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Examinons donc mon jumeau zombi.

Cette créature est identique à moi à la


molécule près, toutes ses propriétés de niveau inférieur, postulées par une
physique achevée, sont identiques aux miennes, mais elle est entièrement
dépourvue d'expérience consciente, son intérieur est vide. Certains pourraient
en parler comme d'une chose, mais je préfère la traiter comme une personne ;
j'ai de l'afection pour mon jumeau zombi. Pour nous faire une idée,
imaginons que j'aie l'expérience de belles sensations vertes en regardant des
arbres par la fenêtre, des expériences gustatives agréables en mâchant une
barre chocolatée, et que j'éprouve une sensation douloureuse dans mon épaule
droite.
Que se passe-t-il dans mon jumeau zombi ? Physiquement identique à moi,
nous pouvons également supposer qu'il se trouve dans un environnement
identique au mien. Il sera certainement identique à moi fonctionnellement : il
traitera le même type d'information, réagira de la même façon aux entrées, sa
configuration interne sera modifiée de façon appropriée et un comportement
indiscernable du mien en résultera. Il sera psychologiquement identique à moi
(...). Il percevra les arbres au dehors ainsi que le goût du chocolat, au sens
fonctionnel. Tout cela s'ensuit logiquement du fait qu'il est physiquement
identique à moi, en vertu des analyses fonctionnelles des notions
psychologiques. Il sera même "conscient" aux sens fonctionnels décrits plus
haut - il sera éveillé, capable de rendre compte du contenu de ses états
internes, de porter son attention sur divers endroits, etc. En revanche, aucune
de ces fonctions ne s'accompagnera d'une expérience consciente. Il n'y aura
aucun ressenti phénoménal. Être un zombi ne fait aucun efet."

— David CHALMERS, L’esprit conscient, 1996.

Le problème de la conscience (ou plus exactement : de la conscience de soi) ne


se présente à nous que lorsque nous commençons à comprendre en quelle
mesure nous pourrions nous passer de la conscience : la physiologie et la
zoologie nous placent maintenant au début de cette compréhension (il a donc
fallu deux siècles pour rattraper la prémonitoire défiance de Leibniz).
Car nous pourrions penser, sentir, vouloir, nous souvenir, nous pourrions
également "agir" dans toutes les acceptions du mot, sans qu'il soit nécessaire
que nous "ayons conscience" de tout cela(c'est moi qui souligne). La vie tout
entière serait possible sans qu'elle se vît en quelque sorte dans une glace :
comme d'ailleurs, maintenant encore, la plus grande partie de la vie s'écoule
chez nous sans qu'il y ait une pareille réfexion

— Friedrich NIETZSCHE, Le gai savoir, 1882-1887.