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Relations Internationales (Semestre 1)

Introduction – L’objet et les théories des relations internationales

La société internationale est une société de paradoxes. D’un coté, les Etats sont dans
l’obligation de coopérer. Cette coopération en dit sur les formes diverses de régulation qui passe
par le moyen de la négociation. D’un autre coté, il existe entre les Etats une compétition
acharnée et la société internationale reste à ce point mal organisée que certain parle encore à son
égard de société anarchique. On évoque une société anarchique pour un certain nombre de
raisons : d’abord parce que la domination et la prédation reste omniprésente, ensuite parce que
le droit qui régule les relations entre Etats est très largement imparfait et inachevé, les relations
internationales évoluent essentiellement sur la base de crises majeures.

2e paradoxe : nous vivons l’ère de la mondialisation (MAC LUHAN : le village


planétaire qui est en cours de constitution). Le mouvement de globalisation est essentiellement du
au progrès technologique en général, il est aujourd'hui décuplé grâce à la naissance d’Internet,
de la téléphonie mobile, il prend aussi des configurations inédites au niveau de l’humanité car il a
contribué au développement du commerce international. Ensuite car il a déclenché des flux
migratoires sans précédents mais aussi des échanges intellectuels sans précédents. Les moyens
de communication permettent la naissance en temps réel des conflits internationaux mais aussi
des catastrophes (naturelles…).

D’un autre coté, cette homogénéisation comporte des limites : en dépit de ce


mouvement, double frein au processus de globalisation, d’une part, l’homogénéisation en cours
est loin d’être pleinement réalisée, plus on se mélange, moins on se comprend. Alors que la
société mondialisée semble, à de multiples égards, dépasser l’Etat, comme entité politique, elle
cherche sans cesse à reprendre la main. D’abord, par une régulation interne, c'est-à-dire par des
règles de droit pour régir la vie en société, mais aussi au niveau international dans le cadre
d’organisations internationales.

Section 1 – L’étude classique des relations internationales

A priori, la définition des objets des relations internationales semble simple. La relation
c'est ce qui unit deux choses. Les relations internationales seraient donc les relations entre
nations. En réalité, il s’agit de quelque chose bien plus complexe car, au départ, il s’agit surtout
d’étudier les relations entre Etats.
L’objet de l’étude des relations internationales c’est expliquer le monde, expliquer
l’évolution du monde, à travers l’évolution des rapports entre autorités politiques. Le
problème, ou le danger, en matière de relations internationales, est de confondre l’analyse des
relations internationales, et le journalisme qui a lieu sur les relations internationales dans la
mesure où les informations sont multiples, innombrables.
En réalité, la matière des relations internationales n’existe dans les universités que depuis
la fin de la 2nde Guerre Mondiale. L’idée de réfléchir sur les relations internationales de façon
« scientifique » est, elle, beaucoup plus récente. La discipline vise à étudier ce qu’on appelle le
désordre international pour lui donner du sens.
Malgré tout, malgré les précautions prises pour rester objectif dans la discussion, toutes
les analyses sont empreintes de préjugés.

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§ 1 – Les théories réalistes

On les appelle les théories réalistes car elles décrivent le monde tel qu’il est. On trouve à
l’origine de ce mouvement de pensée, Hobbes, Machiavel, Spinoza. Plus récemment, des auteurs
comme Kissinger, Aron, Morgenthau, Waltz. Pour l’ensemble de ces auteurs, l’Etat est le
principal acteur des relations internationales, ils se portent sur la scène internationale comme
une personne à part entière. Il recherche toujours son propre intérêt et sa sécurité.
On a dit de ces auteurs qu’ils avaient une vision pessimiste du monde car, pour eux,
assurer son propre intérêt et sa sécurité peut pleinement justifier le recours à la guerre. Pour
expliquer les relations internationales, il faut étudier notamment l’exercice de la guerre. Ils ont
une vision du monde pragmatique, et considèrent pour l’essentiel que pour éviter la guerre, il faut
faire peur et être en mesure de dissuader l’adversaire. Et pour eux enfin, c'est par un système
d’alliances que les rapports doivent s’équilibrer, l’ordre international ne peut reposer que sur un
équilibre entre les alliances. Ces auteurs sont les théoriciens de la guerre.

§ 2 – Les théories libérales (fédéralistes)

Ce sont des théories que l’on peut appelés les théories de la paix. A l’origine, on retrouve
des auteurs comme Erasme, Kant. Plus récemment, des auteurs comme Durkheim, Scelle, où
encore Monnet. Pour ces auteurs, qui sont considérés comme des idéalistes pragmatiques, il faut
favoriser la coopération, la liberté, le développement de la liberté, le développement de la justice,
pour que se dégage un ordre international pacifié.
Les moyens d’y parvenir sont assez simples, la premier chose par d’un constat, plus les
Etats sont démocratiques, moins ils se font la guerre, il faut promouvoir le système
démocratique. Ensuite, les Etats doivent s’associer juridiquement dans le cadre d’instances
internationales. Enfin, il faut prévoir et développer des mécanismes juridiques de régulation
des conflits (en clair des tribunaux internationaux).

Au lendemain de la 1ère Guerre Mondiale, le Président Wilson, influencé par les


théoriciens libéraux, a initiés la création de la SDN qui était censée œuvrer à la pacification des
relations internationales. Cette organisation avait pour objectifs de réduire les armements, de
réduire la diplomatie secrète, de développer les droits de l’homme.
La deuxième impulsion a été donnée par le Président Roosevelt qui est l’initiateur du
système onusien que nous connaissons aujourd'hui.

§ 3 – Les théories marxistes

On a appelé ces théories, les théories de l’inégalité. Elles débutent avec l’œuvre de Marx.
Marx procède, au milieu du XIXe siècle, à une contestation des explications « bourgeoises » du
monde. Pour lui, l’histoire du monde est celle des opprimés face aux oppresseurs.
Au niveau des relations internationales, pour Marx, le problème est le même, on constate
une domination des Etats forts sur les Etats soumis. Pour lui, c'est l’économie qui dirige tout.
Aussi bien, au niveau de l’Etat, qu’au niveau de la société internationale, tout est organisé pour
assurer la suprématie des dominants.
Au niveau international, on constate que le centre (Occident) domine la périphérie c'est-à-
dire le reste du monde. L’hégémonie de l’Occident prend la forme d’un impérialisme. Le
capitalisme a un besoin permanent de développement, il lui faut toujours des marchés nouveaux.

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La logique de la dépendance des Etats dominés est structurelle, et les écarts entre dominantes et
dominés ne peuvent que s’accroître.
Pour mettre un terme à cette histoire prédéterminée, il faut passer par une révolution
prolétarienne qui aboutira à la suppression des classes et par voie de conséquence à la disparition
de l’Etat.

Section 2 – Le dépassement de l’étude classique des relations internationales

§ 1 – Les bouleversements fondamentaux de la scène internationale

Depuis une trentaine d’années, le monde a considérablement changé. D’une part, avec la
fin du processus de décolonisation, on a assisté à une multiplication du nombre d’Etats.
D’autre part, en 1989-1991, le bloc de l’Est s’est effondré en mettant fin au système bipolaire.
Puis, l’effondrement du bloc de l’Est a provoqué une accélération, sans précédent, du processus
de mondialisation. On est entré dans une phase d’incertitude, on ne s’est pas si c'est un monde
unipolaire, multipolaire, éclaté.
Il est manifeste que le monde s’est sensible compliqué et qu’il expose la société
internationale a des problématiques nouvelles (environnementales, problèmes de drogues,
mafias internationales, terrorisme international, migrations, problèmes de transétatisme
religieux).
Depuis le début des années 90, cette nouvelle scène internationale obéit à deux tendances
fortes. D’un coté, l’accélération de la globalisation, d’un autre coté, l’atomisation de la scène
internationale qui n’est plus seulement la scène où se mettent en relation les Etats, mais une
scène beaucoup plus complexe composée de multiples acteurs comme, par exemple, les
multinationales, les ONG, les représentants religieux. A travers cette évolution, on s’est rendu
compte de la « limite explicative » de chaque courant doctrinal.

§ 2 – Les limites explicatives des théories classiques

En effet, tous ces bouleversements fondamentaux ont entraîné une remise en question de
toutes les théories existantes, finalement l’effondrement du bloc de l’est n’a donné raison à
personne.
Ce mouvement a entraîné d’abord la critique des théories réalistes. Ces théories accordent
trop d’importance à l’Etat. Elle néglige la coopération des Etats, les organisations
internationales, elles ont une vision militaire des relations internationales. En dernier lieu, alors
qu’elles prévoient que le jeu des alliances favorise un équilibre, en réalité ce jeu d’alliance n’a
pas fait disparaître les guerres périphéries.
D’autre part, critique de la théorie libérale, même si le droit international existe, la paix et
la démocratie sont loin d’être universels. Le développement des échanges a contribué à
l’enrichissement des riches et à l’appauvrissement des pauvres.
Et enfin, critique de la théorie marxiste, d’abord car les systèmes marxistes se sont
effondrés, et puis car ces théories ont accordé un rôle excessif aux facteurs économiques. Tout
cela a contribué à un renouveau théorique.

§ 3 – Le renouveau théorique, les nouvelles approches des relations internationales

Le renouveau théorique en matière de relations internationales est marqué par moins de

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dogmatismes, plus d’humilité, et finalement plus de nuances. Il s’agissait d’explication trop


stricte.
Dans un 1er temps, on a assisté à l’adaptation des courants théoriques aux
problématiques nouvelles, à la complexité nouvelle. On trouve ainsi, en matière de relations
internationales aujourd'hui, des courants néolibéraux, néoréalistes et néomarxistes.
Au-delà de ces nouveaux courants, on a assisté à une évolution fondamentale de la
matière qui tourne autour de la prise en compte de nouveaux éléments :
- Le contexte international.
- Les valeurs : s’intéresser à l’identité, la culture des uns et des autres pour comprendre les
relations internationales.
- Les répercussions des progrès des moyens de communication.
- Il faut intégrer une dimension sociologique dans les relations internationales, peut être même
psychologique.

Aujourd'hui, finalement, l’analyse des relations internationales prend en compte les


accords manifestes des trois théories classiques, mais y intègre les nouveaux éléments.

Section 3 – L’enseignement des relations internationales aujourd'hui

Après la 2nde Guerre Mondiale, la discipline a été, quasi exclusivement, dominée par les
américains. Mais aux Etats-Unis, la recherche en matière de relations internationales est
essentiellement pragmatique, les américains se moquent d’étudier pour étudier, ils étudient pour
en tirer profit. Cela limite sa portée, et les attentats de 2001 ont montré les limites de la
prévisibilité des événements.
Ceci étant, les courants européens et notamment la recherche française, en matière de
relations internationales, ont retrouvé un certain crédit. Ce courant français ne souscrit à aucune
théorie de façon exclusive. Il se garde d’avoir la prétention de tout expliquer tout en essayant
d’être analytique. Ce qui le préserve de deux écueils auxquels semblent confronter la pensée
américaine : la paranoïa, le complot. Au final, l’étude des relations internationales, aujourd'hui en
France, résolument pluridisciplinaire, met l’accent sur 3 axes :
- La vie politique internationale.
- La sociologie des relations internationales.
- Le droit des relations internationales.

1ère PARTIE – LA STRUCTURATION DES RELATIONS INTERNATIONALES


CLASSIQUES

Pendant longtemps, les relations internationales ont été des relations entre Etats.

Titre 1 – L’histoire et la nature classique des relations internationales

Chapitre 1 – L’histoire des relations internationales

Quand on évoque l’histoire des relations internationales, ont fait essentiellement référence
à l’histoire du continent européen, parce que les relations entre Etats supposent qu’il existe des
Etats, or l’Etat est apparu en Europe.

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Section 1 – Des origines des relations internationales à l’aube du XXe siècle

A l’origine des sociétés humaines, il n’existe pas de relations internationales comme


aujourd'hui, car les grands empires se succèdent historiquement jusqu’au moment de
l’hégémonie des grecs. Pourtant, avec l’apparition de liens commerciaux entre les différentes
sociétés, entre les grecs et l’Orient, on voit apparaître quelques mécanismes qui existent encore
aujourd'hui, notamment les « traités », ou encore les premières traces de relations
diplomatiques. C'est à partir des grecs que se développent les instruments des relations
internationales. Le traité se perfectionne, la diplomatie aussi, mais on assiste aussi au
développement des alliances militaires, au mécanisme de l’arbitrage, de la protection consulaire.
Ces procédés seront repris et prolongés par les Romains. Après la période d’hégémonie
des romains, on assiste à un net recul de tous ces procédés, recul du commerce international.
Au terme d’une longue évolution, au-delà du Moyen Age, c'est au moment même où
commence à se créer les Etats européens et où renaît le commerce international, que les
mécanismes se développement à nouveau.
Le XVe siècle est celui de la création des ambassades, des Ministères des Affaires
Etrangères, des consulats, mais aussi des fonctions de diplomates. Progressivement, se crée un
système interétatique (relations entre Etats européens).
En 1648, signature des Traités de Westphalie pour que l’Etat contemporain soit
officiellement concerté sur la scène internationale. Pour la première fois, on considère qu’il y a
des Etats souverains qui peuvent se faire face d’égal à égal. L’apparition d’Etats souverains ne
met pas un terme aux conflits.
Tous les mécanismes sont repris et se développent. On va rentrer progressivement, à partir
de la Révolution Française, dans une période paradoxale. D’un coté, la nécessité des Etats de
coopérer, et d’un autre coté, la volonté de chacun de rester pleinement souverain. On constatera la
création du Directoire Européen, en 1815, qui deviendra plus tard le Concert Européen. Tout au
long de cette période, on trouve des efforts particuliers pour faire avancer le droit.
Le XIXe siècle est aussi un siècle de nationalisme qui va progressivement se transformer
en ultralibéralisme et qui conduit les Etats à s’entre-déchirer.

Section 2 – De la fin du XIXe siècle à 1989 (fin de la Guerre Froide)

§ 1 – Vers la fin de l’hégémonie européenne (1890 – 1918)

A. Une 1ère guerre de dimension mondiale

De 1870 à 1890, c'est l’Allemagne qui domine l’Europe, une Europe dans laquelle la
France est relativement isolée. Ceci étant, depuis quelques années, deux Etats ont amorcé des
transformations profondes : d’une part les Etats-Unis qui se sont structurés, et d’autre part, le
Japon qui, depuis 1868, a fait le choix de l’occidentalisation.
Le Concert Européen, à l’époque, se limite à gérer les problèmes diplomatiques
exclusivement européocentrés.
Le problème des Balkans dans une Europe dominée par l’Allemagne. Les allemands et les
autrichiens ont des vues sur les pays Balkans. Les turcs sont toujours présents sur le territoire des
Balkans. Il y a une tension qui se créée autour des Balkans. Les russes s’associent avec la France
à partir de 1893. Progressivement, à travers le problème des Balkans, va se former 2 blocs sur le

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continent européen :
- La Triplice : qui comprend l’Allemagne, l’Autriche et l’Italie.
- La Triple Entente : qui réunit la France, la GB et la Russie.

Les accrochages entre ces 2 blocs vont devenir de plus en plus réguliers. Dans un 1er
temps, on parviendra à trouver des solutions négociées. 1er accrochage important entre France et
Allemagne sur la question du Maroc (la conférence d’Algésiras trouve une solution consensuelle
au problème dans le cadre du Concert Européen. Dans un 2nd temps, le problème des Balkans va
déchirer l’Europe notamment après le retrait des Turcs en 1912.
La Triplice et la Triplice Entente vont s’affronter sur ce problème là. Après l’assassinat de
l’héritier du trône d’Autriche à Sarajevo, mènera au 1er Conflit Mondial. Aux termes du conflit, la
Triple Entente s’impose sur la Triplice.

B. Les transformations parallèles du monde et des sociétés

Le monde est en profondes transformations. D’abord, du fait de migrations de populations


sans précédent, plus de 35 millions d’européens quittent l’Europe pour les Etats-Unis,
l’Amérique latine et l’Océanie, vers la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle.
Cette migration est accompagnée d’une vaste mobilité des capitaux, notamment de
capitaux privés. Ces capitaux sont sortis sur continent européen mais surtout ils se sont
émancipés de toutes contraintes étatiques.
L’arrivée massive d’européens dans le monde extra-occidental, a amorcé un processus de
diffusion des valeurs occidentales dans le monde. Finalement, le monde s’occidentalise.
On est dans une période où on considère que la culture européenne a une mission
civilisatrice, que le système social européen est bon pour tous et que finalement l’universalisation
de ce système est inévitable.
Ceci étant, cette hégémonie nouvelle de la culture européenne se heurte déjà à différents
types d’obstacles : d’une part, il existe déjà, à l’époque, des réactions identitaires, d’autre part,
c'est l’apparition d’un mouvement de contestation à l’intérieur de l’Europe elle-même.
Par ailleurs, 2 pays ont progressivement émergé en tant qu’acteurs régionaux de la scène
internationale : les Etats-Unis et le Japon.
À partir de 1890, une évolution se dessine. Les Etats-Unis gèrent eux-mêmes les
problèmes de leurs pays voisins : la délimitation frontalière entre le Venezuela et la GB,
l’indépendance de Cuba, problème de gestion du canal de Panama. Au total, les américains ont
acquis dés 1900 un rôle diplomatique international sans précédent. Ce rôle se trouve encore
renforcé quand ils font basculer le 1er Conflit Mondial aux cotés de la Triple Entente.
A l’opposé, on assiste à l’émergence régionale du Japon. Il fait le choix en 1868 sous
l’ère Meiji, un choix radical de se moderniser et de s’occidentaliser. Très rapidement, le Japon se
trouve des volontés expansionnistes. Le Japon envahit une partie de la Chine, une partie de la
Corée et déclenche une guerre contre la Russie. Au terme de cette évolution, il est devenu lui
aussi un acteur régional important de la scène internationale.

§ 2 – La montée des nationalismes vers la 2nde Guerre Mondiale

La 1ère Guerre Mondiale a complètement discrédité les théories réalistes qui prétendaient
qu’un équilibre naturel devait se trouve par le jeu des alliances. C'est l’heure de gloire des
théories libérales.

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Il va falloir créer un droit international. Cette idée va se matérialiser dans la création de


la Société des Nations (SDN). Le but étant d’éviter absolument le retour à la guerre et de faire
vivre pacifiquement les Etats. 4 objectifs forgent cette SDN :
- D’un part, elle créé des mécanismes de règlement pacifique des conflits : la Cour
Permanente de Justice Internationale (CPJI).
- La SDN met en place un système de sécurité collective qui prévoit que si un État est agressé,
il doit en principe être assisté par les autres États signataires.
- La guerre est mise hors la loi avec la signature du Pacte Briand Kellogg en 1928.
- Avec la SDN, le droit du désarmement progresse avec la signature en 1925 du Traité
interdisant l’utilisation des gaz moutarde.

Cette SDN ne correspond en rien à la réalité de la scène internationale au début des


années 1920. D’une part, à l’Est de l’Europe, l’URSS expérimente l’option marxiste c'est-à-dire
un système économique, social, et culturel en rupture totale avec le monde occidental. Dès 1928,
l’URSS ferme son marché et décide de fonctionner en économie fermée. Cette décision renforce
l’instabilité monétaire qui provoque un retour au protectionnisme, qui aboutit au crac boursier
de 1929. Toute l’économie occidentale vacille. D’autre part, cette période correspond à une
montée sans précédent des nationalismes. Entre 1922 et la 2nde Guerre Mondiale, un grand
nombre de pays européens deviennent dictatoriaux (Allemagne, Italie, Roumanie, Pologne,
Serbie).
- L’Italie avait l’arrivée au pouvoir de Mussolini en 1922,
- L’Espagne avec la guerre civile en 1936 avec à sa tête Franco.
- L’Allemagne avec l’arrivée au pouvoir d’Hitler en 1933.
- Le Japon à partir de 1936.

Très rapidement, la construction idéaliste de la SDN va être mise en échec.


On assiste à un retour à la diplomatie secrète.
- Les guerres périphéries ont progressivement fait leur apparition (entre le Japon et la Chine
en 1931, conquête italienne en Éthiopie en 1936, la guerre civile espagnole).
- Les prises de position de plus en plus tranchées de l’Allemagne. Elle se réarme, elle se
remilitarise.
- L’Allemagne, à partir de 1938, annexe l’Autriche (anschluss), les sudètes (une partie de la
Tchécoslovaquie).
- La création du Pacte d’Acier, qui repose sur un Pacte entre l’Allemagne et l’Italie, un accord
secret entre l’Allemagne et le Japon, et un accord de non agression réciproque entre
l’Allemagne et l’Union Soviétique.

Le 1er septembre 1939, l’Allemagne envahit la Pologne. C'est le déclenchement de la 2nde


Guerre Mondiale. 6 ans plus tard, 50 millions de morts plus loin, le Reich est défait, le système
international et les relations internationales sont totalement à reconstruire. Tout va reposer,
d’ailleurs, sur les équilibres nouveaux.

§ 3 – La bipolarisation du monde

Le monde pénètre, à partir de 1945, dans une période inédite. L’Europe est en ruine et 2
Etats sortent comme les grands vainqueurs du conflit : les Etats-Unis et l’Union Soviétique.
Pour la 1ère fois, ce n’est plus l’Europe occidentale qui domine le monde et on va pénétrer, dans

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une période particulière, d’oppositions entre les Etats-Unis, d’un coté, et l’Union Soviétique, de
l’autre. Période renforcée par l’utilisation d’une arme nouvelle : la bombe atomique. Très
rapidement, les 2 grandes puissances sont dotées de cet armement. On va vivre 45 ans avec la
peur du risque nucléaire, mais le conflit nucléaire n’a jamais eu lieu.
On est entrée dans une période spécifique avec d’une part un affrontement incessant entre
les 2 blocs, et d’autre part, le développement des mécanismes internationaux que les 2 Grands
avaient créé quand ils étaient encore en mesure de discuter.

A. La cristallisation géographique des 2 blocs

On assiste à la cristallisation de 2 blocs que tout oppose. Pourtant, pendant 45 ans, on va


trouver une forme d’équilibre : l’équilibre par la terreur. Tout c’est fait de façon empirique, à
vrai dire, les américains n’ont pas pris conscience de suite de leur hégémonie sur la scène
internationale.
Dans un 1er temps, leur idéologie se limitait à contenir le concurrent russe (doctrine
Truman). Politique qui vise à contenir la Russie.
Dans un 2e temps, cette hégémonie américaine se marque avec l’adoption du plan
Marshall à partir de 1947 qui est un plan d’aide à la reconstruction de l’Europe de l’Est. Très
rapidement, vont commencer à se produire les premiers accrochages entre l’Est et l’Ouest,
notamment à partir de 1948-1949, sur le statut occidental de Berlin, qui va provoquer la scission
de l’Allemagne en une République Fédérale Allemande (Ouest) et la République
Démocratique Allemande (Est). Les américains vont décider d’assurer la protection de l’Ouest
par la création de l’OTAN. Les américains vont passer un certain nombre d’alliances
stratégiques avec de multiples pays.

Dans le camp soviétique, la structuration va se faire de façon comparable, en plusieurs


étapes complémentaires. Création du Kominform qui est un organisme international qui a
vocation de coordonner l’action des partis communistes des pays sous influence soviétique. En
1949, est créé le COMECON qui est un Conseil D’assistance Economique Mutuelle. En 1955,
est adopté le Pacte de Varsovie, qui serait l’équivalent de l’OTAN. L’édifice est achevé en 1961,
avec l’adoption à l’Est du principe de la division internationale du travail qui fait perdre aux
Etats satellites toute autonomie économique et les soumet donc à l’autorité de l’URSS.

B. Les conditions de l’équilibre bipolaire

1ère condition de cet équilibre bipolaire : la peur atomique (le MAD : le risque de
destruction mutuelle assuré). Paradoxalement, cette peur réciproque a conduit à une situation
d’équilibre. Le 1er temps, a été celui de la surenchère à l’arme nucléaire. Dans un 2e temps, cela
a invité les deux adversaires a trouvé un certain nombre d’accords, de deux natures, les accords
SALT. D’une part chacun s’est engagé à ne pas perfectionner davantage son système de défense
pour laisser jouer le principe de dissuasion. Les 2 Grands se sont mis d’accord sur le principe de
la non prolifération des armes nucléaires dans les autres Etats.
2e point : des principes de fonctionnement respectés. D’abord, les 2 Grands se sont
accordés sur le principe de non ingérence dans les affaires de l’autre. Création, après la crise de
Cuba, d’une ligne de communication téléphonique entre Washington et Moscou : le Téléphone
Rouge. La gestion concertée des intérêts des 2 blocs :
- D’abord, par une répartition des taches dans la gestion des crises (canal de Suez en 1956).

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- Chaque bloc s’est constitué une zone d’influence dans laquelle l’autre bloc renoncé à
s’immiscer (en Hongrie en 1956, à Prague en 1968, en Pologne en 1980). L’Amérique latine a
été rangée sous l’influence américaine en vertu de la politique du domaine préservé.
- Mise au pas des réfractaires : de la France et du Royaume Uni dans l’affaire du canal de
Suez. C'est la fin de l’empire colonial français et britannique. Mise au pas de la Chine à
chaque fois qu’elle a eu des vénéités particulières vis-à-vis de l’Est ou de l’Indonésie.

Cette « entente relative » entre les 2 Grands n’a pas empêché durant 45 ans, une
compétition acharnée entre les 2 blocs. Une compétition idéologique d’abord avec 2 systèmes
fondamentalement opposés. D’autre part, des géostratégies militaires rivales (missiles de Cuba
en 1962, les aeromissiles en 1984). L’ère bipolaire a généré une multiplication des conflits
périphériques.

C. Les évolutions masquées par l’ère bipolaire

Durant l’ère bipolaire, les échanges se sont multipliés dans le monde occidental. On a
amorcé le processus de mondialisation de l’économie.
Sous l’ère bipolaire, on a assisté à un développement sans précédent des moyens de
communication, des progrès technologiques, et finalement à l’essor sans précédent du pouvoir
des médias. Cet essor a eu un effet immédiat sur la scène internationale, aujourd'hui, on sait ce
qui se passe partout dans le monde de façon instantanée.
Sous l’ère bipolaire, a eu lieu un fort mouvement de décolonisation qui a contribué à la
multiplication du nombre d’Etats souverains. Le nombre d’Etats s’est multiplié par 3 entre
1945 et 1989. C'est un processus qui a trouvé la faveur des 2 Grands. La propension des
indépendances s’était la dislocation des anciens empires coloniaux. D’autre part, l’arrivée de
nouveaux Etats indépendants souverains, constituait pour les 2 Grands autant de potentialité
d’élargir leur zone d’influence.
La multiplication du nombre d’Etats a conduit à une reconfiguration de la scène
internationale faisant progressivement devenir les pays les plus pauvres, les plus nombreux sur la
scène internationale ce qui a eu des répercussions sur le droit international. Les guerres
périphériques ont masqué une transformation de la notion même de guerre car si le droit des
peuples a disposé d’eux-mêmes a conduit dans un 1er temps, à la promotion d’Etats nouveaux, il a
conduit, dans un 2e temps, à la remise en question des nouveaux Etats. Alors que dans l’Histoire,
les guerres étaient surtout des guerres entre Etats, elles sont devenues progressivement des
guerres à l’intérieur des Etats. Le droit international a été invité à composer le principe du droit
des peuples à disposer d’eux-mêmes, celui d’intangibilité des frontières.

La scène internationale s’est, à nouveau, profondément transformée, du fait, de


l’effondrement de l’un des deux blocs, du fait, de l’hégémonie provisoire et sans partage des
Etats-Unis et bientôt, du fait, de l’apparition d’un nouvel acteur : la Chine.

Chapitre 2 – La nature interétatique des relations internationales classiques

Pendant toute la période évoquée, jusqu’en 1989, les relations internationales ont été
essentiellement des relations entre Etats, la vie internationale s’est structurée autour du concept
d’Etat, des relations entre Etats souverains.

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Section 1 – Une scène internationale composé d’Etats souverains

Le principe général, entendu par tous, est celui de l’égalité souveraine des Etats.

§ 1 – La notion d’Etat

L’Etat est un pouvoir institutionnalisé sur un territoire donné et sur une population
donnée. D’un point de vue international, le fait qu’il existe un pouvoir politique institutionnalisé
signifie qu’on lui reconnaît la capacité à s’organiser librement et cela en vertu d’un double
principe : d’une part, celui du droit des peuples, d’autre part en vertu d’un principe fort du droit
international public, le principe de non ingérence, c'est-à-dire de non intervention dans les
affaires internes d’un autre l’État.
Il en résulte que chaque Etat, à l’intérieur, bénéficie d’une situation monopolistique pour
tout ce qui concerne son auto-organisation.
L’Etat couvre un territoire donné, il bénéficie d’une exclusivité de compétence
territoriale. Mais aussi, ses frontières, c'est-à-dire sa délimitation, lui permettent de maîtriser les
rapports avec l’extérieur, qu’il s’agisse de l’entrée ou sortie de produits ou marchandises, de
l’entrée ou sortir de personnes.
En dernier lieu, l’Etat exerce une autorité sur une population donnée, on considère que la
population, à l’intérieur de l’Etat, a passé une sorte de pacte social au terme duquel, tout en
indiquant une part de sa liberté, la population a acquis en échange un système de protection.

§ 2 – La propagation de l’Etat

Aujourd'hui, tous les Etats reposent sur une construction sensiblement du même type, les
finalités, objectifs de l’Etat sont plus ou moins les mêmes partout. Il s’agit, toujours partout, de
réaliser une communauté politique, qui est animée en principe par une volonté de puissance.
On trouve aussi toujours dans les finalités de l’Etat, une dimension sécuritaire.
Depuis le XIXe siècle, le monde s’est progressivement constitué en un monde d’Etats.
Alors qu’au départ, l’organisation étatique était européenne, puis s’est propagée à l’ensemble de
la planète. C'est un phénomène relativement récent, et c'est donc un phénomène universel.
Plusieurs raisons expliquent ce phénomène. D’abord, parce que l’Etat obéit aux exigences
du pragmatisme, il a un effet structurant. Ce mode d’organisation permet de prendre en charge le
sort du groupe social dans son intégralité. Parce que l’Etat permet une différenciation claire des
territoires.
L’organisation étatique a un effet sécurisant. D’abord, parce que l’Etat organise la paix
civile à l’intérieur, et de la même façon, il gère les relations avec l’extérieur.
En plus, il est évident que, pour les peuples qui se sont décolonisés, la création d’un Etat
était indispensable à leur reconnaissance sur la scène internationale. Seule sont admis à l’ONU,
les Etats.
En outre, toutes les philosophies alternatives d’organisation sociale ont progressivement
disparues. Le courant jusnaturaliste (droit naturel) considère qu’il existe des principes et des
règles supérieures par nature à l’Etat. Ce courant n’a jamais véritablement pris corps. Par
ailleurs, les courants panétatiques (au-delà de l’Etat) religieux n’ont jamais eu non pu transcender
le filtre de l’Etat. En troisième lieu, la perspective communiste, dont le but était de créer un
système international sans Etats, a échoué. Enfin, les théories anarchistes sont toujours restées

10
Relations Internationales (Semestre 1)

très marginales.

§ 3 – Le principe de l’égalité souveraine des Etats

On considère que tous les Etats sont également souverains. Cela signifie que tous ont en
commun un patrimoine juridique originaire, c'est-à-dire un certain nombre de droits et
obligations liés au fait même que ce sont des Etats.
Chaque Etat a la capacité juridique, il peut conclure des actes internationaux. Il dispose
aussi de la capacité diplomatique.
Tout Etat a aussi des obligations notamment en matière de responsabilité juridique. De
plus, on reconnaît à toute autorité étatique, sa capacité d’auto-organisation, son droit au respect
de sa souveraineté et sa compétence exclusive sur son territoire.
La reconnaissance de ce patrimoine juridique originaire repose sur la règle de la
réciprocité.

Section 2 – Les relations interétatiques classiques

§ 1 – Les relations diplomatiques

Ce sont des procédés de coopération entre Etats qui ont toujours existé dans les
relations internationales, car elles sont essentielles, aux vertus pacificatrices.
Dans l’Histoire des relations internationales, des pratiques se sont progressivement
enracinées, qui ont donné lieu à des coutumes internationales (la pratique des ambassades,
l’échange des ambassadeurs). Elles ont fait germer des règles respectées par tous.
Par exemple, la voie réciproque de représentants obéit au principe de l’accréditation. Par
ailleurs, les émissaires diplomatiques bénéficient de privilèges et d’immunités : respect de leurs
communications, inviolabilité, régime d’exemptions… Il existe enfin, le procédé de la « valise
diplomatique » qui permet le transport de marchandises sans aucun contrôle étatique.
Les relations diplomatiques peuvent être plus ou moins cordiales, chaleureuses, il y a tout
un degré de cordialité.
Lorsque les relations diplomatiques se détériorent, il peut arriver que la représentation
diplomatique soit exclue, il peut arriver que l’on rappelle son personnel diplomatique, ou qu’un
Etat demande à un diplomate de partir. Les relations diplomatiques peuvent être rompues.

Depuis très longtemps, le mode d’établissement des relations pacifiques entre les Etats, en
dehors des relations diplomatiques, a toujours été le traité. Le traité est en fait, au départ, un acte
bilatéral (il en existe aujourd'hui de multilatéraux) qui exprime un accord entre les représentants
de 2 ou plusieurs Etats destiné à produire des effets juridiques.
La signature d’un traité se fait en plusieurs étapes : elle suppose une phase de négociation
qui débute par l’échange des pleins pouvoirs, puis la signature qui suppose que l’acte soit
authentifié, et ensuite la ratification c'est-à-dire l’autorisation à l’interne de mettre en vigueur
l’accord signé. Il existe toujours une procédure pour s’assurer que le traité signé convienne bien
aux pays.
En principe, un traité est un accord écrit qui se divise en deux parties : la première partie
rappelle les parties contractantes, la date de l’accord, les conditions et la date de l’entrée en
vigueur. La deuxième partie précise le contenu de l’accord.
Lorsqu’un traité a été signé et ratifié entre 2 ou plusieurs Etats, les parties signataires sont

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Relations Internationales (Semestre 1)

tenues de respecter leur engagement, en vertu du principe « pacte sunt servanda ». Sauf, bien sur,
dans le cas où il y aurait eu erreur (dol, ou dans le cas où l’une des parties a été forcée).

Depuis une quarantaine d’années, la plupart des pratiques évoquées ici (relations
diplomatiques, relations consulaires, signature de traités), ont été formalisées dans de grandes
conventions internationales. Les relations diplomatiques ont fait l’objet de deux conventions de
1961 et 1963, les relations consulaires dans une convention de 1963, et le droit des traités dans
une convention de 1969 (Traité de Viennes).

§ 2 – La rupture du dialogue : la guerre

Pendant longtemps, on a considéré que le recours à la guerre était un acte politique parmi
tant d’autres. On considérait le recours au conflit armé comme un procédé normal, un procédé
dans le prolongement des relations internationales. La guerre est une action menée dans la
perspective de faire plier l’adversaire à une volonté politique. Cette « normalité » ou « légalité » a
toujours été entendu en ce qui concerne les guerres défensives. On considérait que les guerres
offensives pouvaient se justifier dans les relations internationales, à condition qu’elles soient
décidées par des autorités légitimes, à condition que l’on puisse prouver une faute chez l’attaqué,
à condition que la guerre respecte un nombre minimum d’usage.
Progressivement, une évolution a eu lieu sur ce terrain, car si l’on continu à considérer
que les guerres défensives sont légitimes, par contre la guerre offensive a été progressivement
interdite. A partir de 1928, avec le pacte Briand Kellogg, la guerre est devenue illicite en droit
international, ce pacte est finalement la concrétisation d’un changement idéologique majeur.
Cette nouvelle idéologie considère que le recours au conflit armé est un processus dans lequel
tout le monde a à perdre. Il est donc indispensable de la marginaliser. Cette idéologie, cette
nouvelle normativité a conduit, bon grès malgré, à une rarification de la guerre sur la scène
internationale. Même si, les conflits armés n’ont pas disparu de la scène internationale, puisqu’ils
sont réapparus dans une configuration nouvelle, à savoir les guerres civiles.
Ceci étant, ces relations internationales classiques ont progressivement évolué à partir de
la fin du XIXe siècle sous l’influence d’éléments déterminants :
- D’une part, les progrès du droit international public.
- D’autre part, du fait de la structuration de la scène internationale autour de grandes
organisations internationales.

Titre 2 – La structuration des relations internationales par le droit

Progressivement, la scène internationale s’est structurée autour de l’outil juridique. Ce


processus s’est articulé sur deux axes, deux évènements :
Le premier, la limitation progressive des Etats souverains par le droit international.
Le second, la coopération grandissante des Etats dans le cadre des organisations internationales.

Chapitre 1 – La limitation de l’Etat souverain par le droit international

Les rapports de puissance, de force entre les Etats n’ont jamais disparu. Cependant, ceux-
ci ont progressivement accepté l’idée d’entretenir des rapports juridiques, ou des rapports
encadrés par le droit. Progressivement, on va prendre un certain nombre de mesures.

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Relations Internationales (Semestre 1)

- Le droit international classique va ainsi se développer sur deux secteurs originels :


- Le premier, la délimitation des espaces.
- Le second, la pacification des relations entre Etats.

Section 1 – La réglementation des espaces internationaux

Chaque Etat jouit sur son territoire d’une compétence générale et exclusive. Il reste le
problème des espaces collectifs. L’option retenue a été un système de régulation qui a consisté à
donner un régime juridique aux espaces internationaux. Il se posait, en réalité, trois catégories de
problèmes :
- Comment permettre la navigation par tous des grands fleuves internationaux ?
- Comment délimiter la compétence de l’Etat en face de ses cotes ?
- Comment délimiter la compétence aérienne de l’Etat ?

§ 1 – Les voies d’eaux internationales

Les Etats sont compétents exclusivement et de façon générale sur leurs eaux intérieures,
c'est-à-dire lacs, rivière, les baies… De la même façon, les eaux qui se situent dans des Etats
archipélagiques.
Le problème concerne ici les voies d’eaux internationales c'est-à-dire, soient les grands
fleuves, soient les grands canaux internationaux, soient les détroits.
Les principes de gestion de ses grandes voies d’eaux internationales ont été dégagés assez
tôt. Dès 1815, la Convention de Viennes sur le statut du Rhin et du Danube. Le principe est celui
de la libre navigation par tous.
En pratique, les choses sont plus compliquées, à chaque grand fleuve, détroit ou canal,
correspond un statut juridique particulier. Un traité international signé par les parties concernées
prévoit que chaque Etat côtier exerce ses compétences de façon limitée, et que la gestion du
fleuve doit être réalisée par des commissions mixtes.
Aujourd'hui, la plupart de ces conventions internationales prennent en compte les
considérations environnementales, depuis 1978. De plus en plus, dans les conventions de
régulation des voies d’eaux internationales, on a intégré :
- La notion d’utilisation non dommageable.
- La notion d’utilisation durable.
- La notion d’utilisation raisonnable.

§ 2 – Le régime côtier et ses prolongements

Le problème s’articule ici autour de deux exigences contradictoires :


- Permettre, d’un coté, la libre utilisation des mers.
- Permettre, d’un autre coté, aux Etats d’assurer leur sécurité côtière et une exploitation
privative des biens qui se situent dans le prolongement de leur territoire terrestre.

Historiquement et progressivement, on a assisté à un développement de la compétence


étatique de plus en plus loi de ses cotes.

A. La mer territoriale et ses prolongements

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Relations Internationales (Semestre 1)

Le principe même des eaux territoriales est acquis de longue date, c'est-à-dire celui de la
compétence exclusive et générale de l’Etat sur les eaux qui lui font directement face, sur ses
cotes, essentiellement pour des raisons de sécurité. Ces eaux territoriales sont considérées comme
le prolongement terrestre. Ceci étant, l’Etat doit respecter un certain nombre de contraintes,
notamment le droit de passage des bâtiments étrangers, inoffensifs, rapides et continus.
Les eaux territoriales se prolonge jusqu’à 12 milles marins. Au-delà de ses eaux
territoriales, on a créé depuis 1958, la zone contiguë qui s’étend jusqu’à 24 milles marins des
cotes. Ici, il jouit seulement d’une compétence réduite qui concerne essentiellement les domaines
douaniers, sanitaire, et aussi la lutte contre les migrations clandestines.

B. Le plateau continental

Le problème du plateau continental est un problème récent parce que, pendant très
longtemps, technologiquement on n’avait pas les moyens d’accéder au plateau continental.
En 1945, les américains ont provoqué une première évolution en considérant que le
plateau continental était un prolongement naturel de leurs cotes, jusqu’à 200 mètres de fond.
Une deuxième évolution, en 1982, avec la Conférence de Montego Bay, sous la pression
des Etats non occidentaux (africains essentiellement), pour deux raisons : d’abord les Etats
américains ont évoqué le fait que cette règle avait été décidée alors qu’il n’existait pas encore
comme Etat. Ensuite, ensuite car il n’existait pas de plateau continental en Afrique.
On a d’abord trouvé une solution de compromis, le plateau continental d’un Etat côtier,
s’étend désormais jusqu’à 200 milles marins sans condition de profondeur. En contrepartie de
quoi, on admet que le plateau continental puisse aller jusqu’à 350 milles marins s’il ne dépasse
pas 2 500 mètres de fond.
 Problème de l’exploitation du pétrole. Exploitation off-shore.

Le plateau continental, ainsi délimité, permet une exploitation exclusive des ressources
naturelles. L’exploitation ne doit pas rendre la navigation impossible.
Un problème se pose lorsque deux Etats se font face, lorsque deux plateaux continentaux
se font face. Plusieurs critères sont retenus, quand cela relève de l’évidence on applique le
principe de l’équidistance. Mais il arrive que l’équidistance ait pour effet de léser un des Etats,
dans ce cas on applique la règle de la proportionnalité. De façon générale, quand un juge
international est habilité à trancher, il le fait au cas par cas, soit avec le premier principe, soit avec
le second principe, et en retenant surtout le principe de l’accès raisonnable pour chacune des
parties.

C. La zone économique exclusive (ZEE)

La ZEE est née de la revendication des Etats côtiers et a été consacré par la Convention de
1982. Elle s’étend jusqu’à 200 milles marins et concerne ici les ressources qui sont contenues
dans l’eau.
Sur cette zone, l’Etat a plusieurs prérogatives. Il peut d’abord réguler la pêche en
attribuant notamment des licences d’exploitation. Il peut aussi limiter le nombre de prises de
pêche en fixant des quotas. Puis, l’Etat peut prendre des mesures fixant à réduire la pollution. Il a
ainsi des compétences importantes.
Même si la compétence de l’Etat est ici exclusive, elle trouve aussi des limites : la
navigation sur la ZEE est libre, de même que le survol.

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Relations Internationales (Semestre 1)

Des avancées récentes ont eu lieu, notamment en accord des Nations Unies en 1995 qui
invite les Etats à coopérer au moins dans deux domaines : d’une part la protection des poissons
migrateurs et d’autre part, la lutte contre la pollution.

§ 3 – La haute mer

C'est la zone qui concerne ce qui n’est pas compris dans les régimes juridiques
précédents. Le principe juridique général de la haute mer est celui de la liberté d’utilisation, mais
aussi celui de la compétence personnelle des Etats. Ce ne sont pas des zones hors du droit, sur
chaque bâtiment s’applique le droit de l’état du pavillon.
Depuis quelques années, les Etats vont signer un certain nombre de conventions : contre la
piraterie, contre l’esclavage, contre le trafic de drogue, contre les radios illégales. Ces
conventions font germer un ordre public international.

§ 4 – Le régime de l’espace aérien

Le problème s’est posé pendant le premier conflit mondial, et s’est traité à l’issue de ce
dernier en 1919. Aujourd'hui, globalement, le régime juridique de l’espace aérien est fixé dans
une convention de 1958. On considère que sur son territoire terrestre et au dessus de ses eaux
territoriales, l’Etat est souverain. Il peut réglementer ou interdire le survol de son territoire.
Au-delà de son territoire, le principe est celui de la liberté d’utilisation de l’espace aérien
international. Ceci étant, il ne s’agit pas d’une zone de non droit, s’applique dans un avion le
droit du pays d’immatriculation. On est donc soumis à l’Etat dans lequel le bâtiment a été
enregistré. Sur l’espace aérien international, s’applique la réglementation adoptée par
l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale (OACI), créé en 1981.
Ces règles internationales ont vocation aussi à s’appliquer sur le territoire des Etats. C'est
une organisation intéressante dans sa structure et ses pouvoirs car elle a la possibilité d’adopter
des règlements de portée universelle.

Section 2 – La pacification des relations entre Etats

On assiste à une évolution de la scène internationale tout au long du XXe siècle. Elle se
juridicise, on considère de plus en plus que la paix doit reposer sur le droit. On voit apparaître
progressivement des mécanismes et des procédures de règlements pacifiques des différents. Dans
un deuxième temps, le recours à la force armée, la guerre devient illégitime, illégal sur la scène
internationale.
Ceci étant, tout au long du XXe siècle, la guerre reste présente sur la scène internationale.
Le droit international public va essayer de s’accaparer le phénomène de la guerre, elle va être
encadrée par des conventions qui limitent, d’une part, les conditions des conflits armés, et d’autre
part, les conditions du recours à l’armement.

§ 1 – Les procédures de règlement pacifique des différends

De façon générale, les Etats sont invités dans la totalité des textes internationaux,
notamment dans l’article 53 de la Charte des Nations Unies à « réguler pacifiquement leurs
différends ». C'est-à-dire leur désaccord sur un point de fait ou un point de droit, c'est-à-dire
encore lorsqu’il existe entre eux une opposition de faits juridiques ou d’intérêts.

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Relations Internationales (Semestre 1)

On trouve en droit international public, plusieurs mécanismes de règlement pacifique des


différends.

A. Le préalable diplomatique

Depuis les années 1924, c'est un point de passage obligé en droit international, c'est
l’obligation pour les Etats en désaccords d’entreprendre une négociation préalable pour régler
leurs différends. Ce système présente un avantage certain car il peut permettre de trouver une
solution, et même dans le cas où il échoue, il permet au moins de déterminer avec précision la
nature du différend. Il arrive que lorsque la situation est très tendue entre deux Etats, que ceux-ci
fassent appel à un médiateur, c'est-à-dire quelqu’un qui va proposer une solution.
Quelque fois, lorsque l’on n’est même plus en mesure de choisir un médiateur, il arrive
qu’un chef d’Etat propose « ses bons offices ».
Il arrive que ce procédé échoue, dans ce cas il reste deux mécanismes de règlement
pacifique des conflits.

B. L’arbitrage par un tiers

Deux Etats qui sont en désaccords désignent une instance (une personne ou plusieurs) qui
sera charger de régler le litige. Les deux Etats s’engagent par avance à respecter la sentence qui
sera rendue.
Il existe plusieurs mécanismes de recours à l’arbitrage. 1er cas : deux Etats ont signé un
traité d’arbitrage permanent. 2e cas : deux Etats ont signé dans un traité donné une clause
compromissoire. 3e cas : deux Etats signent un traité d’arbitrage quand le litige est déjà né.
Les décisions arbitrales peuvent faire l’objet de recours en « cassation » devant la Cour
Internationale de Justice. Ce procédé de l’arbitrage a connu une période importante à la fin du
XIXe siècle, puis il est progressivement tombé en désuétude. Mais il connaît depuis quelques
années, un certain retour en grâce, notamment en matière de délimitation territoriale.
Par ailleurs, c'est un mécanisme, un procédé qui tend à trouver la faveur des responsables
chargés de remédier à une situation de crise.

C. Le règlement des conflits par les juridictions internationales

Ici aussi, la soumission d’une affaire à un juge international est toujours dépendante de la
volonté des parties. Comme pour l’arbitrage, on s’engage à accepter la décision.

C. La Cour Internationale de Justice

C'est l’organe judiciaire de l’ONU. Elle dispose de deux catégories de compétences :


- Elle est dotée de compétences consultatives qui lui permettent de donner son avis, « elle
rend des avis en la matière », quand elle est saisie à cette fin par le Conseil de Sécurité, ou
encore par toutes autres organisations internationales. C'est un procédé qui permet aux
organisations internationales de demander un avis interprétatif.
- Elle est dotée d’un certain nombre de compétences contentieuses, elle va être chargée de
trancher un certain nombre de litiges. Seuls les Etats ont qualité pour agir. La Cour peut être
saisie de façons diverses :
 Deux Etats en litige signent un traité de compromis.

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Relations Internationales (Semestre 1)

 Ils ont signés un traité qui prévoyait, en cas de litige, un recours à la CIJ.
 Les deux Etats au litige ont signés « une clause facultative de juridiction obligatoire
de la CIJ ». D’une part, celle ci ne joue qu’en cas de réciprocité (si les 2 Etats en
conflit ont signés la clause). D’autre part, la clause peut être signée avec des réserves
(les EU et la France ont émis une réserver en matière de défense nationale).

Structure de la CIJ : elle est composée de 15 membres qui représentent en principe la


diversité géographique et culturelle de la planète. Ces membres sont élus pour une période de 9
ans par l’Assemblée Générale des Nations Unies et le Conseil de Sécurité.

Son fonctionnement : la procédure devant la Cour est prévue par le chapitre 3 de son
statut. La procédure est d’abord écrite, puis orale. Les audiences, à partir du moment où elles sont
orales, sont publiques.
La Cour commence, avant de rendre son jugement, par vérifier sa compétence d’un triple
point de vue :
- RATIONE PERSONAE : elle vérifie si elle a été saisie par des Etats autorisés à la saisir, et
que l’Etat poursuivi est membre de l’ONU, et qu’il est d’accord pour être jugé.
- RATIONE MATERIAE : elle vérifie qu’il existe bien un différend.
- RATIONE TEMPORIS : elle vérifie sa compétence dans le temps.
- Dans la plupart des tribunaux, on vérifie aussi la compétence RATIONE LOCI, c'est-à-dire la
compétence de lieu.

Deuxième étape, la Cour vérifie la recevabilité de la requête. Notamment à ce stade là,


elle vérifie que les voies diplomatiques ont bien été épuisées. Après cela, la Cour, qui jouit d’un
pouvoir d’instruction, va statuer. En principe, elle le fait en droit c'est-à-dire qu’elle se sert des
règles de droit international public. Mais si les parties en sont d’accord, elle a la faculté de statuer
« EX AEQUO ET BONO », c'est-à-dire en équité.
L’arrêt de la Cour est obligatoire et en principe définitif. Ceci étant, sont prévues des
possibilités de demandes en interprétation. Dans une certaine mesure, il existe une possibilité de
demande en révision. Pour que celle-ci soit recevable, il faut des éléments nouveaux importants
qui changent la donne du jugement.
En principe, les décisions de la Cour sont respectées par les Etats. Quand ce n’est pas le
cas, il existe une possibilité de recours devant le Conseil de Sécurité pour exiger l’application de
l’arrêt. Mais ce système demeure limité dans la mesure où il n’existe pas de procédure
d’exécution forcée.

D. Les ordres juridictions permanentes

Depuis l’après Seconde Guerre Mondiale, on a assisté à la multiplication des juridictions


internationales permanentes, qu’elles soient « universelles » ou simplement « continentales ». Le
phénomène s’est dessiné d’une part avec la multiplication des tribunaux administratifs,
notamment dans le cadre de l’Organisation Internationale du Travail (OIT), de l’ONU, ou de la
Banque Mondiale.
Par ailleurs, les tribunaux internationaux se sont multipliés dans des domaines nouveaux,
en matière de droits de l’homme (avec la CEDH, la Cour Interaméricaine des Droits de
l’Homme), en matière économique (avec la Cour de Justice des Communautés Européennes,

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Relations Internationales (Semestre 1)

l’Organe de Règlement des Différends), ou encore le Tribunal sur le Droit de la Mer créé en
1982, le Tribunal Pénal International.
Ce mouvement atteste de la structuration grandissante de la scène internationale, d’une
juridicisation croissante. Ce phénomène est créateur d’un certain désordre car il met en place
davantage une constellation de juridictions qu’une hiérarchie de juridictions. Il en résulte des
contradictions jurisprudentielles, et de façon générale, une sorte d’atomisation du droit
international public.

§ 2 – La réglementation du recours à la force armée des Etats

Tout est fait, ici encore, pour assurer dans la plus large mesure possible, la paix
internationale. Progressivement, la guerre a été marginalisée (1907 : convention Drago-Porter :
interdiction de la guerre pour le recouvrement de la dette contractuelle). Et puis bientôt, une
interdiction totale avec le Pacte Briand-Kellog (1928).
Mais l’ONU met en place un système de sécurité collective qui est un peu la contrepartie
du renoncement des Etats à l’usage de la force.

A. La sécurité collective dans le cadre de l’ONU

C'est un système défensif qui part du principe que tout conflit est un danger pour l’ordre
international. Globalement, le mécanisme repose sur deux choses :
- Le chapitre VI de la Charte des Nations Unies permet à l’ONU d’intervenir dans le
« règlement pacifique des différends ». par l’intermédiaire du secrétaire générale,
l’organisation a la faculté d’enquêter, de trouver des solutions et de tenter de concilier deux
Etats en désaccord.
- Le chapitre VII de la Charte des Nations Unies : l’objectif est de faire cesser les ruptures
de la paix ou les menaces de rupture de la paix. le Conseil de Sécurité possède de nombreuses
prérogatives : le Conseil de Sécurité constate une situation, il peut inviter les parties à se
conformer à des mesures provisoires décidées par lui pour rétablir la situation de paix, puis il
dispose d’un certain pouvoir de sanction :
 Les sanctions non militaires : il peut recommander aux Etats membres de l’ONU de
prendre des sanctions économiques, éventuellement de rompre les moyens de
communication ou encore de rompre les relations diplomatiques. Il peut décider de
sanctions économiques ou de la rupture des communications.
 Il dispose de prérogatives coercitives car il peut constituer une force armée pour toute
action nécessaire au rétablissement de la paix.

Ce système repose entièrement sur le système de sécurité. Au Conseil de Sécurité, les


décisions sont adoptées à la majorité qualifiée (9 voix sur 15), compte tenu du fait que les cinq
membres permanents de ce Conseil possèdent le droit de veto (les Etats-Unis, le Royaume Uni,
la République Populaire de Chine, la Fédération de Russie et la République Française).
Le fonctionnement de ce Conseil suggère deux types de remarques. D’une part, les cinq
membres permanents échappent au système de sécurité collective. C'est un système qui offre à
chacun des membres permanents de bloquer tout fonctionnement de la sécurité collective. C'est
un système fragile mais il demeure performant.

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Relations Internationales (Semestre 1)

B. Le détournement du système de sécurité collective

Il tient à une raison simple, c'est que pendant 45 ans, deux idéologies se sont affrontées au
sein du Conseil. La période bipolaire a été une période d’affrontement entre les [Américains,
Français, Britanniques], et [la Chine et la Russie]. Il s’est produit deux choses :
- D’une part, l’extension du rôle de l’Assemblée Générale. Celle-ci dispose, en vertu du
chapitre IV de la Charte des Nations Unies, d’un certain nombre de compétences. Elle peut
notamment discuter des opérations de maintien de la paix, elle peut aussi recommander les
mesures pour pacifier des situations. Sur cette base, les américains ont fait adopter en 1950 la
résolution 377 « Acheson » par l’Assemblée Générale des Nations Unies par
laquelle : « quand il existe une menace pour la paix et que l’accord ne se fait pas au sein du
Conseil de Sécurité, l’Assemblée Générale peut prendre des mesures nécessaires ». De
multiples opérations de maintien de la paix ont été réalisées sur la base d’une décision de
l’Assemblée Générale.
- D’autre part, l’extension de la notion de légitime défense. Normalement, il existe une
possibilité légale pour les Etats de recourir à la force qui est celle de la légitime défense. Mais
elle est limitée car elle doit être provisoire jusqu’à ce que le Conseil de Sécurité ait pris les
mesures nécessaires. Car la légitime défense doit être proportionnée. Du fait du blocage du
Conseil de Sécurité, pendant l’ère bipolaire, il a été fait de ce droit une utilisation extensive.
Cela a été le cas des Etats-Unis à plusieurs reprises, et de l’Etat d’Israël, mais aussi d’Etats
latino-américains qui ont invoqué la défense préventive, des agressions indirectes ou encore
des agressions économiques ou écologiques.

Au regard du droit, la Cour Internationale de Justice rappelle le caractère limité de la


légitime défense notamment sa nécessité et l’indispensable proportionnalité. Elle condamne
quand elle le peut, toutes les actions qui ne respectent pas ces deux conditions.

Chapitre 2 – La coopération des Etats souverains dans le cadre des organisations


internationales

Pendant longtemps, les Etats ont été les seuls sujets de la scène internationale et du droit
international. Depuis la fin du XIXe siècle, et surtout depuis l’après 2nde Guerre Mondiale, on a
assisté au développement d’un phénomène nouveau celui des organisations internationales. Une
organisation internationale est une association d’Etats, instituée par un traité, dotée d’un statut
juridique d’organes communs et possédant une personnalité juridique distincte de ses Etats
membres.
Ces organisations sont des institutions de coopération entre Etats qui doivent être
distinguées des organisations d’intégration tels que l’Union Européenne. Il en existe aujourd'hui
plus de 300. Ces organisations se caractérisent par une très forte diversité, selon leur champ
géographique de compétence, certaines sont à vocation universelle (l’ONU), d’autres sont des
organisations continentales (régionales), par exemple :
- L’OEA : Organisation des Etats Américains.
- L’Union Africaine.
- Le Conseil de l’Europe.
- La ligue des Etats arabes.

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Relations Internationales (Semestre 1)

On les distingue aussi en fonction de leur champ de spécialité :


- L’UNESCO (éducation, science et culture).
- L’OMS : Organisation Mondiale de la Santé.
- La Banque Mondiale.
- Le FMI : Fond Monétaire International.
- L’OMC : Organisation Mondiale du Commerce.
- L’OIT : Organisation Internationale du Travail.
- L’OTAN : Organisation du Traité de l’Atlantique Nord.
- L’AIEA : Agence Internationale pour l’Energie Atomique.
- La FAO.

Ces organisations sont des instances de coopération qui obéissent au principe de


spécialité, c'est-à-dire qu’elles ont toutes une mission, un objectif précis. Elles sont devenues un
outil de négociation permanente entre Etats. Elles conditionnent de plus en plus l’action des
Etats. Elles sont aussi devenues des lieux de lutte de pouvoir entre les Etats. Ces organisations
présentent toutefois un certain nombre de points communs.

Section 1 – La création et le statut des organisations internationales

Une organisation internationale est créée par un Traité. La phase de création n’est jamais
une phase facile car elle soulève des problèmes multiples. Chaque Etat essaie de promouvoir une
position, pour lui-même, satisfaisante dans l’organisation. D’autre part, car tous les Etats ne
veulent pas s’engager au même niveau (problème des réserves). Enfin, le dernier problème est
celui de la place de l’organisation par rapport à celle qui existe déjà.
Ne sont engagés vis-à-vis de l’organisation internationale, que les Etats signataires ayant
ratifiés leur engagement. De façon générale, les organisations internationales ont la personnalité
juridique. Cela signifie qu’elles bénéficient d’un certain nombre de droits et obligations sur la
scène internationale.
Elles ont d’abord des droits, elles peuvent conclure des traités, entretenir des relations
avec les Etats membres, elles bénéficient du principe d’autonomie financière, elles ont un
personnel propre et ont la possibilité d’agir en justice.
Elles ont ensuite des obligations, d’une part respecter le droit international, et d’autre part
réparer les dommages qu’elles ont créé.
En ce qui concerne les statuts, les organisations internationales sont limitées par le
principe de spécialité, en général l’organisation est accueillie sur le territoire d’un Etat hôte par le
biais de la signature d’un accord de siège.
L’organisation bénéficie d’un certain nombre de privilèges et d’immunités : inviolabilité
des locaux, immunité de juridiction, privilèges financiers et fiscaux, facilité d’entrée pour leurs
représentants. Le personnel de l’organisation jouit lui aussi de privilèges et d’immunités.

Section 2 – Les modalités de fonctionnement et les compétences des organisations


internationales

Ces organisations varient substantiellement les unes par rapports aux autres du point de
vue de leurs structures. Elles ont, en général, des instances de décisions qui sont prises par un
organe plénier, des instances d’exécution et des services administratifs.
En ce qui concerne la relation entre les Etats membres et l’organisation, les Etats ont des

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Relations Internationales (Semestre 1)

droits et des obligations. Ils ont d’abord des obligations, d’une part, ils doivent collaborer au bon
fonctionnement de l’organisation, d’autre part, ils doivent s’acquitter d’une cotisation. En
principe, les organisations internationales fonctionnement sur un système de contribution
volontaire. Les Etats ont un certain nombre de droits : d’une part, le droit aux prestations des
organisations internationales, d’autre part, le droit de délibération, le droit de participer à la
procédure budgétaire et ils ont le droit de vote. En matière d’organisation internationale, le
principe « 1 Etat 1 voix » n’est pas universel, tel n’est pas le cas au FMI ou à la Banque
Mondiale.
En général, l’organisation prévoit, par ailleurs dans son traité institutif, les conditions
d’entrée du nouveau membre et les conditions d’extraction des Etats membres. En principe,
l’intégration d’un nouveau membre suppose deux conditions au moins : la première,
l’engagement de l’Etat demandeur à respecter le fonctionnement de l’organisation ; la second, il
faut que l’Etat obtienne une majorité favorable de la part des Etats déjà membres de
l’organisation.
Quelques fois sont posées des conditions supplémentaires, par exemple dans le cadre du
Conseil de l’Europe. En ce qui concerne l’extraction, le retrait volontaire est toujours possible.
Quant il a lieu, l’organisation le considère comme une suspension temporaire. L’exclusion d’un
Etat n’a jamais lieu en pratique.

En ce qui concerne les processus décisionnels, pendant longtemps, ces organisations ont
fonctionné sur le principe de l’unanimité. Progressivement, s’est dessinée une évolution, elles
fonctionnent, aujourd'hui, selon le principe de la majorité renforcée. Ceci étant, les grandes
puissances préservent leurs intérêts au sein des organisations les plus importantes.
- Système de pondération des voix au FMI et à la Banque Mondiales.
- Droit de véto au Conseil de Sécurité.
- Une organisation récente, l’OMC, fonctionne encore sur le principe du consensus.

Section 3 – Les compétences des organisations internationales

Elles ont des compétences d’assistance (matérielle, économique, financière,


administrative, militaire). D’autre part, elles ont une mission de contrôle (AIEA) : le contrôle sur
rapport, le contrôle sur plaintes, le contrôle par l’organisation d’enquêtes de terrain.

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