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c u -tr a c k demi-sombre, et de deux consonnes dures, il répond bien à sa .d o
c u -tr a c k

signification. Les mots _forme âpre_ donnent un spondée, appui solide


et massif au milieu du vers, et qui est suivi immédiatement de quatre
syllabes brèves avant l'arrivée d'une syllabe bien accentuée. Il faut
seulement marquer un peu la première syllabe de _citadelles_. Otez ce
lourd spondée, le reste du vers ne sera pas plus terrible musicalement
que ne l'est un air de flageolet.

Par contraste, prenons quelques vers mauvais, toujours musicalement,


car, pour le reste, je ne veux empêcher personne de les trouver
excellents:

Du Christ avec ardeur Jeanne baisait l'image;


Ses longs cheveux épars flottaient au gré des vents;
Au pied de l'échafaud, sans changer de visage,
Elle s'avancait à pas lents.

Il y a bien des sons clairs dans le premier vers; dans le second, il y


a trop d'ïambes. L'auteur paraît avoir voulu qu'on les marquât bien,
afin de nous montrer les vents venus des quatre points cardinaux, et
profitant des derniers moments de la pauvre Jeanne pour tirer ses
cheveux à hue et à dia. Le troisième vers est d'une maigreur trop
visible, mais le quatrième est le bouquet. Casimir Delavigne s'est-il
figuré qu'en ne mettant que huit syllabes et en terminant par _pas
lents_, il représenterait bien Jeanne prête à être brûlée vive? Voici
les voyelles du vers (je ne compte pas l'_e_ muet, qui est absorbé
presque entièrement): _è_, _à an_, _è_, _à_, _â_, _an_. Quelle
musique!

Il est évident, d'ailleurs, que l'harmonie des vers reste subordonnée


au sens et au bon sens, autrement les vers suivants de Malherbe, sur
la pénitence de Saint-Pierre, seraient superbes.

C'est alors que ses cris en tonnerres éclatent,


Ses soupirs se font vents qui les chênes combattent;
Et ses pleurs qui tantôt descendaient mollement,
Ressemblent au torrent qui des hautes montagnes,
Ravageant et noyant les voisines campagnes,
Veut que tout l'univers ne soit qu'un élément.

Le dernier vers est un peu mesquin; on n'est pas parfait.

* * * * *

En comparant des langues différentes, on peut faire d'intéressantes


remarques sur leurs qualités plus ou moins harmonieuses; j'en donnerai
un seul exemple. Les fantômes qui apparaissent à Richard III dans son
sommeil (au cinquième acte de la tragédie de Shakespeare), terminent
chacun leurs malédictions par les mots: _despair and die_ (prononcez:
dispêre annd' daï)! Les voyelles claires prennent ici une sonorité
particulièrement mordante. En français: _désespère et meurs!_ est
plus faible; en allemand dans _Verzweifle und stirb!_ le premier mot
est bon, mais le dernier est sec et mesquin; mieux vaut l'italien par
les voyelles ouvertes et bien accentuées: _despera e mori!_ Le dernier
mot surtout a une sonorité pleine et énergique.

Seulement, il n'y a pas une grande différence entre _mori_ et _amore_.


Il en sera toujours de même: chaque fois qu'un mot semblera d'un effet
particulier, on en trouvera facilement un presque pareil et d'un effet
tout autre; nous l'avions déjà vu. L'essentiel dans un mot, c'est la
signification.

Concluons.