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Les valeurs mobilières émises par la Société

Anonyme en droit marocain


Introduction :

La société anonyme faisant partie des sociétés de capitaux, elle est régie par la loi
17-95. C’est une société commerciale à raison de sa forme et quel que soit son
objet, dont les associés n’ont pas la qualité de commerçant, et ne sont tenus que
de leur apport.
Du fait de son rôle dans le développement de l’économie nationale, de son succès
de réaliser de gros investissements, la société anonyme incite ainsi le public à
l’épargne par l’émission des titres.
Le législateur Marocain n’a pas défini ces titres, il les a juste cités à titre indicatif.
Ainsi, ces titres appelés aussi des valeurs mobilières, sont définies par l’article
243 de la loi 17-95 comme suit : «les valeurs mobilières émises par la société
anonyme sont les actions formant le capital social, les certificats d’investissement
et les obligations ».
Sont assimilés à des valeurs mobilières les droits d’attribution ou de souscription
détachés des valeurs mobilières ci-dessus énumérées».
Il résulte de cet article que les valeurs mobilières sont : les actions, les obligations
et les certificats d’investissement.
D’ailleurs, le public s’investit dans ces valeurs sans tenir compte qu’aux droits
autres que patrimoniaux qui y sont attachés.
L’étude de ces valeurs relève du droit des sociétés et des règles du droit boursier.
Alors quels sont les acteurs intervenants dans l’émission des valeurs mobilières
cotées dans la bourse des valeurs ?Et quel est le régime juridique des actions,
certificats d’investissement, et les obligations ?
Nous allons traiter ce sujet à travers quatre axes :
Chapitre préliminaire : les acteurs intervenants dans l’émission des valeurs
mobilières cotées dans la bourse des valeurs
Chapitre I : les actions.
Chapitre II : les certificats d’investissement.
Chapitre III : les obligations.
Chapitre préliminaire : les acteurs intervenants dans l’émission des valeurs
mobilières cotés dans la Bourse des Valeurs
L’émission des valeurs mobilières ne peut se faire sans l’intervention des acteurs
essentiels, et qui sont : la bourse des valeurs (section I), le conseil déontologique
des valeurs mobilières(CDVM) (section II), et les organismes de placement
collectif en valeurs mobilières(les OPCVM)(section III).
Section I :la bourse des valeurs
Créée en 1929, la bourse des valeursest régie par des dispositions législatives et
réglementaires, sur lequel sont publiquement négociées les valeurs mobilières[2].
Elle est gérée par une société anonyme dénommée « Société de la bourse des
valeurs de Casablanca » dont le capital est détenu à parts égales par les sociétés
de bourse.
La Bourse de Casablanca dispose de deux marchés : le marché central et le marché
de blocs.
Le marché central est celui sur lequel sont confrontés l’ensemble des ordres de
vente ou d’achat pour une valeur mobilière inscrite à la cote de la Bourse des
Valeurs. Alors que, le marché de blocs est celui sur lequel peuvent être négociées
par entente directe les opérations sur des valeurs mobilières inscrites à la cote de
la Bourse des Valeurs et qui portent sur des quantités supérieures ou égales à la
taille minimum de Bloc calculée conformément au 3 ème alinéa de l’article 4 du
Dahir portant loi n°1-93-211 du 21 septembre 1993 relatif à la bourse des valeurs
( modifié et complété par les lois n°34-96, 29-00, 52-01, 45-06, 43-09)[3] .
On distingue entre un marché primaire et un marché secondaire. Le marché
primaire n’a pas de lieu géographique en ce sens qu’il est immatériel et délocalisé.
Le marché primaire est celui sur lequel l’émetteur d’actions d’obligations ou
d’autres types de valeurs lance leurs opérations avec le concours des banques.
(émissions d’actions pour augmentation des fonds propres des entreprises, les
lancements d’emprunts obligataires). Alors que, le marché secondaire est le lieu
où se confronte l'offre et la demande de titres entre les entreprises en quête de
financement et les épargnants et les investisseurs institutionnels ayant des fonds
qu'ils souhaitent placer dans des titres (actions et obligations) inscrits à la cote.
Investir en bourse revient à acheter ou vendre des titres en fonction des objectifs
recherchés, tels que réaliser un profit rapide en prenant des risques ou avoir une
épargne rentable sur le long terme. Au cours de chaque séance de bourse, une
même valeur peut voir son cours fluctuer de façon importante
Section II : le CDVM
Le conseil déontologique des valeurs mobilières (CDVM) est un établissement
public[4], doté de la personnalité morale et de l’autonomie financière[5]. Il est
soumis sous la tutelle de l’Etat[6].
Ses ressources sont constituées de : dotations et subventions de l’Etat, le produit
de la commission qu’il perçoit sur les demandes de visas, sur l’actif net des
organismes de placement collectif en valeurs mobilières, sur l’actif net des
organismes de placement en capital risque, sur le montant total des valeurs
admises aux opérations du dépositaire central, et les recettes et produits divers[7].
Etant un acteur important dans le fonctionnement de la bourse des valeurs, il est
investi d’importantes missions (paragraphe I), doté d’une organisation bien
structuré (paragraphe II).
Paragraphe I : les missions du CDVM
Il est chargé d’assurer la protection de l’épargne investie en valeurs mobilières en
veillant à la transparence et à la sécurité des marchés portant sur ces titres. Il
assiste le gouvernement dans l’exercice de ses attributions en matière de
réglementation de ces marchés[8].
Le CDVM contrôle la conformité des informations devant être fournies au
public et aux porteurs de titres par les personnes morales faisant appel
public à l'épargne avec la réglementation en vigueur, et s’assure de
l’égalité de traitement des porteurs de valeurs mobilières[9].
Paragraphe II : l’organisation et le fonctionnement du CDVM
Le CDVM est administré par un conseil d’administrationsous la présidence
du premier ministre ou de l’autorité gouvernementale délégué par lui à cet
effet, et qui comprend :
- Le ministre de la justice ou son représentant ;
- Le ministre chargé des finances ou son représentant ;
- Le directeur dutrésor et des finances extérieurs ou son représentant ;
- Un représentant de Bank Al-Maghrib ;
- Quatre personnalités choisies, intuitu personae, par le président de
l’administration[10].
Les administrateurs sont nommés pour quatre ans, renouvelable une
seule fois. Le mandat des représentants des ministres et du directeur du
trésor est interrompu en cas de cessation de de leur fonction[11], dans ce
cas la désignation d’une autre personne est nécessaire.
Le conseil se réunit sur convocation de son président aussi souvent que
les besoins l’exigent ou à la demande d’au moins cinq de ses
membres[12].
Cependant, auprès du CDVM, il est institué une commission spéciale : la
commission paritaire d’examen qui a pour objet d'instruire les faits qui paraissent
susceptibles de donner lieu à une décision disciplinaire pouvant être prononcée
par le CDVM, à l'exception des mises en garde, des avertissements et certaines
sanctions pécuniaires. Elle est saisie par le conseil d'administration ou par le
directeur général du CDVM. La commission paritaire d'examen est composée de
quatre membres, nommés intuitu personae par le conseil d'administration pour un
mandat de quatre ans renouvelables une seule fois. Ils sont ainsi répartis :
-Deux représentants de l'administration ;
-Deux membres nommés en raison de leur compétence en matière financière.
Ces membres ne peuvent pas faire partie du personnel du CDVM. Ils président la
commission paritaire à tour de rôle, chacun pour une durée non renouvelable d'une
année[13].
Section III : les organismes de placements collectifs en valeurs mobilières
(OPCVM)
Les organismes de placements collectifs en valeurs mobilières (OPCVM)
sont des organismes composés de valeurs mobilières, de créances et de
liquidités gérés par des professionnels de marché et détenus
collectivement ( sous forme de parts ou d’actions) par des investisseurs
professionnels ou institutionnels. Ils sont agréés par le CDVM. Ils sont
investis dans divers instruments financiers (actions, obligations, titres de
créances, et liquidités) selon les règles d’investissement définies dans la
loi et précisées dans les documents des OPCVM[14].
On distingue deux types d’OPCVM : les Fonds Communs de
PlacementFCP(paragraphe I), et les Sociétés d’Investissement à Capital
VariableSICAV(paragraphe II), d’où la désignation d’OPCVM. La seule
différence est que dans le premier cas, l’épargnant est associé, alors qu’il
est actionnaire dans le deuxième cas[15].
La gestion des OPCVM est assurée par une société de gestion, et qui a
l’obligation d’agir dans l’intérêt exclusif des actionnaires ou porteurs de
parts de l’OPCVM[16].
Paragraphe I : les Fonds Communs de Placement(FCP)
Le Fond Commun de Placement n’a pas la personnalité morale. C’est une
copropriété de valeurs mobilières et de liquidités dont les parts sont
émises et rachetés à tout moment à la demande de tout souscripteur ou
porteur de part à un prix déterminé[17].
Ce fonds est établi à l’initiative de deux fondateurs : un établissement de
gestion et un établissement dépositaire[18]. Ceux-ci doivent
obligatoirement figurer sur une liste arrêtée par le ministre chargé des
finances, après avis du CDVM[19].
Le fonds doit rassembler un montant minimal ne pouvant être inférieur à
un million de dirhams. Ce montant peut être augmenté par le ministre
chargé des finances, sur proposition du CDVM[20].
Paragraphe II : les Sociétés d’Investissement à capitale variable (SICAV)
La société d’Investissement à capital variable (SICAV) est une société
anonyme ayant pour objet la gestion d’un portefeuille de valeurs
mobilières et de liquidités, dont les actions sont remises et rachetées à
tout moment à la demande de tout souscripteur ou actionnaire, à un prix
déterminé[21].
Elle ne peut être constituée qu’avec l’agrément du CDVM[22], et elle doit
avoir un capital minimum de cinq millions de dirhams. Ce montant peut
être augmenté par le ministre chargé des finances, sur proposition du
CDVM[23].
La composition de son actif ne peut comprendre que des valeurs
mobilières et quelques autres éléments autorisés[24].

Chapitre I : Les actions


L’action est un titre négociable représentatif d’une fraction du capital d’une
société. L’action confère à son détenteur un droit de propriété sur l’actif net de la
société et permet de participer au bénéfice, proportionnellement à la part du
capital détenu. Elle donne aussi à son détenteur une série de droits : le droit
d’information, le droit de vote, le droit de percevoir les dividendes et le droit au
boni de liquidation. Les actions peuvent être cotées en bourse, mais pas
obligatoirement.
Donc, quelles sont les droits et obligations attachés aux actions (section I) ? Et
comment se fait la transmission des actions (section II) ?
Section I : les droits et obligations attachés aux actions
Les droits attachés à chaque action sont égaux. La loi admet la possibilité de créer
des actions de priorité jouissant de certains avantages par rapport aux autres
actions.
Ces actions disposent seulement des droits attachés aux actions ordinaires ; et qui
sont le droit de participer aux assemblées, le droit d’information, le droit de
demander la désignation d’un expert, le droit d’agir en justice, le droit aux
dividendes, et il est éligible aux fonctions d’administrateur, de membre du conseil
de surveillance ou du directoire, droit au remboursement de l’apport et au boni
de liquidation ( cette prérogative de l’actionnaire intéresse un moment particulier,
celui de la liquidation de la société : lorsqu’une société vient d’être dissoute pour
une cause quelconque et que ses biens sont liquidés), droit préférentiel de
souscription ( chaque actionnaire dispose d’un droit préférentiel de souscription
lors de toute augmentation de capital à libérer en numéraire), et le droit d’aliéner
les actions c’est-à-dire que l’actionnaire peut céder ses actions à titre gratuit, soit
à titre onéreux.
Concernant les obligations de l’actionnaire, il est tenu de libérer les actions
souscrites.
Section II : la transmission des actions
La transmission des actions peut être faite entre vifs (I) ou par l’achat ou prise
en gage par la société de ses propres actions (II).

I – la cession entre vifs :


La cession d’actions entre vifs est en principe un acte civil dont la preuve doit
être rapportée suivant les règles du D.O.C, et qui relève, en cas de litige, de la
compétence du tribunal de première instance.
Cependant, la transmission des actions est faite par simple virement de compte à
compte. Elles sont négociables après l’immatriculation de la société au registre
de commerce ou inscription modificative suite à une augmentation du capital.
II -L’achat ou prise en gage par la société de ses propres actions :
L’achat et la détention de la société de ses propres actions était prohibés
du fait qu’il était juridiquement contestable qu’une société soit son propre
actionnaire. L’achat ne peut être licite qu’en cas de réduction du capital
non motivée par des pertes, les actions achetées devant être annulées.
Chapitre II : les certificats d’investissement
Les certificats d’investissement résultent d’un démembrement des droits attachés
aux actions. Il existe des certificats d’investissement représentatifs des droits
pécuniaires (droits aux dividendes, aux réserves et au boni de liquidation) et des
certificats de droit de vote représentatifs des autres droits attachés aux actions. Le
certificat d’investissement est négociable.
Les certificats de droit de vote doivent revêtir la forme nominative. Leur émission
est liée à celle des certificats d’investissement. En cas de leur de leur cession, ils
doivent être accompagnés de certificat d’investissement.
Le but de l’institution est de permettre à un actionnaire majoritaire de développer
les fonds propres de la société qu’il contrôle, par l’émission des certificats
d’investissement, sans modifier la répartition des pouvoirs au sein de
l’actionnariat.
Ainsi, quels sont les droits des titulaires des certificats d’investissement(section
I) ? Quelles sontles situations dans lesquelles se trouvent les titulaires de droit de
vote (section II) ?, et comment se fait l’émission des certificats
d’investissement (section III) ?
Section I : l’émission des certificats d’investissement
Les certificats d’investissement peuvent être créés sur décision de l’assemblée
générale extraordinaire des actionnaires, sur rapport du conseil d’administration
ou du directoire, et celui des commissaires aux comptes[28]. Ils ne doivent pas
représenter plus du quart du capital social.
L’article 282 alinéa 1 envisage leur émission sous deux formes :
- Soit à l’occasion d’une augmentation du capital qui apporte à la société
des ressources nouvelles ;
- Soit par le fractionnement d’actions existantes ouvrant aux actionnaires
la perspective de pouvoir vendre leurs certificats d’investissement en
conservant leurs certificats de droit de vote.

Section II : les droits des titulaires de certificats d’investissements

Les titulaires de certificats d’investissement ont :


- Des droits aux valeurs distribuées : cela veut dire qu’ils ont droit aux
dividendes ou aux réserves, du fait que ces certificats représentent des
droits pécuniaires attachés à l’action. En cas de liquidation de la société,
ils ont aussi droit au remboursement de la valeur de leurs certificats et au
boni de liquidation.
- Droit de communication : ils peuvent obtenir communication des
documents sociaux dans les mêmes conditions que les actionnaires[29].
- Droit préférentiel de souscription : le législateur peut prendre des
mesures en faveur des titulaires de certificats d’investissement, lorsque
la société procède à des opérations financières dans lesquelles les
réserves sont prises en compte :
 Soit directement : en cas d’augmentation de capital par incorporation de
réserves et distribution d’actions gratuites ;
 Soit indirectement sous la forme d’augmentation du capital en numéraire
ou l’émission d’obligations convertibles en actions.

Section III : situation des titulaires de certificats de droit de vote


Le certificat de droit de vote n’est pas une valeur mobilière. Il est inaliénable,
c’est-à-dire qu’il ne peut être cédé qu’accompagné d’un certificat
d’investissement ou cédé d’un porteur de certificat d’investissement. L’action est
alors reconstituée[30].

Chapitre III : les obligations


L’obligation est un titre de créance représentant la part d’un emprunt émis par les
entreprises privées, les collectivités locales, l’Etat, ou certains établissements
publics. L’obligation confère à son détenteur un intérêt, fixe ou révisable, et
permet à son émetteur de se financer par endettement à moyen et à long terme.
Les obligations sont négociables et peuvent être cotées en bourse.
Alors comment se fait l’émission des obligations (section I) ? Quels sont les droits
des obligataires (section II) ? Et quel est le régime des obligations convertibles
en actions (section III) ?
Section I : l’émission des obligations
Pour étendre leur activité, les sociétés se procurent des capitaux soit par
l’augmentation du capital, soit par une émission d’obligations.
La société qui émet des obligations fait appel de capitaux contre remises de titres.
Ces titres ne donnent pas les mêmes droits que les actions, mais ils donnent droit
à une participation à la vie de la société.
L’émission des obligations n’est permise qu’aux sociétés anonymes remplissant
les conditions suivantes :
- Elle ne peut émettre que si elle 2 ans d’existence et a clôturé deux
exercices successifs dans les états de synthèse ont été approuvés par les
actionnaires.
- Le capital social doit être entièrement libéré.
C’est l’assemblé général ordinaire des actionnaires qui décide cette
émission.
La valeur de l’émission ne peut être inférieure à 50 dh si la société ne fait
pas appel public à l’épargne, et 10 dh si elle le fait.
Section II : Droit des obligataires
L’obligataire a droit à un intérêt déterminé au moment de l’émission et aux
remboursement de ses fonds après un délai. Le paiement de l’intérêt est fait au
siège social de la société débitrice Il ne participe pas à la gestion de la société.
Les conditions de remboursement sont fixées dans le contrat d’émission. Le
remboursement se fait en une seule fois au terme convenu.
Section III : les obligations convertibles en action
Sont des titres de créances représentant la part d’un emprunt émis par des sociétés
privées et qui confère à son détenteur un intérêt et une option (facultative)
d’échanger les obligations par des actions de l’émetteur, selon une parité
préalablement fixée[32].
Les souscripteurs d’obligations convertibles en actions peuvent demander la
transformation de leurs obligations soit pendant une ou plusieurs périodes
d’option déterminées, soit à tout moment.
L’émission d’obligations convertibles en actions est autorisée par l’assemblé
général extraordinaire des actionnaires.

CONCLUSION :
En guise de conclusion, les valeurs mobilières émises par la société anonyme
contribuent au développement économique, même si les particuliers hésitent pour
y investir.