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Hugues Panassié (27 février 1912 - 8 décembre 1974) est un critique et producteur de jazz

français. Il était un admirateur des premières formes du jazz, le style « hot », tel que joué par
Louis Armstrong dans les années 1930 et tous les musiciens et chanteurs des années 1920, 30
et 40. S'il a largement contribué à la documentation concernant les premières heures du jazz,
ses idées sont cependant controversées. Son traditionalisme l'a ainsi poussé à considérer le
bebop comme une forme de musique distincte du jazz, le rejetant avec vigueur comme une
musique « non authentique », suscitant de nombreuses controverses et une scission du Hot
Club de France1.

Sommaire
• 1 Biographie
• 2 Controverses
• 3 Publications
• 4 Notes et références
• 5 Liens externes

Biographie
Né à Paris, Hugues Panassié est frappé par la poliomyélite à quatorze ans. Ayant dû renoncer à
pratiquer des activités sportives, il se tourne vers le saxophone et découvre le jazz à la fin des
années 1920. Il passera le reste de sa vie à faire connaître cette musique en fondant en 1932 le Hot
Club de France, qu'il présidera jusqu'à sa mort en 1974 à Montauban2.
En 1935, il participe avec Charles Delaunay à la création de Jazz Hot, l'une des premières revues de
jazz3. Sur invitation du montalbanais Georges Herment4, il s'installe en 1941 à Montauban, au 65
faubourg du Moustier, où il reçoit de nombreux jazzmen.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, il utilise les disques de jazz et leur diffusion comme un défi à
la censure et à l'autorité nazie qui occupe la France. Son ami Mezz Mezzrow raconte une de ses
performances dans son autobiographie Really the Blues (La Rage de vivre) :
« Il présenta un disque [à la censure nazie] étiqueté La Tristesse de Saint-Louis, et
Hugues leur expliqua patiemment que c'était une chanson triste traditionnelle française
parlant du pauvre et malheureux Louis IX. Ce que le cerbère de la culture ne savait pas,
c'est que sous cette étiquette se cachait l'étiquette originale Victor Records, avec Louis
Armstrong comme artiste et le vrai nom du morceau St. Louis Blues. »

Selon l'historien Gérard Régnier5, cette anecdote est totalement imaginaire.


Panassié a financé ou produit de nombreux enregistrements d'artistes comme Sidney Bechet, Mezz
Mezzrow et Tommy Ladnier.
Il a également fortement contribué à la réalisation du film L'Aventure du jazz par son fils Louis
Panassié sur la période 1969-1972.
La collection d'enregistrements (rouleaux de cire, 78 tours et vinyles) et de documents (journaux,
livres, correspondances) sur le jazz de Hugues Panassié a été rachetée dans les années 1980 par la
commune de Villefranche de Rouergue qui a constitué autour d'elle une médiathèque jazz enrichie
par d'autres dons, legs et achats. 8 CD ont été publiés et la numérisation des archives sonores de
Hugues Panassié se poursuit.

Controverses
Les prises de position traditionalistes de Panassié ont conduit à une bataille célèbre entre un courant
conservateur emmené par Panassié (les « figues moisies » pour la partie adverse), et un courant
moderniste dont font partie entre autres Boris Vian (parmi les nombreux sobriquets dont l'affuble
d'ailleurs Boris Vian dans ses chroniques, on peut relever Gugusse, Hugues-le-Père, Panapapassié,
Panaploum, "Panne-à-scier", Pape, Papenassier, Papasse, Papane, Panne d'Acier, Sa sainteté,
etc.), Charles Delaunay et André Hodeir (les « raisins aigres » pour leurs contradicteurs). L'un des
grands moments de cette bataille sera le concert de Dizzy Gillespie à Pleyel en février 1948.
Pour Panassié, le bebop n'était pas du jazz et tournait le dos aux caractéristiques de la musique
noire. La définition qu'il donne de Miles Davis dans son Dictionnaire du Jazz est à cet égard
parlante : « Trompette né à Alton, Illinois, en 1926, qui a délibérément tourné le dos à la tradition
musicale de sa race et qu’on peut citer en modèle de l’anti-jazz. » Il dénie également à Thelonious
Monk la qualification de pianiste6.
Cette vision des choses se retrouve dans un article de 1960 sur Ornette Coleman, à propos duquel
Panassié écrit qu'« il joue médiocrement de son instrument, il a une sonorité dix fois plus laide que
celle de Charlie Parker et, se moquant délibérément de ses auditeurs, il improvise au hasard, sans
thème, sans s'astreindre à suivre le moindre tremplin, de telle sorte qu'on a l'impression que sa partie
et celle du contrebassiste ont été enregistrées séparément puis réunies dans le même disque au petit
bonheur. Et on persiste à appeler ça du jazz7 ! »
Quatorze ans plus tard, il qualifie de « traîtres à la cause de la vraie musique noire (qu'ils prétendent
soutenir) » les « Miles Davis, Archie Shepp, Pharoah Sanders (...) et autres progressistes »8.
Certains auteurs considèrent que Panassié a construit « un système d’opposition Noirs/Blancs qui
entend suggérer la supériorité des premiers sur les seconds mais reproduit en fait les stéréotypes
racistes les plus conventionnels9,10. » Certains auteurs considèrent au contraire que le jazz étant
une création des Noirs, c'est le fait de ne pas reconnaître leur primauté qui constitue une forme de
racisme.
Mais plus encore qu'à l'encontre des musiciens, sa violence verbale s'exerce surtout à l'encontre des
critiques de jazz « progressistes », dont il fustige dans le Bulletin du Hot Club de France
l'« ignorance crasse », l'« épaisse incompétence » et la « bêtise triomphante11 ». Il ne répugne pas
aux attaques ad hominem, qualifiant par exemple un critique de « répugnant glavioteux12 », un
autre de « redoutable imbécile » et d'« âne bâté de la plume13 ». Dans le film L'aventure du Jazz,
plusieurs jazzmen éminents rendent hommage à Hugues Panassié pour son action en faveur des
jazzmen noirs.