CIEUX » 75
donner à quelqu'un une marque d'honneur, nous le C) Enfin la dernière et la plus grande consolation
mettons à notre droite. C'est pourquoi nous disons aussi du Christ monté au ciel c'est qu'Il est parti dans cet
du Christ qu'Il est assis à la droite du Père. autre monde où Il nous attend tous. Depuis « notre cité
Et c'est pour nous une nouvelle consolation que le
Christ représente près de son Père dans le ciel nos
est dans les cieux, d'où nous attendons le -Sauveur »
(Philippiens, m;-2o). « Il est monté aux cieux », c'est-
~
intérêts, les intérêts de ses frères qui vivent et com- à-dire il est patti dans un autre monde. Dans un monde
battent sur la terre. _ où il n'y a ni temps ni espace, ni soir ni matin, ni lever
Écoutez seulement comme saint Paul soupire : « Le ni coucher, ni faim ni nourriture, ni fraude ni péché
Christ est mort, bien plus Il est ressuscité, il est à la ni mort --:- où il n'y a que Dieu et son royaume. .
droite de Dieu, il intercède pour nous (Romains, a) Ces quelques mots « est monté aux cieux» ébran-
VIII, 34). . ' . lent comme un coup de tonnerre notre façon de penser
Écoutez seulement comme se réjouit saiIit Jean : si attachée à la terre. Il y fi donc aussi un autre monde et
« Si quelqu'un a péché, nous avons un avocat auprès non pas seulement cette terre . .Pourtant comme nous
du Père, Jésus-Christ» (le S. Jean, II, 1). C'est-à-dire sommes enfoncés dans les chemins de cette vie terrestre!
que si la conscience de notre faiblesse humaine nous Pourtant combien s'arrangent comme pour être toujours
écrase devànt l'infinité de Dieu, nous parlons pourtant sur cette terre! Combien n'ont qu'un unique désir, un
avec assurance au Père, parce que se trouve à côté de effort, un but, acquérir un petit morceau de terre, une
Lui notre grand Frère qui transmet les paroles informes pièce d'or - même au prix du sacrifice de leur âme!
de notre langue humaine qui ne sait que balbutier. Les Juifs trompés adorèrent le veau d'or dans le désert,
C'est pourquoi nous prions toujours « per Dominum tout enfant apprend cela avec effroi au catéchisme; mais
nostrum Jesum Christum », par Jésus- Christ Notre- qu'est-ce que cela en comparaison de l'idolâtrie de
Seigneur ». l'homme d'aujourd'hui qui adore la boue de cette terre
C'est ainsi que nous comprenons aussi la profonde co~me un Dieu.
pensée que traduisent ces paroles de saint ·Macaire: Et voici que maintenant le Christ quitte la terre. Il
« Q~and vo~s levez les yeux vers le soleil, vous voyez y était resté seulement jusqu'à ce qu'Il eût achevé
au CIel un dIsque; mais il envoie sur la terre sa lumière sa mission et pendant ce temps il n'a recouru à cette
et ses rayons qui réchauffent et ainsi répandent chaleur terre et à 'ses richesses qu'autant qu'elle lui était
et féco~é. De même Notre-Seigneur est monté nécessaire pour l'accomplissement de sa tâche. Mais
au ciel. ~7' mais Il tourne ses yeux vers les cœurs des à présent, par son ascension Il nous dit :
hom~es sur la terre, afin que ceux qu~ L'appêllent à Hommes, la vie de cette terre n'est qu'une échelle
leur aIde, Il les conduise là où Il est ». pour votre ascension. Malheur, si vous l'oubliez 1
LE SYMBOLE DES APôTRES
« EST MONTÉ AUX CIEUX Il
77
Malheur si vous voulez bâtir sur la terre une demeure
durable! Malheur si vous n'utilisez pas les joies et les Nous ne le voyons pas, donc nous n'aurions p~s pu
peines de l~ vie, les jours de bonheur et de trouble, le connaître si le Christ n'y était pas allé et n'avaIt pas
pour progresser, pour monter, pour vous purifier, pour fait signe depuis là. Mais le. P?ri.st ~ p,romis à ses
vous préparer, -afin de pouvoir me suivre un jour. apôtres que quand Il se seralt"'elOlgne d eux, Il leur
b) « L'autre monde!» Comme ce mot résonne étrange- donnerait un signe et leur enverrait la for~e d'en. haut
ment aux oreilles de l'hommè! Avec quel doute incrédule (S. Luc, XXIV, 49); et c'est ce qu'Il a faIt a~ssl. Le
il secoue la tête! « On ne peut pas le photographier, Seigneur s'est éloigné. Mais les apôtres L'ont-Ils per~u
on ne peut pas capter ses ondes avec des antennes ... définitivement? Pas du tout. En eff:t, c~n:me ,~ls
il y a donc Un autre monde? Comment est cet autre auraient dû être abattus et triste~! MaI.s .vOlla jqU lis
monde? Où est cet autre monde? » retournent à la ville le cœur plem de Jale (S. Luc,
En vérité, mes frères, moi-même je ne le vois pas, je XXIV, 52). Voilà la force, le message du Christ venu

ne le connais pas par expérience, mais il faut . que d'en haut.


je croie le Christ. . C'est cette foi qui les conduisit ensuite prêcher sur
Nous ne le voyons pas, donc nous n'aurions pas pu la place publique. C'est cette foi qui le~ for.tifia. so~s les
le connaître, si Notre-Seigneur Jésus-Christ n'avait pas griffes des bêtes féroces. C'est cette fOI qUI ammaIt les
parIé souvent et sous des expressions variées de l'autre missionnaires dans leurs luttes de toute sorte. C'est cette
monde. foi qui durant dix-neuf siècles a été un stimulant et une
Nous ne le voyons pas, donc nous n'aurions pas pu force pour tous les c~réti~ns.' dans l;s ~é.nèbr~s de la
le connaître, si saint Paul n'avait pas écrit que l'œil . C'est cette foi qUI mamtlent en eqUIhbre
vIe. , 1 homme . é
n'a pas vu, l'oreille n'a pas entendu, le cœur de l'homme qui a perdu toute sa fortune, d.ont la sante est ·rum e,
nIa pas senti ce que Dieu a préparé à ceux qui L'aiment dont l'épouse est morte, dont toute la vie terrestre est
(le Corinthiens, II, 9). brisée : la foi en un autre monde. .
Nous ne le voyons pas, donc nous n'aurions pas pu En vérité, il faut que nous croyons qu'il y a certame-
le connaîtrè, si saint Jean, dans l' Apocalypse, ne décrivait ment un autre monde, plus grand que notre monde:
pas ce lieu où .les justes « n'auront plus faim, n'auront En effet le monde des morts est plus grand que Cel~1
plus soif; où l'ardeur du soleil ne les accablera plus ni des vivants, il y a plus de morts, des millions de fOlS
aucune chaleur brûlante; car l'Agneau qui est au milieu plus de morts que de vivant~? .
du trône sera leur pasteur et les conduira aux sources c) ll1ais où sont-ils? Est~ll pOSSIble que ~o~t un
des eaux de la vie et Dieu essuiera toute larme de leurs monde vive autour de nous, un monde specIal. de
yeux» (Apocalypse, VII, 16- 1 7). milliards d'âmes vivantes et que nous n'en. sachIOns
rien, que nous n'en voyons rien? Est-ce possIble?

:/
LE SYMBOLE DES APÔTRES « EST MONTÉ AUX CIEUX )) 79
Celui dventre vous qui s'est trouvé un jour dans un grand monde des âmes, que nous ne voyons ni ne
gran~ aquarium, disons à Naples ou à Helgoland, a vu sentons, pas plus que l'être au fond de la mer ne sait que
certalllement avec intérêt le monde mystérieux des vous le contemplez à présent avec des yeux étonnés,
profon?eurs de la mer. Les visiteurs s'asseoienf~près derrière la vitre de l'aquarium.
de la VItre et regardent avec étonnement ce qui se passe Un autre monde? Où est cet autre monde? Là-bas
au dedans. Des formes encore jamais vues, des têtes et parmi les étoiles? Là-bas derrière le ciel bleu? Ah!
des pieds mystérieux, ou bien sans tête ni pied, sans c'est une manière de penser trop terre à terre et trop
bouche et sans yeux, circulent, tournent, sautent d~vant attachée à la matière. Où est-il donc? Partout où est
. eux, d'autres ne se meuvent pas, car elles sont fixées Dieu et où nous pouvons Le ';oir. Où je puis voir Dieu,
à une place; on croirait que l'une est une étoile, or c'est là est le royaume du ciel, là est l'autre monde d~ bon-
un animal vivant, d'une autre que c'est un animal, or heur; et si je ne pouvais pas voir Dieu, j'aurais l'enfer,
c'est une plante, d'une troisième que c'est une rose ou l'autre monde des damnés. Écoutez seulement en effet
bien un voile de dentelle, or c'est un animal vivant ... comme le Seigneur prie pour nous : « Père, ceux que
Ce mo~de mys.térieux nage, saute, bouge.sous vos yeux, Vous m'avez <tonnés, je veux que là où je suis, ils y
ses habItants VIvent dans leur monde à eux et n'ont pas soient avec moi» (S. Jean, XVII, 24). L'autre monde
l'idée que vous les contemplez actuellement les yeux est donc là où est le Père, là où nous serons avec Lui.
grands ouverts, ni qu'en dehors d'eux et de leur monde
sous-m~rin il exi,~te encore quelque chose d'autre, que
. vous eXIstez, qu 11 y a des hommes doués d'un cœur
sensible, joyeux et malheureux et que ces hommes ont
un monde particulier, avec des guerres mondiales des
avions, la radio, des imprimeries, des églises e; des Mes frères, un jour que Notre-Seigneur se rendait en
cimetières ... non, de tout cela ils n'ont pas idée : Judée où ses ennemis en voulaient à sa vie, saint Tho- _
tant notre monde à nous est tout autre que ' le leur! mas s'écria: « Allons et mourons avec Lui 1 )) (S. Jean,
La coccinelle qui sur le mont Gérard se balance XI, 16).
sur un petit brin d'herbe n'a pas l'idée qu'à côté d'elle Maintenant que Jésus est parti dans sa patrie céleste,
et autour d'elle fourmille tout un monde de créatures rectifions ces paroles de saint Thomas et disons :
humaines.
« Allons avec le Christ pour vivre avec Lui! )) En effet,
Maintenant dites-moi : est-il véritablement si bien que le Christ soit monté au ciel, Il vit encore au
incroyable, si impossible que vive autour de nous tout milieu de nous, tant qu'un homme vivra sur la terre.
un monde spécial et curieux, un « autre monde )J, un Et celui qui a une fois regardé le Christ clans les yeux
Il EST MONTÉ AUX CIEUX ))
80 LE SYMBOLE DES APÔTRES
'4 Non! beaucoup plus sûr.
ne peut plus jamais L'oublier. Depuis dix-neuf siècles '!,
Aussi sûr que le printemps vient après. l'hiver ?
Il attire à lui avec une force magnétique l'amour des
- Beaucoup plus sÛr. .. oui, plus Sûr. Car 11 y aur.a
cœurs. Depuis le moment où on lit ,Ç!ans l'évangile :
un dimanche après lequel il .n'y aura plus de lundi;
« tout le monde court après lui » (S: Jean, XII, 19),
il y aura un matin sur lequel le soleil ~: se co~chera pas;
depuis que l'âm~ 'ardente de saint Paul s'est écriée :
il y aura un hiver qui ne sera pas SUlVI de prm.temps ...
« je désire me dissoudre pour être avec le · Christ »
Mais il n'arrivera jamais, car ce n'est pas pOSSible, que
(Philippiens, f, 23) depuis lors brûle en nous un saint
les paroles du Chri~t ne se vérifient pas.
désir, la flamme d'une nostalgie continuelle après
Quelles paroles? ) . . .
l'autre monde, après le royaume du Christ.
Celles-ci: « Je suis la RésurrectlOn et la Vie, celm
Oui, il faut la technique, l'imprimerie, le chemin
qui croit en moi, fût-il mort, vivra ». (S: Jean, x~, 25)·
de fer; il faut des fabriques, des laboratoires, du com-
« Car c'est la volonté de mon Père qUI m a envoye, que
merce; il faut un travail incessant, - mais, hommes,
quiconque voit le Fils et. croit en l~i, a~t la vie éternelle;
n'oubliez pas que toute notre science humaine n'est pas
et moi je le ressusciterai au dermer Jour )) (S. Jean,
capable d'écarter la mort de notre vie terrestre; que
vient après un « autre monde », une vie qui s'étend vers VI, 40). . • .
l'infini, le retour vers le Père. Nous sommes ici « un
o Seigneur, Christ qui ites monté au ctel, Je crOlS en
Vous.
peu de temps », « un peu de temps» les lois delamatière
Maintenant je crois, - afin de pouvoir Vous voir un
nous enchaînent à cette terre, mais ensuite nous
jour. Amen.
rejetterons loin de nous les liens de la matière et nous
entrerons dans l'autre monde.
- Mais je vous en prie, Monseigneur, croyez-vous,.
vous-même, vraiment à tout cela?
- Oh oui! à tout.
- Est-ce vraiment si sûr que tout cela arrivera un
jour?
- Oh oui! très sûr.
- Est-ce aussi sûr que c'est aujourd'hui dimanche
et que ce sera demain lundi?
~ Non! bien plus sûr.
- Aussi sûr que le soleil s'est levé aujourd'hui matin
et se couchera ce soir?
Symh. dM Ail. - T . lV
« JUGER LES VIVANTS ET LES MORTS » 83

ferait véritablement mieux de ne pas surexciter avec


cela les nerfs de l'humanité déjà assez ébranlés ».
Pourtant si austère et si troublante que soit la pensée
du jugement dernier, on ne peut cependant pas l'éviter.
Non seulement parce qu'elle est dans le Credo et que
VI dans notre explication entière de celui-ci nous devons
naturellement arriver aussi à cette phrase, non pas non
plus seulement parce qu'elle est une vérité de notre foi,
« D'OU IL VIENPRi\ JUGF~ LES VIVANTS mais bien parce que - si désagréable que soit cette vérité
ET LES MORTS v - ilesttoujourspréférabledelaregarder en face et d'en
tirer les considérations nécessaires plutôt que de cacher,
à la manière d'une autruche, notre tête effrayée dans le
sable et de croire ensuite qu'à présent il n'y aura plus
MES FRÈRES, de jugement dernier. \
Je le répète, mes frères, ce n'est pas seulement pour
cela que je veux faire du jugement dernier le sujet de
Cette phrase de notre symbole que nous allons mon sermon d'aujourd'hui et de dimanche prochain.
méditer aujourd'hui èst désagréable à cause de son Mais c'est aussi parce que sur l'image effrayante du
contenu émouvant, et même elle laisse une impression jugement dernier nous pouvons découvrir de nombreux
d'angoisse sur bien des âmes. traits qui réconcilient, élèvent, apaisent et rassurent;
II y eri a qui croient et confessent joyeusement chacun des traits qui ôtent à ce dogme, incontestablement
des articles du Credo que nous avons vus jusqu'ici; austère, de notre foi son , caractère déprimant et
ils se réjouissent de la naissance du petit Jésus à désespérant.
Bethléem, ils compatissent aux souffrances du Christ, En réfléchissant dans le sermon d'aujourd'hui sur la
ils pleurent sur lee Christ mort à cause de nous .. . réalité du jugement dernier, - sur ces questions :
mais lorsqu'ils arrivent à cette phrase que le Christ 1. e,st-ce qu'il y aura réellement un jugement dernier,
reviendra un jour du ciel « pour juger les vivants et les II. comment sera le jugement dernier et III. comment
morts », ils prennent p'eur, leur cœur se serre et ils disent l est-il conciliable avec la bonté de Dieu - naturellement
en protestant: « Je vous en prie, je vous en prie ... il bien des pensées austères et même angoissantes nous
vaudrait mieux ne pas en parler. C'est un sujet si viendront à l'esprit. Mais dans le sermon de dimanche
désagréable et si troublant, que l'Église catholique prochain je montrerai aussi les côtés consolants et

1
LE SYMBOLE DES APÔTRES
« JUGER LES VIVANTS ET LES MORTS » 85
réconfortants de la doctrine chrétienn ' ..
dernier Et . e sur le Jugement supportable que celui de la ville qui n'avait pas
d d' SI nous regardons à la fois les deux as e t accueilli hs apôtres (S. Matthieu, x, 15). Ensuite
~ ce ogme, alors l'image sera telle que 1 d' P Cs 0

dans de. nombreuses paraboles, les paraboles de


samte religion une v'en°t'e qUI. d onn
0
o
a ' eSlre notre
tisse ' e un sen eux aver- 0

l'ivraie, de la pêche miraculeuse, des dix vierges, de


ment, nous force a rentrer en nous-m A •
l'intendant infidèle, des talents, du festin nuptial,
0

non pas u ' 0 emes, malS


ne menace 'qUI tourmente. brise, détruit. Il proclame la réalité du jugement dernier.
Mais l'homme est particulièrement troublé par les
paroles de Notre-Seigneur où Il nous révèle jusque
I dans les plus petits détails le jugement dernier. Nous
avons tous lu souvent déjà ces paroles austères de Notre-
y AURA-T-IL RÉEL! EMEN ' Seigneur dans l'évangile; mais chaque fois que nous les
, T UN JUGEMENT DERNIER?
entendons, elles nous effrayent sans cesse de nouveau.
« Le soleil s'obscurcira, la lune ne donnera plus sa
cel~~~~e: p:emq~:~e ti!~esltionh ~'a~jo~rd'hui est donc lumière, les étoiles tomberont du ciel et les puissances
.' e c nstlamsme a-t 1 'é des cieux seront ébranlées. Alors apparaîtra dans le
~l mser
0

parmI ses dogmes cette doctrine ' 0


instant par la f qu un JOur DIeU, en un ciel le signe du Fils de l'homme, et toutes les tribus de
à la vi~, c' est_à_~~~e de sa, ~arole créatrice, rappellera la terre se frapperont la poitrine, et elles verront le Fils
; 0 e reSSUSCItera, chaque homm
' 0
de l'homme venant sur les nuées du ciel avec une
a vecu ou VIvra sur la t erre et q' e qUI
Seigneur Jésus-Ch 0 0'
0

u enSUIte Notre- grande puissance et une grande majesté» (S. Matthieu,


o nst tIendra un d .
Jugement sur les h ermer grand -XXIV, 29-30)'
d'fi 0"f 0 , • ommes
, ressus 't'
Cl es, un Jugement 0
Quand tout cela arrivera-t-il? Quand l' horloge du monde
e mtl qUI mettra un point final à l'hO t ' d s' arrêtera-t-elle? Qui pourrait le dire? Des rêveurs et
C'est en cel 0 IS Olre u monde?
. a. que conSIste la doctrine chrétienne d des sectes religieUses extravagantes se sont efforcés
Jugement - dermer. Mais commen ,~ , de calculer l'heure et la minute du jugement dernier
aura certainement lieu? t savons-nous qu Il
et ont oublié les paroles de Notre-Seigneur: « Quant
Par l'enseignement de N S . au jour et à l'heure, nul ne les connaît, pas même les
A) Cel' 0 otre- elgneur Jésus-Christ
UI qUI est versé dans l' évan ile b 0 0 •
anges du ciel, mais le Père seul » (S. Matthieu,
Notre-Seigneur a parlé . g salt len que
o souvent et de bien d O ' XXIV,3)'
du Jugement dernier. Il en a parlé d i S es manzeres
montagne (S. Matthie ans e ermon sur la Notre-Seigneur ne nous a ' pas renseignés sur le
que le sort de Sod u, VII~ 22). U~e autre fois Il dit moment du jugement. Pourquoi? Parce qu'il n'était
ome au JOur du Jugemer t sera plus pas important que nous le sachions. Oui, si nous le
86 LE SYMBOLE DES APôTRES « JUGER LES VIVANTS ET LES MORTS»

, s~vions, est-ce que nous serions meilleurs, plus reli- autres avec la crainte et l'épouvante du pécheur tout
gIeux ?,~( Il est sans importance que nous , connaissions ,tremblant ...
ou. ne connaissions pas le jour du jugement, dit Oui, tout cela arrivera un jour. Après les paroles du
samt Augustin. Agissez, comme vous agiriez si c'était Christ aucun doute ne peut subsister sur ce point qu'il
demai~ le jugement et alors vous ne serez pas obligés , y aura réellement ce jugement effrayant.
de cramdre la venue' du Souverain Juge ».

B) Notre-Seigneur ne voulait donc pas nous appren- II


d.re comment et quand aurait lieu le jugement, mais
:zmplement qu'il aurait lieu. Un jour arrivera, le dernier COMMENT SE PASSERA LE JUGEMENT DERNIER?
Jour, le jour de la grande confrontation, le jour de la
grande sentence, le jour de la grande justification.
Le Christ qui est venu parmi nous la nuit de Noël Il est compréhensible que la force de cette vérité ait
qui nous a quittés le jour de l'Ascension, reviendr~ 1 profondément impressionné l'âme humaine et qu'en
parmi nous, mais non plus comme la première fois. méditant sur ces paroles de l'~vangile on se soit efforcé
« Alors apparaîtra dans le ciel le signe du Fils de de décrire en détailles circonstances émouvantes de ce
l'h?~me et toutes les tribusde la terre se frapperont la grand jour. , ,
pOItnne )) (S. Matthieu, XXIV, 30 ). Le jour de Noël 1541, dans la chapelle Sixtine on fit
Est-ce vous, petit Jésus, vous chétif enfant de tomber le voile qui cachait la gigantesque peinture de
Bethléem? Est-ce donc vous, Seigneur Jésus, vous le Michel-Ange « Le Jugement Dernier ». Le tableau fait
Bon Pasteur qui alliez à la recherche des brebis perdues? une 'impression frappante sur quiconque l'a vu même
Est-ce donc vous, aimable Jésus, si aimant au Sacre- une seule fois. La figure du Christ venant pour Je
ment de l'autel? Est-ce donc vous qui sur la croix, avec jugement n'est plus celle du doux Sauveur; son éclat
des paroles. de douceur et de pardon, priiez encore pour ressemble à l'éclat de l'éclair. A sa vue, on croirait voir
:os ~nnemls? Vous êtes le Juge sévère, à la majesté la Sainte Vie..!"ge elle-même trembler sur le tableau.
mfime, devant lequel maintenant les anges sonnent de la Plus de trois ' cents personnes se trouvent sur c,ette
trompette et à leur son, par la force du Dieu créateur peinture : prophètes, apôtres, martyrs, Pères" de
qui leur rend la vie, t0tJs les hommes se mettent en l'Église .... Les anges sonnent de la trompette et à leur,
~ouveme?t... tous les hommes qui ont 'jamais voix les morts sortent des tombeaux... des parents
vecu et VIvront encore sur la terre : les uns avec une embrassent leurs enfants, des amis embrassent leurs
1me rayonnante de joie et de ravissement, les amis... mais sur tous les visages se manifestent
'1"
r

88 LE SYMBOLE DES APôTRES « JUGER LES VIVANTS ET LES MORTS l)

l'angoisse et la crainte de leur sort. Personne ne sait du Jugement nous redira ces paroles :« C'est moi ».
encore quel sera son sort. De quel ton, avec quel accent, avec quel regard Il les '
Pourtant c'est seulement l'œuvre d'une imagination dira.
d'artiste. Mais efforçons-nous de nous représenter C'est moi le Christ qui ai tant souffert pour vous,
A) ce' 'qui aura lieu réellement lorsque nous serons en uniquement pour vous sauver, mais vous ne vous êtes
, '

"
présence du Christ Juge et B) quand nous entendrons pas soucié de moi.
le jugement de sa bouche. C'est moi le Christ qui ai donné les préceptes de la
A) Le signe du Fils de ['homme paraît dans le ciel. La morale, mais vous les avez foulés aux pieds.
croix apparaît - et le pécheur se met à trembler. Voilà C'est moi le Christ dont il est écrit que « au nom de
la croix que j'ai tant de fois méprisée par ma vie pêche- Jésus tout genou fléchit» (Philippiens, II, 10), -mais
resse. La croix qui à cause de moi a été rougie du sang votre genou est resté sans fléchir.
du .Christ, mais que je n'ai pas honorée. La èroix qui C'est moi le Christ à qui « toute puissance a été
mamtenant est mon accusatrice, car au baptême elle a donnée au ciel et sur la terre )1 (S. M atthieu, XXVIII,
été tracée sur mon âme et ensuite j'ai fait si souvent le 18), seulement vous avez cru que vous pouviez impu-
signe de la croix, mais dans ma vie je ne me suis pas nément vous révolter contre moi.
soucié d'elle.
C'est moi le Christ qui ai voulu rassembler les
Et le Christ arrive. Plus briIlantque l'étoile du matin, hommes dans le royaume du Père, « comme la poule
plus rayonnant que mille soleils, avec une puissance rassemble ses poussins 1) (8. Matthieu, XXIII, 37), -
et une majesté devant lesquelles la pompe des rois mais vous n'avez pas voulu.
semble de la cendre, arrive le Christ. Des millions Oh! comme il retentira de façon effrayante alors ce
d'anges L'accompagnent dans une mer de lumière. " C'est moi» 1
!adis a luit déjà un rayon de la majesté et de la B) Et alors le Christ prononcera le jugement dernier sm'
.pulssance du Christ, - rien qu'un rayon, mais ceux ies bons et les mauvais.
sur qui il tomba s'écroulèrent sur le sol. C'est ce qui a) « Alors le Roi dira à ceux qui sont à sa droite :
arriva a.u jard~n des Oliviers aux soldats romains qui Venez les bénis de mon Père; prenez possession du
cherchaient Jesus de Nazareth, armés de cordes, de royaume qui vous a été préparé dès l'origine du monde»
lances et d'épées, avec insolence. « C'est ' moi », leur
(S. Matthieu, xxv, 34).
répondit Jésus. Rien que cela. Rien que ces deux mots. Quelle reconnaissance, quelle victoire finale 1
Mais l'éclair qui sortit de ses yeux les précipita à Venez! Vous, qui avez tant lutté contre votre propre
terre. . ,. ..
nature portée au péché et contre les mille tentations
Que deviendrons-nous don~, quand le Christ au jour du monde. Venez, vous qui avez su demeurer honnêtes
9° LE SYMBOLE DES APôTRES « JUGER LES VIVANTS ET LES MORTS» 91
et purs dans ce monde où pour ainsi dire on ne montre Vous connaissiez mes commandements et vous ne les
plus que dans un musée l'âme honnête et pure. Je sais avez pas observés - maintenant je ne vous connais
combien ' vous avez souffert à cause de moi. Je sais à pas. Vous avez soigné votre corps et vous ne vO"us êtes
combien de jouissances sensuelles ,vous avez renoncé à pas souciés de votre âme - que voulez-vous' donc?
cause de moi. Je sais à combien de railleries vous avez Vous avez souillé votre vie de péchés monstrueux,
été exposés
- à cause de moi. Mais maintenant , venez votre bouche par le blasphème, vous avez servi le
« les bénis de mon Père». L'Évangile nous parle à trois péché, vous m'avez méprisé - que voulez-vous? Vous
reprises de la bénédiction du Sauveur. La première voulez entrer? Bon. Où est votre carte d'entrée? La
fois Il a béni les petits enfants qui étaient sur le point prière, le jeûne, le renoncement, la fidélité au devoir,
d'engager la lutte spirituelle; ensuite Il a béni, au jour l'honnêteté, la charité, la fidélité, où sont-ils?
de l'Ascension, ses disciples qui étaient en pleine lutte; Quelqu'.un répondra peut-être : Seigneur, ne me
et enfin Il bénit au jugement ceux qui reviennent rèèonnaissez-vous réellement pas? Voyez, j'ai été
"
victorieux du combat. Quelle bénédiction ce sera que chrétien, je suis marqué du signe de votre croix, je crois
celle-là
. où se trouveront toute.
la reconnaissance , la en Vous - et Vous ne me connaissez pas?
gratitude, la récompense du Seigneur! . Je ne vous connais pas. Oui, vous m'avez appelé
b) Mais quelle sera la malédiction qui retentira Seigneur, mais vous ne m'avez pas obéi. Vous avez été
contre ceux qui se trouvent à sa gauche! « Alors il dira baptisé, mais vous avez profané le nom de chrétien.
à ceux qui seront à sa gauche: Retirez-vous de moi, N'avez-vous jamais entendu mes paroles: « Ce ne sont
~audits, allez au feu éternel, qui a été préparé pour le pas tous ceux qui disent : Seigneur, Seigneur, qui
diable et ses anges» (S, Matthieu, xxv, 4). entreront dans le royaume des cieux, mais bien celui
Maudits! Jamais dans la Sainte Écriture on n'entend qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux,
ce mot sur les lèvres de Dieu. Pourtant on y trouve qui entrera dans le royaume des cieux )) (S. Matthieu,
décrits aussi des péchés épouvantables: révoltes, immo- VII, 21),
ralité, meurtres... et le Seigneur ne prononce pas Retirez-vous de moi! De moi qui ai donné ma vie
une seule fois ce mot terrible. Mais maintenant ... pour vous. De moi qui ai si souvent voulu vous sauver.
maintenant ce mot finalement retentit sur ses lèvres. De moi qui vous ai si longtemps supportés en vous
Retirez-vous de moi, maudits! Ne dites pas que je suis pardonnant vos péchés. De moi auprès de qui seulement
cruel. Pendant toute votre vie terrestre vous aVez été vous auriez pu être heureux, mais vous m'avez rejeté
loin de moi; ce que vous cherchiez pendant votre vie les premiers, vous. avez voulu aller jusqu'ici, vous avez
terrestre maintenant vous allez l'avoir définitivement. choisi votre sort. ~
Une défection définitive. Une séparation définitive. .,' Mes frères, avez-vous déjà assisté au départ d'un
'i l "

LE SYMBOLE DES APôTRES « JUGER LES VIVANTS ET LES MORTS» 93

grand navire? Comme les enfants qui s'en vont les


'11' d 1 yeux
moUl es e llrmes font signe de leurs mouchoirs à leurs · III
parents
, restés sur la rive : cc Père ' me're , a d'leu ,, au
reVOIr! » Cette séparation est une ·g rande do l , . Drnu
' 'd ' u eUI, maIS LA BONTÉ DE ET LA RIGUEUR DU JUGEMENT
à cote e toute douleur Ils sont l'animés par l' ,
" esperance :
c( A dieu! fU revOIr! ») Mais les damnés sont br é
d'entendre: c( Dieu est contre vous' Sa ,0, Ig S Mais à présent je m'arrête, je ne continue pas
, . ' ns reVOIr, ))
Qu es~-ce que cela veut dire : ne jamais voir D' ? aujourd'hui mon sujet, car auparavant il me faut
c(Je ' dl · zeu répondre à une question angoissante, difficile.
, n al pa~ vu ans a nature, écrit un explorateur du
pole, de trait plus effrayant que la longue nUI't l' A) Si tout cela est réellement tel que vous l'avez
L d' ' d ' po aire. entendu, où reste alors la bonté de Dieu? Si Dieu est
e eSlr e vOIr le soleil était notre seule pensée la seule
.. ' chose. dont nous avions envie de parler )), L'ho~me réellement bon, infiniment bon, peut-Il étre aussi sévere?
dér~nt, quand pendant longtemps il ne voit pas le La peinture et la sculpture du moyen âge ont aimé
solet!; que veut donc dire alors ne jamais voir D' particulièrement à représenter le Christ au moment
e n ' leu. terrible du jugement dernier:
J, e vous verrai pas, lieu du bonheur éternel '
""
m 01 aVssl J auraiS pu arriver mais ." ,ou Au Musée national de Munich, ~m peut voir une
' ' J al pns. 1a VIe. à la
l égere et mes péchés m'en écartent Je ne Vou . ancienne peinture sur verre qui représente le Christ
Pè ' , s verrai sortant du tombeau, Dans ce tableau Notre-Seigneur
p~s, re celeste, qui dorénavant ne pouvez lus
m appeler votre :nf~nt, Je ne Vous verrai pas, J ~sus nous regarde avec un visage remarquablement grave,
mon Sau;eur, qUI m avez tant aimé, au point de mourir presque terrible. On sent pour ainsi dire dans son
pour mol. !e ne Vous verrai pas, car les paroles du regard qu'Il est le maître de la vie et de la mort, le
Juge ~etentISS,ent comme un tonnerre: c( Retirez-vous réalisateur de l'histoire du monde qui laisse derrière
de mOl, maudits, allez au feu éternel'' ») (S . M atth'leu, lui la terre misérable,' le monde qui s'agite et lutte,
,
xxv, 4 1 ) . cc C est là qu'il y aura des pleurs et d es grin- pour prendre possession de son royaume éternel..,
cements de dents )) (S. Malthieu, XIII, 4 2 ). Une peinture qui suggère d'austères pensées. Et bien
des gens en sont choqués. « Comment peut-on repré-
senter ainsi le Christ, le' doux Jésus, bon pour tous et
qui pardonne tout, avec des lèvres si dures, avec un
regard si effrayant. Ce Christ sévère, 'dur, impitoyable,
n'est-Il pas en contradiction avec le Sauveur indulgent)
bon, aimant? Le jour du jugement dernier peut-il
94 LE SYMBOLE DES APÔTRES « JUGER LES VIVANTS ET LES MORTS » 95
s'u~ir à la nuit de Bethléem? C'était une nuit, mais ment "d ernier, le Christ apparaissant sur les nuées du
raVIssante; ce sera un jour, mais terrible. Les trom- ciel au milieu des anges et jugeant le monde.
pettes du jugement peuvent-elles s'accorder avec le Le jugement et toutes ses conséquenceS- appartiennent
chant des anges de Noël? » Tel est le raisonnement de naturellement à l'idée complète du Christ. Où apparaît le
bien des hommes aujourd'hui. Et que leur répondons- Christ, il faut qu'ait lieu un jugement complet et juste,
Ji" nous? "' chaque péché doit être révélé, tout comme où pénètrent
B) La bonté du Christ et la rigueur du jugement non les rayons de soleil se montrent en même temps toute
seulement sont conciliables, mais vont de pair, se com- moisissure et toute pourriture.
pletent mutuellement et s'appellent réciproquement. Il fausse donc la personnalité de Notre-Seigneur celui
cc Dieu est bon, très bon, - donne-t-on pour excuse. qui Le croit uniquement indulgent. Il fausse la doctrine
Il ne peut donc pas punir l'homme éternellement ». de Notre-Seigneur celui qui ne veut voir continuelle-
Quelle erreur! La bonté n'est pas la faiblesse, la ment en Lui que l'amour qui pardonne. On ne doit pas
bonté n'est pas la mollesse, Dieu n'est pas l'impuissance. se représenter le Christ doux, indulgent et prompt à
II n'est pas un Dieu incapable de réaliser sa volonté. pardonner au point qu'à côté s'efface l'inscription qui,
La force est nécessaire à toute majesté. cc Le tilleul n'est selop. l'Apocalypse, est écrite sur son vêtement : « Roi
pas seulement un arbre odoriférant, mais aussi un bois des rois et Seigneur des seigneurs » (Apocalypse, XIX,
très dur; le chêne n'est pas seulement une couronne 16). Oui, Il est notre Seigneur, le Maf.tre de la vie et de
de feuillage, mais aussi une force qui brave la hache' la mort. Il est doux et indulgent, tant que nous vivons;
le sapin n'est pas seulement résine, mais aussi un mât: mais il est sévère et frappe comme la foudre, quand Il
le lion n'est pas seulement une fourrure bien molle' nous juge.
mais aussi des dents et des griffes qui déchirent· l'ai:
n' est 1 '
pas se~ ement un vent léger, mais aussi tempête;
la mer ne baI?ne pas seulement les coquillages, mais elle
ar~ache:aussI des continents» (Prohaszka). Et Dieu? Mes frères, les armées d'Ottokar, roi de Bohême, et
DIeu n est pas seulement un Père aimant et tendre de l'empereur Rodolphe se trouvaient sur le point
~ais auss.i, q~and il le faut, .un Juge qui punit l'infidéliti d'entrer en bataille, mais Ottokar prit peur devant la
dune mam sevère par des pemes éternelles. supériorité de Rodolphe et lui promit fidélité. Seule-
_ . Et si l'art moderne nous présente plutôt le Christ " ment il demanda de ne le pas faire en public, mais en
',"
aImant, le Christ doux et humble de cœur, nous ne secret, sans que personne le vît, dans" la tente de
devons 'pas oubli.er qu'à l'image véritable et complète l'empereur. Mais lorsqu'il fut agenouillé devant
du Chnst appartIent aussi le Christ effrayant du juge- Rodolphe, tout à coup, selon un plan concerté, les côtés !
LE SYMBOLE DES APÔTRES « JUGER LES VIVANTS ET LES MORTS » 97
de la tente tombèrent, et toute l'armée vit Ottokar fession, l'extrême-onction y manquent. L'ange ferme
agenouillé tout tremblant devant Rodolphe. le livre qui renferme le sort d'une vie commencée avec
Devant chaque péché non confessé et non réparé tant d'èspérance et qui se termine si sombrement.
que nous auron§--commis par pensée, par action ou par Votre ange s'éloigne en pleurant, mais à sa place se
parole pendant notre vie... devant chacun d'eux tientl'ange déchu: Divin Juge, Vous êtes descendu sur
tombera aussi un jour le voile au jour du jugement. la terre, à caùse de cet homme - Vous, non pas moi.
« Et je vis les morts, grands et petits, debout devant Vous avez vécu dans la pauvreté pendant 33 ans à cause
le trône. Des livres furent ouverts; et on ouvrit encore de lui, - Vous, non pas moi. Vous avez souffert au
un autre livre, le livre de vie. Et les morts furent jugés, Jardin des oliviers à cause de lui, - Vous, non pas
d'après ce qui était écrit dans ces livres, selon leurs moi. Vous avez porté une couronne d'épines, Vous avez
œuvres» (Apocalypse, xx ,12). A la voix de Dieu, un été crucifié à cause de lui, - Vous, non pas moi. Vous
ange ouvrira notre livre de vie. Autant de jours autant êtes mort au milieu des supplices les plus atroces, -
de pages ... Viennent les jours où vous étiez encore Vous, non pas moi. Vous avez fait tout cela à cause de
petit enfant... Chacune de vos prières que, sur les cette âme, non pas moi, et lui pourtant ne Vous a pas
bras de votre mère, vous avez, sans peut-être les com- servi, mais moi! Eh bien 1jugez, à qui appartiendra-t-il
prendre, récitées d'un cœur fervent. Votre première éternellement: à Vous qu'il a renié ou à moi à qui il a
confession. Avec quel véritable contrition vous avez été fidèle pendant toute sa vie terrestre? ...
pleuré vos petits péchés!... L'ange feuillette plus « Et ceux-ci s'en iront au supplice éternel, mais les
loin : votre corps agrandi; mais votre âme a-t-elle justes à la vie étern~lle » (S. M 3t thieu, xxv, 46). Dante
grandi aussi? Voyez seulement : pas une seule parole a écrit sur la porte de la damnation ces paroles terribles
n'a été oubliée, pas une seule de vos pensées; la plus et désespérées: « Lasciate ogni speranza voi ch' entrate »),
petite de vos bonnes œuvres aussi, chacune de vos « Laissez toute espérance, vous qui entrez ») . . .
. victoires spirituelles est aussi inscrite. Mes frères, agenouillons-nous souvent devant la
Mais l'ange feuillette encore, son visage s'assombrit ... croix et faisons d'une âme émue cette prière :
.et vous devenez inquiet. Des taches apparaissent sur Souvenez-Vous, bon Jésus,
les pages : les péchés. Maintenant arrive une page Que Vous Vou s êtes fait homme pour moi;
. Ne me perdez pas en ce jour.
entièrement noire : votre premier péché mortel. Puis Vous Vous êtes fatigué à ma recherche,
des pages de nouv<eau noires. Combien de pages noires! Vous m'avez racheté en souffrant SUl' la croix •
Ah! combien de pages noires 1 Rien que des péchés .Que tant de peines ne soient pas vaines 1
Juste Juge, vengeur des crimes,
non accusés et non réparés. Et même la dernière page - Accordez-moi le pardon
la page de votre mort - est noire : la dernière con- Avant le jour du jugement. Amen.

Symb . des Ap. L. IV 7


LES CONSOLATIONS DU JUGEMENT DERNIER 99

vent de quelque négligence; le directeur de qui dépen-


dent mon sort ultérieur, mon pain', mon avenir ...
Mais. si le cœur se met à battre déjà lorsqu'on paraît
devant son chef de bureau, comment sera-ce, lorsque
au jour du jugement les messagers du Seigneur, les
VII i anges, proclameront au son de leurs trompettes par-

dessus les tombeaux : « Le Seigneur veut vous parler ».


Le Seigneur qui . non seulement a connu telle ou telle
LES CONSOLATIONS DU JUGEMENT négligence, mais devant qui toute votre vie est un livre
DERNIER .ouvert. Le Seigneur qui non seulement va décider à
présent de votre situation ultérieure, mais du sort de
toute votre vie éternelle.
MES FRÈRES, Que nous pâlissions déjà m~intenant à cette pensée,
que déjà maintenant nous commencions à être pris de
vertige et que notre cœur se mette à battre, c'est ·
Le Comité d'Hygiène de l'industrie anglaise a ·
certainement tout à fait compréhensible. Il est com-
mentionné dans un de ses rapports un fait psychologique
préhensible que la pensée du jugement dernier soit
intéressant à la suite d'une curieuse expérience.
désagréable et inquiétante.
L'expérience consistait en ce que des ouvriers et
Mais il n'y · a pas que cela. La pensée du jugement
employés du commerce, de l'industrie et de la banque
dernier est aussi un avertissement utile, et même un
reçurent au milieu de leur travail un message disant
réconfort pour nous. « Dans toutes tes actions souviens-
aux intéressés: « Le directeur veut vous parler ».
toi de ta fin et tu ne pécheras jamais» (Ecclésiastique,
Ces quelques mots eurent un effet presque incroya-
VII, 40). Si donc la sévérité et la rigueur du jugement:
ble. Les employés - même ceux qui n'avaient rien sur
dernier dont nous avons parlé dimanche dernier ont
la conscience - furent saisis d'une grande inquiétude,
ému notre âme, il faut que ses consolations aujourd'hui
ils pâlirent, suivirent d'un pas mal assuré le commission-
nous relèvent et nous apaisent. JEn effet, il dépend
naire -et le cœur battant bien fort se posaient · cette
uniquement de moi que le jour du jugement ne soit
question: Qu'est-ce qui arrive? Un blâme? Une puni-
pas pour moi un jour d'effroi, mais de jubilation. Ne
tion? Ou tout simplement le renvoi? Pourtant ils
sera-t-il pas un jour de jubilation pour tout homme
n'avaient entendu que ces quelques mots: « Le directeur
juste ce jour où la malice orgueilleuse du monde
veut vous parler ». Oui, le directeur qui a peut-être eu
recevra sa punition? Ne sera-t-il pas un jour de joie
100 LE SYMBOLE DES APôTRES . LES CONSOLATIONS DU JUGEMENT DERNIER 101

ce jour où la justice méconnue ou méprisée par le et pécheurs ~ tous se tiendront devant le Juge; ceux
monde recevra sa récompense? C'est en cela que con- que l'histoire ~omme avec gloire et les millions qui
siste la consolation du jugement dernier. En cela que n'ont pas de nom, {( la grande masse »••• tous, tous.
1. aucun Péché ne restera sans punition et II. aucune Mais les places y seront réparties tout autrement que
bonne actzon ne restera sans récompense. chez nous, que dans l'histoire. Places et rangs, éloges et
blâmes - ohl combien autrement!·~
Qu'il était beau votre enterrement 1 Quels discours,
l quelles louanges on y entendit! VOliS avez eu un
coûteux tombeau de marbre qui proclamait votre nom
en lettres d'or. Et maintenant? Maintenant le Dieu
AUCUN PÉCHÉ NE RESTERA SANS CHATIMENT
juste déchire le voile qui cachait les secrets de votre
cœur.
La première consolante pensée du jugement dernier b) Le Seigneur, par la bouche d'Ézéchiel, dit un jour
c'est le trwmphe final de La justice. Dans le monde le mal à son peuple pécheur: « Maintenant la fin vient sur toi.
s'étale ' souvent avec tant d'impudence, domine d'un Je vais donner cours à ma colère contre toi;je te jugerai
air si provocant et avec une tyrannie cruelle que pour d'après tes œuvres; je ferai retomber sur toi toutes tes
tout homme juste le jugement dernier est un véritable abominations ... je serai sans pitié et je ferai retomber
soulagement et proclame la victoire définitive de la sur toi tes œuvres » (Ézéchiel, VII, 3-4). Du jour du
vérité, de la justice et de la bonté. jugement le Seigneur peut dire .: Tous tes péchés non
A) Représentons-nous seulement quelle bouleversante pardonnés et non confessés « je les ferai retomber sur
revue des morts sera ce jour, quel regLement de comptes, toi» : on les verra. Tes péchés de désir on les connaîtra.
quelle confrontation/ Tes conver§ations impures : on les saura,' Ta vie a été
a) Nous connaissons deux paroles extraordinaires remplie de péchés secrets, et on les verra. De péchés
du Seigneur: {( Que la Lumiêre soit» et {( Réveillez-vous, dont tu n'as jamais rien dit à personne, et on les con-
les morts/ » La première a commencé l'histoire du naîtra. Vous-même ne vous en rappelez plus. Lorsque
monde, l'autre la terminera. Lorsque la première se fit vous étiez enfants, adolescents, jeunes hommes, lorsque
entendre, le drame immense de l'histoire du monde vous vous êtes mariés, - tout, tout. Vos pé, hés de
commença; l'autre fera descendre le rideau sur la pensée, de parole, des yeux, des mains - tout. {( Je
scène du monde. ferai retomber sur toi tes péchés ».
Quelle assemblée ce sera' Héros et hommes vulgaires, Assurément il y aura une terrible révélation des
illustres et inconnus, vieillards et petits enfants, saints âmes, lorsque viendra le Seigneur : « qu' 11 mtttra en
' 102
LE SYMBOLE DES APôTRES
LES CONSOLATIONS DU JUGEMENT DERNIEH
lumière ce qui est caché dans les ténèbres et manifestera
les desse.ins des cœurs» (le Corinthiens, IV, 5). mère sans cœur, qui ne m'avez jamais envoyé à l'église:
. CombIen portent Un masque dans leur vie, _ le qui ·ne m'avez jamais envoyé me confesser,. chez q~1
Jugement le. leur arrachera. Quelles surprises il y aura! je n'ai vu que le mauvais exen:ple. Et qUI. po~rra!t
On regardaIt ~n tel cOfUme un « monsieur » irrépro- tout exprimer? C'est vous qui m avez rendu Incredule
chable, e~ maIntenant on voit ses tromperies et ses par vo&'iivres. C'est vous qui m'avez corrompu pa~
e!'croquenes. Cette femme passait pour une épouse fidèle vos pièces de théâtre et vos films obscènes ... « Je feraI
et voilà qu'elle a flirté avec le péché et que de fois retomber sur vous vos péchés )J.
e!l~ ~ succombé' Celui-là passait pour un agneau et B) Ne prenons pas à la légère les. mots d'enfer et
c é,alt un loup. Cet autre était regardé comme un de damnation éternelle; la damnatIOn est un mot
homme pieux et religieux, or tout cela n'était que de la terrible l'enfer une pensée affolante. Et pourtant: le
surface. Ah! comme les âmes seront mises à nu 1 triomphe du péché ici-bas est si te~rible,. le mal en
yoici un homme que chacun regardait ave~ admi- cette vie si .orgueilleux qu'il faut qu't! y mt un enfer,
ratIon, comme il travaiUait avec désintéressement et qu'i! faut la damnation, ,car au~re~ent il faudrait mettre '
honnêtement! - or c'était un trompeur et un ég .. t en doute l'existence d un DIeu Juste.
V . . OIS e. Est-ce qu'il est nécessaire de citer des exemples de
?lCI un fonctionnaire que chacun croyait incor-
ruptI~l~, - or pour de l'argent il a vendu la justice. l'orgueil insolent du mal sur la terre: les uns s'avance~t
, VOICI ~n ?om~e, un père de famil1e qui avait une les mains vides devant Dieu, les autres sont enfonc,:s
e~o.use SI devouee et de si bons enfants, _ mais ses jusqu'au coù dans le bourbier du .p~ché, après une :Ie
cleslrs et ses péchés l'attiraient ailleurs. de débauches; en vérité, ils se préCIpItent dans lesmalll~
V?ici un jeu~e homme qu'on n'arrêtait pas de louer du Dieu qui punit.· Dites-moi, mes frèr~s, ,:,ous qUi
po~r son travaIl èt son instruction, _ mais son âme êtes honnêtes, purs et pieux, le sens de la JustIce ne se
étaIt remplie d'impuretés et d'abominations. dresse-t-il pas en vous à la vue de ces choses? E: ne
Et si seulement vous etiez là tout seul! Mais voyez s'apaise-t-il pas seulement lorsque nous pensons a la
donc, ,q~~ls sont ceux qui approchent? Qui est-ce qui justice du jugement dernier. . .
se precIpIte vers yous le visage contracté avec des . a) Comme certains sont méchants! Aux Jours tern~les
paro!es d~ ~alé,diction. Ce :iont ceux )que vous avez de la révolution française, un prêtre fut amene au
por~es au peche. C est vous, séducteur maudit, qui m'avez sanglant tribunal .de Lyon. ~ ..
raVI la vertu, l'honneur, le bonheur éternel _ gronde - « Crois-tu qu'il y a un enfer? « demanda Iromque-
l' d' C' ,
u~. eux. est vous, femme maudite, qui m'avez ment un révolutionnaire. .
attIre dans le péché - dit un autre C'est . - « Oui je le crois - répondit le prêtre.- lo~.s~ue Je
' . . vous, pere et vois vos crimes. Si je n'y avais pas cru Jusqu ICI, VOS
LE SYMBOLE DES APÔTHES LES CONSOLATIONS DU JUGEMENT DERNIER 105

péchés qui crient Jusqu'au ciel éveilleraient en moi la séparé du troupeau et arrivé si près de moi que j'aurais
croyance à l'enfer ». pù facilement l'égorger et je ne l'ai pas fait ». ' .
C'est vrai, à la vue de tant de bassesses, de méchan- « Tu as raison, compère, - répondit le renard, -moi
cetés, d'impiétés que les hommes commettent sur la aussi je puis assurer qu'il en est ainsi; je me rappelle
terre, en apparence impunément : ou bien il faudrait fort bien la chose. Je me rappelle aussi que ce jour-là
mettr~ en doute et nier l'existence de Dieu, ou bien tu avais si mal à une patte que tu ne pouvais pas
il faut croire à la justice incorruptible du jugement bouger de ta place »...
dernier. « Nous attendons selon sa promesse de nou- Mais le vieux loup ne l'entendit même pàs, car il
veaux cieux et une nouvelle terre, où habite la justice» n'était déjà plus en vie. Il mourut tranquillement,
(Ile S. Pierre, III, 13). Il faut qu'il y ait une justice : car « il n'avait pas fait grand mal pendant sa vie ».
s'il n'yen a pas en cette vie, il y en aura une devant le Et croyez-vous que seuls les vieux loups meurent de
Dieu éternel. Car certains sont si méchants ... cette manière? Dernièrement je lisais que commence
b) Comme d'autres sont frt:volesl Ils dissipent et à se répandre parmi les dames d'un certain monde une
gaspilJent leur vie entière, se vautrent dans le péché, nouvelle folie de la mode. Elles se rasent les sourcils
commettent tous les péchés qui ·leur tombent sous la et à la place se font des cils qu'elles font tenir avec une
main,' il ne dépend pas .d'eux qu'ils n'aient pas commis pâte, car cela fait grand effet sur les hommes. Cette colle
encore davantage le mal, - et alors à leur lit de mort dure une semaine, mais seulement si on n'a pas les yeux
ils n'admettent pas de confesseur. « Qu'est-ce que je humides. Le nouveau mot d'ordre est donc celui-ci:
confesserais? Je n'ai pas commis un seul gros péché Défense de pleurer. Aussi ces dames sourient sur, la
de ma vie». Et ils meurent sans repentir, l'âme endurcie, tombe de leur mère, près du lit de leur enfant malade)
comme le vieux loup de la fable. dans de grandes . douleurs. Sourire, rire, la mod(
Un loup avait durant ' toute sa vie volé et dévoré l'exige. Mes frères, ne faut-il pas que vienne un jour
les moutons - dit la fable. Devenu vieux il tomba où le sourire se décomposera sur ces lèvres et se trans-
mortellement malade. Son vieux camarade, le renard, formera en grimaces insensées? Ne faut-il pas que
vint le consoler. Il ne lui fut pas difficile de consoler vienne le jour ~,dont Notre-Seigneur Jésus-Christ a
e malade,lcar celui-ci regardait tout à fait tranquille- parlé et où « Je Fils de Dieu enverra ses anges et ils
ment sa vie passée. « Sans doute, je suis un pécheur, - enlèveront de son royaume tous les scandales et ceux
disait le loup, -""'comme les autres, mais je crois que qui commettent l'iniquité, et ils les jetteront dans la
je ne suis pas parmi les grands pécheurs. J'ai commis fournaise ardente: c'est là qu'il y aura des pleurs et des
aussi du mal, mais un jour j'ai fait aussi une bonne grincements de dents» (S. Matthieu, XIII, 41 ).
aetlon. Je me rappelle très bien un agneau bêlant ) C) Quelqu'un de mes auditeurs me demande avec
1
· rl06 LE SYMBOLE DES APôTRES LES CONSOLATIONS DU JUGEMENT DERNIER 107

effroi : (c Mais en ce moment il est question des con- Quelle rencontre! Le Christ et saint Augustin. Le
solations du jugement dernier. Est-ce cela la consolation? Christ et saint Étienne.
-,
Le Christ et saint François.
Les terreurs du jugement dernier peuvent-elles être cette Mais ensuite : le .Christ et Pilate, Hérode, Judas,
co~~olation? Pourtant c'est cela, mes frères. Est-ce qu'au Néron... Mais , que dire encore! Encore un mot :
mIlIeu de toutes les souffrances imméritées on ne se le Christ et ... et ... moi!
,co?sole pas par cette pensée: Je crois en ~a justice du Finalement c'est cela le plus important: comment
DIeu ~t;rnel.. Je ,crois qu'un jour Dieu fera triompher comparaîtrai-je devant le Christ, qui me jugera? .
la vénte. MalS n oublions pas qu'avec la victoire de la
vérité va nécessairement de pair la défaite du mal.'
II
Et il ne. peut en être autrement. Déjà én cette vie
terrestre SI dans un groupe de gens grossiers arrive
AUCUNE BONNE ACTION NE RESTERA SANS RÉCOMPENSE
une personne à l'âme angélique, en chacun passe
con;m~ un écl~ir la conscience de sa propre corruption.
Qu arr:vera-t-ll, lorsque le créateur des âmes angéliques Voici donc l'autre leçon du jugement dernier: Aucune
apparaltra! bonne action ne restera sans récompense. C'est prèmière-
~'épouvante du jugement dernier est donc en con- ment A) un avertissement pour nous, mais en même
neXIOn avec la venue du Christ. Quand le soleil se temps B) une consolation et C) aussi un encouragement.
lèvera: a~para~tront à la lumière du jour tous les péchés A) Le jugement dernier est indubitablement un
que dIssImulaIent jusqu'alors les ténèbres de la nuit· grand avertissement pour nous. ' Sur les tombes des
et quand le Christ apparaîtra, la sainteté vivante dan~ premiers chrétiens on pouvait lire ces mots sublimes :
la ple!ne lumière .de. ses ~ayons se révélera tout ~éché cc D ècessit in osculo Domini », cc Il est mort avec le baiser

que. 1 hom~e avaIt Jusqu alors dissimulé. Lorsque le du Seigneur» (c'est-à-dire dans les bras du Seigneur).
?hnst revIendra et qu'en Lui apparaîtra la vérité Quelle mort heureuse! C'est une belle coutume des
eternelIe, alors toutes les injustices commises par les pieux fidèles de réciter chaqùe jour, à la fin de leur prière
horr:mes s~ront rejetées dans les ténèbres. Lorsque le du soir, un cc Ave 1) pour obtenir une bonne mort: pour
Chnst~evIendra et qu'en Lui apparaîtra la pureté que, quel que soit le moment où le Seigneur les appellera,
morale eternelIe, alors toutes les impuretés commises Il ne les trouve pas à l'improviste. .
par les hommes seront rejetées dans les ténèbres comme Mes frères, êtes-vous prêts à chaque instant pour le
dans un marais sans fond. dernier voyage? C'est un grand malheur, quand quel-
f?uelle confrontation! La grande, la d;rnière confron- qu'un tombe dans un péché grave, mais elle est encore
tatIOn ; Le Christ et ses amis, le Christ et ses ennemis. plus grande la témérité de vivre des jours, des semaines
J08
LE SYMBOLE DES APÔTRES LES CONSOLATIONS DU JUGEMENT DERNIER 109

en état de péché grave. Lorsque Marguerite-Marie B) Mais la pensée du jugement dernier n'est pas
A~acoque fut sur le point de mourir, "ses compagnes seulement un avertissement pour nous, elle est aussi
1~1 de~~ndèrent si elle voulait encore prendre quelque une grande consolation.
~ISposltlOn. « Non, je suis prête» - fut sa réponse. Ah! Lorsque par ' une lourde journée d'été les nuages
SI seulement nous pouvions tous en dire autant! noirs laissent tomber la grêle et que sous les coups de
~t si aujourd'hui il vous fallait paraître devant le tonnerre et les éclairs, les moissons, les fruits, les raisins
SeIgneur ?... Toutes" vos affaires sont-elles CP ordre? sont anéantis, le lendemain les journaux publient en
Ne vous faudrait-il pas auparavant demander pardon à grosses lettres : (( Lè jugement dernier sur la plaine
quelqu'un ~ ~'y a-t-il personne que vous n'aimiez pas hongroise 1 Toute la moisson anéantie ». " "
et avec qUI Il vous faudrait vous réconcilier? N'avez- o hommes, comme vous employez les mots à la
vous pas omis une obligation qu'il vous faudrait remplir légère 1Savez-vous ce que c'est que le jugement dernier.
aup~ravant? N'y a-t-il pas de péché dont il faudrait « Lorsque le ciel et la terre seront ébranlés »... et
punfier.vo~re âme dans le sacrement de Pénitence? S'il lorsque réellement tout sera anéanti... Toute la
en est aInSI, mettez tout en ordre aujourd'hui encore moisson sera-t-elle anéantie? Oh, non! Pas la moisson.
car « le Fils de l'homme viendra à l'heure que vous n; Seulement la saleté, la paille, le déchet, la nielle,
p~nsez pas » ~S. Luc, XII, 40). Quelle sagesse de l
t
l'apparence, le mensonge, la fraude, .. Mais ce qui est
faIre chaque SOIr dans sa prière un examen de conscience bijou véritable, ce qui est perle véritable, ce qui a une
et de prendre son repos avec une fervente contrition et valeur durable, - cela demeure, cela survit aux épouvantes
une âme purifiée 1
du jugement dernier. C'est cela notre consolation,
. Sur le.s tombeaux des premiers chrétiens on pouvait Au moment de la création, le Seigneur prit la parole,
lIre aUSSI ces mots : (( Decessit in albis », (( Il est mort et à sa voix la lumière se sépara des ténèbres. M aintp.nant
en blanc », c'est-à-dire alors qu'il portait encore la aussi le Seigneur prend la parole et les âmes de lumiere
r?be blanche qu'on revêtait après le baptême. Ah, se sépareront des âmes de ténebres; les âmes dans lesquelles
SI seulement on pouvait en dire autant de moi! Si seule- Dieu reconnaît son image se sépareront de celles qui
~ent mon âme était blanche aussi, lor"C}ue le Seigneur dans leur vie terrestre ont irrémédiablement défiguré
1 appellera. ".Alors on pourrait aussi "écrire sur mon en elles l'image de Dieu.
tombeau: (( Non moriuntur, sed oriuntur », (( Ils ne Lorsque le fondateur des Salésiens, Don Bosco,
meurent pas, mais à présent ils commencent à vivre» vint à Lyon en 1883, une grande foule se pressa autour
alors en effet la vie terrestre n'est qu'un voyage nocturn; de sa voiture pour demander à cet homme qui avait
sur la mer, au bout duquel m'attend une brillante déjà un renom de sainteté ses prières et ses bénédictions.
aurore.
A cause de la presse la voiture pouvait à peine avancer.
IlO LE SYMBOLE DES APÔTRES LES CONSOLATIONS DU JUGEMENT DERN IER III

Don Bosco était patient et accueillait avec grande est aupr ès , et le Tout-Puissant a . souci
du Seigneur d
charité les demandes des gens, mais le cocher perdit d'eux. C'est pourquoi ils recevront de la mam . u
patience et s'écria : « J'aimerais mieux conduire le Seigneur un magnifique royaume et un splendIde
diable qu'un saint ». diadème » (Sagesse, V, x6-X7).;. .
Dites-moi, mes frères, ne connaissez-vous pas des C) Et c'est pourquoi la pensee du Jugement dernIer
hommes qui toute leur vie conduisent joyeusement est aussi un grand réconfort, un réconfort dans les
le diable dans leur voiture? Ne faut-il pas que vienne luttes de l'âme.
le jour où ils recevront la récompense ceux qui sur le Un jour que Napoléon pas~ait devant les r~ngs. ~e
chemin rude, raboteux, fatigant d'une vie honnête ses so ldats , un vieux sous-offiCIer couvert
. . clcatnc~s
1 de . ,
ont transporté un saint dans la leur? Ne faut-il pas que . s
attIra o . II piqua drOlt sur, ' Ul et sUlvant
n attention .
vienne le jour dont le livre de la Sagesse écrit avec une son habitude lui adressa quelques breves questlOns.
joie triomphante: « Alors le juste sera debout en grande A Ulm?
assurance en face de ceux qui l'ont persécuté et qui J'y étais.
méprisaient son labeur. A cette vue les méchants seront A Austerlitz?
frappés d'épouvante, ils seront dans la stupeur devant J'y étais.
cette révélation si inattendue du salut. Ils se diront les A Iéna?
uns aux autres, pleins de regret et gémissant dans' le J'y étais.
serrement de leur cœur : Voilà donc ceux qui étaient A Wagram?
l'objet de nos moqueries, le but habituel de nos J'y étais.
outrages. Insensés, nous regardions leur vie comme A Smolensk?
une folie et leur fin comme un opprobre. Et les voilà J'y étais.
comptés parmi les enfants de Dieu, et leur part est parmi A Dresde?
les saints. Nous avons donc erré, loin du chemm de la J'y étais.
vérité; la lumière de la justice n'a pas brillé sur nous et C'est bien, capItame - lui dit Napoléon, et ~l .lui
sur nous ne s'est pas levé son soleil. Nous nous sommes attacha sur la pOltnne la grande croix de la leglOn
fatigués dans"la voie de l'iniquité et de la perdition, d'honneur.
nous avons marché dans des déserts sans chemm ; mais Ah! lorsque le Seigneur Jésus passera ~evant les
nous n'avons pas co:o.nu les voies du Seigneur. A quoi rangs de l'humanité entière' comme
.je seraI . heureux,
1
nous a servi l'orgueil? Et de quel profit a été pour nous si je puis répondre à ses questions aUSSI hardIment
la richesse jointe à la jactance? » (Sagesse, v, 1-8). A la messe du dimanche?
« Mais les justes vivront éternellement; leur récompense J'y étais.
112 LE SYMBOLE DES APÔTRES LES CONSOLATIONS DU JUGEMENT DERNIER 113

Au confessionnal? Ne craignez pas que le dogme de l'autre monde soit


J'y étais .. ' seulement W1e lettre de change trompeuse qui ne sera
A la Sainte Table? jamais payée! Ne craignez pas, lorsque pour observer
J'y étais. les commar dements de Dieu, il vous faut refréner
Aux œuvres de charité? vos mauvais instincts! Ne craigilez pas, lorsque pO 'lr
. 1
J'y étais. sauvegarder la morale vous renoncez à un avantage,
Dans l'Action Catholique? un avancement, un bon parti, une carrière! Un jour
J'y étais. viendra qui sera le jour du règlement de comptes, le
Quand il fallait lutter contre les tentations? jour du règlement de (omptes du Dieu juste pour
J'y étais. toute une vie passée généreusement dans j'amour de
Quand il fallait souffrir pour la foi? Dieu. « Le Fils de l'homme doit venir dans la gloire
J'y étais. de son Père avec ses anges et alors il rendra à chacun
Ne sentez-vous pas maintenant, mes frères, quel selon ses œuvres Il (S. Matthieu, XVI, 27) C'est en cela
immense réconfort et quelle source de forces est pour que conciste la plus consolante et la plus fortifiante
nous la pensée du jugement dernier! Comme elle nous pensée du jugement dernier.
remplit d'assurance devant les journées les plus pénibles Mes frères, en 1930, les Allemands avaient émis une
et les épreuves de la vie ! 11 n'y a pas de combat qui soit nouvelle monnaie. Sur la pièce d'argent de trois marks
trop dur pour celui qui a présent à l'esprit cette pensée. on voyait l'aigle allemand debout sur un pont du Rhin
Saint Paul y pensait certainement, lorsqu'il écrivait : les yeux regardant au loin et sur la pièce se lit cette
« Rejetons tout ce qui no1.1s appesantit et le péché qui inscription: « Der Rhein Deutschlands Strom - nicht
nous enveloppe, et courons avec persévérance dans la Deutschlands Grenze )}, « Le Rhin fleuve d'Allemagne
carrière qui no1.1S est ouverte, les yeux fixés sur Jésus, - non pas frontière d'Allemagne Il.
l'auteur et le consommateur de la foi, lui qui, au lieu De même sur nos tombes se dresse notre foi chré-
de la joie quiil avait devant lui, méprisant l'ignominie, tienne qui regarde avec confiance au loin et dit : La
a souffert la croix et s'est assis à la droite du trône tombe n'est qU'lin pont de la vie et non passa frontière.
de Dieu ;1 (Hébreux, XII, 11 _2 ). A présent, dites-moi, Non pas la frontière au delà de laquelle on n'attend
la foi au jugement dernier mène-t-elle au désespoir? plus rien, mais un pont qui réunit cette vie à l'autre
Peut-on le redouter? Redouter la vie éternelle? Redou- monde.
ter la société des saints? Redouter la vue d1.1 Christ Lorsque nous sommes venus au monde, dè~ notre
que j'ai servi avec fidélité au milieu des épreuves de l~ premier pas nous sommes entrés sur ce pont et nous y
.yie tenestre ? marchons vers l'autre monde. L'Océan de l'éternité

Symb. do, Ap. - T. lV 8

• 1
1
LE SYMBOLE DES APôTRES

nous attend tous: l'un arrive plus tÔt, l'autre plus tar.d.
Et c'est sans importance. L'important c'est que nous
ayons fait notre devoir, que nous ayons achevé notre
route, que nous ayons tenu notre place - quand il
s'agirait d'un devoir insignifiant, d'une route bien VIII
courte, et d'une place modeste, - où le Dieu éternel
nous a mis.
Donc mes frères, soyez habiles! Vous aimez-vous JÉSUS-CHRIST EST LE M:ltME
beaucoup vous-mêmes? Bien. Mais alors sauvez-vous HIER, 'AUJOURD'HUI ET A JAMAIS
pour la vie éternelle! Sauvez-vous de la destinée effrayante
qui autrement vous attend. (Hébreux XIII, 8)
Que vous faut-il? Vous faut-il une jeunesse éternelle?
Vous l'aure~. Vous faut-il une beauté ravissante? Vous
l'aurez. Vous faut-il une joie inexprimable? Vous l'aurez. MES FRÈRES,
Seulement vivez de manière que vous puissiez arriver à
la droite du Christ. En effet, si vous avez vécu dans le Le sermon d'aujourd'hui termine non seulement
péché, qu'est-ce qui vous attend? Des supplices, des peines, les prédications de l'année universitaire, mais doit
des souffrances, des douleurs, la damnation - pour l'éter- en même temps former la clef de voûte de la série de
nité, pour toute l'éternité... sermons sur Notre-Seigneur Jésus-Christ, commencée
Et ,m aintenant baissons la tête et d'un cœur plein il y a deux ans, et également achever le second tiers de
d'espérance faisons cette prière: la 'série, commencée il y a quatre ans, sur le Symbole.
Pendant environ deux ans, rai parlé de Dieu, pendant
Sauvez-moi, Seigneur, de la mort éternelle, plus de deux ans de Notre-Seigneur Jésus-Christi dt~
En ce jour d'épouvante, notre Credo il nous reste encore comme sujet pour une
Lorsque le ciel et la terre seront ébranlés, année nouvelle-: l'Église du Christ et la vie éternelle.
Et que Vous viendrez juger le monde par le feu. Lorsque la construction en est arrivée au point que
Amen. ne manquent plus à l'édifice que, les dernières déco-
rations, alors seulement on peut 'contempler l'œuvre
dans sa splendeur, alors sa beauté agit fortement sur le
spectateu[; Et si aujourd'hui en guise d'adieu ressaie"
de réunir dans un vaste tableau les traits que pendant

'1
ix6 LE SYMBOLE DES APÔTRES JÉSUS-CHRIST EST LE M~ME A JAMAIS 117

plus. de deux ans j'ai dessinés de Notre-Seigneur Jésus- une autre, on le regarderait . comme un esprit exalté
C~nst dans l'âme de mes attentifs, patients et recon- et on le ferait taire rapidement. Suivant une troisième
naissants auditeurs)'je le fais pour graver dans tous les il serait ultra-socialiste. Selon une quatrième, il prêche-
cœurs, a:ec une f~rce ine~açable, le saint visage de rait quelque vague panthéisme ... et ainsi de suite.
Notre-Seigneur Jesus-Chnst. Accompagnons , donc Quelles vaines exagérations, quelles affirmations sans
encore une fois par la pensée Notre-Seign~ur de fondement 1 La véritable réponse ne peut être que cette
Bethléem au Golgotha, du tombeau de Pâques à la phrase de saint Paul: « Jésus-Christ est le même hier,
montagne de l'Ascension et de l'Ascension à la fin du aujourd'hui, à jamais ». C'est-à-dire que si le Christ
monde, que s'échappe de notre cœur enflammé d'amour revenait aujourd'hui en ce monde, Il enseignerait
cette effusion de l'âme de saint Paul : « Jésus-Christ aujourd'hui encore la même chose, mot pour mot et
est le même hier, aujourd'hui et à jamais)) (Hébreux, aujourd'hui encore Il ferait point par point exactement
~III, 8): 1., Le Christ ~ vécu au miü'eu de nous, puis Il ce qu'Il faisait lorsqu'Il était, il y a dix-neuf siècles,
s est élmgne de nous, maiS II. son histoire n'est aucunement réellement parmi nous.
terminée, tel est le sujet du sermon d'aujourd'hui qui En effet A) aucun homme ne dépassera jamais son
sera à la fois une sy~thèse et une conclusion. enseignement et B) ce qu'Il a fait pour IlOUS, personne,
si grand que soit son amour pour nous, ne le fera
jamais.
1 A) Aucun homme ne surpassera jamais ['enseignement
du Christ. Dans le Christ il est aisé de reconnaître le
LE CHRIST A vÉcu AU MILIEU DE NOUS.
Dieu; dans le Christ il est aisé d'aimer Dieu; dans le -
Christ « Dieu fait homme » Dieu vient tout près de nous.
Le Seigneur Jésus a touché une corde dont le son
La, revue américaine « Cosmopolitan » a organisé vibre depuis dans le monde entier, mais la vie de chaque
aupres de quelques personnalités du monde intellectuel homme ne répond en une heureuse harmonie qu'autant
une curieuse enquête. « Qu'arriverait-il si le Christ qu'il réussit à mettre sa vie, ses pensées, ses désirs, ses
revenait aujourd'hui dans le monde? » telle était la actions en acc6rd avec la divine mélodie.
question posée. Avant le Christ ceux qui réfléchissaient tâtonnaient
Les réponses naturellement furent très variées dans une demi obscurité, suivaient les voies de cette
même bizarres. D'après l'une, si le Christ revenai~
" .
terre et ne savaient pas qui les y avait envoyés ni
aujourd'hui dans le monde, en tant que pacifiste les pourquoi ils avaient été envoyés ni ce qui les attendait
États-Unis lui refuseraient l'autorisation d'entrer. Selon derrière la porte de la mort qui se dresse au bout de la

' 1
,.;
,1
uS LE SYMBOLE DES APôTRES JÉSUS-CHRIST EST LE MÊME A JAMAIS

vie terrestre; depuis le Christ, depuis ses enseignements, terminer: « Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles
elles sont réellement leur bien commun les réponses qui ne passeront pas ». Oui, car « Jésus-Christ est le même
donnent satisfaction aux questions éternelles et angoissantes hier et aujourd'hui et à jamais ».
de l' humanité. B) Mais si le Christ venait aujourd'hui au milieu
Il n'y a qu'un Dieu dans le monde; Il est le puissant de nous;' non seulement Il enseignerait, ce qu'Il a
créateur du monde; mais Il est aussi notre Père béni enseigné, mais encore Il ferait aujourd'hui pour nous,
du ciel. Ce Dieu a tout créé, donc tous les hommes _ Il souffrirait pour nous ce qu'Il a souffert et a fait.
~u'ils soient blancs, rouges ou jaunes, qu'ils soient Mais personne, quel que soit son amour, ne fera jamais
rIches ou pauvres, savants ou ignorants - sont fils davantage que ce qu'Il a fait et souffert pour nous.
adoptifs de Dieu, et frères entre eux. Dieu, notre Père Son âme brûlant d'un amour infini aujourd'hui encore
du ciel, nous a mis sur la terre, pour un certain temps Le conduirait au jardin de Gethsémani, pour prendre
d'épreuve, afin qu'après une courte vie terrestre accom- sur ses épaules divines tous les péchés du monde, et sous
plie selon sa sainte volonté nous puissions, avec l'espé- leur poids épouvantable II tomberait dans la poussière
rance d'une récompense éternelle, rentrer dans son en versant une sueur de sang. Aujourd'hui encore 11 ne
royaume. Lorsque nous venons au monde, nous entrons compterait pas sur la légion des anges pour Le délivrer
sur un pont, c'est ce pont qu'il no~, raut traverser sains des soldats romains qui L'arrêteraient. Aujourd'hui
et saufs, et à l'autre, bout du 1Jont Dieu attend ses encore Il ne détournerait pas la tête quand on Le
enfants rentrant à la maison, après avoir laborieusement frapperait au visage, aujourd'hui encore Il ne se
rempli les sévères devoirs de la vie. défendrait pas lorsqu'on'Lui enfoncerait la couronne
Mais le péché du premier homme et ses conséquences d'épines sur la tête. Et lorsqu'on déverserait sur Lui
nous O?t in~i~é . une blessure mortel~e; et pour que le fiel de la haine, aujourd'hui encore Il prierait ainsi :
nous n en perISSIOns pas, la seconde personne de la « Mon Père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils
Très Sainte Trinité, Notre-Seigneur Jésus-Christ, se font ». pUi, Il ferait à nouveau tout cela, car « Jésus-
fit homme et apparut sur la terre, afin de satisfaire Christ est le même hier, aujourd'hui et à jamais ».
par ses souffrances et par sa mort la justice divine Et sur l'autel sanglant de la croix Il répéterait encore
offensée par le péchéq;de l'homme... ' une fois: « Consummatum est », « Tout est consommé »•.
, C'~st ce ~u'a enseigné le Christ: et s'Il venait aujour- L'œuvre de la rédemption est achevée et l'h9-mme qui '
.' !
d hUt parmI nous, aujo.urd'hui encore Il l'enseignerait gémissait dans l'esclavage du péché peufJ être de
Il monterait de nouveau sur la montagne et prononcerai~
'., '
nouveau enfant libre et chéri de Dieu, tout homme peut
ce sermon d'une beauté incomparable. Il proclamerait être racheté, -s'il le veut, si lui aussi applique ses lèvres
de nouveau ses commandements et Il ajouterait pour à la source vive qui jaillit de la croix rédemptrice. 1

"
, -,'
1
120 LE SYMBOLE DES APÔTRES J~SUS-CHRIST EST LE MÊME A JAMAIS 121

Oui, si le Christ venait aujourd'hui parmi nous, centenaire de la mort du Christ, mais aussi de sa
aujourd'hui encore Il ferai t cela pour nous ... souveraineté. Il n'est plus parmi nous dans sa forme
Mais le Christ n'a pas besoin de revenir, car si dans visible, mais qu'Il vive et soit réellement avec. ~ous,
sa forme visible Il s'est éloigné de nous, Il vit au depuis dix-neuf siecles, des milliards et des mzllzards
tnilieu de nous) dans l'éternité et son histoire n'a pas d'hommes l'ont cru et l~ croient, l'ont compris et le
de fin. . comprl}nnent. . .
De's milliers et des milliers déjà ont vécu parmI les
hommes qui pendant leur vie ont eu une renommée
II
beaucoup plus grande, beaucoup plus puissante, ont
eu plus d'ar~ent, plus de .partisans ent~ousi~st~s qu~
L'HISTOIRE DU CHRIST N 'A PAS DE FIN. Notre-Seigneur Jésus- Chnst, - et aUJourd hUl? Ou
sont-ils aujourd'hui? Ramsès, César, Néron, Alexandre
..1 A) II ya un certain nombre d'années 1'«Histoire du le Grand, Hannibal, Attila, Batu-Khan, Gengis-
Christ » de Papini était un livre fort à la mode. Chacun Khan... ces hommes d'une renommée mondiale •• . ,
devait l'avoir lu. Une dam e prêta le livre à une amie, qui s'enthousiasme aujourd'hui pour eux, qui aujourd'hui
mais en même temps se mit à raconter ce qui s'y trouvait. a peur d'eux? Quand la vie devient un fardeau pénible,
«Ah! n'en dites pas plus long, ma chère, interrompit son qui lève les yeux vers eux, pour chercher auprès d'eux
amie. Ce ne sera plus intéressant; si j'en sais la fin ». un soulagement? Qui parle d'eux et qui prononce leur
Pourtant cela n'était pas à craindre. L'histoire du nom dans ses prières? .
Christ n'est pas terminée avec son ascension, l'histoire Le roi de France, LouisXIV, aveuglé par la puissance,
d u Christ n'est pas encore finie, et même son œuvre la gloire, la richesse et les flatteries des courtisans, prit
s'est développée d'une maniere gigantesque depuis que son le nom de « Roi-Soleil )). Et quand il mourut, le célèbre
histoire terrestre a pris fin. prédicateur, Massillon, prononça son oraison ftin~bre:
a) « Tu es donc roi? )) demandait avec étonnement Il se plaça devant le cercueil, devant le corps du rOl qUl
Pilate au Christ enchaîné. « Tu l'as dit. Je le suis )), - allait descendre dans la tombe avec une pompe aveu-
répondit le Christ flagellé, couvert de crachat et cou- glante et un luxe insensé, puis il c?rrur:e~ç,a son ~ermon
ronné d'épines. par ces paroles d'une émouvante slmphclte : « DieU seul
On crucifia alors ce roi, mais depuis ont commencé est grand ». .
'., ' à s'accomplir ses paroles: « Et moi, quand j'aurai été Oui;JDieu seul est grand, mes frères, et nous autres
élevé 'de terre, j'attirerai tout à moi » (S. Jean, XII, 34). hommes nous ne sommes rien à côté de Lui. Vous, .
Nous avons célébré il ya quelques 'années le !ge Louis XIV, vous n'êtes rien à côté de Dieu : quellei

i .
1'/ '

,1
122 LE SYMBOLE DES APÔTRES JÉSUS-CHRIST EST LE MÊME A JAMAIS 12 3

que
, soit la pompe dans laquelle vous avez vécu , vous '
En vérité, les sourCes millénaù'es de la grandeur d' t1me,
etes mort et vous êtes dans la tombe. Vous, Alexandre de la force et du sacrifice ne peuvent se nourrir d'imagi-
le Grand, César, Charlemagne, Frédéric le Grand nations et d'illusions. Ce qui est imagination et non pas
Napoléon, vous n'êtes rien à côté de Dieu: vous ête~ réalité, la vérité l'écrase tôt ou tard avec une force
morts et vous avez été réduits en poussière. Vous impitoyable.
Phidias, - Michel-Ange, Raphaël, vous Beethoven, Oui, ce n'est pas une illusion, mais la vérité que
Haydn, Mozart, Schubert, vous Platon Socrate Notre-Seigneur Jésus-Christ vit invisiblement au
. ' ,
milieu de nous. Ce n'est pas une illusion, mais une
Anstote ... vous n'êtes rien auprès de Dieu, car
vous êtes morts. Dieu seul est grand, le Dieu qui sainte vérité que l'humanité ne pourra jamais oublier le
a été mis à mort sur la croix, mais vit éternellement. Christ. Ce n'est pas une illusion, mais une sainte vérité
~( Jé~us-Christ est le même hier, aujourd'hui et à que « son règne n'aura pas de fin » (S. Luc, l, 33). Ce
JamaIS ». n'est pas une illusion, mais une sainte vérité ce. qu'Il
b) Mais la vie et la résurrection du Christ ne pourraient- a promis: « Voici que je suis avec vous tous les jours,
elles pas être pure imagination et illusion? - se deman- jusqu'à la fin du monde» (S. M atthieu, XXVIII, 20) . Et
dent peut-être quelques-uns avec angoisse. cela nous encourage, nous fortifie et nous console.
A cette inquiétude nous pouvons répondre par ces « Je serai avec vous» (Exode, III, 12) - assure le
paroles du célèbre philosophe non catholique Eucken : Seigneur à Moyse, et Moyse prend courage.
« Si le christianisme qui pendant des siècles a fait la « Le Seigneur est avec vous )) (S. Luc, l, 28) -

conquête des meilleurs, a produit un travail intellectuel assure l'ange à Marie, et Marie prend courage. ,
incomparable, a remué les plus grandes profondeurs de « Voici que je suis a·vec vous )) - assure à l'Église
l'âme, était seulement une imagination, alors il nous le Christ partant au ciel, et nous puisons courage
faut ressentir une grande méfiance pour les facultés en Lui.
.humaines. Si l'homme, dans des questions aussi impor- Du courage 1 Pourquoi? Pour lutter. Pour être
tantes, pouvait se tromper si longtemps, si gravement ' patient. Pour être fidèk « Celui qui persévérera jusqu'à
et si complètement, comment recevrait-il maintenant la fin sera sauvé )) (S. Matthieu, X, 22). {
subitem~n! la capacité de saisir la vérité? Non; SI 10us Qu'est-ce que cela veut dire, «jusqu'à la fin))? Quand
rompons avec le christianisme, nous ruinons à fond sera-ce la fin du monde? Je ne sais pas. Dans combien
la confiance de l'homme en ses propres facultés et nous de milliers d'années? C'est sans intérêt, c'est sans
donnons la suprématie à une conception désespérante importance. Il n'y a qu'une chose importante: que le
des choseshumaines» (Schonere Zukunft, 31 mars 192 9, Christ s'o it avec moi jusqu'à la fin du monde, jusqu'à
P·54°)· l'heure de ma mort; que je vive en Lui; que je Le
12 4 JÉSUS-CHRISt EST LE MÊME A JAMAIS 12 5
LE SYMBOLE DES APÔTRES

puissent transformer les églises confisquées par la force


respire,
. . que je. L'imite dans ma vie et que j'e ne p asse en musées anti-religieux, la réalisation de toute cette
JamaiS une . mmute sans Lui. Que demeure vraie aus~.
pour mOl cette parole du Christ .. « VOl' Cl' q ue je . SUlS
. _abomination a été seulement réservée à notre époque.
Le mouvement des sans-Dieu! Une idée effrayante
avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde)J .
qui priC)naissance dans l'est de l'Europe et lance ses
.B) Cep~ndant, mes frères, celui qui regarde d'un
vagues impétueuses contre l'ouest. Jadis elles vinrent
œtl attentif les événements mondiaux a ct ue1s peut
de l'orient vers l'Europe ces terribles(épidémies qui
demander avec une douloureuse anxiété : N'y a-t-il
firent parmi nous des milliers et des milliers de victimes.
~as da~~ l~ monde actue~ des signes qui paraissent s'opposer
Mais qu'est-ce que ces épidémies en comparaison du
a la ,vente de. cette promesse du Christ? Saint Paul a dit:
mouvement des sans-Dieu, cette peste et ce choléra
~( Je~us-Chn~t est le même hier, aujourd'hui et à
des âmes, qui à présent fait en Europe des milliers et
Jamais )J. MalS aujourd'hui c'est comme si du '1'
d l' f . '11' . ml leu des centaines de mille de victimes?
e en er ~al lssa~t une étincelle sur la terre et que sa
b) Et cependant ne tremblons pas! En effet, lorsqu'on
fla~me dev~statnce menaçât d'effacer la promesse du
pense à l'abominable entreprise de ces hommes au
Chnst... N avons-nous pas raison de craindre 2 t Il
t 1 . . . e e cerveau malade nous vient à l'esprit la légende de
es a question qUl sort de bien des lèvres découragées
Félix de Nole. Tandis que Félix à cause de sa foi
~) Et la question n'est pas sans motif. Si nous n~
chrétienne était cherché pour être mis à mort et que ses
saVlOns pas .que le. Christ, le Fils de Dieu, vaincra fina-
poursuivants étaient déjà tout près de lui, le saint
lement u~ jour, SI nous n'avions pas entendu sur ses
se cacha dans la fente d'une vieille muraille. Et l'instant
propres levres ces paroles: « Ayez confiance, j'ai vaincu
d'après - rapporte la légende - une araignée descendit
!e m?~de )J (~. Je~n, XVI, 33), et cette autre promesse:
et tissa sa toile devant la muraille. Lorsque ses ennemis
VOlCI que je SUlS ~vec vous tous [es jours jusqu'à la
arrivèrent et virent la toile d'araignée devant l'ouver-
?n du monde !>, - SI nous ne les avions pas entendues,
ture, persuadés que personne n'était entré de longtemps
Il nous faudrait tr~mbler devant le succès de cette pro-
ils continuèrent leur poursuite aussitôt. Et Félix fut
paga~de que l~ Lzgue des sans-Dieu déploie depuis ces
sauvé.- Son biographe, saint Paulin de Nole, dit
derllleres annees.' Des hommes en contradiction avec
à propos de cet incident ces paroles mémorables: « Où
e~x-mê~es et avec Dieu, au cerveau malade et aux nerfs
le Christ est présent, la toile d'araignée devient un
detraques, ont toujours existé sur la terre; mais que
mur, où le Christ est absent, le mur devient une toile
ces h?~mes, po~r propager la haine de Dieu, mépriser
d'araignée )J.
l~ religIOn, et .ralller les sentiments les plus saints de
Rappelons-nous le donc à la vue du mouvement des
~ h.omme; se SOlent rassemblés en associations publiques,
sans-Dieu. Rappelons-nous que cette épidémie prendra
editent des journaux et des revues sans nombre et
126 LE SYMBOLE DES APÔTRES JÉSUS-CHRIST EST LE MÊME A JAMAIS 127

fin, car nous savons que là où le Christ n'est pas mystères, mais cette porte, la porte du surnaturel,
présent la muraille devient une toile d'araignée et tout derrière laquelle la rédemption du Christ attend les
s'écroule. hommes, il n'eut pas le courage - ou plutôt il n'eut pas
La science européenne s'est mesurée avec les la foi - de la franchir. C'est pourquoi Faust devant ces
maladies importées d'orient, de sorte que la peste et le questions insolubles et angoissantes se jette dans le
choléra peu à peu deyinrent seulement Un souvenir cimetière des problèmes de l'activité terrestre, comme le
du passé; mais il est sûr que l'âme de l'européen luttera précurseur de l'humanité d'aujourd'hui qui avec le
a;ec ~u~ant d.e succès contre l'épidémie spirituelle qui rythme fiévreux de l'activité terrestre veut faire taire en
s est Jetee malOtenant de l'est. , . elle l'appel des hauteurs surnaturelles.
Non, l'humanité ne pourra jamais devenir sans~Dieu. Elle veut, mais - nous le voyons aujourd'hui déjà -
Car savez-vous ce que veut dire être sans-Dieu? elle ne peut pas. Et de même que le dernier souhait du
~tre sans-Dieu, c'est vivre sans Dieu. créateur de Faust à son lit de mort fut ce mystérieux
~tre sans-Dieu, c'est être séparé de Dieu être en « plus de lumière ~, de même passe sur les lèvres de
désaccord avec soi-même et avec le monde. ' l'humanité déçue par la technique et le travail terrestre
. ~tre sans-Dieu, c'est voyager dans les ténèbres d'une un ardent désir de la rédemption du Christ.
nuit sans étoile. â) Et cela devait arriver ainsi. En effet, la vie maté-
~tr.e s~ns-Dieu, c'est être broyé dans la grande rielle n'est que la moitié de notre existence, et non pas
machlllene de l'univers. la moitié la plus précieuse. Nous avons besoin sans
~tre sans-Dieu, c'est nier les désirs les plus innés doute des progrès techniques qui servent à notre vie
de la nature humaine. purement matérielle, mais ils n'épuisent pas le contenu
~tre sans-Dieu, c'est faire sauter la société humaine entier de la vie humaine. Et plus l'homme le reconnaît
la base de la société. ' clairement, mieux il commencera à comprendre ces
Non, l'humanité ne pourra jamais être sans-Dieu' paroles de saint Paul: « Ma vie c'est le Christ» (Phi-
« Jésus-Christ est le même hier, aujourd'hui et
jamais ».
à lippiens~- 'l, 21). C'est-à- dire qu'il commencera à voir '
que le Christ est l'étoile centrale et l'axe du monde; que
c) Et sa~ez-vous pourquoi on ne , peut pas vivre ce qu'il y a de noble, de grand, de beau et de saint dans
sans le Chnst? Parce que sans Lui la destinée humaine le monde est entièrement concentré dans la personne
resterait toujours une tragédie inexplicable. du Christ et que - suivant l'expression("du célèbre
Dante a décrit les chemins de la vie humaine dans écrivain allemand, Rembrandtdeutsch - « le monde
sa « Divine Comédie» et Goethe les a décrites dans sans le Christ est ce que·serait une horloge sans cadran»,
« Faust ». Goethe aussi est arrivé à la porte des derniers c'est-à-dire que nous allons et venons, mais sans savoir 1
JÉSUS CHRIST ESt LE M~ME A JAMAis
128 LE SYMBOLE DES APÔTRES

où nous allons, sans savoir où nous sommes : dans la d'âme. En effet ce désordre, cette précipitation, cet
nuit ou dans la lumière du soleil. embarras et cette impuissance dont la fièvre jette à la
L'homme d'aujourd'hui se distingue en bien des. dérive l'humanité depuis des siècles, ne sont pas autre
points de celui d'autrefois, il fait bien des choses autre- chose que la manifestation extérieure, la personnifica-
ment que'"'ne faisait l'homme d'autrefois. tion la matérialisation du manque d'âme dans l'homme
L'homme d'autrefois s'éclairait avec une chandelle, d'a~jourd'hui et de son éloignement de Dieu. Si ~n
celui d'aujourd'hui a essayé de se passer de chandelle, détourne du soleil la fleur du tournesol, la fleur pâht,
- il a réussi: il s'éclaire à l'électricité. se flétrit et même si on la tient ainsi longtemps, elle
L'homme d'autrefois allait à cheval, celui d'a~jour­ dessèche. Mais il n'y a pas un seul héliotrope pour
d'hui a essayé de se passer de cheval, - il a réussi : réclamer autant le soleil dans la nature que l'âme
c'est la vapeur qui le transporte. humaine a soif de la chaleur vivifiante du visage de Dieu.
L'homme d'autrefois navigait à la rame, celui Lors du couronnement de Pie XI, tandis que le pape
d'aujourd'hui a essayé de se passer de rames, - il a bénissait la foule immense qui s'entassait sur la place
réussi : c'est un moteur qui actionne son navire. Saint-Pierre, tout à coup un drapeau s'éleva au-dessus
Et il a encore essayé une chose. des têtes, le drapeau de la Jeunesse Catholique Italienne
L'homme d'autrefois vivait avec le Christ et était avec cette inscription : « 0 Cristo, 0 morte », « Ou le
heureux, celui d'aujourd'hui a essayé de se passer du Christ ou la mort )).
Christ, - mais il n'y a pas réussi. C'est la seule chose à Oui, ou le Christ ou la mort. Ou bien l'humanité
laquelle il n'ait pas réussi. On peut s'éclairer sans bougie retournera au Christ et guérira - ou bien elle s'en
on peut faire des transports sans chevaux, on peut éloignera encore davantage et périra. Car « Jésus-Christ
avancer sans rames : Sans le Christ on ne peut pas voir est le même hier, aujourd'hui et à jamais ».
les chemins de la vie, sans le Christ on ne peut pas porter
le fardeau de la vie, sans le Christ on ne peut pas naviguer
vers le but de la vie.
Les spirites prétendent que les âmes humaines non * '*' *
seulement apparaissent dans leurs séances, mais même Et maintenant, mes frères, je prends congé de vous
parfois se matérialisent, c'est-à-dire prennent une forme avec ces paroles de saint Augustin. Avec ces émou-
matériellJ; corporelle, deviennent palpables et tangibles. vantes pensées qui sortent aussi du fond de son âme.
Il serait difficile d'ajouter foi à cette affirmation. « Pourquoi mes prédications? - disait-il un jour.
Il semble que le contraire est plus certain. Ce n'est pas Pourquoi suis-je assis dans cette chaire? Pourquoi ma
l'âme qui s'incorpore et devient palpable, mais l'absence vie? Uniquement pour que vous et moi nous vivions
Symb. <les Ap. - T. IV 9
LE SYMBOLE DES AP6TRES JÉSUS-CHRIST EST LE MÊME A JAMAIS

pour le Christ. C'est l'honneur que je cherche; c'est la glorifié et revivra un jour. Je crois que mes mains, bien
renommée à laquelle j'aspire; c'est là joie que je souhaite. que glacées par le froid de la mort, se rejoindront un
Et si vous n'écoutiez pas mes paroles? Alors je ne me . jour pour la prière. Je crois que mes yeux, bien que
tairais pas. Je veux sauver ma vie. Je veùx être sauvé, devenus vitreux, reverront Dieu un jour. Je crois que
mais 'être sauvé aveè vous». (Sermon, 17,2). ma bouche, bien que rendue muette, louera un jour
Il n'est pas nécessaire n'est-ce pas, de dire que Dieu éternellement ...
dans mes sermons « je n'ai pas jugé que je dusse savoir Oui, Seigneur, je crois tout cela. Aidez-moi à vivre, à
autre chose que Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié ... combattre et à vaincre conformément à ma croyance. A
Et ma parole et ma prédication n'avaient rien du langage vaincre et à être éternellement heureux avec Vous. Amen.
persua~if de la sagesse 4umaine, mais l'Esprit-Saint et
la force de Dieu en démontraient la vérité, afin que
votre foi repose, non sur la sagesse .des hommes,
mais sur la puissance de Dieu» (le Corinthiens, II, 2-5).
Il n'est pas nécessaire, n'est-ce pas, que je dise ' ~
qu'au cours de l'année fai toujours monté avec joie dans
cette ' chaire et que ces paroles de saint Paul brûlaient
en moi: « Malheur à moi, sije n'annonce pas l'évangile!»
(le Corinthiens, IX, 16). Mais ont-elles éveillé cet écho
dans l'âme de mes auditeurs: « Malheur à moi, si je ne
crois pas à l'évangile et si je ne vis pas de l'évangile!»
Est-ce que mes nombreux sermons auront pour
écho: « Oui, je crois », «Oui, je vis ». Je crois que le
Christ a vécu pour moi, a souffert et est mort pour moi.
.Je crois que « personne ne peut poser d'autre base que
celle qui est déjà posée à savoir Jésus-Christ» (le Corin-
thiens, III, II). Je crois que le Christ « a été fait pour
nous sagesse, justice~ sanctification et rédemption ,)
tle Corinthiens, I, 30). Je crois qu'à la fin de ma vie
je trouverai non pas la porte sombre du tombeau, mais
la porte ensoleillée de la vie éternelle. Je crois que mon
-corps, bien que réduit en poussière dans la tombe, sera
A QUEL TITRE HONORONS-NOUS LA SAINTE VIERGE? 133

de grâce et d'amour et lui parlait avec tant d'ardeur


que les yeux de tous les occupants de. la voiture restaie~t
fixés sur eux et qu'une chaleur mconnue attendnt
leurs cœurs indifférents.
IX Mes frères, cet autobus que les astronomes appellent
« la terre» roulait avec une vitesse gigantesque depuis
déjà des milliers d'années ' avec .des mil1ion~ et. des
A QUEL TITRE HONORONS-NOUS millions de voyageurs qui luttaient, se fatigUaient,
s'épuisaient, sans savoir où allait. leur véhicule ...
LA, SAINTE VIERQE? lorsqu'un jour, il ya 1932 ans, une Jeune m~re mo?t.a
avec un petit enfant aux cheveux blo~ds qUI soun~lt
dans ses bras et à peine se fut-elle assise dans un COIn
MES FRÈRES, de la voiture, dans la grotte de Bethléem, que l'âme .
des voyageurs fut remplie d'une chaleur qu'~lle n'avait .
encore jamais ressentie et qu'un charme Jusqu'alor~
Émerson, le grand philosophe amencain, raconte inconnu s'empara de leur âme émoussée, tandis qu'une
une historiette intéressante, à l'occasion d'un voyage douceur et une force nouvelles les pénétraient. Et
en autobus. depuis, ' la Mère et le Fils. vo,yagent, ~onstam~el:t
Par une chaude journée d'été, fatigué et de mauvaise avec nous, exercent un attrait dune dehcatesse mdl-
humeur, il monta dans un autobus et regarda avec cible et déversent une force encourageante sur l'âme
ennui la route pendant une demi-heure. Les autres humaine meurtrie dans les combats de la vie de chaque
voyageurs étaient assis somnolents, sans penser à jour. . ,.'.. "
rien, dans le rapide véhicule ... lorsque tout à coup J'ai déjà beaucoup parle du Ftls, maIs Je n al encon
à un arrêt, une jeune femme monta dans la voiture rien dit de sa Mère.
avec un petit garçon aux cheveux blonds et aux yeux Cependant on ne peut pas parler de Notre-SeigneUl
bleus; à peine s'était-elle assise dans un coin que Jésus-Christ sans aborder la question de sa Très Saintf
l'humeur des voyageurs se transforma. De chaque Mère. On ne peut pas faire connaître la doctrine de
question, oe chaque sourire, de chaque rire de cet Notre-Seigneur Jésus-Christ, le _christianisme, sans
enfant à l'âme innocente, un soufRe de paradis perdu parler en même temps de la bienheureuse Vierge Marie.
passa sur ces hommes aigris par la c~rvée de la vie; « La Très Sainte Vierge nous a donné sa grâce, son
la mère faisait sauter l'enfant sur ses genoux avec tant charme, sa suavité. Elle est la petite lampe de la grotte
LE SYMBOLE DES APÔTRES A QUEL TITRE HONORONS-NOUS LA SAINTE VIERGE? 135

de Bethléem, la plus belle étoile de cette sainte nuit, titre honorons-nous la Vierge Marie? telle est la question
son soupir est le plus aimable « gloria )J. Nazareth ne que je soulève dans mon sermon d'aujourd'hui. Et
serait pas le foyer de Jésus, s'il n'y avait pas là sa notre réponse sera double. ' I. Nous l'honorons, parce
mère et J'archange; le ,G olgotha ne serait pas aussi qu'elle est Mère de Dieu, et II, Nous l'honorons, parce
émouvant, si Jésus n'avait pas planté à côté de la croix que la Sainte Écriture nous a appris à l'honorer.
une rose qu'il aspergea d'abord de son sang, et cette rose
s'enlace et grimpe après le bois de la croix et fleurit
dans la souffrance. La Très Sainte Vierge provoque 1
son premier miracle, elle suit la première le chemin
de la croix, elle enferme dans son cœur la foi au Christ
LA MÈRE DE DIEU.
souffrant et son œuvre rédemptrice, elle embrasse la
première les plaies de Jésus avec le désir du salut
éternel, elle est la première à la résurrection. Elle a Comme un arbre gigantesque répandant ses bienfaits,
attendu, il y a trente-trois ans, le Verbe dans la nuit le culte de Marie étend ses rameaux sur l'univers
de l'Annonciation; elle 'l'a reçu à Noël, à Bethléem; catholique, et l'ultime racine où elle puise toute sa force,
elle l'attendit de même au matin de la résurrection )J. c'est cette phrase si courte: « Je crois en Jésus-Christ
(Prohaszka). Notre-Seigneur ... qui a été conçu du Saint-Esprit,
« Est né de la Vierge Marie )J -récitons-nous dans est né de la Vierge Marie », Tout ce culte fervent,
le symbole. Le Credo ne renferme que ces six mots plein de charme et de poésie, que l'âme catholique rend
simples et brefs : « Est né de la Vierge Marie )J. Une à Marie, puise sa source dans notre foi.
'" phrase bien courte, mais si pleine de sens que les Voici résumé en quelques phrases ce que nous croyons
neuf sermons que je vais prononcer maintenant sur au sujet de Marie : La Vierge Marie est la Mère du
la T~'ès Sainte Vierge seront à peine suffisants pour Christ, donc Mère de Dieu. Mère, mais en même
expnmer ce que renferme cette phrase, temps vierge sans tache qui n'a eu qu'un seul enfant,
La première tâche qui nous attend avant toute chose, Notre-Seigneur Jésus-Christ, et cela par un acte créa-
c'est d'examiner la justesse, la valeur des bases dogma - teur du Saint-Esprit - d'une manière différente des
tiques de notre culte envers Marie. àutres hommes. A cause précisément de sa dignité de
A quelles racines se nourrit l'arbre si fécond du culte mère de Dieu, Dieu a préservé la Vierge Marie du péché
de Marie -'qui, dans nos églises, nos cantiques, nos originel, de sorte que Marie n'a jamais eu le moindre
images, nos statues, nos fêtes, nos pèlerinages, répand péché.
son parfum dans les fleurs aux mille couleurs? A quel Voilà brièvement ce que nO\lS croyons au sujet de
LE SYMBOLE mis APôTRES A QUEL TITRE HON ORONS-NOUS LA SAINTE VIERGE? 137

Marie. Tâchons aujourd'hui d'étudier ce premier conséquences elles entraînent! « De qua natus .est
point: Marie est Mere de Dieu. Jesus )J, « de qui est né Jésus )J, c'est tout. Cette femme
Un jour, un orateur de l'antiquité s'acquitta de sa était si grande; si pleine de grâce,si admirable,si sainte,
tâche d'une manière curieuse. Il devait faire l'éloge qu'elle pouvait être mère de Dieu. Elle aussi était u~e
funèbre de Philippe de Macédoine, mais il ne parla créature humaine comme les autres hommes; malS
pas des qualités de Philippe comme souverain et une créature à tel point conforme aux pensées de Dieu
comme guerrier, il dit d'une voix émue : c'est assez que Dieu l'a jugée digne de coopérer au mystè{e le plus
que je puisse dire de toi, Philippe, que tu es le père sublime du monde, à l:incarnation du Verbe.
. d'Alexandre le Grand. B) /ltre mere de Dieu! Dignité inexprimable, incom-
Mes frères, nous aussi nous pourrions dire bien des mensurable! Le Dieu devant lequel la pureté des anges
choses sur la Vierge Marie, sur la beauté de son âme, est comme de la boue, à la vue duquel les séraphins
sur . ses vertus, sur son amour généreux pour Dieu ... et les ' chérubins se couvrent le visage de leurs ailes,
mais nous la louons le mieux, quant nous disons : Le recevoir dans son sein, Le porter et s'occuper de
c'est assez que je dise de vous, Bienheureuse Vierge, Lui en ce Plonde, Le soigner, L'élever. Celui qui a créé
q.ue vous êtes la mère de Notre-Seigneur Jésus-Christ. l'univers, le soleil et la lune, les étoiles et tout ce qui
A) C'est un fait frappant que la Sainte Écriture existe, L'appeler maintenant son enfànt, le couvrir de
ne parle que fort peu de la Sainte Vierge. A peine baisers maternels, pouvoir Le presser sur sa ' poitrine
apparaît-elle en certaines circonstances. Cependant les avec un amour ardent! Celui que tous ne regardent
quelques phrases où il est question d'elle suffisent pour qu'à genoux et prient avec un cœur humble, devant les
établir la légitimité de notre dévotion envers Marie. ordres de qui le ciel et la terre s'inclinent, Lui com-
", En effet, ces qüelques phrases font de Marie un éloge mander maintenant et pouvoir Le nommer son enfant.
tel que personne n'aurait pu en proférer de pareil. Elle est indiciblement grande la dignité . de mère
Lisons seulement attentivement ces quelques lignes. de Dieu. « Personne ne peut être comparé à Marie,
Saint Matthieu écrit (l, 16): « Jacob engendra Joseph - s'écrie saint Anselme avec ravissement - Dieu
époux de Marie de qui est né Jésus qui est appelé le excepté, personne n'est plus grand que Marie )).
Christ)J. Saint Jean ajoute (l, 14) : « Et le V~rbe s'est La sublimité et la signification de cette expression
fait chair )J, c'est-à-dire celui qui a pris de Marie un « Marie Mère de Dieu » nous ne la cowprenons que
corps terrestre ét~t le Fils éternel de Dieu, donc si nous songeons ' que tous les savants, rois, prêtres
Marie est Mere de Dieu. et anges du monde ne nous ont pas donné autant que
Qu~lle sim~licité dans les paroles prolloncées par Marie nous a, donné, en nous donnant le Christ, le
la Samte Écnture à son sujet et cependant quelles Fils de Dieu.

,; .
" '

LE SYMBOLE DES APÔTRES


A QUEL TITRE HONORONS-NOUS LA SAINTE VIERGE r 139
C'est par une femme que le premier péché est venu amour divin ! Comme le Seigneur descend du ciel,
dans le monde, c'est une femme qui a donné naissance comme Il embrasse cette humble vierge, l'attire à
au péché, mais c'est d'une femme aussi qu'est venu Lui et l'inonde de son amour! Céleste et virginale
le remède. La Bienheureuse Vierge fut Une femme fleur, le 'monde chante vos louanges ô Vierge ,Marie!
choisie, une' mère sans tache. En .e~et, eUe est venue C) Et Marie se montra digne de la dignité reçue. Elle
comme une blanche colombe, comme la neige : sans fut réellement une Mère aimable, aimante, attentive,
le péché originel. EUe a vécu sur cette terre comme une mère prête à sacrifier sa vie. Alors que le petit Jésus
un lis en fleur: pure, sans souillure. Elle est demeurée n'était pas encore né, elle faisait déjà monter vers Lui
mê~e après la naissance de Notre-Seigneur Jésus~ des prières sorties d'une âme bien humble. Lorsque
Chnst, ce qu'elle était avant: vierge comme la neige la dureté des gens de Bethléem Le chassa dans la 'froide
fraîchement tombée.
étable de Noël, les chauds baisers et les embrassements
Avec quelle crainte, quelle prudence elle demande de la Sainte Vierge réchauffèrent le petit Jésus trem-
à l'ange : Comment est-ce possible que je donne nais- blant de froid. Lorsque la cruauté d'Hérode Le chassa
~anc,e à un fils, ~ar j'ai consacré à Pieu ma virginité, dans le désert d'Égypte, le sein virginal fut pour le
Je n y renonceraI pas. « Ne craignez pas, Marie, vous petit Jésus l'unique sûr rempart. Lorsque le Sauveur
avez trouvé grâce auprès de Dieu. La force du Très commença à grandir à la maison, les yeux purs de la
Haut vous couvrira de son ombre. Aussi le Saint qui Vierge veillèrent sur Lui, jour et nuit. Et lorsque le
n ,
naîtra de vous sera appelé Fils de Dieu ». C'est-à-dire Rédempteur mourait sur le Golgotha et que ses yeux
ne craignez pas pour votre virginité, car c'est par vitreux n'apercevaient plus que ses ennemis, sa Mère,
la force du Dieu tout-puissant , que vous deviendrez la Mère de Dieu, se tenait là sous la croix, le cœur
'1 , mère, non pas au prix de votre virginité mais avec percé d'un glaive de douleurs.
l'intégrité de votre pureté virginale. ' Une telle Mère, la Bienheureuse Vierge, est digne
La Très Sainte Vierge se plongea dans l'infinité de réellement de la louange dont elle est l'objet depuis
Dieu et s'y épanouit comme le nénuphar s'ouvre, à la des siècles dans ces livres formant toute une biblio-
surface de l'eau. La Bienheureuse Vierge n'eut plus thèque que les hommes ont écrits sur sa pureté:. Dans
d'inquiétude. Et à l'instant même où elle prononça cette ces églises qu'ils ont édifiées en son honneur. Dans
grande parole :« Qu'il me soit fait selon votre parole» ces fêtes que l'Église a instituées à sa gloire. Dans les
- à. l'instant même où elle inclina avec une saint~ innombrables statues et peintures plus splendides
humilité sa tête virginale, Notre-Seigneur Jésus-Christ les unes que les autres par lesquelles les ' artistes les
commença sa vie terrestre sous. le cœur de la Sainte meilleurs ont présenté leurs hommages au cours des
l ' ,
Vierge. Quel mystère infini de l'incompréhensible siècles à la Bienheureuse Vierge.
" .
,; . '
'"
l'

LE SYMBOLE DES APÔTRES


A QUEL TITRE HONORONS-NOUS LA SAINTE VIERGE? 141

Voilà notre première réponse à la question posée : de Galilée, appelée Nazareth, auprès. d'une vie~ge
Nous honorons la Vierge Marie, parce que le Père qui était fiancée à un homme de la maison dé DavId,
céleste l'a honorée le premier en la choisissant comme appelé Joseph, et le nom de la Vierge était Marie. Et
Mère de son Fils unique. l'ange étant entré dans la maison lui dit: Je vous sa~lJe,
pleine de grâce, le Seigneur est avec vous, vous etes
bénie entre les femmes» (S. Luc, l, 26-28).
L'archange Gabriel se tient là devar:-~ la .vierge
II interdite et de ses lèvres sort pour la preffilere fOlS cette
salutatio~: Je vous salue, pleine de grâce, le Seigneur est
LA SAINTE ÉCRITURE ET LE CULTE DE MARIE avec vous. La salutation retentit sur les lèvres de l'ange,
et unsouffie léger l'emporte sur ses ailes et le porte
. Mais, mes frères, lorsque nous comblons d'honneurs aux quatre coins du monde, si bien qu'il n'y a pas un
la :Vierge Marie, au point qu'on nous accuse d'exagé- seul pays où ne soient parvenues les par~l~s ,d~ l'ange:
ratIon, les pages de Ja Sainte Écriture nous tranquil- Je vous salue Marie. Deu; créatures. pr~v~legIées s~u~
lisent à ce sujet de façon remarquable. Nous avons lement connaissent tout d abord la dIgmte de Mane.
appris le cuIte de Marie à proprement parler dans la sainte Élisabeth, saint Joseph; puis les apôtre~; le
Sainte Écriture. petit groupe des premie~s fidèles. ~ais le s~uffie eger
Dans la Sàinte Écriture? A quelles pages? p'orte de plus en plus lOIn la salutatIOn de 1 ange. Des
peuples se ' lèvent, des nations surgi~se~t,. elles entrent
A) D'abord dans cette scene du Paradis terrestre.
c( Je mettrai une inimitié entre toi et la femme _ _
dans l'Église du Christ, dans le chnstIamsme, et dans
"
t;lles. furent les paroles vengeresses du Seigne~r à
leur bouche, au nord et au sud, à l'est et à l'ouest, la
nuit et le jour, sur les eaux et sur terre, dans la g~erre
l espnt. du mal - entte ta postérité et sa postérité:
et dans la paix, dans les églises et dans les famIlles,
Celle-cI te meurtrira à la tête, toi tu la meurtriras au
talon » (Genèse, III, 15). Comment n'honorerions-nous sur les montagnes et dans les vallées, résonne c~ns-.
tamment à présent la salutation de l'archang~ Gabnel :
pas cette. femme ~uissante, la Bienheureuse Vierge,
Je vous salue Marie, pleine de grâce, le SeIgneur est
dont le SeIgneur lUI-même fit briller la force qui écrase
avec vous ...
le serpent, comme un premier rayon consolateur sur
l'humanité pécheresse 1 Quelle simplicité dllns ces quelques lignes, mais
quel contenu sublime! Qu'êtes-vous, Marie, à vos
B) Et la promesse du Seigneur s'est accomplie:
propres yeux? - « Pleine de grâce ». Qu'êtes-vous
cc L'Ange Gabriel fut envoyé de Dieu dans une ville
devant le Seigneur? - « Le Seigneur est avec vous ».
A QUEL TITRE HONORON S- N OUS LA SAINTE VIERGE? 143
142 LE SYMBOLE DES APÔTRES
de toutes lès choses créées, elle
au- d essus d e nous et ,
Et qu'êtes-vous à nos yeux, aux yeux des autres . Jésus-Christ a honoree avec
que N otre- S elgneur . 1" 1.
femmes? ,.. - « Vous êtes bénie entre toutes les .' t devant laquelle Il s'est mc me en UI
soumlSSlOn e
femmes ». obéissant? . d'h
Dites-moi, mes frères, avons-nous tort, en honorant E) Non seulement nous avons le droit. , onor~r
cette Mère admirable? On nous demande, sur un ton la Sainte Vierge, mais nous en av?ns aussI le devOIr,
de reproche, ce que nous voulons avec notre culte de c'est ce que nous montre plus clairement que tout le
Marie, car elle était une créature ordinaire comme testament du Christ mourant. . ,"
nous. Mais l'ange ne l'entend pas ainsi. Il dit: « Vous , Le vendredi saint est le plus grand Jo~r de ,1 h~st~tre
êtes bénie entre toutes les femmes ». Et en un mot, e Christ souffre sur la crOIX et a cote de
d u mon d e. L . ff t
nous ne l'honorons pas plus que Dieu l'a honorée, en . tl'ent sa mère car là où le Chnst a sou er,
L UI se ' . , '
envoyant un archange pour la saluer. partout Marie aussi était avec Lut. Elle L a ffilS au
C) Après cette scène, la Vierge Marie alla bientôt monde elle veut être là aussi à sa mort. .
visiter sa parente sainte Élisabeth. Et Élisabeth en On ~e peut pas lire sans être ému l'évang~le de
entendant la parole de la Vierge Marie - comme dit . J ù du haut de la croix Notre-Seigneur
saint ean, 0 , •
la Sainte Écriture ',- « fut remplie du Saint-Esprit et adresse ces paroles : « Mère, voici votre fils. ~nsU1te
élevant la voix s'écria: Vous êtes bénie entre toutes il dit aU disciple: Voilà votre mère. Et depms cette
les femmes et le fruit de vos entrailles est béni. .. -l' le disciple la prit chez lui» (S. Jean, XIX, 26-27~.
h eure a Q ' SOIt
Heureuse celle qui a cru, car elles seront accomplies ' Voilà le testament du Sauveur. ue ma mere
les choses qui lui ont été dites de la part du Seigneur» '~l'avocate la patronne des hommes, pour
l a mer " . V '1' tre
(S. Luc, I, 44-45). N'avons-nous pas raison d'honorer lesquels j'ai donné mon sang et ma 'vie: 01 a V? '
la Vierge M arie, quand Élisabeth « remplie du Saint- Fils voilà votre mère. Elle n'est pas votre reme,
fil s, , Il ' mère
Esprit ,» la proclame si joyeusement bienheureuse? elle n'est pas votre souveraine, e e ~ est ~as ma
D) Peut-on nous reprocher d'avoir élevé Marie à moi _ non. Elle est votre mère a vous 1 . 1

trop haut au-dessus de nous ou de nous incliner trop Si on demande de quel droit nous honoro~s la V:erge
bas devant elle, alors que l'évangéliste saint Luc écrit · ù le Christ a ordonné que noUs 1 honOrions,
M arIe, 0 d 'L 'Il
au sujet' de Jésus âgé de douze ans et de ses parents : voici notre réponse: C'est là'q u' Ill' a or onne. orsq u, '
« Alors il descendit avec eux et vint à Nazareth et il a dit à saint Jean et en sa personne à nous tous : VOIlà
leur était soumis » (S. Luc, II, 5 I). Qui est-ce qui était votre mère. ' , , , t.
soumis? -=- Le Fils de Dieu. A qui? - A une créature D epuis cet instant, Marie a commence a etre no te,
humaine, à Marie. Alors n'avons-nous pas raison mère du ciel. ivI .
d'honorer Marie et n'avons-nous pas raison de l'élever Voilà la base dogmatique de notre culte 'Pour ane.
144 LE SYMBOLE DES APÔTRES A QUEL TITRE HONORONS-NOUS LA SAINTE VIERGE? 145

avec gratitude aux paroles de l'ange: Je vous salue


Marie. Je vous salue, Fille chérie du Père. Je vous salue,
'.«
Mère aimable de notœ Sauveur. Je vous salue, Temple
'" '* du Saint-Esprit. Je vous salue, vous qui êtes plus sainte
Mes frères, Marie n'a · pas perdu dans le ciel sa que les chérubins, plus noble que les séraphins. Je
puissance de mère de Dieu, et même elle l'exerce au vous salue Marie, plus éclatante que le soleil, plus douce
degré le plus élevé. Celle qui est la mère de Dieu que la luné, plus brillante que les étoiles. Je vous
possède une sorte ~e pouvoir sur Dieu. Un pouvoir, salue, gracieuse Souveraine des anges; je vous salue,
en. ce sens que le D1eu Très Haut exauce avec joie ses porte du ciel; je vous salue, étoile de la mer. Je vous
prIères. Et Marie prie aussi, elle supplie inlassablement salue Marie, espérance des patriarches, désir des pro-
pour nous, pour chacun de nous, parce que nous phètes, reine des apôtres, force des martyrs. Je vous
sommes tous les frères ou les sœurs du Christ donc salue Marie, le plus bel exemple des mères chrétiennes 1
aussi ses enfants. Et parce que son divin Fils ;ttaché Je vous salue, douce avocate. Je vous salue, Mère de
à la croix nous a tous confiés à ~a sollicitude et à sa Dieu, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous.
protection. Quelle joie, quel bonheur, de sa~oir que n est avec vous le Seigneur qui était déjà avant vous,
nous av~ns da~s le ~iel une bonne Mère, une puissante qui vous a crééeetque vous avez mis au monde. Recon-
ProtectrIce qUI toujours est prête à s'occuper de nous naissance à Lui, au Père et à l'Esprit-Saint consolateur.
et à présenter nos supplications devant son Fils. Nous vous en prions, tourJ;lez vers nous vos regards
Notre Sainte Mère l'Église a toujours, dès ses miséricordieux et au sortir de cette vie, montrez-nous
commencements, éprouvé la protection de cette bonne Jésus, le fruit béni de vos éntrailles, ô clémente ô
~èr~. n n'y a pas d'époque au cours de ses vingt siècles charitable, ô douce Vierge Marie 1 Amen.
d eXIstence où elle n'ait pas bénéficié de l'intervention
de la ]ienheureuse Vierge. Mais aujourd'hui encore
nous se?to~s l'aide de' ses supplications, nous tous qui
n~us refU~I?nS sous sa protectïon j -pour que cette
VIerge ~er.neexauce nos prières au temps de
nos beSOInS. Notre-Dame Not-re Auxiliatrice Notre
P~otectric~! En effet, au cours des siècles, on 'n'a pas
entendu dIre que quelqu'un qui demandait son inter-
cession, ait . été repoussé sans être exaucé .
.Ajoutons donc, mes frère?, respectueusement et;

Symb. de~ Ap. - T. IV. fO


OBJECTIONS AU CULTE DE MAlUE 14·,
dessus. Il ne se reposera pas, tant qu'il n'aura pas
rencontré l~. religion où le corps du Christ l.!li sera
x donné. Il me faut le Christ vivant dans le Très Saint
Sacrement. Ensuite, c'est la confession qui m'a amenée
ici; en effet, je sens combien mon âme en a besoin,
OBJECTIONS AU CULTE DE MARIE pour pouvoir m'épancher librement et recevoir l'abso-
lution par la force de Dieu. .
- Et qu'est-ce qui vous a encore conduite jusqu'ici ?
- lui demandai-je encore.
MES FRÈRES,
_ Encore une chose : le culte de la Sainte Vierge.
Lorsque sur la croix, le Christ dit à l'apôtre saint Jean:
Dernièrement, après mon sermon, une dame demanda « Voilà votre mère )), je sens qu'Il nous a donné à nous
à me parler. aussi une mère, qu'il faut que nous honorions, qu'il
Je ne suis pas catholique - dit-elle - mais, depuis faut ' que nous aimions.
dix ans déjà, je fréquente cette église et depuis dix ans
j'écoute vos prédications. Mais maintenant je n'y Mes frères, nous qui, par une grâce Spéciale de Dieu,
.tiens plus : il faut que je devienne catholique. A la sommes nés dans la religion catholique, nous qui,
maison, je rencontrerai une grande opposition auprès pour ainsi dire dès le premier instant de. notre
de mes parents, tops seront contre moi, peut-être existence, avons respiré une atmosphère catholique,
même perdrai-je ma place à cause de cela; mais qu'im- nous n'avons peut-être encore jamais réfléchi sur cette
porte, je ne puis pas tarder davantage, il faut que je le vérité exprimée par notre sœur qui cherchait le Christ:
fasse. que de beautés inaccessibles, quel trésor spiritùel
- Dites-moi, je vous prie, ce qui vous pousse inépuisable renferme notre sainte foi catholique 1
parmi nous? - lui demandai-je. - Qu'est-ce qui a Je ne parlerai pas maintenant de la Sainte Eucharistie
touché le plus votre âme dans notre sainte religion ni de la confession, elles n'appartiennent pas à la série
catholique? d'instructions que je traite actuellement. Mais j'aimerais
- Plusieurs choses - répondit-elle. Tout d'abord à parler du culte de Marie, de ce trésor caché dont la
le Saint Sacrement. Celui qui lit avec réflexion ces valeur n'est pas connue même de tous les catholiques,
paroles si claires du Christ dans la Sainte Écriture : dont l'éclat et la lumière sont cependant un sûr indi-
« Ceci est mon corps », ne se contente pas de croire cateur sur la route qui conduit vers le Christ.
que le Christ est autour du pain ou dessous ou au- Ce n'était donc pas artificiellement que j'avais
LE SYMBOLE DES APôTRES OBJECTIONS AU CULTE DE MARIE 149
- .
choisi dans mon sermon de dimanche dernier ce sujet. La Vierge Marie! Bienheureuse Vierge 1 Vierge et
Dans l'étude du Credo, il fallait nécessairement que cependant mère! C'est ainsi que nous avons coutume
nous y arrivions. En effet, quand nous parlons du Christ, de parler de Marie, mais voilà immédiatement la
nous ne pouvons pas oublier sa mère, et lorsque nous première objection, la première difficulté : la virginité
récitons dans le Credo « je crois en Jésus-Christ, son immaculée de la Mère de Dieu.
Fils unique ll, nous ajoutons ensuite: « qui a été conçu A) Il est incontestable, mes frères, que dans la nais-
du Saint-Esprit, est né de la Vierge Marie l). sance de Notre-Seigneur Jésus-Christ une telle phrase
Le culte fervent de la Mère de Dieu a toujours été peùt choquer, même des hommes de bonne volonté.
une caractéristique de notre sainte religion. Nous avons Selon notre foi, le Christ n'est pas né comme les autres
toujours rendu hommage avec une fierté joyeuse et hommes. Il n'a pas eu de père terrestre, sa conception a
d'un cœùr reconnaissant à la Bienheureuse Vierge, eu lieu par la force du Saint-Esprit, c'e~t-à-dire que
pourtant certains interprètent mal notre culte, ils ne le saint Joseph et la Vierge Marie - bien qu'ils fussent
comprennent pas et s'inquiètent à son sujet. Et si dans mariés - ne vivaient pas de la vie conjugale. Ils n'eurent '
mon sermon de dimanche dernier j'ai insisté sur les qu'un seul enfant: Notre-Seigneur Jésus-Christ; or,
bases dogmatiques sur lesquelles s'élève notre culte n n'était pas le fils de saint Joseph, mais seulement
de Marie, aujourd'hui je voudrais examiner les objections de la Vierge Marie.
qui s'élèvent ici et là et que l'on entend formuler contre n est indéniable que l'histoire de l'humanité ne
le culte de Marie. Nous savons que notre sainte foi montre rien de semblable, que cette naissance ne se
catholique n'a rien à cacher; regardons donc en face, produisit pas selon les lois générales de l'humanité, -
avec la plus complète loyauté, ces objections et mais la Sainte Écriture est si claire, si affirmative,
difficultés qui surgissent au sujet du culte de la ne supporte pas la contradiction, au point qu'on ne
Sainte .Vierge Marie. peut pas la rayer des dogmes de notre foi et celui qui n'y
croirait pas ne pourrait plus être chrétien. .
1 Lorsque Marie apprit de l'ange qu'elle donnerait
le jouI;' à un fils, elle demanda avec embarras :. (( Co~­
ment cela se fera-t-il, puisque je ne connais pomt
« QUI A ÉTÉ CONÇU DU SAINT-ESPRIT l)
d'homme? II (S. Luc, l, 34). Mais l'ange lui répond
clairement : (( L'Esprit Saint viendra sur vous, et la
La première difficulté vient des paroles du Credo : vertu du Très Haut vous couvrira de son ombre; .
(( qui a été conçu du Saint-Esprit, est né de la Vierge c'est pourquoi l'~tre Saint qui naîtra de vous sera
Marie l). appelé Fils de Dieu II (S. Luc, l, 35). Voilà ce qu'écrit
LE SYMBOLE DES . APÔTIŒS
OBJECTIONS AU CULTE DE MARIE
saint Luc, l'évangéliste. Dans S. Matthieu nous
lisons encore : « La naissance du Christ arriva ainsi. Assurément· vous connaissez par:mi vous de braves
Marie sa mère étant fiancée à Joseph, il se trouva, et honnêtes parents dont tel ou tel enfant ~ été pour
avant qu'ils eussent habité ensemble, qu'elle avait ainsi dire manqué. Des parents fervents, pieux, ver-
conçu par la vertu du Saint-Esprit» (S. Matthieu, 'I, r). tueux, dont les enfants sont frivoles, prodi~ues, ~épravé:.
Et lorsque saint Joseph s'en effraye, l'ange le tranquil- Qui comprend ce mystère? S~non. celUl qUl c~n?a~t
lise ainsi: « Joseph, fils de David, ne crains point de les plus récentes théoriesb1010glques sur 1 here-
prendre avec toi Marie, ton épouse, car ce qui est formé d 1't'e, d'après lesquelles , lorsque les parents. donnent
.
en eUe est l'ouvrage du Saint-Esprit»(S. Matthieu, 1,20). la vie à un petit enfant, celui-ci, dès le premier. I~st~nt
Pourrait-on parler plus clairement? C'e§t à ces de son existence, est greffé sur l'arbre ffillIenall:e
passages de la Sainte Écriture que nous pensons, de l'humanité, hérite des instincts bons ou mau:als
lorsque dans le Credo nous disons du Christ qu' « Il de ses ancêtres, même les plus lointains, comme un tnste
a été conçu du Saint-Esprit, est né de la Vierge et mystérieux héritage. Nul homme né sur la ter~e,
Marie ». Par là nous confessons que le Christ est venu n'est plus l'homme originel, pur,idéal, tel q~e le premier
au monde tout autrement .que les autres habitants de homme sorti des mains du Créateur; malS tous, nous
cette terre. Il n'a pas eu de père sur la terre; 11 n'a pas sommes un mélange incompréhensible et déplorable
été soumis aux m odalités et aux lois générales de la d'inclinations, de désirs, d'erreurs et de fautes de nos
naissance; Il a reçu un corps de sa mère, mais non de aïeux. C'est ainsi, un fait bien triste! •
la même façon que les autres hommes, car sa mère, Mais maintenant, je vous 1« demande, mes freres :
Marie, était vierge et immaculée avant sa naissance Ne fallait-il pas que le Sauveur venant sur ~a ~terre
et elle l'est demeurée après sa naissance ... C'est vrai, choisît pour sa naissance un tout autre chemm. Un
nous ne pOUvons pas le comprendre "avec notre raison autre chemill Jqui l'affrànchît. du tr~~c v:r~oul~,
humaine, il nous faut le croire, il le faut. Et celui qui 1 de de l'humanité. Un chemm tel qu 11 se dlstmguat
ma a , "1 d â'
n'y croit pas ne peut pas être chrétien. de la naissance des autres hommes et qu 1 onn t a
B) Mais, mes frères, je voudrais, à propos de ce la terre un nouvel Adam, pur, idéal, sortant directement
dogme, insister ·sur certaines circonstances qui facilitent des mains de Dieu, tout comme jadis le premier Adam
et fortifient notre foi. La facilitent tellement que, est sorti immédiatement de Dieu. •
même si nous ne comprenons pas la maternité virginale Assurément, que le Christ soit né, com~e l'enseigne
de Marie ~ car nous ne la comprendrons jamais _ , notre sainte religion, sans père, d'une rnere devenue
cependant nous nous écrions : En vérité, c'est ainsi l'épouse du Saint-Esprit -.pour l'accepter .nous avons
qu'il fallait que le Fils de Dieu apparût parmi nous. réellement besoin d'une fOl profonde. MalS pour ~a
part, je sens que l'admettre est toujours plus facIle
LE SYMBOLE DES APÔTRES OBJECTIONS AU CULTE DE IVIARIE 153

que s'il ~e fallait croire que le Fils de Dieu est venu une joie maligne non dissimulée; insinuent en société
parmi nous par la même voie que les enfants des que Marie a eu encore plusieurs enfants en dehors de
hommes viennent au monde. Jésus, donc que nous disons à tort la Vierge Marie.
Mais si nous comprenons ce sublime enseignement n est douloureux d'entendre avec quelle satisfaction,
de notre sainte foi, alors nous parlons réellement à avec quelle triomphante insolence, on jette ces paroles
juste titre de la Vierge Mère et de la Bienheureuse à la face de nous, les croyants, en faisant appel à la
Vierge, et en Marie nous pouvons réellement honorer Sainte Écriture - et les nôtres sont souvent dans
avec humilité à la fois la vierge et la mere. l'embarras et, ne saéhant que répondre, se taisent en ,
rougissant.
B) Est-il donc vrai - demande quelqu'un d'entre
II vous - est-il donc vrai que dans la Sainte Écriture
il soit réellement question des « frères du Seigneur »?
Pour vous montrer que nous n'avons rien à cacher,
LES « FRÈRES » DU CHRIST
écoutez ces passages que j'ai colligés à ce sujet. Un
jour, une grande foule entourait Notre-Seigneur en
Mais s'il est ainsi, mes frères, alors il faut que le train de prêcher. Et saint Marc écrit: « Sa mère et
cœ~r de chacun de nous repousse l'attaque indigne ses frères étant venus, ils se tinrent dehors et envoyèrent
qUl, au cours des temps, a été dirigée contre la Vierge l'appeler» (S. Marc, III, 31). Donc: la Mère du Christ
Marie sur ce point, en voulant mettre en doute sa virginité et ses frères. Une autre fois, nous lisons dans
immaculée. S. Matthieu: « N'est-ce pas le fils du charpentier? Sa
A) Je disais au début de mon sermon que notre mère ne s'appelle-t-elle pas Marie? Et ses frères,
foi n'a vraiment rien à cacher, que nous n'avons aucun Jacques, Joseph, Simon et Jude? Et ses sœurs ne
motif de redouter n'importe quelle accusation' je sont-elles pas toutes parmi nous? » (S. Matthieu, XIII,
veux donc. regarder en face ces douloureux propos ~ue 55-56). Donc, encore une fois: les frères du Christ
les ennemIS aveugles de la Vierge Marie répandent ici et même ses sœurs. Selon saint Jean, le Christ Notre-
et là dans l'esprit des hommes; parmi vous peut-être Seigneur partit à Capharnaüm et avec lui « sa mère,
.beaucoup ' ~ en ont -pas encore entendu parler," mais ses frères et ses disciples» (S. Jean, li, 12). De même
Il faut ~ue Je vous en parle, afin que, si un jour vous en encore selon saint Jean « ses frères mêmes ne croyaient
entendiez parler, vous puissiez y répondre. pas en lui» (S. Jean, VII, 5). Les Actes des apôtres
A qui fais-je allusion, mes frères? A ces hommes aussi parlent de Marie, mère de Jésus, et de ses frères
qui dans leur aveuglemez:t à l'égard de Marie et avec ,(~~tes, I, If).

J
r54 LE SYMBOLE DES APÔTRES OBJECTIONS AU CULTE DE MARIE 155
Voilà, mes frères, les passages principaux de la Sainte d'Abraham, ailleurs ' elle explique exactement que Loth
Écriture où il est question des frères du Christ était le fils d'un frère d'Abraham, c'est-à-dire son neveu.
Mais doit-on,.ou p~ut-on c;omprendre ces pass'ages" De même nous lisons de Jacob qu'il était frère de
de telle sorte qu Il y SOIt questIOn de fils de saint Joseph Laban or nous savons qu'il était le fils de son frère.
, A

et de Marie, de frères utérins du Christ d'autres Le Cantique des cantiques (IV, 9) appelle meme « sœur»
enfants de Marie? •
l'épouse ou la fiancée. ',- •
Il n'en est nullement question. «( Mais :!- c'est l'objection qui continue - la Salllte
. Celui qui invoque la Sainte Écriture doit la connaître. Écriture en plusieurs endroits appelle le Christ le
LIsons le passage de S. Luc, XXIV, ro, où les saintes premier né de Marie (S. Matthieu, 1,25; S. Luc, II, 7)·
femmes annoncent aux apôtres la résurrection du Christ Donc elle a eu plusieurs enfants ».
et comparons-le à S. Jean, XIX, 25. Saint Luc nous dit. Pas du tout. En effet, celui qui connaît la langue de
cc Marie, ~ère de ~acques »; saint Jean dit: cc Au pied la Sainte Écriture sait aussi qu'ellè appelle premier-né
de la crOIX se tenaIent sa mère et la sœur de sa mère le premier enfant, même si aucun a~tre enfant ~e 1'~
Ma::ie, épouse de Cléophas ». Donc la Vierge Mari~ suivi; saint Paul nomme même le Chnst « le prerrller-ne
avmt une parente, également une Marie qui était du Père» (Hébreux, l, 6). •.
l'é!Jouse de Cléophas et dont le fils était Jacques le Mais du reste, si Notre-Seigneur Jésus-Chnst avaIt
M l11eur. Et pourtant saint Marc (VI, 3) l'appelle aussi eu réellement des frères, c'est-à-dire des fils de Marie,
cc frè.r e » du Christ, bi~n qu'il soit clair qu'il fût son qui comprendrait alors cette scène sublime, lorsque
COUSl11. Les langues onentales appelaient cc frère » et le Christ mourant conpa ,-h " la' A
sa mere apotre sam. t Jean.
':t ?
n01:nment aujourd'hui encore ainsi, les parents mê~e Si Marie avait eu d'autres fils, aurait-il fallu la confier
élOIgnés. Même en hongrois, il n'est pas extraordinaire à un étranger ?
qu'un jeune homme appelle ainsi un autre qui pourtant Non, la Vierge Marie n'a eu qu'un seul fils; rien
't A

n es meme pas son parent : cc Où vas-tu frère? » qu'un: Notre-Seigneur Jésus-Christ. Et c'es: à cause
Que de fois on entend dire : de ce Fils unique que nous honorons Mane. Tous
C'était mon petit frère. les hommages et le culte que, depuis des siècles, l'âme
Comment? Ce petit garçon de JO ans est votre petit catholique rend à Marie, viennent de ce fait: elle nous
frère. Mais vous en avez quarante 1 a donné le Christ.
Eh bien! C'est mon neveu. Et nous ne craignons pas, ce que certains redoutent,
~ais est-ce ' alors nous qui attribuons à la Sainte que notre culte de Marie détourne notre âme de N?tre-
~cnture cette manière de pensée? Non. La Sainte Seigneur Jésus-Christ ni que le culte de la VIerge
E~r~t,llre nomme également une fois Loth cc frère » Marie dresse un mur entre nous et entre Dieu. Non
LE SYMBOLE DES APôTRES OBJECTIONS AU CULTE DE MARIE

seulement il n'est pas un obstacle, mais bien plutôt Mère de Dieu, priez pour nous ... » Donc, nous ne vous
un secours pour nous. « Per Mariam ad Jesum », pro- adorons pas, mais nous vous demandons de prier
clamons-nous toujours; « A Jésus par Marie ». pour nous. , . .
Ensuite: « Priez pour nous, Samte Mère de DIeu,
afin que nous devenions dignes des promesses du
III Christ ». Donc Priez pour nous.
Et dans les litanies de la Sainte Vierge nous disons
constamment : Priez pour nous, priez pour nous!
LE CHRIST ET MARIE
Notons seulement quelle différence marquée notre
sainte religion fait entre l'adoration de Dieu et le culte
,Regardons donc de plus près l'objection qui surgit de Marie. Comment commencent les litilnies de
egalement assez fréquemment. Le culte de Marie est-il Lorette? « Père céleste qui êtes Dieu - ayez pitié de
un obstacle sur la route qui nous conduit au Christ? nous ». Voilà l'adoration de Dieu. « Fils Rédempteur
1-) Il serait réellement lin obstacle, si elle était du monde qui êtes Dieu - ayez pitié de nous ». Voilà
vraIe, la c~0m.nie tant de fois entendue et que nous ne l'adoration. «Esprit Saint qui êtes Dieu - ayez pitié
pouvons JamaIS assez réfuter : que nous adorons la de nous ». Voilà des paroles d'adoration. Mais vient
V~·erge.lV!arie. Parfois toute la force de notre conviction ensuite: « Sainte Marie ». Et que disons-nous? « Ayez
fait faIllIte devant une idée fausse aussi enracinée et pitié de nous »? Non. Mais « Priez pour nous ». Et
malgré nos .dénégations, on nous répète : enfin vous ainsi de suite jusqu'au bout: « Priez pour nous». A
ad~rez Mane. Pourtant, mes frères, nous apprenons la fin des litanies nous nous tournons de nouveau 'vers
claIrement n'est-ce pas, dans le catéchisme que nous Dieu et nous remplaçons le « Priez pour nous » par
n'adoro.Ds pas Marie, mais que nous l'honorons. « Agneau de Dieu qui effacez les péchés du monde -
« MalS vous ~ve~ tant de prières à Marie - objecte- ayez pitié de nous». Voilà comment notre sainte religion
t-~n, tant de pe1ennages, tant de litanies, tant d'images distingue clairement entre l'adoration de Dieu et le
mIraculeuses! » culte de Marie 1
Pourtant celui qui lit ces formules et ces litanies B) Mais après cela, n'est-ce pas, il sera peut-être
et visite ces pèlerinages, voit immédiatement que nous superflu de poser encore cette autre question, si chez
n'adorons nulle part Marie, mais que seulement nous le culte de Marie est justifié, s'il n'est pas un
nous l'invoquons. obstacle, s'il ne contrarie pas le culte du Christ.
Voici u?e formule qui nous est chère, le « Je vous Pourrait-on donner une meilleure répon~e à cette
salue Mane». Chacun peut y entendre: « Sainte Marie, objection qu'en invoquant les paroles de l'archange
OBJECTIONS AU CULTE DE MARIE 159
15 8 LE SYMBOLE DES APÔTRES
toujours parlé ' avec respect des mères des grands
salu~nt Marie? - Vous osez réciter le « Je vous salue hommes _ faut-il expliquer davantage à quel titre
Mane» ? - _nous objecte-t-on. Mais si Dieu a salué noUS honorons la mère de l'Homme-Dieu, Marie?
une créature humaine par un ange, alors ce -ne peut Qui n'a entendu parler de la mère 'des Gracques?
être une impiété que les hommes saluen~ aussi cette Et de sainte Monique, la mère héroïque de
créature avec les mêmes paroles. Et si dans la Sainte saint Augustin? Et de sainte Hélène, mère de l'empereur
Écriture,inspirée par le Saint-Esprit, il yaune prophétie Constantin le Grand? Et, pour citer encore d'autres
selon laquelle « toutes les générations proclameront exemples ... de Marie-Thérèse? De Louise, re~ne. de
Marie bienheureuse» (S. Luc I, 48), alors est-ce qu'ils Prusse? De Victoria, reine d'Angleterre? On dOIt cIter
ont tort _ceux qui travaillent à l'accomplissement de ces noms avec respect, - et il faud rait refuser ce respect
c~tte prophétie et proclament la Vierge Marie uniquement à la mère de Notre-Seigneur Jésus-Christ?
bIenheureuse? Le culte de Marie priverait le Christ de son culte?
Le. culte de Marie rejetterait dans l'ombre le culte Ah! où y a-t-il un enfant au monde qui ne veuille pas
de DIeu et le pousserait à l'arrière plan? Y a-t-il sur voir sa mère honorée? Où y a-t-il un enfant qui verrait
terre ~n chef-d:œuv~e ~ont la splendide beauté rejette une offense dans le fait qu'on honore sa mère? Au
da~s 1 ombre 1 adffilratlOn pour l'artiste? En effet, le contraire : .le ne me sentirais pas à mon aise dans une
maitre reste toujours plus grand que son œuvre ' et maison d'où on aurait chassé ma mere.
nous savons tous que tout ce qu'il y a de beauté, de
charme et de vertu en Marie elle en est redevable à
son Maître, le Dieu infini. -
« ~ous ne cherchons que le Christ» - dit-on. Nous
aUSSI nous Le cherchons. Mais que pouvons-nous si Mes frères, dans le cérémonial hongrois du sacre, il
part~ut o~ nous cherchons le Christ nous rencontrons
y a une cérémonie intéressante et vraiment instructive.
aUSSI Mane? Elle est à côté de la crèche, elle est devant Lorsque le prince primat dans la vieille église
les m~ges, elle est là pendant la fuite en Égypte, dans Saint-Mathias sat'-re le roi et posesur sa tete la couronne
la maison de Nazareth, au pied de la croix elle est à de saint Étienne, 'en même temps il touche un instant
la d:sce~te de la croix.- Jésus et Marie vont ~nsemble : l'épaule delareine avec la sainte couronne. N on seulement
celu~ qu~ trouve le Christ, trouve aussi Marie, mais
personne ne s'en choque, non seulement personne ne
CelUI qUl cesse d'honorer Marie, cessera tôt ou tard trouve que la d~gnité royale en soit diminuée, mais
selon l'enseignement de l'histoire de s'agenouille; au contraire on pense: Comme elle doit être grande la
devant le Christ. '
dignité royale pour qu'en tombe un rayon sur celle qui
Selon l'enseignement de l'histoire, les hommes ont
' 160 . LE SYMBOLE DES APÔTRES OBJECTIONS AU CULTE DE MARIE
x6x

n'est pas le roi, mais se tient tout près de lui. A présent et ourtant, qui ne sait que la base, le centre, I~ ~ut
.ne comprenez-vous pas encore que Marie doit avoir .ne p. l' 1 ha et l'oméga de toute notre rehglon,
d ermer, ad'p. F'l le Christ. Oui, mes frères, Celui
place à côté de Jésus? Marie n'est pas Dieu, ni le c'est son lVln l s, . 1
Christ, - seulement elle se tient près de Lui, car elle . egarde Marie celui-là arrête ses regards sur . e
est sa mère, - mais de cette proximité rayonne sur ~~ri:t, celui qui s'approche de Marie ~rrive au ~hrtst
elle notre grande vénération. l ' . cherche Marie trouve le Chnst. Nous n ado-
Et si quelqu'un après cela continuait à prétendre et ce Ut qUl . s n'adorons que le Christ; mais
l'OnS pas M ane, nou '
que le culte de Marie nous détourne de l'adoration noUS l'invoquons, nous l'invoquons a~ec un amour
du Christ, je lui demanderais seulement de contempler h mble fervent filial, afin qu'elle pne pour nous.
un jour attentivement une des plus belles images de U • 'M . M'ère de Dieu priez pour nous, pauvres
« Samte arte, '. , A
l'vIane qui soit au monde, l'incomparable tableau de pécheurs, maintenant et à l'heure de notre mort ». men.
Raphaël, la Vierge à la chaise. Qu'il regarde seulement
le visage transfiguré de la Vierge, comme elle baisse
les yeux, cependant on voit · qu'elle ne regarde pas
l'extérieur de l'enfant, mais qu'elle est entièrement
plongée dans la contemplation des mystères du divin
Enfant. Le visage de Marie sur ce tableau est une
des beautés les plus sublimes qu'est jamais réalisée
l'art humain. Et pourtant ... tandis qu'on regarde
Marie, tout d'un coup on remarqua que le regard
plongé dàns l'extase de la Sainte Vierge a rapproché
. insensiblement notre âme de l'objet de son extase, le
mystérieux enfant divin.
Je pose donc encore une fois la 'question si le culte
de Marie fait obstade au culte du Christ; la réponse
ne peut. .ê tre que celle-ci : Bien au eontl'aire! Chaque
fois que nous honol'ons Marie, nous honorons en même
temps le <;4dst; car nous nous inclinons devant Marie
seulement "parce que le Christ, le Fi-ls de Dieu est
aussi son Fils. Nous aimons et nous honorons la Vierge
,Marie, ~o~s hli rend()ns hommage et . nous la louons,

symb aes Ap. - 1'. IV li


MARIE ET NOTRE FOI

terre et elles arrivent à la maison avec leur précieux


trésor, l'eau rafraîchissante; nous aussi, nous portons
XI dans le vase d'argile de notre corps, un précieux trésor,
notre âme immortelle, éternelle : il nous faut donc la
porter sur les chemins de la vie de manière que nous
MARIE ET NOTRE FOI puissions la rapporter dans la maison céleste sans
dégât, sans souillure, intacte, sans fêlure.
Comment la véritable « Ain Marjam )J, le culte de
: ; 1
MES FRÈRES, Marie, de notre sainte religion, nous vient-il en aide,
je le montrerai dans les sermons qui vont suivre main-
tenant. Comment le culte de la Bienheureuse Vierge aide
~rès de Nazareth, près du petit village où Notre- et fortifie-t-il notre foi - voilà la question à laquelle
S,eIgneur Jés~s-~hrist et la Vierge Marie ont passé je voudrais répondre dans mon sermon d'aujourd'hui;
b~en des annees, Il y a une fontaine: les habitants du . quant aux deux sermons suivants, je les emploierai à
vIllage l'appellent « Ain Marjam )J,('fontaine de Marie)J expliquer comment le culte de Marie nous aide et nous
et la tradition rapporte que la Vierge Marie y allai~ fortifie dans les luttes de la vie morale.
cherc,her de l'eau . Aujourd'hui encore c'est la meilleure Marie et notre foi - tel est donc le thème qui nous
fontame de toute la région; la population de toute la occupe aujourd'hui. Que reçoit notre foi du culte de
t' ,
c?n r~e s y rassemble, avec sur la tête des cruches Marie? Telle est la question posée. Et je donne la
d argIle aux formes artistiques. réponse en quatre mots : I. La force. II. La
« Ai~ Marj~m,»' « fontaine de Marie )J. Excellente vie. III. L'unité. IV. La beauté.
expreSSIOn
~
qUI s adapte à notre culte de . M ane.
. L es Envisageons de plus près ces quatre idées.
em~es de Nazareth vont chercher à la fontaine de
Man~ le rafraîchissement corporel et la force pour le
trava~l de chaque jour, mais nous, nous puisons à la l
fontame abondante du culte de Marie par toute la
terre le rafraîohissement de l'âme l'enthou'
1 •. 1"" ,SI3sme, LE CULTE DE MARIE FORTIFIE NOTRE FOI
a poeSIe, IdealIsme; les désirs éternels de l'homme
. vers la beauté, la pureté, l'idéal se trouvent satisfaits.
Les femmes de Nazareth portent si adroitement leurs Une caractéristique remarquable de la Sainte Écri-
cruches sur la tête que pas une goutte ne tombe à ture c'est qu'elle évite la prolixité, raconte brièvement
LE SYMBOLE 'DES APôTRES MARIE ET NOTRE FOI

de grandes choses, même très brièvement lorsqu'elle de ses regards, chacune de ses actions ... tout cela elle
proclame les plus grandes vérités. Même en ce qui y pensait de nouveau, s'en souvenait et le conservait
concerne les relàtions de la Vierge Marie avec notre soigneusement parmi ses trésors spirituels.
foi, relativement à ce que nous pouvons en apprendre Voilà donc la première grande leçon pour nous :
pour notre foi, la Sainte Écriture ne nous répond que a'{)ec quelle généreuse sollicitude Marie a sauvegardé sa
par deux petites phrases. foi robuste!
Nous trouvons au second chapitre de l'évangile de En effet, ne pensons pas, mes frères, que la foi n'ait
saint Luc au sujet de la Bienheureuse Vierge Marie, pas réclamé d'elle - comme de chacun ~e nous - des
deux remarques très simples, insignifiantes en appa- sacrifices, des peines, des efforts 1 Ne dlsons pas que
rence, mais en réalité profondément significatives. Marie avait facile de croire, lorsqu'elle vivait auprès
L'évangéliste écrit que les bergers, revenant de l'étabie de Jésus. Ah! elle aussi a eu des jours sombres, comme
de Bethléem, racontèrent partout les événements de nous en avons beaucoup. Et si nous sommes souvent
la nuit de Noël. « Et tous ceux qui les entendirent désemparés devant tel ou tel événeme~:lt de .notre vie,
furent dans l'admiration de ce que disaient les bergers. ' devant tel ou tel article de notre fOl et Sl nous ne
Or Marie conservait avec soin toutes ces choses, les comprenons pas ces choses, rappelons-nous que l'éva~­
méditant dans son cœur ». (S. Luc, II, 18-19). A la fin géliste a écrit de même de Marie et de Joseph: « MalS
de ce même chapitre où il est question de Jésus âgé ils ne comprirent pas ce qu'il leur disait» (S. Luc, II, 50).
de douze ans retrouvé dans le Temple, l'évangéliste Il en a cOlîté des sacrifices à Marie pour conserver
remarque : « Alors il descendit avec eux et vint à la foi et même ses yeux étincelants comme le soleil
Nazareth, et il leur était soumis. Et sa mère conservait n'étai~nt pas capables de pénétrer tous les v?iles q~i
toutes ces choses dans son cœur» (8. Luc, II, 51). recouvrent les saints mystères de notre fOl. Mane
Donc, à deux reprises, l'évangéliste rapporte que la avec son âme fervente acceptait ce qu'elle comprenait
Bienheureuse Vierge, non seulement prenait soin des mystères de son divin Fils, mais en même temps
matériellement du petit Jésus, mais "oulait aussi se elle acceptait d'un cœur .bien humble ce . qu'e~le ne
vouer spirituellement, entièrement, au service du Verbe comprenait pas. Et tandis qu'avec une m~elhgence
divin incarné. Chaque parole, chaque événement, attentive et une âme recueillie, elle écoutalt chaque
chaque impression, elle les avait réunis soigneusement parole, chaque révélation de son Fils e~ qu'elle réunis-
et conservés en elle-même. Chaque miracle, la salu- sait dans son âme en une union harmom,euse toute cette
tation de l'ange, la nuit de Noël, les paroles des bergers foi bienheureuse, elle nous montrait en même temps
et des mages, les paroles prophétiques de Siméon et le chemin le plus sûr pour conserver et fortifier la foi.
d'Anne, le premier balbutiement du petit Jésus, chacun
166 LE SYMBOLE DES APÔTRES MARIE ET NOTRE FOI

Un jour, se trouva parmi les auditeurs du Sauveur


II une femme qui, voyant ses miracles et entendant ses
discours, s'écria enthousiasmée : « Heureux le sein
LE CULTE DE MARIE VIVIFIE NOTRE "'01 qui vous a porté et les mamelles que vous avez sucées Il
(S. Luc, XI, 27). Et Notre-Seigneur répondit à la
Mais Marie ne conserva pas sa foi dans son cœur femme: « Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole
comme un trésor sans vie et incapable de donner la vie, de Dieu et qui la gardent » (S. Luc, XI, 28). Jésus ne
elle façonna toute sa vie selon sa foi. La vitalité de sa fot' contredit pas cette femme, Il étend même la portée de
voilà .la secon~e grande leçon pour nous. Le royaum~ ses paroles. Il ne dit. pas, vous n'avez pas de 'motif
de DIeu - dIt un jour Notre-Seigneur _ « est sem- de faire l'éloge de ma mère, mais bien plutôt vous
blable au levain qu'une femme prend et mêle à trois avez réellement un double motif de la louer. D'abord
mesures de farine, de façon à faire lever toute la pâte» parce qu'elle est devenue votre parente par sa mater-
(S,. Luc, XIII, 21). Voilà l'avertissement de Notre- nité, mais ensuite et surtout parce qu'elle est devenue
S~Igneur, que toute notre vie soit pénétrée par notre votre parente par la foi et a conservé mes paroles
fOl. Non seulement l'évangile écrit de la Vierge Marie dans son cœur (S. Luc, II, 19,51) mieux que n'importe
q.u'elle conservait le souvenir des événements de la lequel de mes disciples.
VIe de Jésus ainsi que de ses paroles, mais aussi qu'elle Sur le premier point nous ne pouvons pas suivre
l~s « conservait dans son cœur » (S. Luc, II, 19), c'est-à- Marie, mais sur l'autre. Nous savons bien que celui
dIre .dans ses prières et ses travaux, au repos et au qui veut suivre la Vierge Marie, celui qui veut devenir
trav~t1, elle y pensait constamment et réglait sur eux digne d'elle et lui ressembler, aura pour voie la plus
sa VIe. D e même que Marie donna un corps au Fils sûre la foi ardente, généreuse, vivante, envers le Christ.
de Dieu descendu sur terre, de même la vie de Marie Une foi qui n'est pas simplement un mot, qui n'est
fut la p~u~ parfaite réalisation des ensei.e:nements et pas simplement un sentiment, mais une foi qui est
de la reltgIOn du Fils de Dieu. principalement et en premier lieu une vie et une force
a) Jamais n'a vécu sur cette terre ni ne vivra sur cette divine qui façonne notre vie.
terre ~~ homme qui, dans ses joies et ses souffrances, dans Observons, en effet, ce que la Vierge Marie dit aux
se.s deszrs e~ ses projèts, dans ses vertus et ses sacrifices, serviteurs des noces de Cana. Regardez vers Jésus et
mt rep:o~Ul~ avec une foi aussi victorieuse tout ['esprit « faites tout ce qu'il vous dira» (S. Jean, II, 5). Nous
du chnstzanzsme comme la Très Sainte Vierge. honorons donc 1\1arie, mais nous n'en restons pas là,
C'est de cela que Notre-Seigneur Lui-même a elle nous pousse plus avant vers le Christ.
rendu témoignage.
b) Mais que chaque manifestation de notre culte
168 LE SYMBOLE DES APôTRES MARIE ET NOTRE FOI

envers Marie vivifie réellement notre foi, nous conduise plus be,] éloge de la toute-puissance divine qui règne
finalement au culte de Dieu et pénètre nos hommâges dans le monde? Pourrait-on mieux accentuer notre
envers Dieu, nous en avons une nouvelle preuve, un foi ancrée en Dieu?
témoignage - éloquent dans chaque ligne du chant Un jour, un homme gravement malade s'écroula
sublime qui, sous le nom de « Magnificat», retentit dans la rue. On l'amena à l'hôpital et un confesseur
chaque jour dans des milliers et des milliers d'églises et vint le voir. Mais le pauvre homme avait perdu depuis
que l'âme de la Vierge Marie, transportée par l'amour longtemps la foi sur les routes pénibles et cruelles de
de Dieu, entonna pour la première fois devant sainte la vie et malgré tous les efforts du prêtre, l~s paroles
Élisabeth. de ce dernier demeurèrent sans effet. MalS lorsque
Sainte cÉlisabeth s'était écriée avec étonnement à la le prêtre changeant de sujet, mit la conversation sur
vue de Marie accourue pour la visiter: « Vous êtes la mère du malade, alors ce cœur dur comme la pi:rre
bénie entre les femmes et le fruit de vos entrailles est s'attendrit et la foi éteinte de son enfance se ramma
,béni. Mais d'où m'est-il donné que la mère de mon en lui. .
Seigneur vienne à moi ?... Heureuse vous qui avez Mes frères, sur la route amère de la vie, combie~
cru, car elles seront accomplies les choses qui vous d'hommes d'aujourd'hui ont vu diminuer leur fOl,
ont été dites de la part du Seigneur! )) combien l'ont perdue totalement! Parlons-leur donc
Et c'est alors que s'échappa de l'âme de Marie ce beaucoup de la Bienheureuse Vierge Marie, afin qu'ils
cantique d'une éternelle beauté, le Magnificat, qui reviennent à la foi vivante de leurs pères. « Heureux
détourne humblement de soi toute louange et toute le sein qui vous a porté! » - crions-nous de nouveau
glorification et les rapporte à Dieu. « Magnificat anima vers le Christ. Et écoutons la réponse qui sort de ses
mea Dominum )) retentit sur les lèvres de Marie. lèvres : « Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole
« Mon âme glorifie le Seigneur et mon esprit tressaille . de Dieu et qui la gardent )) (S. Luc, XI, 28).
de joie en Dieu, mon Sauveur. Car il a jeté les yeux
sur la bassesse de sa servante », - ce qu'il y a de bon et
de beau en moi est une grâce de la main du Seigneur. III
« Sa miséricorde s'étend d'âge en âge sur ceux qui le
craignent.in a déployé la force de son bras; il a dissipé LE CULTE DE MARIE ASSURE L'UNITI DE NOTFJE FOI
ceux qui s'enorgueillissaient dans les pensées ~e leur
cœur. Il a renversé de leur trône les puissants et a Mais le culte de Marie a encore une autre force et
élevé les petits. Il a comblé de biens les affamés et a une autre bénédiction : il protege l'intégrité, la pureté,
renvoyé les riches les mains vides )). Pourrait-on faire l'unité de notre foi chrétienne.

1
17° LE SYMBOLE DES APÔTRES MARIE ET NOTRE FOI 17 1
a) Il Y a des. gens qUi ne connaissent pas l'histoire , proclamation dogmatique de 1854, elle l'a seulement
_e t pour cette raIson soutiennent le contraire. « Le ctÙte remis en lumière.
de Marie , n'appartient pas 'au christianisme primitif. b) Le culte de Marie n'est donc pas un danger
Car c'est seulement en 431 que le condle d'Éphèse a pour notre foi, mais au contraire il en protège et fortifie
déclaré qu'elle est « Mère de Dieu» et c'est seulement la pureté et l'unité. Comment le culte de Marie protège-
récemment, seulement en 1854, qu'elle a été proclamée t-il cette unité? Quelques mots suffiront pour
« conçùe sans péché ». l'expliquer.
Eh bien 1 mes frères, qu'y a-t-il de vrai da~s tout Qui peut honorer Marie? Celui-là seul n'est-cp.
cela? Il est vrai que l'Église a réellement proclamé en pas qui croit en son divin Fils. La base de notre foi
43 1 la maternité divine et en 1854 l'Immaculée Con- c'est la divinité de Notre-Seigneur. De ce que le Christ
ception comme dogmes - mais toujours elle y avait cru est Dieu descendu parmi nous, découle tout le système
des son origine. ' dogmatique et moral de la religion chrétienne. Celui
Que nous enseigne la foi en l'Immaculée Conception? qui honore Marie s'exprime ainsi : J'honore Marie,
Que la "yïerge ~arie n'a jamais eu le péché originel. parce que son Fils est Jésus-Christ, le Fils unique de
Or Munllo, trOIs cents ans déjà avant la proclamation Dieu qui est venu sur la terre, afin par ses souffrances
de ce dogme, avait peint trente magnifiques tableaux de nous sauver de la damnation, qui est mort pour
de la Vierge Immaculée. Et le concile de Trente nous, est ressuscité et est monté aux cieux ... en un
plus de trois cents ans avant la proclamation de c~ mot, lorsque nous honorons Marie, nous confessons en
~ogm:, croyait en l'Immaculée Conception de Marie. même temps toute notre foi chrétienne. Le culte de Marie
Et samt Ephrem la proclamait, il y a près de est donc un cadre d'or dans lequel il y a un diamant,
quinze siècles. la divinité de Notre-Seigneur. Et si un diamant précieux
Que s'est-il donc passé en 1854? Seulement ce qui non seulement ne perd rien à être placé dans un cadre
s'est passé quelques années plus tard avec le fameux magnifique, mais qu'au contraire le cadre fait ressortir
diamant de la couronne anglaise, le Ko-hi-noor. Ce la valeur de la pierre, de même le culte de Marie ne
magnifique et gros diamant était connu aux Indes des nuit en rien à notre adoration du Christ, mais l'enve-
milliers d'années déjà avant Jésus-Christ, mais c'est loppe dans un cadre plus chaud et plus impressionnant.
seuleme~t depuis que la reine d'Angleterre, Victoria, Pour nous, le culte de Marie n'est pas la question
le "fit taIller de nouveau, à la fin du siècle dernier principale, mais il n'est pas non plus une chose si
qu'il brille de tout son éclat. De même, si je pui~ accessoire que sans lui notre foi catholique pourrait
parler de la sorte : le diamant millénaire de la foi en subsister. Pour nous, la divinité du Christ est la chose
l'Immaculée Conception n'a pas été , inventé par la principale, mais il en découle infailliblement le culte de
LE SYMBOLE DES APÔTRES MARIE ET NOTRE FOI 173
la ~ère de Dieu. Si j'adore le Christ, il faut que j'honore XVIe siècle n'ait pu précisément l'emporter dans l~s
aUSSI S~ mère; et ~i j'ai un culte pour la Mère de Dieu, je royaumes où le culte de ia Bienheureuse Vierge, le
pourraI encore pner avec plus de ferveur son divin Fils. culte de la Madone, était particulièrement développé
c) Du reste l' histoire aussi prouve que les négateurs et florissant. ,
de la divinité du Christ ne sortent pas des rangs de d) Et si nous réfléchissons sur ce fait, une lumière
ceux qui ont le culte de Marie, mais au contraire se intéressante se répand sur le culte de Marie, en tant
trouvent parmi ceux qui d'abord ont refusé le culte qu'auxiliaire -et gardien de l'unité de la foi.
à la Vierge Marie, et ensuite irrésistiblement ont été Le point central de la famille c'est la mère. Tant
poussés sur le champ glacé de la négation du Christ. qu'elle vit, les enfants déjà avancés en âge et qui ont
L'histoire deux fois millénaire de l'Église montre fondé de nouvelles famiIIes sont unis entre eux et se
que là où l'arbre de la foi grandit dans un terrain sain sentent solidaires. Mais quand la mère meurt, la
il a toujours été COUvert des plus beaux fruits et de~ famille se désagrège .
.plus belles fleurs du culte de Marie, mais par contre La Très Sainte Vierge aussi a été le soutien de la
. partout où le culte de Marie a diminué ou a cessé première communauté chrétienne après l'ascension
tout à fait, ce fut toujours un signe que la foi chrétienne du Christ. Les Actes des Apôtres le rappellent: « Tous
el,le-même était en d~cadence. II y a des chrétiens qui dans un même esprit persévéraient ·dans la prière avec
n honorent pas Mane, parce que - disent-ils _ le quelques femmes et Marie, Mère de Jésus» (Actes, l, If).
culte de Marie détourne l'âme du Christ, ils n'honorent Mais le culte de Marie est resté depuis une garantie _
que le Christ. Et cependant que voyons-nous, mes bénie de l'unité de notre foL Nous savons que Notre-
frères? Ce fait remarquable que là où on a cessé Seigneur avait une robe d'une seule pièce, sans couture
d'honorer Marie, le culte du Christ est négligé, et même (S. Jean, XIX, 23), que selon l'usage de son époque
les bases de toute la foi chrétienne sont ébranlées. la Vierge Marie elle-même avait certainement tissée.
Nous honorons Marie et nous adorons son divin Fils. C'est ainsi que depuis près de vingt siècles le culte de
~ais où on a cessé d'honorer Marie, afin que _ Marie tisse la robe de notre foi .chrétienne, - de
dIt-on - on consacre d'autant plus d'énergie spirituelle cette foi où il n'y a ni couture ni tache ni rajoute ni
au ~uIte du .Christ, on discute aujourd'hui déjà si le déchirure, qui aujourd'hui encore est telle que nous
Chnst est DIeu ou un homme et au nouveau pasteur l'avons reçue du Christ.
entrant en fonction on est obligé de demander s'il Nous devons donc constater qu'un christianisme où
accepte entièrement le Symbole. la Bienheureuse Vierge Marie n'est pas honorée comme
Ces considérations ~ettent en lumière ce fait histo- il convient, n'est qu'un christianisme tronqué. En
rique que la douloureuse séparation r:eligieuse du effet, qu'est-ce que le christianisme? Le Christ et son
174 LE SYMBOLE DES APÔTRES MARIE ET NOTRE FOI 175
œuvre. Or le Christ n'est pas seulement le Verbe mais parce qu'elle est juste et vraie. Que notre sainte
éternel du Père céleste, mais Il a vécu sur la terre , où religion catholique soit la vraie religion, nous en avons
Il est né fils de Marie. , - la certitude par toute une série de preuves rationnelles :
Notre sainte Église savait donc fort bien 'p ourquoi notre foi est « un culte spirituel» (Romains, XII, 1).
elle luttait si souvent pour' défendre la dignité de Mais s'il en est ainsi et si nous confessons que la
Marie. Pourquoi, par exemple, au concile d'Éphèse elle base première et principale de notre foi est la vérité,
a lutté avec tant d'acharnement pour la dignité de n'oublions pas que l'homme n'est pas seulement une
mère de Dieu. Ce n'était pas du titre de Marie qu'il tête qui cherche la vérité, mais aussi un cœur qui aime
était question, mais de la dignité divine du Christ. le beau, et c'est pourquoi nous ajoutons avec raison à
Nous savons bien que la Vierge Marie, tout en étant nos preuves rationnelles les marques intimes, senti-
Mère de Dieu, est restée une créature humaine, « la mentales, ferventes, poétiques et mystiques, de notre
servante du Seigneur », mais une créature sur. laquelle culte pour Dieu. Qui n'a pas encore éprouvé cette
« le Seigneur a jeté les yeux et que toutes les générations chaleur intime qui remplit l'âme et qui se répand sur
appelleront bienheureuse u. nous de la lampe perpétuelle qui brûle dans le silence
des cierges de l'autel, de l'orgue, de l'angelus du soir!
Et si nos églises sont si aimables et attirantes, nos
cérémonies si émouvantes et instructives, si chez nous
les non catholiques se sentent souvent comme chez
IV eux, c'est parce que le culte de Marie y joue un rôle
important.
LE CUL TE DE MARIE EMBELLIT NOTRE FOI Regardez simplement dans n'importe quelle église
un tableau de la Sainte Vierge avec le petit Jésus dans
ses bras, est-ce que quelqu'un, petit enfant ignorant ou
Après cela je n'évoquerai que très .brièvement la homme instruit, peut se représenter de manière plus
quatrième bénédiction du culte de Marie : le culte de saisissante et plus aimable le Rédempeutr du monde?
Marie confere à notre fot un attrait, un charme, une Regardez seulement l'image de la Mère des douleurs
poésie; une intimité d'un effet merveilleux. comme elle tient sur ses genoux le corps de son Fils
Je veux spécialement faire ressortir, mes frères, peùt-onreprésenter de manière plus émouvante le
que ce ne sont pas ces caractéristiques qui nous rendent drame de la rédemption? Regardez cette petite paysanne
le plus précieuse notre foi. Nous acceptons et suivons récitant un Ave Maria et déposant devant l'image de
notre foi, non pas parce qu'elle est belle et aimable, Marie au bord de la forêt un petit bouquet de fleurBj
rj6 LE SYMBOLE DES APôTRES MARIE ET NOTRE FOI 177
champêtres, pourrait-on trouver sur la terre poésie entier en frémit. Les évêques d' Mrique, d'Asie et
plus pure et plus aimable? Et si l'on entendait les d'Europe élevèrent des protestations; le pape Célestin
milliers de « Je vous salue Marie» qui à toute heure réunit en concile les évêques d'Italie et excommunia
du jour et à chaque minute montent vers le ciel sur des Nestorius. Ensuite, en 431, un concile général fut
millions de lèvres, de matelots emportés par la tem- · convoqué à Éphèse et dans la célèbre basilique qui
pête, d'enfants en prières au chevet de leur mère était déjà alors consacrée à la Bienheureuse Vierge,
malade, de soldats se préparant à l'assaut, de pieux sous la présidence des légats du pape, se réunirent
pèlerins et d'hommes aux prises avec les tentations les évêques de tous les coins du monde pour juger
- alors on verrait seulement vraiment quelle douceur, l'évêque de Constantinople qui avait osé attaquer la
quel charme, quelle intimité apporte dans notre vie dignité de Marie.
religieuse le culte de Marie. . La discussion se prolongea jusque tard dans la nuit
et tout le peuple attendait le résultat avec impatience
devant la basilique. Lorsque la nouvelle arriva que
Marie était victorieuse, toute la foule éclata en cris de
Mes fr.ères, en 428, Nestorius fut nommé évêque de joie et accompagna les évêques avec des flambeaux
Constantmople. Après de grands et saints prédécesseurs jusqu'à leurs demeures.
un sai~t Grégoire de Nazianze, un saint Jean Chrysos~ Mes frères, Nestorius est mort depuis longtemps,
tome, Il eut en mains la direction des fidèles. mais aujourd'hui encore il y a des mains impies qui
Mais un jour l'hérésie jusqu'alors si bien cachée voudraient arracher du front de Marie l'auréole de sa
éclata et-, au grand scandale des fidèles rassemblés dignité de mère de Dieu. C'est pourquoi à la fin de ce
dans l'église, il se mit à prêcher ainsi: « Dorénavant sermon retentira sur mes lèvres là louange enflammée
ne disons plus que Marie est mère de Dieu, pour ne d'il y a quinze siècles qu'au concile d'Éphèse le plus
pas prêter à croire que nous voulons faire de cette grand adversaire de Nestorius, la plus importante
vierge une déesse et pour ne pas devenir semblables personnalité du cbncile, saint Cyrille, patriarche
aux païens qui ont donné des mères à leurs .dieux » d'Alexandrie, prononça, au nom des évêques, à la
(Nestorius, Serm. V, ap. Mercat. p. 30 ). gloire de la Vierge, Mère de Dieu :
Ces paroles hypocrites eurent un effet saisissant. « Je vous salue, Mère et Vierge, temple vivant et
Le. peu~le. protesta hautement, et avec ses prêtres immortel de la divinité, joyau et lumière du monde,
qUItta 1 eghse et la foule scandalisée et murmurante honneur des vierges, soutien de la vraie foi, base solide
se répandit à travers les rues. L'injure faite à Marie de l'Église. Vous qui avez donné le jour à Dieu et avez
fut rapidement connue et le monde chrétien tout porté sous votre cœur si pur Celui qu'aucun lieu ne

Symb des Ap , - T , IV. 12


LE SYMBOLE DES APÔTRES

peut contenir. Vous par qui la Très Sainte Trinité


est louée et adorée et par qui dans le monde entier
la sainte croix est · vénérée. Vous par qui l'homme
tombé retrouve le bonheur éternel du ciel... Qui
peut vous louer dignement, vous qui êtes au-dessus XII
de toute louange? 0 Vierge féconde ! 0 miracle incom-
préhensible !... Que toute notre sagesse, que toute
notre joie consistent par l'intercession de Marie tou- MARIE ET LES FEMMES
jours vierge à craindre et à honorer le Dieu en trois
personnes, car c'est à Lui qu'appartient la gloire d'éter-
nité en éternhé ». Amen. MES FRÈRES,

Dans un lac magnifique de l'Italie du Nord, le Lac


Majeur, surgit comme un petit paradis t~rrestre,
l' « Isola Bella », la « Belle Ile ». Vraiment elle mérite
ce nom. Alors qu'au printemps la neige et la glace
recouvrent les montagnes environnantes et que la
nature est encore sans mouvement et sans vie, sur
l'Isola Bella les citronniers et les orangers fleurissent
déjà et les fleurs répandent leurs parfums.
Mes frères, au milieu de l'humanité couverte de la
glace d'un hiver moral s'élève de même l'Immaculée
Conception « comme un lis au milieu des épines »
(Cantique des cantiques, II,Z), comme la seule véritable
« Belle Ile », l' « Isola Bella » bénie du lac orageux de
l'humanité d'où la force vivifiante d'une foi pure et
le parfum de mœurs pures montent vers nous.
Ce que signifie pour notre foi le culte de Marie,
comment il est une garantie de force, de vitalité,
d'unité et de beauté, c'est ce dont il a été question
180 LE SYMBOLE DES APôTRES MARIE ET LES FEMMES

dans mon sermon de dimanche dernier. Aujourd'hui l'époque de Notre-Seigneur les vagues de l'immoralité
et dimanche prochain je voudrais montrer les forces s'élançaient jusqu'au ciel, que la fille d':un e.mpereur
qui jaillissent du culte de Marie pour notre vie morale. était descendue parmi les filles de mauvalse vle et que
Qu'ont gagné les femmes au culte de la Vierge Marie? - Hérode pour 'prix d'une danse lascive avait donné
ce sera notre premièr0 question; et Qu'ont gagné les la tête de saint Jean Baptiste.
mères? - celle de dîmanche prochain. Avant Marie, la femme était malade, malade sans
A la question d'aujourd'hui je voudrais donner le savoir. En effet, quelqu'un peut être malade, repous-
réponse en étudiant ces trois idées : 1. Qu'était la sant et laid, sans le savoir, s'il n'y a à côté de lui per-
femme avant Marie? Il. Que peut-elle devenir par sonne de sain et de beau, sur qui il puisse comparer
Marie? Ill. Que devient-elle sans Marie? ses propres maladies. Mais en Marie a ?rill~ devant
nous une image idéale qui nous avertit que nous
sommes malades, repoussants et laids, tant que nous
1 ne tâchons pas de ressembler à cette Vierge, parfai-
tement saine, d'une beauté incomparable et sans tache.
QU'~TAIT LA FEMME AVANT LA VIERGE MARIE?
Le christianisme a relevé la femme en la Vierge
Marie et l'a placée sur un piédestal dont la femme,
ni avant ni après, n'avait même pas pu rêver. Et de
Seul sait apprécier ce que signifie pour la femme le même que se répandait le culte de Marie, de mêm~
culte de Marie, celui qui connaît l'idée humiliante . s'est répandue une tout autre idée de la femme. CelUI
que se faisaient de la femme les siècles antérieurs au qui devenait chrétien et honorait Marie, regardait avec
Christ, celui qui connaît la situation dégradante dans un respect ému dorénavant toutes les femmes appar-
laquelle vivait la femme avant le christianisme. tenant à sa race. En effet, le culte de Marie d'une part
Qu'était la femme avant le christianisme? L'esclave suscita dans la femme le respect de soi-même et
dl~ l'homme . . l'estime des caractères précieux de son sexe, d'autre
Ce que signifie le culte de la Vierge Marie pour part elle éveilla chez les hommes aussi un ~espect
l'humanité en lutte avec les puissances des ténèbres et pour la femme tout à fait' particulier, une raVlssante
aux prises avec les instincts bestiaux cachés en chacun délicatesse, tendre et nouvelle, une manière de penser
de nous, nous ne pouvons l'apprécier que si nous nous chevaleresque et chrétienne, que n'avaient pas co.nnue
représentons la décadence morale de l'époque, où, les peuples même les plus civilisés avant le Chnst et
pour la première fois, brilla devant l'humanité l'image que - malheureusement - connaît encore à peine
de la Vierge victorieuse du péché. Nous savons qu'à la génération actuelle qui s'est détachée du Christ.
(
LE SYMBOLE DES APôTRES MAIUE ET LES FElVl.MES

Femmes, jeunes filles, avez-vous déjà pensé à ce famiIle chrétienne, l'humanité sait honorer la virginité
que vous devez à cette Vierge bénie, à la ldère de intégrale avant le mm'iage, la sublime pensée de Dieu
Dieu. Depuis qu'est sorti de la bouche de l'ange le dans le mariage : la dignité des parents et le sublime
premier Ave Maria, chaque femme porte sur son front cadeau divin : l'enfant.
une couronne invisible. Depuis qu'a retenti le premier Autant il y a d'images de Marie dans le monde,
Ave Maria, à cet instant, se sont rompus les liens de autant il y a d'encouragements pour les grandes idées
l'esclavage de la femme. En effet qui oserait humilier morales. Et ici nous ne pensons pas en premier lieu
les sœurs de la Mère de Dieu? à tant d'illustres généraux qui ont attaché le rosaire
Voyons donc à présent de plus près la seconde à la poignée de leur épée ni à nos ancêtres héroïques qui
question. se sont précipités contre les Turcs au nom de M arie.
Ce n'est pas le plus important. Il nous faut estimer
cent fois plus haut que les victoires remportées sur
II les Turcs les milliards de victoires spirituelles invisibles
qu'avec' l'aide de Marie tant d'hommes ont remportées
QUE PEUT DEVENIR LA FEMME PAR LÀ VIERGE MARIE? sur leurs ennemis héréditaires, sur leurs instincts qui
, les poussaient au péché.
A) Parcourons en tous sens le domaine de la litté- b) En effet, on ne peut honorer dignement la Vierge
rature et de l'histoire, examinons la vie des femmes Marie qu'avec une âme pure et on ne peut marcher
les plus respectables, yen a-t-il une seule d'où jaillisse dignement sur les traces de la Mere de Dieu qu'avec une
un fleuve incommensurable de Jorce, d'encouragement, de vie divine.
joie de vivre, de réconfort, de consolation, comme en la Une vieille légende exprime magnifiquement cette
Bienheureuse Vierge Marie? Si de naïves petites ser- idée.
vantes la regardent, elle est pour elles « la servante du Sur l'autel d'un cloître espagnol se trouve une singu-
Seigneur »; si des reines lèvent les yeux vers elle, c'est lière statue de Marie : elle a les deux mains coupées.
la « Reine du ciel» qui les regarde; si çles âmes souf- Jadis la statue était intacte et c'est pendant les troubles
frantes cherchent consolation, « la Mère des douleurs» d'une guerre qu'elle a été mutilée; tant que cette statue
les console; et si d~s âmes en lutte avec le péché lèvent était entière, bien des prières furent exaucées, main-
les mains vers elle; kt « Vierge Immaculée '» les relève. tenant il ne s'y produit plus de miracles, la Madonne
a) Ce que Vénus ' avait détruit dans l'humanité, n'a plus de mains pour pouvoir les lever vers Dieu en
nulle autre ne pouvait le réparer sinon Marie. Depuis priant pour les hommes.
que l'image de Marie orne le sanctuaire de toute Mais la légende ajoute que s'il se présentait un

1
LE SYMBOLE DES APÔTRES MARIE ET LES FEMMES x85
homme pour prier ainsi, agenouillé devant la statue au pied de la belle statue de Marie devant l'hôpital
« Bonne Vierge, voici mes mains, elles sont si pures, Saint-Roch: « Tota pulchra es Maria »... « Vous êtes
si douces, si innocentes que je pourrais les donner à toute belle, Marie, et la tache originelle n'est pas en
la place de vos mains ... », s'il se trouvait un homme vous ».
qui pourrait prier ainsi, alors des miracles se produi- La tache originelle n'est pas en vous - voilà ce que
raient de nouveau en ce saint lieu. signifie « immaculata », la foi en l'Immaculée Con-
Mes frères, ne sentez-vous pas le symbolisme profond ception. Mais c~tte expression « Vierge Immaculée »
de cette légende? Une âme qui aime le péché et une nous l'entendons aussi autrement. Nous entendons
, main pécheresse honorent vainement Marie. Avant la vie parfaitement pure de Marie, nous entendons
tout il nous faut laver avec les larmes du repentir toute sa pureté morale, la pureté de son âme. Et si jamais, c'est
impureté qui s'attache à nous et seulement alors nous bien maintenant qu'il faut présenter à l'homme cet
aurons le droit de regarder le visage éternellement idéal sublime de la pureté d'âme, maintenant que les ,
pur de Marie. conceptions morales du monde sur ce point sont sens
Oui, car la Vierge Marie dans toute sa personne dessus dessous.
ést une apothéose incessante de l'esprit triomphant Le christianisme a sur, cette question une belle
de la matière - et qui ne verrait comme l'humanité maxime : « Pur jusq'/f' à 1'autel, fidèle jusqu'à la
actuelle, enfoncée dans la matière, en a . besoin? .- tombe »; une vie absolument pure et chaste jusqu'à
Tout notre vocabulaire et nos manières de parler l'autel du mariage et la fidélité conjugale jusqu'au
sont si terrestres que nous ne pouvons nous exprimer tombeau.
qu'avec des termes terre à terreettoute notre façon de Voilà l'idéal - mais peut-on aujourd'hui encore
penser, nos plans et nos travaux manquent de quelque l'observer? Aujourd'hui dans cette décadence morale
chose qu'il est difficile de définir en termes concrets : épouvantable?
il nous manque une âme qui regardë vers les hauteurs, Quelqu'un dira peut-être : « Autrefois les hommes
un œil qui regarde au delà des limites de la matière, n'étaient pas meilleurs ».
le coup d'aile qui ne se contente pas des possibilités C'est vrai, autrefois aussi il y avait des bons et des
terrestres. mauvais; et je ne dis pas (car ce serait une exagération)
B) Et lorsque nous parlons des effets moralisateurs qu'au soi-disant « bon vieux temps» tout était parfait.
du culte de Marie, il Ii'est que tout naturel que nos Mais savez-vous quelle colossale différence il y a entre
pensées se portent vers la Virgo Immaculata, la Vierge le passé et le présent? Alors on regardait le péché
Immaculée qui assure et conserve la pureté de l'âme. comme un péché dont on avait honte et que l'on cachait
a) Vous connaissez tous l'inscription qui se trouve dans les ténèbres. Et aujourd'}1ui? Aujourd'hui les
186 LE SYMBOLE DES APÔTRES M ARIE ET LES FEMMES

hommes expliquent le désordre moral, l'excusent, de Marie pour monter vers le « Père des lumières »,
ou même s'en vantent, s'en glorifient. Aujourd'hui le vers la douceur de la pureté éternelle.
péché sort de sa tanière et poursuit sonœuvreséductrice b) Et c'est seulement maintenant que nous compre-
au grand jour. Oui, parmi les anciens il y avait aussi nons vraiment ce que nous annonce la Vierge immaculée
des pécheurs, mais alors du moins on les appelait ainsi. avec son auréole brillante comme le soleil et sa couronne
Mais que se passe·t-il aujourd'hui? Que se passe-t-il de douz e étoiles. Elle montre le chemin de la vraie grandeur.
aujourd'hui autour de nous? Je ne veux même pas Non pas ce que proclame le monde. Car il a son
seulement nommer ce péché épouvantable qui fait tant évangile à lui et son Credo particulier. Son évangile
de ravages dans l'âme de notre jeunesse et de nos adultes parle ainsi : Soyez comme Dieu sachant tout et tout-
- et on ne s'en scandalise même pas. Je ne veux pas puissant et installez un trône au-dessus du ciel. Et
nommer cette hideuse épidémie morale qui fait passer son Credo parle ainsi : Je crois, mais seulement en
son soufRe empoisonné et destructeur sur l'homme moi-même.
d'aujourd'hUi par le cinéma, les affiches, le théâtre, Mais voici que retentissent l'évangile et le Credo de
les vitrines, les concerts, les cabarets, les tableaux, les la Vierge Immaculée : Hommes, voulez-vous devenir
livres, afin de corrompre le sang, de dévorer la moelle, ' grands? En effet c'est tout naturel, en effet ce vieux
briser l'échine, faire pâlir le visage, ruiner la religion, désir fermente en chaque homme. La question est
la morale, l'enthousiasme, la famille, l'avenir. seulement celle-ci : Vous contentez-vous de l'appa-
Qui peut nous venir en aide, mes frères? Qui peut' rence ou avez-vous soif de la vérité? Voulez-vous
s'opposer à ce flot? Qui peut tendre la main à celui devenir grands par la révolte ou par l'obéissance?
qui se Eloit? Qui d'autre que la Sainte Vierge la Par l'orgueil ou par la grâce? Voulez-vous être un
Virgo Immaculata. Regardez seulement un tabieau homme ou aussi un chrétien? Un homme c'est celui
de Murillo: une image de la Vierge; c'est une prière dans le corps de qui habite une âme; mais un chrétien
en ,couleur, pourrai-je dire. Voyez comme elle est c'est celui dans l'âme de qui habite Dieu. Le corps
belle l'Immaculée Conception! Elle est entourée d'anges op n'habite pas d'âme n'est pas un homme vivant,
qui admirent sa beauté. Mais la Vierge ne nous regarde mais un cadavre voué à la décomposition; et l'âme où
pas, elle ?e regarde pas les anges, elle regarde en haut, n'habite pas Dieu ,p'est pas un chrétien vivant, n'est
en hauta'où jaillit toute la lumière qui l'entoure. pas une âme divine.
C'est dans ces flots de lumière inaccessible qu'habite Mais le Fils de Dieu - dit saint Augustin - est
Dieu, la pureté éternelle, et Marie est la plus parfaite devenu homme pour que l'homme devienne Dieu.
réalisation terrestre de cette pureté éternelle. Et tandis C'est cela la plus profonde valeur du 'christianisme
,que nous regardons ce tableau, nos yeux s'éloignent et c'est ce que nous apprend l'image de l'Immaculée
188 LE SYMBOLE DES APÔTRES MARIE ET LES FEMMES

en faisant monter jusqu'aux hauteurs divines l'homme, Il nous est resté du VIe siecle une intéressante icone
ce mélange de la poussière du sol et de penchants russe de Marie : Marie est là dans une mer de rayons,
tragiques. « A tous ceux qui l'ont reçu, il leur a donné au milieu de la poitrine, à la place du cœur on voit
le pouvoir de devenir enfants de Dieu, à ceux qui Jésus, comme un soleil, comme une hostie rayonnante.
croient en son nom)) (8. Jean, I, 12). Et quand le Quel magnifique symbole! Comme si Marie n'avait
christianisme transformerait la terre entière en paradis, pas eu un cœur humain, mais que Jésus ait pris la
quand il supprimerait toute peine, toute douleur, tout place de son cœur, y ait vécu et qu'ainsi Marie fût
chagrin et toute mort, il ne resterait cependant qu'un un ostensoir vivant, un tabernacle vivant. Au dehors
airain sonore et une cymbale retentissante, s'il ne Marie - au dedans Jésus. Au dehors une créature
pouvait pas introduire ce merveilleux et saint change- humaine - au dedans Jésus. Au dehors un journalier,
ment d'élever vers Dieu l'homme qui pleure, s'égare un apprenti, un petit élève, un ouvrier, un juge, un
et meurt, « les rendant participants de la nature divine )) professeur, un ingénieur, une couturière, une ménagère
(Ile 8. Pierre, l, 4). - au dedans Jésus. Voilà la leçon définitive de cette
Et pour pouvoir croire à cette réalité, pour pouvoir image de l'Immaculée.
nous convaincre de cette possibilité, il ne faut que Et réellement qui pourrait compter les millions
jeter les yeux sur l'image de l'Immaculée qui elle aussi et les centaines de millions de jeunes et de vieux, de
. était simplement une créature terrestre bornée, mais petits et de grands qui, même au milieu des tentations
qui vivait entierement de Dieu, vivait en Dieu et vivait qui faisaient rage, se sont conservés intacts par le culte
pour Dieu. Voyez comme flotte dans son âme l'océan de Marie, l'im<ige idéale de la Vierge très pure.
de la vie surnaturelle! Voyez comme sa force unie à
Dieu donne à son âme une trempe invincible! Voyez
dans quels flots de lumière le voisinage de Dieu III
plonge son visage! Je vous salue pleine de grâce. Je
vous salue pleine de Dieu. Je vous :;alue vous qui avez QUE DEVIENT LA FEMME SANS MARIE?
les étoiles pour couronne et sous vos pieds la lune.
Ne le sentez-vous pas, mes frères, seuls sauveront Mais s'il en,est ainsi, personne ne peut douter de ce
ce monde pécheur, inquiet et expirant, seuls détourne- que sera notre réponse à la troisième question posée
ront de lui la colère vengeresse de Dieu, les hommes au début- de mon sermon. Il ne peut y avoir de doute
qui sont les enfants de l'Immaculée? De la Bienheu- qu'en négligeant le cuite de Marie la source des forces
reuse Vierge qui est pleine de grâce, pleine de pureté, morales se tarit et sur ce que redeviendrait la femme
pleine de sainteté, pleine de Dieu. avec la disparition du culte de Marie.
LE SYMBOLE DES APÔTRES MARIE ET LES FEMMES

Le culte de Marie, en effet, n'est pas seulement de cours de beauté ... le nudisme ... les bains de soleil. ..
la poésie, n'est pas seulement un rafraîchissement les mariages d'amitié ... les mariages à l'essai ... les
de l'âme, mais encore une source de forces absolument mariages de week-end ... partout le souffie de la cor-
indispensable. ruption et de la mort.
A) Plus la licence morale de notre époque se met Qui nous viendra en aide? Qui peut encore venir
à ressembler de manière effrayante à l'immoralité de en aide?
l'ancien paganisme, plus il nous faut regarder doulou- Certainement, mieux on connaît la vie et ses abîmes
reusement, avidement, avec confiance vers la Très moraux béants, mieux on comprend combien on a
Sainte Vierge, comme elle se dresse à une hauteur besoin de la force attractive des hauteurs morales de la
inviolée au milieu des vagues des bas instincts, nous Vierge M arie.
appelle, nous encourage, nous rassure et nous aide B) Un vieil ouvrier disait un jour : « Dans notre
pour une vie plus pure, plus saine, plus heureuse. milieu la seule femme honnête c'est la Vierge Marie ».
En effet, savez-vous ce qui manque le plus au monde « Une femme honnête! » Peut-on se représenter une vie
actuel? C'est que parmi nous manquent des femmes humaine sans femmes honnêtes? Dans une société où
du genre de Marie, il manque parmi nous des femmes la femme perd son honnêteté, perd sa chaste retenue
que l'ange pourrait saluer. Lorsque nous rencontrons et le respect de soi, s'éteint aussi chez l'homme le
dans la rue des femmes dont le visage fardé laisse respect de la femme et triomphe en lui une bestialité
apercevoir la vie frivole, des femmes dont vous ne savez sans frein.
pas si ce sont des jeunes gens ou des jeunes filles, (( Une f emme honn€te! » Avec la femme honnête se
des femmes qui, par les hardiesses les plus extrêmes maintient ou tombe la vie humaine. Si la femme plaît
de la mode et par leur attitude libre brisant toute à l'homme, c'est naturel; mais si la femme sur le modèle
barrière, proclament le vide de leur âme, ne vous de Marie, la femme qui a l'âme de Marie plaît, c'est
vient-il pas à l'esprit: Voilà où va la femme sans la plus que la nature, c'est de la civilisation, Et cette
Bienheureuse Vierge Marie. civilisation protège aussi la nature; et là où 'disparaît
Quel est l'homme sérieux dont la bouche n'ait pas cette 'civilisation, la femme perd sa délicate et
laissé échapper ce soupir : Nous vivons des temps chaste façon de penser à ses propres yeux et l'homme
effrayants 1 Plus d'honnêteté, plus de morale, plus perd devant la femme son regard idéal, ils creusent
de pureté. Quelles affreuses idées sont répandues sur le tombeau de la société. C'est un pareil tombeau grand
les femmes, la pureté morale, la mère, l'enfant dans ouvert que trou~a le christianisme dans l'antiquité.
les livres, les journaux, les pièces de théâtre, les Et si l'humanité au bord du tombeau s'est raffermie
réunions mondaines 1 Des salles de danse ... des con- pour la vie, c'est seulement parce qu'elle a réussi à;
LE SYMBOLE DES APÔTRES MARIE ET LES FEMMES 193
restaurer en elle une manière de penser en accord avec Plus l'esprit du nihilisme moral se dresse fortement,
l'idéal de la Sainte Vierge. plus nous lèverons nos regards avec une ardente con-
_N'est-ce pas une joie et une bénédiction que nous fiance vers la Vierge Marie pleine de grâce; et plus
ayons le culte de Marie? Qu'il y ait encore des femmes nous nous sentirons écrasés au milieu de la corruption
- Dieu merci: il y en a beaucoup - qui non seulement du monde;- plus nous ferons monter vers elle avec
portent au cou la médaille de Marie, mais s~efforcent une supplication ardente notre prière.
d'imiter l'âme pure de Marie. Qu'il y ait encore des Bienheureuse Vierge Marie, priez pour nous! On
femmes - Dieu merci : il y en a beaucoup - qui . dit que nous vivons dans un pays chrétien, - . mais, .
voient dans les yeux du petit Jésus 's ur les bras de Marie ô Sainte Vierge, ne soyez pas fâchée à cause de ces
que la famille n'a pas le droit d'exister sans enfant. affiches, de ces images, de ces livres, de ces pièces
Et maintenant y aurait-il encore quelqu'un pour ne frivoles qui de tous côtés ricanent contre nous et
pas comprendre quelle bénédiction appôrte à la civili- éclaboussent nos âmes.
sation humaine le culte qui s'épanouit dans le cuIte Dans la rue Rakoczi, devant l'hôpital Saint-Roch,
de Marie, le cuIte de la noblesse inviolée de la femme. se dresse votre statue avec cette inscription: « Vous
Civilisation signifie « dompter des forces sauvages ». êtes toute belle, ô Marie! » - mais autour de vous,
Mais si c'est sa signification, alors nous pouvons au bout de la rue, dans beàucoup d'autres rues, le
hardiment soutenir que les découvertes techniques péché, le vice, la débauche font véritablement violence
qui contiennent les forces indomptées de la nature à vos enfants. 0 Immaculée, ne soyez pas écœurée
n'ont pas, toutes prises ensemble, autant d'importance que nous supportions tout cela sans mot dire.
pour la véritable civilisation humaine que le culte o Vierge Immaculée, n'écoutez pas ces plaisanteries
de la « Virgo Immaculata » n'en a pour l'huma- équivoques, ces conversations qu'aujourd'hui on peut
nité qui cherche sa route dans la forêt vierge de ses tenir d'un air triomphant même dansla meilleure société,
propres instincts. - ne les entendez pas, car vous auriez horreur de nous.
o Vierge Immaculée, ne regardez pas ce qui se passe
dans ces excursions de jeunes gens et de jeunes filles
de 15 ou 16 ans, - ne regardez pas, car vous nous
Mes frères, je vous ai parIé des bénédictions morales auriez en horreur> .
du <luIte de Marie .et dimanche prochain je vous en o Vierge Immaculée, donnez-tÎ'ous la force de pou-
paderai encore, car la force qui sort du culte de la voir avec une noble fierté tenir bon en face de ces
Sainte Vierge, l'humanité n'en a peut-être jamais eu conversations légères, de ces plaisanteries, d'être coura-
plus besoin que de nos jours. geux, de ne pas être - comme jusqu'ici - des railleurs

Rymb. des AIl. - T. IV. 13


LE SYMBOLE DES APÔTRES

de la morale, mais de fidèles hérauts de la pureté de


l'âme; prêts à nous dresser courageux et audacieux.
o Vierge Immaculée, faites que dans les yeux de nos
feunes gens brûle la flamme d'une âme pUl'e.'·Faites que
nos filles. estiment la hauteur où vous les avez placées. XIII
Faites que nous, vos enfants fidèles, comme une « Isola
Bella» qui s'élève dans les hauteurs, comme une « Belle
Ile» nqus répandions, même au milieu des tempêtes furieuses MARIE ET LES MÈRES
qui font rage autour de nous, les beautés surnaturelles
de la pureté morale.
o bienheureuse Vierge ·Marie conçue sans péché, priez . MES FRÈRES,
pour nous qui avons recours à v.ous. Amen.

En 491 avant Jésus-Christ une terrible nouvelle


se répandit parmi les habitants de Rome et partout
où parvenait cette nouvelle le sang se glaçait dans les
veines des citoyens. Cette nouvelle disait que l'un des
plus fiers patriciens de la ville de Rome, Coriolan,
que le peuple avait frappé de banissement était passé
par vengeance aux ennemis jurés des Romains, lès
Volsques, et qu'à présent il marchait contre Rome,
détruisant, brûlant tout, dans sa soif de vengeance.
La" nouvelle était certaine... Coriolan' était déjà
à la tête des ennemis devant les portes de Reme. Les
patriciens les plus distingués de la ville épouvantée
vinrent en ambassade pour apaiser leur ancien collègue
cruellement offensé. Mais ce fut en vain; on ne les
laissa même pa!> entrer dans le camp. Une autre ambas-
sade arriva, les prêtres romains; eux aussi sans résultat .
. Finalement les habitants supplièrent la vieille mère
de Coriolan d'aller trouver son fils et de l'apaiser.
19 6 LI! SYMBOLE DES APÔTRES MARIE ET LES MÈRES 197
Et, mes frères, ce que n'avaient pu obtenir ni l'éloquence le culte de Marie : Nous regm'derons la Vierge Marie
des patriciens ni les supplications des prêtres, Véturie, cumme Mère. Je voudrais réunir en deux groupes mes
mère de Coriolan, l'obtint; à ses supplications émou o
pensées d'aujourd'hui : 1. Que nous donne à tous la
vantes, son fils rentra en- lui-même · et se retira avec dignité de mè1'e en Marie et II. Que donne-t-elle spécia-
l'armée ennemie des murs de Rome. lement aux meres.
~a faible voix d'une faible femme avait apaisé la
hame aveugle d'un p!iÏen, car cette voix était la voix 1
de sa mère. Et si nous lisons d'un cœur ému et si nous
expérimentons en nous-mêmes que, par la volonté de QUE NOUS DONNE A TOUS LA DIGNITÉ MATERNELLE
la.divine Providence,la faible voix d'une mère a toujours DE MARIE?
falt rayonner une force bénie et la fait toujours rayonner
dans le mO?de, alors personne ne doit s'étonner que
nous catholIques, nous regardions avec une fière con- A) Celui qui réfléchit à fond sur le rôle que les mère~
fiance et une fervente tendresse vers Marie Mère de jouent dans l' histoire de l' humanité non seulement ne
Dieu, comme vers la Mère de chacun de 'nous dès sera pas choqué du rôle que joue la Vierge Marie dans
l'instant où son divin Fils expirant sur la croix 'nous notre sainte religion , mais il le regardera plutôt comme
donna tous à elle et la donna à nous. tout à fait naturel, juste, · beau et nécessaire.
Mes frères, vous qui avez entendu jusqu'au bout a) Comme il est pénible le sort d'une famille dont la
les qua.tre derni:rs sermons dims lesquels j'ai parlé mère est morte. Le père peut gagner le pain de ses
de la VIerge Mane et qui entendrez encore cinq autres enfants, mais il n'y a pas de mère pour diriger d'un
sermons sur elle, vous comprenez ce que signifie le cœur vigilant et tendre l'éducation des enfants. Les
culte de. Marie de notre religion et ce que signifie pour enfants ont beaucoup plus besoin de la mère que du
notre VIe morale, pour notre âme qui lutte souffre père.
espère et", tombe, cette sainte certitude q~e,~ dan~ Or ce besoin élémentaire ne se montre pas seulement
toutes nos luttes avec les instincts sensuels, se tient dans la famille, mais aussi dans la vie religieuse et
à côté de nous la mère immaculée, l'Immaculée Con- Jésus a voulu y pourvoir, en donnant à ses fidèles en
ception, que toutes nos souffrances sont adoucies par Marie une mère dans le ciel. Entre Lui et nous, il a
la Mater Dolorosa, la Mère des douleurs, et que toutes établi comme agent de liaison la Vierge Marie, pour
nos ~spérances sont animées par la Mater gloriosa, que dans la grande et ~ystérieuse famille, son Église,
la VIerge Glorieuse. le cœur matenlel et l'amour maternel de Marie servent
Aujourd'hui nous examinerons sous une autre face de trait d'union.
19 8 LE SYMBOLE DES APÔTRES MARIE ET LES MÈRES 199
.La vocation de la Vierge Marie n'est donc pas ter- merveilleuse Il pare ceux qui s'abandonnent à Lui.
mtnée lorsqu'elle a donné un corps au Verbe. Suivant Nous lisons de cette mère toute pure et sans tache
la volonté du Christ sur la croix sa mission éternelle qu'elle se rendit avec son petit enfant au temple de
providentielle, sa vocation de mère continuent ... Jérusalem et se soumit aux cérémonies purificatrices.
continuent, tant qu'il y aura des chrétiens sur la terre. Quelle prédication inexprimable de Marie dans ce
~t de. même .que la mère de familI~ élève, garde, geste muet! Hommes, comme Dieu doit être absolument'
InstrUIt le petIt enfant, de même Marie aussi nous pur, comme Il attend de nous l'effort continuel vers
élève, .nou~ protège et nous instruit. Lorsqu'elle caresse le haut, si même la Sainte Vierge ne s'est pas sentie
le petit Jesus, nous savons qu'elle nous caressej 10rs J assez pure devant Lui, bien que sur son front brillât
qu'elle garde le petit Jésus, nous savons qu'elle nous la couroime de la chasteté, bien que sur ses cheveux
glrde: Et ,c~ n'est pas une pieuse imagination, c'est reposât une . couronne de lis et que dans ses yeux
un samt hentage. Notre héritage du Christ que la croix rayonnât la dignité de mère de Dieu. Oh! comme
a arraché des mains maternelles de Marie mais qui l'imitation de cette Sainte Vierge in'élève,m'attire,
nous ~ laissés à sa place, lorsque regardant 'saint Jean me pousse, comme elle ne me laisse pas de repos,
Il ~ dit ~ Marie: « Voilà votre fils )J. Et à saint Jean ne me laisse pas m'arrêter paresseusement dans le
et a nous tous : « Fils, voilà votre mère )J. domaine du sang, du corps, des bas instincts, mais
Ah! c'est qu'il nous fallait quelqu'un qui fût une me dit : En avant! En haut! Plus haut!
créature humaine comme nous, composée de chair Voilà ce que nous donne la certitude que Marie est
et de sang comme nous, - mais qui cependant fût notre mère du ciel.
pl~s grande, pl~s ha~te, meilleure, plus pure, plus b) C'est une chose bien connue que la famille vit
salllte. que nous: Il fallaIt la Sainte Vierge. Une créature tant que vit la mère, le centre de la famille. Il est possible
humaI~e dont l'âme ne fut pas une roche brûlée par que les enfants soient déjà grands, qu'ils aient leurs
le soleIl, .comme la nôtre, mais un riche jardin de foyers à eux, ;mais tant que vit la mère, la famille
fle~rsj q~1 ne fût pas une sombre caverne, mais une reste unie. Mais quand la mère meurt, les enfants se
éto~le bnllante; qui ne fût pas un marais fangeux voient plus rarement, se retrouvent à peine, chacun suit
mais. une source cristallinej dont la vie ne fût pas u~ son chemin particulier, car le trait d'union est tombé,
labyn~the, un méandre, un zigzag, mais un chemin la mère est morte. '
con~U!sant directement vers Dieu et qui avec un doux Mais ce phénomène n'apparaît pas seulement dans,
sounre nous dise avec un signe d'encouragement : les petites familles humaines, mais aussi dans ces
homme~, ,voyez à quelle hauteur vertigineuse le Sei- grandes familles que sont les communautés religieuses.
gneur eleve les humbles, voyez de quelle beauté Ne voit-on pas comme elles s'écroulent en morceaux,
200 LE SYMBOLE DES APÔTRES MARIE ET LES MÈRES 201

comme elles s'écartent de plus en plus les unes des taine froideur de sentiments. Mais en revanche écoutez
autres . ces sectes religieuses qui croient suivre le ce que m'écrivait, il y a quelques jours, un de mes
Christ, mais chez lesquelles la mère est morte, le auditeurs, un jeune homme qui mène le dur combat
culte de Marie a disparu! Comme je suis reconnaissant de la vie.
à Dieu de m'avoir fait
r'
naître dans une religion
,
où Dieu « La vie m'a jeté souvent de tous les côtés. Elle m'a
est notre Père, le Christ notre Frère et la Vierge pris mon père, ma mère, mon frère, tous sont déjà
Marie notre Mère du ciel réunissant avec amour sur dans l'éternelle patrie. Depuis ma quatorzième année
la terre les membres de la famille divine! Je suis recon- je suis orphelin et je suis privé de l'amour d'une mère
naissant de ce que je suis né dans une religion où . terrestre.
résonne le cantique de Marie, où me sourit l'image Et pourtant je ne suis pas orphelin, - du moins
de Marie et où me réjouissent les fêtes de Marie. je ne me suis jamais senti comme tel, car dès ma
B) Mais voici que nous rencontrons une nouvelle petite enfance j'ai toujours été attaché avec enthou-
idée de ce que nous donne, de ce que donne à notre siasme à la Bienheureuse Vierge, et je puis dire
religion le culte de notre Mère du ciel. Le culte de hardiment que j'ai toujours éprouvé son grand amour
Marie, en effet, m'explique encore autre chose. Il maternel, j'ai senti ses caresses avec lesquelles elle a
m'explique l'attrait indéniable de nos cérémonies reli- effacé les rides des soucis et des chagrins sur mon
gieuses, de nos rites et de nos églises, attrait à la puis- front. La Sainte Vierge jusqu'à présent m'a accompagné
sance duquel même nos frères des autres religions ne sur ma route. Elle a toujours tenu la place de ma
peuvent se soustraire. En effet, il suffirait de rechercher mère à côté de moi, je n'ai donc jamais eu à me plaindre
à l'occasion d'une prière du mois de mai dans l'église d'être privé de l'amour maternel. Je me suis senti en
comble, à quelle religion appartiennent les assistants sûreté dans les bras de la bonne Vierge et je ne me suis
et on verrait avec étonnement combien viennent jamais égaré, ' car dans toutes ~es peinés, dans mes
chez nous pour honorer la Sainte Vierge ' qui dans souffrances, dans mes chagrins, elle était à côté de
leur religion à eux ne le peuvent pas. moi et ne m'a jamais laissé seul )l.
C'est tout à fait compréhensible, tout à fait humain. Je le répète, mes frères : ce sont les paroles d'un
Je le répète ': Regardez ces familles où la ~ère est homme dans les luttes de la vie. Eh bien! si au foyer
morte de bonne heure; si soignée que soit l'éducation familial le cœur . d'une mère apporte la chaJeur, la
que donne le père aux petits orphelins, on verra religion ne peut p~s être privée de la chaleur du cœur
pourtant plus tard ~ 9ans la formation de leur âme maternel. C'est pourquoi le culte de notre Mère du
qu'ils n'ont pas eu de mère dans leur enfance. On ciel a un si grand attrait.
apercevra en .eux une certaine déficiencel une cer- « Vous ne voulez adorer que le Christ et vous ne
202 LE SYMBOLE DES APÔTRES MARIE ET LES MÈRES 20 3

voulez pas vous occuper de Marie? » C'est en vain,


vous n'y réussirez pas. Il vous faut fermer -les yeux
et vous n'y ré~ssirez cependant jamais. II
Vous voulez adorer l'Enfant divin, l'aimable petit
Jésus? Levez les yeux vers Lui et que voyez-vous? QUE DONNE AUX MÈRES DE CETTE TERRE
La Vierge Marie Le tient dans ses bras. LA DIGNITÉ MATERNELLE DE MARIE?
Vous voulez accompagner de vos prières le petit
Jésus dans sa fuite en Égypte? Levez les yeux vers
Lui et que voyez-vous? La Vierge Marie veille sur Mais si toute âme fidèle peut se réchauffer sur le
sa vie. . cœur maternel de la Vierge Marie, ce sont cependant
Vous voulez d'une âme émue entrer en colloque les mères qui reçoivent de la Mère de Dieu le plus
avec le Christ attaché à la croix? Levez les yeux vers d'encouragement et puisent le plus de force dans son
Lui et que voyez-vous au pied de la croix? La Mère saint cœur.
de Jésus. Voici donc notre seconde question : Que donne la
Vous voulez baiser les saintes plaies ensanglantées Mere de Dieu aux meres de la terre?
du Christ mort pour nous? Où trouvez-vous son Examinons cette phrase toute simple, mais d'autant
cadavre? Sur le sein dè la Sainte Vierge. plus significative, car elle fixe véritablement tout le
Ah! comme nous devons nous réjouir de ce que Dieu sort de l'humanité: Le culte de la Mere de Dieu protege
n'ait pas placé ces grâces au firmament comme des et fortifie le culte de ta dignité de mere.
étoiles, - car nous ne pourrions pas les y aller cher- QueIie bénédiction pour nous et pour toute l'huma-
cher; qu'Il ne les ait pas placées au fond de la mer nité! nous ne pouvons l'apprécier dans sa totalité que
comme des perles, - car nous ne pourrions pas les y si A) nous connaissons d'une part les devoirs que les
liller chercher; mais Il les a placées dans les mains meres ont à remplir dans la vie de l' humanité conformé-
toutes grandes ouvertes ' de sa M ère, Marie, d'où ment à la volonté de Dieu et si B) nous connaissons
coule sur ses fidèles la source des grâces divines d'autre part le cynisme avec lequel on parle aujourd'hui
(Faulhaber). de la dignité de mere.
A) La femme comme mere de famille! La sainte et
admirable volonté du Dieu Créateur a placé à côté du
premier homme la première femme et en bénissant leur
union, Il leur a parlé ainsi: « Croissez et multipliez-vous,
remplissez la terre et soumettez-la» (Genèse, l, 28).

-
LE SYMBOLE DES APôTRES MARIE ET LES MÈRES 20 5

C'est ainsi que Dieu parla au premier couple humain les veines, lorsque sur cette question, dans les romans,
et, depuis ce commandement divin, c'est le plus beau dans les théâtres, les cinémas, dan~ les cabinets de
' devoir et la plus grande dignité de la femme ou bien consultation des médecins et dans les réunions mon-
de se consacrer entièrement au service de Dieu dans la daines, de tout jeunes gens et de toutes jeunes filles
chapelle d'un cloître ou bien de devenir mère dans le en discutent avec un sans-gêne qui vous fait rougir.
sanctuaire de la famille. a) Le mal est déjà si général que les hommes les
La fe~me atteint sa plénitude, le sommet de la vie plus raisonnahles en cherchent le remède.
terrestre, quand elle devient mère. Du fait que la Au mois de mai, presque tous les pays célèbrent
femme devient mère, et seulement par là, elle montre une fête spéciale, « la fête des meres », où l'on exalte
que le monde ne peut pas se passer de la femme. On la dignité de la mère dans la famille, devant les
peut se passer de toute autre chose - mais pas d'elle. enfants, dans la vie publique en la glorifiant solen-
Le monde continuerait à vivre, si les femmes ne nellement.
savaient plus aussi bien faire la cuisine, coudre, laver L'intention est belle - le succès douteux.
et faire le ménage; le monde continuerait à vivre, si Nous autres catholiques, nous n'avons pas besoin
elles ne savaient plus converser aussi spirituellement, d'une « fête des mères». Car notre culte de Marie
danser aussi gracieusement et sourire avec autant est un hommage continuel à la dignité maternelle. En
d'insouciance; mais le monde ne pourrait pas subsister, effet, si Marie n'était pas une mère, si Notre-Seigneur
si elles ne savaient plus être meres. La femmé peut Jésus-Christ n'était pas son Fils, alors personne
montrer ses plus belles qualités comme mère et c'est aujourd'hui ne saurait rien d'elle; toute la dignité de
pourquoi la véritable valeur de la femme est calculée Marie vient de ce que son Fils est Notre-Seigneur.
à bon droit d'après ses enfants, d'après leur bonne Mais la dignité de mère de Dieu en Marie fait tomber
éducation. un rayon de la gloire céleste sur les mères de la terre.
B) Mais s'il en est ainsi, mes frères, s'il est vrai Nous n'avons pas besoin d'une « fête des mères »
que l'homme ne peut pas être en bonne santé, si son spéciale, une fois par an, car il n'y a pas un seul mois
cœur est malade, le cœur de l'humanité c'est la famille , de l'année où une fête de Marie ne proclame devant
et le cœur de la famille c'est la mère, - s'il en est ainsi, nous la dignité des mères: en janvier la fête de la
alors nous devons être épouvantés de ce que dans Sainte Famille, en février la Purification, en mars
l'humanité actuelle, surtout parmi la jeunesse . qui l'Annonciation, en avril le Vendredi saint, en mai
grandit maintenant, regne une conception frivole et et en octobre le mois tout entier, en juillet la fête de
dégradante du devoir le plus beau que Dieu ait donné à Notre-Dame du Scapulaire, en août. l'Assomption,
l' homme : la dignité de mère. Le sang vous glace dans en septembre la Nativité, en décembre l'Immaculée
206 LE SYMBOLE DES APÔTRES MARIE ET LES MÈRES

Conception... Est-ce que nous avons besoin d'une un garçon, soit, il peut vivre; mais si c'est une fille,
fête des mères » spéciale? il faut la jeter dehors.
Devant l'enthousiasme avec lequel on a accueilli Oui, tout simplement : il faut la jeter dehors. Quel
cette nouvelle idée en bien des endroits, nous catho- abîme béant que cette idée païenne! C'est seulement
liques nous ne pouvons que dire avec joie : Nous près de Marie que l'humanité a appris que l'enfant
sommes heureux et fiers de ce que notre culte de Marie est « une bénédiction de Dieu », et celui qui honore la
a depuis longtemps déjà réalisé ce que cette idée ren- Vierge Marie, ne verra pas dans l'enfant une malé-
ferme de beau et de noble. Non seulement dans cette diction, un hôte désagréable, importun. Alors que la
question, ·mais dans bien d'autres aussi, nous con- sinistre mort blanche, la destruction de l'enfant non
statons avec fierté que, dans la sainte Église catholique, encore né, ronge à la racine l'arbre de vie des peuples,
se trouve tout ce que désire l'âme humaine ... L'homme aujourd'hui, à l'époque du grand suicide des peuples,
désire s'approcher de Dieu - nous avons le Très quelle immense importance présente le culte de Marie.
Saint Sacrement. Il désire chasser de son âme le poids _ Jamais nous n'avons eu plus besoin qu'aujourd'hui
mortel du péché - voilà notre confessional. Il désire de mères qui remplissent avec idéalisme leur devoir
venir en aide à l'âme de ses chers défunts - voici le dans la vie de famille. Je dirais presque : C'est le type
dogme de la communion des saints. Il désire honorer du sanctuaire féminin de l'avenir, car c'est de lui que nous
la dignité maternelle - voici le culte de Marie. avons le plus besoin. Les saintes femmes de la primitive
b) Peut-on se représenter le plus sublime éloge de . Église se trouvaient parmi les martyrs, car alors c'était
la dignité de mère autrement que sous l'image de d'elles que l'Église avait le plus besoin pour confesser
Marie avec le petit Jésus dans ses bras? De chaque publiquement ' la jeune foi chrétienne. Les saintes
image de Marie s'échappe l'éloge de la mère. femmes plus tard se montrèrent surtout comme vierges,
Nous pouvons à peine nous faire une idée de ce que car l'Église en avait besoin, avec leur renoncement
le monde avant Jésus-Christ se faisait sur cette ques- volontaire en face ' de la vie dissipée du monde. Et
tion .. ~ C'est-à-dire que ... hélas ... aujQurd'hui, dans le aujourd'hui? De quoi avons-nous le plus besoin?
monde actuel redevenu païen, nous voyons de nouveau Quel est le trésor chrétien que menace la plus affreuse
ce que devient l'opinion publique sur cette question. attaque? La vie de famille, la vie de famille chrétienne.
Peut-être ne sommes-nous plus loin de l'époque où Donc, la mère qui accomplit avec idéalisme ses devoirs
de nouveau un homme enverra à son épouse une lettre d'épouse - voilà le nouveau type de sainteté féminine
comme celle que, l'année même de la naissance de qu'appelle en gémissant ['humanité près de la ruine.
Notre-Seigneur, un ouvrier égyptien d'Alexandrie
écrivait à sa femme qui attendait un enfant: Si c'est
z08 LE SYMBOLE DES APOTRES MARIE ET LES MÈRES

enfants laissés à eux-mêmes se livrent à des jeux ou


à des propos pas toujours édifiants.
'*' '*' ;;. Nous n'avons pas besoin de femmes spirituelles,
vives, raffinées, qui fument, se fardent, font des
Mes frères,le sermon d'aujourd'hui a traité de Marie manières ... non, nous n'en avons pas besoin.
et des mères. A une époque où les femmes s'écartent Mais nous avons besoin de mères qui sachent veiller
anxieusement de la dignité de mère, pourrait-on sans se plaindre près du berceau d'un enfant qui
recommander une image plus actuelle pour la muraille pleure. De mères dont les yeux brillent comme les
du sanctuaire familial que l'image de la Vierge Marie yeux de la Bienheureuse Vierge, lorsqu'elles joignent
portant dans ses bras l'Enfant-Dieu. En effet, peut-il pour sa première prière les mains du petit enfant.
être viable un peuple dont le foyer familial, comme un De mères dont l'âme ardente fait rayonner des flots
cimetière hivernal, est muet, parce qu'il n'a pas d'une lumière invisible sur tout ce qui se trouve à la
d'enfant dflnt le soUrire argentin rompt le silence du maison. Nous avons besoin de mères qui mettent leur
tombeau? . , orgueil à voir des enfants bien élevés, qui prennent ,leur
Là où est honorée la Sainte Vierge, est honoré aussi plaisir à sourire à leur époux rentrant à la maison après
le merveilleux mystère que renferment ces mots : « la son travail et qui auront pour récompense la bénédiction
mère et l'enfant ». Car depuis que cette mère bénie éternelle du Dieu qui sait tout.
a donné au monde notre Rédempteur, la dignité de Sainte Marie , Mère de Notre··Seigneur Jésus-Christ,
mère se dresse devant nous sur les hauteurs de la obtenez-nous de telles mères de votre divin Fils. Amen.
sainteté, et depuis que le Christ, de ses lèvres divines,a,
des centaines et des milliers de fois, appelé « mère »
Marie, ce nom de « mère » est saint devant nous.
Disons-le donc ouvertement, clairement et hardiment :
Ce sont des mères que réclame le monde actuel. Nous
n'avons pas besoin de femmes qui font des lois, de la
propagande,des réunions, des cortèges,- pendant qu'à
la maison les chambres sans enfant sont silencieuses
comme un toinbeau.
Nous n'avons pas besoin de femmes qui fréquentent
les cinémas, les cabarets, les théâtres, font des visites,
'paradent et se font voir, - tandis qu'à la maison les
Symb, des Av. - T. IV.
LES GÉNÉRATIONS M'APPELLERONT BIENHEUREUSE 211

partout, les gens parleront de moi avec admiration.


De moi, petite jeune fille inconnue 1
Avec quel sourire railleur, n'est-ce pas, on entendrait
ces paroles 1
XIV Pourtant, c'est à peu près ce qui se passa avec la
Vierge Marie. Le royaume des Juifs tout entier n'étàit
pas urie partie importante du monde: Nazareth, où
TOUTES LES GÉNÉRATIONS vivait lajeune fille,était un village perdu de la Judée,
qui même ne jouissait pas d'une très bonne renommée
M'APPELLERONT BIENHEUREUSE
(S. Jean, l, 46). Et lorsque, après le message de l'ange,
(S. Luc, l, 48) . . cette jeune fille inconnue, Marie, sortit de ce village
pour aller voir sa cousine, Élisabeth, la joie rayonnait
sur son visage et fit explosion par un cri dont nous ne
MES FRÈRES, pourrions que sourire à cause de sa naïveté incroyable,
si le témoignage constant de vingt siecles n'en garantissait
pas la vérité.
~'.histoire . du, culte de Marie a une caractéristique Sainte Élisabeth salue avec empressement la Vierge
specIale et mteressante dont l'explication vaudra la Marie et Marie répond à la salutation d'Élisabeth
peine de lui consacrer un serIl}on tout entier. Ce sont par cet hymne d'une beauté merveilleuse : cc Mon âme
les paroles prophétiques avec lesquelles la Sainte Vierge glorifie le Seigneur · et mon esprit tressaille de joie
à l'occasion de sa visite à sainte Élisabeth a prédit en Dieu, mon Sauveur. Parce qu'il a jeté les yeux
son culte général et universel, ce sont ces paroles ou sur la bassesse de sa servante, voici en effet que toutes
P,~utôt leur accomplissement continuel et intégral qui les générations m'appelleront bienheureuse. Parce
s Imposent à nos réflexions. qu'il a fait en moi de grandes choses, Celui qui est
En effet, représentons-nous seulement, mes frères, puissant et dont le nom est saint)) (S. Luc, l, 46-49).
quel
. sourire
. moqueur t' passerait sur nos lèvres , si une Comme nous aurions hoché la tête avec scepticisme,
Jeune fille mconnue, sortie d'un petit village de notre si par hasard nous nous étions trouvés là et avions
petite Hongrie, disons une petite paysanne de Solymar entendu ces paroles!
ou de P.esthidegkut,proclamait, en pleine rue Andrassy, Toutes les nations t'appelleront bienheureuse? Tous
très séneusement cette . nouvelle : Bientôt vous verrez les milliards d'homm~s qui vivront sur cette terre?
que d'un monde à l'autre~ du pôle Nord au pôle Sud, Qui es-tu donc? Es-tu pour le moins l'épouse d'un
2IZ LE SYMBOLE DES APÔTRES LES GÉNÉRATIONS M'APPELLERONT - BIENHEUREUSE 213

seigneur immensément riche ?Es-tu tout au moins l'époux de Marie, de laquelle est né Jésus qui est
la fille du puissant empereur romain Auguste? Mais appelé le Christ» (S. Matthieu, .1, 16).. .".
non, tu es une fille inconnue d'un petit ·peuple inconnu. Mes frères, si dans toute la Samte ÉCrIture 11 n etait
Tu vis dans un rêve. Tu as des hallucinations. plus une seule fois question de Marie, ces quelques
MaiS- l'histoire a démenti toutes ces paroles rail- mots si brefs expliqueraient notre culte envers elle.
leuses, et c'est le sujet de mon sermon d'aujourd'hui. Où y ~urait-il 'une éloquence humaine qui pût jamais
Regardons à travers l'histoire comment s'est réalisé, épuiser cette seule idée : Marie, mère de Dieu. Il faut
mot pour mot, ce que la Vierge Marie a dit d'elle-même,' bien rendre un culte à une mère dont le Fils est Dieu.
« Toutes les générations m'appelleront bienheureuse ». Tout le culte que les siècles chrétiens ont rendu à
Voyons J'histoire du culte de Mari e J. Dans l'anti- la Vierge Marie d'une âme joyeuse, résulte de ce
quité. II. Au moyen âge et III. De nos Jours. 1 seul fait qu'elle est la mère du Christ, la mère du Fils
de Dieu fait homme.
1
-1 Dans l'évangile de saint Luc sont conservées les
l j paroles magnifiques par lesquelles l'Ange du Seigneur
a pour la première fois salué la Vierge l\1arie, et ~ue,
LE
~ depuis, des millions et des millions de lèvres humames
CULTE DE MARIE DANS LE CHRISTIANISME PRIMITIF
( répètent chaque jour: « Je vous salue, pleine de grâce,
le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre les
A) Comme une cathédrale puissante enfermant le 1
femmes » (S. Luc, l, 28).
monde, s'élève aujourd'hui devant nous le culte de Et de même nous lisons dans S. Luc avec quelle
Marie; chaque génération a travaillé à la construction rapidité cette salutation trouva un écho, lorsque
et à l'agrandissement de ce magnifique édifice, mais sainte Élisabeth salua ainsi Marie: « Vous êtes bénie
les bases de la construction ont été posées par les entre les femmes, et le fruit de vos entrailles est béni »
évangélistes saint Matthieu et saint Luc, qui, en quelques (S. Luc, l, 42). ,
mots, ont dit de la Vierge Marie le plus que l'on puisse Nous lisons l'histoire des bergers de Bethleem.
dire d'une créature humaine. Ils allèrent en hâte à Bethléem et trouvèrent. .. quoi?
Nous trouvons la première pierre du culte de Marie Ils trouvèrent un petit enfa1~t tout seul? Non, mais
dans les premières pages de l'évangile. Là où l'évan- « ils trouvèrent Marie et Joseph et l'enfant couché
géliste énumère les ancêtres de l'arbre généalogique dans la crèche» (S. Luc, II, 16). A côté du divin Enfant
terrestre de Notre-Seigneur Jésus-Christ et termine
la série sur ces mots : « Et Jacob engendra Joseph,
!
\ .
il y a toujours la Vierge Marie.
Nous lisons sa présentation au Temple, nous lIsons
.
LE SYMBOLE DES APÔTRES LES GÉNÉRATIONS M'APPELLERONT BIENHEUREUSE 215
1
la visite de Jésus âgé de douze ans au Temple et son rait donc déjà la Vierge Marie, lorsque - pour ainsi
retour, et à la fin de cet événement se trouvent ces dire - le sang du Christ était encore chaud, lorsque
paroles mémorables: « Et il leur était soumiS» (8. Luc, les premiers martyrs donnaiept leur vie pour la foi
II, SI). Le Christ était le fils obéissant de Marie. chrétienne. Est-ce que ces premiers chrétiens se
Et le Sauveur attaché à la croix confie sa mère à seraient déjà trompés sur la vraie foi du Christ? Si
l'apôtre saint Jean par ces mots: « Voici, votre mère Il. le culte de Marie n'était pas compatible avec la volonté
Les Actes des apôtres montrent qu'après l'ascension du Christ, les premiers chrétiens qui ont reçu la foi des
du Christ la Bienheureuse Vierge est demeurée le apôtres et de leurs successeurs immédiats n'auraient-ils
trait d'union des apôtres. pas protesté. 'Or, non seulement ils n'ont pas protesté,
Dieu a envoyé un archange pour saluer la Bienheu- mais, au contraire, il nous reste déjà du deuxième
reuse Vierge et cette Vierge est la mère de Dieu, et siècle de magnifiques ouvrages à la louange de Marie,
son divin Fils lui était soumis avec humilité et amour de la plume de saint Justin, de saint Irénée et de
voilà la plus lointaine racine du culte de .Marie, voilà Tertullien.
la première étape de l'accomplissement de la prophétie: Le culte de Marie a débuté de bonne heure, c'est
«Toutes les générations meproclameront bienheureuse». ce que montre la foule de légendes qui, dès les premiers
B) De quel amour la piété des premiers chrétiens a immé- temps, s'est développée autour de la personne de la
diatement entouré la Bienheureuse Vierge nous en avons Bienheureuse Vierge, que l'Église catholique sans
diverses preuves. Et si nous n'ajoutions pas foi aux doute n'a pas reçue, mais que conservent les écrits
passages cités précédemment de la Sainte Écriture dits apocryphes, c'est-à-dire les livres qui imitent la
alors. les pierres parleraient en faveur de Marie, le~ Sainte Écriture, sans être authentiques.
antIques images, statues, églises, légendes, pèlerinages, Au développement ultérieur du culte de Marie
hymnes et fêtes rendent témoignage en faveur de l'Église appartient l'institution des ptes mariales, ,qui rappellent
catholique faisant l'éloge de Marie. aux fidèles tel ou tel événement de la vie de la Bienheu-
Notre première preuve; ce sont les antiques images reuse Vierge. Encore tin pas de plus, l'érection d'églises
de Marie .. Le culte. divin des premiers chrétiens se en [' honneur ~e la Bienheureuse Vierge. Les premières
passait - à cause des persécutions sanglantes _ églises à Marie, assurément, ne furent construites
dans les catacombes. Un fait intéressant, c'est que, dans qu'au IVe siècle au-dessus du sol; mais, bien plus tôt,
la plus ancienne catacombe, dans la catacombe de les chrétiens se tenaient avec amour et dévotion devant
sainte PrisciIIe, on pouvait déjà voir une image de ia les images de Marie sous la terre, dans les catacombes.
Bienheureuse Vierge avec le petit Jésus. Cette image La plus ancienne église de Marie élevée sur le sol gue
date de la première moitié du second siècle. On hono- nous connaissions a été édifiée par le pape Silvestre 1er

T
216 . LE SYMBOLE DES APÔTRES LES GÉNÉRATIONS M'APPELLERONT BIENHEUREUSE 217

au commencement du IVe siècle; on l'appela « Maria


antiqua ». Au ve siècle, le pape Sixte III fit construire
« Santa Maria Maggiore » qui aujourd'hui encore est II
la plus belle église du monde élevée à Marie. Depuis,
les empereurs, les rois, les évêques et des laïques LE CULTE DE MARlI! AU MOYEN AGE
distingués rivalisèrent dans la construction d'églises
à Marie, au point que, dès la fin de l'antiquité, des églises Les premiers chrétiens avaient laissé un bel héritage,
de plus en plus belles témoignent de la vérité du can- le moyen âge le conserva soigneusement et développa
tique de la Vierge bénie de Nazareth: Toutes les géné- le culte de la Vierge. A côté des anciennes fêtes de Marie
rations me proclameront bienheureuse. surgirent de nouvelles. La coutume naquit de con-
Avec quelle dévotion enfantine, avec quel souci sacrer chaque samedi, spécialement au culte de M arie.
la chrétienté primitive veillait sur la dignité et le culte Des hymnes de plus en plus belles furent écrites en son
de Marie, c'est ce que nous montre le concile d'Éphèse honneur. C'est alors que se répandit particulièrement
tenu il y a quinze siècles, en 431, où il fallut défendre la prière « Je vous salue, Marie »; jusqu'au xve siècle
contre les hérétiques la dignité de mère de Dieu de seulement la première partie (les paroles de l'ange
Marie. Une foule immense de chrétiens attendait et la salutation de sainte Élisabeth), ensuite l'autre
anxieusement les nouvelles qui filtraient du concile: partie telle que nous la récitons aujourd'hui. Puis
comment décideront les Pères de l'Église. Et lorsque, se développa la prière du rosaire; depuis le XIVe siècle,
le soir, on sut quele concile avait pris sous sa protection de clocher en clocher, de village en village, retentit
la maternité divine de Marie, dans une manifestation dans le calme du soir le son de l' « Angelus ). Que de
spontanée, au milieu de l'enthousiasme général, un poésie, quelle paix de l'âme, quel réconfort pour les
cortège aux flambeaux accompagna les « Pères du con- hommes épuisés par le travail de la journée, lorsque
cile » jusqu'à leurs demeures. Nous, les chrétiens du d'un vallon caché, d'une petite · chapelle éloignée,
Xxe siècle, aurions-nous le droit d'oublier Celle que la
s'échappent les sons de l'Angelus! Dès peintures
chrétienté du ve siècle vénérait avec un tel amour toujours plus belles, des vers touchants témoignent
filial è
de cette captivante poésie. Il suffit de lire les poésies
splendides de l'Anglais Lord Byron, - du Français
Lamartine, de l'Allemand Geibel sur « l'Angelus ».
N'est-il pas curieux, mes frères, que même dans les
églises des non catholiques on sonne à midi, eux-mêmes
ne savent pas pourquoi?
LE SYMBOLE DES APôTRES LES GÉNÉRATIONS M'APPELLERONT BIENHEUREUSE 219

Il faudrait consacrer un chapitre spécial aux ordres « Olivier », « Baume», « Maison d'or», « Tour d'ivoire»,
de chevalerie, aux associations et ~ confréries mariales « Rose mystique » et ainsi de suite, - ne pourra jamais
qui, pour ainsi dire, rivàlisaient entre elles de zèle pour être surpassée.
le culte de Marie, comme par exemple les Cisterciens, _ Avons-nous le droit, nous, chrétiens d'aujourd'hui,
les Prémontrés, les Dominicains, les Franciscains. d'oublier tout ce que dans l'antiquité et au moyen
Dois-je citer les centaines et les milliers de cathédrales âge nos ancêtres ont fait en l'honneur de la Sainte
de plus en plus belles élevées au moyen âge en l'honneur Vierge?
de Marie, ces hymnes à Marie sculptées en style
roman ou gothique dans la pierre, qui proclament III
dans toutes les contrées à tous les hommes la réalisation
de ces paroles du Magnificat : « Toutes les générations
LE CULTE DE MARIE UANS LES TEMPS MODERNES
me proclameront bienheureuse ».
Qui pourrait même énumérer les églises, les cathé-
drales que le moyen âge, par un travail prodigieux et . Que nous montrent les-temps modernes? Les temps
persévérant de dizaines et de centaines d'années, a modernes au début desquels le culte de Marie courut
élevées en l'honneur de la Sainte Vierge? Qui pour- le plus grand danger, car la scission religieuse qui se
rait énumérer les ouvrages qui chantent la gloire de produisit au XVIe siècle en occident se tourna avec une
Marié? Les milliers de statues et de tableaux fameux ardeur destructrice particulière contre le culte de
consacrés à Marie? Toutes les poésies, à commencer Marie. De vieilles images et statues de Marie d'une
par les XXXIIe et XXXIIle Chants du « Paradis »de valeur artistique incalculable furent les victimes d'une
Dante, où les hommes lui rendent hommage? Des foule aveugle et haineuse. Ce fut l'époque où l'on
images de Marie comme celles que peignirent Fra pouvait se poser cette pensée angoissante : « Toutes
Angelico et Raphaël, personne n'en peint aujourd'hui. les générations me proclameront bienheureuse » a été
Des chants à Marie comme ceux que le moyen âge vrai jusqu'ici, mais sera-ce encore vrai après?
chantait sur sa harpe,personne n'en chante aujourd'hui. . A) Et quand maintenant, dans la première moitié
Des cathédrales comme celles que le moyen âge con- du Xxe siècle, nous jetons un regard en arrière sur les
struisit en son honneur, l'humanité ne pourra peut-être siècles Cléjà .passés des temps modernes, nous· voyons
. plus jamais en élever. La grâce ~ je dirais presque : avec émotion combien cette anxiété était sans fon-
enfantine -'-~ avec -laquelle la liturgie a caressé et a dement. A peine la triste réforme avait-elle eu lieu,
chanté la Sainte Vierge « Cèdre du Liban », « Cyprès à peine une grosse branche était-elle tombée avec un
de Sion », CI: Palme de Cadès », « Rose de Jéricho », bruit douloureux de l'arbre de l'Église que, quelques
220 LE SYMBOLE DES APÔTRES LES GÉNÉRATIONS M'APPELLERONT BIENHEUREUSE 221

années après, en 1563, se fondait la première congré- Ermites, Altotting; Lorette, Lourdes, Czestochowa,
gation mariale et les congrégations qui se propagèrent . etc. - où jusqu'aujourd'hui des milliers et des centaines
avec une rapidité incroyable non seulement répandirent de mille de fidèles catholiques se rendent pour louer
le culte de Marie, mais en même temps réalisèrent un Marie. Quelle est l'importance de ces lieux de grâce
renouveau religieux complet. sur la vie religieuse, il est difficile d'en parler, il faut
A cette époque, les peterinages aux sanctuaires de y avoir vécu un jour.
Marie 'prirent un essor sans exemple. Parmi les Ceux qui sont hostiles au cuIte de Marie invoquent
sceptiq~es actuels beaucoup sont choqués de ces avec prédilection des abus réels ou plutôt imaginaires.
pèlerinages. Pourtant seul s'en scandalise celui qui Un fait indiscutable c'est que dans le culte de Marie
ne connaît pas l'âme humaine, le besoin de mysticisme se mêlent les traits particuliers des divers pays, peuples,
inné dans l'âme, qui non seulement dans le christia- ou classes sociales; et si l'enfant flegmatique des pays
nisme, mais dans d'autres religions, a toujours suscité du nord assiste ~lUx cérémonies du Napolitain au sang
des pèlerinages aux lieux sacrés. Finalement, si nous chaud ou si un savant, plongé dans ses ouvrages scienti-
ne sommes pas choqués qu'une jeune fille américaine fiques, est tout d'un coup témoin de l'enthousiasme
exubérant des pèlerins dans un sanctuaire de Marie,

r
ultramoderne s'écrie avec émotion dans la chambre
mortuaire de Goethe à Weimar: « Ah! c'est donc ici qu'a - peut-être sera-t-il choqué et porté à critiquer en
vécu l'illustre Goethe )J; si des milliers et des milliers hochant la tête.
~e visiteurs s'arrêtent silencieux devant une petite Mais il n'a pas raison. En effet, si Dieu a créé des
plaque de marbre sur la façade d'une maison, parce
1
milliers de nations et de peuples, ces milliers ont aussi
que « ici est né Beethoven )J, « dans cette maison a le droit de travailler à l'embellissement d'un culte qui
vécu Napoléon )J; alors, personne n'a le droit de nous est sorti d'une foi invariable et identique.
blâmer quand un cœur chrétien e~t toujours attiré Et si réellement il y a eu quelque part des abus,
particulièrement vers Bethléem, Nazareth, Jérusal~m, ou pour parler plus exactement des exagérations,
le tombeau de saint Pierre, vers les lieux où le Christ travaillons de toutes nos forces 'à les extirper et souve-
Notre-Seigneur a vécu, voyagé, ou bien où ont vécu nons-nous que l'homme peut abuser du grand et du
les ancêtr.es de ' la foi chrétienne. Mais, comme tout noble; mais de même que l'on ne supprime pas par
le monde ne peut pas aller si loin, il faut se contenter exemple" notre fête nationale du 15 mars, parce que
d'une sainte image, surtout d'une image de Marie, ce jour-là quelques-uns s'enivrent dans leur enthou-
où on peut' aller en pèlerinage et répandre devant siasme patriotique, de même on ne peut renoncer aux
Dieu ses prières. C'est ainsi qu'ont surgi ensuite ces bénédictions du culte de Marie, uniquement parce que
fameux sanctuaires - Mariazell, Notre-Dame des chez certains il se manifeste peut-être sous une forme
erronée.
.222 LE SYMBOLE DES APôTRES LES GÉNÉRATIONS M'APPELLERONT BIENHEUREUSE 223

B) N'avez-vous pas remarqué comme elle est vide mesurer l'amertume des foules humaines qui s'est
et froide la maison où il n'est plus question de la mere de dissipée devant telle ou telle image miraculeuse? Qui
famille. Eh bien 1 l'Église catholique ne veut pas être pourrait compter les âmes qui, après avoir longtemps
une maison si froide. Des pages de son histoire deux erré à l'aventure, ont retrouvé le Christ dans tel ou
fois millénaire souffie de plus en plus sur nous cette tel sanctuaire de Marie? Au nord et au sud, à l'est et
chaude et filiale sollicitude avec laquelle elle a défendu, à l'ouest;, sur les montagnes et dans les vallées, dans les
proclamé et répandu le culte de Marie. prairies et les forêts, se dressent des images de Marie,
Au-dessus du maître autel de notre église univer- des chapelles,-des églises, des cathédrales qui proclament
sitaire, on peut vorr une image de Marie. Ce n'est bienheureuse la Vierge Marie. Visitez une galerie de
qu'une copie. L'original est à Czestochowa, en Pologne. tableaux réputée et regardez les centaines d'images
Savez-vous que hotre église était autrefois une église de la Madonne, lisez les nombreuses poésies en l'hon-
des Paulistes et que l'église-et le couvent de Czesto- neur de Marie de la litérature universelle; écoutez
chowa sont aujourd'hui le centre des Paulistes. Chaque les mélodies ravissantes des hymnes à Marie de Haydn,
année, le 15 août, environ 300.000 pèlerins polonais L~szt, Mozart, Beethoven, Wagner, Gounod, Verdi,
viennent à Czestochowa devant la Madone polonaise. . et alors représentez-vous quelle pouvait bien être la
Lorsque ces pèlerins, après un voyage à pied _de 8 à jeune fille inconnue qui, il y a vingt siècles, pouvait
10 jours, entrent dans la magnifique église, il faut voir dire d'elle-même avec tant d'assurance, avec une assu-
sur leurs visages et dans leurs yeux baignés de larmes rance dépassant toute imagination: « Toutes les géné-
la joie infinie que personne ne peut leur donner sur rations me proclameront bienheureuse». Je ne crois pas
la terre. qu'il y ait un homme qui puisse refuser à la Vierge Marie
Qu'on aille à Lourdes un soir sur l'esplanade devant un culte filial en songeant sérieusement à ce fait inouï.
la basilique et qu'on regarde la foule iriternationale
allant en procession avec des cierges allumés et chantant
« Ave, ave, ave Maria», agitant ses flambeaux en l'air
et que des milliers de poitrines chantent trio~phàlement
et fièrement: Credo in unum Deum. Celui qui a vu Mes frères, une mère était à l'agonie et ses enfants
cela connaît l'importance du culte de Marie pOUI se tènaient autour d'elle le cœur rempli d'angoisse.
implanter la foi. Il y avait là le plus jeune, un petit garçon de cinq ans,
Qui pourrait compter les prières ferventes qui qui ne pouvait pas encore bien comprendre ce que c'était
montent dans telle ou telle forêt solitaire ' devant une que mourir; il savait seulement que sa mère qu'il
image de Marie, par le monde entier? Qui pourrait avait entendu chanter si souvent et si bien, étaitl
224 LE SYMBOLE DES APÔTRES

maintenant sans force; livide, sur son lit. Et le petit


enfant parla tout naïvement à sa mère : «( Maman,
est-ce vrai que tu ne pourras plus chanter? » Et la mère
expirante rassembla ce qui lui restait de fo rces et
commença éa'< dernière chanson : « Salut, Ô Vierge xv
immaculée ». Elle put encore chanter ces paroles, puis
elle retomba morte sur l'oreiller.
Mes frères, notre époque gît livide et sans . force LES IMAGES DE LA VIERGE MARIE
sur un lit de malade. Au lieu d'une vie paisible,
humaine, nous vivons au milieu des privations, d'une
crainte continuelle et de bouleversements sociaux. MES FRÈRES,
Est-ce que l'homme d'aujourd'hui dans le tumulte
infernal actuel de la lutte pour la vie entendra encore la
voix dés cloches chantant l'Ave Maria? On construit Je ne sais pas si vous avez déjà eu en mains un livre
des maisons comme des casernes, des fabriques, des avions ou un album qui ne renferme que des images de Marie,
et des autos, des banques et des magasins, des tribunaux des reproductions des plus grands chefs-d'œuvre du
et des prisons, - mais où construit-on des âmes ayant monde. Il est impossible d'exprimer, ' il faut sentir
le culte de Marie? Or, c'est seulement quand il y aura le souffie surnaturel de grâce, de suavité, de délicatesse,
de nouveau de nombreux fidèles de Marie, c'est les flots d'énergies rassurantes et fortifiantes, qui
seulement quand nous aussi nous prendrons place remplissent nos âmes à la vue d'une telle collection
dans la génération qui proclame Marie bienheureuse, d'images.
que nous pourrons de nouveau sentir la force vivifiante Il y a des centaines et des centaines d'images, mais
du culte de Marie. Mettons-nous donc en esprit à côté elles n'ont toutes qu'un seul sujet : l'immaculée et
de la Bienheureuse Vierge chantant avec enthousiasme bienheureuse Vierge Marie.
,le Magnificat et que nos lèvres entonnent ce chant âe J'ai devant moi un tableau de Titien: Marie montant
louange: au ciel. Un tableau de Bellini: la Sainte Vierge regarde
« Marie, ô Mère chérie ». Amen. rêveuse dans le lointain. Un tableau de Memling :
Marie tend avec un sourire une pomme au petit Jésus.
Un:~tablea,u de Cranach : la Sainte Vierge dans un
verger. Un tableau de Rubens: le divin Enfant se
suspend avec un charme indicible à sa mère. Un

Symb. des Al>. - T. IV. ' 16


.226 LE SYMBOLE DES APÔTRES LES IMAGES DE LA VIERGE MARIE 227

tableau de Léonard de Vinci : les traits délicats de la apaiser certai~es craintes. Apaiser ceux qui, à la vue
Bienheureuse Vierge. Un tableau de Guido Reni : de la foule des images de Marie, hochent la tête' d'un
Marie en extase, les · yeux dirigés vers le ciel. Un air de doute: est-ce que ce culte de Marie n'est pas
tableau de Boticelli : la Vierge couverte de son voile une déviation de l'ancien christianisme et un éloigne-
écoute les paroles de l'ange. Des tableaux de Dolci, ment de la pureté originelle de la foi chrétienne et
de Dürer, de Giotto, de Fra Angelico, du Greco, de n'oublions-nous pas, à cause du culte de Marie, le
Philjpo Lippi, du Corrège et de Montegna. Et les Christ, son divin Fils? En effet, on entend fréquemment
30 « Immaculées» de Murillo. Et les 52 Madonnes pareilles objections, surtout dans la bouche des non
de Raphaël. - catholiques, mais leurs paroles ne . peuvent troubler
Il me faudrait énumérer tous les noms de l'histoire que ceux qui ne connaissent ni les idées ni la vie reli-
de l'art, car il y a à peine un peintre connu qui n'ait gieuse des premiers chrétiens. Celui qui les connaît
eu l'ambition de rendre hommage avec son pinceau voit immédiatement combien l'objection est sans
à la Mère de Dieu. Combien d'hommes ont déjà tracé fondement, comme si la Vierge Marie aux premiers
son image! A combien d'époques! En combien d'atti- siècles chrétiens n'avait pas participé à des honneurs
tudes! Sous combien d'habits! Avec combien de pro- particuliers et comme si le culte de Marie n'avait été
cédés! Mais c'est toujours la seule et même chose : introduit dans le christianisme que par les siècles
un idéal humain s'élevant triomphalement au-dessus suivants. ,
de la terre et de la matière. Il n'y a rien de vrai dans tout cela. Celui .qui veut
Mes frères, il m'est venu à l'idée de prêcher aujour-
d'hui sur les images de Marie.
Non pas sur toutes, car mon sermon ne finirait
jamais. Seulement sur quelques-unes: sur les images
de Marie d'où rayonnent une force spéciale, un élan,
r savoir ce que les premiers chrétiens pensaient de la
Bienheureuse Vierge, qu'il lise l'évangile de saint Luc;
compagnon et ami de ' l'apôtre saint Paul, il a pu
voir et savoir ce que pensaient les premières commu-
nautés chrétiennes sur la mère du '-,Christ. Et c'est
un encouragement et une leçon pour les combats de précisément 1ui qui raconte le plus au sujet de
notre carrière terrestre. Je voudrais m'~rrêter aujour- Marie; c'est chez lui qu'on trouve la scène de l'Annon-
d'hui devant trois de ces images avec mes chers audi- ciation, le « vous êtes bénie entre les femmes », le salut
teurs et réfléchir sur les leçons qui en découlent. de sainte Élisabeth, le Magnificat, les événements de
Voici ces trois images: 1. Marie,Mère de Dieu. II. Marz'e, Noël et la visite de Jésus au Temple à l'âge de douze
la Vierge Immaculée et III. Marie, la Reine des cieux. ans. On ne peut donc douter que celui qui a écrit ces
Mais avant de lever les yeux vers ces images de la choses et ceux qui les ont lues, c'est-à-dire les premiers
Bienheureuse Vierge, je voudrais en quelques phrases chrétiens, eussent une tendre dévotion pour Marie.
228 LE SYMBOLE DES APÔTRES LES IMAGES DE LA VIERGE MARIE 229

Mais si quelqu'un restait encore sceptique sur


l'origine du culte de Marie, qu'il aille dans les plus
anciennes catacombes, ces couloirs, souterrains de 1
Rome, où les chrétiens se réfugiaient devant les persé-
cuteurs, où ils célébraient en secret le culte divin et où MARIE, MÈRE DE DIEU
ils enterraient leurs défunts. Qu'il regarde, par exemple,
la célèbre image de Marie sur une paroi de la catacombe
de sainte Priscille, où on peut voir la Vierge Marie La première image vers laquelle je voudrais diriger
au milieu des étoiles, avec l'Enfant-Dieu dans ses les regards de mes chers auditeurs: c'est l'image de
bras, devant elle se tient le prophète Isaïe qui tient Marie, Mère de Dieu.
dans ses mains le rouleau de ses prophéties. L'image C'est l'image type de la Madonne, c'est ainsi peut-
est de la première moitié du ne siècle, donc d'une être qu'est représentée le plus souvent la Bienheureuse
époque dont la génération avait . pu entendre immé- Vierge.
diatement les paroles des apôtres. Dans la même Sur cette image, Marie se tient devant nous, ccmme
catacombe, il y a une autre Image de Marie, de la une mère aimable qui nous sourit avec son divin Fils,
seconde moitié du me siècle, où la Vierge Marie est Tantôt elle porte son Fils dans ses bras, tantôt elle
représentée revêtue d'une toge aristocratique. Faut-il Le tient sur ses genoux, sur une troisième, elle Le tend
ajouter une preuve plus déci~ive que ces images que vers nous et ses yeux pleins d'une maternelle bonté
le culte de Marie avait reçu une place de choix déjà nous font un signe d;encouragement : H mmes,
dans la liturgie du christianisme primitif? Et si les regardez, le Dieu des miséricordes n'est pas loin de
premîers chrétiens, nos aïeux, n'avaient pas peur que vous, Il est descendu au milieu de vous, Il a placé
le culte de Marie éèartât leur âme du Christ et reje'tât dans mes mains maternelles ses trésors et Il est prêt à
dans l'ombre le caractère christocentrique de notre vous les partager en tout temps ...
liturgie, avons-nous le droit de nourrir de telles anxiétés? Que nous dit et que nous donne donc l'image de la
No'l, nous nous tenons paisiblement devant l'image Madonne, l'image de la Mere de Dieu?
de la Bienheureuse Vierge, car nous sentons que la a) Ce qu'elle nous dit est un encouragement pour aller
force, l'encouragement, l'enseignement et les directives à Dieu; b) et. ce qu'elle donne est le secours de Dieu,
qui en découlent nous conduisent de plus en plus haut a) Jusqu'à la minute où Marie donna au monde
vers le ciel, vers son divin Fils. son divin Fils, l'humanité pécheresse et égarée dans
le péché suivait la route des exilés, des bannis. Mais
lorsque l'image de la mère de Dieu apparut lumineuse
23° LE SYMBOLE DES APÔTRES LES IMAGES DE LA VIERGE MARIE

dans le ciel sombre, la tige nouvelle des enfants de . Oh 1 oui, nous savons bien que Dieu nous exauce
Dieu poussa sur le tronc vermoulu d'Adam. C'est ce et que Dieu'nous vient en aide .. Mais nous savons qu'lI
que nous lisons dans les yeux du divin Enfant qui nous nous . exauce et nous aide pour l'amour de la Vierge
sourit sur les bras de Marie. Il semble que saint Paul Marie à' qui, nous catholiques, nous donnons à juste
ait puisé là ce qu'il écrit à Tite: « Dieu notre Sauveur titre le beau nom si significatif de « Toute-Puissance
a fait paraître sa bonté et son amour pour les hommes» suppliante ». Marie est toute-puissante, car. '1!lle peut
(Tite, III, 4). tout obtenir; mais elle n'est toute-puissante qu'en
~ais nous lisons aussi sut le visage de la Vierge suppliant : ce n'est pas elle qui fait tout, mais c'est
Mane ce grand avertissement : Hommes, vous savez son divin Fils qu'elle supplie à genoux. Le roi Salomon
que la volonté du Seigneur Jésus est en tout étroitement n'a pas pu résister à une prière de sa mère, est-ce
d'accord avec la volonté du Père céleste, car Il a dit que Notre-Seigneur Jésus-Christ pourrait le faire
de lui-inême : « Ma nourriture est de faire la volonté à la meilleure des mères? '
de Celui qui m'a envoyé » (S. Jean, IV, 34). Mais Nous connaissons tous le magnifique ouvrage de
savez-vous aussi que mes desseins et mes actes sont en saint Augustz'n, « les Confessions ». Il écrit précisément
tout identiques à la volonté de mon divin Fils? Écoutez de sa mère sainte Monique : « Vous savez, mon Dieu,
donc cette grande leçon : Celui qui veut me suivre quelle mère j'ai perdue en elle. Aucune autre mère
qu'il suive le Christ, car celui qui suit le Christ arrive~~ n'a pleuré près du tombeau de son fils unique autant
au Père des cieux. qu'elle a pleuré à cause de la chute de mon âme. Et
b) Mais la Mère de Dieu ne fait pas que nous moi, ingrat, est-ce que je pourrais oublier une mère
en~ourager, ell.e ?OUs aide aussi. Le plus grand théo- pareille? Non, chère mère, jamais je n'oublierai votre
logIen du chrIstIanisme, saint Thomas d'Aquin, n'a amour plein de sollicitude pour moi, votre inquiétude
pas exagéré, lorsqu'il a déclaré à propos de la Bienheu- et les souffrances amères de votre cœur ».
reuse Vierge, que tout en étant une créature finie Saint Augustin était si reconnaissant pour sa mère
comme nous, elle a été élevée, à cause de sa maternité sainte Monique. Or, qu'était-ce que sainte Monique à
divine, à une telle dignité qu'elle est voisine de l'infini. côté de la Vierge Marie et qu'est-ce que saint Augustin
(c La Bienheureuse , Vierge - écrit-il littéralement à côté d e Notre-Seigneur Jésus~ Christ? Voilà polJtquoi
(l, q.26, art. 6 ad 4) - en devenant mère de Dieu a nous prions, nous catholiques, avec une confiance
reçu comme une dignité infinie, parce' que Dieu est filiale d~ns l'intercession de la mère de Dieu, car nous
infini; cette dignité est une telle réalité qu'on ne peut savons que Notre-Seigneur Jésus-Christ qui a fait -
s'en représenter une meilleure, tout comme personne son premier miracle aux n()ces de Cana à la prière de
ne peut être meilleur que Dieu ». sa mère, ne repoussera jamais la prière de Marie.
23 2 LE SYMBOLE DES APÔTRES LES IMAGES DE LA VIERGE MARIE

C'est pourquoi ne s'éteint pas sur nos lèvres cette n'est pas venue au monde comme tous les autres enfants
magnifique prière : « Consolatrice des affiige's )l ••• des hommes ou bien qu'elle n'a eu ni père ni mère -
« Refuge des pécheurs » ... priez pour nous. car, le 26 juillet, nous célébrons la fête de sa ~ère
sainte Anne et, le 16 août, la fête de son père
saint Joachim. L'Immaculée Conception se rapporte
II donc seulement à l'âme de Marie et proclame que
Dieu a exempté son âme du châtiment qui pèse sur
tous les autres hommes, la loi du péché originel, et
MARIE, LA VIERGE IMMACULÉE
qu'en considération de son divin Fils, Notre-Seigneur
Jésus-Christ, Il ne l'a pas laissée une seule minute
Une .autre image de Marie que les grands artistes avec ce péché, avec cette tache. L'Immaculée Conception
ont pemt avec une particulière prédilection c'est signifie donc que l'âme de Marie n'a pas eu un seul
l'image de la Vierge immaculée. ' instant le péché originel. Immaculée! Enfin une créature
. a) .Mais avant de nous arrêter devant l'image de humaine que le Père céleste pouvait regarder avec un
la VIerge conçue sans péché, je sens qu'il me fauf amour sans mélange. Enfin une créature humaine
encore en quelques phrases mettre en· lumière ce qui pouvait regarder le Père céle~te avec un amour
dogme de notre foi, « l'Immaculée Conception de la sans nuage.
Vierge Marie », qui est compri1\ inexactement par b) Maintenant regardons l'image de la Vzel'ge
beaucoup. immaculée.
Bien souvent on peut entendre sur les lèvres des Sur cette image, Marie se tient sur les hauteurs
gens cette remarque qu'ils ne croient pas à l'Immaculée d'une dignité inaccessible. Sous ses pieds, le serpent
Conception de Marie, parce que c'est une chose la tête écrasée, le globe terrestre et toutes ses misères,
incroyable. « Je suis bon chrétien - disent-ils _ vilenies' et souillures; ses mains sont croisées sur sa
mais c'est aller trop fort. Comment peut-on exiger poitrine, ses yeux sont tournés vers le ciel dans les
pareille' ~hose? Croire que Marie n'a eu ni père ni pures hauteurs étoilées. C'est comme si la Vierge
mère ou est venue au monde je ne sais comment? Immaculée nous disait: Hommes, qu'écrivez-vous
Comment peut-on enseigner pareille chose? dans vos livres? Que représentez-vous dans vos théâtres
Et ceux qui font ainsi les indignés ouvrent de grands et vos cinémas? Quelles peintures montrez-y,ous dans
yeux quand ils apprennent que la religion catholique vos -expositions? Voulez-vous réellement marcher
n'ajamais rien enseigné de tel. L'Immaculée Conception à quatre pattes? Partout ce n'est que poison, partout
de la Vierge Marie ne signifie pas, par exemple, qu'elle ce n'est que corruption, fange et boue. La génération
234 LE SYMBOLE DES APÔTRES LES IMAGES DE LA VIERGE MARIE

qui grandit actuellement est assaillie de toutes parts glorifie'le Seigneur ». De grands artistes ont mis toute
par la débauche - que deviendra-t-elle, que devien- la valeur de leur âme dans leurs œuvres et leur âme
dra-t-elle ?", .
arle dans leurs peintures, sourit dans leurs statues,
Voilà la prédication que nous fait entendre cons- ~leure dans leur musique. Tout ce que l'art du Créateur
tamment l'image de la Vierge Immaculée. a déposé de beau, de profond, de dé~icat, de charme,
Lisons ces paroles magnifiques de saint Jean: « Un d'intimité dans .la Bienheureuse ~Ierge, tout cela
grand signe parut dans le ciel : une femme" revêtue résonne maintenant sur les lèvres de l'Immaculée.
du soleil, ,la lune sous ses pieds, et une couronne de Voyez comme son âme exulte de joie, car elle est plei~e
douze é:oiles sur sa tête» (Apocalypse, XII, r).Ce de Dieu. Et dans la mesure où une âme est remphe
grand sIgne dans notre ciel c'est la Bienheureuse de la pensée, des desseins et de la volonté de Die.u'
Vierge, la nouvelle femme. La vieille femmè marcha elle sait dans la même mesure, se "1ever, se reJoUlr.
..
avec. Ève sur les ,tra~es du serpent et elle partage sa Non seulement l'âme de Marie, mais aussi la nôtre,
destInée : attachee a la boue et ayant mangé de la l'âme de chaque homme. Vous serez heureux dans ~(1,
terre, avec avidité. La nouvelle femme céleste pare mesure où vous serez près de Dieu, - proclame Mane
son âme d'une beauté céleste ainsi que l'âme de tous chantant le Magnificat, voilà ce que proclame et nous
ceux qui se réfugient près d'elle. enseigne à t~us l'image de l'Immaculée C~nception.
Jusqu'a présent on ne voyait partout que la Beauté
déchue; le péché se glissait parmi nous sur des ailes de
c~auve~souris et il ne restait que des dos brisés, des III
tetes courbées, des visages dépouillés de leurs roses
et des murs d'églises écroulés. Mais voici enfin la Beauté
MARIE, REINE DU CIEL ,
victorieuse, Marie. La mer infinie dit : « Plongez
dans mes profondeurs! » La montagne couverte de
neige dit: « Montez sur les hauteurs! » Mais la Vierge Enfin nous nous arrêtons devant une nouvelle image
Immaculée nous dit: « Élevez-vous vers moi! » Si qui représente la Bienheureuse V~erge ~ côt~. du trône
une oréature humaine, une créature formée de chair de Dieu dans la splendeur du CIel. C est lImage de
e~ de. san~ - Marie - a réussi, alors moi aussi je puis Marie, Reine du ciel.
reUSSIr. ' . Avez-vous déjà pensé, mes frères, que l'image de
: )eregarde longuement, profondément, l'image de la la Vierge Marie victorieuse, triomphante, ~égage une
VIerge sans tache et il me semble que de ses lèvres force et fortifie de ses consolations notre fOI pour notre
s'~chappe de nouveau le Magnificat. « Mon âme destinée terrltstre.
LE SYMBOLE DES APÔTRllS LES IMAGES DE LA VIERGE MARIE 237
a) Comme elle paraît vide, sans âme, pénible et sans du monde et son couronnement comme Reine du ciel
but, la vie de beaucoup d' hommes aujourd'hui. Pourquoi nous apprend que le regard de notre Père céleste se
suis-je en vie, quel peut être le but de ces jours qui repose bénissant même sur un petit foyer familial
s'écoulent l'un après l'autre, dans l'obscurité, dans le inconnu, si dans l'âme de ses habitants brûle la flamme
silence? - telle est la plainte qui sort de bien des de l'amour de Dieu.
lèvres humaines. Comme il serait bon qu'alQrs nous b) De toute éternité Dieu a eu ses intentions non
songions à la vie de Marie! Cette vie qui s'est passée seulement sur Marie, mais sur chaque homme, sur
dans un petit village inconnu d'un petit pays inconnu; moi aussi, - mais il dépend de nous de nous efforcer
cette vie qui extérieurement s'est consumée dans les de connaître les intentions de Dieu et de nous efforcer de
.
détails monotones des sept jours de la semaine , mais coopérer pour notre part à leur réalisation.
qUl, aux yeux du Dieu Tout-Puissant, avait tant de C'est ce qui s'est passé aussi avec Marie. Tout
valeur que Dieu lui confia la tâche la plus grande et d'abord l'ange lui apparaît et lui communique l'in-
la plus honorable qui ait jamais été attribuée à un tention de Dieu: « Ne craignez point, Marie, car vous
homme sur la terre; cette vie qui semblait calme et avez trouvé grâce devant Dieu. Voici que vous concevrez
insignifiante, et pourtant s'est terminée dans le bonheur dans votre sein et vous enfanterez un fils et vous lui
éternel du royaume de Dieu. donnerez le nom de Jésus» (S. Luc, l, 30-31). Mais à
Il est possible que ma vie soit aussi une vie calme présent tout dépend de la Vierge Marie. Dira-t-elle
insignifiante, dont les biographes ne perpétueron~ « oui » ou bien « non»? Va-t-elle se mettre à la dispo-
pas le cours dans de gros volumes. « Perpétuer »! sition du plan divin ou bien s'y refuser? La belle
Quel mot humain orgueilleux! Comme si nous pouvions réponse de Marie est une acceptation : « Je suis la
perpétuer quelque chose dans le monde! Mais Notre- servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon votre
Seigneur Jésus-Christ perpétuera certainement les , parole ».
mérites de ma vie terrestre si calme et si insignifiante Savez-vous ce 'que renferment ces simples paroles?
soit-elle, fidèlement passée au service de Notre-Seigneur L'abandon total de la Vierge Marie à la volonté divine
Jésus-Christ dont la Douche au jour du jugement une fois connue. « Seigneur, à partir d'aujourd'hui
prononcera les paroles suivantes : « Venez, les bénis je ne vis plus ma propre vie, mais je me donne tota-
de mon Père; prenez possession du royaume qui vous lement à la réalisation de vos desseins: Faites en moi,
a été préparé dès l'origine du monde » (S. Matthieu, Seigneur, votre sainte volonté ».
xxv, 34). Quelle leçon, quelle indication, quel point de
La vie silencieuse et cachée de la Vierge Marie a direction pour notre propre vie! Reconnaître les
été cependant d'une importance capitale dans l'histoire intentions de Dieu et s'y donner sans réserve, pour.
LE SYMBOLE DES APÔTRES LES IMAGES DE LA VIERGE MARIE 239
accomplir ses desseins. Quelle belle habitude des âmes
réellement chrétiennes que çJ.e réciter dans leur prière
du matin l' « Angelus Il et de s'appliquer ces humbles '*' * '*
paroles de Marie : « Je suis la servante du Seigneur,
qu'il me soit fait selon votre parole Il - « Voici, Seigneur, C'est ici que je veux terminer mon sermon sur les
votre enfant fide!e! Réalisez en lui aujourd'hui, Seigneur, images de la Vierge Marie, mais je sais que parmi
votre sainte volonté ». mes chers auditeurs certains voudraient me faire une
Et pendant la journée nous nous poserons à nous- remarque.
mêmes cette question: Ce que je dis, lis, fais ou néglige « Ce n'est sûrement pas fini - aimeraient-ils dire.
en ce moment est-ce la volonté de Dieu? Si je m'efforce Car il n'a pas encore été question de l'image la plus
dans un entourage insupportable d'être doux, chari- humaine de Marie, de celle qui est peut-être la plus
table, convenable, - oui c'est la volonté de Dieu. Si je proche de nous, de celle qui nous fortifie le plus: il
ramène à Dieu tel de mes amis qui se trouve surie bord n'a pas encore été question de la « Mère des Douleurs ».
d'un gouffre moral, - oui, c'est la volonté de Dieu. En vérité, jè n'en ai pas parlé aujourd'hui. · Mais
Si je ne chancelle pas au milieu des tentations qui c'est seulement pour pouvoir en parler davantage
m'assaillent, si la malàdie ne me brise pas, si je ne dimanche prochain, dont je consacrerai tout le sermon
murmure pas au milieu de mes lanues, - c'est la à la « Mère des douleurs ».
volonté de Dieu. Mais si je vais voir cette pièce de De l'époque antérieure au christianisme nous sont
théâtre frivole et graveleuse, si je feuillette jusqu'au restées maintes statues, mais il n'y a en aucune pour
bout cet illustré léger, - Seigneur, est-ce aussi votre émouvoir autant le spectateur moderne comme le
volonté? Si je vais dans une société douteuse, si je célèbre groupe de Laocoon. Ce magnifique et puissant
conclus cette affaire suspecte, - Seigneur, est-ce chef-d'œuvre représente un père et ses deux fils enlacés
votre volonté? Si ce n'est pas votre volonté - oh 1alors par un serpent monstrueux; les malheureux, le visage
je ne le ferai pas. Réalisez en moi aujourd'hui, Seigneur, convulsé par la douleur et le désespoir, sont étouffés.
votre sainte volonté! Voilà la douleur et l'esclavage de l'humanité qui se
Voilà, mes frères, les choses magnifiques que nous tordait impuissante sous le poids du péché originel avant ·
enseigne le visage rayonnant de joie de la reine du ciel, la rédemption.
de la Vierge Marie qui trône dans l'éclat de la gloire Mais voici, nies frères, dans notre église, une autre
céleste. statue, la statue d'une femme au doux regard, autour
de sa tête une couronne de douze étoiles, sous ses pieds
- sans pouvoir l'entourer d'une pression mortelle - ,
LE SYMBOLE DES APÔTRES

un serpent qui gît la tête broyée. Voilà la joie, la


liberté de l'humanité rachetée.
Tant que Marie n'avait pas vécu sur la terre, l'homme
n'était pas racheté. Mais nous avons reçu de Marie
le plus grand présent, le Rédempteur du monde. Et
voilà pourquoi les pinceaux des artistes les plus fameux XVI
rendent hommage en des milliers et des milliers de
tableaux à la Bienheureuse Vierge. Voilà pourquoi les
LA MÈRE DES DOULEURS
ferventes prières montent par millions et par millions
vers la Bienheureuse Vierge.
Vous qui êtes mère de Dieu, montrez-nous le
fruit béni de vos entrailles, afin que nous puissions MES FRÈRES,
rester toujours les fidèles enfants de votre divin Fils 1
Vous qui êtes pleine de grâce, priez pour nous, afin
que ~ous respections et conservions en 11l0US la grâce Pour le monde scientifique et intellectuel c'est
de Dieu! un grand événement que le jour où à Stockholm le
Vous qui avez écrasé le serpent, aidez-nous à rester roi de Suède remet le prix Nobel aux savants et aux
toujours purs de cœur et apprenez=nous à savoir écrivains.
vaincre le démon! En 1928, le prix de littérature fut remis à une écrivain
Vous qui êtes la Reine du ciel, aidez-nous à vivre sur Sigrid Undset, qui,le7 décembre, se rendit à Stockholm
la terre de façon que nous puissions aussi un jour entrer en passant par Oslo, pour recevoir son prix. A Oslo,
dans le royaume éternel de votre divin Fils. Amen. on avait organisé une grande fête en son honneur,
mais le jour suivant, fête de l'Immaculée Conception,
elle se rendit dans l'église Saint-Dominique et déposa
devant la statue de Notre-Dame des Sept douleurs
la couronne de laurier que la veille elle avait reçue
de ses admirateurs.
Combien de fois l'illustre écrivain s'était-elle déjà
agenouillée pour prier devant la statue de la Mère
des douleurs, ,- nous ne le savons pas. Ce que le visage
de la Vierge a pu lui dire sur l'ambition, le but de la

Symb. des Ap , - T, IV. HI


LE SYMBOLE DES APôTRES LA MÈRE DES DOULEURS

vie, l'orgueil, la charité, la rédemption - nous ne le être surpris que le flot des souffrances du Christ se
savons pas. Nous savons seulement que des millions, soit jeté avec violence aussi sur Marie. En effet qui a
des centaines de millions, des milliards d'âmes humaines été aussi près du Christ que Marie? Elle est l'arbre
ont déjà regardé ainsi dans les yeux la Mère doulou- verdoyant dont le Christ est la fleur; et si la tempête
reuse du Christ et ont trouvé consolation, apaisement emporte la fleur, est-il étrange qu'elle n'ait pas laissé
et nouvelle joie de vivre aux pieds de la Vierge des l'arbre intact? Est-il étrange que Marie ait souffert
douleurs. avec le Christ ce que le Christ a souffert? ,
C'est de la « Mère des douleurs» que je voudrais On a coutume de parler surtout des sept douleurs
parler aujourd'hui. C'est de la Mère des douleurs de la Vierge. Quelles furent ces sept douleurs?
que je voudrais aujourd'hui rappeler à mes chers I. La première douleur l'atteignit déjà bien avant
auditeurs la vie semée d'épines, difficile, pénible et la naissance du Christ, lorsqu'elle dut quitter le Temple
affligée, pour qu'ils comprennent l'effet merveilleux où elle voulait passer toute sa vie au service de Dieu
que son culte a provoqué dans l'âme humaine. 1. Suivez et qu'elle dut prendre saint Joseph pour époux. Cette
avec moi, mes frères, la route semée d'épines que Marie décision fut douloureuse, mais elle la prit, car elle ne
a été obligée de suivre, car ainsi nous pourrons II. voir mettait pas la volonté du Seigneur derrière ses propres
clairement les sources de forces qui jaillissent du visage désirs et ses projets.
de la Mere des douleurs pour le soulagement de nos 2. La seconde douleur fut une épreuve déjà beaucoup
propres douleurs. plus pénible. Saint Joseph au commencement ne s~vait
pas de quelle manière merveilleuse Dieu voulait
1 envoyer son Fils sur la terre. Il était là troublé et
désemparé devant Marie sur le point de devenir mère
et il .voulait la renvoyer en secret. Il est facile de se
MARIE SUR LA VOIE DOULOUREUSE
représenter comme cette pensée a pu marquer d'une
blessure brûlante l'âme pure de la Vierge Marie.
Actuell~ment on appelle Marie la plupart du temps 3. Ensuite vint la douleur des refus de la nuit de
« la Sainte Vierge », mais cette appellation se rapporte NOël, le délaissement de la Sainte Famille cherchant
plutôt à sa situation présente dans le ciel et non pas un abri, le vent glacé de l'étable de Bethléem...
à sa vie terrestre d'autrefois. En effet, sa vie terrestre l'hiver .•. la ~l.Uit ... le manque de cœur des hommes ...
a été tellement parsemée d'événements péniblys qu 10n 4. Puis, quarante jours après la naissance de Jésus,
peut bien plutôt l'appeler « Vierge des douleurs ». la mystérieuse prophétie du oDvieillard Siméon. Le
Et il n'y a den là de surprenant. Nous ne devons pas quarantième jour après sa naissance, le petit Jésus est
LE SYMBOLE DES APôTRES LA MÈRE DES DOULEURS 245
présenté au Temple par sa mère. Et c'est alors que « on ~ compté tous ses os, on a percé ses mains et ses
retentissent aux. oreilles de Marie les effrayantes pieds »... ah! quel glaive de douleur a transpercé alors
paroles de Siméon : « Uri glaive de douleurs trans- l'âme de la Vierge Marie l '
percera votre âme» (S. Luc, II, 35). Quels pressenti- 5. Mais entre temps il lui a fallu souffrir encor~ to~tes
ments angoissants ont éveillés sans cesse en Marie les épreuves de la fuite en Égypte et toutes les pnvatlOns
les paroles de Siméon! Quand une épée tranchante de la vie en exil.
pénètre dans la chair, les nerfs, cela fait mal, n'est-ce 6. Et ' puis, pendant trois jours, il lui a fallu perdre
pas! Mais quand une parole tranchante pénètre dans Jésus, âgé de douze ans, e~ le chercher avec l'anxiété
notre âme, non pas seulement pénètre, mais la « trans- d'un cœur de mère épouvanté, - comme une sorte
perce », quelle souffrance terrible ce doit être! Les de préparation au grand départ, à la ~rande perte, ~.
paroles de Siméon agirent sur l'âme de Marie, comme la septième douleur, la mort du Chnst. En effet, S1
le coup de fusil sur un gibier: le coup ne peut pas le elle voulait se tenir vraiment près de nous,les hommes,
tuer, mais partout où il fuit, il le sent à chaque pas. il lui fallait encore endurer la plus grande des souf-
Il y a des paroles et des événements - les dernières frances : la perte de son Fils.
paroles d'une mère ou d'un père mourant - que . 7. Et ce fut la septième, la plus grande douleur de
~II
i' homme ne peut jamais oublier de sa vie. Telles furent la Vierge. . '
aussi les paroles de Siméon; constamment elles vibrent De terribles nouvelles viennent aux orellles de Mane
dans le cœur de Marie : quand elle nourrissait, quand au sujet de s6n divin Fils:Judas L'a trahi ... de barbares
elle soignait l'Enfant Jésus, elle savait qu'elle L'élevait soldats L'ont arrêté dans le jardin ... Pierre L'a renié .. .
pour souffrir: « Un glaive de douleur transpercera la foule ingrate s'écrie: « Crucifiez-le 1) . . .les fouets .. .
votre â'me ». les épines ... Est-ce que no'us pouvons nous représenter
Je me représente ainsi la maison de Nazareth: de ce que chacune de ces nouvelles signifiait pour l~ Mère
quels yeux craintifs et anxieux la Sainte Vierge a-t~elle des douleurs qui devenait une martyre et la « reme des
regardé souvent le Christ grandissant! Lorsqu'elle martyrs », non pas en versant son sang, mais par les
lisait dans l'Ancien Testament ou que' le jour du terribles souffrances de son âme?
sabbat elle entendait annoncer dans la synagogue que Le Christ est condamné et Il porte la croix sur ses
le Messie futur souffrirait beaucoup. Lorsqu'elle épaules. Un ~oup de trompette, le cortège se met en
lisait dans le prophète Isaïe ce que serait le Messie marche, En avant des hérauts ... Ensuite des valets ...
souffrant : « l'homme des douleurs n'a plus ni forme Des clous des liens, des marteaux, une échelle. Des
, • , 1 .,

ni beauté », « c'est un ver et non plus un homme, objet cavaliers... Enfin arrive le Christ fatigue, epUlse,
des müquerie~ des hommes et des railleries du peuple », ensanglanté, sur l'épaule la lourde croix.
LE SYMBOLE DES APôTRES LA MÈRE DES DOULEURS 247
Et maintenant ... à un coin de rue ... se produit une avec les paroles de la Sainte Écriture qu'on peut dire:
scène à glacer le sang dans les veines. Si les enneinis du « Elle est grande comme la mer, votre . douleur; qui
Christ n'avaient pas été aussi aveuglés, il leur aurait vous guérirait? » (Lamentations, II, 13). Jadis, vous
fallu changer d'attitude ... Une partie de la foule est avez chanté le « Magnificat », - maintenant que
saisie de meilleurs sentiments, on fait place : voiCI dites-vous, Mère des douleurs? Dites ce 'que disait
Marie. C'est en vain que de bonnes âmes l'ont retenue, Noémi dans l'Ancien Testament : « Ne m'appelez
elle n'a pas pu rester à la maison; elle a voulu voir encore pas Noémi, appelez-moi Mara, car le Tout-Puissant
une fois son Fils. m'a remplie d'amertume» (Ruth, I, 20). « Vous tous
Mais quelle rencontre 1 « Plus l'amour est grand qui passez sur le chemin, regardez et voyez s'il y a
plus profonde est la douleur », dit saint Augustin. une douleur comme ma douleur? » (Lamentations,
Plus l'amour est grand! y a-t-il eu sur la terre un I, 12).
amour maternel comparable à celui de Marie? Qui
a connu le Christ autant qu'elle? Elle avait appris de II
l'ange que son fils serait appelé le Fils du Très Haut.
Elle avait vu les mages s'agenouiller devant Lui.
.LA MÈRE DES DOULEURS ET NOS DOULEURS
Pendant trente ans elle n'avait pas vu une seule faute,
une seule imperfection en Lui, rien qu'amabilité,
sagesse, bonté, amour. Et maintenant on conduit ce A) C'est devant la Mère des douleurs que l'âme
fils à unè mort honteuse 1 chrétienne se présente avec une prédilection particulière et
Et voici le crucifiement, la mort et l'ensevelissement. que l'Église catholique manifeste son culte avec une dévotion
« La Sainte Vierge devait prendre part à ces détails, pour particulière. Les autres événements de la vie de la
que ses mérites grandissent jusqu'au ciel... Il fallait Sainte Vierge sont célébrés chacun par une seule fête,
que son âme grimpât au milieu des rochers du Golgotha mais nous consacrons deux fêtes aux douleurs de
à la croix terrible et v murmurât: que votre volonté Marie (la fête des Sept-Douleurs le vendredi de la
soit faite ». Ce que l'âme de Marie a souffert au pied semaine de la Passion et le 15 septembre), et en plus,
de la croix, aucune parole humaine ne peut l'exprimer• . nous l'hon~rons encore par les mystères douloureux
Ce qu'elle a ressenti, lorsque le Christ rendit son âme, du ro~aire, le scapulaire, des statues, des images sur
lorsqu'on déposa sur ses genoux son Fils mort, et - les autels et des cantiques.
selon saint Jérôme ...:..... son cœur avait reçu autant de Les artistes ont représenté la Bienheureuse Vierge
blessures qu'en portait le corps du Christ, une bouche dans des attitudes plus belles les unes que les autres,
humaine est incapable de l'exprimer. C'est seulement chacune est près de nous, mais il n'yen a peut-être pas
LE SYMBOLE DES APôTRES LA MÈRE vES DOULEURS

pour l'être autant que celle qui représente Marie C'est pourquoi de toutes les images de Marie l'image
dans la souffrance. Elle est près de nous l'image qui de la Mère des çlouleurs est la plus émou~an:e,. car
nous montre la Vierge Marie dans la joie, elle est près chacune des souffrances de la Vierge Mane etait à
de nous l'image qui nous montre la Vierge Immaculée, cause de son divin Fils. Quand les enfants sont aux
elle est près de nous l'image qui nous montre la Reine prises avec quelque malheur, ils. se réfugien\v,ers ~eur
triomphante du ciel, mais il n'yen a pas pour être mère. C'est ainsi, que nous aUSSI, nous nous refuglOns
aussi humaine, pour nous saisir si fortement, pour nous dans toutes nos souffrances auprès de la mère com-
tenir si près du cœur que l'image de la Mère des mune de la chrétienté, la Vierge Marie.
douleurs. '-, B) Essayons d'expliquer psycholo.giquemen~ quelle
Mais qui pourrait s'en étonner? Essayons seulement, est cette force mystérieuse qui, depms deux mIlle ans,
mes frères, de nous rappeler nos premières années jaillit du saint visage de la ~ère des douleurs sur les
d'enfance, quel est le plus vivant souvenir de notre âmes humaines dans la souffrance. Quelle est la source
mère? Quand, dans quelles circonstances, a-t-elle fait de la force consolatrice de la Mere des douleurs?
sur nous la plus grande impression? Est-ce lorsqu'elle
1. T out d'abord la grandeur de ses souffrances. Une
nous apprit à marcher et soutint nos premiers pas? grande douleur guérit un~ petite, à .côté d~ la g~·and.e
Nous rappelons-nous plus nettement, lorsqu'elle douleur d'autrui on oublIe ses petites pellles a SOl.
chantonnait près de 'nous pour nous endormir? Est-ce Et lorsque nous, hommes qui trébuchons, ~uttons,
e1<1eore lorsqu'elle nous serrait avec joie dans ses bras, nous fatiguons, nous exposons devant la Mere. des
quand nous rentrions à la maison après un lointain douleurs nos grands et petits soucis de chaque Jour,
voyage? Nous rappelons-nous avec le plus de recon- nos déceptions, nos amertumes, nous se~tons avec une
naissance le visage joyeux de notre mère? sorte de confusion que tout cela n'est nen en compa-
Non. Mais le regard anxieux avec lequel notre mère . on de cette mer de souffrance. Et pourtant voulons-
s'est penchée durant des nuits fiévreuses et sans som- raiS . ., "
nous nous effondrer? Sommes-nous aIgns Jusqu a
m.eil sur notre lit de malade et a pleuré pour nous; et en mourir? Nous nous plaignons de )ne plus
encore -,plus son visage attristé, lorsque, à cause de pouvoir supporter cette vie? Comme Marie par c?ntre
queIqué défaut ou méchanceté, elIe a pleuré à cause écoute en silence, comme elle souffre sans se pl~lDdr~
de nous. Oui, elle est belle et émouvante l'image d'une comme elle regarde avec confiance vers le Père ,ce1est~ .
mère heureuse de ses enfants, elle est belle et émouvante 2. Mais le regard de la Mère des douleurs, n adoucl~
l'image d'une mère soignant son enfant et angoissée pas seulement nos souffrances parce ~~'elle a aussI
à son sujet, mais elle est plus belle et plus émouvante souffert, mais plutôt à cause de la mantere dont elle a
l'image d'une mère souffrant à cause de son enfant"
souffert.
tE SYMBOLE DES APôTRES LA MÈRE DES DOULEURS

Ce n'est pas la Bienheureuse Vierge qui a été notre cœur sur la terre. Savez-vous ce que c'est que la gran-
rédemptrice, c'est son divin Fils qui, sur la croix, a deur d'âme? C'est lorsque Dieu afflige quelqu'un,
offert pour nous ~on sacrifice sanglant. Mais, de même lorsqu'Il l'éprouve, lorsqu'Il le châtie et qu'il semble
qu'aujourd'hui un diacre assiste et aide le prêtre qui qu'UI'ait abandonné, - c'est alors demeurer fidèle,
célèbre solennellement le saint sacrifice de la messe c'est alors persévérer et baiser la main qui châtie.
de -même la Mère des douleurs fut au pied de la croi~ Dieu n'a pas exempté de la souffrance la mère de Jésus,
sanglante le prêtre assistant du Rédempteur offrant _ doit-Il faire une exception pour moi?
son sacrifice. 3. Mais la force consolante de la dévotion à la
Sur certaines images du Calvaire, on voit Marie Vierge des douleurs consiste encore en ce qu'elle
' , ,
tomb ee a terre. Ce n'est pas exact. « Stabat mater» rapproche les âmes qui souffrent et se réfugient près d'elle
la Vierge était debout. Ni lors de la rencontre sur 1; de son divin Fils souffrant, Notre-Seigneur J4sus-Christ.
chemin de la croix ni au pied de la croix elle nes'est On pourrait presque dire qu'elle porte nos plaies dans
affaissée. Elle a sangloté, souffert, gémi, :nais non pas ses- mains maternelles et les plonge dans le sang du
à la manière païenne. Elle n'a pas maudit les bourreaux Christ qui guérit tout, si bien que dans nos souffrances
de son Fils, elle n'a pas fait d'imprécations, elle n'a nous avons part non seulement aux souffrances du
pas perdu l'empire d'elle-même, bien qu'une mer de Christ, mais encore à sa gloire. C'est comme s'Il nous
souffrance fit rage autour d'elle. adressait les paroles qu'écrivait saint Pierre: « Puisque
Qu'est-ce qui lui donnait cette force? La foi. Unique- le Christ a souffert en sa chair, armez-vous, vous aussi,
ment la foi. Elle savait que des souffrances de son Fils de la même pensée, car celui qui a so?ffert dans la chair
jaillirait le salut éternel des hommes. « Qu'il me soit a rompu avec le péché » (le S. Pierre, IV, x).
fait selon votre parole » - répétait-elle sans cesse et C'est ainsi que l'âme convulsée sous les coups de
lorsqu'elle offrit pour nous ce sacrifice immense, en la vie trouve en elle l'apaisement. Ceux qui ont perdu
déposant son Fils sur l'autel de la croix, elle devint par la mort leurs plus proches parents sentent qu.e le
diacre rssistant du Christ Rédempteur. regard consolateur de la Mère des douleurs adoucit la
Mes frères, de même que la souffrance a rendu Marie souffrance dans leurs cœurs meurtris et la plaie brû~
entièrement digne de son divin Fils, de même elle nous lante de leur âme; et ceux qu'a brisés, écrasés l'impi-
rapproche le plus de Lui. ~tre pieux et prier, lorsque toyable poing de fer de la vie, se redressent avec
c'est facile - c'est bien; mais la preuve d'une piété courage pour de .Jnouvelles luttes devant l'i~~ge ~e
véritable, c'est persévérer, lorsque c'est difficile. Voulez- celle qui put se tenir debout, lorsque son dlvm Flis
vous avoir une couronne sur votre tête dans le ciel? mourut sur la croix et put ne pas s'effondrer, lorsque
Alors n'ay~z pas peur s'il y a une épine dans votre le corps ensànglanté de son Fils fut déposé sur son sein
maternel. .
LE SYMBOLE DES APÔTRES LA MÈRE DES DOULEURS 253
Quiconque visite la basilique Saint-Pierre à Rome entre Niobé et la Mater Dolorosa. Niobé perdit ses
ne manque pas d'aller voir une des plus belles œuvre~ fils, la Vierge Marie aussi a perdu son Fils. Mais le
de l'inégalable artiste, Michel-Ange; la « Pieta )). Que paganisme n'avait pas de mots pour la douleur, et c'est
veut ~ire ce mot «Pieta)) ?- «image qui suscite la pitié )). pourquoi Niobé fut changée en pierre sous le poids
Eh bIen! cette statue émeut véritablement même les de la douleur: il n'y avait pas de consolation qui lui
cœurs de pierre. La Mère des 'douleurs est assise donnât la force. Marie aussi a perdu son Fils, elle aussi
plongée en elle-même, une robe aux plis nombreu~ a exhalé cette plainte « ma douleur est grande comme
l'enveloppe et la tête un peu penchée à droite elle la mer )) (Lamentations, Il, 13), mais elle n'a pas été
regarde... elle regarde le corps de son divin Fils. brisée et n'a pas été figée dans la mort, car voilà que
De son bras d:oit elle soutient le corps, mais le bras du visage de la Pieta, derrière les traits de la douleur,
gauche es.t a~al~sé et la main ouverte, et dans ce geste sort comme réponse la soumission à la volonté de
muet, malS mdlquant une douleur écrasante elle dit Dieu: « Je suis la servante du Seigneur, qu'il me soit
à tout homme qui souffre et se tient dev~nt elle . fait selon votre parole )).
« regardez et voyez s'il y a une douleur comme celI; Voilà, mes frères, la source de forces bénie et con-
qui m'accable n(Lamentations, l, 12). solante de la dévotion à la Mère des douleurs. Cehii
Elle était grande la douleur de la Vierge Marie, _ qui regarde dans les profondeurs de cette dévotion ne
et cependant son âme n'a pas défailli. Et c'est là tombera pas dans l'affirmation erronée qu'il y aurait là
précisément le point où la conception chrétienne et la une sorte de sentimentalité bonne pour les f emmes et les
conception païenne de la vie diffèrent radicalement enfants. Pas le moins du monde. Les hommes, les
l'une de l'autre. Les païens aussi furent obligés savants, les soldats qui sont dans le dur combat de la
d'adopter une attitude en face de la souffrance' leur vie y puisent pareillement la force. Il y puise sa force
phi.losophie aussi fut obligée de lui donner une ~xpIi­ le jeune homme qui lutte pour la pureté de son âme,
catIon, car, depuis qu'il y a un homme sur la terre lorsque, au milieu du dur combat et d'une lutte souvent
il y a aussi la souffrance; mais l'impuissance de l~ désespérée en apparence, il se réfugie auprès de la
sa?esse païenne ne se révèle peut-être nulle part plus Mère des douleurs et sent que dewmt son regard en
effrayante que précisément sur cette question. L'art larmes son sang s~ refroidit et que s'apaise la voix
?aïen a aussi créé sa « mère des douleurs )): Niobé. Un mauvaise des passions; mais il obtient aussi force,
Jour, Niobé, à la vue de ses beaux enfants fut saisie courage et consolation, l'homme adulte qui apprend de
?'~n, tel o,rgueil qu'elle se moqua des dieux.' Les dieux' la Mère des douleurs comment il faut baptiser dans le
lrntes tuerent ses fils. Mais Niobé dans sa terrible sang du Christ, sanctifier les souffrances païennes de la
douleur fut changée en pierre. Voilà l'immense différence vie quotidiènne, et, au lieu de se tordre avec impui~ sance

·1
LE SYMBOLE DES APôTRES LA MÈRE DES DOULEURS 255

.
en grinçant des dents et en serrant les poings, les
supporter avec une force d'âme méritoire, en accom-
plissant !~ volonté de Dieu. Voilà précisément pourquoi, ... "
tant qu Il y aura des maladies}- des infortunes, des
souffrances, des douleurs sur la terre, c'est-à-dire Mes frères, sur une des côtes de ia mer du Nord,
tant que l'homme vivra sur la terre, le culte de la Mère on raconte une émouvante histoire à propos de la
des douleurs restera toujours et sera une de nos sources femme d'un pêcheur.
de forces les plus chères. . La mer du Nord est une mer sauvage, battue par
Comme le lierre, nous nous enlaçons au milieu des la tempête, et les pêcheurs en sont souvent victimes.
orages de la vie à la colonne qui ne chancelle pas de Le mari etlesfils d'une femme de pêcheurs étaient partis,
la Mère des douleurs. Car elle a un cœur maternel depuis déjà plusieurs jours, sur la mer orageuse et ne
qui. entend nos appels : « Mère de la miséricorde , retrouvaient pas le chemin du retour. La nuit était
prIez pour nous! », « Consolatrice des affligés, priez venue ... et nulle part de lumière pour indiquer la route.
pour nous! », « Salut des malades, priez pour nous! » La pauvre femme se tenait sur le rivage et attendait ...
Nous soupirons vers elle dans cette vallée de larmes finalement que fit-elle dans son extrême détresse? Elle
qu'elle tourne vers nous ses yeux de miséricorde: mit le feu à sa petite maison, sa seule fortune, et l'âme
car nous sommes inscrits dans son cœur avec les forte elle resta debout à côté des flammes qui brûlaient
douleurs du vendredi saint. C'est avec confiance que tout ce qui avait fait son bonheur ... jusqu'à ce que les
nous nous réfugions près d'elle dans toutes les épreuves pêcheurs perdus eussent retrouvé leur route grâce à la
de ~otre vie: mais surtout nous demandons qu'elle lueur de l'incendie.
se, :lenne pres de nous à notre dernière minute qui La Vierge Marie se tient de même avec une force
decldera de notre sort, lorsque nous ne réciterons surhumaine près de l'incendie qui brûla tout son bonheur,
plus le « Je vous salue Marie » comme nous le faisions au pied de la croix de son divin Fils .. ; c'est là qu'elle
toujours: « ••• Priez pour nous maintenant et à l'heure se tient et prie pour nous, afin qu'à la lueur montant
de notre mort », mais lorsque ce « et » disparaîtra et vers le ciel du sacrifice de la croix nous retrouvions tous
qu'il nous faudra dire: « Mère des douleurs, le moment le chemin ... le chemin du royaume béni de SOll di~,in
est venu, pour lequel pendant toute ma vie j'ai demandé Fils. Amen.
votre secours: priez pour nous maintenant maintenant
à l'heure de notre mort ». ' ,
, 1

NOTRE-·DJ'.ME! 257
cierges et étaient agenouillées de nombreuses personnes.
Je me retirai derrière un pilier voisin et de là j'observai
les gens. Il en venait continuellement, les uns après
les autres. Il y avait parmi eux des jeunes gens et des
XVII
vieillards, des hommes et des femmes, mais tous
avaient l\iir si courbé que l'on· voyait sur tout leur
NOTRE-DAME! extérieur le poids de la vie. Le visage de certains
reflétait la pauvreté, mais on remarquait en eux une
pleine confiance quand ils priaient. Je compris que
ce peuple pauvrement vêtu, mal nourri, affaissé, repré-
MES FRÈRES, sentait l'Autriche implorant secours. J'y ai pensé,
lorsque j'ai fait des démarches en faveur de l'Autriche,
et j'y pense encore toujours maintenant, quand je me
En 1925, un journaliste viennois eut un entretien
rappelle la capitale autrichienne.
avec le président du conseil français, Herriot. Herriot
N'est-ce pas là une confession intéressante, mes
était alors non seulement une personnalité influente
frères, dans la bouche d'un anticlérical bien connu?
en France, mais aussi très anticlérical. A ce moment-là,
Que la dévotion à Marie des fidèles et pieux catholiques
l'Autriche vivait ses années les plus difficiles et il
ne laisse pas indifférents même les cœurs prévenus
appartenait surtout aux Français, en particulier à
et hostiles?
son président du conseil, de la remettre sur pied Avec quelle joyeuse fierté devons-nous honorer la
en lui facilitant un emprunt à l'étranger.
Sainte Vierge et tout ce que nous devons au culte de
Et ce ministre français anticlérical raconta au jour- Marie, - tel a été le sujet de mes sermons durant
naliste viennois ce fait intéressant.
huit dimanches, et pour conclure je veux résumer
- Lorsque je suis allé dernièrement à Vienne, rapidement ce qui a été dit : J. Jeter un regard rapide
j'ai parlé avec bien des gens, j'ai vu beaucoup de sur la série de bénédictions qui de la vie de Marie se
choses," mais de tout cela il ne m'est resté qu'une répandent sur tous les catholiques; II. mais ensuite, en
seule scène à l'esprit. Et depuis, chaque fois que je guise d'adieu, ajouter encore une nouvelle pensée à
pense à l'Autriche, cette scène me revient toujours à ce qui a été dit : montrer le culte particulièrement
la mémoire. J'étais allé visiter la fameuse cathédrale fervent que l'âme catholique hongroise rend à Notre-
Saint-Étienne. A l'avant-chœur, je vis une vieille
Dame.
image de la Vierge, devant laquelle brûlaient des

Symb. des Ap. - T. IV. 17


LE SYMBOLE DgS APÔTRES NOTRE- DAME! 259
te ment : « Voilà votre mère. » Et celui qui est près
1 de la mère ne peut pas être loin du fils.
Et même chez celui qui n'en serait pas convaincu,
LES BÉNÉDICTIONS DU CULTE DE MARIE
qui ne pourrait pas analyser en lui-même cette puis-
sance fortifiante pour la foi du culte de Marie, cette
dévotion protégerait et sauvegarderait la foi, tout
Comment le culte de Marie fortifie-t-il notre foi - comme une antique image de Marie, recouverte d'un
et nos mœurs,- telles sont les deux questions qui nous badigeon, a sauvegardé, sans qu'ils l'aient su, la piété
ont occupés en détail dans les sermons précédents. de ces protestants danois, dont parle le célèbre converti
A) Le culte de Marie f01"tifie notre foi, car seul peut Jôrgensen.
honorer Marie celui qui adore son divin Fils. Donc Dans une charmante histoire, Jôrgensen raconte
celui qui est un fervent dévot de Marie ne peut jamais, comment, dans un temple danois, le culte de la Vierge
c'est tout naturel, perdre la foi en son divin Fils. Marie continua à vivre pendant des siècles, à une
Il y en a qui ne peuvent nous pardonner de réciter époque où le protestantisme était totalement dominant.
après le Notre Père avec tant d'aml.ûf le Je vous Les Réformateurs avaient partout enlevé aux catho-
salue Marie. Mais je leur demande, récitons-nous liques leurs plus belles et antiques églises et les avaient
moins le Notre Père, parce que n·o us récitons aussi prises pour leur propre religion. Dans une de ces églises
le Je vous salue Marie? Il Y en a qui se scandalisent confisquées, les gens conservèrent une coutume dont
parce que dans nos églises les images de Marie brillent pendant longtemps personne ne put donner d'expli-
à la lumière des cierges. Mais je leur demande,est-ce cation. Suivant une ancienne tradition, héritée de
que nous laissons pour cela l'image du Christ dans les- leurs ancêtres, ils s'arrêtaient devant une partie de la
ténèbres? Non, mes frères, je ne puis ' pas croire que muraille enduite de blanc, inclinaient la tête avec respect
si le Christ apparaissait aujourd'hui sous une forme - devant le mur et poursuivaient leur chemin. Personne
visible parmi nous, - le Christ qui, durant trente ans ne savait la signification de ce vieil usage, jusqu'à ce
de vie familiale, a h~noré la Sainte Vierge avec plus qu'un jOl.J.r, à l'occasion d'une répamtion, on découvrit
de piété et d'obéissance que jamais enfant n'a honoré qu'à cet endroit du mur se trouvait une fresque de
sa mère - que maintenant le Christ nous dirait : la Vierge Marie que les Novateurs, après avoir pris
«Cessez cette prière du Je vous salue Marie et désor- l'église, s'étaient hâtés de blanchir à la chaux. Mais
mais éteignez les cierges devant l'image de Marie 1 » les sectateurs de la nouvelle croyance - sans savoir
Non, mes frères, le Christ ne le dirait pas. Mais, pourquoi - avaient continué à incliner la tête à
montrant Marie, Il nous dirait encore tout aussi net- l'endroit où leurs ancêtres catholiques saluaient d'une
inclinaison de tête la Mère de Dieu.
260 LE SYMBOLE DES APÔTRES NOTRE-DAME 1
~I

C'est ainsi que la divine Mère garde dans nos âmes de Dieu, parce que c'était sa vocation éternelle de
l'intégrité de la foi en son divin Fils, et qui ne verrait présenter devant nous l'idéal féminin personnifié,
c0m.bien l'humani~é actuelle a précisément besoin que retentissent et retentiront sur nos lèvres, jlUlq u'à la fin
la BIenheureuse VIerge sauvegarde la foi dans les âmes? des temps, les beaux cantiques qui expriment une
Au.ourd'hui où l'homme s'attache si facilement à confiance si ardente, si filiale envers la Bienheureuse
la pouJ"sière, à la boue, au monde qui passe, aujourd'hui Vierge.
nous pouvons être particulièrement heureux de pou- Une magnifique et vieille antienne de l'Église
voir soupirer vers Marie avec Dante, l'inégalable poète catholique, bien connue de tous, est la prière qui com-
du christianisme : Reine, qui pouvez faire tout ce mence ainsi : {( Salve Regina ». cc Salve Regina, mater
que vous voulez, je vous en prie: gardez vivant en moi misericordiae, vita, dulcedo, et spes nostra, salve 1 »
le désir de l'éternité et que votre protection triomphe continue la prière. II Salut, Reine du ciel, mère de
en moi des choses qui passent ». miséricorde, notre vie, notre douceur et notre espérance,
B) Mais le culte de Marie ne fortifie pas seulement salut! » Celui qui a entendu une seule fois cette magni-
~o~re fo!, mais aussi notre vie morale, c'est pourquoi fique mélodie, telle que la chantent aujourd'hui encore
J al parle de ce que les femmes et les mères doivent les. vieux ordres religieux après la prière du soir, avant
à Marie. d'aller prendre leur repos, sent toute la confiance
Pour la vie terrestre de la femme, notre sainte religion d'enfant, la piété, l'attachement que la véritable religion
ne connaît que deux chemins. Ou bien devenir mère du Christ a toujours apportés à la mère du Christ.
de famille, fortifiée, par le serment devant l'autel de Salve Regina ! Salut, notre Reine, heureuse Vierge
Dieu, dans la fidélité conjugale jusqu'à la tombe· ,ou que Dieu a choisie de toute éternité et trouvée digne
bien demeurer dans une virginité intégrale et par~ître de devenir mère de son Fils unique sur la terre 1
devant le Juge enveloppée d'un voile blanc. Il n'y a Salve Regina! Salut notre Reine, Vierge des doul eurs
pas d'autre voie - bien que ce monde corrompu offre qui avez supporté avec la fidélité des martyrs toutes les
une troisième possibilité avec ses attraits séducteurs. souffrances de votre divin Fils!
Une vie pure, virginale ou une vie de mère de famille Salve Regina! Salut notre Reine, Vierge glorieuse
- voilà le double idéal. Et comme nous devons nous qui par la beauté de votre âme plongée en Dieu êtes
est!n:er heur~ux que dans Marie - par une grâce devenue de {( Servante du Seigneur)) (( Reine des cieux»!
speCIale de DIeU - se trouvent réunis les deux et que Tournez vers nous vos yeux miséricordieux et
Marie reste l'idéal perpétuel de toutes les femmes montrez-nous après cette vie Jésus, le fruit béni de
honnêtes,jeunes filles et mères. Et parce que la vocation vos entrailles. 0 clémente, ô charitable, ô douce
de Marie n'était pas achevée en nous donnant le Fils Vierge Marie 1
LE SYMBqLE DES APÔTRES NOTRE-DAME!

Victoires, Notre-Dame de Lourdes. Les Bavarois la


nomment Patrona Bavariae, Patrone de la Bavière.
II
Pour les Suisses, elle est Marie Einsiedeln; pour les
Autrichiens, Mariazell; pour les Polonais, la Vierge
NOTRE- DAMB
de Czestochowa ...
B) Et pour nous, les Hongrois?
Voilà les pensées qui se sont présentées à nous dans Pour nous aussi il y a une Marie à nous (s'il est
nos sermons précédents où nous avons considéré les permis de s'exprimer ainsi). C'est la grande Notre-Dame.
effets bénis du cuIte de Marie. Mais je ne puis terminer n est intéressant d'analyser les noms 'que la piété reli-
cette série d'instructions sur la Mère de Dieu, sans gieuse a donnés chez les différents peuples à Marie. En
rappeler une autre idée qui nous tient particulièrement latin, on l'appelle simplement « Sancta Maria )J, « Sainte
à cœur: Marie, Notre-Dame des Hongrois. Marie )J. L'Italien l'appelle: « Madonna )J, « Ma Dame ».
A) La Vierge Marie et la Hongrie! Peut~on réunit Pour le Français,elle est « Notre-Dame )J. En allemand,
ces deux mots? A-t-on le droit, à l'occasion du culte ' elle est « Unsere Liebe Frau », « Notre chère Dame ».
de Marie, de parler spécialement du culte des Hongrois Et le Hongrois, comment dit-il? Nous appelons Marie
envers Marie? JYIarie n'est-elle donc pas le trésor « Notre Grande Dame ».
commun de tous les peuples, de tous les catholiques
du monde? A-t-on le droit de l'accaparer, de la con-
fisquer en quelque sorte au profit d'une seule nation?
Oui, Marie appartient à tous les peuples. Marie
aime uniformément les hommes des diverses races Mes frères, j'ai commencé mon sermon d'aujourd'hui
car pour elle l'important n'est pas de quelle race ni d~ par une histoire viennoise, je veux maintenant terminer
quel peuple 'vous êtes les enfants, mais bien plutôt de même ce cycle de sermons sur la Sainte Vierge.
comment est votre âme et comment vous aimei son Au centre de Vienne, non loin de la cathédrale
divin Fils. Voilà la vérité. Saint-Étienne, il y a une ruelle curieusement appelée
M~is perso~ne ?e sera choqué si certains peuples, « Himmelspfortgasse », « ruelle de la porte du ciel » j
certams pays fI vahsent, pour ainsi dire, pour honorer il Y avait aussi un couvent « zur Himmelspfortnerin »,
la Mère de Dieu avec plus de ferveur intime. « le couvent de la portière du ciel )J, - appellation assez
L'Italien appelle Marie avec prédilection la Madone. étrange. Mais seulement pour celui qu~ n'a pas encore
LeFr~nçaisl'appelleNotre- Dame et lui a bâti ces églises entendu la charmante légende qui ,s'est tissée autour
sans rIvales: Notre- Dame de Paris, Notre-Dame des de ce couvent,
LE SYMBOLE DES APôTRES

Cette légende rapporte que jadis, il y a fort longtemps,


la sœur portière se fatigua de la vie claustrale, le désir
du monde inconnu envahit son âme, et une nuit,
alors que toute la maison dormait en paix, elle quitta
XVIII
le cloître. La malh,e ureuse ne devait pas être une
mauv~ise personne, mais seulement un peu faible,
car, au dernier moment, elle prit la clé de la porte et la LE SAINT ROSAIRE
cacha rapidement derrière l'image de la Vierge Marie
avec ces paroles: « Reine du ciel, votre servante appar-
tient maintenant au monde, voilà la clé, gardez le
couvent ... » MES FRÈRES,
Et la pauvre religieuse s'en alla ...
Et elle vécut pendant sept ans dans le monde ...
Mais lé monde est méchant, le monde est menteur, En r852, mourait, à Paris, un médecin illustre.
le monde est un grand trompeur ... et, sept ans après, Ce médecin, le Dr Récamier, n'était pas seulement un
la pauvre âme perdue, entièrement brisée, humiliée, grand savant, qui s'était acquis une renommée mondiale,
pleine de repentir, avec la promesse d'une sévère mais en même temps un modèle de foi profonde et de
pénitence dans l'âme, le cœur battant bien fo~t se piété. A l'occasion d'une réunion, ses collègues remar-
glissa par une nuit paisible dans la sainte maison quèrent un chapelet dans les mains de l'éminent
abandonnée jadis; .. et voilà que, miracle des miracles! praticien. Étonnement général! Comment! Un homme
elle retrouva la clé derrière l'image de la Marie, où si instruit, un professeur si réputé, une autorité
elle l'avait déposée, sept ans auparavant, en cette triste si reconnue dans l'immense domaine des sciences
nuit, et personne au couvent n'avait remarqué qu'elle médicales, le conseiller médical des rOlS et · des
avait été sept ans absente, car, à la, place de la pauvre princes, dont la gloire et l'éloge retentissaient
âme égarée, la Vie1-ge bénie elle-même s'était tenue à la dans l'Europe entière, - cet homme récitait le
porte et avait gardé la maison pendant sept ans. chapelet. Qui donc l'aurait imagme, même en
Mes frères, c'est ici que s'arrête la légende. songe! Lorsque le grand médecin se fut aperçu de
Mais c'est la vérité qu'elle ne peut pas se perdre, l'âme cet étonnement général, il dit très posément : « Oui,
de celui qui se confie à Marie. Amen. messieurs, je récite réellement le chapelet. Et lorsqqe
toute médecine est impuissante sur un de mes malades
. et que je suis sérieusement inquiet pour sa santé, je me
LE SYMBOLE DES APÔTRES LE SAINT ROSAIRE

tourne, par l'entremise de la Mère de Dieu, vers Celui a raison de nous attaquer. Seulement, mes frères,
qui ~eul peut apporter son aide. Et je vous avoue, ce n'est pas ainsi qu'on récite le chapelet. Tout comme
messieurs, que j'ai obtenu sur ce point des résultats ce n'est pas prier que de remonter un phonographe
vraiment merveilleux. et de lui faire dire sans faute le « Notre Père ». Non, non,
Mes frères, les paroles de ce grand médecin me ce n'est pas une prière, quand il n'y a ni cœur ni âme.
viennent involontairement à l'esprit aujourd'hui. Il faut que nous prions tout autrement. II ne suffit
Aujourd'hui où nous franchissons le seuil du mois pas de remuer simplement les lèvres et de laisser errer
d'octobre, ce mois où la belle prière du chapelet partout notre âme et nos pensées - car « Dieu est
passera plus fréquemment que d'ordinaire sur nos esprit - dit Notre-Seigneur Jésus-Christ - et ceux
lèvres. Cette prière merveilleuse par laquelle des qui l'adorent doivent l'adorer en esprit et en vérité ».
millions et des millions de cœurs chrétiens saluent Oh 1 il ne suffit pas que nous mettions en mouvement
ch~qu,e jour la ?ienheureuse ' Mère de Dieu, prière notre langue, tandis que nos pensées et notre cœur
qUl reahse magmfiquement les paroles que la Sainte sont bien loin et que nous ne faisons pas attention à
Vierge a dites jadis d'elle-même. Voilà donc qu'au- ce que nous récitons. Mais quand nous récitons notre
jourd'hui s'offre comme d'elle-même l'occasion de chapelet, notre esprit doit s'occuper de ce que dit
nous plonger, en cette solennité du Rosaire, dans les notre bouche, notre âme s'en pénètrer, notre volonté
richesses cachées de cette prière si Souvent calomniée, s'y appliquer; notre cœur battre ph,ls fort et non pas
si souvent méprisée, d'apprendre à la bien réciter, . seulement nos lèvres, et toute notre personne, toute
afin d'expérimenter en nous-mêmes quels innombrables notre âme, répéter la glorieuse salutation de l'ange :
bienfaits et quelles grâces spirituelles nous pouvons « Je vous salue, Marie, pleine de grâce ... »
obtenir par la pieuse récitation du chapelet. Oui, mes frères, nous devons penser uniquement
Mes frères, il n'y a peut-être pas d'autre dévotion à ces sublimes mystères qui enveloppent les « Ave
de notre sainte religion que les fidèles des autres con- Maria », de notre prière. Nous devons au cours de
fessions nous aient si souvent reprochée que cette notre chapelet nous représenter les scènes touchantes
belle prière: le chapelet. Ils disent que c'est un travail dont traitent les mystères du Rosaire et dès lors nous
machinal, sans âme. Que nous enlaçons le chapelet sommes lavés du reproche de prier, sans penser à
autour de nos doigts et que, nous mettant à réciter rien, sans âme, machinalement.
des « Je vous salue Marie», nous faisons glisser les
grains, du premier au dernier, sans réflexion, sans
piété, sans recueillement-- Si c'était la façon et la
manière de réciter le chapelet, je dirais aussi qu'on
i.E SAINT ROSAIRE 2 69
LE SYMBOLE DES APÔTRES

, idons même pas les autres, quand ce serait si facile;


na .. , d
l noUS qui passons avec indifférence et san~ pl.ue ,evant
ceux qui souffrent, alors qu'il nous se,ralt Sl ~act1e de
Il nous est impossible de rester froids et indifférents les aider et de les soulager par une petlte aumone, une
1'1 ne nous est pas possible de prier sans émotion et' bonne parole, un regard compatissan~. ,Une s~ule
sans piété, quand nous pensons au mystere joyeux de parole de consolation, un seul bon consetl ~ nos freres
l'Annonciation. Ah! que ne nous dit pas ce seul mot! dans la détresse et la misère! Un mot al,mable ... et
pourtant nous ne le faisons pas. Et vous, Blenheureu~e
Il nous parle des milliers d'années passées dans les
Vierge, vous avez traversé monts et vallées pour vemr
plus profondes ténèbres spirituelles, pendant lesquelles
la malheureuse humanité, plongée dans la fange du aider sainte Élisabeth.
M ais continuons, Quels accents angéliques se font
péché, attendait le cœur gros un Sauveur. Il nous
parle des patriarches, des prophètes, qui, l'âme pleine entendre en cette froide nuit de déc( mbre? ~~elle
d'un ardent désir, regardaient d'un œil anxieux dans joie profonde nouS pénètre, lorsque la troupe a~gehq.ue
le lointain avenir, quand enfin apparaîtrait le Messie chante devant l'étable de Bethléem d'une VOlX c:mre
et mélodieuse : Gloire à Dieu au plus haut des Cleux
promis, pour nous guérir de notre cécité, nous racheter
de nos péchés, pour que Dieu nous considère de et paix sur la terre aux hommes de bonne v?lon~é?
Enfin ... enfin le Sauveur est là, la fleur du Chnst ~ est
nouveau comme ses enfants. Et voilà ... voilà que
tout à coup l'archange descend dans une petite mais~n ouverte, en cette nuit de Noël son parfum rem?ht
monde entier, Aussi un chant angélique comme Jamals
:e
de Nazareth et au même instant le Fils de Dieu arriva
la pauvre terre n'en avait entendu. Et ce message de
parmi nous, au même instant le Sauveur si ardemment
joie se répand au loin. LéS mers et les océans l'enten-
désiré fut au milieu de nouS. Et avec quel soulagement
dent, les puissantes cimes des montagnes dressent
dans ,le cœur, quelle délivrance dans l'âme retentit
"
Joyeusement depuis sur nos lèvres ce cri de' recon- leurs têtes neigeuses, la forêt écoute, muette ~an~ le
'lence de la nuit comme si le rUIsseau lUl-meme
naissance pour Jésus venu jusqu'à nous: « le fruit d~ Sl ' , b 'Il '
murmurait plus doucement et les étolles n ment
vos entrailles est béni »...
avec plus d'éclat, Ce pauvre chapelet, si. attaqué, ne
~t cette sainte Vierge se rendit chez sa parente
peut pas être monotone, ni ennu!eux nt sans âme,
ÉlIsabeth pour la visiter et la soigner. Elle avait elle-
si nous nous agenouillons en espnt sur les dalles de
même besoin de soins, la Bienheureuse Vierge, cepen-
"a"le étable si nous écoutons sur les lèvres de
dant elle ne s'en inquiéta pas, car la bonté de son cœur l a mlser u ' " '
la Vierge ia plus belle berceuse qu'une mère ait Jam~~~
la poussait à aider les autres, Oui, divine Mère, nous
chantée sur la terre. Je ne sais pas si vous avez deJa
avons à nous régler sur votre exemple. Nous qui
2/70 LE SYMBOLE DES APôTRES LE SAINT ROSAIRE,

vu un petit village au soir de Noël. Un sentiment et de piété, la Très Sainte Vierge; qu'elle daigne ne
inexprimable, une tranquillité surnaturelle envahissent pas laisser se corrompre un seul fidèle du Christ,
notre âme, lorsque dans les petits villages ensevelis mais au contraire ramener près de son divin Fils les
sous la neige nous passons devant les maisons silen- cœurs glacés, endurcis, irréligieux et incroyants.
cieuses et apercevons à travers les petites fenêtres
la famille réunie, le père, la mère, les enfants, agenouillés
devant une image de Marie et récitant d'un cœur II
simple et d'une bouche innocente l'éloge de la Bienheu-
reuse Vierge et de son divin Fils « le fruit de vos Après les mystèree joyeux viennent les mystères
entrailles est béni )). douloureux . . Si nous avons trouvé dans les premiers
Mes frères, si tous les parents élevaient ainsi chaque d'abondantes consolations, qui pourrait décrire le flot de
jour leurs enfants dans la crainte de Dieu, comme le pensées consolantes que nous pouvons puiser dans
monde aurait un tout autre aspect! Si nous répétions la récitation fervente des mystères douloureux du
inlassablement à nos enfants qu'ils peuvent faire tout, rosaire?
même leurs moindres actions, pour l'amour du Sei- Ces mystères douloureux s'appliquent à nous tous
gneùr, qu'ils doivent offrir à Dieu même leurs plus sans exception. Toute créature a son jardin des oliviers
,petites pens,ées - comme la Sainte Vierge a offert au cours de sa vie; nous rencontrons des heures si
l'Enfant Jésus dans le Temple - d'innombrables sombres, si désespérées, au cours desquelles le chagrin,
larmes seraient séchées dans bien 'des yeux de mères la tristesse nous courbent presque dans la poussière.
et bien des plaintes de pères de famille se tairaient, Dans les heures sombres de solitude spirituelle où
parce qu'ils ne savent ' quoi faire de leurs enfants inévitablement, pour ainsi dire, surgirait en nous la
grandissants. Ils ne récoltent avec leurs enfants pour . révolte contre la divine Providence, la sublime figure
lesquels ils ont tant travaillé et se sont tant privés, du Christ ne se dresse-t-elle ' pas comme un exemple
que soucis et chagrins. Certainement, parents chré- consolant 'e t encourageant devant nous, Lui qui, dans
tiens, vos plaintes amères sont justifiées. Mais ... mais l'angoisse et l'isolement de son âme au jardin des
si vous, parents chrétiens, vous sortiez pour aller oliviers, a versé pour nous une sueur de sang.
chercher 1)OS enfants, comme la Bienheureuse Vierge Mais à côté des .t:hagrins intimes beaucoup d'entre
cherchait l'Enfant Jésus perdu, les trouveriez-vous nous subissent des souffrances physiques. L'un est
à l'église ou non pas plutôt à un coin de rue, en mau- cloué sur son lit par une longue maladie, l'autre est
vaise compagnie, à l'auberge, au bal, au cinéma? victime d'un accident, un troisième travaille et peine .
,Prions donc, mes frères, avec d'autant plus de ferveur chaque jour pour gagner son pain, mais le résultat
LE SAINT ROSAIRE 273
LE SYMBOLE DES APÔTRES

et écrasante, mais elle a d'abord été portée par vos


final est le même pour nous tous, tous nous sentons
épaules. Vous avez été crucifié et Vous avez versé
le rude poing de la vie peser lourdement et inexora-
votre dernière goutte de sang pour moi, pour moi,
blement sur nous et nous sommes tous réduits à
pauvre pécheur. Dieu Tout-Puissant l ,si ' difficile que
l'humble exemple du Sauveur qui a été couronné
puisse être à l'avenir ma vie, quels que soient les pénibles
d'épines et flagellé pour nous.
combats et les soucis qui m'éprouvent, il n'y a rien,
Et vous aussi, âmes pieuses, qui êtes peut-être
rien qui puisse me faire révolter contre Vous. Mon
contraintes d'endurer les railleries du monde pour
Seigneur et mon Dieu, il n'y a pas de péché par lequel
votre ferveur, cherchez soulagelllent auprès du Sauveur
je voudrais ,désormais Vous offenser, car Vous avez été
méprisé et couronné d'épines! Et vous aussi, vous qui
souffrez, qui portez la lourde croix de la vie, vous qui crucifié pour nous.
chancelez sous la charge presque intolérable et menacez
de vous affaisser, vous qui souffrez dans un mauvais III
mariage, dans une vie · de famille désaxée, d'une
maladie inguérissable et ne pouvez que gémir, ah! Mes frères, si nous persévérons inébranlablement
puisez force et courage, pour tenir bon et pour lutter, près du Sauveur, un jour luira pour nous aussi l'aube
auprès de notre Sauveur qui a porté la lourde croix de Pâques des mystères glorieux du Rosaire. Il semblait
sur ses épaules, qui savait qu'il n'y avait aucun moyen presque que les ennemis du Sauveur eussent remporté
de lui échapper, qui connaissait sa fin, qui tomba à 1, ,
la victoire. La tristesse du vendredi saint, le silence
trois reprises sous son horrible fardeau, se releva funèbre du samedi saint étaient descendus lourds et
pourtant et porta sa croix résolument, patiemment pesants sur l'âme des apôtres. Ils pensaient que tout
jusqu'au bout ... jusqu'au Golgotha. était perdu, fini. Mais voilà que tout à coup, le matin
Mais ici toute parole, toute subtilité doivent se taire, de Pâques, la terre trembla, le tombeau s'ouvrit et
seul le cœur doit parler. Un tel amour ... un tel amour, le Sauveur ressuscité sortit. Mes frères, le triomphe
nous ne le méritions pas. Je n'étais pas digne que Dieu de la méchanceté n'est qu'apparent, la victoire du
vînt à cause de moi sur la terre, qu'il souffrît si cruel- péché ne dure pas longtemps - voilà ce que nous
lement à cause de moi, qu'il mourût si ignominieuse- apprend le premier mystère glorieux du Rosaire. Espérons
ment à cause de moi, non je n'en étais pas digne. en la victoire définitive de la vérité, en la récompense
Mon Seigneur et mon DieJ, je ne me plaindrai plus promise par le Sauveur, croyons en la félicité éternelle
de mes souffrances. Sans doute la couronne d'épines 'qui nous attend et que toute notre activité, toute
de la vie me blesse, mais auparavant elle a blessé notre conduite soient telles que nous puissions mériter
votre front; sans doute la croix de l'existence est lourde cette félicité après notre mort 1

Symb. des Ap, - T. IV. 18


274 LE SYMBOLE DES APôTRES LE SAINT ROSAIRE · 275
Mes frères, si jamais, c'est bien aujourd'hui qu'il des étoiles, car nous avons besoin de ces étoiles (de
est tout particulièrement nécessaire de nous mettre l'idéal). Il nous faut penser à tout cela, mais en même
plus fréquemment et plus fortement sous les yeux temps ne pas oublier le but de la vie. Les jours, les
le vrai but de la vie humaine, le bonheur sùrnaturel éternel. mois,les années passent, et tout d'un coup nous sommes
Le plus grand nombre des hommes s'attache tellement à la station terminus où commence la véritable vie,
aujourd'hui à la terre, consacre si exclusivement à lavie éternelle. Celui qui pense souvent et instamment
la lutte quotidienne pour la vie chaque seconde de son à la félicité éternelle, l'atteint d'autant plus sûrement.
existence que la plupart d'entre eux vivent au jour le Chaque fois, mes frères, que nous récitons d'un cœur
jour, sans but, et il ne leur viendrait jamais à l'esprit ému les mystères du rosaire, songeons toujours à l'éter-
de songer seulement quel sens la vie peut bien avoir nelle patrie où est monté le Sauveur ressuscité, pour
dans de telles conditions. Mes frères, je n'oublierai nous préparer une place et d'où Il nous a envoyé le
jamais le jour où j'ai quitté la maison paternelle, pour Saint-Esprit, afin que par son aide nous arrivions plus
continuer mes études dans une autre ville. Un coup sûrement à Lui.
de sifflet retentit, le train se mit en marche, et m'em- Si dans les moments Pénibles de la vie nous restons
porta toujours plus loin de mon pays. J'étais assis tout attachés au Sauveur, si nous ne chargeons jamais notre
triste dans mon coin, le cœur débordant des chers âme avec le péché, alors, mes frères, nous pouvons
souvenirs de la maison paternelle, pourtant je ne espérer avec confiance entrer dans la patrie du bonheur,
sentais ni ne voyais rien, le train s'en allait avec moi, alors nous pouvons espérer participer à la même
je ne savais même pas où. N'est-ce pas une image récompense que la Bienheureuse Vierge Marie. Elle
exacte de la vie de beaucoup d'hommes? Le train est restée près <le son divin Fils aux heures les plus
de la vie nous emporte en avant sans arrêt jusqu'au amères, elle est restée au pied de la croix. L e Sauveur
terminus, tandis que des milliers et des milliers n'ont ne l'a pas oubliée et le monde entier proclame avec
pas idée du but du voyage. Ils sont plongés dans les joie dans les mystères glorieux du Rosaire le couron-
soucis quotidiens et ne nourrissent pas d'autres pensées nement de Marie dans le ciel.
que de saisir quelque chose et de se pousser. On ne pouvait pas mieux achever le Rosair~ qu'avec
Des hommes qui ne pensent qu'à ce qu'ils mangeront ce mystère. Nous le commençons sur la terre avec
et aux plaisirs qu'ils . se procureront, comment ils l'Incarnation du Christ et nous le terminons dans le ciel,
pourront arriver à une grande fortune et comment notre future patrie. Nous nous tenons devant le trône
ils élèveront leurs enfants. Sans doute, mes frères, il de la Bienheureuse Vierge, Mère de Dieu, devant la
faut aussi penser à ces choses, seulement la fumée des seule créature qui soit en corps et en âme dans le ciel.
hautes cheminées ne doit pas troubler ni cacher l'éclat Et pourtant elle a vécu autrefois sur la terre comme
LE SYMBuLE DES APÔTRES LE SAINT ROSAIRE 277
nous, et comme nous elle était un être humain, elle qui l'égrène d'une main tremblante que du grand
connaît nos souffrances et nos soucis, elle connaît les savant qui se plonge dans ses mystères. Le meilleur
difficultés de notre vie avec sa misère et sa détresse. livre de prières, parce que nous pouvons le réciter
Est-il étonnant, mes frères, que nous nous tournions en voyage ou au chevet des malades. Le meilleur
vers elle et que nous comptions sur elle pour prier livre de prières, car même le petit enfant qui
sans cesse pour nous son divin Fils? Est-il étonnant ne va pas encore à l'école et ne sait pas encore lire,
que nos lèvres répètent : Sainte Mère de Dieu, priez peut le dire aussi bien que le vieillard aux cheveux
pour nous? Nous pouvons espérer avec assurance gris à qui les yeux refusent leur service. Ce livre de
que la Bienheureuse Vierge, qui si souvent a tenu les prières si plein de choses représente sans cesse le
petites mains de l'Enfant Jésus dans ses mains, tient Sauveur devant nous. Nous L'accompagnons dans
aussi maintenant les mains du Christ en signe de béné- l'étable de Bethléem, dans le Temple, au jardin des
diction sur nous, pour nous distribuer faveurs, grâces, oliviers, sur le chemin de la croix, au Golgotha, nous
forces et secours, à nous pauvres pécheurs, qui en sommes avec Lui sur le Thabor jusqu'à son ascension,
récitant le chapelet, demandons humblement son jusqu'à la porte du ciel. Partout et toujours nous
intercession. espérons avec confiance qu'Il nous recevra un jour
près de Lui.
Restons donc, mes frères, fidèles à cett~ belle prière.
Récitons-la de toute notre âme, d' un cœur généreux,
récitons· la dans des sentiments de ferveur. Récitons-la
Et maintenant dites-moi, mes frères, est-ce que le souvent en ce mois, le mois du Rosaire. Mais récitons-la
chapelet est une prière ennuyeuse, un murmure sans aussi après, très souvent, si possible tous les jours.
âme? Dites-moi, est-ce que le chapelet est une prière Restons fidèles au chapelet, pendant toute notre
mécanique, sans valeur? Dites-moi, n'ai-je pas raison vie jusque sur notre lit de mort et même au moment
de prétendre que le rosaire est le meilleur, le plus beau, où la sueur de la mort couvrira notre front, où nos
le plus pratique des livres de prières? Le livre de yeux commenceront à se fermer et nos mains à se
prières le plus pratique, car ses pages ne se raidir, 'alors tenons notre chapelet et emportons-le
salissent pas; le meilleur marché aussi, car il est avec nous dans la tombe, pour pouvoir par.aître avec
accessible à tout le monde, il n'est ni gros ni lui devant le Souverain Juge. Mes frères,·' alors j'en
épais, nous pouvons le porter toujours sur nous. suis sûr, notre bonne Mère du ciel ne nous abandonnera
Il est aussi le meilleur livre de prières, car il pas, alors, je le sais, Marie parlera pour nous et nous
est compris aussi bien d'une simple vieille femme pourrons, au pays de l'éternel bonheur, réciter devant
LE SYMBOLE DES APÔTRES

le·Cœur infini de Jésus les dernières paroles du chapelet


et répéter toute l'éternité: « Gloire au Père, au Fils et
au Saint",Esprit, comme il était au commencement
XIX
qu'il est m aintenant et qu'il sera dans tous les siècles
des siècles », Amen.
SERMON AUX SCOUTS

prononcé le 6 août 1933


au Jamboree international des Scouts à Gôdôllô

MES BIEN CHERS AMIS,

Tandis que, du haut de cette chaire, je promène mes


regards au-dessus de vos têtes, il me vient à l'esprit
que je ne reverrai peut-être plus qu'au jour du jugement
dernier un spectacle aussi varié et aussi pittoresque.
L'élite de la jeunesse de trente nations vit actuellement,
en plein air, au camp international, dans une fraternelle
concorde : Français, Belges, Polonais, Autrichiens,
Anglais, Américains, Hollandais, Indous, Mricains
vivent ici sous la tente, à l'ombre de~ arbres,dans une
confusion des langues qui évoque la tour de Babel.
Et vous, scouts catholiques, vous allez quitter pendant
une · heure cette fourmilière humaine pour assister,
d'une âme fervente, à la sainte messe que va célébrer
le Primat de Hongrie et prier notre Père du ciel.
Chers amis, c'est pour vous une marque d'estime
toute particulière que · non seulement de nombreux
r
Ir'l
280 LE SYMBOLE DES APôTRES SERMON AUX SCOUTS 281

visiteurs
. viennent continuellement vous voir, mais . Il Y a dix commandements qui sont l'âme de tout le
aussI qu'aujourd'hui le Primat de Hongrie vienne , mouvement scout et donnent un essor magnifique à la
en personne au JUilieu de vous, c'est une preuve formation de l'homme idéal. A notre époque où sévis-
évidente que toutes les classes de la société, de la nation sent, comme une épidémie, la faiblesse de caractère et
et de l'Église mettent en vous leurs plus saintes espé- le manque dé moralité, qui n'a pas senti d'un cœur
rances et attendent avec confiance l'avenir que présage impatient combien l'humanité a besoin de cette géné-
le spectacle des lys représentés sur vos étendards qui ration scoute qui grandit actuellement, de ces scouts
s'avancent à la tête d'une génération nouvelle. qui « disent la · vérité avec loyauté et sans réserve »,
« L'avenir est aux scouts », ainsi commence une qui « font consciencieusement leur devoir», qui « rendent
chanson de marche chère aux scouts hongrois. A cette service dans toute la mesure de leurs moyens », qui
heure solennelle où j'aperçois devant moi l'avenir de « indulgents pour autrui sont sévères poureux-mêmes»,
l'humanité et de l'église catholique universelle, pareil qui « obéissent de grand cœur à leurs chefs », qui « sont
à un bourgeon débordant de vigueur et de jeunesse à la fois gais et réfléchis », « purs de corps et d'âme? »
je voudrais vous montrer à tous, mes chers amis, qu~ Franchise, fidélité au devoir, amour du prochain,
cette fière maxime, je l'espère et j'en suis persuadé, li"P-spect de l'autorité, discipline, bonne humeur, pureté
n'est ni de l'orgueil ni de l'exagération ni une illusion d'âme, voilà ce qui vibre dans la loi scoute, voilà ce
de l'imagination, mais une sainte et réconfortante réalité. qui règle toutes les aspirations et pousse vers l'idéal,
1° « L'avenir est aux scoutS» dit la nation à laquelle voilà ce qui porte l'homme vers les hauteurs et prépare
.vous appartenez, car le bon scout deviendra plus aisément les bases d'une vie plus belle, plus heureuse, plus
un bon citoyen. ordonnée, plus paisible, plus humaine.
2,0 « L'avenir est aux scouts », telle est l'espérance Oui, en vérité, l'avenir est aux scouts. Aux scouts
de l'Église dont vous êtes les fils, car le bon scout sera qui ne regardent pas comme le principal le grand
plus aisément un bon catholique. chapeau, les brodequins, la chemise khaki et le bâton
ferré, mais qui voient dans toute la vie scoute un
magnifique instrument de formation et de perfection-
nement des âmes. A ceux qui comprennent la grande
r idée scoute : Jeunes gens, il y a en vous une véritable
richesse, ne la laissez pas dérober 1 Il Y a en vous une
Le bon scout sera plus facilement bon cztoyen, voilà âme noble, ne la laissez pas se perdre 1 La force vous ën
pourquoi votre nation, votre peuple, regarde vers vous impose, - regardez, c'est moi qui la donne. Le coura~e
et espère en vous. vous en impose, c'est lui que j'apprends. Une vie
Z82 LE SYMBOLE DES APôTRES SERMON AUX SCOUTS

virile vous en impose, c'est moi qui la fortifie. Vous cc Le scout dit -la vérité avec loyauté et sans réserve »,
apprenez le jeu et vous apprenez la réflexion. Vous 'voilà le premier 'commandement scout. Mais n'avons-
recevez l'éducation et le piolet de l'alpiniste; vous nous pas e~tendu dire par Notre-Seigneur: cc Que
dormez dehors sur le sol et vous mangez votre cuisine; votre langage soit simplement : oui, oui ... non, non 1 »
vous vous lavez dans l'eau froide du ruisseau, vous (S. Matthieu, v, 37).
supportez la pluie et la tempête ... 'et tout cela, pour- « Le scout est fidèle au devoir envers Dieu et la
quoi? Pour que votre corps ainsi fortifié enferme une patrie », 'c'est le second commandement. Mais Notre-
âme robuste, pour que vous deveniez des jeunes gens Seigneur a justement déclaré : cc Rendez à César ce
intrépides, à la volonté ferme et à l'âme pure ... pour qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » (S. Marc,
que deviennent une sainte réalité les fières paroles de XII, 17).
votre hymne : « L'avenir est aux scouts Il, cc Le scout rend service dans la mesure de ses moyens»,
proclame le troisième commandement. Mais n'est-ce
pas l'ordre du Seigneur: (c Ce que vous faites au plus
petit ,de mes frères, c'est à moi que vous le faites »
II .
(S. Matthieu, xxv, 4-0)?
(c Le scout indulgent pour autrui est sévère pour
Mes chers amis, j'ai déjà indiqué la raison pour lui-même », c'est le cinquième commandement scout.
laquelle non seulement votre patrie, mais aussi la Mais Notre-Seigneur Jésus-Christ ne nous a-t-Il pas
Sainte Église Catholique vous regarde et espère en appris : cc Si quelqu'un veut être mon disciple, qu'il
vous. C'est précisément cette grande et noble idée r se renonce lui-même, qu'il prenne sa croix et qu'il me
que la religion catholique enseigne et impose, depuis suive 1 » (S. Matthieu, XVI, 24-)?
dix-neuf siècles, tout ce que les dix commandements . c( Le scout regarde les autres scouts comme ses frères»,
scouts imposent depuis vingt-cinq ans. Nous n'avons tel est le quatrième commandement. Mais ce comman-
qu'à nous réjouir de ce que maintenant cette loi dement d'aimer son prochain n'a-t-il pas été ainsi
sublime, cette tâche magnifique, grâce au serment scout, formulé: cc Tu aimeras ton prochain comme toi-même »
poussent la jeunesse dans la direction prescrite par (S. Marc, XII, 31)?
les lois de la religion, si bien que le bon scout sera aussi c( Le scout obéit à ses chefs consciencieusement
bon catholique. , et de grand cœur l), ordonne le septième commande-
Le lecteur de la Sainte Écriture est joyeusement ment. Mais ne se trouve-t-il pas littéralement dans
surpris de constater qu'il s'en exhale cet air vivifiant les Épîtres de saint Paul : cc Obéissez à ceux qui vous
qui anime les commandements scouts. commandent, car ils veillent sur vos âmes et devront
LE SYMBOLE DES APÔTRES SERMON AUX SCOUTS 28 5
en ~endre compte » (Hébreux, XIII, 17). « Enfants, mais cette fois, une croix brillait entre ses cornes:
obé1ssez à vos parents dans le Seigneur, car cela est symbole du couronnement qu'apporte à une vie coura-
juste » (Éphésiens, VI, I)? geuse une vie foncièrement chrétienne. .
« Le scout est gai et réfléchi », affirme le huitième Depuis que Notre-Seigneur Jésus-Christ a vécu
commandement. Mais n'est-ce pas l'écho de ces autres sur ' la ' terre; notre idéal suprême ne peut plus être
paroles de saint Paul: « Réjouissez-vous en tout temps simplement l'homme naturellement bon, mais l'homme
dans le Seigneur, je le répète, réjouissez-vous. Que surnaturelle ment meilleur, le véritable catholique.
votre bonne humeur soit connue de tout le monde 1 » Et c'est justement parce que le scoutisme aide ainsi
(Philippiens, IV, 4)? notre tâche que nous regardons vers vous, chers jeunes
« Le scout est pur de corps et d'âme», dit le dixième gens, pleins d'espérance et de confiance.
co~mandement .. « Heureux ceux qui ont le cœur pur, Tous nous espérons en cette jeunesse dont les yeux
car lis verront D1eu» a dit Notre-Seigneur (S. Matthieu, brillent comme des étoiles et où rayonne l'énergie
v, 5). d'une âme disciplinée. En cette jeunesse dont le doux
. Voilà pourquoi,chers scouts, la Sainte Église Catho- visage n'a pas été flétri par la vie, mais respire la pureté
hque vous regarde avec tant d'espérance. Voilà pourquoi qui fait monter à son front une chaste rougeur. Cette
elle désire de tout cœur que vous soyez de bons scouts. jeunesse qui se tient bien droite, le tête levée vers le ciel,
Car .le bon ~cout ~st a.ussi bon catholique. Voilà pour-
qUOI la patne et 1 Éghse sont persuadées que le mou-
:ement scout est l'aurore d'un grand événement, aussi
f avec des nerfs d'acier et qui sait déposer son avenir,
son âme, ses désirs, ses projets, ses efforts, avec une
profonde humilité et un ardent amour, devant le Divin
1mportant dans la vie de l'humanité que dans la nature Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
l'apparition du perce-neige dressant la tête au milieu Louveteaux 1Scouts 1Routiers! Commissaires! Scout-
de la. couche de neige qui Couvre le sol; elles voient
en lUlle précurseur d'un avenir plus beau, plus ardent,
plus heureux.
1
\,
mestres! Nous tous réunis des quatre coins du monde
devant l'autel du Seigneur, ployons humblement les
genoux, à l'élévation, devant le Grand Chef des scouts,
Mes chers amis, vous voyez représenté sur le fanion devant Notre-Seigneur descendu au milieu de nous, et
du camp de Gôdôllô le cerf merveilleux de la vieille faisons cette prière : Accordez~nous, Seigneur, la grâce
légende hong~oise. ~'après la légende, ce cerf apparut d'être des bons scouts, pour devenir meilleurs, pour
~our la prem1è~e fOlS aux Hongrois encore païens, devenir des fils plus dévoués, plus aimants, plus purs
11 y a plus de mllle ans, dans le lointain Orient et leur et plus obéissants de votre Sainte Église Catholique.
~ontra le chemin de leur nouvelle patrie. pius tard Ainsi soit-il!
11 apparut à saint Ladislas, avant la bataille de Vac,
TABLE DES MATIE:RES

I. -Il est ressuscité.................................... . 5


II. -Nous ressusciterons......... . ...... ......... . .. .... 19
III. -La Résurrection du Christ: notre consolation 34
IV. -Les Messages du Christ Ressuscité....... .. . .. 49
V. -Est monté aux cieux........................ .... . .. 65
VI. -D'où Il viendra juger les vivants et les morts 82

VII. Les c6nsolations du Jugement dernier........ 98


VIn. - Jésus-Christ est le même 'hier, aujourd'hui
et à jamais ........................................ 115
IX. - A quel titre honorons-nous la Sainte
Vierge ?............................................ . 132
X. Objections au culte de Marie.................. 146
XI. Marie et notre foi ................... .. .. .. .. .... .. 162
XII. - - Marie et les femmes ........................ .... .. 179
XIII. - Marie et les mères ........................ . ....... 195
XIV. «Toutes les générations m'appelleront bien-
heureuse »........... .. .................... .. .. ... . 210
XV. Les images de hi Vierge Marie ................. 225
XVI. - La Mère des douleurs ............................ 241
XVII. - Notre-Dame ....................................... . .. 256
XVIII. - Le Saint Rosaire ................................... 265
XIX. Sermon aux Scouts ... . ... .. .... .. .... ............. 279

(mprimé en Belgique. - Printed ln Belgium ,) 173.