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Introduction

1Cet article présente un ensemble de réflexions élaborées dans le contexte d’une


collaboration avec des géographes et des géomorphologues spécialistes de l’étude des
milieux fluviaux dont les travaux touchent à la période romaine. L’objectif est d’attirer
l’attention sur le potentiel d’information qu’apportent des données archéologiques pour
alimenter les réflexions sur le rôle des sociétés urbaines dans la transformation des
environnements fluviaux dans l’Antiquité et l’aggravation éventuelle des risques. Faute de
documentation disponible, ces thématiques n’étaient jusqu’ici abordées que pour des
sociétés plus récentes, modernes et contemporaines (Allard et al., 1996 ; Allard, 2000 ;
Favier et Granet-Abisset, 2000 ; Gache, 1996 ; Métaillé, 1993 ; Stouff 1993). Les indicateurs
archéologiques, lorsqu’ils ne sont pas réduits à fournir des supports chronologiques aux
études paléo-environnementales, apportent en effet des renseignements sur la gestion des
environnements humides qui intéressent les géomorphologues attentifs aux facteurs de
modifications des milieux fluviaux. L’étude archéologique permet entre autres d’étudier les
réponses techniques apportées par les populations au problème de l’inondation. Le choix
des différents modes de défense est interprété comme l’expression d’une certaine attitude
des groupes sociaux face au risque naturel. Ces données complémentaires à l’analyse
strictement géomorphologique sont encore largement sous-exploitées parce que les
vestiges archéologiques témoignant d’une volonté d’aménager les zones humides et
inondables restent mal connus, tandis que leur impact sur le milieu est souvent sous-estimé.
2Le cas de la ville d’Arles fournit un bon exemple de la façon dont une lecture fine des
données archéologiques peut modifier l’appréhension du risque fluvial sur un site (fig. 1 et
fig. 2). Les principales phases d’évolution hydrologique du Rhône au cours de l’Antiquité ont
été définies à partir de l’exploitation de différentes carottes sédimentaires, dont la
principale est la carotte dite « Piton » (Arnaud-Fassetta et al., 2005 ; Bruneton et al., 2001).
À l’exception des années 75-150 ap. J.-C., la rive droite du Rhône fut régulièrement soumise
à des inondations, avec d’importants problèmes de sapement des berges et une forte
humidité des terrains adjacents. Des fouilles archéologiques effectuées à quelques mètres
du site de carottage « Piton » ont montré que les zones inondables et humides identifiées
par les environnementalistes avaient été densément loties, en plusieurs phases, entre la
seconde moitié du Ier siècle av. J.-C. et la fin du IIIe siècle ap. J.-C., pendant des périodes de
forte activité hydrologique (Allinne et al., 2003) (fig. 2). L’urbanisation du lit majeur fut
possible grâce au recours à différentes techniques permettant de limiter le risque fluvial :
endiguement du chenal entre des quais maçonnés, modes de fondation sur vides sanitaires,
drainage des terrains.
Fig. 1 – Carte générale montrant la localisation des sites mentionnés dans le texte.
Fig. 1 – General map. Location of the sites cited in the text.
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Fig. 2 – Le risque fluvial à Arles (Bouches-du-Rhône) à l'époque romaine (fond de carte
Heijmans et Sintès, 1994).
Fig. 2 – Fluvial risk at Arles (Bouches-du-Rhône) during the Roman period (map from
Heijmans and Sintès, 1994).
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1 : zone de mobilité du chenal ; 2 : déplacement du chenal vers l’ouest au VIe siècle et limite
de la levée de berge ; 3 : extension théorique de la crue de 20-10 av. J.-C. Les dépôts ont été
identifiés sur les sites Sainte-Luce et Truchet à 4,6 m NGF ; 4 : extension de la ville du haut
Empire (seconde moitié du Ier siècle – seconde moitié du IIIe siècle) ; 5 : nécropoles ; 6 :
maisons des IVe-VIe siècles, quartier du cirque ; 7 : vestiges de quais. 8 : constructions sur
amphores et drains ; 9 : fondations sur pieux ; 10 : murs de protection ( ?).
1 : river bed mobility zone ; 2 : westward channel migration during the 6th century, and levee
limits ; 3 : theoretical extension of the 20-10 BC flood ; the deposits were identified at the
Sainte-Luce and Truchet sites at 4.6 m a.s.l. ; 4 : extension of the city in the Early Empire
(second part of the 1st century – second part of the 3rd century ; 5 : necropolis ; 6 : 4th-6th
century houses, circus area ; 7 : dock vestiges ; 8 : amphora and drain foundations ; 9 : stake
foundations ; 10 : protection walls ( ?).
3Sur la base de tels exemples, l’article s’attache à montrer de quelle façon les données
archéologiques renseignant sur la défense contre les inondations à l’époque romaine
nourrissent les réflexions sur les risques fluviaux de l’époque. Une synthèse des réponses
techniques apportées pour permettre l’implantation de bâtiments dans des milieux humides
sert de support à une discussion sur les capacités des sociétés romaines à endurer, maîtriser
ou même à accentuer le risque d’inondation.
Méthodologie
4Les données exploitées sont issues d’une thèse de doctorat portant sur l’impact du risque
fluvial sur le développement des villes romaines (Allinne, 2005). L’enquête a reposé sur
l’étude approfondie de cinq villes de la basse Provence étudiées par les archéologues et les
paléoenvironnementalistes : Arles, Ernaginum (plaine d’Arles), Avignon, Orange et Riez
(fig. 1). Les recherches ont examiné la gestion du risque dans le centre urbain et sur le
territoire proche de ces agglomérations. La définition du contexte environnemental et la
caractérisation de l’aléa (crues, mobilité du chenal, remontées de nappes phréatiques,
problèmes d’évacuation des eaux) ont reposé sur les travaux des géomorphologues de la
basse vallée du Rhône, attachés à la définition des paléoenvironnements récents
(Provansal et al., 1999 ; Bruneton et al., 2001 ; Arnaud-Fassetta, 2002 ; 2004 ; Arnaud-
Fassetta et al., 2005 ; Berger, 1996, 2001). La définition de la vulnérabilité de l’espace urbain
s’est appuyée sur l’étude archéologique de la topographie urbaine et des aménagements
mis en place par la société romaine pour lutter contre les inondations. Une comparaison
avec les solutions développées sur d’autres sites de France, d’Espagne, d’Italie et
d’Allemagne a complété cette approche technique.
5Les connaissances acquises sur l’évolution des conditions hydrologiques ont été mises en
parallèle avec l’urbanisation des zones inondables pour définir le poids de la contrainte
constituée par le risque d’inondation sur la croissance des sites urbains et évaluer l’impact
éventuel des aménagements sur l’aggravation du risque. Ce travail a pris en compte la
nature du risque, la morphologie et l’importance des agglomérations, dont dépend le choix
des modes de protection.
6Au sein des recherches sur l’Antiquité, l’étude n’est pas isolée, mais rejoint les travaux déjà
effectués sur la Camargue (Arnaud-Fassetta et Landuré, 1997 ; 2003), la moyenne vallée du
Rhône (Berger 1996 ; 2001), pour le milieu rural et sur des sites tels que Lyon (Bravard et al.,
1997 ; Desbat et Lacoux, 1999), Vienne (Bravard et al., 1990 ; Le Bot-Helly et Helly,
1999), Ambrussum(Berger et al., 2004) en France ou encore en Italie avec Aquilée, en Frioul-
Vénétie (Arnaud-Fassetta et al., 2003) pour le milieu urbain.
Les techniques romaines de prévention du risque d’inondation
7La plupart des agglomérations romaines importantes, dont les grandes villes actuelles
comme Lyon, Bordeaux, Strasbourg, ou encore Rome, Londres ou Cologne sont les
héritières, sont à l’origine des sites fluviaux implantés au moins partiellement dans la zone
inondable. Le contrôle de la navigation et des points de passage des cours d’eau a été un
élément fondamental du développement et de la réussite de ces villes, car il leur assurait la
maîtrise des échanges économiques et militaires transitant par les voies fluviales et
terrestres. Pour les agglomérations de moindre importance, la proximité des cours d’eau, de
lagunes ou même de marais était également très recherchée pour la navigation, l’irrigation,
les ressources halieutiques et la chasse. Les risques d’inondation liés aux débordements des
rivières, des plans d’eau ou à la remontée des nappes phréatiques étaient reconnus et pris
en compte dans l’aménagement des sites. Le choix des systèmes mis en œuvre diffère
cependant en fonction de la taille et de l’importance économique et politique des
établissements. Quatre ensembles de techniques ont été développés.
Interventions sur le tracé des lits fluviaux
8Le détournement de cours d’eau importants n’était pas une opération fréquemment mise
en place, mais elle était bien connue des ingénieurs romains. On sait ainsi par Cicéron
(À Atticus, XIII, 33) que César avait conçu à Rome le projet de détourner le Tibre contre les
collines du Vatican pour éliminer le méandre du Champ de Mars (Allinne et Leveau, 2002). À
Orange, la rivière de la Meyne semble également avoir été déviée dans un chenal artificiel
creusé autour de la ville. Le centre monumental de la colonie a été construit à
l’emplacement d’un ancien lit, entièrement remblayé (fig. 3). Le recoupement d’indices
archéologiques invite à attribuer cette dérivation à la période augustéenne, en même temps
que la nouvelle colonie se construisait. Les travaux, en assurant l’assèchement du piémont
de la colline Saint-Eutrope, autorisaient d’abord la construction du centre monumental
(forum, hémicycle du temple et théâtre). Mais ils permettaient aussi de réduire l’humidité
des sols et d’écarter le danger des crues dans le centre-ville.
Fig. 3 – Hypothèse d'un détournement de la Meyne à Orange (Vaucluse) dans l'Antiquité.
Fig. 3 – Hypothesis of a side channel of the Meyne river in the city of Orange (Vaucluse)
during the Antiquity.

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1 : proposition de restitution du paléocours de la Meyne ; 2 : site de la RHI Saint-Florent ; 3 :
coude de la Meyne ; 4a : talweg comblé de galets, observé sous les maisons romaines ; 4b :
profond talweg (substrat à 20 m NGF) comblé jusqu’aux fondations antiques (38,1 m NGF)
par des couches de limons, sables et galets (carottage géologique du bureau B. Guégan).
1 : hypothetical reconstruction of the Meyne palaeochannel ; 2 : the archaeological RHI Saint-
Florent site ; 3 : an elbow of the Meyne river ; 4a : talweg filled with pebbles discovered
under Roman houses ; 4b : deep talweg (substratum at 20 m a.s.l.), filled up to the Roman
foundations (38,1 m a.s.l.) by silts, sands, and pebbles layers (coring done by B. Guégan’s
staff).
9La canalisation, le détournement ou l’enfouissement, dans des conduits souterrains
maçonnés, des cours d’eau secondaires parcourant les sites urbains sont beaucoup plus
fréquents. Ces petits espaces soumis à l’écoulement fluvial sont sacrifiés dès que la pression
urbaine réclame le lotissement ou l’extension de nouveaux quartiers. Les cours d’eau sont
« étouffés » par l’urbanisation. À Rome, les travaux de Ammerman (1998) ont ainsi montré
que la Cloaca Maxima, le grand égout collecteur de la ville romaine était à l’origine un petit
affluent du Tibre coulant à l’air libre et collectant les eaux des collines avoisinantes. Il a été
canalisé vers la fin du VIIIe siècle av. J.-C. au moment où l’extension de la ville a nécessité
l’assainissement du fond de la vallée du Vélabre (Coarelli, 1994). Il a ensuite été couvert de
planches de bois avant l’aménagement d’une voûte maçonnée au IIe siècle av. J.-C. Le cours
d’eau devenu égout a été progressivement enfoui, au fur et à mesure que les projets
urbanistiques réclamaient le remblaiement des états anciens de la ville. À Bordeaux
(Gironde), sur le site de Saint-Christoly, la pression urbaine des IIIe et IVe siècles a conduit à
sacrifier les deux petits affluents de la Garonne qui traversaient le quartier ; l’essentiel du
débit du Peugue a été détourné dans un canal artificiel, repéré 200 m au sud de l’ancien
confluent, tandis que la Devèze, qui circulait auparavant dans un lit estimé à une dizaine de
mètres de large, a été réduite à un étroit cours d’eau canalisé entre des quais distants de
3,50 m (Barraud et Maurin, 1996).
10L’effet de ces aménagements sur le risque fluvial est bien sûr à double tranchant : si le
détournement des écoulements est un procédé efficace, une canalisation dont le calibre est
mal adapté aux débits à écouler en périodes de crue et/ou un accroissement des
constructions sur les rives inondables de ces cours d’eau entraînent évidemment une
augmentation importante du risque d’inondation.
11Lorsque la configuration du cours d’eau le permet, l’aménagement de chenaux de crue
artificiels ou l’entretien de chenaux existants apparaît comme une technique originale et
efficace pour limiter les inondations du centre des villes romaines. Le recours à ce procédé a
été mis en évidence dans la petite ville de Riez, installée à l’époque romaine entre deux
cours d’eau : le Colostre, dont la configuration antique est encore mal connue, et le torrent
du Valvachère, étudié (observations inédites) avec le concours de M. Jorda (fig. 4). En partie
édifiée sur le cône de déjection holocène du torrent, la ville romaine avait à gérer des crues
très violentes, qui s’écoulaient par une série de chenaux disposés en « patte d’oie » depuis le
sommet du cône et creusés dans les dépôts caillouteux. Les fouilles effectuées dans un
quartier bordant l’un de ces chenaux (collège Maxime Javelly) ont montré que ce bras du
torrent avait été soigneusement canalisé entre des berges retaillées verticalement et
partiellement parementées. Le lit naturel fut calibré pour limiter l’effet des inondations sur
les quartiers environnants et pour l’intégrer au plan général d’urbanisme de la ville. Les
dépôts caillouteux mis au jour dans le fond du chenal, mêlés à du matériel archéologique,
attestent que ce canal a efficacement servi à drainer de fortes crues entre le I er siècle ap. J.-
C. et le milieu du IIe siècle ap. J.-C., sans que les espaces riverains soient affectés par les
inondations (fig. 5). L’observation du cours d’eau se limitant pour le moment au site du
collège, il n’est pas possible d’expliquer pourquoi le chenal a cessé de fonctionner à la fin du
IIe siècle. La question est cependant au cœur des travaux engagés sur Riez antique (Borgard,
2004).
Fig. 4 – Le cours canalisé du Valvachère à Riez (Alpes-de-Haute-Provence) à l'époque
romaine.
Fig. 4 – The channelled bed of the Valvachère in the city of Riez (Alpes-de-Haute-Provence)
during the Roman period.
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1 : cône de déjection du torrent du Valvachère et écoulement des eaux de crue (flèches) ; 2 :
Valvachère antique ; 3 : forme en creux reconnue par prospection géophysique (chenal du
Valvachère ?) ; 4 : site du collège Maxime Javelly (complexe thermal et quartier résidentiel
traversé par un chenal canalisé) ; 5 : ruptures de pente dans le relief actuel.
1 : the Valvachère alluvial fan and direction of flow (arrows) ; 2 : depression anomaly
revealed by geophysical survey (Valvachère’s palaeochannel ?) ; 4 : the archaeological site of
Maxime Javelly High School (thermal complex and residential area dissected by a channelled
river) ; 5 : slope break in the present-day topography.
Fig. 5 – Coupe stratigraphique du chenal canalisé du Valvachère romain (site du collège
Maxime Javelly).
Fig. 5 – Stratigraphic sequence of the Roman Valvachère channel (archaeological site of
Maxime Javelly High School).

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1 : substrat ; 2 : aménagement de berge (voie ?) ; 3 : tombes en bâtière de la fin de
l'Antiquité ; 4 : dépôts de crue caillouteux ; 5 : limons et argiles recouvrant une couche
gravillonneuse d'une extrême dureté ; 6 : dépotoir comblant le chenal, constitué entre la
seconde moitié du IIe siècle ap. J.-C. et la fin de l'Antiquité (installation des tombes) ; 7 : mur
de renfort de la berge.
1 : substratum ; 2 : embankment work (street ?) ; 3 : tiles graves, end of the Antiquity ; 4 :
pebbly flood deposits ; 5 : silts and clays overlying an indurated pebbly layer ; 6 : midden
filling the channel and formed between the second part of the 2nd century and the end of
the Antiquity (graves construction) ; 7 : bank protection wall.
L’aménagement du chenal et des berges
12Le curage des fleuves a été l’une des solutions mises en œuvre par les empereurs de
Rome pour essayer de limiter les conséquences des crues. Suétone rapporte ainsi
qu’Auguste, qui avait entrepris de moderniser Rome, s’occupa de remodeler le chenal du
Tibre pour réduire l’effet des débordements : « pour contenir les inondations, il fit élargir et
curer le lit du Tibre qui avait été à la longue rempli de déblais et rétréci par l’extension des
édifices » (Auguste, XXX, 2). Ces réalisations ne sont connues que par la littérature antique,
mais l’archéologie confirme l’emploi de bateaux dragues (grandes barques à fond plat,
munies au milieu de la coque d’une trappe oblongue ouverte sur l’eau et par laquelle
pouvait être actionné un long godet raclant le fond) pour curer le fond des bassins
portuaires (Pomey, 1996 ; Hermary et al., 1999).
13Plusieurs types d’intervention sur les berges sont par ailleurs attestés. Leur mise en place
dépend de la pression urbaine et de la nécessité d’aménager des zones portuaires. Pour les
quais, le recours à des techniques de construction qui en font par la même occasion des
systèmes de défense contre les crues est indissociable de leur vocation ; ils ne peuvent être
utiles que s’ils assurent en même temps la protection des hommes, des navires et des
marchandises au moment où elles sont débarquées ou embarquées ainsi que lorsqu’elles
sont stockées dans les entrepôts situés sur les berges. L’efficacité de ces ouvrages dépend
donc de leur capacité à limiter les contraintes liées au fleuve. La première solution pour
maintenir en place des rives soumises à l’érosion fluviale est de les protéger du courant par
des rangées de pieux de bois accolés en rangs serrés (palissades) ou des poteaux plus
espacés maintenant une cloison de planches (palplanches). L’ouvrage retient soit
directement les terres de la berge, soit un remblai venant niveler la surface du sol pour
permettre l’aménagement d’une surface de circulation ou d’un débarcadère. En fonction de
la nature des terrains, de l’activité érosive du cours d’eau et de l’importance des
aménagements portuaires, ces renforts de berges utilisant le bois sont de facture plus ou
moins complexe : de la simple palissade (fig. 6) à des aménagements comprenant une
palissade en façade renforcée à l’arrière d’un caisson de fondation soutenant le remblai
servant d’assise au quai. Ce dernier type de substruction reste peu répandu. Il s’agit sans nul
doute de la technique utilisant des bois la plus solide, mais c’est aussi la plus complexe à
réaliser ainsi que la plus coûteuse. Les contraintes qu’impliquait la mise en œuvre d’une telle
structure expliquent certainement son emploi limité. Les ouvrages de bois ne sont jamais
très élevés et restent relativement fragiles, même si les fondations sont renforcées par des
systèmes d’enrochements qui limitent les activités de sapement des structures par leur
base, comme cela a été observé par exemple à Rouen sur le site de la rue Jeanne
d’Arc (Lequoy et Guillot, 2004). Tout au plus ces constructions peuvent-elles contenir les
crues moyennes. La présence de quais maçonnés sur les berges d’un fleuve constitue un
meilleur élément de défense. Le cas le plus représentatif de ce type d’aménagement est
celui des quais de Rome, dont l’une des parties fouillées (site de Marmorata) était dans un
état de conservation exceptionnel (Gatti, 1936) (fig. 7). Sur ce secteur, au IIe siècle ap. J.-C.,
la rive était protégée par des quais maçonnés, prolongés vers la terre ferme par une digue
importante, excédant de plus de 5 m le niveau du débarcadère et protégeant des entrepôts.
Fig. 6 – La palissade de maintien de la berge de la Brenta à Padoue (Italie), aménagée au
Ier siècle ap. J.-C. (Balista and Serafini, 1992).
Fig. 6 – Palisade maintaining the Brenta riverbanks in Padova (Italy), 1st century AD.

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Balista and Serafini, 1992
Fig. 7 – Les digues et quais de Rome au IIe siècle ap. J.-C. : photographie des vestiges du
site « Lungotevere Testaccio 2 » et reconstitution en coupe.
Fig. 7 – Dykes and docks of Roma during the 2nd century AD, photograph of the
‘Lungotevere Testaccio 2’ site and reconstruction

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cliché in Gatti, 1936 ; dessin in Meneghini, 1985
photograph in Gatti, 1936 ; drawing in Meneghini, 1985
14À Vaison-la-Romaine (Vaucluse) l’endiguement spectaculaire des rives de l’Ouvèze,
effectué à la fin du Ier siècle ap. J.-C., constitue un autre exemple de programme
monumental d’aménagement des cours d’eau (fig. 8). Les berges très encaissées du chenal
étaient rectifiées et maintenues par deux murs de plus de 5 m de haut et d’au moins 100 m
de long, ce qui assurait la protection des riches quartiers de la rive droite et des installations
de rive gauche (Mignon, 2000).
Fig. 8 – La digue de Vaison-la-Romaine (Vaucluse), datée du Ier siècle ap. J.-C.
Fig. 8 – The dyke of Vaison-la-Romaine (Vaucluse), 1st century AD.

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Vue du monument au moment de la fouille et axonométrie de la construction (cliché et
axonométrie Mignon).
View of the monument just before the excavation and axonometric reconstruction
(photography and axonometry : Mignon).
Les ponts, cause possible de l’aggravation du risque
15Le mode de construction le plus répandu à l’époque romaine est le pont fixe à une ou
plusieurs arches, construit en bois ou/et en pierre. Sur ces ouvrages, les piles sont les
éléments les plus sensibles de la construction ; elles supportent le choc du courant ; des
embâcles se forment à leur amont et leur base peut être soumise à des phénomènes
d’affouillement. Une mauvaise gestion de ces paramètres conduit à l’effondrement des
arches ou des piles, et l’accumulation des débris tombés dans l’eau peut contribuer à
aggraver l’inondation des rives en perturbant l’écoulement. Les procédés mis en œuvre pour
pallier ces contraintes témoignent de la maîtrise des ingénieurs romains. Le pont de Vaison-
la-Romaine, construit au Ier siècle ap. J.-C., illustre le cas d’un édifice à arche unique, dont le
diamètre d’ouverture a été calculé pour laisser passer les eaux de crues exceptionnelles
(Mignon, 2000). Ce fut l’unique ouvrage d’art de la vallée de l’Ouvèze qui résista à la crue de
septembre 1992, bien que sa maçonnerie ait subi de plein fouet la puissance du flux.
Lorsque la largeur du fleuve, associée à une profondeur acceptable, impose l’aménagement
de piles, les techniques employées dans l’Antiquité pour garantir leur stabilité sont proches
des méthodes actuelles. Sur des terrains où les piles ne peuvent reposer sur une couche
résistante, l’assise du monument est assurée par l’emploi de fondations sur pilotis simples
ou sur caissons (des planches ou des pieux forment la paroi d’un caisson à l’intérieur duquel
est installé un pilotis renforcé de poutres longitudinales ; les interstices sont comblés de
blocs) (fig. 9). Pour résister à la pression de l’eau, les piles sont ensuite renforcées de
contreforts maçonnés de forme arrondie ou en épi permettant de diviser le courant. Dans la
partie supérieure des piles enfin, des fenêtres destinées à alléger le bâti et à assurer, en cas
de très haute crue, des passages supplémentaires à l’eau peuvent encore être aménagées.
Fig. 9 – Fondations sur pieux (caisson) des piles de ponts.
Fig. 9 – Foundation stakes for bridges piles.

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Le pont romain de Mayence (Allemagne), construit sur le Rhin en 27 ap. J.-C. Reconstruction
des fondations de l'une des piles sur la berge (Cüppers, 1991).
The Roman bridge built on the Rhine in Mainz (Germany) in 27 AD. Foundation
reconstruction of one of the piles on the riverbank (Cüppers, 1991).
16La meilleure adaptation possible au risque fluvial reste l’aménagement d’un pont de
bateaux. Les embarcations constituent des piles flottantes qui n’offrent pas de résistance au
passage de l’eau et ne risquent donc pas de s’effondrer. Dans la basse vallée du Rhône, c’est
la solution qui a été adoptée à Arles (Daniel, 1994 ; Sintès, 2000). Sur le site, la profondeur
du chenal (autour de 19 m actuellement), l’impossibilité d’asseoir les fondations sur un fond
stable et le danger des crues constituaient autant d’éléments rendant inappropriée la
construction d’un pont de pierre. Les bateaux étaient maintenus à la berge par des amarres
fixées à des blocs maçonnés et reliés entre eux par le tablier de bois du pont. Le recours à un
pont de bateaux présente toutefois d’autres désavantages majeurs pour les utilisateurs :
problème de résistance des amarres, d’entretien des embarcations, mais surtout difficultés
ou impossibilité d’assurer le passage d’autres bateaux au droit du pont.
Ouvrages de défense
17Qu’il s’agisse de la fortification d’une ville ou de la clôture d’une maison, l’interprétation
de leur rôle face au risque d’inondation, voire leur identification, méritent discussion.
18Premier ouvrage de défense des agglomérations, les enceintes sont souvent considérées
comme des moyens de protection efficaces contre les crues. En réalité, la présence de
remparts autour d’une ville pose de grosses difficultés de gestion des eaux. En période de
crue, l’isolation n’est d’abord possible que si les ouvertures dans la courtine peuvent être
hermétiquement bouchées et si le mur est assez épais pour supporter la poussée des eaux.
Dans le cas contraire, la déferlante de l’eau par les brèches peut causer dans la ville des
dégâts beaucoup plus violents qu’une simple montée des eaux, comme cela s’est vu à
Avignon au Moyen Âge, avant que la base de la courtine ne soit renforcée (Fortia et
al., 1802). L’autre problème est celui de l’évacuation des eaux infiltrées derrière la muraille
et auxquelles la courtine fait obstacle. Cette ambiguïté du rôle du rempart dans la défense
contre les crues est bien illustrée à Orange. L’enceinte, édifiée dans la dernière décennie du
Ier siècle av. J.-C., a pu contribuer à détourner les eaux de crue de l’Aygues et de la Meyne et
à protéger le centre de la ville (fig. 3). Au début du Ier siècle ap. J.-C., la destruction, par une
inondation, d’un quartier d’habitation situé derrière le rempart (site de la RHI Saint-Florent)
montre toutefois que ce dernier n’assurait pas une protection efficace (Mignon, 1996). Les
possibilités pour les eaux de crue de s’échapper vers l’extérieur étaient limitées aux
ouvertures existant dans la courtine c’est-à-dire les portes et les passages voûtés destinés à
l’évacuation des égouts collecteurs, qui s’avérèrent insuffisants, en pareille circonstance. La
muraille a fait obstacle à la décrue et l’eau piégée à l’intérieur de l’enceinte a stagné dans les
maisons jusqu’à provoquer leur effondrement. L’observation des vestiges archéologiques
montre en effet que les murs, aux élévations en terre crue, ont été fragilisés parce qu’ils se
sont imbibés d’eau. La catastrophe n’a pas été causée par la violence de la crue mais par
l’impossibilité pour l’eau de s’évacuer.
19L’édification de murs de protection autour des propriétés privées installées dans les zones
inondables est un autre moyen de défense mais, à la différence des constructions publiques
monumentales, ces aménagements sont souvent difficiles à identifier car rien ne les
distingue sur le plan technique. Qu’il s’agisse de murs épais ou de talus de terre, leur
vocation est le plus souvent déduite de ce que les archéologues connaissent de l’état du
milieu. Dans le cas des murs faisant office de digues, l’épaisseur exceptionnelle du bâti et
éventuellement l’orientation particulière de la structure (parallèle au cours d’eau) suggèrent
toutefois des indices de leur utilisation comme protection contre les inondations. C’est de
cette manière qu’ont été interprétés, sur le site d’Ambrussum (Hérault), certains murs de
clôture qui, à la fin du Ier siècle av. J.-C., isolaient les parcelles urbanisées des flots du
Vidourle (Fiches, 1996). Parallèles au cours d’eau et présentant une largeur inhabituelle
(1,50 m), leur construction fut liée à un souci de protéger les installations des débordements
du fleuve, particulièrement actif à cette époque (Berger et al., 2004).
20L’identification des défenses prenant la forme de talus de terre est encore plus délicate
car ceux-ci conservent rarement un relief suffisant pour être reconnus dans la topographie
et une disposition particulière permettant d’affirmer qu’il s’agit bien d’aménagements
artificiels. La construction de digues romaines de plusieurs kilomètres de long, constituées,
comme les levées actuelles de la Loire, de talus de terre de 3 à 4 m de haut est attestée en
milieu rural dans les vallées de l’Adige et de la Brenta, en Italie du Nord (Pesavento Mattioli
et Bonetto, 2000 ; Rosada et Bonetto, 1995 ; Fozzati et Toniolo, 1998). La construction de
ces structures s’étale de la fin Ier siècle av. J.-C. au IVe siècle ap. J.-C. Les levées artificielles
identifiées en Gaule sont beaucoup moins spectaculaires et se confondent souvent avec les
levées naturelles des cours d’eau. À Lyon (site de la station de métro Bellecour), une
collaboration fructueuse entre archéologues et géomorphologues a révélé l’existence d’un
bras fossile du Rhône, sur la berge duquel un bourrelet alluvial de 1 m de haut, avait été
surélevé à la fin du Ier s. ap. J.-C. par l’ajout d’une épaisse couche de remblais successifs,
constitués notamment de débris d’amphores (Colas, 2004). Cet aménagement a été
interprété comme une digue ou comme un moyen de surélever une voie installée au
sommet du remblai. Sur d’autres sites, en l’absence de connaissance sur l’état du milieu, des
levées naturelles ont pu être confondues avec des talus construits. Ainsi à Arles (fouilles du
cirque romain), l’important bourrelet de terre parallèle au fleuve qui fut découvert au niveau
des fondations de l’édifice et qui avait été interprété comme « une sorte de digue de
protection contre le Rhône » (Jacob, 1990), pourrait plus vraisemblablement n’être que la
levée naturelle du fleuve. La construction d’une digue dans cette partie excentrée de la
périphérie de la ville s’explique mal, en effet, car ce secteur était inoccupé avant l’édification
du cirque. Ces arguments archéologiques devront toutefois être soumis à la critique des
paléoenvironnementalistes.
21La construction sur remblai est le moyen de protection contre les inondations le plus
employé sur l’ensemble des villes étudiées. La raison en est qu’il s’agit du système le plus
facile à mettre en œuvre, tant par les pouvoirs publics que les particuliers et aussi le moins
cher. À moindre coût, il assure l’assainissement des sols et des constructions, protégés à la
fois des crues et des remontées de nappe phréatique. L’appréciation de la hauteur de
remblai qu’il est nécessaire d’accumuler pour obtenir une isolation optimale est empirique
et varie en fonction de l’évolution des conditions hydrologiques. Toutes les mises en œuvre
de remblais ne se ressemblent pas ; les travaux engagés sont plus ou moins importants. On
distingue ainsi clairement les initiatives privées appliquées à des maisons ou des édifices
légers (Arles, site de la Commanderie Sainte-Luce cf. Jacob, 1988) et les grands programmes
d’aménagements publics impliquant l’exhaussement systématique de tout un quartier
préalablement à son lotissement. À Vienne, pour le secteur de Saint-Romain-en-Gal, selon Le
Bot-Helly et Helly (1999), ce sont cinquante hectares environ qui ont été « exhaussés de
deux mètres en moyenne (1 million de m3 !) en une quarantaine d’années ».
Procédés de gestion des terrains humides
22Les terrains humides ne peuvent être lotis qu’au prix de travaux d’aménagement
spécifiques car ils ne présentent pas toutes les conditions de densité, imperméabilité et
résistance requises pour assurer la stabilité et l’isolation des bâtis. Deux solutions
permettent de pallier ces inconvénients : assurer le drainage des terrains et/ou avoir recours
à des fondations adaptées qui assureront la stabilité des bâtiments et l’étanchéité des sols
construits et des murs.
23Le pilotis tel qu’il est utilisé dans l’Antiquité a pour fonction de renforcer la résistance du
sol par compression : en insérant de force dans le sédiment meuble et humide des
matériaux stables et insensibles aux variations de la teneur en eau du terrain, les sédiments
sont comprimés verticalement et latéralement. L’eau et l’air sont chassés sous l’effet de la
pression et le sol offre une meilleure portance (Antico Gallina, 1998). Ce type de fondation
est approprié aux cas où la profondeur du sol d’assise n’est pas connue ou est trop
profonde. Il est très fréquemment employé dans l’Antiquité, où les moyens d’apprécier la
qualité des terrains étaient assez limités. Le recours au pilotis implique toutefois de pouvoir
estimer la nature du sédiment, sa teneur en eau et le poids du bâtiment, c’est-à-dire la
poussée exercée par la construction sur le terrain humide et qu’il faut compenser. Des pieux
trop courts ou mal répartis provoquent des dégâts importants sur l’édifice qui peuvent
conduire à son effondrement et/ou son enfoncement progressif dans le sol. Des
mouvements trop prononcés du terrain peuvent aussi désolidariser les pieux, les briser ou
les incliner jusqu’à ce qu’ils glissent et n’assurent plus le soutènement du bâti. La
dessiccation des sols peut aussi provoquer leur dégradation rapide. Les pieux se font alors
écraser par le poids de l’édifice qu’ils soutenaient. Les bâtiments déséquilibrés se fissurent
et s’effondrent alors progressivement. Les fondations sur pieux sont utilisées sur deux types
de zones humides : les terrains marécageux d’une part, pour l’assise d’édifices
monumentaux, comme le cirque d’Arles ou la digue de Vaison-la-Romaine, et de bâtiments
légers (maisons) (fig. 10) ; les berges et fonds de chenaux d’autre part. Ce dernier cas
concerne la construction de ponts, de quais ou de tout aménagement destiné à être en
contact avec l’eau courante. Bien qu’il s’agisse d’une technique couramment employée, la
qualité du pilotis varie beaucoup, surtout dans le cas de constructions privées, comme les
maisons, où l’emploi de pieux est souvent limité à quelques pièces voire quelques structures
lourdes (portes, seuils, portiques…). Dans un certain nombre de cas, les pieux sont ainsi de
longueur médiocre (1 à 2 m en moyenne) et parfois répartis de manière très lâche. Ces
observations peuvent indiquer que la saturation en eau du terrain n’était atteinte que très
périodiquement et ne nécessitait pas l’emploi d’un pilotis profond et très dense. Elles
peuvent aussi être interprétées comme la preuve que le principe n’était pas maîtrisé par
tous les constructeurs. Les informations sur l’état des sols dans l’Antiquité manquent en fait
trop souvent pour trancher entre les hypothèses.
Fig. 10 – Fondations sur pieux.
Fig. 10 – Stake foundations.
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1 : édifice monumental, le cirque d'Arles (fin Ier-IIe siècles ap. J.-C.) ; 2 : bâtiment léger, la
domus ouest de l'Espace du Palais à Rouen (début du IIIe siècle ap. J.-C.) (cliché Ourtilane, in
Lequoy et Guilhot, 2004).
1 : monumental building, the Roman circus of Arles (end of the 1st or 2nd century AD) ; 2 : a
small structure, the west domus of the Espace du Palais in Rouen (beginning of the 3rd
century AD) (photograph by Ourtilane, in Lequoy and Guilhot, 2004).
24Dans certains cas, beaucoup plus rares que les fondations sur pieux, le sol est recouvert
de fagots de branchages préalablement aux constructions. Les fascines, disposées en
couches plus ou moins épaisses, ont fonction de renfort pour des terrains marécageux et
permettent également à l’eau de s’écouler entre les petites branches. Cette méthode a été
utilisée indifféremment sur de larges surfaces ou bien sur des espaces restreints. Elle a été
notamment bien identifiée à Strasbourg : de vastes secteurs marécageux avaient été
aménagés de la sorte pour permettre le lotissement des espaces jouxtant le camp romain
d’Argentorate, dans les premières décennies du Ier siècle ap. J.-C. (Baudoux et al., 2002).
25Les systèmes d’assainissement sont très fréquemment employés. Ces procédés visent non
à évacuer l’eau mais à capter et concentrer les infiltrations hydriques dans un espace creux,
le vide sanitaire, pour limiter les remontées de nappe phréatique. Cette technique a
toutefois des limites : si les remontées d’eau sont trop abondantes, la contenance du vide
sanitaire est dépassée et la surface inondée. Les drains peuvent, comme à Arles (fig. 11)
accompagner les vides sanitaires : l’eau est piégée dans un vide sanitaire, puis évacuée par
différents systèmes de canalisations. Parmi les matériaux utilisés dans l’Antiquité romaine
pour aménager les vides sanitaires (bois, maçonnerie, céramique) l’emploi des amphores
occupe une place privilégiée (Balista, 1998 ; Antico Gallina, 1998). De taille facile à manier,
elles offrent un gros volume, un faible poids et une résistance à la charge très élevée. Il s’agit
en outre d’un matériau peu coûteux et disponible en abondance une fois que son contenu a
été utilisé. L’avantage indéniable est que sa panse ménage, si elle n’est pas comblée, un vide
important. Les amphores sont enfoncées en terre verticalement, pied en terre ou retournées
col vers le bas. Elles sont entières ou tronquées au niveau du col ou de l’épaule.
L’organisation la plus fréquente des amphores dans les vides sanitaires est une disposition
« en tapis », c’est-à-dire remplissant en fondation la surface entière d’une pièce ou d’un
bâtiment (fig. 12). Elles apparaissent aussi fréquemment empilées ou disposées côte à côte
dans de longues tranchées situées sous ou au droit des murs (fig. 11).
Fig. 11 – Tranchées d'assainissement et drains du quartier de Trinquetaille à Arles, vers le
milieu du Ier siècle av. J.-C.
Fig. 11 – Trench and drainage system in the Trinquetaille district, Arles (middle of the 1st
century BC)

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clichés Vecchione, in Laubenheimer, 1998, p. 52
photograph by Vecchione, in Laubenheimer, 1998.
Fig. 12 – Le vide sanitaire de la pièce 72 de la Maison des Dieux Océans à Saint-Romain-en-
Gal (Isère), vers 160 ap. J.-C. (Le Glay, 1968).
Fig. 12 – The crawl space of room 72 of the « Maison des Dieux Océans » in Saint-Romain-
en-Gal (Isère), around 160 AD (Le Glay, 1968).

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26Les opérations de drainage proprement dit, c’est-à-dire l’évacuation de l’eau stagnant
dans le terrain au moyen de canalisations, étaient également répandues. Elles pouvaient
être très élaborées et concernaient aussi bien des secteurs restreints (la surface d’un
habitat) que de vastes étendues naturelles (marais, lac). Pour réaliser les drains destinés aux
espaces réduits, le matériel le plus utilisé est encore l’amphore. Entières, les amphores sont
disposées dans le fond d’un fossé, à plat ou légèrement inclinées (fig. 11). Lorsqu’elles sont
fragmentées, les tessons sont installés à plat en plusieurs couches épaisses ou en couche
unique. Dans tous les cas, le principe de fonctionnement est le même : l’eau s’écoule le long
des amphores aussi loin que l’installation le permet. Certains systèmes élaborés sont
constitués d’amphores dont le pied est coupé et qui sont disposés à plat et emboîtés les uns
dans les autres, pour former un véritable conduit. Toutefois, les drains ne sont pas toujours
des fossés comblés d’amphores. D’autres matériaux grossiers sont utilisés : sables, déchets
de construction, fragments de blocs. Curieusement, les exemples d’utilisation de galets,
matériau privilégié de nos jours, sont rares. Leur emploi se limite aux secteurs
géographiques où les constructeurs pouvaient en trouver sur place (cas de Vérone en Italie,
Cavalieri Manasse, 1998) ou à proximité de la ville (cas de Narbonne, site de Malard,
Dellong, 2002). Le drainage des eaux de ruissellement ou des eaux souterraines est aussi
assuré par des aménagements construits, maçonnés ou cuvelés de bois.
Des procédés techniques dans l’espace et dans le temps
27La grande variété des réponses apportées au problème de l’inondation montre que les
différentes formes de l’aléa étaient bien connues. Tous les moyens développés n’ont
cependant pas été employés avec la même fréquence ni sur les mêmes espaces
géographiques. Il y a eu des techniques privilégiées et des préférences régionales. La
méthode de protection la plus répandue, pour des raisons déjà évoquées, est sans conteste
la construction sur remblais, qui isole les sols d’occupation des crues et des remontées de
nappes phréatiques. Les fondations sur pieux sont également appréciées. Cette technique
était surtout employée pour assurer la stabilité de bâtiments monumentaux (enceinte,
temples, digues). Elle est en effet la seule permettant de stabiliser des terrains qui n’auraient
pas supporté le poids de telles constructions sans aménagement. La protection des rives est
aussi presque systématique. La stabilité et la solidité des berges constituent en effet des
conditions indispensables au développement des activités portuaires. La mise en œuvre est
lourde (caissons, quais maçonnés) dans les secteurs portuaires permanents où la solidité des
constructions est recherchée. Elle est plus légère (palissades) le long des autres tronçons
urbains du cours d’eau, où les équipements témoignent d’ajustements plus ou moins
temporaires aux modifications des chenaux fluviaux.
28Des particularités régionales se dégagent également. Ainsi le recours massif aux
fondations sur amphores concerne essentiellement l’Italie du Nord (vallées du Pô et de
l’Adige en particulier) et la Gaule du Sud (Ehmig, 2002). L’emploi du bois dans la construction
prévaut nettement en Gaule du Nord. Ces choix spécifiques, qui ne dépendent pas de la
disponibilité des matériaux, illustrent la conservation ou la prédominance d’influences
culturelles différentes d’une région à l’autre de l’Empire. Les différences régionales
dépendent aussi pour beaucoup des ressources disponibles localement. À Amiens, les
remblais d’isolation utilisés durant tout le haut Empire sont uniformément constitués
d’épaisses couches de craie compactée (Gemelh, 2004). Cet emploi inédit n’est possible que
parce que la nature du substrat le permet sur ce site.
29L’ensemble des méthodes présentées est utilisé durant toute l’Antiquité romaine, sans
que l’on distingue de préférences selon les périodes. On reconnaît par ailleurs que la
conquête a favorisé la diffusion des techniques au sein des provinces, mais ce ne sont pas
forcément des inventions romaines. Pour le sud de la Gaule, le début de l’emploi des
amphores en fondation à Arles et Narbonne (vers 40 av. J.-C.) coïncide ainsi avec
l’implantation des deux colonies romaines (46-45 av. J.-C. à Narbonne, 46 av. J.-C. à Arles).
Cette corrélation témoigne de la diffusion par des colons récemment installés en Gaule d’un
procédé dont l’emploi caractérise surtout l’Italie du Nord (Pesavento Mattioli, 1998). Pour
autant ce n’est pas une innovation romaine : des systèmes d’assainissement sur amphores
ont été datés du IVe siècle av. J.-C. dans la Marseille hellénistique (Bertucchi, 1992).
La gestion du risque fluvial par les sociétés romaines
Impact de l’aléa sur le développement urbain
30Les travaux menés dans les agglomérations de la vallée du Rhône et les grandes villes des
provinces voisines montrent que la société romaine savait s’affranchir des contraintes du
fleuve, même si sa connaissance du fonctionnement fluvial se limitait à une approche
empirique qui interdisait toute prévention sur le long terme. L’exemple d’Arles illustre le
constat général : les phases du développement urbain, à partir du site du VIe siècle av. J.-C.,
n’ont aucune corrélation avec l’évolution des conditions environnementales. Il est par
conséquent inexact de penser que le lotissement des zones basses impliquait des conditions
hydrologiques favorables, c’est-à-dire un chenal stable et bien incisé, des nappes
phréatiques abaissées et des inondations de faible magnitude. De même, on ne peut tirer
argument du lotissement des espaces inondables pour en déduire l’absence de risque
hydrologique au moment de l’édification des constructions. L’argument archéologique serait
mal utilisé. Le risque d’inondation était donc perçu et globalement bien supporté. Au regard
des deux mille dernières années, on peut considérer que les moyens mis en œuvre pour
lutter contre l’inondation étaient efficaces puisqu’ils ont assuré la pérennité de l’occupation
sur des sites très contraignants, comme Rome. Des différences s’observent cependant entre
les sites en fonction de leur taille et de leur importance économique et politique.
Une variable historique : l’importance des agglomérations
31Dans un contexte de bonne maîtrise technique, l’impact de la contrainte sur le
développement des sites urbains fluctue en fonction de l’importance de la ville au niveau
régional. Pour les agglomérations florissantes et attractives, le bénéfice économique,
politique ou militaire retiré de la proximité du fleuve prime très nettement le risque
encouru. Le lotissement des zones dangereuses, occupées en dépit d’un risque mesuré, est
la conséquence directe de la pression urbaine. Les difficultés liées au contexte
environnemental ont été surmontées parce que ces villes ont su tirer parti de leur position
géographique pour acquérir une importance sur le plan économique et/ou politique qui leur
assurait une capacité de résilience élevée. La communauté urbaine possédait les moyens
financiers et humains nécessaires pour faire face à l’aléa. Dans cette situation, pouvoirs
publics et initiatives privées se conjuguaient pour établir des moyens de protection. Les
pouvoirs publics, dont le rôle est connu par les textes anciens, prenaient en charge le curage
et l’endiguement du chenal ainsi que l’entretien des réseaux d’égouts et de voirie. Leur
action portait aussi sur la réalisation de grands travaux comme le détournement de cours
d’eau ou l’assèchement de lacs ou marais (Allinne et Leveau, 2002). La protection des
propriétés privées (maisons, entrepôts) relevait évidemment de la responsabilité des
particuliers ; celle des édifices publics (temples, portiques, monuments de spectacles…) était
prise en charge par les pouvoirs publics et/ou des mécènes.
32L’impact du risque sur les agglomérations modestes et les implantations isolées était
beaucoup plus marqué. Dans ces cas, les exigences du développement économique ne
justifiaient pas une prise de risque croissante. Toutefois la capacité de résilience de ces sites
était plus faible face à l’inondation car ces sociétés bénéficiaient de ressources moins
importantes. Les réponses à l’aléa diffèrent d’un site à l’autre et témoignent de la variabilité
des seuils de tolérance à la contrainte. Le risque est supporté jusqu’à un certain point, après
quoi l’abandon des espaces dangereux s’impose. C’est de cette façon qu’a été interprété le
déplacement de l’agglomération de Vaugrenier (Arnaud, 2004). La bourgade a été implantée
dans les dernières décennies du Ier siècle av. J.-C. à proximité d’un étang, dans une zone
basse marécageuse qui a fait l’objet pour l’occasion de travaux d’assainissement (Arnaud,
2001). À la fin du Ier siècle ap. J.-C., l’occupation se déplace vers un proche plateau en
abandonnant la zone basse. Cet événement a été lié à un épisode de remontée importante
du niveau de l’étang et des nappes phréatiques, qui avait provoqué l’inondation des sols
bonifiés à la fin de l’époque augustéenne. Dans les Pouilles, en Italie, Compatangelo-
Soussignan (à paraître) s’est penchée sur les causes du déplacement de l’agglomération
de Salapia depuis le bord d’une lagune, alimentée par trois fleuves, vers le littoral de
l’Adriatique, au Ier siècle av. J.-C. L’abandon de l’implantation initiale a été provoqué non par
la récurrence des inondations mais par l’impossibilité de mettre en œuvre des moyens de
contrôle du risque sanitaire lié au milieu humide.
33L’appréhension des réponses sociales face à l’aléa est encore plus nuancée à l’échelle du
site urbain, où l’on distingue des différences dans la gestion du risque d’un quartier à l’autre
et d’une époque à l’autre. L’évolution du secteur du cirque romain d’Arles illustre ce constat.
Le bâtiment a été implanté entre la fin du Ier et le milieu du IIe siècle ap. J.-C. dans une zone
basse marécageuse très exposée aux crues du Rhône et jusqu’alors inoccupée (fig. 1).
Monumental et construit sur pieux, il s’agit néanmoins d’un édifice peu vulnérable. Par
ailleurs aucune population permanente n’était exposée à l’inondation car les alentours
n’étaient pas habités. En dépit des inondations qui ont affecté le site entre le II e et le
IVe siècle ap. J.-C. (Bruneton et al., 2001), le risque n’était pas élevé. En revanche, le quartier
d’habitation implanté contre les flancs extérieurs sud-est du bâtiment, à la fin du IVe et au
Ve siècle, présenta une vulnérabilité accrue. Les maisons ne bénéficiaient d’aucune autre
défense que le mur protecteur de l’édifice, dans un contexte hydrologique correspondant au
début d’une crise majeure reconnue par Provansal et al. (1999). Le quartier a d’ailleurs été
fortement endommagé par un débordement du Rhône dans la première moitié du V e siècle,
ce qui n’a pas empêché sa reconstruction par la suite (Sintès, 1994). Pour autant, on ne peut
conclure de cet exemple que le risque était moins bien évalué et géré à la fin de l’Antiquité.
Le lotissement du secteur du cirque résulte de circonstances historiques indépendantes des
conditions naturelles. Le tournant des IVe-Vesiècle se caractérise à Arles par un apport massif
de population, auquel le pouvoir central a fait face en livrant progressivement à la
construction la quasi-totalité des terrains et édifices publics (Sintès, 1994). Pour ces
nouveaux habitants, le risque est supporté par nécessité. L’afflux démographique vers Arles
est la conséquence des troubles que connaît la vallée du Rhône dans le contexte des
mutations sociales, militaires et politique de la fin de l’Empire. Pour ces populations
réfugiées, le profit sécuritaire et économique retiré de la proximité de la ville, l’une des plus
importante de Gaule au Ve siècle, déterminait un seuil de tolérance élevé face à la contrainte
fluviale : en dépit des inondations, le quartier du cirque n’a été abandonné qu’au VIe siècle,
lors des grandes transformations du paysage urbain.
Une variable environnementale : l’évolution de l’aléa
34L’indépendance de l’évolution urbaine face au risque fluvial qui est observée pour les
villes du haut Empire, résulte d’un équilibre acquis entre l’aléa et l’état des connaissances
techniques des sociétés en matière de défense contre les inondations. Lorsque les
conditions hydrologiques évoluent vers un état de crise prolongée et que les systèmes de
protection ne progressent pas, la stabilité du système est rompue. La question de l’impact
d’une phase de péjoration des conditions hydrologiques sur le développement des villes
fluviales se pose pour la fin de l’Antiquité (IVe-VIe siècles). Cette époque est caractérisée sur
le plan historique par des bouleversements profonds des structures politiques, économiques
et religieuses. À l’échelle de l’histoire des villes, ces changements se traduisent par une
refonte complète de l’organisation urbaine. On constate de manière générale une rétraction
prononcée des espaces occupés. Ce processus de repli s’accompagne d’un souci de
protection du noyau urbain d’un point de vue militaire. Les nouvelles villes sont entourées
de remparts. Leur centre est déplacé vers un site offrant des atouts défensifs, souvent des
points hauts. Cette époque correspond également sur le plan environnemental à une
évolution vers une période de crise hydrologique majeure, au moins pour la façade
méditerranéenne (Leveau et al., 2002 ; Provansal et al., 1999). La mise en parallèle des
observations effectuées sur l’évolution des structures urbaines d’une part et des conditions
hydrologiques d’autre part peut conduire les archéologues et les paléoenvironnementalistes
à lier l’abandon des sites inondables à l’accroissement des contraintes liées à la proximité
des cours d’eau. La corrélation des deux phénomènes est parfois surprenante,
particulièrement dans le cas des agglomérations secondaires, moins résilientes. À Riez,
l’occupation urbaine abandonne le fond de vallée au profit des hauteurs de la colline Saint-
Maxime entre le IVe et le Ve siècle. L’étude des épaisses couches de galets alluviaux qui
recouvrent les niveaux abandonnés de la ville romaine (site du collège Maxime Javelly,
observations inédites effectuées avec le concours de M. Jorda) montre que ce repli s’est
effectivement produit au moment où les conditions de l’écoulement se sont fortement
détériorées. L’augmentation des risques a conduit les sociétés à rechercher de nouveaux
moyens de gestion. Aux IVe-VIe siècles, le délaissement progressif des modes de vie et des
techniques romaines du haut Empire a conduit à adopter la solution la plus simple :
l’abandon des zones inondables. On ne peut expliquer systématiquement l’évolution des
structures urbaines occupant des sites fluviaux par l’augmentation du risque fluvial à la fin
de l’Antiquité, mais il est certain que la crise hydrologique a favorisé le repli de l’occupation
vers les points hauts (Leveau et al., 2002).
L’impact des aménagements urbains sur l’aggravation du risque
35L’impact des travaux de protection contre l’aléa varie en fonction des techniques
employées. La plupart des procédés utilisés par les Romains interviennent peu sur le
fonctionnement fluvial lui-même. Remblais d’exhaussement, fondations sur pieux et
constructions sur vides sanitaires sont des solutions d’adaptation à la lutte contre l’humidité.
La construction de ponts fixes et les aménagements destinés à stabiliser les berges, en
revanche, constituent des obstacles qui contrarient les formes naturelles d’écoulement. En
favorisant la formation d’embâcles, de seuils et de bas-fonds, ces constructions perturbent
les dynamiques fluviales et peuvent accentuer les risques d’inondation à proximité. Il est
toutefois difficile à l’échelle du site archéologique de déterminer dans quelle mesure la
présence des ponts et des aménagements de berge a pu aggraver les inondations dont
témoignent les laisses de crue.
36Le drainage des marais et les travaux de dérivation des cours d’eau modifient également
les écoulements. Ce type d’entreprise protège efficacement le site pour lequel il a été mis en
place. Le risque est en revanche accru dans les secteurs vers lesquels l’eau a été détournée.
L’élargissement des études aux secteurs amont et aval des sites étudiés permettra d’aborder
cette question des transferts de risque. Dans l’état actuel des recherches toutefois, le cas de
l’enceinte d’Orange est la seule observation directe d’un aménagement qui a accentué
l’effet des inondations. L’augmentation du risque résulte également de choix urbanistiques
ou de comportements sociaux. À Bordeaux au IVesiècle, la densification de l’occupation
entraîne la réduction du cours de la Devèze dans le quartier romain de Saint-Christoly, sans
qu’un exutoire complémentaire soit réservé au cours d’eau (Barraud et Maurin, 1996). La
pression urbaine a exposé ces quartiers à un risque aggravé par la réduction de la capacité
d’écoulement du lit en période de crue. À Arles, l’abandon de l’entretien des égouts des
cryptoportiques du forum entraîne leur comblement à partir de la fin du IIIe siècle. L’étude
du remplissage sédimentaire a montré que le Rhône avait reflué plusieurs fois à l’intérieur
de l’exutoire (Lopez Saez et al., 2000). Le mauvais entretien des conduits, associé à
l’augmentation de la fréquence et de la hauteur des crues, à partir de cette époque, ont
favorisé l’engorgement du réseau, réduisant ces capacités d’évacuation et augmentant le
risque de voir l’eau refluer par les bouches d’égout.
Éléments pour une approche de la perception du risque à l’époque romaine
37Les vestiges archéologiques révèlent des situations de prise de risque qui amènent à
réfléchir sur la perception du danger à l’époque romaine et la définition d’une culture du
risque spécifique à cette époque. C’est notamment le cas lorsque aucun moyen de
protection n’est mis en évidence en des lieux où le risque est avéré. À Arles, la question se
pose à propos de l’implantation des nécropoles entourant la colline de l’Hauture et les
faubourgs sud, non loin du cirque romain. Les nécropoles romaines sont traditionnellement
installées le long des voies d’accès. Pour se conformer à l’usage, celles d’Arles ont dû
s’étendre, à partir du Ier siècle ap. J.-C., au sud de la colline dans des zones basses, sujettes à
des inondations récurrentes. Aucun système de défense contre les crues n’a toutefois été
observé, alors même que le choix des structures funéraires (tombes à incinération,
inhumations en cercueil ou en amphore) n’assurait pas la conservation des sépultures en cas
d’inondation. Le thème des mentalités et de la perception des inondations est toutefois mal
documenté par l’archéologie.
38Les textes antiques offrent une source d’information complémentaire pour approcher
l’interprétation des catastrophes, celle de la perception religieuse du fleuve (Le Gall, 1953),
ou encore celle de l’investissement des pouvoirs publics dans les mesures de protection
contre les inondations et les politiques de gestion des crises environnementales et des crises
sociales qui en découlent. Cette dernière question a fait l’objet d’une étude récente
appliquée au cas de Rome. En 15 de notre ère, les conclusions d’une commission sénatoriale
rapportées par Tacite (Annales, I, LXXIX) attestent ainsi que l’administration romaine a été
capable de concevoir un plan de protection contre les inondations affectant la capitale qui
supposait des interventions lourdes sur le bassin supérieur du Tibre. Le Gall (1952) avait
observé que l’efficacité des mesures proposées était douteuse et mettait en cause les
connaissances des Anciens en hydrographie ; une partie importante du bassin du Tibre se
trouve en effet dans une zone karstique qui régularise naturellement le débit du fleuve. La
réalisation des travaux projetés n’aurait eu que peu d’effet sur l’écrêtement des crues.
Leveau (à paraître) propose de relire le texte dans une autre perspective ; sans doute la
commission sénatoriale de l’an 15 était-elle moins incompétente en matière d’hydrologie
que soucieuse de répondre à une demande de l’opinion publique qui attribuait des
inondations catastrophiques à des aménagements effectués sur des lacs de l’Apennin.
L’enjeu du débat était donc politique. Le souci des empereurs de contenter l’opinion
publique a prévalu sur l’efficacité réelle du plan de protection. Cet exemple montre
l’ancienneté des liens entre mesures politiques et opinion publique dans les choix de gestion
des crises.
Conclusion
39Cette présentation donne un aperçu du potentiel d’information des données
archéologiques pour documenter la question du risque fluvial à l’époque romaine. Ce travail
issu des sciences historiques offre des pistes de collaboration intéressantes avec les
géomorphologues et géographes intéressés par l’étude du risque, qui peuvent utiliser ces
informations pour aider à déterminer la part de l’agent humain et de l’urbanisation dans
l’évolution des milieux et l’aggravation des risques fluviaux, à l’échelle du site comme à celle
du bassin versant (Bravard, 2004). L’élargissement des zones d’étude à l’ensemble des
territoires exploités par les villes romaines au sein d’un bassin versant pourra mettre en
évidence la nature des interactions entre facteurs humains et naturels dans la formation des
risques. Des ouvrages complémentaires, comme les barrages, seront pris en compte. Ces
derniers n’ont pas été évoqués ici parce que ces édifices, à l’époque romaine, avaient avant
tout pour fonction de faciliter l’approvisionnement en eau des villes et villas et non d’écrêter
les crues (Arenillas et Castillo, 2003 ; Corvo, 1995). L’impact de ce type d’ouvrage sur les
écoulements est toutefois majeur et devra être pris en compte dans la perspective d’une
étude sur les transferts de risques de l’amont vers l’aval des espaces étudiés. La prise en
compte des témoignages archéologiques permettra aussi d’affiner les réflexions menées par
les historiens et géographes en matière de gestion des risques naturels en milieu urbain
pour les périodes historiques (Favier et Granet-Abisset, 2000 ; November, 1994).
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Bibliographie
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Annexe
Abridged English Version
This paper presents a summary of archaeological data availiable to geographers and
geomorphologists studying fluvial environments and the Roman period. The purpose of this
study is to show how archaeological evidence of management of flood constraints by the
Romans can provide insights into fluvial hazards during that period. This study is divided into
two parts: (1) a synthesis presenting the main technical solutions developed by the Romans
to manage floods and allow construction on marshlands; and (2) a synthesis discussing the
capacities of Roman society to cope with, overcome or increase risk on conquered
territories. The data presented here stems from a Ph.D. dissertation in archaeology dealing
with the impact of fluvial hazards on the development of Roman cities in the lower Rhône
Valley (Allinne, 2005) (fig. 1). Information about urban archaeology has been confronted
with data on the evolution of fluvial environments to define the influence of hydrological
constraints on the development of Roman cities, and to assess the possible impact of human
constructions on the increase in risks.
The Romans developed four categories of systems to prevent flooding disasters. The first
category involves the modification of channel beds by digging artificial side-channels, such as
in the city of Orange (fig. 3), or through artificial flood channels, as in the town of Riez (figs. 4
and 5). The second category is concerned with the management of channels and banks: e.g.
cleaning of rivers beds; palisades or caissons protecting banks from fluvial erosion (fig. 6);
dykes (figs. 7 and 8), and specially engineered bridges, such as boat bridges, constructed in
such a way as to prevent them from being obstacles to the stream. The third system to
prevent flooding consists in building floodwalls surrounding cities and buildings. The dual
role of the surrounding walls is examined: ramparts can protect the city only if all the
openings are watertight, and they must not become an obstacle to water evacuation during
flood recession. This may represent a problem, as standing water caused the collapse of
several Roman houses in Orange. Protection structures are usually more difficult to identify
when they concern slope features rather than walls, because erosion has generally removed
them. Additionally, slope protection may be confused with natural formations such as
levees. The fourth and last kind of defence strategy against flooding deals with the rise of
the watertable. Many techniques were developed by the Romans to allow construction of
settlements in marshlands: pile foundations, to strengthen soils (figs. 9 and 10); the use of
thick/thin faggots and fascine layers laid out on the ground as an insulation mechanism;
building houses on underfloor spaces (fig. 12), possibly connected to drains, such as in Arles
(fig. 11). Among all the materials used to construct drains and underfloor spaces, amphorae
were the most frequently used. Containers were put in broad pits or narrow trenches under
the constructions, generally in a vertical, upturned, position, but also piled up or aligned
horizontally (figs. 11 and 12). However, the protection system most common was the
erection of buildings on thick fills to raise constructions above flood levels.
The wide range of technical solutions implemented to face flood problems shows that the
effects of different forms of hazards were well known, but significant differences in methods
and geographical distribution were noticed. Raised ground floors on thick embankments
were commonly used because they offered protection against both floods and raised
watertables, were low-cost, and were easy to achieve. Pile foundations and bank protection
systems were also broadly adopted. Regionally distinctive features depended on locally
available materials, but also on regional cultural influences. The methods described here
prevailed throughout Roman Antiquity, without any clear peak specific to a given period.
Furthermore, it is important to point out that the Roman conquest widely contributed to the
diffusion of these systems in the provinces. However, these systems were not necessarily
Roman inventions: some of them, for instance the amphorae drains, were already in use by
the Greeks during the 4th century BC.
Research conducted in the Roman towns of the Rhône Valley and in the large cities of the
neighbouring provinces show that Roman society was able to protect them from flooding
even though knowledge of the fluvial system was limited to an empirically-based approach
not always concerned with long-term prevention. Globally, the Romans coped well with risk.
Looking back on the past 2000 years, their methods implemented to prevent flooding can be
considered as efficient, given that they allowed the continued existence of cities established
in very constraining sites, such as Rome. However, the situation is slightly different when we
consider the picture at finer spatial and temporal scales. In a general context of good
technical control, the impact of fluvial constraint on city development fluctuated as a
function of regional influence. The economic, military or political advantages of riverside
settlements clearly prevailed over concern for hazards in attractive and flourishing
agglomerations: such cities took advantage of their geographical position to increase
resilience. Urban communities had financial and humans resources to cope with crises;
implementation of protection systems was undertaken by both public authorities (channel
embankment and cleaning, sewer and road maintenance, large-scale engineering works such
as lake drainage or channel construction) and private initiatives (dwelling or warehouse
protection works). In contrast, the capacity for resilience was generally weaker in towns and
isolated settlements because these communities had more limited access to resources. The
impact of risk was significantly greater for them, yet solutions to prevent floods varied from
one site to another and expressed significant variability of risk tolerance levels. However, the
ultimate solution was everywhere the same: when the maximum tolerance threshold was
reached, dangerous sites were abandoned. Social behaviour is easier to understand at the
scale of the city. This finer degree of resolution highlights important differences in risk
management between different districts and periods.
The lack of correspondence between urban growth and fluvial-related risk, a trend observed
in cities of the early Roman Empire, is the result of a balance between hydrological
conditions during this period and the technical knowledge of society at that time. This
balance was breached when hydrological conditions evolved after a long crisis period during
which protection systems showed little improvement. Consequently, the issue of risk impact
on city development resurfaced at the end of Antiquity (4th to 6th century), recognized as a
period of climate change. A direct link has often been made by archaeologists and
geomorphologists between hydroclimatic conditions and the abandonment of flood-exposed
archaeological sites. Hydroclimatic hazards cannot be singled out as responsible for urban
changes at the end of Antiquity: the causes for these changes are strongly linked to political,
economical and social contexts. However, the growth of flooding risk probably influenced
the migration of settlements toward higher and more protected sites.
The impact of protection engineering works varied depending on the technique. Most of the
techniques did not interfere much with the fluvial system and had little impact on the
natural environment. Nevertheless, fixed bridges and embankment works constitute
obstacles to natural flows. These constructions affect fluvial activities, and thereby, increase
flood risk. Drainage and side channels also modify hydrological contexts. These systems are
efficient at protecting those specific sites that motivated their construction, but increase risk
in areas toward which waters were diverted. These observations highlight the importance of
studying risk transfers.
This paper offers a general survey of the potential of archaeological data to shed light on the
study of fluvial hazards in Roman times. This synthesis shows that the impact of risk on
Roman societies can be quantified. It also shows that the impact of protection systems on
the fluvial environment was real, in spite of the fact that this impact has been debated by
geomorphologists. The present work may lead to fruitful collaborations with
geomorphologists and geographers who study flood risks, as these experts may be able to
use the data presented here to pinpoint the role of human activities in the environmental
record.
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