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Je souhaite vous alerter sur un fléau méconnu et pourtant hautement dramatique.

Ce fléau
entraîne des dizaines de morts et des centaines de blessés souvent graves chaque année. Il
touche dans l’immense majorité des jeunes de quinze à trente ans.

Ma démarche aujourd’hui trouve son origine dans le drame que je viens de vivre.

J’ai cinquante-cinq ans, marié, chirurgien, père de deux enfants. Le plus jeune d’entre eux,
vingt-quatre ans, interne en chirurgie, s’est noyé dans la Garonne en début d’année. C’était
un jeune homme brillant, au parcours sans faute, apparemment tout à fait équilibré, sportif,
sans problème relationnel particulier notamment amoureux. L’avenir lui tendait les bras
jusqu’à cette fête qui lui aura été fatale.

Une fête arrosée d’alcool, comme cela a toujours existé, mais avec un élément nouveau qui
est à l’origine du basculement psychologiquement de l’état de faible conscience du danger à
l’état d’inconscience totale du danger, et donc du drame. C’est ce qui est arrivé à mon fils.

Cet élément, c’est la MDMA : une drogue « festive » dérivée de l’Ecstasy, largement valorisée
dans les témoignages des jeunes notamment sur internet.

D’après la police, mon fils s'est noyé « accidentellement » dans la Garonne comme des
dizaines de jeunes avant lui et probablement après lui. Ces « pseudos accidents » ont été très
nombreux dans les années 2010 au moment de l’arrivée de cette « nouvelle Ecstasy» en
France. À l’époque, sur seulement une année, certains journalistes avaient comptabilisé plus
de trente jeunes disparus puis retrouvés noyés (comme mon fils), sans blessure, habillés, avec
leur portefeuille toujours sur eux.

Le procureur concluait alors rapidement à une alcoolisation importante et l’affaire était


classée. Pourtant, certains journalistes émettaient un doute quant à l’existence d’un « produit
chimique », mais on ne savait pas lequel. Un produit à la demi-vie courte qui empêchait sa
détection lors de la récupération des corps des semaines après le drame. Et qui, de surcroît,
n’est pas forcément recherché de façon systématique en première intention, contrairement
au dosage de l’alcoolémie.

Nouveau produit, nouveau dosage, détection non systématique, présentation festive et non
dangereuse, corps retrouvés tardivement, médias silencieux, campagne scolaire inexistante :
toutes les conditions sont réunies pour passer à côté.

Quelques articles et quelques reportages çà et là ont abordé le sujet. Mais la manière de le


traiter et d’enquêter n’a pas permis de hisser ce problème au niveau de scandale sanitaire qui
est le sien. On peut le comparer au scandale du Mediator en termes de victimes. En effet les
autorités ne prennent en compte que les morts directes secondaires à la prise de MDMA :
complications cardiaques, cérébrales, rénales, hépatiques.

Mais elles occultent les morts indirectes par sauts (et non glissade) dans les rivières, noyades,
sauts dans le vide tête la première, (fausses) chutes de balcon, sauts de falaise, de rempart,
accident de voiture, pseudo suicides (sans signe précurseur ni lettre testamentaire) laissant
les parents dans l’incompréhension et le désespoir !!!
Ce produit, la MDMA, souvent en association avec l’alcool, entraine des réactions
paranoïaques et paradoxales. Les urgences des hôpitaux le savent puisqu’ils récupèrent tous
les week-ends des jeunes complètement confus et hagards, souvent blessés, paralysés,
handicapés ...

Les pompiers témoignent de plus en plus de ce phénomène. Ils arrivent sur les lieux où la
personne adopte une attitude dangereuse pour elle-même (rebord d’un balcon, d’un rempart,
d’un pont). Ils ont alors à faire avec un individu complètement déjanté, dont le comportement
est différent de la simple alcoolisation. « Une fois récupérée, la personne doit parfois être
sanglée », affirme un médecin pompier.

Ceux-là sont sauvés. Mais les autres n’y réchappent pas et se tuent en donnant l’impression
d’un simple accident sans rapport avec la prise de drogue ? Qui comptabilise ? Qui fait les
rapprochements ? Qui alerte ? Qui dénonce ? Qui lance les campagnes de prévention ?

Le nombre de décès des 15-30 ans secondaire à cette drogue est beaucoup plus important
qu’on ne le pense. La consommation a explosé (deuxième drogue après le cannabis). On peut
s’en procurer de plus en plus facilement et de moins en moins cher. Elle touche des centaines
de milliers de jeunes. Toutes les occasions sont bonnes : les week-ends pour les fêtes, les
tonus et les soirées d’intégrations, les carnavals étudiants, les anniversaires (comme mon fils).
Les accidents sont donc de plus en plus fréquents.

Aucun adolescent et ami avec qui nous avons parlé après le décès de notre fils n’était
conscient des risques qu’il prenait. Par contre tous ont avoué en avoir déjà pris. Demandez
autour de vous. C’est très commun et très banal « puisqu’un copain m’a dit qu’il n’y avait pas
de risque ». Pour eux c’est anodin, c’est juste pour faire la fête…

Pourquoi ce courrier me direz-vous : tout simplement pour médiatiser ce fléau. Pour que les
lanceurs d’alerte, les autorités, les médias, les associations s’emparent de ce sujet et
enquêtent véritablement. Comptabiliser de façon exhaustive tous les accidents et décès
indirects dus à ces substances chimiques qui font perdre la tête à nos enfants.

Il faut absolument une prise de conscience du risque que prennent nos jeunes. Il faut aussi
que les parents sachent que leurs enfants seront un jour ou l’autre confrontés à la tentation
de la MDMA (et malheureusement aussi d’autres nouvelles drogues comme la GHB et la GBL).
Il faut que l’on puisse alerter, montrer des vidéos de jeunes en délire, mal en point. Avertir
des risques dans les collèges et les lycées. Il faut ouvrir les yeux des jeunes, de VOS ENFANTS,
des autorités, des parents (complètement « largués » sur ces nouvelles drogues).

Je n’ai trouvé aucun organisme ou instance qui recense toutes ces morts suspectes,
disparitions inquiétantes et autres pseudos suicides dans les statistiques des décès et
accidents. Si le vrai chiffre des victimes apparaissait dans les médias, nul doute que les
autorités réagiraient. On pourrait alors envisager une vraie information et une prise de
conscience des risques encourus. Et peut-être freiner cette déferlante de consommation chez
les ados de plus en plus jeunes et sauver la vie de dizaine de jeunes.
On a consacré des milliers d’heures de débat sur le passage aux 80 km/h. On a dépensé des
centaines de millions d’euros pour changer les panneaux de signalisation. Et tout ça pour
sauver, peut-être, cent vies par an. Alors pourquoi ne pas consacrer des débats nourris sur
cette drogue et les comportements qui l’accompagnent ? Pourquoi ne pas engager quelques
millions d’euros pour sauver nos jeunes ?

Un papa triste, en colère, mais bien lucide et ayant compris pourquoi son fils de 24 ans est
mort « bêtement » à cause d’un petit cachet rose nommé Haribo.

Dr Angelo PENNICA
Chirurgien ORL
La Réunion