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Libre Journal de la France courtoise no 1

Serge de Beketch Jean-Pierre Cohen


Xinemes de Cisneros ADG Aramis Bernard Lugan
Philipe Valdene Anne Brassié Nathalie Manceaux
Anne Bernet Pierre Monnier Jean Silve de Ventavon
Jérôme Brigadier Chaumeil Joseph Grec
Jacky Redon Père Guy-Marie

21 avril 1993
Comment le Libre Journal de la
France courtoise est-il financé ?

À sa naissance, le Libre Journal de la France courtoise n’a évidemment vu


se pencher sur son berceau aucune de ces fées Carabosse que sont les banques,
les organismes d’État qui prétendent « aider la presse » ou les agences de
publicité.
Voici comment il a vu le jour.
En février, nous avons posté trois mille lettres proposant un « abonnement
anticipé » à un« décadaire de civilisation française et de tradition catholique »
élaboré par des journalistes partageant le même sens de la liberté.
À ce jour, six cents personnes ont répondu. La somme collectée se monte
à deux cent cinquante mille francs. Cet argent paiera les frais techniques
pendant trois mois.
Les nouveaux abonnements souscrits devraient prendre le relais.
Pour réussir, il nous faut cinq mille abonnés.
C’est évidemment quelque chose qui doit faire ricaner les milliardaires
globuleux, mais le seul moyen d’avoir une presse libre est de payer
les journaux à leur juste prix.
Abonnez-vous au Libre Journal de la France courtoise, dé-
cadaire de civilisation française et de tradition catholique. Abonnement
d’un an 600 F, abonnement de six mois 350 F, abonnement d’essai
(trois mois) 200 F. Pour l’outre-mer et l’étranger, merci d’ajouter cent
francs de frais postaux.
Pour vous abonner, envoyez simplement votre carte de visite accompagnée
du formulaire de paiement (mandat ou chèque à l’ordre de SDB) à SDB,
68 rue David d’Angers 75019 PARIS.

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Civilisation française et
tradition catholique
Éditorial

Confucius recevait, un jour, les doléances de quelques lettrés. L’Empire


en plein marasme, les valeurs traditionnelles effondrées, la famille éclatée,
le travail manquant, les bandits ravageant les campagnes, la corruption
gangrenant l’État, il fallait faire quelque chose. Mais quoi ?
— Un dictionnaire ! répondit le sage.
Parlant sur l’antenne de Radio Courtoisie, la soviétologue Françoise
Thom dénonce l’arrogante inefficacité de la politique occidentale de « bonnes
œuvres», qui insulte la dignité du peuple de Russie.
— Que faire ? interroge Jean Ferré.
— Formons des juristes, réplique l’historienne.
Ainsi, à vingt-cinq siècles de distance, c’est le même remède que l’intelli-
gence organisatrice propose aux sociétés malades.
Au chaos, elle oppose l’ordre ; à l’entropie, l’élan vital ; aux vociférations,
la réflexion ; aux gesticulations, l’harmonie.
À la bassesse du bavardage politicien elle répond par l’élévation du
discours politique.
Telle est notre ambition.
L’héritage est en jachère, le pays livré aux appétits des gangs politiciens,
aux exactions des bandes ethniques et au terrorisme intellectuel des lobbies,
la morale bafouée, les fruits du travail confisqués, la démocratie enchaînée,
l’information prostituée. Que faire ?
Un journal.
Un journal libre.
Affranchi des groupes de pression financiers, des lobbies pourrisseurs, des
réseaux politiciens et des « autorités morales ».
Un journal de luxe parce que sans publicité, sans appui politique et sans
soutien bancaire.

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Libre Journal de la France courtoise no 1

Un journal qui affirme tranquillement, mais fermement, son ambition


d’être un lieu de civilisation française et de tradition catholique.

Le Libre Journal de la France courtoise.

Il est entre vos mains. Son avenir aussi.

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Quelques nouvelles du marigot
Par S. de B.

Le « discours du trône » d’Édouard Balladur a fait deux morts : Jacques


Chirac et Raymond Barre.
Celui-ci a été effacé du paysage politique français, qui n’a pas besoin d’une
imitation quand l’original est aussi réussi.
Celui-là a vu se confirmer les pires pronostics de ses conseillers selon qui,
en poussant Balladur à Matignon, il prenait, dans la perspective de l’élection
présidentielle, le double risque de devoir s’effacer devant son succès ou de
devoir endosser son échec.

Que Balladur échoue ou qu’il réussisse, Chirac ne sera donc jamais


président de la République. Même les Guignols de l’info l’ont compris, qui ne
montrent plus l’éternel candidat malheureux qu’en pot de colle vindicatif.
Le nouveau Premier ministre tient, à lui seul, deux « emplois » entre
lesquels le badaud français n’a jamais cessé de balancer : la bravache et le riz-
pain-sel, l’aristo et le bourgeois, le baroudeur et le père tranquille, Napoléon
et Louis-Philippe, Pétain et Laval, De Gaulle et Pinay, Chaban et Pompidou,
Chirac et Barre.
Ces irréconciliables inséparables, Balladur les fond en un, à la fois Double-
Patte et Patachon, Capitaine Fracasse et Joseph Prudhomme. En témoigne
l’insistance mise, dans le discours aux assemblées, sur la nécessité de restaurer
« l’exemple français ».
Par les mêmes mots, Balladur-Prudhomme rompt avec la pénible et
coûteuse prétention française, portée à l’incandescence par les socialistes,
d’offrir éternellement un « modèle » au monde entier qui s’en fout. Et
Balladur-Fracasse renoue avec le vieux mythe français de la « mystique
républicaine ». Comme Péguy opposait « la République pour laquelle on offre
sa vie » à « la République dont on vit », le Premier ministre condamne « ceux
qui se servent de l’État au lieu de servir l’État » et, comme Péguy, il célèbre
la « Chrétienté médiévale ».

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Libre Journal de la France courtoise no 1

À la même tribune, d’où naguère, contre le simple bon sens, un petit


Combes accusait l’Église d’avoir « refusé pendant des siècles d’admettre que
les femmes ont une âme », c’est une nouveauté qui, sans sombrer dans la
Balladurolâtrie où se complaît la valetaille médiatique, mesure le change-
ment. Comme l’annonce de prochains entretiens avec tous les responsables
politiques, « y compris ceux qui ne sont pas représentés à l’Assemblée », c’est-
à-dire y compris le Front national, révèle une belle liberté d’esprit à l’égard
de ce qu’Annie Kriegel a eu le courage de dénoncer comme « l’insupportable
police de la pensée ». Reste à apprécier la viabilité de ce changement et la
vigueur de cette indépendance. Une fois la diète ministérielle de voitures
neuves et de GLAM jugée pour ce qu’elle est : un gadget sympathiquement
démago, on se demande en quoi le nouveau gouvernement incarne, par ses
hommes comme par ses premiers actes, ce fameux exemple français.

Un exemple, vraiment, le ministre de la Défense, Léotard, tintinnabulant


de casseroles mal récurées par un non-lieu accablant et qui offre, pour tout
état de service militaire, une villégiature dans le Beyrouth de la dolce vita
d’avant la guerre ?
Un exemple, Pasqua, matamore « impitoyable » avec les flics, comme il
fut jadis la « terreur des terroristes » ?
Un exemple, Simone Veil, politicienne à queue de persil, qui n’existe que
dans des sondages maquillés ?
Un exemple, l’infinitésimal Toubon à la culture ? Un exemple, Barnier,
gérant de la faillite des J.O. ? Un exemple, Carignon ? Un exemple, Sarkozy ?

Quant aux actes. . . Qu’a-t-on vu ?


Ceux de Balladur, d’abord.
Ambitionnant de renouer avec la règle prétendument gaullienne de rup-
ture avec la dictature des partis, il a laissé concocter un gouvernement
objectivement de gauche, où tous les chefs de clans sont représentés, y compris
les plus ectoplasmiques comme Léotard.
Pour rassurer la droite dure, il confie l’Intérieur à Pasqua mais celui-ci
s’empresse de donner des gages à la gauche molle.
Pour doper le RPR contre l’UDF, il privilégie le centre, dont l’un des épi-
gones, Méhaignerie, proposait à Mitterrand un « soutien sans participation »
qui assura, en 1988, la survie d’une majorité socialiste claudicante.
Pour désarmer la gauche, il embauche Simone Veil, qui le trahira à la
première occasion comme aux Européennes de 1989 où, pour le plus grand
profit des socialistes, elle présida une liste de diversion contre ses propres
amis.

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Libre Journal de la France courtoise no 1

Quant aux actes des ministres. . .


Le ministre de l’Intérieur présente et réitère « les excuses du gouverne-
ment » aux terreurs de banlieues accidentées du travail, mais n’a pas un
mot, pas un geste de compassion pour les victimes de l’impuissance de l’État
à assurer la sécurité et l’ordre publics, comme le libraire de la Courneuve
assassiné à coups de pied par des allogènes drogués et sidaïques en liberté.
Le ministre de l’Enseignement supérieur renie la promesse, faite pendant
la campagne, de supprimer les instituts universitaires de formation des
maîtres, véritables couveuses à incapables marxistoïdes.
Le ministre des Villes garde de Conrart le silence prudent quand les
banlieues s’embrasent.
Le ministre de la Culture se multiplie en complaisances pour son prédé-
cesseur, au point qu’on finit par se demander pourquoi il a pris sa place,
et clame qu’il est de gauche comme Malraux, pour les colonnes de Buren
comme Lang et pour la distribution des capotes anglaises dans les lycées
comme Nini-pattes-en-l’air.
Le ministre du Logement réserve sa première visite à ce méchant pleurni-
chard de bastringue médiatique qu’est le camarade Grouès, dit l’Abbé Pierre.
Les ministres s’empoignent publiquement sur la question de savoir s’il
faut ou non continuer à engraisser les immigrés délinquants avec l’argent des
allocations familiales.
Enfin, la nouvelle majorité renonce au projet électoral piqué dans le
programme du Front d’instaurer un « salaire maternel », obtempérant ainsi
aux glapissements de mégères syndiquées qui l’accusent de « couper les
femmes du monde du travail ».
Bref, comme l’écrit Annie Kriegel dans le Figaro, c’est à croire qu’il n’y a
« pas d’autre programme, d’autre projet, d’autres valeurs en tous domaines
que ceux qui ont inspiré les ministères socialistes successifs ».

Et puis, il y a le pire.
Ce nouveau gouvernement a le mauvais œil.
En moins d’une semaine après les recommandations balladuriennes,
Léotard s’est embarqué dans un avion du GLAM pour faire voter son
augmentation de salaire par le conseil municipal de Fréjus, les policiers
de Pasqua, remontés aux anis gras, ont rectifié trois voyous allogènes, les
aviateurs de Léotard ont coulé un Mirage 2000 dans le ciel bosniaque, les
porteurs de valises syndiqués ont cloué Air France au sol, les loulous sont
entrés dans Paris, Balladur porté à Matignon sur la promesse de ne pas
augmenter les impôts s’est renié comme le premier Clinton venu et Mitterrand
a gagné dix points dans les sondages de popularité.
C’est un premier bilan.

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Libre Journal de la France courtoise no 1

On ne peut pas dire qu’il soit globalement positif pour quelqu’un qui
proclamait, plus Joseph Prudhomme que Capitaine Fracasse : « Nous avons
été élus pour appliquer notre projet et pas un autre ».

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Cohenneries

Bien revenu et mal parti


Par Jean-Pierre Cohen

Ça c’est la meilleure ! Pasqua flanqué d’un conseiller pour les questions


d’immigration ! Et moi qui prenais Charlie Charter pour le plus grand spé-
cialiste français du problème. Quelle déception. Mais bon, après tout, vu leur
nombre, on n’est jamais trop de deux pour s’occuper des immigrés. Et puis,
c’est sans doute aussi que Pasqua s’est rendu compte que, dans le domaine
de la lutte contre l’immigration sauvage, des choses lui avaient échappées
entre 1986 et 1988 quand il était déjà ministre de l’Intérieur. Je veux parler
par exemple des quelques dizaines de milliers d’immigrés clandestins qui ont
débarqué à cette époque chez nous en croisant les 101 Maliens que Charly-la-
terreur avait renvoyés chez eux avec des « Vous allez voâr, ce que vous allez
voâr » à faire frémir les défenseurs des droits de l’homme.
Bref, il avait bien besoin de ce Jean-Claude Barreau pour lui prêter main-
forte. Un homme celui-là, un vrai de vrai. Vont pas rigoler les immigrés avec
lui. Parce que pour ce qui est de leurs combines pour venir manger notre
couscous, le Barreau il est au Coran. Faut voir le pamphlet qu’il a écrit sur
l’immigration en général et la France en particulier. Un truc que même Le
Pen y aurait regardé à deux fois avant de le signer. Et son plan, vous l’avez
vu son plan ? Aussi simple qu’efficace : y a rien qu’à appliquer les décisions
des tribunaux administratifs qui prononcent chaque année 25 000 mesures
d’expulsion. Enfoncés les 101 Maliens de Pasqua ! Moi, j’ai calculé : ça fait
68 immigrés foutus dehors par jour (68 et demi, mais je vous fais grâce de la
décimale). C’est là où je deviens sceptique : y a pas une compagnie aérienne
qui acceptera d’emmener chaque jour ces pèlerins-là. Elles perdraient leur
clientèle vite fait.

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Brèves

Clairvoyance
Stupéfiante pronostication du Point : « Nombreux donnent Bruno Mégret
pour devenir le numéro UN du parti ». C’est signé Jean Noli. Encore un
candidat au Pulitzer.

Recul
Rapportée par le même Noli, ce prétendu secret d’un « confident » de Le
Pen : « Jean-Marie a mis en place une organisation, de nouveaux cadres et
trouvé des appuis financiers ». Incroyable, non ?

Vaticination
Du même, encore, cette analyse : « Les prochaines consultations électo-
rales, les cantonales, mais surtout les européennes en 1994, pour lesquelles
l’application de la proportionnelle au niveau régional pourrait coûter des
sièges au FN, serviront donc bel et bien de banc d’essai pour le candidat à
la succession. » Geneviève Tabouis, enlève ton linceul, on t’a reconnue !

Dans le gaz
Premier accroc entre Balladur et Chirac. Le premier voulait organiser un
conseil des ministres en province. Le second a ricané : « C’est un gadget. »
Balla n’a pas trouvé ça drôle du tout.

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Libre Journal de la France courtoise no 1

Réveillé
Tout le monde a été surpris de constater que Barre ne dormait pas
pendant le discours de Balladur.
Explication : il n’avait pas ouvert l’œil pendant le discours du doyen
Charles Ehrmann.

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Anastrophes, billevesées & coquecigrues

Y a-t-il une gauche après la


gauche ?
Par Ximenes de Cisneros

Depuis qu’il a adopté le rythme hebdomadaire, notre excellent


confrère Globe ne s’appelle plus « le magazine du temps qui pense ».
Qu’on se rassure : il n’a pas cessé de penser pour autant – comme
en témoigne le fulgurant dossier qui traverse ses trois dernières
livraisons. Un dossier qui pose la « question centrale », comme on
dit dans l’intelligentsia : quel avenir pour le socialisme ? enfin, la
gauche, quoi, euh disons le « camp du progrès ». Pour répondre à
cette grave interrogation, Globe a réuni un impressionnant aréo-
page de cerveaux ; chacun y va de sa « contribution » – et il y a
autant de sons que de cloches. . .

Glucksmann : la gauche en panne d’essence


Ne soyons pas injustes. Il y en a quand même un qui tire à peu près
son épingle du jeu : chargé de faire « l’état des lieux », André Glucksmann
se montre indiscutablement le plus lucide – c’est-à-dire le plus cruel. « Les
mobilisateurs du bon-peuple-de-gauche » comptaient, nous explique-t-il, sur
« le stock inaltérable de bons sentiments et de visions définitives du monde »
qui anime la gauche profonde. Aussi, face à l’effondrement annoncé du
socialisme, avaient-ils reporté tous leurs espoirs sur le score triomphal promis
par les sondages aux écolos. « La gauche entière en eût été réconfortée : “Mes
drapeaux changent, mais je demeure”. . . » Las ! Il n’en fut rien. Glucksmann
a son explication : « La gauche était Essence. Elle s’auréolait d’un ensemble
de valeurs universelles si sublimes, si pures, qu’à leur manquer on s’avouait
franc salaud (cf. Sartre : “Tout anticommuniste est un chien”). Elle s’est

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Libre Journal de la France courtoise no 1

perdue en devenant Existence. » En clair, la gauche n’était crédible que dans


l’opposition. Après douze ans de pouvoir, elle n’a pas survécu à l’aller et
retour entre l’idéal et le réel. Châtiment justifé, selon l’ami André : « 400 000
sans-abri, la transmission administrative du sang contaminé, la corruption
des élites sur fond de trois millions de chômeurs, c’est trop ! »

Un nouveau carburant : l’humanitaire


Malheureusement, dès qu’il passe du constat aux perspectives,
Glucksmann perd tout esprit critique pour devenir, à son tour, sergent-
recruteur du « bon-peuple-de-gauche ». « La gauche idéologique est K.O.,
puisse-t-elle rester au tapis ! » s’exclame-t-il. « Mais une gauche politique a
des chances d’avenir. » C’est quoi, une gauche politique ? C’est celle qui,
au lieu de proposer de « mirifiques choix de société », saura s’attaquer
aux « urgences de l’heure ». Bref, Glucksmann plaide pour une gauche
« humanitaire ». Et comment fera-t-elle sa pelote, s’il vous plaît – sinon en
allant puiser à son tour dans ce « stock inaltérable de bons sentiments » que
le même moquait quelques lignes plus haut ? Il est vrai que l’ex-maoïste,
ex-nouveau philosophe anticommuniste, s’est recyclé entre-temps dans la
théorisation du kouchnérisme. . . Personne n’est parfait. Et puis, après tout,
ça a marché en Somalie ; pourquoi ça fonctionnerait pas en France, hein ?

Bergé est ses brebis égarées


Tout est simple aux simples. Pierre Bergé ne s’embarque pas dans des
considérations philosophiques fumeuses. Pour lui, il n’y a pas de problèmes :
il n’y a que des solutions.
Certes, « la gauche a perdu les législatives » (ce mec lit la presse !), mais
« elle n’a pas perdu la présidentielle » (et pour cause : elle n’a pas encore eu
lieu). Donc, tous les espoirs sont permis : pour la gagner, nous explique-t-il,
« y-a-qu’à » suivre quatre consignes limpides :
1. « Le PS doit tirer les conclusions » de sa défaite (c’est bien parti. . .) ;
2. « Il faut reconstruire un parti de progrès » (voilà une idée qu’elle est
bonne !) ;
3. « Les écologistes doivent prendre leur place dans ce parti ». Autrement
dit, même à 8%, on a bien besoin d’eux ; mais c’est aussi leur intérêt :
« C’est là qu’ils se feront entendre, car l’écologie n’appartient à
personne » (ah ! l’admirable démonstration !)
4. Le clou du raisonnement : « Les déçus du socialisme doivent reprendre
confiance », puisque le candidat de la gauche peut gagner en 1995 ! »

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Libre Journal de la France courtoise no 1

C’est l’Appel du Génie de la Bastille : vous qui êtes dégoûtés par douze
ans de socialisme, ne perdez pas espoir : le prochain président pourrait
bien être. . . socialiste !

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C’est à dire

Des chiffres et des êtres


Par ADG

Antiquité de l’homme de gauche – Avortement et démocratie –


Les entrailles de Fabius – Grandeur consécutive de Balla.

Au commencement était le verbeux. C’était un homme pensif et sagace,


aux lorgnons d’acier et aux reins fragiles, qui contemplait le monde avec une
certaine réserve tout en estimant qu’il remontait à la plus haute antiquité,
comme le vistamboir et le maillochon.
À quel moment exactement devint-il de gauche, c’est ce que l’entomo-
logiste le plus doué ne peut déterminer avec certitude. Vraisemblablement
un jour d’orage ou de lombalgie qu’il ne put soigner avec une application
d’entrailles de chien jaune du Mexique, remède souverain pour tout ce qui
est rhumatismal.
L’homme de droite est plein d’incertitudes arrogantes alors que l’homme
de gauche n’est fait que de certitudes bègues, c’est ce qu’on nous enseigne en
latin, à la Sorbonne.
Pourtant, l’homme de gauche réalisa des choses merveilleuses, je cite
en vrac : la bonté native des indigènes de l’île Ouen, les congés payés,
l’affaire de Carpentras, les années-lumière du savant professeur Jack Lang,
le développement du carrefour et inversement, la fable du loup coupable et
de l’agneau responsable, les colonnes infernales et celles de Buren, la guerre
civile, le Rainbow Warrior, l’avortement, le régicide, le ridicule, l’eau tiède,
Édith Cresson, le cabinet des illusions, la démocratie, le sang contaminé.
Malgré ces belles découvertes, l’homme de gauche est actuellement en perte
de vitesse ; il ne fait plus prime sur le marché de l’occasion et on a beau
chercher, on ne le voit plus guère que dans les émissions d’Anne Sinclair qui
a des obligations mondaines.

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Libre Journal de la France courtoise no 1

À l’Assemblée nationale même, il est en minorité bien qu’en face de lui,


il n’y ait guère qu’arrogance, l’oripeau plus les oripeaux.

Michel Rocard qui a perdu ses lorgnons d’acier mais gardé un dos fragile
(la faute d’avoir confondu les entrailles de Fabius avec celle d’un chien jaune)
est désormais le chef de cette cohorte bourbakienne qui erre dans les steppes
glacées de la Chambre des députés en rongeant leur frein et des os verdâtres
de tyrannosaures disparus.
C’est pitié. Je suis récemment allé à Conflans-Sainte-Honorine visiter le
musée des bateleurs, à moins qu’il ne s’agisse de celui de la batellerie.
Une bien pittoresque excursion au milieu des toueurs à gages et des voies
d’eau qui m’a fait comprendre pourquoi M. Rocard ne serait pas élu : il n’a
pas une constitution à aller manger des gardons frits dans une guinguette en
chantonnant « regardez- moi ça si c’est chouette ».

Maintenant, j’ai à vous communiquer des chiffres alarmants qui ne


viennent pas de moi qui fus toujours interdit de cours de mathématiques,
mais de l’érudit Marcel Pétron Bazillyère qui est peintre à Carcès (Var)
après l’avoir été à Nouméa (Nouvelle-Calédonie). Ce qu’il me transmet est
effrayant, bien plus que les six millions de chômeurs, d’immigrés ou de ce que
vous voulez, quoique rassurant pour ce qui concerne la dénatalité.

NOUS SERIONS EN FRANCE TROIS MILLIARDS


D’HABITANTS !

Je le répète sans crier, nous serions en France trois milliards d’habitants. . .


Comment en est-il arrivé là ? À partir du score du Front National qui, avec
trois millions de voix, n’a pas obtenu un seul député alors que le Parti
communiste a 23 sièges, donc, au moins 23 fois trois millions et demi, soit
80 millions et demi d’électeurs. Le reste suit, l’UPF avec ses 480 sièges a vu
voter pour elle la bagatelle d’un milliard six cent quatre-vingts millions de
quidams et quidamesses, bref, en tenant compte des abstentions, on arrive
presque au chiffre de trois milliards d’habitants. Je me demande comment
M. Balladur va arriver à nourrir toutes ces pauvres bouches, à moins que Mme
Simone Veil ne s’occupe un peu vivement d’avortements et M. Kouchner –
qui n’est plus au gouvernement mais qui mériterait d’y être – n’y aille de sa
contribution rizicole.
Mais je m’aperçois que l’heure tourne à raison de soixante secondes par
minute et que vous avez peut-être une daube sur le feu. Je serais confus
de vous la faire trop réduire, d’autant que ni les chiffres ni la politique ne
nourrissent leur homme, alors pensez, trois milliards !
Et c’est pourquoi, nonobstant les pessimistes, Balla est grand.

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Entretien courtois avec

Dominique Jamet

Voilà quatre ans et demi, Dominique Jamet, brillant journaliste


d’opposition et pamphlétaire redoutable acceptait à la surprise
générale, la direction du chantier de la Grande Bibliothèque, un
des projets pharaoniques de François Mitterrand. Esprit libre avant
tout, il s’explique aujourd’hui dans ce premier entretien courtois
du Libre Journal.

Le Libre Journal : Dominique Jamet, la Grande Bibliothèque de France


n’est-elle pas une sorte de merveille du monde comme les Jardins
suspendus de Babylone : on en parle, on en voit images et maquettes
mais elle n’existe pas ?
Dominique Jamet : Au contraire, elle existe déjà. Les deux tiers, deux
cent mille mètres carrés de planchers, sont construits. Le projet est très
avancé. La bibliothèque peut être inaugurée au moment prévu.
Le Libre Journal : Grande plume de la presse d’opposition, vous avez
une réputation d’homme de droite et, pourtant, vous avez accepté un
poste d’un président de la République socialiste. . .
Dominique Jamet : N’ayant jamais épousé la droite parlementaire, offi-
cielle, installée, je n’ai pas eu non plus à en divorcer et je ne me suis pas
davantage remarié avec la gauche. Déjà, au second tour de 1965, j’avais
préféré Mitterrand à De Gaulle qui incarnait, à mes yeux, la République
autoritaire et l’abandon misérable et déshonorant de l’Algérie française.
Au second tour de 1981, j’ai donc maintenu mon choix du candidat qui
me paraissait le meilleur. D’ailleurs, si j’ai fait ma carrière dans des
journaux classés à droite, je ne suis ni homme de droite ni homme de
gauche, mais homme. Un homme libre, tout simplement.

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Libre Journal de la France courtoise no 1

Le Libre Journal : Tout de même, vous avez une relation privilégiée


avec Mitterrand. Un cousinage intellectuel ?
Dominique Jamet : Pendant des années, Mitterrand a accompli un acte
honorable et courageux : en faisant déposer une gerbe sur la tombe du
Maréchal Pétain, il s’est montré un homme de tradition, de culture et
d’ouverture. Né en 1916, il a vécu la défaite et l’invasion ; il sait que
ce n’était pas une partie de plaisir. Il sait que le Maréchal n’était pas
porté par une ambition sénile mais qu’il a accepté une lourde charge
par amour de son pays. C’est cela que je goûte chez Mitterrand : cette
hauteur de vue, qui lui permet à la fois d’honorer comme il le mérite le
vainqueur de Verdun et de rendre l’hommage qui leur est dû aux héros
de la Résistance ou aux martyrs juifs. C’est à l’élévation d’un point de
vue qui permet de découvrir la vérité sous plusieurs aspects à la fois
que l’on reconnaît l’homme civilisé.
Le Libre Journal : Votre fonction au centre d’un écheveau de rela-
tions complexes entre l’État, le pouvoir, l’administration, les cours,
les lobbies et les fournisseurs représente une sorte d’ambassade dans
une république bananière. Comment avez-vous plié votre personnalité
ombrageuse à d’aussi lourdes obligations diplomatiques ?
Dominique Jamet : Aucun homme de culture n’aurait refusé une mission
aussi exaltante. Je l’ai acceptée en pensant, non sans naïveté, que
ceux qu’accablaient l’insuffisance, l’archaïsme, l’inaccessibilité de la
vieille Bibliothèque nationale, que les bibliothécaires, les érudits, les
politiques applaudiraient unanimement un projet beau, utile, élevé,
sans mesquinerie ni arrière-pensée ; que ma tâche serait, si j’ose dire,
simplement d’orchestrer la collaboration des ingénieurs, des architectes,
des techniciens, des bâtisseurs, des bibliothécaires, des administrateurs.
J’ai constaté qu’au contraire un grand projet, par le fait même qu’il
est grand, bouscule les habitudes, dérange les gens en place, rompt
les équilibres sociaux, ou plutôt mondains ; qu’il inspire la méfiance,
déçoit les ambitions ; qu’il inquiète et irrite ; qu’il suscite donc toutes
sortes d’oppositions. Celle des budgétaires, qui trouvent toujours qu’un
centime pour la culture est un centime perdu. Celle des provinciaux,
pour qui tout ce qu’on fait à Paris est fait contre eux. Celle des gens
« raisonnables », qui croient toute innovation dangereuse. Celle des
jaloux, qui aspirent à prendre votre place et qui croient, de bonne foi
sans doute, qu’ils feraient mieux. J’ai donc consacré une grande part
de mon temps et de mon énergie à des affrontements dans l’ombre
que ma position m’interdisait de rendre publics, alors que ma nature

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Libre Journal de la France courtoise no 1

de journaliste me poussait, au contraire, à les exposer au grand jour


comme témoignages du dysfonctionnement d’un système.
Le Libre Journal : Ce n’est que partie remise ?. . .
Dominique Jamet : Il y aura à dire, le jour venu. . . Cette expérience
m’a permis d’échapper à un métier que j’exerçais depuis trente ans et
dont j’avais épuisé les charmes. Le journalisme est éphémère, ici, j’ai
découvert la continuité d’une action à long terme. Le journalisme po-
lémique que je pratiquais, c’est la destruction ; j’ai appris à construire.
Le journalisme ne laisse, hélas, rien ; cette œuvre durera.
Le Libre Journal : Pourtant, n’êtes-vous pas, au fond, resté journa-
liste ?
Dominique Jamet : J’ai, en tout cas, exploré un univers dont j’ignorais
tout : le bâtiment, la construction, les marchés, le milieu des bibliothé-
caires, l’administration et le monde politique que je ne connaissais qu’en
observateur extérieur. Je ne regrette pas cette expérience. D’abord,
parce que je vois naître et grandir le fruit de mon travail et de mon
temps. Ensuite, parce que rien de ce que j’ai vu, entendu et compris
pendant ces années n’est perdu. . .
Le Libre Journal : Fort de cette expérience et de cette exploration, que
pensez-vous du mépris croissant que les Français professent pour le
monde politique et même pour la haute administration ?
Dominique Jamet : Le milieu politique et la haute administration res-
semblent très largement à l’image que l’opinion en a. Ni le sens de l’État
ni celui du service public ne constituent, à de notables exceptions près,
le souci principal d’un univers gangrené par l’ambition, le carriérisme,
la cupidité, les intérêts personnels ou de clan.
Le Libre Journal : Votre rêve de pierre prend forme. Quelle en sera
l’originalité lorsqu’il sera devenu réalité ?
Dominique Jamet : Dans trois ans, il y aura dans le monde, et ce sera à
Paris, un endroit où non seulement les chercheurs, les intellectuels et les
habitants du monde des idées, mais aussi toute la nation auront accès
à la lecture simple ou savante, à des collections, à un savoir qui, jusqu’à
présent, n’était pas accessible. Il est exaltant de mettre à la disposition
de tous une connaissance réservée jusqu’ici à une élite d’érudits.
Le trésor conservé au nom de la nation, qui était jalousement protégé
contre la curiosité, va devenir le bien de tous. Cela suffit, je vous
l’assure, à assouvir mes espérances.

23
Libre Journal de la France courtoise no 1

Le Libre Journal : N’y a-t-il pas grand risque à « ouvrir » une biblio-
thèque ? Ne va-t-on pas livrer aux vandales du nouvel âge des ténèbres
le trésor culturel que, jadis, les monastères-forteresses ont préservé ?
Regardez ce qui se passe à Beaubourg, saccagé par la génération Rap-
Tag-Lang ?
Dominique Jamet : Une bibliothèque dite « nationale » inaccessible à la
nation est une imposture indéfendable. Le vandalisme de la sottise ou de
la malfaisance est également intolérable. Notre mission est de concilier
la volonté d’ouvrir le patrimoine au public et la détermination de le
sauvegarder. Nous avons l’expérience de ce que l’on appelle « l’effet
Beaubourg » et donc les moyens d’en prévenir le renouvellement. La
solution est de tenir à l’abri tous les originaux rares, précieux ou
indispensables au patrimoine, mais de permettre leur libre consultation
sous la forme de toutes les reproductions que la technologie moderne
permet. Elle est aussi de donner aux lieux un style, un confort, une
ambiance qui n’incitent pas au relâchement.
Le Libre Journal : Quand ce rêve sera accompli, désirerez-vous en
devenir le conservateur ?
Dominique Jamet : Ayant reçu et accepté la mission de construire la
Grande Bibliothèque, j’ai le désir de l’accomplir jusqu’au bout. Mais
je ne suis ni administrateur ni bibliothécaire et j’attends surtout le
moment où je pourrai de nouveau assouvir l’envie d’écrire, qui me
possède chaque jour davantage.
Le Libre Journal : Vous aurez donc, comme Moïse, conduit le peuple
jusqu’à la Terre promise sans pouvoir vous-même y entrer ?
Dominique Jamet : J’espère que l’on m’y acceptera comme lecteur.
Le Libre Journal : La postérité parlera-t-elle de la Bibliothèque
Mitterrand ou de la Bibliothèque Jamet ?
Dominique Jamet : Je serais comblé si l’on réservait, dans la
« Bibliothèque Mitterrand », une petite salle « Jamet ». Je songe
au désir que les bâtisseurs avaient naguère d’être ensevelis dans les
cathédrales qui étaient l’œuvre de leur vie. Et je le comprends.
Propos recueillis par Serge de Beketch.

24
Histoire de France

Vercingétozévicz et Yul César


Par Aramis

Avertissement
Fallait-il oser ? Telle est la question que se posaient les auteurs avant
la rédaction de cette histoire de France onusienne racontée aux enfants.
Aujourd’hui après les multiples succès des opérations humanitaires qui ja-
lonnent les deux dernières décennies, la réponse est sans appel, comme le
confirme le professeur Gaston Ropiteau 1 : « Le temps est venu de rompre avec
la vision réactionnaire et primale qui voudrait que l’histoire de l’humanité,
depuis la fin des temps géologiques, soit le fruit d’une violence profonde
venue du fond des âges. Les campagnes telles qu’un bateau pour le Viêt Nam,
un half-track pour l’Irak, du riz pour la Somalie, etc. nous ont démonté le
contraire. » Forts de ce principe, nous avons classé chronologiquement les évé-
nements ; associant étroitement le processus de distribution des secours, les
conditions de sécurité, les éléments du règlement politique et de la nécessaire
réconciliation.
Aucune idéologie ne préside dans le choix des faits, c’est une vision aussi
complète qu’objective qui est donnée.

Les auteurs : H. Plumeau et R. Jacob.

Il y a très très longtemps, bien avant Raymond Barre, la France s’ap-


pelait la Gaulavie. Ses habitants s’appelaient les Gaulaves. Ils portaient des
moustaches et ne craignaient qu’une chose, c’est que le ciel leur tombe sur la
tête ! En un mot ils étaient naïfs car même l’abbé Pierre ne croit plus à ces
choses là ! Leurs prêtres s’appelaient des druides. Ils cueillaient le gui dans
1. Titulaire de la chaire de tolérance à l’université de Vierzon.

25
Libre Journal de la France courtoise no 1

les arbres. C’est en souvenir des druides que l’ont dit encore aujourd’hui :
« Laisse béton Guy, j’ai les boules !»
Les Gaulaves enfin étaient très batailleurs et très méchants. D’ailleurs
ils étaient aussi blonds. Ce qui n’empêchait pas la Gaulavie d’être une mo-
saïque ethnique où les peuples s’entredéchiraient. D’autant que les Gaulaves
refusaient de rendre l’Alsace-Lorraine aux Germains venus de l’autre côté du
Rhin.
Rien dans la logique de cette guerre barbare ne permettait d’espérer
la paix. Surtout que les Gaulaves étaient très divisés. Ainsi la perspective
d’une Gaulavie laïque, démocratique, respectueuse des droits fondamentaux
de l’homme ne pouvait naturellement éclore.
Tout ceci se passait sous le regard hébété des peuples du monde et dans
l’indifférence à peine dissimulée de la communauté internationale. Les risques
d’extension du conflit étaient pourtant évidents.
Jugeant cette situation contraire au nouvel ordre mondial qui s’instaurait
depuis Rome, Yul César décida d’un plan de règlement en trois points (veni,
vidi, vici ) afin de mettre un terme à la barbarie. Seul un engagement massif
et résolu pouvait en effet offrir un autre avenir aux femmes et aux hommes
de ce pays martyr.
Mais cette arrivée salutaire des légions romaines, toutes casquées de bleu,
ne fut pas acceptée par la minorité nationaliste, égocentrique et stupide
qui regroupée autour de son chef, le dictateur sanguinaire et paranoïaque
Vercingétozévicz, poursuivait la guerre civile.
Par bonheur César grâce aux catapultes s’assura rapidement la maîtrise
des airs, contraignant les milices gaulaves à se retrancher dans le camp d’Alé-
sia. L’application stricte et immédiate de l’embargo international, fit le reste.
Vercingétozévicz, malgré de tonitruantes déclarations sur le détournement
des vivres des convois humanitaires, fut désarmé et arrêté pour crime contre
l’humanité. Six ans plus tard, alors que s’achevait l’instruction de son procès
pour génocide, purification ethnique et refus du port du casque obligatoire,
Vercingétozévicz se pendait dans sa cellule romaine. Le monstre assoiffé de
sang disparaissait dans l’indifférence de la démocratie retrouvée.

(À suivre. . .)

26
Histoire à l’endroit

L’africano-centrisme ou
l’histoire falsifiée
Par Bernard Lugan

Parlant de l’Afrique noire, Victor Hugo écrivait : « Quelle terre que cette
Afrique ! L’Asie a son histoire, l’Amérique a son histoire, l’Australie elle-
même a son histoire ; l’Afrique n’a pas d’histoire. »
L’auteur des Misérables avait-il raison ? À l’exception de l’Éthiopie et du
Rwanda, l’Afrique sub-saharienne était un monde sans États ayant eu une
profondeur historique, une continuité séculaire. Plus singulier encore, rien
de ce qui a permis le progrès de l’humanité n’est sorti de l’Afrique noire. Le
continent noir fut et continue d’être un continent récepteur et non concepteur.
Cette réalité insupportable aux nationalistes africains des années 1950–
1960 fut combattue par Cheick Anta Diop, autodidacte aussi brouillon que
prolifique. À la faveur des indépendances, ce barde africain fut propulsé à
la tête du prestigieux Institut français d’Afrique noire, dont le siège était à
Dakar.
Dans ce cadre privilégié, et grâce aux crédits français, il élabora de pseudo-
théories scientifiques tolérées durant trois décennies par le microcosme africa-
niste décébré par l’anticolonialisme et couché devant l’idéologie dominante.
Prudents caméléons, presque tous les africanistes français vivaient dans la
terreur de risquer l’accusation de racisme s’ils avaient simplement osé dire
tout haut ce qu’ils pensaient tout bas, à savoir que les thèses du Cheick Anta
Diop n’étaient rien de plus que des élucubrations de griot.
Le postulat de Diop est, en effet, sans nuances : les Égyptiens ont tout
inventé et la Grèce, puis Rome, sont les héritières de l’Égypte. Or, les
Égyptiens étaient des Noirs. Conclusion : les Noirs sont donc les créateurs de
la civilisation de l’Antiquité classique.

27
Libre Journal de la France courtoise no 1

Timidement, les linguistes tentèrent d’expliquer, avec humilité, qu’entre


l’égyptien ancien et le grec, les liens étaient aussi évidents qu’entre un
pommier et un baril de clous et que le simple rapprochement de sens ne
prouvait pas un apparentement linguistique. Dans le cas contraire, l’existence
du lac Kasba au Canada aurait permis à Diop d’affirmer que le Bey d’Alger
taquinait le goujon à l’ouest de la baie d’Hudson. . .
Avec toutes les précautions, les égyptologues risquèrent timidement une
remarque de bon sens : les Égyptiens n’étaient pas des Noirs, ainsi que les
milliers de momies mises au jour en apportent la preuve. Certes, la Nubie
fut, durant certaines périodes tardives, une dépendance de l’Égypte, mais
cela ne veut pas dire pour autant que les Nubiens aient peuplé la moyenne
et la basse vallée du Nil.

Un énorme complot
Calembredaines, affirmait le « savant africain » car l’égyptologie constitue
un énorme complot contre la race noire. Et comment, demanderez-vous ? Mais
tout simplement parce que les égyptologues détruisirent systématiquement
les momies noires pour ne garder que les blanches. CQFD ! Cette entreprise
de falsification de l’histoire aurait pu en rester au niveau de l’anecdote. Elle
aurait, à la limite, pu être étudiée dans nos universités comme un cas d’école
d’idéologie appliquée à l’histoire par un autodidacte obnubilé par sa théorie
et ignorant de l’ensemble d’une matière assez mal dominée.
Or, elle est devenue l’Histoire officielle. Dans l’Histoire de l’Afrique de
l’UNESCO, tome II, édité en 1980, Cheick Anta Diop développe en effet
longuement ses fantasmes historico-racistes, à peine contredit par les égyp-
tologues avec lesquels il débat. À aucun moment, dans cette monumentale
histoire éditée dans toutes les langues du monde, aucun spécialiste n’ose
écrire ce qu’il faut penser des affirmations de Cheick Anta Diop, tant le
tiers-mondisme dominant exerce une dictature intellectuelle interdisant toute
critique.
Les théories de Cheick Anta Diop furent reprises et amplifiées aux USA ;
dans les universités noires, elles furent à la base du courant africano-centriste.
Pauvres USA ! La juxtaposition de ses peuples et de leurs cultures fait que
désormais chaque minorité raciale y enseigne sa propre vision de l’histoire.
Les Noirs, qui ont leurs universités et leurs professeurs, apprennent donc
que l’Afrique noire, mère de la civilisation et qui a tout inventé, fut non
seulement pillée par les Blancs qui ont bâti leur puissance sur son pillage,
mais encore stoppée dans son « merveilleux » élan par la colonisation qui
l’empêcha d’atteindre la phase suivante de son évolution créatrice.

28
Libre Journal de la France courtoise no 1

Or l’africano-centrisme des Noirs américains a pour soubassement les


affirmations de Cheick Anta Diop. En Afrique même, les écoliers et les
étudiants sont formés dans le même moule. Comment pourraient-ils mettre
en doute cette histoire officielle puisque l’UNESCO lui a donné sa caution
scientifique ? Comment ne pas la prendre pour « argent comptant » quand,
au Cameroun et ailleurs, les professeurs d’histoire présentent Cheick Anta
Diop comme « le plus éminent égyptologue actuel » ?
Alain Froment, chercheur à l’ORS-TOM, vient donc de rendre un im-
mense service à la rigueur scientifique en publiant, dans la revue Cahiers
d’études africaines, nos 121-122, une mise au point définitive intitulée :
« Origine et évolution de l’homme dans la pensée de Cheick Anta Diop :
une analyse critique ».
De cet article, dont le sous-titre pourrait être épitaphe pour un men-
songe politico-historique, l’on peut extraire cette citation qui résume toute
la question : « Cheick Anta Diop a discrédité la recherche africaine par
l’insuffisance de sa méthodologie, ses conclusions hâtives et la subordination
des préoccupations scientifiques à celles de l’idéologie (. . .). De sérieuses
lacunes bibliographiques et l’absence de recours à des procédés statistiques
objectifs, la préférence allant au choix orienté de photographies et de radicaux
sémantiques, jettent des doutes sur ses qualités scientifiques. Cependant,
il est devenu une telle figure emblématique du nationalisme africain qu’on
considère, en Afrique, comme très malvenu de mettre en doute ses travaux. »

29
C’est à lire

Un malin plaisir
d’Antoine Blondin
Par Philippe Valdene

Les maisons à la campagne sont en général des lieux où plane le charme


d’une certaine nostalgie. Alors que certains tondent leur gazon ou font des
aquarelles colorées, Antoine Blondin couchait sa nonchalance sur les pages
d’un petit cahier. Deux ans après sa mort, ce cahier retrouvé est publié. Un
malin plaisir est un ensemble de petits textes et de réflexions à la façon d’un
journal ou d’un cahier de notes.

Cochet apparaît comme un petit homme frêle. . .


Blondin prend discrètement le pouls de la France entre 1963 et 1977. Le
sport a une bonne part ; Blondin écrit alors régulièrement dans L’Équipe.
L’époque est aux grandes rencontres de rugby (qui est, selon Geneviève
Dormann, comme le point-virgule, « de droite ») ; les Mousquetaires sont
encore verts. Chez Kléber Haedens, Blondin dîne avec Henri Cochet. « Cochet
apparaît d’abord comme un petit homme très frêle au regard des bûcherons
qui règnent aujourd’hui sur le tennis. » Aux souvenirs de compétitions
s’ajoutent simplement des remarques sur la littérature : « Quelle bonne
littérature nous aurions eue si les lecteurs du Grand Meaulnes avaient préféré
Le Bal du comte d’Orgel. On ne saurait lui donner totalement tort. Plus loin,
Françoise Giroud et « tout le sérail bombinant de féminisme de L’Express »
sont malicieusement baptisés « les précieuses radicales ». On ne le sent pas
précisément sous le charme.
Mais c’est l’amitié qui est le plaisir du livre. Blondin évoque longuement
son ami Kléber Haedens qu’il retrouvait souvent dans sa maison de La
Bourdette. Entre un dîner copieux et un match de rugby, les deux hommes

31
Libre Journal de la France courtoise no 1

vivent en parfaite complicité. Ensemble, ils forgent une maxime destinée aux
fanatiques du téléphone : « J’aime mieux m’interrompre dans mon travail
que dans mon déjeuner. » La réclusion à la campagne ramène aux choses
essentielles.

L’ambiance chaude et moite des gradins britanniques. . .


Derrière cette amitié joyeuse, il y a Roger Nimier. D’évidence, c’est un
trio amputé. C’est Haedens et Blondin qui ont initié Nimier au monde des
stades. Blondin se rappelle les virées en Angleterre pour des matches de
rugby et Nimier « débouchant la petite gourde à whisky que lui avait donnée
Jeanne Moreau chaque fois que la France marquait des points ». C’était à
Twickenham. La Peau douce de François Truffaut n’était pas encore sorti et le
Portugal n’était donc pas encore à la mode dans les romans. Les écrivains que
l’on désigne par commodité comme hussards fréquentaient alors l’ambiance
chaude et moite des gradins britanniques. Il n’était pas rare qu’ils ratent
leur autocar pour s’être « trop tôt rués sur trop de bière ». Antoine Blondin
aimait les plaisirs simples, presque enfantins.
Blondin n’aura jamais vraiment quitté l’enfance. Il s’est toujours attaché
à conserver une douce innocence et un insatiable besoin de camaraderie. La
vie littéraire. Blondin remplissait des cahiers d’écolier de sa petite écriture
ronde et malhabile de potache.

Blondin semble survoler, effleurer la réalité


En littérature, il choisit l’école buissonnière plutôt que les classes encom-
brées des préparations littéraires. Blondin quitte la voie royale des « gende-
lettres » pour jouer, jouer paisiblement avec les mots : les mots d’esprit et
les calembours de L’Europe buissonnière se retrouvent ici en nombre, avec
des dialogues imaginaires un peu naïfs. Le cynisme et la désinvolture des
hussards sont loin, très loin. Avec son pied posé dans l’enfance, Blondin
semble survoler, effleurer la réalité : « Je vis des moments déformés (. . .) Je
ne suis jamais exactement là où je suis, dans le temps que je vis. » Blondin
flâne, ironique, sur les quais de Seine. Rieur, il termine Monsieur Jadis par
cette phrase : « Sous ma défroque du Jockey-Club, je viens de le décider : je
serai un de ces vieux messieurs qui ont gardé le cœur jeune. »
Malgré sa célèbre barbe poivre et sel, Antoine Blondin n’aura trompé
personne.

Antoine Blondin, Un malin plaisir, La Table Ronde, 79 F.

32
Livres

Moi, Charette, « roi de Vendée »


par Joël Bonnemaison
Éditions du Rocher, 130 F
Stratège et visionnaire, le général en chef de l’armée vendéenne se raconte.
Une autobiographie apocryphe fort réussie et dont les annexes disent le
sérieux.

Monsieur de Charette
par Françoise Kermina
Perrin 128 F
À lire pour remettre le livre de Bonnemaison en perspective, une biogra-
phie cette fois point du tout apocryphe, par une jeune historienne qui est en
passe de devenir l’une des meilleures spécialistes de la période révolutionnaire.

Indochine 1940-1955
par Jacques de Folin
Perrin
Férocement libre et extraordinairement informé, l’ambassadeur Jacques
de Folin découpe au scalpel le cadavre des illusions françaises en Indochine,
formidable et sanglante série d’erreurs, de pas de clercs, de sottises et de
malentendus. Un livre capital à l’approche du demi-centenaire de Diên Biên
Phu.

33
Libre Journal de la France courtoise no 1

Stalingrad
par Jean Mabire
Presses de la Cité, 130 F
Le cinquantenaire de la terrible bataille a été l’occasion d’une célébration
éditoriale et cinématographique dont l’essentiel a constitué, hors de tout bon
sens, à ressasser les lamentations sur les « heures les plus sombres. . . » Le
livre de Mabire tranche avec ce lamento funèbre univoque, en traçant un
tableau effrayant de cet holocauste où des centaines de milliers d’hommes,
russes ou allemands, furent immolés aux dieux de la guerre.

Les Grands Moghols


par André Clot
Plon, 130 F
L’histoire stupéfiante des grands conquérants dont les armées vinrent
battre les rivages européens et dont les réformes bâtirent les empires de
l’Asie centrale, de l’Inde et de la Perse. Un pan de l’histoire que notre regard
européo-centriste a sottement méconnu. Passionnant d’un bout à l’autre.

34
En poche

La Difficulté d’être
Par Anne Brassié

Cocteau, malade à la montagne, se souvient de Fontenelle sur son lit de


mort répondant au médecin qui lui demandait : « Que sentez- vous ? — Je
sens une difficulté d’être. » Trop de dons, trop de sollicitations et une exigence
implacable. Ce texte est un régal d’écriture et d’humour : « J’ai toujours eu
les cheveux plantés en plusieurs sens, et les dents, et les poils de barbe. Or,
les nerfs et toute l’âme doivent être plantés comme cela. C’est ce qui me rend
insoluble aux personnes qui sont plantées en un sens et ne peuvent concevoir
une touffe d’épis. » Qu’il évoque la conversation, l’art, le sexe ou l’amitié, sa
prose est fluide, son style mince et musclé, alors qu’écrire lui coûtait : « J’ai
peu de mots dans ma plume. Je les tourne et je les retourne. L’idée galope
devant. Lorsqu’elle s’arrête et regarde en arrière, elle me voit à la traîne.
Cela l’impatiente. Elle se sauve. Je ne la retrouve plus. Je quitte le papier. Je
m’occupe d’autre chose. J’ouvre ma porte. Je suis libre. C’est vite dit. L’idée
revient à toute vitesse et me jette au travail. » Ses deux héroïnes préférées
étaient Jeanne d’Arc pour ses réponses dans le procès et Antigone. De la
France pendant l’Occupation, il a parlé très lucidement dans son journal.
Il en reparle ici très intelligemment. Il avait des amis dans les deux camps.
Quant à l’art, sa définition étonne par sa limpidité : « Il faut bien comprendre
que l’art, je le répète, n’existe pas en tant qu’art, en tant que détaché, libre,
débarrassé du créateur, mais qu’il n’existe que s’il prolonge un cri, un rire ou
une plainte. C’est ce qui fait que certaines toiles de musées me font signe et
vivent avec angoisse, tandis que d’autres sont mortes et n’exposent que les
cadavres embaumés de l’Égypte. »

La difficulté d’être. Jean Cocteau. Le Livre de Poche.

35
Arts

Il n’y a pas de mal à aimer


Matisse
Par Nathalie Manceaux

Même s’il est loué par tous et par ceux qu’on n’aime pas, même si
l’exposition du Centre Pompidou 2 attire les foules, même si l’on répugne
aujourd’hui à l’unisson, il n’y a pas de mal à aimer Matisse.
À l’aimer pour l’harmonie, pour l’élégance, pour le chant des couleurs et
des lumières. Un chant qui ressemble à un cantique. Et il écrira, au soir de sa
vie, à sœur Jacques-Marie : « demandez à Dieu de me donner (. . .) la lumière
de l’esprit qui me tiendra en contact avec lui et me permettra de terminer
ma carrière longue et laborieuse par ce que j’ai toujours cherché : rendre sa
gloire évidente aux aveuglés par les nourritures exclusivement terrestres ».
La période 1904-1917, choisie pour l’exposition actuelle, montre aussi son
inextinguible soif de peindre, de dessiner, d’étudier. Comme pour rattraper
le temps « perdu » de sa jeunesse : il ne commence à peindre qu’à vingt ans.
Il va assimiler, digérer tous les mouvements du début du siècle.
Et c’est, en « fauve » qu’il commence à être connu.
Il peindra toujours avec acharnement. Il cherchera sans cesse la pureté des
couleurs et des traits, allant jusqu’à une simplification qui ressortit à l’art
sacré.
Matisse n’est pas, Dieu merci, un artiste-témoin-de-son-temps ! S’il
s’ouvre au monde – et les fenêtres ouvertes sont un thème majeur dans ses
tableaux – c’est dans sa permanence la plus joyeuse, la plus sereine, la plus
féminine aussi – les drames ne viennent-ils pas surtout des hommes ?
La peinture de Matisse n’a pas d’histoire. C’est peut-être pour cela qu’elle
rend heureux.
2. Jusqu’au 21 juin 1993.

37
Les Provinciales

Verlaine : tableaux de Paris


et d’ailleurs
Par Anne Bernet

Le XIXe siècle est celui des poètes maudits. La raison de cet ostracisme
est simple, le triomphe du monde libéral, de la société bourgeoise, qu’avait
engendré la Révolution refusant une place à ces inutiles que, jadis, nos rois
eussent pensionnés afin qu’ils puissent écrire et avoir du génie tout à loisir. . .
La compensation offerte à ces damnés de la plume c’était d’être beaux,
souvent, aimés, presque toujours, et très conscients, en sus, de leur talent.
Mais, à Paul Verlaine, la Fortune refusa tout cela. Il fut de ces poètes maudits
qui sont également des hommes déchus.
Rien ne le prédisposait, en venant au monde, à embrasser cette carrière
aventurée. Il naquit à Metz, au foyer d’un officier de carrière passablement
dépourvu d’ambition et sans avenir, et d’une dame qui paraissait, tant ses
espoirs avaient été déçus, devoir renoncer à la maternité. C’était en 1844 et
Paul, enfant inattendu d’un couple vieillissant, devait rester fils unique. Il fit,
très jeune, une découverte douloureuse : à une stature de gringalet un peu
ridicule, il ajoutait une de ces laideurs dont on n’ose même pas dire qu’elles
sont intéressantes. . . Cette disgrâce physique allait pousser l’adolescent à
tous les modes d’évasion possibles. Le premier, fort commun chez les ratés
accomplis ou en puissance de l’époque, fut l’absinthe. Le poison vert devait
conduire Verlaine à un alcoolisme précoce qui finirait par le tuer ; entre-
temps, il aurait fait fuir son épouse et transformé la vie de sa mère en un
long et désespérant enfer quotidien. . .

39
Libre Journal de la France courtoise no 1

En poésie, sa laideur s’estompe


Le second fut plus heureux : le jeune homme se mit à écrire. Or, lorsque
Verlaine écrit, il devient un autre personnage, qui n’a guère de rapport avec
la triste réalité. En poésie, sa laideur s’estompe et disparaît ; les belles le
regardent tendrement et, rassuré, il en oublie son attirance inavouable pour
l’homosexualité. Ainsi peut-il alors entamer cette carrière, chantée en mode
mineur, où s’alignent, avec une exquise délicatesse, les tableautins précieux,
doux et tristes qui font tout son art. Verlaine est un paysagiste de l’âme plutôt
que d’une scène réelle. Son expression est suggestion. Il n’a pas le goût, ni
le besoin, des grandes machineries pompeuses. Sous sa plume aux allures de
pinceau maniéré et charmant, le lecteur, ravi, découvrira Paris embrassé d’un
regard en deux mots, les Ardennes et les Flandres, françaises et belges, ou
des parcs intemporels d’une Île-de-France enfuie, si tant est qu’elle ait jamais
existé.
Ces jardins symboliques se rencontreront souvent dans la thématique
verlainienne. Peut-être n’en sont-ils pas la plus parfaite expression, mais ils
en sont l’une des plus attachantes. Les uns, reflets exacts de l’âme angoissée,
honteuse, coupable et insatisfaite du poète se complaisent en des automnes
navrés. Les autres, fabriqués sur le modèle de Watteau et de la peinture
du XVIIIe siècle, sont beaux, sereins, précieux et artificiels. La rencontre
entre ces deux univers n’étant pas exclue, ainsi qu’en témoigne, au cœur
des Fêtes galantes, l’élégance désespérée du Colloque sentimental. Ils ont un
dénominateur commun : sous le maquillage, le bonheur n’est pas au rendez-
vous. . .

« Ils n’ont pas l’air de croire à leur bonheur »


Les
(. . .) masques et bergamasques
Jouant du luth, et dansant (. . .)
sont
tristes sous leurs déguisements fantasques (. . .)
Ils n’ont pas l’air de croire à leur bonheur (. . .)
Au calme clair de lune triste et beau,
Qui fait rêver les oiseaux dans les arbres
Et sangloter d’extase les jets d’eau.
Dans Les Ingénus « Le soir tombait, un soir équivoque d’automne ». Ainsi
avance-t-on, pas à pas, vers ce Colloque sentimental.

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Libre Journal de la France courtoise no 1

Dans le vieux parc solitaire et glacé


Deux formes ont tout à l’heure passé.
Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles,
Et l’on entend à peine leurs paroles.
Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux spectres ont évoqué le passé.
— Te souvient-il de notre extase ancienne ?
— Pourquoi voulez-vous donc qu’il m’en souvienne ?
Vers qui sont l’indéniable écho, sous leur maniérisme, du célébrissime
Chanson d’automne des Poèmes saturniens :
Les sanglots longs
Des violons
De l’automne
À l’instar de Baudelaire, Verlaine, visionnaire tenaillé de crainte, présage,
derrière les plus belles apparences, l’écroulement final.

Conjurer l’omniprésence de l’angoisse


Hors l’absinthe, de quels exorcismes dispose-t-il afin de conjurer cette
omniprésence de l’angoisse qui lui gâte toute joie ?
Verlaine va tâter de l’amour, à la mode honnête et bourgeoise, en osant,
nonobstant ses mœurs et ses goûts, demander la main d’une demoiselle à
sortir d’un roman de la comtesse de Ségur, Mathilde de Fleurville.
Il va alors écrire, certains de ses admirateurs diraient : il va commettre. . .
La Bonne Chanson, hymne naïf à la félicité conjugale. Hymne naïf mais non
dénué de talent et d’intérêt, n’en déplaise aux grognons. L’inspiration n’est
peut-être pas très renouvelée, depuis Ronsard, mais elle a fait ses preuves et
ces
Mille cailles
Chantent, chantent
Dans le thym,
ces alouettes, ces champs de blé mûr et sa mie endormie encore appar-
tiennent bel et bien à la meilleure veine poétique de notre littérature : celle
qui exalte, en sus des amours campagnardes, l’opulence dorée de nos plaines.
Pourquoi davantage mépriser ces vers ?
L’étang reflète,
Profond miroir,
La silhouette

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Libre Journal de la France courtoise no 1

Du saule noir
Où le vent pleure,
Veine classique et qui a fait ses preuves, dont l’imagerie est aussi celle de
nos chansons folkloriques.
L’orage viendra des Ardennes, en 1871, sous les traits d’un adolescent de
Charleville : Arthur Rimbaud. Pour lui, subjugué, Verlaine va tout quitter :
Paris, Mathilde et l’enfant qu’elle attend. . . Partir en Angleterre. . . Lugubre
retour du bâton, Paul, qui battait sa mère, est quotidiennement rossé par
son cher Arthur. . . À bout de souffrance amoureuse et physique, Verlaine
s’enfuit jusqu’en Belgique, menace, en l’air, de s’engager dans la guerre contre
les partisans de Don Carlos en Espagne, ou, plus vraisemblablement, de se
suicider.
Il supplie Mathilde de le rejoindre à Bruxelles. « De ses deux mains
blanches », l’épouse délaissée déchire impitoyablement ce cœur qui, contrai-
rement aux affirmations du propriétaire, s’est avisé de battre pour quelqu’un
d’autre que sa femme. C’est Arthur qui arrive et recommence à agonir son
compagnon d’insultes et de méchancetés.
En proie à un accès de folie meurtrière mêlé d’une jalousie féroce, Verlaine,
qui a acheté un revolver, tire sur Rimbaud et, heureusement, le manque. . .
Terrifié, Arthur dénonce son assassin potentiel à la police. . . Paul Verlaine
est condamné à deux ans de prison. Si son incarcération sonne le glas de
sa vie conjugale, elle ouvre devant l’homme et devant le poète une ère de
rédemption qui laissera croire, un temps, que le pauvre Paul est sauvé. Il se
convertit.
À l’inspiration religieuse, aux fresques historiques se superposent de
claires images de nature ; celles, précisément, que lui ont dérobées les murs
de sa cellule.
Elle voulut aller sur les flots de la mer
Et comme un vent bénin soufflait une embellie
Nous nous prêtâmes tous à sa belle folie. (. . .)
Des oiseaux blancs volaient alentour mollement
Et des voiles au loin s’inclinaient toutes blanches.

Il rêve au Grand Siècle


Il rêve au Grand Siècle, au soleil couchant sur Versailles et à ces beaux
esprits d’alors qui
Le printemps venu, prenaient un soin charmant
D’aller dans les Auteuils cueillir lilas et roses

42
Libre Journal de la France courtoise no 1

Dans une comparaison empruntée à Chateaubriand et au Génie du


christianisme, Verlaine, dans Sagesse, met en parallèle la douleur païenne
et la douleur chrétienne à leur paroxysme : les mères confrontées à la mort
de leurs enfants. À l’Antiquité, le poète reprend les deux figures fameuses
de la vieille Hécube, la reine de Troie qui a vu périr ses cinquante fils et ses
cinquante filles, et de Niobé, l’audacieuse dont l’orgueil imprudent avait osé,
la vouant ainsi au trépas, trouver sa propre progéniture plus belle que celle
de Latone. . . Mais Hécube
court le long du rivage
Bavant vers le flot écumant
Hirsute, criarde, sauvage
La chienne littéralement.
Quant à Niobé, « elle meurt dans un geste fou », définitivement inhu-
maine.
En contraste, Verlaine trouve le ton juste pour évoquer la Mater dolorosa
incarnant, au cœur de son œuvre de corédemptrice, toute la peine sublimée
de l’humanité rachetée.
La douleur chrétienne est immense.
Elle, comme le cœur humain
Elle souffre, puis elle pense
Et, calme, poursuit son chemin.
Elle est debout sur le calvaire
Pleine de larmes et sans cris.
Qu’importe, alors, que Paul Verlaine, dans les années qui suivirent, soit
retombé dans ses vices ? qu’il soit mort misérablement, dans le galetas d’une
prostituée qui avait fini par le recueillir ?

Une apologie sereine du catholicisme


Cet ivrogne halluciné, cette brute homosexuelle, avait, presque toute sa
vie et dans presque toute son œuvre, communié à l’inépuisable fond où
puisèrent nos plus grands auteurs : cet univers gai et triste, bucolique, un rien
artificiel ; mais aussi, mais surtout, cette apologie sereine du catholicisme, ces
vêpres rustiques, ces Vierges en pleurs. C’est pourquoi résonne encore sur sa
tombe cette invocation éperdue :
Agneau de Dieu, qui sauves les hommes
Agneau de Dieu qui nous comptes et nous nommes
Agneau de Dieu, vois, prends pitié de ce que nous sommes
Donne-nous la paix (. . .)

43
Fidèle au poste

Ah, zappon-pons-pons les vilaines


marionnettes
Par Serge de Beketch

Après un an de câble, mon siège est fait : le meilleur moyen de


lutter contre la néfaste emprise de l’œil glauque qui trône dans nos
foyers est d’en user jusqu’à l’abus (ce que savent les pâtissiers qui
gavent leurs vendeuses débutantes pour les dégoûter des gâteaux).
Jamais je n’ai aussi peu regardé la télévision que depuis que
je dispose de vingt-cinq chaînes, dont deux diffusent des films de
cinématographe.
Enfin la déesse télé m’apparaît pour ce qu’elle est : rien.
Le dragon est mort, tué par Excalibur, la boîte à zapper.
Zappons donc allègrement.
Multiplions les chaînes pour nous mieux libérer et vengeons-
nous joyeusement des cuistres, des jean-foutre, des emmerdeurs,
des pourrisseurs, des lamentateurs à jet continu, des chronomé-
treurs officiels d’heures les plus sombres, des marchands de lessive,
des animateurs de jeux de nains, bref, de toutes ces vilaines
marionnettes, en les égorgeant, tout net, d’un revers de cette arme
magique et infaillible qui les fait instantanément disparaître de
notre champ visuel.

Mercredi 21 avril
F2, 20h50 : La Maison vide
L’histoire d’un adolescent juif en 1942. Saluons le courage de F2 qui
n’hésite pas à affronter les tabous les mieux défendus.

45
Libre Journal de la France courtoise no 1

Jeudi 22 avril
TF1, 17h50 : Le Miel et les Abeilles
« Série française » indique le programme. Une jeune actrice de ce feuille-
ton, Mallaury Nataf, s’exprime dans Actualité juive. « Qu’est-ce que repré-
sente Israël pour vous ? » demande élégamment l’intervieweuse. Réponse de
Mam’zelle Nataf : « Le seul pays pour lequel je serais capable de me mobiliser,
d’intervenir, de me battre ! »

Vendredi 23 avril
F2, 22h25 : Bouillon de culture
Françoise Giroud, de l’Amicale des porteurs de médaille de la Résistance
en chocolat de marché noir, et Bernard-Henry Lévy, cœur croisé de l’action
humanitaire, interviewés par l’amateur de beaujolais et de football le plus
mal peigné du monde. Un grand moment de conformisme plat.

Samedi 24 avril
TF1, 20h45 : L’enterrement de Mme Columbo
Depuis des années, les producteurs du feuilleton Columbo avaient à leur
service la plus économique des vedettes : madame Columbo en personne qui,
omniprésente dans les dialogues, n’apparaissait jamais à l’écran. Or, voici
que ces imbéciles l’ont tuée. Liquider une comédienne qui ne coûte pas un
cent de cachet, c’est malin ! L’avantage, c’est qu’on saura désormais pourquoi
Columbo a toujours des chemises aussi mal repassées.

Dimanche 25 avril
Canal+, 20h45 : My Own Private Idaho
Je cite le résumé du film : « Jeune prostitué homo, Mike est sujet à de
violentes crises de narcolepsie. . . Au sein de sa bande de marginaux se trouve
également un jeune homme d’un milieu très aisé qui a choisi de se prostituer
uniquement pour se venger de son père ». Et le critique de commenter : « Une
très étonnante histoire d’amour ». On allait le dire.

46
Libre Journal de la France courtoise no 1

Lundi 26 avril
F2, 9h20 : Matin Bonheur
L’émission est censée vous mettre en forme pour la journée. Invité du jour
Paul Amar. Paul Amar au petit déjeuner ? Merci bien, je préfère le Nègre
Banania.

F2, 20h50 : Les Disparus de Saint-Agil


Ne rêvez pas. Il ne s’agit pas de l’inoubliable chef-d’œuvre de Christian
Jaque mais d’un remake patapoufeux. Le directeur, rôle jadis tenu par Aimé
Clariond, est cette fois incarné par Micheline Presle. C’est le seul point positif
de l’affaire.

M6, 22h30 : Ces garçons venus du Brésil


Le docteur Mengele a prélevé sur le chancelier Hitler des cellules qu’il
injecte à des femmes pour produire de beaux enfants blonds aux yeux bleus.
Un certain Ezra Lieberman s’oppose à cette manipulation pourtant effectuée
quotidiennement dans tous les laboratoires de génétique du monde sans que
personne ne s’en émeuve. Le projet du docteur Mengele avortera lui aussi.

Mardi 27 avril
TF1, 20h45 : Allo maman ? ici bébé
Un nourrisson se révèle doué de la parole. Ce qu’il dit est prodigieusement
dénué d’intérêt.

TF1, 22h30 : Durand la nuit


Un animateur de télévision se révèle doué de la parole. Voir plus haut.

Mercredi 28 avril
F2, 20h45 : Le Bœuf clandestin
Une fable féroce de Marcel Aymé, mise en images par l’un derniers
dinosaures de la vraie télévision, Lazare Iglesis, et interprétée par la crème
de l’élite des comédiens français : Daniel Ceccaldi, Danièle Lebrun, Jacques

47
Libre Journal de la France courtoise no 1

Sereys, Jean Rougerie, etc. Le genre de spectacle qui justifie, à lui seul,
l’existence même de la télévision. À ne manquer sous aucun prétexte.

Jeudi 29 avril
Arte, 23h05
Un médecin pratique le saut à l’élastique ; un fonctionnaire s’amuse à
rouler à deux cents kilomètres/heure sur des départementales, le dimanche
après midi ; un technicien fait de la voltige sur les wagons du métro ; une
journaliste observe ces cinglés et s’interroge sur cette « nouvelle tendance
dans les loisirs ». Nouvelle, vraiment ? Je ne suis pas si certain que la sottise
suicidaire soit une chose nouvelle.

48
Les pendules à l’heure

Lettre à ceux qui n’ont pas encore


compris pourquoi les Français se
sont unis autour du
Maréchal Pétain en 1940
Par Pierre Monnier

Mesdames, Messieurs,

Une bande de malfaiteurs nazis s’est emparée du pouvoir en 1940 à Vichy


dans le but exclusif d’aider l’occupant à conforter sa puissance. Quatre
ans durant, ces bandits vichyssois n’auraient eu d’autre objectif que le
pourrissement de la France.
Telle est la forgerie qu’à l’unisson, historiens, journalistes, écrivains,
cinéastes, de Jean Daniel à Éric Conan, en passant par Paxton, Azéma,
Claude Chabrol, etc., propagent à l’envi, avec la complicité de tous les médias.
Paxton, par exemple, écrit sans se gratter qu’il faut « considérer l’armis-
tice et la Révolution nationale non pas comme les conséquences d’un sort
subi mais comme des choix politiques ».
À cette propagande barbouillée en Histoire, le grand Raymond Aron
répondait, quelques minutes avant sa mort sur les marches du Palais de
justice, en exécutant Zev Zemhell « dont la frénésie partisane rend les écrits
a-historiques ». Tout le monde, heureusement, ne se laisse pas intoxiquer
sans broncher. Même l’ancien porte-parole du gouvernement Max Gallo ne
cache pas sa perplexité : « Il faudra bien qu’un jour on comprenne pourquoi
les Français se sont groupés autour du Maréchal en 1940 », proposait-il
récemment. Bonne idée, en effet.
Et bonne question.

49
Libre Journal de la France courtoise no 1

Depuis 1945, les groupes de pression, vénéneux épigones des régimes


improprement appelés « démocratiques », ont le souci, jusqu’à l’obsession,
d’infléchir notre mémoire en l’encombrant d’un passé contrefait, gauchi,
partial et tordu. Pour mon compte, et pour répondre à Max Gallo, je ne
rapporterai dans ces pages que de l’indiscutable, authentique et vérifié,
reconnu par toutes les parties. Comme Stendhal, qui n’accordait de crédit
qu’aux « petits faits vrais », je peux dire : « Rentrant dans ma chambre,
je me donne la peine d’écrire cette histoire. . . Elle est vraie dans tous ses
détails ».
Cela devrait répondre à la question.

I La guerre est engagée


Pour la plupart des Français, la guerre, en 1939, est un caprice du destin
en forme d’agression menée par les forces du mal. Le diabolique Hitler et
ses nationaux socialistes assument la responsabilité du carnage : il est donc
inutile de s’interroger sur les causes et les circonstances.
L’Angleterre et la France, nous dit-on, ne pouvaient tolérer plus long-
temps les facéties meurtrières du chancelier teuton.

Les bonnes démocraties se devaient de faire parler la poudre


Les bonnes démocraties se devaient de faire parler la poudre. Il y a,
cependant, une petite embrouille qui donne à réfléchir. C’est cet engagement
pris par l’Angleterre de garantir la frontière germano-polonaise (mais pas la
soviéto-polonaise), sans en avoir aucun des moyens stratégiques, techniques ni
militaires. Engagement pris au tout dernier moment, comme s’il était prévu
d’envoyer, dans la foulée, la jeunesse de France au casse-pipe.
L’Angleterre déclare donc la guerre à l’Allemagne le 3 septembre 1939 à
onze heures. Le gouvernement de la Troisième, présidé par Daladier, s’aligne
à dix-sept heures. Or, conformément à la constitution de 1875, la guerre
n’aurait dû être déclarée qu’après un vote à la Chambre et au Sénat. Il n’en
a rien été. Les Français apprendront donc qu’un petit groupe de ministres,
emmenés par Georges Mandel et Paul Reynaud, eux-mêmes enchaînés à la
politique de Londres, ont obtenu de Daladier, Premier ministre, qu’il prenne
la décision d’en découdre.
Ils sauront que quelques-uns de leurs élus tentèrent avec courage, mais
en vain, de conjurer la tragédie. Ceux-là refusaient la fatalité du conflit :
Georges Bonnet, Gaston Bergery, Pierre Laval, Anatole de Monzie, Marcel
Déat. . .

50
Libre Journal de la France courtoise no 1

On apprendra que Bonnet, ministre des Affaires étrangères, s’est dressé


de toute son énergie contre le massacre ; il a recherché le concours de ceux
qui réagissaient comme lui. Le comte Ciano, qui refusait le crime prémédité,
lui donnera son aide. . . En vain. . . Les hommes de Londres l’emporteront.

Daladier se tenait au médiocre par frayeur du pire


Plus faux dur que jamais, Daladier, dont Monzie dit qu’il « se tenait
au médiocre par frayeur du pire », obtient du parlement le vote de crédits
supplémentaires. . . « En vue des éventualités ». . . Quand on lui demande s’il
s’agit d’une déclaration de guerre déguisée, son indignation éclate : « Oh !. . .
Pas du tout !. . . Qu’est-ce que vous croyez ?. . . Moi ? La guerre !. . . Ah !
non !. . . Seulement les éventualités !. . . » Résolu dans son attitude et soutenu
par Anatole de Monzie, Georges Bonnet luttera jusqu’à la fin sans fléchir.
Ces efforts, cette passion, ce refus de croire la guerre inévitable, il devra les
payer. Le gouvernement de Sa Majesté veut qu’il soit chassé du ministère des
Affaires étrangères. Il en sera chassé. Les Anglais sont désormais tranquilles.
La paix ne sera pas sauvée. Il n’y aura personne en France pour accueillir les
offres de discussion de Hitler le 6 octobre 1939. Ni les propositions faites par
la Belgique et la Hollande au mois de novembre, pas plus que les tentatives
de Sumner Welles au début de 1940.

Les Anglais ont voulu la guerre et ont investi dans le courage des
soldats français
Les Anglais ont voulu la guerre ; ils ont verrouillé le gouvernement de la
Troisième et, pour la suite, ils ont investi dans le courage et dans l’esprit de
sacrifice des soldats français. Ils ont aussi installé sur notre sol un petit corps
expéditionnaire qui représente à peine le vingtième de ce que nous avons
engagé.
Une poignée de ministres soumis à l’influence des dirigeants britanniques
a mobilisé, en toute illégalité, quatre millions d’hommes et précipité quarante
et un millions de Français dans une guerre improvisée que sanctionnera la
plus grande débâcle de notre histoire.
C’est ma première page et un début de réponse à la question.

(À suivre. . .)

51
Un jour

24 avril 1792 : La Marseillaise


Par Jean Silve de Ventavon

Le soir du 24 avril 1792, M. de Dietrch, le maire de Strasbourg, brûlant de


patriotisme, pria l’un de ses hôtes, le capitaine Rouget de l’Isle, de composer
un hymne en l’honneur de la déclaration de guerre au roi de Bohême et de
Hongrie ; Rouget regagna sa chambrette plein de fièvre, accorda son violon,
« les paroles (vinrent) avec l’air, l’air vint avec les paroles » et, le soleil levé,
le Chant de guerre pour l’armée du Rhin, la future Marseillaise, était né.
La belle anecdote ment. . .
D’abord, M. de Dietrich n’avait rien d’un boutefeu : le brave homme était
simplement un bon amphitryon, ainsi que le prouve une lettre qu’écrivit sa
femme le 26 avril. « Comme tu sais, dit alors la mairesse à son frère, que
nous recevons beaucoup et qu’il faut toujours inventer quelque chose, soit
pour changer de conversation, soit pour traiter de sujets plus distrayants,
mon mari a imaginé de faire composer un chant de circonstance (. . .) »
Ensuite, loin d’obéir à une noble inspiration, le pauvre Rouget, sorte de
Trissotin à baudrier, dut piller les uns et les autres afin de pouvoir aligner une
grappée de vers et bâtir une partition. Ses vers ? Le traîne-sabre les transposa
des phrases d’une affiche incendiaire dont le club sans-culotte de l’Auditoire
avait inondé les murs strasbourgeois – « Aux armes, citoyens, l’étendard de
la guerre est déployé ! », et caetera. . . – et de ceux du chœur de l’acte III
d’Athalie de Racine : « J’entends même les cris des sauvages soldats !. . . (. . .)
On égorge à la fois les enfants, les vieillards (. . .) »
Sa partition, M. de l’Isle la trouva, in extenso, dans le splendide oratorio
d’Esther qu’entre 1775 et 1787 avait produit le maître de chapelle de la
cathédrale de Saint-Omer, Jean-Baptiste-Lucien Grisons.
Rouget de l’Isle ou l’inventeur des histoires. . . marseillaises !

53
Rideau rouge
Par Jérôme Brigadier

Cet homme va changer le monde – Marc Jolivet


L’affiche, qui montre gros chien, est bien à l’image de ce spectacle. Parfois
un tantinet rébarbatif, mais attachant, à la fois pataud et capricant (un chien,
ça saute aussi. . .) Cynique, toujours ! Pour cause. . .
Pour nous, cela commençait mal. Jolivet attaque avec la célèbre formule
« (. . .) ma femme, mes filles, mes cousines, etc. » En réalité, il utilise cet
apophtegme pour en tirer un sketch délirant et pas vraiment méchant pour
Le Président. La grande force de ce spectacle, c’est une « vacherie » nuancée
et habilement dosée. Il y en a pour tous les acteurs de la vie publique.
L’intelligence de Jolivet fait qu’in fine il est politiquement inclassable,
même pour le spectateur le plus attentif. Un poil écolo peut-être ? Belle
leçon pour les copains du « chauve-bise » qui se croient obligés d’afficher des
convictions d’ailleurs aussi variables que l’air du temps.
À ce sujet, le ruban rouge de la reptation de ces six derniers mois revient,
sans conteste, au petit vieux de Miami, dit aussi le Gland des veuves : Michel
Sardou, qui a réussi dans la même semaine à vomir sur Giscard chez Anne
Sinclair (et non l’inverse), à chanter quasi simultanément les laudes de Chirac
(celui qu’on croit du marbre dont on fait les statues et qui, en réalité, est de
la faïence dont on fabrique les bidets. . .) et à recevoir, quelques jours après,
la croix de chevalier de la Légion d’honneur des mains de « Dieu ». Chapeau
(plutôt bada-Blum), l’artiste !
Le parti pris par Jolivet et son complice, Gérard Miller, c’est de nous
ramener, par le rire, à nos dures réalités. La philosophie de tout cela, c’est
que seuls les clowns sont crédibles puisque désenchantés. . .
Christophe de Baralon, musicien-comparse de notre amuseur, lui propose
de le briefer afin de changer le monde. Tout au long du parcours, ce longiligne
jeune homme est un habile faire-valoir.

55
Libre Journal de la France courtoise no 1

Sous des dehors rigolards se cache une vraie angoisse devant aujourd’hui.
On en arrive, avec l’auteur-acteur, à se demander si le « parti d’en rire » est
encore le plus puissant. . .
On ne saurait trop vous recommander ce spectacle intelligemment déca-
pant qui véhicule certaines idées qui ne pourront pas déplaire aux adeptes
du « Le Pen-Club ».
Enfin de l’humour sans racolage ! Les frères Jolivet ne sont-ils pas les fils
d’une pulpeuse et pétillante comédienne qui a parfois la grosse tête de 16h30
à 18h ? Les enfants de la balle, comme les chiens bien nés, chassent de race !

Théâtre Tristan Bernard (45 22 08 40).

L’Œil de Vichy de Claude Chabrol


Depuis le début du mois de mars, Claude Chabrol, invité partout où il
faut être vu et entendu, déverse sur le régime de Vichy et particulièrement
sur le Maréchal, des tombereaux d’ordures et de contre-vérités. Tout cela
afin de promouvoir son laborieux « documentaire » d’une heure cinquante
(en noir et blanc) qui a pour ambition de nous montrer ce que les actua-
lités cinématographiques des années quarante diffusaient à l’intention d’un
« populo » décervelé par la propagande. . . Les divas de la critique réunies
en chorale chantent sans dissonances les laudes du réalisateur du Beau Serge
(qui n’est pas une biographie du Patron. . .) et de la Ligne de démarcation
mais prennent des accents wagnériens pour flétrir l’État français et son chef.
Chabrol avait quatorze ans en 1940. Il a la haine. . . résistante !
Comptant sur la brillante intelligence du public d’aujourd’hui, cet opti-
miste n’a pas cru devoir apporter trop de commentaires à son montage en
supposant que les quelques « précisions » et « rectifications » dites en voix off
par Michel Bouquet (comédien rose-crevette) suffiraient à dessiller les yeux
de nos contemporains plus éveillés que les générations précédentes.
Nous allions enfin voir clair sur la période la plus sombre, etc.
Claude Chabrol fut, dans la fin des années cinquante, l’attaché des
relations publiques, à Paris, de la 20th Century Fox ; ce qui l’amena à
bricoler une sulfureuse biographie de Vera Jayne Palmer (plus connue sous
le pseudonyme de Jayne Mansfield). Cela donne autorité pour parler du
Maréchal Pétain. . . Bref, le gros bricolage ça le connaît.
Eh bien, c’est raté. . . Pensez donc : il a oublié de nous montrer (par
ailleurs on l’a vue cent fois) l’exposition du Berlitz. Manque de flair. . .

56
France gourmande

L’exemplaire qualité du vignoble


d’Ormesson
Par Chaumeil

Elles ont vécu, les « piquettes » d’antan que des vignes pissaient à cent
cinquante hectolitres à l’hectare, qu’il fallait « remonter » en saveur et en
alcool à coups de vins médecins d’Algérie, d’Espagne, d’Italie et même de
Yougoslavie et dont la mévente jetait les vignerons du Languedoc dans des
révoltes souvent violentes, parfois meurtrières.
Elles ont vécu, car rien de ce que font les hommes n’est irréversible
et nos vignobles du sud ont, pour la plupart, pris un heureux tournant.
L’exemple le plus éclatant en est donné par les vignobles d’Ormesson situés
à Lézignan-Lacèbe à 28 kilomètres au nord-est de Béziers. Voilà trente ans, ce
domaine d’une quarantaine d’hectares donnait quelques dizaines de milliers
d’hectolitres d’un vin à peu près invendable parce qu’à peu près imbuvable
en l’état.
En 1966, le jeune comte Jérôme d’Ormesson prit une résolution drastique :
il fit arracher tous ses cépages précédents et replanta le vignoble en cépages
nobles. Je le rencontrai six ou sept ans après et il me fit goûter son vin rouge.
Issu de vignes jeunes, il offrait cependant alors quelques signes certains d’un
bon avenir.
— Nos parcelles, me confia Jérôme d’Ormesson, ne produisent que 30 à
35 hectolitres à l’hectare, mais ma politique est de faire bon bientôt, l’âge
venant aux vignes et grâce à une vinification soignée.
Un quart de siècle a passé. Maintenant, les vins d’Ormesson sont de
haute qualité et se vendent sans problème, même à l’exportation, ce qui
est remarquable, bien que leur appellation ne soit que « vin de pays d’oc ».
Et les chais de vieillissement situés dans les dépendances d’un beau château

57
Libre Journal de la France courtoise no 1

XVIIe siècle abritent des barriques bien agréables aux yeux comme au palais,
contenant six vins différents.
— « L’enclos du domaine d’Ormesson » – de cépages merlot et cabernet
sauvignon –, vieilli un an en barriques bordelaises, a des arômes
remarquables de fruits rouges avec une pointe de tabac, un grand
rouge, solide : 60 F la bouteille millésime 1990.
— « L’enclos » blanc de blanc – de cépages sauvignon et terret bourré –,
élevé quatre mois sur lie, est élégant et délicat : 40 F.
— « Le domaine d’Ormesson » est un rouge charnu, rond, qui rappelle les
agréables bordeaux. Son vieillissement se fait en barriques provenant
de Château Margaux. 1990 : 27 F, 1989 : 30 F.
— « Le rosé gris de gris » – cépages grenache et cinsault – est frais, sec,
avec un arrière-goût fruité et une réminiscence de pierre à fusil. Un
champion de l’exportation : 30 F.
— « Le O. d’Ormesson » est un somptueux blanc dont les jus sont
décantés à première pression et vinifiés à basse température. Il est
frais et généreux : 30 F.
— Enfin, « le Page d’Ormesson » est un blanc de blanc mousseux brut à
fine bulle qui vaut mieux que bien des champagnes moyens : 60 F.

Les vignobles d’Ormesson. Lézignan-Lacèbe – 34120 Pézenas.

58
Sous mon béret

Spores en chambre
Par Joseph Grec

Le printemps est là. La brise légère caresse les nappes blanches de chez
Echanchü, rue François Bonvin. Les jupes raccourcissent et des jambes
graciles arpentent les pavés. La campagne sent le muguet. L’agneau de lait
tète et les petits veaux apprennent à marcher. Les morilles poussent dans le
silence des nuits encore fraîches.
Surtout les morilles adnées, dont le rebord inférieur du chapeau rejoint le
pied horizontalement. Elles sont différentes des morilles distantes qui ont une
vallécule autour du pied, à la partie basse du chapeau, et parmi lesquelles se
détache largement en qualité la morille délicieuse avec ses côtes mafflues et ses
couleurs pourprées. N’oublions pas le morillon qui, en général, a un chapeau
conique ne touchant pas au pied. Ces merveilles de la nature se chercheront en
bordure des haies, près des ormes et des pommiers, des frênes et des ruisseaux.
Mais l’habitat de la morille est des plus éclectiques ! De nombreux témoins
affirment en avoir trouvé sur de vieux matelas pourris, abandonnés dans des
maisons hantées par le souvenir de bonheurs fugaces, ou même sur des tas
d’affiches électorales gluantes de colle à tapisser. La démocratie aurait donc
une utilité. Et une paire de champignons dans les oreilles du Premier ministre
ne peut qu’entraîner dignité rehaussée et grand destin national. Quant aux
locataires du Palais Bourbon, ils pourront manger les morilles en hâtelets.
recette extraite du Traité des champignons par le citoyen Paulet publié dans
la sinistre année 1793. Après les avoir fait mariner, on jette leur eau. On les
embroche et on les grille légèrement panées, en les arrosant de leur jus.
Mais cependant, pour les députés, rien ne vaut les gyromitres qui naissent
également au printemps. Leurs chapeaux sont formés de plis qui leur donnent
l’aspect d’une cervelle humaine, mettons d’un ministre. Aussi goûteuses que
les morilles, elles ont l’avantage d’être parfois mortelles. Sic transit gloria
mundi.

59
Mots croisés
Par Jacky Redon

1/I II III IV V VI VII VIII IX X

10

Horizontalement : Verticalement :
1. Ce qu’ils écrivent est très daté. I. Le demi-monde. II. Imaginés. III. Ça
2. Entrée par derrière. 3. Il faut croire faisait les pieds aux Grecs. IV. Possessif.
qu’il aimait beaucoup les lis. – Un titre – C’est mieux au milieu. Beau nid d’aigle
qu’on peut lire des deux côtés. – On dans le midi. V. Un saint de Norvège. –
ne peut pas dire qu’il a pris une veste. Note. VI. Tout est égal avec elle. VII. On
4. Pare-feu. 5. Le côté des Anglais. – y imprime des images pleines de sagesse.
Même supérieure, elle n’est pas très au- VIII. XXX. – Il s’oppose à tout. IX. Fin
dessus de la mouche. 6. Même plein, il de soirée. – On ne peut y descendre
peut parfaitement tenir la route. – Beau qu’en remontant. – Pronom. X. Si c’est
parleur. 7. Un bouc n’en ferait qu’une de l’opium, ce n’est pas étonnant.
bouchée. – Grillons. 8. Ouverture pour
violons. – Fin de série. – Elles se suivent
en riant. 9. Les trois lettres ? – Il y en a
plein les rues à Londres. 10. Il fait perdre
la tête.
Lettres de chez nous

Bravo !
Conserver sa faculté de se scandaliser, le dire sans hypocrisie, sans tabou,
sans haine, restera toujours le principe de l’humanité libre, lorsque cette
faculté est utilisée à bon escient. Vous avez droit à tous mes encouragements
anticipés pour votre nouvelle revue. Si elle peut devenir une expression écrite
adaptée de vos émissions à Radio Courtoisie, j’y souscris en vous souhaitant
bonne chance.

R. F. (Noisy-le-Grand)

Confiant malgré tout


Je suis sceptique quant à la volonté des Français de sortir du merdier
intégral dans lequel ils s’enlisent avec complaisance, parce qu’ils n’ont même
pas conscience de la profonde crise morale qui est la cause première de notre
mal. Quand un peuple au travail comptabilise les dixièmes d’heures sup-
plémentaires lui donnant droit à un demi-jour de bonus en fin de mois ; passe
le plus clair de son temps à échafauder des projets pour ses ouiquendes ; se
fait prescrire des arrêts de travail pour le moindre pet de travers ; et tant
d’autres choses encore. . . Penser que c’est dans ce magma de zombies que
votre journal devra recruter des lecteurs. . . ce n’est pas facile ! Mon seul
souhait est que ces pronostics se révèlent erronés et je vous adresse donc mon
modeste soutien !

C. F. (Marseille)

63
Libre Journal de la France courtoise no 1

Civilisation
Je vous souhaite bonne chance et vous félicite pour votre courage et
votre témérité à défendre les valeurs de notre civilisation chrétienne menacée
par l’œuvre diabolique de destruction des loges et autres organisations
manipulant le monde politique de notre Occident décadent. Je crois à un
retour de la monarchie qui pourra un jour nous sauver du naufrage. Bonne
chance !

A. de B. (Paris)

Émotion
J’attends avec impatience votre nouveau journal pour déguster à nouveau
avec une joie intense vos petits chefs-d’œuvre d’esprit et de pertinence nom-
més Fidèle au poste. J’admire votre art à dire en quelques lignes l’essentiel
dans un éditorial et retomber si gracieusement sur vos pieds au point final.
J’ai 74 ans, mais nous sommes du « même bord » sans être de la même
génération et je souhaite de tout cœur que votre entreprise marche.

F. B. (Paris)

Encore un !
Créer un « nouveau contre-poison médiatique » ? Excellente idée. Mais
pour qui ? Pour utiliser un langage bassement marchand, avez-vous fait une
étude de marché préalable ? Où comptez-vous trouver des lecteurs ? Notre
ennemi : l’indifférence généralisée à l’encontre des valeurs de la droite natio-
nale. Les Français, à 80%, n’ont pas envie d’être réveillés. Leurs personnages
favoris ? l’abbé Pierre, le commandant Cousteau. . . Il vaudrait mieux que la
droite nationale regroupe ses forces en éditant un seul grand hebdo national
où tous ceux qui ont réellement quelque chose à dire le diraient, en évitant,
tant que faire se peut, les « bondieuseries » intégristes et les nostalgies
maréchalistes. Ah oui, je sais, la « tradition catholique » en prendra un coup,
mais la France trouvera peut-être d’autres raisons de se bouger le c. . . !

J.-P. R. (Bagnols)

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Libre Journal de la France courtoise no 1

Tous mes vœux !


Je souscris à votre décadaire car vous DEVEZ réussir. Vos analyses sont
bonnes et votre équipe de collaborateurs – que nous connaissons déjà – vous
permettra de gagner de nombreux autres lecteurs. J’en suis certain !

M. D. (Croissy)

D’un Français moyen


Plutôt que de créer un nouvel hebdomadaire avec tous les aléas que cela
comporte, ne vaudrait-il pas mieux œuvrer pour un regroupement des divers
courants de pensée – trop éparpillés – afin d’avoir une action plus incisive
sur l’opinion publique et de forcer le barrage et le blackout des médias ?

Y. P. (Rueil)

Soutien
Malgré le déplorable état de mes finances, je ne peux me dispenser de
vous envoyer un petit chèque pour soutenir votre projet. La presse française
souffre d’une triple oppression : celle des syndicats d’obédience communiste,
celle des esprits faux admirateurs de toutes les crapules et celles de ceux
qui tirent les ficelles de tous les moyens de communication et contrôlent la
publicité. En toute amitié, je souhaite que Dieu bénisse votre entreprise !

P. C. (Montreuil)

Vital
Oui, nous sommes avec vous pour votre nouveau journal : nous avons
besoin de votre style imagé, incisif, décapant, de vos raccourcis saisissants,
de votre ardeur, de votre foi. En un mot de votre talent ! Donnez-nous aussi
quelquefois de bonnes nouvelles ! Et puis « que Dieu vous garde ! »

S. C. (Saint-Cloud)

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Libre Journal de la France courtoise no 1

Tradition
De tout cœur avec vous pour la réussite de votre journal. La remise au
premier plan, dans la meilleure tradition chrétienne, de l’éducation, de la
culture et des racines de notre civilisation française s’impose de plus en plus.
On a trop tendance à se laisser envahir – du fait de leur intensification – par
le besoin de dénoncer les corruptions de toutes sortes.

J.-J. M. A. (Écully)

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Mes bien chers frères
Par le Père Guy-Marie

Je l’ai lu. Et entièrement. Il fait tout de même 676 pages, table des
matières et autres index compris. Je parle du nouveau Catéchisme de l’Église
catholique donné par le Pape en octobre dernier, reçu en France dès le mois
de novembre.
Je ne regrette pas de l’avoir lu. C’est heureux, direz-vous, de la part
d’un prêtre, d’avoir tiré profit d’une telle lecture. J’ai l’ambition de vous
faire partager ce profit, d’indiquer les richesses de ce document important de
l’Église catholique.
En vérité, c’est un monument, et sa parution un événement. Ce catéchisme
représente un énorme effort de synthèse organisé selon le plan désormais
traditionnel des catéchismes romains : la Foi, les Sacrements, la Morale, la
Prière.
On a déjà beaucoup écrit sur ce livre, son histoire, ses sources, ses auteurs,
la façon dont il a été reçu par les uns ou par les autres. Ce ne sera pas mon
propos. Je voudrais donner envie de le lire en faisant appel non pas tellement
à l’obéissance de la foi, mais à la soif de vérité, au désir de mieux comprendre
notre religion. À vrai dire, il est revêtu d’une autorité certaine. Il mérite notre
confiance. Mais serait-il l’œuvre de quelque obscur abbé, je témoignerais du
même enthousiasme et je dirais : j’ai lu un résumé de notre foi ; tenez, lisez
ça, ça vaut la peine.
J’ai toujours beaucoup aimé le catéchisme du Concile de Trente. L’avez-
vous lu ? Lui aussi, c’est un monument. C’est encore une référence. J’aime
aussi le catéchisme de Saint Pie X, le grand et le petit. J’en ai d’ailleurs
racheté un exemplaire l’autre jour. Ce sont, eux aussi, de puissantes syn-
thèses. Mais notre dernier catéchisme comporte une originalité qu’on a peu
signalée jusqu’à présent. Il est riche d’une multitude de formules ramassées,
elles-mêmes synthétiques, où plusieurs réalités de notre foi sont rapprochées.
C’est cela qui est lumineux et très utile. Je relèverai donc un certain nombre
Libre Journal de la France courtoise no 1

de ces formules qui méritent d’être notées à part, voire d’être apprises par
cœur, capables de nourrir l’intelligence et la prière.
Un exemple ? Page 107, à propos de la Vierge Marie : « Ce que la foi
catholique croit au sujet de Marie se fonde sur ce qu’elle croit au sujet du
Christ, mais ce qu’elle enseigne sur Marie éclaire à son tour sa foi au Christ. »
(No 487.)
C’est pas beau ça ? nous y reviendrons.

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Libre Journal de la France courtoise no 1

68, rue David-d’Angers 75019 Paris (adresse postale)


Tél. : (1) 42.46.77.33.
Fax : (1) 48.24.08.28.
Serge de Beketch.

Le Libre Journal de la France courtoise est édité par la Sarl de presse SDB,
Sarl de presse au capital de 2 000 francs. Siège social : 68, rue David-d’Angers,
75019 Paris.

Principaux associés : Antony, Beketch, Varlet.

Commission paritaire : en cours.


ISSN : en cours.
Dépôt légal : à parution.

Imprimerie G.C.-Conseil 3, rue de l’Atlas, 75019 Paris.

Directeur de publication : D. de Beketch.


Directeur de la maquette : Jean-Marie Molitor.
Ange tutélaire : Françoise Varlet.

La pagination originale n’est pas reprise dans cette numérisation.

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Table des matières

Comment le Libre Journal de la France courtoise est


financé ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
Civilisation française et tradition catholique . . . . . . . . . . 5
Quelques nouvelles du marigot, par S. de B. . . . . . . . . . . . 7
Bien revenu et mal parti, par Jean-Pierre Cohen . . . . . . . . . 11
Brèves . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
Y a-t-il une gauche après la gauche ? par Ximenes de Cisneros 15
Des chiffres et des êtres, par ADG . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
Entretien courtois avec Dominique Jamet . . . . . . . . . . . 21
Vercingétozévicz et Yul César, par Aramis . . . . . . . . . . . . 25
L’africano-centrisme ou l’histoire falsifiée, par Bernard Lugan 27
Un malin plaisir d’Antoine Blondin, par Philippe Valdene . . 31
Livres . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33
La Difficulté d’être, par Anne Brassié . . . . . . . . . . . . . . . 35
Il n’y a pas de mal à aimer Matisse, par Nathalie Manceaux . 37
Verlaine : tableaux de Paris et d’ailleurs, par Anne Bernet . . 39
Ah, zappon-pons-pons les vilaines marionnettes, par Serge
de Beketch . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45
Lettre à ceux qui n’ont pas encore compris pourquoi les
Français se sont unis autour du Maréchal Pétain en
1940, par Pierre Monnier . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 49
24 avril 1792 : La Marseillaise, par Jean Silve de Ventavon . . 53
Rideau rouge, par Jérôme Brigadier . . . . . . . . . . . . . . . . . 55
L’exemplaire qualité du vignoble d’Ormesson, par Chaumeil 57
Spores en chambre, par Joseph Grec . . . . . . . . . . . . . . . . 59
Mots croisés, par Jacky Redon . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 61
Lettres de chez nous . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 63
Mes bien cher frères, par le Père Guy-Marie . . . . . . . . . . . 67

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