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FAIRE L’HISTOIRE DES ENFANTS AU DÉBUT DU XXI E SIÈCLE : DE L’ENFANCE AUX ENFANTS

Didier Lett, Isabelle Robin et Catherine Rollet

Belin | « Annales de démographie historique »

2015/1 n° 129 | pages 231 à 276

ISSN 0066-2062 ISBN 9782701194967

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annales de démographie historique 2015 n° 1 p. 231 à 276

FAIRE L’HISTOIRE DES ENFANTS AU DÉBUT DU XXI e SIÈCLE :

DE L’ENFANCE AUX ENFANTS

par Didier LETT, Isabelle ROBIN et Catherine ROLLET

en 2001, le bilan historiographique sur l’enfance en europe portant sur la dernière décennie du xx e siècle, paru dans les adh (dasen, lett, morel, rollet, 2001), constatait des tendances affectant l’ensemble des quatre périodes de l’histoire : poursuite des travaux sur la petite enfance (en particulier les rela- tions mère-enfant), sur l’éducation et la prise en charge des premiers âges par l’église et l’état, début d’un intérêt accru pour les liens entre l’enfant et les autres membres de la famille (père, frères et sœurs) pour les plus âgés, pour les filles et la construction du féminin et pour la mort et la vie matérielle des tout petits grâce, en particulier, aux études des archéologues. en 2014, où en sommes-nous ? les tendances lourdes de l’histoire de l’enfance se sont-elles poursuivies ou taries ? les champs naissants se sont-ils confirmés ? les quinze premières années du xxi e siècle ont-elles vu de nouvelles perspectives s’ouvrir ? avant de tenter de répondre à ces questions et afin de mieux cerner les enjeux des principaux travaux sur l’en- fance réalisés depuis le début du xxi e siècle, nous aimerions faire quelques remarques générales et introductives. d’abord, on constate que la production d’études sur l’enfance en europe a été beaucoup moins forte que dans la décennie précédente. Cette tendance est

particulièrement vraie dans le cas fran-

çais : dans la Bibliographie annuelle de l’histoire de France, dépouillée entre

2000 et 2012, la rubrique associant toujours « la famille, la femme et l’enfant » 1 au sein du chapitre « histoire sociale », regroupe très majoritairement des travaux sur les femmes, secondaire- ment sur la famille et très marginale- ment sur l’enfance. la réédition de livres considérés comme majeurs (Cunnin- gham, 2005, réédition du livre de 1995) et la production d’ouvrages contenant des études, jugées « classiques », publiées dans les décennies précédentes, sont symptomatiques d’une historiographie moins riche et résolument rétrospective ; ainsi le volume dirigé par Carol neel (neel, 2004) qui propose onze articles, parus en langue anglaise de 1974 à 1996 sur l’enfance et la famille, du Bas empire au xv e siècle, classés par ordre chronologique. validant de riches années de recher- ches sur l’enfance, la dernière décennie du xx e siècle avait été fortement marquée en europe par la production de synthèses 2 , contrairement aux années 2001-2014 3 . en France, la dernière synthèse, qui porte sur le xix e siècle, date de 2001 (rollet, 2001a). en allemagne, les ouvrages à vocation générale et synthétique s’arrêtent également au seuil des années 2000, comme en témoignent ceux de Klaus arnold (arnold, 2000),

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auteur qui s’est imposé outre-rhin

comme le principal spécialiste de l’en- fance, ou deux livres collectifs, l’un sur les premiers âges en poméranie qui pose, entre autres, la question de l’influence de

la réforme dans cette région (Buchholz,

2000) et le second, sur les représenta- tions de l’enfance dans le mouvement piétiste et à l’époque des lumières (neuman et sträter, 2000). en italie, c’est l’histoire de l’enfance pendant le fascisme qui a été retracée (minesso, 2007). Cependant, comme des synthè- ses sur la famille ont continué à être

produites, c’est souvent au sein de celles-

ci que l’on rencontre de riches et neuves

informations sur les enfants (gestrich, Krause et mitterauer, 2003 ; Barbagli et Kertzer, 2001 ; minvielle, 2010 ;

ozment, 2001). seuls les pays « émer- gents » sur le continent de l’enfance ont produit quelques travaux de synthèse, le portugal (rodrigues oliveira, 2007), la Finlande (mustakallio, hanska, sainio

et vuolanto, 2005) et, surtout, les états- unis comme l’atteste la volumineuse a

Cultural history of Childhood and

Family, en six volumes (Foyster et marten, 2010a), ou l’encyclopedia of

Children and Childhood in history and

society, en trois volumes (Fass, 2003). du côté européen, lorsqu’on lit ces gran- des sommes collectives, on est frappé par deux points. d’une part, la place que continuent à occuper dans les introduc- tions et parfois même dans les articles ou chapitres, les problématiques posées, pourtant dès 1960, par philippe ariès, les réactions qu’elles ont suscitées dans les pays anglo-saxons après la traduction du livre, en 1962, et leur remise en cause qui paraissent récentes et neuves et, d’au- tre part, conséquence du premier cons- tat, l’ignorance presque totale de l’abon- dante production historiographique des

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travaux des années 1980-2000 dans des langues autres que l’anglais, même dans des ouvrages édités outre-atlantique portant sur l’enfant dans la littérature médiévale française (gaffney, 2011). pour ne prendre qu’un seul exemple, le volume collectif sous la direction d’al- brecht Classen (Classen, 2005), regroupe dix-neuf contributions qui couvrent la période ix e -xvii e siècle, prio- ritairement centrées sur les xii e -xv e siècle et rédigées en majorité par des spécialis- tes de littérature médiévale. dans la longue introduction (soixante pages), albrecht Classen dresse un bilan relati- vement complet de l’évolution de l’his- toriographie de l’enfance médiévale en langue anglaise (et aussi ici en allemand) depuis philippe ariès, en indiquant d’emblée le projet principal du livre :

prouver l’existence de sentiments pour les enfants et d’un « sentiment de l’en- fance » à l’époque médiévale. mais ce livre ignore totalement les travaux sur l’enfance rédigés en français, italien ou espagnol. on peut donc être très surpris de lire en 2005, dans la conclusion de cet ouvrage rédigée par Christopher Carlsmith, que « l’histoire de l’enfance est encore un terrain relativement récent » (Classen, 2005, 415). pour de très nombreux médiévistes européens, le « renversement de paradigme » (para- digm shift), sur lequel chaque auteur insiste dans sa contribution, a commencé depuis plus de vingt ans. il n’empêche que ces ouvrages, on le verra, font parfois œuvre originale (heywood, 2001 ; Fass, 2013), ouvrant sur des problématiques très neuves. pour comprendre les principales spéci- ficités des études récentes sur les premiers âges, il convient également de replacer l’histoire de l’enfance dans le paysage historiographique des premières

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années du xxi e siècle, car cette histoire n’échappe pas aux tendances lourdes de l’histoire. le « tournant critique », qui s’est développé depuis les années 1980, a définitivement mis à mal les grands paradigmes et les certitudes liés au struc- turalisme et au fonctionnalisme. la forte influence des courants tels que la micro-histoire, la sociohistoire ou l’his- toire du genre, accompagnés et relayés aujourd’hui, dans d’autres sciences sociales, par des mouvements tels que l’anthropologie critique ou la sociologie de l’interaction, a conduit le chercheur à considérer la société, objet de son étude, comme la combinaison complexe de processus interactifs où les acteurs et les actrices s’inscrivent dans une multipli- cité d’appartenances identitaires 4 . l’étude des structures de parenté a ainsi été fortement concurrencée, voire relayée, par des travaux centrés sur la parenté pratique ou les analyses de réseaux (Weber, 2005). l’histoire de l’enfance, elle aussi, délaissant les masses et les grandes structures, s’est désormais installée dans les études de réseaux, portant une attention plus fine qu’aupa- ravant aux trajectoires individuelles. par ailleurs, l’historien de l’enfance dispose aujourd’hui de méthodes d’analyse beaucoup plus sophistiquées qui influent sur sa manière d’aborder son objet d’étude. les logiciels informa- tiques, en effet, utilisés pour l’analyse des discours, celle des images ou celle des données individuelles, permettent de brasser autrement les archives et de les soumettre à de nouveaux questionne- ments : analyse des biographies indivi- duelles, portrait des réseaux sociaux impliqués par tel ou tel phénomène, analyse des écrits et discours, telles sont quelques-unes des pistes ouvertes par ces moyens techniques, lesquels ont

répondu aussi à la demande scientifique. sans rien enlever aux méthodes éprou- vées de l’historien, ces nouvelles tech- niques ouvrent un champ qui reste encore largement à explorer. dans le bilan précédent paru dans les adh (dasen, lett, morel, rollet, 2001), avait été fait le choix, après une brève introduction générale, de présen- ter les principales avancées de la recher- che relative à l’enfance en histoire, par période. en 2014, sans aucun souci d’exhaustivité et peut-être parce que de plus grandes convergences sont apparues entre époques médiévale, moderne et contemporaine, nous avons opté pour un plan thématique, même si, bien entendu, nous avons souligné, dès que cela nous a paru pertinent, quelques spécificités tenant à telle ou telle période historique. durant les quinze années passées, signe d’une histoire de l’enfance arrivée à maturité, on assiste bien plus qu’auparavant au souci de tenir compte de la multiplicité des expériences des enfants et des familles, des situations, des trajectoires personnelles et indivi- duelles, du portrait, de l’environnement matériel et des objets des premiers âges. en somme, après des premières études prioritairement centrées sur un concept et les représentations d’une catégorie sociale, les historiens produisent des travaux éclairant l’ensemble des acteurs et des actrices en bas âge, dans toute leur diversité. nous sommes passés de l’en- fance aux enfants. Cette approche à la fois plurielle et individuelle de l’enfance se manifeste d’abord par la prise en compte de tous les enfants dans leur diversité d’âge, de sexe et de filiation. ensuite, une atten- tion particulière est portée à l’environ- nement des plus petits, leur vie maté- rielle et les objets qui les entourent.

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enfin, ce souci de montrer la pluralité des situations des enfants dans l’histoire explique la volonté de pister tous les acteurs intrafamiliaux autour de l’en- fant.

DES ENFANTS DES DEUX SEXES, PETITS ET GRANDS ET LEURS MODES DIVERS DAFFILIATION

garçons et filles

dans la dernière décennie, l’histoire de l’enfance, bien davantage dans les pays anglo-saxons que dans le reste de l’europe, a été fortement irriguée par l’histoire du genre qui non seulement a définitivement fait entrer les filles dans l’enfance mais a permis également une réflexion sur la construction des fémini- tés et des masculinités au cours des premiers âges et sur la reproduction des rapports et des hiérarchies de sexe. pour les quatre périodes de l’histoire, il existe une bibliographie récente sur genre et jeunesse dans la revue genre & histoire (lalanne, 2009 ; lett, 2009 ; picco, 2009 ; Blanchard, 2009) et un article fait le point sur l’articulation entre genre et enfance (goldberg, 2008). l’encyclo-

pedia of Children and Childhood in history and society (Fass, 2003)

comporte les entrées « Boyhood », « gendering », « girlhood », « Fathering and Fatherhood », « mothering and motherhood », dans un grand esprit de parité mais toujours dans une totale ignorance des travaux écrits dans une autre langue que l’anglais. de même, anthony Fletcher, en reconnaissant, dès l’introduction (Fletcher, 2008, xiv-xv) sa dette à l’égard de l’article pionnier de Joan scott (1986), adopte une optique et un plan résolument centrés sur la

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différence des sexes. la partie i, intitulée

« prescription », comporte quatre

chapitres : « Childhood », « Boyhood »,

« girlhood », « parenthood ». dans la

partie ii, « parenting », un chapitre a pour titre « motherly performance », un autre, « Fatherly performance ». le dernier chapitre de la troisième partie s’intitule : « identity: Class, nation and gender ». a. Fletcher montre, entre autre, comment se construisent masculi- nité et féminité, la manière dont les parents, entre 1600 et 1900, préparent les garçons et les filles, respectivement à

la manhood et à la womanhood et souli-

gne combien les garçons, dans la société victorienne, sont tenus à l’écart de tout ce qui est jugé féminin. étudier la distinction des sexes des plus jeunes permet, de manière privilégiée, de voir comment l’enfant devient homme ou devient femme. ruth mazo Karras se demande comment se construit la masculinité, pour une même période (les derniers siècles médiévaux), de manière différente selon les milieux sociaux et professionnels, « dans chaque segment de la société ». elle démontre ainsi que pour les jeunes chevaliers (étudiés au chapi- tre 2), devenir homme se comprend comme le contraire de la féminité et comme la domination (par la violence) sur les autres hommes et les autres femmes, tandis que dans le monde universitaire (chapitre 3), c’est s’opposer à l’animal ; la domination ne se fait donc plus ici par la violence mais par la ratio- nalité. dans le monde de l’apprentissage (chapitre 4), enfin, la masculinité est surtout l’opposé de la jeunesse et de l’adolescence (Karras, 2003). de manière similaire, Kim philips étudie de quelle manière se construit la féminité au cours de la jeunesse, comment les jeunes filles intègrent progressivement des

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normes de comportement et de quelle manière elles ont su jouer, et parfois déjouer, ces fortes contraintes. au-delà du constat évident d’un âge soumis à une puissante domination masculine adulte, l’auteure s’interroge sur les formes d’acceptation, les modes de compromission des jeunes filles (notion de « active docility ») (philips, 2003). pour qui cherche à montrer comment se construisent historiquement les rôles de genre, cet âge de transition entre enfance et monde adulte est bien entendu central car il représente un moment de tensions (entre sexualité et virginité) et un temps où s’affirment de fortes différenciations de sexe. pour une période postérieure, le xviii e siècle, Brigitte glaser montre également que l’enseignement vise à maintenir les filles dans un état de subordination et que, dans la documentation étudiée, elles apparaissent toujours davantage comme des futures mères que comme des filles (glaser, 2006). les travaux des archéo- logues, en plein développement (voir plus loin), prennent également forte- ment en compte la différence des sexes. ils soulignent que l’enfance et le genre, sont l’un et l’autre des constructions culturelles à partir de catégories biolo- giques, le sexe et l’âge (Baxter, 2005) 5 . dans les périodes anciennes, on a fait remarquer depuis longtemps que les toutes petites filles étaient beaucoup moins représentées dans la documenta- tion que leurs homologues garçons (dans les textes et encore moins dans les images). en revanche, dans la mesure où le mariage s’avère pour les femmes un moment central de leur cycle de vie, les adolescentes sont beaucoup plus présen- tes dans les sources, ce qui explique, avec l’intérêt porté à la jeunesse féminine par l’histoire des femmes, que les jeunes

filles soient même parfois davantage étudiées que les jeunes hommes (Bruit- Zaidman, houbre, Klapisch-Zuber et schmitt pantel, 2001 ; lett, 2005). Cet intérêt accru pour les adolescents et la construction des rôles masculins et féminins explique aussi la prise en compte des relations entre jeunes hommes et jeunes filles (lett, 2006). parce que les historiens s’intéressent de plus en plus à la construction des rôles sexués (et aussi sans doute parce qu’il y avait un « rattrapage », du moins pour les époques anciennes, à opérer à l’égard de la toute petite enfance), on assiste depuis les années 2000 à un essor important des études sur les enfants plus grands.

grands et petits

la dernière décennie a donné le jour à des travaux beaucoup plus nombreux que dans les années 1980-2000 sur les enfants plus grands et les jeunes (lett, 2009a). un colloque, réuni en septem- bre 2000 à la sorbonne, a porté explici- tement sur cette période de la vie et a abouti à la publication d’un gros volume couvrant l’époque médiévale, moderne et contemporaine (Bardet, luc, robin- romero, rollet, 2003). révélateur de l’essor de cet intérêt à la fois pour les plus grands et pour le processus de gran- dir, les deux premiers mots des titres d’au moins deux ouvrages récents sont :

growing up… (Fletcher 2008 ; heywood, 2007), un autre livre en italien comporte dans le titre crescere (taddei, 2001). les médiévistes anglais ont produit un volume collectif sur la jeunesse (goldberg et riddy, 2004), un colloque italien s’est tenu, en décem- bre 2012 à ascoli piceno (italie), sur les jeunes au moyen Âge (lori-sanfilippo et rigon, 2014) et des travaux sur les

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jeunes hommes à la cour d’aragon dans les derniers siècles médiévaux ont été écrits (garcia herrero, 2012a et 2012b). pour l’époque moderne, on notera de nombreux articles sur les jeunes filles (aragon, 2007 ; picco, 2006, 2008 ; trévisi 2003 ; rollet, 2003). pour l’époque contemporaine, on peut citer les ouvrages de ivan Jablonka (Jablonka, 2006, 2007, 2008, 2010) et un volume collectif (Bantigny et Jablonka, 2009) ou encore rebecca rogers (2005). quelle que soit la période considérée, ces auteurs notent l’extrême difficulté que les historiens éprouvent à définir les jeunes. en effet, la jeunesse n’est pas un concept facile à étudier car les bornes qui la délimitent, en amont comme en aval, sont mouvantes en fonction du contexte historique, du milieu social et du sexe. il s’agit d’une classe d’âge que l’on traverse 6 . la prise en compte des enfants plus âgés et le regain d’intérêt pour l’histoire économique se manifestent également par un essor des études portant sur les enfants et les jeunes au travail, hors de leur foyer familial et en apprentissage (Caty, 2002 ; rahikainen, 2004 ; Crowston, 2005 ; honeyman, 2007).

ainsi, dans a cultural history of Child-

hood and family (Foyster et marten, 2010a), pour chaque période, est étudiée la participation des enfants à l’entreprise familiale et en apprentissage, ce qui permet de sortir de l’ancrage enfants et vie familiale, fort depuis philippe ariès, comme en rendent compte les chapitres « Community » et « economy ». le placement en appren- tissage des jeunes est également organisé par des institutions de secours (robin- romero, 2003 ; safley, 2005). Cet intérêt nouveau pour les enfants plus grands n’a pas évincé les travaux

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consacrés aux plus petits, qui occupent le paysage historiographique depuis les premières études sur l’enfance. on retrouve toujours cet engouement dans toutes les périodes, comme en témoi- gnent une exposition (naissances, 2005) et, en histoire ancienne, les nombreux travaux réalisés ou dirigés par véronique dasen (dasen, 2002, 2013). même si, en histoire médiévale, la production sur l’accouchement, la naissance, les premiers soins donnés aux nouveau-nés est moins forte que dans les décennies précédentes, ces domaines attirent encore (elsakkers, 2001 ; Worth-stylianou, 2002 ; surtz, 2006 ; rollet, 2014) et demeurent même une préoccupation des jeunes chercheurs (deschelette et ménagier, 2014). aboutissement de nombreuses années de recherches sur les miracles à répits attestés dans des sanctuaires (277 recensés), est parue en 2006 la magistrale synthèse de Jacques gélis sur un phénomène capital dans une société où la mortalité périnatale est un phéno- mène quotidien et massif et où le baptême, seul sacrement assurant le salut, est au centre de toutes les préoc- cupations des chrétiens (gélis, 2006). l’auteur retrace, du xiv e au xx e siècle, la croyance en un miracle de résurrection particulier permettant de redonner la vie, de manière momentanée, à un enfant mort-né afin de lui administrer le baptême. il porte une réflexion anthropologique sur la manière dont l’enfant était considéré sous l’ancien régime, sur la mort et sur le deuil parental. la question des mort-nés comme catégorie statistique a fait l’ob- jet d’autres travaux sous l’angle juri- dique, médical, religieux et démogra- phique pour la période contemporaine (Woods, 2009 ; gourdon et rollet,

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2009), montrant la complexité du

processus de construction d’une catégo- rie statistique qui met en jeu les confins de la vie et de la mort. par ailleurs, marie-France morel a poursuivi ses recherches sur la représentation du petit enfant mort (morel, 2001), tandis que robert Woods se penchait sur la mémoire conservée des enfants disparus prématurément (Woods, 2006). une histoire de l’allaitement a aussi vu le jour (lett et morel, 2006). au sein de ces travaux, on interroge et affine donc des thèmes connus mais on inspecte également les angles morts, en prenant l’objet (petite enfance) par ses marges, comme le montre l’ouvrage collectif à forte composante pluridisci-

plinaire,

(Bonnet, le grand-sébille et morel, 2002), ou l’étude en la croyance des changelins, enfants remplacés au berceau par des créatures mythiques ou par le diable (doulet, 2002). un regard plus attentif a été porté « en amont » de l’enfance, à l’embryon (dasen, 2007) et au fœtus, créatures invisibles que seule la femme enceinte a pu vraiment perce- voir (Frydman et papiernik, 2009). portées par l’imaginaire et le besoin de visualiser le mystère, les représentations palliaient cette absence. dans son étude consacrée aux images de la visi- tation, anne marie velu consacre la seconde partie aux représentations des enfants in utero dans les ventres de marie et d’élisabeth (velu, 2012). l’iconographie médicale de la renais- sance au xix e siècle (pancino, 2005 et d’Yvoire et pancino, 2006), représente également ces fœtus et, malgré les progrès des observations, ne se départit que très progressivement de l’imagi- naire religieux (position debout, adulte en miniature).

allaitements

en

marge

tous les enfants : placés, déplacés, illégitimes, etc.

la volonté de prendre en compte l’en- semble des enfants et pas seulement ceux et celles qui sont nés d’un mariage légitime et qui sont restés dans leur famille, a également permis de produire des travaux importants sur les bâtards, les exilés, les déplacés et les abandonnés. Ce dernier thème n’est pas nouveau car il a été au centre des intérêts de tout un courant de la démographie historique dès les années 1980. mais, il s’est aujourd’hui élargi à d’autres régions et à d’autres problématiques, désormais davantage centrées sur les placements et sur l’expérience des enfants que sur les abandons. les travaux des bas-médiévis- tes et des modernistes sur l’assistance aux enfants abandonnés se sont poursui- vis en espagne (vinyoles vidal, 2013 ; dubert, 2013) et en italie (Bianchi, 2005 ; terpstra, 2005). ils se sont enri- chis par l’étude minutieuse des billets manuscrits et des objets (médailles et monnaies, images, objets du quotidien) retrouvés dans les langes des enfants

recueillis à l’ospedale maggiore de

milan de la fin du xv e siècle au début du xx e siècle (Canella, dodi et reggiani, 2008) et avec l’ouvrage collectif qui rassemble les contributions d’une des sessions du congrès de la

sides (società italiana di demografia

storica) qui s’est tenu en 2000 et qui propose un panorama régional relative- ment complet (venise et padoue, Florence, ancône, royaume de naples, lombardie) (da molin, 2002). du côté français, les historiens démographes ont analysé les noms choisis par les hôpitaux

et attribués aux enfants recueillis (Bardet et Brunet, 2007). après une exposition

rouennaise

(les

enfants

du

secret,

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2008), de nouvelles monographies régionales sur le tarn (peter, 2012), les Côtes-du-nord (le Boulanger, 2011), les Basses-alpes (grenut, 2012) ou urbaines, par exemple avec le cas de dijon (morlot, 2007, 2011), complè- tent très utilement nos connaissances des enfants abandonnés en France à l’époque contemporaine. pour l’angle- terre, nous disposons de l’ouvrage sur l’hôpital des abandonnés de londres, fondé tardivement par rapport à ceux des pays catholiques (levene, 2003, 2007). les auteurs reviennent sur les grandes problématiques que sont les causes de l’abandon et la situation des familles pauvres, la mortalité et, de façon plus originale, sur l’expérience de la vie en famille nourricière (levene, 2007) ou en institution (safley, 2005), ou encore sur les relations entre les familles des enfants assistés et les hôpi- taux (robin et trévisi, 2007). Ces études ont permis de mieux comprendre le phénomène massif d’abandon des tout-petits, caractéristique des pays catholiques, depuis les circonstances de l’abandon jusqu’au devenir des enfants (escuriol, 2003 ; gutton, 2003), ainsi que les mutations entre xv e et xx e siècle. elles ont souligné les efforts déployés pour contrecarrer la stigmatisation dont ces enfants étaient l’objet, par le choix d’une famille d’accueil ou d’un prénom adéquat et par le souci de scolarisation. les orphelins, pourtant bien plus nombreux que les abandonnés dans le contexte démographique d’ancien régime, avaient été moins étudiés. C’est tout le mérite d’isabelle robin d’avoir montré combien il fallait distinguer les enfants abandonnés des orphelins car ces derniers sont légitimes et connaissent leurs origines. on peut estimer qu’à l’époque moderne, environ un cinquième

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des jeunes de 15 ans était orphelins de père, un autre cinquième, de mère et un sur vingt, privés de ses deux parents. au cours du xviii e siècle à paris, ils ont pu représenter 300 000 enfants. pour les accueillir, les pouvoirs publics de la capi- tale ont créé des institutions spécifiques, différentes des maisons d’assistance. leur chance de survie sont plus fortes que celles des abandonnés. alphabétisés, éduqués jusqu’à leur entrée en apprentis- sage ou leur mariage, leurs conditions de vie sont tout à fait correctes. (robin- romero, 2007). les nouvelles méthodes d’analyse et les conceptions différentes de la prise en charge ont permis de reconsi- dérer l’histoire de l’enfance assistée. grâce à des entretiens, emilie potin a ainsi pu décrire finement les parcours d’enfants placés, déplacés et replacés en Bretagne après la seconde guerre mondiale et montrer la diversité des trajectoires de ces enfants secourus par l’aide sociale à l’en- fance (potin, 2012). les sociologues, quant à eux, soulignent le changement récent de paradigme pour penser le lien parents/professionnels en cas de place- ment : au lieu de donner à l’enfant des parents de substitution, les pouvoirs publics souhaitent favoriser un lien de « suppléance familiale » (tillard et rurkav, 2009), instituant la famille d’ori- gine comme interlocuteur privilégié. enfin, des monographies récentes sur l’histoire d’institutions vouées à la protec- tion de l’enfance, soulignent le chemine- ment d’associations parfois anciennes vers la prise en compte des apports de la psychologie de l’enfant et de la présence des parents (Becquemin, 2003; vouaux,

2007).

au cours de ces dernières années, de nombreux travaux ont porté sur l’impact des conflits du xx e siècle sur les enfants, non seulement sur les traumatismes

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qu’ils ont subi durant les guerres (en allemagne, voir stargardt, 2005) mais également sur les traces laissées par la mémoire de guerre, en tant que fils ou fille de héros, de traître, de résistant, de collaborateur, etc. (ericsson et simon- sen, 2005), et sur les drames vécus par les très nombreux enfants « perdus » et leur famille en europe au cours des décennies qui ont suivi immédiatement la seconde guerre mondiale (Zahra, 2011). on s’est encore intéressé à la place du lebensborn en norvège dont la fonction était, pour les nazis, d’assurer des nais- sances d’enfants aryens (olsen, 2005). l’exil, le placement et le déplacement d’enfants ont également été étudiés à différentes échelles. les rafles d’enfants juifs pendant la seconde guerre mondiale ont fait l’objet d’études nombreuses, telle celle subie par les quarante-quatre enfants d’izieu (village situé sur les contreforts du Jura, à quatre- vingt-dix kilomètres de lyon), âgés de cinq à dix-sept-ans, en avril 1944, par la gestapo locale, sur ordre de Klaus Barbie, et qui ont été déportés et gazés à auschwitz (Biscarat, 2008). un ouvrage important retrace l’affaire Finaly, qui se déroule de 1945 à 1953. un couple juif de la région de grenoble, avant d’être déporté et exterminé dans un camp nazi, a confié ses deux enfants à la garde d’une institution catholique qui les a placés chez une tutrice qui, après la guerre, refuse de les rendre à leur famille sous prétexte qu’ils sont désormais baptisés. Cette affaire, qui s’est achevée en 1953 par le retour des enfants à leur famille proche, a fait grand bruit au sein des institutions catholiques et juives de France (poujol, 2006). les déplacements d’enfants ont aussi été étudiés pour des époques plus contemporaines. ainsi, le transfert forcé de 1630 pupilles de l’île

de la réunion en métropole, dans les années 1960-1980, orchestré par le gouvernement français principalement pour repeupler les campagnes françaises (Jablonka, 2007). le thème des enfants exilés et déplacés affecte bien davantage l’époque contem- poraine, sans doute à cause d’une docu- mentation plus fournie et une période fortement marquée par les probléma- tiques de guerre. on retrouve cependant cet intérêt dans les travaux portant sur les périodes antérieures, en particulier à propos des enlèvements d’enfants pour raisons confessionnelles. on s’est ainsi intéressé aux enfants des milieux protes- tants et à la manière dont ils ont été trai- tés, après 1685, en France (Joblin, 2010) et aux baptêmes forcés des enfants juifs au moyen Âge (marmursztejn, 2012 et 2014) ou dans la rome pontificale (Caffiero, 2004). quant aux enfants des catégories populaires anglaises, des « bienfaiteurs » ont cru nécessaire de les faire migrer seuls vers le Canada au xix e siècle, puis vers l’australie et la rhodésie au siècle suivant, afin d’échapper aux « parties les plus obscures de l’angleterre ». Coupés de leur famille, ces enfants devaient s’intégrer parmi les colons et se forger un autre destin tout en participant à la construction de l’empire (Kershaw et saks, 2008 ; Buettner,

2011).

si les études sur les abandonnés sont anciennes chez les historiens de l’en- fance, en revanche, l’histoire des enfants illégitimes et de la bâtardise est un objet beaucoup plus récent qui semble en plein développement. les historiens démographes avaient, certes, déjà travaillé sur ce thème mais ce sont surtout les juristes qui, pour les périodes anciennes, avaient abordé le sujet. C’est pourquoi, les travaux produits au cours

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des premières années du xxi e siècle, intè- grent pleinement la dimension juri- dique. en témoignent quelques articles et le nouveau mémoire d’hdr de sylvie

steinberg intitulé Bâtards. Filiation et descendance (xvi e -xvii e siècle), dans

lequel l’auteure, à travers la jurispru- dence imprimée des tribunaux royaux qui a trait à la justice civile, complétée par des actes notariés, témoignages, documents biographiques et généalo- giques, actes législatifs, documents administratifs (lettres et registres de légi- timation), interroge, résolument dans une optique de genre, le statut des enfants illégitimes nobles et leur évolu- tion au cours des premiers siècles de l’époque moderne. les histoires judiciai- res montrent en particulier que l’inté- gration des bâtards, à la fois familiale et sociale, est au centre des préoccupations et qu’existent de profonds sentiments entre parents et illégitimes (steinberg, 2007, 2009 et 2012). de même, Carole avignon a organisé à angers, en octobre 2013, un colloque intitulé

Filiation illégitime et bâtardise : perspec- tives historiques, juridiques, littéraires (xii e -xviii e siècle). approches comparées à l’échelle européenne, dont les actes

sont en voie de parution (avignon, à paraître 2015). Ces travaux, dans une optique pluridisciplinaire (historiens, historiens du droit, spécialistes de langues et de littératures françaises et étrangères), montrent qu’à l’époque médiévale et moderne, les conditions juridiques des bâtards, leur représenta- tion et leur considération pratique sont loin d’être uniformes dans le temps et dans l’espace, en fonction de l’âge, de l’appartenance sociale ou du genre. ils s’intéressent à l’origine des enfants bâtards, aux marqueurs identitaires de la bâtardise, à l’exclusion ou à l’assimilation

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des enfants illégitimes. Cet engouement pour les enfants bâtards ou la bâtardise plus généralement a déjà produit des travaux en allemagne (noodt, 2001) et en angleterre, où les auteurs (levene, nutt et Williams, 2005), prolongeant ce que la démographie historique avait déjà apporté et, sans abandonner le quantita- tif, traitent le sujet avec de nouvelles sources et méthodes en s’intéressant tout particulièrement aux parents des enfants illégitimes et notamment aux pères. en tenant compte des différences régionales et sociales, ils démontrent que la stigma- tisation sociale des parents n’a pas toujours été aussi sévère qu’on a pu le penser. néanmoins, ils concèdent que, parmi les facteurs explicatifs de la mortalité supérieure des enfants bâtards par rapport à celle des légitimes, il faut inclure la stigmatisation de la bâtardise. sylvie steinberg s’est aussi intéressé aux enfants nés des amours ancillaires durant l’époque moderne (steinberg, 2005). quelques travaux ont également été produits sur les enfants issus de couples mixtes durant la période colo- niale. on pense en particulier au livre d’emmanuelle saada qui s’est intéressée, dans une optique de socio-histoire, aux dizaines de milliers d’enfants métis nés d’unions entre européens et « indigè- nes » (particulièrement en indochine), eux aussi souvent illégitimes et rarement reconnus par leur père (saada, 2007) et aux travaux de vincent Cousseau sur les antilles de la période esclavagiste (Cous- seau, 2011). enfin, les historiens spécia- listes de la seconde guerre mondiale ont centré leur attention sur les enfants nés de la « collaboration horizontale », de relations sexuelles, consenties ou non, entre l’occupant allemand et les femmes des pays soumis, au danemark (oland, 2005), en norvège (Borgersrud, 2005),

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en hollande (diederichs, 2005) et en France (virgili, 2005 et 2009). on estime qu’en France, parmi les enfants nés entre 1941 et 1945, un sur vingt a pu être de père allemand. À partir d’ar- chives allemandes et française et de récits de pères, Fabrice virgili s’est inté- ressé aux dizaines de milliers d’enfants nés entre 1941 et 1949 des pères alle- mands ou français, soldats ou prison- niers de guerre. l’étude de ces « enfants de Boches » est également l’occasion de porter une réflexion sur la grossesse, l’avortement, l’accouchement en secret (c’est le gouvernement de vichy qui crée l’accouchement « sous x »), les filles mères, la paternité, la filiation, la recon- naissance ou l’abandon, la souffrance des enfants grandissant sans père et souvent dans la honte.

L’INTÉRÊT ACCRU PORTÉ À LA VIE MATÉRIELLE, AUX ESPACES ET AUX OBJETS DE LENFANCE 7

Ces objets, souvent de petite taille, n’ont laissé pendant longtemps que des traces infimes. Fabriqués à la maison à partir de matériaux souvent déjà utilisés (planches de bois, tissus, morceaux de cuir, os) ou fragiles (poteries, papier et carton), berceaux, vêtements et joujoux n’avaient que peu de valeur et n’étaient pas conservés, sauf les objets destinés à des enfants exceptionnels, comme en témoignait l’exposition Jouets de prin- ces au château de la malmaison (2001). or, ces objets qui forment l’environne- ment familier de l’enfant et qui lui permettent de dormir, de se nourrir, de jouer, de découvrir le monde, de gran- dir, forment un sujet de recherche en complet renouvellement depuis le début xxi e siècle. amorcée par l’histoire de la littérature pour la jeunesse

(huguet, 1997 ; gil-Charreaux, 1998) et par celle des jouets (manson, 2001 ; manson , 2005b ; manson et renonciat, 2012 ; guereña et al., 2012), l’étude de cette « culture matérielle de l’enfance »

(« the material culture of early Child-

hood » selon Karin Calvert, 1994 ; gutman, 2008) est aujourd’hui foison- nante (Fass, 2013), explorant aussi bien les vêtements de l’enfant, ses jouets que son berceau, son lit et sa chambre, ses livres et même ses sucettes et autres doudous (gasparini, 2010). en dehors de la maison, les recherches ont aussi porté sur les espaces dédiés aux enfants, depuis l’école maternelle et primaire (le mobilier scolaire, les jeux éducatifs dont témoigne le musée national de l’éduca- tion de rouen), la crèche, l’hôpital, les consultations pour enfants, et jusqu’aux camps d’été, colonies de vacances et musées de l’enfance (darian-smith et pascoe, 2013). Comment expliquer cet engouement des chercheurs, archéologues, historiens, pédagogues, historiens de l’art et de la mode ou sociologues pour ces petits objets et ces lieux de l’enfance ? il ne saurait y avoir une cause unique mais une pluralité d’explications. parmi celles-ci, soulignons le souci patrimonial d’adultes qui aiment se souvenir de leur enfance (Brookschaw, 2009). Ces objets fragiles et éphémères, ces lieux créés pour les enfants, ne sont-ils pas des témoins de la société qui les a produits et des enfants qui y ont vécu et qui les ont utilisés ? il s’agit de les sauver de l’oubli, de les classer, de les conserver et de les exposer, à l’égal de ceux des adul- tes. leur histoire est à reconstituer et à interpréter. sur ce plan, la France a été devancée par les pays anglo-saxons, états-unis et grande-Bretagne. l’exem- ple du vêtement est très clair à cet égard,

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qu’évoquent les auteurs du catalogue de l’exposition la mode et l’enfant qui s’est tenue au musée galliera (2001). il s’agit donc d’un patrimoine culturel à conser- ver et à promouvoir jusqu’aux plus modestes objets, comme les biberons, qui ont fait l’objet d’un bel album produit par Jean-pierre deschamps et denise Bloch (2010). le ministère de la culture s’intéresse de près à ce domaine de la culture matérielle de l’enfance, sous la double expression des livres mais aussi de toutes les productions récentes, jeux vidéo, films et disques, applications informatiques et autres. le colloque international enfance & Cultures, orga- nisé en 2010 à paris au quai Branly (dauphragne, 2011), l’exposition des

jouets et des hommes, au grand palais

en 2011-2012, et d’autres manifesta- tions régionales ou thématiques en témoignent amplement. nous aborderons ici trois questions successivement : les objets pour les enfants sont-ils autre chose que des miniatures de ceux des adultes ? quelle différence observe-t-on selon le sexe de leur destinataire, garçon ou fille ? et enfin, quelles sont les conditions de la production et de la distribution des jouets et quelle en est l’évolution ?

miniaturisation des objets des adultes ou spécificité enfantine ?

les vêtements de l’enfant ne sont-ils que la miniaturisation des vêtements adultes comme l’ont supposé des histo- riens (la mode et l’enfant, 2001,12) ? le tambour n’est-il que la réplique, en plus petit, de celui utilisé par les soldats ? la poupée est-elle autre chose qu’une figu- rine adulte que l’on habille selon la mode du temps ? les livres destinés aux enfants, au demeurant rares, ne suivent-ils pas

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l’exact modèle des livres pour adultes, à l’exception de quelques gravures en plus ? l’étude s’avère plus complexe en vérité. plusieurs objets destinés aux enfants expriment une attention à leurs besoins propres (naissances, 2005). partons du berceau et du maillot. le berceau est une invention ancienne de l’europe médiévale et aussi d’autres parties du monde (morel et rollet, 2000, 179- 182) mais il est très inégalement répandu jusqu’au xviii e siècle, comme l’avait remarqué Françoise piponnier dès 1973. né d’un besoin de garde et de sécurité, le berceau représente aussi aux yeux de l’église et des moralistes le moyen d’éviter la promiscuité des corps et surtout la vision par les enfants de l’acte sexuel (perrot, 2010, 26). l’aspect moral et pratique explique que ce petit meuble ait été recommandé aux parents et même exigé, comme le garde-feu, pour les nourrices. d’où ces berceaux en bois que l’on peut bercer tout en s’en- dormant ou en travaillant. Bercer ou ne pas bercer : le dilemme est tranché à la fin du xix e siècle après deux siècles de controverses entre médecins (garnier, 2012, 16-17), pédagogues et parents qui résistent (morel et rollet, 2000, 190-

195).

mais le berceau possède une autre fonction, celle de présenter l’enfant. on utilisera dans les milieux paysans aisés un berceau de bois sculpté transmis de génération en génération, tandis que les enfants princiers, depuis la renaissance et sans doute bien avant, se verront offrir de luxueux berceaux en forme de coquillage ou de nacelle, dont les musées gardent les chefs-d’œuvre. en 1811, la ville de paris décide d’offrir au roi de rome un berceau dont le décor iconographique représente les enjeux

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politiques du moment (Jouets de princes, 2001, 53). si elle offre une épée au comte de paris, premier fils du duc d’orléans, en 1838, elle revient à l’offrande du berceau pour le fils de napoléon iii en 1856. au xix e siècle, pour présenter le bébé, les familles aisées utiliseront des lits portatifs, sorte de poche prolongée par

un oreiller (la mode et l’enfant, 2001,

34).

le maillot, par ailleurs, en étroite connexion avec le berceau, a une fonc- tion de protection symbolique et maté- rielle relatée par maints textes ; il correspond à trois fonctions : maintenir droites les jambes et conserver la chaleur, faciliter le port de l’enfant, civi- liser l’enfant en l’éloignant d’une

posture animale (la mode et l’enfant,

2001). mais ces pratiques se font moins rigides avec le temps : on desserre le maillot ; on raccourcit la durée de l’em- maillotement : six mois, trois mois, six semaines après la seconde guerre mondiale, quelques jours au début des années 1970. l’emmaillotage a disparu au xxi e siècle dans nos contrées mais il peut avoir subsisté en maternité ailleurs, comme en témoignent de nombreuses photographies contemporaines. désor- mains on confectionne des berceaux un peu plus larges et commodes. Comme dans tous les secteurs du marché de l’en- fance, on innove en ce début du xxi e siècle en créant des modèles de « lit- œuf » transformables. l’attention aux spécificités du nouveau-né se note dans de nombreux détails. on est sensible à la finesse de sa peau, d’où l’emploi de vieux linge pour tailler chemises et brassières. on est attentif à cet endroit du cou qui reçoit les crachouillis du tout-petit, qui peuvent abîmer sa peau, et que l’on protège par des fichus de cou, plus tard

des bavoirs et même jusqu’à aujourd’hui par des colliers d’ambre vendus en phar- macie. on se préoccupe de ses « reins » et de son nombril que l’on espère soutenir par des bandes et des corsets. on s’in- quiète de sa tête et de ses fontanelles que l’on protège par un béguin et des bonnets. on se préoccupe de sa sécurité lorsqu’il commence à marcher, d’où des lisières, bandes d’étoffe fixées derrière le vêtement, pour guider les premiers pas, et un bourrelet autour de la tête. oui, pour le tout petit, il a bien existé une spécificité du costume et du berceau depuis au moins le moyen Âge, ce qu’a- vaient déjà bien montré m. Closson et d. alexandre-Bidon (1985). Ce que les historiens ont éclairé depuis les travaux de ces historiennes, c’est l’extraordinaire complexification de la layette au xix e siècle, avec l’essor de la confection industrielle, le développement de l’indus- trie du jouet et celui, plus tardif, du mobilier enfantin. les catalogues d’expo- sition montrent l’inventivité des créa-

teurs de mode (la mode et l’enfant,

2001, 184 et suiv.) et l’envie des mères de parer les bambins de vêtements adaptés. au fur et à mesure que la layette se complexifie puis se simplifie au xx e siècle, plusieurs pièces disparaissent successivement : les tresses pour serrer les langes, les lisières, le bourrelet (après la première guerre mondiale), les bandes ventrales et les corsets (après la seconde), les bonnets en toile fine (après la première guerre). si la layette et certains vêtements de l’enfant, au moins petit, sont spécifiques, le jouet est certai- nement, à l’inverse, l’archétype de la « reproduction en miniature du monde des grands ». Beaucoup de jouets sont passés des adultes aux enfants : figures de modes, soldats, maisons de poupées, ballons, manèges (Cross, 2013). on

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offre aux enfants des jouets pour se consoler, s’amuser, apprendre leurs rôles sociaux. Chez les plus riches, les enfants reçoivent des cadeaux pour se promener, charriots ou même calèches comme celle, tirée par quatre mérinos, offerte au roi de rome par sa tante Caroline. gilles Brougère distingue en effet deux rhéto- riques qui visent l’enfant, une rhéto- rique de l’éducation, surtout présente dans les « jouets du passé » et une rhéto- rique du fun, du divertissement, en plein essor (Brougère, 2011, 24-25). on introduit les enfants à la vie sociale et aux rôles de sexe en les invitant, grâce à la médiation du jouet, à tenir le rôle de la maman, du soldat, de la marchande, de l’aviateur, de la maîtresse. mais il y a aussi des jouets pour rire : moulins à vent, polichinelle et toute la gamme actuelle des jeux vidéo (Cross, 2013). mais qu’en ont fait les enfants ? Comment les ont-ils manipulés, exami- nés, parfois cassés, et abandonnés ? que sont-ils pour eux, sachant que les enfants sont aussi des constructeurs de jouets bricolés à partir de ficelle, de coquilles, de noix, de bâtons, etc. quels désirs animent les enfants qui jouent à s’inventer des mondes et des histoires puisque « s’amuser, inventer, pour un enfant c’est vivre ». Ce sont ces questions que se sont posés les historiens du jouet et notamment les auteurs du très riche catalogue de l’exposition des jouets et des hommes, au grand palais, 2011- 2012. mille objets ont été ainsi exposés pendant cinq mois à paris, qui révèlent l’extraordinaire inventivité des hommes au service des enfants. des jouets signés par des artistes renommés ou obscurs, venant de France et de plusieurs pays du monde. pourquoi, du reste, « la société moderne produit-elle un éventail aussi large de jouets », s’interrogent les histo-

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riens ? au xix e siècle, les enfants des classes aisées ont accès à ce mime de la vie adulte, alors que d’autres, à la même époque, la vivent réellement comme petits ouvriers ou petites marchandes. les lois sur le travail des enfants, puis l’école pour tous (lois Ferry 1881-1882), signeront le début de la fin de cette différence extrême. dès lors, le jeu deviendra « le travail des enfants » et le jouet pénétrera l’univers de la crèche, de la salle d’asile, future maternelle, et de l’école primaire. Friedrich Fröbel fera du jouet éducatif un principe pédagogique majeur. l’essor d’une industrie de la chambre à coucher est plus tardif. il est lié à la transformation des logements dans le souci d’individualiser rationnellement l’espace de chacun et de séparer les sexes, préoccupations qui émergent vers le milieu du xix e siècle. il a fallu du temps pour que l’enfant dispose d’un espace à lui et qu’il ne soit pas réduit à loger sous un escalier, dans un couloir, dans le recoin d’une chambre ou d’un cabinet de toilette. la « chambre de la jeune fille » s’individualise en premier, comme antichambre du mariage, dont le modèle est celle de la vierge de l’annon- ciation (perrot, 2010, 26). puis, vient la chambre d’enfant, comme la nursery meublée avec des objets de rebut, mais aussi dotée d’un équipement impres- sionnant dans les grandes maisons anglaises (Fletcher, 2008). elle devient l’objet d’enjeux éducatifs et hygiéniques – la ranger, l’embellir, l’aérer etc. elle permet la séparation des sexes, norme qui surgit dans les programmes de loge- ments sociaux de la fin du xix e et du xx e siècle, norme toujours actuelle dans les hlm et intériorisée par les familles. lieu de repos, de sommeil, de recueille-

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ment, de lecture, de travail, elle peut être aussi lieu de relégation : le « allez-vous en dans votre chambre » est une punition toujours actuelle. la chambre, carrefour des pouvoirs ancestraux (nuit/jour), offre aussi un espace fantastique comme lieu de refuge pour des « comedias magi- cas », des rêves (les rois mages) et des… cauchemars, comme l’explique le cher- cheur barcelonais oriol vaz-romero trueba (2012, 2013). la chambre de l’enfant est devenue un thème de théâtre (Benett i Jornet, 2007). avec la chambre vient aussi toute la « décoration », la couleur des papiers peints et du mobilier, les dessins et gravures qui ornent les murs. des expo- sitions donnent des images tout à fait suggestives sur la façon dont l’art est entré à l’école, au foyer (l’art et l’enfant au musée national de l’éducation de rouen, 2013 ; renonciat, 2005). des artistes signent des jouets ou créent du mobilier adapté, comme Caran d’ache (1858-1909) ou andré hellé (1871- 1945) (drôles de jouets, 2012). on découvre aussi la production artistique des enfants, sous la bienveillante stimu- lation des maîtres et des maîtresses. Certains travaux réalisés dans le cadre de la pédagogie d’initiation de germaine tortel (1896-1975), dans les années 1930, sont de véritables œuvres d’art. l’enfant devient un créateur comme les hommes et les femmes (pernoud, 2003). mais il est aussi souvent pris comme modèle, ce dont témoignent quantité d’expositions consacrées aux enfants

modèles (2009), à l’enfant dans la pein- ture (2001) ou vues d’enfance (2009).

enfin, la chambre des adolescents, comme d’ailleurs les livres ou les vête- ments qui leur sont destinés, sont deve- nus des sujets de recherche à part entière qui passent par des entretiens ou des

questionnaires directement adressés aux

jeunes (enfance et cultures, 2010).

la rhétorique de l’éducation versus le fun se retrouve tout à fait dans un autre domaine, celui de la littérature pour les enfants et, plus tard, du cinéma (vignaux, 2007). l’évolution, dans ce domaine bien étudié, est spectaculaire (lepage, 2000 ; marcoin, 2006 ; posla- niek, 2008). nous ne donnerons ici qu’un rappel sommaire. le livre au xviii e siècle, réservé à une élite, reste dans les normes de la littérature pour adultes, contenu moral affirmé, agré- menté par quelques rares gravures. Ce sont des histoires courtes qui prolongent les paroles des parents, des précepteurs et des gouvernantes. Berquin en est l’exemple frappant. au siècle suivant, la comtesse de ségur délivre aussi des leçons de morale mais sous une forme beaucoup plus attrayante pour les enfants. elle se met à leur portée mais la discussion sur son rôle exact dans le débat politique et religieux fait l’objet de larges controverses entre chercheurs (heywood, 2009 ; marcoin, 2006). les éditeurs, dont la concurrence augmente, rivalisent d’imagination pour capter l’at- tention des jeunes lecteurs et même des bébés lecteurs, ceux à qui on lit des livres (rollet, 2001a). une collection leur est destinée chez hetzel (la série des lili), à partir de 1862. avec des formats plus grands, l’image prend davantage de place ; on fait appel à des illustrateurs talentueux, par exemple geoffroy (aleksandrowski et mathieu, 2012 ; lepage, 2000), les histoires sont amusantes. puis commence l’ère des bandes dessinées. la production de livres pour la jeunesse, des plus petits (rayna et Beaudelot, 2011) aux plus grands, est en expansion, notamment les séries, malgré la concurrence certaine

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des jeux vidéo (Craipeau, 2010). les auteurs sont parfois des jeunes à peine plus âgés que leurs lecteurs adolescents de 13-18 ans (Bazin, 2013). les sociolo- gues montrent que la bibliothèque est devenue aujourd’hui un univers féminin (dauphragne, 2011).

différenciation garçons/Filles

dans le processus de différenciation sexuée, faut-il mettre à part le tout premier âge ? hochets, berceaux et maillots étaient unisexes, tout comme le sera la robe blanche au xix e siècle, la culotte tricotée de l’entre-deux-guerres ou les objets de puériculture. mais à l’époque, on ne connaissait pas le sexe du nouveau-né avant sa naissance. les bornes de la sexuation se sont certaine- ment déplacées aujourd’hui en amont de la naissance, au moment des prépara- tifs des parents. a-t-on vraiment donné des poupards ou poupées aux princes ou aux simples bambins de ce monde ? rien n’est moins sûr quand on voit les catalogues des grands magasins et les albums d’exposi- tions d’hier et d’aujourd’hui. À l’excep- tion de deux exemplaires, aucune poupée ne figure dans le catalogue des Jouets de princes. les enfants de France masculins ont été de fait le plus souvent privés de poupées et les mères contem- poraines préfèrent souvent voir leur fils jouer à autre chose. la poupée est donc liée au monde des filles, les initiant moins au mystère de la maternité qu’aux soins du maternage et à la découverte de la « féminité », notamment vestimen- taire. poupées de modes des xviii e - xix e siècles, poupées mannequins et poupons ont été produits par millions pour satisfaire ce besoin d’identifier les filles à leur sexe. aux garçons de « déve-

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lopper leur autonomie, de contrôler la nature et d’exercer leur rationalité » au travers des jouets qui leur sont destinés, cheval-bâton, tambour, soldats miniatu- res aujourd’hui remplacés par des mons- tres ou des extra-terrestres, voitures et ballons (manson, 2001 ; Charles et girveau, 2011). loin de s’atténuer, le stéréotype de genre s’est accentué au fil des décennies en touchant les enfants de plus en plus tôt. les catalogues des jouets pour enfants, tels qu’analysés par la sociologue mona Zegaï, illustrent à merveille cette différenciation pour ainsi dire illimitée, selon l’âge et le sexe, une des faces du jouet comme modèle du marché de la consommation (Zegaï, 2010). sauf exception, la couleur des jouets et des pages qui les présentent dans les catalogues (bleu/rose) est aussi un marquage puissant des sexes, attei- gnant même aujourd’hui un essor consi- dérable. Cependant, on observe des changements intéressants : le cheval, apanage des hommes, est devenu un jouet et une activité de filles et de femmes, depuis qu’il ne sert plus ni à la guerre ni au travail. en perdant sa valeur d’utilité économique, le cheval devenu animal d’agrément, est « tombé du côté du féminin », c’est-à-dire du relationnel et du soin (Charles, 2011, 64). les historiens et les sociologues notent également que si la transgression de genre est souvent acceptée, voire encou- ragée pour les filles, elle n’est pas tolérée pour les garçons. on s’inquiète moins d’une fille qui joue au cow-boy ou à la guerre que d’un garçon qui joue à la poupée. du xvii e siècle à 1914, pourtant, tous les garçons sont passés par l’étape de la robe 8 . la marque de l’appartenance à un sexe s’observe à des détails. Chez les

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garçons, la robe est boutonnée devant, comme celle des clercs, chez les filles, derrière. un peu plus âgés, les garçon- nets portent des cols ou rabats d’hom- mes et des chapeaux à plumes, les filles arborent des béguins et des cols fémi- nins et, à la fin du xviii e siècle, un ruban plat fixé au dos de la robe, à ne pas confondre avec les lisières. puis, les garçons quittent la robe pour la soutane, appelée aussi jaquette au xviii e siècle. À partir de 1780, cette dernière est remplacée par le costume de matelot (la

mode et l’enfant, 2001, 13, l’enfant

chéri, 2003). si les historiens datent de la fin du xviii e siècle, l’invention de la seconde enfance – entre deux et sept ans – et de l’adolescence, le passage de la robe à la culotte pour les garçons s’opère au milieu de cette seconde enfance, à cinq ou six ans. C’est un véritable rite de passage. C’est à cet âge aussi que le garçon va découvrir les uniformes, notamment à l’école. les Jouets de prin- ces offrent toute une collection d’unifor- mes de soldats, grenadier, cuirassier, soldat de la garde etc. portés par les princes au xix e siècle, mime de la vie adulte qui les attend en principe et en même temps jeu et déguisement. À la fin du xviii e siècle, sous l’in- fluence de rousseau et des pédagogues, la mode s’est faite plus légère pour les petits garçons et les petites filles. libéra- trice, elle se poursuit quelques décennies au xix e siècle. les bambins déambulent en robe-chemise libre ou un peu resser- rée sous les bras. sous leur robe, les filles plus grandes portent des pantalons longs flottants. on sait que cette mode a influencé la mode féminine adulte. mais le retour à des normes plus compliquées, surtout pour les filles, aggrave la diffé- rence de sexe au cours de la seconde

moitié du siècle. tandis que les fillettes grandies doivent affronter corset, cerceaux, chapeaux et brodequins, suivant la mode imposée par leurs mères et découverte avec leurs poupées, leurs frères jouissent de plus de confort et de liberté : leur pantalon leur permet des exercices physiques variés qui ne sont guère recommandés pour les filles. si la layette se féminise indéniable- ment, elle connaît un spectaculaire retournement à la fin du xix e siècle. on passe d’un « système ouvert » (robe), comme l’appelle élisabeth Fisher (2006, 248 9 ), à un système qu’on pourrait appeler « mixte » (culotte et robe), puis à un « système fermé » (culotte). la masculinisation de la layette avec la culotte pour tous, enveloppée par une robe de type « jackson » ouvre vers la fin du xix e siècle la voie à la simplification. Conçue pour les garçonnets en 1905, la « barboteuse », une invention française, devient après 1920, le vêtement-clef du vestiaire du bébé. dessous, il porte une chemise et une brassière de laine trico- tée. puis on lui met une seule brassière à encolure américaine et enfin un « body » (1970), adaptation du justaucorps de sport pour femme : combinaison-culotte fermée à l’entrejambe couvrant une couche jetable. la layette réduite à l’essentiel, rêve des parents ? on découvre les bébés sexués d’un an à partir des années 1920. pour marquer la différence, on utilise des couleurs spécifiques et des vêtements différenciés. en 1945, la robe est exclusivement un vêtement de filles. mères et filles portent des vêtements proches, voire identiques dans les années 1960-1970, mais les familles aiment aussi souligner les liens entre frères et sœurs en leur mettant des habits dans la même gamme de couleur ou de forme.

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un paragraphe sur les couleurs s’im- pose, car il s’agit aujourd’hui d’un marqueur sexué de l’enfance très impor- tant qui affecte tous les objets de l’en- fance, jouets, chambre à coucher, vête- ments. selon la symbolique religieuse, le bleu caractérise la vierge marie, le

rouge, Jésus et le pourpre, dieu (pastou- reau, 2007). du xiii e siècle au xix e siècle, dans la peinture, la chemise du petit Jésus est de couleur rose. au xix e siècle,

si les filles ont été vouées au bleu, et les

garçons au rouge, en fait la couleur préférée pour les enfants de la bourgeoi- sie était le blanc, symbole de la pureté enfantine et aussi couleur bien pratique pour la lessive. dans les familles popu- laires, le marquage par la couleur était moins sensible car les enfants mettaient des vêtements dans des tons bruns, gris, taillés dans des restes de vêtements adultes. « d’abord lié à la féminité, le

bleu glisse tout au long du xx e siècle vers

la masculinité » (Charles, des jouets et

des hommes, 2011, 65). la première guerre mondiale a-t-elle joué un rôle dans cette inversion ? C’est possible.

l’uniforme du soldat, comme on le sait,

a changé, le pantalon garance, trop

voyant, est remplacé par un pantalon de

la même couleur que la capote, bleue. le

bleu est devenu un attribut du soldat :

comment continuer le code ancien du bleu pour les filles ? mais l’évolution était sans doute déjà en cours, et les assi- gnations probablement moins tran- chées. quoique qu’il en soit, le bleu devient la couleur idéale des panoplies de garçons (uniformes de policier, du pompier, etc.). mais ne l’oublions pas, la poupée Bleuette, lancée en 1905 par

léditeur de la semaine de suzette, a

encore de beaux jours à vivre (des jouets et des hommes, 2011, 172). l’explosion du rose pour les filles date de l’après

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seconde guerre mondiale et surtout de la fin du xx e siècle. elle concerne particu-

lièrement les classes défavorisées et la petite bourgeoisie. elle envahit l’ensem- ble des objets destinés aux petites filles, y compris leur mobilier, comme en témoi- gnent les annonces de chambres à coucher sur internet. les autres couleurs font de timides apparitions sans jamais conquérir une place dominante : le jaune apparaît dans les années 1930 et sera mis

à la mode avec la naissance de Caroline de monaco en 1957. vert, orange et jaune deviennent tendance aux états-

unis, en 1973, aux côtés des tons pastels,

à une époque où la mode unisexe était à

l’honneur (paoletti, 2012, 94). Faut-il voir dans cette différenciation toujours plus accentuée et précoce des objets de l’enfance, et notamment des couleurs, la marque d’une atténuation des différences des rôles masculins et féminins à l’âge adulte, avec l’accès des femmes à l’enseignement secondaire et supérieur, leur présence de plus en plus forte sur le marché du travail salarié, la participation des hommes aux tâches domestiques ? le caractère plus flou, plus interchangeable des rôles sociaux de sexe à l’âge adulte aurait-il imposé à la société de différencier les enfants selon leur sexe de plus en plus tôt et de plus en plus nettement ? alors qu’un siècle aupa- ravant, il était inutile de rappeler trop tôt les rôles sociaux que les sexes étaient appelés à remplir au sortir de l’enfance (rollet, 2014), puisque ces rôles étaient parfaitement intériorisés, aujourd’hui, les repères, plus flous, imposent-ils un marquage toujours plus fin et plus précoce ? mais cette différenciation n’est-elle pas liée aussi à l’échographie généralisée pendant la grossesse qui permet aux parents d’être fixés très tôt sur le sexe de leur enfant et de se prépa-

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rer à l’accueillir comme garçon ou comme fille ? n’est-ce pas aussi parce que le marché impose une segmentation toujours plus poussée pour augmenter la diversité de l’offre, et partant, pour stimuler la consommation ? sans oublier le rôle de l’enfant, intégré dans son cercle de pairs, qui indique très tôt ses préférences à ses parents…

Conditions de la production et de la commercialisation

tous les secteurs qui intéressent l’en- fance atteignent progressivement, au xix e siècle, un niveau industriel. il faudra attendre le xx e siècle pour que la chambre et son mobilier parviennent à ce stade. mais il est vrai qu’il s’agit là d’une autre échelle puisqu’il faut pouvoir disposer d’espace, espace qui sera pendant longtemps beaucoup plus restreint en ville qu’à la campagne. les travaux de michel manson (2001, 37-67) et de valérie inès de la ville (2011), fondés sur une méthode de recherche archivistique exemplaire, montrent comment s’est opéré le proces- sus dans le domaine du jouet. un proces- sus lent et non brutal comme le voudrait le concept de révolution industrielle. les bimbelotiers, qui travaillent l’étain et le plomb, sont dès le xv e siècle à l’origine de la fabrication des jouets, les merciers se chargeant de leur vente. Faisant venir leur marchandise des fabriques du nord de la France, du Jura, d’allemagne (nuremberg) et d’angleterre, les petits merciers sont des marchands ambulants qui transportent leur marchandise dans des hottes et étalent leurs trésors aux yeux d’un public de grands et de petits ébahis. au xviii e siècle, ce commerce est en expansion, il existe à paris plusieurs marchands spécialisés ayant pignon sur

rue depuis au moins le xiv e siècle

(schwartz, 2011, 37-43). l’historien en dénombre au total 800, entre 1750 et

1855. dans les magasins de la maison

Juhet, on dénombre 230 000 jouets en 1782 ! d’autres magasins s’installeront au xix e siècle, dont au polichinel

vampire, le nain bleu et la maison

giroux, rue du Coq saint honoré. l’industrialisation s’accélère après les expositions universelles de 1855 et de

1867. elle concerne les jouets, secteur

par secteur et même pièce par pièce, ce qui dépendait « des matériaux utilisés et de la nature de l’article » (la ville et manson, 2011 ; manson, 2011, 33). elle concerne d’abord la ferblanterie et, donc, tous les objets en métal et en tôle. la chromolithographie rend beaucoup plus rapide la décoration des pièces. plus tard, seront produites en série les têtes de poupée en porcelaine moulées et le fabricant Jumeau installera sa grande usine de montreuil en 1873. la produc- tion croît vite, le nombre d’ouvriers impliqués passe de 1 800, en 1849, à près de 6 000, en 1878. léo Clarétie cite le chiffre de 25 000 ouvriers parisiens que le jouet fait vivre à paris, en 1902 (la ville et manson, 2011, 2). la concurrence, notamment allemande, s’exacerbe, les entreprises se concen- trent, les chiffres d’affaires augmentent, la responsabilité sociale des fabricants à l’égard des enfants est engagée à la fin du xix e siècle (la ville et manson, 2011). la mode des étrennes – le jour de l’an, puis noël –, donnent une extension considérable au marché du jouet jusqu’à nos jours (manson, 2005). l’introduc- tion du plastique, à partir des années 1960, révolutionne ce secteur dont l’his- toire économique reste à écrire. en ce qui concerne l’histoire très récente du jeu vidéo, certains analystes la décomposent,

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à partir de 1972, en cycles de six ans (le diberder, 2002). michel manson tord le cou à l’idée selon laquelle les jouets auraient été réservés à une minorité d’enfants, ceux des familles riches. il démontre qu’au- delà de la fabrication domestique (dont une très belle image est donnée dans le catalogue de l’exposition de 2011, (des

jouets et des hommes, 46, il s’agit d’une

petite paysanne à la poupée), il existait, dès le xviii e siècle, toute une production de jouets bon marché et accessibles aux gens modestes. il donne le détail de ce qu’on pouvait acheter, en 1782, pour moins d’un sou : hochets d’osier, mouli- net à vent, trompette tournée, petites flûtes, etc. la gamme était large :

240 livres pour une berline anglaise, quelques livres pour des poupées, poli- chinelles, soldats, chapelles et enfin, moins de un sou pour de modiques joujoux. l’industrialisation a accéléré la démocratisation du jouet à la fin du xix e siècle et au xx e siècle. on peut faire le même constat pour la garde-robe des enfants. dès les xvii e et xviii e siècles, chaussures (en tissu) et sous-vêtements pour les petits enfants sont confectionnés en gros. dans les années 1820, grossistes et détaillants énumèrent leurs produits, souliers, blouses, manteaux, lingerie pour enfants. Ce sont en effet les lingères (dont la corporation est ancienne), puis les maisons de lingerie qui confection- nent les dessous et les dessus des petits enfants, devançant la production en gros des sous-vêtements féminins. vers 1880, les grands magasins disposent de trois comptoirs, pour la layette (jusqu’à deux ans), pour les garçonnets et pour les fillettes. la France rencontre dans ce secteur la concurrence britannique, dans les matériaux (coton) mais aussi dans les

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formes. puis se fera sentir la mode américaine avec les robes « fin de siècle ». la production se diversifie, de grands couturiers ne dédaignent pas associer leur nom à la mode enfantine (la mode

et l’enfant, 2001).

Ce domaine des produits de consom- mation pour les enfants est devenu un secteur important de l’économie, avec des spécificités certaines, notamment la concentration des achats en fin d’année. les « friandises » sont des objets certes éphémères mais combien importants pour les enfants puisqu’ils sont le jeu de négociations intergénérationnelles et entre pairs. l’interface recherche/entre- prise est certainement un enjeu de ce début du xxi e siècle, lorsqu’on sait qu’un enfant coûte en France, en moyenne, 4 500 € par an (6 000 € pour le premier). la crise économique, qui suscite la pratique de l’« achat malin », de l’occasion, du prêt, mérite attention. le recyclage a-t-il le vent en poupe en ce début du xxi e siècle ? evidemment, ce qui se joue aujourd’- hui, ce sont les goûts et les désirs des consommateurs directs, les enfants. l’en- fant consommateur et prescripteur est devenu en France un thème de recherche très récent 10 , alors qu’il a déjà fait l’objet de nombreuses études aux états-unis et au Canada (Cook, 2000, 2013). la publi- cité qui leur est destinée montre que l’enfant est « accroché » directement, dès le tournant des années 1900, mais que l’of- fensive en leur direction bondit entre les deux guerres et surtout après la seconde guerre mondiale. Ce sont bien eux qui sont les cibles des publicitaires car il s’agit d’un « public en or » en somme. C’est à ce moment-là que se segmente le marché, entre âges, sexes et classes sociales (de iulio 2000 ; marshall, 2010 ; la ville,

2005).

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AUTOUR DE LENFANT

Bien que, selon Joanne Bailey, nous serions encore dans la phase révision- niste post-ariès (1960) et stone (1977) visant à critiquer et démonter leurs thèses sur les familles anciennes froides et peu sensibles aux spécificités des enfants (Bailey, 2007, 210), nous pouvons cependant considérer que la page est tournée au vu du renouvelle- ment des questionnements et des travaux. au-delà du couple père-mère, l’intérêt marqué pour tous les parents, liés par le sang ou par l’alliance, qui entourent chaque enfant et avec qui ils développent des relations liées à la co- résidence, les fêtes familiales, les multi- ples occasions de soutien moral et maté- riel en sont un premier signe. dans ces multiples relations familiales se distin- guent des liens verticaux entre adultes et enfants et d’autres, horizontaux, entre enfants de tous âges. enfin, autre signe du changement, la violence faite aux enfants est devenue un sujet d’enquête de même que l’on se penche sur les sour- ces produites par les plus jeunes.

les adultes

dans l’historiographie, les relations parents/enfants et l’histoire des pères et des mères ont été placées au centre de l’attention générale, dès 1960 et ce jusqu’aux années 1990. dans tous les ouvrages de synthèse sortis depuis (Barbagli et Kertzer, 2001 ; Berry et Foyster, 2007 ; heywood, 2001 ; ozment, 2001 ; rollet, 2001a ; minvielle, 2010b), les relations dans la famille sont évoquées en privilégiant ces liens verticaux. pour dépasser la notion de « sentiment de l’enfance » (ariès) et la question de l’affection des parents, qui ont longtemps prévalu, les historiens

interrogent la parentalité/parenting, l’art d’être parent, une notion venue du champ de la psychologie qui prend en

compte à la fois l’exercice de la parenté ou l’accès juridique à celle-ci, la pratique et l’expérience subjective le tout étant lié à des normes et modèles (schneider, mietkiewicz, Bouyer, 2005 ; neyrand, 2000 ; Bailey, 2007 ; Bergonnier-dupuy, durning, 2013). attitudes et comporte- ments des parents dépendant de l’état des connaissances et représentations sur l’enfance, il convient donc d’être parti- culièrement attentif aux modèles, prégnants ou nouveaux dans la société à un moment donné. un récent colloque de la sdh s’est d’ailleurs interrogé sur l’histoire et les normes de la parentalité du moyen Âge au xxi e siècle

adh,

(popolazione

2013, 1). la confrontation de la parentalité dans ses aspects pratiques et des repré- sentations qui lui sont liées intéresse particulièrement les historiens. toute une littérature adressée aux parents a fleuri, aux xvii e -xviii e siècles, afin de les guider dans leur ambition de se confor- mer au modèle de la famille chrétienne idéale (daumas, 2003 ; Walch, 2003). Ces livres d’avis ont même tendance à se multiplier ensuite (popiel, 2004). modernistes et contemporanéistes ont tenté par ailleurs de dégager l’idée que se font les parents de leur charge au travers de sources aussi différentes que les écrits personnels, les sources judiciaires et administratives. anthony Fletcher a remarquablement mis en évidence comment les pères et mères anglais évaluaient – il emploie le terme de « performance » –, leur pratique dans leurs journaux et correspondances. on voit ainsi des parents en quête de conseils et de réconfort auprès des autres, qui

storia,

2013 ;

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didier lett, isaBelle roBin et Catherine rollet

écrivent aussi pour mieux réfléchir sur leurs choix d’éducation ou bien simple- ment pour rendre compte de leurs obser- vations et actions (Becchi, 2004 ; dekker, 2002 ; Fletcher, 2008 ; rollet, 2012). plus que des ruptures, a. Fletcher note la continuité sur trois siècles (1600- 1914), du côté des mères de la bonne société anglaise très impliquées dans leur rôle éducatif et la balance des pères, entre autorité et affection, qui penche plus du côté de l’expression des sentiments à partir du xviii e siècle, sans que l’on puisse généraliser cette affirmation. l’époque contemporaine apporte beau- coup de savoirs nouveaux sur les enfants, leur développement et leurs besoins, largement diffusés par l’imprimé, notam- ment un rapprochement de la psychana- lyse avec la psychiatrie et la pédiatrie qui change les contours de la parentalité (neyrand, 2000 ; turmel, 2008). des politiques de santé publique (lefort, 2011, perdiguero-gil, 2007) et de multi- ples dispositifs d’encadrement des familles se font également les relais de ces nouveaux savoirs et influent sur les pratiques parentales. les programmes d’activités proposées à l’école des parents de genève livrent un exposé de la parenta- lité et témoignent de ce qui fait sens pour des professionnel(le)s qui souhaitent « soutenir les parents dans leurs tâches éducatives » (odier da Cruz, 2013). devant la justice, dans les affaires patrimoniales ou bien celles d’adultères et de violences exercées dans la famille, les parents, tout comme les voisins, s’ex- priment mais sur un mode de reproche et de dénonciation. une lecture en creux révèle ce que l’on attend de chacun pour qu’il ou elle soit considéré(e) comme un bon père ou une bonne mère (Bailey, 2007 ; doyon, 2005 et 2009 ; steinberg, 2009). plus encore, ces affaires devant la

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justice mettent à jour les tensions entre époux provoquées par l’état de parents (Bailey, 2007). la place et la perception de l’expé- rience des mères, le statut juridique et le rôle politique de la maternité, conti- nuent de donner lieu à des publications nombreuses et variées (Cova, 2004 ; doyon, 2005 ; d’amelia, 2001 ; popiel, 2004 ; gojard, 2010 ; lefort, 2011), qui viennent compléter une bibliographie déjà conséquente sur le sujet. une autre piste, jusque-là moins défrichée, connaît depuis plusieurs années un développe- ment certain dans les sciences humaines. en effet, les pères et leur rôle auprès de leurs enfants sont le sujet de bien des travaux en psychologie (lamb, 2000), en sociologie (neyrand, 2000) et les historiens ne sont pas en reste (Certin, 2011). l’accès à la paternité apparaît aussi comme une étape essen- tielle pour devenir un homme adulte. Comme l’écrit rachel e. moss,

« Without heirs, a man is not a man ; he is still a son rather than a father, and so is still in a subordinate position […]. Without an heir, a man has only a past,

not a future » (moss, 2013, 73). un des modèles de paternité proposés, surtout à partir du xv e siècle, est Joseph, un père bien spécifique, ni biologique, ni spiri- tuel, ni même adoptif, un père putatif qui connaît une forte valorisation dans l’iconographie et les textes (payan, 2006 ; villasenor Black, 2006). une des facettes de cette paternité de Joseph est l’implication dans les soins prodigués aux enfants, le suivi de l’éducation, des fonctions dans lesquelles bon nombre de pères, dès le moyen Âge mais plus encore à partir de l’époque moderne, pouvaient se reconnaître. les travaux récents sur la paternité s’at- tachent d’ailleurs à nuancer l’évolution

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déjà repérée des pères du modèle patriar- cal et sévère à celui du père aimant et accessible. d’une part, tous les pères du moyen Âge et de la première modernité n’étaient pas des patriarches autoritaires et pouvaient être conscients des limites de leur autorité (Cavallo, 2006 ; dekker, 2002 ; lett, 2000 ; ozment, 2001) et, d’autre part, un nouveau modèle ne chasse pas le précédent, bien au contraire, ils coexistent et parfois dans la même personne, puisque les devoirs paternels envers les enfants, eux, n’ont pas changé. C’est ce que Kate retford, entre autres, a voulu démontrer dans son analyse des portraits de pères avec leur progéniture (retford, 2006). quant aux enfants, incarnation de la lignée, ils ne sont pas égaux devant leur père, même si les relations d’affection et d’in- timité sont bien palpables. habillés selon leur âge et leur sexe, leur rang dans la fratrie demeure une donnée fonda- mentale, ainsi la position de l’héritier dans ces portraits n’est jamais anodine. la figure du père est également revue à la lumière des exemples de pères-puéri- culteurs des élites, qui suivaient pas à pas et soignaient leurs enfants en lisant péda- gogues et médecins. Ces pères anxieux et affectueux endossaient un rôle bien différent de celui de guide sévère des enfants vers le monde des adultes. ils pouvaient même, à l’occasion, jouer les intermédiaires entre les femmes de la maison et le médecin (Becchi, 2004). Cette conscience et cette manière d’être père est bien documentée pour les élites (dekker, 2002 ; Fletcher, 2008 ; ozment, 2001). dans d’autres milieux sociaux, des moments de crise peuvent aussi se révéler propices à une prise de conscience de la paternité. la séparation lors des départs sur le front, en 1914, a provoqué des bouleversements dans la

vie des familles et notamment chez les plus jeunes. toutefois, cette expérience de l’absence a également eu pour conséquence positive une « invention des pères ». Ces derniers se sont décou- verts pères, dans le sens le plus affectif du terme et de façon très aigue, en ces circonstances tragiques (pignot, 2010). si au début de l’époque moderne en europe, l’autorité paternelle du chef de famille semble investie d’un surplus de reconnaissance, celle-ci se voit ensuite remise en cause, par exemple, par le pouvoir royal français au xvii e siècle, quand le monarque décide de retirer des enfants protestants à leurs parents afin de les convertir et les élever dans la foi catholique. Cela pose question car les décisions prises impliquent la négation de la puissance paternelle, au nom de la perversion des familles huguenotes et de la nécessaire protection des enfants (Joblin, 2010). le deuxième temps de cette réduction de l’autorité paternelle vient avec la révolution qui légifère dans ce sens : partage égalitaire, statut des illégitimes, majorité à 21 ans, tout en valorisant une « nouvelle paternité ». les enquêtes dans les archives de la justice mettent à jour les relations intra- familiales et l’appropriation par les Fran- çais de ces nouveaux droits, tout comme les résistances dans certaines régions où l’égalité des enfants contrarie la tradition (daumas, 2003 ; desan, 2004). philippe daumas voit dans la multipli- cation des attitudes agressives et des manques aux devoirs de la famille de la part des enfants vis-à-vis des parents une remise en cause de l’autorité des parents. de son côté, susan desan note l’exi- gence de réciprocité dans les relations familiales puis, au temps du directoire, la réaction conservatrice des idées sur la maternité et la paternité.

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la famille ne se limite pas à la co-rési- dence et les relations familiales débor- dent largement ce cadre finalement restreint. Comme le rappellent Jean- François Chauvard et angela groppi, il est nécessaire d’élargir notre focale et de ne pas se contenter, si intéressantes soient-elles, des relations parents- enfants afin d’envisager la place et le rôle des autres adultes qui entourent les enfants, qui participent à l’éducation et contribuent eux aussi à transmettre des valeurs et des comportements (Chau- vard & groppi, 2011, 312) et ceci d’au- tant plus que la parenté élargie et, au- delà, la communauté, ont longtemps tenu un rôle dans la formation et l’édu- cation des enfants. en se restreignant à la famille conjugale, on met de côté tout un pan de la socialisation des enfants, très présent du moyen Âge à l’époque moderne (Cavallo, 2010, 29). quand on considère la position de chacun dans la parenté, on note qu’un groupe assez varié d’adultes plus ou moins apparentés gravite autour des enfants. Ces aïeux, oncles et tantes ou parrains, mais aussi beaux-parents deviennent parfois des parents de substi- tution auprès des mineurs. viennent en premier lieu les beaux-parents, commu- nément appelés marâtres et parâtres qui, par le biais du remariage d’un parent survivant, entrent dans le foyer d’enfants et prennent part à leur vie et leur éduca- tion, quand ils n’en deviennent pas les seuls tuteurs en cas de décès du parent naturel. les belles-mères jouent un rôle social de premier plan dans les familles recomposées, car elles assument de lour- des responsabilités et une position diffi- cile face aux enfants du premier lit (arnoul, 2007 ; perrier, 2005, 2006 ; robin-romero, 2006 ; solignat, 2013). les témoignages des hommes remariés

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dessinent un modèle de belle-mère aimante et dévouée qui veille également sur les enfants des différents lits. les éloges taisent peut-être les mauvaises expériences pour laisser aux enfants une image édifiante de leur propre père, qui a accompli son devoir en leur donnant une seconde mère (arnoul, 2007). les portraits de ces femmes se révèlent plus complexes que ne le laissent supposer les représentations les plus communes qui font des belles-mères des marâtres mani- pulatrices et cruelles, peu enclines à se soucier du bien-être des enfants qui ne sont pas de leur chair. l’intégration réus- sie est une réalité, bien que devant notaire on prenne souvent bien des précautions pour protéger les biens des enfants du premier lit (perrier, 2006 ; Bellavitis, 2008). Comme pour les pères et mères, se fait jour un déséquilibre masculin/féminin, si les marâtres, peut- être en raison des contes de fées, ont déjà suscité de la curiosité et des travaux, les beaux-pères sont encore très mal connus (Brunet, 2013). d’autres personnes sont appelées, par la justice ou simplement dans les faits, à endosser le rôle d’adulte protecteur, si ce n’est de véritable père ou mère de substitution, auprès de jeunes enfants (gourdon, 2001 ; trévisi, 2008 ; Feci, 2010) 11 .

la violence

deux explications liées à l’historio- graphie peuvent être apportées à l’émergence du thème de la violence des adultes sur les enfants. d’après rudolf dekker, les premiers historiens de l’enfance 12 ont construit une légende noire de l’enfance d’autrefois. un renversement complet a suivi, qui a défendu l’idée de la constance de l’amour des parents vis-à-vis de leurs

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enfants (mac Farlane, 1970 ; pollock, 1983). légende noire et légende rose ont imposé de prendre parti et, finale- ment, empêché d’envisager d’autres approches (dekker, 2002, 4). depuis une dizaine d’années, d’une part, la prise de distance à l’égard de la néces- sité de montrer une vision positive de l’enfance (et donc uniquement de souligner l’affection), notamment pour les périodes les plus anciennes, et l’in- sistance nouvelle sur la pluralité des situations dans lesquelles vivaient les enfants ont permis de voir éclore davantage d’études sur l’enfance maltraitée, violentée, tuée… d’autre part, une reconsidération de la présence évidente de la violence et de la négli- gence dans la vie des enfants dans les sociétés anciennes, que lloyd de mause avait mis en exergue dans les années soixante-dix, ont amené l. Brockliss et h. montgomery, sans abonder dans le sens de la thèse de de mause, à mettre en chantier un ouvrage entièrement consacré au sujet (Broc- kliss & montgomery, 2010). leur interrogation principale porte sur les limites entre la norme et l’abus, selon les périodes et sur les moments, et la façon dont ces frontières ont bougé. nous avons évoqué plus haut les nombreux travaux portant sur les rapts et enlèvements forcés d’enfants, bien étudiés pour les époques modernes et surtout contemporaines, nous voudrions ici mettre en lumière les violences commises dans le cercle domestique. dans la famille, les rapports d’autorité sont construits autour de règles intériorisées et de droits acceptés par tous, comme le droit de correction, cependant l’exercice de l’au- torité suppose une certaine mesure, recommandée par tous les livres d’avis

sur l’éducation (muller, 2010), bien difficile à établir dans la pratique, et qui peut susciter parfois une réflexion pater- nelle mais aussi des remarques ou des plaintes en justice en cas d’abus (doyon, 2009 ; Bailey, 2007). la question posée est celle d’une conscience nouvelle des abus qui accompagne la contestation du droit de correction paternel à partir de l’époque moderne. en général, on ne porte pas plainte pour mauvais traite- ments infligés par les adultes sur les enfants. Ces sévices sont à la fois non punis et peu étudiés par les historiens. néanmoins, des abus sont reconnus pour tels, vers 1760, par le parlement de paris qui commence à stigmatiser les violences faites aux enfants par leur(s) parent(s) (doyon, 2009). dans le cadre de l’apprentissage également, des cas sont portés devant la justice anglaise (Brockliss, 2010, 176). on peut penser que cette évolution est le résultat d’une demande, au xviii e siècle, de protection pénale des enfants dans la société, de l’émergence de la reconnaissance de l’in- dividu et de ses droits, ce que d’autres travaux pourraient à l’avenir confirmer ou infirmer. la violence sexuelle qui peut s’exercer dans la famille traduit le plus souvent un rapport de genre, notamment la posi- tion de pouvoir du père ou des frères (Cliche, 2003 ; giuliani, 2009, 2014), mais pas seulement, puisque Fabienne giuliani prend en compte dans son étude l’inceste féminin, impensé par les juristes, mais qu’elle débusque dans les écrits médicaux et les affaires de maltrai- tance maternelle. elle insiste bien sur la rupture du lien familial qui caractérise, selon elle, l’inceste. les travaux récents, essentiellement de l’époque moderne et contemporaine, portant sur le viol et la pédophilie

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(ambroise-rendu, 2014), attestent également d’une volonté des historiens de l’enfance de traquer les violences

exercées sur les plus-petits dans toutes leurs dimensions et dans leurs aspects les plus dramatiques. le dossier des travaux sur l’infanticide présente avant tout une collection d’études de cas (demars-sion,

2001 ; mathieu, 2006 ; Folain, 2010 ;

minvielle, 2010a ; regina, 2010 ; roth,

2001 ; tillier, 2011 ; trévisi, 2003).

Cependant, d’autres approches compa- ratistes ou monographiques existent (tinkova, 2005 ; ingram, 2010 ; tillier, 2001). avec ce sujet, on touche autant à l’histoire de la justice et de la répression,

celle des femmes et notamment des jeunes filles ou des veuves, qu’à celle de la place et du statut des enfants illégiti- mes dans une société et une époque donnée. tous s’interrogent sur le statut de ce crime devant la justice et dans la société, qui met en jeu l’honneur et la sexualité. ils soulignent une même évolution générale : vers une moindre sévérité des condamnations, voire la multiplication des relaxes faute de preu- ves,² dès le xvii e siècle en angleterre, au cours du xviii e siècle en France et dans les pays des habsbourg. la violence exercée par des jeunes dans le cadre familial ou non peut être une réponse à celle des relations entre les générations – parents et enfants, adultes et jeunes –, dans un contexte donné. l’histoire du parricide au xix e siècle éclaire ces rapports de force conflictuels en soulignant le dysfonc- tionnement du lien familial et l’aspira- tion des plus jeunes à trouver une place dans la lignée, particulièrement au moment de l’entrée dans l’âge adulte, et ce dans les régions de France où le Code civil a introduit des limites au droit successoral ancestral pratiqué

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sous l’ancien régime comme dans d’autres où la famille nucléaire est la norme depuis fort longtemps (lapalus,

2004).

les relations adelphiques

depuis une quinzaine d’années, que ce soit lors de colloques internationaux ou dans des publications particulières, l’étude des relations adelphiques s’est considérablement développée (Boud- jaaba, dousset et mouysset, 2015 ; Cassagnes-Brouquet et Yvernault,

2007 ; european review of history,

2010 ; godeau & troubetskoy, 2003 ; Johnson & sabean, 2011 ; lett, 2004, 2008, 2009b ; millet et Yavneh, 2006 ; oris, Brunet, Widmer et Bideau, 2007). agnès Fine (Fine, 2008, 2011, 2012) et didier lett (lett, 2011, 2012) ont, à plusieurs reprises, présenté des mises au point sur ces recherches en europe qui s’écrivent en étroite relation avec les travaux des littéraires, des sociologues et des psychologues. on notera que ces liens ne sont évidemment pas limités à un âge de la vie et ressortent du domaine des études plus larges sur la parenté, présenté dans un autre article de cette livraison des adh. de plus, dans les publications citées ci-dessus, beaucoup plus de contributions portent sur l’âge adulte que sur l’enfance, peut-être plus difficile à documenter. les évidentes tensions créés par la primogéniture n’épuisent pas l’analyse des relations entre frères et sœurs. la solidarité fraternelle et familiale et les liens affectifs personnels prennent aussi naissance dans la fratrie. Cela se fait-il dans le temps de l’enfance ? ou plus tard ? la question n’est pas négligeable car il apparaît que les frères et sœurs ne

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vivent pas toujours sous le même toit, ou de façon continue ensemble, du moins dans les familles des élites italiennes (Borello, 2010 ; Feci, 2010) et les familles recomposées. et l’on peut penser que le placement des plus grands en métier entraîne également la sépara- tion des membres de fratries d’âges différents dans les catégories artisanales et marchandes ou bien chez les cultiva- teurs. paradoxalement, l’éloignement du domicile familial, soit l’envoi de frères ou de sœurs en pension au collège ou au couvent où ils partagent la même expérience et la même chambre, peut contribuer à créer et renforcer ce lien fraternel (Borello, 2010). la co- résidence « en famille » amène parfois la rencontre d’enfants de lits différents. le lexique ancien – « frère utérin » par exemple –, est dans les études aujour- d’hui parfois remplacé par un vocabu- laire emprunté aux sociologues – demi- frères/sœurs, quasi-frères/sœurs –, qui permet de nommer précisément ces liens particuliers qui unissent des enfants vivant sous le même toit, parta- geant ou non un parent biologique (poittevin, 2006). Cette piste est encore trop peu explorée pour elle-même, si l’on fait exception des écrits de sylvie perrier (perrier, 2000). outre l’expé- rience de la vie entre frères et sœurs, ce qui sous-tend ces relations adelphiques tient également des intérêts familiaux partagés et d’un sens du devoir des aînés envers les cadets, comme de la conscience de leur position de mâles des frères sur leurs sœurs (Feci, 2010).

les enfants acteurs de leur vie et auteurs

parmi les remarques critiques et introductives aux travaux de synthèse ou collectifs, il est fréquent de rappeler

le biais fondamental de l’histoire des enfants qui est écrite avec des sources émanant d’adultes, ce qui se traduit souvent par un net penchant à exami- ner la représentation de l’enfance dans un contexte donné plus que les enfants eux-mêmes (après bien d’autres, Cunningham, 2005,1 ère éd. 1995). ils sont sujets des documents ou destina- taires mais leur voix ne se fait pas entendre (Chauvard & groppi, 2011, 313). on tente aujourd’hui, de manière générale, une approche diffé- rente, plus centrée sur les enfants, et qui, parfois, est construite à partir de sources produites par eux. Cette évolu- tion tient à la fois des réflexions des sociologues des années 1990 (prout & James, 1990) et du regain d’intérêt des historiens pour les écrits personnels ou égo-documents 13 . du côté de la socio- logie, selon alan prout et allison James, les enfants doivent être considé- rés comme des acteurs à part entière de leur vie. ils ne sont pas seulement façonnés et éduqués par les adultes

mais ils interagissent avec eux. À partir de ce postulat, de nouvelles questions peuvent être posées par les historiens :

comment des enfants réagissent-ils face

à leur environnement ? Comment agis-

sent-ils sur lui et sur leur entourage (heywood, 2001, 2007) ? ainsi, dans l’interaction parent/en- fant, les effets de la présence et des actes des enfants sur leurs parents sont

à prendre en considération. on peut, à

cet effet, simplement rappeler que, pour Jean-Jacques rousseau, un enfant choyé et allaité par sa mère rapproche les parents puisqu’il ramène l’homme à son devoir de père et d’époux 14 . dans le cadre familial, en grandissant, des enfants désobéissent parfois et provo- quent éventuellement lamentations et

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irritation chez leurs père et mère, voire un recours à la police ou la justice pour un choix, jugé mauvais, de conjoint, de profession, une entrée contestée dans les ordres ou l’armée (Cavallo, 2006). même dans les institutions de secours, on peut tenter, à l’instar de thomas max safley, dont le propos est servi par des sources – les orphans Books d’augsbourg –, exceptionnelle- ment riches, de mieux individualiser les enfants et de scruter la capacité de décision des orphelins et leur action dans et parfois contre l’institution (safley, 2005). il est difficile d’envisager de telles pistes sans avoir recours à des écrits personnels – autobiographies, mémoi- res d’enfance – et pour approcher au plus près les expériences de ce temps de la vie, ceux produits par des enfants – journaux et correspondances aux- quels on peut également ajouter les dessins, autre mode d’expression remarquable des plus jeunes d’entre eux –, se révèlent très précieux. malgré la difficulté d’approche et d’interpréta- tion, certains ouvrages parus récem- ment se sont risqués, avec succès, dans cette voie et nous proposent des expé- riences enfantines racontées par des enfants dans des contextes culturels et temporels différents. pour ces auteurs, le temps de l’hyper- critique et du rejet des écrits person- nels en général au nom de leur subjec- tivité ou de leur non-représentativité est passé. néanmoins cela n’élimine pas tout examen des conditions d’éla- boration de ces sources. s’agissant de productions d’enfants ou d’adoles- cents, la question du contrôle des adul- tes mérite d’être posée. manon pignot explique que les dessins des deux écoles parisiennes, du début du xx e siècle,

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qu’elle a étudiées ont été faits en classe dans le cadre d’un concours, pourtant cette contrainte n’empêche pas une transmission de l’expérience person- nelle des enfants. elle note d’ailleurs le moindre conformisme des plus jeunes (pignot, 2004, 2012). quant aux jour- naux, ils peuvent être véritablement intimes et hors de portée des adultes (Fletcher, 2008 ; pignot, 2012) ou bien écrits sous contrôle parental (heywood, 2007 ; Baggerman et dekker, 2010 ; tiron, 2013). en l’oc- currence, ce travail d’introspection demandé et régulièrement lu par les parents fait partie du plan d’éducation parental auquel se soumet l’enfant, avec réticence parfois. À la fin du xviii e siècle, le journal d’otto van eck rend compte de la petite guerre qu’oc- casionne ce devoir d’écriture entre les parents et leur fils ; celui-ci sait bien, après quelques années, prendre les choses en main et, par exemple, négo- cier de n’écrire qu’une fois par semaine, ou bien faire connaître par le biais du journal son opinion ou ses aspirations. de ce devoir imposé, il apprend donc à tirer parti pour influencer les adultes. le contrôle parental ne disqualifie pas la source, au contraire, il existe toute une lecture de l’intériorisation des normes enseignées qu’il est intéressant de suivre au fil du journal (heywood, 2007). écrits ou produits pendant le temps de l’éducation, ces textes permettent de mieux comprendre les objectifs de celle-ci et, au final, d’en apprécier les résultats. les parents d’otto, en personnes cultivées, ont lu et discuté un certain nombre d’idées en circula- tion à leur époque, qu’ils ont voulu mettre en application dans l’éducation de leur fils ; il est intéressant d’en lire le

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résultat dans le journal. on notera au passage que le changement de point de vue et de source permet d’accomplir le chemin inverse de celui des historiens de l’enfance, qui souvent lisent les adultes pour tenter d’approcher les enfants. enfin, ces sources particulières nous ouvrent de nouvelles perspecti- ves : découvrir l’europe révolution- naire avec otto van eck, vivre la grande guerre et son cortège de diffi- cultés quotidiennes – froid, faim, violence – mais surtout l’occupation allemande dans l’est de la France avec les jeunes diaristes apporte un nouvel éclairage sur ce que l’on connaît par ailleurs.

CONCLUSION

au fil des lectures, nous avons dû, en tentant de dégager les grands thèmes qui structurent l’histoire des enfants, écarter bien des pistes qui mériteraient évidemment d’être recensées longue- ment elles aussi. d’une part, l’espace abordé dans ce chapitre se cantonne à l’europe de l’ouest, scandinavie comprise et aborde l’amérique, en lais- sant de côté l’europe orientale, où des travaux émergent. d’autre part, certains thèmes ne pouvaient égale- ment trouver place dans cette recen- sion. nous pensons par exemple aux travaux sur la santé et la protection sociale des enfants, sur l’émergence des droits des enfants à l’époque contem- poraine, sur la socialisation dans les cadres religieux, scolaires, et de loisirs ou bien encore sur la délinquance. nous nous sommes concentrés sur la façon dont on appréhende la place des enfants dans les familles et, par-là, dans la société, en s’intéressant aux objets qu’ils utilisent, aux espaces qui

leurs sont réservés dans le foyer, aux liens qu’ils tissent avec leur parenté, mais aussi sur la prise en compte par les historiens de la diversité des expé- riences des enfants. tout en constatant un recul du nombre des travaux de synthèse sur l’histoire des enfants dans cette dernière décennie, il s’est avéré cependant que des publications extrê- mement diverses et nombreuses étaient parues, dont il était difficile de faire une liste complète, mais qui attestent de la richesse et de la vitalité de ce champ de recherches. trois dossiers nous paraissent en voie de renouvellement : les illégitimes, la violence et la culture enfantine. ils pourraient peut-être faire l’objet de plus larges développements dans les années à venir. par ailleurs, il apparaît clairement que l’histoire du genre, émergente à la fin du xx e siècle, s’af- firme désormais comme un question- nement transversal qui transcende toutes les thématiques, comme le montrent les riches développements sur la construction de la féminité et de la masculinité, l’histoire matérielle et celle du lien familial. le vécu des indi- vidus, ici en l’occurrence des enfants, semble également un thème majeur de cette dernière décennie de recherche. il permet d’éclairer de manière très neuve les aspects matériels, les relations et les expériences de l’enfance (octobre, 2010). l’adoption du point de vue des plus jeunes a déjà enrichi l’historiogra- phie de la famille et de la parenté. Ce nouveau point de vue est une piste encore largement prometteuse, d’au- tant que cela peut se faire en variant les contextes, notamment en recoupant d’autres champs historiques particuliè- rement dynamiques comme celui des sociétés coloniales par exemple

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didier lett, isaBelle roBin et Catherine rollet

(marten, 2007 ; Cousseau, 2011). l’ambition d’écrire une histoire « à hauteur d’enfant » (pignot, 2012) est plus que louable, le faire uniquement avec des sources émanant d’eux est une utopie, car ces documents sont très rares avant le xviii e siècle. quoique nous puissions toujours espérer la mise à jour de sources inédites, qui donne- raient lieu à des travaux nouveaux, cela ne peut constituer qu’une des pistes, encore pleine de promesses, de

l’histoire des enfants qui devrait encore grandir dans les années à venir.

didier lett,

université paris vii didier.lett@wanadoo.fr

isabelle roBin,

université paris-sorbonne isabelle.romero@paris-sorbonne.fr

Catherine rollet,

université versailles-saint-quentin crollet@club-internet.fr

NOTES

1. Cette association inamovible n’est pas

sans poser des problèmes épistémologiques. outre qu’elle décline ces trois objets d’étude au singulier, limitant l’enfant, la famille et la femme en occident à des concepts univer- sels qui se voient refuser la pluralité et la complexité des hommes et du reste des structures portantes de la société, elle conti- nue à amarrer solidement l’enfant à la femme de la famille (la mère), tendance ancienne et quasiment originelle des premiers travaux sur l’enfance.

2. Ce constat était particulièrement vrai

pour l’époque médiévale, voir dasen, lett, morel, rollet, 2001, 18-20.

3. on peut cependant noter l’ouvrage collectif et pluridisciplinaire (historiens, historiens de l’art et littéraires), concernant la perception de l’enfance au xvii e siècle, finalement assez peu étudiée auparavant car perçue par philippe ariès comme le moment central des changements dans la perception de l’enfance dans l’histoire (defrance, lopez et ruggiu, 2007).

4. parmi une très abondante bibliographie

sur ces thèmes, on peut citer Bensa, 2006 ; Bazin, 2008 ; revel, 1996 ; ginzburg, 2010 ; naepels, 2010 ; lett, 2012.

5. on peut lire dans l’introduction de

l’ouvrage (chapitre 1) : « the approach i take

in this book develops an archaelogy of child- hood through the application of two critical concepts: socialization and gender » (Baxter,

2006, 2).

6. dans un entretien daté de 1978, « la

‘jeunesse’ n’est qu’un mot », pierre Bourdieu soulignait que les divisions entre les âges étaient arbitraires, variables selon les socié- tés, objets de manipulations et qu’il fallait toujours soigneusement distinguer âge biologique et âge social (Bourdieu, 1978). dans l’introduction de la storia dei giovanni, en 1994, giovanni levi et Jean- Claude schmitt notaient : “Come le altre età

della vita, ma forse in misura più accentuata, anche la giovinezza è una costruzione sociale

e culturale (levi et schmitt, 1994, vi). 7. Ce titre des « objets de l’enfance » forme un numéro récent des Cahiers du genre, n° 49, 2010/2 et reprend le titre d’un article ancien rédigé par Françoise piponnier pour le

numéro spécial enfant et sociétés des adh

(1973, 69-71). Cette auteure estimait à l’époque que les « séries et les vues synthétiques » seraient encore pour « un avenir éloigné » (p. 69). Ce temps est-il venu?

8. Cette histoire de robe pour tous fait

commettre à gary Cross (2013, p. 270) une erreur d’interprétation des données icono- graphiques lorsqu’il écrit que, d’après les

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portraits, les jouets étaient plus disponibles pour les garçons que pour les filles : 66 % des garçons sont présentés avec un jouet contre 20 % des filles. mais c’est oublier que les garçons portent des robes et comme il ne faut surtout pas les confondre avec des filles, l’artiste a ajouté un jouet bien sexué, cheval, bâton, tambour, etc. 9. malgré son titre prometteur, le livre de

Carol mann (2012), Chérubins et morveux. Bébés et layette à travers le temps, n’apporte

pas, malheureusement, ce qu’on pourrait attendre d’une telle étude. 10. thème très récent, certes, mais on peut s’étonner qu’il n’y ait aucune, absolument

aucune référence à un article d’un historien ou sociologue français dans le livre édité par paula s. Fass, en 2013. 11. pour éviter des répétitions, nous renvoyons à la contribution dans ce numéro de guido alfani, Cyril grange, vincent gourdon et marion trévisi.

12. ariès, 1960 ; l. stone, 1977 ; de mause,

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13. voir, pour la France, les travaux du groupe de recherches sur les écrits du for privé : http://www.ecritsduforprive.fr/.

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