Vous êtes sur la page 1sur 11

Cet article fait partie du DOSSIER consacré à la

Rome antique

. Carthage

Localité de Tunisie, sur la côte est du golfe de Tunis, faubourg résidentiel de Tunis.

 Population : 15 922 hab. (recensement de 2004)


Carthage
Archevêché. Centre touristique. — C'est le site de la ville antique du même nom. Vestiges phéniciens. Ruines romaines (pour la plupart
du IIe s. : aqueduc, thermes d'Antonin, théâtre, port militaire, maisons ou sièges de sociétés). Basiliques chrétiennes. Important musée
archéologique.

La Carthage punique

Histoire

Une cité conquérante


La Carthage punique
Carthage (en latin Carthago) est un des nombreux comptoirs fondés par les Phéniciens venus de Tyr en longeant les côtes de l'Afrique. La
ville fut fondée vers 820 avant J.-C. selon la tradition, qui l'attribuait à la Phénicienne Élissa, ou Didon, sous le nom de Qart
Hadasht (« Ville neuve »). Modeste bourgade à ses débuts, Carthage doit, en signe d'allégeance, verser une dîme à Tyr et, pendant un
siècle et demi, payer un tribut aux Libyens. Mais, au cours de la seconde moitié du VIIe s., la ville, profitant du déclin de Tyr, incapable de
contenir la progression des Grecs en Méditerranée occidentale, va progressivement mettre fin à cette dépendance. En 654, la fondation
d'Ibiza (Baléares) marque une étape importante dans l'ascension de Carthage. Elle traduit sa volonté de s'implanter sur les routes
commerciales établies par les Phéniciens, et tout particulièrement celles des matières premières – plomb, cuivre, fer, étain – et métaux
précieux – or, argent surtout –, dont regorge l'Espagne.
Progressivement, Carthage impose donc sa domination aux comptoirs phéniciens de la Méditerranée occidentale et fonde un empire
maritime sous la conduite de la famille des Magonides, en installant ses comptoirs sur les côtes d'Espagne, aux Baléares, en Sardaigne
et dans l'ouest de la Sicile. Pendant près de huit siècles, Carthage va en effet disputer la Méditerranée aux Grecs puis aux Romains,
attirés eux aussi par les mines d'Espagne, les greniers de Sardaigne, la Sicile et les relais maritimes indispensables à l'hégémonie
commerciale.
Entre 750 et 600, les Grecs, tributaires d'un territoire exigu et pauvre, se lancent à la conquête de la Méditerranée – tels « des
grenouilles autour d'une mare », selon Aristophane. Ils fondent des colonies en Italie méridionale (Tarente, Crotone, Naples), en Sicile
(Agrigente, Syracuse), à Nice, Marseille, Agde et en Corse. Ils ambitionnent aussi de s'installer en Sardaigne et d'accéder au commerce
ibérique. Ces projets sont incompatibles avec la politique marchande et, au moins depuis le VIe s., l'expansionnisme territorial de
Carthage. En 580, Carthage défend les Phéniciens de Motyé et de Palerme contre les Grecs, dont elle défait les armées à Sélinonte, sur
la côte sud-ouest de la Sicile. Un demi-siècle plus tard, elle s'allie aux Étrusques d'Italie occidentale et expulse de Corse les Phocéens
de Marseille. En 510, elle empêche, aux côtés des Libyens, les Spartiates de fonder une colonie en Tripolitaine.

Phéniciens et Carthaginois
Désormais, Carthage domine toute la Méditerranée occidentale et les grandes îles, laissant à ses alliés étrusques le contrôle de l'Italie
continentale, comme en témoigne une feuille d'or trouvée à Pyrgi (au nord de Rome), sur laquelle est portée une dédicace du roi
étrusque à Astarté, après la victoire d'Alalia (535) sur les Grecs. Cependant, Gélon, tyran de Gela et de Syracuse – devenue la ville la
plus prospère du monde hellénique – et allié du puissant Théron d'Agrigente, ne tarde pas à reprendre l'offensive. Battue à Himère en
480, Carthage réussit cependant à sauvegarder les territoires convoités, dont le golfe de Gabès, mais doit payer une lourde indemnité
de 2 000 talents. Après leur victoire d'Himère, les Grecs poursuivent leur progression en Méditerranée et remportent des victoires durant
les guerres médiques contre les Perses et leurs alliés phéniciens et contre les Étrusques d'Italie. Dès lors, l'arrière-plan africain prend de
l'importance dans la politique de relance économique engagée par Carthage.
La cité prend conscience de la précarité d'une économie entièrement subordonnée au commerce méditerranéen et engage une politique
agricole. À défaut d'informations directes, l'étude de l'iconographie des stèles, des épigraphes, et la lecture du Traité d'agriculture, en
vingt-huit volumes, rédigé au IVe s. par Magon, peut éclairer cet aspect de la civilisation carthaginoise. La chora, c'est-à-dire la cité
proprement dite, assure son autosuffisance alimentaire, notamment en produits d'arboriculture (olives, raisins, figues, amandes) et en
viande. La Megara, quartier périphérique au nord de Carthage, abrite une agriculture intensive avec des potagers et des jardins séparés
par des clôtures en pierres sèches, des haies vives d'arbustes épineux, de canaux, nombreux et profonds. Au-delà de la chora, les
plaines du bassin de la Medjerda et de l'oued Miliane sont consacrées au blé. Le palmier-dattier, souvent représenté sur les stèles
votives et les monnaies, a peut-être eu une fonction religieuse, alors que la grenade carthaginoise est si réputée que les Romains la
dénomment mela punica. Entre autres instruments agricoles, on utilise pour le dépiquage le plostellum punicum, sorte de traîneau en bois
pourvu de roulettes dentées, des araires munis d'un long mancheron recourbé accroché à un manche, avec, à l'extrémité, une poignée
à angle droit et un soc dans la partie inférieure, comme on en trouve encore en Afrique. Le fourrage est transporté dans des chars à
roues pleines, équipés de montants ouverts. Les rendements céréaliers sont modestes, les meilleures terres étant consacrées à la vigne
et à l'olivette. Le territoire agricole ne se limite plus à une étroite bande côtière, de surcroît menacée par les Libyens, qui exigent un
tribut, mais couvre la majeure partie de la Tunisie.
L'intérêt que porte Carthage à l'Afrique occidentale, dans la seconde moitié du Ve s., est attesté par le développement de Sabratha et de
Leptis Magna, débouchés de pistes transsahariennes. Les Garamantes et les Nasamons installés au sud du golfe de Syrte, à trente
jours de marche de la côte, sont les intermédiaires entre le « Pays des Noirs » et Carthage. Ils connaissent aux Ve et IVe s. un
accroissement démographique et un essor agricole qui ne sont pas sans relation avec l'influence des établissements carthaginois du
littoral. Carthage reçoit des escarboucles et probablement de l'ivoire, des peaux, et des esclaves capturés par les Garamantes. Le
transport de l'or est moins probable. Le redressement de Carthage est tel que, à la fin du siècle, elle reprend les hostilités, profitant des
dissensions grecques. Elle met à sac Sélinonte, Himère, Gela, et occupe les territoires à l'ouest du fleuve Halycus. Jamais l'Empire
punique n'a été aussi étendu. Cependant, en 310, Agathocle, tyran de Syracuse, réussit à débarquer au sud du cap Bon, dans le nord-est
de la Tunisie actuelle, avec 14 000 hommes, et, durant trois années, dévaste un grand nombre de cités puniques, avant de regagner
Syracuse. Carthage reste sauve, mais la preuve est désormais faite que son territoire est loin d'être inaccessible.
Pendant qu'elle combat les Grecs, Carthage s'allie avec Rome, comme en témoignent les accords d'échanges de 508, de 348 et de
306, ainsi que le traité de défense mutuelle signé en 279. Les intérêts des deux États semblent convergents. Mais une fois les Grecs
évincés de la Méditerranée occidentale, au milieu du IIIe s., les impérialismes romain et punique se retrouvent face à face. « Les Romains,
selon l'historien grec Polybe, constatant que les Carthaginois avaient étendu leur domination non seulement sur les rivages de l'Afrique,
mais encore sur une bonne partie de l'Espagne et qu'ils étaient en outre maîtres de toutes les îles de la mer Tyrrhénienne, songeaient
avec inquiétude que, si la Sicile tombait également entre leurs mains, ils auraient là des voisins excessivement encombrants et
dangereux, par lesquels ils se trouveraient encerclés, et qui pourraient menacer directement toutes les parties de l'Italie. »

Les guerres puniques


La première guerre punique (264-241) se solde par la victoire de Rome. Après vingt-deux années de guerre, Carthage est définitivement
vaincue à la bataille navale des îles Égates. Elle doit évacuer la Sicile et la Sardaigne, payer un lourd tribut de 4 400 talents, restituer les
prisonniers de guerre, renoncer à toute hostilité contre Rome et ses alliés, s'abstenir de conduire des navires dans les eaux italiennes et
d'engager des mercenaires dans la péninsule.
Carthage et Rome
L'équilibre de la Méditerranée s'en trouve profondément modifié. Pour la première fois au cours de son histoire, Carthage perd la
suprématie navale. Les Romains s'inspirent de la technologie punique et l'enrichissent par la création d'une passerelle qui s'accroche au
navire ennemi et sur laquelle on combat comme sur la terre ferme. Carthage doit faire face à d'énormes problèmes de trésorerie alors
que ses ports sont pillés et ses campagnes dévastées. En 240, plusieurs dizaines de milliers de Libyens, accablés par l'effort de guerre,
mais aussi les mercenaires d'Afrique et de Sardaigne, restés plusieurs mois sans salaire, se soulèvent, occupent l'isthme de Carthage,
assiègent Utique et Bizerte. Il faut quatre ans et des méthodes sanguinaires au général Hamilcar Barca pour remporter cette « guerre
inexpiable » décrite par Flaubert dans Salammbô.
Hannibal
Carthage, meurtrie, prépare sa revanche ; cette fois à partir de l'Espagne, où, en 237, Hamilcar Barca fonde un État prospère, bien
administré et doté d'une armée de plus de 50 000 hommes. En 221, son fils Hannibal accède au pouvoir. Élevé dans les campements
de l'armée carthaginoise d'Espagne, nourri de culture grecque, doté d'un grand courage physique, il se révèle un génie militaire hors
pair. Par ses conquêtes, il élargit les limites de l'Empire punique et réorganise l'armée de manière à tirer le meilleur parti des
particularismes culturels et militaires de chaque peuple : Numides, Ibères, Gaulois ; les Libyens cessent de combattre comme les
hoplites grecs et remplacent la pique par l'épée, plus adaptée aux combats rapprochés. En 219, Hannibal prend Sagonte, alliée de
Rome, qui, alors, rompt la trêve et déclenche la deuxième guerre punique en 218. Hannibal traverse l'Èbre, franchit les Alpes avec des
éléphants et pénètre en Italie, où il écrase plusieurs armées romaines ; on retient les victoires du lac Trasimène (217) et de Cannes
(216). Rome évite le combat frontal. Hannibal, coupé de ses arrières – Rome conquiert les possessions espagnoles de Carthage en
209 –, mal soutenu par le sénat carthaginois et en butte à l'hostilité des populations demeurées fidèles à Rome, doit abandonner le
siège de Capoue et regagner Carthage. En 201, Cornelius Scipion, dit l'Africain, s'allie à Masinissa, chef des Numides de l'Est, et défait
l'armée punique à Zama, en terre africaine. Encore une fois, les conditions de la paix (201) sont draconiennes pour les Puniques. De
retour à Carthage, Hannibal entreprend le redressement économique, notamment par l'exploitation des ressources agricoles, en dépit
des agressions de son vieil ennemi numide, Masinissa. Mais l'hostilité de l'aristocratie le conduit à l'exil en 195, et au suicide en 183.
Cependant, Carthage est redevenue si prospère que Rome, dirigée par les courants politiques les plus extrémistes, décide de
l'anéantir : delenda est Carthago (« Carthage doit être détruite »). C’est sous l'impulsion de Caton, auteur de la formule, qu’une troisième
guerre punique (149-146 avant J.-C.) vient à bout de Carthage, qui est anéantie après un siège de trois ans.

Civilisation

L’économie de Carthage
Les conceptions de l'économie sont très simples. L'État prélève des taxes sur les importations et les exportations, mais ne pratique pas
de politique commerciale spécifique.
La monnaie, dont l'étalon est phénicien, est apparue tardivement, au IVe s. Dans la première phase de son développement, Carthage
importe des denrées alimentaires de ses colonies. Mais ce sont les métaux précieux de la péninsule Ibérique, particulièrement l'argent,
qui constituent l'essentiel de ses importations. Ils sont destinés à l'artisanat et à la fabrication des monnaies. De la Berbérie, la cité
carthaginoise obtient des produits agricoles et des animaux – autruches, éléphants de Numidie, singes, perroquets, fauves – qu'elle
revend en Méditerranée, notamment pour les jeux d'amphithéâtre. De nombreuses mosaïques, comme celles d'Hippone au IVe s.,
représentent des scènes de capture de fauves. Elle exporte des produits d'artisanat – tapis, parfums, étoffes de couleurs, cuillères,
tuyaux en terre cuite, etc. – et de pacotille, dont de petits masques en pâte de verre.

Organisation politique et sociale


Sur le plan politique, les suffètes exercent la magistrature suprême. Au nombre de deux, ils sont élus pour un an et veillent à la bonne
marche des affaires politiques et administratives, à l'exécution des décisions du conseil des anciens (sénat), de 300 membres, ou de
celles de l'assemblée du peuple. Ils remplissent aussi une fonction législative et judiciaire importante. La cour des Cent, composée de
nobles, contrôle le gouvernement. La vie politique reste dominée par les riches, et tout particulièrement les Magonides (535-450) et les
Barcides, même si les citoyens participent à l'élection des suffètes et sont consultés en cas de désaccord entre ces derniers et le
conseil.
Au sommet de l'échelle sociale trône une aristocratie de riches armateurs, négociants et propriétaires fonciers. Elle tire son prestige et sa
légitimité de son origine phénicienne, rappelée avec ostentation dans les épigraphes, ainsi que de sa fortune, acquise par le commerce,
l'exercice de charges publiques et, à partir du Ve s., par l'exploitation des riches domaines agricoles. Cette aristocratie réussit à
sauvegarder ses privilèges en dépit des réformes entreprises par les Barcas. Par exemple, elle écarte Hannibal lorsque celui-ci, devenu
suffète après la bataille de Zama, fait voter par le peuple des lois visant à limiter le pouvoir des nobles en matière de justice et à réprimer
les abus financiers.
Dans les rues de Carthage, sur les ports, grouille une foule de citoyens modestes – artisans, marins, dockers, ouvriers agricoles,
mineurs – à laquelle se joignent de nombreux étrangers originaires, pour la plupart, des colonies grecques et étrusques, et qui jouent un
rôle important dans l'économie.Au bas de l'échelle sociale, on retrouve une importante main-d'œuvre servile, employée dans les
champs, les carrières, les mines, les ateliers, ou vouée aux tâches domestiques.
Bien que vivant dans des conditions misérables, les esclaves jouissent de la liberté de culte et ont la possibilité d'acheter leur liberté.
Est-ce la raison pour laquelle ils ne sont jamais source d'agitation, du moins dans les villes ? Les Libyens, c'est-à-dire les Africains
autochtones vivant en dehors de Carthage, connaissent les pires conditions. Certes ils sont libres, mais n'ont aucun droit civique et
doivent payer de lourdes charges. En cas de guerre, par exemple, ils versent à l'État une redevance pouvant représenter jusqu'à la
moitié de leur récolte. Ils sont, avec les esclaves ruraux, à l'origine des révoltes survenues en 396 et 379.

La vie religieuse
La civilisation et les mœurs ont gardé une forte empreinte orientale dont témoigne particulièrement la vie religieuse. Le panthéon est
dominé par Baal Hammon, le dieu mâle suprême, très souvent associé à Tanit, la divinité féminine surnommée « face de Baal ».
L'épithète Hammon (« ardent ») pourrait évoquer le soleil ou le brasier sur lequel s'accomplissent les sacrifices. Contrairement à celui de
Baal et de Melqart, le culte de Tanit n'est pas d'origine phénicienne mais africaine. Divinité de la Fécondité, elle semble surtout liée à un
rite agraire. Elle porte aussi le nom africain d'Ashtart et prend le pas sur Baal au Ve s., au moment où Carthage se tourne vers
l'agriculture et semble renouer avec son contexte africain. Les Carthaginois croient en l'existence de forces maléfiques contre lesquelles
l'homme mène un combat inégal, et en la possibilité d'agir à distance sur les choses. La maladie est considérée comme le résultat d'une
absence de protection divine et appelle l'intervention d'un guérisseur. Eshmoun, le dieu guérisseur, réside dans le temple le plus riche,
au sommet de la colline de Byrsa. Ils croient aussi à la divination : il semble qu'Hamilcar ait attaqué Syracuse parce qu'un devin lui avait
prédit qu'il dînerait le soir même dans la ville. La vie se poursuit dans l'au-delà ; le mort, pour éviter qu'il devienne un esprit malfaisant,
est l'objet de certains soins : lavé, épilé, maquillé, habillé et paré, il est incinéré et enterré, avec mobilier et provisions, dans une fosse
pour les pauvres et dans un caveau pour les riches. Le sacrifice, humain ou animal, est l'acte essentiel du culte punique. Le sacrifice
d'enfants effectué dans des sanctuaires spéciaux, les tophets, choque beaucoup, mais était une pratique courante dans les sociétés
antiques, où il accompagnait souvent l'accomplissement d'un vœu.
Comme en Phénicie, la prostitution sacrée est aussi pratiquée. Sous l'influence des résidents grecs (IVe s. avant J.-C.), Carthage a
adopté le rite de l'incinération des morts ; de même, le culte de Déméter et de Coré a été institué avec succès jusqu'à la fin de
l'Antiquité.

Littérature punique
Divers témoignages, surtout extérieurs, confirment que les Puniques avaient élaboré une riche littérature : annales, chroniques,
ouvrages de droit, d'histoire, de géographie, d'agronomie, textes religieux, poèmes mythologiques, etc. On sait, en effet, par les
écrivains grecs et latins, que Carthage avait constitué d'immenses bibliothèques, dont la plupart ont disparu lors de la destruction de la
cité. De toute cette littérature, les quelque 7 000 inscriptions puniques connues ne nous ont conservé que d'infimes vestiges : il s'agit
avant tout d'inscriptions votives et, à un moindre degré, funéraires, mais on possède aussi de longs tarifs sacrificiels, des textes
commémoratifs, etc. Cependant, des spécimens de textes proprement littéraires sont connus en transcription latine (ainsi dans
le Poenulus de Plaute) et en traduction, ou adaptation, grecque et latine, comme c'est le cas du Serment d'Hannibal, transmis par Polybe,
du célèbre Périple d'Hannon ou du Traité d'agriculturede Magon, non dépourvu de qualités littéraires.

Topographie de la Carthage punique


Carthage était située sur une presqu'île comprise entre le golfe et le lac de Tunis. La triple enceinte barrait l'isthme, à 4 km environ du
front de mer. Le port, creusé dans les terres, comprenait un bassin de commerce rectangulaire et un bassin de guerre circulaire. L'un et
l'autre subsistent encore. Tout près de là s'étend le tophet, où des milliers de stèles et d'urnes contenant les ossements calcinés de
milliers d'enfants ont été découvertes, ainsi qu'une chapelle du VIIIe s. avant J.-C. Sur les collines (notamment Byrsa, lieu du premier
habitat), les vestiges de quelques maisons ont été retrouvés. Recouvertes par les cendres de l'incendie de 146 avant J.-C., elles ne
diffèrent guère des maisons hellénistiques. L'eau était emmagasinée dans de nombreuses citernes. Entre les nécropoles qui bordaient
la ville et l'enceinte, la vaste banlieue de Megara était occupée par des maisons de campagne, des champs et des jardins.

La Carthage romaine, chrétienne et byzantine


La Carthage romaine
En 122 avant J.-C., C. Gracchus tente de fonder une colonie Colonia Junonia sur le site de Carthage. Après son échec, la colonisation
est reprise en 44 avant J.-C. par César et complétée par Auguste. La nouvelle Carthage (Colonia Julia), port du blé d'Afrique exporté
vers Rome, siège du proconsul d'Afrique, a été une des plus grandes villes du monde romain. Les communautés chrétiennes y ont été
précoces et très vigoureuses : les noms de Tertullien (IIe-IIIe s. après J.-C.) et de saint Cyprien (IIIe s.) témoignent de leur éclat, en
attendant saint Augustin (Ve s.). Geiséric prend Carthage en 439, et en fait la capitale des Vandales. Bélisaire la reconquiert au profit de
l'Empire byzantin, en 534. Justinien en fait le siège de son diocèse d'Afrique, reconstruit sa muraille et restaure ses monuments. Mais
les séditions, la peste décimèrent la population, divisée par les querelles religieuses. Après la conquête arabe (698), la ville est
abandonnée au profit de Tunis, bâtie avec les pierres de la cité disparue.

L’art carthaginois
Pendentifs
carthaginois
Dans le monde punique, la limite est difficile à fixer entre art et artisanat ; aussi considère-t-on comme œuvres d'art tous les objets,
sacrés ou profanes, magiques ou apotropaïques, en métal, pierres précieuses, terre cuite, ivoire ou os, que sont bijoux, amulettes,
figurines et scarabées, auxquels il faut ajouter les masques et les stèles.
Les masques semblent ne rien devoir à la tradition syro-palestinienne. Ce sont des têtes avec ou sans amorce de buste, présentant
parfois un aspect négroïde, et dont le visage, plus ou moins grotesque, contraste avec l'impassibilité ou la jovialité des protomés.
Accrochés dans les demeures et dans les tombeaux, ils remplissent une fonction apotropaïque, mais peuvent aussi, reproduits en
miniature, servir de parures ou d'amulettes. Les bijoux constituent la production la plus abondante, la plus représentative et, sûrement,
la plus attrayante de l'art punique.
Les traditions syro-palestinienne, phénicienne et grecque se combinent au génie punique en une profusion de genres : pendants
d'oreilles, bracelets, bagues, pendentifs, colliers, pendeloques et amulettes réalisés au repoussage ou au grènetis. Les plus anciens
remontent à la seconde moitié du VIIe s. De très bonne facture, ils se caractérisent par un décor granulé, le filigrane étant utilisé en
bordure. Les productions postérieures sont pauvres, tant au niveau de la facture que des matériaux.
Quant aux stèles, en pierre ou en grès, de dimensions variables (entre 0,20 et 1 m), elles portent, gravé, un décor géométrique,
anthropomorphe ou animal. Elles sont particulièrement riches entre les IIIe et IIe s. et se trouvent en grand nombre dans les tophets, où
elles signifient l'accomplissement d'un vœu.

Archéologie

L'exploration de Carthage (quartiers d'habitations sur la colline de Byrsa et dans la ville basse, ports et tophet), menée sous l'égide de
l'Unesco, a enrichi l'archéologie punique ; quant à Kerkouane (à la pointe du cap Bon), qui a été détruite en 256 avant J.-C. par Regulus,
elle a livré ses temples, ses habitations et quantité d'objets. La civilisation punique, tout en gardant de fortes traditions phéniciennes,
s'en distingue nettement. Motyé en Sicile et les colonies puniques de Sardaigne reflètent fidèlement la culture punique.

DOCUMENTS ASSOCIÉS
MÉDIAS



ENCYCLOPÉDIE
 Adherbal. Amiral carthaginois, qui battit la flotte romaine à Drepanum...
 Baal Hammon. Grand dieu de Carthage, que les Grecs assimilèrent parfois à Apollon, à...
 Barcides. les Barcides. Famille carthaginoise puissante au temps des guerres puniques et dont...
 Byrsa. Citadelle de Carthage.
 Carthagène. Ville d'Espagne, sur la Méditerranée, au S. de Murcie...
 Caton. Homme d'État romain...
 César. Jules César. Homme d'État romain...
 Didon. Princesse tyrienne, connue par plusieurs traditions, que Virgile a immortalisée...
 éléphant. Grand mammifère (éléphantidé) herbivore à peau épaisse, aux membres en piliers, à...
 esclavage. État, condition d'esclave.
 Espagne. État du sud-ouest de l'Europe, l'Espagne est baignée à l'ouest par l'océan Atlantique et à l'est par la Méditerranée.
Occupant la majeure partie de la péninsule...
 Hadrumète. Ancienne ville d'Afrique, ancienne colonie phénicienne, sujette de Carthage.
 Hamilcar. Général carthaginois, dont la défaite à Himère entraîna pour Carthage la...
 Hannibal. Général et homme d'État carthaginois...
 Hannon le Grand. Général et homme d'État carthaginois (IIIe s. avant J.-C.).
 Hannon. Roi et navigateur carthaginois qui aurait mené une expédition sur...
 Hasdrubal Barca. Général carthaginois...
 Hasdrubal. Général carthaginois...
 Himère. Ancienne ville de la Sicile septentrionale sur la mer Tyrrhénienne, à l'embouchure...
 Himilcon. Navigateur carthaginois du Ve s. avant J.-C., qui atteignit peut-être la Bretagne et...
 Hippone. Ancienne ville de Numidie, sur la Méditerranée (près d'Annaba), colonie de...
 Leptis Parva. Ancienne cité d'Afrique du Nord, fondation phénicienne, tributaire de Carthage, qui...
 Lilybée. Ancienne ville de Sicile, forteresse carthaginoise formée avec les habitants de...
 Magon. Nom de plusieurs généraux carthaginois, et notamment du fils d'Hamilcar...
 Masinissa. Roi des Numides...
 Mercenaires (guerre des). Guerre qui opposa, de 241 à 238 avant J.-C., Carthage à ses mercenaires révoltés...
 Métaure. Fleuve côtier d'Italie, tributaire de la mer Adriatique ; 110 km.
 Moloch. Prétendue divinité cananéenne, mentionnée dans la Bible en corrélation avec...
 peste. Maladie infectieuse contagieuse, endémique et épidémique, due au bacille de...
 Phalaris. Tyran d'Agrigente (vers 570-554 avant J.-C.).
 Phéniciens. Peuple sémitique de l'Antiquité.
 puniques (guerres). Les trois guerres qui opposèrent Rome à Carthage entre 264 et...
 Regulus. Marcus Atilius Regulus. Général romain.
 Rome antique [des origines à 264 avant J.-C.] .Histoire de la Rome primitive, des origines à la conquête de l'Italie (jusqu'en
264avant J.-C.)
 Sardaigne. Île et région d'Italie...
 Scipion Émilien. Fils de Paul Émile, il entra par adoption dans la...
 Scipion l'Africain. Général romain...
 Sicile. Grande île d'Italie, dans la Méditerranée, constituant une région...
 Sophonisbe. Reine de Numidie...
 Syphax. Roi des Masaesyles de Numidie occidentale...
 Tanit. Dénomination punique de la déesse Ashtart.
 Tébessa (monts de). Montagnes d'Algérie et de Tunisie, entre les monts des Nemencha...
 Tyr. Ancienne capitale d'un royaume cananéen, puis phénicien, édifiée sur un îlot à...
 Utique. Ville antique d'Afrique du Nord, au N.-O. de Carthage.
Voir plus
CHRONOLOGIE
 814 avant J.-C. Fondation de Carthage par les Phéniciens (date traditionnelle).
 vers 535 avant J.-C. Alliés aux Carthaginois, les Étrusques sont vainqueurs des Grecs au large d'Alalia (Corse).
 264/241 avant J.-C. Première guerre punique ; la victoire de Rome enlève la Sicile, la Sardaigne et la Corse aux Carthaginois.
 240/238 avant J.-C. Un prince numide, Naravas (Naarbaal ?), intervient aux côtés d'Hamilcar pour écraser les mercenaires
carthaginois révoltés.
 218/201 avant J.-C. Deuxième guerre punique ; Carthage, vaincue, cède ses possessions espagnoles, livre sa flotte et ses
éléphants.
 203 avant J.-C. Masinissa (ou Massinissa), roi des Massyles et allié des Romains, fait prisonnier Syphax, roi des Masaesyles et
allié de Carthage.
 vers 193/152 avant J.-C. Masinissa (Massinissa) entreprend d'annexer des zones des territoires dépendant de Carthage
(Tripolitaine, Tunisie centrale).
 149 avant J.-C. Face aux empiétements constants de Masinissa (Massinissa), Carthage riposte militairement ; c'est le début de la
troisième guerre punique, qui durera jusqu'en 146 avant J.-C.
 146 avant J.-C. Les troupes romaines de Scipion Émilien s'emparent de Carthage, qui est détruite et rasée ; son territoire devient
une province d'Afrique, dont les limites avec le royaume numide sont soulignées par un fossé.
 123/122 avant J.-C. Tribunat de Caius Sempronius Gracchus ; il fait décider la fondation de colonies sur le territoire de Tarente, de
Carthage et de Corinthe, et est à l'origine d'une loi frumentaire garantissant aux prolétaires du blé à bas prix.
 439 Le roi vandale Geiséric s'empare de Carthage.
 698 Les Arabes prennent définitivement Carthage.
 1270 Lors de la huitième croisade, le roi de France, Louis IX, parti d'Aigues-Mortes, débarque à Carthage ; son frère, Charles
d'Anjou, met fin à la croisade et conclut un traité de commerce avantageux avec le souverain hafside al-Mustansir.
Voir plus