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Jeunesse et débuts

Aîné de quatre enfants, Frank naît à Baltimore (Maryland) dans une famille d'origine sicilienne-
libanaise par son père, Francis Vincent Zappa, et franco-italienne par sa mère, Rose Marie
Colimore. Il grandit en Californie, écoutant divers compositeurs d'avant-garde, comme son préféré
Edgard Varèse, qu'il considère alors comme « le plus grand compositeur vivant »7 ou Igor
Stravinsky, et en s'intéressant aux groupes locaux de rhythm and blues.
Il intègre différents groupes en tant que batteur. Entamant une carrière d'auteur de chansons8, Zappa
rejoint un groupe local de R&B en tant que guitariste. Peu de temps après, il rebaptise le groupe
The Mothers, diminutif de Motherfuckers, ce qui ne plaît évidemment pas à la maison de disques.
Le groupe prend alors le nom de The Mothers of Invention.
Les Mothers épaulés par le producteur Tom Wilson sortent le double album Freak Out! (1966),
mélange de R&B et de collages sonores expérimentaux. Mais l’année suivante Tom Wilson néglige
la production de l’album Absolutely Free. Zappa, voyant que son producteur est plus occupé au
téléphone que dans la cabine d'enregistrement, lui propose de produire lui-même l'album, habitude
qu'il gardera jusqu'à la fin de sa carrière9. Zappa enregistre également We're Only in It for the
Money, satire grinçante du flower power mais aussi du mode de vie traditionnel américain ; la
couverture pastiche celle de Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band des Beatles, remplaçant les
fleurs par des légumes.
Dans la foulée de We're Only in It for the Money, il sort aux États-Unis, en mars 1968, son premier
album solo : Lumpy Gravy, commercialisé en mai. Cet album, signé « Francis Vincent Zappa », est
un collage de musique contemporaine (enregistrée en trois jours avec le Abnuceals Emuukha
Electric Symphony Orchestra (en)) et dialogues, réutilisés dans son dernier album, Civilization,
Phaze III.

Frank Zappa et son groupe Les Mothers of invention en 1971.

Hot Rats et carrière en groupe


Après plusieurs albums avec The Mothers, dont Cruising With Ruben & The Jets, au parfum de
musique doo-wop, ou encore l'album-concept Uncle Meat, Zappa sort Hot Rats un album solo
instrumental à l'écriture ciselée, où apparaît son jeu de guitare influencé par le jazz, ainsi qu'un
album de concert en public enregistré au Fillmore East (avec la participation de John Lennon et
Yoko Ono10).
Le 4 décembre 1971, alors qu’il se produit avec son groupe au Casino de Montreux au bord du lac
Léman, en Suisse, le feu prend au plafond de la salle, allumé par une fusée de détresse tirée par un
des spectateurs. « Quelqu'un dans le public avait lancé un cocktail Molotov ou une chandelle
romaine vers le plafond en guise de feu d'artifice, explique Zappa. Le revêtement en rotin a
commencé à s'embraser. 2 500 à 3 000 jeunes étaient entassés dans la salle, bien au-delà de la
capacité d'accueil. Dehors, pas mal d'autres essayaient d'entrer par tous les moyens, aussi les
organisateurs avaient-ils astucieusement condamné les sorties de secours. Quand l'incendie a
débuté, la foule n'avait que deux issues : la porte de devant, minuscule, ou les grandes baies vitrées
côté scène11 ». Le Casino ainsi que le matériel des Mothers sont intégralement détruits, mais Zappa
parvient à faire sortir tout le public sans incident grave et dans le calme12. « J'ai fait une annonce
du genre : “Gardez votre calme. Nous allons devoir vider les lieux. Il y a le feu, aussi je vous invite
à foutre le camp.” C'est surprenant, mais c'est ainsi : comment des gens qui ne parlent que le
français peuvent-ils comprendre tout ce qu'on leur dit dans une autre langue, dès lors qu'il s'agit de
vie ou de mort ? Ils ont commencé à évacuer par-devant11 ». Le groupe Deep Purple, qui enregistre
au même moment l'album Machine Head dans le studio mobile des Stones immortalise l'événement
dans son morceau Smoke on the Water. On peut entendre cet événement sur le bootleg Swiss
Cheese/Fire! édité officiellement en 1992 dans le coffret Beat the Boots II.
Peu après, le 10 décembre 1971, Zappa est précipité dans la fosse d’orchestre par Trevor Howell, un
spectateur, lors d’un concert donné au Rainbow Theatre de Londres. L'agresseur se justifie tant par
la qualité de la prestation, trop médiocre à son goût, que par l'insistance supposée du compositeur-
guitariste à regarder sa petite amie. Frank Zappa souffre de plusieurs fractures, d’un traumatisme
crânien, de blessures au dos, au cou, ainsi que d’un écrasement du larynx. Pendant plus d'un an,
Zappa reste en chaise roulante, dans l'incapacité de jouer en concert et gardera plusieurs séquelles
de l'accident :
« J’ai fini par me remettre, mais ma jambe est restée un poil plus courte que l’autre, d’où ces années
de douleurs chroniques dans le dos. Durant ma saison en fauteuil roulant, j’ai refusé interviews et
photos, je voulais juste faire de la musique, et j’ai quand même pu réaliser trois albums :
Waka/Jawaka, Just Another Band From L.A. et The Grand Wazoo13 ».
En 1972, sortent donc deux albums de jazz avec un orchestre big-band : Waka/Jawaka et The
Grand Wazoo. Face aux coûts de fonctionnement du grand orchestre et de l'échec commercial,
Zappa décide d'évoluer vers un style de composition plus accessible. Les résultats sont Over-Nite
Sensation, Apostrophe, Roxy & Elsewhere et One Size Fits All, avec une nouvelle version des
Mothers, comprenant George Duke (claviers), Napoleon Murphy Brock (saxophone et chant), Ruth
Underwood (percussions), Chester Thompson (batterie), Tom Fowler (basse), considéré comme le
meilleur groupe l'ayant accompagné. Un album entier de la série live en six volumes You Can't Do
That On Stage Anymore est extrait de cette période faste. C'est aussi l'ultime déclinaison des
Mothers of Invention. Après un dernier disque en public enregistré en 1975 avec son vieux
complice Captain Beefheart, Bongo Fury, Frank Zappa arrête définitivement The Mothers of
Invention, et ne publie désormais plus que sous son propre nom.
Frank Zappa en concert à Oslo (Norvège), le 16 janvier 1977.

Läther et le label Zappa Records


En 1977 Frank Zappa produit Läther, un coffret à huit faces (quatre disques) (seuls 300 coffrets de
4 LP seront distribués aux radios) qui doit représenter son travail d’orchestration en studio, sur
scène. Mais la Warner qui devait le distribuer, refuse de le publier. Le contenu apparaît pourtant
éparpillé sur quatre albums différents : Zappa in New York, Studio Tan, Sleep Dirt et Orchestral
Favorites. D’autres bouts sont aussi présents sur Shut Up 'n Play Yer Guitar et Zoot Allures. Le
contenu de ce disque « perdu » (jusqu’en 1996), sera commercialisé tel qu’il fut conçu au départ,
par sa famille, sous la forme d'un coffret CD, trois ans après son décès.
En décembre 1977, sur les ondes de la radio de Pasadena KROQ radio, Zappa diffuse Läther dans
son intégralité, déclarant au micro : « Ici Frank Zappa, je suis votre disc-jockey temporaire, prenez
votre petit appareil à cassette et enregistrez cet album qui ne sera peut-être jamais disponible pour le
grand public. »
Zappa attaque la Warner, qui a refusé de le payer pour tout ce matériel, publié un peu n'importe
comment, et crée son propre label, Zappa Records, distribué par Mercury/Phonogram. Il publie en
1979 Sheik Yerbouti (album basé sur des enregistrements live de sa tournée européenne 1978), qui
marque le début d’une excellente période en termes de réussite commerciale, et contient un titre qui
se classe no 1 en Norvège et en Suède : Bobby Brown. Dans le groupe qui l'accompagne alors, le
batteur Terry Bozzio, le guitariste Adrian Belew, et le claviériste Tommy Mars se coulent
parfaitement dans l'esprit et la technicité de sa musique.
Dans la foulée, l'« American composer » (« compositeur américain »), comme il aime se définir, et
qui avoue dans son autobiographie Zappa par Zappa n'avoir jamais été capable de jouer de la
guitare et de chanter en même temps, sort l'opéra-rock en trois actes Joe's Garage, interprété par un
nouveau groupe - le chanteur Ike Willis, le batteur Vinnie Colaiuta, le bassiste Arthur Barrow et le
guitariste Warren Cucurullo) - où tous les genres musicaux du rock (du reggae au disco en passant
par le punk, la pop ou le rythm'n'blues) sont abordés à la sauce Zappa. Il y brocarde notamment
l'Église de scientologie, ici « church of appliantology » (dont il change le nom du fondateur L. Ron
Hubbard en L. Ron Hoover). On y trouve aussi la phrase-manifeste Music is the Best (la musique est
la meilleure des choses). Ce sera un de ses plus grands succès commerciaux.

Frank Zappa et son groupe au Memorial Auditorium de Buffalo en 1980.

Décennie 80
À partir du début des années 1980, Zappa explore les liens entre la musique qu'il a toujours jouée et
la musique savante, en enregistrant notamment deux disques avec l'Orchestre symphonique de
Londres. Le 9 janvier 1984, Pierre Boulez et l'Ensemble intercontemporain jouent trois pièces de
Zappa qui feront partie de l'album Boulez Conducts Zappa: The Perfect Stranger qui sort à la fin de
la même année.
Une grande partie du travail ultérieur de Zappa sera influencée par son utilisation du synclavier
comme outil de scène ou de composition, ainsi que par sa maîtrise des techniques de studio pour
produire des effets sonores singuliers. Il est l'inventeur de la xénochronie, technique de studio
utilisée sur de nombreux albums. Son propos devenu également plus explicitement politique se
moque des télévangélistes et du Parti républicain américain.

Dernières années
Au début des années 1990, Zappa consacre presque toute son énergie à des travaux orchestraux et
de synclavier. Fin 1991, sa fille aînée Moon Unit révèle à la presse le cancer de la prostate de son
père. La maladie l'emporte le 4 décembre 1993, à l'âge de 52 ans. Pour sa dernière tournée en 1988
accompagnée d'une formation rock, il exige de ses 12 musiciens de connaître plus de 100
compositions, la plupart tirées de son propre répertoire. Le dernier concert de cette tournée et donc
la dernière prestation scénique de Zappa avec un groupe, a lieu le 9 juin 1988 à Gênes en Italie14.
Alors que le groupe doit poursuivre sa tournée aux États-Unis, Zappa est contraint de tout arrêter.
Le groupe explose en raison de l'animosité développée par plusieurs musiciens envers le bassiste
Scott Thunes, au point qu'ils finissent par refuser de monter sur scène avec lui15. L'ultime tournée
de Frank Zappa est donc écourtée. Celle-ci est cependant immortalisée dans les albums The Best
Band You Never Heard in Your Life (des morceaux aux textes « politiques », et des reprises de
musiques de films principalement), Make a Jazz Noise Here (principalement de la musique
instrumentale et expérimentale), Broadway the Hard Way (de nouvelles chansons), ainsi que sur
quelques plages de You Can't Do That on Stage Anymore, Vol. 6.
You Can't Do That On Stage Anymore (« tu ne peux plus faire cela sur scène désormais ») sera la
dernière production importante de sa vie, un projet majeur qu'il parvient tout juste à mener à bien,
les volumes 5 et 6 étant publiés en 1992. Il compile sur six doubles CD (et près de 13 heures
d'écoute) trois décennies de prestations scéniques, mêlant (parfois dans la même chanson) tous ses
différents groupes et toutes les époques sans aucun ordre chronologique. C'est une plongée
vertigineuse dans ce qu'il appelait the conceptual continuity, la continuité conceptuelle qui définit la
cohérence globale de son œuvre. Très tôt, Frank Zappa avait entrepris d'enregistrer tous ses
concerts : les bandes, qui servaient souvent de base à ses albums live ou studio, étant stockées dans
The Vault (la chambre-forte), un endroit mythique d'où la famille Zappa continue à sortir
régulièrement des albums16. Le 17 septembre 1992, l'Ensemble Modern interprète sous sa direction
et celle de Peter Rundel son œuvre « classique » The Yellow Shark à Francfort. Une forme de
consécration pour le compositeur américain17.

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