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Charles Picard Sur les aiguières à sujets homériques du « Trésor de Bernay » (Bibliothèque

Sur les aiguières à sujets homériques du « Trésor de Bernay » (Bibliothèque nationale)

In: Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 92e année, N. 1, 1948. pp. 95-

111.

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Picard Charles. Sur les aiguières à sujets homériques du « Trésor de Bernay » (Bibliothèque nationale). In: Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 92e année, N. 1, 1948. pp. 95-111.

doi : 10.3406/crai.1948.78225 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/crai_0065-0536_1948_num_92_1_78225

NOUVEAUX ÉCRITS GNOSTIQUES DÉCOLVERTS EN EGYPTE 95

à propos de la notice d'Irénée ; il va être permis de le con tinuer pour un autre chapitre du même auteur et pour les traités d'autres Pères. D'autres œuvres gnostiques déjà

connues, mais difficiles de sens, seront enfin éclairées. On sera, dès lors, en état de reconstituer l'histoire et la doctrine de la secte d'où sortent ces ouvrages. Egalement, certaines données nouvelles de nos textes permettront de

préciser le

la

manichéisme. Oh aura soin de donner avant tout, une édition comment éede ces documents capitaux. Elle sera établie, en colla boration, par MM. Togo Mina, J. Doresse et H. -G. Puech.

lien, qui paraît de

plus en

plus étroit, entre

gnose chrétienne proprement dite et les origines du

sur les a1gl1ères a sujets homériques du « thésor de bernay »

(bibliothèque nationale), par m. charles picard, membre de l'académie.

La Bibliothèque nationale (Cabinet des Médailles) pos sède depuis longtemps un magnifique et célèbre Trésor d'ar

genterie

qui lui vient de Bernay-Berthouville en Normandie. Exhumé

en 1830,

Trésor

d'argenterie de Berthouville 1. Cet in-folio, accompagné de planches soignées, présentait une étude d'ensemble sur les conditions de la découverte, avec une documentation graphique assez complète ; il a décrit tous les objets, de façon généralement satisfaisante, et il a tenté de replacer les pièces du Trésor à leur rang dans l'histoire de l'art. Toutefois, les progrès faits depuis la fin de la guerre

seulement, d'une publi

cation

antique, le premier trouvé aux temps modernes,

il

a

fait

l'objet,

en

1916

monumentale du regretté E. Babelon : Le

1. Grand in-folio, Paris, avec planches en photogravure.

96 COMPTES RENDUS DE L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS

1914-1948, dans la connaissance de la toreutique hellénis tique— voire de la sculpture grecque et latine, pour toute

l'époque qui s'étend de la mort d'Alexandre au principat d'Auguste — devaient fatalement faire surgir la possibilité de points de vue nouveaux, permettant de préciser nos con naissances : date, style et destination des pièces du Trésor. Dès 1938, un savant étranger, M. Karl Lehmann [Hartle- ben] qui est actuellement établi en Amérique, soumettait les deux aiguières à sujets homériques de la Bibliothèque natio nale à une enquête stylistique, qui a paru dans Y American Journal of archaeology *. Ses conclusions différaient en plus d'un point de celles d'E. Babelon, bien qu'il eût suivi les descriptions données, voire utilisé, assez docilement, les rapprochements suggérés déjà. Il m'a semblé que nous ne devions point abandonner trop exclusivement à d'autres, le soin de faire bénéficier le Tré sor de Bernay des études plus approfondies qu'il attend et mérite. A mon tour, j'ai entrepris l'examen des pièces conservées, à l'aide des données les plus récentes de notre savoir. Cette nouvelle enquête apportera sur bien des points des résultats qui ne peuvent nuire, au contraire, à l'inté rêtsuscité par notre célèbre collection du Cabinet des Médailles.

deux

des pièces capitales, celles qu'a réexaminées aussi M. Karl Lehmann, les aiguières d'argent à sujets homériques. Mais

j'ai déjà signalé ailleurs, que nous avions les meilleures rai

Je voudrais seulement parler ici aujourd'hui

de

sons

de classer parmi les documents à portraits littéraires,

les plus importants pour l'époque hellénistique, les deux skyphoï ovoïdes en argent 13 et 14 de la trouvaille de Nor mandie -. Ces vases où l'on avait cru voir fort imprudemm ent,en France, des « canthares » à « scènes mantiques »,

1. Two Roman silver jugs, 42, 1938,

1940,

I,

p. 82-105, pi. 12-15;

cf. le résumé

18-19.

d'O. Fradisse, Rev. arch.,

p. 83-85.

2. Cf. E. Babelon, l. L, p. 105 sqq. ; n° 13, pi. 16-17 ;

n° 14, pi.

SUR LES AIGUIÈRES A SUJETS HOMÉRIQUES 97

nous montrent, au vrai> une série d'effigies précieuses de personnages littéraires, connus à Alexandrie, à la cour d'Antigone Gonatas, ou ailleurs ; ils sont représentés en colloques avec leurs muses, ou des héroïnes de leurs œuvres, selon un type de scènes d'ateliers de poètes ou dramat urges, connus maintenant, et où, les premiers, Euripide, Ménandre ont pris place, notamment, tour à tour. Ont été identifiés ainsi par moi sur les vases de Bernay : tout d'abord Aratos de Soloi, l'auteur des Phaenomena, familier d'Anti goneGonatas à Pella', en face d'Uranie, la muse de l'astro logie* ; au revers, Lycophron « l'Obscur », dont c'est ici le premier portrait connu (n° 13, pi. 16-17 d'E. Babelon). Sûr le second skyphos ovoïde, je reconnais maintenant Ménédémos d'Erétrie, philosophe et artiste, ami d'Aratos, précepteur d'Antigo*ne Gonatas, à rapprocher directement de la peinture murale sur laquelle il figurait à la cour de Pella, à côté d'Antigone Gonatas et de sa mère Phila : pein ture du Triclinium de la Villa de Boscoreale qui est con servée partie à Naples, partie à New-York 2. Les grands ensembles de Boscoreale, datés de 40 env. av. J.-C, dérivent de Pergame, et sont en rapport, ainsi, avec les créations sculpturales d'Antigonos de Carystos. Sans doute est-ce Théocrite, d'autre part, qui figure au revers du skyphos n° 14 (pi. 18-19 d'E. Babelon), plutôt qu'un autre poète bucolique. Je reviendrai sur ces questions.

1. K.Schefold, DieBUdnisseder antikenDichler und Denker, 1943, l'avait

compris déjà (cf. p. 47, fig. 12, p. 130, et p. 216), Redner. Mais faute d'avoir connu à temps le travail d'A. Apostolaki, Ecxwv toû Apà-rov ïn\ •jçâff^aroî, Athènes, 1943, K. Schefold a prolongé la confusion entre le type d'Aratos et celui de Chrysippe (tous deux de Soloi-Pompeiopolis). Ma note de la Rev. arch., 1946, 1, p. 226-228, fondée sur les identifications de K. Schefold que j'ai pu corriger ensuite, devra être modifiée selon ce que j'indique ici.

Trompé par la confusion traditionnelle Aratos-Chrysippe, K. Schefold

n'avait pas vu que son « Aratos» est, au vrai, Ménédémos. C'est l'autre skyphos qui associe le vrai Aratos et Lycophron, deux amis.

sur la signification des

portraits de Boscoreale, Fr. Studniczka, Arch. Jahrb., 38-39 1923-1924, p. 64 sqq.

2.

E. Pfuhl, Malerei u. Zeichnung , 707, 716-718 ;

1948

'

'

7

98 COMPTES RENDUS DE L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS

J'ai eu l'occasion aussi de faire quelques découvertes con cernant d'autres pièces hellénistiques du Trésor de Bernay ; mes remarques permettent, dès maintenant, de revendi querdans l'orbe de l'art pergaménien du temps des Atta- lides, une partie des documents de la célèbre collection, au Cabinet des Médailles. Diverses raisons religieuses et artis tiques nous convient à regarder surtout de ce côté, pour trouver le lieu d'origine d'oeuvres dont l'importance, pour l'histoire de la civilisation hellénistique, va se trouver, je l'espère, utilement accrue.

Jjs m'en tiendrai, au moins, aujourd'hui, aux aiguières à sujets homériques, pièces capitales qui forment paire (ÇeÏÏycç) dans le Trésor de Bernay, tout ainsi, d'ailleurs, que les deux skyphoï ovoïdes, dont je viens dédire un mot ; il était temps d'affranchir ceux-ci des explications fantastiques qui leur avaient été imposées et laissées depuis 1830. Pour les aiguières homériques elles-mêmes, d'ailleurs, bien des rectifications s'imposent, même après le travail compréhensif et documenté de M. K. Lehmann. Je ne puis souscrire, en particulier, au fait qu'il veut distinguer l'i nspiration des deux pièces, dont l'une serait plus classique (?) , l'autre à la fois plus homérique et plus pergaménienne. De plus, M. K. Lehmann a abaissé singulièrement les dates des deux documents, à une époque (principat de Claude?), à mon avis trop tardive. Il ne semble pas, enfin, qu'il ait parfaitement identifié tous les détails de la représentation1.

1. L'article de M. K. Lehmann, AJA., l. L, a été composé dans des con ditions difficiles, où l'auteur n'avait pas en mains toute sa documentation ; de là des lapsus, comme d'avoir appelé1» Xénochoros », p. 85, le sculpteur Zénodoros ; surtout, il est fâcheux d'avoir parlé, p. 88, des stylopinakia du temple « d'Apollon » à Cyzique, alors qu'il s'agit (Anthol. palat., III) du temple funéraire de la reine Apollonis, Cyzicène, épouse ded'Attale Ier, honorée par ses fils d'un culte après sa mort.

SUR LES AIGUIÈRES A SUJETS HOMÉRIQUES 99

Le problème de la datation est le plus difficile1. Je l'abor

derai, à mon tour, en dernier lieu. Commençons par préciser quelques points touchant la description et l'exégèse des deux vases d'argent ici en cause. La description n'est tout à fait exacte, ni dans l'ouvrage d'E. Babelon. ni dans l'étude postérieure de K. Lehmann. Les aiguières homériques de Bernay représentent chacune deux scènes contrastées, en rapport direct avec le Siège et la Chute de Troie : on voit sur l'une — celle que K. Lehmann appelle « the fîrst jug », d'après E. Babelon (n° 4, pi. 5 et 6) — : au col, Diomède et Ulysse, qui viennent d'enlever ensemble le Palladion troyen ; sur la panse, principalement décorée, deux scènes troyennes qui se font pendant : la Ran çon d'Hector et la Déploration sur le cadavre de Patrocle, donc triomphe et misère d'Hector, associés. — La seconde aiguière (Babelon, n° 5, pi. 7 et 8) montre au col selon moi, à nouveau Diomède et Ulysse, mais non pas dans la Dolo- nie, comme on l'a trop dit depuis Raoul-Rochette : les deux héros se préparent à chercher èi Lemnos et requérir

les armes de Philoctète, dont les flèches

victoire aux Grecs devant Troie. Sur la panse de ce vase, les deux scènes placées côte à côte sont : Achille, outrageant le corps d'Hector, et à l'arrière, la mort d'Achille : hybris. et châtiment du héros grec, par conséquent. Les deux aiguières', de même forme, exécutées selon la même technique du «. repoussé », sont issues, sans nul doute, des mains d'un même orfèvre ; elles étaient symétriquement

utilisées d'abord, sur Yabacus ou le carlibulumde la Villa de Q. Domitius Tutus, avant que ce Romain « opulent et dévot » (Babelon, p. 81) les offrît au Mercurius Augustus de Canetonum.

procureront la

1. Les dates proposées par M. K. Lehmann ont paru pouvoir s'imposer :

Grabar, 1947,

II,

p. 87 sqq.,

M. J.

Colin

trop vite, semble-t-il. Dans un récent article, intéressant, sur La. plastique r/réco-romaine dans VEmpire carolingien, extrait des Cahiers archéol.

publiés sous la direction d'A.

accepte imprudemment de dater les prototypes des deux aiguières de Ber nay du i" s. av. J.-C.

100 COMPTES RENDUS DE L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS

L'intention pathétique et le contraste moralisateur des

thèmes doivent être soulignés, disons-le en passant, comme indices de provenance d'atelier : on se demandera légitime mentoù de telles conditions pouvaient être réalisées, et pour quelle fin ; d'autre part, où l'on a pu particulièrement aimer à faite œuvre d'érudition épique, fût-elle un peupédantesque. Je justifie d'abord ce qui a été noté ci-dessus, pour 1 inter prétation des deux scènes du col des aiguières. Là aussi, une symétrie a été cherchée, de toute évidence, puisque les deux héros qui reparaissent vont plus ou moins l'un vers l'autre, chaque fois, et sont séparés, chaque fois aussi, par un autel, assez bas sur la première aiguière, plus impor tantpour l'autre. Dans l'Enlèvement du Palladion, on n'a- pas assez vu que la façade enguirlandée 1 du temple représenté à l'ar rière s'associait aussi à la figuration : c'est de ce temple

Troie a été soustrait. Il n'est pas

exact, malgré E. Babelon, que Diomède « descende (?) de l'autel où il vient de perpétrer son attentat » (p. 84)^ ; et s'il avait porté la statuette sur son avant-bras gauche qu'on dit enveloppé (?), ce ne serait pas parce que sa main gauche est ensanglantée (?) ; mais plutôt parce que le contact direct du Palladion passait pour interdit. Dans les deux épisodes de la panse, Patrocle n'est pas sur un « lit funèbre », mais déposé directement sur le roc, et cette indication pittoresque de la « rocaille », connue aussi dans les Délivrances de Prométhée, nous donne un indice stylistique, qui n'est pas certes, ainsi, forcément alexandrin. La manière dont le tableau de la Déploration a été composé ne révèle pas, à mon gré, l'imitation d'une peinture, comme l'a pensé, après d'autres3, M. K. Lehmann : nous connais-

même que le fétiche de

.1. Comme est enguirlandé aussi l'autel bas, entre les héros grecs, ibid.

2.

Le rochersur lequel Diomède s'accote symbolisaitlacitadelle de Troie.

3. Cf. E. Babelon, p. 84, invoquant déjà la mort d'Anlilochos tué par

Memnon ; sic encore, K. Lehmann, l. l., qui rapproche aussi la peinture de Philostrate l'Ancien (Imag., II. 7) et cite tout le passage.

SUR LES AIGUIÈRES A SUJETS HOMERIQUES

101

sons des reliefs hellénistiques pergaméniens, où les per sonnages sont ainsi étages ; les ressemblances du disposit ifavec certains épisodes, "dans la Téléphie du grand Autel de Pergame, auraient au moins pu être soulignées (par exemple: préparatifs de l'Embarquement d' Auge). Il est curieux que M. K. Lehmann, p. 89, ait pu se croire autorisé

à relever le respect (?) de l'isocéphalie, dans cette présent ation. On ne voit ici aucune convention de ce genre.

La scène du Rachat du cadavre d'Hector (Aiixpa '

'Ezxopoç)

est-elle « non homérique », comme l'ont voulu Babelon et K. Lehmann, et inspirée d'œuvres classiques du ive siècle, dérivées des Phrygiennes d'Eschyle '.M'en doute, l'argument donné, selon lequel, le corps étant ici échangé contre ;son poids d'or, nous devrions nous sentir écartés de la tradition de YIliade, perd toute valeur si l'on veut bien remarquer que l'Achille homérique, proche de tuer Hector déjà abattu (XXII, 348), allègue précisément le refus qu'il opposerait, croit-il, à un tel rachat éventuel, si Priam le proposait :

348 sqq. : wç oùx l'a-6'

et "/.îv

o; <r?)ç ve /.ûvaç v.izcCkf^ à

a

aiccûv ^

O'jS' et xev Ssx«y.iç ts xai e'.y.oaiv^ptT' àirctva

or^ffojff' svOââ 'ayovTeç, ÛTroaytovrai ce /.ai â'ÀXa,

oùS

Toute l'inspiration de la scène de l'aiguière de Bernay est donc déjà là1. Dans la description, il aurait fallu préciser que le grand masque « terrifiant » derrière lequel passe le fléau de la balance, ne fait pas partie du décor même de la balance , mais qu'il est simplement le mascaron de l'attache inférieuredel'anse, reporté par le dessinateur delà planche2. Achille n'est pas sur une « estrade » (E. Babelon, p. 83),

1 . Les premiers doutes viennent de Raoul-Kocliette. E. Babelon,

K. Lehmann les ont repris tour à tour, malgré VIliade. Pourquoi descendre jusqu'à Lucius Attius ? 2. C'est un masque tragique, hirsute et bouche bée. Le dessinateur a

sur le mur de Troie !

reporté l'autre mascaron delà seconde aiguière aussi,

102 COMPTES RENDUS DE L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS

mais sur un simple trône. Priam ne porte pas d'anaxyrides [ihid.), mais un long vêtement oriental.

propos de la

seconde aiguière. Et tout d'abord pour la figuration du col, où rien n'atteste qu'il s'agisse de la Dolonie { . Il suffit de relire le ch. X de Ylliade, pour voir que la surprise de l'espion troyen se situe la nuit dans le no'mans'land de la plaine du Scamandre, nullement à côté d'un aufel. Le grand arbre représenté picturalement sur le col de l'aiguière du Cabinet des Médailles n'aurait guère dû faire illusion, car il ne peut passer pour le tamaris bas de l'épisode homérique, attesté, juste à sa taille, sur les peintures de vases. L'autel manque, en règle, à toutes les Dolonies identifiées. Surtout, il serait parfaitement inadmissible de vouloir reconnaître ici, face à face, Ulysse et Dolon : un Dolon prisonnier, qui serait seul bien armé(l), Ulysse ne Vêtant pas, pour répondre aux questions (?) de son vainqueur. D'ailleurs, que signifierait ici l'absence incroyable de Diomède ? Diomède n'est pas absent, en fait, et il est bien le héros, qui, une fois de plus, est représenté face à Ulysse. lia laissé pousser sa barbe; il porte la léonté d'Héraclès, ostensi blement, qui n'a jamais pu être la coiffe en tête de loup, bonnet ajusté du Dolon homérique (ch. X, 400). Toute la peau du grand fauve figure, flottant conventionnellement.

Il y

a plus

encore

de remarques à faire à

Gomme l'a

« d'atelier » dans les draperies, est ici et ailleurs un indice

remarqué M. K. Lehmann, le coup de vent

nouveau de style pergaménien. Nous sommes placés, d'autre part, sous l'influence de réminiscences théâtrales : ce qu'in diquerait aussi le décor placé derrière Ulysse et Diomède, sous l'anse de l'aiguière : il y a là un cippe orné d'une guir lande de laurier, et surmonté d'une amphore à col cannelé, complétant l'ambiance d'un sanctuaire prophétique.

1. M. K. Lehmann suppose (p. 99) que l'artiste l'aurait mal interprétée, sans la comprendre. C'est prêter bien gratuitement, à un orfèvre exercé, une inintelligence dont la preuve eût dû être mieux établie.

SUR LES AIGUIÈRES A SUJETS HOMÉRIQUES 103

On remarque à première vue, l'importance donnée ici à l'Autel, qui est de proportions beaucoup plus fortes que l'autre, sur le col de l'autre aiguière. Il n'y avait guère à hésiter pour y voir, dès lors, un élément central et de grande valeur cultuelle. M. Lehmann a évoqué les « paysages sacrés» qu'il attribue « à l'époque impériale », mais qui sont fait hellénistiques. Nous en avons un rci, avec le Bômos comme repère essentiel. Symétriques, des têtes de bélier le décoraient : elles ne sont pas « posées » sur lui, comme on avait dit. Les têtes de bélier figuraient déjà, à Délos, à deux des angles de la Base apollinienne , archaïque, d'Iphi- cartidès. Elles sont toujours restées le symbole dudieu qui était Nomios, comme Hermès. Le complexe de l'Autel et de l'arbre dénonce spécialement un lieu-saint du Létoïde :

comme celui de Chrysé, qui passait pour avoir été construit par Jason à Lemnos, et près duquel avait été blessé Philoct ète.Toute la légende du héros est commandée, on le sait, par l'épisode de la morsure du serpent, à £autel. Il y avait, à la Pinacothèque des Propylées, à l'Acropole d'Athènes, des tableaux appareillés par paires, et dont la mention nous a été conservée par Pausanias (I, 22, 6-7) \- « Parmi ceux que le temps n'a pas effacés, écrit le Perié- gète, il y avait Diomède et Ulysse, l'un emportant l'arc de Philoctète à Lemnos, l'autre l'Athéna de Troie1. » On traitait donc traditionnellement les deux sujets associés. Il me paraît certain que nous avons ici, sous des influences théâtrales — celles d'Euripide et de Sophocle, semble-t-il — une scène concertée, se rapportant à la recherche de l'arc et des flèches de Philoctète, à Lemnos-Chrysé : scène qui pouvait intéresser spécialement les artistes pergaméniens. L'entreprise d'Ulysse et de Diomède devait décider du sort de Troie, en fait, puisque les flèches d'Héraclès, passées aux mains de Philoctète, étaient, selon la prophétie de Calchas,

1. Cf. A.-J. Reinacb, Recueil Milliet, p. 145.

104 COMPTES RENDUS DE l'aCADÉMIK DES INSCRIPTIONS

le talisman assuré du succès poliorcétique des Grecs. On comprend donc fort bien, que l'entreprise des deux héros ait paru sur les aiguières de Bernav, qui mettent en œuvre

si pathétiquement les scènes essentielles relatives à la des tinée dernière de Troie. Tout s'explique, dès lors, dans la scène représentée, et sans le moindre appel à une erreur (?) de l'artiste, erreur

à laisser au compte des exégètes modernes. L'autel central

à l'arbre est la célèbre fondation de Jason, l'autel apolli-

nien de Chrysé. On le revoit sur un manuscrit grec de

Bibliothèque nationale, Mss. gr. 2832, des Idylles de Théo- *

nuscrit

crite, décoré

la

dans la seconde moitié du xive s.

:

ce

ma

illustre le poème de Dosiadas, Bômos, Y « Autel

dorien », œuvre d'un nommé Dosiadas, et qui fait partie des poèmes « figuratifs » dits technopaignia. Sur le manus

critde la Nationale, l'autel est représenté, recouvert par

le poème en

Dosiadas, à gauche; de Varbre haut, du trépied, et d'une effigie d'Apollon, à droite. L'Autel de Chrysé était connu d'Héraclès et de Philoct ète; celui-ci l'avait repéré au moment de l'expédition contre Troie. Le Philoctète d'Euripide, en 431, montre le

héros se plaignant d'avoir été blessé près de là, quand il ve

vers inégaux

:

il

est flanqué

de

l'image de

nait

de découvrir précisément ce Bômos, auquel les Grecs de

vaient

sacrifier pour être sûrs du succès2; puis, d'avoir été l

âchement abandonné par ses compagnons. Appien [Mithrid. , I, 77) relate qu'on appelait aussi le Bômos de Chrysé « autel de Philoctète » et qu'on montrait près de là, les reliques de la Passion du héros, avec un serpent d'airain 3.

1 . H. Omont, Monum. Piot, 12, 1905, p. 155 sqq., pi. XI ; cf. Ph.-E. Legrand Bucoliques, II, p. 220, qui a ignoré, en 1929, la publication d'B. Omont et,

à

tort, a cru ainsi qu'il s'agit d'un omphalos (?).

serpent, près de l'Autel : cf. L.

2. Nauck, p. 613-621, cf. Lexikon W. Roscher, III, 2, 2315 (Philoktetes).

3. Nous avons des représentations picturales de la scène de la morsure

Séchan, Ht. sur la tragéd. gr., 192Gr

485 ; cf. au Louvre, les vases G. 413, G. 342 ; E. Pottier, -Cal. Louvre, III,

par le

p.

p. 1103, 1086.

SUR LES AIGUIÈRES A SUJETS HOMÉRIQUES 105

Héraclès avait lui-même, selon la tradition légendaire,

sacrifié à l'autel apollinien,

guère surprenant que Diomède, pour sa mission de Lem- nos, quand, avec Ulysse, il entreprit de ramener Philoctète blessé à Troie, ait pu passer pour avoir revêtu des dépouilles léonines rappelant la léonlé. Euripide, en 431, n'avait-il pas aussi « camouflé » Ulysse en ami de Palamède, sans armes (ce qui est le cas sur la représentation du vase de

Bernay) ? Dans le Philoctète de Sophocle, joué en 409, c'est Héraclès lui-même qui, apparaissant au théologeion du théâtre, décidait son ami et légataire à aider les Grecs. L'intervention miraculeuse (v. 1409 sqq.) et la silhouette familière du héros vainqueur du lion n'avaient pas dû dis

paraître

se rendant à Troie.

Il n'est

des mémoires des artistes.

Ces rectifications apportées à des interprétations trop tra

ditionnelles

devra présenter sur la date des vases et leur origine stylis

tique. Au lieu qu'on puisse voir dans les deux aiguières à sujets homériques — formant Çeuvoç etpleinement « symétriques »— des inspirations différentes, comme l'a proposé K. Lehmann en dernier lieu, on aperçoit que du col k la panse, elles sont établies avec un parallélisme rigoureux, sinon un peu pédantesque. C'est toujours Diomède et Ulysse qui tiennent le premier rôle, ici et là, au col. Les contrastes de la destinée d'Hector et de celle d'Achille — ces rivaux réconciliés un jour à Ilion Novum ' dans un culte plus ou moins commun — ont fourni toutes les scènes représentées aux flancs mêmes des deux vases. Loin d'être d'inspiration diverse, les deux aiguières parti

cipent

modifient sensiblement les appréciations qu'on

étroitement, et des mêmes principes moralisateurs,

1 . Peut-être aussi à Pergafne, où fut créé le groupe Achille-Penthésilée.

106 COMPTES RENDUS DE L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS

et de la même technique : l'une est seulement, dirait-on

aujourd'hui, plus statique (celle de la Déploration et du

serait plus

dynamique, sous le signe de la violence guerrière (outrages faits au cadavre d'Hector, et mort

Il avait été prématuré de conclure que l'une était d'art classique, l'autre « baroque ». Les vases, fondés sur une commune tradition légendaire, ne peuvent avoir procédé de deux traditions stylistiques distantes dans le temps. Le souci moralisateur de marquer le «juste retour des choses

Rachat, où les scènes

sont de

deuil) ;

l'autre

d'ici-bas » s'est créé à l'époque hellénistique, où les cultes de Tyché, de l'Eimarméné, ont pris la force que l'on sait, après les méditations imposées par la brève destinée d'Alexandre, admirateur d'Achille et d'Hector1. Il n'y avait non plus aucune raison de parler de situation antithétique (?) pour les deux scènes sur le col, et de vouloir relever qu'Ulysse et Diomède auraient eu partie liée dans la Dolonie, alors qu'ils se querellent après le vol du Palla- dion. Il n'y a pas ici de Dolonie, ni de querelle dans l'ép isode du Rapt du Palladion. Je ne crois guère non plus que l'orfèvre dont nous avons la production à Bernay ait composé ses scènes, en prenant d'une part les données prin cipales sur deux vases d'argent (?), en utilisant d'autre part, comme « épisèmes » au col, les emhlemata de deux coupes, ou plats, de métal précieux. Rien ne prouve de telles

«. contaminations », dont la supposition

Ayant bien vu que l'une des deux aiguières était perga- ménienne d'inspiration et de style, il est regrettable que M. K. Lehmann n'ait pas ainsi conclu pour les deux pièces,

si évidemment inséparables ; ce qu'il dit pour l'aiguière de

la

est partout sujet à réfutation. Qui tiendra pour prouvé que

est gratuite.

Déploration et de la Rançon,

qui serait classique (?),

1. M. K. Lehmann relève justement la tendance à donner,- sur les vases

<le Bernay, une « vie illustrée » d'Achille ; ajoutons : et d'Hector ; pour l'un

et l'autre, d'ailleurs, c'est la /m de la vie qui est

ici le plus-en cause.

SUR LES AIGUIÈRES A SUJETS HOMÉRIQUES 107

le prototype du vol du Palladion remonte à la fin du Ve s. (à cause des monnaies d'Argos : 421-350!), et que l'exis tence d'une Déploration sur le cadavre d' Antilochos dans la peinture (Philostrate, Imag., II. 7), nous renseigne en quoi que ce soit, ici? L'argument présenté sur les origines eschyliennes (?) de la A-Jxpa est plus inopérant encore. Un tel ensemble de scènes est aussi hellénistique que l'autre. On pourrait suggérer — outre certaines comparaisons sty listiques avec la Téléphie de Pergame, plus tardive — bien

d'autres rapprochements, à travers toute l'ère hellénistique, depuis la mort d'Alexandre. J'adopterais volontiers, au contraire, le point de vue de M. K. Lehmann sur l'autre vase, s'il n'avait tenu — à la suite des erreurs récemment propagées par Arnold Schober au sujet de la date des premières écoles perga- ménienes — à donner au prototype des aiguières de Bernay,

une place dans la première moitié du lement ; donc à l'époque de l'Autel de

ne s.

av.

J.-G.

seu

Pergame.

La question me paraît tranchée tout autrement par l'ex

amen plus attentif des thèmes du col et de la panse, sur la seconde aiguière. Le «paysage sacré », au col, a eu ses ori

gines

déjà

dans le « style pittoresque »

d'Asie Mineure,

qui s'était développé dès le me s. av. J.-C. , M. K. Lehmann, pour expliquer ce qu'il croyait être une « Dolonie », allé

guait

haute date hellénistique (Th. Schreiber, Hellen. Fiel., pi. 45 ; Brunn-Bruckmann, Denkm.', 627 b). — Parmi les scènes de la panse, celle où le cadavre d'Hector est traîné derrière le char d'Achille, dénonce par sa violence une inspiration asiatique, qui est accusée, sur le vase, par l'apparition d'une petite Amazone à lapelta, essayant de blesser Achille au passage, du haut des murs de Troie -.

"lui-même un « relief pittoresque » pergaménien 1 de

1. C'est W. Klein,

Gesch. d.

griech.

Kunst,

3, p.

141, qui a marqué

l'origine pergaménienne. 2. L'épisode a été souvent reproduit en Occident, comme l'établissait

108 COMPTES RENDUS DE l'aCADÉMIE DES INSCRIPTIONS

Beaucoup plus instructive encore est la scène de la mort d'Achille, que M. K. Lehmann considère comme une com

position « grandiose », ne pouvant être inspirée, dit-il, que par la peinture (?). En fait, la mêlée autour d'Achille, blessé au talon et qui a déjà ployé le genou, est un véritable cen- ton de sujets de sculptures pergaméniennes, oùl'on retrouve maints thèmes créés parle Mysien Épigonos, Pergaménien d'origine, le premier décorateur des batailles galatiques

dans

sous Attale Ier: artiste du terroir anatolien, dont nous avons les signatures nombreuses, et dont la carrière couvre le milieu du 111e s., sans nul doute. Pour se convaincre du souvenir marqué des compositions d'Epigonos lui-même, sur l'aiguière de Bernay, il suffît de regarder, dans la Bataille autour d'Achille blessé, le guerr ierbarbu tombé derrière le fils de la Néréide. Demi-allongé à terre, il rappelle le « Gladiateur » mourant du Capitole,

par sa

son bouclier posé à terre, comme le Pseudo-Gladiateur, couché sur ses armes. Achille tombé, a le mouvement de certains combattants de l'ex-voto d'Attale Ier *, et par ex.

le Gaulois blessé du Louvre, résistant agenouillé (Gollignonr

Hist. sculpt. gr

aussi certaine figure peinte dans le dromos du nouveau

Tombeau de Kazanlak (Bulgarie), parmi les épisodes de combats funéraires entre ïhraces et Celtes2. Nous retrouvons aussi des souvenirs du Ménélas empor-

les grands trophées des Attalides, et notamment

pose ; et

de si près, qu'il s'appuie d'une main sur

II,

p. 515, fig. 263) ; on rapprocherait

déjà E. Babelon (gemme de la Bibl. Nationale, Périslomium du Gapitole que K. Lehmann a reproduit). Notons en passant que l'idée de l'orfèvre

du Trésor de Bernay, de faire apparaître aux créneaux de Troie Priam et Hécube est suggérée aussi par Homère (Iliade, ch. 22, v. 395 sqq.).

1.

2.

Et non du second : M. L. Laurenzi, Arti figurative, I, 1945, p. 12 sqq.,.

a bien fait de refuser sur ce point d'adhérer à tant de récentes hypothèses-

on regrette du moins que le

allemandes. — Dans cet article si ingénieux,

rôle créateur d'Épigonos n'ait pas été mieux affirmé.

Antonio Frova (Arti figurative, I, 1945, p. 105122, pi. 45-52 (cf. pL

47 en haut). Il peut s'agirde personnages équipés pour des jeux funéraires.

SUR LES AIGUIÈRES A SUJETS HOMÉRIQUES 109

tant le corps de Patrocle, dans l'attitude du guerrier nu qui cherche à relever Achille ; or ce guerrier se couvre de son vaste bouclier au-dessus de sa tête, et c'est là l'attitude qu'avait aussi le Galate blessé de l'Agora des Italiens à Délos, œuvre sculpturale signée d'Agasias d'Ephèse, mais visiblement dérivée dune composition antérieure d'Epigo- nos.

dérivée dune composition antérieure d'Epigo- nos. FlG. 1. D'ailleurs, pour nous contraindre au besoin à

FlG.

1.

D'ailleurs, pour nous contraindre au besoin à évoquer ici, directement, l'art de Pergame, ne voyons-nous pas — détail révélateur qui n'avait jamaisété remarqué jusqu ici ! — que l'un des adversaires d'Achille — Enée si l'on veut, puis qu'il est au premier plan, en hoplite, devant Paris — porte un thyréos galate sur le vase de Bernay (fig. 1)? Le fait est capital pour la détermination du lieu géogra phique où naquit l'inspiration de l'orfèvre des aiguières. C'est à Pergame qu'il a travaillé, ville tout imprégnée et

110 COMPTES RENDUS DE

L 'ACADÉMIE

DES INSCRIPTIONS

des souvenirs de Troie1, et de ceux des Galatomachies où les Attalides avaient conquis leur gloire. Quand on veut

refouler les vases homériques de Bernay sous Claude, vers le

milieu du ier s. apr

tout cas, qu'il y eût pu avoir encore intérêt alors, pour un artiste utilisant à Rome un prototype antérieur (?), à maint enir un détail d'armement si spécial, dont la plupart des Romains ne se seraient guère souciés; même en admettant que l'orfèvre eût adapté un prototype anatolien, seul un public d'érudits hellénistiques, férus des souvenirs de la légende et de l'histoire de la Mysie troyenne et pergamé-

nienne, eût pu comprendre l'allusion, que nul ne s'est empressé de remarquer, d'ailleurs, depuis lors et jusqu'à nous, parmi les modernes.

J.-C,

on s'astreint à expliquer, en

Il y a bien d'autres allusions përgaméniennes sur les aiguières de Bernay, tout aussi que sur divers vases du même Trésor. Il suffît, pour cette fois, d'en avoir dégagé quelques-

unes, soit en accord avec K. Lehmann, soit autrement. Il a eu le mérite de penser, au moins pour un des deux vases,

à

côté de peintures, perdues, hypothétiques, en cette occa

sion,

lentes : sur le caractère pergaménien de l'envol de certaines draperies, sur la date hellénistique à donner aux premières

figurations de murailles, isodomes

comme fonds «pittoresque». On1 avait voulu faire partir de 1ère romaine seulement une convention décorative qu'on

1 . La cité mysienne honorait Andromaque et le héros Pergamos ; c'est là qu'on a créé, dans la sculpture, les thèmes attico-pergaméniens les plus nombreux, pris à travers la légende de Troie (Iphigénie à Aulis ; Ménélas emportant de la mêlée le corps de Patrocle (œuvre présumée d'Antigo- nos de Carystos), Achille et Penthésilée, etc.).

la

cité des

Attalides, et s'il a

trop voulu regarder du

c'est à lui qu'on devra diverses observations excel

ou autres, employées

SUR LES AIGUIÈRES A SUJETS HOMERIQUES

111

retrouve à la fois sur les reliefs pittoresques et sur la toreu- tique hellénistique, notamment à Hildesheim. Le style per- gaménien paraît l'avoir déterminée tout d'abord. Il convient de ne plus séparer les deux aiguières homér iques de Bernay, de ne plus tant insister sur leurs préten duesdifférences de style, qui s'avèrent illusoires. Mieux comprises, elles se révèlent l'une et l'autre, et non pas seules, dans la dépendance, assez directe, de l'art mysien du temps même des Attalides.

LIVRES OFFERTS

M. Fr. Olivier^Mabtin a la parole pour un hommage :

« J'ai l'honneur de déposer sur le bureau de l'Académie, de la part de son auteur, l'abbé Pierre David, un ouvrage intitulé Eludes his toriques sur la Galice et le Portugal du VIe au XIIe siècle, Lisbonne et Paris, 1947, in-8° de xiv-579 p. L'abbé David, avant la guerre, a enseigné pendant plus de dix ans à l'Université de Cracovie et publié de nombreux travauxsurl'histoire religieuse etlittéraire de la Pologne médiévale. L'Académie a récompensé son livre sur Les sources de Vhistoire de Pologne à Vépoque des Piasts, paru en 1934. Depuis 1941, l'abbé David est rattaché à l'Université de Coïmbre. L'ouvrage qu'il

présente aujourd'hui réunit des études assez diverses. Elles portent sur l'organisation ecclésiastique du royaume suève, sur la métropole de Braga, sur la liturgie, le sanctoral et l'hagiotoponymie, dans cet archidiocèse, sur les relations entre la papauté et la péninsule hispa nique aux temps de Grégoire VII, de Pascal II et du schisme de Grégoire VIII, sur l'annalistique portugaise enfin. De propos déli béré, l'auteur envisage les institutions ecclésiastiques dans leurs rapports avec les institutions sociales, politiques et juridiques de l'époque considérée. Il les rapproche constamment des institutions religieuses romano-franques que ses études à Saint-Louis-des-Fran- çais et ses recherches personnelles sur le Dauphiné et la vallée du lihône lui ont permis d'approfondir. Toutes ces dissertations sont minutieuses, mais neuves et d'un dessin très ferme. Elles contr ibueront à éclairer d'une lumière exacte l'histoire de l'Europe occi

dentale

dans le haut moyen âge. »