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Mémoire historique du

Bled Jbala

Préparé par :
Yahia M’rabet

Promotion : 2014/2016
1. Présentation Général du Maroc
Le Maroc connue par un patrimoine culturel diversifier et exceptionnel par sa qualité,
son abondance et l'étendue chronologique qu'il recouvre. Il dispose, d'un potentiel
important de biens matériels culturels, mais aussi d'une culture traditionnelle et
populaire particulièrement riche et bien vivante. En effet, sa position géostratégique
lui a permis aussi bien de s'enrichir que d'enrichir des civilisations prestigieuses. Ce
qui lui permet d'avoir le privilège de s'identifier à l'Afrique, au monde arabo-
musulman, au pays de la méditerranée, de s'identifier aux civilisations aussi bien
orientales qu'occidentales.

Le Maroc est un pays de diversité culturelle. De nos jours, les perspectives des
responsables marocaines sur le sujet, notamment la protection du patrimoine
immatériel, sont très claires et le gouvernement a déjà entamé des actions pour une
mobilisation générale visant à la mise en œuvre des principes de la Convention
internationale sur la diversité culturelle.

Le Maroc, au confluent des continents, détient un patrimoine culturel riche et


diversifié aux origines et influences diverses, enraciné dans une profondeur
millénaire. Cependant, pour des raisons multiples, ce capital culturel est peu valorisé
et souvent menacé de dégradation ou de disparition.

Donc, tout au long de ce sujet on va essayer de présenter le patrimoine culturel du


Bled Jbala, avec une vision de développement de la valorisation de cet héritage.

2. Présentation du Bled Jbala


Le Bled Jbala est un territoire montagnard occupé par une population rurale
relativement dense et dont l’activité principale est l’agriculture. Il s’agit d’une
agriculture traditionnelle marquée par la pratique de la polyculture dans le cadre
d’un système de production sylvo-agro-pastoral. Les particularités physiques,
naturelles, socio-économiques et historiques du Bled Jbala ont créé des conditions
qui ont contribué à maintenir un certain nombre de cultures et de pratiques rares. Il
s’agit d’un territoire qui revêt une importance particulière pour les ressources
génétiques. On peut parler de la persistance d’une agriculture traditionnelle au sein
des agroécosystèmes de montagne et qui constitue un foyer pour l’agro diversité. La
diversité des variétés locales cultivées et les savoir-faire associés sont partagés par les
populations locales et résultent d’un long processus historique. La typicité des
produits agricoles dans un cadre géographique et humain définis par le Bled Jbala
autorise la recherche de la reconnaissance d’un terroir ou des terroirs Jbala. La
reconnaissance et la valorisation de ce terroir peut favoriser la conservation de la
biodiversité en général et de l’agro diversité en particulier.

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La conservation et la gestion de la diversité génétique pourra alors se faire dans le
cadre de la gestion et de la valorisation d’une IG (Indication Géographique). L’objet
de cette contribution est de mettre en avant des éléments d’argumentation en
faveur de la reconnaissance des produits de terroirs Jbala et une IG pour les valoriser
et les protéger. L’idée sous-jacente à cette argumentation serait que la valorisation
des produits de terroirs permettrait de conserver l’agro diversité et protéger les
variétés locales.

a) Localisation
Le nom des « Jbala » représente le pluriel du mot « Jebli » qui signifie montagnard.
Cette appellation fait allusion à la nature orographique de ce territoire situé au Nord
du Maroc. Le Bled Jbala occupe la majeure partie de la chaîne du Rif occidental et
central, depuis le détroit, jusqu’au pays de l’Ouergha au Sud, et ne comprend pas les
plaines et plateaux atlantiques Du point de vue tribal, les Jbala correspondent à un
groupe socio-culturel qui regroupe 44 tribus (Zouggari et Vignet-Zunz, 1991). Bien
que certaines tribus appartenant à ce groupe soient à l’origine berbères, elles ont été
arabisées depuis des siècles et représentent le groupe arabophone du Rif occidental.
Le parler des Jbala est un
critère distinctif de ce
groupe par rapport à ses
voisins. En effet, se parler
bien qu’il appartienne à
l’arabe dialectal marocain,
se distingue par un certain
nombre de traits
caractéristiques,
notamment phonologiques
(Vicente,1998 ; Messaoudi,
1999).
Du point de vue milieu, les
Jbala occupent un
territoire caractérisé par
un milieu physique avec un
relief suffisamment
accentué et encaissé, pour
satisfaire au critère de
cloisonnement qui définit la montagne et isole ces populations. D’un autre côté, le
climat est y relativement favorable et caractérisé par son humidité et la douceur
relative des températures (Laouina, 1998). Du point de vue biogéographique, on se
trouve dans une zone d’intersections de plusieurs influences et régions
bioclimatiques, d’où son intérêt pour la biodiversité car elle est reconnue comme un
hot spot de la biodiversité méditerranéenne, notamment par le taux élevé de
l’endémisme de sa flore (Médail et Quézel, 1997). La richesse et la diversité de la
flore, la faune et des habitats ont justifié la création sur ce territoire d’un certain

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nombre de cadres de gouvernance nationaux et internationaux liés à la conservation
des ressources naturelles. Ainsi, ce territoire fait partie de la Réserve de Biosphère
Intercontinentale Méditerranéenne reconnue par l’UNESCO en 2006 et abrite
également le Parc National de Talassemtane et le projet de Parc Naturel de
Bouhachem. C’est également la première région du Maroc à être dotée d’un PAT
(Pays d’Accueil Touristique) en 2003 pour la province de Chefchaouen.
Du point de vue humain, le Bled Jbala se caractérise par une forte densité
démographique qui le différencie des autres régions montagneuses du Maroc. La
dimension rurale de la population reste très forte malgré les changements
démographiques à l’échelle nationale et malgré la présence de plusieurs centres
urbains sur ce territoire. La population est dispersée dans des villages appelés « dchar
» qui est l’équivalent de « douar » ailleurs au Maroc. Ils correspondent à un habitat
groupé et structuré suivant des systèmes d’organisation traditionnels basés sur les
liens familiaux et tribaux. Ces groupements jouent un rôle important dans la gestion
des espaces et des ressources naturelles et structurant les paysages.
Les Jbala partagent un ensemble de traditions et de pratiques qui leur sont propres.
L’alimentation, les costumes, la musique, l’artisanat et leurs différentes composantes
constituent des éléments fondamentaux des traits culturels spécifiques. En effet, les
traits relatifs à ces aspects sont incontournables dans la définition des particularités
régionales et les traits identitaires. Ces traits sont bien caractérisés et facilement
identifiables chez les Jbala.
L’aspect vestimentaire est l’un des traits distinctifs de l’identité Jebli. L’homme porte
un Jellab court agrémenter avec des pompons colorés, rendant sa silhouette
facilement reconnaissable.
Quant au costume de la femme, il se présente dans la majeure partie du Bled Jbala
avec trois pièces emblématiques : un large chapeau de paille (Chachiya), en feuilles
de doum tressées et portant quatre épais cordons de laine qui retiennent ses larges
bords; une ceinture de laine (Kourziya), souvent de couleur rouge, enroulée autour
de la taille ; une jupe-tablier (Mendile) : s’accroche à la ceinture en la recouvrant, il
fait une fois le tour de la taille en s’ouvrant sur le devant et il couvre pratiquement
toute la jambe. Dans ce pays, la femme « Jeblia », en plus de sa distinction sur le plan
vestimentaire, marque sa présence par la place qu’elle occupe dans presque tous les
secteurs de la vie économique et sociale, une place qui se maintient encore
aujourd’hui. Les particularités des composantes physiques et naturelles du milieu
contribuent à façonner les sociétés humaines et dans le cas des Jbala cela se vérifie
amplement. En effet, les Jbala au-delà de la géographie se différencient par différents
traits culturels, sociaux et économiques. Il s’agit bien d’une communauté caractérisée
par des traits culturels spécifiques et qui résultent de l’interaction entre les
caractéristiques du milieu naturel et des facteurs humains. Ces interactions sont le
fruit de l’histoire de cette région et ont généré un cumul de savoir et de savoir-faire
transmis de génération en génération et qui est le fondement de la typicité de ce
territoire et de ces produits.
La diversité et la typicité des produits de « terroirs » du Bled Jbala sont basées sur la
persistance d’une agriculture traditionnelle au sein des agroécosystèmes de
montagne en Bled Jbala.

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b) Géographie
D’après les études qui ont été faite, le territoire occupé par les différentes tribus
des Jbala est compris « entre la 34e. Et les 36 e degrés de latitude Nord et entre le 6e.
Et le 9e. De longitude Ouest. Sa superficie est estimée à 36'000 km2, se déployant au
Nord, le long des côtes méditerranéennes, sur plus de 150 km, « depuis la frontière
occidentale du rif jusqu’à Tanger », et occupant « le littoral atlantique de Tanger à la
lagune d’El-Merja près de Moulay Bossela, sur une longueur de plus de 100 km. La
largeur de cette province est variable : elle est, par exemple, de 300 km entre Larache
et la frontière orientale du Pays de Jebala, et de 120 km entre les falaises
des Ghomaras. Et la région de Fès. Rivière Ouargha.

c) Histoire
Les Jbala comme leur nom l’indique, sont les « montagnards » ou « les habitants des
montagnes ». Ce nom qui se réfère plutôt à la géographie qu’à un aspect ethnique
donné, est passé pourtant pour une identité culturelle vu leur nombre important et
leur espace géographique étendu, comparé aux autres « Montagnards » du Maroc.
À l’origine, d’après la toponymie et le lexique Jebli, la région était peuplée par des
tribus ibéromaurisiennes qui parlaient une langue plus ancienne que les dialectes
d’aujourd’hui. La proximité de l’Europe a fait que des populations d’origines ibériques
s’étaient installées dès la Protohistoire dans la région. Occupant une position
stratégique, la région de Jbala a été un point de rencontre de plusieurs courants
culturels et humains (les Berbères, les Puniques, les Latins, les Ibères, les Romans, les
musulmans d’Andalousie). Ces différents apports ont contribué à façonner l’identité
culturelle Jebli.
Les Jbala furent arabisés dès le XIe siècle, ce qui explique le caractère pré-hilalien de
leur parler2.
Bien qu’il existe des villes à la périphérie de la région, les Jbala n'en sont pas les
fondateurs. Ainsi, dans des villes comme Tétouan (fondée par des arabo-
andalous), Tanger, Chefchaouen, Larache, Ouazzane le terme jbala s’applique aux
paysans des campagnes environnantes.

3. Patrimoine Immatériel du Bled Jbala


La notion de patrimoine ne cesse de s’élargir, connaissant une extension quasi-
illimitée. Il devient donc nécessaire de redéfinir celle-ci.
Il est désormais convenu de distinguer le patrimoine matériel (tangible) de celui
immatériel (intangible). Mais en réalité, le patrimoine immatériel occupe de plus en
plus une place de choix dans la planification de l’UNESCO, en général, qui a pour but
de sensibiliser les nations à protéger leur diversité culturelle et de les aider à élaborer
des projets de sauvegarde et de préservation de cette catégorie du patrimoine (cf. La
Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel adoptée en 2003 à
Seoul).

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Comme le définit cette convention on entend par « patrimoine culturel immatériel »,
« les pratiques, représentations et expressions, les connaissances et savoir-faire que
les communautés et les groupes et, dans certains cas, les individus, reconnaissent
comme partie intégrante de leur patrimoine culturel » Ledit patrimoine, appelé
parfois « patrimoine culturel vivant », concerne les domaines suivants :

a) Les Traditions et appellations :


L’ethnie des Jbala, arabophones. Ils se caractérisent par leur habillement, et des
particularités linguistiques.

Habillement des fêtes

Habillement des mariées

Région de Ghomara CR de Tribu de Ghzawa Région de Zoumi


Talembote

b) Particularités linguistiques
Lors du colloque de Chaouen, « Langue et identité chez les Jbala–Ghomara »,
organisé les 4-6 mai 2011 par le MAGREC et le Groupe Jbala de Recherche et

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Développement, un vœu avait été émis par les participants pour que soit entreprise
une étude sur les parlers des populations de montagne du Nord-Ouest marocain.
De leurs conclusions, il ressortait notamment :

- Que par « populations de montagne du Nord-Ouest marocain » il fallait


entendre celles du Rif occidental et central, et qu’ainsi elles ne se limitaient
pas aux populations connues sous l’ethnonyme « Jbala », mais comprenaient
également les Ghomara et les Senhaja qui les bordent, au nord jusqu’à la mer,
et à l’est jusqu’aux confins du Rif proprement amazighophone.

- Que pour mieux les connaître, il fallait d’abord décrire ces parlers dans leur
variété, et que le moyen le plus approprié consistait en enquêtes menées par
des étudiants en master ou thèse doctorale, originaires de la région, sous la
direction d’un universitaire confirmé.
- Qu’une telle étude se situait dans le cadre plus large de la promotion du
patrimoine linguistique, culturel et social marocain ainsi que du rôle qu’il joue
en matière de connaissance du territoire et de son développement.

Ce vœu est en voie d’être exaucé. Lors d’une seconde réunion tenue en marge
du colloque international « La situation des langues au Maroc. Description
linguistique et constitution de lexiques », organisé par la Faculté des Sciences
Humaines Dhar El Mehraz de Fès les 14-16 novembre 2011 à Fès et Taza, une équipe
interuniversitaire et internationale a été formée pour mettre en forme le projet en
question. Son noyau est constitué de : Allati Abdelaziz (Tétouan), Ater Mohammed
(Tétouan), Benabbou Mostafa (Oujda), Brigui Fouad (Fès), Caubet Dominique (Paris
INALCO/Rabat CJB), Angeles Vicente (Zaragoza, Espagne), Vignet-Zunz
Jacques/Jawhar (Aix-en-Provence IREMAM/Rabat). D’autres enseignants-chercheurs
de Fès et de Taza, ainsi que des étudiants de master et de doctorat, se sont associés
au projet.

Les objectifs fixés par les participants ont un triple intérêt.

Au niveau linguistique, les parlers des Jbala restent très peu décrits dans leur
profondeur et peu de linguistes se sont aventurés sur le terrain. Il nous paraît que
l’objectif premier pour réussir la préservation et la promotion de la culture de la
région est d’assurer les conditions d’une valorisation ou d’une réhabilitation de ses
parlers, parlers arabes dits « jbala » (incluant la perspective de leurs contacts avec
l’amazighe). Déjà un débat est lancé au sein de l’équipe sur la difficulté de la
dénomination de ces parlers : faut-il les nommer « parlers jbala, parlers arabes

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montagnards, etc. » ? Par ailleurs, s’il apparaît qu’une grande partie des Ghmara a
été "arabisée", il existe quelque(s) tribu(s) ou fractions de tribus qui parlent encore
l’amazighe. On peut donc s’interroger sur le degré d’arabisation et aussi sur l’espace
amazighe des Ghmara. Il serait important de délimiter ce territoire de contact entre
les régions arabophone et amazighophone.

Au niveau social, seront inclus dans un questionnaire complémentaire certains


aspects qui concernent la vie des populations, l’évolution des modes de vie, la
relation de l’individu à son environnement, les techniques artisanales et agricoles,
l’habitation, les costumes, le rôle de la femme, etc.

Au niveau culturel et anthropologique, un travail sur la terminologie des


plantes cultivées marginales à base de variétés locales, ou cultures traditionnelles
minorées, pourrait faire l’objet d’enquêtes spécifiques en binômes entre linguistes et
botanistes. On s’avancerait ainsi vers la constitution de lexiques spécialisés.

c) Arts et Spectacles
Les Jbala, si facilement reconnaissables à leurs vêtements, ne peuvent vraiment
prendre vie devant nous, tels qu’ils ont existé au cours des âges, que lorsqu’on prend
en considération leur musique et leur littérature orale. Ces traits distinctifs d’une
culture riche et dynamique composent des textes en darija (le langage parlé) -
chansons, légendes et contes - particulièrement dignes d’étude. Ils révèlent à quel
point l’héritage culturel des Jbala ont pu constituer un véritable carrefour de
civilisations, réussissant à harmoniser des styles apparemment contradictoires.

Les arts Jbala, qui comprennent des aspects amazighs, arabes et andalous, opèrent
des synthèses entre des phénomènes hétérogènes : domaines religieux et séculiers,
traditions urbaines et rurales, thèmes masculins et d’autres associés plus étroitement
aux femmes. De fait, ces arts traduisent la position centrale des femmes Jbala dans
leur société.

d) Tatoua Jabalya, Jahjouka, Ayta Jabalia


Les Jbala ont développé de nombreux genres musicaux qui ont eu un impact réel sur
un grand nombre de musiciens dans le monde. Ils sont passés maîtres dans l’usage
d’instruments particuliers, avec des musiciens internationalement reconnus tels que
ceux de Jahjouka, et avec une musique qui leur est propre, comme la taqtouqa
jabaliya. Sans leur instrument à anche double connu sous le nom de ghaïta, et le tbel
(tambour à deux faces), aucune festivité dans le nord du Maroc ne serait complète.
C’est cet instrument si caractéristique des Jbala, la ghaïta, que Howard Shore a utilisé
pour donner à la musique du film Le Seigneur des Anneaux son caractère si

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particulier, et qui a inspiré le compositeur américain John Corigliano quand il a
nommé un de ses concertos Rhaita Dance.

La musique de Jahjouka, ainsi désignée d’après le village qui s’en est fait une
spécialité, tire son pouvoir spirituel du saint Sidi Ahmed Cheikh. Elle est considérée
comme une des plus anciennes 115 traditions musicales de la planète encore
vivantes. La légende veut que lorsque le premier membre de la famille Attar, qui joue
depuis un rôle capital dans cette musique, est arrivé dans la contrée, il s’est endormi
dans une grotte où Boujeloud (« le maître des peaux ») lui apparut en songe et joua
une musique envoûtante. C’est ainsi qu’est née cette musique, bénie ensuite par la

baraka de Sidi Ahmed Cheikh qui l’a dotée d’un pouvoir de guérison. Elle eut un tel
succès que les musiciens de Jahjouka devinrent les musiciens du Sultan, un privilège
qu’ils conservèrent jusqu’au début des protectorats européens en 1912.

Ces musiciens sont devenus plus tard internationalement reconnus, exerçant leur
influence sur de nombreux artistes occidentaux, de Paul Bowles et Brion Gyson de la
Beat Generation à Mick Jagger et Keith Richards des Rolling Stones qui, entre autres,
se sont inspirés de leur musique. La dimension spirituelle est également évidente
dans le genre dit taqtouqa jabaliya (ou aïta jabaliya ainsi qu’on l’appelle parfois),
étroitement associée au saint Moulay ‘Abdessalam Ben-Mchich. Ces chansons sont
très populaires dans le nord du Maroc, tant dans les campagnes que dans les villes.
Les chants liés à la aïta comprennent des invocations à Dieu et à son Prophète
Mohammed, ou aux saints, comme Moulay ‘Abdessalam. Il y a aussi une autre sorte
de chant issu de cette tradition appelée oughniya al ja-baliya (le chant de la
montagne), très populaire lors des mariages et autres fêtes. En particulier celui

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intitulé « Soudiya Jebliya » qui célèbre la femme Jebli avec ses traban (guêtres) et sa
Chachiya (grand chapeau de paille) ; il est interprétée à la fois dans la campagne et,
en ville, par des chanteurs aussi connus qu’Abdessadeq Chakra.

e) Ayouaa
Les femmes Jbala ont non seulement fait l’objet de chansons, mais elles sont elles-
mêmes étroitement liées à des types de chants tout à fait originaux comme le ‘ayou‘
par lequel, quand elles travaillent dans des champs éloignés les uns des autres, elles
s’échangent des couplets. Les femmes concourent ici largement à la vie agri-cole. A
part le labour, qui est normalement effectué par les seuls hommes, elles participent à
la plupart des autres tâches agricoles

f) Hadra
Du même, les femmes ont contribué à l’ancienne et florissante tradition de la
musique andalouse avec ses thèmes romantiques, formant des orchestres composés
entièrement de femmes qui exécutent la musique à la fois instrumentalement et
vocalement et qui n’appartiennent qu’au nord du Maroc. Ces femmes ont
également contribué à une musique d’un caractère plus spirituel, qui tend à être
associée aux tariqat soufies, par exemple celle des Aïssaoua.

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Ces associations religieuses, dont les membres se réunissent pour des événements
tels que mariages ou décès, ou pour des fêtes religieuses telles que le Mouloud
(l’anniversaire du Prophète), organisent des cérémonies, dont certaines appelées
hadrat ne réunissent que des femmes. Elles commencent par la récitation de dhikr
(litanies) et chantent des poèmes en l’honneur de Dieu, du Prophète et des saints.
Plus tard, les instruments tels que der- bouga, bendir (variétés de tambours) et tar
(tambourin) viennent accompagner la danse. Ces hadrat, qui unissent religion et
musique, nous rappellent à quel point la musique dans cette région a puisé ses
racines dans le patrimoine islamique, notamment les psalmodies du Quar’an et les
appels à la prière du muedden.

g) Tradition orale ancestrale (Les contes de


femmes)
L’importance des femmes Jbala n’est pas limitée à leur production musicale. Elles ont
pu jouer parfois des rôles de grande importance historique. C’est le cas de Sayyida Al
Hurra, fille du prince fondateur de la principauté de Chefchaouen, qui gouverna
Tétouan pendant une trentaine d’années dans la première moitié du XVIe siècle,
exerçant ainsi un pouvoir politique considérable, sur-117 tout après avoir épousé, en
secondes noces, le Sultan de Fès. Cependant, rien peut-être ne fait ressortir la
mesure dans laquelle les femmes Jbala ont été appréciées par leur société autant que
les légendes et les contes qu’elle a produits, avec une tendance à célébrer l’esprit des
femmes et en particulier leur habileté à manier les mots. Bien qu’elles ne fussent pas
impliquées dans les combats, une légende relevée dans la tribu des Sumata montre
qu’elles étaient capables d’être d’excellents stratèges militaires. Cette légende
remonte à l’époque où les Omayyades d’al-Andalus et les Fatimides de l’est de
l’Afrique du Nord tentaient de se débarrasser des derniers vestiges de la dynastie des
Idrissides, notamment en la personne de Sidi Mezouar, qui avait renoncé à la
couronne et se consacrait à une vie pieuse dans un village isolé de la montagne.
Moussa Ben Abi ‘Afia fut envoyé par les Fatimides pour en finir, provoquant une
grande panique parmi les villageois et chez Sidi Mezouar lui-même. C’est une femme
de la tribu qui sauva la situation en proposant un stratagème basé sur son utilisation
ex- perte de la parole, réussissant à convaincre Ben Abi ‘Afia de s’en retourner d’où il
venait et rendant par son action le combat super- flu. Le rôle central des femmes
dans cette société devient encore plus évident dans leurs propres récits, qui nous
permettent des entendre parler à travers les âges de leur propre voix. Ces récits,
même s’ils font partie d’une tradition orale, ne doivent pas nous faire perdre de vue
la composante lettrée de la culture de ces montagnards, laquelle a produit de
nombreux fuqaha et ‘ulama (juristes et savants), tout autant que les villes du Maroc
du Nord (Bled Jbala). S’il est vrai que les femmes n’étaient pas en mesure de voyager

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jusqu’en des lieux éloignés comme Fès pour devenir ‘ulama, elles semblent toutefois
avoir été tout à fait conscientes des effets que le rôle de ‘alim entraînait, comme on
le voit dans l’un des contes recueillis à Tétouan, appelé « ‘Ali et aussi fileur? ». Le
protagoniste féminin de cette histoire est devenu à force d’études un véritable ‘alim
et doit se déguiser en homme pour pouvoir adopter ce statut. En tant que « ‘Alim ‘Ali
» elle va dans une ville distante pour devenir le tuteur du prince du lieu. Celui-ci
commence à soupçonner qu’elle peut être une femme et essaie de trouver
différentes façons de percer son secret. Cela la conduit à imaginer les moyens de
dissimuler son identité au prince à qui elle ne révèlera qu’à la fin qui elle est et ce
qu’elle ressent pour lui. Cette stratégie permet aux conteuses de faire des
commentaires discrets sur le rôle que les ‘ulama jouaient dans l’interprétation des
textes religieux et dans l’utilisation des législations qui a parfois servi à contraindre
les femmes. Ces contes de femmes appartiennent à une tradition orale ancestrale,
dont certains traits rappellent l’amour courtois, genre diffusé en Europe par les
troubadours. Ainsi trouve-t-on, au coeur de ces récits, des strophes rimées qui
étaient destinées à être chantées de la même manière que les poèmes le sont dans la
hadra. Héritiers des Ghumâra médiévaux, les Jbala sont la manifestation de l’unité
profonde d’une région qui jadis a enjambé le détroit et où on ne distinguait pas la
rive africaine et la rive européenne de deux continents affrontés, mais le berceau
d’une culture com-mune dont le nom d’al-Andalus a subsisté jusqu’à nos jours après
avoir éclairé l’Ancien Monde

h) Les pratiques sociales, rituels et événements


festifs
La région de Jbala, située, au nord-ouest du Maroc connait annuellement des
festivités saisonnières diversifiée qui se réalisent dans la communauté. Ces festivités
montrent l’esprit de solidarité, d’entraide entre les membres de ces tribus qui sont
reliés par plusieurs types de lien social, religieux, linguistique et ethnique. Ces
festivités commencent généralement avec le début de la saison agricole qui coïncide
avec la période de labour et de culture. Ceci correspond à « Hagouza » comme appelé
dans cette région. Dans d’autres régions comme au Sud est cette pratique est
appelée « nayer ».

En fin de campagne agricole, qui coïncide avec la période des moissons et le


ramassage des produits agricoles et le comptage des têtes de bétail, une autre fête
annuelle appelée « El Ânsra » qui est considéré comme une occasion de
renouvellement de la relation et des liens avec la nature principale source de revenu
des populations locales.

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i. Hagouz
C’est la dernière nuit de l’année du calendrier solaire correspondant à la nuit du
premier jour de l’année agricole. Elle correspond au 14 janvier de l’année
administrative.

Elle a été nommée « Hagouz » au fait qu’elle est « capturée » entre l’année passée et
le nouvel an. (Référence)

Cette fête agricole est célébrée pendant deux jours pendant lesquelles une
nourriture spéciale est servie.

Le premier jour : est servi icharchmen. C’est un mélange de blé et d’orge cassé par
les femmes dans un récipient en bois dénommé « Aghiaz » ou « Amayez » d’une
manière verticale à l’aide d’un gros bâton ayant une extrémité ronde « comme une
allumette ». À la fin de l’opération, le mélange est cuit. La Bissara est préparée en
parallèle, puis elle est mélangée avec, le blé et l’orge cuit, l’huile d’olive et le sel. Le
produit est appelé « Icharchmen »

Il est servi dans un grand plat et est mangé en famille dans un environnement de
fête.

Le deuxième jour : est préparé le pain dit « khobz maqla » dit « Tahlalla » décoré
avec les amandes, raisins secs, noyers puis un autre pain normal sans décoration. Ce
pain est préparé pour les enfants et les enfants des voisins qui échangent entre eux.

La nuit : le soir, le plat est composé de tajine de volaille, pois chiche et Ibaouen cuites
à la vapeur en plus d’un plat de fruits secs (amandes, cacaouette, noyers) en plus des
figues sèches

Cette festivité concerne les femmes. Pour les hommes, une autre fête
complémentaire est organisée qui s’appelle « Baynou ». Deux hommes connus par
leur humour se mettent en habits locaux de femme et d’homme et tout le monde
sort pour répéter une parole très Connue.

ii. Maslouf : fête de la vielle (14 Avril)


Cette fête correspond au 1er avril agricole, soit le 14 avril de chaque année. Elle a été
appelée Maslouf car on raconte qu’il y avait longtemps, un mois de mars est passé
sans précipitations. Une vieille femme avait demandé à son mari de l’accompagner
vers la montagne et avait dit :

« Oh mars, j’ai pas pu m’habiller en Ihendaz et je n’ai pas pu allumer « Izdaz » et je n’ai pas mangé
« Imgouyaz » ce qui veut dire que le mois de mars était chaud elle n’a pas pu s’habiller en vieux habits

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et elle n’a pas allumé le feu même avec les bâtons de lavage des vêtements et elle n’a pas mangé la
viande du veau.

Quand ils sont arrivés à la montagne, ils ont commencé leurs travaux comme si l’été a
commencé. La vieille a laissé son mari préparer le « petit lait » et est partie ramasser
du bois mort. En cet instant, dit la légende que avril a dit à mars de lui prêter deux
jours et il a commencé à pleuvoir si fort pour compenser les manques de pluies. Et
quand la vieille est revenue, elle a trouvé son mari emporté par les inondations
survenues et elle s’est cachée dans une grotte d’abeilles mais elle a été emportée
également par les inondations. Il a été appelé Maslouf en référence aux 2 jours
prêtés par avril au mois de mars. A ce moment la perdrix a dit :

« Si le Maslouf est arrivé et que je n’ai pas encore pondu les œufs, je dois les récupérer même d’une
poule »

Ce qui veut dire que la perdrix doit pondre en Mars avant fin mars. Si, pour des
raisons biologiques la pondaison n’a pas eu lieu, il serait tard en début d’avril.

A ce jour, on prépare à manger le pain Maqla et le pain « Rghaief », un tajine avec les
œufs et du beurre. Cette fête a été presque abandonnée de nos jours.

iii. Nissane : 27 avril agricole, 10 mai


Il correspond au 27 avril agricole, soit le dix Mai. Sa fin correspond au 3 Mai agricole
soit le 16 mai.

Pendant le Nissan, une certaine pratique sociale est exercée pour demander de la
pluie : elle s’appelle « Dourane DL Kayla » : qui veut dire « la promenade de midi » :
les bergers après leur retour, à midi demandent la pluie « Al Ghayt » et après leur
arrivée au lieu où ils vont se séparer, on les mouille avec de l’eau pour que la pluie
tombe, et quand les chèvres arrivent aux étables, on met la faucille à la porte pour
que les chèvres ne meurent pas des inondations. Les animaux sont redirigés vers les
prairies l’après-midi.

Vingt jours après le Nissan, les enfants et les grands sont brulés dans leurs nuques
avec un tissu particulier. Le même jour, toute la famille se lève avant le lever du
soleil. C’est un rappel aux gens de ne pas oublier le travail et de garder la célérité et
l’engagement pendant toute l’année agricole et pour qu’ils s’occupent de leur vie
professionnelle et sociale

Bled Jbala 14
iv. Al Ansra 24 juin agricole, 7 j Définition de «
El Ânsra »
Certains chercheurs pensent que l’origine du mot « El Ânsra » est hébreu et signifie «
rassemblement » ou « festivité » parce que les lignages se rassemblent à la fin de la
campagne agricole et le ramassage des produits naturels de la terre et de la mer.

« El Ânsra » est une fête où les agriculteurs et les pêcheurs mettent une journée de
célébration de l’importance de la terre et de la mer dans laquelle, exprime leur grand
attachement aux ressources naturelles fournies par Dieu. Elle est organisée en
général vers le 7 juillet et c’est la journée consacrée à « Al Âmara ».

Certaines sociétés chrétiennes célèbrent cette fête avec le même nom. Elle est
appelée aussi «Rachich » car les gens se mouillent les uns les autres dans les rues en
expression de joie de la fin de la campagne agricole. Cette fête est célébrée le 7
juillet de chaque année.

Les juifs le célèbrent « Aid Assabiâ » traduite en « fête des semaines ». Il coïncide
avec le début des moissons. Les anciens égyptiens l’ont célébré aussi.

Certains voient dans « El Ânsra » un leg et un patrimoine venu de l’Andalousie en se


basant sur de la poésie andalouse. Mais la majorité des chercheurs affirment que
c’est un patrimoine culturel du pays de Jbala depuis l’antiquité juillet.

4. L’héritage mystique : lignages religieux et sanctuaires


Il s’agit ici d’esquisser une carte de la sainteté dans le Rif occidental. Ce n’est
pas le hasard qui a fait de cette région l’une des régions du Maroc à forte densité de
saints.

L’établissement des familles chérifiennes, surtout idrissides, depuis leur expulsion de


Fès par le gouverneur des Fatimides pour le Maroc, Mûssa b. Abî-l-‛Afiya, en
375H/965, constitue le début de l’histoire du chérifisme dans la région. Chefchaouen
n’est pas une simple cité de piété, elle est en soi la vraie « zaouia de Moulay ‛Abd al-
Salâm ». La tradition orale lui accorde ce titre, d’abord du fait que la ville fut bâtie par
ses descendants, les chorfas ‛alamîyîn-s, et aussi du fait de sa situation géographique
stratégique sur l’itinéraire spirituel et religieux du pays. Cet itiné-raire part de la
capitale culturelle, Fès, et de Moulay Idris Zehroun (où est enterré le fondateur de la
dynastie des Idrissides), en pas-sant par Ouazzane, puis Chefchaouen, pour arriver au
mausolée du qotb soufî des Jbala, Moulay ‛Abd al-Salâm b. Machîch. L’époque
saâdienne fut une période de prospérité et de vigueur pour les confréries religieuses
dans tout le Maroc. Le mouvement confrérique est le développement d’un
mouvement mystique déjà bien enraciné dans la région depuis des siècles. La

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confrérie, al-tarîqa, se distingue par ses ramifications multiples, ses rites fixes et son
action collective et unifiée. Chefchaouen renferme une vingtaine de mausolées, la
majorité intra-muros, et bien qu’ils ne soient pas vastes ni majestueux du point de
vue architectural et architectonique, ils présentent une grande valeur patrimoniale.
Ce sont des zaouias filiales des grandes confréries marocaines et orientales : al-
Darqâwîya, al-‛Is-sâwîya, al-Nâçîrîya, al-Tîjânîya, al-Qâdîrîya... Mais la ville est aussi le
berceau de plusieurs zaouias locales, celles de Moulay ‛Ali Chaqqûr, de Ben ‛Ajîba, de
Sidi Bel Lahcen et des chorfas ‛alamîyîns. Cependant, ces édifices ont subi récemment
des travaux de reconstruction et rénovation, au titre de la restauration du patrimoine
religieux, qui n’ont malheureusement pas toujours respecté ni le plan original, ni la
décoration du bâtiment. Ces mausolées ne concernent pas uniquement les hommes,
il en existe également d’autres dédiés à des femmes chaounies qui exerçaient leurs
propres rites religieux, comme Lalla al-Zûhra al- Njâra, Lalla Mannâna al-‛Armâtîya et
Lalla ‛Aycha al-‛Îdwîya. Chefchaouen et sa région sont ainsi un terroir qui a produit
des saints aussi facilement et aussi naturellement que les pâturages produisent de
l’herbe. Certains de ces saints sont ici présentés, dans l’ordre chronologique, pour
donner un aperçu sur la piété et le mysticisme de la région.

 Sidi Yalçû, connu comme Sidi Yarsûl (indéterminé): Selon l’historiographie


arabe, Sidi Yarsûl n’est qu’une déformation de Sidi Yalçû b. ‛Abd al-Malâk. Il
été l’un des grands chefs de l’ar-mée de Mûssa b. Nûçayr (86-96H/705-716), à
l’époque du calife omeyyade al-Walîd Ibn ‛Abd al-Malîk (86-96H/705-715). On
com-mémore annuellement sa lamma (moussem) tout près de la bour-gade
de Dardara, commune rurale de Bab Taza, le 12 rabî‛ Ier.
 Sidi al-Hâj Ahmad Aqtrân (indéterminé) Son nom, al-Qatrânî ou Aqtrân, « le
goudronné », serait une alté-ration d’al-‛Aslânî, « le mielleux ». Il est le fils du
précédent. Il était le maître en lectures coraniques du pôle Moulay ‛Abd al-
Salâm b. Machîch. Autour de son mausolée se tient sa lamma, le 13 juin, au
bourg d’Abrûj (commune rurale de Bab Taza). Il est l’un des descendants du
petit-fils du calife ‛Utmân b. ‛Afân, installé dans la tribu d’al-Khmâs lors de la
conquête arabe du Maroc.
 Moulay ‛Abd al-Salâm b. Machîch (m.625H/1227) On fait remonter sa
généalogie au Prophète Muhammad (Paix sur lui). Il est né dans la tribu des
Beni ‘Arous, dans la bourgade de Hsin. Sa date de naissance est comprise entre
559H et 563H. On lui attribue quatre enfants qui ont donné naissance à prati-
quement toutes les familles de chorfas du Nord. Sa Prière Ma-chichia (al-Salat
al-Machichia) constitue l’une des références du soufisme marocain. Son
sanctuaire, connu comme Mosquée des Anges, est l’un des édifices les plus
visités. Il fut assassiné par Ibn Abî Tûjin, lui-même aussitôt abattu par les

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partisans du saint. Sa lamma marque le sommet des festivités soufiques de la
région des Jbala, voir de tout le Nord du pays.
 Abû al-Hasan al-Châdîlî (m.656H/1258) Natif de la tribu d’al-Khmâs
(571H/1173), il sillonne le monde arabe, après un séjour à Fès, puis retourne
dans son pays, berceau de son maître, Moulay ‛Abd al-Salam b. Machîch. Il
entreprend de nouveau un long voyage en Orient musulman où il meurt ; il est
enterré dans le désert égyptien. Ce voyage a permis une diffu-sion de son
enseignement dans tout le monde arabe. Sa confrérie a donné naissance à un
la plupart des confréries au Maroc et ailleurs.
 Sidi Yûssûf Tlîdî (m.950H/1543) Il a été à l’origine d’un mouvement qui a
marqué toute l’évolution de la mystique locale et nationale. Abû al-Hajâj
Yûssûf Tlîdî fut l’un des adeptes du savant cheikh ‛Abd Allah al-Ghazwânî. Né
dans le bourg des Beni Tlîd, dans la tribu d’al-Khmâs, il est issu d’une famille
chérifienne. Il avait fixé sa résidence dans la médina de Chefchaouen.
Sa lamma se tient le septième jour de l’‘Ayd al-Mawlid. Il constitue le point de
rencontre des tribus avoisinantes : les Beni Gorfat, les Beni Bû Yûssûf, les Ahal
al-Srîf, les Rahûna et les Benî Zakâr.
 Sidi ‛Allâl al-Hâj al-Baqqâl (m.981 H/1573) La zaouia baqqaliyya se situe à 45
km au sud-est de la ville de Chefchaouen, au sein de la tribu de Ghzâwa-d’en-
haut (Ghzâwa al-‛Ulya). Abû-l-Hassan ‛Allâl al-Hâj al-Baqqâl est né dans cette
bourgade. Il a passé une dizaine d’années en Orient musulman. A son retour
au Maroc, il a soutenu les Saâdiens dans leur poli-tique de jihâd pour la
libération des villes occupées et la consoli-dation du pouvoir central. La zaouia
des al-Baqqâlîyîn-s a connu un grand essor grâce à ce saint qui a entretenu des
relations tant avec les savants locaux qu’avec le pouvoir saâdien. En outre il a
réussi à jouer le rôle d’intermédiaire dans les conflits entre les tri-bus locales,
notamment les Beni Messâra et les Masmûda.
 Sidi Muhammad al-Habtî (m.963H/1555) ou « Le Grand Habti » Il est
l’initiateur de l’usage de la pause dans la lecture du Co-ran pour le Maroc. Il
constitue l’une des figures emblématiques du soufisme local, même s’il est
natif des environs de Tanger (vers 890H/1485). Suite à l’occupation portugaise
de cette ville en 876H/ 1471, sa famille a émigra pour s’installer dans la
confédé-ration des Ghmara.
 Sidi Muhammad al-‛Âlam (m.1001H/ 1592) ou «Le Petit Habti » Il est le fils de
Sidi Muhammad al-Habtî. Né dans le bourg de Ûs-lâf, situé chez les Beni Zajjal,
des Ghmara. A la mort de son père, il a prit la direction de l’institut de son
père. Sous le règne du sul-tan saâdien Ahmad al-Mansûr al-Dahbî, il sera
nommé juge de sa tribu, les Beni Zajjal, et de ses environs. Il a été enterré dans
la fraction des Beni Derkûl, de la tribu d’al-Khmâs.

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 Sidi Muhammad al-Bûzîdî (m.1229H/1813) Natif des Beni Salmân, il est
enterré dans la bourgade côtière de Stihat (Bou Ahmed). Les Beni Zîyât,
fraction des Ghmara, célèbrent sa lamma dans le dchar de Tazmourt, au début
de la deu-xième semaine du mois d’août. Il fut l’un des disciples du cheikh de
la confrérie al-Darqâwîya, Moulay al-‛Arbî al-Darqâwî (m.1239H/1824). Il est
classé parmi ses fidèles disciples car il a passé avec lui une dizaine d’années
entre sa zaouia à Beni Zarwâl et la ville de Fès. Rappelons qu’il fut l’un des
maîtres de Sidi Ahmad b. ‛Ajîba, l’un des cheikhs de la confrérie al-Darqâwîya.
 Sidi Muhammad b. Muhammad al-Harrâq (m.1261H/1844-45) Né à
Chefchaouen entre 1186-88 H/1772-74, il est enterré dans sa zaouia de
Tétouan. Sa ville natale conserve toujours ses traces à travers sa demeure
située dans une impasse qui porte encore son nom, au quartier d’al-Swîqa.
 Moulay ‛Ali Chaqqûr (m.1315H/1897) Chez les Chaounis, il occupe le sommet
de la hiérarchie des saints de la ville. Il est incontestablement le plus visité et le
plus invoqué. Au dix-huit du mois de rajab, sa zaouia abrite sa fête patronale,
lamma. En plus de cette cérémonie annuelle, le sanctuaire ac-cueille chaque
semaine des femmes adeptes pour les cérémonies d’al-hadra44.
L’hagiographie de ce saint chaouni est prolixe du fait de son ap-partenance à
l’une des grandes familles chérifiennes locales : les Ûlâd Chaqqûr, et surtout
parce qu’il fut l’unique cheikh de la confrérie al-Darqâwîya dans la ville. Voici
les principales étapes de sa vie :
 1276H/1859 : participation à la résistance locale contre l’occupa-tion
espagnole de la ville de Tétouan, connue comme Guerre de Tétouan. Il
fut prisonnier des Espagnols pendant six mois. 1299H/1881 : il est
confirmé dans sa walîya grâce à ses actes mi-raculeux (karâmât-s) et ses
oeuvres de bienfaisance.
 1307H/1889 : visite du sultan alaouite Moulay al-Hassan Ier (1290-
1311H/1873-1894) à Chefchaouen où le saint l’accueille. Le pres-tige
symbolique de Moulay ‛Ali Chaqqûr auprès du dit sultan lui a permis
d’être invité à l’accompagner à Fès. L’illustration en est également la
dotation d’un nombre important de dahirs hassanî : exemptions
d’impôts sur les huiles et les grains, ainsi que sur ses propres
prélèvements sur le souk de la laine. Le but de ces of-frandes était de
renforcer le rôle de la zaouia au sein de la société, par l’organisation de
ses propres fêtes de charité et cérémonies religieuses (al-dîkr wa al-
samâ’). 1311H/1894 : invitation royale du sultan alaouite Moulay ‛Abd
al- Azîz (1311-1314H/1894-1896), ce qui nous confirme la continuité de
cette tradition d’attentions et d’égards monarchiques envers Moulay
‛Ali Chaqqûr et ses descendants.

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 1314H/1896 : manifestation de la baraka de ce saint dans l’arrêt de
l’épidémie qui a ravagé Tétouan et Chefchaouen. Il a aussi constitué un
groupe de musiciens du chant andalou. Cette zaouia a ainsi assumé le
rôle d’un conservatoire de musique en sauvegardant un nombre
considérable des nawba-s de mu-sique andalouse. La zaouia fut donc la
première école chaounie du patrimoine musical andalou.
Ribbi Amran Ben Diwan (m.1782) Considéré comme le plus
célèbre de tous les saints juifs (saddi- kin) du Maroc, Ribbi Amran
Ben Diwan Ben Ribbi Ephraïm est enterré à Asjen, village situé à
neuf kilomètres au nord d’Ouazzane. Le lieu de sa naissance est
indéterminé, mais certainement marocain. Il a étudié le Talmud à
Jérusalem. En 1763, il est de retour au Maroc. De son vivant,
Ribbi Amran n’attirait pas l’attention sur lui et ne recevait aucun
hommage particulier. Il n’a pu être déclaré saint qu’après sa
mort. La Hayloula, cette fête joyeuse qui réunit tous les fidèles,
est similaire à la lamma/moussem des saints musulmans. Elle
constitue également l’occasion pour eux de solliciter la
bénédiction de leur saint. Autour de l’arbre qui est au centre du
mausolée, les fidèles se réunissent en répétant des louanges
spéciales en faveur de leur saint. La tradition orale lui accorde
des vertus inestimables.
5. Gastronomie de Bled Jbala
Le Comité intergouvernemental de sauvegarde du patrimoine culturel
immatériel a décidé à l’unanimité lors de sa 5ème session, réunie à Nairobi (Kenya)
du 15 au 19 novembre 2010, d’inscrire sur la Liste représentative du patrimoine
culturel immatériel La diète méditerranéenne : élément présenté conjointement par
le Maroc, l’Espagne, la Grèce, et l’Italie.

Selon la définition adoptée par l’Unesco « c'est un ensemble de savoir-faire, de


connaissances, pratiques et traditions qui vont du paysage à table, y compris la
récolte ou moisson, la pêche, la conservation, en particularité la consommation
alimentaire, en enracinant dans le respect du territoire en rapport avec son
biodiversité, et en assurant la conservation et le développement des activités
traditionnelles dans les communautés méditerranéennes dont Soria en Espagne,
Krona en Grèce, Cliento en Italie et chefchaouen au Maroc, tous sont été réunis pour
défendre le classement de leur patrimoine gastronomique commun à la liste du
patrimoine culturel immatériel de l'humanité par UNESCO

La Méditerranée se caractérise par un modèle nutritionnel qui est demeuré constant


dans le temps et l’espace et dont les principaux ingrédients sont l’huile d’olive, les

Bled Jbala 19
céréales, les fruits et légumes frais ou séchés, une proportion limitée de poisson,
produits laitiers et viande, et de nombreux condiments et épices, le tout accompagné
de boissons ou d’infusions, toujours dans le respect des croyances de chaque
communauté ».

Pour le Maroc, au-delà de l’inscription, la continuité de ce projet devrait conduire à


la promotion, la protection et la transmission de ce patrimoine, mais aussi au
renforcement de la collaboration transméditerranéenne.

Les connaissances et les pratiques traditionnelles en rapport avec la biodiversité, il y a


un besoin urgent en matière d’inventaire et de transcription de ces connaissances à
titre d’exemples sa richesse propre en plante aromatique et médicinales, une
diversité de pharmacopées traditionnelles.

Le savoir local des habitants sur les cultives traditionnels et leur distribution dans
l’écosystème agricoles, leur gestion de leur distribution.

Elle constitue la base pour toute l’alimentation

Olive et Huile d’olive

C’est une délicieuse purée de fèves préparée à


partir de fèves sèches et assaisonnée avec de
l’huile d’olive du cumin et du piment, elle est
généralement mangée bouillante dans les tajines
et mangée avec du pain. C’est un plat riche et
énergétique consommée par les paysans avant de
partir dans les champs.

Bled Jbala 20
Après avoir rincé à grande eau plusieurs fois les fèves, mettez-les dans un poêle en
terre rempli d’eau chaude ;
laisser bouillir en enlevant
l’écume de temps à autre avec
une louche en bois de façon à ce
qu’il n’en reste plus; mixer avec
un mixeur en bois; ajouter le
chou ou les navets et laisser
cuire en remuant de temps à
autre. Ce plat est servi chaud.
Poudrez de cumin, poivron
rouge piquant dessus et de
l’huile d’olive En guise de salade ce plat est accompagné d’une salade d’oignon
finement coupé, d’olives, de citron et de poivron vert piquant conservé à la
traditionnelle

Cette recette est surtout


consommée l’hiver.

Pour l’obtenir, il faudra faire bouillir


les haricots puis frictionner avec
une louche en bois ; ajouter
l’oignon, persil et coriandre hachés,
ingrédients, sel, huile et coing
coupé en morceaux ou le chou. Ce
plat est servi chaud.

Tremper les fèves dans de l’eau


pendant une nuit. Enlever le chapeau
noir; ajouter l’oignon, Persil,
ingrédients, sel et huile d’olive.

Couvrir d’eau et laisser cuire. Ce plat


est servi chaud

Cette recette est surtout consommée


l’hiver

Bled Jbala 21
Un fromage frais par coagulation du lait cru grâce à l’utilisation de présure préparé à
la ferme à partir d’un caillot de veau, ou de chevreau ou acheter en pharmacie.

Fromage de chèvre

Tremper la mauve dans de l’eau pour la débarrasser de la poussière, puis la laver


minutieusement, découper finement et bouillir dans de l’eau, puis égoutter.
Mélanger tous les ingrédients ensemble afin d’obtenir une sauce homogène
(charmoula) et la faire passer dans l’huile avant d’ajouter la mauve et faire cuire. A
présenter chaude en mettant dessus des morceaux de citrons et d’olives confits La
même recette est valable aux épinards ou autre type de mauve (roujla)

Bouillir les chardons dans de l’eau salée


puis égoutter. Mélanger tous les ingrédients
ensemble afin d’obtenir une sauce
homogène (charmoula) et la faire passer
dans l’huile; ajouter les chardons et laisser
cuire. Servir chaud après avoir ajouté
quelques gouttes de citron.

Bled Jbala 22
Le « samite » est très ancien, dont les origines reviennent au moyen âge, où il a
connu une très grande utilisation dans tout le Maroc (Nachatte, 2006). En outre, la
culture de différentes variétés de vigne est bien localisée dans le Rif marocain surtout
la vigne noire et d’autres variétés de vigne rouge et blanc (Hmimsa, 2004). Une partie
de la production de vigne est destinée à l’utilisation alimentaire sous forme de raisin
frais ou sec, l’autre partie de vigne est transformée en samite. Cette production était
connue en Andalousie musulmane.

Depuis le moyen âge, le Rif marocain est connu par la fabrication de vin et aussi du
jus cuit de vin ou samite appelé dans cette époque « Arrope » qui signifie le jus sucré,
ce mot est utilisé aussi en Espagne où il a le même sens (Nachatte, 2006). La
fabrication du samite est répandue dans cette époque ce qui a mis le sujet de son
interdiction en controverse, cependant la fabrication du samite a persisté
jusqu’aujourd’hui.

Toutes les variétés de vigne peuvent être utilisées pour la fabrication du samite. Vers
la fin d’hiver, la vigne atteint sa maturité finale. Les raisins récoltés et rincés sont
écrasés avec les pieds dans des
grands fûts. Le jus obtenu est filtré
avant d’être mis dans une sorte
d’ustensile en terre en mélange avec
de l’eau. Ces derniers sont posés dans
des endroits spécifiques sur le feu
pendant plus de huit heures. Après
refroidissement, le samite se
conserve dans des bouteilles pour
une longue durée. Ce vin cuit est
conseillé pour les maux de ventre et surtout la délivrance des femmes accouchées.

Pour préparer le raisin sec appelé aussi « Azbib », on ajoute les cendres de lentisque
carbonisé à de l’eau, un peu d’huile et une plante (Innula viscosa) pour aromatiser le
mélange.

Ensuite, on fait plonger les raisins déjà récoltés dans le filtrat de ce mélange que l’on
laisse sécher ensuite.

Bled Jbala 23
 Zimbo :

C’est une farine à base d’orge et de pois chiche grillés et moulues. Pendant la saison
de figues, les figues fraiches sont offertes dans un plat spécial avec « Zimbo », pour
manger une figue, il faut l’ouvrir et la tremper dans cette farine.

 Assida :

Sorte de soupe ou de porridge de couleur


blanche, selon la consistance, à base de semoule,
de lait, d’olive, pour une recette simple, mais on y
met souvent de la beure et du miel. On le sert
aussi à la fête de Mouloud.

 Le tajine :

Bien connu comme élément principal de la cuisine traditionnelle, une sorte de


ragout, qui peut être composé de viande, de volaille ou de poisson.

Le pain est préparé dans un four à bois construit à l’aide de la terre et la pierre de la
région.

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6. Agroécosystèmes et agriculture traditionnelle
Le Bled Jbala, en occupant la majeure partie du Rif occidental s’intègre dans un
contexte naturel et socio-économique qui le fait appartenir à un système de
production de type agro-sylvo-pastoral. Ce système se caractérise par l’utilisation à la
fois des terres agricoles, des parcours et des forêts. L’agriculture et l’élevage
constituent des secteurs de subsistance caractérisés par l’utilisation de techniques
culturales traditionnelles et l’élevage extensif principalement de caprins et d’ovins.
L’agriculture traditionnelle favorise le maintien au sein du paysage d’une mosaïque
de milieux cultivés (cultures, jachères), naturels (écosystèmes forestiers et
préforestiers) et seminaturels (haies, chemins, drains et fossé). Cette composition
particulière a un fort impact sur la dynamique des espèces présentes dans le paysage,
l’habitat est fragmenté et fortement influencé par les activités liées à l’agriculture.
Mais, la persistance d’un couvert forestier naturel associé à des agroécosystèmes
traditionnels favorise le maintien d’une grande biodiversité.
Les agroécosystèmes de la région sont caractérisés par la coexistence d’un système
sylvo-pastoral et d’une activité agricole de subsistance et forment des unités
paysagères particulières. Les principales caractéristiques des agroécosystèmes
traditionnels des montagnes rifaines en général et du Bled Jbala en particulier sont :
agriculture à caractère
vivrier, grande diversité de cultures rustiques à faible rendement, prédominance de
la micro (<0.5 ha) et de la petite propriété (< 5 ha), présence de la cannabi-culture,
large utilisation de variétés locales, savoir-faire traditionnel et agrobiodiversité et
grandes potentialités en matière de ressources génétiques.

7. Agrobiodiversité et savoirs agronomiques


L’agrobiodiversité correspond à la diversité des cultures pratiquées et à la richesse en
variétés locales encore utilisées. Les agroécosystèmes rifains d’une manière générale
et ceux du Bled Jbala en particulier sont caractérisés par la pratique de la polyculture
et montrent un niveau de diversité remarquable (Hmimsa et Ater, 2008)
En ce qui concerne l’agrobiodiversité de ces territoires, on peut souligner 2
caractéristiques importantes :
la persistance de cultures marginales et/ou rares: on peut citer comme
exemples chez les céréales, la culture de « chqalia » ou petit épeautre
(Triticum monococum), du « chentil » ou seigle (Secale cereale) et « dra » ou
sorgho (Sorghum bicolor); chez les légumineuses, des vesces comme «
kersanna » (Vicia ervifilia)) et « kerfala » (Vicia sativa), des gesses du genre
Lathyrus (L.sativus, L. cicera, L. ochrus) et « loubia hamra » ou dolique (Vigna
unguiculata).
L’importance des fruitiers : on note en plus de l’importance des essences
méditerranéennes comme l’olivier, le figuier et la vigne la présence de
rosacées comme le prunier ou le poirier et d’espèces sub-spontanées comme
le noyer et le merisier. La richesse variétale des fruitiers est très élevée,
spécialement chez le figuier qui est un élément caractéristique des

Bled Jbala 25
agroécosystèmes rifains. Chez ce dernier, on a identifié plus d’une centaine de
variétés ou dénominations locales (Hmimsa et al., 2012). Les fruitiers et
spécialement le figuier forment un élément distinctif des agroécosystèmes
rifains et spécialement chez les Jbala.

En ce qui concerne les savoir-faire agricoles des Jbala, ils sont riches et variés et
touchent différents aspects couvrant un large panel qu’on peut illustrer par la
connaissance des calendriers agricoles à titre d’exemples par la maitrise de
techniques horticoles (greffages, bouturages,..), l’existence de codes coutumiers de
gestion de la propriété et de partage des usages, la transformation et la conservation
des produits… D’ailleurs, la conservation de la diversité est souvent liée dans ces
agroécosystèmes au maintien de certaines de ces pratiques.
Par exemple, la culture marginale du seigle et de l’épeautre subsiste encore, surtout
pour la production de la paille utilisée pour différents usages comme la construction
des toitures des habitations traditionnelles ou la confection de bâts pour les animaux
de charge.

8. Intérêt et opportunités pour le développement


Le Bled Jbala possède un éventail important de produits de « terroirs », fruits de
l’agrodiversité et des savoirs faire des agrosystèmes traditionnels. Il représente un
territoire géographiquement délimité et hébergeant une communauté avec des traits
culturels distinctifs et une originalité qui lui confèrent une certaine typicité. Donc, les
conditions en faveur de la valorisation des produits de terroirs sont favorables.

D’autres parts, cette valorisation peut s’appuyer sur la dynamique actuelle qui a créé
un climat favorable pour la valorisation des produits de terroirs notamment à travers
la création au niveau national d’un cadre légal de labellisation, les possibilités offertes
à travers plusieurs programmes dont le pilier II du Maroc vert (MAPM, 2009), les
programmes de l’INDH,….
L’objet de cette contribution est de mettre en avant des éléments d’argumentation
en faveur de la reconnaissance des produits de terroirs Jbala et une IG pour les
valoriser et les protéger. Ce qui représente des opportunités réelles en faveur du
développement à travers la valorisation du savoir agronomique local.

a) Les activités liées à l’Artisanat :


L’artisanat dans la région comprend 2 principaux groupes économiques :
• Un artisanat urbain et rural du littoral qui s’adresse à un marché touristique
non ciblé mais en développement ;
• Un artisanat rural produisant essentiellement des objets à caractère utilitaire
pour un marché de proximité : tissage et poterie, et dont les producteurs ont peu de
contacts directs avec les consommateurs finaux.

Bled Jbala 26
L’absence d’authenticité et la pauvreté du design n’offrent qu’une faible valeur
ajoutée à des produits peu attractifs : la majorité des produits ne répondent pas à la
demande des marchés (hors utilitaire).

i. Poterie
Des recherches ont été effectuées au niveau du site de Fran Ali et ont montré que le
savoir-faire en matière de poterie a existé depuis la préhistoire. Ainsi, des traces
d’ustensiles de cuisine ont été retrouvées datant de la préhistoire.
Ce savoir-faire continue jusqu’à aujourd’hui. Elle est caractérisable par son design
très simple. Cependant, ses produits ont une faible valeur ajoutée intégrée.
Essentiellement utilitaire, sa production est très localisée à la commune d’Oued Laou,
étant un des seuls endroits restant où elle est produite. Dans cette commune, il est
dénombré environ 1500 artisanes ayant le savoir-faire nécessaire pour la fabrication
de ces ustensiles.
La production de poterie est très consommatrice des ressources naturelles (argile,
bois) et son développement est intimement lié à la capacité des artisans à mobiliser
ces ressources.
Par ailleurs, il est ressorti des entretiens que la conduite de cette activité est sous-
tendue par des logiques communautaires et de rente assez fortes, faisant ainsi de
Oued Laou une des seule « niche » exclusive de production de poterie rifaine dans la
région. La séparation de tâches entre les femmes (production) et les hommes
(commercialisation) a été pointée comme un frein à la diffusion des bénéfices
économiques de cette activité pour les femmes.
 Chaîne de valeur :
Approvisionnement en terre d’argile - Confection – Cuisson - commercialisation
 Matière premières : Terre d’argile, eau, bois, gaz ou électricité
 Outils : Four à bois ou four à gaz
La région compte officiellement 4 coopératives de poteries et céramique (3 dans la
province de Larache et 1 dans la province de Tétouan). Néanmoins, les deux
principaux producteurs de poterie rifains sont les associations Frran d’ali et Namâ de
poterie d’Oued Laou.

Les Etapes de fabrication de la poterie Frane Ali sont :

1) Extraction 5) Modelage
2) Concassage 6) Façonnage
3) Tamisage 7) Finition
4) Malaxage 8) Séchage au soleil

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ii. Fabrication de la Chaux
La fabrication de la chaux constitue également un savoir-faire très ancien au
niveau de la région.
La nature du substrat géologique avec la dorsale calcaire qui traverse tout le rif
occidental fait de la région une des plus connus depuis l’antiquité et à la date
d’aujourd’hui en matière de fabrication de la chaux.
En effet, la chaux de la région est considérée comme une des meilleures au
niveau national. Plusieurs industriels viennent s’en approvisionner régulièrement.
C’est le cas des industriels du sucre et des industriels de la pâte à papier. Dans ces
deux cas, elle est utilisée pour le blanchiment du sucre et également de la pâte à
papier (d’après les entretiens réalisés sur le terrain),
Le four à chaux est construit avec de la pierre cuite selon une technique et un
savoir-faire particulier et avec une finition extraordinaire. Il s’agit d’une chambre
ronde formant les ¾ d’un cercle environ et sur une hauteur de 5 à 6 mètres environ.
La chambre est formée de deux étages qui portent les noms de la couscoussière
(kaskas (pour la partie haute qui est remplie de pierre et Barma pour la partie basse
qui est remplie de bois pour la cuisson).
Une fois la cuisson commencée, elle se fait sans arrêt en alimentant en permanence
le four en bois pendant environ 30 jours.

Un savoir-faire de la population locale consiste à la connaissance de l’état de cuisson


de la chaux et quand est ce qu’il faut l’arrêter. Les producteurs protègent ce secret
car il constitue un moyen de compétitivité quant à la qualité de la chaux dans le
marché.

Il existe encore une dizaine de four à chaux dans la région et qui continue d’alimenter
le marché au niveau régional et national.

iii. Tissage
Produits : les produits du tissage traditionnel sont emblématiques de l’artisanat du
nord du Maroc tout en étant
utilitaires. Issus essentiellement du
travail de la laine, ils répondent
essentiellement à deux usages :
l’habillement et la décoration
d’intérieur.

Dans le domaine de l’habillement, le


tissage traditionnel est utilisé pour la
kharka Ouazzania (Jellaba dn laine très

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répandue dans la région d’Ouezzane), la Jellaba chaounia, le pagne du « Mandil »

(Pièces d’habillement en laine, à Chefchaouen ou coton, à Fahs-Anjra) connu grâce à


ses traditionnelles bandes rouges et blanches, que les femmes nouent autour de leur
taille et servant ainsi à les tenir au chaud.

Le tissage traditionnel sert également à


la fabrication d’autres pièces
vestimentaires telles que les djellabas en
coton et en soie, les caftans traditionnels
en laine, ainsi que d’autres confections
au design moderne (chemises, pantalons,
écharpes, sacs, etc.).

Dans le domaine de la décoration


d’intérieur, le tissage traditionnel est
également utilisé pour la production de
pièces décoratives et utilitaires,
essentiellement du linge de maison :
tapis, rideaux, nappes, serviettes, taies
d’oreillers, jetées de lit, descentes de
lit. Cet usage n’est pas encore très répandu mais est identifié comme un axe fort de
développement de la filière, notamment dans le plan de développement régional de
l’artisanat de la région.

Particularités :
La filière du tissage traditionnel fait intervenir un grand nombre de métier spécifiques
à chacune des étapes de la chaîne de valeur témoignant ainsi d’un long procédé de
valorisation de la matière première.

Chaine de valeur : Approvisionnement en laine, lavage, cardage, filage manuel,


ourdissage, tissage, tondage (pour tapis)

Matière premières utilisées : laine, coton, soie, lin


Outils de production : outils lavage de la laine, outils teinture, outils filature, métier à
tisser, accessoires du métier à tisser (fils, brosses, etc.) et accessoires de couture
(machines à coudre). 3250 artisans travaillant dans les métiers du tissage traditionnel
ont été recensés en 2008 dans la région de Tanger-Tétouan avec une concentration à
Tanger avec 1/3 de l’effectif d’artisans.

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Dans les agrosystèmes de montagnes rifaines, les cultures industrielles sont
représentées essentiellement par le Lin. C’est une culture ancienne qui a persisté
jusqu’aux dernières années. Actuellement, cette culture n’est pratiquée que chez une
seule personne et dans un unique endroit dans l’ensemble de la réserve de
biosphère. Il est clair que cette culture est en voie de disparition.
La culture de lin (Linum unisitatum) se pratique au mois d’Octobre, fleurit en mars, et
récolté au mois de mai-juin. Les graines de lin ont également un intérêt dans la
fabrication de nougats ou en mélange avec l’orge pour la préparation d’un plat dit «
Assoune ». La paille après récolte est trempée de 8 à 10 jours dans l’eau froide,
ensuite elle est séchée. Par un battage on isole les fibres de Lin de la tige, puis vient
l’étape de filage. En plus des utilisations connues du fil de lin dans le tissage du Jelab
et du foulard rectangulaire que porte les femmes de montagne (Mendil), il entre
aussi dans la réparation des filets de pêche et la réparation des fissures dans les
petites barques de pêche en le plaçant sur le bois avant de faire passer une couche
de teinte pour les colmater.

iv. Vannerie
La région du Nord est connue pour un type de vannerie nommé « Gdima » avec
lesquels sont fabriqués les mobiliers de plage (parasols)
Outre ces produits, la filière de la vannerie
englobe également l’ensemble de mobilier
de salon (chaises, tables, fauteuils, meubles
de rangement) ainsi que les accessoires
utilitaires tel que les paniers et bacs en
linge.
Les matières premières utilisés sont
essentiellement le doum (palmier nain), le
dfila, le gdima, ainsi que le smar et le rotin.
Seul ce dernier est exclusivement importé d’Asie à travers des intermédiaires basés
en Espagne. Leur disponibilité et leur
coût ne font pas l’objet de
préoccupation.
La commercialisation des produits est
très exigeante en termes de
positionnement du local d’exposition, se
devant être situé au bord des routes en
dehors de la ville dans des axes très
empruntés lors de la période estivale. Par
ailleurs, le local se doit également être spacieux pour y exposer les pièces

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volumineuses des mobiliers d’intérieur. Enfin, le manque de capacités commerciales
prive les commerçants à atteindre des marchés tel que l’hôtellerie nécessitant de
réaliser des quantités importantes et de garantir la qualité de la finition et les détails
de livraison.
L’organisation du secteur laisse tout à fait la place à un renforcement de coopératives
pouvant se concentrer tant sur la gestion de la production des artisans membres que
sur la location du matériel et d’espaces de stockage.

v. Menuiserie

La menuiserie d’art spécifique de la région de Tanger-Tétouan est essentiellement


représentée par le bois peint à Chefchaouen, du bois incrusté (cuivre et nacre) à
Tétouan, ainsi que la menuiserie d’accessoires des « tourneurs de bois » à Ouezzane.

Bien que ce soit l’un des secteurs phare de l’artisanat en termes d’effectif d’artisan,
ces derniers sont très faiblement regroupés en coopératives. Lorsqu’elles existent,
elles agissent
essentiellement
dans la location du
matériel de
production et de
l’achat des matières
premières. Le coût
du bois étant de
plus en plus élevé
étant donné les
restrictions
imposées.

Les difficultés évoquées par les artisans sont le manque de disponibilité de locaux en
ville ainsi que leur exiguïté, d’autant plus que cela est un frein à d’accueil d’apprentis
alors que la population d’artisans dans
ce domaine a besoin de se régénérer.

La menuiserie d’art a été identifiée


comme une filière à très haut
potentiel de par la valeur ajoutée,
esthétique et utilitaire de ses
produits, lui assurant une forte
demande locale et à l’export.

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Toutefois, afin d’exploiter ce potentiel, les artisans suggère une évolution des
modèles de plus en plus adaptés aux intérieurs actuels et pouvant plus facilement
s’exporter.

Des menuisiers se sont regroupés à Larache en coopérative pour l’achat et la mise en


commun du matériel de menuiserie. Cela leur a permis de bénéficier de l’aide de l’Etat
pour l’achat d’un matériel couteux.

vi. La pêche traditionnelle

La pêche est une activité traditionnellement connue dans la zone, mais elle est plutôt
concentrée sur les
ports de Ksar Sghir et
la côte ouest : Oued
Rmel, Ksar Sghir,
Dikki, Oued Aliane,
Belyounech, M’dieq,
Jebha. Elle atteint son
optimum d’effort
pendant la période
estivale, soit de juillet
au mois de
septembre. Mais durant toute l’année, on assiste à des sorties de pêche.

Dans la localité de Belyounech, les pêcheurs par barque, au nombre de 41, ont
constitué une coopérative mais qui a cessé de fonctionner pour insuffisance
d’alimentation de la
caisse par les adhérents.
Les pêcheurs ayant une
barque sont originaires
de la zone. Ils emploient
avec eux des résidents
locaux, soit des
actionnaires, soit des
ouvriers ou aides
pêcheurs. Mais, on
rencontre aussi dans le
secteur des gens venus
d’ailleurs pour faire le commerce et qui, à cause de la récession ont été contraints de
changer d’activité.

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Environ 150 pêcheurs à la ligne sont installés le long de la côte. Ils sont
essentiellement originaires de Tétouan, Tanger, Fnidq et des douars des trois
communes rurales. Les pêcheurs à la ligne utilisent deux cannes en même temps. La
quantité pêchée varie entre 10 et 20 Kg en moyenne par jour.

La pêche sportive est exercée essentiellement pendant les périodes de vacances par
les marocains ou les étrangers. Elle se
pratique soit par petits bateaux soit par
des zodiac, tout en utilisant la ligne. La
plongée n’est que très rarement pratiquée.

La communauté des pêcheurs est


constituée uniquement des hommes avec
un âge moyen de 45 ans pour ceux qui ont
une barque. Les pêcheurs
accompagnateurs sont généralement plus
jeunes et souvent étrangers à la famille, voir même au milieu lui-même. Leur âge
moyen n’est que de 22 ans au niveau de Belyounech et Oued El Mersa. Leurs
expériences dans l’activité de pêche varient beaucoup d’un pêcheur à l’autre ; elle est
de 1 an à plus de 27 ans. Ce qui rejoint cette grande mobilité d’une force de travail
d’un secteur à l’autre.

b) Les connaissances et pratiques concernant la


nature et l’univers
i. Distillation de myrte

Il s’agit d’une distillation à la vapeur d’eau, l’huile essentielle de la plante est


emportée avec la vapeur d’eau et forme un liquide que l’on fait refroidir. L’huile
essentielle étant de densité plus faible que l’eau, elle surnage. Il est alors possible de
la récupérer en la séparant de ce que l’on appelle l’hydrolat. Cette technique
d’extraction d’huile essentielle garantit une excellente qualité du produit et préserve
toutes ses vertus.

Les jeunes rameaux de myrte, que la population récolte soigneusement, seront


placés dans une grande cuve traversée par la vapeur d’eau, le distillat traverse des
tubes qui sont émergé dans un cours d’eau qui assure le refroidissement, et par la
suite, on récupère le distillat qui est l’huile essentielle du myrte.

ii. L’usage du Seigle

D’une manière générale, les progrès agronomiques, qui ont permis d'accroître les
terrains fertiles nécessaires à la croissance du blé, ont limité la surface de culture du

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seigle, céréale plus résistante à l'aridité que ce dernier. A l’échelle mondiale, le seigle
est encore cultivé pour l'alimentation des animaux ou pour la fabrication de pain;
mais à l’échelle du Rif marocain, il est cultivé aussi pour d’autres usages (Hmimsa,
2004, Ater & Hmimsa, 2006).

Les graines du seigle sont données à la volaille, ou sont moulues, la farine obtenue,
seule ou mélangée avec autres farines (Blé, Sorgho, Maïs…), est utilisée dans la
production d’un pain plus dense et qui reste tendre même après un certain nombre
de jours.

La paille, réputée plus robuste que celle des autres céréales, est utilisée dans la
construction des toits de maison, qui peuvent résister pendant une dizaine d’année.

Aujourd’hui, c’est rare de trouver une maison avec un toit de seigle, ce sont surtout
des bergeries mais qui sont aussi en voie de délaissement. En plus, les pailles peuvent
être utilisées aussi à la confection de bâts de très bonne qualité, légères par rapport
aux autres produites de pailles d’orge ou d’autres céréales. D’une manière générale,
un bât de seigle est réputé pour sa longue durée de vie, dont son prix est de 300 Dh
pour le bât d’âne et 700 Dh pour celui d’un mulet.

iii. Huile naturelle traditionnelle

Il s’agit d’huiles végétales contenant des corps gras, obtenues avec pressoirs (huile de
lentisque) ou sous effet de cuisson (huile de laurier). La production des corps gras
alimentaires et plus particulièrement d’huile d’origine végétal a été l’une des
préoccupations de l’homme depuis la haute antiquité (Lafranchi, 1998).

a- Huile naturelle de Lentisque

Lentisque (Pistacia lentiscus) est un arbuste abondant dans toute la région


méditerranéenne (de l’Asie, l’Europe, l’Afrique, jusqu’au Canaries), rencontré même
dans les terrains arides et pauvre en matière organique. Il peut fournir à l’industrie
une série de produits utiles (Bellakhdar, 2003).

La méthode d’extraction d’huile naturelle de lentisque est très ancienne. La récolte


de la baie se fait entre les mois Novembre et Décembre. Après avoir récolté une
grande quantité de baies matures on procède comme dans le cas de l’olive, en
appliquant le même principe, le sel est ajouté pour assurer la conservation. Après
séchage pendant 7 jours, l’ensemble des baies dont la pulpe a été suffisamment
désintégrée est bouillonné dans l’eau. On recueille le bouilli, pour remplir deux sacs
de toile long et étroit et pratiquer par la suite le pressage à l’aide de deux queues de

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bois pour extraire une huile un peu siccative (Hmimsa, 2004). Cette méthode est très
proche de la méthode d’extraction dans les îles de Sardaigne. (Lanfranchi & al 2003),

Au Maroc, l’huile de lentisque est utilisée dans l’éclairage comme une huile à brûler
(Hmimsa, 2004). Elle est aussi utilisée pour son intérêt médicinal, conseillée pour les
diabétiques, les douleurs du ventre et en cas de circoncision. (Hmimsa, 2004). En
plus, elle est utilisée comme un médicament externe sous forme d’onguent pour
soigner les brûlures ou les douleurs dorsales (Bellakhdar, 1997). Pour son usage
alimentaire, l’huile doit être brûlée avec une cuisson de deux à trois heures.

b- Huile naturelle de Laurier

Le laurier sauce (Laurus nobilis) est un arbuste réputé pour ses petites feuilles
coriaces et très aromatiques souvent utilisées en cuisine.

L’huile naturelle de laurier extraite à partir de son fruit récolté et séché, en les
triturant à chaud, dans une marmite remplie d’eau, pour extraire le jus pendant 8 à
10 h continue. En laissant le mélange reposer, l’huile forme une couche sur l’eau et
remonte à la surface, elle est facilement récoltée et conservée dans des bouteilles. Le
prix de cette huile est variable entre 80 et 120 Euros/litre et elle est fortement
utilisée en médecine traditionnelle surtout le rhumatisme des articulations, les
blessures

9. Conclusion

Le Pays de Jbala est un territoire vaste qui possède des potentialités énorme en
matière du patrimoine culturel immatériel. Cette richesse reflète une image et une
histoire très importante depuis longs temps dans la culture de la population Jebli.

Malheureusement, on remarque qu’un nombre très important de ces richesses


identifiés dans la présente mémoire est de plus en plus en cours de disparition à
cause de plusieurs raison qui s’oriente vers la mentalité de la modernité chez les
jeunes actuels.

Etant donnée de ces richesses qui caractérise le territoire de pays de Jbala, On doit
sauvegarder, restaurer et valoriser notre patrimoine et le transmettre aux
générations futurs à travers la sensibilisation des jeunes et de l’importance de cet
héritage et aussi on doit savoir comment peut-on le commercialiser et le valoriser
dans le cadre d’un tourisme responsable et durable d’une part afin de générer des
bénéfices et de crée des activités génératrices des revenues et d’autre part pour le
sauvegarder et le faire connaitre soit au niveau national et au niveau international.

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Références Bibliographiques et Webographie :

 Jbala, histoire et société Collectif (Auteur) - Paru en novembre 1991.


Études sur les Jbala, Maroc Recherches multidisciplinaires sur la région du
Rif occidental. (Mohamed Mezzine).
 Colloque international à Larache (27-28-29 novembre 2015) La montagne
et ses savoirs. Recherches interdisciplinaires sur le Bled Jbala.
 Agro diversité des agroécosystèmes traditionnels du pays Jbala (Rif,
Maroc) et produits de terroir (Ater M., Hmimsa Y.) :
www.researchgate.net/publication/257330182_Agrodiversite...
 Les Jbala du Rif - Des lettrés en montagne Auteur :Jacques Jawhar
Vignet-Zunz sortie en 2015.
 https://fr.wikipedia.org/wiki/Pays_Jbala (consulter le 10 avril 2016).
 Regards sur les patrimoines et territoires de Bled Jbala « Bouchmal
Fatima ».
 Le livre de la Réserve de la Biosphère Intercontinentale de La
Méditerranée.
 MÉTHODOLOGIE POUR L’INVENTAIRE DU PATRIMOINE CULTUREL IMMATÉRIEL
DANS LES RÉSERVES DE Biosphère.
 Faculté des Lettres et Sciences Humaines de Tétouan
(Université Abdelmalek Essaadi). Livres de Jaafar Ben Haj Tetaouen . Ahmed
Ben Mohamed Rahouani.
 www.letangerois.com/taktouka-jabalia.

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